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« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Le Monde, 9 février 2008

L’Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?

Rien n’assure qu’il s’agisse d’Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu’ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu’Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.

Qu’il s’agisse ou non d’Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?

La solution n’est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c’est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d’une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J’ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m’a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l’Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu’il le fasse avec d’autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.

A qui pensez-vous ?

Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l’Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s’est accaparé toutes les richesses.

Si vous arriviez au pouvoir aujourd’hui, seriez-vous toujours favorable à la création d’un Etat islamique ?

Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l’injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d’intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.

A ce propos, j’ai été très choqué d’entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu’il soutenait ceux qui avaient commis le coup d’Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l’Algérie menaçait d’être dirigée par les talibans ! C’est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite – pays où l’on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n’a pas traité le roi Abdallah de taliban !

Beaucoup tentent d’assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n’avons pas le même cheminement.

Qu’est devenu votre fils Abdelqahar, âgé de 19 ans ? L’année dernière, vous soupçonniez la Sécurité militaire algérienne de l’avoir enlevé. Mais une vidéo circulant sur Internet le montre en armes, au maquis…

Il faudrait s’assurer de l’authenticité de cette vidéo. Mon fils a disparu en octobre 2006. Tous les scénarios sont possibles. Je n’exclus rien. Je ne sais même pas s’il est vivant. Mais s’il était vrai qu’il soit monté au maquis, j’en rendrais le pouvoir responsable, de façon directe ou indirecte. Les jeunes Algériens sont manipulables, en l’absence de perspectives. C’est le désespoir qui les pousse à prendre le maquis ou à mourir en traversant la mer à bord d’embarcations de fortune…

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution dont il est actuellement question en Algérie ?

La Constitution n’est pas un jeu. Ce n’est pas à une minorité dictatoriale de décider de sa révision, mais au peuple. Et le but doit être de renforcer le pouvoir de la population, non celui du président. Ceux qui poussent M. Bouteflika à faire un troisième mandat sont ceux qui dirigent le pays. Mais le peuple en a assez du « système ». Il faut d’urgence trouver une solution politique, sinon ce sera l’explosion. Et celle-ci débordera les frontières de l’Algérie.
Propos recueillis par Florence Beaugé

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MESSAGE DE ALI BELHADJ SUITE AUX ATTENTATS

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

TRADUCTION
DU MESSAGE DE ALI BELHADJ
VICE-PRESIDENT
DU FIS ALGERIEN
SUITE AUX ATTENTATS
DU 11 AVRIL 2007 A ALGER

 QUELQUES MOTSCe texte, daté du 19 avril 2007, a été transmis par Yasser As-Sirri (Al-Sirri), alias Abou Ammar, fondateur de  » Al Marsad Al-Ilami Al-Islami « , une organisation qui se présente comme le défenseur des droits des musulmans arrêtés dans le monde. Il vit en exil à Londres. En 2004, il avait été arrêté en raison de la lettre de couverture fournie à de faux journalistes arabes pour assassiner Ahmad Shah Massoud en Afghanistan.

Ali Belhadj parle ici sur un ton plus serein que celui qu’on lui connaissait au début des années 90. On remarque néanmoins sa tendance excessive à attribuer la responsabilité des attentats et des assassinats au pouvoir en raison de la violence de sa gouvernance. Il parle de terrorisme d’État et oublie le terrorisme des organisations islamistes. Par contre, il n’attribue pas les attentats du 11 avril à l’armée ou aux services secrets algériens comme c’était devenu une habitude de la part des islamistes.

On voit en Algérie deux fronts, tout aussi impitoyables l’un que l’autre, se faire face : le pouvoir, avec au coeur de son dispositif l’armée et les services, d’un côté. Les organisations islamistes et leur fer de lance, les terroristes, de l’autre. A cela, il faut ajouter les manipulations des uns et des autres, et surtout des services sur le terrain, pour travestir la vérité à leur avantage.

(Les passages soulignés en gras le sont dans la version en arabe du texte).

