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Rachid Mimouni par Reda Benkirane

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Une chance perdue pour l’Algérie

Il n’aura pas eu le temps d’achever sa tâche. Mais il nous laisse une trilogie qui restera un chef-d’oeuvre de la littérature. Il ne mit pas longtemps à chercher sa voie ou son style, car il eut l’insigne privilège de se révéler d’emblée comme un très grand écrivain. Il n’était pas simplement un écrivain algérien d’expression française, ou un homme de lettres arabe, la réalité sociale qu’il décrivait concernait nombre de pays de l’Europe de l’Est, des régimes militaires d’Amérique Latine et aussi des Etats arabes « progressistes ». Derrière le personnage modeste et quelque peu timide, régnait un maître de l’écriture, capable d’une audace inouïe pour dénoncer la mise à sac d’un pays promis à la plus belle embellie. Car Rachid Mimouni eut une mission bien précise dans la littérature algérienne : conter aux générations la terrible dérive d’une grande révolution, pour annoncer, comme il se plaisait à dire, les tempêtes qui s’accumulaient à l’horizon. En ce sens, il fut le grand visionnaire du chaos actuel.

Son écriture ne défendait aucune thèse, il n’en ressortait aucun point de vue particulier si ce n’est celui du sort inconfortable d’un peuple contraint de se taire. Tirant sa source de la mémoire algérienne, son écriture établissait le lien charnel avec les humbles dont il était issu. De 1982 à 1990, ce professeur des questions de développement rompait le silence des intellectuels algériens imposé par le parti unique. Rachid Mimouni eut le courage et le talent de raconter l’autre Algérie, celle que préférait ignorer à l’époque les chancelleries et les médias occidentaux. Il y avait fort à faire avec la Révolution iranienne et l’Algérie apparaissait au sud de la Méditerranée comme une économie avancée et un régime politique stable. Mais l’écrivain ne pouvait accepter cette image de carte postale. Il lui fallait exorciser la colère froide des dépossédés de leur révolution. Comme si, habité par une vision funeste, il prédisait que les hommes brimés et bafoués sous les errements de l’Etat FLN se réveilleraient pour déchaîner une violence immense, à la mesure de la trahison qui leur fut imposée.

« L’Administrateur prétend que nos spermatozoïdes sont subversifs. Je ne partage pas cette opinion, au moins pour ce qui me concerne ». Par ces deux phrases, Rachid Mimouni débutait son premier roman publié hors d’Algérie, et prévenait du péril qu’il y aurait à détourner le grand fleuve algérien. Dix années plus tard, le fleuve est en crue et personne ne sait comment l’endiguer.

Son style consistait en une langue qui, finement instruite et travaillée, cherchait la clarté et la concision qui créeraient tour à tour l’effet de trouble ou de stupeur, la sensation d’écoeurement, puis le sentiment de tendresse ou d’apitoiement. Sa francophonie était paisible, il ne la maudissait pas et il ne s’en prévalait pas outre mesure comme certaines franges de l’élite intellectuelle algérienne. Dans un genre désabusé qui lui permettait d’oser en permanence des transgressions et de narguer les censeurs, il se voulait esthète de la lucidité. Il faisait mal, car il écrivait la vérité, avant que celle-ci n’explose en plein jour. Aucun lyrisme dans ses narrations amplies de férocité, violence sourde, rire, chaleur et grandeur d’âme des gueux condamnés à trente années de « modernisation » socio-politique. Ce qu’il dépeignait de façon kafkaïenne anticipait sur le séisme social d’octobre 1988 lorsque l’ordre militaire algérien chancela sur ses bases. Le lettré avait rempli son rôle, aux côtés des masses, encore inconnu des feux de la rampe, il incarnait la conscience collective. Il faut lire et relire ses trois romans Le fleuve détourné, Tombeza, L’honneur de la tribu pour comprendre comment un pays sorti vainqueur du colonialisme, soumis au régime militaire et converti à la rente pétrolière aboutit à l’acculturation et à l’automutilation actuelles.

Rachid Mimouni accéda à l’universalité parce qu’il fut aussi l’écrivain qui ne se satisfit pas de la couleur « socialiste » de la tyrannie. Il pressentait la mystification du tuteur éclairé du peuple, il fouillait son intimité, même s’il éprouvait parfois pour lui sympathie ou commisération, pour en dresser l’anatomie et la livrer aux sarcasmes de la société informelle. Il disséqua le despote pour sonder ses derniers retranchements, et découvrit, ô stupeur, qu’au-delà de la barbarie, il cultivait un jardin secret et fragile. Dans Une Peine à vivre, Rachid Mimouni expertise l’implacable réalité de l’autocrate tout en déjouant les pièges du manichéisme.

Rachid Mimouni connut, depuis 1991, une période tourmentée. A la mesure de la violence qui s’instaurait dans son pays, l’écrivain prit le risque de s’engager. Constamment sollicité par les médias français, il était à chaque fois sommé de prendre position, en direct sur les ondes, sur des événements difficiles à dénouer. A chaque passage télévisé, il fallait, pour rassurer le téléspectateur français, que l’écrivain non seulement commente l’actualité sanglante, mais qu’il désigne les responsables d’une réalité complexe que ses romans décrivaient si bien. Rachid Mimouni s’en sortait très mal dans ce genre d’exercice, ce qui prouve à quel point cet homme était voué à la littérature. Il s’était résigné à publier un essai pamphlet contre l’intégrisme qui avait obtenu le prix Albert Camus. Largement soutenu en France, Rachid Mimouni pour la première fois s’était écarté d’une partie de l’opinion publique algérienne. Il confessait en outre que sa mère ainsi que d’autres membres de sa famille étaient de chauds partisans de l’ordre fondamentaliste. En s’attaquant à l’islamisme algérien, pour ses excès canoniques, son allure violente et son discours simpliste, au moment où il fut privé de sa victoire électorale par un coup d’Etat et par la dissolution du principal parti d’opposition, le FIS, Rachid Mimouni s’impliquait dangereusement dans un débat passablement miné. Il le fit toujours avec respect et civilité, ce qui ne fut pas souvent le cas avec les « intégristes laïcs ». Se sentant menacé au sein d’une cité populaire d’Alger, il différa son exil jusqu’à ce qu’il accepta de guerre lasse pour ses enfants de s’installer provisoirement au Maroc. L’écrivain n’était aucunement un « éradicateur », bien au contraire il prônait le dialogue avec toutes les sensibilités politiques algériennes pour un retour à la paix.

Rachid Mimouni n’est pas mort sauvagement exécuté, comme ces journalistes, écrivains et autres intellectuels algériens qui payent un prix exorbitant pour la liberté d’expression. Sa disparition ne sera pas récupérée ni revendiquée. Pas d’emblème sur sa dépouille, pas de communiqués politiques. Seulement le regret que cette voix de l’Algérie profonde n’écrira plus, qu’elle ne participera pas à la reconstruction de la nation. Il est parti, jeune et trop vite, affecté par une maladie qu’il n’a pas su ou voulu guérir. L’Algérie perd sa meilleure plume. Un génie s’est éclipsé à l’improviste.

Réda BENKIRANE

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Rapport Issad sur les evenements de kabylie avril 2001

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

 

Rapport Issad sur les événements de kabylie

Rapport préliminaire de la Commission, dirigée par le professeur Issad, mise en place par l’Etat algérien pour enquêter sur les “événements” de Kabylie du Printemps 2001.

 

Rapport préliminaire de la Commission nationale d’enquête sur les événements de Kabylie. (Juillet 2001) Publié par Algeria Interface, 27 juillet 2001

I – Introduction II – Les dégâts humains III – Les événements déclenchants IV – L’utilisation des munitions de guerre V – Les mises en garde VI – Les témoignages VII – La presse Conclusion

I – Introduction

Le 18 avril 2001, un jeune lycéen de 19 ans, Guermah Massinissa, reçoit dans le corps, à l’intérieur des locaux de la Brigade de gendarmerie de Béni-Douala, et d’après le rapport d’autopsie, trois des six balles de kalachnikov tirées en rafale par le gendarme Mestari. L’une des balles tirées a blessé un autre gendarme qui se trouvait à proximité.

Le jeune Guermah fut admis à la polyclinique de Béni-Douala, puis à l’hôpital de Tizi-Ouzou pour les premiers soins. Devant la gravité de ses blessures, il fut transféré à l’hôpital Mustapha à Alger. Il devait y décéder le 20 avril 2001 à 8h15.

Le 22 avril 2001, à Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, trois membres d’un groupe de collégiens, se dirigeant vers le stade en compagnie de leur professeur de gymnastique, sont interpellés par les gendarmes, dans des conditions irrégulières.

L’inhumation du jeune Guermah Massinissa, le 23 avril, devait donner lieu à des émeutes en série. Entre-temps, la gendarmerie rend public un communiqué dans lequel elle déclare que le défunt avait été interpellé “suite à une agression suivie de vol”. Le ministre de l’Intérieur reprend la fausse information et déclare que la victime était un “délinquant de 26 ans” ; mais lors d’une conférence de presse le ministre reçoit un bulletin scolaire duquel il résulte que le jeune Guermah était en fait un lycéen.

Les deux bavures, aggravées par les fausses déclarations des autorités, que les populations considèrent comme diffamatoires pour la victime décédée, devaient donner lieu à une série d’émeutes dans les wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaïa, et atteignent les wilayas limitrophes de Bouira, Sétif et Bordj Bou Arréridj.

Le mercredi 2 mai 2001, le professeur Mohand Issad était chargé par Monsieur le Président de la République d’entreprendre une enquête sur ces événements et lui donne toute latitude pour composer une commission ad hoc, mener les investigations comme il l’entendait, demander tout document et entendre toute personne qu’il jugera utile.

Le professeur Issad se mit en devoir de constituer la Commission d’enquête, pour une mission qui s’annonçait extrêmement difficile. Il entreprit des contacts. Il sollicita les uns, reçut l’offre spontanée d’autres. Il essuya quelques refus. Au bout d’une quinzaine de jours, une commission d’enquête était constituée, dont la liste est jointe en annexe, composée essentiellement d’avocats, d’enseignants de droit, de magistrats et de membres de la société civile, issus de toutes les régions du territoire national.

Une première réunion plénière fut tenue le 16 mai 2001 dans les locaux aménagés pour la Commission au siège de la cour suprême, à l’effet de dégager les axes d’investigations.

Immédiatement, se sont imposés les axes de recherche suivant :

  • déplacement sur le terrain et audition de témoins,
  • exploitation de la presse,
  • exploitation de documents que le président devait solliciter des services concernés, soit le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Justice, la Direction générale de la Sûreté nationale, la Gendarmerie nationale, le Département des renseignements et sécurité du ministère de la Défense nationale, des wilayas concernées et groupements de gendarmerie de Tizi Ouzou et Béjaïa.

Deux groupes furent constitués à l’effet de se rendre, l’un dans la wilaya de Tizi-Ouzou, sous la direction du bâtonnier Mahi Ghouadni, l’autre dans la wilaya de Béjaïa, sous la direction du bâtonnier Abdelwahab Benabid. Un troisième groupe devait rester à Alger, sous la responsabilité du professeur Issad.

Les groupes de Tizi-Ouzou et de Béjaïa ont accompli leur mission et rédigé des rapports. Le groupe resté à Alger réceptionna les documents qu’il a reçus des ministères de la Justice et de l’Intérieur, des wilayas de Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira, Bordj Bou Arréridj et Sétif, de la Direction générale de la Sûreté nationale etu du Commandement de la Gendarmerie nationale.

Au retour des groupes qui se sont déplacés à l’intérieur du pays, cinq groupes de travail devaient de nouveau être constitués pour une exploitation plus poussée des données et des documents recueillis. Ces groupes furent placés sous la responsabilité respective de MM. Zekri, Ghouadni, Meziane, Benabid et Issad.

II – Les dégâts humains

1) – Dans un état nominatif des citoyens décédés, dressé par le ministère de l’Intérieur pour la période du 22.04.2001 au 28.04.2001, il ressort les chiffres suivants : 13 décès pour la wilaya de Béjaïa, 26 pour la wilaya de Tizi-Ouzou, 1 pour la wilaya de Sétif et 1 pour Bouira.

Dans un autre état global, arrêté au 12 mai 2001, le ministère de l’Intérieur donne les chiffres suivants :

  • wilaya de Tizi-Ouzou : 30 décès, 147 blessés par balles, 77 “autres blessés”
  • wilaya de Béjaïa : 13 décès, 29 blessés par balles, 220 “autres blessés”
  • wilaya de Sétif : 01 décès, 3 blessés par balles, 3 “autres blessés”
  • wilaya de Boumerdès : 05 blessés par balles, 01 “autre blessé”
  • wilaya de Bouira : 01 décès, 06 blessés par balle. Total : 45 décès, 190 blessés par balles, 301 “autres blessés”.

Pour les fonctionnaires de police, le même état donne 56 “autres blessés” à Tizi-Ouzou, 224 à Béjaïa, un à Boumerdès et 6 à Bouira.

Pour la gendarmerie nationale :

  • wilaya de Tizi-Ouzou : 78 “autres blessés”
  • wilaya de Béjaïa : 81 “autres blessés”
  • Wilaya de Sétif : 13 “autres blessés”
  • Wilaya de Bouira : 08 “autres blessés”. Aucun gendarme n’a été touché par balle ou autre munition.

Soit un total de :

  • 45 décès et 491 blessés parmi la population.
  • 287 blessés dans les rangs de la police et 180 blessés dans les rangs de la gendarmerie. Si l’on reprend l’état nominatif des citoyens décédés au 12 mai 2001, on constate :
  • Que le décès du jeune Guermah Massinissa le 20 avril 2001, non mentionné, porte le nombre des victimes dans la wilaya de Tizi-Ouzou à 31.
  • Qu’à Tizi-Ouzou, le plus grand nombre de victimes est enregistré seulement sur deux jours, les 27 avril (8) et 28 avril (17), et à Béjaïa sur trois jours, soit les 25 avril (3), 26 avril (6) et 28 avril (4).
  • Que ces décès ont eu lieu dans plusieurs localités différentes :
  • wilaya de Tizi-Ouzou : 14 localités
  • wilaya de Béjaïa : 8 localités
  • wilaya de Sétif : 1 localité
  • wilaya de Bouira : 1 localité Soit 24 localités différentes, réparties sur 4 wilayas de Kabylie, et plus précisément 22 localités réparties sur les deux wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaïa.
  • D’après un autre état nominatif du même ministère de l’Intérieur, arrêté au 11 juin 2001, le dernier chiffre passait à 27 localités touchées (16 à Tizi-Ouzou et 11 à Béjaïa). Le nombre des décès passait à 34 à Tizi-Ouzou, 17 à Béjaïa, tandis qu’on enregistrait un 2e décès à Bouira et un décès à Alger. Mais il résulte de cet état, arrêté au 11 juin 2001, que le dernier décès est survenu le 29 mai à Tizi-Ouzou, le 27 mai à Béjaïa, le 26 mai à Bouira, tandis que le jeune Haniche Hamid, blessé le 31 mai lors des manifestations d’Alger, succombait à ses blessures le 6 juin 2001.

Au 11 juin 2001, le nombre de décès s’élevait à 55 parmi la population et un parmi les gendarmes, mort accidentellement par électrocution.

En revanche, et du 11 mai au 11 juin 2001, le nombre de blessés par balles passait pour les cinq wilayas (Tizi-Ouzou, Sétif, Boumerdès et Bouira) de 190 à 305. Le nombre des “autres blessés”, qui était de 301 au 12 mai, n’est pas indiqué dans l’état établi au 11 juin.

  • Pour les services de sécurité, le nombre de blessés, dont aucun par balle, passait de 467 (287 pour la police et 180 pour la gendarmerie) à 1579.

On peut s’étonner de ce bond dans le nombre des blessés, et du nombre plus important dans les rangs de la police que dans ceux de la gendarmerie. L’explication pourrait se trouver, d’une part dans le fait que la police n’a pas tiré par balles là où elle a eu à intervenir, ce qui l’a rendue plus exposée, d’autre part dans le fait que la gendarmerie elle-même a moins tiré par balles à partir du 11 mai, date du premier état global, ce qui l’a rendue plus vulnérable.

2) Des blessés par balles et des morts, du 18 au 28 avril 2001, en Kabylie (document arrêté au 3 juillet 2001)

Les données traitées ont pour source exclusive des documents officiels, communiqués par les services des ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé. Le 18 avril 2001 Guermah Massinissa

  • 19 ans, est blessé en fin d’après-midi dans les locaux de la Gendarmerie de Béni-Douala.
  • Il est blessé aux deux membres inférieurs par une rafale tirée d’un kalachnikov.
  • Provoquées par une munition de guerre, les blessures sont gravissimes aux deux cuisses, avec lésions complexes du fémur droit et plaies vasculaires, notamment à la face postérieure du genou gauche.
  • Il sera finalement transféré et opéré à Alger, durant la nuit.
  • Le décès survient le 20 avril à 8h15.

Il est évident que la mort de Guermah Massinissa est la conséquence des blessures par balles reçues aux deux membres inférieurs. Les blessures présentaient d’emblée un caractère “d’urgence extrême”, c’est-à-dire que le pronostic vital était immédiatement mis en jeu.

Le pronostic a été aggravé par les délais imposés au traitement. Les constatations nécropsiques ne font état d’aucune autre lésion, fermée ou ouverte, que celles provoquées par les balles et les traitements médico-chirurgicaux consécutifs. En particulier, la recherche d’ecchymose et de rupture traumatique d’organe interne est restée sans résultat.

1 – DGSN : état numérique par qualité des personnes décédées et blessées lors des manifestations du 22 au 28 avril 2001. Annexe La page comporte trois tableaux intéressant les wilayates d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif, Boumerdès et Bouira. Nous ne travaillerons ici que sur le total des blessés par balles de l’ensemble des wilayas concernées.

1.1. premier tableau : Ce tableau montre que 50 + 217 = 267 citoyens ont été atteints par balles. La proportion des citoyens morts par balles serait donc : 50/267* 100 = 18,7 %, soit environ un mort pour cinq ou six blessés.

1.2. deuxième tableau : Il compte, sur la même page, pour la même période et les mêmes lieux, les pertes des fonctionnaires de police. S’il signale un total de 416 blessés, dont aucun ne l’est par balle, le nombre des décès est chiffré à zéro. Ce tableau indique donc que les fonctionnaires n’ont subi aucun tir par arme à feu.

1.3 – troisième tableau Il comporte les pertes des gendarmes. Il indique : Décédé : 001 (Béjaïa) Blessé par balle : 001 (Tizi-Ouzou) Autres blessés : 180 La mort du gendarme à Béjaïa n’est pas imputée à une blessure par balle. Le compte rendu de nécropsie rapporte la mort à une électrocution. Ce tableau indique donc qu’un seul fonctionnaire a été blessé par arme à feu. Le blessé par balle l’a été sur le territoire de la wilaya de Tizi-Ouzou, sans autre détail.

  • Il apparaît donc que, sur l’ensemble des wilayas d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif, Boumerdès et Bouira, deux cent soixante sept citoyens ont été blessés par balles.
  • parmi eux, cinquante sont morts.
  • Le taux global de mortalité serait donc de 18,7 % sur l’ensemble des wilayate d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif, Boumerdès et Bouira.

Rapporté à chacune des wilayas où il a été constaté des décès par balle (Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif et Bouira), les chiffres deviennent : Tizi-Ouzou : total blessés par balles : 157, Béjaïa : 86, Sétif : 4, Bouira : 16 Total morts par balles : Tizi-Ouzou : 31, Béjaïa (16), Sétif (1), Bouira (2). Pourcentages Tizi-Ouzou (19,75, Béjaïa (18,6), Sétif (20), Bouira (12,5). Compte tenu de l’absence totale de pertes graves parmi les forces de l’ordre (un seul blessé par balle, dans des conditions non-précisées) en face de proportions de civils tués par balles qui apparaissent considérables, l’utilisation d’armes et de munitions de guerre pourrait apparaître largement excessive.

2- DGSN : état numérique global des personnes décédées et blessées lors des manifestations du 22 au 28 avril 2001. Annexe 2. Ce document comporte deux tableaux, reproduits ci-dessous : En ne prenant en compte que le total des blessés par balles de l’ensemble des wilayas concernées, Total décédés : 51 Total blessés par balles : 218 Total autres blessés : 900

Citoyens, total décédés : 50 Citoyens, total blessés par balles : 217 Policiers, total blessés : 416 Gendarmes, total blessés : 181 Citoyens, total autres blessés : 304 Gendarmes, total décédés : 001 (électrocution) Policiers, total décédés : 000

Ces deux tableaux confirment les impressions précédentes : L’étude plus fine, en cours, par wilaya et par nature des lésions accentuerait l’impression d’une utilisation excessive des armes à feu par les fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre.

Il apparaîtrait que le nombre des civils blessés par balles présente une proportion de morts, variant selon les lieux et les jours, de un sur dix, à un sur trois.

Cette proportion, portant sur des blessés civils dépourvus d’armes à feu, paraît effrayante. Elle n’est comparable qu’avec les pertes militaires, lors des combats réputés les plus durs en temps de guerre. les forces de l’ordre, aux mêmes lieux et moments ne présentent aucun blessé par balles, à fortiori aucun mort par balle.

3. Evaluation de l’importance et de la localisation des blessures. . Elle ne porte donc que sur une partie de l’ensemble des décès répertoriés. Cependant, le nombre des dossiers exploitables (44) par rapport à l’ensemble des décès (51) permet une appréciation significative. Cette évaluation n’a été possible qu’à partir des comptes-rendus de nécropsies exploitables. Analyse des impacts : 44 dossiers exploitables

3.1 – siège

  • Tête et cou 17 dont 2 impacts occipitaux
  • Thorax : 21 incluant 6 impacts dorsaux.
  • Abdomen : 5 dont un impact postéro-inférieur. Les cadavres montrent une prépondérance des impacts sur la tête, le cou et la moitié supérieure du thorax. Il y a beaucoup moins d’impacts abdominaux ou thoraco-abdominaux. La répartition de ces localisations paraît difficilement imputable au hasard statistique.

3.2 – blessures

  • Les orifices d’entrées sont petits, de l’ordre du centimètre.
  • Ils sont toujours dans les normes d’aspect et de dimensions des munitions de guerre, arrivant sur la cible avec toute leur stabilité.
  • Les descriptions dont nous disposons ne permettent pas d’évaluer avec précision la distance de tir, en particulier nous n’avons aucun élément suffisant qui permettrait d’affirmer un tir à “bout touchant”. Cette éventualité n’est jamais mentionnée dans les rapports de nécropsie mis à notre disposition.
  • Les orifices de sortie sont le plus souvent de l’ordre de plusieurs centimètres.
  • Ils correspondent à ce que l’on rencontre habituellement dans les blessures par munition de guerre.
  • Les trajets à l’intérieur des corps montrent, là encore, des lésions malheureusement banales dans ce type de blessures.

3.3 – nature des projectiles. L’analyse des comptes-rendus de nécropsie, en excluant trois dossiers inexploitables, révèle que :

3.3.1 – Les plaies décrites portent toujours les stigmates des lésions causées par des projectiles à haute vélocité (supérieure à 800 m/s). Ces blessures, provoquant des dégâts considérables dans certaines configurations de direction d’impact et de nature de la cible (crâne, squelette etc.), ont pu faire évoquer par certains l’utilisation de balles “explosives”.

3.3.2 – N’ayant pu disposer d’aucun échantillon de projectile ou de fragments (exception faite du cas Guermah). Dans ce cas particulier, personne n’a évoqué l’éventualité de l’utilisation de projectiles non réglementaires. Il s’agissait de munitions de guerre, tirées par un AK 47, ni des radiographies des victimes avant l’extraction des agents vulnérants, aucun commentaire ne peut être exprimé à ce propos. Cependant, nous ne pouvons, à partir des éléments à notre disposition, dire si les blessures résultent de projectiles tirés par des fusils classiques ou d’armes de précision, ou de AK 47.

Cependant, les débris de projectiles qui ont pu être aperçus sur certaines chaînes de télévision, évoquent – malgré la brièveté des images – la probabilité de fragments de la chemise en laiton des projectiles ordinaires des armes de guerre en usage. D’autres ont soupçonné l’utilisation d’armes de grande précision (fusils à lunette). Ces armes font naturellement partie de l’arsenal des forces spéciales, destinées notamment à la neutralisation des preneurs d’otages. Elles ont pu être observées dans notre pays, en particulier sur les lieux de certains barrages de contrôle. Mais les soupçons exprimés par certains de l’utilisation de ces armes et de leurs munitions spéciales ne peuvent être, à ce jour, ni infirmées ni confirmées. Nous ne disposons en effet d’aucun témoignage précis, ni d’aucun élément de preuve matérielle.

3.4 – des munitions de guerre

  • Nous ne disposons d’aucun document ou pièce ni rapport d’expertise balistique, exception faite du cas Guermah. Dans ce cas particulier, personne n’a évoqué l’éventualité de l’utilisation de projectiles non réglementaires. Il s’agissait de munitions de guerre, tirées par un AK 47.
  • Nous n’avons pas obtenu les dossiers radiologique ni des morts, ni des blessés par balles ayant survécu. Leur examen serait très important :
  • Les images des projectiles, examinées sur les radiographies faites au moment de la première consultation hospitalière, seraient peu suspectes de “montage”.
  • L’analyse de ces images permettrait l’éventuelle identification de différents types de projectiles, ou, au contraire, un modèle unique.
  • Cette analyse porterait autant sur les fragments de “chemise” que sur le contenu de cette enveloppe.
  • Nous avons cependant une expertise balistique (Guermah) qui dit que les orifices de sortie des balles AK47 peuvent faire plus de six centimètres de diamètre.
  • Les munitions de guerre réglementaires pour armes légères, type “OTAN” et type “russe” sont bien connues.
  • Elles ne sont pas discutées quant à leur conformité avec les traités internationaux.
  • Elles sont cependant construites pour effectuer les délabrements les plus importants possibles. Elles sont construites pour :
  • Effectuer leur trajectoire avec une vitesse “subsonique”, entre 850 et 950 m/s
  • Une stabilité (et donc précision) maximale jusqu’à atteindre une cible distante de 300 et même 400 mètres.
  • Pour se déstabiliser au maximum, dès le contact avec elle.
  • Du fait de cette déstabilisation, les mouvements du projectile, à l’intérieur du corps de la cible, provoquent des cavités d’un diamètre supérieur à 10 fois la longueur du projectile.
  • Cette cavité est soumise à une pression qui atteint N fois celle de la pression atmosphérique.
  • La rencontre de tissus denses (os) aggrave les dégâts . Au niveau du crâne, les lésions décrites sont considérables : liquéfaction du cerveau et “éclatement” de la boîte crânienne sont couramment observés.
  • Le fusil d’assaut AK47 est réputé avoir une bonne précision jusqu’à 100 mètres.
  • Le fusil “séminov” est réputé avoir une bonne précision jusqu’à 300 mètres, et plus dans de bonnes conditions de réglage et de tir. Ses projectiles peuvent provoquer des lésions mortelles jusqu’à près de mille mètres.
  • Les balles “modernes” ont été créées pour remplacer les balles “full metal jacket” de la fin du siècle dernier : ces projectiles en effet, restaient stables au cours de leur traversée de la cible. Et, sauf à provoquer une hémorragie foudroyante par déchirure de gros vaisseaux, elles n’entraînaient que “peu” de dégâts… Les blessés pouvaient rapidement redevenir des soldats opérationnels…
  • Certains auteurs vont jusqu’à dire que les munitions modernes, normalement agréées par les règles internationales, sont très proches, par leurs effets, de ce qui était attendu des balles fabriquées pour se fragmenter au maximum, et dites “explosives”.
  • Conclusion :
  • Toutes les blessures que nous avons eu à connaître sur documents nécropsiques sont compatibles avec les effets qui sont observés “normalement” lors des blessures occasionnées par des munitions de guerre.
  • Nous ne disposons d’aucun élément permettant de pousser plus loin nos conclusions.

Conclusion générale

1 – Pendant la période considérée, les blessés par balles l’ont été par des munitions de guerre. 2 – Les blessures infligées correspondent à ce que l’on attend de ce type de munition. 3 – L’absence de tout document d’expertise (autre que celui de Guermah), d’indice matériel ou d’image radiologique, ne permet – eu aucun cas – de définir avec précision le type exact de l’agent vulnérant. 4 – Nous avons une expertise balistique (Guermah) qui affirme que les orifices de sortie des balles AK 47 peuvent avoir un diamètre de plus de six centimètres. 5 – Le nombre des morts paraît considérable, par rapport au nombre total des blessés par balles dans les mêmes conditions de lieu et de temps. 6 – Les morts ont été le plus souvent immédiates ou très rapides. 7 – La plupart des morts ont été touchés dans les parties vitales les plus fragiles, situées dans la partie haute du corps humain (au-dessus du sixième espace intercostal) et qui laissent peu de chances à une thérapeutique, fut-elle pratiquée d’extrême urgence. 8 – La grande proportion de ces localisations mortelles paraît difficilement imputable au hasard de la dispersion des projectiles. 9 – Moins grande est la proportion des blessés au ventre, la mort survenant alors malgré les efforts thérapeutiques. 10 – L’importance des morts civiles par armes à feu resterait considérable s’il s’était agi d’un combat opposant deux belligérants combattant à armes égales.

III – Les événements déclenchants

I – Affaire Guermah Massinissa :

1) Le 18 avril 2001 à 18h30 quatre jeunes gens se présentent à la brigade de gendarmerie de Béni-Douala pour y déposer plainte à l’encontre d’un groupe d’autres jeunes gens pour agression et vol à hauteur du lycée situé à 200 m de la Brigade.

  • Selon un télégramme du 19 avril 2001, envoyé par la brigade de Béni-Douala au chef du groupement de gendarmerie de Tizi-Ouzou, quatre gendarmes se sont déplacés à bord du véhicule des plaignants, et à leur retour, en compagnie de Guermah Massinissa et Merakeb Koceila, sont entrés directement dans la salle d’attente en attendant d’informer le chef de brigade “qui était dans son bureau où il notifiait à la famille Matoub des convocations judiciaires”. Au retour des gendarmes, il devait être 19h, la “famille Matoub” habite à Tizi Hibel, à plusieurs kilomètres de la brigade. Dans la salle d’attente, le gendarme Mestari Merabet actionne, “par inadvertance” son arme, un kalachnikov, dont la sûreté était désactivée, et une rafale de 6 coups est sortie, dont trois devaient aller vers le sol et trois autres toucher un autre gendarme, Benferdi Mounir, et le jeune Guermah Massinissa.

L’identité des plaignants ne sera pas relevée sur l’instant, ceux-ci ayant quitté la brigade immédiatement après l’incident.

  • Dans une lettre du 21 avril 2001 (n° 140/2001) adressée à Monsieur le ministre de l’Intérieur, le commandant de la gendarmerie nationale reprend la version du tir “par imprudence” et d’une “rafale de 6 coups”. A cette lettre, étaient joints un tract du RCD et une “requête” d’un groupe de “citoyens de Béni-Douala” , à Monsieur le commandant du groupement de wilaya de gendarmerie de Tizi-Ouzou.

Le tract du RCD demande “un rappel à l’ordre des darkis qui .. ; se défoulent sur nos jeunes et les exemples sont nombreux”, et “l’installation d’une sûreté de daïra, car Béni-Douala n’est plus un petit bourg des années 70, mais un lieu de vie pour 35.000 personnes qui méritent d’être encadrées civilement”.

L’appel du “groupe de citoyens” dénonce, notamment, “les actes irresponsables de certains darkis…”, “la légèreté avec laquelle ces mêmes éléments font usage de leurs armes”, “les bastonnades… dont nos jeunes font l’objet”, et demande, entre autres, “d’interdire les brutalités envers les citoyens de tous âges et de n’appliquer que la loi, toute la loi à tout contrevenant”, “de moraliser les actions de l’ensemble des éléments…”. Ils ajoutent que “un darki a exigé sous la menace de son arme du personnel médical de la polyclinique d’abandonner les soins prodigués au jeune , victime de la rafale et d’une hémorragie, pour s’occuper de son collègue, touché au talon et jouissant de toutes ses facultés”.

