« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Le Monde, 9 février 2008

L’Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?

Rien n’assure qu’il s’agisse d’Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu’ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu’Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.

Qu’il s’agisse ou non d’Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?

La solution n’est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c’est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d’une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J’ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m’a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l’Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu’il le fasse avec d’autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.

A qui pensez-vous ?

Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l’Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s’est accaparé toutes les richesses.

Si vous arriviez au pouvoir aujourd’hui, seriez-vous toujours favorable à la création d’un Etat islamique ?

Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l’injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d’intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.

A ce propos, j’ai été très choqué d’entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu’il soutenait ceux qui avaient commis le coup d’Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l’Algérie menaçait d’être dirigée par les talibans ! C’est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite – pays où l’on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n’a pas traité le roi Abdallah de taliban !

Beaucoup tentent d’assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n’avons pas le même cheminement.

Qu’est devenu votre fils Abdelqahar, âgé de 19 ans ? L’année dernière, vous soupçonniez la Sécurité militaire algérienne de l’avoir enlevé. Mais une vidéo circulant sur Internet le montre en armes, au maquis…

Il faudrait s’assurer de l’authenticité de cette vidéo. Mon fils a disparu en octobre 2006. Tous les scénarios sont possibles. Je n’exclus rien. Je ne sais même pas s’il est vivant. Mais s’il était vrai qu’il soit monté au maquis, j’en rendrais le pouvoir responsable, de façon directe ou indirecte. Les jeunes Algériens sont manipulables, en l’absence de perspectives. C’est le désespoir qui les pousse à prendre le maquis ou à mourir en traversant la mer à bord d’embarcations de fortune…

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution dont il est actuellement question en Algérie ?

La Constitution n’est pas un jeu. Ce n’est pas à une minorité dictatoriale de décider de sa révision, mais au peuple. Et le but doit être de renforcer le pouvoir de la population, non celui du président. Ceux qui poussent M. Bouteflika à faire un troisième mandat sont ceux qui dirigent le pays. Mais le peuple en a assez du « système ». Il faut d’urgence trouver une solution politique, sinon ce sera l’explosion. Et celle-ci débordera les frontières de l’Algérie.
Propos recueillis par Florence Beaugé

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MESSAGE DE ALI BELHADJ SUITE AUX ATTENTATS

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

TRADUCTION
DU MESSAGE DE ALI BELHADJ
VICE-PRESIDENT
DU FIS ALGERIEN
SUITE AUX ATTENTATS
DU 11 AVRIL 2007 A ALGER

 QUELQUES MOTSCe texte, daté du 19 avril 2007, a été transmis par Yasser As-Sirri (Al-Sirri), alias Abou Ammar, fondateur de  » Al Marsad Al-Ilami Al-Islami « , une organisation qui se présente comme le défenseur des droits des musulmans arrêtés dans le monde. Il vit en exil à Londres. En 2004, il avait été arrêté en raison de la lettre de couverture fournie à de faux journalistes arabes pour assassiner Ahmad Shah Massoud en Afghanistan.

Ali Belhadj parle ici sur un ton plus serein que celui qu’on lui connaissait au début des années 90. On remarque néanmoins sa tendance excessive à attribuer la responsabilité des attentats et des assassinats au pouvoir en raison de la violence de sa gouvernance. Il parle de terrorisme d’État et oublie le terrorisme des organisations islamistes. Par contre, il n’attribue pas les attentats du 11 avril à l’armée ou aux services secrets algériens comme c’était devenu une habitude de la part des islamistes.

On voit en Algérie deux fronts, tout aussi impitoyables l’un que l’autre, se faire face : le pouvoir, avec au coeur de son dispositif l’armée et les services, d’un côté. Les organisations islamistes et leur fer de lance, les terroristes, de l’autre. A cela, il faut ajouter les manipulations des uns et des autres, et surtout des services sur le terrain, pour travestir la vérité à leur avantage.

(Les passages soulignés en gras le sont dans la version en arabe du texte).

  LE TEXTE D’ALI BELHADJ 

 » Au nom d’Allah le miséricordieux, le tout miséricordieux

Louanges à Allah qui dit dans son noble Livre  » Bientôt vous aurez à vous souvenir de ce que je vous dis [Quant à moi], je confie mon sort à Dieu, car il voit bien ses serviteurs «  (1). Bénédiction et prière sur le plus noble des envoyés qui dit le hadith (2)  » la religion, c’est la sincérité « , et sur sa famille et sur tous ses compagnons.

Après le préambule nécessaire, paix, bénédiction et miséricorde d’Allah soient sur vous.

Que l’opinion publique, intérieure et extérieure, sache que les évènements qui ont secoué dernièrement notre pays, l’Algérie, sont en réalité le fait d’une crise politique complexe, aux aspects multiples, dans une situation où une solution politique juste et globale n’a pas abouti. Depuis le coup d’État de malheur contre la volonté du peuple en 1992 (3), les jours et les années passés ont démontré, que ne servaient à rien la répression, les mensonges propagés par les médias, la pratique du dénigrement, les dénonciations, les condamnations, les campagnes médiatiques douteuses, la manipulation des gens, l’instrumentalisation des sentiments, le tout sous le signe de la mise à l’écart de la partie de l’opinion qui déplait au pouvoir réel. Tout cela est inutile, semblable à un calmant dont l’efficacité s’estompera avec le temps, avant que les choses ne reprennent leur cours normal.

Accomplissant notre devoir de conseiller et de vigile, nous mettons en garde le régime. Sa manière de résoudre l’immense crise qui asphyxie le pays a prouvé son inefficacité et ses limites. La courte vue qui l’inspire a eu pour résultat la mort de milliers de personnes de toutes les classes sociales du peuple algérien, y compris des gens ordinaires travaillant dans les milieux sécuritaire et que le pouvoir a utilisé comme boucliers humains afin de rester en place et de préserver ses intérêts illégitimes.

La plus grande responsabilité ne tombe pas sur la jeunesse en rébellion pour défendre sa religion ou bien défendre son quotidien et ses droits légitimes. Celui qui étudie l’histoire de l’humanité et la cause des conflits armés découvre que les régimes despotiques, qui adoptent la répression terroriste, alimentent et engendrent la violence politique. A l’origine, en tant que phénomène social apparent, elle est à l’état latent au coeur de la société et n’attend pour s’exprimer que l’apparition de circonstances politiques et sociales qui lui soient favorables. Cela n’exempte pas les auteurs de leur part de responsabilité directe. De tels régimes endossent la responsabilité totale des violences, de l’extrémisme ou de réactions aux conséquences incalculables. Car, la violence de la tête, celle de l’État, engendre la violence de la base. (4)

Les sages et les observateurs équitables, qui suivent la situation algérienne depuis le coup d’État mené contre le choix du peuple en 1992, et cela avant l’apparition d’Al Qaïda, devenue le portemanteaux sur lequel on accroche les raisons des échecs (5), savent que le système politique d’Algérie qui a perdu sa légitimité devient, avec le temps, source de danger pour toutes les catégories du peuple algérien. S’il n’est pas remplacé, par des moyens pacifiques, après l’ouverture de l’espace politique à tous les partis, cela conduira tôt ou tard le pays à une catastrophe. Les victimes tomberont par dizaines y compris parmi les simples citoyens embauchés dans les secteurs sécuritaires. Ils sont devenus les victimes de ce régime répressif et croupissant, qui continue de se boucher les oreilles refusant tout conseil ou mise en garde même s’ils émanent d’intellectuels réputés, d’hommes de science (religieux et scientifiques), d’hommes politiques, de journalistes ou d’experts.

Les derniers évènements montrent bien l’échec cuisant de la loi de concorde civile et de la prétendue réconciliation, car elle est bâtie sur des propositions malhonnêtes, incomplètes et trompeuses. Cette courte vue mènera certainement à une crise grave et des dizaines de citoyens en seront les victimes y compris la jeunesse en colère et révoltée qui se fait exploser devant les institutions et symboles de l’État. Nous demandons à Allah qu’Il accorde sa miséricorde et son pardon à tous.

Le plus grand défaut de la loi de concorde civile et de réconciliation nationale est la condamnation de la victime, sa mise à l’écart et l’octroi de l’immunité au bourreau qui avait bafoué la volonté du peuple (6). Ce qui amplifie le problème c’est la fermeture de l’espace politique à toutes les oppositions, d’orientations diverses, quand elles sont sérieuses et prennent racine dans la tradition populaire. A leur tête, nous voyons les chefs et cadres du Front Islamique du Salut. Cela touche aussi les sympathisants qui n’ont jamais été condamnés juridiquement. Ces agissements honteux sont considérés comme une criminalisation des idées et des intentions (7). Cela représente un crime qui doit être dénoncé.