  LE TEXTE D’ALI BELHADJ 

 » Au nom d’Allah le miséricordieux, le tout miséricordieux

Louanges à Allah qui dit dans son noble Livre  » Bientôt vous aurez à vous souvenir de ce que je vous dis [Quant à moi], je confie mon sort à Dieu, car il voit bien ses serviteurs «  (1). Bénédiction et prière sur le plus noble des envoyés qui dit le hadith (2)  » la religion, c’est la sincérité « , et sur sa famille et sur tous ses compagnons.

Après le préambule nécessaire, paix, bénédiction et miséricorde d’Allah soient sur vous.

Que l’opinion publique, intérieure et extérieure, sache que les évènements qui ont secoué dernièrement notre pays, l’Algérie, sont en réalité le fait d’une crise politique complexe, aux aspects multiples, dans une situation où une solution politique juste et globale n’a pas abouti. Depuis le coup d’État de malheur contre la volonté du peuple en 1992 (3), les jours et les années passés ont démontré, que ne servaient à rien la répression, les mensonges propagés par les médias, la pratique du dénigrement, les dénonciations, les condamnations, les campagnes médiatiques douteuses, la manipulation des gens, l’instrumentalisation des sentiments, le tout sous le signe de la mise à l’écart de la partie de l’opinion qui déplait au pouvoir réel. Tout cela est inutile, semblable à un calmant dont l’efficacité s’estompera avec le temps, avant que les choses ne reprennent leur cours normal.

Accomplissant notre devoir de conseiller et de vigile, nous mettons en garde le régime. Sa manière de résoudre l’immense crise qui asphyxie le pays a prouvé son inefficacité et ses limites. La courte vue qui l’inspire a eu pour résultat la mort de milliers de personnes de toutes les classes sociales du peuple algérien, y compris des gens ordinaires travaillant dans les milieux sécuritaire et que le pouvoir a utilisé comme boucliers humains afin de rester en place et de préserver ses intérêts illégitimes.

La plus grande responsabilité ne tombe pas sur la jeunesse en rébellion pour défendre sa religion ou bien défendre son quotidien et ses droits légitimes. Celui qui étudie l’histoire de l’humanité et la cause des conflits armés découvre que les régimes despotiques, qui adoptent la répression terroriste, alimentent et engendrent la violence politique. A l’origine, en tant que phénomène social apparent, elle est à l’état latent au coeur de la société et n’attend pour s’exprimer que l’apparition de circonstances politiques et sociales qui lui soient favorables. Cela n’exempte pas les auteurs de leur part de responsabilité directe. De tels régimes endossent la responsabilité totale des violences, de l’extrémisme ou de réactions aux conséquences incalculables. Car, la violence de la tête, celle de l’État, engendre la violence de la base. (4)

Les sages et les observateurs équitables, qui suivent la situation algérienne depuis le coup d’État mené contre le choix du peuple en 1992, et cela avant l’apparition d’Al Qaïda, devenue le portemanteaux sur lequel on accroche les raisons des échecs (5), savent que le système politique d’Algérie qui a perdu sa légitimité devient, avec le temps, source de danger pour toutes les catégories du peuple algérien. S’il n’est pas remplacé, par des moyens pacifiques, après l’ouverture de l’espace politique à tous les partis, cela conduira tôt ou tard le pays à une catastrophe. Les victimes tomberont par dizaines y compris parmi les simples citoyens embauchés dans les secteurs sécuritaires. Ils sont devenus les victimes de ce régime répressif et croupissant, qui continue de se boucher les oreilles refusant tout conseil ou mise en garde même s’ils émanent d’intellectuels réputés, d’hommes de science (religieux et scientifiques), d’hommes politiques, de journalistes ou d’experts.

Les derniers évènements montrent bien l’échec cuisant de la loi de concorde civile et de la prétendue réconciliation, car elle est bâtie sur des propositions malhonnêtes, incomplètes et trompeuses. Cette courte vue mènera certainement à une crise grave et des dizaines de citoyens en seront les victimes y compris la jeunesse en colère et révoltée qui se fait exploser devant les institutions et symboles de l’État. Nous demandons à Allah qu’Il accorde sa miséricorde et son pardon à tous.