  • Le lieutenant-colonel Hellal, auteur d’un rapport du 3 mai 2001, reprend la version de l’accident par imprudence et déclare que, dans l’attente du chef de brigade qui se trouvait dans son bureau, le darki Mestari Merabet “alors qu’il tenait de sa main droite son arme non sécurisée et armée balle au canon alors qu’il l’ignorait, a soudain pressé sur la détente et une rafale s’est déchargée et a atteint Guermah Massinissa, qui était assis, et le darki auxiliaire Benferdi Mounir.. ;”. Le gendarme Mestari Merabet persiste à déclarer “qu’il a appuyé sans (se) rendre compte sur la détente d’où une rafale de 6 balles…”.

Devant le juge d’instruction militaire de Blida, le gendarme Mestari Merabet déclare s’être rendu, lui et ses collègues, à bord du véhicule des plaignants, au motif qu’il leur était interdit de se déplacer à bord du véhicule de la brigade en dehors des heures de service.

Interrogé , le commandant régional de Tizi-Ouzou répond par écrit qu’il n’y avait aucune instruction quant à l’interdiction d’utiliser le véhicule de la brigade en dehors de certaines heures, et que le chef de brigade a ordonné aux gendarmes de se déplacer à pied, compte tenu de la proximité des lieux.

  • Les conditions de l’interpellation ne sont pas élucidées. Alors que le rapport du lieutenant colonel Hellal du 3 mai 2001 déclare qu’à la vue des gendarmes le groupe (des agresseurs) s’était “dispersé et fui vers la forêt”, et que les éléments de la brigade n’ont pu en arrêter qu’un seul, qui a été conduit vers la brigade à pied, tandis que les autres éléments ont appréhendé un second garçon qui a été conduit à la brigade à bord d’un véhicule.

Le père de Guermah Massinissa, Guermah Khaled, déclare que son fils était à la maison en train de réviser ses cours lorsqu’il est descendu dans la rue après avoir entendu du vacarme, et qu’il a été arrêté par les gendarmes qui passaient. Le jeune Merakeb Koceïla déclare avoir été battu par le gendarme Benferdi Mounir, qui aurait réservé le même traitement à Guermah Massinissa.

Merakeb Koceïla est le seul à avoir parlé de 2 rafales, ce qui sera confirmé par l’expertise balistique. Toujours devant le juge d’instruction militaire, le gendarme Mestari Merabet déclare avoir appuyé sur la détente “sans se rendre compte”, et qu’il tenait de sa main droite son arme non sécurisée et armée, balle au canon, “alors qu’il l’ignorait”.

Toujours devant le juge d’instruction militaire, le gendarme Mourad Fouad déclare que “le pistolet-mitrailleur du gendarme Mestari Merabet a glissé de son épaule et au moment où il tentait de le récupérer, il a appuyé sur la détente, d’où la rafale…”.

Le gendarme Merzoug Youcef déclare n’avoir pas vu l’arme glisser de l’épaule du gendarme Mestari Merabet. Le gendarme Rouabah Rabah non plus n’a pas vu “le mouvement de chute de l’arme”. Mestari lui-même ne donne pas cette version. C’est seulement le 20 juin 2001 devant les experts en balistique que le gendarme Mestari fait sienne la version de la chute de l’arme :

“Mon arme était accrochée à mon épaule droite et la bouche du canon était pointée vers le sol. En conduisant la victime vers le banc qui se trouve en face de l’entrée de la salle, subitement l’arme s’était glissée (sic) de mon épaule. Lorsque j’ai voulu la réajuster une rafale de 6 cartouches s’était déclenchée dont 3 ont occasionné des blessures sur mon collègue qui se trouvait à la droite .. ; et les 3 autres sur la victime qui était à ma gauche”.

  • Mais d’après les experts, il y a eu 2 rafales. On lit ainsi en page 3 du rapport, et au paragraphe : “C. reconstitution de la scène du crime” :

“En résumé, il résulte de cette reconstitution que le prévenu et la victime faisaient face au comptoir. L’arme, accrochée à son épaule droite, s’était glissée (sic) au moment où il conduisait la victime vers le banc de la salle de permanence : une rafale de 3 cartouches avait été tirée, causant 3 impacts sur le sol et blessant ainsi le gendarme qui se trouvait à proximité du comptoir. Surpris par le recul de la culasse et voulant maîtriser son arme, le prévenu avait, par inadvertance, dévié l’arme de sa direction vers la gauche, ce qui avait déclenché une seconde rafale de 3 cartouches, causant les blessures à la victime au niveau des membres inférieurs”.

Pour vérifier l’état de fonctionnement de l’arme, les experts ont procédé à un tir d’essai de plusieurs cartouches. Ils déclarent (p.5 du rapport) : “aucun incident de tir n’a été enregistré”.

En “conclusion”, ils déclarent, entre autres (p.6) :

  • Si on n’actionne pas la détente, l’arme incriminée ne provoque aucun tir lorsqu’elle tombe de l’épaule. 7. La chute de l’arme sur le sol ne peut déclencher la détente et engendrer les tirs”.
  • Il résulte ainsi de cette conclusion que la chute de l’arme n’est pas la cause des tirs, qu’il a fallu, par deux fois, actionner la détente pour faire partir d’abord 3 balles, puis 3 autres.

Il faut un hasard singulier pour que, par deux fois et dans un mouvement de chute incontrôlé, le doigt du gendarme se pose sur la détente et appuie involontairement. On peut, semble-il, expliquer la seconde rafale par le doigt resté crispé sur la détente après la première rafale, mais les experts n’envisagent pas cette hypothèse qui est sans doute hors de leurs attributions.

  • Indépendamment de ces supputations, des conditions de l’interpellation des deux jeunes gens qui restent non élucidées, de la question de savoir si le tir a été volontaire ou non, ce qui sera déterminé par la juridiction de jugement, il reste la gravité même du comportement du gendarme, qui garde à l’intérieur de la brigade, et face à plusieurs personnes, le cran de sûreté levé, et balle au canon. Se peut-il qu’un gendarme “ignora” que son arme était non sécurisée et armée ? On peut à tout le moins parler de ce que les juristes appellent en droit civil, la “faute lourde équipollente au dol” , qui assimile alors l’acte involontaire à l’acte volontaire.
  • Trois membres de la Commission ont assisté à la procédure judiciaire complémentaire de reconstitution des faits dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Béni-Douala en date du 1er juillet 2001. Cette reconstitution n’a pas apporté d’élément nouveau significatif sinon que les déclarations du gendarme Mestari et celles de son collègue Benferdi Mounir se rejoignent sur l’idée de l’arme qui glisse de l’épaule de Mestari avant le déclenchement du tir de six balles en deux rafales de trois balles chacune. Ces déclarations faites le 1er juillet 2001 sont en contradiction avec certaines de leurs déclarations consignées antérieurement.

Il reste que les explications apportées tant par le prévenu que par le témoin Benferdi et même les conclusions des services de la police scientifique s’agissant de la trajectoire des tirs, ne concordent pas et ne sont pas satisfaisantes. En prenant en considération le fait que l’arme n’a pas présenté de défection mécanique lors de son examen par les experts en balistique, et la conclusion de ces derniers, il est possible de déclarer que le tir n’a pas été provoqué par la chute de l’arme, mais par une pression sur la détente de Mestari, dans des conditions qui n’ont pas encore été élucidées de façon satisfaisante par l’information judiciaire en cours.

  • Le témoignage de Merakeb Koceila eut été capital dans la mesure où ses déclarations font état de brutalités exercées sur sa personne et sur celle de Guermah Massinissa. Malheureusement les services de gendarmerie affirment avoir été dans l’impossibilité d’acheminer sa convocation à assister à la reconstitution.
  • Lors de celle-ci, les membres de la Commission ont eu à constater la présence, en nombre, de gendarmes confinés dans des locaux et dans des conditions d’hygiène déplorables, avec l’absence complète de contact avec l’environnement immédiat. Cette situation risque d’entraîner des conséquences néfastes sur le moral des éléments, et des comportements de nature à amener à une nouvelle confrontation avec les jeunes de la région.

Le rapport d’autopsie et l’examen de ce rapport indiquent que les balles sont parties de haut en bas. Alors qu’une arme du type de celle que détenait le gendarme Mestari, qui échappe au contrôle de son détenteur, a plutôt tendance à bondir de bas en haut… Le rapport d’autopsie relève que les balles qui ont atteint la victime décrivent une trajectoire oblique de la droite vers la gauche et du haut vers le bas. C’est une trajectoire contraire au mouvement de l’arme : le FA Kalachnikov est une arme d’assaut dont l’angle d’incidence important l’entraîne naturellement du bas vers le haut. Le mouvement contraire observé par le médecin légiste n’est pas convaincant.

2 – le jeune Guermah Massinissa est décédé le 20 avril 2001 à l’hôpital Mustapha des suites de ses blessures.

Dans un rapport du lendemain 21 avril 2001 (n° 140/2001) adressé par le commandement de la gendarmerie nationale à Monsieur le ministre de l’Intérieur, il est signalé “un mouvement de mécontentement et d’indignation … au sein de la population de Béni-Douala, se traduisant par l’envoi d’une requête au commandant du groupement de la wilaya de Tizi-Ouzou…”. Le rapport croit devoir ajouter que les habitants du village de Béni-Douala sont de tendance FFS et ont de tout temps “manifesté une hostilité envers le Pouvoir et les services de sécurité, et particulièrement la gendarmerie nationale”.

Voilà donc l’explication : le décès du jeune Guermah est imputable à l’hostilité de Béni-Douala au Pouvoir et à ses sympathies FFS !

Mais on relève dans les “documents additifs” transmis par le ministère de l’Intérieur, une résolution de l’APW de Tizi-Ouzou du 30 avril 2001 et transmise directement au ministre de l’Intérieur. Cette résolution rappelle l’appel lancé le 22 avril 2001 par lequel l’APW attirait l’attention des autorités sur les dépassements des brigades de gendarmerie.

  • Dans un “rapport additif” du 24 avril 2001 (n°145/2001), le même commandement de la gendarmerie porte à la connaissance du ministre de l’Intérieur “l’évolution de la situation à travers la circonscription de la commune de Béni-Douala”. Il signale que dès le 21 avril à 8h30 des manifestants ont contraint les directeurs des établissements scolaires et les commerçants à cesser toute activité. A 9 h, une foule “estimée à environ 300 personnes” s’est rassemblée devant le siège de la brigade locale, lançant des projectiles et scandant des slogans hostiles au pouvoir.

Cette même foule, à laquelle se sont joints d’autres personnes, s’est scindée en deux groupes ; le premier s’est introduit à l’intérieur de la cour de la brigade où il a mis le feu à des pneus usagés apportés à cet effet, “pour ensuite incendier l’emblème national” et tenter d’investir les locaux administratifs après avoir détruit le mur d’enceinte de l’unité et arraché le portail de l’entrée secondaire. Les gendarmes ont fait usage de bombes lacrymogènes.

Le second groupe s’est dirigé vers le siège du détachement de la garde communale, mitoyen de la brigade, d’où il a été repoussé par des tirs de sommation. La foule fut dispersée par l’intervention des unités du GIR 12 de Tizi-Ouzou dépêchées sur les lieux.

  • En prévision de l’enterrement du défunt Guermah Massinissa, prévu pour le 23 avril 2001, deux escadrons d’intervention du GIR de Tizi Ouzou ont été acheminés et positionnés à Béni-Douala, un escadron d’intervention renforcé d’une section du GIR de Réghaïa fut prépositionné à Tizi-Ouzou. Trois escadrons d’intervention relevant des GIR de Bouira, Chéraga et Zéralda ont été mis en état d’alerte.

Le 22 avril 2001 à 19h45, la dépouille mortelle de Guermah Massinissa arrive au domicile mortuaire, sis à Tizi Hibel, commune de Aït Mahmoud, daïra de Béni-Douala.

Le 23 avril 2001 à 11h30, 300 personnes, toujours selon les chiffres du rapport additif, se sont rassemblées devant le siège de la brigade locale de Béni-Douala et ont lancé des pierres en direction l’édifice. Cet attroupement a été dispersé par les gendarmes.

A 13 h, le défunt est inhumé au cimetière de Tizi-Hibel et une foule estimée à 4000 personnes assiste aux obsèques. A l’issue des funérailles, le père de la victime “a invité l’assistance à observer le calme et à laisser la justice suivre normalement son cours”. Toutefois, selon le même rapport, 500 personnes environ se sont dirigées vers Béni-Douala, distante de 7 km, dans l’intention d’organiser une marche. Quatre cents manifestants se seraient livrés par intermittence à des jets de pierres en direction des membres des forces de l’ordre et tenté d’investir et de détruire la porte principale de la Recette des postes et télécommunications. Ils ont été refoulés.

Ces mêmes manifestants ont tenté de s’introduire à l’intérieur du siège du détachement local de la garde communale, laquelle aurait tiré des coups de feu en l’air. Les unités d’intervention sont intervenues pour rétablir l’ordre.

Le même jour, 23 avril 2001, aux environs de 16h, des manifestants se sont introduits à l’intérieur du siège de la recette des contributions diverses où après avoir fait sortir le mobilier et les documents, y ont mis le feu et se sont dispersés aux environs de 20 heures.

Le rapport précise que les suites judiciaires concernant le gendarme Mestari Merabet, de la brigade de Béni-Douala et auteur d’un homicide, que le rapport qualifie d’involontaire, sur la personne du nommé Guermah Massinissa, seront rendues publique par voie de presse.

Ainsi donc, et malgré ce qu’on a pu déclarer ici et là sur le “calme relatif” qui aurait régné après l’accident du 18 avril, les mouvements de foule ont commencé dès le 20 avril 2001, jour du décès du jeune Guermah et les autorités alertées.

3. – Affaire de Oued Amizour : Le dimanche 22 avril 2001, à 10h30 trois collégiens de Oued Amizour, faisant partie d’un groupe conduit par leur moniteur de sport, sont interpellés et conduits à la brigade de gendarmerie locale, motif pris d’outrage à l’encontre des gendarmes de la brigade.

Ceci devait entraîner, dès 14 h, des manifestations accompagnées de jets de pierres devant la brigade, la sûreté de daïra, le siège de l’APC et la daïra. Les manifestants mirent le feu au véhicule appartenant au sergent chef Sersoub, auteur de l’interpellation des 3 collégiens. Le même jour à 15 heures, le wali de Béjaïa, accompagné des membres de la Commission de sécurité de wilaya, s’est rendu sur les lieux, mais ne semble pas avoir calmé les esprits.

Dans un rapport du 23 avril 2001 (n°142/2001) adressé par le commandement de la gendarmerie nationale au ministre de l’Intérieur, on relève que vers 19h30, la foule a mis le feu à des bureaux du siège de la daïra ; qu’à 21h45 et, après avoir été dispersée, elle se réunit une 2e fois pour se rendre au siège de la daïra où elle a incendié un véhicule appartenant à cette administration, qui était à l’intérieur de la cour.

Toujours le même jour, à 23h45 et d’après le même rapport du 23.4.2001, un tract “à caractère tendancieux”, émanant du bureau local du FFS a été placardé sur les lieux. Le 23 avril 2001 une foule nombreuse effectue une marche au centre-ville, en direction de l’APC, lançant au passage des projectiles en direction des sièges de la brigade de gendarmerie et de la sûreté de daïra ;

On apprend d’après le même rapport, qu’indépendamment du dispositif déjà mis en place, des renforts constitués de deux escadrons d’intervention de Jijel et Bordj Bou-Arréridj ont pris position respectivement à Souk El Thenine et Sidi Aïch. Une commission d’enquête est annoncée par ce rapport.

Le tract du FFS, joint à ce rapport, décrit autrement les incidents. Il indique que les trois collégiens ont été enlevés en plein cours par la gendarmerie, que l’enseignant devant qui ces faits ont eu lieu, a subi une pluie d’injures et de menaces avec des klachs. Que les collégiens ont été séquestrés et passés à tabac dans l’enceinte de la brigade. Le tract, daté du 22 avril 2001 parle “d’une opération planifiée” pour faire basculer la région “dans une spirale de violence”. Il parle de l’impunité qui a “ouvert la voie aux atteintes systématiques aux droits de l’homme, aux libertés démocratiques et à la liberté d’expression”. La section locale du FFS prévient et dénonce “ce plan diabolique concocté dans les laboratoires”, et appelle la population ” à demeurer vigilante, à ne pas répondre à la provocation et à déjouer tous les complots d’où qu’ils viennent”.

Il est significatif de mesurer la distance qui sépare le rapport de la gendarmerie et le texte du FFS. Alors que dans le premier, le sergent Sersoub Mouloud n’a interpellé les trois collégiens qu’à l’effet “d’aviser leurs parents sur leur comportement pour ensuite les relâcher”. Dans le tract du FFS, d’une demi-page, il est fait successivement mention d’une “opération planifiée”, d’un “plan diabolique” et de “complots”.

Deux jours après le premier rapport, le commandement de la gendarmerie nationale adresse au ministre de l’Intérieur un second rapport, du 25 avril 2001 (n° 146/2001), dans lequel il mentionne dès le premier paragraphe que les incidents se sont étendus à Béjaïa, Aokas, Tichy, Akbou, Oued Ghir, Sidi Aïch, Akfadou, Chemini, Adekar, Berbacha, Sémaoune Feraoun, Sedouk, Béni Maouche, Tizi-Ne Barbar et Ouzelaguène … soit 16 localités.

Force est de déduire que, soit il y a eu effectivement un plan, soit que la provocation était tellement grave qu’elle a entraîné des perturbations dans 16 localités. Des marches et des saccages sont signalés ; le même rapport fait état des moyens engagés pour rétablir l’ordre : 6 escadrons venant d’autres localités, et un 7e de Annaba, “prépositionné pour une interventions éventuelle”.

L’enquête ordonnée plus haut est effectuée le 23 avril 2001 par le lieutenant colonel Taallah Omar. Il signale le comportement du sergent-chef Sersoub Mouloud, en ce que ce chef de patrouille “a répondu à la provocation en conduisant au siège de la brigade 3 adolescents qui ont proféré des propos outrageants…”, “qu’il a manqué de maîtrise et de sang froid”, que des sanctions disciplinaires suivies de la relève immédiate de ses fonctions ont été prises à son encontre.

Dans le premier rapport de gendarmerie, du 23 avril 2001 (n° 142/2001) et dans le rapport d’enquête du lieutenant colonel Taallah Omar, les trois collégiens auraient été relâchés par le sergent chef Sersoub. Dans une annexe à une lettre du 6 mai 2001 (n° 115/2001) du wali de Béjaïa adressée à Monsieur le ministre de l’Intérieur, intitulée “faits saillants ayant marqué le mois d’avril 2001, on lit : “22 avril 2001-10h30 ” “Interpellation par la brigade de gendarmerie nationale d’Amizour de trois élèves du CEM Emir Abdelkader au moment où le professeur les conduisait vers le stade pour u ne séance de sport”. “Libérés aussitôt par le commandant de compagnie de la gendarmerie nationale sur intervention de Messieurs le chef de daïra, le commandant de compagnie de la gendarmerie nationale et le président de l’APC d’Amizour”.

A la même page on lit : “A 15 heures : déplacement de Monsieur le wali et tenue d’une réunion au siège de la daïra d’Amizour en présence du chef de sûreté de wilaya adjoint, du commandement de groupement de gendarmerie nationale, du procureur général, du chef de daïra et du président d’APC, pour tenter de calmer les esprits…”. Les esprits ne se sont pas calmés … :

  • le wali s’est rendu le jour même sur les lieux, accompagnés des autorités mentionnées ci-dessus :
  • le chef de brigade a été immédiatement relevé, six escadrons ont été engagés et un septième “prépositionné”
  • seize localités se sont embrasées dans les deux jours qui ont suivi l’incident. Tout cela n’est pas habituel, et il fallait que l’incident fut particulièrement grave, et ressenti comme une provocation ou l’expression d’un “complot”’. Ici, aussi les autorités ont été alertées.

IV – L’utilisation des munitions de guerre

I – Les faits Dans un message du 25 avril 2001 (2001/363), émanant du chef de la division de la Sécurité publique/Commandement Gendarmerie nationale, et adressé aux commandants régionaux de la 1 et 5 « pour action », et aux commandants des groupements de wilaya de la sécurité de Tizi Ouzou et Béjaia « pour action » également, et signé du colonel Maameri Ahmine, on lit :

« Dans le cadre des opérations de rétablissement de l’ordre public qui se déroulent dans vos circonscriptions respectives, il est rappelé que les munitions de guerre doivent être retirées aux personnels agissant en opération de maintien de l’ordre. Ces mesures doivent être strictement observées ».

Ce message semble être un rappel d’instructions antérieures. Il est adressé selon toute vraisemblance à 21h 15. S’il avait été immédiatement exécuté compte tenu de son caractère impératif et de son urgence, cet ordre aurait permis d’éviter les sept morts survenues le lendemain 26 avril dans la wilaya de Béjaïa, très certainement les 8 morts constatées dans la wilaya de Tizi Ouzou le 27 avril 2001, et les 16 autres constatées le 28 avril toujours dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Cette instruction est à rapprocher des déclarations faites par le commandant régional de la Gendarmerie de Tizi Ouzou lors d’une conférence de presse tenue le 2 juin 2001 à Tizi Ouzou, reprise par le quotidien El Moudjahid dans son édition du 3 juin 2001, page 9. Cet officier supérieur de l’Arme déclare qu’il avait lui-même retiré le 15 avril les cartouches aux gendarmes.

Ce quotidien rapporte que ce même officier jure à cette occasion que pour l’affaire Guermah, il s’agit d’un accident et que celui-ci revêt aucun caractère inavoué, pas plus qu’il ne constitue une manœuvre visant à soulever la région. Cette déclaration, lourde de sens, constitue une tentative de réponse à une interrogation qui traverse les esprits, s’agissant d’un événement faisant l’objet d’une information judiciaire en cours et ayant entraîné beaucoup d’autres.

Ainsi donc, le 15 avril, le commandant de l’Arme dans la wilaya de Tizi Ouzou retire les munitions, ce qui n’empêchera pas, trois jours plus tard, un de ses éléments, dans les locaux d’une brigade de Gendarmerie à Béni-Douala d’affirmer qu’une ou deux rafales, suivant les déclarations, seraient sorties accidentellement de son arme. Curieuse manière d’exécuter les ordres !

Un second message en date du 21 mai 2001 (01/304/M B.S.P.R.) émanant du commandant du groupement de la wilaya de Béjaïa et destiné, à titre de compte-rendu, au commandant du 5ème commandement régional de Constantine, au Chef de division sécurité publique/CGN, chef du centre opérationnel CGN, et chef du centre opérationnel de la 5e/CTRGN Constantine, et « pour exécution », à tous les commandants de compagnie, commandants de l’ESR et commandants des Escadrons 532 GIR Bordj Bou-Arréridj et 563 GIR Jijel, est ainsi conçu :

« Dès réception des instructions ci-après qui doivent être appliquées par tous les Chefs d’unité et responsables des opérations du maintien de l’ordre. « A – Il est rappelé qu’il est strictement interdit à tout militaire quel que soit son grade d’avoir sur lui des munitions de guerre. La responsabilité du chef est entièrement engagée en cas de défaillance ou non-exécution de cet ordre. « B – Chaque responsable à tout échelon doit veiller à l’application de ces instructions et procéder personnellement à la fouille à corps de tout militaire avant tout déplacement ou déploiement et ce, à l’unité. « C. L’usage de lacrymogènes se fera rationnellement et à bon escient ; j’insiste à ce que le premier tir soit effectué par l’officier directeur des opérations. « D…………… « E…………… « F. N’intervenir que pour rétablir l’ordre en collaboration avec les éléments de la Sûreté nationale et ce, quand le besoin s’en fait sentir. « G. Mettre un dispositif dissuasif pour assurer la protection des casernes et personnels en délimitant un périmètre de sécurité. « H……….. Le caractère contraignant de ces instructions suscite nombre d’interrogations quant aux modalités d’intervention des éléments de la Gendarmerie depuis le 15 avril 2001. Tout donne à penser que le commandement de la Gendarmerie avait pris des dispositions pour parer à l’éventualité de manifestations à l’occasion de la célébration du « Printemps berbère ». Or il n’a pas été obéi.

II – Le droit Aux termes de l’article 99 de la loi 90/09 du 7 avril 1990, « le wali peut, lorsque des circonstances exceptionnelles l’exigent, faire intervenir les formations de police et de Gendarmerie nationale implantées sur le territoire de la wilaya par voie de réquisition ». Les dispositions édictées par l’article sus-visé n’ont fait l’objet d’aucune modification dans leur exécution après la promulgation du décret présidentiel 92/44 du 9 février 1992 portant instauration de l’état d’urgence, en vigueur à ce jour.

La référence à ce texte réglementaire est nécessaire au vu du document en date du 22 mai 2001 émanant du commandement de la Gendarmerie de wilaya de Béjaïa qui informe ses supérieurs hiérarchiques du refus du wali de Béjaïa de délivrer des réquisitions écrites « en dépit de l’insistance » du commandant de Gendarmerie de la wilaya.

Interrogé verbalement, le wali de Tizi Ouzou, affirme n’avoir jamais délivré de réquisition, ni avoir jamais été sollicité pour ce faire, par quelque autorité du ressort de la wilaya.

Les observations qui précèdent amènent à s’interroger sur les motivations qui sous-tendent la protestation du commandant de Gendarmerie de la wilaya de Béjaïa, soudainement soucieux, le 22 mai 2001, soit plus de un mois après le déclenchement des troubles, de mettre le comportement de son Arme en conformité avec la réglementation en vigueur.

Pour mémoire, il y a lieu de rappeler que le décret 83/373 du 28 mai 1983 précisant les pouvoirs du wali en matière de sécurité et de maintien de l’ordre public fait obligation de recourir à des réquisitions écrites et motivées. Sur le plan juridique, les actions menées en dehors du cadre réglementaire sus-visé revêtent donc le caractère d’une voie de faits mettant en cause la responsabilité directe des structures en cause.

La commission d’enquête n’a pu accéder aux actes des commissions de sécurité des wilayas concernées tels que prévu par le décret 83/373 du 28 mai 1983 en son chapitre 4, et mises en application par l’instruction interministérielle (ministère de l’Intérieur et ministère de la Défense nationale) du 9 juillet 1983.

Ce qui précède ne constitue que l’un des aspects des dysfonctionnement de l’Arme, qui apparaissent, par exemple dans la façon souvent contradictoire, dont les faits sont rapportés à propos des affaires aussi sensibles que celles de Béni-Douala et Oued Amizour et dans l’inexécution des ordres, donnés par écrit et réitérés.

V – Les mises en garde

Dans un message du 27 avril 2001 (N°) 153/2001) le commandant de groupement de wilaya de Tizi Ouzou, s’adresse à sa hiérarchie d’Alger et de Blida, ainsi qu’à M. le wali de Tizi Ouzou, et rend compte de la gravité de la situation et de l’hostilité montante contre les gendarmes, et estime. « Impérieux d’impliquer et en urgence les autres services de sécurité et d’entreprendre d’autres actions destinées à dissuader les appels de ces manifestations hostiles par les partis politiques ».

A. à défaut, il prévient : « Dans le cas contraire les unités isolées ne peuvent répondre que par l’usage des armes… ». Il ne semble pas que cet appel et que cet avertissement aient été entendus, puisque le recours aux armes était devenu courant, se soldant par le nombre de décès et de blessés indiqué plus haut.

Cela est devenu tellement inquiétant que dans un message du 21 mai 2001, reproduit plus haut, le commandant de Gendarmerie de Béjaïa rappelle l’interdiction à tout militaire d’avoir sur lui des munitions de guerre, que la responsabilité du chef est entièrement engagée, et que : « B/ Chaque responsable à tout échelon doit veiller à l’application de ces « instructions et procéder personnellement à la fouille à corps de tout « militaire avant tout déplacement ou déploiement, et ce à l’unité. Stop ».

Cette fouille à corps doit être la suite de la désobéissance à une précédente prescription du commandement de Blida, et sans doute de tous les commandements régionaux, du 26.04.2001, répercutant apparemment un message du Commandement de la Gendarmerie nationale du 25.04.2001, n° 363, également reproduit plus haut, qui rappelle :

« Dans le cadre des opérations de rétablissement de l’ordre public qui se déroulent dans vos circonscriptions respectives, il est rappelé que les « munitions de guerre doivent être retirées au personnel agissant en opérations de maintien de l’ordre. Ces mesures doivent être strictement observées ». Ou bien que le commandement de la Gendarmerie est parasité et que d’autres forces -internes ou externes au corps- donnent des ordres contraires.

  • La brigade de gendarmerie de Beni-Douala s’est particulièrement distinguée, elle a fait l’objet d’une pétition signée du 2.08.1999 adressée au commandant de Gendarmerie de Tizi Ouzou. Cette pétition fait état de la situation alarmante qui prévaut à Taguemount Azouz, dans la daira de Béni-Douala : vols, vente de drogue, vente illégale de vin, lieux de débauche, insultes de la part des gendarmes, intimidation à coup de rafales. Les signataires demandent « le changement radical de tout le corps de cette brigade qui, actuellement, n’honore pas nos services de sécurité… ».

Une deuxième pétition, adressée aux autorités civiles et militaires, arrivée au cabinet du wali de Tizi Ouzou le 11 décembre 1999, réitère ces griefs, rappelle un crime non élucidé, en date du 5.03.1999 et dénonce « le comportement indécent de certains éléments de la brigade de Gendarmerie de Béni-Douala ».

Ces pétitions ne semblent avoir abouti qu’à la mutation et au remplacement du chef de brigade de Béni-Douala à compter du mois de janvier 2000 (lettre de M. le wali de Tizi Ouzou à la Commission nationale d’enquête du 16 juin 2001 – n° 19/CAB/2001).

Dans une lettre du 21 avril 2001 (n°531/2001) le président de l’APC de Beni-Douala lançait encore à M. le wali de Tizi Ouzou un appel dramatique. Il signale que « la situation prend des proportions inquiétantes », qu’il y a lieu de prendre les mesures nécessaires, « notamment avec les groupes de Gendarmerie nationale, de manière à interpeller les éléments de la Brigade de Béni-Douala, de surseoir aux tirs de sommation et l’utilisation de bombes lacrymogènes qui ne peuvent conduire qu’à des conséquences fâcheuses ».

Dans une lettre du 5 mai 2001 (n° 421/2001), adressée à M. le wali de Tizi Ouzou, le président de l’APC de Tadmaït rend compte du comportement de certains éléments de la Brigade de Gendarmerie de sa localité. Il écrit entre autres : « Nous ne comprenons pas ces agissements et nous nous posons des questions encore une fois quant aux objectifs de ces provocations ». « Nous constatons avec regret qu’au moment où des voix s’élèvent pour appeler au calme, ces gens continuent à attiser le feu en allant chercher des jeunes chez eux pour les massacrer ».

  • Dans une note de synthèse du 15/05/2001, le centre des opérations du commandement de la Gendarmerie nationale fait état d’une plainte pour vol de son kiosque, émanant du nommé Yacoubi Akli, commerçant à Azzeffoun, mettant en cause « des éléments de renfort ».

Les premiers éléments de l’enquête ouverte par la brigade de la Gendarmerie locale « ont permis la découverte d’objets signalés volés auprès de certains gendarmes (éléments de la Brigade locale et de GIR d’Oran) ».

  • Dans une lettre du 26 avril 2001 (n° 2592) adressée au ministre de l’Intérieur, le directeur général de la Sûreté nationale rend compte de la situation et de l’évolution du mouvement, dans les wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa. Il signale la grogne qui règne, le rôle des partis politiques et associations, et prévient : « Aussi, il est clair que tous ces appels et les lectures partisanes qui sont faites de la situation, sont susceptibles d’influencer le cours des évènements et de provoquer un embrasement, pouvant prendre la forme d’une insurrection ».

Dans une autre lettre, non datée mais portant le n°3131, le même haut fonctionnaire fait parvenir à son ministre, copie de quatre communiqués, émanant de syndicats locaux et écrit : « Aux termes de ces écrits, il est réitéré la plate-forme de certaines revendications, portant sur l’injustice, l’impunité, les revendications démocratiques et socio-économiques », et appellent à une « grève générale, marche et meetings », pour le samedi 19 mai 2001 à Béjaïa. La revendication identitaire n’était plus la préoccupation première.