Nous proposons un remède et une solution auprès des sages d’horizons divers et des observateurs politiques. On peut résumer cela ainsi :

1- L’ouverture de la bienfaisance (8), des médias, de la prédication et de l’espace politique à tous les fils de l’Algérie de toutes les orientations. Le peuple algérien musulman sera de cette manière le juge en faisant son choix.


2- Le renoncement immédiat au terrorisme d’État incarné par la répression, la vengeance, la chasse à l’homme, l’enlèvement de nuit, sortant du cadre de la loi et de la Constitution et sous couvert d’un état d’urgence injuste qui bafoue la Constitution et la loi.


3- La relance de la liberté d’expression et d’opinion pour tous les citoyens sans que personne ne soit mis à l’écart.


4- Puisque la loi de concorde civile et de réconciliation nationale a échoué, le Président de la République, en raison de sa charge, doit assumer ses responsabilités devant Allah, qu’Il soit exalté, puis devant le peuple et l’Histoire et sortir immédiatement de sa retraite et de son mutisme pour entreprendre une démarche courageuse vers une vraie solution politique, loin de toute manœuvre. Ceci pour ne pas réduire la solution à une répression sécuritaire ou médiatique trompeuse. Surtout que l’article 47 de la loi de concorde et de réconciliation nationale -malgré ses défauts- lui permet de prendre des mesures qui sauvent la réconciliation de l’échec et des difficultés. Car tout chef d’État responsable sait que l’interdiction des droits fondamentaux et la confiscation ou le viol des libertés publiques engendrent toutes sortes de rébellions et de révoltes. L’Histoire en un est le témoin.


5- Les voix qui s’élèvent ici et là et qui ignorent la situation du pays, doivent s’abstenir de tromper en travestissant les faits transmis par les citoyens ordinaires qui en sont les témoins dans leur quotidien du début du déclenchement de la crise à aujourd’hui. (9)

 

Le Vice-Président du FIS
Ali Benhadj (Belhadj)
Le 01 Rabii al thani 1428 de l’Hégire ou 19 avril 2007


NOTES(1) Coran : Sourate 40, verset 41. Traduction du cheikh Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de la Mosquée de Paris.

(2) Un hadith est ici une citation de Mahomet.

(3) Il s’agit de l’interruption du processus des élections démocratiques pour empêcher le FIS d’accéder au pouvoir.

(4) On voit ici Ali Belhadj cherchant à déculpabiliser ceux qui ont commis les attentats commis le 11 avril 2007 à Alger (33 morts). On remarque pas une seule fois dans sa lettre il ne désigne nommément ces attentats et préfère rester dans les généralités.

(5) Nous avons gardé l’expression qui, ici, signifie qu’Al Qaïda sert de justification à tous les échecs politiques.

(6) Ali Belhadj inverse ici la manière habituelle de critiquer la loi de concorde et de réconciliation nationale. Les gens de la rue regrettent que les auteurs islamistes d’attentats ne soient pas punis. Le chef islamiste fait des auteurs des attentats des victimes du pouvoir et des excès commis par l’armée. Il voudrait donc les hommes du pouvoir punis pour leur exaction, voire leurs injustices.

(7) Nous pensons qu’Ali Belhadj veut parler là des personnes qui ont été arrêtées sans être jugées.

(8) Ce paragraphe concernant la restauration des droits civils place en premier  » le droit à la bienfaisance « . Il faut expliquer. Les organisations islamistes, le FIS en particulier, utilise la bienfaisance pour se donner une image positive dans la population, spécialement auprès des plus démunis. Tous les pouvoirs des pays musulmans ont compris cela. C’est pourquoi, afin de réduire l’influence des islamistes sur la population, ils tendent à fermer les structures de bienfaisance. Ali Belhadj veut que son parti puisse user avec efficacité de cet outil pour toucher la population et la déterminer en sa faveur.

(9) il s’agit là d’une invitation des relais médiatiques à s’enquérir de l’information auprès des gens du terrain et, surtout, de ne pas la déformer.

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« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Le Monde, 9 février 2008

L’Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?

Rien n’assure qu’il s’agisse d’Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu’ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu’Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.

Qu’il s’agisse ou non d’Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?

La solution n’est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c’est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d’une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J’ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m’a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l’Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu’il le fasse avec d’autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.

A qui pensez-vous ?

Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l’Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s’est accaparé toutes les richesses.

Si vous arriviez au pouvoir aujourd’hui, seriez-vous toujours favorable à la création d’un Etat islamique ?

Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l’injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d’intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.

A ce propos, j’ai été très choqué d’entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu’il soutenait ceux qui avaient commis le coup d’Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l’Algérie menaçait d’être dirigée par les talibans ! C’est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite – pays où l’on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n’a pas traité le roi Abdallah de taliban !

Beaucoup tentent d’assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n’avons pas le même cheminement.

Qu’est devenu votre fils Abdelqahar, âgé de 19 ans ? L’année dernière, vous soupçonniez la Sécurité militaire algérienne de l’avoir enlevé. Mais une vidéo circulant sur Internet le montre en armes, au maquis…

Il faudrait s’assurer de l’authenticité de cette vidéo. Mon fils a disparu en octobre 2006. Tous les scénarios sont possibles. Je n’exclus rien. Je ne sais même pas s’il est vivant. Mais s’il était vrai qu’il soit monté au maquis, j’en rendrais le pouvoir responsable, de façon directe ou indirecte. Les jeunes Algériens sont manipulables, en l’absence de perspectives. C’est le désespoir qui les pousse à prendre le maquis ou à mourir en traversant la mer à bord d’embarcations de fortune…

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution dont il est actuellement question en Algérie ?

La Constitution n’est pas un jeu. Ce n’est pas à une minorité dictatoriale de décider de sa révision, mais au peuple. Et le but doit être de renforcer le pouvoir de la population, non celui du président. Ceux qui poussent M. Bouteflika à faire un troisième mandat sont ceux qui dirigent le pays. Mais le peuple en a assez du « système ». Il faut d’urgence trouver une solution politique, sinon ce sera l’explosion. Et celle-ci débordera les frontières de l’Algérie.
Propos recueillis par Florence Beaugé

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Tunisie : Droits de l’Homme et foire à la censure

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Tunisie : Droits de l’Homme et foire à la censure

lundi 28 avril 2008 Un Commentaire  n� 23531

Répression, corruption, torture

La justice est aux ordres, la corruption se généralise, la torture est fréquente. Le bilan du régime est désastreux“, résume la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) Khadija Cherif. “Cette fois, nous ne nous voulons pas d’une simple libération comme alibi“. 1

Nicolas Sarkozy ne doit pas tomber dans le piège de marchander la libération d’un seul prisonnier, comme en juillet“, estime Eric Goldstein, de l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW), “il doit poser publiquement la question des droits de l’homme“. “Il a répété pendant sa campagne électorale que sa politique étrangère serait fondée sur le respect des droits de l’homme“, insiste Khadija Cherif, “il doit marquer sa différence avec ses prédécesseurs“.

La LTDH est interdite de congrès depuis 2005 et Tunis vient de refuser une mission de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

“Lors d’un toast prononcé lors d’un dîner offert par Zine el Abidine ben Ali, Nicolas Sarkozy a défendu le président tunisien contre les accusations portées contre lui par ses opposants et les organisations de défense des droits de l’homme.

Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons“, a-t-il déclaré avant d’affirmer: “Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse (en Tunisie).”

Que le président de la république en visite dans un pays ami refuse d’y critiquer la situation des droits de l’Homme, voilà une politesse qui ne laisse d’étonner au regard de l’exigence affichée en la matière envers la Chine. Les émissaires français en visite à Pékin n’avaient-ils pas eux aussi pour mission de retisser les liens d’amitié avec la Chine passablement éprouvés par le fiasco du parcours de la flamme olympique à Paris ?

A quelles arcanes mystérieuses, la sensibilité française en matière des droits de l’Homme obéit-elle, pour que le président se dise “choqué” par la répression chinoise des troubles au Tibet, lors de sa dernière interview télévisée, et que dans le même temps, il défende le bilan du régime Tunisien en matière des droits de l’Homme, accordant un satisfecit à un régime policier dont l’arbitraire et la traque des militants pour la démocratie est de notoriété publique ?

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La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

samedi 27 juin 2009

La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante

La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante dans Tunisie(17) morjane1La réaction de la blogosphère et des journaux de l’opposition (voir en particulier le n° 132 d’Attariq), suite à la campagne de rafles visant l’enrôlement de jeunes pour le service militaire, a du bon. Elle a obligé le ministre de la défense à descendre de son piédestal et à essayer, lors d’une conférence de presse organisée le jeudi 18 juin dernier, d’expliquer et de justifier cette pratique d’un autre âge qui a instauré un climat de terreur parmi les jeunes, durant plusieurs jours, à travers tout le pays. Toutefois, l’exercice de pédagogie auquel a tenté de se livrer M. Kamel Morjane a essentiellement deux grands défauts : il vient un peu trop tard et, surtout, il est loin d’être convaincant.