Le plus grand défaut de la loi de concorde civile et de réconciliation nationale est la condamnation de la victime, sa mise à l’écart et l’octroi de l’immunité au bourreau qui avait bafoué la volonté du peuple (6). Ce qui amplifie le problème c’est la fermeture de l’espace politique à toutes les oppositions, d’orientations diverses, quand elles sont sérieuses et prennent racine dans la tradition populaire. A leur tête, nous voyons les chefs et cadres du Front Islamique du Salut. Cela touche aussi les sympathisants qui n’ont jamais été condamnés juridiquement. Ces agissements honteux sont considérés comme une criminalisation des idées et des intentions (7). Cela représente un crime qui doit être dénoncé.

Nous proposons un remède et une solution auprès des sages d’horizons divers et des observateurs politiques. On peut résumer cela ainsi :

1- L’ouverture de la bienfaisance (8), des médias, de la prédication et de l’espace politique à tous les fils de l’Algérie de toutes les orientations. Le peuple algérien musulman sera de cette manière le juge en faisant son choix.


2- Le renoncement immédiat au terrorisme d’État incarné par la répression, la vengeance, la chasse à l’homme, l’enlèvement de nuit, sortant du cadre de la loi et de la Constitution et sous couvert d’un état d’urgence injuste qui bafoue la Constitution et la loi.


3- La relance de la liberté d’expression et d’opinion pour tous les citoyens sans que personne ne soit mis à l’écart.


4- Puisque la loi de concorde civile et de réconciliation nationale a échoué, le Président de la République, en raison de sa charge, doit assumer ses responsabilités devant Allah, qu’Il soit exalté, puis devant le peuple et l’Histoire et sortir immédiatement de sa retraite et de son mutisme pour entreprendre une démarche courageuse vers une vraie solution politique, loin de toute manœuvre. Ceci pour ne pas réduire la solution à une répression sécuritaire ou médiatique trompeuse. Surtout que l’article 47 de la loi de concorde et de réconciliation nationale -malgré ses défauts- lui permet de prendre des mesures qui sauvent la réconciliation de l’échec et des difficultés. Car tout chef d’État responsable sait que l’interdiction des droits fondamentaux et la confiscation ou le viol des libertés publiques engendrent toutes sortes de rébellions et de révoltes. L’Histoire en un est le témoin.


5- Les voix qui s’élèvent ici et là et qui ignorent la situation du pays, doivent s’abstenir de tromper en travestissant les faits transmis par les citoyens ordinaires qui en sont les témoins dans leur quotidien du début du déclenchement de la crise à aujourd’hui. (9)

 

Le Vice-Président du FIS
Ali Benhadj (Belhadj)
Le 01 Rabii al thani 1428 de l’Hégire ou 19 avril 2007


NOTES(1) Coran : Sourate 40, verset 41. Traduction du cheikh Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de la Mosquée de Paris.

(2) Un hadith est ici une citation de Mahomet.

(3) Il s’agit de l’interruption du processus des élections démocratiques pour empêcher le FIS d’accéder au pouvoir.

(4) On voit ici Ali Belhadj cherchant à déculpabiliser ceux qui ont commis les attentats commis le 11 avril 2007 à Alger (33 morts). On remarque pas une seule fois dans sa lettre il ne désigne nommément ces attentats et préfère rester dans les généralités.

(5) Nous avons gardé l’expression qui, ici, signifie qu’Al Qaïda sert de justification à tous les échecs politiques.

(6) Ali Belhadj inverse ici la manière habituelle de critiquer la loi de concorde et de réconciliation nationale. Les gens de la rue regrettent que les auteurs islamistes d’attentats ne soient pas punis. Le chef islamiste fait des auteurs des attentats des victimes du pouvoir et des excès commis par l’armée. Il voudrait donc les hommes du pouvoir punis pour leur exaction, voire leurs injustices.

(7) Nous pensons qu’Ali Belhadj veut parler là des personnes qui ont été arrêtées sans être jugées.