  • On relève d’autres messages de Chefs de daïra, notamment de Draa El Mizan et de Tizi Ouzou, Boghni, Ouzellaguen, Larbaâ Nath Iraten, Ouaguenoun et Beni Yenni. Le dernier fait état d’une situation alarmante. Les autorités étaient mises au courant et prévenues.

VI – Les témoignages

Les membres de la Commission qui se sont déplacés à Tizi Ouzou et à Béjaïa ont entendu, malgré la réserve exprimée à l’encontre de toute commission d’enquête, des autorités, des élus, des universitaires et de simples citoyens dans chacune de ces deux villes et alentour.

Jughurta et Ali, de Béni-Douala, Slimane, étudiant, Nacéra étudiante, Hamid, commerçant, Rachid, Djazira et Hocine, Nourredine. Ils sont de Beni Douala, Aïn El Hammam, Tizi Rached, Mekla, Maâtkas.

Ali, de Beni Douala, déclare que le jeune Massinissa avait été « embarqué » par un gendarme et deux civils dans une voiture Laguna, et qu’il a été torturé. Les personnes qui étaient autour de lui confirment la version.

A Tizi Ouzou, le jeune Boughrara, sortie de chez lui pour rejoindre un groupe qui était en face des CNS, à une distance de 200 m environ, s’écroule, touché de 2 balles. La 3e est allée se loger dans le mur du bâtiment.

A Aïn El Hammam, dit Djazira, 33 ans, un gendarme tire délibérément sur une femme à son balcon. Elle en meurt.

Deux jeunes gens de Tizi Rached, et dans une longue déposition, rapportent ce qui se passe chez eux. S’agissant du corps de la gendarmerie dans sa globalité, il lui est reproché :

  • sous le vocable de « hogra », de nombreuses exactions
  • de manière plus précise, la gendarmerie serait un corps corrompu avec la base un véritable système fondé sur une répartition des rôles. C’est ainsi que certains gendarmes se seraient spécialisés dans les cartes du service national, d’autres seraient les « parrains » du transport du sable, d’autres enfin « exploiteraient » les documents afférents aux véhicules automobiles.
  • le 3e grief a trait aux mauvaises mœurs et à la débauche puisqu’à Sidi Rached, localité rurale, existent 2 lieux de débauche, débit de boissons et cabaret, fréquentés par les gendarmes, qui par ailleurs, en garantiraient le maintien. Ceci est très mal accepté par la population.

Ils reprochent à un gendarme en particulier un certain Nabil, d’avoir délibérément commis un véritable meurtre le samedi 28 avril vers 13h. Ce gendarme, connu sous le sobriquet de Van Damme, aurait profité de ces graves évènements pour opérer un règlement de compte en assassinant Ahmane Mourad, 38 ans, marié, 2 enfants. Les relations entre le gendarme et ce citoyen s’étaient particulièrement dégradées lorsque ledit gendarme, jeune et célibataire, s’était montré irrespectueux à l’égard des jeunes filles de la localité. Selon les 2 témoins, ce gendarme qui se trouvait sur la terrasse de l’édifice de la Gendarmerie le samedi 28 avril à 13h, a froidement mis en joue Ahmane, qui était debout à proximité de son lieu d’habitation, situé à plus de 100 m de l’édifice, et l’a abattu d’une balle de Séminov, tirée dans le crâne. Ce fait serait à l’origine d’une escalade de violence puisque les jeunes de Tizi Rached essayèrent à trois reprises de forcer le portail du siège de la Gendarmerie au moyen de 3 véhicules lourds, propriété de la commune.

Les griefs qui reviennent toujours et dans la bouche de tous, seront résumés par Noureddine, de Maâtkas : « La hogra, la corruption, les passe-droits sont la règle dans la wilaya de Tizi Ouzou ».

S’y ajoutent l’absence de sanction à l’encontre des responsables, l’absence de réaction des autorités politiques, et l’ordre de tirer, qui est bien venu de quelque part… dans des cas qui ne sont pas tous des cas de « légitime défense ».

Un haut responsable de l’Etat, exposant les faits qui se sont déroulés dans la wilaya de Tizi Ouzou, laisse percer son dépit : « On n’a pas le droit de faire subir à la région pareilles choses… « On n’a pas le droit de sacrifier la région… On n’a pas le droit d’exploiter pareillement la mort de Maâtoub Lounès… Aujourd’hui c’est… qui s’exprime, mais demain ce sera le simple citoyen qui s’exprimera… ».

Cinq universitaires, (deux sociologues, deux linguistes et un économiste) font un large exposé devant les membres de la commission.

Ils brossent un large panorama des problèmes de la région, qui vont de la sensibilité culturelle et identitaire au chômage et à la misère qui sévissent dans la région. Les corps de l’Etat sont accusés d’encourager la délinquance et la corruption. Le corps de la gendarmerie est soupçonné de complicité agissante et impunie avec des réseaux de trafic de sable, de proxénétisme et de circulation de la drogue jusque dans les établissements scolaires. Il semble, d’après ces témoins, que la situation de lutte contre le terrorisme ait donné des pouvoirs exorbitants à certains gendarmes, qui semblent échapper de fait au contrôle de leur hiérarchie et au contrôle social de la population puisqu’ils ne sont généralement pas originaires de la région (contrairement aux autres corps de police dont le recrutement serait plus local).

Les témoins se déclarent consternés par l’ampleur de la répression.

Trois membres de la commission se sont rendus le mardi 22 mai 2001, au siège de l’ONM, où ils ont rencontré le secrétaire général, son adjoint et le secrétaire général de l’ONEM.

Ils brossent un tableau général de la situation en Kabylie. Ils donnent des faits précis :

  • Le chef de brigade de Mekla a ordonné à ses gendarmes de ne pas tirer sur les manifestants et qu’il abattrait quiconque enfreindrait ses ordres,
  • Par contre, un autre chef de brigade est surnommé Ringo
  • A Larba Nath Irathen, ils ont appris que la police a tiré sur la stèle de Abane Ramdane
  • A Oued Aissi, des meurtres relatifs aux affaires de sable n’ont pas été élucidés.

Interrogés sur l’éventualité d’un complot, ils répondent par l’affirmative et ajoutent que « la cause amazigh est trahie ». Ils ne donnent pas plus de précisions. Les avocats de Tizi Ouzou, auxquels deux confrères membres de la Commission ont rendu visite, marquent leur réticence, mais parlent quand même. Les réticences sont expliquées par l’inefficacité des précédentes commissions, par le fait qu’elles ne sont destinées qu’à « anesthésier l’opinion et enterrer les problèmes ».

L’un d’eux résume et ironise : « le pouvoir tue et le pouvoir enquête ».

Ils attendent un signe fort des autorités politiques par exemple, et en premier des sanctions contre ceux qui ont donné l’ordre de tirer car, ajoute l’un d’eux « les gendarmes n’auraient jamais tiré sans l’ordre de leur hierarchie ». Ils donnent des informations, soit sur un ton affirmatif, soit au conditionnel. Ainsi, « les assassins de manifestants sont clairement identifiés par les citoyens et les comités de village ».

« Les rapports d’autopsie démontrent l’intention de tuer. Pour quelle raison utiliser des balles explosives ? Pourquoi tirer dans le dos ? Pourquoi l’absence de sanctions ? »

« La mort des 8 policiers de Tigzirt » ne serait pas le fait du GIA. « La population pense plutôt qu’il s’agit d’une vengence des gendarmes sur ces policiers, tous natifs de la région et qui avaient exprimé leur sympathie à cette même population ».

Il y aurait eu des échanges de tirs entre les gendarmes et les policiers. C’est ainsi qu’à Larba Nath Irathen, les manifestants ont saccagé le siège de la brigage sans toucher le commissariat de police mitoyen.

Un avocat ajoute : « Les gens s’interrogent sur la non-intervention de l’Armée, il s’agit donc d’une lutte de clans au sein du pouvoir ou chacun essaye de pousser l’autre à l’erreur, la population civile faisant les frais de toutes ces luttes intestines ».

Un autre avocat précise : « Nous ne sommes pas contre les gendarmes, mais contre le responsable qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants ».

« Le colonel de la gendarmerie, le commandant du secteur militaire sont toujours en place.

« Une victime transportée par Maître Fellahi, a été arrachée de ses mains par les gendarmes de la brigade de Mekla qui l’ont achevée ».

A Azazga, ajoute un autre, « un gendarme a tué quatre personnes par ailleurs, les criminels sont identifiés, les présidents des comités de village ont la liste de tous les auteurs de ces crimes, qui sont malheureusement toujours en liberté.

« Le résultat des travaux de la commission doit être publié dans la presse ».

Le groupe dit de Béjaïa, sous la responsabilité du bâtonnier Abdelwahab Benabid, se rendit dans cette ville le 21 mai 2001. Mais dès le 7 mai des contacts ont été entrepris avec les localités de Amizour, Sidi Aïch, Seddouk, Akbou, Ighzar Amokrane et Souk El Thenine pour recueillir des témoignages.

Le 21 mai 2001, le groupe rencontra M. le wali de Béjaïa. Celui-ci fit un tableau général de la situation. Il établit le bilan au 21 mai 2001 : 13 tués par balles et 82 blessés par balles. Le nombre total de blessés serait à cette date de 511 dont 87 gendarmes. Il signale la perte d’un œil de la petite fille d’un gendarme, ainsi que l’incendie des sièges des partis FFS et RCD à Amizour. Il attribue « ces évènements » aux éléments « trotskistes, du PST et notamment ceux activant au sein de l’éducation ».

Quant à l’incident d’Amizour, le wali reprend la version diffusée par les gendarmes. Il considère celui-ci comme pure coïncidence avec celui de Béni Douala, que les opérations de contrôle et de saisie des marchandises auprès des commerçants, qui avaient menacé de faire grève, entraient dans le cadre des attributions classiques du Darak. Mais le wali précise que les marchandises saisies ont été restituées, qu’il n’était pas au courant de cette initiative et qu’aucun ordre n’a été donné par lui. Qu’une réunion avait été organisée avec les services concernés et qu’il avait donné ordre « de ne plus entreprendre de telles démarches sans son accord préalable ».

Le wali donne les causes, économiques et sociales, qui ont influé sur les évènements. Il « n’a pas exclu une main cachée des gros commerçants concernés par l’import » ni une implication « de mains étrangères derrière tout cela ». Ce sont donc les « gros commerçants », et des « mains étrangères », qui auraient saisi, puis restitué, les marchandises, fait interpeller les trois collégiens d’Amizour et fait tirer sur Guermah Massinissa !

Les membres de la commission continuèrent leurs investigations. Les responsables de la santé leur parlèrent des morts et des blessés. Les enquêteurs essayèrent de récupérer les balles extraites des corps. En vain, les autorités invoquant tour à tour l’absence de telle ou telle personne, ou simplement l’erreur ou l’oubli.

A Tichy, Aokas, où le groupe est arrivé au milieu des échauffourées, les membres de la commission entendirent ce qu’ils avaient déjà entendu ailleurs : provocations, tirs à balles réelles, pillages et casse. Un président d’APC précise que « les dépassements sont programmés », et que les manifestations sont dues « aux provocations de darkis ». Les diverses autorités de Béjaia donnent, soit des versions déjà mises au point, soit des sanctions prises… tout ceci déjà entendu ailleurs.

VII – La presse

Les constats et les témoignages rapportés par la presse algérienne sont trop nombreux, trop précis et trop pleins de certitudes pour ne pas être relevés. Les témoignages de seconde main ne sont pas des preuves au sens juridique, mais la presse a occupé une place si grande et marqué si fortement l’opinion qu’elle ne peut pas laisser indifférent. Les sondages opérés dans la lecture des quelques quotidiens permettent de constater que sur plus de deux mois les dépassements continuent…

Le quotiden Le Matin du 23 mai 2001 rapporte (p.3) les témoignages déposés devant la délégation du Parlement européen, et plus précisément devant Mme Hélène Flautre, députée européenne, et son assistant Claude Taleb.

Le mari de Nadia Aït Abba, enseignante tuée à Aïn El Hammam, le 28 avril, déclare, tel que rapporté par le journal : les gendarmes ont violé les franchises scolaires. Ils ont saccagé de nuit l’école où enseignait la défunte avant d’écrire sur sa blouse : « Vive la gendarmerie nationale et à bas Tamazight ». Le journal rapporte que les gendarmes ont tiré sur des gens qui voulaient secourir des blessés. Ainsi, de M. Ouidir Salah, blessé au genou le 28 avril à Aïn El Hammam, qui dit avoir vu les gendarmes « empêcher les manifestants de secours les blessés ». Ce serait le cas de Aït Amar Omar « tué parce qu’il était venu secourir ».

Le père de Belhouane Azzedine, 25 ans, tué lors des émeutes qui ont éclaté à Larbaâ Nath Irahen, dira : « Le visage de mon fils a complètement sauté, preuve qu’il a été tué par des balles explosives. Il était méconnaissable ».

Les incendiaires continuent . La presse du jeudi 24 mai 2001 rapport à la une :

  • Kabylie : c’est l’escalade (Le Matin)
  • Liberté : Kabylie : dangereuse escalade
  • El Watan : Poursuite des émeutes à Béjaïa
  • Le Quotidien d’Oran : La situation s’aggrave à Béjaïa. C’est l’embrasement dans la région du Sahel à l’est de Béjaïa.
  • Le Soir : Excédée, la Kabylie se rallume.

Le même jour, les télévisions étrangères (TF1 et France 2) montrent la manifestation de 10.000 femmes à Tizi Ouzou.

Le quotidien Le Matin du 24 mai 2001 rapporte : « Hier vers 19h 30 des gendarmes ont fait usage de leurs kalachnikovs, en tirant sur les murs des maisons et des locaux commerciaux à Souk El Tenine. Ils ont même, selon des témoins oculaires, procédé à la destruction de pharmacies, de kiosques et de cabines téléphoniques au moyen de bulldozers et autres engins de travaux publics ». Le même journal rapporte qu’à El Kseur « les CRS ont violé plusieurs domiciles et quelquefois défoncé des portes ».

Le journal ajoute que « en réaction à la répression de plus en plus incontrôlée exercée par les forces de sécurité dans plusieurs localités de Béjaïa, les manifestants ont multiplié les destructions ces dernières vingt-quatre heures. Dans la seule ville de Kherrata, qui relève de la wilaya de Sétif, une station d’essence Naftal a été incendiée ainsi que la recette des Impôts ».

Le même journal rapporte (P.3) qu’à Tigzirt on continue à tirer à balles réelles.

La Nouvelle République, du même jour jeudi 24 mai 2001, rapporte (p.3) qu’à Maâtkas, un jeune manifestant « a été tabassé et déshabillé avant d’être jeté dehors. Cette même gendarmerie a, par ailleurs, proféré des obscénités et porté atteinte à l’honneur des habitants ». El Watan du même jour, rapporte (P.3) qu’à Tizi Ouzou des échauffourées nocturnes continuaient entre la population et les CNS. Il signale que « la résidence du commandant du groupement de Tizi Ouzou a failli être la proie des flammes. ».

Le même journal annonce (p. 23) un nouveau commandant de groupement à Tizi Ouzou. Plus d’un mois après le début des troubles qui ont éclaté dans la région !

Liberté du même jour, jeudi 24 mai 2001, signale l’attaque par des gendarmes d’un bar à Tizi Ouzou et les mauvais traitement infligés aux consommateurs que l’on a fait sortir.

Le même journal ajoute à la même page (3) l’attaque de la brigade de Tizi Ouzou à 22h 30 par une dizaine de jeunes gens qui, à l’aide de cocktails Molotov, ont incendié la brigade. Les gendarmes sortis, « ont décidé de s’en prendre aux premiers passants ». Et le journaliste déclare avoir vu de son bureau en direct « le passage à tabac de trois individus », l’un portant un cartable, les deux autres « d’un âge très avancé ».

Les CRS (sic) ne seraient arrivés qu’à 23h 15, mais à 00h55, les émeutiers « pas disposés à rentrer chez eux », auraient allumé un grand feu au niveau de la rue « menant vers l’hôpital Nedir ». Le journaliste ne donne pas la suite.

  • La presse du 19 juin 2001 fait état de troubles qui perdurent depuis maintenant deux mois et ne semblent pas devoir s’arrêter.

Un quotidien du 19 juin 2001 donne même le titre suivant à l’un de ses articles, à propos de Tizi Rached : « Des gendarmes pillent la ville ». L’article commence ainsi : « Après l’expédition punitive organisée récemment à Tizi Rached, les gendarmes viennent de franchir une étape dangereuse pour la survie-même de l’Etat en tant qu’Etat et Nation, en saccageant, pillant et brûlant pratiquement tout le chef-lieu de la commune de Tizi Rached »

Un quotidien du même jour affiche le titre suivant : « la tension demeure vive en Kabylie et s’étend à l’Est ». Il fait état de trois morts à Akbou, 40 blessés à Aïn M’lila et deux autres par balles à Draâ Ben Khedda et Ath Yenni. Annaba, Tebessa, Aïn M’lila, Batna, Khenchela, Guelma, El Tarf et Oum El Bouaghi sont touchées.

L’émeute semble être l’unique langage entre la société et le pouvoir.

Sous la plume de son reporter, Yahia Harkat, le quotidien Le Matin du mardi 26 juin revient sur les fusillades qui ont eu lieu à Draa El Mizan le jeudi d’avant (21 juin). Le journaliste se rend à l’hôpital Krim Belkacem de la localité et interroge les blessés.

Hakim raconte : « J’étais à 300 m de la brigade lorsque à partir de la bâtisse de la gendarmerie, un gendarme m’a tiré deux balles dans le dos ». (tir à balles et à grande distance).

A 10h 30 les premières rafales font les premières victimes : Didouche Ferhat (14 ans) décède au cours de son transfert vers un hôpital d’Alger, alors que Khalfouni Kamel (28 ans) rendra l’âme juste après son admission à l’hôpital. Ali (27 ans) a été touché par six balles dans les parties génitales. Il reconnaît avoir pris part à la « manif » de mardi où cinq jeunes gens ont été blessés par balles, mais ce jeudi, c’est au moment où il est sorti de la maison qu’il a été touché par les tirs d’un gendarme (tir à balles et à grande distance et sans motif de légitime défense).

Belabiod Hakim (29 ans) « était ce jeudi noir loin du siège de la brigade… mais il n’a pas échappé puisque Hakim a été touché par une balle dans le dos… : « jeudi, j’étais à 500 m de la brigade, à côté de la Casoral. Un jeune de Draâ El Mizan est blessé à l’œil par une bombe lacrymogène. J’accours pour le secourir, mais un gendarme qui a suivi mes mouvements, a tiré 4 balles dans ma direction dont une m’atteindra dans le dos. Son copain, Saïd Benzahi (21 ans), a été lui, touché à la cuisse : « c’est vers 14h qu’un gendarme m’a visé avec un séminov. Même les secouristes « n’ont pas été épargnés ».

M. Amrani Noureddine, n’est pas un émeutier. Père de famille, il travaille comme gardien à l’hôpital Krim Belkacem. Il témoigne : « Il devait être midi, ce jeudi, lorsque les gendarmes ont mis le feu à un champ de blé non loin de la brigade. Au moment où je suis intervenu en les interpellant sur le danger d’un tel acte, un des gendarmes n’a pas trouvé mieux que de me tirer dessus. La balle qui m’a atteint à la cuisse m’a transpercé le fémur. » Les gendarmes auraient même « tiré des balles et des bombes lacrymogènes en direction de l’hôpital », poursuit Noureddine.

Si Yahia Dahmane, commerçant, a eu les doigts tailladés lors des affrontements de jeudi. Pour lui « les gendarmes ont fait dans la provocation ». Mais, poursuit le journaliste, c’est jeudi que l’irréparable a failli se produire. 16 blessés par balles et des dizaines d’autres par des bombes lacrymogènes ont été enregistrés.

Améziane Mourad, 19 ans, a été touché par balles loin de la brigade à côté de l’hôpital. Pour lui, c’est la preuve que les gendarmes ont fait dans la provocation. Son collègue, Menas, 27 ans, tient, lui aussi, à témoigner : la balle qui l’a atteint lui a transpercé le bassin. C’était jeudi à 12h 30. Comme les autres blessés, il a été touché loin du siège de la brigade :

« J’étais un peu isolé de la foule quand j’ai vu un gendarme en position de tir dans ma direction. J’ai essayé d’esquiver mais la balle m’a atteint au bassin ». Aziz, 20 ans, a été l’un des premiers à être blessé, jeudi dernier à 10h. « Le gendarme m’a pourchassé d’une rafale de balles dont une m’a fracassé le péroné. Je suis donc tombé à terre, le gendarme a poursuivi sa course folle vers moi, sans doute pour m’achever. C’est grâce à des manifestants qui m’ont évacué à l’hôpital que j’ai eu la vie sauve ». Son état reste néanmoins critique.

Le journaliste signale que des manifestants avaient remis un chargeur de balles aux autorités locales, récupéré à Tizemrin, après qu’un gendarme eut tiré sur un mulet.

Conclusion

  • La réaction violente des populations a été provoquée par l’action non moins violente des gendarmes, laquelle, pendant plus de deux mois, a nourri et entretenu l’événement : tirs à balles réelles, saccages, pillages, provocations de toutes sortes, propos obsènes et passage à tabac. La commission n’a pas relevé de démenti.
  • Au commencement ce ne sont pas les foules qui ont été l’agresseur. Elles ne sont pas à l’origine des deux événements déclenchants (Guermah et Amizour). Si quelqu’un a forcément donné l’ordre de tirer à balles réelles, en revanche personne n’a donné l’ordre de cesser le feu.
  • Les gendarmes sont intervenus sans réquisition des autorités civiles comme la loi le stipule. Les ordres de la gendarmerie de ne pas utiliser les armes n’ont pas été exécutés, ce qui donne à penser :
  • Où que le commandement de la gendarmerie a perdu le contrôle de ses troupes.
  • Où que la gendarmerie a été parasitée par des forces externes à son propre corps, avec forcément des complicités internes, qui donnent des ordres contraires, et assez puissantes pour mettre en mouvement la gendarmerie avec une telle rudesse pendant plus de deux mois et sur une étendue aussi vaste.
  • La Gendarmerie nationale a été isolée et impliquée seule. Son appel (du mois celui d’un groupement régional) à impliquer les autres services de sécurité, et ses mises en garde, n’ont pas reçu d’écho.
  • La violence enregistrée contre les civils est celle d’une guerre, avec usage de munitions de guerre.
  • La légitime défense, notion juridique, est corrigée par l’opportunité politique. Au demeurant c’est une autorité tierce, en droit pénal, les tribunaux, qui apprécie l’état de légitime défense, et non l’une des parties.
  • Comparativement la manifestation sans précédent, du 14 juin 2001 à Alger, a pu être contenue sans usage d’armes à feu, et 20 ans auparavant, en Kabylie, la répression n’a pas engendré de morts. Les troubles qui ont affecté certaines localités de l’Est du pays ont cessé aussi vite qu’ils sont apparus, ce qui peut signifier que derrière les troubles qui ont secoué les wilayas de Kabylie, puis les autres localités, il y a volonté de l’homme.
  • Aucune force du paysage politique algérien n’est capable de soulever une région, sur une telle étendue et en si peu de temps, ni étendre les troubles à plusieurs localités de l’Est du pays et y mettre fin en quelques jours.
  • La mort de Guermah et l’incident d’Amizour ne sont que les causes immédiates des troubles constatés. Les causes profondes résident ailleurs : sociales, économiques, politiques, identitaires et abus de toute sorte. Les responsabilités sont situées en amont.
  • Les autorités et les institutions ont été averties dans des délais raisonables et le directeur général de la Sûreté nationale a même laissé prévoir une insurrection. Cela n’a reçu aucun écho et donne la désagréable impression que personne ne s’était senti concerné.
  • La Commission nationale d’enquête s’est heurtée à des réticences et des refus déguisés dans ses demandes de renseignements, documents, balles extraites et radiographies. Des « sachants » se sont manifestés, par téléphone ou par intermédiaire, mais déclarent ne pouvoir témoigner dans la conjoncture actuelle.
  • On ne peut justifier le laxisme et les négligences, comme on ne peut expliquer les dépassements, par l’insuffisance de la formation et ainsi justifier l’impunité des responsables, qui restent à identifier.
  • Les meneurs, les « récupérateurs » et les télévisions étrangères sont intervenus en aval. Ils n’ont pas déclenché les événements, qui ont commencé à Béni Douala pour s’étendre à 16 localités, puis Amizour pour gagner finalement 11 autres localités.
  • Si une « main » quelconque peut, aussi rapidement et aussi facilement, soulever une région du pays, loin des côtes, des ports et des aéroports, cela signifierait que l’Algérie est dangereusement vulnérable et que la République n’est pas capable de prévoir, déceler et contenir.
  • Ce sont là les conclusions provisoires de la Commission Nationale d’Enquête. Elle continuera les investigations lorsque les langues seront déliées, la peur disparue et les éventuels témoins sécurisés.

Alger le 7 juillet 2001

Liste des membres de la Commissionnationale d’enquête

Issaâd Mohand (professeur de droit, avocat, président de l’ex-CNRJ),Ablaoui Mohamed Arezki (avocat, bâtonnier d’Alger, membre de l’ex-CNRJ),Allouache Driss (avocat, juriste-enseignant, membre de l’ex-CNRJ), AmmedMostapha (ancien parlementaire), Bahloul Mohamed (économiste), BakelliAbdelouahab (ancien ministre, ancien parlementaire), Belabid Ali(architecte), Benabid Abdelouahab (avocat, bâtonnier de Sétif, membre del’ex-CNRJ), Benchaâbane Redouane (avocat, bâtonnier de Blida, membre de l’ex-CNRJ), Benhizia Mounir (juriste-enseignant, membre de l’ex-CNRJ), Benmesbah Djaffar (journaliste), Bennadji Cherif (professeur en droit), Boudiaf Ahmed Réda (avocat, bâtonnier national, membre de l’ex-CNRJ), Chenaïf Fatima Zohra (magistrat, membre de l’ex-CNRJ), Cherif Amor (avocat, ancien bâtonnier adjoint), Djeghloul Abdelkader (sociologue), Djilali Ghalib (professeur de médecine), Foudil-Bendjazia Chafika (avocat, membre de l’ex-CNRJ), Ghouadni Mahi (avocat, bâtonnier d’Oran, membre de l’ex-CNRJ), Ghouma Brahim (ancien parlementaire), Lakhdari Saïd (juriste), Louaïl Mohamed Lamine (magistrat, membre de l’ex-CNRJ), Meziane Ali (avocat), Remaoun Hassen (sociologue), Yanat Abdelmadjid (juriste-enseignant), Zekri Abdelaziz (industriel, ancien membre du CNT).

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interview de SAS

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

SID-AHMED SEMIANE, chroniqueur et auteur de « OCTOBRE, ILS PARLENT », dans une Interview Interview publiée dans le quotidien El Watan du 05 Octobre 2008


 

Il est surtout connu sous ses initiales : S.A.S. Et pour ses chroniques au vitriol dont il a abreuvé nos tabloïds, de Sur la tête de ma mère à ses débuts à Algérie-Actualité jusqu’à « Tag âla man Tag », son billet sulfureux à la « der » du Matin. Il avait récidivé récemment avec de belles chroniques urbaines dans le quotidien La Tribune sous le titre générique : Des Nouvelles du Dehors. Même si ce statut l’agace, Sid-Ahmed Semiane est un symbole fort de ce qu’on a pris coutume d’appeler « la génération d’Octobre ». Il est d’ailleurs l’un des rares à avoir écrit sur l’intifada fondatrice, lui qui a commis un opus qui est en soi un morceau de bravoure : Octobre, Ils parlent (éditions Le Matin, 1998). « Ils », c’est les Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Betchine et autre Mejdoub Lakhal-Ayat (excusez du peu…). Notre trublion féroce, à la bouille juvénile, allait ainsi, en dictaphone et baskets, acculer sans trembler les pontes de l’époque. Depuis, SAS a signé d’autres ouvrages, tous traversés peu ou prou par le souffle tellurique d’Octobre. Le dernier en date : Au refuge des balles perdues (La Découverte, 2005). Introuvable en Algérie.

 

La première question qui me vient à l’esprit c’est : comment avez-vous vécu personnellement les événements du 5 Octobre 1988 ? Quel souvenir précis en gardez-vous ?

Le premier souvenir d’Octobre qui me reste et qui surgit à mon esprit à chaque fois que j’y repense est celui des chars. Bien sûr, il y a les victimes, il y a surtout l’abjection de la torture, les arrestations arbitraires… Mais pour moi, le premier souvenir d’Octobre, celui qui donne le la à la symphonie du désastre, c’est d’abord les chars. Cette tragédie mécanique, cette force arrogante, phallique, méprisante, qui se met en place dans une parfaite théâtralité, qui occupe l’espace en un rien de temps, un peu comme des acteurs qui s’installent sur scène dans l’obscurité, très rapidement, avant le lever de rideau, et sans que l’on se rende compte de leurs mouvements, de leurs déplacements… Ils sont déjà là et vous, vous êtes presque déjà mort. Cette vision des chars m’obsède. J’avais l’impression que leur seule présence était déjà chaotique. Qu’il ne fallait pas en rajouter. Je les voyais pour la première fois en vrai… Nous étions nombreux à les voir pour la première fois. Et ce n’était plus du cinéma. Nous n’étions plus avec John Wayne dans un film de guerre à gros budget. C’est vraiment abominable, un défilé de chars ; des chars nerveux, avec des soldats armés qui s’accrochent au-dessus, fonçant aveuglément sur la ville pour faire la guerre à des enfants. Nous étions nombreux à les voir pour la première fois et nombreux à avoir cet étrange sentiment que la monstruosité de leurs canons nous était entièrement dédiée. On sentait qu’il y avait une volonté de tuer, de faire mal, une volonté d’avilir l’autre et l’autre c’était nous. Je disais que les chars étaient un élément constitutif de notre histoire. C’est vrai. C’est un peu le parfait symbole de notre propre décadence. Si l’on devait choisir un symbole pour raconter nos échecs, ce serait forcément celui du char. Chaque génération a eu droit à son lot de chars. Nos parents, avec ceux de la guerre de Libération, de la Bataille d’Alger… puis, dès l’indépendance, le char a été là, toujours là, prêt à tout moment à manifester sa puissance pour écraser les paroles dissonantes, discordantes, qui ne chantaient pas dans la même gamme que les ténors du parti-Etat. Les chars de 1962, de 1965, de 1967, de 1988, de 1991, et ça continue… Les chars, et certainement l’ENTV, sont les armes les plus efficaces du pouvoir. Maintenant reste à déterminer laquelle des deux armes est la plus efficace et la plus meurtrière ?

 

En 1998, à l’occasion du dixième anniversaire d’Octobre, vous aviez conçu un livre fort remarqué intitulé : Octobre, Ils parlent. Vous êtes, à ce titre, l’un des rares intellectuels algériens à avoir écrit sur Octobre. Pouvez-vous nous parler un peu de ce livre ? Avez-vous rencontré des difficultés à faire parler justement les acteurs de l’époque ?

