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temoignage et texte de kate yacine

Posté par algeriedemocratie le 31 décembre 2008

amedi 19 novembre 2005, par Faiza

HOMMAGE À KATEB YACINE Yacine et Tamazight… Voiçi quelques extraits d’un entretien de Tassadit Yacine (1987).

Jamais un poète n’a été aussi visionnaire, aussi à l’avance sur les questions de son temps, il a représenté l’honnêteté d’un combat, la clairvoyance des idées, l’esprit de rebellion le caractérisait. C’était un homme de refus et non de compromis. Kateb Yacine de ces écrivains poète qui n’avait pas peur des mots. Seulement deux ans après cet entretien en 1989 il est mort d’une leucémie, laissant son peuple en plein désarroi, l’Algérie avait basculé dans la violence et la tragédie.L’auteur voyait venir. Nous proposons par le biais de ces mots, un débat d’idées sur des questions de fonds qui sont toujours d’actualité , elles sont posés mais elles restent toujours à discuter bien sur. F SED


Article : Yacine et Tamazight…

HOMMAGE À KATEB YACINE Yacine et Tamazight… Entretien de Tassadit Yacine (1987).

Tassadit Yacine. – Si vous voulez bien, essayons de définir ce que vous apelez la « patrie », l’Algérie.

Kateb yacine. – Nedjma, c’est l’Algérie, la quête de l’Algérie. Est-ce que nous l’avons trouvée ? A mon avis, non. Nous ne sommes même pas capables d’appeler notre pays par son nom. « L’Algérie », ce n’est pas le vrai nom de notre pays. C’est un terme touristique. Ldjazaïr, c’est quoi ?

-  »Les Iles »…

- Vous avez vu un pays s’appeler « les Iles » ? Ce sont les Arabes qui l’ont appelé ainsi.

- Oui.

- Nous continuons à nous désigner en termes étrangers, parfois hostiles et même méprisants ou sinon indifférents.

- Vous l’auriez appelé comment ?

- Moi, je préférerais l’appeler Tamazight…

- Tamezgha, c’est le lieu où se pratique le tamazight, qui est la langue… Je crois que Tamezgha a déjà été employé par quelques-uns pour désigner, semble-t-il, un ensemble plus vaste.

- Ldjazaïr ne peut pas être le nom de notre patrie ! C’est touristique.

- Même par rapport au nom ancien de l’Algérie, il y a eu comme une amputation. Au Xe siècle, c’était Djazaïr-Bani-Mazghena, « les Iles » ou « les Ilots des Mazghena » (qui est la forme arabisée d’Imazighen,). [...] Avec le temps, Mazghena a complètement disparu, seul le terme El-Djazaïr est resté.

- Un jour, l’Algérie retrouvera son véritable nom.

- Vous pensez réellement qu’il est bon de revenir sur un fait établi et largement admis…

- Nécessairement. Il suffit de le savoir.

- De ne pas rester dans l’ignorance, c’est bien cela ?

- L’ignorance n’est rien quand on commence à savoir. L’ignorance, c’est quelque chose qu’il faut secouer. Jusque-là, il y a des gens, ça ne leur venait même pas a l’idée Notre tâche, c’est de leur mettre la puce a 1 oreille. C’est de poser enfin ces problèmes-là. Autrefois, on nous disait : « Non, ce n’est pas le moment. » Les gens qui nous disaient cela le disaient au nom de quoi ? Au nom de l’unité. On nous disait : « Il ne faut pas diviser. » On parle toujours d’unité… Je veux régler ce problème une fois pour toutes.

- Sur quelles bases voulait-on réaliser cette union ? De plus, parler d’ »union » voulait dire qu’il y avait désunion. Je ne comprends pas pourquoi ce problème s est pose à votre génération en ces termes…

- Est-ce qu’on doit s’unir sur la base du mensonge et de l’ignorance ou bien sur celle de la connaissance et de l’espérance ? Il faut poser le problème comme ça. Est-ce qu’on doit s’unir pour tuer une langue ou pour la taire vivre ? Est-ce qu’on doit s’unir pour connaître son histoire ou pour l’ignorer ? C’est nous qui sommes pour l’unité, ce ne sont pas eux. Encore faut-il qu’elle se fasse sur quelque chose de vrai ! A ce moment-là, tous ces pseudo-nationalistes apparaissent comme de faux patriotes comme des ennemis même de l’Algérie, parce que, s ils étaient des patriotes, il ne leur viendrait pas à l’idée de se mer eux-mêmes, de nier l’essence même de la patrie ; justement, en tant que bourgeois, ils ont besoin de l’arabo-islamisme parce qu’ils sont complices des envahisseurs étrangers, pour la bonne raison qu’ils veulent continuer à dominer ce peuple. Ils ne veulent pas que ce peuple comprenne parce qu’ils savent que la conscience est une chose qui va loin. Si la conscience s’éveille, elle aboutira nécessairement à la perte de leur pouvoir. Mais la conscience commence à s’éveiller, ça y est, c’est parti.

- Vous êtes peut-être optimiste.

- C’est sûr, c’est parti.

- Vous voulez dire que la méconnaissance de l’histoire, c’est une méconnaissance de soi ?

- C’est un complexe d’infériorité.

- Il est peut-être difficile de voir les choses en face…

- Justement dans ce cas.

- Votre Nedjma, c’est à la fois le pays, l’histoire, la conscience. En arabe, Nedjma, c’est le nom d’une femme. Dans le même ordre d’idée, on peut dire que l’histoire est aussi niée. Comme on a oublié aussi le rôle des femmes pendant la guerre, ils nient l’existence des femmes comme êtres humains. Il y a par conséquent, à mon avis, ce refus de voir les femmes chez nous telles qu’elles sont. Le refus de reconnaître les femmes participe aussi de ce refus de soi. On ne peut pas bâtir une société, une nation, sans l’autre qui est aussi une partie de soi. Comment amputer une partie de soi ? Comment amputer ce pays de ce qui le fait ? Ça revient, comme vous le disiez tout à l’heure, à le nier et à se nier soi-même par la même occasion.

- Qu’est-ce qui est à la base de ça ? Pourquoi en sommes-nous là ? Comment a commencé le malheur ? Il a commencé par les invasions étrangères, et c’a été une suite d’invasions étrangères… Les Romains. Commençons par là, car c’est une période relativement connue. N’oublions pas qu’à un certain moment l’Algérie a été dite « romaine ». Combien de temps les Romains sont-ils restés ?

- Cinq siècles.

- L’Algérie romaine. L’Algérie chrétienne, on en a parlé. On a présenté Saint-Augustin comme un Algérien et, moi, j’ai eu la terrible surprise, après l’indépendance, de voir des personnages officiels faire des conférences à Souk-Ahras sur Saint-Augustin.

- Et alors ? Est-ce une surprise agréable ou désagréable ?

- Moi, j’ai ressenti ça comme un crachat. Pour moi, saint Augustin, c’est Massu, parce qu’il a massacré les Donatistes, ceux qui étaient des chrétiens sincères. Ils avaient pris position pour les insurgés et les ouvriers agricoles qui se battaient contre les latifundia, contre les colons romains, exactement comme nous contre les Français. Saint Augustin a appelé à la répression et la répression a été atroce. C’a été des massacres. Fêter Saint-Augustin, qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi ? Parce qu’il est né en Algérie ? Dans ce cas-là, Camus aussi est né en Algérie. Et beaucoup de gouverneurs généraux…

- Vous pensez toujours la même chose ? Dans tous les pays du monde, il n’y a pas que les bons, les purs, les courageux qui soient citoyens…

- Bien sûr. Mais, pour moi, c’est un ennemi et c’est tout. Il faut rejeter ça avec la plus grande énergie. Bien sur qu’il ne suffit pas de naître en Algérie pour être un Algérien, surtout si on a travaillé contre son histoire, contre ceux qui l’étaient vraiment.

- A vous entendre, il y aurait encore de nombreux Saint-Augustin aujourd’hui…

- Et l’aliénation vient de la religion, encore une fois. De la même manière, quand on présente la Kahina comme une juive, qu’est-ce que cela veut dire ? Ça, c’est une invention des Arabes.

- Ce serait donc une reconstruction d’après la vision dominante, la vision des vainqueurs ?

- Oui, parce que, pour les Arabes et pour les musulmans, être juif, c’est être le diable. C’est une manière de lui coller une autre religion. Et, de toute façon, elle n’est pas entrée dans l’histoire comme ça. Si elle était entrée dans l’histoire comme juive, ça se saurait. La Kahina n’est pas entrée dans l’histoire parce qu’elle aurait lutté pour le judaïsme… A ma connaissance, non. Elle est entrée dans l’histoire comme nationaliste.

- Lutter pour une religion peut être aussi une forme de nationalisme. Pour ceux qui ont la foi, c’est déterminant.

- II faut réfuter ça énergiquement. C’est pour ça que je suis contre les mythes. Il y a l’histoire, quand même !

- De toute façon, il faut aussi admettre que ce peuple a connu avant l’islam les religions qui étaient là.

- Mais ces religions ont toujours joué un rôle néfaste. Il faut s’y opposer avec la dernière énergie. On les voit maintenant à l’œuvre. On les voit en Israël, en Palestine, on les voit partout. Ces trois religions monothéistes font le malheur de l’humanité. Ce sont des facteurs d’aliénation profonde. Voyez le Liban. Ça se passe devant nous. Regardez le rôle des chrétiens, des musulmans et des juifs. Il n’y a pas besoin de dessin. Ces religions sont profondément néfastes et le malheur de nos peuples vient de là. Le malheur de l’Algérie a commencé là. Nous avons parlé des Romains et des chrétiens. Maintenant, parlons de la relation arabo-islamique ; la plus longue, la plus dure, la plus difficile à combattre.

- Parce qu’elle est constitutive de la culture du peuple ?

- C’est dur de lutter contre une telle couche d’aliénation. Pendant ces treize siècles, on a arabisé le pays mais on a en même temps écrasé le tamazight, forcément. Ça va ensemble. L’arabisation ne peut jamais être autre chose que l’écrasement du tamazight. L’arabisation, c’est imposer à un peuple une langue qui n’est pas la sienne, et donc combattre la sienne, la tuer. Comme les Français quand ils interdisaient aux écoliers algériens de parler arabe ou tamazight parce qu’ils voulaient faire l’Algérie française. L’Algérie arabo-islamique, c’est une Algérie contre elle-même, une Algérie étrangère à elle-même. C’est une Algérie imposée par les armes, parce que l’islam ne se fait pas avec des bonbons et des rosés. Il s’est fait dans les larmes et le sang, il s’est fait par l’écrasement, par la violence, par le mépris, par la haine, par les pires abjections que puisse supporter un peuple. On voit le résultat. Quand on prend Ibn Khaldoun… pourquoi on n’a jamais fait une édition populaire d’Ibn Khaldoun ? Je vous propose ça, maintenant : prenez L’Histoire des Berbères, faites une édition populaire d’Ibn Khaldoun. On me dit que c’est dur, etc. Il y a des côtés un peu ardus : les origines des tribus. Si on enlève ces pages-là, il y a des pages lumineuses sur l’histoire. Tenez, par exemple, quand on dit que ce peuple a apostasie douze fois… Ça prouve bien que la pilule n’est jamais passée.

- Il y a eu le phénomène des Bergwata, qui est une prise de conscience manifeste de ce que certains ont appelé une « forme de nationalisme nord-africain ». Mais vous ne pouvez pas dire que ces faits culturels islamiques et, par voie de conséquence, arabes ne sont pas assimilés par le peuple. Ils sont partie intégrante – que vous le vouliez ou non – de la culture algérienne et du Maghreb.

- Je ne suis pas d’accord. Les gens croient parce qu’ils n’ont rien d’autre. Il y a beaucoup de choses à dire. Nous sommes pris dans un océan de mensonges. Nous avons un fil pour retrouver la vérité, il y a des siècles de mensonges, et Ibn Khaldoun, c’est très important, parce qu’il était en plein arabo-islamisme, mais il avait l’esprit scientifique.

- Il voyait la réalité telle qu’elle était.

