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le cousin de Abane nous parle du hero

Posté par algeriedemocratie le 12 décembre 2008

Belaïd Abane, auteur et cousin du héros de la révolution, à Liberté

“La mort de Abane ne doit pas alimenter la rancœur”

Par :Farid Belgacem

1Bélaïd Abane vient de publier “L’Algérie en guerre : Abane Ramdane et les fusils de la rébellion”, aux éditions L’Harmattan, en France. Dans cet entretien, qui se lit d’un seul trait, tant il est passionnant, il évoque les souvenirs de son cousin à Azouza mais, au-delà, insiste sur l’obligation de purger l’histoire de la révolution algérienne des mythes et des mensonges, non pas pour entretenir la “fitna”, mais par souci de pédagogie pour dire à la France, qui refuse de reconnaître ses crimes coloniaux, que nous, on est capable de porter un regard serein sur notre passé.

Liberté : Bélaïd Abane, vous venez de publier l’Algérie en guerre : Abane Ramdane et les fusils de la rébellion, aux éditions L’Harmattan, en France. Cet ouvrage coïncide avec le 54e anniversaire du déclenchement de la glorieuse Révolution du 1er Novembre 1954. Pouvez-vous développer à nos lecteurs les grands axes de votre précieuse contribution à l’écriture de l’histoire de l’Algérie contemporaine ?
 Bélaïd Abane : Je suis heureux que la sortie de ce livre coïncide avec le 54e anniversaire du 1er Novembre. Qu’ai-je voulu écrire et exprimer exactement dans ce livre ? Une sorte de fresque du calvaire enduré par la “masse indigène” comme l’appelaient alors les historiens colonialistes. Ce “récit” est fait à travers 3 grandes périodes. La première est celle de la résistance à la guerre de dévastation méthodique entreprise par les colonels et les généraux de l’“Armée d’Afrique”, une guerre qui se soldera par l’écrasement physique, économique, moral et culturel de la société algérienne. Résultat : la population algérienne sera réduite de deux tiers entre 1830 et 1871, soit en l’espace de 40 ans. La deuxième période commence en effet par les premiers balbutiements d’une nation algérienne moderne alors que le sort du pays semble définitivement scellé et que la domination coloniale paraît aux yeux des Algériens comme une réalité intangible. Les fêtes fastueuses du Centenaire (1830-1930) dans un style arrogant et provocant – le régime colonial fait défiler des troupes avec les uniformes de l’“Armée d’Afrique” et des enfants en tenue de croisés —, si elles blessent douloureusement leur mémoire sont en effet perçues par les Algériens comme le signe d’une domination écrasante installée pour l’éternité. Ils n’ont alors d’autre choix que d’appliquer le principe de réalité et de s’en remettre à la légalité du vainqueur, à ses principes, à ses institutions, afin d’améliorer un tant soit peu le sort proche de l’animalité de l’immense majorité des Algériens. La troisième période est celle qui suit l’échec de la précédente. Échec des recours pacifiques, échec des voies légales, échec du parlementarisme et résurgence des procédés génocidaires pratiqués dans le passé avec le massacre sauvage et massif du 8 mai 1945. C’est celle où les Algériens commencent à s’organiser pour une forme de résistance jusque-là inédite, car elle est cette fois globale, c’est-à-dire nationale, rurale et urbaine, multiforme : politique, militaire et diplomatique, ouverte sur le monde qu’elle prend à témoin en se projetant dans l’universel. C’est le dernier round livré à l’adversité coloniale, dont l’élan se cristallisera dans l’explosion du 1er Novembre, laquelle sera bientôt relayée par un travail d’organisation, de politisation, d’unification et de coordination de tous les potentiels Algériens. Le congrès de la Soummam est l’un des moments forts de cette troisième phase. C’est en effet à la Soummam que renaîtra l’État algérien, une Algérie en guerre (le titre du livre) qui se dresse dans une quasi-unanimité nationale contre une puissance coloniale décidée à la maintenir sous sa domination. Le fil conducteur de cette période est la contribution décisive d’Abane Ramdane à cette œuvre de rassemblement, d’organisation et de conscientisation des Algériens autour de l’objectif de libération nationale et d’indépendance.

Dans votre ouvrage, une place importante est consacrée à la bataille d’Alger que vous considérez comme un moment décisif. Pourquoi ?
Une place particulière est donnée à “la bataille d’Alger” à laquelle j’ai consacré une 4e partie. Le vocable lui-même a été inventé par les officiers parachutistes. Quant au terrorisme pratiqué par le FLN, il est analysé comme le boomerang de la responsabilité collective pratiquée par l’armée coloniale dans le bled, un boomerang qui revient, implacable, à la face du régime colonial. “La bataille d’Alger” est également analysée comme un cuisant Dîen Bien Phu politique pour le nationalisme colonial français. En dépit de sa victoire militaire, le système commence à se craqueler à Alger. La fitna qui gagne la société et l’armée françaises fait tomber la 4e République et mène certains officiers dans la voie de la dérive fasciste. Le FLN en sort certes en lambeaux, mais “la bataille d’Alger” lui confère la légitimité et la représentativité dans l’opinion internationale. Il faut dire, par ailleurs, que certains historiens algériens continuent de s’empêtrer dans des préalables méthodologiques, tétanisés qu’ils sont par l’accusation de manque d’objectivité qu’ils croient suspendue au-dessus de leur tête comme une épée de Damoclès. Du reste, la longue période de glaciation de l’histoire nationale ne relève pas seulement de la censure politique, comme on a souvent tendance à le croire. Elle est surtout le fait et le résultat d’une incurable frilosité intellectuelle de beaucoup d’historiens algériens, en particulier, et des intellectuels en général. 54 ans plus tard, il est peut-être temps d’y mettre fin. Prenons l’exemple du débat sur le “rôle positif de la colonisation”. La plupart des officiels français, de droite comme de gauche, dont j’ai entendu les déclarations, disent qu’il faut laisser les historiens travailler. C’est une façon de noyer le poisson. Si vous voulez jeter le voile sur un événement grave, créez une commission d’enquête. C’est la même chose pour l’histoire. Si vous voulez la rendre opaque au plus grand nombre, confiez-là aux seuls historiens. Avec tout le respect que je dois à leur travail dont je me suis du reste généreusement inspiré, il est temps que les historiens acceptent de faire un compromis et de céder une partie de leur magistère. J’ai également tenté de donner de l’épaisseur et de l’humanité aux dirigeants du FLN et aux combattants de l’ALN, présentés dans la presse, la propagande coloniale et même plus récemment au cinéma sous l’angle de l’infériorité morale et de la perversité la plus radicale. Il y a quelques mois, je suis ressorti outré et le cœur gros du dernier film de Florent Emilio Siri, l’Ennemi intime, qui traite des problèmes de conscience, face à la répression, de deux officiers français interprétés du reste avec talent par Benoît Magimel et Albert Dupontel. Ce réalisateur qui a pourtant fait un effort louable dans la manière de traiter de la “guerre d’Algérie”, en montrant de façon claire qu’il s’agit d’une guerre de reconquête coloniale, ne s’est pourtant pas départi des représentations habituelles du fellaga sans visage, sans épaisseur, ombre menaçante et malfaisante, ni de la sempiternelle asymétrie entre le “guerrier barbare” auquel fait face le “soldat tourmenté de la civilisation” et  tous ces clichés de la propagande coloniale que je traite dans la dernière partie de mon livre. L’un des mérites d’Abane Ramdane est d’avoir œuvré et réussi à redresser dans l’opinion – car la guerre de libération était aussi une guerre pour l’opinion — l’image d’un FLN “barbare”, “fanatique” et groupusculaire, et de transformer les fusils de chasse de la rébellion en résistants nationaux légitimes contre l’oppression coloniale.

