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ait menguellet chante « askuti »

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Publié dans AÏT MENGUELLET(54) | Pas de Commentaire »

lahouari addi et la plate forme d’el kseur

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Lahouari Addi : « La plate-forme d’El Kseur est importante »

Interview accordée à l’hebdomadaire « Le Kabyle de Paris »

Lahouari Addi est l’un des rares intellectuels à dire que les régions arabophones ne comprennent pas le bien-fondé de la revendication de l’officialisation de la langue berbère dans les régions berbérophones. Il le redit dans cette interview accordée à Youcef Zirem.
Lahouari Addi a été professeur de sociologie politique à l’Université d’Oran jusqu’à 1994. Par la suite il a exercé à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon (Université Lumière-Lyon II). Il a été plusieurs fois professeur invité dans les universités américaines. Depuis septembre 2002, il exerce à l’Univeristé de Princeton aux Etas Unis d’Amérique. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont Etat et pouvoir. Approche méthodologique et sociologique (OPU, Alger, 1990) ; L’impasse du populisme (ENAL, Alger, 1991) ; L’Algérie et la démocratie (La Découverte, Paris, 1994) ; Les mutations de la société algérienne (La Découverte, Paris, 1999)…
Tout récemment, il a publié un ouvrage intitulé Sociologie et Anthropologie chez Pierre Bourdieu. Le paradigme anthropologique kabyle et ses conséquences théoriques (La Découverte, Paris, 2002).
Lahouari Addi est l’auteur de plusieurs articles d’analyse sur la situation sociopolitique en Algérie parus notamment dans Le Monde diplômatique.
Nous reproduisons ci-après l’integralité de son interview parue dans Le Kabyle de Paris n° 2 (du 16 au 23 avril 2003).

Le Kabyle de Paris : L’Algérie est sous état d’urgence depuis février 1992. A la veille de la « présidentielle » de 2004, estimez-vous que ce rendez-vous avec les urnes pourrait donner lieu à une saine concurrence électorale ?

Lahouari Addi : Aucune élection se déroulant dans l’état actuel des choses ne serait libre. Le régime veut bien introduire quelques modifications mais il ne veut pas opérer la rupture inaugurant la démocratie. Je crois que la balle est dans le camp des officiers de l’armée. Ou bien ils prennent conscience et ils deviennent un facteur de changement comme cela s’est produit au Portugal, ou bien les choses demeurent en l’état et la hiérarchie militaire continue de bloquer le processus démocratique en leur nom.

Il y a deux ans, vous avez écrit un article ( paru sur le site Algeria-watch ) relatant les luttes entre les généraux les plus influents en Algérie. Pensez-vous que ces luttes sont toujours en cours ?

Par la force des choses, l’armée est devenue un parti politique, et c’est même le seul parti en Algérie. Forcément apparaissent des divergences et des conflits parmi les généraux puisque c’est une formation politique. Lorsque ces conflits atteindront les commandants et les capitaines, il y aura risque d’éclatement de l’armée et de guerre civile généralisée. Il faut juste espérer cela n’arrivera pas.

Estimez-vous que le chef de l’Etat, Abdelaziz Bouteflika, a, d’une façon ou d’une autre, gêné les services et leur chef le général-major Mohamed Mediène ?

Bouteflika a été appuyé par une fraction de la SM, celle dirigée par Smaïn Lamari. En Avril 1999, Tewfik Médiène n’était ni pour ni contre, séduit par l’idée que Bouteflika puisse peut-être reproduire la période populiste de Boumédiène. Quelques mois après l’élection présidentielle, les généraux ont senti que Bouteflika cherchait à les sacrifier pour se donner une légitimité, en exploitant les accusations des ONG de droits de l’homme contre eux. Depuis, ils ne lui font plus confiance et ne veulent pas de lui en 2004. Smaïn est très malade et ne peut le défendre ; d’où les déboires du groupe Khelifa, création des généraux Smaïn et Belkheir. Les clans sont à la veille de la lutte dans la rue avec les chars des unités qui soutiennent les uns contre les autres. On en est malheureusement là. Ce régime est un danger pour la sécurité publique.

Vous avez catalogué la plate-forme d’El Kseur comme étant un texte politique important dans la vie de l’Algérie indépendante. Pouvez-vous être plus explicite à ce sujet ?

La Plate-forme d’El-Kseur est importante parce que d’abord pour la première fois en Algérie une émeute se transforme un mouvement organisé et se donne une revendication écrite. Ensuite, elle est importante parce que c’est la première fois qu’une revendication clairement politique est formulée, à savoir le contrôle par la population de ceux qui exercent l’autorité publique. C’est l’objet du contenu des points 2 et 11. Nous restons dans le sous-développement politique qui conforte la privatisation de l’Etat tant que nous n’avons pas pris conscience que l’autorité est publique et que ses détenteurs doivent rendre compte de son usage. La Plate-forme d’El-Kseur contient explicitement cette prise de conscience.

Vous avez estimé récemment que le reste de l’Algérie ne se joint pas à la contestation kabyle de peur de voir la langue arabe concurrencée par l’officialisation de la langue amazighe. Ne pensez-vous pas que le problème est beaucoup plus complexe ?

Quand les émeutes ont éclaté en Kabylie, j’avais souhaité, en tant que citoyen, qu’elles se propagent à Alger, Oran et Constantine, de telle manière à avoir une transition du type des pays de l’Europe de l’Est en 1989. Cela ne s’est pas produit et j’émets l’hypothèse que c’est parce que le reste du pays ne comprend pas le bien-fondé de la revendication de l’officialisation de la langue berbère dans les régions berbérophones. Il faut dire qu’il n’y a jamais eu de débat national franc et serein sur la question. Par ailleurs, les journaux n’ont pas publié la Plate-forme d’El-Kseur empêchant les Algériens d’avoir une opinion sur un texte dont tout le monde parlait et que personne n’avait lu. Même Le Matin qui soutient le mouvement citoyen n’a pas publié le texte de la Plate-forme.

Comment voyez-vous l’évolution en Algérie en prenant en compte l’absence d’alternative politique au pouvoir en place ?

L’évolution future de l’Algérie dépendra de l’après-Irak. Si les Américains établissent un Protectorat sur l’Irak, lui imposent de reconnaître Israël et décident de son pétrole, le régime algérien est sauvé pour vingt ans. Mais si l’Irak se démocratise, tous les régimes arabes seront sous pression de leurs populations. Le régime algérien, comme les autres dictatures arabes, affaiblit le pays et met en danger sa souveraineté. Etant un pays instable depuis plus de dix ans et exportant l’insécurité vers l’Europe, les Occidentaux seront tentés de suivre l’exemple américain pour intervenir dans nos affaires sans qu’on puisse leur résister. Concernant l’autre volet de la question relatif à l’alternative, celle-ci existe à l’état latent. Il suffirait de dissoudre la Sécurité Militaire pour voir apparaître des forces qui s’organiseront pour diriger l’Etat dans le cadre de l’alternance électorale. Nous sommes arriérés, il est vrai, mais nous ne sommes pas des primitifs. Notre retard concernant la mise en place d’une démocratie procédurale pourrait être rattrapé en peu de temps si chacun met du sien.
Propos recueillis par Youcef Zirem.
Le Kabyle de Paris, 16 avril 2003.

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la plate d’el kseur du mouvement citoyen de kabylie

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Plate-forme de revendications dite d’El-Kseur

Ce document a été élaboré le 11 juin par les réprésentants des wilayas Sétif, Bordj Bou Arréridj, Bouira, Boumerdès, Bgayet, Tizi Ouzou, Alger ainsi que par le Comité collectif des universités d’Alger et devait être déposé à la présidence de la république, à l’issue de la manifestation du 14 juin.

Nous, représentants des wilayas (…) avons adopté la plate-forme commune de revendications:

1 – Pour la prise en charge urgente par l’Etat de toutes les victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant ces événements.

2 – Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions publiques.

3 – Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité durant ces événements et la protection de tous les témoins du drame.

4 – Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des URS.

5 – Pour l’annulation des poursuites judiciaires contre tous les manifestants ainsi que l’acquittement de ceux déjà jugés durant ces évènements.

6- Arrêt immédiat des expéditions punitives, des intimidations et des provocations contre la population.

7- Dissolution des commissions d’enquête initiées par le pouvoir.

8- Satisfaction de la revendication amazighe dans toutes ses dimensions (identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans condition, et la consécration de tamazight en tant que langue nationale et officielle.

9- Pour un Etat garantissant tous les droits socioéconomiques et toutes les libertés démocratiques.

10- Contre les politiques de sous-développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple algérien.

11- La mise sous l’autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l’Etat ainsi que les corps de sécurité.

12- Pour un plan d’urgence socioéconomique pour toute la région de Kabylie.

13- Contre tamheqranit (hogra) et toutes formes d’injustice et d’exclusion.

14- Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour les élèves n’ayant pas pu les passer.

15- Institution d’une allocation-chômage pour tout demandeur d’emploi à hauteur de 50 % du SNMG.

Nous exigeons une réponse officielle, urgente et publique à cette plate-forme de revendications.

