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assassinat de matoub -el watan juillet 2008

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

Assassinat de Matoub Lounes

La famille du chanteur exige la présence de 50 témoins

Lors d’un point de presse animé, hier, à Tizi Ouzou, et à la veille de la tenue du procès de l’assassinat de son frère Lounes, Malika Matoub a déclaré avoir remis à la justice une liste d’une cinquantaine de personnes qui doivent apporter leurs témoignages sur les circonstances de l’assassinant du rebelle.

Parmi les personnes figurant dans cette liste, on trouve, entre autres, des leaders de partis politiques, des médecins et même des journalistes. Il y a lieu de noter que le procès du chantre de la chanson kabyle, Matoub Lounes, est prévu aujourd’hui, au tribunal criminel près la cour de Tizi Ouzou. Deux accusés y seront présentés devant la justice. Il s’agit de Malik Madjnoun et Abdelhakim Chenoui, détenus à la maison d’arrêt de Tizi Ouzou depuis leur arrestation en septembre 1999. Les chefs d’inculpation retenus contre eux sont « appartenance à un groupe armé » et « homicide volontaire avec préméditation ». « Nous assistons depuis 1998 à une procédure pénale totalement bafouée, de l’enquête préliminaire jusqu’à la cassation : interventions occultes, arrestations de suspects de manière illégale », a laissé entendre Malika Matoub avant d’ajouter : « Je ne cherche ni à régler des comptes ni à accuser qui que ce soit. Ce que je cherche, c’est l’éclatement de la vérité. »

La sœur du rebelle estime que « la procédure judiciaire suivant laquelle est géré le dossier a été faussée dès le départ. D’ailleurs, il n’y a pas de nouveau. Tout est du réchauffé. C’est pour cela qu’on demande la réouverture du dossier », a-t-elle insisté. Et pour argumenter ses propos, elle relève que l’investigation préliminaire n’a pas été effectuée à Talla Bounan, lieu de l’assassinat du chantre kabyle. La conférencière poursuit : « On se demande comment ces deux « candidats à l’inculpation » ont été injectés dans le dossier. Il n’y a pas eu d’enquête préliminaire qui détermine que Chenoui et Medjnoun sont les auteurs ou bien les commanditaires de l’assassinat de Lounes. Il y a une injonction de l’extérieur. Nous ne cautionnerons jamais la condamnation d’inculpés alibi », a- t- elle-insisté. Aussi, Malika a révélé, qu’en 1999, elle a été reçue par l’un des conseillers du président de la république, qui lui a signifié, a-t-elle précisé, qu’« il y a huit auteurs de l’assassinat de Lounes. Cinq personnes sont mortes et les trois autres sont en fuite. Il ne m’a pas parlé des détenus alors que Chenoui et Medjnoun étaient déjà arrêtés. » « Dans quelle catégorie les a-t-il classés ? », s’est-elle interrogée. « Par ailleurs, il est utile de rappeler que le chantre de la chanson kabyle, Matoub Lounes, a été ravi aux siens, le 25 juin 1998, dans un guet-apens tendu à Tala Bounan, sur la route de Béni Douala.

Par h.AZZOUZI

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temoignage de malik medjnoun dans l’affaire de l’assassinat de matoub lounes

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

Témoignage de Malik Medjnoun

Disparu du 28 septembre 1999 au 2 mai 2000

Témoignage recueilli par Me Rachid Mesli à la prison de Tizi-Ouzou, 9 mai 2000

J’ai été enlevé dans la rue prés de mon domicile à Tizi-Ouzou le 28 septembre 1999 à 8h30 du matin par trois hommes armés en civil au bord d’une R19 blanche. Ils m’ont menacé de leurs armes, tiré un coup de feu et m’ont embarqué de force dans leur véhicule devant tout le monde. J’ai tout de suite été emmené dans une caserne militaire à Tizi-Ouzou, je crois que c’était le secteur militaire.

Ils m’ont fait descendre avec des coups sans me poser de questions précises. Après avoir été battu, ils m’ont jeté dans le coffre arrière d’une voiture et après environ une heure de route, ils m’ont fait descendre sous les coups, les insultes et les menaces de mort. Je pensais qu’ils allaient me tuer sur place. J’ai su ensuite que j’étais à la caserne de la Sécurité militaire de Ben Aknoun à Alger.

Dès mon arrivée, j’ai été confié au capitaine Zakaria et son collègue qui s’occupent de la cave qui se trouve sous les cellules de la salle de torture.

Tout de suite j’ai été torturé sans interruption pendant 2 jours qui m’ont parus durer une éternité. On me posait des questions sur mon séjour en prison, sur les personnes que j’y avais rencontrées, si j’avais gardé des contacts, avec qui, et surtout sur une personne I.A. qui s’était enfuie à l’étranger, s’il m’appelait au téléphone, si moi-même j’avais l’intention de partir à l’étranger. Comme j’ai senti qu’ils ne me reprochaient rien de précis, j’ai repris espoir. Seulement les tortures ne se sont pas arrêtées. Tout y est passé: Les coups avec un manche de pioche sur toutes les parties du corps. J’ai eu dés le premier jour des côtes fracturées. Je n’arrivais plus à respirer et malgré cela ils m’ont fait subir le supplice du « chiffon » avec de l’eau salée. Après chaque évanouissement, dès que je me réveillais, ils recommençaient. Je ne savais plus si c’était un cauchemar ou bien l’enfer. Ensuite, pour me réveiller –m’ont-ils dit – ils ont commencé à me torturer à l’électricité qui provenait directement de la prise.

C’était horrible: Ils appliquaient des pinces sur toutes les parties de mon corps, les membres, les oreilles, le visage, le ventre, partout. Je ne comprends pas comment j’ai survécu à ces tortures. Je disais tout ce que je savais, mais leurs questions n’étaient pas précises, comme si eux mêmes ne savaient pas très bien ce qu’ils cherchaient à savoir.

Après ces tortures interminables, je me suis réveillé dans un cachot. Je ne sais pas combien de temps j’y étais avant de me réveiller, peut-être un jour, peut-être plusieurs. Je ne l’ai jamais su. J’entendais des cris qui provenaient de la cave à tortures, je crois que c’est cela qui m’a réveillé.

Lorsqu’on m’a apporté à manger, j’ai été battu par les gardiens, et lorsque j’ai terminé de manger j’avais encore plus faim qu’avant. J’ai compris tout de suite que c’était aussi une façon de nous torturer en permanence. Dès que je terminais ma ration, j’étais à la recherche de la moindre miette par terre, je mourrai de faim et au fur et à mesure je devenais squelettique.

Après les premiers jours je n’ai plus été torturé, mais bien sûr, comme tous les autres, j’ai été battu tous les jours au moment où on me faisait sortir aux toilettes. On avait droit à deux minutes chaque matin pour aller aux toilettes et cela sous les coups des gardiens. Les deux responsables des gardiens qui nous battaient le plus souvent, « Henni » et « Redouane » avaient un accent de l’est et nous battaient tous les jours.

Dans les cachots, il n’y a pas de toilettes, nous avions une petite bouteille en plastique pour uriner que nous vidions le matin.
Tous les jours se ressemblaient. Nous ne pouvions pas communiquer entre nous, mais après plusieurs mois, on finit par savoir certaines choses, les noms des gardiens, des officiers, sur les voisins, quand arrivaient des nouveaux. Mes voisins faisaient partie des « anciens ». Il y avait Abou Zakaria, un ancien parachutiste qui se trouvait là depuis plus de 2 ans et un autre de la Casbah qui s’y trouvait, je crois, depuis mars 1998.

Notre cave comportait 11 cellules et 2 salles. Elles étaient toujours pleines et il y avait beaucoup de militaires parmi nous.

La torture était quotidienne car il y avait toujours des nouveaux arrivants. Les cris ne s’arrêtaient jamais, ils faisaient partie de notre vie. Je m’y étais habitué, surtout que je me trouvais devant la porte de la cave où étaient situées les salles de torture.

J’ai passé ainsi plusieurs mois. Un jour, je n’ai pu me réveiller et me lever malgré les coups de manche et je crois qu’un médecin est venu me voir. Il a dit qu’il fallait m’évacuer, sinon je n’en aurais plus pour longtemps. Quelques jours après, je me suis réveillé dans une salle d’hôpital, j’étais sous perfusion de sérum. Je mangeais enfin à ma faim. J’ai su peu après que j’étais près de Blida dans un hôpital militaire. Un médecin est venu me voir, il a dit qu’il fallait que je sois bien nourri, qu’ »ils avaient besoin de moi ». J’ai appris aussi que nous étions en février 2000. J’ai du rester environ un mois à l’hôpital. C’est là que j’ai connu Chenoui qui était comme moi de Tizi-Ouzou.

Je crois que nous avons été évacués ensemble de la caserne de Ben-Aknoun. Il ne parlait pas beaucoup et lui aussi était dans un sale état. Bien sûr que j’ignorais qu’il puisse y avoir un lien entre nous. On ne m’a jamais posé de questions à son sujet et il n’a pas paru me connaître lui non plus. Ce n’est qu’en prison que j’ai appris qu’il s’était rendu dans le cadre de la « concorde civile ». D’ailleurs il se trouve actuellement avec les prisonniers de droit commun comme tous ceux qui risquent avoir des problèmes dans le cadre « d’affaires islamistes ».

A Blida, nous avons été bien traités. Une fois « retapés » nous avons été ramenés à la caserne de Ben Aknoun. Cela devait être quelques jours avant qu’on nous présente au procureur de Tizi-Ouzou.

Durant ces jours, je n’ai été sorti qu’une seule fois, la nuit. Je n’ai pas été torturé, juste frappé et menacé de mort. C’est le capitaine Zakaria qui était le plus féroce, il demandait toujours aux gardiens de nous battre. Une fois, il m’a demandé si j’aimais Matoub Lounès, si j’aimais ses chansons. Il m’a demandé aussi « pourquoi t’appelle-t-on le petit Matoub? » Il avait l’air bien renseigné sur moi parce qu’on m’appelait effectivement ainsi. Lui-même était kabyle et il exigeait que je chante des chansons de Matoub.

