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temoignage de ahmed cherbi dans l’affaire de l’assassinat de matoub lounes

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

Observatoire des droits
humains en Algérie (ODHA),
Témoignage recueilli en
février 2005

samedi 25 juin 2005
Résumé :
Ahmed Cherbi, enlevé et torturé en 2002 pour confirmer la version officielle de l’assassinat de Lounès Matoub

Je travaillais dans un parking de voitures tout à côté de lhôpital à Tizi-Ouzou. Le 27 février 2002 à 11h 30 jai vu une voiture arriver. Lami qui travaillait avec moi a vu trois voitures. Deux hommes encivil en descendent et se dirigent vers moi. Chacun me prend par un bras et ils mordonnent de lessuivre. A ce moment je ne sais pas qui sont ces hommes, sont ils des policiers, des gendarmes, des hommes de la Sécurité militaire … Ils ne mont rien dit dautre, ne mont pas annoncé que jétais enétat darrestation. Ils ne mont même pas demandé si jétais bien M. Cherbi. Ils memmènent vers lavoiture, me mettent un sac noir sur la tête et placent des menottes. Ils essaient de mapaiser :
t’inquiète pas Mohamed, il faut être correct avec nous, tu es en sécurité avec nous, rien ne tarrivera. Je pensais que jétais arrêté en raison des évènements en Kabylie auxquels javais participé.Là où je travaille, le secteur militaire nest pas loin et le central de police non plus. Le trajet a duréquelques minutes. En fait cinq minutes après larrestation, je me trouvais dans un bureau. Je pensaisque jétais au Central. On ma enlevé la cagoule. Les trois qui mont arrêté sont dans la pièce, lundentre eux sappelle Kader, il est de Ain-Defla. C’est un agent du DRS et cest lui qui me torturera.Un monsieur entre avec un gros dossier entre les mains. Il ferme la porte derrière lui et cest là queje vois que derrière cette porte est accrochée une tenue militaire de combat. Et je comprends que jeme trouve au secteur militaire.Lhomme qui est entré maborde e disant : « sois avec nous, viens avec nous, naie pas peur ». Jeréponds que je nai rien fait, que je travaille et cest tout, il rétorque : « je sais que tu na rien fait maissois correct avec nous, sois un homme, tinquiète pas. » A ce moment ils ne mont toujours pas dit pourquoi jai été arrêté. Ils mont complètement déshabillé et mis tout nu dans une toute petitecellule. Ils mont laissé pendant trois heures tout nu, puis Kader est venu et ma remis mes habits.Puis ils mont amené dans le bureau dun certain commandant Nahal Rachid (Ce nest plus tard que
je saurai son nom). Ils me montre des petites cassettes vidéo, et il me dit : « ce sont des cassettes de Matoub, veux tu les voir … ». Je réponds : « que vais-je faire avec … ». Il me dit : « Je vais tenvoyer àAlger, tu as du travail avec les gens dAlger, sois un homme. Tu collabores avec eux, ensuite ils terelâcheront et tu reprendras ton travail ». Je répète que je nai rien fait, que je veux rentrer à la maison. » Mais rien à faire, ils ont décidé de memmener à Alger. On me ramène dans la cellule où jesuis enfermé pendant trois jours. Je nai pas eu à manger, ni à boire. Ce nest que le samedi matinque Kader men sort. Il me bande les yeux mais je vois un peu par en haut et en bas. Quand il sen
rend compte il me met un sac noir sur la tête. Ils mont transféré dans une voire noire. Ils étaient quatre. Jétais entre les deux homes assisderrière, ils mont couvert de vestes pour ne pas quon me voie de lextérieur. Je pensais quilsmemmenaient à Alger, en fait je suis arrivé à Blida.