En effet, dans un pays où l’on respecte les citoyens et où existe une véritable opinion publique, cet exercice de pédagogie et de communication doit normalement précéder ce type de campagne « sur le terrain ». Mieux encore, la réussite d’un tel exercice devrait susciter une adhésion des citoyens à la démarche du gouvernement et lui permettre de faire l’économie de ces pratiques musclées très dommageables en termes d’image !

Venons-en, maintenant, au contenu de cette communication tardive qui n’est pas exempte de faiblesses et d’incohérences. Car, en affirmant aux journalistes que l’objectif de cette campagne n’est pas principalement l’enrôlement de force dans l’armée, mais plutôt celui d’ « assurer la sécurité du citoyen et de l’ordre public », M. Morjane s’emmêle quelque peu les pinceaux. On découvre, ainsi, au détour d’une phrase anodine, qu’il y aurait une menace sur l’ordre public et notre sécurité et que la tâche de les défendre a été dévolue non pas au ministre de l’intérieur, mais à celui de la défense (sic) ! Encore plus inquiétant ! En quoi consiste cette menace ? La campagne de rafles visant les jeunes a-t-elle permis de la juguler ? Pourquoi s’en charge-t-il lui-même ? Le ministre n’estime pas nécessaire d’éclairer notre lanterne sur ces questions… De même, si l’objectif de cette campagne est seulement d’assurer la sécurité et l’ordre publics, pourquoi l’essentiel de la conférence de presse tourne-t-il autour de la question du service militaire, de son statut et de la nécessité de lui construire, dans la société, une image plus positive?

A ce niveau, M. Morjane conteste l’utilisation du mot « rafles » pour décrire ces opérations où les forces de l’ordre encerclent un quartier et où les policiers, armés de matraques et se faisant aider par des chiens, appréhendent des jeunes et les font monter dans de sinistres voitures cellulaires (resic) ! Même si ça y ressemble beaucoup, il ne faut pas désigner ces opérations par ce mot car il serait « à connotation colonialiste ». Toutefois, et dans l’attente que l’on puisse enrichir le lexique par un vocable plus politiquement correct, M. le ministre devrait méditer le fait que, 53 ans après l’indépendance du pays, ce mot n’est pas prêt de disparaître du vocabulaire de notre société qui, elle, sait appeler un chat « un chat » ! Il pourrait, peut-être, y voir le signe d’une coupure entre les jeunes et le pouvoir et, plus généralement, entre gouvernés et gouvernants, dans ce pays.

C’est là, en effet, que gît, principalement, le problème. Et, au lieu de le résoudre en adoptant des pratiques humiliantes et incompatibles avec l’idéal démocratique, il aurait fallu, d’abord, s’interroger pourquoi l’attitude des jeunes, et pas seulement eux, vis-à-vis du service militaire, est aussi négative ? Pourquoi ce qui devrait être appréhendé comme un devoir sacré est plutôt perçu comme une punition – et les rafles ne font que consolider ce sentiment ? Certes, le ministre esquisse un début de réponse : il estime, d’un côté, que la sensibilisation à l’importance du devoir national n’est pas assez efficace et, de l’autre, que « nos jeunes sont choyés » !! L’analyse est, avouons-le, un peu courte. Car, une meilleure stratégie de communication avec, par exemple, de plus beaux spots télévisés, n’améliorera pas la situation. On reconnaît, dans cette approche, les attitudes habituelles du pouvoir, qui a souvent tendance à identifier des problèmes techniques là où il s’agit de vrais problèmes politiques !

Les choses iront sans doute dans le bon sens le jour où les Tunisiens, dans leur ensemble, vivront pleinement leur citoyenneté et qu’ils percevront la classe politique comme issue de leurs choix, comme leur propre émanation, le jour où il y aura égalité de tous devant le service militaire, qui ne sera plus l’apanage des plus défavorisés et le jour où le pouvoir lui-même le percevra comme un devoir sacré et non comme un moyen de remplir ses caisses à travers la logique bassement mercantile des «affectations individuelles». Mais, peut-être est-ce là trop demander…

Boubaker Jridi

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Interview Dr Salah-Eddine Sidhoum

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Pour notre dossier consacré aux intellectuels algériens, nous invitons le Dr Salah-Eddine Sidhoum afin d’en débattre et de faire le point sur la situation. Le Dr Sidhoum est chirurgien et défenseur des droits de l’homme en Algérie; vous pouvez biensur poser vos questions et faire vos commentaires en bas de cette même page. Nous remercions infiniment notre invité pour sa disponibilité et invitons nos lecteurs à garder les interventions à la hauteur d’un débat que nous souhaitons constructif et serein.

sidhoum-full1. Que signifie pour vous le mot » intellectuel» , et plus particulièrement comment définiriez-vous l’intellectuel algérien d’aujourd’hui ?

Avant tout, je ne vais pas m’aventurer dans des considérations philosophiques pédantes, incompréhensibles au commun de nos honorables lecteurs ni m’étaler sur des définitions alambiquées.
A mon humble avis, l’intellectuel n’est pas seulement un producteur d’idées, c’est aussi celui qui lutte sur le terrain pour les mettre en pratique et les faire aboutir. Un intellectuel est une personnalité engagée, indépendante à la fois des idéologies et du pouvoir. C’est un défenseur acharné de la dignité humaine et des libertés. C’est un tout. Ce n’est pas ce bardé de diplômes, imbu de sa personne, hautain, donneur de leçons du haut de son piédestal, méprisant envers son peuple et se mettant à plat-ventre et de manière déconcertante devant l’ignorance au pouvoir, comme nous le voyons hélas, dans notre pays. Ce n’est pas le cas de tout le monde certes, mais c’est le cas malheureusement d’une grande partie de nos « alphabètes ».

Deux définitions de l’intellectuel me viennent à l’esprit et que je fais miennes.
L’une est de l’homme politique italien, Leonardo Sciascia qui disait que « l’idée que je me fais du monde intellectuel est si large que celui-ci inclut toute personne en mesure de penser, d’avoir une intelligence de la réalité (….) et que la preuve administrée quotidiennement en est que beaucoup d’auteurs de livres ou d’articles ne sont pas le moins du monde capables de lire la réalité, de la comprendre, de la juger ».

L’autre est d’André Malraux : « un intellectuel n’est pas seulement celui à qui les livres sont nécessaires mais tout homme dont une idée, si élémentaire soit-elle, engage et ordonne la vie ».

Et le monde a connu des intellectuels qui ont défendu les principes de liberté, de justice et de démocratie. Je pense à Zola, dans l’affaire Dreyfus. Je pense également aux signataires du Manifeste des 121 durant la guerre de libération, à Mandela, à Vaclav Havel, Kundera, Geremek et tant d’autres. Ils ont défendu El Mebda (le principe), quand d’autres chez nous, sont fiers et heureux de défendre El Khobza (privilèges).
Notre civilisation a connu également des intellectuels de la trempe d’Ibn Khaldoun, Ibn Rochd, Ibn Sina dont l’autonomie de la pensée n’a pu être corrompue ni apprivoisée par les tenants du pouvoir et de l’avoir.

2-On observe un désengagement de la part des intellectuels algériens vis à vis de  la situation en Algérie. Quelles sont, à votre avis, les raisons qui expliquent ce marasme qui frappe nos élites ?

A quelle période de notre histoire contemporaine, nos  intellectuels se sont-ils engagés dans le combat politique pour pouvoir parler aujourd’hui de désengagement ? Et je crois que ce problème remonte à très longtemps. Déjà en 54, la révolution libératrice a démarré sans eux. Certains prendront le train en marche à partir de 56. Quant à la poignée d’intellectuels dignes, certains mourront les armes à la main (Amara Rachid, Benzerdjeb, Farès Yahia, Lotfi, Aït Idir, etc). D’autres enfin seront égorgés par leurs propres frères, suite aux sanglantes purges de la « bleuïte » particulièrement dans les wilayas 3 et 4.

Quant à la majorité, elle préférera suivre la guerre de loin. C’est cette majorité, postée au carrefour des vents, qui se mettra avec zèle, au lendemain de l’indépendance, au service de l’imposture au pouvoir. Nous les retrouveront, à la veille de l’indépendance à Tripoli, mettant leur science (sans conscience) au service des comploteurs des frontières, rédigeant la tristement célèbre Charte de Tripoli qui mettait fin à l’Idéal de Novembre. Nous les apercevrons également, durant l’été 62, papillonnant autour du « groupe de Tlemcen », auteur du coup d’Etat contre le GPRA. Tout comme nous les retrouverons lors du complément de Coup d’Etat de juin 65, puis à l’ère du socialisme « triomphant », de la « charte nationale », du libéralisme débridé des années 80. Ils sont toujours là à tourner et à retourner leurs vestes et à jouer aux « chaouchs » de service.