Certains s’étonneront sûrement que l’on évoque Abane Ramdane pour un 1er novembre, alors qu’il était encore en prison à l’époque du déclenchement de la révolution. Qu’avez-vous à leur répondre, vous qui avez intitulé un de vos chapitres “Abane Ramdane et le 1er novembre” ?
Abane a été effectivement libéré 2 mois et demi après le déclenchement de la révolution. Il entrera en clandestinité  début mars 1955, moins de 2 mois après son retour à Azouza. Contrairement à ce que l’on peut entendre et lire ici et là, Abane n’était pas un nouveau venu. On a même dit un inconnu. Je rappelle d’abord qu’il a été membre du comité central du PPA-MTLD, issu de la session de mars 1950  qui s’est tenue dans la ferme de Mustapha Sahraoui à Larbaâ, après avoir été à la fois chef de wilaya et responsable de l’OS. Ben Khedda, qui dresse la liste des membres du CC, est un témoin crédible et digne de foi. Abane se fera ensuite connaître en 1952 après une grève de la faim de
33 jours et lorsqu’il fera tomber le directeur de la prison d’Ensisheim en faisant parvenir une lettre au Parti qui la publiera dans l’Algérie libre que dirigeait alors Abderrahmane Kiouane. Transféré à la prison d’Albi puis à celle de Maison Carrée (El-Harrach), il est tenu régulièrement au courant de la crise qui secoue le Parti mais aussi des préparatifs du 1er novembre. Des témoignages convergents, que je rapporte en détail dans mon livre, prouvent même qu’il était étroitement associé à ces préparatifs et qu’il faisait partie d’un comité révolutionnaire de 12 membres, mis sur pied fin octobre 1954 pour prendre en charge les destinées de la résistance algérienne. Selon Rabah Bitat, dont j’ai recueilli personnellement le témoignage à la fin des années 1980, Ben M’hidi aurait même suggéré de “différer le déclenchement jusqu’à la libération d’Anselme (pseudonyme d’Abane, ndlr)”. Si vous lisez Fathi Dib, le major égyptien des Moukhabarat, chargé des affaires de la Révolution algérienne, il ne dit pas autre chose. De qui tiendrait-il ces informations si ce n’est de Ben Bella dont on peut difficilement imaginer qu’il puisse affabuler pour valoriser le rôle d’Abane. Tout cela explique pourquoi ce dernier, arrivant à Alger, prend tout naturellement sa place dans le staff dirigeant et en deviendra même l’âme et la force motrice au bout de quelques mois. Et tout cela sans complexe et sans donner la moindre impression d’avoir pris le train en marche. Si donc Abane n’était pas physiquement partie prenante au 1er novembre, il y était moralement et organiquement associé. À aucun moment, un dirigeant “historique”, pas même Ben Bella, ne viendra contester cette distribution des rôles. Ni Krim, qui s’attribuera plus tard le mérite d’avoir recruté Abane. Le chef de la zone III ne prendra ombrage du rôle central d’Abane dans le mouvement qu’au moment où il se sent lui-même un peu marginalisé au sein de la direction d’Alger. Voilà donc quelques arguments, bien plus étayés dans mon livre, qui expliquent pourquoi il n’est pas incongru d’évoquer Abane pour un 1er novembre.