En réalité je me trouve au CTRI de Blida à Haouch Chnou. Ils me font entrer dans une pièce et me « cuisinent ». Le colonel Mhenna Djebbar y est. A ce moment je ne sais pas qui est cet officier. Jeraconterai plus tard comment jai su quil sagissait de lui. Il veut que javoue avoir vu les assassinsde Lounès Matoub. Les militaires me montrent les photos de cinq personnes : Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel, Deux sont en prison, les autres ont été abattus. Ils veulent me faire dire que le jour de lassassinat, mon père et moi nous nous trouvions sur place et quà 13h13mn on aurait entendu des coups de feu et vu comment ces cinq personnes avaient tué Matoub. Jenavais jamais vu Chenoui, je lai rencontré pour la première fois plus tard en prison. Jai dit que jene pouvais dénoncer des gens que je ne connaissais pas du tout, je ne pouvais pas faire un fauxtémoignage. Ils ont prétendu que mon père avait donné cette version. A lépoque jétais mineur. Maisje ne pouvais pas dire une chose pareille, dans ce cas, comment justifier que je nen avais pas parléauparavant aux autorités … Matoub avait été tué en juin 1998, on était en avril 2002. Ils memenacent : « Tu sais que des gens qui entrent ici, rares sont ceux qui en ressortent ». Je réponds, queje préfère mourir que de dire des mensonges. Ils me mettent dans une cellule dans laquelle je resteenviron une semaine – 10 jours sans en sortir. La cellule est toute petite, je ne peux pas métendre etil y a des gouttes qui tombent du plafond. Cest insupportable. Tous les matins à 6h environ, on mesort pour aller aux toilettes qui sont extrêmement sales. Je nai pas le droit dy rester plus duneminute et demi et ce menotté.Il y a des cellules à côté de la mienne. Et je sais quil y a des prisonniers. Nous ne pouvons pascommuniquer mais nous nous manifestons en frappant avec nos menottes au mur, en fait pour nousréconforter les uns les autres. Un jour, tous ont été emmenés, je ne sais où. Je restais seul mais peuaprès ils mont emmené au bureau. Djebbar y est, en civil. Il y a un autre civil qui savèrera être undéputé du RCD, Nourredine Ait-Hammouda, mais à ce moment, je ne sais pas qui il est. Il me parleen kabyle. Il me demande « pourquoi tu ne dis pas ce quon te dit de dire, tu sais que ceux qui entrentici nen ressortent pas. Si tu veux sortir, tu dis ce quils veulent, tu fais un témoignage, il y a desjournalistes ici, tu leur parles et leur fais comprendre, ils répercuteront ce que tu as dit. Tu passerasdevant la justice, tu leur dis la même chose et il narrivera rien. Ensuite on te donnera ce que tuveux. Tu veux un visa, on te le donnera, tu veux une maison, on te la donnera, enfin tout ce que tuveux, tu lauras. » Je lui répond : « pourquoi tu me demandes ça … On est tous les deux Kabyles, aidemoi à sortir de là. » Il me regarde : « Tu ne sortiras que si tu leur dis ce quils veulent, sinon tu nesortiras dici. » Il est parti.Ils mont ramené dans une cellule. Trois jours après, en pleine nuit, ils sont venus me chercher, medisant quil y a un concert auquel je devais assister. Ils memmènent dans une grande salle. Il y ades matériaux de construction, des ordinateurs, une échelle en bois. Je ne savais pas que cétaitune salle de torture. Ils mont attaché à léchelle et mont fait tomber dun côté puis de lautre, ils lontfait au moins 4 ou 5 fois. Ensuite, ils mont détaché et mont plongé la tête dans une grande bassinedans laquelle il y avait de leau nauséabonde et savonneuse. Cela a bien duré une heure. Leau merentrait dans les oreilles. Je suffoquais, je pensais ne pas tenir. Ceux qui mont torturé étaientappelés Babay, Mounir et Zaatout. Quand ils mont ramené dans la cellule, tout bruit retentissaitdans mes