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Interview de t. djaout le 23 mai 1993

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

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Tahar Djaout Les intellectuels, le pays, l’école… Trois jours avant l’attentat contre lui, Djaout avait accordé cette interview* dont seul un bref extrait a été diffusé sur la BBC.

Pourquoi les intellectuels algériens observent-ils le silence sur ce qui se passe en Algérie ? On a l’impression qu’ils ne sont pas concernés par la répression, le processus démocratique en cours et les violences armées.

A vrai dire, les intellectuels algériens n’ont jamais été silencieux, tel qu’on le prétend parfois. Le problème qu’il faudrait soulever, c’est peut-être celui du peu de moyens dont ils disposent pour s’exprimer et celui d’un fossé qui s’est creusé entre eux et le reste de la société ; fossé dû notamment à la qualité de l’école algérienne et qui n’a pas permis une relève au niveau intellectuel. Donc une école qui produit une jeunesse coupée des intellectuels, une jeunesse qui n’a pas d’outils d’analyse, qui a peu de moyens d’appréhender la réalité sous l’angle de l’intelligence, sous l’angle de l’analyse. Les intellectuels, à vrai dire, s’expriment—pas tous, mais pour quelques uns par les moyens qui leur sont donnés, c’est-à-dire les livres qui n’ont pas, hélas, la répercussion voulue, des interventions dans la presse. Je crois que c’est déjà suffisant pour un intellectuel. Parce qu’un intellectuel ne dispose pas forcément de tribunes importantes comme les tribunes politiques, il ne dispose pas d’adhérents, d’une foule qui le soutient, qui lui permet de tenir des meetings. Donc, je crois que l’intellectuel algérien et je parle encore ici d’un certain profil d’intellectuel qui prend ses responsabilités donc l’intellectuel algérien s’exprime avec les moyens qui sont les siens. Mais c’est vrai aussi qu’il y a eu l’intellectuel officiel, le prototype de l’intellectuel qui était là pendant le parti unique, qui était le porte-parole du pouvoir qui, avec la démocratie, se découvre soudain l’âme de démocrate et qui, lorsqu’il s’agit de prendre ses responsabilités, lorsque les jeux ne sont pas clairs, cet intellectuel généralement se terre chez lui en attendant que les choses s’éclaircissent pour qu’il puisse s’exprimer sans prendre aucun risque. Mais peut-on appeler intellectuel ce genre de personnage ?

Vous avez déclaré récemment que l’intégrisme est une excroissance du régime en place. Vous pouvez préciser un peu votre pensée ?

Je pense que lorsqu’on regarde l’idéologie du FLN, l’intégrisme islamique n’est que l’aboutissement de cette idéologie. C’est une expression paroxystique de l’idéologie du FLN. Lorsque nous prenons la Constitution élaborée par le FLN qui stipule que l’Islam est religion de l’Etat, il est évident que les islamistes, dans leur logique, ne demandent que l’application de cet article de la Constitution. Nous voyons aujourd’hui le FLN dans le champ politique. Lors du dialogue avec le HCE par exemple, le FLN avait des positions tout à fait proches de celles des islamistes. Et la presse du FLN est devenue la presse des islamistes. Donc le passage de la logique et de l’idéologie du FLN vers la logique et l’idéologie intégriste est un passage extrêmement ténu. Le pas est très vite franchi. Je pense que c’est l’arabo-islamisme du FLN qui, en évoluant d’un point de vue idéologique, a donné l’islamisme tout simplement.

Vous estimez que la lutte contre le terrorisme et l’intégrisme n’est pas une condition suffisante pour l’avènement de la démocratie en Algérie et que ce n’est pas par la répression qu’on peut vaincre ce phénomène (intégrisme). Que proposez-vous ? Quelles sont les solutions ?

Je dis d’abord que la lutte contre l’intégrisme est une condition nécessaire. Parce qu’il y a effectivement des partis qui disent que la lutte contre l’intégrisme n’est pas une condition suffisante. Moi j’ajoute en plusqu’elle est nécessaire. Parce que ces partis ne disent pas que cette lutte est nécessaire. Moi, ce que je veux dire, il ne faut pas combattre les extrémistes intégristes avec leurs propres armes qui sont des armes de la violence. Il faut les combattre avec les armes qui sont les armes d’un Etat de droit, c’est-à-dire qu’il faut les combattre d’abord sur le plan culturel, en essayant d’implanter une culture humaniste. Il faut les combattre sur le plan juridique par tout l’arsenal de la loi qui sauvegarde, à la fois, les droits de l’homme et sa dignité. Donc, il ne faut pas combattre les intégristes par la violence qui est leur arme à eux, mais qui n’est pas l’arme d’un Etat de droit.

Le dialogue actuel engagé par le pouvoir avec les partis d’opposition et les associations de la société civile a-t-il une chance d’aboutir sans la participation de représentants de l’ex-Front islamique du salut (FIS) ?

Je pense qu’à ce niveau il y a un projet de société, il y a un projet civilisationnel. Quelle que soit l’importance du Front islamique du salut dissous, on ne peut dialoguer avec ce parti. Quelle que soit son implantation sociale, son idéologie totalitaire fait qu’on ne peut pas dialoguer avec lui. Et là, c’est un choix politique que la société algérienne doit assumer. C’est comme le problème du nazisme et le problème du fascisme : quelle que soit l’implantation de ces deux idéologies, il fallait les combattre, parce que ce sont des idéologies négatrices de tout ce qui fait la valeur de l’homme, de tout ce qui fait la démocratie. Je pense que l’annulation du processus électoral en janvier 92 ne voudrait rien dire si aujourd’hui le pouvoir qui a décidé d’annuler ce processus —parce qu’il voyait dans ce processus un départ non seulement vers l’inconnu mais vers le chaos de l’Algérie, donc ce serait un retour en arrière terrible — se met soudain à dialoguer avec les islamistes. Je crois que l’islamisme, comme nous l’avons dit tout à l’heure, c’est l’aboutissement de toute la pratique politique et idéologique en place depuis 1962. Je pense que des gens au pouvoir en janvier 1992 ont eu un sursaut d’intelligence devant ce qui attendait l’Algérie. Ils ont dit non à la poursuite d’une telle logique électorale. Si, aujourd’hui, on se met à dialoguer avec ces gens-là qui ont pris les armes, qui, chaque jour que Dieu fait, assassinent des citoyens ou des agents de l’ordre, ça ne veut plus rien dire. Je crois qu’aucun Etat de droit ne peut se permettre de dialoguer avec un parti qui a pris les armes et qui assassine les citoyens.

Passons à autre chose, si vous le voulez bien. Depuis quelques temps, on assiste à un débat sur le système éducatif algérien. Il se trouve que ce débat-là tourne autour d’un seul point : l’introduction de la langue anglaise en 4e année aux côtés du français. Cette décision a suscité une levée de boucliers, a provoqué une polémique dans le pays. Que pensez-vous de cette décision ?

L’école algérienne se porte très mal. Parmi l’une des causes, il y a le fait que cette école tourne le dos à la réalité linguistique du pays. L’Algérie est un pays trilingue : on y parle l’arabe, le berbère et le français. Cette école, malheureusement, pour des raisons idéologiques, des raisons de légitimité politique, n’a pas voulu prendre en considération cette réalité de la langue que nous rencontrons chaque jour dans les rues de l’Algérie. Les langues en Algérie ont un statut idéologique qui n’est pas toujours conforme ou même n’est jamais conforme à la réalité du terrain. Le courant idéologique connu, arabo-islamique, qui a fait main basse sur l’école algérienne depuis une vingtaine d’années (…), revendique, nous le savons depuis longtemps, l’exclusion du français du système d’enseignement. Et aujourd’hui, il veut introduire l’anglais en concurrence avec le français. C’est totalement absurde. L’anglais est une langue internationale, qu’on peut apprendre, mais cette langue n’aura jamais la même place ou le même statut que le français. Le français est une langue extrêmement prégnante dans la société algérienne. Regardez le tirage des journaux de langue française est supérieur au tirage des journaux de langue arabe. Regardez toute la littérature algérienne produite en langue française. Donc, il y a une réalité de la langue qu’on veut ignorer. Le français est une langue pratiquée par les Algériens, c’est une langue qui n’est pas à proprement parlé une langue étrangère même si, idéologiquement, elle n’a pas le statut de langue disant nationale. Mais ce n’est pas du tout une langue étrangère. Les Algériens ne pourront jamais écrire en langue anglaise des chefs-d’œuvre littéraires comme ceux qu’ont écrit Kateb Yacine, Mouloud Mammeri et Mohamed Dib en langue française. Donc, on ne peut pas mettre sur le même plan ces deux langues. Moi, je souhaite que l’anglais puisse avoir une place dans notre école. J’ai fait mes études en français et en arabe et j’ai appris l’anglais comme langue étrangère, comme d’autres ont appris l’allemand, l’espagnol ou le russe. Mais l’anglais ne pourra jamais être maîtrisé comme le français l’est en Algérie.

Comment interprétez-vous cette décision de mettre en concurrence l’anglais et le français ? Vous savez, c’est une vieille revendication, comme je l’ai dit, du courant qui a investi l’école depuis maintenant deux décennies. Je pense que c’est une concession faite par le ministre actuel à ce courant idéologique qui est très fort au sein de l’institution éducative. Je pense que c’est une concession à ces gens-là. Est-ce que le ministère de l’Enseignement va maintenir cette décision qui est extrêmement critiquée comme vous le voyez chaque jour dans les journaux en Algérie ? Est-ce que, quand bien même elle est maintenue, cette décision donnera des fruits réellement à l’école ? C’est des questions qui restent posées. Mais je crois que, fondamentalement, le fait de poser l’introduction de la langue anglaise à l’école algérienne en ces termes c’est-à-dire en termes de concurrence avec une langue qui est maîtrisée, qui est implantée qu’est le français c’est encore une fois une preuve que les vrais problèmes de l’éducation en Algérie ne sont pas abordés et qu’on essaie de gagner du terrain, qu’on essaie de dévoyer le débat par des questions qui sont de fausses questions.

*Interview réalisée le 23 mai 1993 au siège de l’hebdomadaire Ruptures près de la Faculté centrale d’Alger. Victime d’un attentat le 26 mai, Tahar Djaout est décédé le 2 juin à l’hôpital de Baïnem à l’ouest d’Alger.

Mohamed Arezki-Himeur in El Watan du 29 05 08

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mouloud mammeri par tahar djaout

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

Mouloud Mammeri est, avec Mouloud Feraoun, Mohamed Dib et Kateb Yacine, l’un des pères fondateurs de la littérature algérienne de langue française.

C’est vrai que cette littérature existait de puis les années 20 et que l’œuvre poétique de Jean Amrouche l’avait portée dans les années 30 à un point de haut perfectionnement.

Mais ce n’est qu’au début des années 50 que le fils du pauvre, la grande maison et la colline oubliée signèrent l’acte de naissance d’une littérature désormais récusable qui allait marquer sa place dans cet espace d’ailleurs contestable qui s’appelle l’universel.

Le dernier des trois roman cités, qui aurait pourtant pu attiré l’attention par sa seule qualité littéraire, a surtout servi de catalyseur à une vive polémique qui s’attachera, paradoxalement à l’autre œuvre de Mouloud Mammeri. En effet, cet écrivain de haut classicisme, et humaniste tolérant et pondéré, ne cessera d’alimenter (souvent malgré lui, évidemment) des controverses. Confinée et marginalisée par certains corps d’institution, adulée par beaucoup de lecteur, son œuvre a connu un statut ambigu, a initié des interrogations qui n’ont pas toujours été exposées au grand jour. C’est une œuvre qui a suscité à la fois l’enthousiasme et le malaise.

Mais il est difficile de lui dénier des qualités de rigueur et de clarté. Le présent « dossier » a pour objet de rendre hommage – il vaut mieux tard que jamais – à un de nos grands écrivains qui a été si longtemps relégué dans l’ombre que de jeunes lecteurs le découvriront peut-être ici pour la première fois. Né le 28 décembre 1917, Mouloud Mammeri va avoir soixante et onze ans.

Mais il n’est pas dans notre intention de célébrer une fin de carrière ou d’enterrer sous les lauriers, un homme qui les a toujours refusés (à commencer par ce fameux « Prix des Quatre Jury » qui a couronné, en 1952, « La colline oubliée » et qui, à l’image de toutes les récompenses comporte une part d’insidieux).

Il s’agit juste pour nous de rencontrer aujourd’hui un écrivain plein d’allant et de jeunesse dont le talent généreux a encore tant de choses à nous donner.

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La Contribution de Mouloud Mammeri, au réprtoriage et au déchffrement de notre patrimoine culturel, est bien connue, elle est carctérisée par une grande abnégation et une grande rigueur, Mammeri a recueilli et transcrit les poèmes de Si Mohand Ou M’hand, il a sauvé quelques ahellils du Gourara de l’oubli qui commence à les happer. Nous avons choisi ici de parler plus particulièrement de cette somme inestimable que constituent « Poèmes kabyles anciens ».

Plus que la sagacité du chercheur, plus que l’ingéniosité du traducteur, ce qui saute aux yeux à la lecteur de cette somme considérable (470 pages), est sans soute l’immense investissement effectif. Pour nous présenter ces textes arrachés au ténèbres de l’oubli et au cercle trop étroit de quelques initiés, l’essayiste brillant et rigoureux de Si Mohand et de la mort absurde des Aztèques n’a pas trouvé de meilleur argument et de meilleur langage que ceux de la chair meurtrie.

L’analyste, d’habitude tenu à la distance et à l’objectivité ne dédaigne pas, ici, de recourir au paroles sensibles du cœur. Comme à chaque fois que la mort plane.