(8) Ce paragraphe concernant la restauration des droits civils place en premier  » le droit à la bienfaisance « . Il faut expliquer. Les organisations islamistes, le FIS en particulier, utilise la bienfaisance pour se donner une image positive dans la population, spécialement auprès des plus démunis. Tous les pouvoirs des pays musulmans ont compris cela. C’est pourquoi, afin de réduire l’influence des islamistes sur la population, ils tendent à fermer les structures de bienfaisance. Ali Belhadj veut que son parti puisse user avec efficacité de cet outil pour toucher la population et la déterminer en sa faveur.

(9) il s’agit là d’une invitation des relais médiatiques à s’enquérir de l’information auprès des gens du terrain et, surtout, de ne pas la déformer.

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« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Le Monde, 9 février 2008

L’Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?

Rien n’assure qu’il s’agisse d’Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu’ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu’Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.

Qu’il s’agisse ou non d’Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?

La solution n’est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c’est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d’une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J’ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m’a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l’Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu’il le fasse avec d’autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.

A qui pensez-vous ?

Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l’Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s’est accaparé toutes les richesses.

Si vous arriviez au pouvoir aujourd’hui, seriez-vous toujours favorable à la création d’un Etat islamique ?

Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l’injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d’intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.

A ce propos, j’ai été très choqué d’entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu’il soutenait ceux qui avaient commis le coup d’Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l’Algérie menaçait d’être dirigée par les talibans ! C’est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite – pays où l’on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n’a pas traité le roi Abdallah de taliban !

Beaucoup tentent d’assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n’avons pas le même cheminement.

Qu’est devenu votre fils Abdelqahar, âgé de 19 ans ? L’année dernière, vous soupçonniez la Sécurité militaire algérienne de l’avoir enlevé. Mais une vidéo circulant sur Internet le montre en armes, au maquis…

Il faudrait s’assurer de l’authenticité de cette vidéo. Mon fils a disparu en octobre 2006. Tous les scénarios sont possibles. Je n’exclus rien. Je ne sais même pas s’il est vivant. Mais s’il était vrai qu’il soit monté au maquis, j’en rendrais le pouvoir responsable, de façon directe ou indirecte. Les jeunes Algériens sont manipulables, en l’absence de perspectives. C’est le désespoir qui les pousse à prendre le maquis ou à mourir en traversant la mer à bord d’embarcations de fortune…

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution dont il est actuellement question en Algérie ?

La Constitution n’est pas un jeu. Ce n’est pas à une minorité dictatoriale de décider de sa révision, mais au peuple. Et le but doit être de renforcer le pouvoir de la population, non celui du président. Ceux qui poussent M. Bouteflika à faire un troisième mandat sont ceux qui dirigent le pays. Mais le peuple en a assez du « système ». Il faut d’urgence trouver une solution politique, sinon ce sera l’explosion. Et celle-ci débordera les frontières de l’Algérie.
Propos recueillis par Florence Beaugé

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Tunisie : Droits de l’Homme et foire à la censure

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Tunisie : Droits de l’Homme et foire à la censure

lundi 28 avril 2008 Un Commentaire  n� 23531

Répression, corruption, torture

La justice est aux ordres, la corruption se généralise, la torture est fréquente. Le bilan du régime est désastreux“, résume la présidente de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) Khadija Cherif. “Cette fois, nous ne nous voulons pas d’une simple libération comme alibi“. 1

Nicolas Sarkozy ne doit pas tomber dans le piège de marchander la libération d’un seul prisonnier, comme en juillet“, estime Eric Goldstein, de l’ONG américaine Human Rights Watch (HRW), “il doit poser publiquement la question des droits de l’homme“. “Il a répété pendant sa campagne électorale que sa politique étrangère serait fondée sur le respect des droits de l’homme“, insiste Khadija Cherif, “il doit marquer sa différence avec ses prédécesseurs“.

La LTDH est interdite de congrès depuis 2005 et Tunis vient de refuser une mission de la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH).

“Lors d’un toast prononcé lors d’un dîner offert par Zine el Abidine ben Ali, Nicolas Sarkozy a défendu le président tunisien contre les accusations portées contre lui par ses opposants et les organisations de défense des droits de l’homme.