Vous évoquez aussi des aspects tabous de l’histoire du Mouvement national dans cet ouvrage. Pouvons-nous en savoir plus, M. Abane ?
Des aspects tabous, non. Inédits, oui. Il n’y a pas de sujet ou de question tabous. Il faut à tout prix persévérer dans le travail de mémoire entamé par le président Chadli Bendjedid dans les années 1980 en tirant de l’oubli certaines grandes figures de l’histoire nationale comme Abane Ramdane, Mohamed Khider, Abbas Laghrour, Mohamed Lamouri, etc. Le président Abdelaziz Bouteflika, dans une démarche empreinte d’irénisme, poursuivra ce travail dès son arrivée au pouvoir en 1999 en réinstallant à la place qu’ils méritent dans l’histoire nationale ces mêmes figures et d’autres, notamment Messali El Hadj resté durant plusieurs décennies comme l’énigmatique chaînon manquant de l’histoire du nationalisme algérien. Ceux qui veulent imposer un black-out sur notre histoire nationale ne sont pas logiques. Ce sont souvent les mêmes qui interpellent la France pour lui rappeler les pages sombres de son passé colonial. Il y aurait donc une logique qui voudrait que l’on exige de la France qu’elle se penche sur son passé, qu’elle fasse son travail de mémoire et son mea culpa en reconnaissant ses fautes et les souffrances infligées au peuple algérien du fait de la colonisation et de la guerre de reconquête coloniale. Et une autre logique qui voudrait que chez nous, on jette un voile opaque définitivement sur notre guerre de Libération. La meilleure façon d’amener l’État français à reconnaître ses fautes, certes incommensurablement plus lourdes, c’est de donner l’exemple en effectuant notre propre travail d’introspection et de dire : voilà ce que fut exactement telle ou telle période de notre histoire et de reconnaître qu’il y eut faute ou que l’on pouvait faire ou agir différemment. Prenons le cas de l’affaire de Casbah Melouza que je traite dans mon livre sans faux-fuyants ni concessions d’aucune sorte. C’est une grosse tache noire dans l’histoire du mouvement de libération nationale. Il est temps de le dire et de reconnaître qu’il était possible de faire autrement. Je me suis également interrogé sur les événements du 20 août 1955 et de leur bien-fondé tactique et stratégique. Quant à l’assassinat d’Abane Ramdane, il est traité de manière sereine et apaisée dans un 2e livre qui sera publié dans les prochains mois.

La mort d’Abane Ramdane continue de faire régulièrement irruption dans le débat sur l’écriture de l’histoire. Estimez-vous que toute vérité est  bonne à dire sachant que l’histoire de la Révolution algérienne est émaillée de cas de liquidations physiques ?
La vérité est toujours bonne à dire. Mais elle doit être dite non pour attiser la haine, la discorde ou engendrer la fitna, mais au contraire pour pacifier la mémoire nationale. Ma démarche, si elle s’inscrit incontestablement dans une quête de vérité et, croyez-moi, une vérité douloureuse comme l’effet du couteau dans la plaie, est par contre totalement affranchie de tout ressentiment, de toute acrimonie et de tout esprit de haine. Du reste contre qui ? Les principaux protagonistes de l’affaire ne sont plus de ce monde. Il est cependant indispensable d’aller au bout de la vérité et de démanteler certains mensonges qui, comme chacun le sait, fleurissent si bien sur la tombe des morts, ceux qu’il est si facile d’attaquer, pense-t-on, parce qu’ils ne sont plus là pour répondre et se défendre. Je vais vous raconter une anecdote que je livre en détail dans mon prochain livre. Après l’attaque contre Abane, d’Ali Kafi, lequel, soit dit en passant, n’en a tiré aucune gloire, contrairement à ce qu’il avait sans doute espéré, et a même été condamné par le tribunal de Bir Mourad-Raïs, j’ai eu la naïveté de croire qu’il pouvait y avoir une sorte de solidarité entre les hauts dirigeants de la Révolution. J’ai poussé cette naïveté jusqu’à aller voir le président Ben Bella, le meilleur ennemi politique d’Abane. Vous pouvez en rire, ce n’est pas la première fois que je fasse preuve d’une naïveté renversante. Je lui dis ceci : “Monsieur le président, je sais que vos rapports avec Abane étaient des plus exécrables. Mais le temps a passé, le peuple algérien est libre et l’Algérie indépendante. Si vous, le meilleur adversaire d’Abane, vous faites un communiqué pour dire que les propos d’Ali Kafi n’ont aucun sens, on mettra un point final à cette histoire. Le jour où vous ne serez plus de ce monde, destin inéluctable pour toute créature, il se trouvera toujours quelqu’un pour se dresser contre ceux qui iront cracher sur votre tombe comme on vient de le faire sur Abane.” Vous savez ce qu’il m’a répondu ? Il m’a dit exactement ceci : “Non, je ne peux pas. Si je le fais, il va m’attaquer. Mais je parlerai un jour.” Le président Ben Bella parlera effectivement deux ans plus tard pour s’acharner lui aussi sur Abane qui, lui, n’est plus là pour contre-attaquer et se défendre. Ce jour-là, je me suis souvenu de la réponse de Lamine Debaghine à ma question : pourquoi s’acharne-t-on encore sur Abane ? Le vieux docteur me répond : les morts ne font peur à personne. Quant aux liquidations physiques, il y en eut bien sûr et pas toujours pour des motifs défendables. Il faudra peut-être que l’on réfléchisse, afin de travailler dans le sens de l’apaisement général, pour instaurer une sorte de journée nationale du souvenir consacrée à tous nos compatriotes morts pour l’Algérie et auxquels a été donnée une mort injuste ou par erreur durant la guerre de Libération nationale. Encore un excès de naïveté, n’est-ce pas ?

Il y a énormément d’écrits sur la mort d’Abane Ramdane. À ce jour, on ne sait pas encore quelle est la véritable part des choses ?
Sur la mort d’Abane que je traite dans mon 2e livre, il y a d’innombrables morceaux de vérité. Mon travail a consisté à les rassembler pour reconstituer ce qui me paraît être la vérité. Car, tous les morceaux se sont imbriqués les uns dans les autres comme lorsqu’on reconstitue un puzzle. J’ai ajouté une touche de feeling personnelle, une espèce de sentiment qui vient de ce qu’il y a de plus profond en moi. En mon âme et conscience, et surtout en homme libre. C’est la seule chose que je revendique. Pour le reste, chacun est libre de juger.