On nous a présentés plusieurs fois devant le procureur de Tizi-Ouzou. La première fois c’était au nouveau Palais de justice à côté du commissariat central! Il y avait Chenoui et un repenti de Khemis el Khechna qui avait l’air de très bien connaître les officiers de la SM et que ceux-ci appelaient « El Hareth ». Le procureur nous a reçus, puis il a parlé en aparté avec Chenoui et « El Hareth ». J’ai appris qu’on était samedi le 4 mars 2000, je pensais qu’on était au mois d’avril.

Chenoui m’a dit qu’il connaissait ce procureur, car c’était devant lui qu’il avait été présenté lorsqu’il s’était rendu, en été dernier. A ce moment là, je ne savais qu’il y avait un lien entre lui et moi, d’ailleurs je ne savais pas ce qu’on lui reprochait au juste. J’ai remarqué que ma présence devait déplaire au procureur, je n’en connaissais pas la raison, aussi me suis-je dit que ce devait être en raison de la puanteur que je dégageais. Cela faisait plusieurs mois que je ne m’étais pas lavé! Ensuite j’ai remarqué que le procureur semblait parler de moi aux officiers, il leur a dit à mon sujet: « Emmenez-le celui-là! » Ils m’ont immédiatement descendu et enfermé dans le coffre de la voiture.

En fait, je me suis retrouvé quelques heures plus tard au secteur militaire de Tizi-Ouzou avec Chenoui. De là nous sommes repartis vers nos cachots de Ben Aknoun.

Deux jours plus tard, ce devait donc être le 6 mars 2000, nous avons de nouveau été emmenés à Tizi-Ouzou, devant le même procureur (en fait il devait s’agir du procureur général au niveau de la cour et président du « comité de probation »). Celui-ci a de nouveau fait des remarques me concernant, que je n’ai pas comprises puis on nous a emmenés au Palais de Justice au centre ville. Arrivés là-bas, on m’a mis dans le coffre d’une voiture et m’a sommé de ne surtout pas bouger. Après plusieurs heures quelqu’un est venu et m’a dit: « toi, c’est dommage pour toi mais c’est comme ça. » Après un voyage éprouvant toujours dans le coffre de la voiture, je me suis de nouveau retrouvé dans mon cachot. Je sentais que j’étais revenu seul et plus tard j’ai appris que ce jour-là, Chenoui avait été emmené à la prison de Tizi-Ouzou.

Mon cauchemar s’est encore poursuivi pendant presque deux mois. J’étais persuadé que je finirai mes jours dans ce cachot avec mes poux, ma peur, ma saleté et ma faim. Ce n’est que deux mois plus tard que j’ai de nouveau été emmené à Tizi-Ouzou, cette fois-ci directement vers l’ancien Palais de Justice. J’étais très curieux de savoir ce qu’on allait me reprocher et je pensais qu’ils allaient me reparler de ma première affaire ou me reposer les questions des officiers du DRS. J’étais heureux et sûr de moi. Je me disais qu’une fois arrivé devant la Justice, j’allais être tout de suite libéré. Je pensais même qu’on me dirait qu’il y avait eu erreur, qu’on me présenterait des excuses. Quelle ne fût ma surprise lorsque le procureur me dit que j’étais accusé d’avoir participé à l’assassinat de notre chanteur Matoub Lounes, que Dieu ait son âme. Je pensais même qu’il plaisantait et qu’il voulait seulement me tester et me faire peur avant de me libérer. Mais j’ai du constater qu’il était sérieux. Je lui ai dit que même les officiers du DRS ne m’avaient pas reproché ce crime, comment la Justice pouvait-elle le faire?

J’ai compris plus tard que Chenoui et moi avions le même dossier.
Voilà. Je n’ai même pas crié mon innocence parce que c’était tellement évident. Tout cela me fait l’effet d’une plaisanterie clôturant un cauchemar.

article de « algeria-watch »

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dossier du moal sur l’affaire de l’assassinat de Matoub Lounes

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

En début d’après midi du jeudi 25 juin 1998, la radio Algérienne annonçait l’assassinat du chanteur kabyle LOUNES MATOUB par un groupe de terroristes appartenant au GIA.L’été s’annonçait chaud car le bras de fer entre les généraux de l’état major de l’ANP et ceux des services de la DRS (Mohamed LAMARI, Mohamed TOUATI, Fodil CHERIF, Mohamed GHENIM, Mohamed MEDIENE et Smain LAMARI) d’un côté, et le clan de la présidence dirigé par ZEROUAL et BETCHINE, de l’autre, avait pris une tournure dramatique, et les pressions et les marchandages habituels,  autrefois à peine perceptibles,  avaient cédé la place aux menaces et aux insultes par presse interposée avec une véracité sans précédent.

Les généraux du clan LAMARI voulaient à tout prix la tête de « BETCHINE »  l’ancien patron des services et l’ami personnel du président Liamine ZEROUAL devenu ministre conseiller, qu’ils soupçonnaient de préparer avec d’autres officiers (parmi lesquels, on retrouve un ex-commandant du CPMI/Ben Aknoun,  le lieutenant-colonel Haddad Abdelkader alias colonel Abderrahmane; surnommé le « Tigre » à cause de son professionnalisme), une nuit des longs couteaux.
En effet, dès son arrivée au siège de la présidence, Betchine avait rappelé à ses côtés, des officiers issus de la DRS (mis à l’écart et en froid avec Toufik depuis le départ de Betchine du service) pour constituer le bureau des affaires de sécurité nationale. Le bureau dirigé principalement par Betchine, secondé par le lieutenant-colonel Zoubir et le « Tigre » était en charge des questions relatives à la sécurité de l’état et avait des sources d’informations diverses à l’intérieur de l’armée et dans le milieu civil. Le traitement et l’exploitation des informations récoltées par le bureau de Betchine offrait au président Zeroual la liberté de prendre des décisions touchant des domaines sensibles comme celui de la défense.

Un des grands coups réalisés par le bureau de Betchine est le limogeage du général AbdelMadjid Taghit pour cause de corruption ou celui du général Said Bey pour cause de négligence grave. La présidence a exigé et obtenu le départ du général SAID BEY patron de la première région militaire et très proche du clan LAMARI-TOUFIK (désigné par la suite, par Mohamed Lamari comme représentant de l’ANP à l’OTAN) suite à sa passivité coupable avant et après les grands massacres de 97.
L’image de la présidence Algérienne a été bien plus que secoué à cette période étant donné que les coupables des massacres sont restés à ce jour dans une totale impunité. Pour le président ZEROUAL, le responsable principal de la situation catastrophique en Algérie était évidemment Mohamed LAMARI, le chef de l’état major de l’ANP, qui a ordonné quelques jours avant les massacres aux troupes de ne pas quitter les garnisons à partir de 22heures sous peine  de graves représailles envers les contrevenants.
A l’intérieur de ces même casernes très proches des lieux de massacres et contraintes à l’immobilité, les soldats entendaient les cris et les appels au secours des centaines de victimes, pire encore les rares survivants qui ont réussi à arriver aux portes des casernes pour demander de l’aide ont été refoulés par des soldats qui obéissaient à des ordres qu’ils ne comprenaient pas et qui les mettaient dans une perdition totale.

Presque au même moment, le gouvernement OUYAHYA peaufinait  la loi d’arabisation générale (maintes fois annoncée puis ajournée), sous le la direction du président ZEROUAL.
C’est dans ce climat glauque qu’une réunion décisive de haute importance a regroupé dans une villa proche de la capitale appartenant aux services de la DRS, des officiers supérieurs de l’ANP et des représentants du RCD.

Les officiers qui ont été dépêchés par les responsables du cabinet  noir, sont en l’occurrence le général Mohamed TOUATI, tête de fil de la nouvelle mouvance au sein de l’ANP (Après la mouvance arabo-revolutionnaire issue de l’ALN, c’est la mouvance laïque constituée d’ex-officiers de l’armée française qui a pris la tête de l’ANP) et le colonel M. Fergani Alias MERZAK un des anciens éléments de la DRS et personnage très introduit dans les milieux Kabyles et officier traitant de plusieurs sources (agents) au sein du MCB et du RCD  (Merzak est l’un des rares hommes de confiance de Toufik en charge exclusive du dossier Kabyle).

Du côté du RCD, KHALIDA MESSAOUDI une activiste bèrbère très acquise aux thèses érradicatrices de TOUATI pour la lutte anti-terroriste et Noureddine AIT HAMMOUDA chef d’une des plus importantes milices du pays.

Après les formalités d’usage entres les personnes présentes qui se connaissaient du reste très bien, puisque cette rencontre n’était pas la première du genre , la séance est officiellement ouverte et c’est Noureddine Ait Hammouda qui prend en premier la parole pour exprimer avec beaucoup d’émotion l’inquiétude de la composante BERBERE de la population face aux risques d’explosion que générera la mise en pratique du projet de loi relatif à la généralisation de la langue arabe. Ait Hammouda spécifie bien que pour tous les Kabyles, le synonyme d’arabisation est islamisation et terrorisme, il évoque même les pires scénarios si ce projet est conduit à son terme.

En réponse le général TOUATI suggère aux représentants du RCD une mobilisation des artistes et des intellectuels surtout kabyles avant toute chose même à l’échelle internationale, et passer ensuite à la mobilisation de la rue (Manifestations, grèves, boycottages) pour contrer le gouvernement et l’obliger à revoir son projet.