Indécise encore, sournoise mais imminente, si l’on y prenait garde : « les poèmes ici rapportés ne sont pas pour moi des documents indifférents, des pièces dont la seule valeur comptable est l’argumentation. Ils viennent, il font partie des réalités qui donnent un sens à l’existence du groupe qui les a créés et, à travers lui, à mon existence ». Mammeri s’en prend avec colère à l’éthologie, ce regard-scalpe qui, parce qu’il croit agir sur des cadavres, se garde de tout ménagement.

« En opérant sur le terrain même de notre intimité, l’ethnologie la violait, la menaçait dans son être ».

Ce qui a caractérisé la culture populaire chez nous est sans doute sa marginalité millénaire. La culture populaire a toujours était entravée par une sorte de culture élitiste (élite idéologique ou élite théologique, selon les siècles et les conjonctures) qui la refrénait et la refoulait dans une zone seconde, sans autre statut que celui de culture tolérée.

Réduite à l’état de culture tribale par les différents pouvoir centralisateurs, la culture n’a pu subsister que dans cet éparpillement de foyers anémiés, mais imprenables, lieux des survivances irréductibles et refuge de l’imaginaire qui fabule pour compenser les pesanteurs et les servitudes du quotidien.

Ce sont les fruits de cette sagesse et de cette humanisme confinés, et non reconnus, que Mouloud Mammeri nous livre faveur et générosité après avoir, en 1969, fait connaître, par un ouvrage magistral, l’œuvre dispersée, « errante » de Si Mohand Ou M’hand. Car Mammeri est lui-même du rang des « amousnaw », ces sages humanisent, par le verbe, l’imprévu que les jours apportent.

Les textes rassemblés dans poèmes kabyles anciens sont antérieur à l’œuvre (la plus connu sans doute dans le domaine) de Si Mohand Ou M’hand. Les premières dates du début XVIIIème siècle et le dernier évoque l’insurrection de 1871. Youcef Ou Kaci, Larbi Aït Bedjaoud, Hadj Mokhtar Aït Saïd, Sidi Kala, Ali Amrouche, Mohand Saïd des Aït Melikech, font revivre tour à tour, pour nous, (grâce à l’intercession aussi ingénieuse qu’enthousiaste de Mouloud Mammeri) les facette épiques, politiques, gnomiques et hagiographiques de l’ancienne poésie kabyle, essentiellement intérieure à la destruction coloniale, la poésie des tribus et des cités où le dire était un outil redoutable, au pouvoir quasi-absolu. C’est donc une sorte de poésie des auteurs que nous tenons ici. Nous pénétrons au cœur de cette période où, en Kabylie, le poète jouait un rôle essentiel dans la vie de la cité, ses dires, prenant dimension de sentences sinon d’oracles, excèdent de très loin les limites d’un texte littéraire.

Ces poètes, souvent sans prétention esthétique, qui chantent plus les obsessions communautaires que douleur ou leur aspiration propre, sont comme impérissable dans leur fragilité et leur effacement même. Plus que des artistes, ils se veulent des éléments d’un ensemble, son reflet, son écho et parfois aussi, ses guides et ses arbitres.

C’est pourquoi le temps et les peines qui les accablent, puis les détruisent, les élaborent et les éternisent, faisant d’eux les voix de cette pérennité intérieure, à la fois secrète et ouverte sur le monde qu’elle alimente. Cet «âge d’or» de la poésie populaire subira la première entreprise de démantèlement de la part de la pénétration coloniale. Dépossédée de son rôle social et de sa liberté d’investigation, la poésie allait désormais, se recroquevillant, jusqu’à devenir un propos décoloré à la merci d’un ordre dominant qui la manipule sans ménagement.

La prosodie ne survivra que dans le répertoire chaque jour plus menacer par la détérioration et l’amnésie de quelques poètes ambulants, souvent de seconde zone, dans cet espace culturel devenu, pour reprendre une expression de Michel de Certeau, « des folklores aux frontières d’une empire », Il n’est que de voir comment, à travers, toute l’Algérie, la police coloniale traquait ces diseurs populaires, les surveillaient, les fichaient, entravait leur déplacements afin d’annihiler leur influence.

Mais Mammeri nous parle essentiellement d’une autre époque, où la poésie échappait à la fois aux cadastres et aux fichiers de police.

C’était une poésie libre et altière mais qui n’est pas dénuée de désarroi et de tiraillements, car l’homme, investi d’une mission, connaît le poids de la solitude et le vertige des auteurs. La considération du groupe ne suffit pas à alléger les inquiétudes et les insomnies propres à tout vigile. Nul, mieux que lui, ne connaît la charge excédante des jours et cette poussière sans consistance qui seule reste de leurs mirages et de leurs douceurs passagères. Hadja Mokhtar Aït Saïd a bien exprimé les tourments et la lassitude de l’éclaireur qui accueille chaque aube les yeux ouverts :

Peut-être est-ce malédiction paternelle que mon lot soit les discours nocturnes.
Vienne la nuit tous.
Dorment en paix
Bien ou mal couverts
Fort moi à qui les pensées pèsent
A n’en pouvoir mais !

Il convient de saluer le travail énorme de Mouloud Mammeri, son objectivité et la perspicacité de ses analyses. Ce travail, ajouté à l’exhumation de Si Mohand et à la consignation des dernières Ahellils que les sables de l’oubli commencent déjà à couvrir, fait date dans l’inventaire du patrimoine maghrébin.

Tahar Djaout
Asirem – n°1

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dernier texte de tahar djaout

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

Le Dernier Eté de la raison

[...]   

Le petit Boulaem veut voir le monde. Il veut déserter la classe-geôle. Il est malheureux de savoir que ces  séances consacrées à l’adoration muette  de la Vérité le soustraient à un univers passionnant, un univers ensorcelant et dangereux à la fois, où voisinent les bruits ludiques, les véhicules, les bêtes magnifiques, les bateaux qui mugissent en prenant le large. Dans cet univers aux multiples facettes, qui tourne comme une noria, circulent des sages et des fous, des hommes de bien et des individus pervers et  dangeureux, des hommes qui  prêchent, d’autres qui vocifèrent ou blasphèment. Dans cet univers-kaléidoscope foisonnent des arbres qui nourrissent, rafraîchissent et ombragent, des plantes ornementales, des oiseaux en cage et des oiseaux en liberté liés par l’amour du chant, des cafés où l’on discute et rit, des lieux où l’on s’amuse et danse. Il suffit de sortir de l’école-geôle pour s’engouffrer dans ce monde tourbillonnant.
Boualem veut quitter la maison aride et plane du Texte pour aborder d’autres saisons où le chaud succède au froid, où les plantes changent de parure, où les couleurs explosent puis ternissent, où le ciel est un tableau en perpétuel bouleversement. Planète, il aspire à goûter ta succulence !         
    Le petit Boualem se dit qu’il est bien d’écouter la parole de Dieu mais que si Celui-ci nous a donné une poitrine avec un coeur impatient, des jambes, des doigts, des yeux et une langue à l’étroit dans la cage des dents, c’est pour que nous en fassions usage et que nous les mettions à l’épreuve.    
  L’enfant soupçonne vaguement que les versets ne l’aideront pas à grandir. Il voudrait parcourir le monde.  Ce dont il a besoin, c’est de vêtements élégants et bigarrés, de chevaux, de bateaux, de maisons dont les devantures s’allument et s’éteignent, d’enseignes qui promettent l’aventure. Les versets qui balisent le chemin vers le Paradis lui paraissent trop  péremptoires, ils intimident l’imagination, rognent les ailes du rêve. Boualem désire des chants de départ, des complaintes qui disent la nostalgie et la douleur de l’homme perdu dans les villes d’exil. Lui viennent aussi à l’esprit – avec quelle excitation et quelle gêne ! – des chants dédiés aux femmes que l’on désire. Mais, entre l’aventure et lui, ce n’est pas seulement le maître qui s’interpose, c’est toute la société aveuglée et  fanatisée par le Texte, la société ligotée par une Parole qui broie.

[...]

Tahar Djaout
Le Dernier Eté de la raison
Editions du Seuil
page 62
.
.
Le Dernier Eté de la raison. Le dernier texte posthume de Tahar Djaout, assassiné à Alger le 2 juin 1993

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bio de tahar djaout

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

TAHAR  DJAOUT

Tahar Djaout est né le 11 janvier 1954 à Azzeffoun, en Kabylie maritime. Il passe son enfance et son adolescence à la Casbah d’Alger. Il fait des études en mathématiques (Licence à l’ Université d’Alger, 1977) et en sciences de l’ information et de la communication (D.E.A. à l’ Université de Paris II, 1985). Journaliste professionnel depuis janvier 1976, il est actuellement chroniqueur – éditorialiste à l’ hebdomadaire Algérie-Actualité où il était en 1983 -1984 responsable de la rubrique culturelle. Depuis 1976, Tahar Djaout prend part d’une manière continue aux débats politiques, linguistiques et culturels de l’ Algérie.

LA POÉSIE

C’est avec la poésie que Tahar Djaout entre dans la littérature. Dès 1975, un recueil de poèmes, Solstice barbelé est publié au Canada, puis c’est L’ Arche à vau-l’ eau à Paris en 1978, Insulaire & Cie (1980) et L’ Oiseau minéral (1982) à Alger et enfin Pérennes à paraître prochainement.

Poète insoumis, adversaire de toutes les entraves Tahar Djaout utilise le langage avec bonheur pour fustiger tout pouvoir castrateur. Mais à ces textes ironiques, sarcastiques qui accusent l’ ordre social devant lequel ni le poète ni son écriture ne plient, se mêlent des textes pleins de tendresse et de sensualité.

Certains poèmes disent la recherche de soi – volontiers tournée vers l’ enfance, vers la terre – mais ils disent aussi le cri, l’ errance solitaire du poète et ses espoirs.

Espoir      
embrayeurs des nuées       
Poètes     
et le Temple des Clartés     
bâti de vos vertèbres           
donnera-t-il enfin  
le Pain que nous cherchons ?           
     (L’ Arche à vau-l’ eau p.11).

Parfois, l’ aventure poétique s’ arrête sur le verbe, comme ce poème dédié à N. Farès

Verbe      
Réinventer à tout moment  
le sens d’une aura passagère           
(…)            
Et je bégaie           
MOI L’ APHONE    
un semblant de protestation              
contre le cercueil prématuré              
gros de mes syllabes rétrogrades    
(…)            
Avec mes mots INCULTES
ma rage à ruiner la syntaxe               
et mes doigts nus face au Langage 
TERRORISER LE VERBE  
       (Solstice barbelé p.19).

Certains poèmes parlent l’ amour et privilégient l’ espace marin, comme ce petit texte tendre et flamboyant,

Viens       
Viens       
nous allumerons un feu à l’ orée des vagues
pour attirer les goélands     
       (Solstice barbelép.38).

D’autres travaillent les contrastes pour dire ici encore l’ amour et le désir.

L’ ombre Traquée 
Soleil protubérant 
comme une ocelle de midi.               
(…)            
Le soleil frappe     
justesse des traits 
cri des arbres harponnés.  
Tu es cachée là, quelque part,          
devançant les raids de l’ astre,          
devançant sa main silencieuse        
qui porte l’ incendie dans les feuilles.              
ah, surprendre l’ ombre bifurquée,  
surprendre ta peau dénudée,            
fusion de feux et de gels.

Ici, c’est en cinq verbes terribles que le travestissement de l’ Histoire par l’ Histoire officielle est dévoilé.

Histoire    
régler la parade des squelettes        
refaire les dates à sa guise.               
retoucher les biographies. 
effacer le précédent.            
le patriotisme est un métier.              
      (Pérennes).

*

Déjà très présente dans les poèmes et donc très condensée dans les fulgurances qu’exige la forme courte poétique, l’ écriture rebelle et récalcitrante de Tahar Djaout développe ses stratégies dans des textes plus longs : nouvelles et romans révèlent une entreprise de déconstruction systématique des stéréotypes scripturaux et de tous les tabous sociaux que ces premiers induisent et reproduisent.

Bien évidemment cette déconstruction s’ effectue à la faveur d’une forme éminemment poétique dans laquelle les figures analogiques (métaphores et comparaisons) nous font pénétrer – par les thèmes récurrents de l’ enfance, de la mémoire et de l’ amnésie, de la communication charnelle avec la terre – une nature frémissante d’odeurs et de volupté : territoires à reconquérir où la nature prend la place de Dieu, où l’ écriture poétique de l’ imaginaire prend le pas sur les discours politiques de la représentation et sur son vassal, le réalisme.

LES NOUVELLES: Les Rets de l’ oiseleur (1984).

Le recueil de nouvelles – 13 en tout – offre des textes émouvants, drôles, fantastiques dans lesquels l’ auteur, jouant sur une alternance subtile entre éléments poétiques et éléments dénotés tisse avec habileté ses rets d’écrivain rétif au sens avéré du signe.

Certaines de ces nouvelles sont en apparence toutes simples. Le guêpier par exemple conte l’ errance joyeuse de l’ enfance à la campagne. De très belles pages imprégnées d’une nature lourde de sensualité.

Nous revînmes vers la plaine. Durant notre marche, la tête me tournait de joie.La sève pesante des figuiers et des lauriers aux feuilles amères coula bientôt en moi.J’étais oppressé par un poids si lourd de beauté. Je m’assis à l’ ombre opaque et clémente d’un figuier et me pris à écouter les mêmes bruits de la terre. Un bourdonnement confus (quel insecte l’ engendrait ?) fait de musiques superposées m’empêchait de concentrer mon ouïe. Bientôt mon corps lui-même ne fut qu’un immense champ jonché de chaume et de fleurs fanées. Je laissais les couleurs m’envahir. (p.77).