Nous connaissons tous, l’attitude honteuse d’une certaine « élite » au cours et après le Coup d’Etat de janvier 92 et comment elle a été abjectement utilisée par un quarteron de putschistes qui allaient plonger l’Algérie dans une mer de sang et de larmes, pour sauver leurs privilèges. Des « élites » autoproclamées « démocrates » qui s’opposeront à la volonté populaire exprimée à travers les urnes et qui venait de légitimer les trois Fronts pour diriger le pays. Des « élites » qui avaient brillé, outre par leur démocratie sélective, mais plus grave encore par leur indignation sélective quand des dizaines de milliers d’Algériens étaient torturés, exécutés sommairement ou arbitrairement condamnés par une justice d’exception. Une grande partie de l’opinion publique internationale s’en est émue, alors qu’une partie de notre « élite » applaudissait. C’est triste et ignoble !

Chez certains de nos intellectuels, le dénigrement, l’avanie et l’injure remplacent l’argument et l’idée. Et pour reprendre un ami universitaire « faute de produire, ils citent et récitent ce qu’ont dit d’autres, de préférence d’Outre-Méditerranée ».

Nous n’avons pas de classe intellectuelle au sens noble du terme. Il existe d’admirables et courageuses individualités intellectuelles, mais cela ne suffit pas. Nous ne devons pas cependant, tout rejeter sur ce système. Nos tares y sont pour beaucoup. La boulitique du régime ayant fait le reste. Il ne s’agit pas d’un marasme comme vous le dites, qui frappe nos élites. C’est beaucoup plus grave. Il s’agit d’une trahison historique et je pèse mes mots.
L’Algérie est certes, malade de son régime politique mais elle est surtout malade de ses élites.

3- Pour justifier l’absence de réactivité des intellectuels algériens, il est souvent évoqué le poids de la censure et des pressions exercées par le pouvoir. Pourtant, cela n’a pas empêché des gens comme vous de continuer à lutter. Ne pensez-vous pas qu’il s’agit, in fine, d’un alibi pour fuir leurs responsabilités ?

Absolument. On n’a pas besoin d’un cadre officiel ou d’une autorisation de son oppresseur pour lutter et se libérer de l’oppression. Vaclav Havel et ses compagnons de la Charte 77 n’avaient pas besoin d’une autorisation du régime totalitaire tchécoslovaque en place dans les années 70, pour mener le combat pour les droits de l’Homme et les libertés démocratiques et affronter par l’idée et l’écrit le « grand camarade » soviétique. Il en est de même des intellectuels Polonais. Ces intellectuels n’ont pas eu peur de perdre leur khobza et d’aller en prison pour leurs idées et leurs idéaux. Et nous savons comment Havel a pu avec ses compagnons, mener sa révolution de velours et assurer de manière pacifique la transition d’un régime totalitaire à un régime démocratique. C’est l’exemple type de l’intellectuel politisé et engagé qui est la hantise des dictatures.

Nous répétons toujours que notre liberté nous la devons aux sacrifices de notre peuple et au million et demi de martyrs. Et nous n’attendrons pas l’autorisation d’ex-sous-chefs de la police politique pour nous exprimer et nous organiser afin de reconstruire notre Algérie détruite par des imposteurs érigés en tuteurs d’un peuple. Cette Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens. Et ni la répression, ni la prison, ni même les balles assassines n’arrêteront les fils et petits fils d’Abane, Ben Boulaïd, Ben M’hidi et Didouche, dans leur combat pour le parachèvement de l’œuvre du 1er novembre 54 et l’instauration de l’Etat de Droit dans une Algérie de toutes et de tous.

4-  Vos actions – l’appel du 19 mars pour un changement démocratique en Algérie entre autres- trouvent-elles sur le terrain de l’écho auprès des intellectuels algériens, que ceux-ci soient établis en Algérie ou l’étranger ?

Mais bien sûr. De nombreux véritables intellectuels, de tous bords, arabophones et francophones d’ici et de notre chère diaspora ont adhéré dès les premiers jours à cet Appel fédérateur où se sont reconnus tous les patriotes, de par les principes démocratiques et les valeurs civilisationnelles qu’il véhicule. Nos compatriotes sont impatients de participer à cette œuvre de salut public. Nous l’avons constaté à travers les débats sur l’organe d’information de l’Appel (Le Quotidien d’Algérie), le courrier que nous recevons, les contacts directs que nous avons avec nos compatriotes sur le terrain et les réunions et conférences que nous tenons. Mais comme nous leur disons, il ne faut pas brûler les étapes. Il faut aller lentement mais sûrement et dans la transparence la plus totale et surtout pas d’aventurisme. Bien sûr, et il faut avoir l’honnêteté de le dire, cet Appel au peuple n’a pas plu aux intellectuels de salon et d’officines – ces hautains donneurs de leçons – et aux politicards sans ancrage qui ont peur de l’instauration de la véritable démocratie et de l’Etat de droit. Ils n’ont comme armes que la critique stérile, l’intrigue et les gesticulations politiciennes. Non seulement ils ne produisent rien (en dehors des hurlements et de la gesticulation) mais ils essaient d’empêcher les autres de produire et d’agir.

5- Quelle est votre analyse justement sur la situation de l’opposition en Algérie aujourd’hui ?

A mon humble avis, il n’y a pas de véritable opposition. Tous les partis qui avaient un ancrage populaire ont été neutralisés. Le seul parti autonome et qui reste encore debout est le FFS et ce, malgré les campagnes de déstabilisation dont il fait l’objet depuis plus d’une décennie. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Tout le reste n’est que folklore politique. Un ramassis de troubadours et de marionnettes politiques qu’on sort à l’occasion de carnavals électoraux pour amuser la galerie et garnir cette vitrine pseudo-démocratique dont a besoin le régime, pour essayer de leurrer (vainement) l’opinion publique internationale.
Je crois qu’à l’état actuel, la véritable opposition est à construire (ou à reconstruire).

6-  Dans vos écrits, vous faites souvent appel au rassemblement. Cependant, certains vous reprochent d’encourager le dialogue avec les islamistes, et pas qu’avec les modérés.  Qu’avez-vous à leur répondre ?

Nous disons toujours que devant cette grave crise politique qui perdure depuis 62 et qui réside dans la problématique de la LEGITIMITE DU POUVOIR, ni un zaïm, ni un messie, ni un parti, ni un courant politique à lui seul ne peut résoudre ce problème si complexe. Si nous voulons constituer une véritable force politique qui pourra secouer ce régime et aboutir au véritable changement, il faut rassembler toutes les volontés intellectuelles et politiques, sans exclusion aucune. Il ne peut y avoir de solution efficiente en dehors du rassemblement de toutes les forces politiques réelles. Non seulement, nous avons encouragé le dialogue sans exclusion, mais nous avons, durant près de quatre années, avant la diffusion de l’Appel, dialogué avec des intellectuels et des politiques de tous bords, sans exclusion aucune. De quel droit et au nom de quelle « démocratie » devons-nous exclure des pans politiques qui ont un ancrage populaire ?

La véritable démocratie appelle au dialogue avec toutes les forces politiques réelles et représentatives. Au nom de quelle « démocratie », une minorité atteinte de schizophrénie politique, voudrait s’ériger en majorité et s’arroger le droit de distribuer des brevets de « démocratie » à qui elle veut et d’exclure qui elle veut ?
« Il n’y a de politique qui vaille en dehors des réalités » disait un Homme d’Etat. Voulons-nous construire l’Algérie de demain sur la base des réalités ou voulons-nous nous inscrire dans la stratégie du régime illégitime et continuer à construire sur du virtuel avec des pantins politiques, des partis préfabriqués et des institutions factices ? La question reste posée !

7- Mustapha Farouk Ksentini, président de la Commission Consultative pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme a fait dernièrement cette déclaration pour le moins audacieuse «  L’Algérie est une démocratie à ciel ouvert, l’Algérie est devenue un véritable État démocratique ». En tant que défenseur des droits de l’homme, comment avez-vous reçu cette déclaration ?

J’aurais voulu répondre à une autre question ayant trait à l’avenir du pays, à l’Etat de Droit à construire demain, après la libération de l’Algérie de cette « voyoucratie« , plutôt que de commenter les inepties nauséeuses de ce fonctionnaire d’El Mouradia.

Contrairement à ce qu’il dit « l’Algérie est une prison à ciel ouvert, l’Algérie est devenue une véritable république bannière  », n’en déplaise aux larbins au service de l’ignorance au pouvoir.