KHALIDA MESSAOUDI fait remarquer au général TOUATI que le temps presse et que la population kabyle est lasse des grèves et des slogans devenus classiques, et que de toute façon la division du MCB (avec ses deux tendances, la coordination proche du RCD et la commission proche du FFS) d’un côté, et la lutte entre le RCD et le FFS rendent la mobilisation populaire, une chose tout à fait impossible : » l’expérience, disait-elle, nous a démontré que les conservateurs n’entendent pas raison lorsqu’il s’agit de mobilisation pacifique comme pour l’abrogation du code de la famille alors que les intégristes ont réussi a nous imposer avec la violence, leurs représentants au sein même du gouvernement .

AIT HAMMOUDA avec des mots à peine couverts  fait comprendre aux représentants du MDN que beaucoup de Kabyles déterminés n’hésiteront  pas à retourner leurs armes contre le pouvoir central dans le cas limite et que les intégristes ne manqueront pas de profiter de cette situation et de l’exploiter en leur faveur.

Le colonel MERZAK qui connaît assez bien ce dernier lui  réplique que la région est truffée de maquis du « GIA » dont la plupart des chefs sont originaires de la région même de Tizi Ouzou.
Puis dans un long monologue sur la situation du pays, une phrase prononcée par le colonel Merzak  fait l’effet d’une bombe « le haut commandement de l’armée prendra ses responsabilités au cas où des troubles éclateraient à grande échelle ».
L’armée ne restera jamais les bras croisés. De toute façon la société civile ne soutient pas assez l’armée dans la lutte contre les intégristes d’après le colonel Merzak.

KHALIDA MESSAOUDI réfute les arguments du colonel, mais  profite de son intervention pour demander au général TOUATI  des explications sur le mutisme de l’armée et ses cadres modernistes sur la fraude qui a entaché les élections  de 1997 au profit du RND le parti de BETCHINE. Elle se demande même  « pourquoi est ce qu’ils ne prennent pas les choses en main ?  » et pourquoi les démocrates républicains ne retrouvent pas des places de choix dans les institutions du pays. Elle prend pour exemple le cas de la Turquie et le succès remporté par son armée dans la gestion du phénomène intégriste malgré les risques de voir  ses chances de rejoindre l’Europe réduites.

Le général TOUATI reprend la parole pour dire: « Au cas où la situation devient incontrôlable, l’armée prendra le pouvoir et décrétera l’état d’exception pour une courte période mais suffisante pour mener à bien son projet d’éradication des groupes armés et leurs relais politiques. C’est la seule façon d’arriver à nos objectifs,  mais il faut absolument éliminer par la même occasion, les secteurs du conservatisme au sein des appareils de l’état, le pouvoir sera rendu ensuite aux civils ». Et à TOUATI de conclure: « Nous sommes prêts de toute façon, on attendaient juste que les conditions soient réunies, nous avons la conviction qu’un état républicain verra le jour incessamment dans notre pays.

Le colonel MERZAK répète que le commandement de l’armée n’est pas pour la loi d’arabisation, mais ce n’est pas a l’institution militaire de s’y opposer  de façon visible ; la contestation doit venir des politiques et de la rue plus précisément. Il rappelle même la formidable mobilisation des kabyles en 1994 pendant la grève et lors de l’enlèvement de MATOUB.

« La mobilisation des kabyles, c’est mon affaire »  dit AIT HAMMOUDA en guise de promesse .
Le colonel MERZAK  donne rendez-vous à ce dernier le lendemain dans les bureaux des services, au siège du MDN, et la réunion a ainsi pris fin après un échanges de salutations.

Voilà ce qu’on appelle dans le jargon des services secrets « la mise en condition » ou la préparation psychologique du sujet. En fait la guerre entre la présidence et les généraux de l’état major de l’armée battait son plein et ces mêmes généraux voulaient profiter de l’erreur que ZEROUAL allait commettre en appliquant la loi de généralisation de l’arabisation. En réalité les généraux de l’armée projetaient un coup d’état et pour arriver à leurs fins tous les moyes allaient être utilisés.

Cette réunion qui a été organisée par les services secrets (la DRS) avec la bénédiction des autres généraux a été bien sûr enregistrée et réécoutée par la suite par Mohamed LAMARI, TOUFIK, Smain LAMARI, TOUATI et le colonel MERZAK, et pendant cette réunion des « chefs » de graves décisions ont été prises.
L’enregistrement audio de la rencontre a été classé  » TRES SECRET « par un procès verbal avec la transcription intégrale et archivé sous la référence: PVRQ/12/5/8/MDN/DRS. Nous l’avons reproduit fidèlement en guise d’introduction à « l’affaire MATOUB », pour comprendre que l’assassinat de MATOUB ne doit rien au hasard  mais qu’il a été savamment orchestré par le cabinet noir.

 

Le choix de la cible

Après la rencontre avec les généraux, les chefs du RCD étaient sûrs que l’heure du changement et de la rupture avait sonné, et ont ainsi imaginé et étudié pour la circonstance plusieurs plans d’actions affin de contribuer à leur façon et de manière active à cette micro-révolution.
Parmi les plans évoqués, la désobéissance civile et la grève illimitée. Les deux options ont été rejetées après une discutions houleuse à cause du haut risque de l’échec, surtout que le FIS avait laissé des plumes en utilisant ces mêmes options auparavant, alors qu’il était bien implanté au niveau national. Plus important encore, le FFS n’aurait jamais marché dans une telle aventure nécessitant une mobilisation semblable à celle du printemps bèrbère.

AIT HAMMOUDA a proposé à SAID SAADI d’occuper le champ médiatique en ALGERIE d’abord, en faisant remarquer que les milieux proches du RCD dans la capitale française prendraient le relais ensuite; « la mobilisation on verra  plus tard » disait-il.
« Avait-il une idée derrière la tête? il parlait en tous les cas avec une assurance qui a dérouté tous le monde » affirme une personne présente dans la réunion.
AIT HAMMOUDA était certain que la  région kabyle serait le tombeau du projet OUYAHIA et du pouvoir de Zeroual. Cette assurance AIT HAMMOUDA la détenait de sa rencontre avec le colonel MERZAK, au siége du ministère de la défense et c’est durant cette réunion que le sort de certains éléments gênants pour le tandem de l’état major s’est décidé.

AIT HAMMOUDA savait que MATOUB voulait visiter Tizi Ouzou depuis un bout de temps, et n’a pas hésité à l’appeler pour demander soi disant de ses nouvelles, durant la conversation Matoub a demandé des nouvelles de la région, et c’est à ce moment que Ait Hammouda a commencé à se vanter du bon travail qu’il a entrepris avec ses amis et du bon résultat qu’ils ont obtenu; la région était devenu selon lui plus sûre qu’Alger. Presque instinctivement Matoub a exprimé son désir de rentrer mais il était hésitant à cause de ses appréhensions envers le pouvoir suite a la sortie de son nouvel album où il parodiait l’hymne national. Ait Hammouda ne s’est pas ménagé pour convaincre Matoub qu’il n’avait absolument rien à craindre, même de la part des autorités. Ait Hamouda a même promis à Matoub une protection rapprochée digne d’un chef d’état, depuis sa descente d’avion jusqu’au jour de son départ. Face à ces promesses Matoub avait déclaré que suite à cela sa visite à Tizi Ouzou ne saurait tarder.

C’est le chef d’antenne de la DRS à Paris, le colonel Smain Seghir de son vrai nom Ali Benguedda (très intime à Smain Lamari qui l’a nommé à ce poste après le décès du lieutenant-colonel Souames Mahmoud alias colonel Habib), qui a annoncé à Toufik et Smain Lamari l’imminence du voyage de Matoub à Alger avant même que Matoub ne prenne son billet d’avion.

MATOUB savait que de nouvelles menaces ont été proférées contre lui par le groupe armé auteur de son enlèvement du 25 septembre 1994, surtout après la sortie de son livre; il faut dire que ce kidnapping n’avait rien d’un coup monté par les officines de Smain, mais bel et bien une opération organisée par un groupe islamiste de la région même de Tizi Ouzou, sa libération par contre s’est faite grâce à l’intervention d’une taupe (un des agents de la DRS travaillant sous couvert avec les islamistes dans le maquis) et qui a empêché son exécution depuis le sommet du commandement du GIA sous prétexte que l’assassinat de Matoub ferait baisser la popularité du GIA dans la région.
Matoub était amère en se sachant sous la menace de gens qu’il avait déjà rencontré une fois ; d’un autre côté la sortie imminente de son album qui avait bénéficié d’une large publicité n’arrangeait pas les choses, surtout qu’il tournait au ridicule certains dirigeants du RCD favorables à Zeroual.

Presque au même moment à Alger, Une intervention troublante de la part d’AIT HAMMOUDA  auprès de certaines connaissances a fait capoté l’obtention d’un visa pour madame MATOUB qui lui aurait permis de rejoindre son mari en France, et la question reste posé à Ait Hammouda sur les vrais motifs de cette intervention soutenue de très prés par le général Mohamed Touati.

A Paris MATOUB a été mis sous surveillance, par une équipe jour et nuit, et malgré les difficultés et les risques d’une telle opération à l’étranger, le général Toufik n’a pas hésité à employer tous les moyens disponibles pour le suivi de cette affaire. Toufik était informé  grâce aux rapports (Bulletin de Renseignement Quotidien ou BRQ) envoyés quotidiennement par le colonel Ali.
Le dossier Matoub devenait lourd et coûteux à cause des moyens engagés et c’est le listing de Air Algérie qui a donné la confirmation finale de la date du retour de MATOUB à Alger.

Le choix de MATOUB était devenu cyniquement naturel. Les stratèges du MDN et des services connaissaient l’importance du crédit de sympathie que MATOUB avait auprès des jeunes en Kabylie et même à l’étranger, ils savaient que l’onde de choc qui suivrait sa mort pourrait ébranler très fortement le clan de la présidence, il suffisait juste à ce moment là de souffler sur la braise pour que tout l’édifice constitutionnel s’écroule .
Le parcours de MATOUB suscite beaucoup d’admiration mais aussi des interrogations parmi ses propres amis qui doutaient de son calvaire (comme il a été décrit dans son livre en 1994). Mais contrairement aux scénaristes, les services algériens, partant d’une fiction, ont écrit une histoire vraie dans laquelle Toufik et Touati avaient distribué des rôles bien précis à tout un chacun ; le but était d’abattre Zeroual et Betchine d’un côté et de donner le coup de grâce aux islamistes de l’autre.