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muh ya par micipsa. y

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

muh ya par micipsa. y dans intellectuels algeriens(48) depeche_kabylie

07 décembre 2005

Une année déjà depuis que l’illustre dramaturge Mohand U Yahia est mort, un certain 7 décembre à Paris, à l’âge de 55 ans, après avoir lutté contre la maladie qui a eu, malheureusement, le dernier mot. Mais un artiste de sa stature peut-il vraiment mourir ? Non et mille fois non !

mohia dans kabylie(60)Il continue à exister à travers ses œuvres titanesques (pièces théâtrales et poésie). Que de pièces ont été adaptées et kabylisées par ses soins avec panache et virtuosité. L’exemple de la jarre, une œuvre de Luigi Pierrot Delanaöe, à laquelle Mohia a insufflé l’âme kabyle dans un décor rustique. Cette comédie tourne autour d’une grande jarre, que le personnage, Jeddi Yevrahim, a achetée pour y stocker l’huile d’olives. Après quoi, elle (la jarre) s’est fêlée et un gros tesson s’est détaché. Furieux, le vieillard a fait tout un esclandre à son entourage (Ali n Delon, vouvron, wejjir, wejtoti, H’lima n tala, Tajibant et Smina n tazart) qu’il accuse de lui avoir bousillé la jarre. Alors, pour raboter le morceau et calmer le vieux, on fait venir Si Kaci, un réparateur d’ustensiles confectionnés en terre cuite. Celui-ci, après des remues avec l’acariâtre propriétaire de la jarre, pénètre à l’intérieur du gros fut pour recoller le “lambeau”. En faisant ainsi, il essaya de s’extraire mais il ne put le faire, car l’ouverture ne le lui permettait pas. Alors, commençait tout “un feuilleton” tragi-comique. Yevrahim entra dans un tourbillon de colère et Si Kaci demanda à ce qu’on casse la jarre pour qu’il puisse sortir. Jeddi “vriro”, comme l’appelait le réparateur, refusa catégoriquement. Les autres suivaient la scène dans une risée générale. On fait venir l’avocat, mais celui-ci, devant l’opiniâtreté de Si Kaci, ne put résoudre le problème. Jeddi Yevrahim voulait que l’infortuné réparateur lui dédommage la jarre pour qu’il puisse la casser et le faire sortir. Ce dernier ne voulut rien savoir. Alors, à la nuit tombante, le vieux et son ami l’avocat rentrèrent, las, à la maison. Après, Si Kaci voulut fêter, avec sarcasme, sa nouvelle “demeure” (la jarre). Il fit acheter du vin et des sardines et provoquait, avec le reste des protagonistes, le tintamarre en chantant. Le vieux Yevrahim sortit tout furibond et donna un violent coup de pied à la jarre. “Hakh ! Inaâl slaltek !” (Tiens ! Maudite soit ta lignée !). Celle-ci s’en alla s’écraser et voler en éclat dans une ravine. Si Kaci, indemne, sera porté par la petite foule en scandant : “Vive Si Kaci, champion !”. Fin de la pièce qui s’intitule “Le Ressuscité” de luxun, un dramaturge chinois, laquelle fut adaptée par notre artiste d’une manière remarquable et transformée en “Mohand U Chaâbane”. Dans cette œuvre, l’auteur raconte les mésaventures de ce personnage où le tragique et le comique s’entrelacent. En allant étancher sa soif dans une rigole, Muhend U Chaâbane remarqua un os. Se posa des tas de questions sur l’humain, propriétaire de ce bout de squelette. Il décida, pour avoir des réponses d’abjurer Sidi Abderrahmane de ressuciter cet homme. Son vœu fut excaucé, et voilà qu’un jeune homme, un gaillard d’une trentaine d’année, se tint debout et tout nu devant lui. “Qu’est-ce que ?… ma valise, mon parapluie… où sont-ils ?” demanda le ressucité à Muhend U Chaâbane. Celui-ci lui raconta tout mais le jeune, qu’on fit revenir à la vie, ne croyait pas un mot et somma U Chaâbane de lui remettre ses affaires, en l’étranglant. Ce dernier regretta d’avoir insisté auprès du Saint pour ressuciter son antagoniste et l’implora une deuxième fois pour qu’il fasse disparaître le revenant, mais peine perdue. Auparavant, Muhend U Chaâbane sut que le jeune était mort depuis 5 siècles, assassiné. D’autres pièces ne manquent pas de génie, à l’exemple de Moh Parpouche qui voulut aller au paradis, et qui se prit pour un mort en insistant auprès de son entourage  pour qu’il l’inhume. Tous les médecins que ses parents firent venir ne purent le guérir. Le dernier eut une astuce qui s’avéra payante. En aménageant une pièce, très bien décorée, on fit croire à Moh Parpouche que c’était là le paradis. Tout content, il se mit à manger, alors qu’avant, il n’avalait rien pour justement, mourir, jusqu’au point où il devient rabougri. Puis las de ne gober que du miel et du beurre au “paradis”, et puis l’inexistence des toilettes pour ses besoins, et puis encore cela faisait un bon moment qu’il ne voiyait pas sa dulcinée piloucha et ses parents. Las, il demanda aux “anges”, qui étaient des femmes déguisées, de redescendre sur terre. Après, on le fit sortir de la pièce les yeux bandées, et devant sa famille, on lui ôta le bandeau. Ce fut ainsi que Moh parpouche guérit. Ce sont là trois exemples de pièces théâtrales magistralement adaptées par Mohnd U Yahya. Sidérant à la fin ! La poésie, elle aussi, ne manque pas de talent. L’auteur de “Ah Yaddine qessam” qui raconte le calvaire qu’endurait le prisonnier politique et militant des causes justes, et qui fut interprété par l’indétrônable monstre de la chanson engagée, Ali Ideflawen, qui a d’ailleurs repris beaucoup de textes, tout aussi percutants les uns que les autres de Mohia Brahim Izri, Malika Domrane, Ferhat, le groupe Djurdjura et tant d’autres artistes, ont pris ses textes et les ont chantés. Pour l’anecdote, un chanteur que Mohand U Yehya n’a pas cité, voulait un texte pour le chanter.  Le poète lui proposa “Berzidane”; le demandeur a refusé le poème en disant à celui qui le lui proposa : “Tu veux qu’en m’emmène en prison ?” Et à Mohia de rétorquer : “L’aârtiste !” Mohia a, durant toute sa vie de poète-dramaturge, vécu dans l’ombre, loin des feux de la rampe. Il faisait son travail par conviction et militantisme pour la cause amazighe. Il n’éditait pas ses œuvres mais les enregistrait par ses soins dans des cassettes qu’il revendait comme il les achetait (à leur prix d’achat). A l’époque de la police politique, une K-7 de Muh U Yehya, trouvée sur son porteur, équivalait à de gros ennuis.Il est du devoir de tout un chacun de pérenniser son nom et de lui rendre des hommages, et ce en dehors de ses dates de naissance et de décès. Il a trop donné à notre culture pour qu’il soit oublié.

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declaration de tifrit

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

26 ème anniversaire du Printemps berbère en Kabylie

Déclaration de Tifrit

Rendue publique suite à la réunion qui a rassemblé des dizaines de personnes à Tifrit, village situé près d’Akbou, le 14 avril 2006.

Quelques 60 personnes se sont réunies le 14 avril 2006 à Tifrit, près d’Akbou. Ils se sont penché sur la situation que vivent celles et ceux qu subissent l’Etat algérien.
Leurs discussions ont conclu sur la nécessité de « refondation de l’Etat national en dehors de la conception uniciste et centralisée constitue l’unique voie pour l’édification d’un projet démocratique ». Ils prévoient aussi l’organisation d’une rencontre « régionale » à laquelle sont invités l’ensemble des acteurs notamment politiques…
Nous nous abstiendrons, pour le moment, de commenter cette déclaration que nous publions dans son integralité.


DECLARATION DE TIFRIT

14 avril 2006

La lutte séculaire pour les libertés en Algérie a connu différentes phases avec leurs lots de réussite et d’échec.

Région phare dans le combat pour la liberté et la démocratie, la Kabylie est plongée, aujourd’hui, dans une insécurité totale faite de violence politique, de violence sociale et, phénomène nouveau, l’utilisation de la délinquance comme arme politique.

Le moment est grave ! Les citoyens de ce pays sont en train d’assister à la consécration et la finalisation de l’alliance stratégique entre les tenants du système et l’arabo-islamisme.

Cette alliance qui assume l’extinction de la vie publique, la privatisation de l’Etat et des richesses nationales, s’attelle à étouffer le projet démocratique et moderne, avec la complicité de la communauté internationale dont l’indifférence n’a d’égale que le volume des échanges commerciaux avec le régime en place. Les élites de cette région, en symbiose avec la population ainsi que toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans le projet démocratique, sont interpellés par la gravité de la situation.

Elles se doivent d’assumer, pour préserver l’avenir de nos enfants dans la paix et la dignité, la ligne de démarcation idéologique, politique et territoriale, désormais nette, avec les tenants de l’Algérie militaro arabo-islamique.

La rupture avec la conception jacobine de l’Etat, prolongement du colonialisme français, qui a englouti l’espérance démocratique et enfanté cette alliance, est une exigence historique stratégique.

Les expériences du combat pour la démocratie et la modernité, que cela soit à travers les partis politiques ou d’autres formes d’organisation tels les mouvements, forums et rassemblements, dans le cadre du système institutionnel actuel, ont échoué.

La résistance puis le redéploiement du projet démocratique passe, d’une part, par la consolidation de la région sociologiquement et politiquement apte à le porter et, d’autre part, par le rassemblement de l’élite politique, culturelle et économique afin d’élaborer la ou les formes d’organisation à même de produire l’efficacité politique nécessaire à son aboutissement.

La refondation de l’Etat national en dehors de la conception uniciste et centralisée constitue l’unique voie pour l’édification d’un projet démocratique.

Nous, signataires de cet appel, invitons l’ensemble des acteurs politiques, des militants des droits de l’homme, des syndicalistes, des militants de l’amazighité, ainsi que toutes les citoyennes et tous les citoyens soucieux de préserver l’avenir de nos enfants dans la paix, dignité et le progrès à une rencontre régionale où seront mises à contribution l’ensemble des bonnes volontés. Un comité de suivi en assurera la préparation.

Premiers signataires de la déclaration de Tifrit

AIT MAAMAR Idir, ADJLANE Sofiane, RAMI Nourredine, HADDAD Nacer, MEHENNI Ferhat, BOUMEDINE Hamou, TAYEB Mohand Larbi, BRAHITI Mustapha, AIT BACHIR Ahmed, OUNOUGHENE Idir, ADLI Younes, MOUZAOUI Ali, OUCHALLAL Karim, SADI Abdenour, HACHIM mohand Ouamar, AOUANECHE Ali, BOUZERAR Ahmed, BENKHELLAT Abderrezak, SAADI Azzedine, AZEM Hocine, LAIMCHI Said, HADDAD Hakim, KADI Belaid, SAIDOUN Mohamed, AIT CHEBBIB Bouaziz, HAMOUDI Arezki, MEZIANE Med Seghir, REGHDI Omar, CHEBRI Mahmoud, OUCHALLAL Abdelkader, BENALLEL Litamine, BENSALEM Achour, CHAIT Salem, BECHAKH Lahlou, AMER Mohand Lounis, MOKEDDEM Atmane, ALGANE Mohamed, DJENNADEN Walid, DEMOUCHE Hakim, DEMOUCHE Kaci, BELLILI Mohamed, MEZOUARI Hocine, BOUIDGHAGHEN Yahia, BECHA Boussad, BOUROUBA Mustapha, DAHMANI Nabil, BELLAL Nouredine, TAKKA Yacine, TAKHDMIT Azedine, BERRANI Ali, SAM Farida, NAIT SID Maizeine, ANNOUH Mohamed, OURTELLI Hamid, SAADI Azedine, ELBIR Samir, BOUAICHE Redouane, IBRI Youcef, HADDADJ Seddik, BELKACEMI Djamel, HAMOUM Meziane, ZALOUK Merzouk, ASLI Mebarek, NAIT SLIMANE Kamel, HAMITOUCHE Ahmed, IBAZATENE Zahia, YAHYATENE Mahmoud, LARABI Rabah,

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L’Islam et la démocratie par abdellah benarafa

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

L’Islam et la démocratie

Abdelillah Benarafa
Expert à l’Organisation Islamique pour l’Education, les Sciences et la Culture (ISESCO)

Poser le problème de cette façon a au moins, une vertu pédagogique, c’est-à-dire, répondre à la question des rapports entre l’Islam et la démocratie. Le revers de la médaille est que cette présentation risque de créer une confusion chez l’auditeur ou le lecteur sur les éventuels rapports que peuvent entretenir une religion (l’Islam en l’occurrence) et un système politique (la démocratie). Or, il faut se défier de la tendance à arranger les problèmes en oppositions et en antithèses artificielles, par une interprétation à la fois simpliste et systématique, qui relève surtout de l’incapacité d’aller plus loin et de résoudre les oppositions apparentes dans l’unité harmonique d’une véritable synthèse.