Vous savez que tous les acteurs que j’ai pu rencontrer, hormis ceux qui étaient en dehors des sphères du pouvoir naturellement, n’avaient quasiment jamais parlé à un média, ne s’étaient jamais exprimé ni sur cette terrifiante question d’Octobre qui était encore toute fraîche ni sur une tout autre question. C’étaient des petits empereurs vivant dans une espèce de cité interdite, des traders avant l’heure qui spéculaient sur le destin d’une nation en toute impunité. Ce ne fut pas facile, parce que les principaux acteurs se connaissaient entre eux. Ils avaient partagé le pouvoir, ils savaient ce qui s’était réellement passé, ils avaient chacun une part de responsabilité, ils étaient liés par le secret, l’intrigue, les enjeux et des années de dictature… Et puis moi qui arrive avec mon dictaphone et mon sac à dos pour poser des questions… c’était un peu kafkaïen comme situation. Ils n’étaient pas habitués à ça. C’était comme un bug cérébral. Ils ne comprenaient pas qu’on vienne les chercher pour les faire parler. Ils ont difficilement accepté les entrevues. Mais dès que le premier d’entre eux, peut-être le plus influent à l’époque et certainement le plus bavard de tous, avait donné son accord, les autres se sont dit qu’il était possible de le faire. Le premier ne voulait pas que je l’enregistre, ce que j’ai refusé catégoriquement. Il voulait parler et que moi je prenne des notes comme un secrétaire. L’enregistrement était dangereux pour lui. Ce sont des hommes qui travaillent sans preuves. Sans écrits. Il a fini par accepter quand je lui ai expliqué les difficultés d’abord techniques de faire une entrevue de plusieurs heures sans enregistrement, puis, je lui ai expliqué l’avantage que lui-même pouvait en tirer. C’était une preuve juridique autant pour lui que pour moi en cas de litige. Il a accepté. Quelques jours plus tard, quand j’avais fini par retranscrire le tout, il m’avait appelé pour que je lui restitue les cassettes. Faisant l’idiot, je lui dis que j’allais dès le lendemain lui envoyer une copie, il me dit non, je veux l’enregistrement. L’original. Pas de copie pour vous. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas le faire. Que les cassettes m’appartenaient, qu’elles constituaient un document de travail, et qu’il ne servait à rien que je lui mente en lui disant que j’allais les lui envoyer sans faire de copies pour moi. C’était inconcevable. Je crois que là j’étais prêt à laisser tomber le livre. Mais il n’avait pas insisté plus que ça. Aujourd’hui qu’il y a prescription, je peux raconter tout ça, tous ces travers… J’avais l’impression que ces hommes puissants étaient finalement d’une grande fragilité. Leur puissance, c’était leur silence, leur mépris… Ils se téléphonaient constamment les uns les autres. Dès que je quittais l’un d’eux, ils essayaient de savoir si je posais les mêmes questions, dans quel ordre et dans quel but… L’un d’eux, le plus zélé, est même allé jusqu’à vérifier mon « pedigree » pour voir si je n’avais pas de sympathie particulière pour l’ancienne puissance coloniale ! Avant d’entamer l’entretien, il m’a dit : avez-vous vécu en France ? Je dis non, pourquoi ? Il me dit sans gêne aucune que dans sa tentative d’en savoir un peu plus sur moi, il y avait cette information et qu’il voulait la confirmer. Je n’en revenais pas ! Mais je m’en foutais un peu aussi. Il fallait faire le livre. Le reste, ma foi, c’était un vrai délire… A un moment, ils avaient même conclu que je tentais de les piéger quand ils se sont rendu compte qu’une bonne partie du questionnaire était identique. Ce qui était normal, puisque je leur posais des questions sur le même événement et que je tentais d’avoir le point de vue de chacun sur les mêmes points qui restaient obscurs. Ils se concertaient en permanence. Il fallait qu’ils accordent leurs violons sur le même mensonge, ce qui n’était forcément pas facile pour eux. Je crois qu’ils ne s’étaient jamais dit avant de me rencontrer qu’il était possible qu’un jour, quelqu’un puisse leur poser des questions en toute liberté sur ce qui s’était passé durant les journées d’Octobre. Ils ne s’étaient jamais préparés à ce cas de figure, je crois. Ils ne s’étaient jamais justifiés de rien. Moi, ce que je voulais, c’était qu’ils parlent, d’où le titre d’ailleurs. C’était presque mon seul objectif. La vérité, vous pensez bien, était une option aléatoire. Je ne pouvais tout de même pas tout avoir. Je voulais les faire parler, qu’on entende leurs voix, qu’on inscrive quelque part sur des supports non périssables leurs mots… Des mots que d’autres pourraient utiliser comme base de données pour aller plus en profondeur dans un travail de vérité historique recoupée et vérifiée. Vous rendez-vous compte, les quatre principaux responsables d’Etat durant les événements d’Octobre que j’avais interrogés, quand je leur parlais de la torture, me disaient tous, sans sourciller, avec des trémolos dans la voix, qu’ils n’étaient pas au courant de cette abomination. L’un d’eux m’a même avoué, sans que je le torture, presque les larmes aux yeux, comme un très médiocre acteur de télénovela, qu’il n’avait appris que des cas de tortures existaient que des semaines après les sanglantes journées d’Octobre, et seulement quand les premières lettres de citoyens dénonçant cette abominable pratique arrivaient sur son bureau à la Présidence. Il m’avait juré sur la tête de ses enfants qu’avant d’avoir lu ces lettres, il n’était au courant de rien. Je savais que c’étaient de gros mensonges ce que me racontait cet homme puissant. C’était presque risible. C’était pathétique. Mais je n’allais tout de même pas l’obliger à dire la vérité. Ça, c’est le travail des juges. De la justice. D’une vraie justice…

 

Au terme de vos entretiens, pouvez-vous nous livrer votre conclusion « intime » quant à l’interprétation d’Octobre. Laquelle des thèses l’a finalement remportée : « chahut de gamins » ou manipulation ?

« Chahut de gamins », sûrement pas. Et franchement, j’en ai marre de cette histoire de manipulation. Je ne supporte plus ce mot. Ça fait plus de vingt ans que l’on tente de savoir si oui ou non le pouvoir (ou une partie de ce pouvoir luttant contre une autre partie) a manipulé la rue. Encore une fois, le débat est biaisé. Parce que cette interrogation n’est pas la bonne. Même moi, croyant bien faire, je me la suis posée. Mais c’est totalement idiot. Parce que, une fois encore, c’est le pouvoir qui choisit les termes du débat. C’est lui qui donne le la, nous laissant nous engouffrer tête baissée dans une équation inextricable. Tous les pouvoirs manipulent de toutes les façons. C’est consubstantiel à leur raison d’être. A la raison d’être de la politique… Pourquoi alors abandonner l’essentiel pour perdre du temps dans des interrogations sans réponses précises ? Parce que l’essentiel, ce n’est pas de savoir s’il y eut manipulation ou pas, ça, c’est tout bénéf. pour tous les potentats qui nous observent en train de nous entre-déchirer dans des circonvolutions intellectuelles vaseuses et sans fin… L’essentiel n’est pas de savoir comment les gens sont sortis, mais pourquoi ils sont sortis. L’essentiel, ce sont plus de 600 morts, des milliers d’arrestations arbitraires et presque autant de cas de tortures pratiquées sur des adolescents qui restent totalement impunies sans qu’aucun juge ne se dise qu’il est temps d’ouvrir le dossier. Non pas pour se venger, pour punir ou châtier les coupables, mais surtout pour savoir. Pour la vérité. Pour que ça ne se reproduise plus. Au lieu de cela, nous avons eu une amnistie. Quel scandale ! Une amnistie ! Vous rendez-vous compte que l’Etat a pardonné au lieu de demander pardon. C’est le comble du cynisme. C’est-à-dire que l’Etat pardonne à ceux qu’il a torturés. Il leur pardonne de s’être fait torturer par lui… L’Etat pardonne à ceux qu’il a tués aussi. C’est surréaliste. C’est pour tout cela que je m’en fous un peu de ce discours sur la manipulation. En Octobre, il y avait des gens dans la rue qui ont affronté des chars à mains nues. Et eux, personne ne les a manipulés. Je pense que si les Algériens avaient le niveau de vie des Suédois, s’ils avaient leur liberté, leur police, leurs loisirs, leurs écoles et leurs hôpitaux, leurs salles de concerts et de cinéma, leur justice, leurs lois et le même respect de l’individu, vous auriez pu les manipuler à volonté ces Algériens, ils ne seraient jamais sortis. A la place, ils auraient sûrement préféré, au lieu d’affronter des militaires avec des armes de guerre, aller danser ou boire un verre de thé ou une bière avec des amis. Il est temps de sortir de la dialectique que nous impose le pouvoir. Cessons de répondre aux angoisses des puissants et occupons-nous de nos propres angoisses qui sont nombreuses. Si le pouvoir veut savoir qui a manipulé quoi, qu’il le fasse. Nous, on veut savoir qui a tué et qui a torturé. Il faut qu’on se crée nos propres questionnements et ne pas répondre aux questions sans réponses précises qui nous sont imposées par des gouvernants illégitimes.

 

Dans ce même ordre d’idées, que vous inspire la dernière déclaration d’Ouyahia qui niait que la rue ait été pour quelque chose dans les événements d’Octobre et les revendications démocratiques qu’ils véhiculaient ?

Nous sommes au cœur de ce que l’on disait il y a un instant. Pourquoi voudriez-vous que les propos de M. Ouyahia m’inspirent quoi que ce soit ? Pourquoi voudriez-vous que je réfléchisse à ce que dit le chef du gouvernement ? M. Ouyahia est dans son rôle, le rôle d’un Premier ministre qui a dit  » j’ai menti « , comme me le faisait rappeler un ami, en parlant du nombre des victimes du massacre de Bentalha. Sortons de l’esclavage de la pensée. Il faut qu’on arrive enfin à renverser ce schéma aliénant. Ce n’est pas à moi de penser, de réfléchir à ce que dit le chef du gouvernement. C’est au chef du gouvernement et à tous les autres dirigeants de penser et de réfléchir à ce que je dis moi, vous et toute la société. Quand ils nous écouteront et qu’ils réfléchiront un peu plus à ce qu’on dit, nous aurons certainement fait un pas important vers un ailleurs certainement meilleur.

 

Comment expliquez-vous le peu de contributions, journalistiques, universitaires, littéraires, autour d’Octobre ? Y a-t-il, selon vous, un vrai problème à écrire sur Octobre1988 comme on a des difficultés à écrire sur tout ce qui touche à l’histoire de ce pays ?

L’écriture de l’histoire a toujours été problématique. Que ce soit l’histoire lointaine ou contemporaine. On ne peut pas écrire l’histoire sous une dictature ni sous les auspices de ce simulacre de démocratie, pour abuser des euphémismes. Il y aura toujours quelqu’un pour dire que cette version des faits ne lui convient pas. Que ce soit l’histoire de la colonisation, l’histoire de l’Islam dans le Maghreb, l’histoire des mythes fondateurs, l’histoire des Berbères, l’histoires des Arabes, l’histoire de l’Emir Abdelkader, l’histoire de Tin-hinan, l’histoire de la Kahina, l’histoire de l’Eglise chrétienne en Algérie,de la Rome antique à nos jours, l’histoire des Oulémas, l’histoire des Frères musulmans, toutes les histoires sont problématiques, quoique vous fassiez. L’écriture de l’histoire a besoin de la sérénité démocratique d’une nation. Il faut qu’elle soit l’affaire d’historiens, de scientifiques, pas d’apparatchiks. L’histoire d’Octobre est encore plus compliquée, parce que les acteurs ne sont pas seulement en vie, mais pour beaucoup d’entre eux, encore en poste, preuve d’ailleurs de l’échec de cette révolution. D’où le malentendu historique. Ceux qui ont fait la dictature ne peuvent pas faire la démocratie. Ceux qui ont fait la gloire de la presse unique et de l’unicité de pensée ne peuvent pas non plus se mettre en pole position pour prétendre faire une presse libre. Malheureusement, nous sommes dans ce cas de figure unique.

 

Nous avons le sentiment, au jour d’aujourd’hui, qu’Octobre a été vidé de son contenu. Que c’est une date morte, qui n’inspire plus rien. Y aurait-il un malaise autour d’Octobre ? Que reste-t-il, de votre point de vue, de l’héritage d’Octobre, ses acquis, ses revendications et son souffle libertaire ?

Il a été vidé de son contenu pour toutes les raisons que l’on vient de citer et bien d’autres encore. Il reste une plaie pour les victimes qui font le pied de grue devant les rédactions et les sièges nationaux des partis politiques tous les ans à la même période. ` N’oubliez pas que toutes les victimes sont considérées aujourd’hui encore comme des victimes d’accidents de travail et non pas victimes de la répression. Ce qui, d’un côté, est tout à fait normal puisque le même pouvoir répressif est toujours en place. Mais d’un autre côté, c’est totalement absurde, parce qu’on fait payer les pensions à un organisme d’Etat qui n’a absolument rien à voir dans l’affaire. Le plus ridicule est que la plupart des victimes, handicapées à vie pour certains, n’étaient même pas en âge de travailler pour qu’on les considère comme victimes d’accidents de travail. Oui, octobre ne signifie plus grand-chose. Ceux qui sont nés en 1988 ont aujourd’hui 20 ans. Ils sont nés dans une autre guerre, nettement plus féroce.

 

SAS, en tant que chroniqueur sulfureux qui a longtemps « guerroyé » contre le système en place, vous êtes, bon gré, mal gré, le symbole de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « la génération d’Octobre ». Revendiquez-vous ce titre ?

Je ne suis le symbole de rien. Pis : j’ai horreur de cette appellation romantique de « génération d’Octobre ». D’ailleurs, nous ne sommes pas la génération d’octobre. Nous ne sommes pas ses enfants non plus. Nous sommes plutôt les bâtards d’octobre. Ça me semble plus juste. Nous serons les enfants d’octobre le jour où nos espoirs de liberté et de vie meilleure seront une réalité absolue. Pas avant.

 

Toujours est-il que vous représentez beaucoup pour les jeunes. Comment voyez-vous justement la place accordée à la jeunesse algérienne tant dans la société qu’au sein des institutions de ce pays ?

Je n’ai pas de constat spécial à faire sur les jeunes. Sauf à dire qu’il est criminel de laisser une magnifique énergie se transformer en bombes humaines, en harraga ou en gardiens de parkings, ces fameux « parkingueurs » qui vous guettent à chaque stationnement. Je crois que jamais un pays aussi riche n’a humilié sa jeunesse comme l’a fait avec une rigoureuse constance l’Algérie indépendante. Mais ce ne sont pas seulement les jeunes qui sont exclus et infantilisés, c’est encore plus grave. Nous sommes face à une oligarchie vieillissante qui se régénère en excluant, pas uniquement les jeunes, mais toute la société.

Par Mustapha Benfodil

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interview de hocine Ait Ahmed

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

interview de hocine Ait Ahmed dans FFS(13) arton1144-9bfe6doc dans FFS(13) 17/08/2008
Hocine Aït Ahmed à Toutsurlalgerie.com : « l’assassin de Mécili était porteur d’un ordre de mission signé par Hassani ».

Force est donc de constater que ce meurtre n’est pas une bavure ni un accident de parcours. C’est au contraire une constante depuis l’indépendance. C’est une volonté des tenants du régime de détruire le politique jusqu’à l’idée même de la politique. Au besoin, par l’exécution de ceux qui menacent les fondements de leur régime. C’est-à-dire, des personnes capables de penser et de mener des combats politiques autonomes pour les droits de l’homme et la démocratie.

Au moment où le refus de l’impunité gagne du terrain sur le plan international, comment la France pourrait-elle faire sur ce problème de l’impunité une discrimination exceptionnelle sur l’Algérie sans avouer clairement que la vie des Algériens ne vaut la vie des autres peuples ?




Vingt et un ans après l’assassinat de l’avocat Ali Mécili, Mohamed Ziane Hassani, commanditaire présumé de cet acte a été arrêté jeudi en France. Quelle est votre réaction ?

Je suis euphorique ! Ce réveil de la justice française après 21 ans de déni de justice est un véritable triomphe de la justice. J’espère maintenant que les choses iront jusqu’au bout. Pour moi, il n’y a pas de justice sans éthique de la justice. Au lieu de se gargariser de droits de l’Homme, il faut commencer par civiliser la politique et garantir l’indépendance de la justice des deux cotés de la Méditerranée.

Mohamed Ziane Hassani est-il le seul commanditaire de cet assassinat ou pensez-vous que d’autres personnes devraient être également convoquées par la justice française ?

C’est l’affaire de la justice française. Mais le dossier a établi sans ambages la complicité d’autres personnes dans ce dossier. Je fais confiance au juge en charge du dossier. Quant aux commanditaires politiques, c’est une autre histoire. C’est l’histoire d’une police politique qui a pris en otage la justice de notre pays depuis l’indépendance.

Pourquoi, selon vous, la justice française a-t-elle mis plus de 20 ans pour lancer des mandats d’arrêt contre des commanditaires et auteur présumés de cet assassinat ?

Vous savez, la lâcheté des deux États a réussi à effacer la mémoire de l’exécution de Mécili au point où son épouse, Annie Mécili, n’est même pas parvenue à faire publier le moindre texte dénonçant l’impunité du commanditaire de l’exécution de son mari. C’est précisément pour lutter contre cette amnésie érigée en mode de gouvernance et de gestion de la société qu’il m’a paru de salubrité publique, 20 ans après l’assassinat de Ali, de rééditer et étoffer le livre « L’affaire Mécili » que j’avais publié en 1989, avec de nouveaux éléments. Force est donc de constater que ce meurtre n’est pas une bavure ni un accident de parcours. C’est au contraire une constante depuis l’indépendance. C’est une volonté des tenants du régime de détruire le politique jusqu’à l’idée même de la politique. Au besoin, par l’exécution de ceux qui menacent les fondements de leur régime. C’est-à-dire, des personnes capables de penser et de mener des combats politiques autonomes pour les droits de l’homme et la démocratie.

Vous avez régulièrement dénoncé l’impunité accordée par la France aux commanditaires et auteur présumés de l’assassinat de M. Mécili. Comment peut-on expliquer cette attitude des autorités françaises ?

Dans cette affaire, il y a tous les ingrédients d’un vrai polar « barbouzo-totalitaire » qui se déroule derrière les murs de la raison d’Etat et des déraisons des contrats. Que dire notamment de M. Pasqua, qui avait envoyé à Alger le tueur alors que son implication ne faisait aucun doute puisqu’il était porteur d’un ordre de mission de la police politique signé précisément par le « sieur » Hassani qui vient d’être arrêté à Paris. Par ailleurs, plus significatif encore, le coup de téléphone de ce ministre de l’Intérieur français à l’ambassadeur d’Algérie à Paris rien que pour le rassurer sur le fait que l’Algérie n’avait rien à faire dans cette histoire. C’est de là qu’a commencé la connivence.

Le changement de président en France, avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007, a-t-il contribué à débloquer ce dossier ?

Je crois que les choses ont été menées à son insu. Je crois que les initiatives viennent du nouveau juge Thouvenot qui a repris le dossier au juge Bruguière. Ce dernier avait refusé de faire aboutir les choses. A mon avis, le pouvoir politique français n’a pas joué un rôle déterminant dans cette évolution du dossier. Je crois qu’il a même été dépassé par l’initiative du juge Thouvenot. C’est pour cela que nous craignons pour l’avenir.

Craignez-vous que Mohamed Ziane Hassani quitte le territoire français avant la tenue de son procès ?

Cela pourrait évidemment bien se produire, sans exclure une planification préalable des deux cotés.

La justice française a décidé de lancer un mandat d’arrêt contre M. Hassani à la suite du témoignage en 2003 de Mohamed Samraoui, un ancien responsable des services secrets algériens aujourd’hui exilé en Allemagne.

Avez-vous d’autres éléments pouvant renforcer la thèse d’une implication de M. Hassani dans cet assassinat ?

J’ai tout écrit sur cette affaire. Déjà en 1989, dans « L’Affaire Mécili ». J’ai rajouté des choses dans mon livre, réédité récemment. C’était très clair. On a cité des noms, comment ils se sont réunis, etc. Mais je crois que l’élément qui a fondé la conviction du juge est le témoignage de Samraoui en 2003. Quand il a raconté comment il avait accompagné Hassani pour aller voir Amalou, le tueur et le convaincre d’accepter 800 000 francs pour son « boulot » en attendant le reste.

Qu’attendez-vous du procès de Mohamed Ziane Hassani ?

J’espère que ça sera la fin de l’impunité. Dans cette affaire, en tout cas. Que ça sera le succès de la justice. Au moment où le refus de l’impunité gagne du terrain sur le plan international, comment la France pourrait-elle faire sur ce problème de l’impunité une discrimination exceptionnelle sur l’Algérie sans avouer clairement que la vie des Algériens ne vaut la vie des autres peuples ?

Entretien réalisé par Lounes Guemache

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POLEMIQUE HICHEM ABOUD-MOHAMED BENCHICOU

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Mohamed Benchicou réagit
au dossier consacré à KHALIFA TV

Mohamed Benchicou, le Directeur du quotidien Le Matin a réagi au dossier consacré à la chaîne KHALIFA TV par la mise au point que je publie intégralement. Une mise au point par laquelle il m’offre l’occasion de dévoiler un pan de l’histoire de celui qui joue, aujourd’hui, au donneur de leçons de patriotisme, de morale et d’intégrité. Tant pis pour lui si je me vois contraint de dévoiler ce qu’il a toujours voulu cacher. Il ne doit s’en vouloir qu’à lui même. Je cite des faits réels qu’il ne peut nier et je me base sur des documents officiels signés de sa propre main.
Lisons d’abord sa mise au point :

A l’intention de M. Aboud Hicham

On vient de me faire part d’attaques gratuites que vous auriez commis à mon
égard sur votre site. J’ignore ce qui vous pousse à cultiver les calomnies
contre moi et contre le journal que je dirige et qui a eu à vous défendre
lorsque vous étiez inquiétés par le général Betchine. Nous y avons récolté sept procès intentés contre Betchine et qui sont toujours en cours contre Le Matin.

Je ne vous demande pas de faire preuve de gratitude, à l’impossible nul n’est tenu et nous n’avons pas besoin de gratitude pour faire notre devoir envers une injustice avérée même si de toute évidence vous n’êtes pas digne personnellement de la cause pour laquelle nous sommes traînés en justice.

Je ne vous demande pas de gratitude, nous continuerons à vous défendre à Constantine et à Alger contre les avocats de Betchine, et en votre absence puisque vous dites ne pas pouvoir venir en Algérie. Je ne vous demande aucune reconnaissance, mais juste de publier cette mise au point à l’intention de ceux qui vous lisent :

1) Je n’ai jamais reçu un euro ni un dinar de M. Khalifa ni du groupe Khalifa ni d’une quelconque personne en Algérie ou ailleurs. Le journal que je dirige n’a jamais reçu un centime de qui que ce soit depuis sa création, ce qui l’autorise à vous défendre contre le régime. Nous n’avons jamais troqué nos convictions contre de l’argent : si telle était notre voie, nous aurions pris le parti du général-milliardaire Betchine au lieu du vôtre, vous le capitaine démuni. Cela dit, comme de toute évidence vous êtes très mal informé, vous vous demandez s’il est vrai que ma fille travaille à KTV : je vous le confirme. Le cacher serait difficile : elle passe chaque soir à 18 heures sur la chaîne, elle s’appelle Nassima, elle est belle, talentueuse et son avenir est prometteur. Vous devriez vérifier vos sources, M. Aboud Hicham.

2) Vous avez donné une foule d’informations inexactes sur mes conditions de vie dans l’étrange but de me nuire. Je n’essaye pas d’en savoir la raison et ne vous en veux nullement : vous êtes sans doute forcé à le faire. Et je ne vous répondrai pas, ni étalerai dans mon journal ce qu’on colporte sur vous : je vous abandonne cette noble spécialité. Je ne vous traînerai même pas en justice : je ne peux à la fois affronter devant le juge la victime et son bourreau Betchine. Dans la vie, M. Aboud, il faut faire des choix et s’en tenir. Par ailleurs, je n’ai pas à me justifier sur mes ressources ni sur mes conditions de vie qui semblent vous obséder car cela ne regarde que moi. Mais sachez juste qu’en Algérie comme durant mon exil forcé, je n’ai jamais tendu la main à qui que ce soit parce que chez nous, quand on est directeur d’un journal algérien, c’est-à-dire d’un pays anciennement colonisé, on ne tend pas la main à l’ancienne colonie. Il nous suffit qu’elle soit une terre d’accueil, le temps d’une crise passagère. J’ai les moyens de vivre dignement sans solliciter la presse française, ni RSF, ni les ONG françaises. Cela me permet aujourd’hui de regarder la tête haute tous les journalistes de l’Hexagone chez qui les nouveaux harkis se précipitent pour dire du mal de leur pays. Et ce qui me permet, dans la foulée, d’envoyer balader le général Betchine et les pontes du régime quand je décide de publier les articles désespérés d’un certain Aboud Hicham qui porte, à partir de Paris, de courageuses accusations contre le régime algérien. C’est mon choix, je ne changerai pas, et l’adresse du Matin ne
changera pas non plus : j’attends que vous tapiez à notre porte quand le vent tournera. Tranquillisez vous : on vous ouvrira parce que nous, nous n’avons de comptes à rendre à personne.

Salutations

Mohamed Benchicou

Réponse :

Je n’userai pas de baratin pour vous répondre, mais par des faits réels qu’il vous serait impossible de réfuter. Je ne me base pas seulement sur ma connaissance du personnage mais surtout sur des documents officiels et de témoignages de personnes qui ne vous sont pas inconnues. Pour que les choses soient claires, et pour ne pas laisser place à la moindre des ambiguïtés, je reprends vos arguments un par un et je vous apporte la réponse phrase par phrase, point par point. Que voulez-vous de plus que ça ?

Vous écrivez :  » On vient de me faire part d’attaques gratuites que vous auriez commis à mon égard sur votre site. J’ignore ce qui vous pousse à cultiver les calomnies contre moi et contre le journal que je dirige et qui a eu à vous défendre
lorsque vous étiez inquiétés par le général Betchine. Nous y avons récolté sept procès intentés contre Betchine et qui sont toujours en cours contre Le Matin.
 »

En rédigeant cette mise au point sans avoir pris le soin de lire ce que j’ai écrit à votre sujet dans le dossier consacré à la chaîne KHALIFA TV, vous le journaliste chevronné ne pensez-vous pas que vous venez de commettre un manquement grave à l’éthique journalistique. Cela vous aurez permis d’éviter d’écrire au conditionnel. Je vous confirme que dans le dossier Khalifa, je vous ai bel et bien cité.

Ce que j’ai écrit ne constitue nullement des attaques gratuites comme vous le prétendez. Ce ne sont nullement des calomnies que je cultive et vous êtes bien placé que je n’ai aucun compte à régler avec vous pour chercher à vous nuire. Avant de vous citer dans l’article consacré au milliardaire énigmatique Rafik Khalifa, je n’ai pas manqué de vous appeler au journal tout en vous laissant mes coordonnées téléphoniques pour me rappeler. Vous n’avez pas jugé utile de le faire pour confirmer ou infirmer les informations que j’ai rapportées. Je ne cherche pas à comprendre s’il s’agit d’une simple arrogance ou d’une impuissance à me convaincre du contraire. Si vous vous interrogez sur ce qui me pousse à chercher la vérité et la révéler à l’opinion publique cela prouve, on ne peut mieux que vous avez l’habitude de n’écrire que lorsqu’on vous pousse à le faire. Cela est largement démontré dans vos écrits.

Vous avez une longue expérience journalistique et vous savez bien que lorsqu’on fait de l’investigation journalistique ce n’est nullement de nuire à quiconque si ce n’est que pour révéler la vérité. Une vérité qui ne dérange que ceux qui ont quelque chose à se reprocher.

Quand m’avez-vous défendu quand le général Betchine m’inquiétait ? Indiquez moi un seul numéro du Matin où vous aviez pris une seule position quand je fus dépossédé de mon journal El Acil en 1993? Un seul numéro de votre quotidien où vous avez exprimé la toute petite solidarité quand le quotidien Le Libre en 1994 fut suspendu au mépris des lois du pays? Allez chercher dans les archives de votre journal et sortez moi un seul numéro où vous m’aviez exprimé le moindre soutien lorsque j’ai été arrêté, placé en garde à vue, ensuite mis sous contrôle judiciaire et enfin traduit en justice sous la fallacieuse accusation de  » troubles à l’ordre public, la sécurité publique et atteinte aux intérêts supérieurs du pays « . Quand m’avez-vous soutenu lorsque je traînais dans les tribunaux et récoltais les condamnations à des peines de prison l’une après l’autre. Pas un seul mot de solidarité.. Trouvez moi un seul numéro de votre journal où vous aviez dénoncé le pouvoir des généraux qui a pris en otage ma famille en l’empêchant de me rejoindre dans mon exil en 1999. Et vous osez, aujourd’hui, toute honte bue prétendre m’avoir défendu ?

Quels sept procès avez-vous récoltés pour m’avoir défendu ? Le général Betchine a intenté un procès à tous les journaux qui ont publié la lettre ouverte que je lui ai adressée en novembre 1998. Comment et dans quelle conditions Le Matin a publié cette lettre ? Votre consœur, Ghania Hamadou ayant appris que je rédigeais une lettre ouverte à Betchine, était venue me voir à Paris pour que je la lui remette pour publication. Deux jours après lui avoir remis le texte et ne voyant rien venir je l’appelle au téléphone pour l’interroger sur le sort qui lui a été réservé. Elle me rassura qu’elle vous l’avait remise et que la lettre sera publiée incessamment. Deux jours plus tard, il n’y avait toujours rien. Mes tentatives de la joindre par téléphone seront infructueuses. Elle ne répondait plus à mes appels ni aux messages laissés sur son répondeur. J’avais compris que votre journal ne pouvait franchir la ligne rouge que dépassait largement ma lettre. J’ai fini par l’envoyer à El Watan et El Khabar qui l’ont publiée dès le lendemain de sa réception.

Ce n’est qu’après la publication de cette lettre que vous avez fini par daigner à publier quelques extraits commentés. Pouvez-vous avancez le contraire ? Les paroles s’envolent, mais les écrits restent. J’ai en ma possession toutes les coupures de presse. Si vous en avez d’autres qui puissent me contredire n’hésitez pas à les sortir.

Qu’avez-vous réservé comme reconnaissance
à la famille de Saïd Mekbel ?


Vous écrivez  » Je ne vous demande pas de faire preuve de gratitude, à l’impossible nul n’est tenu et nous n’avons pas besoin de gratitude pour faire notre devoir envers une injustice avérée même si de toute évidence vous n’êtes pas digne personnellement de la cause pour laquelle nous sommes traînés en justice. »

Vous êtes très mal placé pour parler de gratitude. Je ne vous suis redevable d’aucune gratitude. Et vous êtes mal placé pour en parler. Avez-vous manifesté la moindre gratitude à Saïd Mekbel à qui vous aviez confié la direction du journal pour partir faire du bizness en France d’où vous exportiez vers l’Algérie des macaronis ? Avez-vous pris au moins le soin de payer le billet d’avion à son épouse pour qu’elle puisse assister aux obsèques de son défunt époux ? Lui avez-vous apporté le moindre réconfort ne serait-ce que lui présenter vos condoléances par téléphone ? Saïd Mekbel l’un des plus illustres martyrs de la presse algérienne durant ces folles années de terrorisme qui ont profité aux commerçants du sang et des larmes, l’ avez-vous laissé dormir en paix en prenant soin de ses enfants et de son épouse ? Leur avez-vous versé le moindre centime comme indemnités pour les aider à surmonter les graves difficultés financières dans lesquelles les a plongés la disparition du chef de famille ? Au lieu d’aider sa famille ne lui avez-vous pas réclamé de vous rembourser une misérable somme de 30.000 Dinars et de rendre un micro qu’utilisait Saïd pour les besoins du journal ? Quelle honte ! Et vous osez encore parler de gratitude. Je préfère ne pas m’étaler sur le sujet. Mais, si vous le souhaitez, j’y reviendrais.

Et Ameur Ouaguenni et Saïd Tazrout deux autres journalistes du Matin assassinés alors que vous vous occupiez en France de votre librairie et de votre société d’exportation de macaronis vers l’Algérie, quelle gratitude leur avez-vous manifestée ? Tous les journaux qui ont perdu des journalistes morts la plume à la main ont continué à verses leurs salaires à leurs familles. Le faites-vous au Matin ? Répondez sans détours. Je connais votre réponse:le silence des coupables.

Vous êtes redevable envers celui qui vous faisait le chauffeur par amitié et qui transportait votre petite famille à Ain Naâdja en Fourgon en pleines inondations quand votre Lada était en panne. Dois-je vous rappeler ce que vous lui avez fait en signe de gratitude? Vous êtes redevable envers ces journalistes dont la rémunération ne dépassait pas les 2000 Dinars (quelle misère) qui ne leur permettaient même pas de manger à leur faim vos macaronis et qui vous ont permis de vous retrouver à la tête d’un journal à grande audience.