La décision de liquider MATOUB a été prise au plus haut niveau de la hiérarchie militaire dans le bureau même du chef des services de la DRS le général TOUFIK (situé au rez-de-chaussée du bâtiment C, au MDN). Le département d’infiltration  et de manipulation de la DRS a rappelé  pour la circonstance un officier infiltré dans un groupe armé dans les monts de Sidi  Ali BOUNAB qui répondait au pseudonyme de capitaine RIADH alias « ABOU DOUDJANA ».
Pour les islamistes du groupe il se faisait passer pour un déserteur de la gendarmerie, il est devenu grâce à ses connaissances militaires et à son aide,  le conseiller « manipulateur » de H.HATTAB dans le domaine militaire et le choix des actions et des cibles!
Une fois le capitaine Riadh mis au courant de sa nouvelle mission, il est reparti avec le plan et l’ordre de l’exécution du chanteur, mais un imprévu s’est produit lors de la dernière ligne droite: Hassan Hattab ne voulait rien savoir et a refusé d’écouter son conseiller militaire sur la nécessité d’une telle liquidation. Devant l’entêtement de Hattab, ABOU DOUDJANA  informe son commandement (selon un procédé de communication pré-établi) que le chef du groupe ne voulait pas céder après de nombreuses discussions.

C’est à ce moment là que la deuxième équipe (plan de secours) a pris le relais deux jours avant le crime. La gendarmerie locale avait reçu de la part du commandement régional de tutelle l’ordre de stériliser la route qui mène au village de Taourirt moussa, et un groupe de trois individus membre de l’auto-défense de la région a été surpris entrain de faire du repérage, interrogés par les gendarmes les trois individus ont prétendu que leur chef Ait HAMOUDA leur avait donné l’ordre de faire le trajet pour le sécuriser. Cette rencontre a été cité par les gendarmes dans le rapport quotidien de fin de mission.

Quelques semaines après la mort de MATOUB les gendarmes en question ont reçus un avis de mutation, et les trois miliciens sont morts dans une embuscade tendue par le groupe de ABOU DOUDJANA!

L’assassinat de MATOUB  a mis la région en émoi, les premières violences éclatèrent dans la ville de TIZI OUZOU et quelque part à ALGER  les instigateurs du crime attendaient que leurs agents attisent les flammes, pour passer à l’action.
ZEROUAL qui a compris grâce à son conseiller BETCHINE  la manœuvre de ses adversaires (suite à une fuite organisée par TOUFIK) a demandé au dernier moment un sursis à TOUFIK et TOUATI qu’il a obtenu sous conditions.

La famille de MATOUB par son sens de la responsabilité a appelé au calme et a demandé aux autorités à ce que justice soit faite, cette initiative a calmé la population malgré la mort tragique d’un jeune manifestant touché par balle par un provocateur proche de AIT HAMMOUDA !

ALI MECILI (une autre victime des services algériens) disait que « derrière l’assassinat d’un kabyle, il y a toujours un kabyle ».

Le sort de MATOUB a été scellé dans une villa près d’Alger à la suite d’une rencontre entre des officiers manipulateurs, et certains responsables politiques qui n’ont ni le sens de la fidélité ni celui de l’honneur dont le fils d’un illustre révolutionnaire algérien mais qui ne lui a pas légué le gène de l’honneur, et qui a vendu son âme à un officier traitant contre une situation et un pouvoir éphémère, l’orgueil et la jalousie sont à l’origine de sa compromission.

       *Pourquoi  des égorgeurs d’enfants ont-ils laissé la vie sauve à madame MATOUB ?

       *Quelle est la nature exacte de la relation entre AIT HAMMOUDA  et la femme de MATOUB ?

       *MATOUB avait-il des informations sur la relation trouble de sa femme avec AIT HAMMOUDA ?

       *Qui a informé MATOUB des liens de sa femme avec les services (Plusieurs membres de sa famille gravitent autour de la DRS).

       *Pourquoi certains journaux proches du RCD ont-ils relié l’intox des services selon laquelle les assassins de MATOUB ont été abattus ? alors que la pseudo- enquête en était à ses débuts ?

       *Qui a déplacé la voiture de MATOUB, et pour quels motifs ?

       *Qui a intérêt à détruire la première version du rapport balistique, faite par la gendarmerie et qui a mis à jour les contradictions dans les déclarations de Madame MATOUB ?

       *Qui a ordonné la mutation des gendarmes chargés de l’enquête ?

       *Pourquoi a-t-on assassiné les trois miliciens ? (information donnée par plusieurs quotidiens algériens quelques semaines après la mort de MATOUB).

       *On laisse le soin à AIT HAMMOUDA  de répondre à toutes ces questions.

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temoignage de ahmed cherbi dans l’affaire de l’assassinat de matoub lounes

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

Observatoire des droits
humains en Algérie (ODHA),
Témoignage recueilli en
février 2005

samedi 25 juin 2005
Résumé :
Ahmed Cherbi, enlevé et torturé en 2002 pour confirmer la version officielle de l’assassinat de Lounès Matoub