Je ne vois pas au nom de quoi je me permettrais, dans un pays où je suis venu en ami et qui me reçoit en ami, de m’ériger en donneur de leçons“, a-t-il déclaré avant d’affirmer: “Aujourd’hui, l’espace des libertés progresse (en Tunisie).”

Que le président de la république en visite dans un pays ami refuse d’y critiquer la situation des droits de l’Homme, voilà une politesse qui ne laisse d’étonner au regard de l’exigence affichée en la matière envers la Chine. Les émissaires français en visite à Pékin n’avaient-ils pas eux aussi pour mission de retisser les liens d’amitié avec la Chine passablement éprouvés par le fiasco du parcours de la flamme olympique à Paris ?

A quelles arcanes mystérieuses, la sensibilité française en matière des droits de l’Homme obéit-elle, pour que le président se dise “choqué” par la répression chinoise des troubles au Tibet, lors de sa dernière interview télévisée, et que dans le même temps, il défende le bilan du régime Tunisien en matière des droits de l’Homme, accordant un satisfecit à un régime policier dont l’arbitraire et la traque des militants pour la démocratie est de notoriété publique ?

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La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

samedi 27 juin 2009

La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante

La «pédagogie» de M. Morjane à propos des rafles : tardive et peu convaincante dans Tunisie(17) morjane1La réaction de la blogosphère et des journaux de l’opposition (voir en particulier le n° 132 d’Attariq), suite à la campagne de rafles visant l’enrôlement de jeunes pour le service militaire, a du bon. Elle a obligé le ministre de la défense à descendre de son piédestal et à essayer, lors d’une conférence de presse organisée le jeudi 18 juin dernier, d’expliquer et de justifier cette pratique d’un autre âge qui a instauré un climat de terreur parmi les jeunes, durant plusieurs jours, à travers tout le pays. Toutefois, l’exercice de pédagogie auquel a tenté de se livrer M. Kamel Morjane a essentiellement deux grands défauts : il vient un peu trop tard et, surtout, il est loin d’être convaincant.

En effet, dans un pays où l’on respecte les citoyens et où existe une véritable opinion publique, cet exercice de pédagogie et de communication doit normalement précéder ce type de campagne « sur le terrain ». Mieux encore, la réussite d’un tel exercice devrait susciter une adhésion des citoyens à la démarche du gouvernement et lui permettre de faire l’économie de ces pratiques musclées très dommageables en termes d’image !

Venons-en, maintenant, au contenu de cette communication tardive qui n’est pas exempte de faiblesses et d’incohérences. Car, en affirmant aux journalistes que l’objectif de cette campagne n’est pas principalement l’enrôlement de force dans l’armée, mais plutôt celui d’ « assurer la sécurité du citoyen et de l’ordre public », M. Morjane s’emmêle quelque peu les pinceaux. On découvre, ainsi, au détour d’une phrase anodine, qu’il y aurait une menace sur l’ordre public et notre sécurité et que la tâche de les défendre a été dévolue non pas au ministre de l’intérieur, mais à celui de la défense (sic) ! Encore plus inquiétant ! En quoi consiste cette menace ? La campagne de rafles visant les jeunes a-t-elle permis de la juguler ? Pourquoi s’en charge-t-il lui-même ? Le ministre n’estime pas nécessaire d’éclairer notre lanterne sur ces questions… De même, si l’objectif de cette campagne est seulement d’assurer la sécurité et l’ordre publics, pourquoi l’essentiel de la conférence de presse tourne-t-il autour de la question du service militaire, de son statut et de la nécessité de lui construire, dans la société, une image plus positive?

A ce niveau, M. Morjane conteste l’utilisation du mot « rafles » pour décrire ces opérations où les forces de l’ordre encerclent un quartier et où les policiers, armés de matraques et se faisant aider par des chiens, appréhendent des jeunes et les font monter dans de sinistres voitures cellulaires (resic) ! Même si ça y ressemble beaucoup, il ne faut pas désigner ces opérations par ce mot car il serait « à connotation colonialiste ». Toutefois, et dans l’attente que l’on puisse enrichir le lexique par un vocable plus politiquement correct, M. le ministre devrait méditer le fait que, 53 ans après l’indépendance du pays, ce mot n’est pas prêt de disparaître du vocabulaire de notre société qui, elle, sait appeler un chat « un chat » ! Il pourrait, peut-être, y voir le signe d’une coupure entre les jeunes et le pouvoir et, plus généralement, entre gouvernés et gouvernants, dans ce pays.