- Pour nous, c’est une source extraordinaire. Il faut la répandre. Il faut que L’Histoire des Berbères d’Ibn Khaldoun soit enseignée. C’est elle qui nous concerne le plus. C’est ça son œuvre fondamentale. Quand on lit ça, on peut arriver aux autres questions aussi.

- Pouvez-vous nous en dire plus ?

- On peut arriver aux femmes. Comment se fait-il que ce peuple ait été dirigé par une femme. Et puis, attention ! Ce peuple, ce n’était pas seulement l’Algérie…

- C’est normal, puisque l’Algérie, la Tunisie, le Maroc sont des créations récentes.

- … c’était l’Afrique du Nord. Une Afrique du Nord bien plus large que celle qu’on nous apprend, parce qu’elle allait de la Libye jusqu’à l’Afrique. Le Maghreb lui-même est trop restrictif. C’est africain qu’il faut se dire. Nous sommes africains. Tamazight, c’est une langue africaine : la cuisine, l’artisanat, la danse, la chanson, le mode de vie, tout nous montre que nous sommes africains. Le Maghreb arabe et tout ça, c’est des inventions, de l’idéologie ; et c’est fait pour nous détourner de l’Afrique. A tel point qu’il y a maintenant une forme de racisme. D’ailleurs, moi, j’ai découvert avec vraiment beaucoup d’étonnement ici – ce qu’on appelle le Bureau arabe de travail, où l’on organise des séminaires – cette partie de l’Afrique. Un jour, j’ai entendu la musique malienne, j’étais bouleversé d’ignorer ça. C’est honteux. Et pourtant, avec le Mali, nous sommes sur le même palier. Il y a le Niger, le Mali, l’Afrique. Là aussi, on voit l’arabo-islamisme sous sa forme maghrébine occulter l’Afrique, occulter notre dimension réelle, profonde. C’est ce qui est important.

- Revenons un peu aux femmes, voulez-vous ?

- En ce qui concerne la femme, comment se fait-il que ce pays, ce sous-continent, ait pu être dirigé par une femme ? Et comment se fait-il que la femme en soit là aujourd’hui ? Ce n’est pas difficile : c’est l’arabo-islamisme qui a abouti à l’asservissement et à la dégradation de la femme chez nous.

- Je crois que ce n’est pas aussi clair que vous le dites. Les raisons sont hélas multiples et les problèmes complexes.

- C’est très clair. Je ne vois d’autre source que celle-là. Je n’en vois pas d’autres. Au nom de quoi ? Comment se fait-il qu’un peuple qui a été dirigé par une femme puisse aujourd’hui être ce qu’il est ? Je connais une femme qui veut divorcer parce que son mari a pris une seconde femme et qu’il veut la lui imposer chez elle. Elle veut demander le divorce. Or jamais le procureur n’a voulu la recevoir. J’ai vu une fois de mes propres yeux, ici, au Clos Salembier, une femme sauvagement battue, en pleine rue, à coups de pied dans le ventre, devant tout le monde, à midi. Personne n’a bougé. Pourquoi ?

Parce qu’elle lui appartient, c’est sa femme. Il en fait ce qu’il veut. On ne pourrait jamais voir ça dans aucun autre pays du monde. Ici on appelle ça « être un homme » ! Est-ce que ça fait partie de ce que nous sommes réellement ?

- Je ne crois pas. Mais peut-être faut-il prendre la question autrement : la misère, l’inculture, le passé colonial, la perte de ses racines, etc., tout ça contribue à travestir la culture.

- C’est ça la fameuse redjla, le culte de la virilité, le culte de la force.

- Mais ce culte de la virilité existe aussi ailleurs…

- Le socialisme n’a plus la même force chez nous. Les pouvoirs publics ne s’en réclament pas. Ils ont besoin pour exister de lutter contre les forces de progrès. Ces forces nationales et populaires peuvent être représentées grosso modo par les syndicats, les ouvriers d’un côté, de l’autre par les Kabyles, les Chaouïas, les Imazighen ; voilà les deux ennemis du pouvoir. Puisque ces deux forces, à l’heure actuelle, on veut les combattre, eh bien ! il ne reste plus qu’à s’appuyer sur l’arabo-islamisme. C’est ce qu’on a fait, même si on craint que les démagogues religieux ne prennent le pouvoir. En définitive, le véritable ennemi, c’est nous. Et ça, c’est une logique à laquelle personne ne peut échapper parce que ce pouvoir a peur de deux forces : il a peur du mouvement national et il a peur du mouvement ouvrier. Il a peur qu’il y ait un éveil réel dans les montagnes. Il a peur d’un deuxième Tizi-Ouzou, mais à l’échelle algérienne. Devant les difficultés économiques et, évidemment, les inévitables conflits sociaux qui se profilent à l’horizon, il a peur des syndicats, des ouvriers. A ce moment-là, le pouvoir est condamné à faire le jeu de ses ennemis. Il est condamné à se diviser en forces antagonistes, et c’est comme ça qu’on voit le mouvement intégriste attaquer des écoles de police. C’est comme ça qu’on voit dans les rues des quêtes pour les mosquées, c’est ainsi qu’on voit des privés construire des mosquées, et le pouvoir renchérir à son tour en construisant des mosquées, et les privés de renchérir à leur tour. Ça devient aveuglant, mais il y aura tôt ou tard un phénomène de rejet. Ce peuple a subi bien des assauts de forces qui se croyaient plus grandes et qui apparemment étaient invincibles, mais il n’y avait rien à faire. Le peuple reste lui-même, car les forces sont là.

- Avant d’en arriver à Tizi-Ouzou, voulez-vous dire comment vous avez pris conscience pour la première fois du fait culturel berbère ?

- La première fois ?

- Quel âge aviez-vous ?

- C’était quand j’avais neuf ou dix ans. Nous sommes partis du pays Chaouïa, c’est-à-dire par l’est puisque les Arabes sont arrivés par l’est (ils sont arrivés plus tôt chez nous), l’Est est arabisé plus tôt aussi. A Sedrata, où j’ai passé ma petite enfance, je n’entendais pas parler tamazight. On le parle plus loin mais pas à Sedrata. Ce que je savais sur les Kabyles quand j’étais petit, c’était plutôt péjoratif. Le Kabyle, c’était presque un juif, c’était un étranger, quelqu’un pas comme nous. On ne le percevait pas comme ça. Il y avait même des mots pour le désigner. Tenez : « Leqbayel, leqbayel/Tous, tous/Lgemla ged Ifellus ! »

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

-  »Les Kabyles, les Kabyles/Tous, tous/Le pou gros comme le poussin ! » C’est vraiment péjoratif, et pourtant c’est des Chaouïas qui disent ça. C’est les Imazighen eux-mêmes qui disent ça. Ça peut s’expliquer de mille manières.

- Comment l’expliquez-vous ?

- II faut le comprendre. Ce qu’on sait des Kabyles là-bas…

- On leur reproche d’être paysans, frustes, un peu sauvages…

- Non, souvent ce sont des bourgeois. A Sedrata, il y avait un nommé Azouaou qui représentait les Kabyles. Et Azouaou, c’est une grande ligne d’autocars. Donc ça suscite des jalousies. Les Kabyles qu’on voyait là-bas, c’étaient des Kabyles qui avaient réussi. Il y avait une espèce d’animosité bâtie sur l’ignorance. Je suis parti avec cette enfance-là.

- Quand les avez-vous perçus autrement ?

- Plus tard. Mon père, étant oukil, était muté très souvent. On l’a envoyé à Sétif. Près de Sétif, vers Bougaâ, en Petite Kabylie. Là aussi, c’est un peu arabisé, on ne parle plus tamazight. On arrive au village. Je me souviens, ma mère a vécu ça comme un exil. Elle est éloignée de sa famille. Aller chez les Kabyles, là-bas, c’est un peu dur. Il n’y avait pas de fontaine à la maison. Il y avait une fontaine publique. Une jeune fille nous amenait de l’eau. Elle ne parlait que tamazight. Elle vient et dit à ma mère : « A d-awigh aman smmat » ou quelque chose comme ça…

- Oui. .. « Je vais apporter de l’eau fraîche. »

- Mais non… ma mère a compris samet (« saumâtre », « fade »).

- A Bougaâ, le « d » avec emphase se prononce « t » avec emphase, bien sûr…

- Quand mon père est rentré, ma mère lui a dit : « Tu vois, tu m’as emmenée en exil dans ce pays. Il y a une fille qui m’a proposé de l’eau fade, saumâtre… » Mais, heureusement, mon père parlait bien la langue… Il parlait même l’hébreu ! Il avait un don pour les langues. Il lui a expliqué. Pour moi, c’a été une espèce de coup de foudre. J’ai découvert mon vrai peuple. J’ai découvert la générosité, la beauté aussi. Tout ce que nous sommes.

- Vous avez vécu dans un village kabyle. Est-ce que ce n’est pas ça qui vous a mené vers le marxisme ? Vous avez été sans doute marqué par cette espèce d égalité apparente, mais trompeuse, qu’il y avait…

- Attention, ce village n’est pas comme ça, c’est un village de colonisation.

- Ça change tout en effet car, dans les villages des montagnes, c’était un peu une forme d’égalitarisme « primitif », mais qui cachait de grandes inégalités sociales. Le berger, le forgeron, le boucher n’ont pas le même statut que le paysan.

- La démocratie peut-être pas, surtout la générosité.

- La solidarité ?

- La générosité, c’est-à-dire que c’était un bon peuple/Mais mon père aussi était très généreux, c’était un peu l’avocat des pauvres. Très souvent, il ne faisait pas payer ses clients. Chez nous, par exemple, à la période de lekhrif (automne)…

- Vous receviez des corbeilles de figues ?

- … on n’arrivait pas à rentrer à la maison, c’était plein de guêpes. On était envahis de fruits. Tous les fruits de la Kabylie atterrissaient à la maison, des produits de la chasse (perdrix…). Mon père lui-même aimait beaucoup les Kabyles, et puis lui-même était chaouïa. On l’appelait d’ailleurs « le Chaoui ». J’ai commencé à comprendre, mais je ne peux pas dire que j’ai tout compris… En tout cas, je sentais que, l’Algérie, c’était ça et pas autre chose ; par la suite, j’ai mieux compris.

- A quelle période ?

- Surtout dans l’émigration. Comme par hasard, à chaque fois que des gens me soutenaient, c’était toujours des Kabyles ou des Chaouïas.

- Pouvez-vous nous relater un de ces moments ?

- Quand je suis arrivé à Paris, j’avais un peu d’argent, mais je l’ai tout de suite dépensé. Un matin, je me suis retrouvé sans un sou, je devais quitter l’hôtel. Je ne savais pas quoi faire. J’ai rencontré un copain avec qui j’avais été en prison. J’étais catastrophé. Il me dit : « Ne t’en fais pas, il y a des compatriotes ici. » Les Algériens de ce temps-là se connaissaient tous entre eux. Ils étaient presque regroupés par quartier. Les gens de Petite Kabylie, c’était le XIIIe. C’était rue du Château-des-Rentiers. C’était quelqu’un de l’Étoile nord-africaine, un vieux militant, analphabète, tuberculeux, vivant avec une femme de l’ancienne France, aristocrate qu’il appelait « Mme Jeanne ». Elle était très cultivée. Elle était paralytique… C’était formidable. Ils avaient un café dans une espèce de cave. C’était le refuge de tous les Algériens en Europe : les chômeurs, les malades, les tuberculeux…

- C’est une rue qui porte bien son nom.

- C’était au numéro 213. En ce temps-là, il y avait beaucoup de bistros algériens. La plupart, c’étaient des Kabyles. C’étaient les plus pauvres qu’on retrouvait dans l’émigration. Petit à petit, avec la chanson et tout ça, je commençais à me sentir bien parmi eux ; je suis devenu l’écrivain public.

- Il s’appelait comment, le mari de Mme Jeanne ?