Je travaillais dans un parking de voitures tout à côté de lhôpital à Tizi-Ouzou. Le 27 février 2002 à 11h 30 jai vu une voiture arriver. Lami qui travaillait avec moi a vu trois voitures. Deux hommes encivil en descendent et se dirigent vers moi. Chacun me prend par un bras et ils mordonnent de lessuivre. A ce moment je ne sais pas qui sont ces hommes, sont ils des policiers, des gendarmes, des hommes de la Sécurité militaire … Ils ne mont rien dit dautre, ne mont pas annoncé que jétais enétat darrestation. Ils ne mont même pas demandé si jétais bien M. Cherbi. Ils memmènent vers lavoiture, me mettent un sac noir sur la tête et placent des menottes. Ils essaient de mapaiser :
t’inquiète pas Mohamed, il faut être correct avec nous, tu es en sécurité avec nous, rien ne tarrivera. Je pensais que jétais arrêté en raison des évènements en Kabylie auxquels javais participé.Là où je travaille, le secteur militaire nest pas loin et le central de police non plus. Le trajet a duréquelques minutes. En fait cinq minutes après larrestation, je me trouvais dans un bureau. Je pensaisque jétais au Central. On ma enlevé la cagoule. Les trois qui mont arrêté sont dans la pièce, lundentre eux sappelle Kader, il est de Ain-Defla. C’est un agent du DRS et cest lui qui me torturera.Un monsieur entre avec un gros dossier entre les mains. Il ferme la porte derrière lui et cest là queje vois que derrière cette porte est accrochée une tenue militaire de combat. Et je comprends que jeme trouve au secteur militaire.Lhomme qui est entré maborde e disant : « sois avec nous, viens avec nous, naie pas peur ». Jeréponds que je nai rien fait, que je travaille et cest tout, il rétorque : « je sais que tu na rien fait maissois correct avec nous, sois un homme, tinquiète pas. » A ce moment ils ne mont toujours pas dit pourquoi jai été arrêté. Ils mont complètement déshabillé et mis tout nu dans une toute petitecellule. Ils mont laissé pendant trois heures tout nu, puis Kader est venu et ma remis mes habits.Puis ils mont amené dans le bureau dun certain commandant Nahal Rachid (Ce nest plus tard que
je saurai son nom). Ils me montre des petites cassettes vidéo, et il me dit : « ce sont des cassettes de Matoub, veux tu les voir … ». Je réponds : « que vais-je faire avec … ». Il me dit : « Je vais tenvoyer àAlger, tu as du travail avec les gens dAlger, sois un homme. Tu collabores avec eux, ensuite ils terelâcheront et tu reprendras ton travail ». Je répète que je nai rien fait, que je veux rentrer à la maison. » Mais rien à faire, ils ont décidé de memmener à Alger. On me ramène dans la cellule où jesuis enfermé pendant trois jours. Je nai pas eu à manger, ni à boire. Ce nest que le samedi matinque Kader men sort. Il me bande les yeux mais je vois un peu par en haut et en bas. Quand il sen
rend compte il me met un sac noir sur la tête. Ils mont transféré dans une voire noire. Ils étaient quatre. Jétais entre les deux homes assisderrière, ils mont couvert de vestes pour ne pas quon me voie de lextérieur. Je pensais quilsmemmenaient à Alger, en fait je suis arrivé à Blida.
En réalité je me trouve au CTRI de Blida à Haouch Chnou. Ils me font entrer dans une pièce et me « cuisinent ». Le colonel Mhenna Djebbar y est. A ce moment je ne sais pas qui est cet officier. Jeraconterai plus tard comment jai su quil sagissait de lui. Il veut que javoue avoir vu les assassinsde Lounès Matoub. Les militaires me montrent les photos de cinq personnes : Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel, Deux sont en prison, les autres ont été abattus. Ils veulent me faire dire que le jour de lassassinat, mon père et moi nous nous trouvions sur place et quà 13h13mn on aurait entendu des coups de feu et vu comment ces cinq personnes avaient tué Matoub. Jenavais jamais vu Chenoui, je lai rencontré pour la première fois plus tard en prison. Jai dit que jene pouvais dénoncer des gens que je ne connaissais pas du tout, je ne pouvais pas faire un fauxtémoignage. Ils ont prétendu que mon père avait donné cette version. A lépoque jétais mineur. Maisje ne pouvais pas dire une chose pareille, dans ce cas, comment justifier que je nen avais pas parléauparavant aux autorités … Matoub avait été tué en juin 1998, on était en avril 2002. Ils memenacent : « Tu sais que des gens qui entrent ici, rares sont ceux qui en ressortent ». Je réponds, queje préfère mourir que de dire des mensonges. Ils me mettent dans une cellule dans laquelle je resteenviron une semaine – 10 jours sans en sortir. La cellule est toute petite, je ne peux pas métendre etil y a des gouttes qui tombent du plafond. Cest insupportable. Tous les matins à 6h environ, on mesort pour aller aux toilettes qui sont extrêmement sales. Je nai pas le droit dy rester plus duneminute et demi et ce menotté.Il y a des cellules à côté de la mienne. Et je sais quil y a des prisonniers. Nous ne pouvons pascommuniquer mais nous nous manifestons en frappant avec nos menottes au mur, en fait pour nousréconforter les uns les autres. Un jour, tous ont été emmenés, je ne sais où. Je restais seul mais peuaprès ils mont emmené au bureau. Djebbar y est, en civil. Il y a un autre civil qui savèrera être undéputé du RCD, Nourredine Ait-Hammouda, mais à ce moment, je ne sais pas qui il est. Il me parleen kabyle. Il me demande « pourquoi tu ne dis pas ce quon te dit de dire, tu sais que ceux qui entrentici nen ressortent pas. Si tu veux sortir, tu dis ce quils veulent, tu fais un témoignage, il y a desjournalistes ici, tu leur parles et leur fais comprendre, ils répercuteront ce que tu as dit. Tu passerasdevant la justice, tu leur dis la même chose et il narrivera rien. Ensuite on te donnera ce que tuveux. Tu veux un visa, on te le donnera, tu veux une maison, on te la donnera, enfin tout ce que tuveux, tu lauras. » Je lui répond : « pourquoi tu me demandes ça … On est tous les deux Kabyles, aidemoi à sortir de là. » Il me regarde : « Tu ne sortiras que si tu leur dis ce quils veulent, sinon tu nesortiras dici. » Il est parti.Ils mont ramené dans une cellule. Trois jours après, en pleine nuit, ils sont venus me chercher, medisant quil y a un concert auquel je devais assister. Ils memmènent dans une grande salle. Il y ades matériaux de construction, des ordinateurs, une échelle en bois. Je ne savais pas que cétaitune salle de torture. Ils mont attaché à léchelle et mont fait tomber dun côté puis de lautre, ils lontfait au moins 4 ou 5 fois. Ensuite, ils mont détaché et mont plongé la tête dans une grande bassinedans laquelle il y avait de leau nauséabonde et savonneuse. Cela a bien duré une heure. Leau merentrait dans les oreilles. Je suffoquais, je pensais ne pas tenir. Ceux qui mont torturé étaientappelés Babay, Mounir et Zaatout. Quand ils mont ramené dans la cellule, tout bruit retentissaitdans mes oreilles comme des explosions. Il y avait des gouttes deau qui tombaient du plafond etcétait à chaque fois un choc dans mes oreilles. Je me les bouchais des deux mains mais cétaitinsupportable.Le lendemain, il mont ressorti de la cellule vers 21h et emmené dans la même salle. Ils étaient àtrois, en tenue militaire mais pas cagoulés. Cette fois-ci ils mont roué de coup de rangers et depoings, sur tout le corps. Babay ma dit : « Ma femme accouche aujourdhui et à cause de toi je nepeux pas laccompagner, je tarrache la peau ! ». Ils ont repris la torture de la bassine. Puis ils montremis dans la cellule. Je suis tombé malade, jétais incapable de me lever. A midi et le soir on medonnait un petit morceau de pain, pas plus.Cela faisait 17 jours que jétais chez eux quand ils mont emmené dans une salle où il y avait descanapés. Il y avait une femme médecin qui ma examiné et fait une piqûre. Djebbar était là. Lelendemain ils mont mis dans une cellule qui faisait deux m2. Je pouvais au moins mallonger,marcher un peu et il y a une couverte militaire crasseuse par terre. Au mur, il y avait comme unefente qui me permettait de regarder dehors. Je voyais la forêt et jentendais le chemin de fer.Quelques heures après avoir été transféré dans cette cellule, ils ont fait entré un tuyau dans lacellule par le biais dune petite ouverture par laquelle entrait de la lumière. Il y a de la fumée quienvahit la cellule et jai des hallucinations mais tout en étant absolument persuadé que cest laréalité. Je vois ma mère, mon père, je me vois à Tizi, à Alger. Je suis persuadé que ce que je vois sepasse réellement. Ce nest que des heures plus tard que je me rends compte où je suis, je narrivepas y croire tant je suis convaincu que ce que jai halluciné est vrai.Le lendemain quand ils mont sorti de ma cellule, il mont présenté à Djebbar, la médecin est venue,elle ma refait une piqûre et de retour dans ma cellule, ils ont de nouveau introduit cette fumée. Jeme voyais avec ma mère, mon père, mes cousins, à loued, je suis un peu partout. Sur le tuyau il yavait comme un petit micro. Je ne sais pas si dans cet état je parlais. Ils mont emmené de nouveauchez Nourredine Ait-Hammouda, Djebbar aussi était là. Dans la pièce il y avait deux journalistes etune caméra. Je leur dis que je veux partir : « cela fait 30 jours que je suis là, je ne peux pas faire defaux-témoignage, pourquoi ne me laissez-vous pas partir … » Ils répondent « il ny a que toi qui peutfaire ça, il ny a que toi et ton père qui peuvent le faire. Et puis cela ne fait pas trente jours que tu eslà, cela fait une semaine, tu comptes les jours et les nuits ou quoi … et encore tu es en forme ! »Ait-Hammouda sadresse en moi en kabyle : « Quest ce que je tai dit … Si tu avais témoigné, si tuavais fait la cassette, tu serais rentré à la maison. Tu nas pas besoin davoir peur, on contacte lesgens de Tizi-Ouzou, tu travailles avec eux. »ai refusé et ils mont ramené dans la cellule où jai eu droit à une nouvelle séance de gaz. Je ne saispas ce qui se passait avec moi, javais limpression de ne plus avoir de volonté.En face de ma cellule il y avait une salle dans laquelle se retrouvaient les militaires. Il y en avait un qui de temps en temps me donnait un verre de lait ou de coca. Il ma dit : « Vous êtes chez la Sécuritémilitaire, Haouch Chnou à Blida. je vous donne mon numéro et quand vous sortirez, vous mappelez.Les gens qui viennent ici nen sortent pas mais si tu sors un jour contacte moi. » Jai perdu son numéro de téléphone et je ne me souviens pas de son prénom.Toujours est-il que jétais dans un état second, je ne sais pas si cest leffet de la piqûre ou de lafumée mais je faisais ce quon me disait de faire, on me demandait de me déshabiller, de me lever, de masseoir, je le faisais sans résistance. Jétais comme dans un état second. Deux jours plus tardenviron ils mont fait entrer dans une pièce dans laquelle il y a un rideau avec une chaise devant.Sont présents Djebbar et deux journalistes. Lun des hommes qui se fait appeler Mohamed me dit ceque jai à faire. Il mexplique quils vont enregistrer deux cassettes, lune en arabe et lautre en kabyle. Et il me dit exactement ce que je dois dire et il me menace de ne pas sortir de là dans le cascontraire. Lun des journalistes prend la parole : « les forces de larmée ont procédé à larrestation dususpect Ahmed Cherbi. Il avoue ce qui suit… » Et cest à moi de parler. Je dis sans problèmes : « oui, jétais avec mon père, à Tala Bounane, nous rassemblions des pierres sur notre terrain quand nousavons entendu des coups de feu. En nous retournant nous avons vu que Matoub avait été tué et cinqpersonnes que nous avons pu identifier. Il sagit de Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri,
Djamel. » Puis les journalistes me posent des questions : »Pourquoi tu nas pas été à la gendarmerie pour dénoncer les coupables … » Je réponds : « Javais peur parce que mon père ma interdit de lefaire. » Puis le commentaire du journaliste : « Après quatre année dinvestigation, les forces de sécuritéont enfin pu trouver ces témoins qui confirment la culpabilité des suspects » En fait cétait un scénario pour dédouaner larmée et faire porter la responsabilité de lassassinat de Lounès Matoub auxterroristes.Jai donc fait la cassette en arabe et en kabyle. Cest cet homme appelé Mohamed qui mordonne ce que je dois dire. Il y a aussi deux autres militaires qui mettent la pression. Puis une fois l’enregistrement achevé, ils me ramènent dans la cellule. Et là, cest Ait-Hammouda qui vient, mefélicite et me remet une table de chocolat. Il me conseille de dire la même chose devant la justice. Ace moment, je ne sais pas ce que veut dire justice, je ne sais pas ce quest un procureur de laRépublique, un juge dinstruction.
En fait je me demande si jétais dans mon état normal en faisant cet enregistrement. Je suis tout à fait conscient sur le moment mais je métonne de mêtre laissé commander, de navoir opposéaucune résistance, de ne pas avoir refusé. Cest ce qui me fait croire que jai été drogué avec unesubstance provenant soit de la piqûre, soit de la fumée.
Après 3 ou 4 jours, jai entendu la voix de mon père. A lendroit du guichet où les militaires regardent dans la cellule il y a une petite fente qui me permettait de regarder dans le couloir sur le côté, et jevois mon père. Il est dans un état lamentable, tous ses habits sont déchirés, il pleure. Je nen croispas mes yeux. Ils lenferment dans une cellule en face de la mienne pour len sortir dix minutes plus tard. En fait mon père a été arrêté environ un mois après moi, le 25 mars. Il avait déposé plainte auniveau de la gendarmerie en raison de ma disparition. Mon père me cherchait partout. Comme jenapparaissais pas, mon ami avec lequel je travaillais est allé à la police pour dire que javais été enlevé par leurs hommes et que sil métait arrivé quelque chose cétaient les forces de sécurité quien étaient responsables. Dans laprès-midi de ce jour, il a été arrêté et devant les menaces il a ditquil navait rien vu. Le 25 mars cest une voiture qui sarrête à côté de mon père, un homme en civil laborde et luidemande sil cherche son fils. Il approuve et linconnu lui dit que je me trouve chez eux. Il lui proposede laccompagner pour me voir. Et cest ainsi quil se retrouve au secteur militaire de Tizi-Ouzou. En fait il a été enlevé en plein centre ville. Il est resté enfermé pendant huit jours dans un conteneur ausecteur militaire de Tadmait sur la route dAlger. Là, il a été torturé, on a lâché les chiens sur lui et enplus il a subi aussi cette fumée hallucinogène. Mais contrairement à moi, ce quil a vécu cétait l’enfer. Il a vu une scène où jétais égorgé devant lui. Une fois à Blida, après avoir donc passé huitjours dans ce conteneur, Djebbar lui a parlé, mon père lui a demandé pourquoi javais été tué.Djebbar lui a dit que je nétais pas mort, que jétais chez eux. Ils lont emmené dans la salle où se trouvaient les ordinateurs. Ils my ont emmené aussi. Quand il ma vu, il a chancelé et a affirmé queje nétais pas son fils. « Mon fils est mort, ne tapproche pas de moi ». Ils mont torturé devant monpère, je ne peux pas raconter ce quils mont fait. Et le fait de voir mon père dans cet état ma énormément choqué. Ils mont ramené à la cellule et un peu plus tard jai demandé au gardien si jene pouvais pas voir mon père juste pour cinq minutes qui se trouvait dans une cellule voisine. Il myautorise. Je parle avec lui et jarrive à le persuader que je suis bien son fils. Il me dit que toute notre famille est massacrée. Quil a vu comment tous y étaient passés. Je lui dis de mon côté dobéir àleurs ordres sil veut sortir vivant de cet endroit. Ils lont amené dans un bureau où se trouvait Djebbar et il a fait le même témoignage que moi.La veille de notre départ, je vois Djebbar qui me dit quon part le lendemain, que je resterai trois joursen prison et quensuite je passerai devant la justice. Il fallait juste que je répète ce que je leur avais dit, en fait que je témoigne avoir vu Medjoun et Chenoui. Ils mont fait signer des PV en arabe. Monpère aussi a signé. Ils nous ont emmené faire une visite médicale. En entrant dans la salle, lamédecin en me voyant dit : « Celui-là, cela ne fait pas longtemps que je lai vu, je lai vu chez le colonel Djebbar ». Et en fait cest ainsi que jai appris que cet homme que javais vu souvent,notamment en compagnie de Ait-Hammouda était Mhenna Djebbar. Ils mont sorti et ont fait entrermon père. On a quitté ensemble Blida le 6 avril pour aller Tizi-Ouzou. Chacun était dans une voiture blindée, il yavait dans chaque voiture trois agents armés jusquaux dents. On aurait cru quils transportaientHassan Hattab ! A la sortie de Blida ils nous enlevé les bandeaux. Jétais extrêmement choqué, je
voyais un autre monde, des gens, des voitures, cétait comme dans un film.
A Tizi-Ouzou ils nous ont tout de suite présentés au procureur général. Ce dernier ma demandé pourquoi je navais pas déclaré plus tôt avoir vu les assassins de Matoub. Je répondais que jétaistrop jeune, que mon père mavait conseillé de ne rien dire. Il me questionne si je les avais vus, jeconfirme. On doit passer devant le juge dinstruction. Mon père qui avait déjà été interrogé par le procureur me dit en sortant en Kabyle de refuser de parler sans la présence dun avocat.Je demande au juge dinstruction si le fait davoir un avocat change quelque chose au fait quilsmenvoient en prison. Il me répond quavec ou sans, je passerai par la prison. Je décide donc de ne parler quen présence dun avocat. Il avait les cassettes enregistrées sur son bureau. Les agents dela SM nous transfèrent en prison. Je mattendais à un lieu comme Haouch Chnou à Blida. Je leurdemandais sur le chemin dintervenir pour quils ne nous battent pas en prison. Arrivés devant la
prison, il savère que celle-ci est fermée. On nous place donc dans deux cellules et on a pu parler toute la nuit, mon père et moi. Il ma raconté comment il avait été arrêté. Il me raconte de nouveauque toute la famille a été assassinée et moi je le crois. Même à ce moment, je ne suis pas vraimentdans mon état normal, par moment cest comme si je me fichais de la mort des miens. Je me dis parfois que comme il sest trompé à mon sujet, peut être que notre famille aussi est vivante, etparfois, je le crois. Et en plus je suis persuadé à ce moment que je serai remis en liberté dans troisjours comme me la affirmé le colonel Djebbar. Le lendemain on nous emmène dans une grande salle de prison. Il y a des gens que je connais. Ilfaut dire que jusquà ce moment notre famille ne sait rien de nous, ni de mon sort, ni de celui de monpère. Ils sont dans une grande angoisse, dailleurs tout le village se terre dès 18h craignant que ses habitants soient eux aussi victimes de ces enlèvements. Mon père est emmené dans un autre bloc,je suis dans une salle avec 60 à 65 prisonniers. Les prisonniers sont très sympathiques avec moidès quils apprennent que je suis arrêté dans laffaire Matoub. Ils sont gentils, me font parvenir des
objets de première nécessité. Cest parce que personne ne croit à la version officielle et que tout le monde sait que mon père et moi sommes victimes dune machination. Je nai même pas eu besoinde leur raconter toute mon histoire, tous compatissent avec moi. Je me demande toujours ce quisest passé avec ma famille, jen parle à dautres. Lun des prisonniers doit être libéré quelques jours plus tard. Il va tout de suite rendre visite à ma mère. Elle et mes frères et soeurs sont en vie. Et poureux cette visite est très importante puisquenfin ils apprennent où mon père et moi, nous nous trouvons. Et dailleurs, ensuite, ils sont venus nous rendre visite.On ma présenté trois fois au juge dinstruction, Abbassi Mohamed, le 6 avril 2002, le 18 mai, le 16juin. Jétais inculpé pour « non dénonciation de lassassinat de Lounès Matoub ». Quand je lui ai raconté quon mavait séquestré pendant 40 jours, torturé et forcé de faire de faux aveux, il ma ditde ne pas raconter cela, de répéter ce que les gens de la SM exigeaient de moi. Il essayait de mepersuader que jétais jeune, que si je ne faisais pas un faux témoignage je resterai 10 ans en prison.
Mais jétais décidé de ne pas faire de faire de faux témoignage.
Il a fallu que je change davocat parce que celui qui devait me défendre me poussait aussi àconfirmer mon faux témoignage. Finalement jai été placé en liberté provisoire. Jai repris mon travailmais je me cachais. Jétais dans le quartier dans lequel en raison des évènements de Kabylie lapolice nentrait pas. Je nallais que rarement voir ma mère pour ne pas mexposer au danger.
On devait passer en justice le 10 novembre. La veille je suis allé voir mon avocat. Il ne voulait plussoccuper de laffaire parce que le juge avait changé et quil craignait que celui devant lequel nousdevions passer mon père et moi nous condamnerait à de très fortes peines de prison. Il nous aconseillé de faire reporter le procès. Je suis donc passé devant le tribunal le 21 mars 2004. Jai raconté ce qui sétait passé : lenlèvement, la torture, les faux aveux. En plus, mon père et moinétions pas sur les lieux du crime. Javais des témoins, je me trouvais au travail. Jai été acquittémais mon père malheureusement a été condamné à trois ans de prison. Pourtant il travaillait à ce moment à lhôpital, ses collègues et son supérieur ont témoigné quau moment du meurtre il setrouvait à lhôpital. Mais il fallait que lun dentre nous soit condamné car sinon toute leur machination concernant lassassinat de Lounes Matoub tombait à leau. Et sans ce mensonge, il aurait peut être même fallu libérer les deux suspects Chenoui et Medjnoun.Deux semaines après le procès jai quitté le pays. Javais déjà fait une demande de visa etheureusement cest allé très vite. Je suis en France maintenant.
article de « Algeria-Watch »

