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IDIR AIT MAAMAR-LEADER DU MOUVEMENT CITOYEN DE KABYLIE

Posté par algeriedemocratie le 26 mai 2009

IDIR AÏT MAAMAR
Forum de la dignité et du changement

Le rideau vient de tomber sur la mascarade électorale du 9 avril 2009.Bouteflika est intronisé président de la république pour encore cinq ans.
Quel enseignement peut-on en tirer?
Le pouvoir qui a de l’argent sale pour ameuter la foule n’a pas voulu d’une victoire honorable. Son atavisme ne pouvait le lui permettre. La victoire devait être éclatante, totale et écrasante. C’est finalement le reflet d’un pluralisme de façade. Dans les démocraties respectables, les adversaires politiques perdent en n’enregistrant pas des scores ridicules car sinon ils ridiculisent le vote lui-même en démontrant qu’ils n’étaient que des faire-valoir sans aucune assise dans la société ou qu’il y a parti pris flagrant pour le vainqueur.
Dans le cas de figure algérien, qualifier le scrutin qu’il s’y est déroulé de suffrage universel est un non sens. Le pouvoir a voulu un plébiscite pour Bouteflika et il a trouvé des « concurrents » auxquels il avait permis de hausser le ton voire même de vilipender, le temps d’une compagne, pour donner le change et montrer qu’il s’agit d’une véritable élection.
Or, l’opinion publique n’est pas dupe et sait que tout est ficelé d’avance et que les cordes sont bien accordées pour n’émettre que la musique que réclame le pouvoir .
Peut-on expliquer le score de 97% dans certaines wilayas? Peut-on expliquer comment le taux de participation a grimpé magiquement jusqu’à atteindre 75% alors que l’activité politique de ces deux dernières années n’a été alimentée que par les luttes insipides du sérail et la santé hypothétique de Bouteflika? N’est-ce pas là un mépris total pour le peuple?
Ces chiffres à eux seuls discréditent déjà tout le processus électoral en Algérie et réservent à notre pays une place de choix parmi les régimes totalitaires qui n’acceptent pas de voix discordantes.
Avec cela, on ose encore parler de dignité nationale, de souveraineté nationale ou de drapeau national.
Ce pouvoir tire le pays vers l’arrière, bloque toutes les énergies créatrices et ne peut avoir de projet sain pour l’avenir. Sachez, Mr Bouteflika que vous ne pouvez vous soustraire au jugement de l’histoire en lisant une liste de réalisations infrastructurelles même si notre pays en a grandement besoin. L’histoire retiendra votre nom pour la solidité des institutions que vous laisserez derrière vous, pour la qualité de l’enseignement, pour ce que vous auriez fait pour lutter efficacement contre la corruption et le népotisme, pour le civisme et l’hygiène, pour l’amélioration de la production et de la productivité dans le secteur agricole, pour la lutte réelle contre le chômage et non pas la création fictive et conjoncturelle d’emplois, pour l’espoir que vous redonneriez aux jeunes Algériens de rester chez eux en créant les conditions minimales qui leurs permettent de fonder un foyer , de travailler et de contribuer au développement de leur pays parce qu’ils s’y sentent libres, respectés et bénéficiant de promotions conséquemment à leur mérite et non à leurs accointances avec les cercles du pouvoir et leur servilité, par la création de conditions permettant aux petites et moyennes entreprises de travailler dans un environnement socioéconomique sain et ce, loin des lourdeurs bureaucratiques qui freinent au lieu d’aider et d’accompagner dans l’effort, pour l’instauration d’un État où la justice indépendante, où les pouvoirs seront séparés afin qu’il y ait un meilleur contrôle, pour la création de conditions idoines permettant d’instaurer une sérénité et une harmonie entre les Algériens et ce, en trouvant des solutions politique et non illusoires aux problèmes identitaire et de l’utilisation de la religion dans la sphère politique ainsi que l’influence de l’armée dans la décision politique.
Vous serez surtout jugé pour l’instauration d’un État de droit où la démocratie ne serait plus de façade, où la majorité respecterait la minorité, où la constitution, alors respectée par tous parce que le fruit d’un consensus, ne serait pas piétinée à tout bout de champ, où l’alternance au pouvoir ne serait pas un vain mot, où le président serait légitimé par les urnes et respecté parce qu’il incarne l’État et donc usant de toutes ses prérogatives pour servir son pays conformément à ses intérêts suprêmes et non imposé par la fraude et donc adulé pas ceux qui sont tombés dans les rets de ses promesses ou craint par d’autres qui n’ont pas pu, su ou voulu hurler avec les loups.
Le président qui aura ce mérite aura effectivement marqué l’histoire et pourra aspirer à la postérité car la réussite de ce bilan relève du génie, de la grandeur et de l’intelligence alors que les réalisations infrastructurelles ne peuvent être que le fruit de la disposition de l’argent qui provient en l’occurrence des hydrocarbures et la simple bonne gouvernance si encore les conditions de coût, de normes et de délais sont respectés.