- Slimane. C’était pathétique. Il avait plus de soixante ans. Il m’a pris chez lui, c’était très pauvre, on mangeait des pois chiches sans viande, etc. Il n’empêche que, tous les jours, il me payait un paquet de Gauloises, mes journaux… Il était assoiffé d’informations, de politique, de nouvelles du pays. Et, comme il a vu que je m’intéressais à la politique, nos intérêts convergeaient. Il se serait ruiné rien que pour m’acheter des journaux. En retour, j’écrivais des lettres, je leur lisais les journaux, et puis, petit à petit, on s’est organisés pour le Front. A l’époque, c’était le Parti communiste algérien qui voulait créer le Front national démocratique (une des préfigurations du FLN). Un jour, j’ai décidé de faire un meeting et les nationalistes (les messalistes) me sont tombés dessus à coups de bâton. Bref, l’expérience a mal tourné, mais, à ce moment-la, j’ai vu ceux qui avaient eu maille à partir avec le Parti parce qu’ils étaient berbéristes. Il y avait un grand du Parti (il était actif dans le nord et l’est de la France) qui s’est jeté dans la Seine après l’indépendance. Il y avait beaucoup de choses : plus ça allait, plus je commençais à comprendre. Une des choses les plus terribles, c’est que, le vieux, je ne l’ai plus revu par la suite. J’ai quitté la France, je suis venu en Algérie. Quand je suis reparti en France, la cave n’existait plus, j’ai retrouvé Slimane garçon de café dans un autre truc du XXe, il m’a servi. Il était tout tremblant.

- Il vous a reconnu ?

- Bien sûr… C’est terrible… Quand on rencontre des gens comme ça, on voit où en est l’Algérie. Evidemment, après l’indépendance, je voyais ce problème et naturellement, comment le poser. J’ai pensé à le poser au théâtre puisque je voyais que, dans la chanson, il y avait déjà un très fort mouvement. C’était au temps ou il y avait Idir ‘(A vava inou va). C’est là que j’ai compris le rôle de la chanson en Algérie. En tamazight, c’était frappant ; c’est dans cette langue-là qu’il y avait un très fort mouvement. Ce n’est pas un hasard… je connais bien ça. Et puis je voyais à Alger… Qu’est-ce que c’est, Alger ? C’est la Kabylie. C’est la différence avec l’Aurès. Les gens croient que l’Aurès, c’est moins sensible. Ce n’est pas vrai. L’Aurès a la même sensibilité, mais seulement l’Aurès est loin d’Alger. Ici, si quelque chose se passe en Kabylie, une demi-heure après, une heure après, tout Alger l’apprend.

- C’est-à-dire que l’Aurès n’a pas investi de façon systématique les grandes villes de l’Est.

- Oui, même si ce sont de grandes villes, ce n’est pas la capitale, et puis c’est plus loin. L’Aurès, d’Annaba, c’est loin, et même de Guelma. Mais, ici, la montagne est à côté ; si quelque chose se passe ici, les montagnards sont là une heure après. Ça, c’est une force. C’est ainsi qu’avec ma troupe j’ai pris contact avec les étudiants, et j’ai compris que ce problème devait être posé. Ainsi, pour le vingtième anniversaire de la révolution, on a fait La Guerre de deux mille ans. On a mis l’histoire de la Kahina au théâtre. On l’a traduite en tamazight. Il y a même eu une expérience en tamazight de Mohamed prend ta valise qui a été jouée avec le plus grand succès à Tunis. Mais il faut reconnaître que c’est mon séjour au Vietnam qui m’a renforcé dans cette idée. En revenant du Vietnam (en 1970), je suis allé en Syrie et, dans la rue Abd-el-Kader-el-Djazaïri, j’ai entendu parler en tamazight… En plein Damas ! Pourquoi ? Les Kabyles, les vrais compagnons d’Abd el-Kader, ceux qui l’ont suivi dans l’exil jusqu’à la mort, ils sont là-bas. Ce sont les femmes, les vieilles femmes, qui ont sauvegardé la langue, et c’est comme ça qu’on continue à parler tamazight à Damas. Toutes ces choses se retrouvent.

- Les Kabyles, c’est à croire qu’on les retrouve partout : en Tunisie (émigrés au siècle dernier), au Maroc, depuis l’entrée desTurco-Ottomans,etensuitedesFrançais,enSyrie, et même en Nouvelle-Calédonie !

- Une autre fois, je revenais de Bulgarie. Dans l’avion, au retour – l’avion s’arrêtait à Alger mais il allait aussi au Maroc. J’étais assis à côté d’un Marocain. On a commencé à parler, on a parlé de Tizi-Ouzou. Il m’a dit qu’au Maroc Tizi-Ouzou avait été un vrai coup de tonnerre. Ça a beaucoup frappé le peuple, le fait que le peuple algérien ait bougé pour sa langue. Là-bas, c’est la langue par excellence, surtout dans les montagnes, le Rif. J’ai appris très récemment qu’à Toulouse il y a une forte activité en tamazight. Ils ont fait salle comble dans un théâtre. Un type m’a dit que, là-bas, il y avait des Algériens, des Marocains, et même des Libyens. Tout ça, c’est très prometteur. Maintenant, c’est à nous de concrétiser cette force, de lui donner une expression, de la rendre évidente pour tous. Ça ne fait que commencer. De toute façon, nous, ce n’est pas le pouvoir qui nous intéresse, c’est plutôt la conscience, la prise de conscience detout un peuple. Que faire du pouvoir si on ne sait pas où on doit aller ni ce qu’on doit faire ? Et que sommes-nous exactement ? Il faut expliquer inlassablement les choses, les mettre au clair. Tout en sachant que ça durera certainement longtemps, car c’est une lutte de longue baleine. Mais les choses vont certainement plus vite qu’on ne le croit. Il faut aussi compter avec les erreurs de nos ennemis. Rappelez-vous ce qui a été à l’origine de Tizi-Ouzou… C’est cette balourdise incroyable d’un ouali qui ose interdire une conférence sur la poésie ancienne des Kabyles. C’est les erreurs de nos ennemis qu’il faut comptabiliser. Quand ils font des bêtises comme ça, nos ennemis parfois nous donnent de l’espoir. Oui, ils ne manquent pas de faire des bêtises, d’humilier les gens, de manifester leur mépris, leur ignorance, leurs préjugés, et c’est ça qui va préparer le terrain à la prise de conscience, puisqu’ils continuent. Ils n’ont pas compris, ils ne vont jamais comprendre, et, par là même, ils sont condamnés à commettre toujours les mêmes erreurs.

- Vous croyez ?

- Ah oui ! Les choses vont beaucoup plus vite à notre époque qu’autrefois. Il faut apprendre à manier les armes que nous avons. Il y a des armes comme le magnétophone.

- La caméra, la vidéo…

- La révolution a été beaucoup aidée par le transistor, la radio, etc. Puisque nous avons ces armes entre les mains, il faut nous en servir.

Propos recueillis par Tassadit YACINE.

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mohamed zertal parle à elkhabar du proces de Chaabani

Posté par algeriedemocratie le 28 décembre 2008

Mohammed Zertal : « J’ai prononcé le verdict de la peine de mort contre Chaabani et je ne le regrette pas »

le 27 décembre 2008

Le juriste M. Mohammed Zertal, âgé de plus de 80 ans, exerce toujours sa profession d’avocat dans son cabinet où l’on sent l’odeur du vieux meuble et du vieux dossier. Me. Zertal qui était le président du tribunal de la Révolution algérienne qui a condamné le colonel Chaabani Mohammed à la peine de mort en 1964. Après avoir longuement insisté, l’ex-magistrat a accepté de s’adresser au quotidien arabophone El Khabar, en affirmant qu’il a agi dans le dossier de Chaabani en tant que magistrat et pas en tant qu’un homme politique, et qu’il ne ressent, de ce fait, aucun regret.

C’était vous Mohammed Zertal, le magistrat qui a condamné le colonel Chaabani, n’est-ce pas ?

Oui, c’était moi qui ai présidé le procès en 1964 en tant que président du tribunal de la révolution, et c’est à l’Histoire de juger cette affaire.

Est-ce que vous regrettez d’avoir été impliqué dans la condamnation du colonel Chaabani après qu’il soit avéré que ce qui s’est passé était un crime politique commis au nom de la loi ?

Il ne faut pas voir cette affaire de cet angle, cependant, il est nécessaire de la classer dans son contexte Historique. Les circonstances étaient, alors, floues et le climat était révolutionnaire et exceptionnel. J’étais également président du tribunal de la Révolution algérienne, ce qui signifie que j’étais un haut fonctionnaire au sein de l’Etat algérien. De ce fait, j’ai agi dans le dossier de Chaabani, alors à quoi bon regretter cela aujourd’hui ?

Est-ce qu’à n’importe quel moment, vous avez senti que la condamnation à la peine de mort était préparée à l’avance ?

Vous êtes maintenant entrain de me drainer au fond d’un sujet sur lequel je ne veux pas me prononcer, toutefois, soyez certain que je n’aurais jamais accepté la présidence de ce tribunal si j’avais senti que les choses étaient préparées à l’avance.

Quelles sont les personnes qui ont composé le jury ?

Le jury dont j’ai été le président était composé de quatre colonels : Chadli Bendjedid, Abderrahmane Ben Salem, Said Abid et Ahmed Ben Chérif. Les quatre colonels étaient concernés par le procès de Chaabani. Il y avait également un procureur général, dont je ne citerai pas le nom, qui est actuellement décédé (Ahmed Draya).
Lors du procès, est-ce que vous aviez l’impression que vous aviez affaire à un dossier politique et que vous jouiez un rôle politique ?

Dans de telles circonstances, il est difficile de concevoir qu’il s’agit d’un procès politique en ma qualité de juriste et non pas un politique. Le procès était, selon moi, objectif et s’est passé dans le respect de la loi.
Le colonel Chaabani a été accusé par le procureur général de rébellion et d’insoumission suite à la grande anarchie qui a eu lieu au sein d’une armée dans le Sud et dont il était responsable. Il a été mis en garde par le haut commandement du pays, qui l’a appelé à arrêter la rébellion. Après qu’il ait refusé d’obtempérer, il a été arrêté et poursuivi en justice.
Je confirme une nouvelle fois que pour ce qui est de la forme de procès, elle était objective, quant à son fond, c’est une chose dans laquelle je ne veux pas m’aventurer.

El Khabar (Traduction)

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ADDI LAHOUARI ANALYSE LA DERNIERE SORTIE DE CHADLI BENDJEDID

Posté par algeriedemocratie le 28 décembre 2008

Souveraineté nationale et souveraineté populaire : A propos des déclarations de Chadli Bendjedid

par Lahouari Addi

ADDI LAHOUARI ANALYSE LA DERNIERE SORTIE DE CHADLI BENDJEDID dans Addi Lahouari(29) spacerLa prise de parole publique de Chadli Benjedid, rapportée par les journaux du 29 novembre 2008, lors d’un colloque sur l’histoire de la base de l’Est, est un événement politique en soi.

Ses propos ont créé de tels remous dans les cercles dirigeants qu’il a dû faire marche arrière pour apporter des rectifications et se limiter seulement au passé, n’évoquant ni la période de son mandat ni celle d’aujourd’hui (El Khabar, 4 décembre 2008).