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assassinat de Matoub-extrait de l’ouvrage de L.Aggoun & J-P Rivoire (francalgerie, crimes et mensonges)

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

La carte kabyle contre Zeroual
En organisant les terribles massacres de l’été 1997, le « clan éradicateur » visait notamment, on l’a vu, à déstabiliser le clan présidentiel et empêcher le général Betchine d’accroître son pouvoir. Selon le MAOL, le conflit entre les deux clans atteint son apogée au printemps 1988. L’urgence pour le « clan français » devient critique lorsque le général Betchine est soupçonné « de préparer avec d’autres officiers [...] une « nuit des longs couteaux ». [...] Un des grands coups réalisés par le bureau de Betchine est le limogeage du général Abdelmadjid Taright pour cause de corruption ou celui du général Saïd Bey [...] suite à sa passivité coupable avant et après les grands massacres de 1997 . » La situation est donc sérieuse pour le « clan Belkheir » et celui-ci est désormais décidé à se débarrasser du général Zéroual, président trop indocile. Encore faut-il lui trouver un remplaçant crédible. Abdelaziz Bouteflika, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene, marginalisé des allées du pouvoir depuis de longues années, est alors discrètement approché. Selon l’ex-colonel B. Ali, « Bouteflika savait qu’il allait être président bien avant le départ de Zéroual. Des contacts avaient été pris en Suisse (réunions à Genève et aux Émirats, sous le patronage de cheikh Zaïd) dès mars 1998 ». Voilà pour la relève… Il reste à provoquer son enfantement. Mais que faire lorsque les massacres de masse de l’année 1997 n’ont pas réussi à faire plier le duo Zéroual-Betchine ? La solution, quand rien ne marche, consiste à jouer la « carte kabyle ». Les « décideurs » envisagent ainsi de mobiliser la Kabylie pour contrer le projet d’ »arabisation totale » promu par le gouvernement Ouyahia , mais cela ne constitue pas en soi une nouveauté susceptible de justifier une explosion à même de fragiliser le pouvoir présidentiel… Fin juin, c’est l’assassinat du très populaire chanteur Lounès Matoub qui va faire basculer la région dans la violence et provoquer finalement la chute du président Zéroual.

