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Les chefs de l’armée du DRS sont responsables

Posté par algeriedemocratie le 21 décembre 2008

Les chefs de l’armée et du DRS sont responsables et coupables

Les chefs de l'armée du DRS sont responsables dans DRS(39) Ceux qui veulent une « amnistie générale » en Algérie doivent absolument comprendre qu’ils sont sur le point de saboter l’une des plus grandes opérations menée par des éléments Algériens integres et honnetes. L’amnistie pronée par le gouvernement francais depuis Paris et ses harkis comme le juif terroriste Larbi Belkheir n’est qu’une manipulation destinée à protéger les services francais et les politiciens francais de droite comme de gauche, responsables de la création des GIA/GICM et impliqués directement dans les massacres de civils en 1997, mais également dans des vagues d’attentats perpetrés récement au Pakistan ou en Egypte par exemple. Les Musulmans Algériens sont à deux doigt de mettre la main sur les responsables du terrorisme international francais à Paris, soyez encore un petit peu patients. Des responsables politiques, des membres et anciens membres du ministere de la defense, de l’interieur, des affaires etrangeres, et de la justice du gouvernement francais sont poursuivis devant une juridiction pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis sur la population civile Algérienne depuis 1994… La réconciliation passe obligatoirement par la révélation de TOUTE LA VERITE sur la tragédie Algerienne, pas par une amnésie imposée sur la mémoire des victimes et du peuple Musulman algérien. La France et son gouvernement fantoche du juif sioniste Larbi Belkheir ont été défaits en Algérie, ils doivent maintenant payer le prix de cette défaite !

À l’occasion de la remise de son rapport sur la question des disparus, le 31 mars 2005, au président de la République algérienne, M. Abdelaziz Bouteflika, M. Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme (CNCPPDH), a donné plusieurs interviews à la presse algérienne et étrangère, où il affirme que « ces disparitions ont bel et bien eu lieu et qu’elles sont le fait d’agents des institutions de l’État », mais que, pour autant, l’État est « responsable mais pas coupable ».

Dans une interview au quotidien français Le Monde (3-4 avril 2005), M. Ksentini formule en particulier des allégations parfaitement mensongères. Sans se prononcer sur le contenu du rapport lui-même, qui n’a pas été rendu public à ce jour, Algeria-Watch tient à rétablir la vérité des faits quant à deux de ces allégations inexactes, particulièrement lourdes de conséquences.

Sur la « panique » de l’État et la « rupture dans la chaîne du commandement » En premier lieu, interrogé sur le rôle de l’État algérien dans les milliers de disparitions forcées survenues depuis 1992, M. Ksentini affirme : « La guerre menée par les terroristes a été si sauvage que le premier des disparus a été l’État lui-même. Personne ne commandait plus à personne. Cette rupture dans la chaîne du commandement et la panique expliquent en grande partie ce qui est advenu. »

Cette affirmation est totalement erronée. Non seulement il n’y a eu aucune « rupture dans la chaîne de commandement » dans la mise en œuvre de la « répression antiterroriste » par les « forces de sécurité », mais ce sont les responsables de ces dernières qui ont froidement planifié la politique des disparitions forcées. Même si bien des détails ne sont pas encore connus, les informations disponibles, émanant des enquêtes des organisations de défense des droits humains et des témoignages tant de nombreux policiers et militaires dissidents que de personnes ayant échappé à la disparition forcée1, permettent d’attester la réalité de cette politique de « terreur d’État clandestine », fondée tout particulièrement sur la pratique généralisée de la torture et des disparitions forcées.

Dès octobre 2003, une synthèse des informations alors disponibles a été établie par Algeria-Watch et le Dr Salah-Eddine Sidhoum, dans un rapport très précisément documenté, intitulé Algérie, la machine de mort2. S’agissant de la « chaîne de commandement » dans l’organisation des disparitions forcées, il ressort clairement de cette étude que :

- la politique des disparitions forcées de personnes (opposants ou présumés tels) enlevées par les forces de sécurité a été généralisée à partir de mars 1994, à l’initiative du directeur des services secrets de l’armée (Département de renseignement et de sécurité, DRS), le général-major Mohamed Médiène (dit « Toufik ») et de son adjoint à la tête de la Direction du contre-espionnage (DCE) du DRS, le colonel Smaïl Lamari (dit « Smaïn ») ;

- la mise en œuvre de cette politique a été étroitement coordonnée avec les responsables de la « lutte antisubversive » à la tête de l’ANP (Armée nationale populaire), en particulier le général-major Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’ANP, le général Saïd Bey, responsable du CCC/ALAS (Centre de conduite et de coordination des actions de lutte anti-subversive) et commandant de la 1re région militaire, et le général Brahim Fodhil Chérif, commandant adjoint du CCC/ALAS puis chef d’état-major de la Gendarmerie nationale (puis commandant de la 1re région militaire de 2000 à 2004) ;

- la pratique des enlèvements, suivis de disparitions forcées, systématisée surtout de 1994 à 1998, a été confiée a des unités sélectionnées de l’ANP, du DRS, de la Police et de la Gendarmerie, la coordination de ces actions étant principalement assurée par les antennes du DRS dans chacune des six régions militaires, les CTRI (centres territoriaux de recherche et d’investigation), dépendant directement du général Smaïl Lamari ;

- les centres du DRS qui ont joué un rôle majeur dans l’organisation de la disparition forcée de personnes (systématiquement torturées, puis, le plus souvent, exécutées) ont été : le CTRI de Blida (Centre Haouch-Ch’nou), commandé de 1990 à 2003 par le colonel Mehenna Djebbar ; le CTRI d’Oran (Centre Magenta), commandé par le colonel « Abdelwahab », puis par le commandant Hamidou ; le CTRI de Constantine (Centre Bellevue), commandé par colonel Kamel Hamoud, puis par le colonel Karim ; le CPMI (Centre principal militaire d’investigations) de Ben-Aknoun, dirigé de 1990 à mars 2001 par le colonel Athmane Tartag, dit « Bachir » ;

- au total, Algeria-Watch a identifié dans ce rapport pas moins de 95 centres de détention secrète, de torture et d’exécutions, impliqués dans les disparitions forcées.

Il ressort donc de ce rapport, et des études qui l’ont complété depuis3, que, contrairement à ce qu’affirme M. Ksentini, ce n’est aucunement la « panique » au sein de l’État face au « terrorisme » qui explique la pratique – qu’il reconnaît – des disparitions forcées par les forces de sécurité. Bien au contraire, même si leur mode de fonctionnement est resté secret tout au long de ces années (comme dans toutes les armées ayant recours aux méthodes illégales de la « guerre contre-insurrectionnelle »), les chaînes de commandements structurant la « machine de mort » ont été – et restent à ce jour – strictement contrôlées par les chefs de l’armée, et principalement par ceux du DRS, les généraux Mohamed Médiène et Smaïl Lamari, toujours en poste aujourd’hui.

Bon nombre d’officiers et de policiers relevant de ces chaînes de commandement et responsables de disparitions forcées sont connus et nommément cités, témoignages à l’appui, dans le rapport précité. Même si les plus « voyants » ont été récemment « démissionnés » (comme les généraux-major Mohamed Lamari et Brahim Fodhil Chérif, en août 2004) ou mis sur des voies de garage (comme le colonel – promu général – Bachir Tartag ou le colonel Mehenna Djebbar), la plupart sont toujours en activité à ce jour ; et tous pourraient très facilement être mis en cause si une authentique justice indépendante – qui n’existe pas en Algérie – décidait de donner suite aux plaintes des familles de victimes des disparitions forcées.