Le président algérien, en exercice ou à la retraite, ne doit pas dépasser des lignes rouges qu’il connaît parfaitement. En Algérie, les anciens chefs d’Etat s’imposent un devoir de réserve et aucun d’eux ne s’est aventuré à écrire ses mémoires. Chadli Benjedid a peu dit ou trop dit. Il a néanmoins apporté une confirmation du rôle politique de l’armée comme détentrice de légitimité dans un système qui s’est bâti sur la notion de souveraineté nationale, et trouvant des difficultés à construire un autre sur la base de la souveraineté populaire. Au-delà des comptes qu’il a voulu régler avec Ben Bella, Tahar Zbiri, Khaled Nezzar, Chadli Benjedid a cherché à faire passer d’abord un message à l’actuel président pour lui signifier qu’il n’a pas été le successeur illégitime de Boumediène. C’est ce dernier, sur son lit d’hôpital à Moscou, qui aurait indiqué à un personnage important – dont Chadli taira le nom, mais on devine que c’est Kasdi Merbah – qu’il souhaitait qu’il soit désigné pour lui succéder. Ce choix de Boumediène a été entériné par un conclave d’officiers supérieurs qui l’ont intronisé comme nouveau chef d’Etat. Chadli rappelle ces circonstances pour souligner qu’il avait une légitimité en tant que président de la République, légitimité sur le critère du régime bien sûr. Il ajoute cependant qu’il avait été gêné dans l’exercice de ses fonctions à la magistrature suprême et empêché de mettre en place un régime parlementaire. Ce sont là les deux points essentiels du message de Chadli qui, pour les appuyer, évoque son appartenance à la base de l’Est comme officier de l’ALN. En tant que maquisard, semblait-il dire, j’avais une légitimité à être président, et j’ai aujourd’hui le droit de donner mon point de vue sur le régime dont j’ai été un acteur comme officier de l’ALN, chef de région militaire, membre du Conseil de la Révolution et enfin chef d’Etat. Chadli a senti le besoin de parler, de se défendre et de libérer sa conscience.    En tant qu’ancien président, même s’il a été empêché de remplir sa mission comme il le dit, l’histoire le jugera sévèrement car il porte une lourde responsabilité sur ce qui s’est passé. Il n’a pas été capable de s’imposer à ceux qui l’ont fait roi, et n’a pas pu réaliser les réformes nécessaires pour mettre fin aux dysfonctionnements de l’économie. Pour l’Algérien moyen, Chadli Benjedid a été un responsable honnête et intègre, mais il n’a pas été un président à la hauteur de sa tâche. Visiblement, Chadli répond à cette opinion pour affirmer qu’il avait voulu créer un régime parlementaire et ouvrir l’Etat aux jeunes générations, mais le «pouvoir réel» l’en aurait empêché. Dans sa rectification parue dans le journal El Khabar, il n’a pas démenti explicitement cette version.

L’armée pourvoyeuse de légitimité

Après ces déclarations faites par un ancien président, il faut convenir que le roi est nu. Ce que les dirigeants réfutent quotidiennement est confirmé par Chadli Benjedid : l’armée est seule pourvoyeuse de légitimité et elle est dépositaire de la souveraineté nationale. Ceci est le trait le plus caractéristique du système politique algérien d’où découlent les dysfonctionnements de l’Etat et l’inefficacité de l’administration gouvernementale. Dans sa réponse à Chadli, Khaled Nezzar reproche à ce dernier de donner des munitions à ceux qui prétendent que l’armée détient le pouvoir réel. «Seize années se sont écoulées depuis le départ de Chadli, sans que celui-ci ne daigne jamais infirmer les allégations selon lesquelles il aurait été poussé vers la porte de sortie par les militaires. Ce silence complice est la brèche à travers laquelle les partisans du �’qui tue qui’ se sont engouffrés pour semer le doute dans l’esprit des Algériens et porter le discrédit sur l’institution militaire occupée à combattre l’hydre terroriste» (El Watan, 4 décembre 2008). Ne se rendant pas compte de son incohérence, Nezzar cependant confirme les propos de Chadli et va encore plus loin pour dénuder le roi. Les chefs militaires, dit-il en substance, n’étaient pas unanimes dans le choix de Chadli, mais la Sécurité militaire l’a imposé.

«A ma connaissance, écrit-il, la personne pressentie pour être portée au sommet de l’Etat était le président de la République en poste actuellement. Chadli ne se serait-il pas laissé manipuler par les défunts Kasdi Merbah et Abdelmadjid Allahoum, respectivement patron de la SM et chef du protocole de la présidence de la République, à des fins qui restent à élucider ?» (idem). Nezzar confirme qu’à l’intérieur de l’armée, la Sécurité militaire joue un rôle politique prépondérant. Ja yas’a, oueddar tes’a, dirait mon père. C’est important pour le débat public que des acteurs du système apportent des informations et donnent leur version des faits et, à cet égard, l’intervention de Chadli, ancien président durant 13 ans (en termes d’années, il a autant régné que Boumediène), est un matériau de sociologie politique du régime dont l’opacité est légendaire. Ses propos confirment que le commandement militaire exerce les prérogatives de la souveraineté nationale sans que cette prérogative ne soit institutionnalisée. Ils confirment aussi que l’Etat est marqué par la bipolarité du pouvoir puisque Chadli affirme qu’il a été empêché par le «pouvoir réel» de mettre en place un régime parlementaire. Il témoigne ainsi que le président algérien, depuis la mort de Boumediène, n’exerce pas ses fonctions comme le stipule la Constitution. Sur ce point, il faudrait peut-être préciser certains aspects pour convaincre les sceptiques. En politique, le pouvoir ne se divise pas et ne se partage pas. Ou bien on est le chef, ou bien on ne l’est pas. Evidemment, un chef consulte ses subordonnées et tient compte de leurs intérêts ; il compose aussi avec les différents clans pour obtenir leur fidélité. Cependant, s’il est un chef, la décision finale lui appartient. Or celle-ci n’a jamais appartenu à Chadli, ni à ses successeurs comme l’indiquent la démission de Liamine Zeroual et l’inactivité de Bouteflika. Concernant Chadli, il y a eu au moins où il a montré qu’il n’avait pas l’autorité du chef. En juin 1990, il a été contraint de se séparer de son Premier ministre Mouloud Hamrouche à qui il était reproché d’avoir supprimé la «Fiche bleue» par laquelle toute désignation aux fonctions de l’Etat devait avoir l’aval de la Sécurité militaire.

Les attributions de la souveraineté de celle-ci ne se limitaient pas au choix du président de la République. La deuxième occasion a été l’annulation en janvier 1992 des élections législatives contre l’avis du président amené à quitter sa fonction comme un simple fonctionnaire congédié pour faute professionnelle par son supérieur hiérarchique. C’est là l’explication de la hargne contre Nezzar, à l’époque ministre de la Défense et porte-parole du pouvoir réel.

Un système construit sur la notion
de souveraineté nationale

Les propos de Chadli soulèvent le problème du fondement de l’autorité en Algérie, de sa structure et de sa traduction dans le droit public, en rapport avec l’armée, issue du mouvement national. Le système politique algérien repose sur une culture politique héritée de la lutte anti-coloniale. Dans cette culture, la notion de souveraineté nationale, empruntée paradoxalement à l’ancienne métropole, est centrale, et c’est autour d’elle que le mouvement national s’est constitué. Pour les militants du PPA-MTLD ou de l’UDMA, la souveraineté nationale signifiait l’affirmation de la nation algérienne à libérer de la domination coloniale. Il faudra alors interroger ce concept sur le plan théorique et analyser son usage après l’indépendance pour comprendre le fonctionnement et les contradictions du régime algérien. Selon R. Carré de Malberg, professeur français éminent de droit public du début du XXe siècle, le concept de souveraineté appartient à l’histoire de la France et n’a pas d’équivalent dans d’autres langues, notamment l’anglais et l’allemand (R. Carré de Malberg, Contribution à la théorie générale de l’Etat, Librairie Sirey, 1920, tome 1, p. 73).

Ce concept a néanmoins marqué le discours des élites nationalistes en Algérie qui en ont fait un slogan mobilisateur contre la domination coloniale. Cependant, il montrera ses limites à construire un système politique cohérent après l’indépendance. Il faut rappeler qu’en France, la notion de souveraineté nationale s’est opposée à celle de souveraineté populaire. De la Révolution de 1789 à la IVe République, l’histoire politique de la France a été marquée par cette opposition de deux conceptions de la légitimité (Cf. G. Bacot, Carré de Malberg et l’origine de la distinction entre souveraineté du peuple et souveraineté nationale, éditions du CNRS, Paris, 1984). La Constitution de 1946, suivie par celle de 1958, opère une synthèse des deux en stipulant dans son article 3 que «la souveraineté nationale est exercée par le peuple». Les Constitutions algérienne de 1963 à 1996 reprennent mot à mot cet article, mais il n’a aucune traduction institutionnelle dans la vie politique. Le fonctionnement de l’Etat en Algérie n’obéit pas à la Constitution, et c’est pourquoi la dernière modification s’est déroulée dans l’indifférence des citoyens qui n’ont même pas été consultés.

Pour un sociologue, la Constitution n’est pas d’un grand secours dans l’analyse du système politique algérien à qui elle sert d’écran de fumée. Il lui faut tenir compte des rapports réels d’autorité qui se dévoilent dans la pratique quotidienne et dans les événements que rapporte la presse.

A cet effet, il faut partir de l’hypothèse – que les déclarations de Chadli et Nezzar ont confirmée – que l’armée exerce les prérogatives de la souveraineté nationale. Boumediène avait institutionnalisé ces prérogatives à travers le «Conseil de la révolution», organe composé des anciens chefs de wilayas et des chefs en exercice des régions militaires. Boumediène ne cachait pas que son pouvoir provenait de la légitimité historique, de la nation que l’ALN a libérée de la domination coloniale. Il a essayé de faire relayer cette légitimité historique par la légitimité populaire en réalisant un programme d’industrialisation ambitieux dont l’échec a créé une situation économique inextricable pour avoir gaspillé les ressources provenant de l’exportation des hydrocarbures. Chadli Benjedid a eu à gérer le bilan de Boumediène avec un prix de baril de pétrole à 12 dollars à partir de 1985. Trois années plus tard éclataient les émeutes d’Octobre qui allaient introduire des réformes menant vers le multipartisme.

Mais le régime a accepté le multipartisme tout en refusant l’alternance électorale. A cet effet, il contrôle plusieurs partis qui ne sont indépendants qu’en apparence et bannit ceux qui n’acceptent pas sa logique.

Dans le système politique, l’armée, dépositaire de la souveraineté nationale, est au-dessus de l’Etat, dont les fonctionnaires, à leur tête le président, sont mandatés par elle pour diriger les services du gouvernement. Le président reçoit mandat de l’armée pour exercer une autorité destinée à remplir une mission précise : renforcer la souveraineté nationale en créant les conditions économiques, sociales et culturelles de son épanouissement. Dans ce schéma, la nation a une prééminence sur l’Etat comme si l’une pouvait exister sans l’autre. Ceux qui parlent au nom de la nation s’attribuent la légitimité de désigner ceux qui dirigent l’Etat. Mais la distinction entre les deux est une fiction et tous les spécialistes de droit public sont d’accord pour dire que la nation est l’Etat et l’Etat est la nation. Celle-ci n’a aucune existence juridique en dehors de l’Etat, et c’est pourquoi le concept de souveraineté nationale est insuffisant pour construire un système politique cohérent et viable.

Que signifie aujourd’hui la notion de souveraineté nationale dans un monde soumis aux flux transnationaux sur lesquels les Etats ont peu de prise ? Quel est le poids politique des armées dans un monde post-westphalien où la guerre entre Etats est désormais illégale du point de vue international ? Quel est le devenir d’une nation si elle n’a pas d’Etat à qui la population fait confiance ? Les spécialistes de relations internationales, de science politique et de droit public se demandent si la notion de souveraineté nationale n’est pas dépassée dans un monde qui a radicalement changé durant les 50 dernières années (Cf. les travaux de B. Badie en France et de S. Krasner aux USA). Si l’on définit la souveraineté nationale comme la capacité d’un pays à assurer son indépendance, il faudra convenir que l’Algérie n’est pas un pays indépendant. Savons-nous que la société algérienne est aujourd’hui plus dépendante de l’extérieur que sous la colonisation sur le plan alimentaire, pour prendre cet exemple ? Savons-nous que cette dépendance est en train de s’approfondir sur les plans culturel, technologique, militaire… ?

Dès l’indépendance, le régime a lâché la proie pour courir derrière une ombre. Au lieu de bâtir un système politique sur le socle de la souveraineté populaire, il l’a bâti sur les sables mouvants de la souveraineté nationale que s’est appropriée l’armée. C’était une impasse parce que la nation, à l’inverse de l’Etat, n’est pas une catégorie opératoire dans le droit public. Tous les spécialistes de droit public en conviennent : la nation n’a pas de personnalité juridique en dehors de l’Etat. N’importe qui peut parler au nom de la nation, alors que seules les personnes mandatées parlent au nom de l’Etat. Qui a permis à Chadli Benjedid de parler au nom de l’Etat quand il était en fonction ? C’est l’armée, bien sûr. Qui permet à l’armée de choisir le président au nom de la nation ?