 » Je ne vous demande pas de gratitude, nous continuerons à vous défendre à Constantine et à Alger contre les avocats de Betchine, et en votre absence puisque vous dites ne pas pouvoir venir en Algérie. Je ne vous demande aucune reconnaissance  »

Je ne sais d’où sortez-vous tout ça pour dire que vous me défendez à Constantine et à Alger? Cela n’existe que dans votre imagination. Je n’ai nul besoin de votre défense. J’ai mes avocats tant à Alger qu’à Constantine et ils n’ont jamais coordonné avec les vôtres. Autant votre défense est basée sur les vices de procédure pour éviter le procès, autant la mienne persiste et signe dans les accusations que je porte contre le général Betchine. Et je ne cesse de demander un passeport pour rentrer en Algérie pour lui faire face à lui et aux autres généraux maffieux.

Je ne prétends pas ne pas pouvoir rentrer en Algérie, mais vous savez bien que je n’ai pas de passeport algérien et vous avez refusé de publier mes différents appels lancés aux autorités algériennes pour qu’elles me délivrent un passeport pour que je puisse rentrer faire face à mes adversaires. Il n’y a qu’ElKhabar, El Watan et Liberté qui ont publié mes appels. El Khabar avait titré à la une « Hichem Aboud lance un appel à Bouteflika pour lui délivrer un passeport ». Mais, pas Le Matin. Vous avez même refusé de publier un démenti à votre désinformation lorsque vous aviez écrit dans la rubrique  » confidentiel  » que les autorités m’avaient délivré un passeport. Vous savez très bien que ni moi ni mon épouse ni mes enfants n’ont de passeport algérien . Tout comme nous refusons de nous faire délivrer des documents de voyage étrangers. Je ne suis pas du genre d’hommes qui demande la nationalité française pour ses enfants et donner, en même temps, des leçons de patriotisme aux autres. Je pense que vous m’avez compris.

La solidarité des milliardaires énigmatiques

 » Je n’ai jamais reçu un euro ni un dinar de M. Khalifa ni du groupe Khalifa ni d’une quelconque personne en Algérie ou ailleurs. Le journal que je dirige n’a jamais reçu un centime de qui que ce soit depuis sa création, ce qui l’autorise à vous défendre contre le régime. Nous n’avons jamais troqué nos convictions contre de l’argent : si telle était notre voie, nous aurions pris le parti du général-milliardaire Betchine au lieu du vôtre, vous le capitaine démuni.  »

Vous répondez n’avoir reçu aucun euro de Khalifa mais vous ne dites pas combien de milliers d’exemplaires du Matin vous achète quotidiennement Khalifa. Vous ne dites pas, non plus, qu’est ce qui vous motive à consacrer votre temps  » généreusement  » à KHALIFA TV si ce n’est la solidarité des milliardaires énigmatiques. Vous ne dites pas non plus pourquoi votre journal fait le black out sur un crime économique tel celui de l’évasion de 2 millions d’Euros dans des mallettes. Vous ne dites pas pourquoi vous persistez à défendre des voleurs pris en flagrant délit. Vous ne dites pas pourquoi vous n’avez pas réagi à la censure que vous avez subi lors d’une table ronde organisée par KHALIFA TV. Les gens ne sont pas dupes. C’est pas parce que vous vous calfeutrez à Boulogne que vous n’entendez pas la réaction de ceux qui vous lisent ou qui ne vous lisent pas. Votre complicité avec Khalifa n’a pas besoin de commentaire. Ceux qui s’assemblent se ressemblent.

Quant à répéter à chaque fois que vous me défendez contre le régime, encore une fois, sortez moi un seul article où vous aviez pris ma défense contre le régime. Chiche ! Arrêtez votre baratin M. Benchicou. Citez des faits réels. Après avoir fait commerce du sang des autres (je reviendrai sur le sujet), ne venez pas vous approprier le combat des hommes libres. Ce n’est pas parce qu’on vous a intenté un procès pour avoir publié des extraits de ma lettre adressée à Betchine en les reprenant d’El Watan que vous vous permettez de jouer à l’héros. Je sais pourquoi vous le faites. Pour mieux faire passer vos articles favorables aux généraux, comme vous l’avez déclaré au juge d’instruction qui vous demandait pourquoi publiez-vous les chroniques de SAS. Les lecteurs du Matin savent aujourd’hui ce qu’il est advenu de SAS.

Oui, je suis démuni comme la majorité des Algériens

 » Capitaine démuni  » dites vous ? Oui, je le suis et j’en suis fier. Je suis démuni comme la majorité des Algériens qui n’ont pas volé. Je fais partie de cette majorité d’Algériens appauvris par des généraux maffieux que vous n’osez pas dénoncer nommément. Des Algériens plongés dans la misère par ces trabendistes en col blanc dont vous faites partie, qui font évader les deniers publics d’Algérie pour investir en France. Ainsi, vous faites, aujourd’hui, partie de la minorité des nantis. Vous étiez plus démuni que moi. Mais, vous avez suivi une voie que j’ai refusé de suivre. Celle de l’enrichissement rapide et illicite. Jusqu’avant l’ouverture du marché du commerce du sang vous étiez démuni autant que moi. Nous nous sommes connus en 1977 au bureau d’Alger de l’hebdomadaire El Hadef dont j’étais le coordinateur de la rédaction. Pour arrondir vos fins de mois vous faisiez de la pige dans cet hebdomadaire pour la somme de 500 Dinars par mois. Durant votre service national, j’ai fait tout ce qui était en mon possible pour vous faire affecter à la revue El Djeïch que je dirigeais en tant que rédacteur en chef. Vous vous souvenez des multiples visites que vous me rendiez pour que j’intervienne pour votre affection parce qu’à l’issue de votre instruction militaire à l’EFOR vous avez été affecté à Chlef au lendemain du séisme de 1980. Vous faisiez partie de la classe des démunis. Durant les années quatre-vingts vous habitiez un petit appartement à la cité SEGNA de Réghaïa, pas loin de chez moi qui habitais la cité DNC.

Vous avez été actionnaire avec six autres journalistes du MATIN en détenant au départ 30 pour cent des parts (avant qu’un actionnaire partant ne vous cède ses deux pour cent). Vous êtes resté à la tête du Matin 18 mois. Jusqu’à 1997, il n’y a pas eu de répartition de bénéfices. Vous partez en France en juin 1993 toujours démuni. Subitement vous avez une société d’exportation de macaronis, une librairie, une maison à Boulogne (quartier chic) etc. Vous menez grand train de vie à Paris. Subitement, vous devenez riche. En parler, semble vous nuire. C’est normal. Quand la fortune est mal acquise, on souhaite taire son origine. C’est ce qui m’a amené à conclure dans l’article que vous semblez mettre en cause, Benchicou-Khalifa : même combat. Auriez-vous honte de mener le même combat que Khalifa ?

Voici mes preuves. Qu’en pensez-vous M.Benchicou?

Vous écrivez  » Cela dit, comme de toute évidence vous êtes très mal informé, vous vous demandez s’il est vrai que ma fille travaille à KTV : je vous le confirme. Le cacher serait difficile : elle passe chaque soir à 18 heures sur la chaîne, elle s’appelle Nassima, elle est belle, talentueuse et son avenir est prometteur. Vous devriez vérifier vos sources, M. Aboud Hicham. « 

Je ne pense pas être mal informé en livrant des informations sur KHALIFA TV sur la base de documents officiels que ni vous ni Khalifa ne saurez réfuter. Quant à votre fille, elle n’était pas au centre de mes investigations. Et comme vous le dites si bien, c’est parce qu’il vous est difficile de le cacher que vous finissez par l’avouer. Que son avenir soit promoteur, tant mieux pour elle. Je souhaite la même chose à toutes les Algériennes de son âge. Que ces Algériennes puissent avoir un meilleur avenir que celui que leur réservent ceux qui ont appauvris l’Algérie en allant investir en France après avoir bradé le Dinar sur le marché parallèle pour leur envoyer des macaronis.

Vous écrivez  » Vous avez donné une foule d’informations inexactes sur mes conditions de vie dans l’étrange but de me nuire. Je n’essaye pas d’en savoir la raison et ne vous en veux nullement : vous êtes sans doute forcé à le faire. Et je ne vous répondrai pas, ni étalerai dans mon journal ce qu’on colporte sur vous : je vous abandonne cette noble spécialité. « 

Quelles sont ces informations inexactes que j’ai publiées sur vos conditions de vie en France ? Pouvez vous me démentir lorsque je vous dis que le 22 juillet 1994 vous avez crée la SARL NEGOCE EXPORT au capital de 150. 000 FF ? Je préfère ne pas entrer dans les détails pour ne pas étaler la vie privée de vos supposées associées. Des femmes que je ne connais pas et qui n’ont pas lieu d’être citées dans cet article. Elles n’ont servi que de prête-noms dans vos magouilles. Je crois que cela suffit pour vous faire comprendre que j’ai toutes les données et que je n’ai nul besoin de vérifier mes sources. Mes informations je les puise dans des documents officiels signés de votre main.

Pouvez-vous me démentir que votre registre de commerce porte le numéro : 397915158. Numéro de gestion 94B03841. Date d’immatriculation : le 03/08/1994 au greffe de Nanterre. Dois-je vérifier mes informations ou douter de mes sources qui sont des plus officielles ? Je suis prêt à publier tous ces documents sur le site, si vous le souhaitez.

Pouvez-vous me démentir que le siège de votre société se trouvait au , 1 allée D’Issy 92310 Issy les Moulineaux qui était votre adresse personnelle ? Pouvez-vous me démentir que le siège fut transféré ensuite au 16, rue Kleber 92310 Issy les Moulineaux ? Dois-je publier les bilans annuels de votre société? Vous n’ignorez pas que je ne parle pas dans le vide. Vous devez savoir que je détiens tous vos bilans et vous vous permettez de me demander de vérifier mes informations. Dois-je les publier sur le site ? Quel culot ! M. Benchicou.

Pouvez-vous me démentir que votre librairie papeterie presse (vente au détail) se trouvait au 24, rue Anatole France à Issy Les Moulineaux ? Non, M.Benchicou vous ne pouvez pas me démentir. Et si vous n’aviez rien à vous reprocher vous ne m’auriez jamais accusé de vous avoir calomnié ni chercher à vous nuire ? Depuis quand nuit-on à quelqu’un lorsqu’on évoque ses biens quand ils sont acquis honnêtement ? En quoi pourrai-je vous nuire en disant que vous aviez ouvert un fond de commerce en France en 1994 si cela s’était fait dans la légalité et avec des fonds acquis honnêtement ? Quel mal y a -t-il si je dis que le directeur du quotidien Le Matin est vendeur de journaux à Paris? Si vous le faisiez honnêtement, il n’y a aucun mal.

Quant à la maison achetée à Boulogne, c’est vous même qui me l’avez confirmé lors de notre dernier entretien téléphonique il y a une année de cela, en me précisant même le nombre des pièces de cette maison. Avec quel argent l’avez-vous achetée ? Je suis salarié en France depuis le 9 janvier 1998 (je peux vous montrer mes fiches de paie, ça ne me gêne pas) et je ne peux me permettre d’acheter ne serait-ce qu’un petit studio. Pour bénéficier d’un crédit bancaire, je ne pense pas que vous puissiez répondre aux exigences draconiennes des banques françaises, sauf si… A quel prix l’avez-vous payée cette maison ? Pas moins de 150 millions. Ce qui représente en dinars, un milliard et demi. Voilà, ça y est vous faites partie du club des milliardaires énigmatiques.

Vous constatez bien, M.Benchicou, qu’ils ne s’agit pas de rumeurs colportées. Mais des informations qui ne souffrent pas la moindre contestation. Quant à dire que vous vous refusez de colporter dans votre journal les rumeurs qui circulent sur mon compte, je prends à témoin l’opinion publique dont vous avez le devoir de servir en tant que journaliste, de vous mettre au défi, de publier tout ce que vous pouvez savoir sur moi.

Vous me connaissez de longue date. Si vous avez la moindre des choses sur ma carrière militaire ou de journaliste, publiez-la, sans la moindre hésitation. Si vous avez la moindre preuve que j’ai bénéficié d’un logement social en Algérie ou en France, d’un lot de terrain à bâtir, d’un commerce au nom d’une personne qui me servirait comme prête-nom, d’un quelconque acte contraire à la morale et aux idées que je défends, n’hésitez pas. Vous disposez d’un journal à grande audience, une arme redoutable, n’hésitez pas à l’utiliser pour me faire taire à tout jamais. Les rumeurs, par contre, pour vous éviter des procès en diffamation, je peux m’en charger. Le forum de mon site est ouvert à toutes les rumeurs qui circulent sur mon compte. Je ne les censure pas pour m’amuser en les lisant. Elles sont la meilleure preuve que mes adversaires qui se recrutent tant chez les généraux maffieux et leurs larbins que chez les commerçants du sang et des larmes qui jouent aux donneurs de leçons, n’ont pas le moindre argument pour me discréditer.

Je vous rappelle qu’à la suite de la parution de La Mafia des Généraux, qui n’était pas à votre goût, tous les généraux maffieux cités dans mon livre et leurs larbins ont remué ciel et terre pour me trouver la toute petite des compromissions pour me salir. En vain. Bien après eux, les cercles français qui font commerce du drame algérien menés par François Gèze et son orchestre ont tout fait dans le même objectif. Ils n’ont rien trouvé.

Vous avez perdu votre honneur pour riposter au démuni que je suis


Vous écrivez :  » Je ne vous traînerai même pas en justice : je ne peux à la fois affronter devant le juge la victime et son bourreau Betchine.  »

Non! Si vous avez la possibilité de le faire n’hésitez pas. Vous savez très bien que je détiens des preuves de ce que j’avance. Vous avez la certitude que mes preuves sont irréfutables et incontestables. Vous ne pouvez nullement m’accuser de vous avoir diffamé. Gardez votre baratin pour ceux qui ne vous connaissent pas encore. L’opinion publique, à la lecture de ces lignes, sait, maintenant, qui vous êtes et vous n’arriverez pas à l’induire en erreur par la magie des phrases.

 » Dans la vie, M. Aboud, il faut faire des choix et s’en tenir. Par ailleurs, je n’ai pas à me justifier sur mes ressources ni sur mes conditions de vie qui semblent vous obséder car cela ne regarde que moi  »

Oui, j’ai fait le choix de faire partie de cette majorité de démunis pour garder ma liberté de dénoncer tous les maffieux et leurs larbins. Dénoncer tous les opportunistes de votre éspèce et tous les commerçants du sang et des larmes du peuple algérien. Par contre, vous, M.Benchicou, vous avez fait le choix d’une voie honteuse qui permet, certes, l’enrichissement rapide, mais, vous avez perdu votre capacité de riposter aux démunis honnêtes qui vous interrogent sur l’origine de votre fortune. Vous avez perdu l’honneur qui permet de riposter au démuni que je suis. Assumez, donc, votre choix et taisez vous. Cachez vous quand on vous montre du doigt. C’est ça, votre choix.

Vos conditions de vie en France ne m’obsèdent pas. Seulement, je tiens à vous rappeler que lorsqu’on a honte de justifier ses ressources, on ne doit pas se permettre de donner des leçons de morales aux autres et notamment à ceux qui dénoncent les malfrats qui mènent une véritable entreprise de mise à mort de l’Algérie. La différence de nos choix réside dans le fait est que vous refusez de justifier vos ressources contrairement à moi qui ne trouve aucune gêne à publier ma déclaration d’impôts annuelle et de faire en public l’inventaire de tous mes revenus centime par centime.

 » Mais sachez juste qu’en Algérie comme durant mon exil forcé, je n’ai jamais tendu la main à qui que ce soit parce que chez nous, quand on est directeur d’un journal algérien, c’est-à-dire d’un pays anciennement colonisé, on ne tend pas la main à l’ancienne colonie. Il nous suffit qu’elle soit une terre d’accueil, le temps d’une crise passagère.  »

Pouvez-vous nous dire pourquoi êtes-vous parti vous installer en France en juin 1993 ? A quel titre vous êtes vous installé ? vous n’aviez ni l’asile politique ni l’asile territorial. Comment les autorités françaises vous ont-elles permis de séjourner sur le territoire français au-delà des trois mois du visa ? Pourquoi laissez-vous votre famille en France puisque vous affirmez que vous avez sollicité l’accueil de l’ancienne colonie le temps d’une crise passagère ? Vous Appelez à mener la guerre contre le terrorisme et à son éradication tout en mettant à l’abri votre famille à Boulogne ? Je ne suis pas naïf pour attendre une quelconque réponse de votre part à ces questions. Si vous le souhaitez, je peux répondre à votre place pour éclairer l’opinion publique.

Vous écrivez  » J’ai les moyens de vivre dignement sans solliciter la presse française, ni RSF, ni les ONG françaises « .

Sans avoir dévalué le Dinar Algérien chez votre ami de Bordj Bou Arreridj, sans avoir commis des délits économiques, je n’ai pas tendu la main à RSF ou à une quelconque ONG ni à un quelconque organe de la presse française . Si c’était le cas, François Gèze et son orchestre auraient été les premiers à me dénoncer. Quant à vous, M.Benchicou, les moyens dont vous disposiez pour ne pas tendre la main, vous les aviez obtenus de manière qui vous met dans la gêne pour en parler aujourd’hui. Pouvez-vous me dire pourquoi avez-vous refusé de désigner, en votre absence, un directeur de la publication du MATIN parmi les associés ? pourquoi vous avez mis tous les obstacles pour qu’aucun de vos associés ne puisse prendre connaissance de la gestion des deniers du journal et notamment les recettes des ventes du journal en France ? Pouvez-vous me dire pourquoi Le Matin a disparu du marché français en 1996 ? La Banque Extérieure d’Algérie ne vous a-t-elle pas interrogé sur le pourquoi du non rapatriement de ses recettes ? Le non rapatriement des recettes du Matin n’est-il pas un délit économique pour lequel vous deviez répondre devant les tribunaux si un échéancier ne vous a-t-il pas été accordé par la BEA sur intervention de Kéramane? Etes-vous en mesure de répondre à ces questions M.Benchicou ? Personnellement, je connais les réponses. Mais en votre qualité d’homme de communication, éclairez l’opinion publique sur la face cachée du Matin.

Vous écrivez  » Cela me permet aujourd’hui de regarder la tête haute tous les journalistes de l’Hexagone chez qui les nouveaux harkis se précipitent pour dire du mal de leur pays « .

Pouvez-vous regarder la tête haute l’épouse et les enfants de Saïd Mekbel ? Pouvez-vous regarder la tête haute certains de vos associés restés en Algérie, qui vous ont mis sur la table toutes vos magouilles lors de réunions houleuses. Pouvez-vous regarder la tête haute SAS qui a fait la grandeur de votre journal ? pouvez-vous regarder la tête haute, les journalistes que vous rémunériez à 2000 DA au moment où vous exportiez vers l’Algérie des macaronis et des spaghettis ? Qui sont-ils ces harkis qui se précipitent en France pour dire du mal de leur pays ? dénoncez-les. Sinon, vous êtes leur complice. Et si l’insinuation m’est adressée, au vu de cette gifle que je vous assène, vous ne devez pas hésiter une seconde pour me sortir un seul de mes écrits à travers lequel je dis du mal de mon pays. Un pays que tu as dépravé en participant à le dépouiller des miettes que lui ont laissé les généraux maffieux.

«  Et ce qui me permet, dans la foulée, d’envoyer balader le général Betchine et les pontes du régime quand je décide de publier les articles désespérés d’un certain Aboud Hicham qui porte, à partir de Paris, de courageuses accusations contre le régime algérien. « 

Je n’ai pas attendu 1998 pour envoyer balader Betchine en profitant d’une guerre de clans et en attendant le feu vert d’un clan maffieux qui m’assure la protection. Je vous renvoie aux archives du quotidien Le Libre pour vous rafraîchir la mémoire. A l’époque vous n’aviez pas le courage de reprendre ces écrits et leur donner l’écho qu’ils méritent. Les pontes du régime quand ils sont dénoncés nommément, vous avez été le premier à les défendre par des écrits tendancieux pour tirer sur mon livre  » La Mafia des Généraux  » que vous vouliez présenter comme un pamphlet contre l’armée, en titrant, le 18 février 2002,  » Encore un livre brûlot contre l’armée algérienne « . Le surlendemain vous revenez encore sur le sujet en faisant une lecture tronquée du livre, dans le but de le discréditer. Vous n’avez fait qu’entretenir l’amalgame entre l’armée algérienne et une poignée de généraux maffieux que je ne cesserai jamais de dénoncer jusqu’à leur jugement pour crime contre l’humanité.

Votre baratin ne passe plus, M.Benchicou, vous êtes démasqué. Quand avez-vous publié  » les articles désespérés d’un certain Aboud Hicham  » ? Indiquez moi les numéros ou les dates des éditions de votre journal pour que je les cherche dans les archives. Hormis un droit de réponse en juillet 1999 qui m’a été publié après trois rappels et menaces de recourir aux organisations internationales de la presse vous dénonçant de m’empêcher d’user de mon droit de réponse, un deuxième en réplique à votre attaque contre mon livre et un troisième droit de réponse au général Larbi Belkheir, dont certains de ses passages ont été censurés. Trouvez moi un seul de mes écrits où je me suis exprimé dans les colonnes de votre journal ou une seule interview.

Quant aux courageuses accusations portées contre le régime, je n’ai pas attendu le temps de m’exiler pour le faire. Je ne parle pas, comme vous, dans le vide. Je vous renvoie aux archives d’El Acil daté du 16 décembre1992 où j’accusais clairement les généraux maffieux de l’assassinat de Boudiaf. Celui du 1er avril 1993 où je dénonçais en termes sans équivoque les généraux en leur promettant que le peuple ira cracher un jour sur leurs tombes. Consultez le Quotidien le Libre du mois de mars 1994où je dénonçais les pratiques maffieuses de Betchine et les tortures qu’il avait fait subir aux manifestants d’octobre 1988. Le Libre du 29 juin 1994 que j’avais ouvert à Nacer Boudiaf pour dénoncer sans ambages les assassins de son père. Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres. Je n’ai nul besoin de vous rappeler mon courage que vous avez eu l’honneur de vérifier quand vous étiez sous ma conduite à la revue El Djeïch. Vous reconnaissiez que sous ma conduite vous bénéficiez d’une liberté d’expression que vous n’aviez pas à EL Moudjahid. Vous reconnaissiez que je n’agissais pas sur instruction du commandement militaire. Vous étiez témoin des pressions que je subissais de la part du commandement militaire. Vous savez très bien que vous ne pouvez pas affirmer, aujourd’hui, le contraire. Des dizaines de journalistes de notre génération ont accompli leur service national à la revue El Djeïch peuvent apporter leur témoignage. C’est ce qui explique le respect dont je bénéficie auprès de mes confrères de la presse, et les rares larbins qui ont cherché à descendre en flammes mon livre ont été calmés par ceux qui connaissent mon passé journalistique et mon intégrité morale.


Vous terminez en concluant sur votre habituel ton démagogique « C’est mon choix, je ne changerai pas, et l’adresse du Matin ne changera pas non plus : j’attends que vous tapiez à notre porte quand le vent tournera. Tranquillisez vous : on vous ouvrira parce que nous, nous n’avons de comptes à rendre à personne.  »

Je vous ai répondu sur votre choix. Il ne sera jamais le mien. Quant à l’adresse du Matin, avec tous le respect que je dois à certains de ses journalistes honnêtes, je ne prendrai jamais le chemin qui mène vers elle tant que vous êtes à la tête de sa direction. C’est à vous de vous rassurer que je ne frapperai jamais à votre porte. Nous n’avons pas les mêmes principes ni les mêmes valeurs morales. Ce que je viens d’écrire le démontre amplement. Le vent tournera toujours en faveur de l’honnêteté. La preuve vous est apportée, aujourd’hui. Si vous étiez honnête, M.Benchicou, vous n’auriez jamais eu à subir ces vérités que je clame à votre face, en public, sans que vous soyez capable de répondre bien que vous disposez d’un journal à fort tirage. Un journal qui ne vous sert même pas à défendre votre malhonnêteté.

Je ne conclurai pas sans commenter la phrase que vous m’avez dédiée dans votre chronique du jeudi 20 mars.  » ce capitaine algérien exilé reconverti dans la délation de ses compatriotes, une façon comme une autre de gagner son pain à Paris, les Chouchou algériens ne manquant pas dans la douce France  » . Dites moi, Monsieur le journaliste professionnel, qu’entendez-vous par délation ? Est-ce le fait de dénoncer, preuves à l’appui, des maffieux qui font sortir les billets de banques dans des mallettes tout en jouant aux sauveurs de l’économie algérienne, qui relève de la délation ? Révéler à l’opinion publique leurs magouilles ce n’est pas de l’information? Est-ce le fait d’informer l’opinion publique des magouilles des agents de la mafia que vous appelez la délations des compatriotes ? Dois-je taire des vérités pour faire plaisir à ceux qui ont mis l’Algérie dans l’état qu’elle ne devait jamais connaître ? Dois-je taire les magouilles de petits trabendistes en col blanc qui jettent l’argent du peuple à Gérard Depardieu et autres starlettes de ce qu’on appelle la jet set ? Est-ce de la délation que de faire étalage de vos magouilles en faisant commerce du sang des Algériens avec lequel vous avez fait des centaines de une de votre journal et vous retrouver dans la caste des milliardaires aux fortunes dont l’origine est plus que douteuse? C’est quoi l’information selon vous, M. Benchicou? Vous savez ce que c’est la délation M.Benchicou? Souvenez-vous lorsqu’en septembre 1988 lors de la grève des ouvriers de la zone industrielle, vous m’aviez accosté à Rouiba pour me remettre un tract du PAGS croyant avoir affaire à un officier véreux de la SM. Je vous ai simplement dit que cela ne m’intéressait pas et que ce n’était pas mon rayon. Je vous ai fait comprendre que je n’avais rien à voir avec les services opérationnels. Hébété et balbutiant vous aviez fini par lâcher « non, non, c’est pour votre lecture. Gardez-le » C’est ça la délation, ya Si Benchicou !

Sachez, M.Benchicou, que mon pain je le gagne proprement et honnêtement. Je ne suis pas comme vous. Rien ne me gêne pour justifier mes ressources et d’exhiber mes fiches de paie. Il n’y a que les chouchou qui sont gênés de justifier leur revenu parce qu’on sait comment les obtiennent-ils ? Qui de nous deux fait le chouchou dans la douce France en refusant de justifier ses ressources ? Les lecteurs connaissent la réponse.

En conclusion, je ne manque pas de vous rappeler que j’ai pour habitude de défier les hommes. Si vous en êtes un, et s’il vous reste un gramme de dignité, répondez à cette gifle que je viens de vous assener par une semblable en me trouvant une toute petite tâche noire avec preuves comme je viens de le faire contre vous. Ils seront nombreux à vous applaudir et venir vous faire courbette pour avoir trouvé une toute petite tâche sur le front de l’homme qui ne cesse de clamer haut et fort : Je suis propre et blanc comme neige. Chiche !
Sinon, taisez-vous, M. Benchicou. Quand on se fait prendre la main dans le sac on doit s’imposer le silence. Taisez-vous et méditez sur ce vieux proverbe arabe qui s’applique bien pour vous  » Il n’y a pas plus éloquent qu’une pute pour parler d’honneur « .


Hichem Aboud
Le 24/03/03

Certains s’interrogeront, certainement, pourquoi consacrer tout cet éspace et tout ce temps pour répondre à quelqu’un qui ne saura riposter à cette salve de vérités qui risque de lui provoquer un malaise cardiaque. Je leur réponds qu’il s’agit tout simplement d’un chapitre d’un prochain livre consacré aux commerçants du sang et des larmes. Je n’ai, donc, pas perdu mon temps en répondant à Benchicou.

le 24/03/03

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LES MEKBEL-HOMMAGE DU FILS NAZIM AU PERE SAID

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Voilà treize ans, le 3 décembre 1994, était assassiné Saïd Mekbel, l’âme du Matin. Il partit, Saïd, ce voleur qui…, il nous quitta en laissant plus de mille billets. Des chroniques : « El Ghoul », « A belles dents », « Mesmar J’ha », en passant par des interviews imaginaires, des écrits dans El Manchar, Baroud ou encore Rupture.
Son fils Nazim écrivit, en 2004, un hommage que nous reproduisons ici, car il n’en est pas de plus éloquent
.

De ses écrits, il dira : « Je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe… J’essaie de faire en sorte de ne pas être avec et pour ceux dont la vocation est de former puis dresser des troupeaux… dans le respect bien compris de cette liberté individuelle. » Ses billets abordaient tout ce qui touchait le pays, avec quelques rares allusions à son propre vécu, quand il écrit par exemple : « On a connu un DG qui, le jour où il devait quitter son fauteuil, régla ses comptes… en signant des décisions dont l’exécution était laissée à son successeur. Pour l’anecdote, cela se passa juste avant octobre 1988… » Mais c’est « Double Casquette », parue à la une du premier numéro d’Alger Républicain 1989, qui signe son retour à la presse, il demande alors à Chadli de choisir entre la présidence du FLN et celle de la République : « D’aucuns souhaitent que le président de la République abandonne la présidence du FLN. » Il reprend en 1991 : « De la stature de notre Président, ne retiendrons-nous donc que le côté Chadli mini ? » Pour le Premier ministre Hamrouche, il aura cette petite remarque : « Il apparaît avec un chapelet de prière à la main… qui pourrait bien annoncer… le ralliement… la complicité. » Puis il se demandera quelle différence il y a entre « Hachani disant : quand nous serons au pouvoir, les journalistes nous rendront des comptes…, et cette personnalité du pouvoir : dorénavant, les journalistes devront arracher la liberté de la presse ». Au cheikh du FIS, conseillant de se préparer à changer les habitudes vestimentaires et alimentaires, il répondra : « … Je vous incite en toute fraternité à aller… vous rhabiller. » A l’arrivée de Boudiaf, « le brasseur d’argile » pour certains, il note l’absence de ses compagnons de guerre, Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, en précisant : « Ce morceau de datte qui est recraché… signe qu’une certaine Algérie lui est restée en travers de la gorge. » De Bouteflika, il aura cette prémonition : « …. Avoir gardé le silence pendant quatorze années pour un homme politique de l’envergure de Bouteflika, c’est plus qu’une erreur, c’est une faute grave que nous risquons peut-être d’endosser, car après quatorze années d’abstinence verbale, s’il est désigné comme Président, il aura tellement de choses à raconter qu’il en oublierait peut-être notre envie de parler. » Concernant le passé de la presse, il écrira : « Nous avions montré beaucoup de générosité dans l’attaque contre certains hommes qui sont aujourd’hui devenus notre honneur… Pour que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs. » Puis à certains qui proposent la création d’un comité d’éthique, il répondra : « Chacun de nous est libre de se baigner dans ce qu’il veut… mais je crains les moutons de notre profession… Ceux qui retournent la veste, ceux qui s’agenouillent et se prosternent, offrant aux nouveaux maîtres ce petit trou de balle qui leur sert de nombril et qui a déjà évacué ce qui leur restait de dignité. » Parlant de la torture, il propose de donner des cendriers aux agents de police, en leur expliquant qu’« ils sont à offrir à quelques-uns de leurs collègues, fumistes de profession, qui, dans certains commissariats, demandent aux détenus d’ouvrir la bouche pour l’offrir en guise de cendrier ». A qui profite le crime ? « …Tant ils sont faits pour arranger toutes les extrémités politiques qui veulent conquérir ou se maintenir au Pouvoir. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dérouler sur le chemin qui mène au fauteuil que ce macabre tapis fait de ces corps d’intellectuels… ? » De la destruction du pays, il prendra l’exemple de la cimenterie de Meftah « qui a été l’objet d’un sabotage terroriste… minimum trois mois d’arrêt, s’il appauvrit un pays de plus en plus touché, s’il touche un citoyen de plus en plus appauvri, il doit bien se trouver quelque part des salopards que cela doit enrichir ». Puis, il décrira l’enterrement de Hirèche : « … Son frère répétant sans cesse : “Khad’ouna“ – ils nous ont trahis. » « Sur le chemin du retour, on voit un bourgeois, qui, les mains dans les poches, constate d’un air satisfait l’état d’avancement des travaux de sa villa » et ajoutera en montrant du doigt ceux d’en haut : « Vous trouvez normal… qu’un simple citoyen n’ose même pas faire la chaîne pour acheter son pain, alors qu’un Nahnah, Mehri ou qu’un Ben Bella ou autres énergumènes politiques peut se permettre une flânerie tranquille en ville ? » Il se posera d’ailleurs la question de savoir qui va le tuer : « J’ai parfois grande envie de rencontrer les assassins et surtout les commanditaires » car, plus encore, « je voudrais bien savoir qui va ordonner ma mort ». A un avertissement du Haut Comité d’Etat (HCE), il répondra : « Mais il y en a d’autres aussi, des moins haut placés, qui risquent leur vie… gendarme, soldat, policier et, aujourd’hui, simple citoyen… Il faut aussi qu’on se souvienne que dans notre métier, on court aussi des risques pour sa vie. » De la jeunesse, il se demande « quelle espèce de mutants sont-ils en train de faire naître les trafiquants d’armes et de drogue, les escrocs de la finance, les escrocs de la religion… » Des femmes, il dira : « Combien d’hommes incompétents ont occupé un poste que des femmes compétentes n’ont pas occupé ? » Il raconte l’histoire de cet homme qui vient de recevoir une lettre anonyme lui ordonnant de fermer sa clinique : « Je ne dors plus car je ne sais quoi faire… » Il conseille : « Confiez donc la direction de votre clinique à une femme et partez tranquille. » Pour lui, l’intolérance, c’est cette lettre de ce « combattant anonyme » qui promet une Algérie islamique en condamnant à mort cet autre lecteur, « qui avait eu la lâcheté d’indiquer son nom, d’affirmer qu’il était algérien chrétien, assumant son identité, vivant sa foi, ses convictions et ses idées… » Il en parlera encore, lors de l’assassinat des deux religieuses espagnoles : « Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Sur deux religieuses, deux créatures de Dieu… qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de miséricorde ? Vers quel monde de ténèbres allons-nous, nous qui ne rêvons que de lumière ? » L’avenir du pays ? Il constate : « Chaque jour qui passe vaut une année de perdue… au moins dix ans de retard sur les terrains… On a reculé, tellement reculé, que dans cet élan, on va sauter la transition et aller à la révolution… » Pour conclure, il laissera cette note : « C’est aux lecteurs, à eux en particulier, que je livre ces écrits du jour le jour, modestes traces laissées par un citoyen… car la vérité est comme la justice : elle a besoin de témoins… Même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent. »

Nazim Mekbel (EW 4 décembre 2004)

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LES COMIQUES -BILLET DE S.MEKBEL PARU EN OCTOBRE 1991

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Les Comiques

On avait décidé de ne plus rien prendre d’elle. Non, plus rien de cette APN cuvée 88-92. Ça ne passe plus, ça ne peut même plus rester en travers de la gorge. Mais voilà que le Soir d’Algérie a réussi à nous faire passer la pilule, comme quelqu’un qui, sans le vouloir, vous fait avaler un bonbon en vous donnant une tape amicale dans le dos. C’est que l’information donnée par notre confrère est savoureuse. Devinez pourquoi la Commission juridique de l’APN a rejeté le droit de vote personnel et direct aux femmes ? Parce que ses honorables membres sont pour la paix des ménages, et se refusent de semer la discorde des conjoints en donnant à chacun la liberté de voter !