C’est là, en effet, que gît, principalement, le problème. Et, au lieu de le résoudre en adoptant des pratiques humiliantes et incompatibles avec l’idéal démocratique, il aurait fallu, d’abord, s’interroger pourquoi l’attitude des jeunes, et pas seulement eux, vis-à-vis du service militaire, est aussi négative ? Pourquoi ce qui devrait être appréhendé comme un devoir sacré est plutôt perçu comme une punition – et les rafles ne font que consolider ce sentiment ? Certes, le ministre esquisse un début de réponse : il estime, d’un côté, que la sensibilisation à l’importance du devoir national n’est pas assez efficace et, de l’autre, que « nos jeunes sont choyés » !! L’analyse est, avouons-le, un peu courte. Car, une meilleure stratégie de communication avec, par exemple, de plus beaux spots télévisés, n’améliorera pas la situation. On reconnaît, dans cette approche, les attitudes habituelles du pouvoir, qui a souvent tendance à identifier des problèmes techniques là où il s’agit de vrais problèmes politiques !

Les choses iront sans doute dans le bon sens le jour où les Tunisiens, dans leur ensemble, vivront pleinement leur citoyenneté et qu’ils percevront la classe politique comme issue de leurs choix, comme leur propre émanation, le jour où il y aura égalité de tous devant le service militaire, qui ne sera plus l’apanage des plus défavorisés et le jour où le pouvoir lui-même le percevra comme un devoir sacré et non comme un moyen de remplir ses caisses à travers la logique bassement mercantile des «affectations individuelles». Mais, peut-être est-ce là trop demander…

Boubaker Jridi

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Interview Dr Salah-Eddine Sidhoum

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Pour notre dossier consacré aux intellectuels algériens, nous invitons le Dr Salah-Eddine Sidhoum afin d’en débattre et de faire le point sur la situation. Le Dr Sidhoum est chirurgien et défenseur des droits de l’homme en Algérie; vous pouvez biensur poser vos questions et faire vos commentaires en bas de cette même page. Nous remercions infiniment notre invité pour sa disponibilité et invitons nos lecteurs à garder les interventions à la hauteur d’un débat que nous souhaitons constructif et serein.

sidhoum-full1. Que signifie pour vous le mot » intellectuel» , et plus particulièrement comment définiriez-vous l’intellectuel algérien d’aujourd’hui ?

Avant tout, je ne vais pas m’aventurer dans des considérations philosophiques pédantes, incompréhensibles au commun de nos honorables lecteurs ni m’étaler sur des définitions alambiquées.
A mon humble avis, l’intellectuel n’est pas seulement un producteur d’idées, c’est aussi celui qui lutte sur le terrain pour les mettre en pratique et les faire aboutir. Un intellectuel est une personnalité engagée, indépendante à la fois des idéologies et du pouvoir. C’est un défenseur acharné de la dignité humaine et des libertés. C’est un tout. Ce n’est pas ce bardé de diplômes, imbu de sa personne, hautain, donneur de leçons du haut de son piédestal, méprisant envers son peuple et se mettant à plat-ventre et de manière déconcertante devant l’ignorance au pouvoir, comme nous le voyons hélas, dans notre pays. Ce n’est pas le cas de tout le monde certes, mais c’est le cas malheureusement d’une grande partie de nos « alphabètes ».

Deux définitions de l’intellectuel me viennent à l’esprit et que je fais miennes.
L’une est de l’homme politique italien, Leonardo Sciascia qui disait que « l’idée que je me fais du monde intellectuel est si large que celui-ci inclut toute personne en mesure de penser, d’avoir une intelligence de la réalité (….) et que la preuve administrée quotidiennement en est que beaucoup d’auteurs de livres ou d’articles ne sont pas le moins du monde capables de lire la réalité, de la comprendre, de la juger ».