Il n’en est pas moins vrai qu’il y a bien sous le rapport que nous envisageons ici par le titre de ce colloque, une certaine opposition de façade entre Islam et démocratie.

Comment faire donc pour une meilleure compréhension des deux termes de cette problématique. A mon sens, il faut s’atteler d’abord à présenter de manière simple l’Islam d’un côté et la démocratie de l’autre, afin de réunir les éléments de divergence ou d’accord entre eux.

Ces deux concepts pris séparément ne posent pas de problème. Chacun obéit à sa propre logique. Mais mis à côté, ils posent le problème de leurs rapports éventuels. Mais revenons à des questions fondamentales : Qu’est ce que l’Islam ? Qu’est-ce que la démocratie ?

Beaucoup d’ouvrages ont été consacrés pour répondre à ces questions. Certains adoptent des profils historiques, sociologiques, psychologiques, politiques ou doctrinaux. Le mot « islam » est apparu en langue arabe à la même époque que la révélation. Quant au mot « démocratie », ce mot d’origine grecque, il sera introduit dans la langue arabe pendant la période moderne. L’Islam et la démocratie désignent trop de choses pour qu’on puisse les saisir d’emblée dans un rapport d’opposition ou de complémentarité. Il convient donc de les réduire à leur plus simple expression.

Qu’est-ce que la démocratie de manière simple ?

Voici la définition du Robert : « Doctrine politique d’après laquelle la souveraineté doit appartenir à l’ensemble des citoyens ». Cette définition toute simple pose un certain nombre de problèmes relatifs à la définition de la souveraineté et des citoyens. Mais ce n’est pas notre propos.

De l’autre côté, qu’est-ce que l’Islam ?

D’après un hadith (propos prophétique) très célèbre, selon Abou Houreira, le Prophète se trouvait un jour avec ses compagnons quand vint un homme habillé en blanc avec une chevelure d’un noir intense, et lui demanda : « qu’est-ce que l’Islam ? ». Le Prophète répondit : « L’Islam consiste en ce que tu crois en Dieu sans rien lui associer, que tu pratiques la prière, que tu verses l’aumône légale, que tu pratique le jeûne du Ramadan, et que tu fasses le pèlerinage vers la demeure de Dieu une fois dans ta vie… ».

Tels sont ces deux concepts réduits à leur simple expression. Notre préoccupation est de savoir si un rapprochement entre les deux termes est possible. De manière globale, l’Islam d’après ce hadith désigne un certain nombre de « devoirs », tandis que la démocratie, un ensemble de « droits ». Certains seraient tentés de conclure à une opposition irréductible des deux concepts. Cependant, la formulation du problème est contre productive.

La démocratie comme l’Islam souffrent d’un excès de signification. Mais, cette inflation sémantique traduit aussi une vivacité des deux termes qui se colorent des représentations humaines. Le propre des concepts à vocation universelle est d’être trop chargés ou trop simples. D’où la difficulté de les appréhender en mettant l’accent sur un côté ou un autre. Un concept universel obéit à cette double exigence : avoir une nudité conceptuelle très simple ; et en même temps, porte la charge sémantique des traductions humaines ? Surtout lorsque le concept en question à une vocation de salut pour l’humanité. La démocratie n’est pas seulement une organisation des institutions, elle est surtout une exigence morale. Or, cette exigence n’est pas seulement une formulation abstraite, mais son contenu est déterminé selon l’espace et le temps dans lesquels elle est employée. Il y a donc un dynamisme porteur de sens dans un concept comme celui-là. Vouloir enfermer la démocratie dans une définition univoque sans la variable du temps et de l’espace aboutirait à une notion morte. Toute l’histoire prouve que la démocratie réalisée n’est jamais qu’un moment du mouvement démocratique, et ce mouvement paraît ne pas avoir de fin puisque la démocratie entend procurer le bien. Or, le bien est forcément une quête qui ne s’arrête jamais sauf si la mort nous rattrape. Ainsi, la démocratie n’est certainement pas seulement un mode d’organisation politique, elle est une valeur. Or cette valeur ne peut pas s’imprimer en dehors de chaque individu. Elle est l’aboutissement d’une culture, le couronnement du génie humain, c’est-à-dire, une élévation humaine à l’échelle personnelle et celle des autres. Par exemple, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen est le couronnement de la culture française et européenne. La démocratie est donc une valeur entre deux médiocrités : au dessous, le manque de démocratie aboutit à l’esclavage ; au dessus, le despotisme. La démocratie est donc une valeur du juste milieu, elle est l’affirmation la plus solennelle entre deux négations de la liberté humaine. L’esclave souffre d’un déficit de personnalité ; le despote, d’un excès de la sienne. Le premier ignore la conscience de son moi, le second, la figure de l’autre. La démocratie a donc une vocation à éliminer la servilité et le despotisme humains.

Voyons à présent le rapport de l’Islam à la démocratie. Pourquoi ne pas parler de démocratie musulmane à l’instar de la démocratie chrétienne. Rien de fondamental n’empêche cette figure politique. La démocratie islamique suppose donc que l’Islam a le souci du bonheur de soi et des autres compatible avec la démocratie telle que nous l’avons décrite.

Mais avant de voir si l’Islam est compatible avec la démocratie, voyons plutôt comment cette religion traite les deux tendances antidémocratiques opposés, à savoir l’esclavage et le despotisme.

L’Islam est naît dans une société esclavagiste et despotique qu’était la péninsule arabique, à l’instar d’ailleurs de l’ensemble du monde à cette époque. Le Coran et la tradition prophétique n’ont cessé de scander la valeur universelle de la liberté humaine qui procède du divin. L’homme n’est pas un animal rationnel, il est le vicaire de Dieu sur terre, entendez qu’il est responsable de toutes les créatures. Ceci implique que l’homme n’est pas seul dans l’univers, il a un droit de regard et des devoirs de protection sur l’ensemble des créatures. Ce n’est pas un individu isolé coupé du reste. L’Islam a produit une batterie de mesures incalculables pour réduire l’esclavage, voire à l’éliminer sans pour autant réussir complètement puisque les hommes sont ce qu’ils sont depuis que le monde est monde. Ils n’étaient pas encore prêts à abandonner l’esclavage de leurs semblables, et qui continue de nos jours sous d’autres formes. Quant à l’autre tendance, le despotisme, elle est incompatible avec le message coranique et prophétique. La figure du Pharaon, symbole du despote est dépeinte dans le Coran de manière très négative. Le Prophète lui-même était un homme très simple et consultait ses compagnons sur parfois des détails de la vie, afin de préserver cet esprit de concertation et de collégialité.

S’il existe donc, une tradition démocratique islamique, elle ne doit pas être cherchée dans une déclaration universelle des droits de l’homme, ou dans un texte constitutionnel qui proclame que le peuple est souverain, puisque le Coran n’a pas cette vocation, malgré tout, limitée et sujette aux aléas du changement. Selon le Dr Abdelaziz ben Othman Altwaijri : « Bien que dépositaire d’un système de vie global, l’Islam n’en a pas pour autant proposé des règles précises et détaillées du mode de gouvernement de l’Etat et de son dispositif économique, social et administratif. Il s’est suffi à décréter les principes généraux, les dispositions légales et les orientations, dont l’observation mène tout droit au salut et à la félicité dans le monde de l’ici-bas et de l’au-delà. De fait, l’Islam a garanti à l’homme la liberté de pensée qui lui permet de construire des théories et d’imaginer des plans d’action pour la gestion de sa vie et des affaires de l’Etat et de la société, en conformité avec les prescriptions générales de la religion » (L’Education politique en Islam, ISESCO 2001, pp. 33-34).

Le Coran est une révélation a vocation universelle, éternelle qui ne doit pas souffrir d’amendements de quelque sorte que ce soit. Cette tradition démocratique islamique doit être cherchée dans l’esprit de l’Islam en tant que mouvement démocratique. Quand une idée est universelle, elle est forcément compatible avec l’Islam. Quand une idée est vraie dans une tradition universelle, elle est impérativement vraie dans les autres traditions aux mêmes prétentions. Si une idée est vraie, elle appartient également à tous ceux qui sont capables de la comprendre et de se l’approprier. Si elle est fausse, il n’y a pas à se faire gloire de l’avoir inventée. Une idée vraie ne peut être nouvelle, car la vérité n’est pas un produit de l’esprit humain, elle existe indépendamment de nous, et nous avons seulement à la connaître ; en dehors de cette connaissance, il ne peut y avoir que l’erreur. La liberté et la démocratie, font partie de ces idées vraies et universelles. La démocratie est une idée universelle sous son rapport à la liberté, mais elle devient relative quant à la façon d’organiser cette liberté dans les différentes sociétés humaines. L’Islam en tant que religion pérenne, est universelle. Mais sa traduction humaine est relative et sujette au changement. Les différentes conceptions de la démocratie sont comprises entre deux grandes tendances : l’homme est considéré soit comme un citoyen à qui l’on octroie certains droits politiques, soit comme faisant partie d’une classe et à qui on accorde des garanties sociales. C’est un rapport horizontal.