Avez-vous connu Abane Ramdane pendant la révolution ? Quelle image, quel souvenir vous en gardez ?
Oui, bien sûr. Les souvenirs sont encore vivaces. D’abord, à sa sortie de prison en janvier 1955 : une joie générale qui vire rapidement à la tristesse et à la consternation, car yemma Fatma, sa mère, sous le coup de l’émotion, venait de subir une attaque cérébrale avec paralysie de tout le côté droit. Souvenirs également des allées et venues dans les venelles d’Azouza, de visiteurs arrivant, sourire aux lèvres, heureux de venir saluer le fils, et repartant la mine consternée après avoir vu la mère terrassée par la maladie. Je le revois également entouré d’un groupe de jeunes l’écoutant religieusement. Je l’écoutais moi aussi, mon cœur d’enfant envahi par une sourde inquiétude. Il disait en martelant ces mots : “Notre pays, il n’y a pas le moindre doute, retrouvera sa liberté. Mais ce sera terrible. Nous vivrons l’enfer pour en payer le prix. Le colonialisme ne lâchera pas facilement prise sur  cette terre. Il bombardera nos villages et brûlera nos forêts. Des enfants, des femmes et des vieillards mourront. Parmi vous, beaucoup ne seront plus de ce monde lorsque notre pays retrouvera sa liberté.” Devant la mine consternée et défaite de son auditoire, il ajoute : “Si ça peut vous rassurer, moi non plus, je ne verrai pas l’indépendance.” J’ai également le souvenir de ses colères explosives à la moindre entorse à l’équité ou à la justice (lbatal) et face à l’usage abusif de la force (draâ), ces comportements qui l’insupportent au plus haut point. La dernière fois que je l’ai entrevu, c’est vers le début de l’automne 1956. Notre maison d’Azouza était devenue pour un soir le modeste palais du gouvernement de l’Algérie en guerre. De retour de la Soummam, les dirigeants du FLN, dont Ben M’hidi, Krim, Ouamrane, avaient fait un crochet par Azouza. Abane voulait sans doute revoir  pour la dernière fois sa mère qui était encore clouée au lit. Il y eut une réunion houleuse avec les responsables FLN du village. Je revois à ses côtés pour la dernière fois mon frère Dahmane, un fusil de chasse tout neuf en bandoulière, avant de faire ses adieux à ma mère éplorée. Il vient lui annoncer sa décision irrévocable de partir au maquis. Il sera affecté à la Wilaya IV, dans l’Atlas blidéen, où il trouvera la mort le 15 février 1957 à la bataille d’Ahl El-Oued, aux côtés du commandant si Yahya, Aït Maâmar Yahya, de son vrai nom, sur les hauteurs de Sidi El-Madani dans les gorges de la Chiffa.

Monsieur Abane, vous êtes professeur en médecine. Pourquoi dès lors votre intérêt pour l’histoire de la révolution ?
J’ai une autre casquette que celle de médecin. Cette autre casquette, je ne l’ai jamais vraiment abandonnée, même si durant la période la plus chaude de ma carrière médicale, je l’ai remisée au fond du placard. Cette casquette acquise sur les bancs de l’institut d’études politiques a toujours entretenu l’intérêt que j’ai pour la chose politique. Et qu’y a-t-il de plus politique que l’histoire et a fortiori dans un pays comme le nôtre où politique et histoire sont toujours intimement liées. Quant au choix d’écrire sur Abane, il s’est imposé au cours des années. D’abord, parce que j’ai accumulé beaucoup d’informations et de documents. L’autre raison est qu’Abane ne laisse pas indifférent. Quand, après le déverrouillage politique et idéologique de notre pays, qui a suivi les événements de 1988, Abane retrouve sa place dans l’histoire nationale, cela n’a pas été du goût de tout le monde. Les attaques ont commencé à pleuvoir. Certaines ont blessé douloureusement notre famille. Ce premier livre et le prochain sont également une réponse à toutes ces attaques. Une façon de dire à tous les contempteurs : Et vous, qu’avez-vous fait ? Quel est votre bilan ? Qu’avez-vous laissé à la postérité qui soit digne d’être critiqué ?

F. B.

Bio express
 Bélaïd Abane a vécu toute la guerre de libération à Azouza, transformée en village de regroupement à partir de l’année 1957. Après des études secondaires au lycée Amirouche de Tizi Ouzou, il s’inscrit à la faculté de médecine d’Alger et, l’année suivante, à l’institut d’études politiques. En 1975, il est docteur en médecine. La même année, il est reçu aux épreuves du DES de sciences politiques à la faculté de droit de Ben Aknoun. Sous l’égide du ministère de la Santé, il est envoyé en France pour se spécialiser en médecine physique et réadaptation. Après avoir gravi les échelons universitaires, il accède au grade de Professeur d’université en médecine et exerce comme chef de service au CHU Alger-Ouest durant une quinzaine d’années. Père de cinq enfants, Bélaïd Abane vit depuis une dizaine d’années à Paris où il partage son temps entre l’écriture et l’exercice de la médecine spécialisée dans un hôpital parisien de l’assistance publique.

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Belaid Abdesslam parle de l’assassinat de Abane

Posté par algeriedemocratie le 12 décembre 2008

Belaïd Abdesslam à propos de «l’assassinat» d’Abane Ramdane

«Sans l’accord de Krim et d’Ouamrane, cela ne serait pas arrivé»

par Sofiane B. , Le Jeune Indépendant, 18 août 2004

« Abane Ramdane dérangeait beaucoup de monde, c’est pour cela qu’il a été assassiné.» C’est par ces propos que l’ancien Premier ministre Belaïd Abdesselam a évoqué l’assassinat de l’initiateur principal du congrès de la Soummam. Abdesslam Belaïd a tenu à expliquer qu’»Abane, vu sa personnalité et sa persévérance, commençait à s’imposer comme le leader de la révolution, ce qui n’a pas été du goût de certains».

Il enchaîne en jetant un pavé dans la marre en disant que «si Krim Belkacem et Ouamrane n’avaient pas donné leur accord, Abane n’aurait jamais été assassiné». C’est en marge d’une conférence organisée par l’association Machaâl-Echahid au forum du quotidien El Moudjahid, à l’occasion de la journée du Moudjahid qui coïncide avec la date du 20 août, que l’ancien Premier ministre a fait ces déclarations.

Cette conférence a été également l’occasion pour des moudjahidine et d’anciens ministres de revenir sur deux moments charnière de la révolution algérienne, à savoir le congrès de la Soummam en 1956 et l’attaque du Nord-Constantinois en 1955.