« 500 000 Algériens déférés devant les tribunaux pour terrorisme » En second lieu, M. Ksentini entend minimiser l’ampleur des disparitions forcées en affirmant au Monde : « Au total, plus de 500 000 Algériens ont été déférés devant les tribunaux pour terrorisme. En rapprochant ce chiffre énorme de celui des disparus [6 146 cas, selon M. Ksentini], nous concluons que les choses ont été correctement menées dans l’ensemble. »

Cette seconde allégation – qui, dans la bouche d’un juriste, relève d’un cynisme criminel – est tout aussi aberrante que la première, pour plusieurs raisons :

- jusqu’à cette déclaration de M. Ksentini, aucune des informations disponibles, y compris celles émanant de sources officielles, n’a jamais fait état d’un chiffre aussi considérable de défèrements devant la justice. Ce qui est en revanche établi, c’est que dans les semaines suivant le coup d’État de janvier 1992, des milliers d’opposants islamistes ou présumés tels (entre 15 000 et 30 000 selon les sources) ont été placés en détention administrative pour de nombreux mois (jusqu’à quatre ans pour certains d’entre eux), sans qu’ils n’aient jamais été présentés à la justice. Puis, lors des innombrables ratissages et expéditions punitives organisés par les forces de sécurité, des dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées, et la traduction devant les tribunaux était plus l’exception que la règle – alors que la torture, elle, était systématique. Par ailleurs, en septembre 1992, des « cours spéciales » ont été installées qui, selon des chiffres officiels4, ont eu à juger jusqu’en février 1995 environ 15 000 personnes au titre de la loi contre la subversion et le terrorisme. Cependant, à partir de 1993 et surtout de 1994, comme l’ont rapporté plusieurs officiers dissidents, en raison des remises en liberté par les tribunaux trop fréquentes à ses yeux, le commandement militaire – notamment les généraux Mohamed Lamari et Smaïl Lamari – a de plus en plus systématiquement donné l’ordre suivant aux différents responsables des chaînes de commandement : « Je ne veux pas de prisonniers, je veux des morts ! » ;

- M. Ksentini ne craint pas la contradiction : si les chaînes de commandement étaient « rompues » et si la « panique » régnait au sein des forces de sécurité, comment auraient-elles pu mener « correctement » la traduction de centaines de milliers de suspects devant les tribunaux ? ;

- non seulement M. Ksentini de donne aucune source pour le chiffre de « 500 000 » défèrements – et pour cause, puisque cela ne correspond à aucune réalité –, mais le 9 mars 2005, trois semaines avant son interview au Monde, il donnait au quotidien algérien La Tribune un autre chiffre, sensiblement inférieur, ce qui prouve, s’il en était besoin, que ces indications fantaisistes n’ont aucun fondement : « Au cours de ces années-là, les services de sécurité ont procédé à l’arrestation de près de 300 000 personnes pour soutien logistique volontaire ou forcé au terrorisme. Ces personnes ont été traduites devant la justice. Cela veut tout simplement dire que, dans la grande majorité, les institutions ont suivi la voie normale, c’est-à-dire les livrer aux tribunaux pour qu’ils se prononcent sur la culpabilité des personnes incriminées. Sur ces 300 000 cas, seuls 6 146 n’ont pas été livrés à la justice. Si l’on compare les deux chiffres, on en conclut que les choses ont été dans l’ensemble régulièrement traitées. Seule une minorité de cas a dérogé à cette règle. Ça reste infime face aux 300 000 cas traduits devant la justice pour assistance aux terroristes » ;

- le chiffre même de « 6 146 disparus » est tout aussi fantaisiste : compte tenu de la situation de non-droit qui prévaut en Algérie, aucune enquête indépendante et approfondie n’a pu être menée pour établir précisément le nombre de personnes victimes de disparitions forcées. Et cela d’autant plus que de très nombreuses familles de disparus ont toujours peur aujourd’hui, par crainte de représailles du DRS, de se faire connaître, même auprès des associations autonomes de familles de disparus (lesquelles ont toutefois déjà pu constituer quelque 7 000 dossiers de disparitions forcées). Selon la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), le nombre de disparus du fait des forces de sécurité serait au moins de 18 000 (chiffre à rapprocher de celui donné par un sous-officier dissident du CTRI de Blida, l’ex-adjudant Abdelkader Tigha, qui estime à au moins 4 000 le nombre de « disparus » exécutés dans ce seul centre).

Un scandaleux déni de la réalité En affirmant, dans son interview au Monde, que « contrairement à ce que certaines ONG prétendent, l’État algérien n’a pas combattu le crime par le crime mais de façon loyale », M. Ksentini pratique donc un scandaleux déni de la réalité. Bien d’autres de ses allégations publiques, depuis des mois, relèvent de la même logique. Elles attestent que le projet d’« amnistie générale » que le président Bouteflika entend soumettre prochainement par référendum au peuple algérien, en s’appuyant principalement sur le rapport de la « commission Ksentini », n’est rien d’autre qu’une entreprise de blanchiment des crimes contre l’humanité organisés et perpétrés par les responsables des forces de sécurité (ainsi que par les groupes armés se réclamant de l’islam, dont il est désormais avéré que nombre d’entre eux – mais pas tous, du moins jusqu’en 1995 – étaient manipulés ou contrôlés par le DRS, pour discréditer l’opposition islamiste et masquer les crimes commandités par les chefs de l’armée5).

Algeria-Watch s’élève avec vigueur contre cette entreprise de falsification de la réalité et en appelle à tous ceux qui, en Algérie comme au niveau international, entendent que l’impératif de vérité et de justice soit enfin reconnu dans le drame algérien, afin que cet impératif ne soit pas étouffé par les manœuvres actuelles de ses principaux responsables et de leurs complices.

http://www.algeria-watch.org/fr/aw/aw_ksentini.htm

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« la sale guerre en algerie  » par Salima Mellah et François Gèse

Posté par algeriedemocratie le 21 décembre 2008

Interviewé par Le Monde (4 avril 2005), à l’occasion de la remise au président Abdelaziz Bouteflika de son rapport sur la question des disparus au cours de la « sale guerre » algérienne, Me Farouk Ksentini, président de la Commission nationale consultative pour la protection et la promotion des droits de l’homme, a affirmé que 6 146 disparitions avaient été le fait d’agents des institutions de l’Etat. Selon lui, si l’Etat en est « responsable » , il n’est pas « coupable » : « La guerre menée par les terroristes a été si sauvage que le premier des disparus a été l’Etat lui-même. Personne ne commandait plus à personne. Cette rupture dans la chaîne du commandement et la panique expliquent en grande partie ce qui est advenu. »

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Il s’agit là d’une parfaite contrevérité. Il n’y a eu ni « rupture dans la chaîne de commandement » ni « panique » lors de la mise en œuvre de la « répression antiterroriste ». Dès 1992, le commandement militaire a planifié une politique de terreur d’Etat clandestine, fondée sur la généralisation de la torture, des exécutions sommaires et des disparitions forcées d’opposants (ou présumés tels).