Il convient de dire que si Bouteflika peine à assurer une gouvernance médiocre pour son pays, il es t clair qu’il persistera à cultiver son égo, à régner sans partage et à booster d’avantage sa mégalomanie. Quant à la place de l’Algérie dans le monde et des problèmes profonds dont elle souffre, il en parlera ou en fera allusion occasionnellement dans ses discours. Il tire sa lignée de Mugabé et de Hafedh El Assad. Il ne peut donc pas avoir la grandeur de Nelson Mandela.
Le constat est terrible, sans appel. Il est plus ou moins partagé par ceux qui s’opposent à ce régime dictatorial et qui veulent l’instauration d’une aire de démocratie dans notre pays.
Pour autant, est-il suffisant de s’en réclamer pour croire faire de l’opposition à la dictature en place?
Il est presque un truisme de dire que le pouvoir en place opère sur du velours étant donné que l’opposition n’a pas pu se hisser à la hauteur des exigences de son rôle dans une société où les problématiques politique, identitaire et idéologique compliquent la situation et ne rendent nullement son action aisée.
C’est aujourd’hui et maintenant que le bilan de l’opposition doit être fait. Il faut se placer dans une perspective d’action et non de réaction par rapport aux manœuvres du pouvoir.
S’il ne faut pas tomber dans l’auto-flagellation, le bilan doit être exhaustif et juste. Il ne doit pas souffrir de complaisance.
Commençons donc par dépasser l’événement des élections présidentielles en les considérant comme un fait accompli car s’embarquer dans une gueguerre des chiffres à outrance n’est pas d’un grand intérêt tant il est d’une évidence criarde que le taux de participation arrêté officiellement défie tout entendement. C’est simplement un mépris à l’endroit du peuple et même de la communauté internationale qui, malheureusement, s’empresse à féliciter Bouteflika III pour cette supercherie. Le pouvoir a mobilisé tout son arsenal constitué d’argent sale, de couverture médiatique, d’intimidations et de toutes sortes de subterfuges aussi mesquins et sordides les uns que les autres pour n’enregistrer qu’un score médiocre. Si le taux de 25% avancé par une certaine opposition est de bonne guerre pour contrecarrer celui de 75% arrêté d’autorité par le pouvoir, il ne doit pas masquer une réalité amère: il y a eu une relative participation qu’il va falloir analyser pour en connaître les véritables raisons. Même la Kabylie, réputée frondeuse et insensible au discours du pouvoir, s’est distinguée par une participation appréciable. C’est un fait implacable car la région est épargnée pour l’instant par le bourrage des urnes. Il est vrai que le pouvoir y a mobilisé une logistique hors du commun pour essayer de mettre la touche finale par le biais de cette élection en vue de sa normalisation qui a commencé par le fameux dialogue illusoire entre Ouyahia et une frange du mouvement citoyen qui s’était octroyée la légitimité de représenter la région. Il faut admettre que le pouvoir a donc conséquemment à cela pu capter une bonne frange de l’électorat.
C’est peu-être l’un des enjeux du scrutin du 09 avril 2009. Il fallait éloigner le spectre de l’autonomie qui est en débat et aussi casser une quelconque dynamique d’opposition pouvant prendre appui sur la région et certaines forces dans le pays. Dans ce registre, les partis d’opposition qui y on un certain encrage doivent assumer une part de responsabilité et éviter, surtout, la fuite en avant . C’est un revers qui aura des conséquences fâcheuses si on n’en mesure pas d’emblée l’ampleur.
L’absence de perspective, les alliances contre-nature lors des dernières élections locales et une présence à peine organique sur le terrain ajoutées à l’invective et l’insulte gratuites dirigées par les uns contres les autres ont fini par lasser une population de plus en plus désabusée.
Le chômage, la mal vie, et la précarité sont autant d’éléments qui fragilisent la résistance citoyenne. Cette dernière ne peut être renforcée par des slogans que ressasse l’opposition au détour de chaque compagne électorale. Elle a besoin d’une dynamique forte pouvant aboutir à une perspective sérieuse.
Aussi, le bilan est à faire. Il doit être fait dans la sérénité. Il ne s’agit pas de vilipender mais de cerner les causes du marasme afin d’y apporter la solution idoine. Le moment est venu d’explorer toutes les pistes pouvant nous permettre de prendre notre destin en main. La réponse doit cesser d’être partisane. Elle doit émaner d’un rassemblement de partis, de syndicats, d’associations, de corporations et citoyens qui s’inscrivent dans une dynamique de changement.
Il faut revendiquer les droits élémentaires permettant un minimum d’activité politique. Il faut oser les arracher par une lutte sur le terrain. La levée de l’état d’urgence, la liberté d’exercice politique et syndicale, l’accès aux médias publics sont des droits qui ne manqueront pas de mobiliser la population toutes tendances confondues pour les arracher. Après, entrer dans le jeu électoral ou le rejeter sera une action politique qui peut être assumée en conséquence car disposant alors de conditions minimales pour la mener à bien.
Si la situation est complexe et la tâche ardue, se ressaisir ne relève pas de la gageure. Il va falloir compter sur nos propres ressources et s’armer de patience. Il ont le pouvoir de l’argent, nous avons la force de la conviction. L’Algérie ne peut pas être gouvernée ainsi, le sens de l’histoire indique qu’elle doit changer de cap.