8 – Que pensez-vous du troisième mandat de Bouteflika et du projet politique de son frère Saïd qui projette la création de son propre parti ?

Nous ne nous sommes jamais inscrits dans la stratégie du régime illégitime pour nous intéresser aujourd’hui à sa fuite en avant et à ses gesticulations politiciennes. Nous avons dit il y a quelques mois, lors du carnaval électoral, qu’il s’agissait d’un non-événement. Et effectivement, ce fut un non-événement comme l’a attesté l’abstention massive de la population à ce scrutin à la Kim Il Sung et à la Saddam. Et ce n’est pas la fraude et l’hypertrophie des chiffres dignes de Neagelen, qui tromperont l’opinion nationale et internationale.

Vous parlez d’un 3e mandat, mais en réalité c’est le même et unique mandat d’un système qui perdure depuis 62. Il y a seulement une alternance clanique au gré des rapports de force au sein des gangs du système. Le problème n’est pas celui de tel ou tel individu, c’est celui d’un système politique dégénéré qu’il faudra impérativement changer de manière radicale et pacifique.

Il est clair et pour reprendre le langage populaire, qu’une grande majorité de la population est dans un oued et le pouvoir et sa base sociale sont dans un autre oued. Et nous avons l’honneur et la fierté d’être dans l’oued de notre peuple, comme nous l’avons toujours été durant les moments difficiles.

Hélas, l’absence d’une réelle opposition et face à ce vide politique sidéral, le régime se retrouve seul à mener le bal sur la place. Il fait ce qu’il veut, sans pudeur, ni retenue aucunes. Et malgré qu’il soit dans sa phase descendante, terminale, il perdurera tant qu’il n’a pas en face de lui une véritable opposition représentative des forces politiques réelles et porteuse d’une alternative démocratique crédible.

9- Un mot pour conclure ?

Je tiens avant tout à vous remercier pour votre aimable invitation et à saluer mes compatriotes, lecteurs de votre site, avec lesquels, nous souhaitons enclencher un débat fraternel et serein sur l’avenir de notre pays.

Je pense à mon humble avis que le régime et ses clientèles sont pris à leur propre piège, enfermés eux aussi dans cette impasse dans laquelle ils ont poussé le pays et la société. Le pouvoir, en réalité ne maîtrise plus rien, en dehors de ses services répressifs et ce, malgré les apparences fortement trompeuses. Il se lance dans une fuite en avant extrêmement dangereuse qui peut mener le pays vers ce que nous avons appelé un tsunami populaire et qui risque, à Dieu Ne Plaise, d’emporter le pays.

Face à ce régime, il y a un vide politique sidéral, en l’absence d’une véritable opposition et qu’il faut impérativement combler.
Il existe cependant au sein de la société, un consensus manifeste sur la nécessité d’un changement radical et pacifique du système politique.
Il est de notre devoir, en tant qu’intellectuels et politiques, de présenter à notre peuple une alternative démocratique réaliste et crédible à ce régime dégénéré et moribond.

Le verrouillage politique et la répression, aussi sauvage soit-elle ne doivent pas servir d’alibi ni constituer des obstacles devant la volonté de changement des Hommes Libres.

Notre initiative sincère de rassemblement des volontés intellectuelles et politiques sans exclusion ni exclusive devient une nécessité impérieuse pour créer cette dynamique populaire de changement et redonner espoir à notre peuple el Mahgour.

Nous devons ensemble poser les vrais problèmes et nous défaire des faux clivages. Cette œuvre de salut public n’est pas facile, après tant de drames, de heurs et de malheurs. Mais elle n’est pas impossible. Nos parents en 54 étaient dans la même situation et ont pu déclencher le processus libérateur.

Nous devons impérativement sortir des palabres de chapelles et de clans pour nous investir dans un large dialogue avec la société et réfléchir avec elle sur son avenir et son devenir. Tout comme nous devons sortir de la stratégie diabolique et destructrice du régime et imposer la nôtre, pacifique et constructive.

Œuvrons ensemble sur la base de valeurs et de principes démocratiques et dans le cadre d’un compromis politique historique à rassembler les Algériennes et les Algériens, sans exclusion et sans exclusive (et nous insistons sur cela) dans un Front du Changement National (Djabhat Etaghyir El Watani) pour libérer le pays de ce régime illégitime et construire un Etat de Droit dans une Algérie de toutes et de tous.

Fraternelles et respectueuses salutations à toutes et à tous.

Dr Salah-Eddine Sidhoum

Entretien réalisé par Fayçal Anseur pour Algerie-Focus.com

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« Libérez la liberté, la liberté fera le reste »

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

El Watan 11 juin 2009
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« Libérez la liberté, la liberté fera le reste » Victor Hugo

Le principe de la liberté de la presse n’est pas moins essentiel, n’est pas moins sacré que le principe du suffrage universel. Quand l’histoire d’un dirigeant est finie, il ne faut pas forcer le destin en ajoutant un chapitre. L’abstention à l’élection vaut désaveu. Le boycott est une arme politique.

Homme de rupture, homme de compromis ou les deux ? Habitué des prétoires ou homme rompu aux arcanes politiques ? Le doyen des avocats, ardent défenseur des droits de l’homme, toujours là lorsque les libertés sont mises à mal, Ali Yahia Abdenour s’est fait aussi des ennemis. Mais le vieux routier des barreaux ne laisse jamais indifférent. Si on loue souvent sa constance en sachant garder le cap, malgré les vents contraires, on lui reproche également de s’être « acoquiné » avec des parties qui ont failli mettre en péril la République. L’ennui avec lui, c’est quand on entreprend de parler de lui, il faut vraiment patienter, tendre patiemment l’oreille pour attraper quelques confidences sur sa personnalité faite de militance depuis plus d’un demi-siècle. Mais le hic est que Abdenour n’aime pas parler de lui mais de ses idées qu’il assène vaille que vaille, ici et là pour que son appel (cri ?) soit entendu. Dévoué, lutteur acharné, il jouit d’une notoriété que nul ne peut lui contester, mais surtout d’une autorité morale, mise au service des causes qui lui sont chères, à la tête desquelles son obstination à en découdre avec le « système » qu’il n’a jamais cessé de denoncer. « Le pouvoir ne se soumet pas aux normes juridiques nationales et internationales qui fondent un Etat de droit. La démocratie est contrôle du pouvoir et pouvoir de contrôle. Les deux principes fondamentaux de la démocratie, à savoir l’autodétermination du peuple et l’alternance politique ont été confisqués. La dégradation politique et morale des institutions est due à l’absence d’alternances qui permet de maintenir au pouvoir les mêmes clans et les mêmes intérêts durant une longue période. Les Constitutions peu appliquées sont révisées et surtout usées avant d’avoir servi. Elles ont été bafouées quotidiennement et dans de nombreux domaines.

Un militant inflexible

L’Algérie a eu 5 Constitutions en 47 ans d’indépendance pour avoir leur respect et les régles de jeu qu’elles impliquent. L’Algérien ne peut avoir des droits s’ils n’est pas élévé d’abord à la dignité politique de citoyen. Le plus grave n’est pas d’être un sujet mais d’être appelé citoyen. Aujourd’hui, une nation de sujets est prête à devenir une nation de citoyens ». Né le 18 janvier 1921 au village Taka à Michelet, Abdenour y a fait des études jusuqu’au certificat d’études qu’il décrocha en 1934. Il passe au collège de Tizi Ouzou où il obtient le Brevet élémentaire. Par dérision et vu les conditions difficiles de l’époque, on l’appelait le brevet alimentaire, « car il pouvait nous ouvrir les portes du travail. » Son père Amokrane, instituteur qui a pris sa retraite en 1930 et qui enseignait à Bordj Ménaïel, l’accompagna et l’encouragea dans cette trajectoire. Au déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale, Abdenour est instituteur à Souama, près d’Azzazga avant d’être muté à Médéa où il gagne des grades dans sa carrière. Il est mobilisé en février 1943 à Blida puis affecté à Kenitra au Maroc. Il débarque avec la 2e DB le 15 aôut 1944 à St-Tropez. Avec ses camarades, ils font la jonction avec les Américains, mais lors de cette opération, il est blessé et transféré à l’hôpital de Toulouse. Il rentre en Algérie, à la veille du 8 Mai 1945. Il est nommé instituteur à Miliana en 1946.