La pratique des disparitions forcées a été systématisée de 1994 à 1998, sans complètement cesser par la suite (voir les rapports »Algérie, la machine de mort », publié par Algeria Watch, et « L’organisation des forces de répression » , sur www.algerie-tpp.org). De nombreux témoignages attestent le rôle actif joué dans la mise en œuvre de cette politique par les chefs des services secrets de l’armée (le DRS, département de renseignement et de sécurité), le général-major Mohamed »Toufi » Médiène et son adjoint, le général Smaïl Lamari.

Ils ont travaillé en étroite liaison avec les autres responsables de la « lutte antisubversive », en particulier le général-major Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée, le général Saïd Bey, responsable du Centre de conduite et de coordination des actions de lutte antisubversive (CCC/ALAS) et commandant de la Ire région militaire, et le général Brahim Fodhil Chérif, commandant adjoint du CCC/ALAS puis chef d’état-major de la Gendarmerie nationale.

L’exécution des enlèvements, suivis le plus souvent de tortures et d’assassinats, a été confiée à des unités sélectionnées de l’armée, du DRS, de la police et de la gendarmerie. La coordination de ces actions était principalement assurée par les antennes du DRS dans les six régions militaires, les centres territoriaux de recherche et d’investigation (CTRI), dépendant directement du général Smaïl Lamari.

Pas moins de 95 centres de détention secrète, de torture et d’exécutions ont pu être répertoriés. Les plus importants sont : le CTRI de Blida (Centre Haouch-Ch’nou), commandé de 1990 à 2003 par le colonel Mehenna Djebbar ; celui d’Oran (Centre Magenta), commandé par le colonel »Abdelwahab » puis par le commandant Hamidou ; le CTRI de Constantine (Centre Bellevue), commandé par le colonel Kamel Hamoud, puis par le colonel Karim ; le Centre principal militaire d’investigations (CPMI) de Ben-Aknoun, dirigé de 1990 à 2001 par le colonel Athmane »Bachir » Tartag.

Contrairement à ce qu’affirme M. Ksentini, les chaînes de commandement de la « machine de mort » ont été ­ – et restent ­ – strictement contrôlées par les chefs de l’armée. Même si les plus « voyants » de ces responsables ont été récemment « démissionnés » (comme les généraux-major Mohamed Lamari et Brahim Fodhil Chérif, en août 2004) ou mutés, la plupart sont toujours en activité, à commencer par les chefs du DRS, les généraux Mohamed Médiène et Smaïl Lamari. Tous pourraient facilement être mis en cause si une authentique justice indépendante décidait de donner suite aux plaintes des familles de victimes.

M. Ksentini entend minimiser l’ampleur des disparitions forcées. « Au total, plus de 500 000 Algériens ont été déférés devant les tribunaux pour terrorisme, affirme-t-il. En rapprochant ce chiffre énorme de celui des disparus (6 146 cas), nous concluons que les choses ont été correctement menées dans l’ensemble. » Cette banalisation de l’horreur est une autre contrevérité, choquante de la part d’un avocat qui prétend œuvrer pour la « promotion des droits de l’homme » .

D’une part, ce chiffre considérable de jugements ne correspond à aucune réalité et n’a même jamais été avancé auparavant par la propagande officielle. Juste après le coup d’Etat de janvier 1992, les milliers d’opposants islamistes (ou présumés tels), placés en détention administrative, n’ont jamais été présentés à la justice. Il en a été de même pour la plupart des dizaines de milliers de personnes arrêtées de 1993 à 1998. Comme l’ont rapporté plusieurs officiers dissidents, l’ordre donné par les chefs de l’armée et du DRS aux responsables des chaînes de commandement était alors de ne pas faire de prisonniers…

D’autre part, ce chiffre de disparus est notoirement sous-estimé, car basé principalement sur les « plaintes déposées entre 1992 et 1998″ , alors que de nombreuses familles n’osent toujours pas porter plainte par peur de représailles. La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme avance le chiffre, bien plus plausible, de 18 000 disparus. M. Ksentini pratique donc un scandaleux déni de la réalité.

Ses déclarations attestent que le projet d’« amnistie générale » que le président Bouteflika entend soumettre par référendum au peuple, en s’appuyant principalement sur le rapport de la commission Ksentini, n’est rien d’autre qu’une entreprise de blanchiment des crimes contre l’humanité organisés et perpétrés par les responsables des forces de sécurité et par certains groupes armés se réclamant de l’islam.

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Posté par algeriedemocratie le 21 décembre 2008

Enquête sur les dissensions au sein de

la hiérarchie militaire algérienne sur

fond d’émeutes

Lahouari Addi, Alger, algeria-watch, Juin 2001

Le 7 juin dernier, la presse algérienne a annoncé la suspension d’un commandant du Département de renseignement et sécurité (DRS, ex-Sécurité militaire, toujours appelé SM) pour avoir agressé un marchand de glaces dans la ville de Bordj Bou Arréridj, à 230 km à l’est d’Alger. L’information serait banale en soi dans un autre pays, mais en Algérie elle est capitale et révèle des changements intervenus ces derniers mois dans le système des pouvoirs. Ce qui est nouveau, c’est que, d’une part, la sanction est venue du Commandement militaire de Constantine et non de la direction centrale de la SM d’Alger et, d’autre part, elle a été annoncée publiquement. Il est rare que le personnel de ce service au-dessus des lois soit sanctionné, et encore plus rare que ses membres répondent de leurs actes à une institution autre que leur hiérarchie. D’habitude, les officiers de la SM sont autonomes des chefs de Régions militaires dont ils ne dépendent que formellement. Mais le fait divers de Bordj Bou Arréridj pourrait indiquer que la SM a perdu une partie de son aura et de son influence sur les militaires eux-mêmes et, plus grave encore pour le régime, sur la population qui n’hésite pas à condamner ouvertement le comportement de ses membres. Critiqués de plus en plus ouvertement et accusés de tous les maux, ces derniers reconnaissent qu’ils n’ont plus de prise sur la situation, alors que par un passé récent ils suscitaient une crainte absolue.Le service n’est pas sorti indemne de dix ans de lutte anti-terroriste menée à pas de charge dans un pays où la justice est au service de la police et où la presse n’est pas autonome. Il traîne comme un boulet des affaires aussi graves les unes que les autres, et que la vox populi lui impute, à tort ou à raison, allant des assassinats de Boudiaf et Matoub Lounès aux massacres de villageois en passant par l’attentat de l’aéroport d’Alger en été 1992. Véritable police politique, la Sécurité militaire est un service dépendant de l’Etat-Major de l’armée et dont la mission essentielle est de réprimer toute expression autonome de la société, ce qui la met au-dessus des lois et de l’Etat. Ne rendant compte ni à la justice ni à la gendarmerie, ses prérogatives n’ont jamais été aussi importantes que depuis l’annulation des élections de janvier 1992 qui a été l’occasion pour organiser une répression brutale à grande échelle.