Or, l’Islam considère l’homme dans son rapport à Dieu. Le rapport ici est vertical avec le principe : « Nous avons honoré l’homme » dit un verset qui proclame de manière solennelle la valeur transcendantale de l’humanité. C’est une autre façon de considérer la démocratie. Nous pouvons donc dire que cette conception est d’ordre sacral, tandis que la démocratie occidentale est de type laïque. La démocratie islamique voit dans chaque homme l’empreinte de Dieu, l’autre conception voit en lui la présence des autres hommes et de la société. La différence réside dans ce que signifie pour chaque homme, sa conscience et la figure de l’autre. Pour le message coranique, l’homme doit porter en lui cet honneur dont Dieu l’a gratifié pour lui et pour ses semblables. Or, la démocratie telle que nous l’avons définie plus haut est une notion médiane entre deux négations de la liberté. En proclamant l’honneur en soi et chez autrui, la conception islamique neutralise les tendances liberticides chez l’homme. Cette conception de la liberté et de la démocratie est bien entendue préservée par des gardes fous qui l’empêchent de déchoir dans l’abîme et de l’esclavage et du despotisme. Beaucoup de versets insistent sur le salut éternel pour ceux qui ne cherchent pas à dominer autrui. D’autres enfin, sur le refus ontologique de l’esclavage puisque Dieu incite les hommes à refuser cette servilité en les poussant à émigrer vers la vaste terre de Dieu pour fuir cette condition inhumaine.

Donc, le message de l’Islam présente tous les ingrédients contre les tendances antidémocratiques extrêmes, tels l’esclavage et le despotisme. Ces principes sont inscrits dans la foi scandée à chaque stade des rites d’initiation de passage dans la vie de chaque musulman. La démocratie islamique est inscrite donc dans la conscience intime de soi et des autres.

Nous avons aboutit à définir la démocratie comme une notion du juste milieu, or, l’Islam se présente lui-même comme une religion en quête du centre. Suivant l’histoire des sciences, la langue raconte que le centre du cercle ou que le centre en général, cette idéalité pure, loin de désigner, au départ, le lieu calme où l’on débat dans l’égalité démocratique sereine, décrit la trace laissée par l’aiguillon. De deux personnes qui se contredisent, il faut bien que l’une dise faux et l’autre vrai : il n’y a pas de troisième possible ; on le dit, le tiers est exclu ; ou mieux encore : il n’y a pas de milieu. Le dictionnaire définit ce mot par « partie d’une chose qui est à égale distance de ses bords. Le milieu d’une rue, le point situé à mi-distance de ses extrémités ». C’est un point presque absent puisque c’est un isthme, sans épaisseur ni dimension aucune, et pourtant, tout à coup, comme la totalité du volume où nous vivons : notre milieu, c’est-à-dire, notre environnement. Du mi-lieu, petite localité exclue, au milieu, comme univers autour de nous. Ce qui n’avait pas de place la prend toute. Du mi-lieu, endroit à peu près également éloigné d’un commencement et d’une fin à espace matériel dans lequel un corps est placé. On passe de l’équidistance au recouvrement.

L’Islam se présente selon le verset 143 qui est le milieu numérique de la Sourate II (la Vache) avec ses 286 versets : « Ainsi avons-Nous fait de vous une communauté de juste milieu, pour que vous soyez témoins des autres hommes, le Prophète témoignera de vous… ». La Mecque devient ainsi le centre du monde, et cette profession s’exprime entre deux propositions relatives à la nouvelle qibla de prière. Cette nouvelle orientation dans l’espace s’accompagne également d’un nouvelle orientation du salut humain dans le milieu entre deux extrêmes : le servilité et le paganisme. Voici le nouveau message de l’Islam : la liberté et la connaissance. Il n’y a pas de liberté sans connaissance ; et celle-ci n’a pas de valeur si elle ne conduit à rendre l’homme libre.

On voit plus clairement, à présent, la liaison entre Islam et démocratie. Il était difficile de définir leurs rapports au début de cet exposé en les prenant comme des antithèses. Ces deux grandes idées ne sont pas de simples notions à définir dans un dictionnaire, mais elles ont des prolongements dans les structures mentales et sociales des humains. Le point commun entre Islam et démocratie est ce souci d’éliminer les tendances antidémocratiques selon le langage propre à la démocratie, ou les tendances diaboliques selon le langage imagé du Coran.

En conclusion de cet exposé, il me semble que l’entreprise démocratique dépasse la simple passation de pouvoir selon une constitution donnée pour insister sur le désir de liberté et du savoir chez les hommes. Il faut une structure psychologique forte pour que la démocratie soit traduite dans des institutions. D’où l’erreur que font certains à vouloir implanter la démocratie dans une société donnée en la dotant d’une constitution calquée sur l’expérience d’une autre société humaine. La démocratie doit naître dans le terreau particulier à chaque culture pour qu’elle donne ses fruits de liberté et de savoir.

Contribution à la Tente du dialogue
Fondation Cordoue
Genève, 26 juin 2004

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islam & democratie

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Islam et démocratie (partie 1)

 

vendredi 5 août 2005


Séparément, ces deux concepts Islam et démocratie ne posent aucun problème. Chacun a son sillage propre dans les événements qui marquent notre époque. Mais, ensemble ils posent le problème de la liaison implicite qu’on établit entre eux. Qu’est ce que l’islam ? qu’est ce que la démocratie ?

On connaît avec précision la date d’apparition du terme ‘’islam’’ dans la langue arabe. Il date certainement de l’ère coranique, puisque le Coran attribue textuellement la formation du terme ‘’musulman’’ à l’oracle de l’ancêtre Abraham qui aurait désigné sous cette appellation les futurs adeptes de la religion de son descendant Mohammed. Par contre, on connaît moins bien l’histoire du terme ‘’démocratie’’ en tant que néologisme de la langue arabe. Il est toutefois évident qu’il appartient à l’époque moderne puisque l’arabe classique l’ignore jusqu’à Ibn-Khaldoun. Sa morphologie même atteste qu’il lui est étranger. Mais si on remonte sa généalogie dans sa langue maternelle (Le Grec), on le trouve mentionné pour la première fois dans un discours de Périclès aux Athéniens. Du moins si on table d’après Theycidide, l’historien de l’antiquité grecque. L’Islam et la démocratie désignent, chacun de son côté, trop de choses à la fois. Il convient de les réduire à leur plus simple expression pour faire le rapprochement qui peut être fait entre eux après une telle simplification.

Qu’est-ce que la démocratie dans sa plus simple expression ? Un dictionnaire de langue française indique la signification étymologique du mot. Celui-ci désigne ‘’le pouvoir de la population’’. De l’autre côté, qu’est-ce que l’islam dans sa plus simple expression ? Le prophète lui-même quand la question lui fut posée dans les circonstances qui sont rapportés dans ‘’un hadith’’ célèbre mentionné par les plus hautes autorités de la tradition, par Muslim, Tarmidhi, l’imam Ahmed et par Boukhari. Voici le texte de ce hadith, d’après Abu Houreira. Le prophète se trouvait un jour avec des gens quand un homme vint à lui et demanda :’’qu’est que l’Islam ?’’. Le prophète répondit : L’Islam consiste en ce que tu crois en Dieu sans rien lui associer, que tu pratiques la prière, que tu verses l’aumône légale, et que tu pratiques le jeûne du Ramadan…’’ Tels sont, enfin de compte, les deux éléments du problème. Il s’agit de voir si un rapprochement peut être fait entre eux après cette simplification systématique.

Dans cette simplification simplifiée, il est clair que le terme Islam désigne un ensemble de ‘’devoir’’ de l’homme tandis que le terme démocratie un ensemble de ‘’droits’’. On aboutit apparemment à une anti-thèse où un terme semble la négation de l’autre. Il y a donc une certaine difficulté à rapprocher les deux termes. Cela ne provient pas de leur contenu respectif mais de la manière de l’exprimer. La signification littérale de la démocratie, c’est à dire celle qui correspond au sens commun qui est celui d’un simple dictionnaire forcément inspiré de la tradition démocratique française et d’un néologisme qui fut lui même le produit linguistique de cette tradition dans la langue arabe. En, fait la tentative de définition de la démocratie, indépendamment de tout schéma linguistique et de toute liaison à priori entre elle et un concept quelconque comme l’Islam. Il faut essayer de considérer la démocratie d’après un schéma anthologique. Pour cela il faut établir le cadre de ses généralités.

Dans un tel cadre, la démocratie doit être considérée à un triple point de vue ; comme sentiment envers soi, comme sentiment envers autrui, comme ensemble de conditions sociales et politiques nécessaires pour la formation et l’épanouissement de pareils sentiments chez l’individu. Il est en effet évident que la démocratie ne peut se réaliser en tant que fait politique par exemple en tant « que pouvoir des masses », si elle n’est pas imprimée dans l’individu qui constitue ces masses son ‘’moi’’, si elle n’est pas d’abord imprimée dans son « moi » dans les structures de sa personnalité, si elle n’existe pas dans la société comme un ensemble de convention, d’habitudes, d’usages, de traditions. La démocratie est l’aboutissement d’une culture, le couronnement d’un humanisme, c’est-à-dire d’une certaine évaluation de l’homme à son échelle personnelle et à l’échelle des autres. La fameuse déclaration des droits de l’homme et du citoyen par exemple fut le couronnement mystique et politique de la révolution française. D’ailleurs la réalité intrinsèque du sentiment démocratique, bien que masquée ci-dessus, quelque peu par des données européennes qui ne sauraient se répéter dans l’histoire des autres races et des autres peuples, apparaît néanmoins sous cette enveloppe quand on exprime les faites, non plus en terme d’histoire ou de politique, mais en termes de psychologies et de sociologie.

Le sentiment démocratique en Europe fut l’aboutissement normal d’un double courant culturel, le résultat d’une libération de l’esprit par la réforme, et de la raison et du goût par la renaissance. Voilà sa signification historique, c’est-à-dire la signification qui n’est pas transposable hors de l’histoire européenne. Mais dans tout processus de démocratisation, en Europe ou hors d’Europe, le sentiment démocratique est une certaine limite psychologique au dessous de laquelle apparaît le sentiment de l’esclave et au dessus de laquelle apparaît celui du despote. L’homme libre, le citoyen d’une démocratie est une affirmation entre ces deux négations. C’est donc la réalité intrinsèque à laquelle on peut référer n’importe quel processus de démocratisation. Et elle s’insère entre deux autres réalités qui la bordent et constituent en quelque sorte ses « négatifs », c’est-à-dire la négation du « moi » chez l’esclave et la négation de « l’autre » chez le despote. L’image psychologique de l’esclave, notamment dans l’homme qui rit de Victor Hugo, où les conseils que le personnage Ursus donne à Givnyplaine sont des conseils à un esclave :’’il y a , dit-il, en effet, une règle pour les grands, ne rien faire et une règle pour les petits, ne rien dire. Le pauvre n’a qu’un ami le silence. Il ne doit prononcer qu’une monosyllabe : Oui. Avouer et consentir c’est tout son droit. Oui, au juge, oui au roi. Les grands si bon leur semble, nous donnent des coups de bâton, j’en ai reçu, c’est leur prérogative et ils ne perdent nullement de leur grandeur en nous rompant les os…’’

On voit dans cet exemple que pour Ursus, le meilleur parti à prendre c’est de consentir et de dire oui à tout mais nous voyons combien le ‘’oui’’ dans sa bouche exprime la ‘’négation’’ de soi, c’est à dire la négation de fondement même de la démocratie en l’être humain.