Mais, Le guêpier est aussi l’ histoire de cet oiseau captivé, enfermé « dans un silence obstiné » puis libéré par le narrateur. En parallèle à ce récit, se dessine celui de la rentrée scolaire. Berger pendant l’ été, écolier dès la rentrée, le narrateur signale à travers l’ image de l’ oiseau, celle de l’ air, matière de la liberté, et enfin celle de l’ écriture: « Tayeb et moi suivîmes très haut le vol des guêpiers. Le ciel tout à coup vacillant et l’ écriture stridente de leurs cris entrecroisés.« (p.76). Dès lors cette percée de l’ écriture traversant le paysage devient une piste à suivre car toutes les « images » vont converger vers une mise en abyme de l’ écriture : l’ écriture scolaire codée par une école qui, au nom du réalisme, contraint et estropie.

Le reporter est une nouvelle particulièrement intéressante : long tâtonnement de reportage sur une ville en T (africaine ?) le texte ne cesse de changer de facture, procède par énigmes, enchevêtrements, inachèvements, digressions… En fait il s’ agit d’un « reportage » sur l’ écriture au cours duquel tous les stéréotypes de l’ écriture réaliste et de la vision exotique seront mis à mort. C’est seulement au terme de ce travail de déconstruction qu’un texte terrifiant surgit : la scène d’un repas en famille à la fin duquel le rituel familial se transforme en rituel cannibale, signalant la pulsion de dévoration qui anime les corps sociaux comme le geste d’écriture. « Celui qui termine son morceau de viande le premier pourra s’ attaquer à celui du voisin (…) Le plus jeune des enfants – 5 ans – se démenait aux prises avec un morceau cartilagineux (…) » (p.40-41). C’est en fait le retardataire qui est à son tour dévoré. « Quand les huit personnes se retirèrent une à une du recoin de table devenu inutile un petit corps déchiqueté lardé de coups de couteau et dévoré à moitié formait un amas difforme… » Le reportage sur les anthropophages est-il enfin écrit ? « Mais qu’est-ce que la nécrophagie à côté des hécatombes de l’ Anahnac, de Sétif, de Madagascar et de May Laï, pense-t-il, ce qui est horrible ce n’est pas de manger les hommes morts, c’est de tuer les vivants) (…) »

Toujours dans son questionnement sur l’ écriture lié au questionnement sur les comportements sociaux et les grandes questions de l’ humanité et toujours dans un élan particulièrement poétique Tahar Djaout joue aussi avec les textes littéraires préexistants qu’il imite, transforme, pervertit ou contredit : savoureux pastiches; par exemple celui de Canicule dans lequel on reconnaîtra sans difficulté l’ écriture camusienne de L’ Etranger concentrée ici dans ses thèmes. L’ épisode du meurtre de l’ Arabe, le procès qui s’ ensuivit et la phrase de Meursault : « C’est à cause du soleil » :

Je fermai mes yeux irrités, mais il restait toujours cette image d’une boule de feu surnageant dans un brasero en mouvement. J’aurais dû apporter d’Alger mes lunettes de soleil….(p.144).

ou encore le début de L’ Etranger :

Je me rappelle le lendemain du jour où mourut ma mère. Je n’étais pas triste. Je ne pensais à rien. Je mangeais des dattes. Je ne pensais pas. Juste une machine qui partageait chaque datte en deux et qui la fourrait dans une bouche. Je ne me demandais pas s’ il existe une condition humaine. Pour moi, la condition humaine consistait à manger des dattes sans penser à rien. (p.149).

Dans « Le dormeur » et « Le train de l’ espérance« , La Métamorphose de Kafka se trouve métamorphosée par le personnage Blarass enroulé dans son rêve. « Il ne tarda pas à être pourvu en effet d’une belle carapace annelée de cloporte ». Nous retrouvons entre autres poètes, Rimbaud, dans « Royaume »« les bateaux » objets d’insomnie du narrateur « boivent à la source de leurs rêves (…) et reviennent ivres. »

Ce n’est pas un hasard si, enfin, la dernière nouvelle donne son titre au recueil. « Les Rets de l’ oiseleur, dès la première ligne font éclater le mot, pris au piège de l’ espace de l’ écriture: « …Ciel/  une césure emprisonne la mer tassée à l’ horizon (…) »(p.167).

Le recueil prend fin pour mieux se continuer sur cette image métaphorique de l’ enfant qui arrache les oiseaux traqués aux grilles de l’ oiseleur; un oiseleur impuissant face aux bateaux des rêves, à la poésie:

L’ enfant sans prendre son élan, enjamba les arbres qui bordaient la rivière et se mit à cueillir comme des marguerites, les barques de pêche qu’il dépouillait soigneusement de leurs voiles avant de les mettre dans sa poche.(p.173).

LES ROMANS

L’ Exproprié (1981) [1] n’est ni un roman ni un poème. Ce serait plutôt un texte qui aurait décidé de jouer la contradiction entre l’ un et l’ autre. L’ univers en est chaotique et son agencement apparaît comme un agglomérat de discours hétérogènes et de lieux glissant les uns sur les autres. Les premières pages nous informent par la voix du narrateur, qu’il s’ agirait d’un voyage dans un « train-assises ». Les inculpés seraient jugés durant le voyage et descendraient du train selon le lieu assigné par le verdict. Cependant, l’ espace déployé par le voyage ne marque jamais les étapes d’un itinéraire. C’est d’ailleurs dans un espace intemporel que se déroule ce voyage dont on ne parle plus beaucoup au fil des pages. La flèche de Zénon reste suspendue au-dessus du train…

Comme toujours dans les écrits de Djaout, le déjà-dit se trouve subverti : le texte est émaillé « d’expressions figées » (maximes, proverbes, énoncés religieux) détournées. Parfois les figements se trouvent parasités dans « une pratique d’hygiène » de l’ usage de la langue :

A deux… nous avions formé un drôle de trio  
Il prit son courage à trois mains        
Une paire de chaussettes à un âne trijambiste            
Je ne peux pas jouer triple jeu.

A d’autres moments les expressions figées soient travesties, accusant un comique tendancieux portant essentiellement sur la parole immémoriale de l’ autorité religieuse. Par exemple :

Mon prophète – expert- comptable.  
Il s’ en essuie les mains et les testicules.       
Sexedieu.               
Sacré nom de diable.          
Un verset bien placé.          
Que Dieu refuse son âme. 
Les dieux – trompent – la misère

Dans ces cas, la pratique critique semble bien dépasser le jeu salutaire de « nettoyage » de la langue pour entrer dans une entreprise contestataire. Il s’ agit en fait pour le poète, l’ écrivain, de construire des assertions opposées, négation de l’ énoncé de l’ autre, réagissant à des assertions présentées comme évidents ou objectivement vraies.

Ainsi, tous « les discours de la vérité », politiques, religieux, historiques sont-ils pris à partie par le narrateur. Ici, interrogé par « Le Missionnaire » le narrateur s’ insurge contre le discours « unaire » qui a toujours raison.

Mais le Missionnaire musela tous les judas donnant sur le monde le Missionnaire relent outrecuidant de tous les opiums distillés à la lumière des encensoirs m’obligea à m’agenouiller et à orienter mes lunettes vers la lumière aveuglante de Sa Vérité (…) Monsieur le Missionnaire je suis de l’ AUTRE RACE celle des hommes qui portent jusqu’au tréfonds de leurs neurones des millénaires de soleil (p.43).

Réagissant à tous les discours de la vérité, le narrateur s’ interrogeant sur son histoire (de quoi est-il accusé ?) interpelle aussi l’ Histoire. El Mokrani, l’ Emir Abdelkader, la Kahena, se trouvent évoqués dans une écriture fortement questionneuse qui brise tout discours épique:

Ne reste de (et sur) Ali Amoqrane (= ?) Mohand Ath Moqrane – El Moqrani qu’un poème équivoque qu’une vieille femme(sa descendante ?) aux pieds gercés et aux cheveux cendrés portait parfois comme un brandon éteint de foyer en foyer. Une épopée passive qui jouxtait la réalité sans jamais réussir à s’ y intégrer.(p.11).

La recherche des origines, la revendication d’une culture berbère, l’ usurpation historique ne s’ élaborent pas sur une gloire et une valeur passées :

Ici             
à l’ ombre de la     
Kahena, seule iconoclaste de notre histoire  
je dis mon anti-manifeste   
et rends hommage à M.K. E. qui le premier   
décida de jeter son sang aux latrines              
et de faire peau neuve (p.71).

La reconnaissance de la Kahena n’est pas celle d’une héroïne mythique collective (référence à l’ authenticité signalée par le « sang ») mais celle d’un personnage à ne pas sacraliser. On reconnaît ici toute la démarche iconoclaste de Djaout qui nie irrémédiablement tout discours figé et déjoue la stratégie du discours monologique.

Outre cette recherche sur l’ Histoire – l’ amnésie du narrateur pervertissant le lieu du savoir constitué par la mémoire collective, y installe une réflexion neuve qui du même coup devient problématique. Des scènes tout à fait fantastiques animent cet ouvrage : dispute entre le BON DIEU et le MAUVAIS DIEU, ou encore « l’outrageant » comportement d’ »une vieille folle qui déversait une bordée d’injures (…) et qui défaisait les discours de persuasion des notables (…) »(p.79).

Mais au-delà de tout ce travail de déconstruction s’ élaborent des espaces-vertige, territoires de l’ enfance qui peu à peu envahissent tout le texte. Passages souvent non ponctués dans lesquels le narrateur tisse des rapports privilégiés avec la mer, avec la nature – ses partenaires amoureuses – tous ces passages relèvent d’une écriture émotionnelle et érotique. Investissement pulsionnel, il y a dans tous ces passages une sorte de battement de vie, et le paysage comme l’ écriture métaphorique qui le fait exister semble être soumis à la même onde du désir, dans une rythmique qui engage le corps et produit toute la sensualité de ces pages:

Et l’ enfant enfoncé dans l’ herbe jusqu’aux aisselles s’ emparait de la prairie(…) et bientôt un tremblement se communiquait à toute la plaine l’ enfant se sentait tout-à-coup secoué d’un long frisson et tremblait au rythme de la forêt (…) la prairie le culbutait (…) implacable dans son amour elle entourait l’ enfant de ses herbes calines (…) elle inventait des danses en cimaise et des tremblements inédits dans toute la Contrée des Cîmes amour et goinfreries se mêlaient dans ces ébats de la prairie (…) quelques buissons pudiques refusaient avec force vélléités les attouchements de la nuit ( p.123).

La rêverie érotique s’ achève éveillant la sexualité du jeune narrateur. Le corps de femme de la prairie se concrétise dans celui de la trayeuse :

Ce qui l’ attirait vraiment dans l’ enclos c’était la grande trayeuse corps fustigé de biais par le soleil matinal le corps comme un ruissellement de séguia se baissant puis se relevant dans un mouvement grâcieux et déchaîné de copulation (…) le corps pliait dans une cassure de mousseline (…) le regard de l’ enfant s’ y attardait rondeur en cimaise puis long frémissement comme croupe de pouliche pourfendue et saignante (…) (p.130).

Dans ce rythme sans entrave,s’ insinue une sorte de violence – mise à nu des instincts sexuels – et de provocation du corps devenu onde et tourbillon. L’ irruption du refoulé et du désir réprimé se déclare contre toute la tradition lyrique de bon ton. Les thèmes du plaisir et de la mort, de la folie et de la menace féminine, de l’ amour et du dégoût, de l’ érotisme et du sacrifice marquent une rupture fondamentale et une revendication de la subjectivité.

Le problème du refoulé n’est-il pas le même, qu’il s’ agisse de l’ écriture, de sexe, de l’ histoire individuelle ou de l’ Histoire ?

Les Chercheurs d’os (1984) est un roman d’allure linéaire qui s’ appuie sur un fait historique : la quête des ossements des combattants de la guerre de libération tombés un peu partout sur le territoire national. Le lecteur suit les pérégrinations d’un adolescent – il s’ agit de retrouver les « restes » de son frère – d’un vieux parent et d’un âne. Sur le plan de la structure romanesque, ce roman rompt donc absolument avec L’ Exproprié. Cependant qu’on ne s’ y trompe pas : même si le discours paraît « pacifique « et homogène, il est en fait dialogique et conflictuel. En effet la lecture « facile » de l’ ouvrage est trompeuse car l’ ironie et l’ humour traversent une naïveté insistante qui devient très vite suspecte. En effet le choix du narrateur – un adolescent qui n’a jamais quitté son village – intègre un regard neuf, étonné, interrogateur et critique.

- Da Rabah, à quoi donc serviront tous ces papiers que les citoyens pourchassent avec âpreté ? 
- L’ avenir, mon enfant est une immense papeterie où chaque calepin et chaque dossier vaudront cent fois leur pesant d’or. Malheur à qui ne figurera pas sur le bon registre ! (p.39).

Mais cette situation initiatique permet de mettre en place une sorte « d’orchestre de voix » sociales que le texte s’ emploie à faire surgir dans les discours codés – religieux, politiques, de l’ armée – et qu’il s’ amuse à confronter les uns aux autres, à les faire se contredire. Ainsi par exemple, un paysan rencontré en cours de route déclare à Da Rabah et au jeune narrateur tous deux étrangers à ce village: « Comment des étrangers ! On peut encore être un étranger dans le pays revenu à la religion de Dieu et aux mains des croyants ! » (p.123).