L’assassinat de Lounès Matoub

Le jeudi 25 juin 1998, vers 13 h 30, alors qu’il aborde un virage serré si route le ramenant de Tizi-Ouzou à Béni-Douala, son village, la voitun Lounès Matoub essuie des rafales de mitraillette provenant d’un talus plombant la route. Le chanteur meurt sur place. Quelques jours plus tard, la Kabylie tout entière s’embrase contre le régime, en protestation contre l’assassinat de son chanteur fétiche. Quelques semaines après Liamine Zen annoncera sa démission.

Le jour de l’embuscade mortelle, criblé de balles, le chanteur agoni en se vidant de son sang. Également présentes dans la voiture, son épouse Nadia et les deux sœurs de celle-ci sont légèrement blessées. Après s’être approchés de la voiture pour s’assurer de la mort du chanteur, les tueurs quittent les en criant ostensiblement des « Allah akbar ! » caractéristiques des islamistes.
Dans les minutes qui suivent l’opération, Noureddine Aït-Hamouda, député local du RCD et chef des « patriotes » (miliciens) de Kabylie, appelle frénétiquement les télés françaises. Manifestement bien renseigné sur ce qui vient de se produire, il annonce la mort de Lounès Matoub et martèle un message : « Les tueurs sont des islamistes du GIA. » La plupart des médias français relaient la version d’Aït-Hamouda pendant plusieurs jours, contribuant ainsi à accréditer dans le monde entier l’idée que Matoub a bien été victime de la « barbarie islamiste ».
Mais la population kabyle, elle, n’en croit pas un mot : au cri de « Pouvoir assassin ! », des milliers de jeunes persuadés que leur idole a été assassinée sur ordre du DRS se mettent à manifester. Dans les semaines précédant l’opération, les habitants de Tala-Bounane, le hameau où s’est déroulé l’attentat, ont en effet surpris des militaires en train d’effectuer d’étranges repérages sur la route : « La Sécurité militaire a étudié le terrain pendant des mois, raconte ainsi un habitant. Chaque jour, un officier de Tizi-Ouzou venait faire son petit footing le long de la route »

Choqués, les habitants racontent également les harcèlements que leur ont fait subir des civils armés se déplaçant manifestement en toute impunité : « Ils rôdaient dans les alentours de Tala-Bounane depuis plusieurs mois, raconte ainsi une habitante. Ils cognaient aux portes vers 9 ou 10 heures du soir, comme pour nous effrayer. Ils se faisaient passer pour des islamistes. Ils portaient barbes et perruques, ils étaient sales, mais nous savions qu’il s’agissait de gens de l’État, de la Sécurité militaire ]. »

Préoccupés, les habitants tentent d’alerter les autorités : « On a prévenu la gendarmerie, on leur a signalé la présence d’étrangers armés se promenant en plein jour dans le secteur. Mais les gendarmes nous ont répondu que ces individus ne nous avaient rien fait et qu’il fallait leur foutre la paix », ajoute un autre habitant .
Le 22 juin 1998, soit trois jours avant l’attentat, très inquiets de la passivité des autorités et persuadés qu’un massacre est en préparation dans la région, les habitants de Tala-Bounane alertent par fax les autorités algériennes, plusieurs médias français et Amnesty International.
Le matin du 25 juin, la menace se précise : sur la route qui descend vers Tizi-Ouzou, plusieurs voitures banalisées immatriculées à Alger se postent sous les arbres ou au détour des virages. À bord, des civils munis de taïkieswalkies. En fin de matinée, prétextant un ratissage en préparation dans la zone, les gendarmes ordonnent aux habitants de Tala-Bounane de ne pas sortir de chez eux. Vers midi, alors que Matoub déjeune avec son épouse et ses deux belles-sœurs au restaurant Le Concorde de Tizi-Ouzou, les gendarmes dévient la circulation vers la route passant par le centre de Tala-Bounane. Seule la Mercedes noire de Lounès sera autorisée à emprunter la route principale sur laquelle elle sera mitraillée.

Quelques instants avant que le véhicule arrive à la hauteur du lieu de l’embuscade, un habitant aperçoit le commando de tueurs, des hommes manifestement étrangers à la région : « J’ai entendu un grésillement de taïkie- walkie. Je me suis retourné, et j’ai vu sept hommes descendre de l’oliveraie. J’ai fait semblant de ne pas les voir… Ce qui était bizarre, c’est que les terroristes de la région ne passent jamais par la forêt. Ils empruntent la route normale. Si c’était les GIA du coin, j’en aurais au moins reconnu un ou deux, on les connaît . » D’autant plus curieux que cela se passe en plein jour, dans une zone infestée de militaires et de gendarmes. Vers 13 h 30, Matoub arrive à la hauteur de Tala-Bounane… C’est l’embuscade. On relèvera plus de soixante-dix-huit impacts de balles sur la carrosserie de sa Mercedes.
Occupés à ramasser des cailloux sur la route, deux gamins assistent à la scène : « Après avoir tué Matoub, ils l’ont sorti de la voiture et ils l’ont filmé », affirmera l’un d’eux. « Un peu plus tard, je les ai vus revenir avec des tenues militaires », dira son camarade. « II y avait un camion de l’armée sur la route », confirme une femme habitant en contrebas du lieu de l’attentat. « Après l’assassinat, les assaillants sont repartis en longeant ma maison. Ils sont descendus sous la route et là [peu après], ils sont remontés habillés en tenue militaire . » Quelques jours après l’attentat, les gendarmes locaux, qui avaient été impliqués dans la sécurisation du secteur sous prétexte de ratissage, sont mutés et l’affaire Matoub est classée.
Dès le 25 juin, les plus hauts dirigeants du RCD déploient une énergie considérable pour convaincre le monde entier que, contrairement à ce que dénoncent les jeunes manifestants kabyles, l’opération a bien été par des islamistes : dans les heures qui suivent l’attentat, certains de ses dirigeants appellent Malika Matoub, en région parisienne, et l’incitent à raconter à la télévision française que son frère a été assassiné « par le GIA » – thèse qu’elle relaiera pendant longtemps. En Kabylie, le RCD édite et distribue 10 000 exemplaires un tract dénonçant un assassinat « islamiste ». Il est placardé sur les façades de Tizi-Ouzou dans l’heure qui suit le meurtre.

La campagne lancée par le RCD produit son effet : en quelques jours, la communauté internationale et une partie de l’opinion algérienne se laissent convaincre que Lounès a été tué par des islamistes. Une fois encore, un assassinat commandité par l’un des clans du pouvoir est donc faussement attribué au GIA. Reste à comprendre qui avait intérêt à éliminer l’un des plus grands chanteurs kabyles et pourquoi.

Assassins DRS et complicités locales

L’assassinat de Lounès Matoub compte parmi les affaires qui ont fait couler le plus d’encre et donné lieu à de nombreux documents télévisés et divers procès. Elle est à la mesure du personnage, controversée, riche en ramifications et en manipulations. En Kabylie, chaque habitant ou presque est en mesure de donner son propre détail croustillant sur les circonstances de cette mort. Tous mettent en cause le régime et la plupart impliquent les milices locales dans l’exécution. Dès le début, le zèle des responsables du RCD à mettre tout de suite le meurtre sur le dos du « GIA » en a intrigué plus d’un. Le jour de l’enterrement, Saïd Sadi, qui met lui-même en cause des « complicités locales » – dans sa dialectique, il faut les chercher au sein du FFS -, est pris à partie par la population.

Faute de commission d’enquête indépendante du régime – on peut comprendre ses réticences à la réunir – et ne pouvant jouir des libertés et de la sécurité nécessaires pour enquêter et faire le tri parmi toutes les versions qui circulent, ne pouvant exposer les multiples témoins que nous avons entendus sans mettre leur vie en péril, nous avons choisi de ne retenir ici que l’essentiel. Un récit détaillé du « complot » qui serait derrière la mort du chanteur a été présenté en 2002 par le MAOL sur son site web. Souvent confus (à la différence de la plupart des dossiers publiés antérieurement par les officiers dissidents), il est impossible de confirmer ce récit, faute de témoignages de l’ »intérieur » du pouvoir permettant les recoupements que dicte une enquête sérieuse. Nous ne donnerons pas davantage écho aux aspects graveleux de l’affaire (évoqués aussi sur le site du MAOL), qui expliqueraient le choix de Lounès Matoub comme victime expiatoire, comme « allumette » de l’incendie qui secouera la Kabylie.

En septembre 2000, l’ex-colonel B. Ali, du MAOL, nous a en tout cas confirmé que le « clan éradicateur » au sein du pouvoir cherchait à l’époque à provoquer des révoltes en Kabylie pour justifier un coup d’État contre le président Zéroual et aurait imaginé pour cela d’éliminer le chanteur : « II fallait mettre la région à feu et à sang, la mobiliser quels que soient les moyens . « À notre connaissance, il y avait trois ou quatre types en couverture et cinq tueurs », précisera l’ancien porte-parole du MAOL. Parmi les tueurs, fidèles à leur stratégie, les agents du DRS ont sans doute pris le soin de dépêcher sur les lieux de l’attentat des « terroristes islamistes » dont le rôle consistera à accréditer la thèse d’un acte des GIA. Depuis, le régime se perdra d’ailleurs dans les invraisemblances des boucs émissaires présentés à la télévision algérienne – comme pour tous les autres attentats spectaculaires, notamment celui de Kasdi Merbah – et avouant être les auteurs de l’assassinat.
En l’état actuel des informations disponibles, il est impossible de savoir dans quelle mesure certains responsables du RCD auraient été impliqués, comme cela a été dit, dans l’opération. Car le motif, en effet hautement probable, de soulever la Kabylie par cet assassinat, n’explique pas pourquoi des responsables du RCD auraient consenti à prêter main-forte à la liquidation d’un homme qui comptait selon eux parmi leurs amis – ce qui d’ailleurs constitue l’un des rares arguments qu’ils invoquent pour nier leur implication.