Les martyrs. La nation est une collectivité qui rassemble les générations passées, présentes et futures. Dans ce cas, elle est une idée abstraite, à l’opposé de l’Etat qui exerce l’autorité sur des vivants qui lui imposent d’être représentatif et de rendre compte de l’usage de l’autorité qui leur appartient en tant que peuple souverain.

Nous devrions savoir gré à Chadli Benjedid pour avoir ouvert ce débat dont l’enjeu est le passage indispensable de la souveraineté nationale à la souveraineté populaire.

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Interview du Président du GPRA, M. Ferthat Abbas, par Sophie Vidal

Posté par algeriedemocratie le 28 décembre 2008

le quotidien d’oran 27 decembre 2008

Interview du Président du GPRA, M. Ferthat Abbas, par Sophie Vidal

par Ahmed Abi-Ayad *

Interview du Président du GPRA, M. Ferthat Abbas, par Sophie Vidal dans histoire(16) spacerSi l’Histoire nous renvoie à plus de deux siècles avec le colloque sur l’Emir Abdelkader, la Mémoire est encore là, bien vivante, comme nous l’avons constaté tout au long du mois de novembre, à travers la presse. Elle nous rappelle, bien évidemment, certaines réalités et attitudes des acteurs de la Guerre d’Algérie.

L’ouvrage de l’Uruguayenne Sophie Vidal de Magarinos, l’Algérie : le Martyre d’un peuple,1que nous avons présenté succinctement dans Le Quotiden d’Oran, tout dernièrement, présente par ailleurs, un témoignage important et révélateur, d’une entrevue que le Président du GPRA, M. Ferthat Abbas, lui avait accordée à Tunis.

Voici la traduction du texte intégral de cette entrevue:

Avec ma visite à Tunis, se termine définitivement une étape. Commencée il n’y a pas longtemps, elle me paraissait pourtant très longue. Les endroits visités et les paroles entendues étaient nombreuses, diverses et les impressions reçues si intenses. Je pensais à tout cela pendant que j’attendais d’être reçue par le Président du Gouvernement Provisoire de la République d’Algérie, M. Ferhat Abbas, qui m’avait accordé une entrevue particulière dans sa résidence.

J’ai beaucoup entendu parler de ce chef révolutionnaire, dont le nom est cité quotidiennement à travers le monde. Nombreuses et très diverses sont les opinions que j’avais entendues à son sujet dans les cercles français. Alors que certains le considéraient comme une personnalité modérée, c’est-à-dire « traitable », d’autres lui imputaient l’échec de toutes les négociations initiées jusqu’à présent. Il en est même qui l’accusaient ouvertement de livrer l’Algérie au communisme et quelques-uns l’appelaient le pantin de Moscou ou de Pékin, d’où précisément il venait d’arriver. J’ai eu l’occasion de connaître personnellement quelques chefs du FLN, entre autres, Maître Ahmed Boumendjel, qui traînait l’échec des négociations de Melun, et le ministre des Affaires extérieures, Krim Belkacem, dont la réputation de « cruauté et d’intransigeance », bien cultivée dans la presse, ne me paraissait pas justifiée à simple vue.

Au bout de quelques minutes d’attente dans la résidence, précédé par un serviteur porteur d’un plateau avec les inéluctables tasses de café — signe invariable de bienvenue dans tout foyer arabe —, je vis apparaître le président. Avec de cordiales paroles, il s’excusa du retard motivé par une réunion. Je savais qu’il était très occupé ces derniers jours depuis son retour, qu’il ne recevait aucune visite mais avec moi, il avait fait une remarquable exception pour laquelle je l’ai vivement remercié.

Le Président du GPRA est un homme de taille moyenne, je dirais vieilli un peu prématurément, dont le sourire affable et la parole reposée font qu’on se sent immédiatement à l’aise à son côté. Il dégage une authentique suggestion de sincérité et de conviction et, par moments, son regard croise quelque chose comme un scintillement de préoccupation, comme s’il reflétait le poids de la grande responsabilité qu’il supporte et qui est sans doute celle qui fait que ses épaules paraissent légèrement courbées.

A la suite de quelques chaleureuses paroles sur l’Uruguay, dont il avait visité la capitale, il y a quelques années, selon ses dires, il me demanda avec intérêt le motif de mon voyage et ce que je désirais savoir. Oubliant complètement les questions que j’avais préparées à l’avance qui, en ce moment, me parurent froides et impersonnelles, je me suis laissée aller à suivre simplement le fil d’une conversation qui devint vite passionnante.

Sophie Vidal: Je connais très peu M. le Président, lui dis-je, au sujet des causes qui conduisirent à la Révolution. Nous n’avons pas dans mon pays beaucoup de sources d’information de toutes les provenances…

Ferhat Abbas : Ce n’est pas facile, répondit-il, de vous l’expliquer en quelques mots. La meilleure définition est peut-être celle que formule Alain Savary dans un livre que je vous recommande de lire : « Nationalisme Algérien et grandeur française », qui dit plus ou moins ceci : « Une insurrection ne peut être considérée comme un phénomène sans relation avec le milieu, uniquement provoquée par l’inconduite de quelques hommes, dont la seule préoccupation est tout simplement celle de causer du mal à son prochain par méchanceté ou fanatisme. Elle ne peut également être causée par une agitation diffusée et exploitée par une propagande étrangère aux buts impérialistes au sein des populations dépourvues de maturité politique… C’est plus profond que tout cela et ses racines sont toujours économiques, sociales et politiques».

S.V.: Cela est facilement compréhensible, mais quelles furent les causes concrètes qui déterminèrent le soulèvement final ?

F.A.: Le comportement des Français en Algérie et, sur le plan politique, le constant échec de toutes les tentatives d’évolution de la part des musulmans.

S.V.: Vous vous référez aux colons ou aux Français en général ?

F.A.: Aux Français en général, mais principalement aux colons. Ceux-là ont toujours peur que toute tentative d’amélioration ou d’évolution des musulmans apportera tôt ou tard une remise en question de leurs droits et privilèges, base de leurs fortunes, et aussi de leur influence politique très puissante dans certains cas.

S.V.: C’est pour cette raison qu’ils se sont toujours opposés à toute mesure tendant à atténuer les dures conditions dans laquelle vivait la population ?

F.A.: Oui. Malheureusement, ceux qu’on appelle aujourd’hui les « ultras » ont toujours existé. Pour eux, ils considéraient comme d’une importance vitale leur lutte pour empêcher la compétence musulmane dans toutes ses formes ; et cela ne pouvait que continuer à nous maintenir dans un état de totale sujétion.

S.V.: Je crois pourtant que le Gouvernement français a essayé de sanctionner quelques lois plus ou moins progressistes, surtout après la Libération. Est-ce exact ?

F.A.: Oui, admit le Président d’un léger haussement d’épaule, mais ils ont toujours échoué, ils ne sont jamais passés à de véritables projets. Savez-vous quel fut l’argument que les colons ont donné à l’Assemblée française lorsque, en 1894, on a parlé d’augmenter l’enseignement dans les milieux musulmans ? : « Il n’y a pas de besoin d’écoles pour montrer notre force et la générosité est inutile dans un pays qui ignore la reconnaissance.» (Il cite un Français, C.H. Favrod). Et ainsi, les projets de loi n’étaient pas approuvés, les statuts ne s’étaient pas accomplis et les élections étaient forgées.

Par contre, il ajouta :

Toute manifestation de protestation de la population était réprimée brutalement. Parfois, de façon tragique, comme à Sétif, en 1945, quand moi-même je fus incarcéré. Contre cent deux morts européens, on a parlé de quinze mille musulmans victimes de la répression menée par l’Armée. Vous croyez que cela s’oublie facilement ?

Pendant que moi je l’écoutais sans perdre un mot, il continua :

et malgré tout, pendant longtemps, nos revendications consistaient seulement à demander l’intégration à la France, pas l’indépendance. Si un jour, on écrit avec impartialité l’histoire de ces faits, on pourrait l’intituler : « Histoire des occasions perdues ». Après avoir combattu au côté de la France dans plusieurs guerres, nous croyons avoir le droit, pour le moins, d’obtenir la nationalité française, la suppression de l’indigénat, la diminution des pouvoirs disciplinaires des administrations, une grande représentation à l’Assemblée, l’accès aux fonctions publiques, le développement de l’enseignement, la liberté du culte…

S.V.: Et l’avez-vous obtenu, au moins partiellement ?

F.A.: Jamais. Tout fut systématiquement rejeté depuis toujours.

S.V.: La passionnante conversation menaçait de trop se prolonger et il me restait encore beaucoup de questions à poser. Moi, je voulais savoir quelle serait la situation des colons européens une fois l’Algérie libérée, point fondamental chaleureusement discuté. Pour toute réponse, le Président m’a remis une brochure intitulée : « Appel aux Européens d’Algérie », datée du 17 février 1960.

F.A.: Permettez-moi de mentionner quelque chose de plus sur ce que j’ai dit ici : je peux vous assurer que ce ne sont pas des paroles vaines. Par ailleurs, n’avez-vous pas rencontré par hasard des Français résidant au Maroc, ou ici même à Tunis ? N’avez-vous pas parlé avec eux ? Se sentent-ils malheureux ? Il y a des années que les Français d’Algérie se disent Algériens. Personne ne leur dispute cette appartenance. L’Algérie appartient à tous, quelle que soit leur origine, leur langue ou leur religion. Aujourd’hui, les colons ont peur de l’indépendance et pourtant, c’est la seule chose qui nous unira et nous réconciliera tous, en nous libérant enfin de la servitude, de la peur et de la haine. Dans l’Algérie de demain, il y aura place et travail pour tous et toutes les valeurs et intérêts légitimes seront respectés.

S.V.: La sérénité avec laquelle Ferhat Abbas m’avait parlé jusqu’à maintenant changea brusquement lorsque j’ai fait remarquer :

J’ai lu plusieurs fois que le GPRA est en train de compromettre l’Algérie avec le communisme, en acceptant l’armement et l’aide chinoise et soviétique, ce qui signifie un danger pour la paix…

F.A.: Et que prétendent-ils que nous faisions ?

Censuriez-vous un homme qui est sur le point de se noyer si, pour ne pas mourir, il saisit la première planche qui flotte à son côté ? Nous avons en vain tenté d’attirer l’attention du monde sur la justesse de notre lutte, nous avons fait appel chaque année aux Nations unies, en nous soumettant au préalable à leur arbitrage pour qu’on nous accorde le droit à l’autodétermination… Je sais que l’Occident se demande quel a été le résultat de nos conversations avec Pékin et que, probablement, cela aura la vertu de susciter leur intérêt envers nous. Plusieurs pays nous ont fait la faveur de nous avertir « amicalement » contre les dangers de l’aide chinoise. Selon eux, il est préférable de se laisser tuer par les armes occidentales que de se défendre avec les armes orientales… Cela vous paraît juste ?

S.V.: Non, mais le communisme !…

F.A.: Le communisme ! (Il m’interrompit de nouveau), ce n’est qu’un épouvantail traditionnel destiné à tromper et effrayer les pays d’Occident. Il ne menace pas l’Algérie sauf dans la mesure où le colonialisme et ses méthodes inhumaines lui ouvriront les portes. C’est à Paris où les rares communistes algériens reçoivent des ordres, pas dans notre pays où la masse de la population le méconnaît complètement. C’est pour cette raison que le Parti Communiste Algérien (PCA) a disparu presque totalement, à cause de la prépondérance des éléments européens qui n’ont jamais su comprendre le véritable caractère national de la guerre de libération que soutient l’Algérie. J’ajouterai ceci pour vous le démontrer : Savez-vous qui, avec grande véhémence, était à la tête de la répression du soulèvement de Sétif dont nous avons parlé il y a un moment et qui a coûté tellement de vies ? Des dirigeants français du PCA… ! Ne croyez pas que nous l’avons oublié.

S.V.: Pourquoi l’ont-ils fait ?