oreilles comme des explosions. Il y avait des gouttes deau qui tombaient du plafond etcétait à chaque fois un choc dans mes oreilles. Je me les bouchais des deux mains mais cétaitinsupportable.Le lendemain, il mont ressorti de la cellule vers 21h et emmené dans la même salle. Ils étaient àtrois, en tenue militaire mais pas cagoulés. Cette fois-ci ils mont roué de coup de rangers et depoings, sur tout le corps. Babay ma dit : « Ma femme accouche aujourdhui et à cause de toi je nepeux pas laccompagner, je tarrache la peau ! ». Ils ont repris la torture de la bassine. Puis ils montremis dans la cellule. Je suis tombé malade, jétais incapable de me lever. A midi et le soir on medonnait un petit morceau de pain, pas plus.Cela faisait 17 jours que jétais chez eux quand ils mont emmené dans une salle où il y avait descanapés. Il y avait une femme médecin qui ma examiné et fait une piqûre. Djebbar était là. Lelendemain ils mont mis dans une cellule qui faisait deux m2. Je pouvais au moins mallonger,marcher un peu et il y a une couverte militaire crasseuse par terre. Au mur, il y avait comme unefente qui me permettait de regarder dehors. Je voyais la forêt et jentendais le chemin de fer.Quelques heures après avoir été transféré dans cette cellule, ils ont fait entré un tuyau dans lacellule par le biais dune petite ouverture par laquelle entrait de la lumière. Il y a de la fumée quienvahit la cellule et jai des hallucinations mais tout en étant absolument persuadé que cest laréalité. Je vois ma mère, mon père, je me vois à Tizi, à Alger. Je suis persuadé que ce que je vois sepasse réellement. Ce nest que des heures plus tard que je me rends compte où je suis, je narrivepas y croire tant je suis convaincu que ce que jai halluciné est vrai.Le lendemain quand ils mont sorti de ma cellule, il mont présenté à Djebbar, la médecin est venue,elle ma refait une piqûre et de retour dans ma cellule, ils ont de nouveau introduit cette fumée. Jeme voyais avec ma mère, mon père, mes cousins, à loued, je suis un peu partout. Sur le tuyau il yavait comme un petit micro. Je ne sais pas si dans cet état je parlais. Ils mont emmené de nouveauchez Nourredine Ait-Hammouda, Djebbar aussi était là. Dans la pièce il y avait deux journalistes etune caméra. Je leur dis que je veux partir : « cela fait 30 jours que je suis là, je ne peux pas faire defaux-témoignage, pourquoi ne me laissez-vous pas partir … » Ils répondent « il ny a que toi qui peutfaire ça, il ny a que toi et ton père qui peuvent le faire. Et puis cela ne fait pas trente jours que tu eslà, cela fait une semaine, tu comptes les jours et les nuits ou quoi … et encore tu es en forme ! »Ait-Hammouda sadresse en moi en kabyle : « Quest ce que je tai dit … Si tu avais témoigné, si tuavais fait la cassette, tu serais rentré à la maison. Tu nas pas besoin davoir peur, on contacte lesgens de Tizi-Ouzou, tu travailles avec eux. »ai refusé et ils mont ramené dans la cellule où jai eu droit à une nouvelle séance de gaz. Je ne saispas ce qui se passait avec moi, javais limpression de ne plus avoir de volonté.En face de ma cellule il y avait une salle dans laquelle se retrouvaient les militaires. Il y en avait un qui de temps en temps me donnait un verre de lait ou de coca. Il ma dit : « Vous êtes chez la Sécuritémilitaire, Haouch Chnou à Blida. je vous donne mon numéro et quand vous sortirez, vous mappelez.Les gens qui viennent ici nen sortent pas mais si tu sors un jour contacte moi. » Jai perdu son numéro de téléphone et je ne me souviens pas de son prénom.Toujours est-il que jétais dans un état second, je ne sais pas si cest leffet de la piqûre ou de lafumée mais je faisais ce quon me disait de faire, on me demandait de me