IDIR AIT MAAMAR

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L’INJUSTICE ALGERIENNE

Posté par algeriedemocratie le 26 mai 2009

par Salah-Eddine SIDHOUM

“Il faut rendre à la justice sa dignité et son honneur. Il faut que ses jugements et ses arrêts soient des actes de justice et non des opérations de justice”. (Abdenour Ali Yahia).

Le 27 mai 2009 se déroulera le procès en appel de notre jeune compatriote Mohamed Baba Nadjar, un modeste citoyen de Ghardaïa, arbitrairement condamné à la peine capitale en juin 2006 pour un odieux crime qu’il nie de toutes ses forces.
Dépendant de la juridiction de Ghardaïa, il sera rejugé à ….Médéa pour des « raisons de sécurité ». Pourquoi évoquer des « raisons de sécurité » ? Car la majeure partie de la population de cette ville, scandalisée par cette affaire et son aboutissement inique, a crié pacifiquement sa colère en décrétant une grève générale et des marches lors des procès précédents, en première instance et en appel. Elle a clamé dans le calme, haut et fort : NON à l’injustice et à la hogra institutionnalisées ! JUSTICE pour Mohamed Baba Nadjar !
Bien sûr, ce modeste journalier, fils de fellah, n’aura pas droit aux colonnes d’une certaine presse aux ordres ni aux pétitions des « intellectuels » et « politiciens » de salon, encore moins à la dénonciation de certaines ONG internationales des Droits de l’Homme. Mohamed Baba Nadjar est du menu fretin, du « ghachi » qui ne nécessite pas une levée de boucliers nationale et internationale. Et ce n’est pas un juteux fond de commerce pour nos droits-de-l’hommiste. Ainsi va l’indignation sélective !
Il croupit depuis trois ans dans sa cellule de condamné à mort. Animé d’une foi inébranlable, et malgré les pressions psychologiques et l’agression physique dont il avait fait l’objet lors de son transfert à la prison de Ghardaïa, il résiste par les prières et les grèves de la faim, ses seules armes, aux affres de l’injustice de ses propres frères, ces nouveaux colons de l’Algérie. Et nous savons ce qu’est cette injustice aux ordres, pour l’avoir subie durant près d’une décennie dans notre propre chair.
Cette affaire scabreuse qui est d’ordre politique (pour essayer d’étouffer le courant social-démocrate naissant dans la région) n’est pas la première dans les annales « judiciaires » algériennes. Elle ne risque pas aussi d’être, au vu de l’état de délabrement de nos pseudo-institutions, la dernière. Elle nous offre, cependant, l’occasion de rappeler à l’opinion, et plus particulièrement à notre jeunesse, quelques épisodes de l’histoire de ce que nous appelons notre « injustice aux ordres ».
Au lendemain de l’indépendance, des tribunaux d’exception sinistrement connus sous l’appellation de « cours criminelles révolutionnaires » seront mis en place. Composés d’ignares promus « magistrats », ils avaient pour mission de liquider les illustres patriotes qui s’opposaient aux aventuriers venus d’Oujda et Ghardimaou. Le meilleur et triste exemple en sera la condamnation à mort en 1964 et l’exécution immédiate du plus jeune colonel de notre glorieuse armée de libération nationale, Mohamed Chabani. Un brillant officier, cultivé, qui avait courageusement résisté à la soldatesque coloniale, quand ceux qui l’avaient « jugé » étaient planqués en Tunisie et au Maroc et mettaient en place la dite « armée des frontières » qui massacrera durant l’été 62, plus de 2000 véritables maquisards et civils innocents.
L’autre scandale « judiciaire » sera le procès inique contre Hocine Aït Ahmed en avril 65. Cette illustre figure historique de la guerre de libération, sera traitée de renégat et de séditieux, par ces mêmes Tartarins des frontières, lors d’une parodie de justice orchestrée par le régime illégitime naissant. Là aussi, la « Cour criminelle révolutionnaire » (ou plutôt la Cour des criminels révolutionnaires) condamnera Si Hocine à la peine capitale. Mais l’heure du destin n’avait pas sonné pour lui, malgré l’insistance des aventuriers des frontières à faire appliquer la sentence. A leurs yeux, les véritables acteurs qui avaient façonné l’Histoire nationale devaient disparaître pour céder la place aux bravaches excrétés par l’Histoire qu’ils étaient.