F.A.: Simplement parce qu’ils ont cru à l’impossibilité de la libération nationale sans le triomphe de la révolution prolétaire en France et ils se sont toujours opposés avec ténacité à la rébellion armée, parce qu’ils refusaient le caractère révolutionnaire du mouvement et prétendaient défendre ainsi la classe ouvrière algérienne contre le « danger de tomber entre les mains d’une bourgeoisie arabe réactionnaire » ; parce qu’une révolution nationale qui n’obéit pas à sa direction ne les intéresse pas ; parce que le commandement communiste, bureaucratique, sans contact avec le peuple, tourne le dos à la réalité; finalement, parce qu’il est étranger à nos convictions et à nos aspirations. Regardez autour de vous, quel pays arabe s’est laissé influencer par les doctrines communistes ?

Ferhat Abbas resta un moment silencieux, il continua :

Il y a des moments où la cécité de l’Occident me remplit de stupeur. Croyez-vous que la France aurait pu supporter seule le poids de cette guerre colonialiste et les énormes dépenses qu’elle lui occasionne (6 000 millions de francs quotidiens), à moins que ce soit par les crédits américains et l’aide militaire des pays du Pacte de l’Atlantique, c’est-à-dire de l’OTAN ? Cependant, lorsque le Président Truman parla au Congrès des EE.UU sur le Pacte projeté, le 29 janvier 1949, il déclara à la fin de son discours : « Nos alliés sont les millions d’êtres qui ont faim et soif de justice ». Faudra-t-il croire que ce n’est que pure propagande ! ?

S.V.: Quelle est, concrètement, l’aide militaire et financière accordée à la France dans le cadre de OTAN ?

Le président se leva et, au bout d’un instant, revint avec un dossier qu’il commença à regarder :

F.A.: Voici le texte d’un « mémorandum » que nous avons distribué à tous les membres de la délégation aux Nations unies expliquant les raisons qui ont fait que nous dénoncions le Pacte. En vertu de celui-ci, la France s’est compromise à mettre à la disposition de l’ OTAN en Europe trois Divisions : deux à l’Est et une à l’Ouest. Ce sont des Divisions de l’infanterie motorisée et une Division Mécanisée Rapide. Les trois, totalement équipées par l’OTAN, et même le matériel sanitaire se trouvent aujourd’hui en Algérie. Quant à l’armement, jetez vous-même un regard sur cette liste (me dit-il en me la remettant). Tout cela a été fourni à la France par les Etats-Unis et leurs alliés.

S.V.: La liste était impressionnante et comprenait des armes, des hélicoptères et des avions de tous types et des bateaux de guerre, soit un total de près de cent mille tonnes ; presque le quart de la Marine française. Toutes les unités mises à la disposition de la France l’étaient avec une dotation complète de munitions et bombes, incluant celles de « napalm » de fabrication nord-américaine.

F. A.: En 1957 et 58 (continua Ferhat Abbas en regardant le « mémorandum »), les achats en armement de la France aux Etats-Unis s’évaluaient à 500 millions de dollars et les crédits qui lui furent accordés cette même année par les Etats-Unis et quelques pays de l’OTAN, le 30 janvier 1958, s’élevaient à 655 millions de dollars destinés à la poursuite de la guerre en Algérie. Il reste seulement à rajouter que la France utilise, depuis voilà six années, ses bases au Maroc et en Tunisie, principalement à Bizerte, pour survoler la frontière des deux côtés. Il est certain que les deux pays réclament incessamment l’évacuation de ces bases. Ne pourrait-on pas dire, en conséquence, avec justice, que c’est l’Occident qui nous fait la guerre ?

S. V.: J’ai évité la réponse qui me faisait mal et j’ai demandé :

Quel coût a-t-elle eu la guerre en vies humaines ?

F. A.: Plus d’un million de morts algériens, m’a-t-il répondu sans vaciller. Et il ajouta : croyez-vous que dans les pays sud-américains, ils ont une idée claire de ces faits ?

S. V.: Je ne le crois pas. Bien au contraire, presque tout le monde les ignore et si nos peuples sympathisent profondément avec votre cause, ils le font instinctivement, c’est-à-dire sans connaître à fond les réalités qui la justifient. Vous devriez les divulguer, en intensifiant la propagande.

F. A.: C’est difficile et c’est cher. Nos moyens sont limités. Comment rivaliser avec la parfaite organisation et les moyens dont dispose la France ?

S. V.: Je voudrais vous demander quelque chose de plus : la France a toujours proclamé qu’elle ira négocier seulement avec toutes les parties, refusant au FLN le droit de parler au nom de tout le peuple algérien…

F. A.: Il y a toujours ceux qui prétendent tirer profit des circonstances, répondit-il vivement, puis, sans me laisser terminer la phrase :

Mais dans une révolution, ont le droit d’être écoutés seulement ceux qui combattent et non pas ceux qui se limitent à parler. Sinon, quelle autre raison a invoqué le général De Gaulle lorsqu’il s’est octroyé le droit d’être le chef de la France Libre ? Et en France, il existait alors d’autres « tendances » et même un Gouvernement constitué et reconnu… Il est moins admissible encore de prétendre écouter, ou mieux faire parler des groupes ou des personnes supposément révolutionnaires, mais qui, en réalité, se sont rabaissées jusqu’à se prêter au jeu des oppresseurs. Personnes, qui, dans le meilleur des cas, n’ont pas lutté ni vécu en Algérie, mais qui résident confortablement en France même. Voulez-vous la preuve ? dit-il vivement.

S.V.: Il chercha entre ses papiers et ajouta en me montrant un :

F. A.: M. Soustelle a dit, textuellement en novembre 1955, au professeur Massignon : « Messali est ma dernière carte »… Non, croyez-moi, le futur de l’Algérie appartient aux jeunes. Eux sont du FLN. Aucun autre accord ne sera ratifié par la génération montante…

S.V.: Il faisait presque nuit. Ma visite avait duré beaucoup plus que je ne l’avais imaginé. Un peu confuse, je me levai pour faire les adieux. En s’inclinant devant moi, le Président ajouta ces quelques paroles :

F.A.: Dites, lorsque vous retournerez dans votre pays, que nous faisons confiance à la sympathie et à l’adhésion des peuples latino-américains et qu’ils ne devront pas oublier que leur lutte pour l’indépendance et la liberté fut très semblable à la nôtre.

S. V.: Cependant, je me sentais obligée de lui dire :

Tous ne l’ont pas montré ainsi aux Nations unies !…

F. A.: Je le sais déjà. Mais c’est que les gouvernements n’expriment pas toujours l’authentique sentiment de leurs peuples. Il y a malheureusement trop d’intérêts au milieu des compromis économiques, politiques… Mais viendra le jour où ils ne pourront pas continuer à les ignorer. J’ai foi que cela ne tardera pas trop, ajouta-t-il en souriant.

Je descendis les escaliers qui conduisent au jardin. Avant de monter dans l’automobile, je me suis retournée pour saluer une dernière fois cet homme qu’attendaient encore des moments très difficiles. Le Président leva lentement sa main droite et la ramena à son front en disant : « Que la paix soit avec vous…»

S. V.: Quand vont-ils l’atteindre eux !…

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madame anissa boumedienne repond à chadli

Posté par algeriedemocratie le 27 décembre 2008

La sortie médiatique de l’ancien président de la République, Chadli Bendjedid, à partir d’El- Taref continue de susciter des réactions sur la scène politique. Ce jeudi, la veuve du défunt président Houari Boumediene, Mme Anissa Boumediene, a qualifié les propos de Chadli relatifs à sa succession à mon mari de «mensongers ».
Rosa Mansouri – Alger (Le Soir)- «Le nom de Chadli n’a jamais effleuré l’esprit de mon défunt mari lorsqu’il était question de chercher l’homme qu’il fallait pour lui succéder au pouvoir», a déclaré Mme Boumediene, à l’occasion de la tenue d’une conférence sur la commémoration du 30e anniversaire de la mort de Houari Boumediene, organisée par l’association Mechaâl Echahid. Dire des vérités historiques, c’est aussi la volonté de la veuve de Boumediene, mais telles qu’elles se sont déroulées et avec des preuves et des archives si cela est possible. Déclarant être restée au chevet de son mari pendant toute la période de son hospitalisation à Moscou, jusqu’à sa mort, la veuve du président Boumediene apporte son témoignage sur la question de la succession à son mari. «Deux noms seulement sont revenus dans les discussions de mon mari et lors de ses consultations. Ce sont les deux hommes, les seuls d’ailleurs qui sont venus le voir à Moscou. Il s’agit de Ahmed Taleb El Ibrahimi et Abdelaziz Bouteflika», a-t-elle affirmé. Elle ne dira, cependant, pas, si les deux hommes sont partis à Moscou sur la demande de son mari ou bien pour solliciter son appui à leur candidature. «Une chose est sûre, jamais la candidature de Chadli n’a été évoquée. C’est complètement erroné et faux», insiste-t-elle. Rebondissant également sur l’exécution du colonel Mohamed Chabani, Anissa Boumediene nie toute implication de son défunt époux dans cette affaire. «Il n’a jamais condamné quelqu’un à mort, y compris les responsables de tentatives de son assassinat. Quand il a appris l’intention de Ben Bella d’exécuter le colonel Chabani, il l’a appelé pour lui demander de ne pas le faire. Mais Ben Bella, devant des pressions, s’est empressé à commettre son forfait», témoigne-t-elle. Interpellée, par ailleurs, pour donner des explications sur le putsh du 19 juin 1965, Mme Anissa Boumediene commence par rappeler l’amour qu’il portait pour son pays, en précisant que l’Algérie avait à l’époque sa place dans le concert des nations. Boumediene était ministre de la Défense sous le règne de Ben Bella. «Ce qui s’est passé, c’est que lors d’un sommet restreint qui s’est tenu avec Djamel Abdennasser et Bourguiba, Ben Bella a décidé de céder à ce dernier une parcelle du territoire algérien. C’était évidemment une décision inadmissible et inconcevable», fait-elle remarquer. Voulant fermer la parenthèse sur cette affaire, elle a déclaré : «Ne me parlez pas de Ben Bella s’il vous plaît, car il y a à dire et à redire sur cet homme.» Et d’ajouter, toutefois que lorsque Boumediene a ouvert les prisons en 1965, il a trouvé 1 200 personnes emprisonnées, notamment des personnalités qui ont participé à la guerre de Libération nationale. Interrogée sur le mal dont souffrait son mari, Anissa Boumediene affirme qu’effectivement, «la maladie a été subite». Elle refuse de porter des accusations, ni commenter les rumeurs qui font état d’une tentative d’assassinat. Elle éclatera en sanglots : «Dieu seul sait ce qui s’est passé.» Son regard, à elle, dit tout autre chose. Avant de terminer, Mme Boumediene a tenu à souligner que «si son mari était encore en vie, l’Algérie n’aurait jamais connu le terrorisme». Un jour, peut-être, elle sera prête à confronter «ses mémoires» à celles de nombreux dirigeants de ce pays…
R. M.

le soir d’algérie 27 decembre 2008

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un détenu de guantanamo extradé vers l’algérie

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

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scandale sexuel au fmi

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

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PETITE BIO DE AIT MENGUELLET

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

Lounis Aït Menguellet

Lounis Aït Menguellet (Lewnis At Mangellat) (né le 17 janvier 1950 à Ighil Bouammas en haute Kabylie) est un chanteur et guitariste algérien kabyle contemporain.

 

Davantage poète que chanteur, il demeure probablement l’un des artistes les plus populaires et les plus attachants de la chanson kabyle contemporaine, un poète qui est devenu le symbole de la revendication identitaire kabyle. À propos des évènements qui ont secoué la Kabylie ces dernières années, il dit que, égale à elle-même, la région est un bastion de la contestation et qu’elle a toujours été à l’avant-garde des luttes. « Je parle de la Kabylie à ma façon, afin d’apporter quelque chose pour que les choses évoluent », avant de s’empresser d’ajouter qu’il ne fait jamais de politique. Il a écrit quelque 150 chansons et fait l’unanimité parmi toutes les générations kabyles.