déshabiller, de me lever, de masseoir, je le faisais sans résistance. Jétais comme dans un état second. Deux jours plus tardenviron ils mont fait entrer dans une pièce dans laquelle il y a un rideau avec une chaise devant.Sont présents Djebbar et deux journalistes. Lun des hommes qui se fait appeler Mohamed me dit ceque jai à faire. Il mexplique quils vont enregistrer deux cassettes, lune en arabe et lautre en kabyle. Et il me dit exactement ce que je dois dire et il me menace de ne pas sortir de là dans le cascontraire. Lun des journalistes prend la parole : « les forces de larmée ont procédé à larrestation dususpect Ahmed Cherbi. Il avoue ce qui suit… » Et cest à moi de parler. Je dis sans problèmes : « oui, jétais avec mon père, à Tala Bounane, nous rassemblions des pierres sur notre terrain quand nousavons entendu des coups de feu. En nous retournant nous avons vu que Matoub avait été tué et cinqpersonnes que nous avons pu identifier. Il sagit de Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri,
Djamel. » Puis les journalistes me posent des questions : »Pourquoi tu nas pas été à la gendarmerie pour dénoncer les coupables … » Je réponds : « Javais peur parce que mon père ma interdit de lefaire. » Puis le commentaire du journaliste : « Après quatre année dinvestigation, les forces de sécuritéont enfin pu trouver ces témoins qui confirment la culpabilité des suspects » En fait cétait un scénario pour dédouaner larmée et faire porter la responsabilité de lassassinat de Lounès Matoub auxterroristes.Jai donc fait la cassette en arabe et en kabyle. Cest cet homme appelé Mohamed qui mordonne ce que je dois dire. Il y a aussi deux autres militaires qui mettent la pression. Puis une fois l’enregistrement achevé, ils me ramènent dans la cellule. Et là, cest Ait-Hammouda qui vient, mefélicite et me remet une table de chocolat. Il me conseille de dire la même chose devant la justice. Ace moment, je ne sais pas ce que veut dire justice, je ne sais pas ce quest un procureur de laRépublique, un juge dinstruction.
En fait je me demande si jétais dans mon état normal en faisant cet enregistrement. Je suis tout à fait conscient sur le moment mais je métonne de mêtre laissé commander, de navoir opposéaucune résistance, de ne pas avoir refusé. Cest ce qui me fait croire que jai été drogué avec unesubstance provenant soit de la piqûre, soit de la fumée.
Après 3 ou 4 jours, jai entendu la voix de mon père. A lendroit du guichet où les militaires regardent dans la cellule il y a une petite fente qui me permettait de regarder dans le couloir sur le côté, et jevois mon père. Il est dans un état lamentable, tous ses habits sont déchirés, il pleure. Je nen croispas mes yeux. Ils lenferment dans une cellule en face de la mienne pour len sortir dix minutes plus tard. En fait mon père a été arrêté environ un mois après moi, le 25 mars. Il avait déposé plainte auniveau de la gendarmerie en raison de ma disparition. Mon père me cherchait partout. Comme jenapparaissais pas, mon ami avec lequel je travaillais est allé à la police pour dire que javais été enlevé par leurs hommes et que sil métait arrivé quelque chose cétaient les forces de sécurité quien étaient responsables. Dans laprès-midi de ce jour, il a été arrêté et devant les menaces il a ditquil navait rien vu. Le 25 mars cest une voiture qui sarrête à côté de mon père, un homme en civil laborde et luidemande sil cherche son fils. Il approuve et linconnu lui dit que je me trouve chez eux. Il lui proposede laccompagner pour me voir. Et cest ainsi quil se retrouve au secteur militaire de Tizi-Ouzou. En fait il a été enlevé en plein centre ville. Il est resté enfermé pendant huit jours dans un conteneur ausecteur