Discours politico-religieux tout à fait stéréotypé – sorte de matrice – dont l’ écho déformé quelques pages plus loin contredit ce « produit fini » inapte à assumer les phénomènes sociaux. Le même personnage s’ écrie :

Je me console d’avoir perdu un fils, mais je n’accepte pas de le perdre pour rien. Il faut que je prenne ma part des biens de ce monde pour que mon fils ne se morfonde pas dans cet au-delà auquel il ne croyait pas. Ils ne me font pas peur, ces messieurs croulant sous les galons qui veulent tout prendre pour eux…(p.128).

D’autres stratégies narratives sont mises en oeuvre pour dénoncer cette quête « sacrée » qui devient au fil des pages une sorte de course au trésor qui, si elle aboutit, permettra de percevoir une pension : ainsi le titre, « Les chercheurs d’os »-qui exhibe ostensiblement le paradigme  » les chercheurs d’os »- prolifère-t-il et se transforme-t-il pour devenir au fil des pages « Les convois chercheurs de squelettes », « Les voleurs d’os ». Jeu sur les mots, couplages syntaxiques et lexicaux, juxtaposition des contraires, l’ expression « un amas d’os à conviction » renvoie à « pièce à conviction » pour devenir « un précieux butin », « les os de mon frère attendent comme un trésor », « les os s’ entrechoquent comme des pièces de monnaie »…

De même, les métaphores liées au soleil mortifère qui poursuit les prospecteurs et ponctue la marche travaillent tout le texte et recouvrent la stratégie contaminante de l’ écriture pour dire que finalement ce voyage est voué à la négation de la vie. Le roman se clôt sur cet amer constat:

Combien de morts, au fait, rentreront demain au village ? Je suis certain que le plus mort d’entre nous n’est pas le squelette de mon frère qui cliquette dans le sac avec une allégresse non feinte. L’ âne, constant dans ses efforts et ses braiements, est peut-être le seul être que notre convoi ramène.(p.155).

Le voyage s’ est effectué sur un parcours circulaire : départ du village, retour au village et ce voyage cyclique établit une statique du mouvement qui rejoint la statique des discours de l’ Histoire, une histoire qui tourne en rond, ou mieux qui tourne à vide. C’est donc ici un mouvement tournoyant que le texte reproduit et qui est bien celui de la mort, celui des chercheurs d’os.

De façon fort heureuse, la deuxième partie, au centre du roman éclaire, dans des métaphores toujours chatoyantes et éblouissantes, tout l’ ouvrage. Une fois encore les territoires de l’ enfance alimentés par les rêves du grand frère et les escapades du narrateur enfant qui nous entraînent vers des glissades affectives faites de fraîcheur vers un temps où le monde se donne comme spectacle immédiat et possession sans réserve. De très belles pages :

C’est vrai que mon frère avait dix ans de plus que moi, mais jamais auparavant il n’avait fait montre de cette assurance protectrice et de cette maturité. Il parlait et les forêts, les oiseaux, les oliviers, la violence, le sang et le pardon prenaient à mes yeux d’autres contours et une autre densité. Je comprenais en l’ écoutant, qu’on pouvait être tout à la fois nu et riche, adroit et humble, fort et généreux(…) (p.105).

L’ Invention du désert (1987) est encore un ouvrage qui défie la catégorisation des genres – Roman, L’ Invention du désert est aussi un long poème.

Au départ une commande éditoriale : le narrateur se trouve chargé d’écrire un épisode de l’ Islam médiéval. Il choisira le prophète Ibn Toumert, théologien intransigeant, prêcheur rigide, féroce et exalté, combattant forcené de la foi dont nous suivrons les errances. Puis, de façon assez inattendue, Ibn Toumert se trouvera catapulté dans le Paris du XXème siècle…

En plein Champs-Elysées, parmi les touristes nordiques et japonais, Ibn Toumert promène sa hargne dévote que le soleil de juillet rallume chaque fois qu’elle s’ assoupit. Il est ébloui et multiplié, il est des milliers à la fois. Il descend à foulées nerveuses l’ avenue large comme une hamada et se retrouve tout-à-coup face à la Maison du Danemark. Femmes blondes dénudées, offertes au désir telles des proies. La morale du monde s’ est liquéfiée. (…) Quelle rutilance de couleurs, d’horreurs et de tentations ! que de femmes lachées sur le monde comme des tigresses altérées de sang et de scandale ! Comment les peuples peuvent-ils vivre en paix avec une telle dynamite dans la rue ? Le bâton noueux d’olivier aura beau s’ abattre et meurtrir, comme au temps de Bejaïa la Hammadite déliquescente, il n’arrivera jamais à redresser cette civilisation du péché.

Histoire impossible à écrire. Le narrateur finit par prendre congé des Almoravides et nous entraîne vers d’autres espaces : ceux de la mémoire, de l’ espace fascinant des sables – souvenir de ses voyages en Orient – des rêves et enfin le récit s’ enlise dans d’éblouissantes pages sur l’ enfance, territoire de prédilection, lieu où le langage se donne le spectacle de sa propre fête:

Parfois l’ aube m’écartèle, fait trembler mon coeur comme une proie. Je suis le peuplier assailli(…). Je suis l’ oiseau tôt levé. Dans l’ odeur énervante du café et des bruits vermifères des bêtes aux noms imprécis que la nuit seule autorise. Je suis comme une bête tapie, à la fois attirée par l’ ombre et terrorisée par ses spectres. Quelques fantômes du songe me suivent encore. Quelques émerveillements aussi. Puis la lumière nomme les choses, efface leurs noirs contours effrayants, assure la franchise des ossatures. L’ oiseau cesse d’être une voix, une insistance déchirante. Le jour lui redonne sa grâce, ses attributs d’acrobate. L’ oiseau récupère le ciel, le signe d’un chant, victorieux. Il se sépare aussi de moi, efface mes désirs d’essor, me restitue à mes laideurs et mes infirmités. (p.128-129).

Les Vigiles (1991) est un roman qui s’ organise autour d’un personnage – professeur et inventeur d’un métier à tisser d’un nouveau genre – pour dire de façon plus déclarée que précédemment la société algérienne d’aujourd’hui.

« A petits pas » Tahar Djaout – nous faisant suivre les nombreuses démarches et tracasseries subies par Mahfoud Lemdjad pour faire breveter son invention – exténue et mine, d’une écriture « tranquille » et corrosive l’ appareil administratif bureaucratique :

Vous venez perturber notre paysage familier d’hommes qui quêtent des pensions de guerre, des fonds de commerce, des licences de taxi, des lots de terrain, des matériaux de construction; qui usent toute leur énergie à traquer des produits introuvables comme le beurre, les ananas, les légumes secs ou les pneus. Comment voulez-vous, je vous le demande, que je classe votre invention dans cet univers oesophagique ? (p.42).

Tout occupés à contenir une population qui déferle devant les nombreux guichets de la mairie, à régler des affaires louches de l’ appareil politique, les agents sont aussi les vigiles qui suspectent l’ inventeur « D’avoir libéré cette terre leur confère-t-il le droit de tant peser sur elle, de confisquer aussi bien ses richesses que son avenir ? »(p.111). Ces réflexions sont celles du bouc émissaire Menouar Ziad qui devra endosser l’ erreur commise à l’ égard de Mahfoud Lemdjad (finalement primé à l’ étranger pour son invention). De beaux passages, dans cet ouvrage, qui renvoient à des épisodes passés de Menouar : flash-back pleins de poésie, aventures simples d’un paysan amoureux de la campagne et, de sa terre odorante, alternent avec les discours-fossiles officiels, tel cet article journalistique, reprise exemplaire des clichés éculés de la langue de bois:

A la suite des manifestations provoquées par des groupuscules d’étudiants, le Secrétariat national de l’ Union générale des travailleurs a tenu une réunion mardi. Il a analysé la situation politique actuelle marquée par un climat de troubles dus à certains éléments tendancieux oeuvrant pour les intérêts de l’ impérialisme, de la réaction et de leurs valets, et proclamant des slogans allant à l’ encontre de la marche et la continuité de la Révolution. Après les cuisants échecs que lui ont fait subir les masses populaires fondamentales de la Révolution, la réaction n’a pas cessé de multiplier les manoeuvres et de lancer des défis à ces masses qui ont remporté tant de victoires et réalisé d’importants acquis dans les domaines industriel, agricole et culturel. En réapparaissant aujourd’hui sur la scène des événements par de nouvelles méthodes, la réaction a choisi cette fois-ci comme bouclier le patrimoine populaire national principe clairement énoncé dans la Charte nationale et pour la sauvegarde et la préservation duquel les masses populaires oeuvrent.

Tahar Djaout, écrivain de la nouvelle génération, propose des textes construits sur une collision de mots et de formes qui ont l’ avantage d’orienter la lecture vers des modes de pensée en perpétuelle questionnement, agitatrice et rebelle. Cette élaboration critique repose sur une motivation purement esthétique et propose un monde en état de rupture pour dire que ce n’est que sur la discontinuité que les conflits peuvent se développer, marquant ainsi la poursuite insistante de la question de l’ écrivain: celle de l’ écriture entendue comme trajet conflictuel.

Janine FEVE-CARAGUEL

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(Extrait de « La littérature maghrébine de langue française », Ouvrage collectif, sous la direction de Charles BONN, Naget KHADDA & Abdallah MDARHRI-ALAOUI, Paris, EDICEF-AUPELF, 1996).

ãTous droits réservés : EDICEF/AUPELF

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DECLARATION LES DISSIDENTS DU RCD

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

Une fois de plus le bureau régional de Bejaia sous la dictée de Said Sadi, Président du Parti, vient de s’étaler en élucubrations dans une déclaration publique remise aux journalistes.
Une lecture attentive de cette littérature partisane appelle de notre part les appréciations suivantes :
Le texte se répand en inquisitions contre « Quatre individus » en prenant le soin de ne pas les citer nominativement. Le choix de ce montage sémantique est destiné d’abord à se protéger d’éventuelles poursuites pour diffamation et ensuite de s’adonner sans risques judiciaires au délire et à la manipulation,et ce dans le but évident de présenter notre action à Bejaia comme un acte délictuel et non pas comme un acte politique.

Chiche ! Que M. Sadi étaye clairement ses propos et nous lui prouverons où se trouve la délinquance politique et la prédation.

Nous sommes des militants de la première heure qui avons servi le combat démocratique sans faille ni accointance quelconque. Sur le plan matériel,nous partageons une partie de nos salaires avec le Parti. Nous ne disposons ni de villa avec piscine au milieu de la nomenklatura,ni de résidences à Paris,Palma ou ailleurs, ni de voiture blindée, encore moins se permettre cinq à six voyages à l’étranger par mois. Ce n’est pas en accusant des innocents de corruption qu’on puisse se protéger soi-même.
Il est de notoriété publique qu’à chaque fois que des militants posent des problèmes politiques,le Président du RCD se cache derrière des accusations de connivence avec le pouvoir. Il serait bien inspiré d’écouter les attentes de la base qui est totalement déroutée par ses méthodes expéditives d’exclusion.
Cette diversion ne trompe plus personne, le fond du problème réside dans le débat que nous avons initié dans le parti et qui est en train de s’imposer au sujet du fonctionnement interne et de la transparence dans la gestion des finances du Parti.

La preuve que notre combat commence à donner ses fruits,l’assemblée à laquelle fait référence le BR dans son communiqué est édifiant dans la mesure où cette réunion s’est transformée en un véritable procès de la direction nationale qualifiée unanimement par les militants d’incompétente.
Le même scénario a été observé lors de l’assemblée générale de Tizi-Ouzou où même la présence du Président du RCD n’a pas dissuadé les militants de dire leurs vérités sur le fonctionnement stalinien du Parti.
Maintenant que le débat politique est lancé, la transparence dans la gestion des finances du Parti doit s’imposer et le Parti sera démocratique ou ne sera pas.
M. Sadi, encore une fois, nous sommes et demeurons militants du RCD.
Si MUGABE prétend que le ZIMBABWE lui appartient, le RCD appartient à tous ses militants.

Les signataires :
Dr Tinouche Azzedine, Membre du CN, élu à L’APW et ancien Président du BR
Khelladi Md Saddek, Membre du CN et élu à L’APW
Saci Achour, Membre du CN et élu à L’APW
Bennadji Braham, Maire, Membre du CN et ancien Président du BR

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DJILALI HADJADJ AU FORUM DU MATIN 3

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

Troisième et dernière partie du Forum. Suite des réponses de Djilali Hadjadj, porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) et représentant de Transparency International en Algérie, aux lecteurs du Matin.

Assoun : Allo monsieur, digne fils d’Algérie, monsieur Hadjadj, tu ne penses pas qu’il est temps de d’évoquer, Touati, Toufik, tous ces bourreaux, est d’aller droit au but ? DE CETTE justice qui s’en prend à Habiba, Chawki Amari, au lieu de wali de Ghardaïa, Chlef ? Tout le monde sait ce qui se passe, alors ma question est simple : c’est quoi la solution extrême, pour en finir avec tout ça ? Puisqu’il ne reste que l’extrémisme pour revendiquer la moindre des choses, le peuple est prêt pour versé son sang.

Djilali Hadjadj : L’AACC est partisane exclusivement de l’action pacifique et non-violente, même si elle n’exclut pas d’utiliser des actions spectaculaires pour se faire entendre et surtout pour rassembler sur le terrain de l’action le plus grand nombre d’algériens intègres.

Albert Piu : Tout d’abord, grand merci pour le travail que vous faites. Ma question est : comment expliquez-vous que les tramways en Algérie coûtent plus de 300 M € (Oran, Constantine) pour une seule ligne, alors que celui de Rabat coûte moins de 100 M € pour deux lignes ? Merci de votre réponse et bonne continuation.