 Biographie

Le prénom Lounis lui a été transmis par sa grand mère, parce qu’elle l’aurait entendu en rêve quelque temps avant le 17 janvier, date de sa naissance. Son oncle paternel, émigré en Oranie, lui choisira un autre prénom, celui d’un de ses meilleurs amis: Abd Ennebi, prénom qui restera ignoré de tous, y compris de Lounès lui même jusqu’au moment où, à Alger, on exigera les papiers du jeune écolier. Il passa les premières années de son enfance dans son village natal avant de déménager à Alger chez ses frères Smaïl et Ahmed. Il fréquente l’école primaire puis le collège Technique du Champ de Manœuvres où il reçoit une formation d’ébéniste. Lounis n’aime pas les études, puisque, dit-il, on peut tout trouver dans les livres.

La carrière de Lounis Aït Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, plus sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, plus politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture plus approfondie des textes. Ahkim ur nsaa ara ahkim (Pouvoir sans contre-pouvoir), Idul sanga anruhNekni swarach n ldzayer (Nous, les enfants d’Algérie) : Aït Menguellet choisit délibérément dans ses concerts récents de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invitation lancée à son public à une réflexion et à une découverte. 

En présentant son nouvel album à la presse, le 16 janvier 2005, à la veille de sa sortie le jour de son cinquante-cinquième anniversaire, à la Maison de la Culture de Tizi Ouzou, Lounis a fait remarquer que « l’artiste ne fait qu’attirer l’attention des gens sur leur vécu et interpeler leur conscience. C’est déjà une mission et je ne me crois pas capable d’apporter les solutions aux problèmes ». Aigri par la situation sociale et politique de son pays déchiré, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts.


Une enfance marquée par la guerre d’indépendance

Il a vécu une enfance difficile, partagé entre sa région natale et Alger où il s’installera un temps chez ses frères Smail et Ahmed. Ses parents exerçaient une activité de commerçants. « Ma famille avait pour tradition le commerce. On avait une sorte de ferme et des magasins dans l’Oranais, à Rahouia. Les hommes y allaient à tour de rôle pour faire marcher les commerces. Les femmes et les enfants restaient en Kabylie ». Il aura à peine le temps de commencer ses études primaires à l’école de son village : « J’y suis allé pendant une année, avant que l’école ne soit détruite, brulée par les Moudjahiddines ».

La suite ? « Elle a été un peu compliquée. J’ai tenté de reprendre les études au village, et j’ai fait quelques années encore avant l’indépendance. Puis, après 1962, je suis parti avec mes frères sur Alger où j’ai repris le cursus primaire dans une école aux Champs de Manœuvres, et de là, j’ai atterri au collège d’enseignement technique dans lequel je suis resté trois ans ».

Au cours de la dernière année, Lounis doit tout abandonner après la mort, dans un accident de la circulation, de son grand frère, jeune commissaire de police à Alger, qui l’avait à sa charge et s’occupait de lui depuis le départ du père à Oran.

Pendant ses études – il suit une formation d’ébéniste dans un collège technique – il s’éprend de littérature, grâce à un professeur particulièrement pédagogue, et commence à écrire des poèmes, qu’il chante dans la plus pure tradition orale de la poésie berbère.

Obligé de travailler pour vivre, Lounis trouve un emploi de secrétaire subdivisionnaire au ministère des Travaux publics. Mais, parallèlement, il commence à se lancer dans la chanson, sans penser encore à devenir chanteur.


Les débuts dans la chanson

Ses débuts dans la chanson remontent, à l’année 1968. Il avait à peine dix-huit ans lorsqu’il crée avec quelques copains le groupe Imazighen. « On était des débutants, on a beaucoup bourlingué, fait des galas, des fêtes un peu partout en Kabylie. Je me rappelle bien de ce gala qu’on avait fait à la salle des fêtes de Tassaft. Elle était archicomble, et j’en garde un très bon souvenir. C’était notre premier gala réussi, ça nous a vraiment galvanisés ». Des pères blancs avaient mis à leur disposition une pièce pour que le groupe puisse répéter. Et au 1er étage, Mouloud Mammeri dispensait des cours de langue amazighe ; Lounis apprendra l’alphabet tifinagh grâce à l’écrivain.

Un an plus tôt, en 1967, son cousin Ouahab l’avait pris presque de force pour l’emmener subir l’incontournable et très redouté passage à l’émission Nouva Ihafadhen de la Radio kabyle que Cherif Kheddam, une grande figure de la modernisation de la chanson kabyle, consacre à la découverte des « chanteurs de demain ». Il y chante sa première chanson, composée en 1966, à l’âge de seize ans, à la suite de sa première (et dernière, avouera-t-il plus tard) déception amoureusee, Ma trud ula d nek kter (Si tu pleures, moi je pleure encore plus). Celui qui avait l’habitude de chanter entre copains sous le clair de lune d’Ighil Bouammas, son village natal, devient, en quelques mois, cette idole qui bouleverse les cœurs. Sa carrière est lancée.

Ce cousin s’occupait du groupe, et jouait un peu le rôle de manager. « C’est lui qui m’avait vraiment poussé à y aller. Dans le temps, il était au groupe comme un manager, il nous débrouillait des galas, le transport. Il était très actif avec nous jusqu’en 1970. Puis, je suis rentré au village, les autres se sont dispersés, et le groupe a fini par disparaître. Mine de rien l’expérience a quand même duré près de trois ans ».

De retour chez lui à Ighil Bouammas, Lounis est recruté comme secrétaire à la Kasma de la région, et il se marie. Mais il doit quitter son travail, après seulement quelques mois d’exercice, pour partir sous les drapeaux. Sa première fille – il aura au total six enfants – vient au monde alors qu’il accomplissait son instruction à Blida, avant d’aller faire ses dix-huit mois à Constantine.

C’est également pendant cette période que Lounis prendra son véritable départ dans la chanson. Toujours grâce à son cousin Ouahab, qui avait pris contact avec un éditeur, Yahia L’hadi (qui était aussi un célèbre chanteur arabe oranais), il enregistre en 1969 à Oran quatre chansons; dont la toute première, Ma trud ula d nek kter, pour ses deux premiers 45 tours, sortis en même temps.

Avec l’aide d’un de ses amis, Kamel Hamadi, il surmonte les obstacles imposés par la vie militaire pour continuer à enregistrer : « Kamel m’avait, en fait, beaucoup aidé à foncer. Je venais en permission le weekend, et il me réservait à l’avance le studio de Mahbou Bati à Alger pour enregistrer. À l’époque, c’était des 45 tours. Je laissais alors la bande à Kamel pour chercher un éditeur, s’en occuper, et moi je reprenais le train pour Constantine le dimanche en soirée ».

C’est ainsi qu’il ne se rendra compte du succès remporté par son second tube A Louiza, qui avec Ma selber « Je n’en savais absolument rien. Moi j’étais loin, à Constantine enfermé dans une caserne… ».


Les années d’or

Aït Menguellet était sans doute loin d’imaginer qu’il venait d’entamer une longue carrière, et que, par la suite, cette période des débuts serait qualifiée « d’années d’or », titre donné en 1987 à la réédition de ses premières chansons. À ce sujet, il précise avec modestie : « Ce titre je n’ai jamais eu la prétention de le proposer. C’est l’éditeur qui s’en est servi sans même m’aviser. Je n’aurais jamais osé. Je l’ai découvert comme tout le monde sur les jaquettes des cassettes rééditées. Alors s’il est mauvais je ne suis pas responsable, et si les gens ont trouvé qu’il convient, je n’ai aucun mérite non plus ».

Dès le départ, il se situe en rupture avec les orchestrations luxuriantes (et souvent inutiles à son avis) de la musique « berbère » de cette époque. Son langage est à la fois poétique et revendicatif. Il est devenu un symbole de la musique amazighe, à tel point qu’on l’a souvent qualifié de Georges Brassens kabyle.

Dans les années soixante-dix, il s’installe quelque temps en France, où il s’impose comme l’une des grandes figures de la chanson kabyle dans l’émigration. Il passe une première fois à l’Olympia en 1978, fait le plein au Zénith de Paris en 1985, et remplit toujours les stades de Tizi Ouzou, de Béjaïa et la salle Atlas à Alger. À partir de cette période, il commence à devenir le symbole de la revendication identitaire berbère qu’il exprimera de façon éclatante une décennie plus tard, lorsqu’il délaissera les chansons sentimentales de ses débuts pour adopter un style plus philosophique, plus politique, qui ira en s’affirmant avec des chansons fondatrices comme Agu (le Brouillard), Tibratin (Missives) et surtout Idaq wul (le Cœur oppressé).

Les gens se reconnaissent dans le malaise social dépeint par Aït Menguellet. Ses textes contiennent cette dose de subversion nécessaire à la prise de conscience d’un peuple qui revendique son identité. Lounis Aït Menguellet dérange. Le 25 octobre 1985, il est condamné à trois ans de prison ferme pour « détention illégale d’armes de chasse et de guerre ». Il est mis en isolement durant trois mois. Malgré les aléas de la conjoncture et de l’ingratitude humaine, il reste le plus populaire des chanteurs kabyles. Et surtout le plus dense et le plus profond. Parce qu’il a su garder sans doute un parfait équilibre entre l’inspiration et la technique et qu’il constitue un moment fort de la chanson kabyle moderne et de la chanson algérienne contemporaine.


Le sage a dit

Après près de quarante ans de carrière, plus de 200 chansons produites (il affirme être incapable lui-même d’en donner le nombre exact) et une notoriété bien établie, Lounis Aït Menguellet est toujours resté « ce campagnard fier », « ce montagnard au fort caractère », essayant de couler des jours paisibles dans son village d’Ighil Bouammas près de Tizi Ouzou. « La vie au village n’est pas aussi ennuyeuse qu’on le pense. Le village où l’on est né présente des attraits que d’autres personnes ne peuvent pas voir. Le fait de me réveiller le matin et de voir la même montagne depuis que je suis né m’apporte toujours quelque chose. »

Victime d’un lynchage en 2001, lié à la situation difficile que connait l’Algérie depuis le début des années 1990, il écrit deux ans plus tard Nedjayawen amkan (On vous a laissé la place), qui est censée être une chanson-réponse à cet évènement dont il refuse de parler.

En 2005, il sort un nouvel album Yennad Umghar (Le sage a dit), et fait remarquer que la sagesse qu’il chante dans ses chansons est puisée chez les petites gens qu’il côtoie. Le titre le plus long de l’album – il dure 8′ 22″ - Assendu n waman (Les brasseurs de vent) dénonce à la fois les manipulateurs d’opinion qui ont un rang officiel, mais également, toutes les voix officieuses, partisanes, généralement adeptes de la politique politicienne. Lounis constate que les brasseurs de vent « viennent, promettent. Et reviennent, oublient. Et disent, c’est ainsi que se font les choses ». Nul acteur politique n’est épargné, et c’est justement ce que certains reprochent à Aït Menguellet : son manque d’engagement. Il rétorque qu’il n’est pas chanteur engagé par vocation. Lui, il est humaniste, rebelle, observateur et porte-voix des petites gens, des humbles, de toutes ces voix écrasées par toutes sortes d’hégémonies, que l’on ne laisse jamais s’exprimer.


Un poète à la voix envoûtante

Ni philosophe, ni penseur, tout juste poète (« on me le dit si souvent que je commence à y croire »), Lounis s’interdit, dans ses chansons, de donner des leçons. « Je ne fais que de l’observation. Elle peut être juste ou fausse. Mes mots ne sont pas des vérités générales. Mais, quand je les dis, ça me fait du bien ». Avec des mots simples, il raconte la vie des gens simples qu’il cotoie, et sait transmettre une émotion qui touche un public de plus en plus nombreux, qui se presse à ses concerts. Et, avec modestie, il ajoute : « Je suis un homme ordinaire, plus ordinaire que les ordinaires ».

La voix envoûtante et profonde de Lounis Aït Menguellet porte un chant qui vient du fond des âges ; c’est celle des troubadours du Moyen Âge, celle des musiciens traditionnels de tous les peuples qui ont su préserver leur âme. Par sa seule magie, cette voix chaude transporte ceux qui l’écoutent au cœur de la Kabylie. Troubadour, chanteur-compositeur, Aït Menguellet perpétue cette tradition orale des montagnes kabyles qu’a si bien mise en évidence avant lui le grand poète Si Mohand, décédé en 1906, et qu’a chantée Taos Amrouche, sœur du poète Jean Amrouche, décédée en exil, en Tunisie.