militaire de Tadmait sur la route dAlger. Là, il a été torturé, on a lâché les chiens sur lui et enplus il a subi aussi cette fumée hallucinogène. Mais contrairement à moi, ce quil a vécu cétait l’enfer. Il a vu une scène où jétais égorgé devant lui. Une fois à Blida, après avoir donc passé huitjours dans ce conteneur, Djebbar lui a parlé, mon père lui a demandé pourquoi javais été tué.Djebbar lui a dit que je nétais pas mort, que jétais chez eux. Ils lont emmené dans la salle où se trouvaient les ordinateurs. Ils my ont emmené aussi. Quand il ma vu, il a chancelé et a affirmé queje nétais pas son fils. « Mon fils est mort, ne tapproche pas de moi ». Ils mont torturé devant monpère, je ne peux pas raconter ce quils mont fait. Et le fait de voir mon père dans cet état ma énormément choqué. Ils mont ramené à la cellule et un peu plus tard jai demandé au gardien si jene pouvais pas voir mon père juste pour cinq minutes qui se trouvait dans une cellule voisine. Il myautorise. Je parle avec lui et jarrive à le persuader que je suis bien son fils. Il me dit que toute notre famille est massacrée. Quil a vu comment tous y étaient passés. Je lui dis de mon côté dobéir àleurs ordres sil veut sortir vivant de cet endroit. Ils lont amené dans un bureau où se trouvait Djebbar et il a fait le même témoignage que moi.La veille de notre départ, je vois Djebbar qui me dit quon part le lendemain, que je resterai trois joursen prison et quensuite je passerai devant la justice. Il fallait juste que je répète ce que je leur avais dit, en fait que je témoigne avoir vu Medjoun et Chenoui. Ils mont fait signer des PV en arabe. Monpère aussi a signé. Ils nous ont emmené faire une visite médicale. En entrant dans la salle, lamédecin en me voyant dit : « Celui-là, cela ne fait pas longtemps que je lai vu, je lai vu chez le colonel Djebbar ». Et en fait cest ainsi que jai appris que cet homme que javais vu souvent,notamment en compagnie de Ait-Hammouda était Mhenna Djebbar. Ils mont sorti et ont fait entrermon père. On a quitté ensemble Blida le 6 avril pour aller Tizi-Ouzou. Chacun était dans une voiture blindée, il yavait dans chaque voiture trois agents armés jusquaux dents. On aurait cru quils transportaientHassan Hattab ! A la sortie de Blida ils nous enlevé les bandeaux. Jétais extrêmement choqué, je
voyais un autre monde, des gens, des voitures, cétait comme dans un film.
A Tizi-Ouzou ils nous ont tout de suite présentés au procureur général. Ce dernier ma demandé pourquoi je navais pas déclaré plus tôt avoir vu les assassins de Matoub. Je répondais que jétaistrop jeune, que mon père mavait conseillé de ne rien dire. Il me questionne si je les avais vus, jeconfirme. On doit passer devant le juge dinstruction. Mon père qui avait déjà été interrogé par le procureur me dit en sortant en Kabyle de refuser de parler sans la présence dun avocat.Je demande au juge dinstruction si le fait davoir un avocat change quelque chose au fait quilsmenvoient en prison. Il me répond quavec ou sans, je passerai par la prison. Je décide donc de ne parler quen présence dun avocat. Il avait les cassettes enregistrées sur son bureau. Les agents dela SM nous transfèrent en prison. Je mattendais à un lieu comme Haouch Chnou à Blida. Je leurdemandais sur le chemin dintervenir pour quils ne nous battent pas en prison. Arrivés devant la