Colonne vertébrale du régime dont elle a assuré la survie, la SM a été à la pointe du combat contre l’islamisme armé et a eu carte blanche pour l’éradiquer.  » La fin justifie les moyens « , répondent les officiers en privé, quand un de leurs proches fait remarquer qu’ils sont allés trop loin. Convaincus d’avoir sauvé le pays de l’intégrisme, ces officiers se sentent aujourd’hui dépossédés de leur victoire, en entendant les critiques qui leur sont adressées. Ils n’ont pas compris que s’ils ont permis la défaite militaire des islamistes – toute relative puisque les maquis persistent encore – ils ont lourdement compromis la hiérarchie militaire dont ils étaient supposés assurer la pérennité sur le pouvoir civil. Autrement dit, ils ont transformé la victoire militaire du régime en grave défaite politique que les généraux paieront, pour les plus chanceux d’entre eux, par une mise à la retraite, et pour les autres, par la traduction devant des instances de justice nationales ou internationales.

En effet, après la publication des rapports d’Amnesty International et des livres Qui a tué à Bentalha et La sale guerre, la responsabilité des généraux dans les disparitions qui se comptent par milliers, les exécutions extra-judiciaires et les massacres de civils est pleinement engagée, ce qui les a discrédité politiquement et modifié les rapports entre les différents clans de la hiérarchie militaire et entre celle-ci et la Présidence. Ces accusations graves ont transformé l’image du régime à l’étranger (répercutée par les chaînes de télévision françaises captées en Algérie) : celui-ci apparaît désormais comme une dictature brutale dans laquelle des militaires se déguisent en islamistes pour tuer les familles des opposants. Ce qui a apporté de l’eau au moulin à ceux qui, depuis longtemps, demandent une commission d’enquête internationale sur les massacres de civils que le régime a vigoureusement refusée en se réfugiant derrière l’argument de la souveraineté nationale.

Le 25 avril dernier, la fuite nocturne du général à la retraite Khaled Nezzar, convoqué par un juge français suite à une plainte déposée par des victimes de la torture, a donné du crédit aux accusations que la rumeur publique colporte à l’égard des généraux. Pourquoi Nezzar se serait-il dérobé à la justice si les généraux n’avaient rien à se reprocher, dit-on çà et là. Dans les rues d’Alger, l’affaire est commentée par un dicton populaire :  » N’a peur de l’étincelle de l’allumette que celui dont le ventre est rempli de foin « . Subissant ouvertement les critiques, les généraux se sont divisés et se rejettent la responsabilité de la détérioration de leur image dans l’opinion publique et surtout chez leurs subordonnés : ceux-ci rechignent maintenant à aller traquer les terroristes islamistes dans les maquis tandis que, soutiennent-ils,  » les généraux se remplissent les poches « . Des commandants, des capitaines… traînent les pieds dans les opérations anti-terroristes, disant à haute voix  » qu’ils ne veulent pas se faire tuer pour défendre les millions de dollars des généraux « .

Selon des informations circulant à Alger, le Chef d’Etat-Major, le général Mohamed Lamari, reproche aux responsables de la Sécurité militaire d’avoir mal géré les dossiers qu’ils ont eu en charge, en particulier celui de ladite concorde civile intervenue suite à un accord secret avec l’AIS, branche armée du FIS dissous. Mohamed Lamari se poserait en effet la question : qui infiltre qui ? Autrement dit, les militaires infiltrés dans l’AIS demeureront-ils fidèles à celle-ci ou à l’armée ? C’est pourquoi il a demandé à ce que tous les  » repentis  » soient jugés avant de bénéficier de l’amnistie prévue par les accords, ce à quoi s’oppose vigoureusement le chef de la Sécurité militaire, le général Mohamed Médiène, dit  » Tewfik  » qui ne veut pas courir le risque de voir s ‘étaler publiquement devant les tribunaux la double appartenance de centaines de  » repentis « . Lâché par le général Smaïn Lamari, son adjoint, Tewfik Médiène n’a jamais été aussi isolé au point où El-Watan a publié le 23 avril dernier un article non signé – envoyé  » d’en haut  » affirme un journaliste tenant à garder l’anonymat – annonçant son limogeage, au grand étonnement des lecteurs qui ne sont pas habitués à lire des critiques contre l’homme le plus puissant du système et dont il était interdit jusqu’à une date récente de prononcer ou d’imprimer le nom. Mais, coup de théâtre, deux jours après, d’autres journaux démentent l’information d’El-Watan, dont le directeur ne sait plus à quel saint se vouer. L’homme le plus puissant du système est resté à son poste, mais désormais sur la défensive, il a perdu de son assurance, et devra tenir compte d’adversaires de plus en plus nombreux, disposant comme lui de capacités de nuisances aussi importantes que les siennes en détenant des informations explosives sur les uns et les autres. La Sécurité militaire qu’il dirige n’a plus l’initiative et traîne comme des casseroles plusieurs affaires qui risquent de mettre un terme à la nature double du pouvoir (primauté du militaire sur le civil) sinon au régime lui-même.

 » Tout ce qui arrive à l’armée, c’est du petit lait pour le Président Bouteflika « , commente Mohamed Benchicou, directeur du journal néo-communiste Le Matin, qui n’hésite pas à avancer l’hypothèse d’un complot contre l’armée profitant d’abord au président dont l’intérêt serait d’affaiblir la hiérarchie militaire par des publications et des pétitions publiées par des journaux à l’étranger. Selon M. Benchicou, Bouteflika chercherait à faire tomber les généraux par une campagne médiatique menée en France par des  » anti-militaristes inconscients du danger intégriste « . Pour le journal Le Matin, l’indice qui corroborerait cette thèse, c’est la nomination quelques mois plus tôt de Abdelaziz Belkhadem, islamiste du régime, dont la mission aurait été d’empêcher les ambassades de réagir à la campagne médiatique contre l’armée. Qu’ils se rallient ou non aux supputations de M. Benchicou, les généraux n’ont plus confiance en Bouteflika qui avait été intronisé par eux uniquement pour inaugurer les chrysanthèmes, et qui s’avère aussi imprévisible qu’incohérent. Les deux généraux, Larbi Belkheir et Mohamed Touati, nommés en septembre dernier pour le contrôler, l’un comme directeur de cabinet et l’autre comme conseiller aux affaires militaires, paraissent découragés par un président qui est très souvent en voyage officiel à l’étranger, et qui sollicite plus ses frères Saïd et Mustapha- respectivement homme d’affaires et médecin – que ses conseillers. En privé, Larbi Belkheir, appelé Raspoutine par certaines de ses connaissances, se dit perplexe et avoue qu’il ne sait pas de quoi demain sera fait. De Bouteflika, il s’attend à tout.

L’autre grand perdant des changements intervenus, après Tewfik Médiène, est sans contexte le général Mohamed Touati, dit El Mokh, le cerveau, que ses collègues accusent de les avoir menés vers l’impasse en surestimant ses capacités à façonner le paysage politique à sa guise en donnant naissance à des partis d’opposition aussi dociles que le veut le  » cabinet noir  » qu’il dirige. En novembre dernier, celui-ci a rédigé un rapport préconisant la dissolution de tous les partis politiques et leur substitution par d’autres formations, après une période de transition durant laquelle l’activité partisane serait interdite. Fort heureusement pour l’armée, ont pensé certains officiers, le projet n’a pas vu le jour car ce sont les partis légaux qui sont montés au créneau pour défendre l’institution militaire contre le contenu du livre La sale guerre. Le général M. Touati allait priver l’armée de ses défenseurs dans la  » société civile « . Le projet fut enterré et Touati invité à plus de pragmatisme.