La belle intention ! Le noble prétexte ! La belle scène de ménage ! Le chef de famille voulant voter Belkhadem, la mère de famille préférant Aït Larbi ; le mari voulant coller une affiche FLN dans le couloir, son épouse refusant de lui dire où est caché le scotch ; l’homme vexé qui réduit sa moitié en répudiant sa femme, la famille de la femme qui vient lui demander réparation ; le village du mari qui vole au secours de l’un de ses fils, la wilaya de l’épouse qui court défendre sa fille ; la moitié du pays qui se range du côté de l’homme, l’autre s’armant pour la femme ; et tout là-haut, le pauvre Chadli qui se ronge les ongles, se demandant pourquoi le sort l’a mis dans les deux camps en même temps, cousin par alliance au troisième degré côté femme et fidèle de la base FLN pour la famille politique de l’homme !… Et si on parlait d’autre chose Khalida ? Le jour va se lever qui fait fuir le chacal vers le bois.

2 octobre 1991 – Le Matin

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LE DERNIER BILLET DE SAID MEKBEL

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui. C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d’arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui. C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel,
le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé… Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c’est lui. C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n’est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste.

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rapport de s-e SIDHOUM SUR LA TORTURE EN ALGERIE 3

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Algérie : La machine de mort

Rapport établi par Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-Watch, octobre 2003

Annexe 3: Témoignages

Chaachoua Djelloul, 1993

J’ai été arrêté le mercredi 31 mars 1993 à 17 h 40 à la rue Belouizdad, près du ministère du commerce, en compagnie de Ouchène Mansour, un ami de Khemis Miliana. J’ai passé dans les centres de sûreté de la police 86 jours répartis comme suit :
- Centre de sûreté de la wilaya : 21 jours.
- Ecole de police de Châteauneuf : 65 jours
J’ai été incarcéré à la prison d’El-Harrach le mardi 22 juin 1993 à 17 heures sous le n° d’écrou 67683 à la salle 1 bis. Je fus injustement et arbitrairement condamné par le tribunal d’exception d’Alger le 30 janvier 1994, à trois ans de prison ferme avec privation des droits civiques durant cinq ans.
J’écris ce témoignage pour l’Histoire, pour montrer ce qu’a fait la dictature aux enfants de l’Algérie.

1- Description du centre de torture de Châteauneuf :
Situé à Ben-Aknoun, près de la faculté de Droit, il est pris en charge par des doctrinaires du communisme qui portent une haine viscérale à l’Islam.
Ce centre est constitué de :
- 2 cellules de 4 m sur 2 m.
- 2 cellules de 1,40 m sur 1,40 m.
- Une grande cellule de 6 m sur 5 m.
- Des cellules secrètes.
Dans le premier type de cellules il y a entre 14 et 35 détenus, qui ne peuvent ni bouger ni dormir, du fait de l’étroitesse des lieux.
Dans le deuxième type de cellules il y a entre 4 et 7 prisonniers. L’une d’elles est utilisée comme lieu de torture.
Dans le troisième type, il y a entre 40 et 50 personnes.
Les tortionnaires qui viennent nous prendre des cellules portent des cagoules. Ils nous agressent continuellement par des coups et des insultes, plus particulièrement quand ils sont saouls.
- Les WC se résument à un bidon dans chaque cellule.

2- Les différentes techniques de torture :
- Les bastonnades avec tous les moyens : barres de fer, fils électriques, tuyaux, matraques, etc.
- Asseoir le détenu sur une bouteille.
- Sodomisation.
- Technique du chiffon.
- Privation de manger et de boire.
Les techniques du chiffon et la gégène (électricité) sont les plus dangereuses, pouvant tuer la personne.
Il existe une salle spéciale de torture que les tortionnaires appellent « pudiquement » le laboratoire.
L’interrogatoire se fait dans une salle spéciale. Le prisonnier est entouré de plusieurs tortionnaires, dont un groupe s’occupe à poser des questions, l’autre à insulter, et un troisième à frapper et à torturer.
Le but de leur stratégie est d’arracher de faux aveux, tels qu’ils ont été préfabriqués par les « services » et de faire signer un PV sur mesure et sans la moindre possibilité de lecture et encore moins de contestation. Lors de l’interrogatoire la tête du prisonnier est le plus souvent couverte d’un sac pour éviter qu’il reconnaisse éventuellement ses tortionnaires.
L’interrogatoire peut durer dix jours et plus.
Les tortionnaires s’interpellaient par des surnoms tels que Omar 1, Omar 2, Omar 14… Pitch.
La garde à vue dépassait souvent les délais fixés par la « loi » anti-moudjahidine qui sont normalement de douze jours.
Quant à ce que j’ai enduré comme souffrances entre les mains des tyrans, je vous le relaterai en quelques lignes.
Lors de mon arrestation je fus conduit immédiatement au commissariat de Belcourt où l’on me reçut par des coups de pieds et de poings, et des injures de toutes sortes. Je fus transféré quelques moments après au siège de la sûreté de daïra d’Alger, et ce dans la malle d’un véhicule banalisé type Renault 16 ; et là commencèrent les choses sérieuses avec l’atteinte à ma dignité et les pratiques sauvages, en plus de la torture morale durant vingt-et-un jours. Des choses que je n’oublierai jamais.
Je fus ensuite transféré vers l’enfer de Châteauneuf à Ben-Aknoun le 20 avril 1993 à 20 heures. J’avais reçu un accueil « chaleureux » de la part des tyrans qui occupent ces lieux. Dès mon arrivée, je fus « convié » à leur chanter une chanson Raï, car ils savaient que j’étais originaire de l’Ouest. Je m’exécutais en improvisant.
En plus de cette torture morale, les tortionnaires m’obligeaient à assister aux tortures d’autres citoyens, jeunes et vieux. Je n’oublierai jamais les séances de tortures infligées à un enfant de 15 ans qui a failli perdre la raison, et celle d’un vieillard de 81 ans.
Je suis resté, par exemple, menotté, avec trois autres compagnons d’infortune, pendant 8 jours dans un couloir de 50 cm de large, sur un plan incliné, dormant et mangeant dans cette position. Nous allions aux WC ensemble, toujours enchaînés l’un à l’autre. C’est ainsi que j’ai assisté au décès de nombreux citoyens sous la torture. Parmi eux je citerais les noms de Kiboua Lyès, Hocine Kebbane, Bentoumi Abdelkrim, Samir Djillali.
Parmi les noms que je n’oublierai pas je citerais le frère Mihoubi Nourreddine, demeurant à Bachdjarah, qui a passé une année de « garde à vue » au centre de torture de Châteauneuf.
Finalement j’ai signé trois procès-verbaux.
Avec tout cela je reste encore en vie grâce à Dieu !

Chaachoua Djelloul, juillet 1993
Prison d’ El-Harrach, écrou n° 67683, salle 1 bis

 


Chama Rabie, 1993 

 gé de 40 ans, demeurant à Bougara (Blida), il a été arrêté à son domicile le jeudi 22 juillet 1993, par la gendarmerie de Bougara. Il a été affreusement torturé au groupement de la ville et a été totalement défiguré par les coups de poings et les brûlures au visage. Plusieurs dents ont été arrachées. Il était devenu méconnaissable à son arrivée à la prison de Blida où il a été transféré le samedi 31 juillet 93.

 



Chekakri Abdeldjalil, 1994
 

J’ai été arrêté sur mon lieu de travail le 3 août 1994 par les services de sécurité (police) de Dar El Beïda. J’ai été jeté dans la malle de leur véhicule et emmené au commissariat. Dès mon arrivée, j’ai été accueilli par des coups violents à la tête et au ventre. Les coups et les insultes pleuvaient de partout. Je suis resté dans ce commissariat de 9 h 30 à 22 heures. Puis j’ai été transféré au commissariat de la cité du 5-Juillet de Bab Ezzouar. Là aussi, les policiers se sont mis à me bastonner violemment sans aucune raison. C’était leur manière d’accueillir les citoyens. L’un d’eux s’est mis à me fouetter avec un câble électrique. On m’a attaché à une chaise métallique puis on a soulevé cette dernière pour la relâcher brutalement. Mon crâne a heurté le sol et j’ai perdu connaissance. Après cette entrée en matière violente, on m’a expliqué que mon nom de guerre était Ayoub (!) et que j’appartenais aux groupes armés ! Je n’en revenais pas. J’ai protesté fermement contre ces accusations grossières, clamant mon innocence. J’ai cité alors les noms de personnes qui me connaissaient et qui pourraient témoigner de mon innocence. Les policiers, devant mes protestations, ont redoublé de férocité. Ils voulaient coûte que coûte que je reconnaisse que j’étais Ayoub et que j’appartenais aux groupes armés.
On m’a jeté dans une cellule sale d’où se dégageait une odeur d’urines. J’avais les poignets ligotés derrière le dos. Je suis resté ainsi quatre jours. Les gardiens m’insultaient continuellement. Je n’ai ni mangé ni bu durant ces journées. Cette situation d’insalubrité a réveillé mon asthme. À ma demande de boire une gorgée d’eau, les policiers ont refusé en disant : « Nous ne donnons pas d’eau à un terroriste. »

Au cinquième jour, on m’a ramené du tabac à chiquer (chemma) et des cigarettes ! Ils m’ont lancé : « Nous allons voir si tu es un terroriste. Normalement, un terroriste ne fume pas et ne chique pas. »
On m’a donné finalement de l’eau. J’ai bu près de deux litres. Je suis encore resté dans la cellule durant trois jours sans manger. J’ai perdu près de dix kilos. Je tiens à signaler qu’un policier me voyant dans cet état m’a donné de l’eau et du pain en cachette de ses collègues. Il avait pitié de moi. J’ai été à nouveau transféré sur Dar El Beïda puis ramené à Bab Ezzouar. La torture a commencé par l’épreuve du chiffon. On m’a fait boire de l’eau des toilettes après m’avoir attaché à un banc. Le chiffon enfoncé dans ma bouche m’empêchait de respirer. J’étouffais. Cette épreuve a duré près de deux heures. Ils m’ont demandé de reconnaître des faits avec lesquels je n’avais aucune relation. Ils m’ont menacé de mort en cas de refus. Je suis resté séquestré à Bab Ezzouar pendant douze jours avant d’être transféré au commissariat de Rouïba où j’ai été confronté à un certain El Kolli Farid qui habitait le même quartier que moi. Cette malheureuse personne, sous l’effet de la torture, avait prononcé mon nom et avait « reconnu » avoir ramené une arme de Batna. Là aussi, j’ai été affreusement torturé. Là aussi, les tortionnaires voulaient que je « reconnaisse » appartenir aux groupes armés. C’était irréel. L’injustice et l’arbitraire à l’état pur. On m’a suspendu au plafond par les chevilles, la tête en bas. On s’est mis alors à s’exercer à la boxe sur mon corps suspendu. J’ai présenté une perforation du tympan gauche. Non content de cela, un policier a introduit le canon de son revolver dans mon anus. J’ai présenté alors une hémorragie.

Devant ma persistance à nier les faits, les tortionnaires ont redoublé d’atrocités. La sauvagerie se déchaînait, mais sans que je change d’avis. Je ne pouvais admettre des choses que je n’ai pas faites. J’ai été renvoyé sur Bab Ezzouar, où mes tortionnaires étaient décidés à me faire parler sous la menace de l’exécution. La technique du chiffon a repris. Une crise d’asthme s’est déclenchée en pleine séance de torture. Cela n’a nullement inquiété les tortionnaires. Devant la dégradation de mon état de santé, les policiers ont fini par me transférer à l’hôpital d’El-Harrach où on a réalisé une radiographie du thorax. Le médecin a décidé de m’adresser à l’hôpital de Kouba pour une hospitalisation. L’officier de police a préféré l’hôpital militaire, où il connaissait des gens. Arrivé à l’hôpital de Aïn Naadja, j’ai été examiné par un médecin, et à ma grande surprise, il a déclaré que j’étais en parfaite santé et que je ne nécessitais pas d’hospitalisation. Je suis retourné malgré moi à la cellule de Bab Ezzouar et là, les policiers m’ont demandé de répéter textuellement ce qu’avait dit El Kolli au commissariat de Rouïba. Je n’avais plus le choix. Mon état de santé ne me permettait pas de résister à cette cruauté bestiale. Je récitais ce que j’avais entendu à Rouïba. Il était environ 2 h 30 du matin. Les policiers ont alors rédigé le procès-verbal, que j’ai signé sans lire, sous la menace de la reprise des tortures.
Cinq jours plus tard, j’ai été présenté au juge de la cour spéciale, puis incarcéré à la prison d’El-Harrach après vingt-cinq jours de garde à vue.

Chekakri Abdeldjalil, le 28 septembre 1994.
Prison d’El-Harrach, écrou n° 73157.

 



Frères Chérif Hassan et Hakim, 1996 

Le cas des deux frères, Hassan Chérif (17 ans donc mineur) et Hakim (18 ans), arrêtés le 2 août 1996 et maintenus dix-sept jours en garde à vue au commissariat de Bab Ezzouar, soit cinq jours de plus que le délai légal en matière d’atteinte à la sûreté de l’État.
Accusés d’appartenance à un groupe armé, ils ont subi, selon une plainte déposée par leur avocat, divers sévices (électricité, supplice du chiffon, menaces de viol…).
Alors que la loi algérienne stipule la présence du père lors des interrogatoires de mineurs, le père n’a été convoqué que pour signer le procès-verbal avant la présentation de ses enfants à la justice.

Le 15 septembre 1996, leur avocat a déposé une demande d’examen médical auprès du procureur du tribunal d’El-Harrach, restée sans réponse. Le mineur a eu le nez cassé par un coup de crosse de pistolet et son frère une jambe cassée.
Dans une demande d’expertise médicale adressée par un avocat à un juge d’instruction en septembre 1996, celui-ci écrit : « Mon client m’a rapporté lors d’une visite à la prison, le 9 septembre 1996, les circonstances de sa séquestration au commissariat des Eucalyptus ; blessé lors d’une opération de sécurité par une balle perdue, il venait de sortir de l’hôpital où il avait subi une opération chirurgicale. Arrêté quelques jours plus tard, il a été d’abord déshabillé, puis attaché avec du fil de fer au niveau des pieds, des mains et des organes génitaux. Mon client a été torturé a l’électricité, obligé d’ingurgiter de l’eau mélangée a du grésil ; empêché de dormir durant quatre jours, il a subi le supplice du chiffon et vomi du sang. »

 



Demil Djamel, 1998
 

Né le 1er avril 1970, demeurant à Beaulieu, Oued Smar. Alger. Il a été arrêté le 6 janvier 1998 à son domicile à 23 heures par des policiers du 8e arrondissement d’Alger venus en R19 blanche, Renault Trafic à vitres fumées et voitures de polices bariolées. Les voisins étaient témoins. Après une courte disparition, il a été retrouvé à la prison d’El-Harrach, où il a été placé sous mandat de dépôt S : n° 91103 par le juge d’instruction d’El-Harrach. Il a été présenté à ce dernier le 19 janvier 1998 ! Demil a subi des actes de torture atroces au chiffon imbibé d’eau sale ingurgitée de force et à l’électricité, des coups de bâton sur la poitrine, l’écrasement de sa jambe dont il souffre encore. Il a déclaré à son avocat, Me Khelili, avoir été torturé par des agents du PCO d’El-Madania après avoir été complètement dénudé et trempé d’eau, malgré le froid. Les séances de torture commençaient à deux heures du matin et se terminaient au lever du jour et étaient conduites par plusieurs personnes.

 



Djarmouni Abdelkader, 1993
 

Samedi 18 décembre 1993. Il était 6 heures du matin quand une horde de gendarmes envahit mon domicile.

Après une floppée d’insultes et la perquisition, ils m’arrêtèrent et me conduisirent à la brigade de gendarmerie de Saoula où on me jeta dans une cellule où il y avait d’autres frères et ce, jusqu’à 15 heures. Puis je fus transféré au groupement de Chéraga, avec d’autres. Là, nous sommes restés huit jours dans une cellule étroite, sans aération. Nous dormions, à même le sol glacial, sans couverture.

Au neuvième jour, on nous banda les yeux et attacha les poignets pour nous transférer à la brigade de gendarmerie de Baba Hassan (Wilaya de Tipaza).
Là, nous fûmes accueillis par des coups de poings et de pieds et jetés dans une cellule, les poignets ligotés au dos. Cette cellule était étroite, glaciale, sans aération et il se dégageait une odeur nauséabonde, car les prisonniers faisaient leurs besoins sur place, faute de W.C.
Nous sommes restés cinq jours pour l’interrogatoire, trois sans manger ni boire.
On m’emmena à la salle de torture, les poings liés et les yeux bandés, sous une pluie de coups de poings. Ils voulaient « entendre » ce qu’ils avaient préparé comme scénario. Mes réponses étaient orientées selon leurs désirs. Les coups de poings et de pieds pleuvaient de toutes parts, je ne pouvais y parer car mes yeux étaient bandés et mes mains liées.
Au quatrième jour, ils revinrent me chercher à nouveau pour la torture. Je subis d’atroces épreuves, du chiffon à la bastonnade. Je saignais de partout et je me suis évanoui à plusieurs reprises. À chaque réveil, je me trouvais trempé d’eau. Devant cette sauvagerie, je compris qu’il n’était pas question de leur tenir tête, car il s’agissait de voyous, de malades mentaux qui ne réfléchissaient point. Leur seule logique était la force bestiale.

Je « reconnaissais » tout ce qu’ils voulaient et « avouais » tous les faits qu’ils me racontaient et ce, pour échapper au supplice.

Dans la nuit, nous fûmes réveillés dans notre cellule par des cris de gendarmes qui envahirent notre geôle en nous insultant et en nous frappant et ce, pendant près d’une heure en nous menaçant de leurs armes et de ramener nos femmes.
On nous enchaîna les poignets et les pieds.

Au cinquième jour, on nous banda les yeux et on nous transféra au groupement de gendarmerie de Aïn Bénian où on nous affama en nous privant de nourriture. Nous fûmes jetés dans une cellule de 2 m x 2 m alors nous étions 15 personnes enchaînées par paires. Nous sommes restés dans cette cellule et dans cet état d’enchaînement durant 18 jours. Nous dormions à tour de rôle. C’est ainsi qu’à chaque fois, quatre personnes dormaient durant une heure, puis quatre autres et ainsi de suite.

Nous faisions nos besoins naturels sur place, enchaînés à nos compagnons d’infortune.
Nous fûmes présentés au juge le 18 janvier 1994 et les gendarmes nous menacèrent de mort au cas où le juge nous relâchait éventuellement.

Djarmouni Abdelkader
Prison d’El-Harrach. Le 20 mars 1994
É crou n° 70330 salle 4bis.

 


Djemaoune Abdeslam, 1994 

J’ai été arrêté dans la rue le samedi 18 mars 1994 à 13 heures, par des gendarmes qui m’ont emmené à leur groupement de Aïn Naâdja (Birkhadem, Alger). Mes parents sont restés sans nouvelles de moi. Ils m’ont enlevé mon argent de poche et mes pièces d’identité. J’ai été jeté dans une salle sombre mal éclairée ou m’attendaient de nombreux gendarmes excités. Ils gesticulaient comme des malades mentaux. Ils semblaient être dans un état second. Un frisson glacial a parcouru mon dos. Je n’arrivais pas à me concentrer. Je sentais mes jambes me trahir. C’était indescriptible. Une ambiance surréaliste de terreur. Je ne savais plus si c’était un cauchemar ou la réalité. La première image du film La Bataille d’Alger m’est venue immédiatement à l’esprit, celle du malheureux Ghandriche en pleine séance de torture avec les paras. Un gendarme m’a bandé les yeux. J’ai senti des objets me pincer les doigts et le sexe. Soudain, une décharge électrique m’a soulevé en l’air malgré mes attaches au banc. Plusieurs autres décharges ont suivi. Je recevais en même temps une pluie de coups de pied et de poing. Je ne pouvais savoir d’où venaient les coups, car j’avais les yeux bandés, les mains et pieds liés. Ce supplice a duré plus d’une heure et a été répété pendant plusieurs jours. Au bout d’une semaine, ce calvaire a cessé. Ensuite, on m’a oublié. On m’a laissé ainsi pendant cinq mois, enfermé dans une cellule. Pendant trois mois, j’ai été attaché avec des menottes. Mes poignets présentaient des plaies infectées du fait de la strangulation par les menottes.

C’était affreux. Les conditions étaient bestiales, l’hygiène absente. Je faisais mes besoins dans ma cellule, mes geôliers ne répondaient jamais à mes appels. On me jetait de temps à autre un morceau de pain rassis et un peu d’eau dans une boîte de conserve métallique rouillée. À chaque fois que je demandais une ration supplémentaire de pain je recevais des injures et des coups de pied.

J’ai été présenté au juge le 14 août 1994 dans un état physique déplorable. La comparution a été expéditive. Il ne m’a pas laissé le temps de lui demander des explications sur ma séquestration arbitraire durant cinq mois au groupement de gendarmerie de Aïn Naâdja. Il a décidé de me mettre sous mandat de dépôt à la prison d’El-Harrach.

Je suis prêt à témoigner devant les organisations internationales sur les sévices que j’ai subis sans savoir pourquoi.

Djemaoune Abdeslam, 27 ans, restaurateur.
Prison d’El-Harrach, le 20 septembre 1994.

 



Djouaidia Mabrouk, 1997
 

Né le 18 novembre 1968, demeurant à Souk-Ahras.
Il a été arrêté le 8 mars 1997 par la brigade de gendarmerie de Ouallel près de Souk-Ahras et soumis à la torture : chiffon trempé dans l’eau sale, gégène, coups de bâton occasionnant fracture de la mâchoire, coups à la tête. Il a signé un PV sous la contrainte et sans lecture dont le contenu est faux. Le supplice a duré huit jours.
Il a ensuite été transporté à Blida (au centre du DRS) ainsi que ses compagnons d’infortune, à bord d’un avion spécial. Il y sera emprisonné pendant soixante jours sans subir de mauvais traitement, puis ramené à Souk-Ahras où il fut remis en liberté, il a pu reprendre son travail. Cinq mois après, un mandat d’arrêt est lancé contre lui et ses copains et entraîna une seconde arrestation et sa présentation au parquet d’El-Harrach. Il sera de nouveau incarcéré mais à la prison d’El-Harrach. Déféré devant la section correctionnelle du tribunal d’El-Harrach, il a été condamné a dix-huit mois fermes de prison. Sur appel interjeté par son avocat, la cour d’Alger rendit en sa faveur un jugement de relaxe en date du 28 mars 1998, l’ayant reconnu innocent.
Cinq de ses compagnons d’infortune n’ont donné aucun signe de vie après leur déplacement forcé sur Blida :
Azzouzi Ahmed,
Azzouzi Abdelkader,
Mahmoudi Toufik,
Mahmoudi Youcef,
Abdellali Djillali.
Ces cinq prévenus sont portés dans la procédure en cours de procès comme étant en « fuite ».

 


Driki Kamel, 2003 Agé de 22 ans, demeurant à Chatt (wilaya d’El Tarf), arrêté par des gendarmes lors des manifestations de protestation survenues dans cette localité le 14 janvier 2003. Torturé dans les locaux de la gendarmerie. Témoignage : 

J’ai été arrêté le 14 janvier 2003 par des gendarmes qui m’emmenèrent à leur brigade. J’ai été l’objet de toutes sortes d’insultes que je n’ai jamais entendu de ma vie de leur part. On m’a donné plusieurs coups de poings au visage.
L’un des gendarmes me jeta dans une cellule durant deux heures environ. Puis vint un autre gendarme qui m’emmena dans une salle comportant une table et une chaise métalliques. Il me demanda alors de me déshabiller. J’ai refusé. Il me frappa violemment en me disant que si je n’exécutais pas ses ordres, il me déshabillerait lui même. Devant cet état de fait, je fus contraint de m’incliner et d’ôter mes vêtements. Deux gendarmes s’approchèrent de moi, me mirent des menottes aux poignets et aux chevilles et m’allongèrent sur la table métallique. Ils m’obligèrent à boire des urines que contenait un récipient métallique et ce, pendant près de dix minutes. Je me suis alors évanoui. Lorsque j’ai repris connaissance, je me suis retrouvé la tête dans le récipient contenant des urines et autre chose. À chaque fois mes tortionnaires me disaient : « Personne ne peut se révolter contre nous, même Dieu ! »
Cette épreuve dura deux jours. Puis les gendarmes me libérèrent en m’avertissant que la prochaine fois ils me tueraient.
Mars 2003

 

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rapport de s-e SIDHOUM SUR LA TORTURE EN ALGERIE 2

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Algérie : La machine de mort

Rapport établi par Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-Watch, octobre 2003

Annexe 3: Témoignages


 

 

B* Fatma, 1998

Le 29 juin 1998 à 11 h 30, une vingtaine de militaires et de civils armés ont débarqué à notre domicile après en avoir défoncé le portail. Ils ont procédé à une perquisition puis sont repartis.
Le soir, nous avons été informés par des voisins que notre père avait été arrêté dans la matinée près du marché.

Le 30 juin 1998 à 16 h 30, ces mêmes militaires et civils armés sont revenus au domicile où ils ont demandé après ma mère et ma soeur qui étaient absentes du domicile à ce moment. J’étais seule à la maison. Quelques instants plus tard, ma mère et ma sœur sont rentrées. Les militaires nous ont alors toutes embarquées dans un fourgon blanc, après nous avoir bandé les yeux avec nos voiles.

Nous avons été toutes trois conduites au centre de Châteauneuf et introduites dans des cellules individuelles après nous avoir déshabillées et laissées seulement avec nos sous-vêtements. Il était 18 heures environ.
Cinq minutes plus tard, l’un des tortionnaires vint sortir notre mère âgée de 60 ans (B. Fatma) de sa cellule et l’emmena dans une grande salle où il y avait une dizaine de personnes. Ces derniers se mirent à la tabasser, la gifler et à la fouetter avec un câble électrique durant quelques minutes.

Puis les tortionnaires se dirigeront vers ma cellule (Nacera). Ils me banderont les yeux et me traîneront vers la grande salle. J’ai été rouée de coups de poings et de gifles durant près d’un quart d’heure. Puis le chef leur ordonna de me ramener à ma cellule.
Les tortionnaires se dirigeront alors vers la cellule de ma sœur, Soumia. Elle subira le même tabassage que moi, des gifles et des grossièretés en tous genres.

Vers 19 heures, les tortionnaires revinrent une seconde fois vers ma cellule et me conduirent vers la « salle d’exploitation des renseignements ». Des insultes plurent sur moi. Ils m’ôtèrent mes sous-vêtements et commencèrent à pratiquer sur moi des attouchements sexuels. D’autres m’envoyèrent des coups de poings et de pieds au visage. Tout cela dura 45 minutes environ puis ils me ramenèrent dans ma cellule.

Quelque temps après, ils reviendront pour m’emmener pour la troisième fois en une journée dans la salle de torture. Il était 20 heures environ. Ils pratiquèrent les mêmes attouchements que la fois précédente, accompagnés de tabassages.
Vers 23 heures, j’ai vu mon père, traîné par l’un des tortionnaires dans le couloir. Il avait les jambes ensanglantées jusqu’aux chevilles et sa barbe totalement brûlée. J’ai failli m’évanouir. J’avais des vertiges. Je ne savais plus s’il s’agissait de la réalité ou d’un cauchemar.
Le 1er juin 1998, aux environs de 16 heures, les tortionnaires ont fait sortir Soumia de sa cellule pour l’emmener vers la salle de torture. Ils l’ont allongée sur une plate-forme en béton et lui ont ligoté les poignets et les chevilles pour qu’elle ne puisse pas bouger. Ils ont alors commencé à lui faire ingurgiter de l’eau sale avec la technique du chiffon, puis sont passés à l’électricité. Durant la même séance, elle sera violée avec une matraque, provoquant une hémorragie. Elle hurlait de douleur. Ma sœur garde à ce jour, les traces de tortures au niveau de ses jambes.
Tous ces supplices ont duré huit jours. Durant toute cette période, nous entendions notre père hurler sous la torture. Il mourra sous la torture le 13 juillet 1998 et sera enterré sous « X Algérien » au cimetière d’El Alia (carré 244, tombe 101).

Nous avons été libérées après huit jours de détention. Quelques jours plus tard, nous avons rencontré deux de nos tortionnaires en train de vendre des sardines dans notre quartier à Bachdjarah.

B* Fatma, mai 2003.

 


 

B*. Fatma-Zohra, 1995

Je suis une citoyenne algérienne demeurant à Alger.
Le 5 septembre 1995, des hommes armés en combinaisons noires ont fait irruption à notre domicile à 4 heures du matin après avoir défoncé la porte d’entrée. Ils étaient plus de dix, armés jusqu’aux dents. Ceux qui ont pénétré dans la maison agissaient à visage découvert. Ceux qui sont restés à l’extérieur étaient cagoulés. Nous nous sommes réveillés en sursaut devant le fracas provoqué par leur entrée brutale. Ils sont restés jusqu’à l’aube, aux environs de 6 heures. Ils ont frappé puis jeté à terre mon mari, (professeur de langue arabe au lycée) qu’ils ont attaché, poignets au dos et les yeux bandés avec une serviette. Trois hommes le gardaient, pointant leurs kalachnikovs sur son dos et sur sa tête, tandis que les autres fouillaient l’appartement. Ils ont tout jeté à terre. Ni les livres ni la vaisselle n’ont échappé à leur furie. Ma fille âgée de 12 ans, en voyant son père frappé et jeté à terre s’est mise à hurler : « Lâchez mon père, lâchez mon père ! ». Trois policiers se sont mis à la frapper. L’un la tira par les cheveux et un autre la frappa d’un coup de crosse à l’épaule.