Le processus de démocratisation doit donc éliminer toutes ces tendances antidémocratique, en réduisant chez l’un les penchants à la servilité, chez l’autre les penchants au despotisme.

source: oumam.com

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islam et democratie avec tariq ramadan

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008


Tariq Ramadan.com

Tariq Ramadan à l’Expression
« L’absence de démocratie appauvrit l’évolution de l’islam »

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Tariq Ramadan

Mercredi 12 mars 2008, par Entretien avec M’hammedi BOUZINA

Il enseigne l’islamologie à l’université d’Oxford en Angleterre. Il milite pour un Islam moderne et ouvert sur l’universel. Il sera à Alger en ce mois de mars. Il sillonne le monde pour, comme il aime à le dire, construire des passerelles de dialogue entre le monde musulman et le reste du monde. Il venait d’Australie et repartait pour la Suisse, son pays de résidence. Entre ces deux escales, il a animé deux conférences à Bruxelles. Avec un tel agenda, et malgré la fatigue visible sur son visage, Tariq Ramadan a pu trouver le temps pour nous accorder cet entretien…c’était dans la voiture qui l’emmenait vers l’aéroport.

Nous sommes le 8 mars, c’est la Journée internationale de la femme. Avez-vous un commentaire
Tariq Ramadan : Le fait de penser à la question de la femme d’un point de vue islamique est fondamental. Là-dessus, l’Islam a deux problèmes majeurs et il faut qu’il les résolve. Ces deux problèmes sont la réduction et la projection. La réduction, c’est la lecture littérale du Coran qui ne tient pas compte du contexte historique dans lequel le Coran a été révélé et encore moins de l’orientation de l’ensemble du message. L’autre, la projection, c’est un déni culturel sur le texte coranique. C’est-à-dire la confusion entre ce qui relève de la culture et de ce qui est réellement islamique. La culture arabe par exemple n’est pas la culture, au sens large du terme, de l’Asie. Par exemple, un certain nombre de pratiques et de problèmes comme l’excision, le mariage forcé, la violence, le libre choix de la femme dans le mariage…sont très liés à des lectures culturelles. Ce sont des projections culturelles sur le texte coranique. D’où la nécessité d’un vrai travail de fond, de réforme, d’Ijtihad…

Question certainement classique, mais combien d’actualité, je veux parler du rapport de l’Islam à la démocratie occidentale. Que répondez-vous à ceux qui estiment que l’Islam est incompatible avec la démocratie ?
TR : Ce que je dis, c’est qu’il n’y a pas de contradiction entre les principes de l’Islam et les principes de la démocratie. Et je fais une différence entre les modèles démocratiques occidentaux. D’autres modèles démocratiques, ailleurs dans le monde, peuvent-ils être meilleurs ou pas ? Les principes fondateurs de la démocratie sont l’Etat de droit, la citoyenneté égalitaire, le suffrage universel, la séparation des pouvoirs. Les principes de l’islam attestent que nous n’avons aucun problème avec ces principes. Ce sont des principes. Maintenant quel modèle historique une société va-t-elle se donner pour pouvoir respecter ces principes ? On voit par exemple en Europe des modèles différents. Le modèle français n’est pas celui de l’Angleterre ou celui de la Belgique. Dans les sociétés majoritairement musulmanes on aura la même chose. Les mêmes principes et des modèles variant en fonction de la culture, de la psychologie, de l’héritage sociétal etc. Ce que je dis à l’Occident, c’est de cesser de nous imposer des modèles, d’être cohérents avec leurs propres principes. Dernier élément important, c’est celui de permettre le développement de la critique de la démocratie pour l’améliorer. Aujourd’hui, quand on voit le pouvoir des médias, quand on voit la désaffection des gens pour le fait politique, excepté lors de grandes messes électorales comme l’élection présidentielle, et quand on voit que tout passe par les sondages…je dis que nous sommes dans la politique spectacle.

Aujourd’hui la réflexion sur le rapport de l’islam à la modernité est prise en charge plus par les philosophes et penseurs occidentaux que par ceux des sociétés musulmanes. Pourquoi ?
TR : Il faut regarder les choses en face. Les 24 pays à majorité arabo-musulmane produisent ou traduisent moins d’ouvrages venus d’Occident que le seul Brésil par exemple. C’est Régis Debré qui me disait ça, la semaine dernière. Il a raison, il y a dans les pays musulmans un vrai problème de curiosité, d’implication dans le débat intellectuel international, de réconciliation avec l’universel. Nous sommes enfermés dans nos certitudes. Nous avons le message (coranique) et il n’y a pas lieu de débattre…Nous sommes dans des situations de victime, c’est-à-dire que tout le monde nous déteste et nous ne faisons que réagir (ex : sur les caricatures du Prophète QSSSL). Il nous faut une vraie attitude de confiance critique qui allie la foi profonde à l’esprit critique et créatif. Ça, c’est un manque réel dans les sociétés musulmanes, en Afrique du Nord comme ailleurs. Aujourd’hui, il faut qu’il y ait une émergence de cette conscience chez les musulmans dans les pays occidentaux, sans qu’ils soient coupés des pays musulmans. Il faut que l’on réussisse à développer ce débat.

Comment convaincre l’Occidental moyen que l’Islam est un message de paix, d’amour et de tolérance lorsqu’il voit la guerre meurtrière que se livrent sunnites et chiites en Irak par exemple ?
TR : Parler de l’Islam comme message de paix (de salam), se donner entièrement à Dieu, être à la recherche de la paix intime (intérieure), de la paix sociale…c’est cela notre idéal. Maintenant, il ne faut pas confondre le message (coranique) et ses objectifs, avec des réalités socio-politiques qu’il faut étudier pour ce qu’elles sont. Je veux dire que le conflit sunnite-chiite est circonstanciel, et politique. Il y a un occupant qui a besoin de diviser pour régner. Il tire sur les ficelles. Il ne faut pas que l’on soit naïfs. La colonisation a toujours utilisé la division des sociétés pour régner. On le voit aussi en Palestine où les deux factions qui résistent à Israël sont divisées, manipulées…On ne peut pas passer sur le politique et dire : ça c’est l’Islam. Non, ce sont des questions politiques, géostratégiques, socio-économiques…qui sont en jeu dans ce cas-là.

Certains vous qualifient de porte-parole de l’Islam intégriste, radical.
TR : Ils disent deux choses. Que je suis le porte-parole des intégristes et que j’ai un double langage. Je leur réponds qu’ils ont une double audition et qu’ils ne veulent pas d’une présence musulmane assumée qui vit avec son temps. Ils disent qu’ils veulent la réforme de l’islam, mais ils veulent, en fait, la « désislamisation ». Nous disons que l’on est ce que l’on est. On l’assume. L’Islam a les moyens de s’offrir des réponses pour aujourd’hui. Mais c’est à nous de développer un esprit critique, créatif pour des solutions à nos défis. Il y a ceux qui ne veulent pas entendre cela, comme la dimension du discours universel de l’Islam. Ils ne veulent pas qu’on crée des ponts entre nous. Ils ont envie de polarisation et ils gagnent. Leur agenda politique et idéologique c’est deux choses : la peur et la polarisation ; le « nous » contre « eux ». C’est donc normal qu’ils trouvent mon discours dangereux, puisqu’il va à l’encontre de tous leurs desseins, notamment celui de mettre en évidence qu’il y a une fracture (entre pays musulmans et Occident). Pour me contrer ils parasitent mon discours. Ils mettent une espèce de nuage de suspicion autour. Vous allez sur le moteur de recherche « Google », sur Internet, vous trouverez les mêmes informations sur moi, publiées 30.000 fois ! Je leur réponds sur le long temps. Notre cohérence aura raison de leurs fausses accusations.

Ce n’est pas aussi par rapport à votre grand-père maternel, Hassan El Bana, le fondateur de la confrérie des Frères musulmans en Egypte, et de votre père fondateur de la même confrérie en Palestine ?
TR : Il y a ceux qui utilisent ça. Autrement dit, je suis coupable par association. En plus, ils font dire à mon grand-père des choses qu’il n’a jamais dites. J’ai écrit sur mon grand-père. Il y a des choses que je soutiens et d’autres que je relie au contexte de l’histoire des années 1930-40. Il était contre la colonisation. Pour moi, c’est digne d’être anticolonial. Il était contre la fondation de l’Etat d’Israël parce qu’il voyait où cela mènerait. Il a créé 2000 écoles dont la moitié pour les femmes. Maintenant, il faut faire la critique historique des slogans de l’époque. En plus, mes contradicteurs créent l’amalgame entre Islam et terrorisme. L’Islam est aussi divers que le christianisme. Dans le christianisme politique il y a des différences entre les théologiens de la libération et les fondamentalistes ou la démocratie chrétienne en Italie par exemple. Dans le monde musulman, c’est pareil.

L’Islam s’intéresse à la gestion de la cité, de la société au même titre que le politique. N’est-ce pas cette proximité, cette rencontre des deux sur le terrain social qui provoque des rapports, souvent, violents ?
TR : Si nous ne clarifions pas ce type de rapports on tombe dans ce que vous dites. C’est-à-dire la violence potentielle. Les enseignements islamiques pour tout ce qui concerne la « aquida » et la pratique, soit le credo et la pratique, sont clairs. Il faut faire ce que les textes disent. Mais pour tout ce qui est des affaires sociales, du fait politique…la méthodologie de l’Islam dit que tout est permis sauf ce qui est interdit. Donc, c’est un autre rapport. Le problème est que certains savants et mouvements sont entrés dans le champ politique avec la mentalité de la « aquida » et de la « ibada » (la fois et l’adoration) de façon dogmatique. Et ça, ce n’est pas islamique. C’est une confusion des genres extrêmement grave. Par contre, nous avons pour le domaine social une éthique à proposer. Nous proposons une éthique pour l’économique, le politique…mais nous n’avons pas d’Etat, une structure déterminée, une autorité figée une fois pour toutes. Nous avons une autorité qui se négocie, et qui ne s’impose pas. Il faut affiner et clarifier tous ces concepts pour ne pas tomber dans l’excès que l’on voit. Comme ceux qui veulent dupliquer, historiquement, le modèle de Médine, ou Hizb Ettahrir qui nous parle de Khalifat, ou d’Etat islamique et quand on leur demande comment, ils reviennent à des modèles très lointains dans l’histoire. Nous n’avons pas de modèle d’Etat, par contre, nous avons des principes éthiques qu’il faut respecter, et qui font partie de l’autorité négociée, du débat que l’on doit avoir dans la société civile qui se démocratise.