Concernant l’attaque du 20 août 1955, les intervenants ont profité de cette occasion pour vanter les mérites de Zighout Youcef, «le ferronnier devenu héros», tête pensante de cette attaque à travers laquelle il visait plusieurs objectifs.

Le principal objectif était de desserrer l’étau sur la région des Aurès encerclée pendant plusieurs mois par les forces françaises. L’autre but, selon Mohamed-Salah Bousselama, un des compagnons de Zighout, a été d’impliquer le peuple dans la révolution «pour démontrer à ceux qui doutaient encore que la révolution était bien celle du peuple et non imposée par l’étranger».

Ce dernier a également affirmé que la réaction française a été féroce et sanglante. «Plusieurs Algériens l’ont payé de leur vie», «mais c’était une nécessité pour mettre le peuple devant ses responsabilités». Concernant le congrès de la Soummam, la conférence a débattu les préparatifs de ce moment historique au cours duquel Abane Ramdane avait réussi le miracle de rassembler tous les dirigeants des partis politiques algériens de l’époque autour d’un accord qui se transforma en machine de guerre contre le colonialisme français.

Les principaux objectifs de ce congrès étaient de réunir les chefs de régions, d’évaluer la situation de la révolution, d’organiser l’Armée de libération nationale (ALN) et enfin de désigner un commandement unifié à la révolution. «Pendant 9 ou 11 jours les chefs de la révolution vont se réunir et discuter de la situation dans une maison forestière dans la vallée de la Soummam», «libérée par le colonel Amirouche», a souligné l’ancien ministre et moudjahid, Abdelhafid Amokrane.

La réunion présidée par Larbi Ben M’hidi et rapportée par le secrétaire du congrès Abane Ramdane, a abouti à quatre décisions importantes, selon le conférencier : l’adoption de la plate-forme qui contient les objectifs de la révolution, l’organisation de l’Armée de libération nationale (ALN) avec des grades, des règles de promotion et de conduite et le découpage militaire de l’Algérie en 6 wilayas.

Mais la plus importante des décisions de ce congrès a été la création de deux organes de commandement de la révolution : le Comité de coordination et d’exécution (CCE), qui est un gouvernement de guerre, et le Conseil national de la révolution algérienne (CNRA), qui est une sorte d’assemblée nationale composée de 34 personnes.

Le CCE était composé de cinq membres, à savoir Abane Ramdane, Larbi Ben M’hidi, Krim Belkacem, Benyoussef Benkhedda et Saâd Dahleb. Le conférencier a déclaré qu’à partir de ce moment, la révolution algérienne avait franchi un pas vers le renouveau et vers une autre étape de l’histoire.

Mais la question qui se pose est de savoir si ce congrès, qui a fait tant de bien à la révolution algérienne, ne lui a pas, en parallèle, beaucoup nuit. En effet, les chefs historiques qui ont fait ce grand événement l’ont, tôt ou tard payé de leur vie, comme ce fut le cas pour Abane Ramdane.

S. B.

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le monde-diplomatique.fr analyse l’économie algérienne

Posté par algeriedemocratie le 12 décembre 2008

 

À L’OMBRE DE LA GUERRE,UNE SOCIÉTÉ EN MIETTES

L’économie algérienne menacée par la mafia politico-financière

« J ’AI abandonné l’université il y a trois mois. Il ne me restait pourtant que deux semestres pour obtenir mon diplôme d’ingénieur. Mais à quoi bon ? J’en avais assez des alertes à la bombe dans le train entre Alger et l’université de Bab Ezzouar. Assez des cours annulés faute d’enseignants. Et puis surtout, mon frère m’a proposé de travailler avec lui. Il a créé une boîte d’import-export et ça marche bien. En un mois, je gagne en moyenne plus de 90 000 dinars (9 000 francs). C’est mieux que le meilleur ingénieur du pays. C’est même mieux, paraît-il, qu’un ministre… »

En tenant ces propos, Hamid, un jeune Algérois au visage anguleux, ne cherche pas à provoquer. Il est simplement représentatif d’une génération. Celle des nouveaux hommes d’affaires, des jeunes qui investissent dans le commerce mais de façon plus organisée et plus légale que leurs prédécesseurs, les fameux « trabendistes » ou contrebandiers. Si ces derniers multipliaient les allers-retours avec l’Europe, le Maroc ou la Tunisie pour acheter des marchandises et les revendre, le tout dans une organisation précaire largement dépendante de l’octroi de visas ou du bon vouloir des douaniers, leurs successeurs ont, eux, découvert la légalité – ils ont un registre de commerce et paient leurs impôts, ils utilisent la télécopie, Internet, les lettres de crédit et surtout l’importation par conteneurs.

« Le trabendo, la galère du cabas, tout cela, c’est terminé, poursuit Hamid. Aujourd’hui, quand on se déplace à l’étranger, c’est pour rencontrer des fournisseurs ou négocier avec des banques. C’est pour cela que les gens instruits ont moins honte de faire du commerce. »

La libéralisation du commerce extérieur en 1994 et son ouverture au secteur privé ont ainsi permis la création de plus de trois mille sociétés d’import-export . En 1997, les « privés » algériens ont importé pour près de 2 milliards de dollars grâce à la convertibilité commerciale du dinar. En Algérie, le génie populaire désigne ces entreprises commerciales par l’expression de « sociétés d’import-import ». Une manière comme une autre de pointer le fait que ces nouveaux entrepreneurs sont bien incapables d’exporter et de se frotter à la concurrence internationale, mais, surtout, qu’ils ne font, ni plus ni moins, que gaspiller les réserves nationales en devises étrangères.

« Exporter ? demande Hamid. Exporter quoi ? Pour exporter, il faudrait qu’il y ait des usines qui tournent dans ce pays. Une production autre que celle des hydrocarbures ou des dattes. Personne n’a encore envie de se lancer dans la fabrication. Le meilleur moyen de faire de l’argent en Algérie, c’est le commerce. Même ceux qui ont des usines préfèrent les fermer et se reconvertir en importateurs. » Abasourdis par plusieurs années de violence, les Algériens découvrent donc avec fatalisme ces milliardaires de la guerre qui n’éprouvent aucune gêne à exhiber leurs signes extérieurs de richesse.