Le chantre de la chanson kabyle

Lounis Aït Menguellet part sans cesse à la source pour puiser « une prose littéraire orale, cette prose amazigh traditionnelle dans ses différentes formes d’expression autour desquelles a évolué la mémoire collective de la société », fait remarquer Mohammed Djellaoui, auteur d’un essai sur la poésie d’Aït Menguellet, et il ajoute que le poète « met la légende et la vertu au service d’une cause ».

Cette cause, c’est celle de la culture berbère. Longtemps marginalisée, réduite à un genre mineur, la chanson kabyle, grâce à Lounis Aït Menguellet, a renoué avec le fonds traditionnel berbère qu’a chanté avant lui Slimane Azem, interdit d’antenne dans son pays durant plus de vingt-cinq ans. L’auteur de « Asefru » a su créer des formes et des structures propres à sa poésie en jouant sur l’ambiguïté de sens des mots qu’il utilise, permettant une interprétation pluridimensionnelle de la part de ses auditeurs.

En avril 1980, lorsque le wali de Tizi Ouzou décida d’interdire une conférence de l’anthropologue Mouloud Mammeri sur « La poésie ancienne des Kabyles », la population de la ville, puis des régions avoisinantes, sans parler d’Alger, où les Kabyles sont très nombreux, se souleva, à l’appel des étudiants, pour défendre, à travers les poètes anciens, la langue des ancêtres. L’un de ses défenseurs les plus ardents fut Aït Menguellet :

Reconnais ce qui est tien
Prends garde de ne jamais l’oublier!…
Langue kabyle
Celui qui t’aime
Te sacrifie sa vie
Il te vénère
Et pour toi garde la tête haute
C’est grâce à tes fils
Que l’Algérie est debout.

« Pourquoi cette véhémence ? » se demande l’écrivain Kateb Yacine dans la préface qu’il écrivit en 1989 pour le livre de Tassadit Yacine « Aït Menguellet chante », et il répond : « C’est que tamazight, notre langue nationale, depuis des millénaires, est à peine tolérée, pour ne pas dire proscrite, dans l’Algérie indépendante ! ». La puissance des chansons de Lounis réside dans la qualité de ses textes, la force du verbe : « La paix demande la parole : je suis contrainte de t’abandonner, pays pour qui j’ai l’âme en peine / Ils m’aiment en me comparant à une perdrix / Belle quand je leur sers de festin… », dit l’un de ses textes. Ou cet autre, qui clame : « Nous avons chanté les étoiles, elles sont hors de notre portée / Nous avons chanté la liberté, elle s’avère aussi loin que les étoiles ».

Conscient du rôle essentiel joué par la chanson pour le maintien et la sauvegarde de la langue kabyle, Lounis Aït Menguellet effectue, au travers de ses chansons – dans lesquelles le texte et la langue tiennent une place primordiale – un véritable travail de mémoire pour sa langue maternelle. La défense de sa langue est l’une de ses raisons de vivre : « La chanson a toujours porté à bout de bras l’âme kabyle, l’essence algérienne. Il y a plein de Kabyles qui ont appris leur langue grâce à la chanson ». Les mots du kabyle lui parlent et il continue à en découvrir : « La langue, c’est la mère, la terre ».

Chanteur à textes, Lounis Aït Menguellet n’en a pas moins introduit une recherche musicale plus élaborée dans ses chansons depuis que son fils Djaâffar, musicien lui-même, fait partie de son orchestre, qui ne dépasse pas quatre membres (deux percussionnistes, un guitariste et son fils qui joue au synthétiseur et à la flûte).

À propos de la chanson kabyle, Lounis Aït Menguellet considère qu’elle se porte plutôt bien, dans la mesure où il y a toujours de jeunes artistes qui émergent. « Il y a d’un côté, la chanson rythmée que demandent les jeunes, mais il y a aussi le texte qui reste une chose fondamentale dans la chanson kabyle», souligne le poète pour qui la chanson engagée est avant tout une liberté d’expression.

De nombreux ouvrages et études ont été consacrés à son œuvre en tamazight, en arabe et en français.


Hommage de Kateb Yacine

Dans un texte à propos de la défense de la langue kabyle, le grand écrivain algérien Kateb Yacine, décédé en 1989, rend hommage à Lounis Aït Menguellet :

« (…) Et comme l’ignorance engendre le mépris, beaucoup d’Algériens qui se croient Arabes – comme certains s’étaient crus Français – renient leurs origines au point que le plus grand poète leur devient étranger :

J’ai rêvé que j’étais dans mon pays
Au réveil, je me trouvais en exil
Nous, les enfants de l’Algérie
Aucun coup ne nous est épargné
Nos terres sont devenues prisons
On ferme sur nous les portes
Quand nous appelons
Ils disent, s’ils répondent,
Puisque nous sommes là, taisez-vous !


La discographie de Lounis Aït Menguellet comporte au total, plus de 200 chansons.

  • 1967-1974 : Période des 45 Tours, environ 70 titres.
  • ( 1975 ) : Thalt iyam – Thaghzalt 33 tours voix du globe édition brahim ounasser
  • 1976 : Anidha thedjam ammi (Luzine akham) (ou Anida n-tejjam mmi (Luzin s axxam))
  • 1976 : Live à l’Olympia
  • 1977 : Amdjahed (Ali d Ouali) (ou Amjahed)
  • 1978 : Aaathar (ou Aâettar)
  • 1979 : Ayagou (ou Ay agu) premier album avec les moustaches
  • 1981 : Almusiw (ou A lmus-iw (Askuti))
  • 1982 : Amachahu
  • 1983 : Ammi (ou A mmi)
  • 1984 : Akbaili – Egget-iyi
  • 1986 : Asefru
  • 1988 : « Les années d’or » 48 titres, reprises en 6 K7 des 45 tours des débuts
  • 1989 : Achimi (ou Acimi)
  • 1990 : Avrid n temzi (ou Abrid n temzi (tirga n temzi))
  • 1992 : Akw nikhdaa Rebbi (ou A ken-ixdeâ Rebbi)
  • 1994 : Awal
  • 1995 : Iminig egguid (ou Iminig n yid)
  • 1997 : Siwliyid thamac (ou Siwel-iyi-d tamacahutt)
  • 1999 : Inagan
  • 2002 : Inasen (ou In-asen)
  • 2005 : Yennad Umghar (ou Yenna-d wemghar)

CETTE PETITE BIO EST REPRISE DU SITE (qui merite d’etre vu) http://musique.arabe.over-blog.com

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AM8

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

Tout son répertoire en langue arabe
10 Avril 2008

Bonne nouvelle pour les fans d’expression arabe de Lounis Aït Menguellet. L’artiste a procédé à la traduction en langue arabe de tout son répertoire. Il publiera dans quelques semaines un livre, dans la langue du Coran, comprenant toutes ses chansons.
C’est l’intéressé lui-même qui a dévoilé cette information lors de son passage dans la rubrique «A coeur ouvert avec L’Expression». L’artiste fait savoir que son livre, de 400 pages, sera accessible à tous les fans. Il sera cédé à un prix très abordable. «Il ne dépassera pas les 500DA», a-t-il dit.
La traduction a été faite par M.Belkacem Saâdoune, un ancien inspecteur d’académie. «J’ai bien vérifié les traductions. Je trouve que mon message passe comme en langue kabyle», ajoute-t-il. Et de revenir sur l’idée en elle-même. «C’est un vieux projet. Il y avait déjà des traductions qui ont été faites, dans ce sens, par d’autres traducteurs. Mes quelques chansons qui ont été traduites ne sont pas destinées à la vente. Elles n’ont pas été commercialisées. Ce qui n’est pas le cas de ce livre. Il est destiné spécialement à tout le public d’expression arabe», précise-t-il. Cette énième oeuvre permettra à un large public de découvrir la poésie de Lounis Aït Menguellet.
Nombreux sont les mélomanes qui souhaitent écouter un jour Lounis chanter en arabe. Il ne le fait pas directement, mais il s’offre la possibilité de faire découvrir son patrimoine artistique.
D’autant plus que les chansons de Lounis Aït Menguellet ont atteint l’universalité. Cela, en dépit du handicap de la langue.

Tahar FATTANI

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AM 7

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

La simplicité faite homme
10 Avril 2008 Aït Menguellet et Fattani

Il raconte avec naturel les bribes d’une vie taillée dan le socle granitique du Djurdjura.

Trois heures de discussions à bâtons rompus avec Lounis Aït Menguellet ne laissent jamais indifférent. Des moments qui stimulent des questionnements, le sens, le poids des choses et les avatars de la vie. Ainsi, on est contaminés par une étrange remise en cause des préceptes préétablis et on se dit: finalement on peut porter sa culture au firmament tout en restant soi-même sans les diaprures et les extravagances qui affectent les hommes sur un podium. Tout chez Lounis suggère cela sans qu’il le dise explicitement. «Je ne veux être personne d’autre à part moi même», soutient-il avec une simplicité qui désarme le plus hardi des interviewers, fût-il Marcel Proust. A chaque fois qu’on essaie de comprendre des chansons de Lounis Aït Menguellet dans toute leur complexité, c’est justement la simplicité de l’homme qui nous surprend. Ce monument de la chanson algérienne reste entier en dépit des heurs et les malheurs qui ont jalonné son long chemin d’artiste. Mais d’où tire-t-il cette force, à rester simple jusqu’à la sagesse? Bien évidemment, de sa montagne qu’il chante et de sa «kabylité» qu’il assume. Une kabylité qu’il transcende «ni je romps ni je plie». C’est ainsi qu’il se plaît à contester le slogan fétiche «vaut mieux rompre que plier». Mais avec toutes ses tares, cette kabylité, il la brandit comme un emblème et quelquefois comme un brûlot jeté à la face des poltrons de tout acabit. «Non, je n’arrêterai pas mon gala car je ne reconnaîs pas un second Etat dans ce pays», lançait-il, stoïquement, à la face d’un commissaire de police chargé de le dissuader d’annuler son gala à la salle Atlas en 1991. «Je débarquais de ma montagne pour animer un gala dont les fonds allaient servir à la construction d’une maison de jeunes au village, mais je ne savais pas que les islamistes avaient autant d’autorité et que l’Etat était aussi absent», rappelle-t-il. «Le gala a duré 7 jours et autant de pression, une pression terrible mais il ne fallait pas céder au chantage. A la fin du gala, le même responsable de la police qui voulait me dissuader est venu me proposer de continuer à chanter encore quelques jours et ma réponse a été claire: je ne suis pas venu en provocateur…» A cette époque, l’islamisme bombait le torse à Bab El Oued. Des galas de stars internationales qui devaient se produire à Alger ont été annulés. On se rappelle de la polémique née autour de la venue, pour la première fois en Algérie, de la chanteuse Linda de Suza. Son gala a été annulé d’autorité par les islamistes. La suite de l’ascension de l’islamisme en Algérie est connue. Les assassinats, les attentats et autres crimes rimaient avec les années 90.
La même Kabylité, meurtrière celle là, pousse Aït Menguellat à rester dans son village natal à Ighil Bouamass durant ces années noires du terrorisme. «Je ne pouvais pas et je peux pas admettre que quelqu’un vienne me faire sortir de ma maison, c’est quelque chose d’inconcevable pour moi.» Et dire qu’il constituait une cible privilégiée pour les terroristes. «Je le dois à la vérité et je dis ici que je n’ai jamais reçu de menaces.» «Durant toutes ces années je n’ai pas changé mes habitudes». Allez savoir pourquoi? Lounis intrigue, inspire le respect et force l’admiration. L’homme raconte avec naturel des bribes d’une vie taillée dans le socle granitique du Djurdjura. Une montagne qu’il n’est pas près de quitter pour ne choir dans les basses plaines. «L’vaz ma ixussith udrar arux kan Ad s’semmin» (sans sa montagne, le faucon serait un simple oiseau)

Brahim TAKHEROUBT

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