L’autre est d’André Malraux : « un intellectuel n’est pas seulement celui à qui les livres sont nécessaires mais tout homme dont une idée, si élémentaire soit-elle, engage et ordonne la vie ».

Et le monde a connu des intellectuels qui ont défendu les principes de liberté, de justice et de démocratie. Je pense à Zola, dans l’affaire Dreyfus. Je pense également aux signataires du Manifeste des 121 durant la guerre de libération, à Mandela, à Vaclav Havel, Kundera, Geremek et tant d’autres. Ils ont défendu El Mebda (le principe), quand d’autres chez nous, sont fiers et heureux de défendre El Khobza (privilèges).
Notre civilisation a connu également des intellectuels de la trempe d’Ibn Khaldoun, Ibn Rochd, Ibn Sina dont l’autonomie de la pensée n’a pu être corrompue ni apprivoisée par les tenants du pouvoir et de l’avoir.

2-On observe un désengagement de la part des intellectuels algériens vis à vis de  la situation en Algérie. Quelles sont, à votre avis, les raisons qui expliquent ce marasme qui frappe nos élites ?

A quelle période de notre histoire contemporaine, nos  intellectuels se sont-ils engagés dans le combat politique pour pouvoir parler aujourd’hui de désengagement ? Et je crois que ce problème remonte à très longtemps. Déjà en 54, la révolution libératrice a démarré sans eux. Certains prendront le train en marche à partir de 56. Quant à la poignée d’intellectuels dignes, certains mourront les armes à la main (Amara Rachid, Benzerdjeb, Farès Yahia, Lotfi, Aït Idir, etc). D’autres enfin seront égorgés par leurs propres frères, suite aux sanglantes purges de la « bleuïte » particulièrement dans les wilayas 3 et 4.

Quant à la majorité, elle préférera suivre la guerre de loin. C’est cette majorité, postée au carrefour des vents, qui se mettra avec zèle, au lendemain de l’indépendance, au service de l’imposture au pouvoir. Nous les retrouveront, à la veille de l’indépendance à Tripoli, mettant leur science (sans conscience) au service des comploteurs des frontières, rédigeant la tristement célèbre Charte de Tripoli qui mettait fin à l’Idéal de Novembre. Nous les apercevrons également, durant l’été 62, papillonnant autour du « groupe de Tlemcen », auteur du coup d’Etat contre le GPRA. Tout comme nous les retrouverons lors du complément de Coup d’Etat de juin 65, puis à l’ère du socialisme « triomphant », de la « charte nationale », du libéralisme débridé des années 80. Ils sont toujours là à tourner et à retourner leurs vestes et à jouer aux « chaouchs » de service.

Nous connaissons tous, l’attitude honteuse d’une certaine « élite » au cours et après le Coup d’Etat de janvier 92 et comment elle a été abjectement utilisée par un quarteron de putschistes qui allaient plonger l’Algérie dans une mer de sang et de larmes, pour sauver leurs privilèges. Des « élites » autoproclamées « démocrates » qui s’opposeront à la volonté populaire exprimée à travers les urnes et qui venait de légitimer les trois Fronts pour diriger le pays. Des « élites » qui avaient brillé, outre par leur démocratie sélective, mais plus grave encore par leur indignation sélective quand des dizaines de milliers d’Algériens étaient torturés, exécutés sommairement ou arbitrairement condamnés par une justice d’exception. Une grande partie de l’opinion publique internationale s’en est émue, alors qu’une partie de notre « élite » applaudissait. C’est triste et ignoble !

Chez certains de nos intellectuels, le dénigrement, l’avanie et l’injure remplacent l’argument et l’idée. Et pour reprendre un ami universitaire « faute de produire, ils citent et récitent ce qu’ont dit d’autres, de préférence d’Outre-Méditerranée ».