C’est sur fond de suspicion et de reproches faits les uns aux autres que les généraux ses ont divisés, configurant et reconfigurant chaque semaine des alliances éphémères, expression de désarroi difficile à cacher. La configuration d’alliances de la fin du mois de mai – susceptible de changer les prochaines semaines – dessinait, selon les rumeurs distillées en privé dans les villas cossues de la station balnéaire Le club des pins, trois pôles : celui de du Chef d’Etat-Major, le général Mohamed Lamari qui, tenant compte de la grogne des chefs d’unités et des officiers subalternes, cherche à dégager l’armée des jeux politiciens ; celui de Tewfik-Touati, qui s’organise pour défendre le bilan des dix années passées, regroupant tous ceux qui craignent d’être sacrifiés comme boucs émissaires à l’autel d’une improbable réconciliation nationale ; et enfin celui de Smaïn-Belkheir, qui pense se redéployer, avec de nouveaux officiers, en accompagnant Bouteflika à la fin de son mandat, moyennant quelques concessions à l’opposition réelle représentée par le FIS et le FFS.

Pour les trois pôles conflictuels de la hiérarchie militaire, l’ennemi commun reste néanmoins ces deux partis qu’il faut maintenant amadouer ou neutraliser d’une manière ou d’une autre. Le premier est encore présent malgré sa dissolution, et le second a vu son audience s’accroître à l’intérieur et à l’extérieur du pays. S’il a été facile de diaboliser le FIS, il n’en pas été de même pour le FFS qui est arrivé à mettre en échec toutes les tentatives de noyautage et qui commence à récolter les dividendes d’une opposition constante à un régime qui discrédite tout parti ou tout individu qui s’en approche. Les manifestations du 3 et du 31 mai organisées par le FFS à Alger et qui ont drainé des centaines de milliers de personnes scandant  » pouvoir assassin  » et  » gouvernement terroriste  » ont rappelé que la rue est toujours hostile aux généraux rendus responsables des assassinats et de la corruption endémique organisée en réseaux hiérarchisés dirigés par des  » barons  » au-dessus des lois et garantissant l’impunité à leurs protégés.

Prenant acte des échecs de Tewfik et de Touati, le général Mohamed Lamari souhaite épargner à l’armée les conséquences politiques de dix ans de guerre qui ont laissé des traces profondes autant sur les militaires que sur la population durement éprouvée, et s’investit à rétablir la confiance des subordonnés dans les officiers. Autant déplacer une montagne, disent les plus sceptiques, qui font remarquer que jamais un livre ne fut autant photocopié dans les casernes que La sale guerre. D’où le discours de Lamari sur la professionnalisation de l’armée, répétant à qui veut l’entendre que celle-ci ne fait pas de politique, allant jusqu’à refuser la demande du Président de faire intervenir la troupe pour rétablir l’ordre en Kabylie, considérant que ce qui s’y passe relève de la compétence du gouvernement qui n’a besoin à cette fin que de la gendarmerie.  » Nous sommes assez impopulaires comme çà  » aurait-il dit à ses collaborateurs. Mais cette position n’est pas dénuée d’arrière-pensée car elle vise, à travers la gendarmerie, son chef, le général Boustila, fidèle de Bouteflika, qui sera forcément éclaboussé par la répression contre les manifestants. Le Président, faisant le même calcul, a souhaité que l’armée rétablisse l’ordre énergiquement pour compromettre plusieurs généraux, sans doute dans la perspective de les remplacer par de jeunes officiers qui lui devront la promotion. Et la Sécurité militaire n’est pas en reste, mobilisant ses relais, notamment ses  » journalistes  » affectés dans la presse privée, pour orienter l’hostilité des manifestants contre le Président qu’elle espère remplacer par Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb ou Sid-Ahmed Ghozali. Les calculs machiavéliques des différents noyaux de pouvoir, autonomes et concurrents, intègrent tous la rue dans leurs stratégies pour élimer le groupe adverse. Mais aucun ne songe à la rue pour trancher les différends sur le terrain électoral. Beaucoup de jeunes officiers, écoeurés par les luttes florentines auxquelles s’adonnent les généraux, espèrent une généralisation des émeutes de la Kabylie à tout le pays pour opérer une vraie rupture avec un régime qui ne finit pas d’atteindre le fond.

Post-scriptum :
Cet article a été refusé par deux quotidiens nationaux qui ont craint d’être privés de publicité s’ils l’avaient fait paraître. Gérée et distribuée par un organisme d’Etat, la publicité est utilisée comme une arme pour contrôler ceux des journaux tentés d’exercer leur liberté d’informer sur les mécanismes et les divergences du pouvoir réel. La presse algérienne a arraché la liberté de critiquer le pouvoir formel (Président et Gouvernement), mais il lui reste à lutter pour se débarrasser du carcan que fait peser sur elle le pouvoir réel qui la soumet au chantage et qui la surveille jusque dans les salles de rédaction, où l’armée impose des militaires-journalistes (2 à 3 par journal) qui dépendent de la sous-direction de l’information de la SM dirigée par le colonel Tahri dit Hadj Zoubir. La mission qu’assigne cette sous-direction à la presse est essentiellement d’attaquer les deux partis d’opposition que sont le FIS et le FFS, et de harceler le Président pour lui rappeler sa vulnérabilité. Ces trois cibles des  » journaux privés  » ont ceci de commun qu’ils sont, pour des raisons différentes, des adversaires déclarés du pouvoir réel, dont les membres sont des personnages publics de par l’autorité qu’ils se sont arrogés de choisir les Présidents et de désigner les députés. De par ces fonctions éminemment politiques, la population a le droit de connaître les positions et les divergences de ces hauts-fonctionnaires du Ministère de la défense qui décident du destin du pays dans des réunions secrètes, illégales du point de vue de la Constitution.

En vertu de celle-ci, toutes les activités de la SM – en dehors de la protection du moral de la troupe et du fonctionnement de l’armée en tant que force publique – sont illégales et tombent sous le coup de la loi pour obstruction des institutions et détournement de services de l’Etat. Car la SM n’est pas présente uniquement dans la presse ; elle infiltre aussi les corps constitués (gendarmerie, police, douanes, justice, administration…), le syndicat, les associations, et les partis sans ancrage, dont elle fait la promotion à travers des communiqués complaisamment commentés dans les  » journaux privés « . L’objectif de la SM est d’étouffer toute expression politique autonome qui viendrait à naître de la société et qui contesterait le régime et sa nature militaire cachée. D’où l’irruption des émeutes, seul moyen auquel recourt la population qui rejette un régime illégitime fonctionnant à la force et à la ruse. Aussi, la réponse du Général-Major Mohamed Lamari, destinataire du mémorandum du FFS, est irrecevable quand il affirme que l’armée ne fait pas de politique. Car de deux choses l’une : ou bien la SM ne dépend pas de l’Etat-Major dont il est le chef, ou bien il ignore tout des activités politiques d’un service censé dépendre de son autorité. Il y a eu trop de morts pour continuer à cacher la réalité avec des mots au détriment de l’avenir de la collectivité nationale.