Mais ce débat démocratique est-il possible dans les pays musulmans ?
TR : C’est le cercle vicieux. L’absence de liberté politique, de démocratie, l’absence de société civile, l’absence d’espace de dialogue et de débat…appauvrit de plus en plus une évolution saine et moderne de l’Islam d’une manière générale. C’est évident.

Est-il vrai que vous étiez le conseiller pour les affaires islamiques de l’ex-Premier ministre britannique, Tony Blair ? Et l’êtes-vous toujours ?
TR : C’est encore l’intox de certains milieux politiques et intellectuels, notamment français. Je suis, comme un certain nombre d’autres professeurs et chercheurs, dans une commission d’études et de recherches, spécialisée dans les questions de l’Islam en Europe. Rien de particulier.

SOURCE : L’EXPRESSION

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ENTRETIEN AVEC SALAH-EDDINE SIDHOUM? LE MILITANT DES DROITS DE L’HOMME

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

En Algérie, la guerre perdure

Entretien avec Salah-Eddine Sidhoum

Par

Un an et demi après le référendum sur la « charte pour la paix et la réconciliation » proposant aux combattants islamistes ayant déposé les armes l’abandon des poursuites judiciaires, et l’indemnisation des familles de victimes du terrorisme, chaque jour apporte aux Algériens son lot de morts, de blessés et de désolation. Dans l’indifférence générale. Témoignage exceptionnel d’une figure historique de l’opposition au régime, militant des droits humains depuis plus de vingt ans.


ENTRETIEN AVEC SALAH-EDDINE SIDHOUM? LE MILITANT DES DROITS DE L'HOMME dans DROITS DE L'HOMME(22) sidhoum-72504Dix-sept mois après le référendum sur la « charte pour la paix et la réconciliation », quel bilan pouvez-vous établir ?

Lors d’un débat sur la chaîne Al-Jazira consacré à la « réconciliation » dans notre pays et à la veille du carnaval référendaire et plébiscitaire fin septembre 2005, je qualifiais la charte imposée par le régime de « charte de l’impunité et de la supercherie nationale ». J’aurais souhaité, malgré ma connaissance de ce régime « politique » sans scrupules, me tromper dans mon analyse. Dix-sept mois après, les faits confirment malheureusement mes dires. Depuis cette mascarade référendaire, plus de 400 Algériens sont morts et près de mille autres ont été blessés suite aux violences politiques, selon le décompte des journaux et des agences de presse. Et nous savons que cette comptabilité macabre est nettement en deçà de la triste réalité. Nos compatriotes de l’intérieur du pays assistent quotidiennement à des mouvements de troupes dans plusieurs régions, à des ratissages, à des pilonnages et à des bombardements des maquis par des hélicoptères de combat. Chaque jour apporte son lot de morts, de blessés et de désolation dans nos foyers. Nos enfants, civils et militaires, continuent de mourir pour une cause qui n’est pas la leur. Quand on utilise tous ces moyens militaires, je crois qu’il s’agit bel et bien d’une guerre qui perdure et non d’opérations de « maintien de l’ordre » de sinistre souvenir – et encore moins de « terrorisme résiduel », concept si cher à certains mercenaires politiques. Mais le pouvoir, déconnecté des réalités et enfermé dans sa tour d’ivoire, son « Algérie utile », crie à la victoire (contre ses propres enfants !), à la réconciliation et à la paix… factices. Tout comme la « concorde » initiée par les responsables de la police politique a échoué, la charte dite de la « réconciliation » est vouée à un échec cinglant, car les véritables causes politiques de la crise n’ont jamais été abordées et la nation n’a jamais été consultée. Feignent-ils d’oublier que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et que toute solution qui n’emprunte pas le chemin du dialogue et de la concertation et qui ne s’appuie pas sur la volonté populaire est vaine ? Élaborée dans les ténébreuses boutiques de la police politique et exécutée par le pouvoir de façade, cette « charte » était d’emblée verrouillée. Aucun débat contradictoire n’était permis. La machine de l’action psychologique, bien rôdée depuis quatre décennies, était là pour « mobiliser » le peuple et lui faire approuver, malgré lui, le texte à la quasi-unanimité. Cette « charte » est venue consacrer la politique d’éradication et d’exclusion en cours depuis plus d’une décennie et la sacraliser. Éludant les causes profondes de la crise et de la tragédie qui en a découlé, l’oligarchie, sous couvert de son pouvoir apparent, a décidé de régler de manière partiale et partielle les conséquences de ce drame national. Une véritable offense à la mémoire des victimes et une insane tentative de corruption de leurs familles. Ce texte « plébiscité » par un peuple sans souveraineté et sans voix (l’Algérie des paradoxes !) et transformé en nouveau Coran, consacre l’impunité totale des responsables de tous bords du drame national et de leurs exécutants. Les putschistes qui ont plongé le pays dans une mer de sang et de larmes, tout en s’auto-amnistiant, s’autoproclameront « artisans de la sauvegarde de la République ». Effectivement, ils auront sauvé leur République bananière et des containers, pour plonger l’Algérie et son peuple dans les abysses de la terreur et de la misère. Ceux qui, hier, s’étaient dressés contre cette politique sanglante et avaient appelé, lors des années de braise, à une véritable réconciliation et à la paix des cœurs avaient été qualifiés de « traîtres ». Demain, ceux qui se dresseront contre cette supercherie nationale, cette paix des cimetières et cette amnésie générale seront criminalisés et passibles de trois à cinq années d’emprisonnement ! On aurait parlé de blague si la situation n’était pas tragique. Une véritable imposture ! Même les sinistres dictateurs latino-américains n’avaient pas osé cela. Comment voulez-vous qu’avec toutes ses tares et ses inepties, cette dite « charte » puisse réussir à réconcilier les Algériens et ramener la paix dans leurs cœurs meurtris ? Je crois en réalité et pour reprendre une journaliste que, faute de pouvoir réconcilier les Algériens, cette farce référendaire a permis seulement à ce régime de se réconcilier avec ses vieilles pratiques totalitaires.

Quel est le processus à suivre pour aboutir à une véritable réconciliation ?

Il y a deux faits avant tout qu’il faudra préciser :
- La crise algérienne est avant tout une crise éminemment politique et sa solution ne peut être que politique. Cela doit être clair ;
- Le régime actuel, juge et partie, responsable en premier lieu et en grande partie du drame national, est disqualifié pour résoudre sérieusement la crise. De ce fait, la véritable réconciliation nationale passe inéluctablement par une large consultation, franche et sincère, des principales forces et personnalités intellectuelles et politiques représentatives de la Nation, afin d’aboutir à une solution politique globale, après avoir cerné sans complaisance et en toute sérénité les causes réelles et profondes de la crise qui remontent en réalité à l’indépendance. Cela permettra de baliser le terrain politique sur des bases démocratiques, en vue de l’édification d’un véritable État de droit et de mettre définitivement un terme à cette violence politique initiée au lendemain de l’indépendance par ce régime et qui a fini par gangrener la société toute entière. C’est ce que j’ai appelé la Moussaraha nationale, qui aboutira à un véritable compromis politique historique. C’est le volet politique du processus. Ce n’est qu’après cela qu’on pourra résoudre définitivement les conséquences humanitaires et sociales de la guerre provoquée par l’acte irréfléchi qu’a été le coup d’État de janvier 1992. Le second volet est celui de la vérité et du droit. Il est impératif que les Algériens sachent ce qui s’est réellement passé durant ces années de sang et de larmes, durant lesquelles ont été commises les pires atrocités contre un peuple sans défense. À l’instar des pays qui ont vécu des drames internes, il est nécessaire de mettre en place une commission nationale pour la vérité et la justice. Soyons clairs sur ce point : vérité et justice ne signifient aucunement règlement de comptes ou vengeance. Et ce n’est qu’après cela que pourra éventuellement intervenir l’amnistie par l’autorité politique légitime. Car comme le disait mon ami le sociologue Lahouari Addi : « Un assassin jugé et amnistié se comportera différemment d’un criminel innocenté. » La découverte de la vérité sur le drame national n’est pas seulement un droit pour les victimes et leurs familles, mais aussi un droit pour tous les Algériens afin de tirer les leçons en vue d’éviter d’autres tragédies à l’avenir et de mettre un terme aux ardeurs criminelles des aventuriers de tous bords. Car ce qui s’est passé comme horreurs durant plus d’une décennie, ce ne sont pas de simples faits banals à verser dans la rubrique des faits divers. La torture institutionnalisée, les exécutions sommaires, les disparitions, les viols et les horribles massacres sont des crimes contre l’humanité, imprescriptibles sur le plan du droit international et que nul décret ou référendum ne peut effacer. Des atteintes gravissimes aux droits de l’homme qui ne sont pas sans nous rappeler, dans beaucoup de cas, les crimes commis durant la guerre de libération nationale ne peuvent être occultés par une politique d’amnésie collective ni par la répression pour faire taire les témoins du drame.

Après le référendum, le pouvoir a convoqué le corps électoral en vue des élections législatives. Quelle analyse faites-vous de la situation du pays à la veille de cette échéance ?