« Les nouveaux modèles de berlines de luxe allemandes circulent déjà à Alger avant même d’apparaître en France ou en Italie, s’indigne un enseignant. Il y a eu une période où les gens avaient peur de montrer leur richesse. Mais, depuis quelques mois, les groupes terroristes sont moins actifs dans les grandes villes, et les belles voitures réapparaissent, tout comme des fêtes somptueuses sont à nouveau organisées. »

Mais cette libéralisation du commerce extérieur, fierté des fonctionnaires du Fonds monétaire international (FMI), n’est pas aussi réussie qu’il y paraît. Si n’importe quel opérateur privé peut, en théorie, importer des marchandises, il est des domaines auxquels il vaut mieux ne pas se frotter.

« Les monopoles publics ont été remplacés par des monopoles privés proches des cercles du pouvoir. Il est inutile d’essayer d’importer des produits alimentaires, des médicaments ou des matériaux de construction. Tout le monde sait qu’il y a des gens incontournables sur ces marchés et qu’il vaut mieux, pour sa propre sécurité ne pas s’en approcher », reconnaît un employé de la chambre de commerce d’Alger.

Des entreprises publiques mises à sac

LES fournisseurs français savent ainsi qu’il vaut mieux ne pas essayer de multiplier les contrats et qu’il leur est hautement conseillé de ne traiter qu’avec un seul interlocuteur. « Je mets au défi n’importe quel opérateur algérien anonyme d’importer du sucre ou du ciment français. Au mieux, il recevra un refus poli du fournisseur », poursuit l’employé de la chambre de commerce d’Alger. Quant au pire, les responsables de sociétés algériennes d’« import- import » sont capables de fournir des dizaines de récits qui laissent songeurs. Un jeune importateur oranais a ainsi vu sa cargaison de sucre déclarée impropre à la consommation par des services portuaires à la mauvaise foi évidente. D’autres opérateurs ont eu moins de chance : les Algériens sont persuadés que certains assassinats attribués à des groupes islamistes armés sont liés à des affaires de rivalités en matière de commerce international.

« C’est clair qu’il faut trouver une niche qui n’éveille pas l’appétit des plus gros. L’informatique, les composants électroniques, les accessoires d’automobile en sont quelques-unes », explique Hamid. Mais le problème est que les gros importateurs sont insatiables. Et localiser les bonnes affaires leur est d’autant plus facile qu’ils disposent d’informateurs au sein de toutes les administrations, notamment portuaires et douanières.

« Au départ, l’importation de canettes de bière européenne était pratiquement ouverte à tout le monde. Et puis le fils d’un général à la retraite a décidé que ce marché devait lui revenir de manière exclusive. Comme par hasard, les autres importateurs ont commencé à avoir de graves problèmes avec l’administration, et certains ont perdu toutes leurs cargaisons. Le signal était clair », raconte un cadre de l’Entreprise du port d’Alger.

Dans cette conjoncture où des intérêts privés tentent de prendre le contrôle de l’économie, avec la complicité, on ne le répétera jamais assez, des institutions internationales qui feignent de ne pas connaître la réalité de la situation, la question de la privatisation des entreprises publiques se pose avec beaucoup d’acuité.

« Comment privatiser sans brader ? Comment faire en sorte que les entreprises vendues ne soient pas dépecées ? », se demande ainsi un haut fonctionnaire algérien.

« Il est normal que l’Etat algérien se désengage des activités où le secteur privé peut mieux faire. Mais la privatisation totale ne doit pas être envisagée. Il existe des entreprises publiques qui sont capables de résister et de fonctionner dans un environnement concurrentiel. Qu’on nous donne simplement les moyens de lutter à armes égales avec le privé ou les entreprises internationales », affirme-t-on auprès de l’Union nationale des entrepreneurs publics (UNEP), l’une des rares organisations à tenter de défendre encore l’idée d’une économie mixte.

Plus de quatre cents entreprises publiques économiques (EPE) sont concernées et le manque d’informations concernant les projets de privatisation témoigne, pour nombre d’observateurs, des tensions engendrées par ce dossier. D’autres entreprises publiqueslocalesont été vendues, dissoutes ou n’ont tout simplement pas trouvé preneur. Ce fut, par exemple, le cas pour beaucoup d’hôtels, dont certains ont été construits par l’architecte François Pouillon : les investisseurs potentiels, algériens ou étrangers, n’en ont pas voulu même au prix du dinar symbolique. Ce manque d’engouement s’explique par l’ampleur des travaux à engager pour rénover ces établissements, mais aussi par le fait que le tourisme en Algérie reste un secteur dont l’avenir dépend essentiellement de l’amélioration du climat sécuritaire.

Du coup, nombre d’investisseurs font pression pour que le gouvernement vende des entreprises solides telles qu’Air Algérie ou même encore la Sonatrach (entreprise pétrolière). Dans le même temps, d’autres entreprises publiques, rentables elles aussi, font l’objet de réelles tentatives de déstabilisation. C’est le cas, par exemple, de Saïdal, une entreprise pharmaceutique, qui s’efforce de faire revivre une industrie nationale, largement concurrencée par les sociétés privées importatrices. « Cette dynamique dérange, explique un cadre de Saïdal. Le PDG de notre entreprise a été victime de plusieurs attentats terroristes. Nos installations de production sont régulièrement ciblées, et nous avons été obligés de créer une filiale de sécurité pour nous protéger. Personne n’arrivera à nous convaincre que ces attentats sont le fait des groupes islamistes. »

En clair, les lobbies qui souhaitent que l’Algérie continuent à importer des médicaments plutôt que de les fabriquer seraient derrière ces attentats. La déstabilisation par une violence qu’il est aisé d’attribuer aux terroristes n’est pas la seule arme utilisée par ceux qui souhaitent transformer le pays en gigantesque comptoir commercial. On peut aussi, c’est moins risqué et plus fréquent, s’attaquer aux équipes dirigeantes des entreprises publiques, en critiquant leur gestion. Le cas de l’entreprise Sider, à laquelle appartient notamment l’important complexe sidérurgique El Haddjar (dans l’est du pays), en est l’illustration parfaite .