C’est là qu’il fit la connaissance de Gharsi junior, fils du leader du PPA qui le fait adhérer au parti. A Affreville, il connaîtra Hocine Cherchalli, membre influent du parti, qu’il remplacera dans cette ville. Lors des élections à l’Assemblée nationale en 1948, la famille est mobilisée pour la campagne de Salhi de Azazga, notamment son frère Saïd pharmacien à Belcourt et Rachid lycéen. Après les éléctions et les remous qui s’ensuivirent, Rachid était recherché. D’ailleurs, juste après, il partit en France pour intégrer la Fédération de France du parti et s’illustra avec Benaï et Aït Hamouda comme l’un des principaux acteurs de la crise dite berbériste de 1949. Abdenour poursuivra son combat de militant à Miliana où le déclenchement de la lutte armée le surprendra en 1954. Il finira par intégrer l’UGTA après la mort de Aïssat Idir. « Tout ce qui s’est fait dans cette organisation était sous ma responsabilité. » Arrêté le 7 janvier 1957, quelques jours avant la Bataille d’Alger, il passera 15 jours à la DST de Bouzaréah puis à la sécurité militaire, avant d’être dirigé au camp de concentration de Berrouaghia. Il est transféré à Paul Cazelles puis à Bossuet ou dans l’ancien camp qui regroupait 2000 Algériens considérés comme irrécupérables. Fin novembre 1960, il est expulsé d’Algérie. Il part en France puis rejoint Tunis où il tient le secrétariat de l’UGTA.

Un droit de l’hommiste convaincu

A l’indépendance, il est élu député de Tizi Ouzou à l’Assemblée nationale constituante. Il est membre fondateur du FFS et conseiller de Mohand Ouelhadj. Il n’est pas en odeur de sainteté avec Aït Ahmed et s’oppose à Ben Bella, lorsque celui-ci signe un accord avec Da L’hocine. Le 10 juillet 1965, il est nommé par Boumediène ministre des Travaux publics. Une année après, on lui confie le portefeuille de l’agriculture où il ne fera pas de vieux os. « Boumediène m’avait fait appel pour la réforme agraire, le groupe de Oujda représenté par Kaïd Ahmed et Medeghri était foncièrement contre cette réforme. De violentes discussions ont eu lieu au Conseil des ministres, en septembre 1967. Un mois après, j’ai démissionné. » De tous les procès dans lesquels il a plaidé, Abdenour reste marqué par l’affaire du FIS, où faut-il le signaler, il a tenu le haut du pavé. Il a connu Boudiaf en tant que militant avec Omar Oussedik. « Lorsque la crise enflait en 1991, je suis parti avec Hassan (Khatib) au Maroc où nous avons été accueillis par son oncle, président de parti et homme influent qui nous a accompagnés à Kenitra, chez Boudiaf, qui n’a cessé de marteler qu’il ne rentrerait en Algérie que lorsqu’il y aura la démocratie ». Quand il est rentré, « je l’ai rencontré le 18 février 1992. On a longuement discuté des événement, je lui ai dit de ne pas laisser les leaders du FIS à Blida car ce ne sont pas des militaires sinon la situation va s’aggraver.

Il m’a répondu, cela ne relève pas de moi mais des décideurs, j’ai conclu qu’il était un décidé. C’était mon dernier contact avec lui, quand quelques jours après, j’ai évoqué les camps de concentration dans le Sud, dans une conférence en Espagne, ce qui était une réalité, Boudiaf avait répondu ‘‘celui qui en a parlé, est le premier à y figurer’’. » Abdenour a accueilli cette sentence avec humour, il poursuivra son combat en allant prêcher sous d’autres chapelles. St Egidio ? « Abbassi était contre car, selon lui, il n’était pas question d’aller négocier dans une église, Benhadj m’avait dit, ramenez la paix quitte à négocier avec le diable. La paix, voilà ce qui importe ! » « La plateforme du contrat national du 13 janvier 1995 a été rendue nécessaire devant l’impasse politique qui a fermé la porte à toute solution de la crise. Elle a permis la réunion de 7 partis politiques et de la LADDH à Rome pour chercher une solution pacifique.

Il y a une solution de rechange à celle de la violence et du tout sécuritaire. La plateforme ouvre la voie au pluralisme politique, syndical et culturel, au multipartisme, à l’alternance au pouvoir, au respect des droits de l’homme, à la défense des libertés collectives et individuelles, à la liberté d’expression, au refus de la violence pour prendre ou garder le pouvoir. » Pour Abdenour, c’était la seule alternative pour sauver ce qui restait à sauver. « Les signataires de l’appel ont ouvert un espace de liberté dans un climat politique fait d’intolérance et de haine, alimenté par la terreur, la culture de l’exclusion, une répression qui n’a pas respecté les règles d’un Etat de droit. » Violence, terreur, intolérance des mots assez durs auxquels notre interlocuteur ajoute « la fraude électorale bien intégrée dans les mœurs politiques du pays, les pratiques qui faussent le scrutin et le libre choix des électeurs sont permanentes ».

Seule la démocratie…

La seule constante de la pratique politique que le pouvoir maîtrise parfaitement est la fraude électorale. Les élections préfabriquées ne mènent pas à la démocratie et à l’alternance, mais à la normalisation autoritaire de la société. Il faut restituer au peuple le droit de voter librement, abolir la fraude qui déforme le suffrage universel et la vérité électorale. » Pour l’ardent défenseur des droits de l’homme, la corruption est une autre plaie qui vient se greffer à ces tares. « La corruption est inséparable de l’exercice du pouvoir. Elle est à tous les niveaux et dans tous les domaines. Un contrôle rigoureux permettrait de mettre au jour de nombreux scandales politico-financiers. Un dirigeant qui est en grâce avec les décideurs ne peut être poursuivi quand il est en délicatesse avec la justice pour malversation ni jeté en pâture à l’opinion politique ». Pour Abdenour, la paix et les droits de l’homme sont les deux aspects indissociables de la vie humaine. « La paix sans la vérité et la justice n’est qu’impunité. La réconciliation nationale qui devait être un grand projet politique est réduite à sa dimension politique. Elle a sacrifié les impératifs de vérité et de justice. L’amnistie n’est pas une solution sécuritaire, il faut lui apporter une solution politique. Les morts sans sépulture ? Des vivants sans existence.

Ils n’ont que la mémoire collective comme sépulture. Aucune affaire des disparus n’a été élucidée. » Pour l’avocat qu’il est, l’Algérie, selon lui, n’a pas évolué durant cette dernière décennie où l’économie a été gérée avec une incroyable légèreté. « Les grands indicateurs économiques sont au rouge, la politique néo conservatrice, ultra-libérale ne peut qu’aboutir à une société duale, verticalement divisée entre, d’une part, les nantis qui vivent bien, et, d’autre part, la majorité du peuple exaspéré par les conditions de vie qui lui sont réservées. L’Algérie est l’exemple d’une profonde injustice sociale. Nos enfants qui ont choisi la liberté-harraga n’ont trouvé que la mort et la prison. La presse qui en fait état quotidiennement est aussi un baromètre de la société. La liberté de la presse est une conquête fragile qui doit être cultivée, renforcée », suggère le vieil homme qui, à 88 ans, continue, comme à ses plus beaux jours, de lutter pour ses idées, de lutter pour les autres… même si son combat solidaire apparaît trop solitaire…

Parcours

Né le 18 janvier 1921 à Michelet, Ali Yahia Abdenour a été instituteur militant du PPA et du FLN. Détenu durant de longues années, il est nommé ministre à l’avènement du régime de Boumediène. ll finira par démissionner. Avocat, il fera de la défense des droits de l’homme son sacerdoce. Pour lui, « il n’y aura pas de réforme de la justice tant que le pouvoir est concentré aux mains d’une seule personne. Il faut non pas un changement dans le régime mais un changement de régime » ,clame-t-il. Pour lui, les restrictions imposées parlent pouvoir à tous les niveaux, peuvent engendrer des réactions populaires imprévisibles. Abdenour au nom de la LADDH a été l’un des principaux animateurs du contrat de Rome. A 88 ans, il continue d’activer en se soumettant à l’écriture de ses mémoires. A son actif ,deux livres : Raison et Déraison d’une guerre L’Harmattan 2000 et La Dignité humaine Inas 2006.