La situation politique qui prévaut actuellement est la même que celle d’hier et d’avant-hier. C’est un statu quo mortel. La violence politique persiste, même si elle a nettement diminué. Les foyers d’opposition armée restent actifs. L’injustice, la corruption et la misère alimentent et entretiennent ces foyers de révolte armée. Nous sommes entrés depuis 1992 dans une logique extrêmement dangereuse pour le pays. À la violence permanente du régime, qu’il a imposé au lendemain de l’indépendance comme moyen de gestion politique, répond maintenant une violence devenue endémique d’une jeunesse sans présent ni avenir, à travers les maquis et les émeutes. Les tensions entre le système obsolète et arrogant et la société poussée au désespoir par des décennies d’injustice et de mépris risquent de mener droit vers des lendemains plus chaotiques. Pour revenir aux « élections » législatives prochaines, il est difficile de parler d’élections dans un système perverti comme le système algérien, quand nous savons que toutes les élections depuis l’indépendance (à l’exception de celles de 1991) ont été traficotées par les « services » et leur administration. De véritables mascarades ! Encore une fois, le pouvoir va mobiliser sa clientèle larbine et rentière pour renouveler sa chambre d’enregistrement, dont la facticité et la vacuité ne sont plus à démontrer. Peut-on parler de vie politique quand nous savons que l’écrasante majorité des « élus » est désignée en réalité par les officines et selon des quotas bien définis dans le cadre d’une fausse carte politique adaptée à la conjoncture du moment et des « équilibres internes » ? Peut-on parler de vie politique avec un multipartisme de façade, des partis préfabriqués servant de faire-valoir, un syndicalisme de service et des élections truquées en permanence ? Peut-on parler de vie politique avec un état d’exception qui date pratiquement de l’indépendance et officialisé depuis 1992 et dont la prorogation n’est qu’un grossier stratagème pour détourner l’attention de la population des problèmes sociaux inextricables ? Le fossé ne fait en réalité que se creuser entre les citoyens et ce pouvoir honni, ce qui approfondi et aggrave un peu plus la crise politique. Mais le régime n’en a cure. Pour les citoyennes et citoyens honnêtes de ce pays, s’inscrire dans la stratégie du pouvoir en participant à cette vie politique factice, c’est participer à leur propre destruction et à celle du pays.

Des observateurs politiques relèvent que les élections n’ont pas réussi à résoudre la crise dans notre pays, tandis que d’autres soutiennent que l’exercice de la politique n’est possible qu’au sein des institutions. Quel est votre avis ?

De quelles élections et de quelles institutions parlez-vous ? Il est certain que les élections truquées et manipulées de bout en bout depuis l’indépendance ne pouvaient et ne pourront résoudre la grave crise politique que connaît notre pays, tout comme l’exercice de la politique, au sens noble du terme, est impossible au sein des institutions factices.

Est-ce que vous partagez l’avis selon lequel le pouvoir est en dehors des institutions ?

Là aussi il faudrait clarifier les choses. De quelles institutions parlez-vous ? S’il s’agit de véritables institutions, démocratiquement élues, elles n’existent pas. C’est pour cela que je persiste à dire qu’il n’y a pas d’État dans notre pays, pour la simple raison qu’il n’y a pas d’institutions issues de la volonté populaire. Quant aux institutions existantes, tout le monde sait qu’il s’agit d’institutions factices issues des laboratoires de la police politique et qui n’ont aucun pouvoir. Un décor en trompe-l’œil ! Donc le régime d’Alger est bel et bien dans ses « institutions », taillées sur mesure pour le servir et constituer la fausse vitrine d’un régime « démocratique » aux yeux de l’opinion publique internationale – laquelle est loin d’être dupe pour avaler de telles couleuvres.

Croyez-vous à l’existence d’une classe politique dans notre pays ? Ou partagez-vous l’avis selon lequel les partis ne sont que des machines électorales ?

Il existe quelques individualités politiques de valeur, mais il n’existe pas de classe politique à proprement dite. À cela, il existe des raisons objectives et historiques. Nos élites ont toujours brillé par leur trahison, du moins en grande partie. Regardez un peu ce qui s’est passé durant la guerre de libération : seule une minorité avait rejoint d’emblée le combat libérateur et beaucoup ont été tués par leurs propres frères – le malheureux Abbane Ramdane en est un exemple frappant. Quant aux autres, ils avaient campé au carrefour des vents pour rejoindre tardivement Tunis ou les intrigants des frontières. C’est cette lâche « désertion » qui a permis à des bravaches et autres aventuriers de prendre en main la révolution depuis 1962, avec les dérives que nous connaissons. Après 1962, le pouvoir a su phagocyter très tôt la majeure partie de notre « élite », tant intellectuelle que politique. Cette dernière a bradé le principe pour le gagne-pain. C’est ce que certains historiens ont appelé la « socialisation des élites ». Il faut avoir l’honnêteté de dire que l’Algérie n’est pas seulement malade de ses dirigeants corrompus, mais aussi et surtout de ses élites lâches ! Le constat est déplorable. Les valeurs et les idéaux qui avaient fait la force de notre Nation durant la nuit coloniale ont pratiquement disparu, laissant place à la kfaza [aptitude à magouiller], à l’opportunisme, à la médiocrité affligeante et au trabendo politico-intellectuel. Les quelques partis représentatifs du début des années 1990 ont été pratiquement éliminés. Nous savons dans quel piège mortel est tombé stupidement le FIS en 1991, comment le FLN rénové d’Abdelhamid Mehri a été brisé en 1996 par le régime suite au « complot scientifique » organisé par d’ignares intrigants et comment votre propre parti, le FFS, qui reste l’un des rares espaces de liberté et de démocratie, si ce n’est pas le seul, est l’objet de manœuvres déstabilisatrices depuis plus d’une décennie. Le régime ne veut pas de classe politique réelle. Il a totalement perverti l’action politique en façonnant des partis et des pantins politiques de service (et contrôlés par les « services »). De véritables troubadours politiques qu’on agite à l’occasion des mascarades électorales et référendaires. Malek Bennabi disait à ce sujet : « La politique est une réflexion sur la manière de servir le peuple. La boulitique est une somme de hurlements et de gesticulations pour se servir du peuple. » C’est ce à quoi nous assistons depuis la supercherie démocratique de 1988.

Le verrouillage des champs politique et médiatique, dans notre pays, est un secret de polichinelle. Mais est-ce que cela suffit pour expliquer le manque de dynamisme au niveau des partis politiques et de la société en général ?

Le début du verrouillage politique et médiatique remonte à l’indépendance et à la prise sanglante du pouvoir par les imposteurs d’Oujda et de Ghardimaou. Il ne date pas du coup d’État de janvier 1992. Il fait partie de la stratégie de gestion politique du pays pour empêcher toute velléité politique autonome de s’organiser et de s’exprimer. Cela est un fait indéniable. Il y a aussi ce laminage par la violence, l’intrigue et l’infiltration des partis politiques représentatifs dont nous avons parlé précédemment et leur remplacement par des partis maison corvéables et malléables à merci. Mais cela est de bonne guerre de la part du régime immoral dont on connaît la nature totalitaire et qui s’agrippe par tous les moyens au pouvoir. À quoi devons-nous nous attendre d’un système aussi véreux ? Mais à mes yeux, la lâcheté de nos « élites » intellectuelles et politiques est en grande partie, responsable de cette anesthésie politique. C’est ce vide sidéral qui permet à ce pouvoir de se mouvoir avec une aisance déconcertante. En réalité, la force du régime réside en notre faiblesse criarde à nous entendre sur des principes démocratiques communs et à nous organiser. Et le dernier drame national l’a éloquemment montré. Nous avons été sidérés par le comportement de nombreux « intellectuels » et « politiques » devant la tragédie de notre peuple. Beaucoup se sont trompés de cible et certains… de société ! Je cite souvent le cas de la résistance des intellectuels tchécoslovaques, avec à leur tête Vaclav Havel, qui avaient à affronter non seulement la redoutable police politique de leur pays, mais aussi la tristement célèbre machine répressive soviétique. Ces consciences libres et incorruptibles n’ont pas eu peur de faire de la prison et de perdre leurs privilèges sociaux pour défendre leurs idéaux et servir leur peuple. Ils ont été ces minces lueurs qui ont éclairé leur société plongée dans les ténèbres du totalitarisme communiste, qui se sont transformées en une lumière éblouissante au lendemain de la chute du mur de Berlin, pour la guider sur la voie de la révolution de velours. J’entends déjà des « intellectuels » me dire : « Oui, mais la conjoncture internationale était différente. » Tous les prétextes sont bons pour se débiner et se soustraire à la lutte politique ! Avons-nous une élite de cette trempe pour sortir la nation algérienne des ténèbres de l’imposture politique ? La question reste posée…

Alors quelle est selon vous, la démarche à suivre pour aider à l’émergence d’une représentation politique et sociale, capable d’engager le pays dans une construction démocratique ?

La crise politique qui a provoqué le drame sanglant de la décennie écoulée persiste et s’aggrave, n’en déplaise aux propagandistes du pouvoir, à leurs thuriféraires et aux services de l’action psychologique qui essaient de faire croire à l’opinion publique internationale que la crise est derrière nous et que le pays a retrouvé sa quiétude. Elle est annonciatrice, à Dieu ne plaise, d’autres séismes beaucoup plus destructeurs que ce que nous avons vécu durant les années 1990. Il est plus que certain qu’il n’y a plus rien à attendre de ce régime, atteint d’une malformation politique congénitale incurable et qui, malgré son état de déliquescence avancé et la faillite sanglante qu’il a provoqué, refuse obstinément de partir. La situation peu reluisante du pays – qui n’a rien à voir avec la vitrine présentée par le régime – doit susciter en nous un véritable examen de conscience. Devons-nous rester impassibles devant la dramatique dégradation de la situation politique, économique et sociale et la pérennisation de la violence ? Il est impératif de mettre un terme à cette logique d’autodestruction dans laquelle le régime a enfermé la société, en imposant la paix des cœurs et de la raison qui doit être la priorité des priorités. Tout comme il est impératif de sortir du champ politique artificiel, fécondé in vitro, pour entrer dans le champ politique authentique, qui reflète les réalités nationales et qui tienne compte des forces politiques véritables ancrées dans la société et imprégnées de ses valeurs culturelles. Il faudrait avoir le courage de briser la stratégie du pouvoir qui consiste à imposer les termes et les limites du débat et se projeter vers un changement radical et pacifique de système. S’inscrire dans sa stratégie, c’est être complice de cette faillite sanglante. Il est, enfin, plus que nécessaire de briser le cercle vicieux dans lequel est enfermée l’Algérie depuis 1962, à savoir celui d’un peuple sans souveraineté et d’un pouvoir sans légitimité. L’ère des tuteurs en col blanc ou en képi a provoqué assez de dégâts. Il est temps de mettre fin à l’usurpation du pouvoir qui dure maintenant depuis plus de 40 ans et de rendre la parole aux citoyennes et citoyens pour qu’ils puissent choisir souverainement et librement les institutions qui reflètent leurs réalités socioculturelles. C’est à ces conditions fondamentales et seulement à ces conditions qu’on pourra espérer un véritable changement. Pour cela, il faudra œuvrer à ce que les volontés intellectuelles et politiques sincères se rassemblent et s’organisent dans un cadre autonome, un forum de réflexion et d’action, en vue d’une construction démocratique réelle. Nous devons prendre l’initiative de réunir autour d’une table toutes ces volontés sans exclusion aucune, pour mettre à plat sans complaisance et dans un climat empreint de paix et de sérénité, tous les problèmes qui nous ont divisé, le plus souvent artificiellement pour ouvrir la voie à la construction d’un État de droit. Nous devons cesser de subir dans notre propre pays pour devenir les acteurs de notre propre histoire et les maîtres de notre destin. Cela demandera le temps qu’il faudra, mais il est impératif de réhabiliter la pratique politique et d’aboutir au compromis politique historique dont j’ai parlé précédemment et à une alternative politique crédible à présenter à notre peuple en vue de ce changement radical et pacifique de régime. Nous avons une immense responsabilité historique dans cette phase cruciale de rétablissement du dialogue entre Algériens. Je crois que le peuple mauritanien d’une manière générale, et ses élites politiques et militaires d’une manière particulière, sont en train de nous donner une leçon exemplaire de réalisme politique et de démocratie. Avec beaucoup d’exigence morale et intellectuelle et une bonne dose de courage politique, faisons tous ensemble que le drame de ces années de sang et de larmes se transforme en une véritable résurrection d’une Algérie de dignité, de justice et de libertés démocratiques et que le sacrifice des dizaines de milliers de victimes ne soit pas vain.