Les policiers se mirent à casser la vaisselle et à vider les bidons d’eau que j’avais remplis du fait des coupures d’eau. Ils étaient excités à un point inimaginable. Ils se mirent à proférer des obscénités sans respect à la femme que j’étais et aux enfants. En fouillant, ils trouvèrent et prirent une somme de 4 000 DA, somme qu’avait remise ma voisine à mon mari pour la réfection de son plafond.

Mon mari fut alors trainé jusqu’à l’extérieur, poings liés au dos et les yeux bandés avec une serviette, sous les coups de crosse et de pieds des policiers. Il fut jeté alors dans la malle de l’un de leurs véhicules. Ils continuèrent en sortant à nous insulter avec des termes grossiers et à nous cracher dessus. Les enfants pleuraient. Ils étaient terrorisés par cette sauvagerie qui s’était abattue sur nous. À leur sortie, l’appartement ressemblait à un champ de bataille. Tout était à terre, livres, vaisselle cassée, vêtements éparpillés, eau coulant des bassines et des bidons.
Deux jours plus tard, j’ai pris trois de mes enfants dont le petit garçon de 4 ans, l’autre de 9 ans et la fillette de 12 ans et je me suis dirigée vers le centre de Châteauneuf. À notre arrivée, j’ai reconnu quelques policiers qui avaient envahi deux jours plus tôt notre domicile. J’ai demandé à l’un d’eux de m’autoriser à voir mon mari. Dans un premier temps, il nia que mon mari soit détenu dans leur centre. Je lui dis par la suite qu’il faisait partie de la horde qui avait fait irruption chez moi. Hésitant et confus, il m’ordonna de rentrer et de le suivre avec mes trois enfants. Il m’enferma dans une pièce où il y avait un lit et sortit. Au bout d’un instant, il revint et m’attacha le poignet au sommier avec ses menottes et prit mes enfants.

Au bout de quelques instants entrèrent cinq policiers dans la salle. Ils se mirent à me lancer des obscénités ahurrissantes que je ne peux rapporter ici. Ils me demandèrent si je regardais les films X de Canal +. J’ai subi leurs grossieretés durant près de deux heures.
En début de soirée, j’ai entendu des cris d’un homme qu’on torturait. J’ai reconnu la voix de mon mari. Un policier vint me chercher pour assister aux séances de torture de mon mari.
Je suis restée vingt jours au centre de torture. Il y avait de nombreuses femmes détenues avec moi.

Une fois, un tortionnaire est rentré tout nu dans notre cellule. Une autre fois, ils nous ont ramené une bouteille de vin, nous forçant à boire.
On nous a fait boire une eau douteuse. Nous avons toutes été prises de vertiges. Ils ont essayé de nous toucher dans notre honneur, de nous violer.

Mon mari a été atrocement torturé. Il a subi plusieurs séances d’électricité puis de fallaqa à la plante des pieds. Ils l’ont tabassé avec un manche à balai qu’ils ont cassé sur son pied. Ils lui ont brûlé le corps avec des mégots de cigarettes et tous ces supplices devant moi.
Ils m’ont ramené une eau suspecte qu’ils m’ont fait boire ainsi qu’à mes enfants. J’avais des vertiges et je commençais à développer des hallucinations. Je voyais mon mari coupé en tranches. Puis je commençais à entendre la voix de mon mari qui me disait d’être patiente et qu’il était au Paradis. Je ne savais plus où j’étais. J’avais la chair de poule en entendant ces voix. Je continuais à entendre des voix. Cette fois-ci c’était celle de ma fille de 12 ans qui criait : « Vous m’avez brûlée ». Je vis alors dans mes hallucinations, un tortionnaire brûler ma fille au chalumeau puis la violer. La voix de mon mari disait : « C’est une enfant, c’est une enfant, évitez-lui ces supplices ! ».

Puis je vis mon fils coupé avec une hache en tranches. J’entendais alors la voix de mon mari dire à mon fils : « Patience, patience, mon fils, tu me rejoindras au paradis ».
Je me suis alors mise à pousser des youyous. Les tortionnaires vinrent en courant et me versèrent de l’eau sur le corps. Je me réveillais en sursaut. C’étaient des hallucinations. On m’avait droguée.

Au bout de vingt jours je fus libérée avec mes trois enfants qui étaient totalement détraqués par ce qu’ils ont vécu et vu au centre de torture. Ils étaient hébétés. Mon mari fut incarcéré à la prison de Serkadji.
Une année après cet épisode, les mêmes hommes armés firent à nouveau irruption chez moi, à 2 heures du matin. J’étais avec mes enfants. Leur père était en prison. Ils nous terrorisèrent pendant près d’une heure et leur chef me dit de me présenter le lendemain au centre de Châteauneuf.

Dès le matin je me suis rendue à ce sinistre centre où j’avais passé auparavant des journées effroyables. On m’interrogea sur ma vie quotidienne et sur l’origine de nos moyens de subsistance. On m’intimida, me promettant de « nouvelles visites nocturnes ».
Que pouvais-je faire devant cette hogra ? Me remettre à Dieu et à Lui Seul.

B*. Fatma-Zohra, septembre 1999.
Alger.

 



Bada Yahia, 1994
 

Les gendarmes se sont présentés à mon domicile le samedi 18 décembre 1993 et m’ont immédiatement arrêté sans motif ni explications. Ils m’ont amené à la brigade de gendarmerie de Baba Hassan et m’ont jeté dans une cellule en me disant : « tu appartiens à un groupe terroriste ! ». En m’introduisant dans la cellule ils m’enchaînèrent et me bandèrent les yeux tout en m’insultant en me frappant sauvagement.
Au quatrième jour, on me sortit de la cellule. Je fus pris, d’une crise d’asthme, en raison de l’absence d’aération et des odeurs nauséabondes dues à nos excréments car il n’y avait pas de toilettes. On me fixa, malgré ma crise, sur la table de torture et on commença à me frapper à coups de poings puis avec un câble. Un gendarme prit une pince et tenta de m’arracher l’extrémité d’un doigt, un autre m’écrasa mes mollets avec ses grosses chaussures « rangers ». On me cracha sur la figure et dans ma bouche, en la maintenant ouverte.
Puis on me détacha et on m’enleva mon pantalon. On tenta vainement de me faire asseoir sur une bouteille de limonade en essayant de m’introduire le goulot dans l’anus. Après tous ces supplices, on m’expliqua que si je ne parlais pas du « groupe terroriste », ils m’introduiraient la grande bouteille. Je disais n’importe quoi pour que cesse la torture. On m’a dit que le chef s’appelait Hamoui, j’ai dit oui, alors que je n’ai jamais entendu ce nom. J’ai tenté de leur expliquer, dans les rares moments d’accalmie, que je n’appartiens à aucun parti politique, ma seule activité se réduisant à mon travail au garage pour subvenir aux besoins de ma petite famille.
Devant ces « aveux », ils m’emmenèrent dans un bureau et un gendarme se mit à taper à la machine, mon « récit » tel qu’ils voulaient.
« Tu es mécanicien, donc tu as démonté des voitures ? », me questionnaient-ils ! De peur de retourner à la salle de torture, je disais systématiquement oui.
Ils m’apportèrent à manger et ce pour la première fois depuis quatre jours puis ils m’emmenèrent à nouveau dans ma cellule et m’attachèrent à une table avec des menottes et ce, pendant sept jours.
Ils me transférèrent alors à Saoula puis à Aïn-Benian, me privant de nourriture. Ils me ramenèrent à nouveau à la brigade de Baba Hassan où je subis à nouveau la torture. Ils m’abandonnèrent cinq jours sans nourriture, attaché à une chaise dans la cellule. Au sixème jour, ils me sortirent dans la cour de la brigade et m’attachèrent à un piquet métallique durant toute la journée, grelottant de froid et sous une pluie battante.
Quant aux quatre derniers jours de mon séjour, ils m’enfermèrent dans une cellule relativement propre, en me détachant de mes menottes. Ils me demandèrent alors de leur réparer leur véhicule en panne (!?).
Après cette réparation et en récompense, je reçus à manger et à boire.
J’avais perdu toute notion de temps jusqu’au jour où je comparus au tribunal.
Durant tout le trajet, le brigadier en chef me menaça d’une mort certaine si le juge me lâchait éventuellement.

Bada Yahia, juin 1994.
Prison d’El-Harrach, écrou n° 70317.

 



Barar Kamel, 1997
 

Enlevé de son domicile à Alger par des policiers cagoulés au petit matin du 16 septembre 1997 à 6 h 30 alors qu’il dormait encore.

Un nombre impressionnant de policiers cagoulés fit irruption dans son domicile ce jour-là sans rencontrer la moindre résistance. À part Kamel, il n’y avait que trois femmes dont une était enceinte de sept mois, toutes terrorisées et traumatisées par l’incursion musclée des policiers et la perquisition bruyante qui s’en est suivie.
Arraché de son lit, Kamel fut jeté à l’arrière d’une R19, la tête enveloppée dans sa propre chemise et coincée entre deux « gorilles », tête plaquée face au plancher du véhicule pour l’empêcher de repérer l’endroit où il allait être emmené. Aucun policier ne souffla mot des raisons de cette arrestation arbitraire qui a toutes les apparences d’un kidnapping.

Le cortège de véhicules anti-terroristes « Nissan » bondés de policiers cagoulés s’ébranla direction sûreté de Daïra de Hussein-Dey où il y eut transbordement d’otage (Kamel) dans la malle arrière d’une autre R19 (tourisme) dans laquelle il sera « promené » 3 heures durant pour le déroutage avant d’être finalement conduit au commissariat des Anassers (les sources), cagoulé et les mains attachées derrière le dos avec position accroupie sur le côté en raison de l’exiguïté de la malle. Il risquait à l’évidence d’être intoxiqué par les gaz d’échappement du véhicule.

Dans ce dernier commissariat il fut sauvagement torturé au chiffon et l’eau mélangée au grésil, après avoir été « saucissonné » sur un banc en bois. Il a déclaré aussi avoir été frappé sur toutes les parties du corps pendant environ une heure et demie avant d’être jeté dans une cellule d’un mètre sur deux., dotée d’un trou sanitaire et une porte blindée.

Durant 3 jours et deux nuits il ne subit pas de violence et ne fut présenté au parquet que le jeudi matin sans la moindre visite médicale, même demandée au procureur de la république qui l’invita à se présenter à lui le samedi matin.
Le registre d’écrou du commissariat aurait été falsifié en portant la mention selon laquelle Kamel avait été conduit dans ce service seulement à 17 heures, alors que son supplice avait commencé à 6 h 45. Ce jour-là.

Présenté devant la section correctionnelle du tribunal de Hussein Dey, il bénéficia d’un jugement de relaxe.
Il était pourtant sans antécédents judiciaires et de bonne famille : son père est un ancien Moudjahid, son frère, inspecteur de police, blessé en service commandé en période sécuritaire (75 jours dans le plâtre), 14 ans de service.
Les sévices subis par Kamel et constatés par un médecin expert :
- plaie à la région lombaire
- plaies multiples du cuir chevelu
- contusions thoraco-abdominales
- traumatismes divers
Le tout donnant lieu à une incapacité temporaire totale de treize jours.

 


Bekkis Amar, 1993 

Je m’appelle Bekkis Amar, né le 16 janvier 1978 à Bab-el-Oued. J’ai été arrêté le 2 octobre 1993.
Ce jour-là, à 2 heures du matin alors que je dormais, notre maison fut envahie par des policiers qui ramenèrent avec eux une personne cagoulée. C’est l’une de leurs mises en scène habituelles. Le prétexte de l’envahissement de notre domicile serait la prétendue présence d’un « terroriste », et ce terroriste n’est autre que moi selon ces envahisseurs. Ils m’arrêtèrent devant mes parents, me jetèrent dans l’un de leurs véhicules et me conduisirent au commissariat de Bab-el-Oued. Arrivés sur les lieux, ils prirent mon nom, ma date de naissance et se mirent à me poser des questions : « Est-ce que Abdelkader qui a été tué est ton frère ? » Je répondis oui. « Connais-tu les copains de ton frère ? » me demandèrent les policiers. Non, répondis-je. « Tu mens » s’écria l’un d’eux qui se mit à me gifler et à me donner des coups de poing. Les autres à leur tour se mirent à m’insulter et à me cracher sur la figure tout en me donnant des coups de pied. J’essayais de cacher ma tête pour éviter les coups. Ils voulaient par tous les moyens avoir les noms des amis de mon frère Abdelkader. Le chef ordonna aux policiers de me jeter en cellule et de me priver de nourriture et d’eau dorénavant.

Le lendemain vint un officier de police qui me conduisit à son bureau. « C’est toi Omar » me dit-il. Oui, répondis-je. « Connais-tu les amis de ton frère » me demanda-t-il avec insistance. Non lui dis-je. « Veux-tu retourner chez toi, Omar ? ». Oui ! « Alors dis-moi qui sont les amis de ton frère. Si tu refuses, je te tuerai et te jetterai devant la porte de tes parents. » J’insistais en jurant que je ne connaissais aucun d’eux. Il appela des policiers et leur dit de m’emmener dans un lieu désert et de m’exécuter. Je me mis à pleurer et à le supplier tout en m’accrochant à la table sans que je puisse leur inspirer pitié, leur cœur était de pierre. Ils me mirent une cagoule et me jetèrent dans une voiture banalisée de type Peugeot 505 et me conduisirent au commissariat du 1er arrondissement. En cours de route je pensais qu’ils allaient m’exécuter.

Je me retrouvais dans une sorte de garage. On m’enleva la cagoule et l’un d’eux me dit : « Regarde. » J’ai failli m’évanouir devant le spectacle qui s’offrait à mes yeux. Des hommes nus étaient accrochés au plafond par les pieds. Un autre attaché à un banc sursautait à chaque fois qu’on lui mettait un fil électrique sur son sexe. Les murs étaient tachés de sang. Ma tête tournait, mes lèvres tremblaient, mon coeur battait très vite, voulant sortir de ma poitrine. Est-ce un film d’horreur ou la réalité ? Je me suis mis à crier : « Je n’ai rien fait, je suis innocent. » L’officier-tyran me répondit que c’est le sort réservé à ceux qui ne leur obéissaient pas.

Des tortionnaires cagoulés se jetèrent sur moi, me déshabillèrent et me ligotèrent les pieds et les poings. On accrocha mes pieds vers le haut, la tête en bas. On m’appliqua un chiffon mouillé sur le visage et on me boucha les narines. L’un d’eux se mit à me verser de l’eau puante dans la bouche. Je n’arrivais plus à respirer, je suffoquais. L’eau était mélangée à de l’huile usée de vidange. Je n’arrivais plus ni à crier ni à pleurer. Mon seul souci était la mort rapide pour échapper au calvaire. Au bout de quelque temps on arrêta de me verser cette eau sale et l’officier-tyran me demanda les noms des amis de mon frère. Je répondis que je ne les connaissais pas. Il ordonna en vociférant de reprendre la torture. J’étais terrorisé d’être suffoqué encore une fois. Je n’en pouvais plus. « Arrêtez ! je vais vous conduire chez eux », leur dis-je pour échapper à cet enfer. L’officier ordonna l’arrêt des sévices et demanda à ses hommes de me reconduire au commissariat de Bab-el-Oued. On m’enferma dans une cellule. Il était environ 12 heures. J’avais une faim de loup. J’ai demandé au gardien de me ramener un morceau de pain et de l’eau. Il me répondit que c’était interdit. Ma faim devenait de plus en plus douloureuse. Je n’avais pas mangé depuis 26 heures. Au milieu de la nuit je perdais connaissance. Je me suis ensuite retrouvé à l’hôpital de Bab-el-Oued. Le médecin dit aux policiers qu’il fallait que je mange. Il examina ma plaie au niveau de la gorge due à la torture quand on m’ingurgitait de force de l’eau et de l’huile de vidange. Il me prescrivit une ordonnance. On revint au commissariat et je fus à nouveau enfermé dans ma cellule. Le policier déchira l’ordonnance et un autre me ramena un bout de pain et de l’eau.

Au troisième jour, en milieu d’après-midi, revint l’officier de police qui me sortit de cellule pour m’emmener à son bureau. Il me dit : « Tu sais maintenant ce qui arrive à ceux qui mentent ? Tu as intérêt à me dire maintenant qui sont les amis de ton frère Abdelkader et où ils habitent. Je te promets de te libérer si on les arrête. » Angoissé d’être à nouveau torturé je commençais à débiter des noms de personnes innocentes, pourvu que je ne retourne pas au sinistre garage. C’est ainsi que cette nuit-là à 2 heures, les policiers allèrent les arrêter. Ils étaient au nombre de cinq. L’officier de police me confronta à eux et me dit « qu’ont-ils fait ? » Je lui disais tout ce qui me passait par la tête, hanté par le cauchemar de la torture. Ils étaient innocents, les malheureux. Que Dieu me pardonne. À l’aube, on m’enferma dans ma cellule avec les cinq jeunes du quartier.

Au sixième jour, on vint me chercher de ma cellule pour m’emmener au bureau de l’officier de police. Celui-ci, souriant et bien cadré dans son fauteuil me dit : « Je t’ai promis de te libérer en cas d’arrestation des amis de ton frère et je tiens ma parole, mais avant de te libérer je te demanderai de faire ce que je t’ordonnerai, sans aucune discussion sinon tu sais ce qui t’attend. » En pensant au cauchemar que j’ai vécu dans ce garage, je répondis sans hésiter : « Oui, je ferais ce que vous voulez. »

L’officier continua : « Tu dois d’abord témoigner que ces cinq personnes ont fait telle et telle chose et que tu étais avec leur bande. » Je n’avais pas le choix.
Au treizième jour, on me présenta des feuilles dactylographiées et on me demanda de les signer. J’étais heureux de pouvoir retrouver la liberté. Le lendemain on nous descendit avec mes cinq voisins que j’avais dénoncés, au commissariat central où on passa une nuit. Puis à nouveau, on nous embarqua dans une Peugeot 505 vers le tribunal d’Alger. On me prit à part et on me dit : « Gare à toi si tu reviens devant le juge sur ce dont on s’est entendu, sinon c’est la torture qui t’attend. » J’avais hâte de passer devant le juge, de reconnaître n’importe quoi pour pouvoir être libre et retrouver mes parents l’après-midi. « Tu es un enfant, tu vas être libéré et les autres vont aller en prison », me dirent-ils.

Devant le juge, j’ai dit tout ce que l’officier de police m’avait ordonné d’avouer.
À la fin de l’instruction, le juge, sévère dans son regard, me fixa dans les yeux et me dit : « Tu vas rentrer en prison. » Je sentis un frisson glacial et je n’arrivais plus à parler. La prison à mon âge ? Qu’ai-je fait ? Mon frère a été tué par des policiers et maintenant moi je termine en prison ? Pourquoi tant d’injustice, mon Dieu ?

Les chefs d’inculpation retenus contre moi sont au nombre de sept :
- Cache de terroristes chez mes parents.
- Soins des blessés par balles dans les hôpitaux.
- Cache d’armes.
- Agent de liaison.
- Passages fréquents dans les maquis.
- Transport d’armes à travers les barrages de police.
- Falsification de carte d’identité.

Bekkis Omar, décembre 1993.
Prison d’El-Harrach.

 


Belhadi Ali, 1994 

Ceci est mon rapport. Celui d’un citoyen damné et torturé qui ne pèse plus que 45 kg à force de boire toutes les variétés d’alcool et de produits hygiéniques (Javel, Crésyl, Sanibon). Ceci a amené mes tortionnaires à m’évacuer sur l’hôpital de Bouira pour y être opéré, après des tortures atroces le 18 juillet 1994. Je suis actuellement à l’infirmerie de la prison d’El-Harrach.

Je m’appelle Belhadi Ali, né le 8 juin 1960 à Bouira, demeurant au village agricole Thameur, situé entre Bouira et El Asnam.

J’ai été kidnappé de mon domicile le 12 janvier 1994, après que les forces de sécurité ont menacé de violer mon épouse. J’ai été séquestré au centre de torture de Lakhdaria qui appartenait jadis à la coopérative agricole COOPAWI. Je connais très bien ce centre du temps où il appartenait à l’agriculture, car je suis fellah. Avec les événements actuels, ils l’ont transformé en centre de tortures. Je suis resté dans ce centre jusqu’au 20 février 1994, puis j’ai été incarcéré à la prison de Bouira.

J’ai été accusé d’avoir assassiné un citoyen belge, Bernard Robert, et son épouse algérienne, Yakhlef Fadhela, qui habitent dans mon village.

Parmi les dix citoyens arrêtés dans cette affaire et assassinés après d’horribles tortures dans ce centre, je me rappelle trois noms : Tali Yahia, Kerbouche Arezki et Amrani Ahmed. Quant au quatrième, c’est le directeur-adjoint de la caisse d’épargne de Bouira, qui habite à Lakhdaria. Les six autres victimes de ces horreurs sont originaires de Aïn Bessem et j’ignore leurs noms.

Même actuellement, à la prison d’El-Harrach où j’ai été transféré, je fais souvent des cauchemars en rapport avec les séances de tortures subies dans ce sinistre centre de la COOPAWI. Je présente des lésions cutanées au visage, du fait de la large bande de scotch qu’on me collait sur le visage et les cheveux et qu’on arrachait brutalement.

Belhadi Ali, 6 octobre 1994.
Prison d’El-Harrach.

 



Belhamri Messaoud, 1994
 

Des violations aux droits de l’homme ont été commises contre ma personne depuis mon kidnapping et à l’interrogatoire de police et ce durant trente jours de garde à vue.
J’ai été kidnappé le 18 juin 1994 alors que j’étais près de mon domicile à El-Harrach, Alger. Plusieurs véhicules surgirent d’où sortirent les hommes armés, en civil. Ils se jetèrent sur moi et me poussèrent brutalement dans l’un des véhicules sans que je sache ce qu’ils voulaient, ni leur identité. J’ai été emmené au centre de police de Châteauneuf où j’ai passé deux jours puis j’ai été transféré au commissariat central d’Alger où j’ai passé vingt-huit jours.

La torture a été morale et physique.
J’ai été insulté ainsi que les membres de ma famille par les policiers. C’étaient des obscénités indignes. Ils m’ont menacé à plusieurs reprises de faire venir mon épouse et ma fille pour les violer devant moi. J’ai été menacé de mort. Ils m’ont jeté dans une cellule froide et sombre sans aération. J’avais perdu la notion de temps. J’avais les yeux bandés en permanence par un plastique qui serrait fortement ma tête.

Quant à la torture physique, dès le premier jour après mon kidnapping ils m’ont descendu dans une cellule du sous-sol où ils pratiquaient la torture (à Châteauneuf). J’ai reçu des coups de pieds et de poings de toutes parts sur tout mon corps, de la tête aux pieds. Puis ils me bastonnèrent avec un bâton et un tuyau en caoutchouc. Un câble électrique a même été utilisé.
Puis j’ai été suspendu par mes pieds au plafond, ma tête en bas. Je suis resté dans cette position durant toute la journée.

Au deuxième jour ils m’ont appliqué l’épreuve du chiffon avec de l’eau sale. J’ai été transféré au commissariat central d’Alger où j’ai passé vingt-huit jours. J’ai été torturé durant toute cette période, sans arrêt.

Je souhaitais mourir pour échapper aux affres de ces supplices.
Ils ont utilisé là aussi l’épreuve du chiffon, les bastonnades avec un bâton et un tuyau caoutchouc. Les tortionnaires m’attachaient ensuite mes poignets à mes chevilles et je restais ainsi recroquevillé durant toute la nuit, les yeux bandés.
J’ai été accusé gratuitement de faits avec lesquels je n’avais rien à voir. Ils m’ont fait avouer sous la torture, des choses que les policiers voulaient que je dise. J’ai signé le procès-verbal sous la menace de reprendre les supplices, les yeux bandés.
J’ai été présenté le 17 juillet 1994 devant le juge d’instruction de la Cour spéciale, qui m’a incarcéré, sans autre explication, à la prison d’El-Harrach.

Belhamri Messaoud, août 1994.
Prison d’El-Harrach.

 



Belkadi Salem en compagnie de Berbère Mohamed,• Dahri Abdelaziz,• Mansouri Smaïl, • Tibaoui Saïd
 

- Arrêtés par la brigade de gendarmerie de Aïn-Taya.
- Acheminés vers la brigade d’intervention rapide de Réghaïa.
- Conduits vers le centre de torture de Boudouaou, situé au sous-sol, où des personnes étaient pendues par les pieds ou par la poitrine et criaient d’horreur.
- Les gendarmes nous ont complètement déshabillés, attachés pieds et mains et ont fait approcher de nos corps la flamme d’un chalumeau.
- L’un d’eux nous a injecté, avec une seringue, un produit au pénis.
- Il fallait que nous disions des mensonges, car nous n’avions aucune réponse à leurs questions.
- Les sévices étaient atroces, beaucoup d’entre nous ont perdu l’usage d’un membre ou d’un organe.
- Mansouri Smail a perdu la raison, le médecin lui a prescrit des drogues.
- Belkadi Salem a été gravement brûlé aux jambes et aux pieds, on devait le transporter pour qu’il puisse faire ses besoins.
- Après Boudouaou, nous avons été transportés à la brigade de gendarmerie de Ouled Moussa où nous entendions des cris effroyables.
- Belkadi Salem a été torturé à la baïonnette au tibia.
- Lorsque notre tour arriva, on nous attacha les pieds et les mains.
- Nous avons été fouettés avec des fils électriques.
- On nous a fait boire de l’eau chaude.
- On nous a fait introduire des chiffons imbibés d’eau usée, de « grésil » et d’« esprit de sel » dans la bouche.
- Nous avons perdu connaissance à plusieurs reprises.
- Dès notre admission à la prison d’El-Harrach, trois d’entre nous furent gardés à l’infirmerie où les médicaments sont inexistants.
- La torture au niveau de ces centres à duré dix-sept jours sans aucun motif.
• Belkadi Salem, écrou n° 64238 prison d’El-Harrach, marié, 9 enfants.
• Berbère Mohamed, écrou n° 64237 prison d’El-Harrach, célibataire.
• Dahri Abdelaziz, écrou n° 64234 prison d’El-Harrach, célibataire.
• Mansouri Smaïl, écrou n° 64236 prison d’El-Harrach, marié, 6 enfants.
• Tibaoui Saïd, écrou n° 64235 prison d’El-Harrach, marié, 3 enfants.

 



Belkheir Mohamed, 2003
 

Né le 6 mars 1964 à Thénia (Boumerdés), demeurant à Lakhdaria, marié et père de deux enfants. Restaurateur.

J’ai été arrêté dans la nuit du 16 au 17 mars 2003 vers 0 h 30 par des hommes armés déclarant n’être ni policiers ni gendarmes mais les « Dieux de l’Algérie », selon leur propre langage. Au cours de mon arrestation, ces personnes ont réveillé mes enfants de quatre et onze ans par leurs cris, leurs propos injurieux et menaçants. J’ai été ensuite menotté dans le dos devant mes enfants et ma femme et poussé vers la sortie. Ma femme qui leur demandait des explications sur cette arrestation arbitraire a été bousculée et frappée sans ménagements.

J’ai été ensuite jeté dans une Toyota 4×4 de couleur blanche et banalisée, la tête entre les genoux. J’ai pu remarquer le cortége de véhicules qui était composé de cinq Toyota 4×4 de couleur blanche et d’une Peugeot 405 familiale de couleur blanche et banalisée.

Les personnes qui ont procédé à mon kidnapping étaient pour certaines habillées de tenues de combat de couleur noire. Certains portaient des casques militaires, d’autres étaient en tenue civile. Ils étaient tous armés de Kalachnikovs. Certains avaient des talkies-walkies et des gilets pare-balles.

Au cours de mon transfert, j’ai été brûlé à la main par des cigarettes au haschich dont je connais l’odeur. Près de Ben-Aknoun, on m’a recouvert la tête avec ma veste afin de m’empêcher de voir où nous nous dirigions. J’ai pu remarquer que nous entrions à Ben-Aknoun. Il m’est impossible de dire avec précision le lieu où j’ai été détenu pendant dix jours.

Dès mon arrivée dans ce lieu, on m’a ordonné de manière brutale de me déshabiller et me fournit un uniforme militaire de couleur verte composé d’un pantalon et d’une veste de combat de l’armée algérienne. J’ai été ensuite placé dans la cellule n° 3 située en face des toilettes. La cellule n° 3 est large d’un mètre sur 2,50 m (composée de huit carrelages en gerflex de 30 cm). Et les murs sont faïencés, sur une hauteur d’environ 1,50 m. Il me semblait que ces aménagements étaient récents. Et d’après ce que j’ai pu voir à travers les fissures du guichet de la porte, il me semblait qu’il y avait 18 cellules réparties en deux rangées séparées par un couloir. Pendant que je me trouvais dans la cellule n° 3, j’entendais les cris d’un supplicié. Après avoir entendu la porte d’une cellule s’ouvrir et se refermer sur le supplicié, on vint me chercher.

Environ vingt minutes après mon arrivée, vint mon tour d’être torturé. En sortant de la cellule, je devais me tenir courbé et avancer sous les coups et les insultes du genre : « Ni Bouteflika ni ton Dieu peuvent te sauver de nos mains, on peut te tuer comme on peut te libérer, le choix est à nous. » J’ai été emmené ainsi jusqu’à un bureau où se tenaient huit personnes aux visages méchants et aux comportements de voyous et qui prétendaient appartenir au DRS. On m’a fait asseoir sur une chaise métallique scellée au plancher. J’ai voulu connaître les causes de cette arrestation et sans terminer la phrase, j’ai reçu des coups de part et d’autre de mes tortionnaires qui exécutaient aveuglement les ordres de leur chef. Et il m’a été répondu : « Ou tu parles ici, ou tu passes au chiffon. » Continuant à vouloir connaître les causes de ma présence dans ces locaux, j’ai été emmené à la salle où se trouve une table de torture sur laquelle sont fixées des sangles blanches. Aux pieds de cette table était posé un bidon en plastique de cinq litres coupé (bidon d’huile) et rempli d’eau. J’ai été entièrement déshabillé et attaché sur cette table, les bras, les jambes, les cuisses, les pieds et la poitrine fixés par les sangles. Un chiffon mouillé (mon slip) était posé sur la bouche et les yeux bandés par mon tricot de peau.

Avant qu’ils commencent les tortures, ils m’ont dit : « Lorsque tu voudras parler, lèves ton index droit. » Ne sachant quoi dire, j’ai été torturé durant plusieurs heures, j’étouffais. De l’eau savonneuse m’était versée par la bouche, pendant que d’autres me frappaient avec un câble électrique de fort diamètre sur toutes les parties du corps, en s’acharnant plus particulièrement sur mon sexe. Cette séance a été interrompue pendant quelques secondes pour me permettre de parler et répondre aux questions mal comprises de mes tortionnaires. N’ayant rien à dire, les séances reprenaient avec plus d’acharnement encore.

Je fus ensuite libéré de mes sangles et frappé sur les fesses avec un manche de pioche, tout en étant reconduit dans ma cellule. Avant de refermer la porte, ils m’ont dit de réfléchir, car eux, avaient tout leur temps.