L’exemple de la presse montre que la crise en Algérie a atteint un seuil tel que la crédibilité des institutions – en premier lieu celle de l’armée – est gravement menacée. Il est de l’intérêt supérieur de la Nation, et en premier lieu de l’armée, que celle-ci se retire du champ politique en prenant la seule mesure qui le montrerait réellement : la dissolution de la SM et son remplacement par un autre service qui se limiterait exclusivement à la protection du moral de la troupe.

Lahouari Addi
Professeur à l’IEP de Lyon

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intervention trés pertinente de salah-eddine sidhoum dans un forum

Posté par algeriedemocratie le 21 décembre 2008

Suite à l’interview de mon ami Lahouari Addi, je voudrais apporter quelques remarques d’ordre historique d’abord puis quelques réflexions politiques.
Je crois que ce que Lahouari appelle « notre réalité historico-politique » est bâtie sur une imposture qui date de la guerre de libération et qui a débuté par la mainmise effective des chefs militaires et plus particulièrement des 3 B (colonels Bentobbal, Boussouf et Belkacem Krim) sur la conduite du mouvement de libération. Le tournant de cette triste « réalité » a été la tragique liquidation physique d’Abane Ramdane, unificateur de toutes les forces politiques au sein du FLN et artisan avec Ben M’Hidi de la plateforme de la Soummam qui structurera politiquement et militairement le mouvement de libération. Dès lors la conduite du mouvement de libération sera marquée par une série de dérives militaristes :
- désignation par cooptation du 3e CNRA par une poignée de « colonels » en 1959,
- ce même CNRA illégitime « décidera » en janvier 1960 de la création de l’Etat-major des frontières.
- ce dernier, au fil du temps finira par s’autonomiser et de se libérer à la fois de la tutelle des 3 B et du GPRA. Il constituera un Etat dans un Etat se permettant de lever une armée classique dite « armée des frontières » pour préparer la prise du pouvoir, alors que les maquisards de l’ALN se faisaient écraser à l’intérieur par le rouleau compresseur des opérations « Jumelles », « Pierres précieuses », « Courroie » et autres….
Et nous avons en mémoire la peu glorieuse entrée à Alger de cette armée des frontières durant l’été 62, massacrant le long de son passage forcé, les maquisards de notre Armée de Libération Nationale qui avaient survécu aux opérations militaires coloniales. Les chemins menant d’Oujda et de Ghardimaou vers la capitale seront jonchés de plus de 2000 cadavres de moudjahidines et de civils qui s’étaient opposés à ce coup de force qui allait coûter très cher au pays.
Et nous savons tous comment furent éliminés les véritables maquisards de la guerre de libération des postes de décision politique au détriment des « officiers » des frontières et des sous-officiers « déserteurs » de l’armée coloniale qui avaient rejoint l’Etat-major la veille du cessez-le-feu. Ne resteront en poste que les « officiers » de cette armée et les rares de l’intérieur acquis à la clique de cet Etat-major. C’est sur cette base d’allégeance que se structurera l’armée nationale. Et nous savons comment furent éliminés (le plus souvent physiquement) ceux qui tenteront, suite à un réveil tardif, de s’opposer à la sournoise légitimation du pouvoir militaire (Chabani, Abbès, Abid, Z’biri et tant d’autres).
La mainmise progressive de l’Etat-major des frontières sur les rouages politiques (coup d’Etat contre le GPRA durant l’été 62 en utilisant une piètre façade « politique », puis le complément de coup d’Etat de juin 65 contre cette même façade) s’achèvera en décembre 67 avec l’échec du coup de force de Z’biri contre Boukharouba et la vaste épuration qui s’en suivra. Les imposteurs d’Oujda et Ghardimaou venaient alors de prendre en main tous les leviers de commande pour mener le pays vers la….faillite sanglante. Ils seront grandement aidés par des intellectuels et des technocrates, dont beaucoup s’étaient engagés sincèrement croyant œuvrer à la construction d’une Algérie libre et prospère.
Ce rappel historique était nécessaire, plus particulièrement pour nos jeunes compatriotes, pour comprendre le processus d’imposture et de légitimation par la force d’un pouvoir militaire issu de l’armée des frontières et dont la Nation toute entière paie actuellement chèrement son aventure criminelle. Et depuis, il se considère comme le tuteur de la Nation, le gardien du Temple et la source du pouvoir. Cette triste « réalité historico-politique » bâtie sur les coups de force et les intrigues et baignée de sang et de larmes, ne peut donner, à mon humble avis, une quelconque légitimité à ces reliques des frontières qui ne représentaient aucunement l’ALN.
Je crois que le temps est venu de mettre un terme aux slogans populistes et démagogiques du régime concernant l’institution militaire du genre « digne héritière de l’ALN ». Tout comme il faudrait préserver la gloire de notre armée de libération intacte et de ne pas la manipuler et la salir ,comme cela s’est fait avec le FLN, creuset de tous les courants politiques de l’époque qui a conduit le mouvement libérateur et qui fut sali au lendemain de l’indépendance par une faune d’opportunistes et de bravaches, ce qui avait fait dire à un ancien militant du mouvement national « qu’il était triste de voir le glorieux Front de Libération Nationale transformé au lendemain de l’indépendance en Front de Liquidation Nationale ».
Je crois aussi qu’au lieu de calquer une quelconque solution à la turque ou autre, il serait plus sage pour nous de réfléchir à une solution algérienne qui tienne compte de nos réalités et de nos valeurs. La hiérarchie militaire turque qui n’est pas exempte de reproches reste, qu’on le veuille ou pas, respectueuse d’une certaine éthique et s’est toujours tracée des limites à ne pas dépasser. Avec le temps, elle s’est rendue compte que les coups d’Etat ne réglaient pas le problème de la stabilité politique. Il faudrait reconnaitre aussi que le courant islamique a brillé par son intelligence et sa lucidité politiques. Le gouvernement Erdogan est le gouvernement le plus stable qu’ait connu la Turquie depuis des décennies. La menace « islamiste » brandie par certains courants politiques turcs totalement discrédités et par certains radicaux de l’armée s’est dégonflée comme un ballon de Baudruche. Le peuple avait tranché et l’armée s’était inclinée devant l’intérêt national. Car pour cette institution, quelque soient ses erreurs, l’intérêt national reste au dessus des intérêts claniques.
Pour revenir à notre réalité, je persiste à dire et à répéter que notre institution militaire qui est constituée de nos frères et de nos enfants n’est tenue à servir ni l’oligarchie dans son ensemble ni un de ses clans en particulier, mais l’Algérie, Etat et Nation, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles. Elle doit cesser d’être instrumentalisée par l’oligarchie militaro-financière pour en faire la source du pouvoir. Et cela n’est plus un secret pour personne. Le temps est venu, dans l’intérêt du pays, de briser les tabous et de démystifier les choses.
Le rôle de notre institution militaire dans la phase de transition vers un Etat de Droit est fondamental. Cette transition ne pourrait se faire sans son active participation une fois libérée de la mainmise de la poignée de généraux factieux et du carcan de la police politique. Au terme de cette phase transitoire et d’un commun accord avec les institutions élues démocratiquement, l’armée entamera son désengagement effectif et progressif des affaires politiques pour s’orienter définitivement vers ses obligations clairement définies par la nouvelle Constitution, issue de la volonté populaire. Cette voie empreinte de sagesse et de lucidité politique permettra à notre armée de se réconcilier avec son peuple. Elle aura ainsi pris avec toutes les volontés nationales sincères sa responsabilité historique dans le rétablissement de la paix et l’instauration d’un Etat de droit. C’est là et seulement là que nous pourrons dire que notre armée à travers ses très nombreux officiers probes, qui aura participé avec les élites intellectuelles et politiques dignes, à débarrasser le pays d’un système corrompu et criminel est la digne héritière de l’armée de libération nationale qui avait libéré le pays du joug colonial.
Avec mes remerciements à mon ami Lahouari Addi qui nous a permis de relancer le débat sur cette question.
Fraternellement.
Salah-Eddine Sidhoum