D’autres illustres patriotes seront condamnés à mort par contumace (Khider et Krim) par cette injustice aux ordres au « nom du Peuple » et les sentences seront exécutées par des proxénètes de la sinistre police politique à Madrid et Frankfurt.
Nous citerons aussi à titre d’exemple, le cas du commandant Lakhdar Bouregaa, ancien officier de la wilaya 4 de l’ALN, condamné à 30 ans de prison par la sinistre « Cour révolutionnaire » d’Oran. Il était accusé d’avoir participé à la tentative de coup d’Etat de Tahar Z’Biri en 1967, contre Mohamed Boukharouba, auteur lui-même du Coup d’Etat de juillet 62 contre le GPRA et du complément de coup d’Etat du 19 juin 65.
De cette Cour de « justice », Si Lakhdar disait dans ses Mémoires : « J’étais surpris par la composition hétéroclite de la cour. Elle comprenait des officiers, des anciens de l’ALN, mais aussi d’autres, qui provenaient des promotions Lacoste, ces hommes formés par l’ancien gouverneur de l’Algérie pour prendre le relais du colonisateur. (…). La cour était présidée par Mohamed Benahmed Abdelghani, colonel, futur ministre de l’Intérieur, futur chef du gouvernement, le chef d’une équipe de fossoyeurs venus enterrer les victimes déjà détruites par la prison et les sévices. Il était secondé par Ahmed Draïa, futur patron de la police et futur ministre et Mohamed Touati, futur idéologue du régime. En pleine séance du tribunal, sont arrivés les responsables de la sécurité militaire. A leur tête, le colonel Kasdi Merbah, patron de la SM, futur ministre, chef du gouvernement, accompagné de Yazid Zerhouni, un de ses adjoints, futur ministre de l’Intérieur. Ils s’installèrent sur des sièges au premier rang. Ils avaient des cartables, dont ils tiraient des dossiers, des documents par paquets, qu’ils mirent bien en évidence, face aux magistrats. Ils voulaient visiblement les impressionner, pour les pousser à prononcer les condamnations les plus sévères. »
Outre ces figures historiques, cette injustice aux ordres sera là aussi pour faire taire toute rare voix libre qui s’élevait d’une société soumise à une chape de plomb. Personne n’y échappera. Berbéristes, islamistes, benbellistes, gauchistes, tous connaitront ces cours révolutionnaires puis la dite Cour de Sûreté de l’Etat de Médéa, juridiction d’exception aux procès expéditifs, basés sur des aveux extorqués sous la torture et aux verdicts dictés par téléphone.
Un rassemblement devant l’Université d’Alger en novembre 82, d’intellectuels du courant islamique leur coûtera plusieurs années de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » par cette cour de Médéa, et ce, après d’affreuses tortures au centre de Bouzaréah.
La création de la Ligue Algérienne de défense des droits de l’Homme en 1985 par un groupe d’universitaires et d’avocats dont Ali Yahia Abdenour, coûtera également à ses initiateurs la comparution devant cette même sinistre Cour de Médéa et leur inculpation pour complot « visant à porter atteinte à l’autorité de l’Etat ». Ils seront condamnés à de la prison ferme allant de 9 mois à 3 ans. Défendre la dignité humaine et les droits de la personne humaine était assimilé à un crime par les imposteurs érigés en tuteurs de la Nation.
Durant le même procès, des enfants de martyrs d’Alger, Tizi-Ouzou et Chlef qui ont eu « l’outrecuidance » de déposer des gerbes de fleurs sur les tombes de leurs parents, morts au champ d’honneur, seront eux aussi inculpés d’atteinte à la sûreté de l’Etat et condamnés à de lourdes peines par cette même Cour de la honte de Médéa…..au nom du Peuple, de la Révolution et des Martyrs !!