Après les tortures physiques, ce fut le tour des tortures morales. Le soir du 17 mars 2003, je fus emmené à nouveau vers la salle d’interrogatoire. On m’a déclaré : « Ou tu parles ou nous amenons ta femme et nous en ferons cadeau aux terroristes qui occupent les cellules voisines. » Devant cet état de fait et sachant que ma femme me cherchait dehors, j’ai opté pour dénoncer à tort tous mes voisins et amis afin d’abréger mon calvaire et mes souffrances. N’étant pas content de mes dires, ils m’ont transféré de la salle d’interrogatoire vers la salle de torture où je fus attaché sur la table, les yeux bandés. J’ai subi la torture à l’électricité. Un fil fut enroulé sur mon orteil du pied gauche mouillé. Puis ils posaient sur moi (surtout sur mon sexe) un autre fil qui déclenchait une décharge électrique. Ils alternaient avec des séances de chiffon. Ces tortures ont duré jusqu’au dimanche 23 mars. Chaque jour, ils me torturaient le matin et le soir, épuisé et fatigué, je subissais des tortures morales (insultes, menaces d’amener ma femme et de la déshabiller devant moi et les tortionnaires).

J’entendais les hurlements des autres détenus qui étaient torturés. J’avais très peur de ces malades mentaux qui étaient capables de tout. Ils insultaient tout le monde : la justice, les ONG, les partis politiques, surtout Aït-Ahmed (FFS) et le président Bouteflika et sa politique de réconciliation. Un tortionnaire m’a dit : « Si Bouteflika règle le problème du terrorisme, nous avec qui nous travaillerons ? »

Le vendredi 21 mars 2003, je n’ai pas été torturé de toute la journée.
Le dimanche soir, 23 mars, on m’a fait signer un paquet de feuilles dactylographiées sans qu’il me soit possible de lire. Et sous les menaces de passer encore sur la table de torture, j’ai préféré signer pour quitter ces lieux sinistres et ces tortionnaires sans instruction et être présenté à la justice. Un médecin m’a examiné et a établi un certificat médical, sans tenir compte des sévices corporels que je lui ai déclarés et qu’il a vus. Je pense que c’est un complice qui travaille au service du DRS.

Après mon passage chez le juge d’instruction, toujours sous les menaces de représailles si je contredisais le PV du DRS et mon transfert à la maison d’arrêt de Serkadji (Alger), j’ai pu montrer les traces évidentes de tortures au médecin de la prison qui les a constatées et a établi un certificat médical contresigné par le directeur de l’établissement pénitencier. Une copie de ce certificat médical a été transmise au juge d’instruction de la 5e chambre du tribunal d’Alger.
J’ai été incarcéré le 26 mars 2003, mais je n’ai été examiné par le médecin de la prison que le 2 avril, soit une semaine après.

Je n’ai aucun lien avec les terroristes, ni de près ni de loin. Je suis un simple citoyen démocrate, connu par tout le monde dans la région de Lakhdaria pour ma gentillesse et mon éducation. J’ai soutenu la campagne électorale (APC/APW) du FFS d’Aït-Ahmed. J’ai dénoncé les méthodes de tortures des services de sécurité comme j’ai dénoncé un membre des services de sécurité pour son implication dans les cas de disparitions dans la région (Lakhdaria). Pour se venger de ma personne, ils m’ont accusé à tort et sans preuves apparentes.
Je demande votre aide, Messieurs. Je suis innocent !

Belkheir Mohamed, 13 mai 2003.
Prison de Serkadji, écrou n° 55373.

 



Benadda Houssem Eddine, 1993
 

Je fus arrêté le 22 avril 1993 à 23 h 30 dans l’enceinte de l’hôpital où j’assurais cette nuit-là ma garde. Je venais de terminer deux interventions chirurgicales dans le cadre de l’urgence. Des policiers armés ont fait irruption dans ma chambre de garde et m’ont demandé avec courtoisie de les accompagner, et ce malgré les protestations de l’équipe médicale et administrative. Je me suis muni de mes papiers d’identité et je me suis exécuté, n’ayant aucun reproche à me faire. Je pensais à une éventuelle formalité, car exerçant dans un hôpital qui a été longtemps le lieu de réception de blessés.

Je ne me suis pas formalisé. Ma première stupeur a été de voir toute une armada qui m’attendait dans la cour de l’hôpital et qui allait m’escorter. Il y avait deux véhicules de type 4×4 Nissan, pleines de policiers et trois véhicules banalisés. Mon étonnement a été grand également lorsque l’un des policiers me demanda les clés de mon véhicule (une Renault 4) pour l’emmener avec eux. L’attitude courtoise qui avait prévalu au début disparut soudainement pour laisser place à une attitude agressive avec un flot d’obscénités et d’injures. Un bandeau me fut placé sur les yeux. Le convoi s’ébranla, fit un détour par El-Harrach, puis prit la direction du centre-ville. Par la suite, j’apprenais que j’étais à Cavaignac. L’arrivée fut houleuse. Je fus littéralement traîné vers une salle obscure (du moins, je la percevais comme telle). Je fus déshabillé, seul mon pantalon du bloc opératoire me fut laissé. Je fus ligoté des pieds, placé sur un banc en bois, les mains bloquées par une paire de menottes, presque nu, tout cela sous un flot d’injures et d’obscénités, témoignant du degré de dépravation de leurs auteurs. Ma seule et unique curiosité était de savoir le pourquoi de tout ceci. Je posais à chaque fois la question et je recevais comme seule réponse une rafale de coups de poings et de pieds avec leurs rangers.

De l’eau froide me fut versée sur tout le corps et je commençais à grelotter. Puis débuta le supplice du chiffon. Il dura jusqu’au petit matin. À l’aube je fus jeté dans la malle d’une Renault 9 et emmené vers le commissariat d’El-Madania.

Pendant le temps de la torture, on me demanda si je connaissais un certain Hichem Saci. J’ai nié d’emblée, mais on me ramena un jeune homme totalement défiguré par les coups et répondant à ce nom. En m’identifiant, il m’a foutu dans un pétrin dont j’ignorais les tenants et les aboutissants. J’ai effectivement reconnu cette personne que j’avais reçue à l’hôpital un certain jour. Il m’avait montré une lettre de recommandation du Docteur Sari qui fut dans le passé mon enseignant à l’hôpital. Il me demandait de prendre en charge une polyfracture. Je signifiais au jeune homme que j’étais à sa disposition et qu’il pouvait me présenter le patient quand il le voulait. Je ne l’ai plus revu jusqu’à ce jour (22 avril 1993) à Cavaignac.

Ma version des faits déplut énormément aux tortionnaires. Des coups pleuvaient sur ma tête et mon corps. Ils me dirent que je m’étais déplacé vers le domicile du polyfracturé (?!), que j’avais vu un blessé par balles et que je lui avais promis de l’opérer dans notre hôpital, en lui donnant un faux nom.

J’étais donc considéré comme ayant promis à un « terroriste » de l’opérer à l’hôpital où j’étais un modeste résident en fin d’études. J’expliquais à ces messieurs l’impossibilité technique de ce dont ils m’accusaient, mais en vain.

J’ai passé la journée du 23 avril à El-Madania. Vers 22 heures environ, je fus ramené à Cavaignac ; le même scénario et les mêmes questions se répétèrent. Je niais tout en bloc.
Le samedi 24 avril, à 8 h 30, je fus jeté en loques dans une cellule où s’entassaient déjà des dizaines de prévenus. Le troisième jour, on me força sous la menace de signer un procès-verbal que je n’avais même pas lu. Une tentative de lecture se solda par une pluie de coups de poings et de rangers.

J’ai passé à Cavaignac douze jours dans les pires conditions de détention ne mangeant qu’un morceau de pain par 24 heures et en buvant l’eau des WC, sans oublier la torture des autres prévenus.

Au treizième jour, je fus transféré au commissariat central, Boulevard Amirouche, où j’ai passé 24 heures dans une cellule.
Puis s’en suivit un semblant d’instruction au palais de justice. Le juge d’instruction m’assena d’un chapelet d’accusations. J’ai failli m’évanouir devant la gravité des charges. J’ai tout nié en bloc et lui ai expliqué que la police n’a fait aucun effort dans le sens d’une enquête sérieuse, sur le lieu de mon travail, dans mon quartier. Quel est ce « terroriste » que j’étais supposé aller soigner ?

Comme réponse, le juge me plaça sous mandat de dépôt le 4 mai 1993 à la prison d’ El-Harrach. Depuis je suis avec les détenus de droit commun et les prisonniers politiques. Ce jour, date de rédaction de ce témoignage, je suis dans une salle de la prison d’ El-Harrach, comme un vulgaire voyou et ceci, par la faute d’énergumènes appelés pudiquement « services de sécurité ».

Docteur Benadda Houssem Eddine, 32 ans
Chirurgien orthopédiste à l’hôpital Selim Zmirli, El-Harrach
Prison d’ El-Harrach, le 19 juillet 1993.

 



Benail Enalia, 1997
 

Grand handicapé, pensionné de l’État à 100 %, logé dans une baraque en tôle dans un bidonville du Gué de Constantine avec sa femme et ses deux enfants en bas âge. Arrêté le 8 mars 1997.
Il a été violenté chez lui devant sa famille, puis emmené au commissariat du PCO de la cité Hayet où il fut détenu arbitrairement durant onze jours dont sept sans manger, et soumis à des actes de torture. Après avoir été attaché nu sur le dos sur un banc en bois, les mains attachées derrière le dos, les tortionnaires lui firent ingurgiter de l’eau sale à travers un chiffon et le faisaient vomir en lui marchant sur le ventre.

Il a déclaré en outre que les policiers ont déshabillé sa femme devant lui, outragée et craché sur elle et injuriée. Un des policiers se prénommait « Azzedine ». Ils n’ont même pas tenu compte de sa carte d’invalidité qu’ils avaient entre les mains. Il n’y a eu aucune suite judiciaire.

 


Benail Saïd, 1997 

Marié, deux enfants en bas âge dont l’un est né après son arrestation, logeant dans une baraque en tôle du bidonville au Gué de Constantine.
Arrêté le 8 mars 1997 (en même temps que son frère Enalia) et placé dans la même cellule pendant 14 jours. Les deux ont un beau-frère (frère de sa femme) qui avait été abattu dans un attentat « terroriste » et un autre blessé, actuellement « patriote » (milicien).
Saïd a également été soumis à des sévices pendant sa détention dans les locaux de police mais la justice l’a acquitté. Il a été placé sous mandat de dépôt 22 mars 1997 et jugé le 19 février 1998.

Ecrou n°: 86336.

 


Benbekouche Ayache (et Larbi Mohamed et d’autres), 1992 

- Arrêtés par les gendarmes le 9 octobre 1992 à 16 h 30 à la ville de Mila, où nous demeurons.
- Torturés pendant deux jours dans la cellule ; torture physique et morale, humiliation, et atteintes à l’honneur.
- Transférés à la brigade de Chelghoum El Aid, puis torturés à nouveau.
- Transférés à la brigade de Sétif, puis à Bordj Bou Arréridj, puis à Bouira, puis à Lakhdaria, puis à Si Mustapha dans un état critique, sans nourriture ni eau pendant trois jours.
- À la brigade de Si Mustapha nous avons été torturés durant dix jours, et ce dans divers centres : Issers, Bordj Ménaiel, et Naciria à la caserne d’intervention rapide.
- Dans cette caserne, Ayache commençait à perdre la mémoire du fait de la torture qu’il a subie : on lui arracha les ongles et la chair avec des tenailles, ainsi que d’autres sortes de tortures indescriptibles.
- De la brigade de Si Mustapha nous fûmes transférés à la prison d’El-Harrach avec 18 autres personnes ayant subit le même sort que nous. En plus des brûlures aux fesses et à la plante des pieds, certains avaient été victimes de sodomisation ou de tentatives de sodomisation de la part de leurs tortionnaires.
- Huit personnes parmi les vingt sont sous contrôle médical.
Prison d’El-Harrach,
• Benbekouche Ayache, 45 ans, marié, 6 enfants, écrou n° 64336.
• Larbi Mohamed, écrou n° 64335.

 


Benbellil Samir, 1994 

Je m’appelle Benbellil Samir, âgé de 21 ans. J’ai été arrêté chez moi à Réghaia le 10 août 1994 à 4 heures du matin, par la brigade d’intervention de Boudouaou, qui ont tout saccagé à mon domicile, puis m’ont emmené à demi-nu, m’empêchant de m’habiller, menottes aux poignets, derrière le dos.

Arrivé au poste, j’ai subi des sévices, dans le but de me faire avouer des faits que j’ignorais totalement. Le but était de m’accuser d’une tentative d’assassinat qui a eu lieu dans mon quartier. Mais j’ai résisté jusqu’à la limite de mes forces. J’ai été séquestré pendant trente-deux jours aux postes des brigades d’intervention de Boudouaou et de Boumerdès. Pendant ces journées, j’ai subi le pire des calvaires. J’ai été frappé sur tout le corps à l’aide d’une barre de fer. Du sang coulait de partout.

N’ayant pas voulu reconnaître les accusations, j’ai subi la gégène. On m’a asphyxié avec de l’eau sale tirée des WC. J’ai été brûlé sur la poitrine, les cuisses, les parties génitales à l’aide d’une poudre noire après avoir y mis le feu. Je suis un jeune étudiant. Lorsque j’ai été arrêté il n’y avait que ma mère et mes soeurs, mon père étant travailleur émigré. Je suis innocent de tout ce qu’on m’accuse.
Je suis détenu depuis le 10 septembre 1994 .

Benbellil Samir
prison d’El-Harrach n °d’écrou 73352

 



Benmerakchi Mohamed, 1995
 

Je m’appelle Benmerakchi Mohamed, demeurant au quartier populaire de Climat de France. J’ai 35 ans et je suis taxieur. Le 17 décembre 1995, j’ai été surpris de me voir apparaître dans un document de la BBC consacré à la tragédie algérienne, diffusé par Canal +. On m’a montré, prenant un café avec le Docteur Salah-Eddine Sidhoum, chirurgien et militant des droits de l’homme et dont j’étais le chauffeur de temps à autre. Ce jour-là je devais l’accompagner à Alger et en arrivant chez lui, j’avais trouvé une équipe de journalistes qui l’interviewait sur la situation politique et des droits de l’homme en Algérie. Je fus balayé accidentellement par la caméra. Ce fait banal allait me coûter cher, très cher par la suite.

En effet, nous étions à l’aube du jeudi 6 avril 1995 quand soudain je sursautais du lit quand j’entendis frapper violemment à la porte de mon appartement. Je jetais un œil furtif sur le réveil : il était 2 h 10 exactement. Je tremblais de peur car je savais que ces visiteurs de l’aube n’auguraient rien de bon. Ma femme qui se réveilla en sursaut, était terrorisée de peur. Elle ne me dit mot. Son regard en disait long. Devant l’insistance des coups donnés à la porte d’entrée, je n’avais d’autre choix que d’aller ouvrir, m’en remettant à Dieu et à Lui seul.

Dès l’ouverture de la porte, une dizaine de nindjas firent irruption dans l’appartement, les uns armés de pistolets, d’autres de kalachnikovs. Ils étaient tous cagoulés. Certains portaient des combinaisons noires, d’autres étaient en civils. Trois d’entre eux pointèrent leurs armes sur moi, les autres iront occuper les deux minuscules pièces que j’avais. On me demanda si j’étais Untel. Je répondis par l’affirmative. L’un d’eux, le plus calme, me lança : « Alors, Canal + ? ». Je compris alors et très vite qu’il s’agissait de mon apparition dans le documentaire. Ce nindja, rassura mon épouse qu’il ne m’arriverait rien et que j’allais seulement être interrogé avant d’être libéré. J’entendais dans ce vacarme, mes deux enfants, en bas âge, pleurer, effrayés par cette vision surréaliste d’hommes cagoulés et armés. Après une brève fouille, ils me mirent les menottes et me descendirent dans la cour du bâtiment. Je fus surpris de trouver un nombre impressionnant de véhicules, pour la plupart banalisés et d’hommes cagoulés et armés sur le qui-vive. On me couvrit ma tête de ma veste et on me jeta dans la malle d’un de leurs véhicules. Le cortège démarra et j’entendais le grésillement des talkies-walkies. L’un d’eux disait : « Nous l’avons, nous l’avons ! Nous sommes sur le chemin du retour ». Le voyage ne dura pas plus de 5 minutes.

On me descendit de la malle où j’étais recroquevillé et paralysé par la peur, sous des injures et des coups de pieds des nindjas. J’étais dans un état second. Ma tête bourdonnait, mes jambes tremblaient, je n’arrivais plus à retenir mes urines. J’étais pétrifié de peur. Je fus introduit dans un bâtiment puis enfermé dans une cellule. Mon geôlier avant de refermer la porte me lança : « nous allons nous occuper de toi, canal + ». À ce moment je pus ôter la veste de ma tête pour respirer un bon coup d’air frais. J’étais terrorisé.

Quelque temps après, la porte de la cellule s’ouvrit subitement. Il faisait jour. Deux hommes qui portaient des pistolets à la ceinture vinrent me chercher. Ils me prirent fermement par les bras et m’emmenèrent dans une salle où m’attendaient une dizaine d’hommes cagoulés. Ils me firent asseoir sur un banc et l’un d’eux me lança cyniquement : « Alors, Canal +, raconte-nous tout ce que tu sais sur le Docteur Sidhoum ! »

Les coups de pieds et de poings commencèrent à pleuvoir de partout. Je racontais le peu de choses que je connaissais sur lui : « C’est un chirurgien en orthopédie qui habite El-Mouradia et dont je suis le chauffeur depuis septembre 1993. Du fait des événements, il paraissait débordé de travail ; il me proposa alors d’accompagner de temps à autre son fils au Lycée et son épouse au travail. Durant les derniers temps, il me paraissait comme inquiet et menacé et il me demandait de l’accompagner souvent en ville. Il ne partait jamais seul dans sa voiture. »

Des questions accompagnées de coups continuaient à pleuvoir. Deux nindjas prenaient des notes.
« Est-il du FIS ? me lança l’un d’eux ?
- Je ne pense pas, lui répondis-je, mais je sais que c’est un militant des droits de l’homme connu, qu’il recevait régulièrement des journalistes de la presse internationale et les organisations des droits de l’homme comme Amnesty.
- Tu mens, me dit l’un d’eux qui accompagna sa parole d’un violent coup de poing au visage.
- Je vous dis que je ne pense pas qu’il appartienne au FIS, mais il s’est toujours réclamé du courant islamique. »
Cette réponse ne semblait pas les satisfaire. Ils voulaient coûte que coûte m’entendre dire que le docteur Sidhoum appartenait au FIS.

Non satisfaits de mes réponses, ils m’allongèrent sur le banc, me passant les menottes aux poignets sous le banc. J’avais l’impression que mes épaules allaient se luxer. Mes pieds étaient ficelés avec un fil de fer et attachées au banc. On me mit un chiffon dans la bouche et on commença à verser de l’eau nauséabonde. J’étouffais et j’étais sur le bord de l’asphyxie. Je lançais alors : « Je vais parler. » Le supplice s’arrêtait, ce qui me permettait de reprendre mon souffle. Mais je n’avais rien à dire de plus que ce que j’avais dit précédemment.
Fait-il la prière ? Quelle mosquée fréquente-t-il ? Son épouse porte-t-elle le hidjab, étaient les questions qui revenaient le plus souvent.
Combien a-t-il d’enfants ? Comment s’habille-t-il ? Quel est son train de vie ? Sa villa était-elle bien meublée ?
Je répondis qu’il faisait la prière, mais que je ne savais pas dans quelle mosquée il accomplissait la prière du vendredi, qu’il avait deux enfants et qu’il portait toujours un costume et une cravate.

Portait-il le qamis, me lança l’un d’eux.
Non lui dis-je, je ne l’ai jamais vu le porter.
Les deux nindjas écrivaient studieusement tout ce que je disais. Les autres poursuivirent leurs questions :
Où as-tu accompagné le docteur Sidhoum ?
Je l’ai emmené au cabinet d’Abdenour Ali Yahia, au siège du FFS à la Colonne Voirol et au siège du FLN où il devait remettre une lettre sur les droits de l’homme à Mehri je crois.

As-tu assisté aux discussions avec Abdenour Ali Yahia ?
Non, leur dis-je, je restais toujours dans la voiture, je l’attendais à l’extérieur.
Tu mens me lança l’un d’eux, tu nous caches des choses, tu as intérêt à tout vomir et à ne rien cacher. Ici on a fait parler et danser Cheikh Cherrati et Hocine Abderrahim ! me lança-t-il avec son regard perçant et cynique.

Un frisson glacial traversa mon corps en entendant cela. Il fit alors un signe à ses acolytes. Je sentis alors quelque chose de métallique pincer mes orteils. Soudain une décharge électrique me fit sursauter. Je convulsais pratiquement. Je me suis évanoui. Je reprenais mes esprits quelque temps après et je me suis rendu compte qu’ils me versaient des bidons d’eau sale sur le corps. J’étais trempé et je tremblais de froid. On m’avait placé des pinces sur mes orteils. Ils reprirent l’opération à quatre ou cinq reprises. Je sursautais à chaque fois en sentant que mes articulations des poignets et des chevilles allaient se disloquer. C’était atroce.
Puis vint un temps de répit où questions et insultes alternaient.

Lors de l’interview avec la BBC, qui était avec le Docteur Sidhoum ? me dit l’un des tortionnaires.
Il était avec sa vieille tante, le journaliste anglais et deux cameramen. Ses enfants étaient à l’école et son épouse au travail. Sa petite fille, rentra à midi et resta avec nous jusqu’à 13 h 30 avant de rejoindre l’école.

Tu mens, cria l’un des tortionnaires qui était à mon chevet et qui me lança des coups de poings au visage.

Tout me paraissait flou. Je percevais mal le visage de mes tortionnaires du fait des nombreux coups que j’avais reçu aux yeux et au visage.
Il me répéta à nouveau la même question. Je jurais par le Tout Puissant que je disais la vérité.
Qui a ramené l’équipe de la BBC chez le docteur Sidhoum ?
Je ne sais pas. La veille il m’avait téléphoné pour me demander de l’accompagner en ville. Je me suis présenté le lendemain à l’heure convenue, à 11 heures et j’ai trouvé l’équipe de la BBC. Le docteur s’est excusé du contretemps et m’a dit de l’attendre. Il continuait à répondre aux questions du journaliste et moi, j’étais dans l’autre pièce avec sa vieille tante. Vers 13 heures, ils avaient terminé l’interview et il m’appela pour prendre un café au salon avec l’équipe.
Encore une fois, ces réponses ne furent guère satisfaisantes à leurs yeux. Leur chef, cria alors à l’un d’eux : « Changez d’endroit, nous allons le faire danser. »
Les tortionnaires m’enlevèrent alors les pinces de mes orteils et les placèrent sur mes organes génitaux et sur les lobes d’oreilles.
Tu as intérêt à tout dire maintenant, car nous n’avons pas de temps à perdre.
Où est le docteur Sidhoum, chez qui se cache-t-il ?
Je ne sais pas, je vous jure que je ne sais pas où il se trouve. Son épouse que j’ai rencontrée pour la dernière fois en décembre m’avait dit qu’il était en Europe. Depuis, sa famille ne m’a plus appelé. Je peux vous accompagner chez lui dès maintenant à son domicile à El Mouradia.
Non, me répondit le chef, nous connaissons très bien sa maison et nous savons qu’il n’est pas chez lui. Où se trouve-t-il ?

Je répondais toujours de la même manière. Le chef des tortionnaires fit un clin d’œil à son acolyte et je sentis soudain une série de décharges électriques secouer mon corps. C’était horrible. Lors des décharges je sentais comme si mes yeux allaient sortir de leurs orbites. Au même moment un autre tortionnaire jeta de l’eau sale et froide sur mon corps. Je sursautais malgré mes attaches. Je perdais encore une fois connaissance. Quand je repris mes esprits, je voyais des visages flous se pencher sur moi et une voix lointaine me répéter : « Où emmènes-tu la famille du docteur Sidhoum ? Où emmènes-tu la famille du docteur Sidhoum ? »

Je ne pouvais plus sous l’effet de la torture me concentrer et je finis par raconter n’importe quoi, pourvu que la torture cesse.
- J’accompagnais son épouse au travail à la clinique Debussy et j’ai accompagné son fils à Riadh El Feth pour acheter des livres scolaires du bac. Une fois, j’ai emmené avec son fils le téléviseur en panne chez le réparateur.
À ces réponses, je reçu une volée de gifles et de coups de poings qui me mirent groggy.
- Tu te fous de nous, fils de…, tu accompagnes ainsi son fils à Riadh El Feth, salopard, tu nous prends pour des c…, n’est-ce pas ?

Et la torture reprit de plus belle. Le chiffon fut à nouveau utilisé jusqu’à l’asphyxie. J’étais tout sale et méconnaissable. Je commençais à divaguer et à dire n’importe quoi.
Ce supplice d’entrée dura près de 4 heures. J’étais au bord de l’épuisement et c’est la fatigue des tortionnaires qui me sauva. Ils avaient besoin de repos. Avant de me quitter, ils me détachèrent du banc, me jetèrent mes habits au visage, me demandant de m’habiller puis me passèrent les menottes. Ils me traînèrent dans ma cellule et me suspendirent par les menottes à un tuyau du chauffage central. Je restais ainsi suspendu, la pointe des pieds touchant à peine le sol. Il ne me restait plus qu’à évoquer le Tout Puissant pour soulager mes douleurs.

Ce n’est que quelques heures plus tard, que l’un des tortionnaires vint me libérer de cette position inconfortable. Je sentais un fourmillement intense des doigts. Je ne pouvais plus les mobiliser ni tenir quelque chose. Le tortionnaire me jeta un morceau de pain rassis. Dans un coin de la cellule, se trouvait une boite de conserve rouillée, qui contenait une eau trouble. Je n’avais pas le choix. Ma soif intense ne me fit pas hésiter : je bus le contenu d’un seul trait malgré son odeur nauséabonde.

Ces supplices durèrent exactement quarante jours. Durant quarante jours, on m’emmenait quotidiennement à la salle de torture et la principale préoccupation de mes tortionnaires était le docteur Sidhoum. Ils voulaient tout savoir sur lui. À quatre reprises, un officier qui paraissait de haut rang, du fait du comportement des tortionnaires en sa présence, assistait à la torture et me posait les mêmes questions sur ce chirurgien.

Il est de mon devoir de témoigner sur tout ce que j’ai vu lors de ma séquestration au centre de Châteauneuf, pour l’Histoire et pour que l’opinion publique nationale et internationale sache ce qui se passe. C’était une situation surréaliste. On se croirait dans un film d’épouvante. Un véritable cauchemar. Dans la série de cellules qui étaient de part et d’autre du long couloir, il y avait des loques humaines de tout âge. J’ai vu des hommes et des femmes, des enfants et des vieillards, des anciens maquisards de la guerre de libération nationale. On entendait toutes sortes de bruits : des aboiements de chiens et des chansons de raï, des cris de suppliciés et les appels au secours des femmes. Les loques humaines étaient traînées sur le sol par les tortionnaires et jetées dans les cellules après une séance bien dosée de torture. Chacun attendait son tour. J’ai vu des visages et des corps brûlés au chalumeau, des corps ensanglantés, des hommes, des femmes, des enfants et de malheureux vieillards tous nus. Le centre de Châteauneuf était une véritable usine à broyer la personne humaine.

Certains détenus extraits des cellules pour la salle de torture ne reviendront jamais. De temps à autre on entendait des coups de feu. Les jeunes séquestrés en déduisaient que la personne venait d’être exécutée sommairement. Durant mon « séjour » dans ce sinistre lieu, plus de vingt personnes tous âges confondus, ont ainsi perdu la vie de cette façon.
À chaque départ vers la salle de torture, je récitais la chahada, certain de ne plus revenir.
Après quarante jours de séquestration et de tortures atroces, on me fit signer un PV de plus de trente pages, sans savoir ce qu’il contenait. L’essentiel pour moi était d’échapper à de nouveaux supplices.

Le lendemain de la signature du PV, mon geôlier vint ouvrir la cellule en me disant : « Allez, Canal +, nous allons faire une ballade ensemble. » J’étais pétrifié de peur. Je me suis dit c’est la fin, ils vont m’exécuter. On me fit sortir de la cellule et on me descendit dans la cour, près d’un fourgon, un J5 banalisé. Il était près de 14 heures. Où pouvaient-ils bien m’emmener. Pas au tribunal, car d’habitude c’est le matin que les malheureux suppliciés sont présentés au juge. Il ne restait pour moi que la forêt. Ils allaient certainement me jeter dans une forêt et me liquider physiquement. C’était devenu une obsession pour moi. De nombreux détenus m’avaient raconté que beaucoup de citoyens ont été liquidés ainsi. J’étais angoissé. Ma tête bourdonnait. Je tremblais intensément. L’un des tortionnaires après m’avoir mis les menottes derrière le dos et bandé les yeux me jeta à l’arrière du fourgon et à plat ventre. Le fourgon démarra en trombe et en moins de quelques minutes s’arrêta. L’un des civils armés qui était près de moi m’enleva mes menottes et le bandage sur mes yeux. Il ouvrit la porte du fourgon et me dit : « Dégage, Canal +. » Je ne savais plus quoi dire. Je n’ai pas voulu avancer. J’avais peur. L’un des hommes armés me dit : « Dégage, rentre chez toi, fils de… » Je n’en croyais pas mes yeux. Je me suis dis que dès que je ferais un pas en avant, ils allaient tirer sur moi et maquiller cela comme étant une tentative de fuite. Puis je me décidais à marcher par petits pas et à reculons. Les hommes armés montèrent dans leur véhicule en vociférant et en me lançant des grossièretés. Puis le fourgon s’éloigna. Je repris mes esprits et je prononçais à nouveau la chahada en louant Dieu de m’avoir gardé en vie après ce long cauchemar épouvantable. J’étais dans une impasse déserte où il n’y avait aucune habitation. Je refis le trajet inverse et je débouchais sur la grande route qui menait de Chevalley vers Bab-el-Oued. Je reconnu les lieux. J’étais à peine à une centaine de mètres du centre de torture de Châteauneuf. J’étais comme un malade mental sans traitement et sans logis. Mes habits étaient sales et déchirés. Mon corps crasseux dégageait une odeur qui ferait fuir les hyènes, ma barbe et mes cheveux étaient hirsutes. Un véritable clochard. Que faire ? Descendre ainsi jusqu’à mon domicile ? Que diront mes voisins et trouverais-je mon épouse à la maison ? Puis je me rappelais qu’un ami habitait dans les environs à quelques dizaines de mètres. Je me suis dirigé vers la villa et j’ai sonné. Le gardien m’ouvrit la porte et faillit tomber à la renverse en me reconnaissant. Il me fit rentrer dans le jardin et appela l’épouse de mon ami qui, lui était absent : « Venez, madame, vite, vite, Mohamed est toujours vivant ». L’épouse de mon ami était horrifiée en me voyant : « El Hamdou Lillah, tu es vivant, El Hamdou Lillah. »

Elle m’emmena directement à la salle de bain pour prendre mon bain et me débarrasser de mes guenilles. Je me suis regardé dans le miroir. C’était invraisemblable. J’étais méconnaissable. Un monstre. Grâce à Dieu, mon épouse et mes enfants ne me verront pas dans cet état. Je me suis alors rasé rapidement, puis pris mon bain et mis les habits de mon ami. Je reprenais l’aspect d’être humain après avoir été réduit durant trente jours à l’état d’animal par mes propres « frères » algériens.

Mon ami arriva entre-temps et s’effondra en larmes. Il avait cru que j’étais mort car la rumeur avait circulé après ma disparition durant trente jours que j’étais mort, exécuté sommairement. C’était la période où des dizaines de citoyens étaient liquidés physiquement et jetés dans les rues. Il m’emmena dans la salle de bains et me rasa à nouveau et me coupa les cheveux. Il s’occupa de moi comme un bébé. Grâce à Dieu, il n’y a pas seulement dans ce pays que des criminels, des tortionnaires et des corrompus. Il restait encore, malgré plus de trois décennies de gabegie, des hommes généreux et courageux. El Hamdou Lillah ! Son épouse nous prépara à manger et je pris contact alors avec mon frère au téléphone. Il ne me crut pas et faillit raccrocher. Il croyait qu’il s’agissait d’une plaisanterie de mauvais goût, étant persuadé que son frère était mort.

Il était de mon devoir de rapporter ce témoignage à l’opinion publique nationale et internationale pour que les hommes et femmes de ce monde sachent ce qui se passe dans cette usine à broyer la personne humaine qu’est le centre de Châteauneuf.

Benmerakchi Mohamed

 

 

 

 

 

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