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inteview d’Addi lahouari par le site tahia bladi

Posté par algeriedemocratie le 21 décembre 2008

Interview exclusif du Professeur Addi Lahouari à Tahia Bladi
La question de la révision constitutionnelle et du troisième mandat ne laisse personne indifférent, dans notre pays. Comme Le montre la pétition qui circule et qui a recueilli des centaines de signatures (cf. www.respecterlaconstitution.com).
Nous avons demandé à Lahouari Addi de nous donner son point de vue sur cette question qui domine le débat politique algérien. Dans ses réponses à nos questions, Lahouari Addi développe une proposition de sortie de crise dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elle suscite des questionnements.
Mais qui est cet intellectuel dont les prises de position ne laissent pas indifférent ?
Lahouari Addi est de ces universitaires qui font notre fierté, autant par son attachement à l’Algérie que par le rayonnement scientifique de ses travaux dans la communauté universitaire internationale. Sociologue formé à Oran, de l’école primaire à l’université, il dit lui-même qu’il appartient à la génération à qui l’indépendance a donné la possibilité de se former et d’acquérir un statut d’universitaire. Il a bénéficié d’un détachement à Paris (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) en 1983 qui lui a permis de soutenir une thèse d’Etat publiée à Alger, (ENAL, 1990) sous le titre « L’impasse du populisme », analysant les contradictions de la construction étatique en Algérie de 1962 à 1988.
Après avoir enseigné pendant 18 ans à l’Université d’Oran, il a dû quitter en 1994 sa ville natale pour des raisons de sécurité. Depuis, il est à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon où il enseigne l’anthropologie et la sociologie du monde arabe ainsi qu’un cours de sociologie des relations internationales. Il y dirige, par ailleurs, plusieurs thèses sur des thèmes relevant de sa spécialité. Il collabore par des contributions régulières, et remarquées, au Quotidien d’Oran et au Monde diplomatique. Il a publié plusieurs ouvrages, dont « L’Algérie et la démocratie », (1995) « Les mutations de la société algérienne », (1999) « Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu » 2002). Il nous a confié qu’il est sur le point d’achever la rédaction d’un livre sur deux anthropologues du Maghreb, Clifford Geertz et Ernest Gellner.
L. Addi a écrit une cinquante d’articles dans des revues scientifiques en Europe et aux Etats-Unis. Il est souvent invité par des universités américaines (Princeton University, University of Utah, Salt Lake City, UCLA, Los Angeles…). Il a été l’un des rares universitaires arabes à avoir été membre du prestigieux Institute for Advanced Study à Princeton où il a séjourné pendant une année en 2002-2003.

Tahia bladi: Que vous inspire la question du troisième mandat pour A. Bouteflika ?

Addi Lahouari: Il y a de quoi être choqué. Dans un pays où le mécontentement social est à son paroxysme, les grèves sont quotidiennes, le pouvoir d’achat des salariés est l’un des plus bas au monde, le président cherche à modifier la constitution comme dans une république bananière pour se représenter. En sondant la population, vous constaterez qu’il n’y a jamais eu un président algérien aussi impopulaire dans tout le pays, y compris à l’Ouest d’où il est originaire. Cela veut dire que le personnel qui décide ignore totalement les préoccupations de la population dans les processus de désignation des responsables du pays. C’est de l’irresponsabilité et c’est exposer le pays à la crise chronique. Le régime continue d’ignorer la population qui répond par l’apathie générale et les émeutes localisées.


TB: Qui décide d’une telle question au sommet ? Le président a-t-il une autorité ou n’est-il qu’un paravent?

A.L: Selon les indices qui transparaissent dans la vie politique quotidienne rapportée par la presse, le président n’a aucune autorité et il fait seulement de la figuration. Il est possible cependant qu’un clan de généraux le soutienne contre un autre clan. De très graves affaires de corruption comme l’affaire Khalifa, BRC et autres ont défrayé la chronique et où des généraux sont impliqués. Dans ce cas là, des clans se forment pour défendre les amis et les alliés. Le fait que ces affaires très graves et préjudiciables à l’économie nationale et aux institutions de l’Etat n’ont pas été suivies par l’arrestation des officiers impliqués dans les réseaux de corruption indique clairement que le président n’a aucune autorité ni sur l’armée ni sur le gouvernement. Je prendrais deux exemples. Le premier est relatif aux insultes proférées par un ministre à l’encontre d’un Chef d’Etat étranger que l’Algérie s’apprêtait à recevoir officiellement. Dans n’importe quel autre pays, le ministre en question aurait été relevé de ses fonctions. En Algérie, il ne l’a pas été parce que le président n’a aucune autorité sur la majorité des ministres qui lui ont été imposés, à l’exception de Belkhadem, Zerhouni et Ould Abbes. Le deuxième exemple est la longévité du général Tewfik Médiène aux fonctions de responsable du DRS. Il est le premier responsable de la sécurité alors que la violence politique tue depuis 16 ans. De deux choses l’une : ou bien c’est le DRS qui nomme aux fonctions de président, ou bien c’est le président qui nomme aux fonctions de chef du DRS. Or Tewfik a survécu à Chadli Bendjedid, Liamine Zéroual, Bouteflika I, Bouteflika II et il s’apprête à modifier la constitution pour Bouteflika III. Si au moins le terrorisme avait été vaincu, nous aurions dit que les différents présidents le gardent en raison de ses compétences ; mais ce n’est pas le cas..

TB: Pourtant Bouteflika a mis à la retraite des généraux puissants comme Lamari Mohamed. Comment peut-on expliquer cette mise à la retraite ?


A.L: Mohamed Lamari a été prié par ses collègues de quitter ses fonctions de Chef d’Etat-Major parce qu’il donnait trop d’interviews dans lesquelles il se posait comme supérieur au président, c’est-à-dire qu’il démontrait tous les jours la théorie du pouvoir réel et du pouvoir formel. Or l’armée algérienne, pour des raisons qui lui sont propres, veut apparaître publiquement comme une armée qui obéit à l’autorité constitutionnelle du président de la république, chef formel des forces armées. Lamari mettait mal à l’aise les militaires qui se cachaient derrière la fiction constitutionnelle. Il démontrait par ses propos que l’armée est la source du pouvoir. C’est vrai, elle l’est, mais il ne faut pas le dire. Lamari a été remplacé par Gaid Salah qui ne parle pas, tout au moins publiquement.

TB: Difficile de faire la part entre l’Armée et l’ « Etat » ?