En Octobre 85, le chanteur Lounis Aït Menguellet était condamné arbitrairement à trois années de prison pour « détention d’armes ». Il s’agissait de vieilles armes de collection qui décoraient son modeste domicile. L’injustice aux ordres l’avait en réalité condamné pour ses chansons engagées qui dénonçaient le régime corrompu et ses ….injustices !
L’injustice aux ordres connaîtra ses très graves dérapages et à l’échelle industrielle, après le Coup d’Etat de janvier 92 et l’instauration des tribunaux d’exception appelés pompeusement « cours spéciales ». Des juridictions honteusement calquées par les « juristes » de service et des « services » sur les sections spéciales du gouvernement de Vichy. La France officielle, dans sa face ignoble (coloniale et collaboratrice) a toujours été la référence idoine du régime illégitime. Au nom du peuple et au nom de la « lutte anti-terroriste », des milliers d’innocents seront arbitrairement condamnés par ces tribunaux d’exception. Je tiens, à cette occasion, à saluer le courage de cette poignée de magistrats qui a refusé de participer à ces parodies de justice et de cautionner cette monstruosité judiciaire. Certains, dont des amis, ont été « mutés » en représailles, dans certaines zones « chaudes » et assassinés par les trop suspects GIA. Je tiens, là aussi et à cette même occasion, à m’incliner devant leur mémoire. D’innocentes victimes de machinations diaboliques.
De cette période tumultueuse, je retiendrais deux cas assez significatifs, victimes de cette injustice aux ordres.
Le premier cas est celui de feu Abdelkader Hachani, ingénieur et homme politique, arbitrairement incarcéré en 1992 pour avoir appelé l’institution militaire à respecter les résultats du suffrage universel de décembre 91 et à ne pas intervenir pour interrompre le processus électoral. Il sera accusé « de publication d’informations nuisant à l’intérêt et à l’unité nationale » (!). Il sera maintenu en détention préventive durant cinq années et demi (!!). Et après 9 grèves de la faim pour réclamer son jugement, il sera « condamné » à…….cinq années de prison. Cinq ans et demi d’emprisonnement dans l’un des bagnes les plus sinistres de l’histoire de l’Algérie (coloniale et post-indépendance) pour avoir appelé au respect de la Constitution !!
Le 2e cas est celui d’un universitaire constantinois, ex-militant du PAGS, Ali Bensaâd qui sera condamné en juillet 1998 à la peine capitale par contumace pour ……. appartenance à un groupe armé islamiste !!! Son « crime » : avoir critiqué publiquement lors d’un meeting électoral en 95 l’ex-chef de la police politique, Mohamed Betchine. L’injustice aux ordres avait été mise en branle pour le « punir ». En réalité, il avait été condamné à mort par contumace pour un délit d’opinion ! Le tapage médiatique mené par une certaine presse en 98 avait obligé l’appareil judiciaire à faire marche arrière quelque temps après et à prononcer un non-lieu. Dans les faits et en toute honnêteté, l’affaire « Bensaâd » avait été exploitée durant cet été 98 par cette presse dans le cadre d’une féroce lutte clanique qui finira par « dégommer » Betchine et pousser Zéroual à la démission. Ce n’était pas le malheureux universitaire qui intéressait cette presse mais plutôt le général en retraite qu’il fallait abattre politiquement, car il gênait l’autre clan des éradicateurs purs et durs.
A partir de 1999, à l’ère de la concorde civile, de la fausse réconciliation nationale et de la paix des cimetières, on assistera à l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire par le pouvoir illégitime pour étouffer toute contestation légitime et toute opposition à son désordre établi. Hier, les « visiteurs de la nuit » kidnappaient le citoyen pour le torturer et le séquestrer sans jugement. Aujourd’hui, la répression s’est « civilisée » et « démocratisée ». C’est l’injustice aux ordres qui est chargée de ce travail, au nom de la loi et au nom du peuple !