Djilali Hadjadj : Si c’est réellement le cas, et c’est vérifiable, ce ne serait pas une surprise : le gouvernement algérien est un très mauvais gestionnaire de la commande publique, et les exemples similaires à celui que vous citez sont nombreux, d’autant plus que les écarts de prix sont énormes. Le comble, s’agissant de tramways, c’st quand il s’agit du même fournisseur ! Si vous pouvez nous en dire plus, vous serez bien aimable de nous contacter à l’adresse électronique suivante : < aaccalgerie@yahoo.fr >.

Moussa Haouache : OK, c`est bon de signaler tout ça. Et ça change quoi dans l`affaire ? Comme l`a dit le monsieur dans sa déclaration lors de l`affaire Khalifa des hauts responsables ont confirmé avoir trafiqué et usé du faux et usage de faux. Qu`est qu’on leur a fait ? Rien du tout. L`affaire Khalifa, on n’en entend plus parler .C`est la même chose pour l`affaire BRC et j`en passe. Maintenant les scandales en Algérie ne font plus scandales : ça vient et ça disparaît dans le temps. Donc les gens escrocs deviennent plus escrocs, les trafiquants deviennent plus trafiquants, les voleurs plus voleurs etc. Donc ça ne sert à rien de dire que nous avons une AACC. Ça change quoi dans l`affaire : absolument rien. Je fume du the et le cauchemar continu.

Djilali Hadjadj : Je ne partage pas le constat que vous faîtes, même si je peux comprendre votre dépit face à l’impunité dont continuent de bénéficier les grands corrompus et corrupteurs. Le changement se construit à pas de fourmis, surtout dans un contexte aussi difficile. Il faudrait qu’il y ait des dizaines d’AACC, qu’il y ait une société civile plus forte plus déterminée, qu’il y ait une presse plus libre, des syndicats autonomes plus puissants et plus unitaires, etc.

Un lecteur : Un citoyen algérien qui observe et qui prie Dieu de punir tout ce monde. Dieu et seul capable de les anéantir à jamais. Amen.

Djilali Hadjadj : Aux yeux de l’AACC, la question de la spiritualité doit demeurer une affaire strictement privée, et la lutte contre la corruption, l’affaire des citoyens intègres.

Dr. Chiboune Lyes : Salut Mr Djilali. Dans votre dernier rapport, vous avez mentionné au passage la mutation du wali de Bejaïa, d’une façon rapide. Alors que vous pouvez même écrire des livres sur la corruption à Bejaia au niveau de la wilaya, les daïras ou les communes, surtout celle de Darguina que vous connaissez bien. Mr Hadjadj est ce que vous pourriez nous honorer par une conférence-débat sur le rôle du citoyen dans la gestion de la commune, à Darguina ?

Djilali Hadjadj : Je suis tout à fait disposé à répondre à votre invitation, à bénéficier de l’expérience des citoyens de Béjaïa et à vous faire part de nos propositions d’action figurant dans le communiqué de l’AACC sur les wilayas.

Mourad Meghdas : Bonsoir Mr HADJADJ. Tout d’abord, je salue votre courage et je vous prie de nous communiquer les coordonnées de votre association, afin y adhérer. Nous habitons le lotissement OUED TARFA 3 de EL ACHOUR, nous rencontrons quotidiennement des problèmes au niveau de notre lotissement. La mafia du sable, du bitume et des engins s’est installé à coté de notre lotissement, par la force des choses, il est devenu une zone industrielle. La mairie, la gendarmerie, le wali délégué, sont incapables de chasser ces indus occupants : trouvez vous que le silence de ces autorités est normal ? Nous vivons un cauchemar car le quartier est dépourvu de son caractère résidentiel et le bruit et les allergies ont pris la place du calme et de la propreté devant cette MAFIA !!! Dernière nouvelle : une autre mafia du sable est en train de construire un parc pour vendre les matériaux de construction sans que les autorités ne bougent le moindre petit doigt, dans cette république bananière !!! Je vous laisse le soin de vérifier nos dires.
Salutations.

Djilali Hadjadj : Est-ce qu’il y a des citoyens « victimes » des pratiques que vous dénoncez qui ont commencé à agir ? L’AACC est disposée à les accompagner dans leur combat.

Tarik Salhi : Bonjour Monsieur HADJADJ. BRC (Brown Root and Condor) fut un chantre de la corruption et de la malversation, après les quelques révélations faites par l’IGF qui faisaient office de parties émergées de l’iceberg, les hautes autorités de ce pays ont pris la décision de la dissoudre très probablement pour garder la plus grosse partie sous l’eau. Mes questions alors, il y en a deux si vous le permettez, sont les suivantes: quelle a été votre position et celle de votre mouvement concernant cette affaire? Y-a-t-il à votre avis des marges de manœuvres et surtout d’enquête lorsque la corruption est à ce point institutionnalisée?Merci. Tarik.

Djilali Hadjadj : L’AACC a dénoncé publiquement plus d’une fois et dans des écrits notamment, même sur les ondes de la radio chaine 2 le 22 novembre 2007, l’affaire BRC, les propos révoltants du ministre de l’énergie à l’encontre de l’IGF (ce qui a sonné le glas de la neutralisation de cette dernière) et le fait que les pouvoirs publics aient tout fait pour enterrer cette affaire. Il faut cependant préciser que l’éclatement de l’affaire BRC qui éclabousse de nombreux secteurs, notamment en matière de violation de la réglementation des marchés publics, est dû à des règlements de compte au sein de clans du pouvoir, par « dossiers » de corruption interposés. La marge de manœuvre de l’AACC seule dans cette affaire et bien d’autres, est relativement étroit : par contre si d’autres partenaires potentiels dans la classe politique par exemple, chez les syndicats et la société civile, fédéraient leurs efforts, accompagnés par les médias, cette marge serait plus importante. Il faudrait œuvrer à la mise en place d’un front anti-corruption sur le terrain. Il faut y travailler.

Un lecteur : Je voudrais adhérer à votre association : que dois-je faire? EST CE POSSIBLE ?

Djilali Hadjadj : Vous êtes la bienvenue. Dans une première étape, le mieux serait de nous écrire via Internet (< aaccalgerie@yahoo.fr>).

Siham : Tous les Algériens savent conjuguer le verbe manger, « la blague ». Maintenant vous dites que la corruption existe de haut en bas et de bas en haut, sans dénoncer ni corrompu, ni corrupteur et vous ne provoquez pas la justice : c’est le constat de tous les algériens. Donc si c’est pour dire ce que tous les Algériens pensent : cette association n’a pas raison d’être, mais mon intuition, mon raisonnement par l’absurde, me dit que vous allez créer un scénario pour les blanchir.

Djilali Hadjadj : C’est votre point de vue. A la lecture des réponses que l’AACC a apportées aux questions des Internautes du journal « Le Matin », vous aurez peut- être une meilleure vision sur les objectifs de l’AACC et sa façon de concevoir la lutte contre la corruption.

Job : Le jour où on connaitra la reponse a la question suivante, on aura touT su: QUI A TUE MOHAMED BOUDHIAF ? La réponse à cette question comporte toutes les réponses à la corruption.

Djilali Hadjadj : Une chose semble certaine aujourd’hui, l’assassinat de Boudiaf a un lien avec ses tentatives visant à en savoir plus sur les détournements opérés par nombre de dignitaires du régime.

Rouibah : M. Hadjadj! Lutter contre la corruption lorsqu’elle est un phénomène « à la marge » est certainement un domaine d’intervention qu’une association comme la votre peut avoir. Mais est ce possible lorsqu’elle prend les proportions-énormes- qu’elle a chez nous? Ne faut-il en faire un domaine de l’action politique, au sens noble ? En fin de compte, seule une minorité profite de ce système bâti sur la prédation!

Djilali Hadjadj : Je suis d’accord avec vous : la lutte contre la corruption doit surtout s’inscrire dans l’action politique, et pas uniquement partisan. Ce combat doit être l’affaire de tous les hommes intègres, dans leurs activités professionnelles, dans leur entreprise, dans leur syndicat, dans leur association et dans leur parti. Mais il ne peut y avoir un combat dans l’absolu contre la corruption.

Un lecteur : Bonjour monsieur Hadjadj. Avez-vous les prérogatives de vérifier les comptes des hauts gradés de l’ANP ? A votre avis qui est le corps le plus corrompu en Algérie? Djilali Hadjadj : L’AACC est une association issue de la société civile, qui n’a pas les prérogatives de vérifier les comptes des hauts gradés de l’ANP, mais regrette que ces hauts gradés aient été « dispensés » par Bouteflika – cadeau empoisonné ? -, de leur déclaration de patrimoine par la loi du 20 février 2006 relative à la prévention et à la lutte contre la corruption, alors qu’ils étaient astreints à le faire jusqu’à cette date selon l’Ordonnance de 1997 portant déclaration de patrimoine signée par le président Zéroual.

Dergaz : Azul mass Hadjadj. Le combat que vous mener est noble, parce que vous touchez toute les couches de la société. Ce que je vous demande c’est pourquoi vous ne revendiquez pas à ce que la justice et les finances soient libres ?

Djilali Hadjadj : Cela fait partie de nos « revendications » essentielles, mais il faut y travailler et accentuer la pression à tous les niveaux pour que ces secteurs et bien d’autres, puissent acquérir leur indépendance dans le respect des lois de la République.

Un lecteur : Seule la transparence peut venir à bout de la corruption ! Partout en Algérie, tout Algérien et toute Algérienne a droit de fourrer son nez dans tout compte public qui au demeurant doit être publié comme le journal officiel (sur papier et sur écran).Ainsi, tout le monde étant au courant des mouvements des budgets, pourra signaler à la justice ce qui ne va pas en informant la presse qui à son tour informe le grand public dont nos administrateurs qui agiront en conséquence pour remettre de l’ordre…

Djilali Hadjadj : Il faut notamment agir dans ce sens : accéder à l’information, faire éclater le culte du secret et diffuser les dénonciations lorsque sont vérifiées, faire pression sur les institutions concernées pour qu’elles agissent.

Tahar Grandi : La corruption en Algérie n’est plus le fait de quelques personnes véreuses, c’est un fait qui est sociologiquement glorifié et culturellement accepté. Ne dit-on pas Qfez (débrouillardise) au lieu de vol? Les gens honnêtes de Djayeh? La lutte pour la corruption est un travail de longue haleine et si de surcroit il y a une volonté politique. Ce qui malheureusement n’est pas le cas. Le monde politique s’accommode à la corruption et certains politiques s’y abreuvent allégrement. Le Cas de Khalifa est patent, quand des personnes affirment, devant le tribunal, en public: j’ai falsifié, j’ai usé du fait et usage de faux, ils sont maintenus, reconduits et même promus, les limites à la corruption n’existent plus. Au fait, concernant Khalifa, combien se fait par année le liquidateur? Les organes chargés du contrôle sont les nids de la corruption à savoir les douanes, les impôts, la banque centrale etc., Tout le monde le sait mais à tous les niveaux, on dit que celui qui à des preuves n’a qu’à les exhiber. Y a t-il plus vrai que la réalité? Les signes extérieurs de richesses est une preuve éclatante. Il suffit d’une simple investigation. Mais qui a intérêt à procéder de la sorte. Tous les systèmes de contrôle deviennent caducs quand il y a collusion, en Algérie il n’y a que des collusions à tous les niveaux. C’est de véritables toiles d’araignées qui se tissent au sein des entreprises et autres institutions. Au niveau local (wilaya, daira et commune), c’est tellement bien organisé que tout contrôle ou enquête s’avère infructueux.

Djilali Hadjadj : Très juste constat. Il faut être de plus en plus nombreux à agir : en menant un certain nombre d’actions, même partielles, l’AACC et ses partenaires, ont pu remettre en cause certaines situations de totale impunité, notamment dans quelques entreprises, wilayas et communes.

Une lectrice : Y a t’il vraiment un espoir que la corruption soit éradiquée un jour, surtout parce qu’elle se situe en haut niveau, c’est à dire au sein du pouvoir, lui même censé éradiquer ce genre de fléau. Je ne pense pas que ce soit l’affaire d’une simple association qui se limite uniquement à des constats, malheureusement sans effet, hormis un léger effet médiatique.

Djilali Hadjadj : Bien sûr que ce n’est pas uniquement l’affaire d’une association, aussi déterminée soit-elle. Il ne faut pas attendre grand-chose du pouvoir en place dans la lutte contre la corruption : il doit y avoir un changement radical et il faut œuvrer pour y parvenir. L’AACC ne fait pas uniquement des constats : elle agit aussi sur le terrain, parfois avec quelques succès, et elle avance des solutions et des pistes d’action pour tous ceux qui veulent agir.

Bounta : Mr Hadjadj, bravo pour le dernier rapport de l’AACC et pour votre courage qui n’a d’égal que celui de nos valeureux chahids! Mais pouvez-vous nous dire ce qu’est devenu le dossier relatif à la dilapidation du foncier dans la commune de Bordj el Bahri qui vous a été remis il y a quelques années? Savez-vous que depuis, l’ex P/APC, en l’occurrence BENOUAR Noureddine, est devenu MINISTRE de la République et actuellement représentant du peuple au Parlement? Quant à son adjoint BENCHABI Nacer, après avoir garder le poste pendant cinq longues années achevant l’œuvre de son maitre avec beaucoup de succès: il faut reconnaitre que l’élève a dépassé son maitre puisque au cours de son mandat, ni l’assassinat de son adjoint et son compagnon au mois d’octobre 2004, ni l’intervention de l’ex-ONRB en 2005 n’ont pu venir à bout de l’appétit de ce personnage puisqu’il vient de rempiler pour un 4éme mandat avec le Sénat comme ligne de mire! Selon la presse nationale, de nombreux magistrats de la Cour de Boumerdès seraient relevés de leurs fonctions pour mauvaise gestion du dossier du foncier de Bordj el Bahri se trouvant au niveau de cette institution judiciaire. Mais les véritables responsables de l’hécatombe qu’à connu la commune de Bordj el Bahri continuent à trôner sur les institutions de la République en toute impunité! Au fait qui est le véritable responsable de cette situation..??? BOUNTA

Djilali Hadjadj : L’AACC a toujours ce dossier, incomplet au demeurant, mais il aurait fallu que les preuves des accusations soient irréfutables et que les contacts se poursuivent avec la (ou les) personne (s) qui nous l’a remis. L’AACC est tout à fait disposée à reprendre ces contacts.