L’Algérie a signé la convention internationale pour la protection contre les disparitions forcées. Est-ce une avancée ?

Non, c’est une blague ? !

Quels sont les mécanismes à mettre en place pour aboutir à un dénouement juste et équitable de la question des disparus ?

Il est vrai que la question des disparitions forcées est une question très sensible. Le régime semble avoir tranché dans sa charte de l’impunité et de la supercherie nationale en les considérant comme morts. J’avais évoqué ce triste sort lors d’une interview à un quotidien il y a deux années de cela, ce qui avait provoqué une réaction chez certaines mères de disparus, réaction entretenue par certaines personnes qui ont fait de ce douloureux problème un fonds de commerce très juteux, plus particulièrement Outre-Méditerranée. Je ne suis pas un adepte en politique de l’entretien des illusions, de l’hypocrisie et du mensonge. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de dire la vérité à son peuple, même si cela vous fait perdre des plumes politiquement. Car notre modeste conception de la politique est d’être franc et de servir son peuple et non de lui plaire et de le desservir. Je considère en mon âme et conscience que les planificateurs de cette éradication d’une partie de la population ont commis, concernant les victimes de disparitions forcées, un double crime contre l’humanité. En les enlevant puis en les exécutant sommairement, probablement après d’horribles tortures. Tôt ou tard, les langues de délieront et la vérité éclatera. C’est le droit absolu, non seulement pour les familles mais aussi pour toute la nation, de savoir qui a planifié et commandité ces enlèvements d’Algériens puis leur exécution sommaire et connaître les lieux secrets où ils ont été ensevelis. Donc je crois que même si la question des disparitions est délicate, nous ne devons pas la dissocier des autres crimes contre l’humanité commis durant cette guerre. Et ce sera le rôle d’une Commission Vérité et Justice à créer, d’enquêter sur tout cela et d’éclairer l’opinion publique et la Justice. Mais encore une fois, tout cela ne pourra être réalisé en toute liberté et équité que lorsque les Algériens se seront définitivement débarrassés de ce régime et auront posé les jalons d’un État de droit.

Des militants des droits de l’homme se plaignent de l’absence d’un cadre de lutte. Votre avis ?

Là aussi, il faudrait clarifier les choses. De quels militants des droits de l’homme parlez-vous ? De salon ou de terrain ? Je sais une chose (car j’étais et je suis toujours sur le terrain) : durant la guerre subie par notre peuple, lorsque des dizaines de citoyens étaient enlevés, torturés, exécutés sommairement ou tués dans les coins de rue et à l’époque où des dizaines de têtes sans corps et de corps sans têtes étaient jetés dans les rues, le nombre des militants des droits de l’homme se comptaient à peine sur les doigts des deux mains. L’occasion se présente pour rappeler le travail admirable fourni par mon frère de lutte, Me Mahmoud Khelili, durant la sale guerre et au prix de sa vie. Un travail qui a permis en grande partie au monde de connaître la réelle et dramatique situation des droits de l’homme dans notre pays. Comme cette poignée de militants impénitents, Mahmoud n’avait pas besoin d’un « cadre de lutte » pour déchirer le voile du mensonge et de la désinformation à l’époque de la terreur institutionnalisée. Je reviens là aussi à Vaclav Havel et à la « charte 77 » pour le respect des droits de l’homme. Cette initiative, qui fut initialement une association « non agréée » (pour reprendre la phraséologie officielle algérienne) n’avait comme « cadre de lutte » que la prison et les minuscules appartements de la poignée d’intellectuels tchèques, avant de se transformer en un vaste mouvement politique libérateur du joug communiste. Il est vrai que maintenant, avec la condamnation par l’opinion publique et les ONG internationales du régime d’Alger pour ses atteintes massives à la dignité humaine – ce qui a tempéré un tant soit peu les ardeurs criminelles des exécutants du pouvoir –, nous assistons à une prolifération de militants ès droits de l’homme se bousculant aux portillons de certaines officines étrangères plus que suspectes, venues en Algérie pour leur « apprendre » les « droits de l’homme » et comment « voter », dans les salons feutrés de certains hôtels algérois… Le militantisme pour la dignité humaine n’est ni une fonction ni un service rendu. C’est un devoir pour tout citoyen d’une manière générale et de tout intellectuel et politique d’une manière particulière. Et il n’a besoin ni de « leçons » particulières ni de « cadre de lutte ». C’est un combat quotidien. Nos convictions et les valeurs civilisationnelles auxquelles nous croyons nous ont interpellés lors d’une période tragique que traversait notre pays, et nous avons pris nos responsabilités. Nous avons été les témoins acharnés des erreurs et des horreurs de ce régime. Nous avons témoigné de la triste et dramatique réalité algérienne. Et nous continuerons à témoigner aujourd’hui et demain pour faire éclater la Vérité, toute la vérité sur le drame vécu par notre peuple, quel qu’en soit le prix, en faisant nôtre le propos de feu le journaliste Robert Barrat : « La vérité et la justice ont aujourd’hui besoin de témoins. Des témoins qui sachent au besoin souffrir le martyre sans mot dire. »

 

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DROITS DE L’HOMME EN ALGERIE- CAS SALAH-EDDINE SIDHOUM

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Lettre ouverte à l’opinion publique et aux organisations non gouvernementales des droits humains

Salah-Eddine SIDHOUM

 

Mes cher(e)s Ami(e)s,

Le pouvoir d’Alger semble persister dans son harcèlement contre ma modeste personne.

En effet aujourd’hui, 05 juin 2005, deux civils munis de talkies-walkies, venus à bord d’une voiture banalisée bleue de type Renault R19 se sont présentés à mon domicile aux environs de 10 heures. N’ayant trouvé personne chez moi, ils remirent une convocation me concernant à un employé d’un taxiphone voisin, non sans avoir relevé ses coordonnées personnelles et lui avoir demandé de me la remettre en mains propres. Ce sont des voisins qui m’appelèrent à la clinique où j’exerce pour m’informer des faits.

Cette convocation est la troisième depuis ma libération en octobre 2003.

En effet, cette dernière convocation (n° 5892755) émane encore une fois de la 14e brigade mobile de la police judiciaire (BMPJ) de Birkhadem et le motif invoqué est « l’étude de mon cas » !!!!! Un cas pathologique peut-être ?

Cette convocation fait suite à une filature de près de 15 jours, durant le séjour de la délégation d’Amnesty International en Algérie que j’avais reçu à deux reprises à mon domicile et qui a eu à écouter des familles de disparus de mon quartier et à prendre connaissance de cas de citoyens torturés par la police politique durant les années 2004 et 2005. Trois voitures banalisées (205, 306 et une Peugeot Partner grise conduite par un « barbu », accompagné de deux autres jeunes personnes) se relayaient devant mon domicile et me suivaient dans mes déplacements. Ce stupide manège a pris fin avec le départ de la délégation d’Amnesty International le 28 mai dernier.

Ce harcèlement survient aussi une semaine après que deux individus se réclamant de la police se soient présentés au Bâtonnat d’Alger pour remettre une convocation à mon fils Abderrahmane Amine, jeune avocat et militant des Droits Humains, suite à une plainte du ministère de la « justice » contre lui pour avoir critiqué la détention préventive abusive concernant l’un de ses mandants, dans une interview réalisée il y a plusieurs mois de cela par le quotidien Echourouk El Yaoumi.

Ce harcèlement survient aussi et enfin après la publication la semaine dernière en Europe d’un ouvrage collectif (Quelle réconciliation pour l’Algérie ? http://www.hoggar.org/modules.php?name=Books&op=ReadBook&id=12 ) d’intellectuels algériens de tous bords auquel j’ai participé par une interview.

Encore une fois, ce ne sont pas ces campagnes périodiques d’intimidation qui ébranleront mes profondes convictions et freineront mon combat pour le respect de la dignité humaine et le changement radical et pacifique de régime.

Bien au contraire, ces méthodes éculées des reliques staliniennes drapées dans une pseudo-démocratie plus que douteuse et qui gouvernent mon malheureux pays ne font que renforcer mes certitudes dans la longue lutte pour la vérité et la justice quant à la tragédie vécue et dans la construction d’une Algérie de toutes et de tous, sans exclusion ni exclusive, profondément ancrée dans ses valeurs civilisationnelles et grandement ouverte sur l’Universel.

La seule convocation à laquelle je répondrais sera celle du TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL, en tant que témoin et qui aura à juger les criminels contre l’humanité qui ont mis notre Algérie à feu et à sang, les mêmes qui essaient encore et vainement aujourd’hui, après leurs méfaits sanglants de la décennie écoulée, d’instrumentaliser justice et police pour faire taire les consciences libres qui refusent la réconciliation factice, la paix des cimetières et l’amnésie générale que tentent de faire passer les putschistes pour s’auto-amnistier.

J’en appelle encore une fois à l’opinion publique nationale et internationale et aux ONG pour dénoncer cette mesquine campagne d’intimidation d’un autre âge et d’apporter leur soutien à toutes les consciences libres de mon pays dans leur lutte pour la dignité et le changement face à ce régime corrompu et criminel.

 

Alger le 05 juin 2005

Salah-Eddine SIDHOUM

Chirurgien
Militant des Droits Humains.

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