Sans qu’on puisse en déduire qu’ils étaient informés de l’assassinat qui se préparait, il est en tout cas établi que certains de ces responsables ont joué un rôle dans les préliminaires de l’opération. Ainsi, il fallait amener Lounès Matoub sur les lieux de l’attentat, ce à quoi collabora efficacement le RCD en le faisant revenir de Paris au motif de l’aider à obtenir le visa de son épouse qu’il comptait emmener avec lui en France. Selon le MAOL, « c’est le chef d’antenne du DRS à Paris, le colonel Smaïn Seghir, de son vrai nom Ali Benguedda (très intime de Smaïl Lamari qui l’a nommé à ce poste après le décès du lieutenant-colonel Mahmoud Souamès), qui a annoncé à Toufik et Smaïl Lamari l’imminence du voyage de Matoub à Alger avant même que celui-ci ne prenne son billet d’avion ».

Le 18 juin, l’ambassade de France à Alger avertit le RCD que le visa est accordé. Mais Matoub n’en saura rien. Le 25 juin, c’est l’embuscade mortelle. Depuis quelques jours, on l’a vu, la gendarmerie de Béni-Douala avait sécurisé la zone, aidée des miliciens locaux et aussi, d’après certains témoignages, de la milice de Bougie.

| Un documentaire dévoilant les dessous de cette affaire sera diffusé le 31 octobre 2000 sur Canal Plus, dans le cadre de l’émission « 90 minutes ». Quelques semaines après une première diffusion cryptée, Alain de Greef, le directeur des programmes de Canal Plus, acceptera une rediffusion exceptionnelle en clair. Gravement mis en cause par cette enquête, Saïd Sadi et Noureddine Aït-Hamouda n’engageront aucune procédure en justice contre Canal Plus. Seule la cellule « Immigration » du RCD intentera un procès à la chaîne mais elle sera déboutée en raison d’une erreur de procédure.

La chute du duo Zéroual-Betchine

Au plan politique, l’assassinat de Lounès Matoub est un véritable cataclysme pour le président Zéroual. À dix jours de l’entrée en vigueur de sa loi d’arabisation, il provoque en Kabylie de très graves émeutes qui déstabilisent l’ensemble du clan présidentiel. Le 1er juillet, alors qu’il est très gravement contesté dans toute la Kabylie, Zéroual lance une mise en garde contre tous ceux qui « portent la haine en Algérie ».
Le calcul du « clan Beikheir » était bien que le meurtre du chanteur kabyle provoque une poussée de fièvre dans sa région, suffisante pour mettre l’armée en situation d’intervenir dans le cadre d’un état d’exception (pour cela, les généraux pouvaient se passer de l’aval du président, puisque le chef d’état-major Mohamed Lamari disposait d’une délégation de signature au titre de ministre de la Défense) et pour enclencher le mécanisme habituel émeutes-répression-suspension des institutions-reprise en main du pouvoir par Larbi Beikheir et ses acolytes. Mais cela sera inutile : « Le soir de la mort de Matoub, nous a affirmé l’ex-colonel B. Ali, Zéroual a accepté de quitter le pouvoir. Ses adversaires n’ont même pas eu à appliquer l’état d’exception. Ils lui ont par contre demandé de ne pas partir dans la chaleur de l’action, son éviction aurait été trop flagrante. »

Suite à cet épisode, les généraux éradicateurs orchestrent une violente campagne de presse contre le général Betchine, visant à l’empêcher d’être candidat à la prochaine élection présidentielle… Fin août, le président tente encore de défendre son ami et conseiller, dénonçant dans un discours les « manœuvres politiciennes, rumeurs et atteintes à l’ordre public ». Mais à la fin de l’été, la campagne de presse prend une tournure encore plus violente : alors que L’Authentique, journal proche de Betchine, accuse le directeur du Matin d’avoir le visage « lavé à l’urine », celui-ci réplique au journaliste de L’Authentique en l’accusant de se « complaire dans le rôle de la favorite dans le harem de Betchine « .
Le 1er septembre 1998, répondant aux attaques contre Betchine, le clan Zéroual lance dans Demain l’Algérie des accusations gravissimes : un article, intitulé « Qui est Mister Jeannot et Chapôt ? » – que nous avons déjà cité (voir supra, chapitre 13) -, accuse sans le nommer le général Larbi Belkheir, le patron du « clan éradicateur », d’avoir longtemps été un « indicateur de l’Elysée » et d’avoir créé des « escadrons de la mort », ce qui dans le contexte de l’époque revient à accuser les généraux proches de Belkheir d’être derrière certains massacres. La ligne rouge est franchie. Le 9 septembre, convoqué par ses collègues les généraux Mohamed Lamari, Toufîk Médiène et Smaïl Lamari, Liamine Zéroual accepte de précipiter son départ .
Le 11, il annonce dans un discours radiotélévisé sa démission et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée avant février 1999 (elles seront ensuite repoussées à avril). Comme pour rassurer ses collègues du « clan éradicateur », il garantit qu’il ne sera pas candidat. Mais, comme s’il était également désireux de montrer qu’on lui a forcé la main, il ne donne aucune justification à ce départ précipité. Début octobre, la campagne de presse contre le général Betchine, qui n’a toujours pas démissionné, s’accentue : le 12, Hichem Aboud, ancien membre de la Sécurité militaire, publie une lettre ouverte accusant le conseiller de Liamine Zéroual d’être impliqué dans les tortures de 1988 (ce qui, on l’a vu au chapitre 5, est parfaitement exact). Le même jour, El-Watan met gravement en cause Mohamed Adami, ministre de la Justice et proche de Betchine. Le 14, le quotidien d’Omar Belhouchet ajoute que le ministre est impliqué dans un trafic de voitures. Le 15, Kamel Rezzag-Bara, directeur de l’ONDH, enfonce encore un peu plus l’ami du général Betchine en le mettant en cause à propos d’une bavure pénitentiaire survenue un an auparavant.

Le 17 octobre, excédé par cette campagne de la presse éradicatrice le gouvernement ordonne aux imprimeries d’État de ne plus imprimer El-Watan ni Le Matin sous prétexte de dettes. Mais le 19 octobre, Adami est contraint de démissionner. Le lendemain, Mohamed Betchine est à son tour contraint de quitter son poste de ministre conseiller du président de la République. Grâce au soulèvement de la Kabylie et au relais d’une partie de la presse, le « clan éradicateur » a donc obtenu la chute du clan présidentiel. Il ne lui reste alors qu’à organiser l’élection d’Abdelaziz Bouteflika, un nouveau paravent destiné à conférer au haut commandement militaire une vitrine civile de nature à faire à nouveau oublier qui détient le vrai pouvoir en Algérie…

Bouteflika, le nouveau paravent

Mais si la « solution Bouteflika », on l’a vu, est dans les tablettes de Larbi Belkheir depuis déjà quelques mois, ce choix risque de rencontrer des résistances au sein de l’État français. Lorsque son nom avait été évoqué début 1994 pour succéder au HCE à la tête de l’État (voir supra, chapitre 19), le Quai d’Orsay avait émis ses réserves à la perspective de voir l’ancien second de Boumediene reprendre du service. Mais de l’eau a coulé sous les ponts et Bouteflika a eu le temps de comprendre que la main qu’il n’a pas pu mordre, mieux valait l’embrasser.

Selon Le Canard enchaîné, c’est le général Larbi Beikheir lui-même qui se charge dès la fin 1998 de « vendre » la candidature Bouteflika aux dirigeants politiques français : « Au mieux avec les proches de Charles Pasqua, comme avec l’entourage de François Mitterrand, notamment Hubert Védrine et Jack Lang, Belkheir peut aussi compter à Paris sur l’aide de quelques hommes d’affaires algériens. Le plus proche, Abdeikader Koudjeti, [...] francophone séduisant, qui a conservé de nombreuses relations chez Thomson et Total, n’a pas son pareil pour vanter l’amitié franco-algérienne autour d’un alcool fort dans son hôtel particulier du 16e arrondissement . »
Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika est finalement « élu », mais dans des conditions plus que douteuses : constatant que le DRS faisait pression sur les administrations pour organiser la fraude en sa faveur, les six autres candidats (Hocine Aït-Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah, Mokdad Sifi et Youcef Khatib) ont en effet décidé de se retirer du scrutin au dernier moment . Du coup, Bouteflika apparaît comme le « candidat unique » de l’armée et peu d’électeurs se déplacent, ce qui ne déplaît pas à ses soutiens militaires, dont le souci principal est qu’il ne tente pas de s’émanciper. Alors que l’armée ne voulait lui allouer que 53 % des suffrages pour raccourcir la bride par laquelle ils le tiennent, Bouteflika fera pression auprès de cette institution tutrice pour qu’il soit crédité d’un meilleur score que son prédécesseur Zéroual en 1995 . Il recueille donc officiellement 73,79 % des suffrages exprimés, pour un taux de participation flatteur de 60,25 %, moyennant une fraude effectivement massive (que des « sources militaires » s’empressent de confirmer à la presse internationale – témoin d’un scrutin à bureaux déserts , en précisant que le taux de participation ne dépasse pas 25 % ). Le 16 avril 1999, les dissidents du MAOL publient un communiqué détaillant les « vrais résultats des élections » : pour eux, seuls 23,03 % des électeurs se sont déplacés pour voter. « Si le gouvernement n’a pas démenti nos chiffres, c’est parce qu’il sait que nous avons la disquette informatique des résultats », assurera plus tard l’ex-colonel B. Ali .

Extrait de l’ouvrage : Lounis AGGOUN et Jean-Baptiste RIVOIRE, Françalgérie, crimes et mensonges d’États. Histoire secrète, de la guerre d’indépendance à la « troisième guerre » d’Algérie, éditions La Découverte, Paris, 2004. Collection « Cahiers libres »

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