FIN

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DJILALI HADJADJ AU FORUM DU MATIN 2

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

Deuxième partie du Forum. Suite des réponses de Djilali Hadjadj, porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) et représentant de Transparency International en Algérie, aux lecteurs du Matin. Devant l’afflux des questions, il a fallu prolonger en une troisième partie qui sera publiée demain.

Chawki Amari : Bonjour à Djilali et longue vie, à l’abri des coups tordus et de la corruption!
Question 1 : Si l’on admet que la corruption s’est largement démocratisée, peut-on estimer que la corruption autonome (de petits groupes organisés à l’intérieur de l’Etat comme des GIA) est supérieure à la corruption de clans (têtes de réseaux pyramidaux)?
Question 2 : Que deviennent les organisations (observatoires, …) mises en place pour lutter contre la corruption ? Bouteflika les as-t-elles gelées et a-t-il le projet d’en créer une ?
Question 3 : Qu’est ce qui fait le plus mal à l’Algérie ? La corruption ou l’incompétence, par dilapidation des ressources jetées sans stratégie ni études ?

Réponse de Djilali Hadjadj : Merci pour les vœux de longue vie ! Nous en avons tous bien besoin. Les « GIA » de la corruption à l’intérieur de l’Etat ont effectivement une certaine autonomie mais pas uniquement pour leur propre compte, une bonne partie de leurs commanditaires et de leurs parrains animant les « réseaux pyramidaux », mais ils n’ont pas une durée de vie très longue en tant que tels : ce sont des opérationnels de l’embuscade et des « faux barrages » quand une bonne opportunité de corruption se présente. Tout est fait par les parrains des réseaux pyramidaux– style maffias en exercice sous d’autres cieux -, pour qu’ils ne se fassent pas doubler par ces « GIA » de la corruption. Terrible parallèle avec un autre type d’activités criminelles !Il y a eu un Observatoire national de surveillance et de prévention de la corruption (ONSPC, intitulé officiel) du temps du président Zéroual en 1997, installé du côté du Chemin des 4 canons (sic), sur les hauteurs d’Alger, mais aucun boulet ne fut tiré en 3 petites années d’existence où les 9 permanents de cet ONSPC ont commencé par s’acheter des voitures et puis, plus rien, jusqu’à la dissolution de cet observatoire en 2000 par Bouteflika. Ce dernier a préféré se débarrasser de ce qui pouvait l’observer de trop près.La corruption faut beaucoup plus mal que l’incompétence : la solution pour se débarrasser de la première est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre que pour la seconde.

Lecteur Rafik Belolo : A Monsieur Djilali Hadjadj et à toute la rédaction du Matin, bonjour. D’abord, je tiens à remercier la rédaction du Matin pour cet espace de liberté que vous nous offrez. Je remercie également Monsieur Hadjadj de bien vouloir répondre aux questions des lecteurs. Deuxièmement, je tiens à préciser que je ne suis partisan d’aucun parti politique et je suis encore moins partisan du qui-tu-qui. Ma question est la suivante: Quel est le rôle qu’ont joué des gens haut placés dans la hiérarchie militaire et précisément dans les services secrets dans la corruption quasi générale qui gangrène notre pays ? Peut-on espérer voir un jour nos services remplir leur mission constitutionnelle et protéger les intérêts nationaux comme c’était le cas, il ya quelques mois, des services allemands qui ont réussi à avoir une liste d’operateurs économiques fraudant le fisc en transférant des capitaux vers le Lichtenstein ? Merci.

Réponse de Djilali Hadjadj : Aucune institution en Algérie, sans exception, n’est épargnée par la corruption. Tous ceux qui ont un peu de pouvoir, ont tendance à en abuser, et à se servir allègrement. Les services que vous évoquez, ne joueront un jour leur rôle constitutionnel (et encore la Constitution actuelle est lacunaire à ce sujet), que lorsque la démocratie et les libertés seront effectives en Algérie, ce qui est encore loin d’être le cas : ce jour là, les Algériens pourront par exemple connaître les budgets alloués aux services secrets, et ces derniers devront rendre des comptes aux parlementaires élus démocratiquement par le peuple. L’exemple allemand que vous évoquez illustre on ne peut mieux la marge de manœuvre assez marge de la justice de ce pays pour enquêter assez librement, tout en précisant que c’est la presse allemande qui a été la première à révéler ce scandale : la justice a été obligée de suivre.

Boualem Bonatéro : Quelles solutions pour éradiquer la corruption ? Il me semble que vous combattez contre les moulins à vent. Le ver est dans le fruit. Toutes les institutions, sans exception, sont corrompues. Alors qui va contrôler qui? ….. Mais que faire face à cette situation qui est devenue banale et résister à la tentation ?

Réponse de Djilali Hadjadj :Les solutions existent et sont connues. C’est comment et avec qui les mettre en œuvre qui pose problème. Dans chaque homme épris de justice, il y a un peu de « Don Quichotte » et pas mal de moulins à vent en perspective, ce qui n’est pas forcément négatif en soi. Il faut agir sans cesse, ne pas baisser les bras, élargir le front, ne pas se taire, s’inscrire sur la durée, gagner en crédibilité, préserver son autonomie et son indépendance, être le plus unitaire possible : aucune révolution ne s’est faite en un jour. Ce qui est sûr, c’est qu’un pouvoir corrompu « jusqu’à l’os » est totalement inapte à se contrôler. Les citoyens intègres doivent s’organiser pour imposer de plus en plus – et apprendre à s’exercer dans ce sens -, leur contrôle sur les institutions à tous les niveaux. La dénonciation systématique de cas avérés de corruption, ou de pratiques pouvant favoriser la corruption, peut être un des instruments de ce contrôle populaire. C’est ce que l’AACC fait de plus en plus, avec nombre de ses partenaires et tout un réseau de donneurs d’alerte.

Nedjari Aïssa : La corruption n’est-elle pas liée à la nature du régime politique algérien ?

Djilali Hadjadj : Tout à fait. Régime policier, autoritaire, anti-démocratique – et fascisant quand il se sent menacé-, fonctionnant plus que jamais selon le système du parti unique et en violation des droits de l’homme et des libertés : le tout faisant le lit d’une corruption qui est l’essence même de ce pouvoir, pouvoir prédateur.

Wlido : Est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose sur la Cour des Comptes algérienne. Pourquoi a-t-on suspendu ses activités à votre avis ?

Réponse de Djilali Hadjadj : Face au pouvoir en place, il ne peut pas y avoir une Cour des comptes (CDC) conforme à la Constitution en vigueur. Historiquement, quand elle a été créée en 1980, c’était pour des règlements de compte au sein du pouvoir dans la suite de la disparition de Boumédienne. J’observe le fonctionnement – ou plutôt le non fonctionnement – de la CDC depuis plus près d’une quinzaine d’années. Parce qu’il a été « victime » de cette instrumentalisation de la CDC, Bouteflika, dès son arrivée au pouvoir en 1999, a totalement boudée la CDC : d’ailleurs, ce n’est pas un hasard, si depuis une dizaine d’années, aucune mesure positive n’a été prise par le pouvoir au profit de la CDC, ni en moyens ni en renforcement de ses ressources humaines. Même son Rapport annuel n’a été publiée que 2 fois en 28 ans d’existence : pourtant cette publicité est une obligation légale. Si la CDC n’était pas inscrite dans la Constitution, Bouteflika n’aurait pas hésité à la dissoudre, alors que c’est une juridiction qui aurait pu jouer un grand rôle dans la prévention et la lutte contre la corruption. Elle est gelée de fait pour le grand bonheur des réseaux de la corruption qui ont pris en otage les institutions de l’Etat. La CDC est à l’image de son site Internet : vide, poussiéreux et à l’arrêt depuis des années. Ce n’est pas un hasard non plus si les magistrats intègres de la CDC, sont marginalisés, « oubliés » statutairement et régulièrement réprimés.

Boualem Chiba : Ne pensez-vous pas que la corruption est la conséquence directe de la dépendance de la justice du pouvoir politique. Certes même en Europe il y a de la corruption, mais l’efficacité de la justice empêche sa propagation. Thadarth.

Réponse de Djilali Hadjadj : La corruption de la justice et sa dépendance totale du pouvoir sont les 2 raisons essentielles qui expliquent l’inertie de cette institution et sa complicité dans l’explosion de ce fléau : nombre de faits le démontrent quotidiennement. En Europe, dans nombre de pays, la justice qui enquête sur la corruption subit de plus en plus de pressions du pouvoir en place.

Belaidi Mohamed : Vu que la corruption est devenue un phénomène de société en Algérie. Ma question est la suivante : ne pensez vous pas que la corruption est désormais devenu une culture dans notre pays et qu’il est hypothétique, voire illusoire de vouloir lutter contre ce phénomène? Du moins pour les 2 ou 3 siècles à venir…

Djilali Hadjadj : Plus il y aura de démocratie et de libertés, moins il y aura de corruption. Mais pour y parvenir, les luttes citoyennes multiples et diverses doivent s’intensifier. Cela demandera beaucoup de temps et beaucoup de persévérance.

Lecteur : En parler c’est déjà bien, la corruption est le cancer qui ronge le pays. Il est même presque en phase terminale. Si un traitement de choc n’est pas administré. Adieu l’ALGERIE.

Djilali Hadjadj : La lutte contre la corruption ne peut pas faire de progrès par des traitements de choc. Nous ne faisons pas le même diagnostic de l’état de santé de l’Algérie : notre pays ne peut pas être comparé à un cancer en phase terminale et irréversible.

Jugurtha Azma : Peut-on connaitre les avoirs de Bouteflika et de tous les gens du systeme en Algerie et a l’etranger? Comment peut-on faire une telle enquete et rendre publique ses resultats sans subir le sort de Boudiaf? Y a-t-il des organismes internationaux incorruptibles et capables de travailler avec l’aacc pour que l’argent des Algeriens ne soit plus vole par les pillards du pouvoir central. Si oui, pourquoi personne n’ose mener ce travail? Ou se situent les obstacles? Merci monsieur Djilali Hadjadj,

Djilali Hadjadj : A la veille des élections présidentielles de 1999 en Algérien, le célèbre quotidien britannique « The Gardian » avait évoqué cette possibilité d’avoirs de Bouteflika, en Suisse notamment. Pour en savoir plus sur les avoirs détournés à l’étranger, il existe des instruments internationaux, la Convention des Nations Unies de 2003 contre la corruption, par exemple, qui évoquent avec insistance la question et les mécanismes du recouvrement de ces avoirs. Ce recouvrement est avant tout une affaire de volonté politique : ce n’est donc pas le pouvoir actuel en Algérie qui pourrait agir dans ce sens. Des pays « victimes » de ces détournements ont commencé à agir avec un certain succès, à l’image du Nigéria. Des pays dont les banques abritent ces avoirs acceptent de coopérer avec les pays demandeurs : cela demande du temps et les procédures sont ardues, mais il y a des précédents positifs. Nombre de pays « récepteurs » de ces avoirs et des fuites de capitaux, ont une idée assez précise des bénéficiaires de ces détournements, et ont même des législations qui les protègent, surtout lorsque ces bénéficiaires sont encore au pouvoir. D’ailleurs, les « enquêteurs » envoyés en France par feu Boudiaf pour en savoir plus sur ces avoirs et leurs auteurs, ont été dénoncés… par les services secrets français à leurs « amis » en Algérie. La lutte contre la corruption au niveau international est surtout et avant tout affaire de coopérations multiformes pour peu qu’il y ait une volonté politique entre les pays concernés.

Lecteur : Mr le porte-parole de l’AACC .Où se trouve votre siège ? Peut-on être reçu facilement ? Comment dénoncer la malversation ? La procédure à accomplir pour être adhérent : les critères.

Djilali Hadjadj : Notre siège principal se trouve à Ben Aknoun et il est ouvert à tous. Il est cependant préférable, pour des raisons que vous comprendrez, de prendre contact d’abord avec l’AACC par téléphone (07 71 43 97 08) ou par Internet (< aaccalgerie@yahoo.fr >), pour pouvoir être reçu dans les meilleures conditions et où toutes les informations pour une éventuelle adhésion vous seront communiquées. Depuis quelques années maintenant, l’AACC a décidé de « prendre en compte » les dénonciations de cas avérés de corruption et d’accompagner les dénonciateurs dans leurs démarches, malgré les obstacles et les difficultés.

Bouzid : Tout d`abord pouvez-vous nous donner les noms des personnes qui sont impliquées dans la corruption? Dans le cas ou vous arrivez à identifier les coupables de dissimulation de vérité au niveau de la Sonatrach, existe-t-il un moyen de les différer dans une Cour pénale internationale ? Cu bien votre rôle consiste-t-il uniquement à dénoncer sans qu`il y ait de poursuites?