Là aussi, deux exemples nous viennent à l’esprit. Il s’agit des cas de deux journalistes.
Ahmed Benaoum est journaliste, directeur du journal ERAÏ (l’opinion). Il sera maintenu en détention préventive durant onze mois en 2004 pour des accusations de fraude fiscale et de falsification de documents officiels dans une affaire datant de plus d’une douzaine d’années !! Abdenour Ali Yahia écrivait sur cette affaire : « Ahmed Benaoum a été emprisonné pour faux et usage de faux, alors que l’acte notarié présenté par la direction des impôts comme acte d’accusation, était lui-même un faux, visible à l’œil nu. La décision du juge d’instruction de le maintenir en détention sur ordre venu d’en haut, du pouvoir publique, alors que l’acte notarié était visiblement un faux, était viciée dans la forme et dans le fond, frappée de suspicion légitime ». Benaoum était un journaliste et directeur de presse qui refusait de s’aligner sur la politique d’éradication de l’époque et de se mettre sous la coupe des « services ». N’étant pas un adepte de l’indignation sélective et ayant dénoncé les atteintes gravissimes aux droits de l’Homme durant les années de sang et de larmes, il fera les frais de cette injustice aux ordres qui lui préfabriquera des dossiers sur mesure pour le faire taire et le priver de liberté durant près d’une année.
A l’opposé, Mohamed Benchicou, un autre journaliste et directeur du Matin, quotidien de l’éradication d’une partie de la population, sera lui aussi victime de cette injustice aux ordres, dont il avait tu, durant une décennie, ses graves dérives. Il avait publié en 2004 un ouvrage, «Bouteflika : une imposture algérienne », soufflé par un gang de l’oligarchie militaro-financière, en pleine mascarade électorale des « présidentielles » et dans le cadre d’une féroce lutte interclanique. En dernière minute et suite à un deal passé entre les différents gangs de l’oligarchie, il se retrouvera seul, lâché par ses « protecteurs ». A son tour, il sera broyé par Dame injustice . Même si nous ne partageons pas du tout les « idées » de Benchicou, mais par honnêteté, nous devons dire et clamer qu’il a été arbitrairement condamné à 2 années de prison pour un délit d’opinion. La non-déclaration des bons de caisse à l’aéroport n’était qu’un fallacieux prétexte. Une grossière machination, tout comme pour Benaoum !
Il s’agissait là, d’une revue non exhaustive de cas de victimes de cet appareil répressif au service du régime illégitime.
Il est triste de dire que les Algériens qui ont grandement souffert de la « justice » coloniale et qui se sont sacrifiés pour ces idéaux de liberté et de justice, n’ont toujours pas goûté, 47 ans après une indépendance inachevée, à la JUSTICE, au sens noble du terme, protectrice des droits des citoyens, de tous les citoyens sans distinction, face à l’arrogance des oppresseurs, des haggarines et des beggarines. « Le malheur de notre justice est de mériter elle-même de passer en jugement » écrivait il y a quelques années, un ami avocat, lui-même happé par cette injustice aux ordres.
Ils se comptent par milliers ces compatriotes anonymes victimes de Dame injustice, des sans voix et des sans « appuis » qui n’ont pas la chance d’être écoutés ni médiatisés, à l’image de notre jeune compatriote Mohamed Baba Nadjar de Ghardaïa. C’est notre rôle, à nous, citoyens libres d’être à leur côté et de défendre leurs droits bafoués, en attendant de rassembler toutes nos forces, sans exclusion aucune, en vue de l’édification de l’Etat de Droit et des Libertés, où l’indépendance de la justice ne sera pas un slogan faux et creux, mais une éclatante réalité.

Salah-Eddine SIDHOUM
Alger le 25 mai 2009

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | 1 Commentaire »

 

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