Par Hamid Tahri

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réponse de salah eddine Sidhoum sur le site quotidien d’algérie

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

En réponse aux frères intervenants :
Je crois que tous les compatriotes sincères sont d’accord sur l’impérative nécessité du changement, après 47 ans de fuite en avant d’un régime illégitime dont la politique a mené le pays et la Nation vers une terrible FAILLITE SANGLANTE.
Il est vrai que nous entendons depuis des décennies et plus particulièrement depuis la supercherie démocratique de 88 des voix disparates prôner ce changement. Mais chacun avait sa propre perception du changement, sans tenir compte du point de vue des autres. Chacun voulait imposer à sa manière le changement. Certains dans les maquis, d’autres dans les salons ou les officines. Très peu avec le peuple et sa jeunesse.
Après 47 ans d’une indépendance inachevée et 18 ans de violence politique, le bilan est peu reluisant. Nous ne parlerons pas du régime illégitime, de ses échecs patents et de ses tares connues de toutes et de tous et rabâchées maintes fois jusqu’à la nausée. Nous préférons parler de la société, de ses «élites » et de sa classe politique. C’est-à-dire parler de nous-mêmes, de nos insuffisances et de nos erreurs qui ont permis à une voyoucratie de prendre en otage notre propre pays. Ces « élites » tant intellectuelles que politiques ont-elles été à la hauteur pour pouvoir constituer cette locomotive capable de sortir la société du tunnel ténébreux dans laquelle est a été enfermée depuis des décennies ? N’avons-nous pas failli quelque part par notre autosuffisance ? Ne nous ne sommes nous pas déconnectés de notre « ghachi » méprisé et abandonné à lui-même et à tous les aventuriers de tous bords ? Autant de questions auxquelles nous devons répondre avec franchise et sincérité. On ne peut avancer et nous lancer dans cette dynamique de changement sans avoir fait notre autocritique, pour ne pas dire notre mea-culpa.
Nous le disons et le répétons : l’Algérie n’est pas seulement malade de son régime politique, elle est surtout malade de ses élites.
Sans la complicité d’une bonne partie de ces élites, la voyoucratie vomie et honnie par le peuple aurait –elle pu rester indéfiniment au pouvoir, après tous les désastres qu’elle a provoqué ?
Consciemment pour certains et inconsciemment pour d’autres, ces « élites » participent à maintenir ce statu-quo politique suicidaire. Par les divisions artificielles entretenues par une partie de cette classe intellectuelle et politique, le pouvoir est arrivé à paralyser toute activité d’organisation et de structuration d’une véritable opposition.
Nous sommes arrivés à une telle situation que nous doutions de nos propres origines. Des « esprits pseudo-éclairés » remettent en cause notre ALGERIANITE, alors que celle-ci a été FORGEE PAR L’HISTOIRE, ce que la France coloniale avec ses gigantesques moyens n’a pu réaliser avec nos parents.
D’autres – une infime minorité – au nom d’une démocratie sélective, se permettent d’exclure une partie de la société, se posant en tuteurs du peuple et toujours au nom de leur « démocratie » qui n’a rien à voir avec la Démocratie.
D’autres hier, au nom d’un nationalisme plus que douteux et brandissant de fausses attestations communales, se sont permis de distribuer des brevets de patriotisme aux bravaches et de qualifier de traitres d’illustres héros de la guerre de libération.
Certains enfin, dégoulinant de nifaq, ont voulu nous ré-enseigner l’Islam par la force. Il est vrai que la démission des véritables élites religieuses a permis à des charlatans de se jouer de notre noble religion. Personne à l’époque n’avait le courage de rappeler à ces derniers « qu’il ne s’agissait pas d’enseigner au musulman une croyance qu’il possédait déjà, mais de restituer à cette croyance son efficacité » pour reprendre Malek Bennabi.
A la lumière de ces erreurs criardes du passé, avons-nous tiré les leçons et sommes-nous capables de mettre de côté nos divergences, le plus souvent artificiellement entretenues par qui on sait et nous entendre sur un minimum de principes démocratiques et de valeurs civilisationnelles qui lient l’écrasante majorité du peuple, pour sauver l’Algérie de ce désastre annoncé ?
C’est ce que nous avons humblement essayé de faire à travers l’Appel du 19 mars 2009, un appel fait en Algérie et en toute indépendance par des Algérien(ne)s libres résidant ici et en exil. Cela a demandé plus de quatre années de consultations de centaines de compatriotes, toutes tendances politiques confondues, sans exclusion ni exclusive, et de quelques personnalités connues pour leur sagesse et leur intégrité qui nous ont apporté leurs sages conseils et leurs encouragements à « cette génération de l’indépendance qui doit parachever le travail que nous avons commencé dans les années 40 » pour reprendre l’une des personnalités consultées.
Après trois mois, sa diffusion s’est largement faite en Algérie et chez notre diaspora. Notre appel s’est fait en direction de notre base et de ses véritables élites, non pas vers les appareils politiques. Même si l’accueil a été majoritairement favorable au niveau de la base, de notre jeunesse estudiantine, de nos universitaires et même de certains ayant appartenu à un moment au système, cet Appel ne pourra se concrétiser que par l’engagement de toutes et de tous ceux qui croient aux idéaux qu’il véhicule et aux buts qu’il s’est fixé.
Je crois et comme l’ont également affirmé et souligné nos compatriotes adhérents à l’esprit du texte, l’Appel est très clair sur les principes et les valeurs qui nous rassemblent. Qui est contre l’Algérianité dans sa globalité ? Qui est contre la démocratie comme moyen de gestion politique de la société ? Qui est contre le respect des Droits de la personne humaine ? Qui est contre le respect et la promotion des cultures de la Nation Algérienne ? Qui est contre le respect des libertés individuelles et collectives ? Qui est contre le libre choix du peuple souverain ? Qui est contre un compromis historique regroupant tous ces principes, accepté et respecté par tous ?
Il faudrait que les choses soient claires pour cette minorité qui nage en eau trouble, déconnectée des réalités nationales et que voudrait être tutrice du peuple et détentrice du monopole de la démocratie. Ce Front du changement National (Djabhat Etaghyir El Watani) sera celui de toutes les Algériennes et tous les Algériens, sans exclusion ni exclusive. Son but est le changement radical du système politique. Ses moyens sont exclusivement pacifiques comme clairement explicités dans l’Appel. Ce Front ne sera inféodé ni à Paris, ni à Washington ni à Ryad ni au Caire. Et nous n’avons de conseils ni de soutien à recevoir de personne si ce n’est de notre propre peuple généreux et patient. Nous ne serons jamais de ceux qui iront quémander un quelconque soutien aux ambassades et nous ne serons jamais de ceux qui libéreront notre Algérie de cette voyoucratie, en entrant sur des blindés français ou américains, comme le disait un ami syrien exilé, militant des droits de l’homme.
Tout comme nous disons et répétons que personne n’a le monopole de l’Islam ou de la démocratie. Le premier est la religion de la très grande majorité de notre peuple. La seconde est une culture et un moyen de gestion politique de la société utilisé par toutes les forces politiques saines, sans exclusive.
Nous ne sommes pas un parti politique, ni des rivaux de quiconque. Notre but et nos moyens sont clairs. Nous n’aspirons nullement à prendre un quelconque pouvoir. Nous n’aspirons qu’à rassembler la grande majorité du peuple et ses forces politiques réellement représentatives en vue de créer cette dynamique populaire du changement et remettre le pays sur ses rails avec un Etat de Droit et de véritables institutions, permettant ainsi aux forces politiques issues du peuple et non des labos, de s’affronter pacifiquement dans une libre compétition démocratique, comme cela se déroule dans les pays civilisés. Et dont le SEUL ARBITRE sera le PEUPLE.
Ayons l’honnêteté de dire qu’il n’y a pas seulement ce régime qui refuse le changement. Il y a aussi cette minorité de politicards, donneurs de leçons, qui refuse le changement. Car demain, par la volonté du peuple souverain et par les voies réellement démocratiques, ces politicards craignent de devenir insignifiants.
Nous pensons qu’après cette phase d’information et de diffusion de l’Appel qui a duré trois mois, nous devons approfondir notre réflexion sur les moyens de mobilisation et d’adhésion populaire.
La solution de cette crise se trouve entre les mains des Algériens. Libérons-nous du climat de suspicion et de peur, inculqué depuis des décennies dans nos esprits et engageons-nous dans la voie courageuse du changement pour sauver l’Algérie.
Le débat est ouvert et L’Histoire demain jugera !

Salah-Eddine Sidhoum
Alger

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Takfarinas raconte Michael Jackson

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

DANS UNE DÉCLARATION EXCLUSIVE À L’EXPRESSION
Takfarinas raconte Michael Jackson
28 Juin 2009 – Page : 21
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Le chanteur kabyle accompagné de la star américaine

«C’est un honneur pour moi d’avoir reçu le trophée du meilleur artiste nord-africain des mains du roi du pop et de Nelson Mandela.»