Le 21 février 1996, les dirigeants de l’entreprise sont arrêtés, puis condamnés, en octobre 1997, à de lourdes peines de prison. Il a été établi que, au moment de l’arrestation de l’équipe dirigeante – qui espère une décision de cassation de la part de la Cour suprême ou bien une grâce présidentielle -, le dossier d’accusation était vide : ce n’est que par la suite que les autorités judiciaires s’attacheront à le remplir, en diligentant des audits comptables et financiers dont les résultats restent critiqués. Très médiatisée, cette affaire met aussi en relief le fait que l’Algérie, engagée officiellement dans l’économie de marché, est loin d’avoir réformé son droit du commerce et des affaires, comme l’assure un ancien cadre de Sider installé en France.

« Le dossier d’accusation contre ces dirigeants était vide, et les différents griefs de la justice se basent sur le code de gestion socialiste des entreprises. Comment peut-on défendre l’économie de marché et poursuivre un PDG parce qu’il a utilisé la carte de crédit de l’entreprise alors qu’il était en mission à l’étranger ? »

Plus scandaleux encore, on reproche à un accusé de se faire appeler « Charles de Gaulle », tandis qu’un autre se voyait traiter de « harki ». Sans prétendre que les dirigeants de Sider sont tous exempts de reproches – « Il y a sûrement quelques brebis galeuses parmi les accusés », reconnaît ainsi un membre du comité informel de soutien aux dirigeants de Sider -, il est évident, pour la majorité des observateurs, que les principaux opérateurs liés à l’importation de ronds à béton pour la construction ont intérêt à ce que Sider décline, voire que l’entreprise soit purement et simplement dissoute en raison de mauvaises performances commerciales.

« Les dix dirigeants actuels de Sider, tout comme ceux qui se battent ailleurs pour maintenir à flot leurs entreprises, savent qu’ils peuvent aller en prison parce qu’ils appliquent des méthodes de gestion moderne que la justice continue à prohiber. Le flou est total, et cela va nécessairement avoir un effet négatif sur la performance de ces entreprises. Si le gouvernement veut limiter l’influence des groupes d’intérêts hostiles aux EPE, il doit légiférer rapidement et ne plus permettre qu’on puisse déstabiliser une équipe dirigeante en se cachant derrière des règles de gestion archaïques », estime l’économiste Amar Ouahad.

Fayçal Karabadji

édité en septembre 1998

Publié dans Economie(11) | 13 Commentaires »

Définition de la démocratie

Posté par algeriedemocratie le 12 décembre 2008

cet article est trouvé dans le site de www.aceproject.org

Définir la démocratie

Il n’existe pas de définition claire et universelle de la démocratie. La plupart des définitions se concentrent sur des qualités, des processus et des institutions. Il y a plusieurs types de démocratie dont les pratiques variées produisent des effets semblables. La compréhension, l’expérience et les croyances de celui qui apprend et l’histoire de son pays devraient être incorporées, afin de créer une définition qui est significative et pratique pour sa vie quotidienne.

La démocratie n’existe pas à l’intérieur d’un ensemble d’institutions universelles. Le format spécifique que prend la démocratie dans un pays est largement déterminé par des circonstances politiques, sociales et économiques, et est influencé par des facteurs historiques, traditionnels et culturels.

La plupart des lectures sur la démocratie commencent en identifiant l’origine du mot et où il a vu le jour. On y fournit également des définitions simples et complexes de la démocratie, qui ont servi au fil des temps. Les éducateurs pourraient comparer certaines des définitions qui suivent à celles qu’ils ont formulées lors de discussions.

« La démocratie vient des mots grecs demos qui signifie « personnes » et kratos qui signifie « autorité » ou « pouvoir. »

« …un gouvernement qui est dirigé avec le consentement du peuple. »

«…un système de gouvernement dont l’autorité suprême appartient au peuple.»

« …la gouverne du pays par le peuple directement ou par représentation. »

« Un gouvernement dans lequel le contrôle politique est exercé par tous les citoyens, soit directement ou par l’entremise de leurs représentants élus. »

« Le mot démocratie lui-même signifie ‘la gouverne de l’État par le peuple’ . Une démocratie est un système où les individus peuvent changer de dirigeants de façon pacifique et où le gouvernement a le droit de gouverner parce que le peuple lui a conféré ce droit. »

Les débuts de la démocratie

Le mot « démocratie » fut inventé dans la Grèce antique, qui avait établi un gouvernement à Athènes. Tous les hommes se rencontraient pour discuter de certaines questions et ils votaient à main levée. Les esclaves et les femmes n’avaient pas le droit de vote. Ce type de gouvernement nécessiterait beaucoup de temps aujourd’hui et il serait impossible pour des grands peuples de se rencontrer chaque fois qu’une décision doit être prise.

Étant donné que les sociétés qui établissaient des démocraties devenaient de plus en plus grandes et diverses, il fallait passer d’une démocratie directe (dans laquelle les gens votent directement) à une démocratie représentative (dans laquelle les gens élisent des représentants ou politiciens qui prennent les décisions en leur nom). De nos jours, il existe plusieurs sortes de démocratie directe telles que les référendums, les pétitions, les plébiscites et les propositions, mais celles-ci surgissent plus souvent dans des démocraties plus vieilles et mieux pourvues de ressources technologiques.

La démocratie actuelle

La démocratie existe pour fournir aux gens un moyen de vivre ensemble de façon bénéfique à chacun. Bien que plusieurs des démocraties actuelles n’existaient peut-être pas avant la Seconde Guerre mondiale, il y a des précédents dans les sociétés les plus traditionnelles qui voulaient une forme de gouvernement en vertu de quoi les idéaux auxquels souscrivaient la plupart des gens guident l’autorité et les communautés dans leur prise de décision et dans leur choix de règlements, tout comme la façon dont est traitée la population.