Djilali Hadjadj : Tous les cas avérés de corruption, en possession de l’AACC peuvent tout à fait être rendus publics : c’est que nous ne cessons de faire depuis des années à travers nos rapports, nos communiqués, lors de conférences de presse ou même lors d’émissions de radio ! Il arrive que certaines dénonciations soient « prises en charge » et solutionnées partiellement par les pouvoirs publics concernés, qui n’acceptent pas que ces alertes viennent de la société civile et des médias. Malheureusement les « dénonciateurs » subissent encore systématiquement des représailles même lorsque la justice est en leur faveur. Il n’y a pas encore de Cour pénale internationale qui pourrait traiter d’affaires de grande corruption, mais il ne faut pas désespérer qu’il y en ait une un jour. L’AACC n’est pas habilitée elle-même à être une des parties civiles dans des affaires de corruption, la loi algérienne en vigueur ne le permet pas, ce que nous regrettons d’ailleurs.

Fouad : Les opposants algériens se plaisent à mettre en avant le déficit démocratique en Algérie et la corruption qui gangrènerait ce pays. Mais le fait que vous écriviez un livre sur le sujet et qui soit accessible à la population algérienne, n’est-il pas le signe d’une exagération dont font preuve ces opposants – notamment Le Matin ?

Djilali Hadjadj : L’AACC est une association non partisane et n’est pas une opposition politique. Elle ambitionne de devenir un contre-pouvoir et n’a pas pour objectif d’être contre le pouvoir. Nous ne cessons d’ailleurs depuis la création de l’AACC en 1999 de lancer des appels aux pouvoirs publics pour essayer de mettre en place des partenariats dans le domaine de la prévention, dans le respect de notre indépendance : il n’y a jamais eu de réponse !

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DJILALI HADJADJ AU FORUM DU MATIN

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

DJILALI HADJADJ AU FORUM DU MATIN dans Economie(11) moz-screenshot-5moz-screenshot-6 dans Economie(11)

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Vous avez été nombreux à vous intéresser aux questions qui choquent : jusqu’où la corruption en Algérie ? Quelle est toute la vérité ? Et comment y remédier ? Destinataire de dizaines de messages des lecteurs du Matin, Djilali Hadjadj, porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) et représentant de Transparency International en Algérie, vous répond avec sincérité et le sens du détail.Devant le nombre élevé de questions, nous le publierons en deux parties.Aujourd’hui la première partie du Forum.

Lecteur Sabi : D’abord, je tiens à remercier la rédaction du Matin pour cet espace de liberté que vous nous offrez. Je remercie également Monsieur Hadjadj de bien vouloir répondre aux questions des lecteurs. Deuxièmement, je tiens à préciser que je ne suis partisan d’aucun parti politique et je suis encore moins partisan du qui-tu-qui. Ma question est la suivante: Quel est le rôle qu’ont joué des gens haut placés dans la hiérarchie militaire et précisément dans les services secrets dans la corruption quasi générale qui gangrène notre pays ? Peut-on espérer voir un jour nos services remplir leur mission constitutionnelle et protéger les intérêts nationaux comme c’était le cas, il ya quelques mois, des services allemands qui ont réussi à avoir une liste d’operateurs économiques fraudant le fisc en transférant des capitaux vers le Lichtenstein ? Merci.

Réponse de Djilali Hadjadj :Aucune institution en Algérie, sans exception, n’est épargnée par la corruption. Tous ceux qui ont un peu de pouvoir, ont tendance à en abuser, et à se servir allègrement. Les services que vous évoquez, ne joueront un jour leur rôle constitutionnel (et encore la Constitution actuelle est lacunaire à ce sujet), que lorsque la démocratie et les libertés seront effectives en Algérie, ce qui est encore loin d’être le cas : ce jour là, les Algériens pourront par exemple connaître les budgets alloués aux services secrets, et ces derniers devront rendre des comptes aux parlementaires élus démocratiquement par le peuple. L’exemple allemand que vous évoquez illustre on ne peut mieux la marge de manœuvre assez marge de la justice de ce pays pour enquêter assez librement, tout en précisant que c’est la presse allemande qui a été la première à révéler ce scandale : la justice a été obligée de suivre.

Lecteur Roro : Bonjour Mr Hadjadj. Qui contrôle les rentrées et les sorties des finances de Naftal ?

Réponse de Djilali Hadjadj : Il existe une législation et une réglementation propres aux EPE (Entreprises publiques économiques) qui théoriquement balisent la gestion financière de Naftal, dont les recettes et les dépenses. Cette entreprise, comme toutes les autres EPE, est tenue d’avoir un Commissaire aux comptes, de procéder à des audits internes et de surtout faire appel à des missions d’audit externe. Depuis les toutes récentes modifications de la législation sur les EPE, l’Inspection générale des finances (IGF) est habilitée à jeter un œil sur la gestion des EPE, mais cette nouvelle mission est très limitée et mal définie, d’autant plus que l’IGF, telle qu’elle fonctionne, n’a pas les moyens de son action. Mais rien n’empêche les dirigeants actuels de Naftal de publier les comptes de leur entreprise, tous les comptes, pas uniquement les grands agrégats. Pourquoi ne le font-ils pas ? La responsabilité sociétale des entreprises – favorisant la transparence et la reddition des comptes -, n’a pas encore pénétré les entreprises algériennes.

Lecteur Avvach : Azul mass Hadjadj chaque chose a un commencement, votre combat est noble, mais je crois que L’ALGERIEN NE CROIT PLUS à tous ces cirques. Personne depuis 62 n’a été inquiété parmi ces toquards qui nous gouvernent c’est toujours le petit citoyen qui paye un cadre, un petit juge, un petit fonctionnaire et pourtant ce n’est pas les affaires de corruption et d’atteintes aux deniers du peuple…. qui manquent. Qui a payé dans l’affaire KHALIFA ? LE CHAUFEUR. IGHIL. LE RECEVEUR.

Réponse de Djilali Hadjadj : Effectivement, et je suis d’accord avec vous, chez une majorité d’Algériens il y a une très nette perte de confiance vis-à-vis des gouvernants, et la méfiance est de mise. Faut-il pour autant laisser s’installer une désespérance qui fait l’affaire de ces gouvernants indélicats ? Ne faut-il pas s’interroger sur ce que chacun d’entre nous a fait, ou peut faire, pour que les choses changent ? Dans l’affaire Khalifa, seuls quelques lampistes ont été sacrifiés et l’impunité a été la règle pour tous les commanditaires et les « gestionnaires », parce que le pouvoir, directement concerné et impliqué l’a voulu ainsi, instrumentalisant la justice à tous les niveaux, y compris la Cour suprême, la plus haute juridiction du pays.

Lecteur Mouloud : Bonjour, D’abord je tiens à saluer les membres de cette association et le travail très utile qu’elle effectue. Peut être pourriez vous nous dire pourquoi vos activités ne sont pas assez, à mon sens, connues, rendues publiques? 1/ La corruption est une gangrène: En Algérie, semble-t-il, elle touche toutes les couches sociales et tous les niveaux. Quelle est la part de vérité? Comment peut-on quantifier l’importance de la corruption? 2/ Il n’y a pas de corrompus sans corrupteurs, dit-on? Quel rôle jouent les pays développés, censés être beaucoup moins corrompus et corruptibles dans le développement de la corruption, dans les pays sous développés? 3/ Enfin question remarque: la meilleure façon de faire reculer la corruption ne réside-t-elle pas dans l’éducation et la participation des citoyens à la gestion de leur territoire? Comment? Merci Mouloud

Réponse de Djilali Hadjadj : Dès sa création en 1999, création difficile dans un contexte liberticide, l’AACC a volontairement évité de n’exister que par des communiqués de presse largement médiatisés ; par contre, l’AACC a fourni quelques efforts pour faire connaître au plus grand nombre les activités qu’elle organise régulièrement depuis quelques années. Je suis d’accord avec vous, au-delà de la gangrène qu’elle a causée, la corruption, petite et grande, n’épargne aucun secteur : les faits, les études, les enquêtes, la presse écrite, les donneurs d’alerte et les dénonciateurs, le démontrent quotidiennement depuis de très longues années. Mais bien sûr que la corruption est quantifiable, il existe des méthodes pour le faire. Tant au niveau de la pratique corruptrice entre individus, qu’entre pays dans les transactions commerciales internationales, la corruption est avant tout une affaire de « couple ». Par rapport à la grande corruption, il y a 2 catégories de pays développés : ceux qui rejettent effectivement la corruption et qui ont pris des mesures énergiques pour le faire – les pays du Nord de l’Europe par exemple- (cela explique pourquoi le pouvoir algérien « évite » les relations économiques et commerciales avec eux), et ceux qui « tolèrent » et acceptent de corrompre pour « gagner » des marchés et de grosses commandes venant notamment des pays du Sud producteurs de pétrole, dont l’Algérie : cette 2ème catégorie de pays a même reculé ces dernières années dans ses engagements internationaux contre la corruption, et parmi eux, plus grave encore, il y a 3 pays qui se distinguent en n’ayant pas ratifié à ce jour la Convention des Nations unies de 2003 contre la corruption : L’Allemagne, l’Italie, et le Japon ( qui préside cette année le G8). Ces 3 pays, faut-il le rappeler, font partie des principaux clients et fournisseurs de l’Algérie.

Lecteur Rachid Kesri : Une décentralisation des pouvoirs, et partant, des options nouvelles de gestion autonome et régionalisée de l’économie (telles celles proposées par le MAK par exemple) ne pourrait-elle pas être un moyen de couper l’herbe sous les pieds de la faune prédatrice en rendant la gestion des transactions beaucoup plus transparente et donc mieux contrôlable pour le plus grand intérêt de tous les algériens ?

2 autres questions similaires :-…..Je soutiens sur d’autres plans l’idée de la régionalisation de l’Algérie, je veux dire par la décentralisation de l’administration avec une réelle démocratie où les associations joueront leur rôle. Pensez-vous que ça sera un pas vers l’aggravation de la corruption ou au contraire là où les choses sont claires la corruption sera difficile sachant que ce sont les mêmes corrupteurs et les mêmes corrompus? Merci d’avance pour votre éclairement et pour votre action à travers votre association. -….Une démocratie participative et une décentralisation de l’administration (en d’autres termes, une création de régions) peut elle réduire la corruption sachant que les personnes sont les mêmes?

Réponse de Djilali Hadjadj : Il est incontestable qu’une décentralisation effective et s’inscrivant dans un véritable processus démocratique, accompagnée par une dynamique citoyenne de proximité et une définition précise des missions et prérogatives des élus et des Exécutifs locaux, sans oublier la mise à disposition de budgets conséquents, peut contribuer à affaiblir les réseaux de la corruption nichés au cœur des institutions de l’Etat, pour peu que les organes constitutionnels de contrôle ( dont les chambres territoriales de la Cour des comptes ) soient réellement indépendants, et que le droit à l’accès à l’information commence à devenir une réalité.

Lecteur Ramou : Mr Djilali qu’est ce que vous voulez, la corruption est le seul instrument d’exercice du pouvoir en Algérie. Tous les appareils du système (institutions) de l’APC au Sénat en passant par l’assemblée et la présidence, y compris la plus petite association, sont des instruments de corruption. Si vous voulez détruire le système Algérien alors je suis preneur. Cela ne veut pas dire qu’il faut baisser les bras non, ce que vous faites et à faire sont nécessaire. Le mal est là et la solution! Je ne vois pas, pour ma part: c’est de chercher des solutions, chacun à son niveau et localement; peut être l’autonomie des régions, peut être que Ferhat M’henni a raison, en tout cas les tenants du système ne sont pas intéressés par une solution.

Réponse de Djilali Hadjadj :L’idéal serait effectivement d’arriver à détruire ce système rentier, corrompu et liberticide. C’est un travail de longue haleine, d’abord et avant tout un combat pour la démocratie, les libertés et les droits de l’homme, l’affaire de tous les algériens qui partagent ces idéaux. N’eut été l’explosion des prix du pétrole depuis 1999, ce système, à défaut d’être tombé, serait aujourd’hui grandement fragilisé. Mais malgré l’énorme pactole du pétrole, ce pouvoir a perdu du terrain, pour preuve cette répression tous azimuts et cette montée en puissance de l’instrumentalisation de l’islamisme politique et rentier, pour se perpétuer à n’importe quel prix. Les solutions existent, vous en évoquez quelques unes : elles gagneraient à être prises en charge dans la durée, à tous les niveaux et sur les terrains de lutte, dans la plus large unité des forces de progrès (trop dispersées aujourd’hui).

Lecteur Kamel : A qui et à quoi sert-il la caisse noire de Sonatrach ?

Réponse de Djilali Hadjadj :Si elle existe, comme son nom l’indique, elle servirait à des financements occultes. Ce qui est sûr, la transparence n’est pas de mise dans cette entreprise, et pour cause, la culture du secret y est dominante. Ce qui explique qu’elle ait été épinglée dans le tout récent Rapport 2008 de Transparency International sur les revenus du pétrole. Par ailleurs, Sonatrach est connue par ses pratiques abusives et discrétionnaires en matière de dépenses budgétaires, sans qu’elle soit obligée de rendre des comptes. Nous avons d’ailleurs été surpris qu’un grand quotidien évoque récemment les pratiques exemplaires de Sonatrach en matière de responsabilité sociétale ! L’AACC a essayé ces dernières années de mettre en contact de partenariat Transparency International et Sonatrach, cette dernière ne l’a pas souhaité.

Lecteur Amghar : Je remercie si Hadjadj de se prêter à cette exercice de communication digne d’un grand démocrate. Ma question est : est-ce que l’AACC a fait un recours dans l’affaire des fonds des représentations diplomatiques à laquelle le nom de Mr.Bouteflika a été évoqué et par la même occasion éclairer le public sur cette affaire.