La mort du roi du Pop, Michael Jackson, a beaucoup affecté la famille de la chanson. Nombreux sont les artistes qui pleurent la légende. Parmi ceux qui avaient le privilège d’avoir rencontré et discuté la musique avec le roi du POP figure l’artiste algérien d’expression kabyle Takfarinas. Dans une communication téléphonique avec L’Expression, le roi du Yal raconte la légende américaine. «J’ai appris la mauvaise nouvelle comme tout le monde le jeudi à mon réveil. C’était la fin du monde pour moi. J’ai annulé tous mes rendez-vous. J’étais abattu. J’ai pleuré Michael comme tous les artistes et les fans. Ici à Paris, le décès de Michael fait l’actualité. On ne parle que de cela», a t-il déclaré. Et d’ajouter: «Je ne trouve pas de mots. Je dirai qu’on a perdu, vraiment, une planète de musique. Je trouve en lui un côté extraterrestre. Je ne peux que présenter mes condoléances à la famille de la musique en général».
Takfarinas revient, à cette occasion, sur les moments qu’il a passé en Afrique du Sud avec «son idole». «J’ai rencontré Michael Jackson en 2000 à Johannesburg, en Afrique du Sud à l’occasion d’un concours des meilleurs tubes de l’année 1999. Il y avait une quarantaine d’artistes qui avaient marqué cette année-là. Suite à mon passage sur scène avec la chanson de l’année qui est Zaâma Zaâma, j’ai pu décrocher le premier titre du Prix de meilleur chanteur nord-fricain. Le trophée m’a été remis par le président sud-africain, Nelson Mandela, et la star du pop, Michael Jackson. C’étaient les meilleurs moments de ma carrière artistique». Tak dévoile pour la première fois dans les colonnes de la presse ce qu’il a dit à Michael Jackson.
«Au lendemain du concert, j’ai eu une discussion d’une demi-heure avec Michael et son fils. C’était une occasion de lui remettre mon album Zaâma Zaâma. C’était son fils aîné qui l’avait pris». Dans les détails, Takfarinas nous a déclaré avoir dévoilé à Michael Jackson «mon rêve de chanter ensemble, car c’est un rêve pour moi». Tak raconte ce que Michael Jackson lui a répondu «Avec son sourire Michael me répond: C’est magique, mais ton rêve est réalisable. Ce n’est pas impossible. Il faut juste essayer de me contacter à mon retour aux Etats-Unis pour voir que tout est faisable dans le monde de la musique où le rêve est toujours permis.» Pourquoi attendre exactement la mort de Michael Jackson pour faire ces déclarations? A cette question, Tak répond: «Tout simplement, mon rêve s’est vaporisé. Maintenant, je n’ai plus d’espoir de réaliser mon souhait. C’est pour cela que j’en parle. Michael était un modèle pour moi». Et d’enchaîner: «Je lui ai parlé de l’Algérie, de moi, de ma musique et de mon engagement. Je ne parle pas de son côté humain car la perfection est à Dieu seul, mais il suffit juste de se rappeler qu’il était le premier à combattre le racisme aux USA. Il a réussi à faire aimer la musique noire aux Blancs américains». Par la même occasion, le chanteur algérien d’expression kabyle a décidé de dédier son nouvel album qui sortira incessamment sur le marché à la mémoire de Michael Jackson. «Je dédierai mon prochain album à la mémoire de Michael.» Quant à Nelson Mandela, le chanteur algérien estime: «Il reste pour moi, un président du monde entier, et un symbole de la liberté, il m’a demande d’où je venais et quand je lui ai dit que je venais d’Algérie, il a levé son poing et a dit « Viva Algeria » puis il m’a dit: le peuple algérien est courageux et c’est un peuple digne. A cette époque, l’Algérie vivait les années sombres». A propos de son nouvel album, Tak ajoute: «Je le prépare doucement. Je fais quelque chose de très, très bon. Il y aura un peu de tout, mais croyez-moi, c’est un régal». Tak n’a pas voulu trop s’étaler sur son album. «Aujourd’hui je préfère ne pas parler de mon album, ce sera pour la prochaine fois.»
A l’occasion de la commémoration de l’assassinat du chanteur Matoub lounès, Takfarinas s’est incliné devant la mémoire du «rebelle». «Matoub est du calibre des chanteurs qui ne meurent jamais. Comme Michael, Matoub restera toujours dans mon coeur.»

Tahar FATTANI

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«Les poèmes de Matoub sont traduits en italien»

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

SAID CHEMAKH
«Les poèmes de Matoub sont traduits en italien»
28 Juin 2009 – Page : 20
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Dans cet entretien, Saïd Chemakh, adjoint du chef de département des langue et culture amazighes de l’université de Tizi Ouzou, docteur d’Etat en linguistique amazighe, écrivain en tamazight mais surtout encadreur de plusieurs étudiants ayant réalisé des travaux de recherche de fin d’études sur la poésie de Matoub, notamment sur le thème de la déshérence et la dimension féminine dans la poésie du Rebelle, explique pourquoi Matoub est tant différent des autres poètes.

L’Expression: Pouvez-vous résumer les raisons qui font de Matoub un poète exceptionnel qui n’arrête pas de séduire toutes les générations malgré une absence physique et médiatique?
Saïd Chemakh: Il ne s’agit pas d’une poésie anonyme. Matoub écrivait ses propres poésies. Il l’a médiatisée grâce à son omniprésence sur la scène publique et à ses cassettes et CD. Ce n’est qu’après sa mort qu’il y a eu une médiatisation par écrit.

Peut-on retrouver une variété aussi riche en matière de thèmes chez d’autres poètes?
Non! Matoub a battu tous les records en matière de variété thématique. Par exemple, si l’on prenait le thème de la mère aucun autre poète ne l’a appréhendé comme lui. Amar Mezdad et Benmohamed ont écrit chacun un seul poème sur la mère. Mais chez Matoub, on retrouve la récurrence. On retrouve chez lui tout un répertoire dédié à la mère. Il y a une profusion de poèmes portant sur la mère sous différents aspects: la mère comme gardienne des valeurs, la mère souffrant pendant la guerre de Libération, la liberté de la femme…

Matoub a beaucoup écrit sur un thème qu’aucun autre poète n’avait évoqué, à savoir Nnger (la déshérence). N’est-ce pas?
Effectivement, aucun artiste ne l’a chanté comme Lounès. Il n’y a que lui qui a abordé ce sujet très délicat dans une société comme la nôtre. Matoub, il le dit et il l’assume. Pourtant, avant lui beaucoup de poètes étaient touchés par ce problème, à l’instar de Slimane Azem, Si Moh Ou Mhand, Chikh Mohand Oulhocine. Aucun d’eux n’a osé en parler. Matoub évoque la déshérence dans au moins douze chansons. Quand on sait à quel point est mal perçue la déshérence dans la société kabyle traditionnelle, on peut vite mesurer la grandeur de Matoub.

On dit aussi que Matoub a poussé les choses très loin dans la chanson revendicative et même dans les chansons politiques. Il est allé jusqu’à corriger l’histoire en invoquant des sujets qui fâchaient non seulement le pouvoir à l’époque mais aussi les Kabyles. Ce qu’il a fait est très audacieux. Ne le croyez-vous pas?
Evidemment! Lorsque nous écoutons ses chansons politiques, on est frappé par exemple par la récurrence du mot tamazight. Cet état des choses, on ne le retrouve chez aucun autre poète aussi engagé soit-il. Matoub est allé aussi loin que possible dans la défense de la langue berbère. Il a réécrit l’histoire.
Très tôt, il s’est rendu compte qu’on nous a expropriés de notre mémoire. On retrouve cette réécriture particulièrement dans la chanson fleuve Regard sur l’histoire d’un pays damné.
C’est le premier qui a parlé publiquement de la bleuite et du coup d’Etat de Boumediene. Matoub était aussi un chroniqueur de la vie quotidienne en abordant des sujets comme la crise économique et les pénuries de produits alimentaires de première nécessité des années quatre-vingt. Il a transformé tous les maux sociaux en vers et en métaphores. Ceci explique en partie sa popularité.

Sa poésie d’amour est aussi unique?
Là aussi, Matoub a dévoilé l’autre face de l’amour, à savoir la mort. Il n’ y a que Matoub qui a perçu l’amour de cette façon. Chez Matoub, l’expression de la douleur amoureuse est exacerbée.

Matoub a aussi composé des poèmes sous forme d’épopées…
Effectivement, il a composé de longues chansons sous forme d’histoires. Ce sont généralement des histoires d’amour où l’amour vainc la haine comme dans le poème La vengeance où la fille demande à son amoureux de ne pas tuer son père et de le laisser vivre face à ses remords.

Sur le plan du langage, on constate chez Matoub une richesse lexicale inouïe.
Sur le plan formel, Matoub a utilisé un langage très recherché. C’est très rare dans la poésie kabyle. C’est ce qui fait d’ailleurs que ses textes sont étudiés dans les universités, à Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira mais aussi à l’université de Naples grâce au chercheur Vermondo Brugnatelli qui a traduit ses poèmes en italien. Ce dernier est professeur de langue et de littérature berbères. Il y a un autre aspect. Matoub s’est éloigné de l’érotisation de la poésie d’amour comme l’ont fait ses prédécesseurs. Lui, il est allé plus loin et plus profondément. Il a chanté sur sa vie privée sans craindre ni les représailles de la société ni celles de la famille.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

source:l’expression

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