Certains prétendent que la démocratie est un concept étranger à l’Afrique, une déclaration qui repose sur la confusion quant aux principes de démocratie et aux institutions des pays africains. Les principes de démocratie incluent la participation universelle, le consentement des individus gouvernés et l’imputabilité publique des élus, des principes qui ont été largement étrangers aux systèmes politiques traditionnels africains.

La transition à un État démocratique ainsi que la restructuration nécessaire telle que le vote et les élections, la Constitution et le pouvoir judiciaire indépendant risquent d’être accablants aux nouveaux citoyens. C’est pour cette raison que le fait de se concentrer sur l’expérience des individus sera un moyen utile de leur permettre d’avoir une compréhension pratique et commune de la démocratie.

Les éducateurs qui enseignent la démocratie aux citoyens devraient encourager les gens à exprimer leurs points de vue sur les valeurs qui façonnent le comportement des gens en communauté et dans la vie quotidienne. Par la suite, l’éducateur sera en mesure de créer un ensemble d’aspirations et de valeurs pour la démocratie. Cela pourra être à la base de l’évaluation de la forme de gouvernement qui existe dans le pays et à quel point elle peut être définie comme étant démocratique.

Démocratie représentative

Tout le monde a le droit de participer au gouvernement de son pays, directement ou par l’entremise des représentants élus. La volonté des gens est à la base de l’autorité du gouvernement; cela s’exprimera lors d’élections périodiques qui seront menées par suffrage universel et équitable et par vote secret.

Le vote est un des mécanismes qui guident un État démocratique et qui gardent ses dirigeants sur la bonne piste. Le vote sert également à informer les gens au pouvoir de leur performance. Pendant la période électorale, les citoyens élisent le candidat de leur choix. Les candidats ou représentants élus forment le gouvernement du pays. Les élus représentent le peuple et gouvernent pendant une période déterminée. Les représentants sont choisis lors d’élections basées sur des systèmes de circonscriptions ou de représentation proportionnelle, ou sur une combinaison des deux .

Les responsables de l’éducation civique accentuent et illustrent en profondeur le type de démocratie représentative qui a été choisie dans le pays. Ils devraient de plus l’expliquer et démontrer les différences entre les systèmes possibles, ainsi que leurs avantages et les coûts.

Démocraties constitutionnelles

La plupart des démocraties sont basées sur une Constitution écrite ou sur une loi suprême qui sert de guide aux législateurs et aux lois qu’ils adoptent. Les Constitutions garantissent aux citoyens que le gouvernement agira d’une certaine façon et fera respecter certains droits.

La force d’une vraie démocratie dépend de certains droits et libertés fondamentaux. Ces droits et libertés doivent être protégés afin d’assurer le succès de la démocratie. Dans plusieurs pays, ces droits se retrouvent dans la Constitution qui les protège. La Constitution établit aussi les structures et fonctions du gouvernement et elle fournit les lignes directrices pour faire des lois. Elle est habituellement protégée contre un amendement formulé par un gouvernement particulier par une clause qui veut qu’un amendement soit adopté par une majorité des membres du gouvernement ou par un vote référendaire des électeurs.

Préalables minimaux pour un pays démocratique

Un ensemble de préalables de base ont été établis par un théoricien, étant donné l’augmentation du nombre de démocraties qui tiennent des élections et qui se déclarent États démocratiques. Les élections ne rendent pas un pays démocratique par elles seules. La liste suivante de conditions a été établie à la suite d’une étude des démocraties et à la lecture de différentes théories sur la démocratie. Elle fournit un aperçu de ce que signifie la démocratie ainsi que des normes servant à évaluer si un pays est démocratique ou non.

  • Le gouvernement doit exercer un contrôle sur les décisions de politiques des élus.
  • Les élus doivent être choisis lors d’élections périodiques et équitables.
  • Les élus doivent être en mesure d’exercer leur pouvoir constitutionnel sans faire face à une opposition dominante de personnes non élues.
  • Le vote doit être universel.
  • Tout citoyen adulte doit jouir du droit de se présenter comme candidat lors des élections.
  • Les citoyens doivent avoir le droit d’exprimer leurs opinions sur les questions politiques dans leur ensemble sans crainte de représailles par l’État.
  • Les citoyens doivent avoir le droit de chercher des sources différentes d’information, telles que les médias, et de telles sources doivent être protégées par la loi.
  • Les citoyens doivent avoir le droit de former des associations et organismes indépendants, y compris des partis et groupes d’intérêts politiques indépendants.
  • Le gouvernement ne doit pas subir une influence étrangère (telle que celle imposée par des alliances et des blocs).

Si une de ces conditions est absente, les experts prétendent que le pays n’est pas réellement une démocratie.

Critiquer le gouvernement

Les éducateurs doivent fournir aux citoyens des outils pour analyser les circonstances dans lesquelles ils vivent, afin de les éduquer en matière de démocratie. Dans certains cas, cela risque de provoquer une forte critique du gouvernement, de ses pouvoirs, de son fonctionnement et de la façon qu’il honore les promesses qu’il a faites au moment des élections. Les éducateurs voudront se préparer à traiter de cette critique de manière constructive, afin que les gens puissent apprendre comment traiter leurs critiques de façon démocratique et pacifique.

Démocratie proactive (cette partie du texte est vivement conseillée pour la lecture)

La démocratie est constructive et les éducateurs devraient faire comprendre aux citoyens le besoin d’être proactifs. Les citoyens doivent comprendre que le fait de s’attendre à une démocratie parfaite est irréaliste. On peut demander aux citoyens d’identifier les menaces auxquelles fait face leur démocratie telles qu’ils les perçoivent et ensuite de songer aux défis que présentent ces menaces ainsi que la façon dont ils peuvent les éliminer au niveau communautaire. Il est très important de fournir aux citoyens la possibilité de réfléchir sur leur tâche personnelle en tant qu’agents de changement qui ont l’objectif d’améliorer leur démocratie.

 

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