prison, il savère que celle-ci est fermée. On nous place donc dans deux cellules et on a pu parler toute la nuit, mon père et moi. Il ma raconté comment il avait été arrêté. Il me raconte de nouveauque toute la famille a été assassinée et moi je le crois. Même à ce moment, je ne suis pas vraimentdans mon état normal, par moment cest comme si je me fichais de la mort des miens. Je me dis parfois que comme il sest trompé à mon sujet, peut être que notre famille aussi est vivante, etparfois, je le crois. Et en plus je suis persuadé à ce moment que je serai remis en liberté dans troisjours comme me la affirmé le colonel Djebbar. Le lendemain on nous emmène dans une grande salle de prison. Il y a des gens que je connais. Ilfaut dire que jusquà ce moment notre famille ne sait rien de nous, ni de mon sort, ni de celui de monpère. Ils sont dans une grande angoisse, dailleurs tout le village se terre dès 18h craignant que ses habitants soient eux aussi victimes de ces enlèvements. Mon père est emmené dans un autre bloc,je suis dans une salle avec 60 à 65 prisonniers. Les prisonniers sont très sympathiques avec moidès quils apprennent que je suis arrêté dans laffaire Matoub. Ils sont gentils, me font parvenir des
objets de première nécessité. Cest parce que personne ne croit à la version officielle et que tout le monde sait que mon père et moi sommes victimes dune machination. Je nai même pas eu besoinde leur raconter toute mon histoire, tous compatissent avec moi. Je me demande toujours ce quisest passé avec ma famille, jen parle à dautres. Lun des prisonniers doit être libéré quelques jours plus tard. Il va tout de suite rendre visite à ma mère. Elle et mes frères et soeurs sont en vie. Et poureux cette visite est très importante puisquenfin ils apprennent où mon père et moi, nous nous trouvons. Et dailleurs, ensuite, ils sont venus nous rendre visite.On ma présenté trois fois au juge dinstruction, Abbassi Mohamed, le 6 avril 2002, le 18 mai, le 16juin. Jétais inculpé pour « non dénonciation de lassassinat de Lounès Matoub ». Quand je lui ai raconté quon mavait séquestré pendant 40 jours, torturé et forcé de faire de faux aveux, il ma ditde ne pas raconter cela, de répéter ce que les gens de la SM exigeaient de moi. Il essayait de mepersuader que jétais jeune, que si je ne faisais pas un faux témoignage je resterai 10 ans en prison.
Mais jétais décidé de ne pas faire de faire de faux témoignage.
Il a fallu que je change davocat parce que celui qui devait me défendre me poussait aussi àconfirmer mon faux témoignage. Finalement jai été placé en liberté provisoire. Jai repris mon travailmais je me cachais. Jétais dans le quartier dans lequel en raison des évènements de Kabylie lapolice nentrait pas. Je nallais que rarement voir ma mère pour ne pas mexposer au danger.
On devait passer en justice le 10 novembre. La veille je suis allé voir mon avocat. Il ne voulait plussoccuper de laffaire parce que le juge avait changé et quil craignait que celui devant lequel nousdevions passer mon père et moi nous condamnerait à de très fortes peines de prison. Il nous aconseillé de faire reporter le procès. Je suis donc passé devant le tribunal le 21 mars 2004. Jai raconté ce qui sétait passé : lenlèvement, la torture, les faux aveux. En plus, mon père et moinétions pas sur les lieux du crime. Javais des témoins, je me trouvais au travail. Jai été acquittémais mon père malheureusement a été condamné à trois ans de prison. Pourtant il travaillait à ce moment à lhôpital, ses collègues et son supérieur ont témoigné quau moment du meurtre il setrouvait à lhôpital. Mais il fallait que lun dentre nous soit condamné car sinon toute leur machination concernant lassassinat de Lounes Matoub tombait à leau. Et sans ce mensonge, il aurait peut être même fallu libérer les deux suspects Chenoui et Medjnoun.Deux semaines après le procès jai quitté le pays. Javais déjà fait une demande de visa etheureusement cest allé très vite. Je suis en France maintenant.
article de « Algeria-Watch »

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