Réponse de Djilali Hadjadj :Au moment des faits, qui remontent aux années 70, et trop facilement dévoilés au début de la présidence de Chadli, l’AACC n’existait pas encore. Mais le dossier est en grande partie connu, ainsi que les pratiques qui l’ont alimenté durant les longues années de Bouteflika aux Affaires étrangères. La Cour des comptes qui avait été créée en grande partie pour ça en mars 1980 – pour régler des comptes-, n’a pas eu beaucoup de difficultés à mettre à nu une importante partie de ce scandale, « aidée » par le ministère des affaires étrangères de « l’après Bouteflika » : une circulaire en était sortie qui avait pour objet de revoir la circulation et l’utilisation des budgets affectés à ce ministère et en direction notamment des ambassades et des consulats connus comme étant les plus dépensiers. Des hauts fonctionnaires intègres de ce ministère, aujourd’hui à la retraite, pourraient apporter des témoignages accablants sur les dessous de cette affaire, mais le pouvoir, et pour cause, ne veut surtout pas que ces témoignages soient versés. L’AACC y travaille actuellement.

Lecteur Fella : Azul, mass Djilali, dans des cas avérés de corruption la société civile peut-elle ester en justice les responsables ou saisir les instances internationales?

Réponse de Djilali Hadjadj : Non malheureusement, la loi du 20 février 2006 de prévention et de lutte contre la corruption ne le prévoit pas. L’AACC avait fait une proposition dans ce sens au gouvernement : ce dernier a refusé de l’inclure dans l’avant-projet de loi. Alors que la Convention des Nations unies de 2003 contre la corruption, ratifiée par l’Algérie, recommande que cette pratique soit autorisée. En novembre 2007, le gouvernement français avait aussi refusé que cette possibilité soit incluse dans la nouvelle législation contre la corruption.

Lecteur Laghouati, : La lutte contre la corruption est une œuvre de longue haleine et qui présente beaucoup de risques. Cette lutte nécessite la collaboration de tout le monde : les instances politiques, la justice et la population. Il faudrait des gouvernants , des décideurs , des hommes politiques compétents et propres , une justice impartiale et un peuple conscient de son rôle dans le changement et politisé .Tous ces éléments sont absents pour le moment : comment donc lutter contre la corruption lorsque l’on a une classe politique incompétente , qui ne pense qu’aux postes pouvant lui permettre de s’enrichir , une justice étroitement dépendante du pouvoir exécutif et une population terrorisée qui a peur de dénoncer. Ce n’est qu’au prix d’un réel changement de ces 3 composantes que l’on peut prétendre arriver à changer quelque chose.

Réponse de Djilali Hadjadj : Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse. Vous avez oublié la presse sur laquelle il faut faire pression pour qu’elle se ressaisisse et qu’elle devienne réellement indépendante et du pouvoir et des milieux d’affaires et de l’argent. Il faut intensifier les luttes pour parvenir à imposer ce changement que vous évoquez. C’est un travail de longue haleine, d’abord et avant tout un combat pour la démocratie, les libertés et les droits de l’homme, l’affaire de tous les algériens qui partagent ces idéaux. Il est possible de faire bouger les lignes – les Algériens le démontrent quotidiennement et les exemples abondent.

Lecteur Boukinsis : Monsieur Hadjadj vous savez aussi bien que nous tous que l’Internet a dévoilé beaucoup des malversations de nos décideurs, à commencer par la famille présidentielle, les généraux, les ministres, les walis etc. Ce n’est plus un tabou. L’impunité a fait que la corruption fait partie du quotidien et le peuple commence à s’y habituer d’une manière très dramatique. Quand on nous dit que le ministre « flane » a détourné 2 millions de dollars, ça passe comme si on donnait le score d’un mach de foot et on oublie vite ce ministre en parlant d’un général qui prend des pourcentages sur les sociétés d’importations en échange de sa protection et ainsi de suite. Qui va lutter contre la corruption du moment que la justice est elle même le théâtre de scènes de corruption hystériques : j’ai vu des procureurs de la République, des juges d’instruction, des présidents de Cour succomber à des sommes allant de 30 000 à 50 000 DA : sur 10 affaires la semaine ils se remplissent les poches. La corruption est tout simplement devenue un phénomène de société en Algérie. Ne pensez vous pas que la corruption est désormais devenu une culture dans notre pays, et qu’il est hypothétique voire illusoire de vouloir lutter contre ce phénomène ? Un avis d’un sociologue serait le bienvenu sur cette question.

Réponse de Djilali Hadjadj : Ne pas prendre pour argent comptant – sans vouloir faire de jeux de mots -, tout ce qui est publié sur Internet : il faut toujours essayer de partager le bon grain de l’ivraie. Ce qui est sûr, c’est qu’Internet est notamment un outil extraordinaire pour faciliter l’accès à l’information. L’étendue de la corruption dans la justice est énorme et les chiffres que vous donnez sur les pots-de-vin sont très loin des « tarifs » actuels en vigueur. Je ne partage pas du tout votre pessimisme et votre défaitisme dans la lutte contre la corruption.

Lecteur Mohand.Ouchavane : Mr Hadjadj pour tout le respect que je vous dois : peut-on parler de corruption basse et de haute corruption comme en météo basse pression et haute pression ou de mesures d’altitude basse altitude et haute altitude .Comment arriver à identifier la haute corruption située dans les hautes sphères et comment réussir à la combattre ? Merci.

Réponse de Djilali Hadjadj : Ou grande et petite corruption, centrale ou locale, verticale (dans un secteur donné) ou horizontale (sur un territoire donné). La typologie de la corruption est très large. L’identification de la grande corruption au sein du pouvoir en Algérie est « facilitée » – paradoxalement -, par l’impunité dont bénéficie ce pouvoir : le « tout est permis » qui prévaut à grande échelle devient un vecteur de cette identification et permet de presque tout savoir, sans même faire de grands efforts d’investigation ni mener de grandes enquêtes. Combattre cette corruption est une autre affaire, autrement plus difficile et plus risquée, le pouvoir intensifiant la répression sous toutes ses formes pour se protéger des dénonciateurs.

Lecteur Mohand Mokher : Mr Djilali Bonjour. Au lieu de courir derrière les multinationales pour les obliger ou inciter à publier ce qu’elles payent, pourquoi ne pas obliger les compagnies nationales à publier ce qu’elles vendent (quantités et prix) ?

Réponse de Djilali Hadjadj : L’AACC essaye de faire les 2. Les Multinationales installées en Algérie doivent rendre public ce qu’elles payent au gouvernement et ce qu’elles engrangent comme revenus de toutes sortes : les Algériens doivent savoir. Nous faisons partie des signataires en 2002 de l’Initiative internationale « Publiez ce que vous payez » que vous pouvez découvrir sur Internet.

Lecteur Mohamed Hannachi : Mr Djawad Anis vous dit : chaque fois qu’un délit pareil est avéré, des manifestations doivent être organisées pour que la justice s’en saisisse et fasse son travail. NON monsieur, il faut d´abord manifester pour déloger cette justice, après tout rentrera dans l´ordre.

Lecteur Djawad Anis : C’est bien beau de dénoncer la corruption mais ce n’est pas suffisant. C’est un phénomène tellement répandu dans notre pays que tout le monde en parle librement. Ce qu’il faut à mon avis, c’est que le peuple passe à l’action. Chaque fois qu’un délit pareil est avéré, des manifestations doivent être organisées pour que la justice s’en saisisse et fasse son travail. Mais vous allez me dire que même la justice est corrompue, c’est hélas la vérité aussi.

Réponse de Djilali Hadjadj : Facile à dire, très difficile à faire, face à un pouvoir autoritaire et répressif, qui maintient l’état d’urgence indéfiniment, et dont la règle est « qui n’est pas avec moi est contre moi » et « qui est contre moi, je le combats avec les moyens les plus illégaux ». Ce que vous préconisez est l’idéal : l’AACC ne demande qu’à manifester publiquement, tous les jours s’il le faut, à chaque fois que c’est nécessaire pour dénoncer un cas avéré de corruption. Ce qui ne veut pas dire que nous ne l’envisageons pas. Nous avons commencé à le faire dernièrement – rassemblements dans la rue à Khenchela lors du 9 décembre, Journée internationale contre la corruption, et nous le referons sans hésiter.

Lecteur Taleb : La corruption est un mal qui ronge notre cher pays depuis l’indépendance, aujourd’hui votre association prône des actions contre la corruption. Mais connaissant notre pouvoir et même notre société : est ce vraiment possible d’éradiquer la corruption qui s’étale sur tous niveaux où chaque algérien vole selon le poste qu’il occupe ? Bien sûr il y a des hommes et femmes honnêtes, mais peuvent-ils contrecarrer une mafia qui sème la terreur pour garder sa main mise sur notre économie ? Je trouve votre travail encourageant et noble et je vous souhaite BON COURAGE.

Réponse de Djilali Hadjadj : Soyez nombreux à nous rejoindre, et aux côtés et avec toutes les forces de progrès, nous pourrons contribuer à élever et à pérenniser ce combat contre la corruption.

Lecteur Djeha Namous : Bonjour Mr HADJADJ. Ce n’est nullement pour diminuer de l’importance de votre association, mais seulement je voudrais que vous nous expliquiez l’utilité de cette association que vous représentez dans un pays où manifestement la corruption est non seulement devenu légion mais en plus, toute personne qui s’aviserait à afficher sa désapprobation face à ce fléau peut être certain que d’une manière ou d’une autre on finira par lui réserver de belles chiennes pour ses chiens (excusez l’expression). En plus, il ne faut pas avoir peur de dire que la corruption est en plus présente même dans les institutions censées elles- mêmes la combattre (police, justice, etc.) alors je vous en prie !!!! C’est pourri jusqu’à la moelle!!

Autre question similaire : …..Svp, dites vous représentez quoi au juste ? Comment votre association a été créée ? Et par qui au juste ? Et pour quel but ? Et est ce que vous avez un pouvoir pour mettre à nu le vol au quotidien par la mafia qui ronge notre pays et bien sur à sa tète …………? Svp répondez bien à mes questions et merci.

Réponse de Djilali Hadjadj : L’AACC a été créée par des citoyens issus de différents secteurs d’activité à l’effet, dans une première étape, de contribuer à casser le tabou de la corruption, à en parler ouvertement et publiquement , à essayer d’en quantifier l’ampleur et d’en connaître les mécanismes, de mener des actions d’information, et d’élargir son champ d’action, notamment sur le terrain auprès de toutes celles et de tous ceux qui se sentent concernés par ce combat et qui veulent passer à l’action. Nous avons toujours eu le courage de nos déclarations, de nos écrits et de nos prises de position quant à l’étendue de la corruption, et nous avons maintes fois dénoncé les ravages que cause ce fléau, notamment dans les secteurs de la justice et de tous les services de sécurité, quel qu’ils soient, et pas uniquement la police. Puisque c’est pourri, agissons pour nous débarrasser de cette pourriture et nous en prémunir !

Courrier envoyé via Internet : Cette association a-t-elle reçu l’agrément des autorités? Comme les autres associations officielles: ligue des droits de l’homme. Quand on sait que Bouteflika a été accusé du temps de Chadli. Surtout n’avancez pas quelques noms de minables qui vont servir d’alibi. Je vais espérer, si vous êtes contre un troisième mandat de notre despote, que votre action serve à quelque chose…au moins parler de la corruption!

Réponse de Djilali Hadjadj : Malgré le dépôt de notre dossier de demande d’agrément, conformément à la loi de décembre 1990 relative aux associations, au ministère de l’Intérieur, ce dernier ne nous a jamais répondu, ne serait-ce que par bienséance la plus élémentaire, et malgré les nombreux courriers de rappel que nous lui avons adressés. Une disposition de cette loi, quand il n’y a pas de refus écrit de ce ministère dans un délai donné, nous autorise à nous considérer comme association agréée de fait. Du côté du pouvoir (présidence de la République), on nous a fait savoir que l’AACC n’était ni autorisée, ni interdite, mais qu’elle était tolérée ! L’AACC se prononcera prochainement sur le projet du pouvoir de modifier la Constitution et d’accorder un 3ème mandat à l’actuel président. Personnellement, je suis signataire de l’Initiative civique pour l’application effective de l’actuelle constitution. Par principe, l’AACC est pour l’alternance au pouvoir, et considère que l’exercice des 2 mandats de l’actuel chef de l’Etat est un échec total.

Lecteur Kamel Ouahioune : Bonjour Monsieur Djilali HADJADJ, Tout d’abord je salut votre courage pour votre travail contre la corruption… (Je lis régulièrement votre page hebdomadaire du lundi, sur le sujet dans le Soir d’Algérie, ainsi que celle du mercredi sur les droits des retraites) Ensuite, j’ai l’honneur de vous poser la question suivante pour le forum le Matin:- Que pensez vous d’une loi faisant obligation à toute institution de publier ses comptes sur internet afin que tout le monde puisse la contrôler et par là décourager toute forme de corruption en son sein ? Merci d’avance pour votre réponse!

Réponse de Djilali Hadjadj : C’est une pratique en vigueur déjà dans de nombreux pays et que la Convention des Nations Unies de 2003 contre la corruption nous recommande de mettre en place. Cela s’appelle le E-gouvernement et cela permettrait à tout citoyen, et donc à tout contribuable, d’exercer son droit à l’accès l’information, droit qui n’existe pas encore dans la législation algérienne. Le culte du secret est encore largement dominant dans les institutions de l’Etat et de leurs démembrements. A titre de (mauvais) exemple, le ministère de l’Intérieur n’a toujours pas de site Internet !

Publié dans Economie(11) | Pas de Commentaire »

 

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