A.L: L’armée considère que si elle ne contrôle pas l’Etat, l’Algérie disparaîtrait en tant que nation. Elle a mis sur pied un service spécialisé dans la surveillance des ministères, des institutions et tout le champ politique modelé de manière artificielle. Ce dernier ne reflète pas les courants politiques et idéologiques réels de la société. Le DRS élimine tout parti ou toute personnalité qui n’accepte pas la règle non écrite du système politique algérien : l’armée est la seule source du pouvoir. Et tout cela de manière anti-constitutionnelle. Du point de vue du droit algérien, les activités « politiques » du DRS sont illégales. N’importe quel juge peut demander à la gendarmerie d’arrêter le général Tewfik Médiène pour menées subversives et blocage des institutions de l’Etat ! Dans un Etat qui se respecte il n’y a pas d’individu, QUELLE QUE SOIT SA FONCTION, qui soit au-dessus des lois et de la constitution. Si les généraux avaient un peu de culture politique et le sens des perspectives historiques, la première chose à faire est la dissolution du DRS et son remplacement par un service qui ne s’occupe que de l’espionnage et du contre-espionnage à l’image de la DST en France. Est-ce que la DST en France s’immisce dans les affaires politiques, en noyautant la CGT, l’UMP, le PS., les journaux Le Monde, Le Figaro, Libération ? Si la DST avait les mêmes pouvoirs que le DRS, en dix ans la France deviendrait un pays sous-développé !

TB: Quelle serait selon vous la solution pour sortir le pays de la crise politique et du marasme économique et social ?

A.L: Il faut construire un système de pouvoirs qui soit conforme à notre réalité historico politique, un système qui tienne compte d’une part de la volonté du pays à se développer et à vivre en paix et d’autre part du rôle politique de l’armée hérité de l’histoire du mouvement de libération nationale. Au fur et à mesure que le pays se développera, l’armée se « dépolitisera » et deviendra une armée moderne, ce qu’elle n’est pas aujourd’hui. Les constitutions de 1964, 1976 et 1989, toutes violées par l’armée, ne correspondent pas à la réalité politique algérienne. Ce sont des constitutions copiées sur celles de la France, alors que l’Algérie n’est pas la France. On a demandé un jour à Solon, philosophe grec, qu’elle était la meilleure constitution. Il a répondu : pour quel peuple et pour quel temps ? Par conséquent, il faut une constitution qui corresponde à l’Algérie d’aujourd’hui, une constitution qui tienne compte du poids de l’armée dans le champ politique. Pour cela, il faut un président issu de l’ALN, chef des forces armées, garant de l’unité nationale et de la paix civile, protecteur des symboles de la république et des constantes héritées du mouvement national de libération. En contrepartie, l’armée ne s’immiscera ni dans la formation du gouvernement ni dans le choix de la politique économique et sociale qui sera l’affaire des partis. Le ou les partis qui auront été élus formeront le gouvernement sur la base de majorité parlementaire et appliqueront les programmes pour lesquels ils auront été élus. Dans ce schéma, le président aura la prérogative de dissoudre l’Assemblée Nationale autant de fois que nécessaire si la majorité parlementaire venait à voter des lois contraires à l’héritage du mouvement national ou menaçant les symboles de la république. Je pense que ce schéma rehaussera le prestige de l’armée et la réconciliera avec la société. Avez-vous remarqué que nous n’avons plus l’occasion de voir défiler notre armée et que nous ne croisons plus de jeunes militaires en tenue de sortie lors des fêtes nationales dans les villes et villages du pays ? Pourquoi ? Parce que les militaires, qui sont les enfants du pays, ne sont pas en sécurité dans la rue, et cela est la conséquence de la politisation de l’armée.

TB: C’est un schéma qui fait de l’Armée un moteur de la vie politique !

A.L: Un tel schéma ne donne pas du pouvoir à l’armée, mais il lui reconnaît son rôle historique en tant qu’héritière de l’ALN dans la formation de l’Etat-nation. La nation algérienne est née du combat contre la domination coloniale dans lequel l’ALN était à l’avant-garde. Il faut reconnaître à l’armée ce rôle de gardienne de l’héritage de l’ALN et inscrire cette reconnaissance dans la Constitution. C’est l’Assemblée nationale et les partis qui sont le moteur de vie politique puisque le gouvernement sera l’émanation de la volonté électorale.

TB: Un modèle à la turque ?

A.L: Le schéma que je propose permet à l’armée de se retirer, de se concilier avec la population et de ne plus soutenir des canards boiteux qui portent atteinte à son capital symbolique issu de la guerre de libération. Les généraux devraient réfléchir à l’exemple turc. La Turquie est en effet aujourd’hui le pays musulman le plus avancé dans le processus démocratique. L’armée turque respecte le résultat des urnes tout en avertissant que si la majorité élue porte atteinte à l’héritage kémaliste, elle intervient et dissout l’Assemblée. Elle l’a déjà fait. C’est une position intelligente et sage. Ce n’est pas trop tard pour notre pays de s’engager dans cette voie.

TB: Et si les islamistes remportent la majorité de l’Assemblée nationale ?

A.L: C’est la démocratie. Ils appliqueront leur programme économique et social. S’ils réussissent à développer le pays, les électeurs voteront encore pour eux lors des élections ultérieures ; sinon, ils perdront au profit d’un autre parti. C’est le principe de l’alternance. S’ils veulent changer les règles du jeu, ou les symboles de la république, le président, soutenu par l’armée, aura le loisir de dissoudre l’Assemblée nationale

TB: Pourquoi les généraux n’ont pas pensé à un tel schéma ?

A.L: Parce qu’ils ont le « syndrome Boussof » ; ils n’ont pas confiance dans les civils. Pour un général algérien, un civil est un traître potentiel, ce qui installe le pays dans la crise politique chronique. Ils ont été éduqués dans cette culture qui bloque les institutions et empêche le pays de se doter d’un Etat représentatif de la société. Et puis, être au-dessus des lois de la république permet aussi à certains d’amasser beaucoup d’argent.


TB: Pourquoi l’Armée est-elle si présente, et les Algériens tellement absents de la politique ?


A.L: Les Algériens se désintéressent de la politique parce que l’armée leur interdit de choisir leurs représentants réels et leur impose un diwan el garagouz composé de Ouyahya, Boudjerra Soltani et autres Sidi Said. Le DRS joue du bendir et ces personnages dansent pour amuser les foules. Le pays de Messali Hadj, Ferhat Abbas, Ben Badis, Larbi Ben Mhidi, etc. est tombé aussi bas. L’armée est sur le point de modifier la constitution pour faire réélire le président le plus impopulaire que l’Algérie a connu. C’est ce qui fait dire que l’Algérie est une dictature militaire dans laquelle les généraux n’ont pas le courage d’assumer leur choix. Ils se cachent derrière des civils incompétents et sans personnalité. Ces civils sont d’ailleurs choisis sur ce critère d’absence de personnalité. Bouteflika est un personnage incolore, inodore, qui n’a aucune opinion comme il l’a montré pendant 8 ans. Depuis 1999, l’Algérie s’est appauvrie sous son règne malgré la hausse du prix du pétrole. Il ne dirige pas et il est beaucoup plus soucieux de sa santé et du prix Nobel (qu’il n’a aucune chance d’obtenir) que de l’avenir du pays. Et dire que c’est un pays qui a des potentialités extraordinaires, sa jeunesse et ses richesses minières.

Publié dans Addi Lahouari(29) | Pas de Commentaire »

 

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