Nous n’avons pas de classe intellectuelle au sens noble du terme. Il existe d’admirables et courageuses individualités intellectuelles, mais cela ne suffit pas. Nous ne devons pas cependant, tout rejeter sur ce système. Nos tares y sont pour beaucoup. La boulitique du régime ayant fait le reste. Il ne s’agit pas d’un marasme comme vous le dites, qui frappe nos élites. C’est beaucoup plus grave. Il s’agit d’une trahison historique et je pèse mes mots.
L’Algérie est certes, malade de son régime politique mais elle est surtout malade de ses élites.

3- Pour justifier l’absence de réactivité des intellectuels algériens, il est souvent évoqué le poids de la censure et des pressions exercées par le pouvoir. Pourtant, cela n’a pas empêché des gens comme vous de continuer à lutter. Ne pensez-vous pas qu’il s’agit, in fine, d’un alibi pour fuir leurs responsabilités ?

Absolument. On n’a pas besoin d’un cadre officiel ou d’une autorisation de son oppresseur pour lutter et se libérer de l’oppression. Vaclav Havel et ses compagnons de la Charte 77 n’avaient pas besoin d’une autorisation du régime totalitaire tchécoslovaque en place dans les années 70, pour mener le combat pour les droits de l’Homme et les libertés démocratiques et affronter par l’idée et l’écrit le « grand camarade » soviétique. Il en est de même des intellectuels Polonais. Ces intellectuels n’ont pas eu peur de perdre leur khobza et d’aller en prison pour leurs idées et leurs idéaux. Et nous savons comment Havel a pu avec ses compagnons, mener sa révolution de velours et assurer de manière pacifique la transition d’un régime totalitaire à un régime démocratique. C’est l’exemple type de l’intellectuel politisé et engagé qui est la hantise des dictatures.

Nous répétons toujours que notre liberté nous la devons aux sacrifices de notre peuple et au million et demi de martyrs. Et nous n’attendrons pas l’autorisation d’ex-sous-chefs de la police politique pour nous exprimer et nous organiser afin de reconstruire notre Algérie détruite par des imposteurs érigés en tuteurs d’un peuple. Cette Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens. Et ni la répression, ni la prison, ni même les balles assassines n’arrêteront les fils et petits fils d’Abane, Ben Boulaïd, Ben M’hidi et Didouche, dans leur combat pour le parachèvement de l’œuvre du 1er novembre 54 et l’instauration de l’Etat de Droit dans une Algérie de toutes et de tous.

4-  Vos actions – l’appel du 19 mars pour un changement démocratique en Algérie entre autres- trouvent-elles sur le terrain de l’écho auprès des intellectuels algériens, que ceux-ci soient établis en Algérie ou l’étranger ?

Mais bien sûr. De nombreux véritables intellectuels, de tous bords, arabophones et francophones d’ici et de notre chère diaspora ont adhéré dès les premiers jours à cet Appel fédérateur où se sont reconnus tous les patriotes, de par les principes démocratiques et les valeurs civilisationnelles qu’il véhicule. Nos compatriotes sont impatients de participer à cette œuvre de salut public. Nous l’avons constaté à travers les débats sur l’organe d’information de l’Appel (Le Quotidien d’Algérie), le courrier que nous recevons, les contacts directs que nous avons avec nos compatriotes sur le terrain et les réunions et conférences que nous tenons. Mais comme nous leur disons, il ne faut pas brûler les étapes. Il faut aller lentement mais sûrement et dans la transparence la plus totale et surtout pas d’aventurisme. Bien sûr, et il faut avoir l’honnêteté de le dire, cet Appel au peuple n’a pas plu aux intellectuels de salon et d’officines – ces hautains donneurs de leçons – et aux politicards sans ancrage qui ont peur de l’instauration de la véritable démocratie et de l’Etat de droit. Ils n’ont comme armes que la critique stérile, l’intrigue et les gesticulations politiciennes. Non seulement ils ne produisent rien (en dehors des hurlements et de la gesticulation) mais ils essaient d’empêcher les autres de produire et d’agir.

5- Quelle est votre analyse justement sur la situation de l’opposition en Algérie aujourd’hui ?

A mon humble avis, il n’y a pas de véritable opposition. Tous les partis qui avaient un ancrage populaire ont été neutralisés. Le seul parti autonome et qui reste encore debout est le FFS et ce, malgré les campagnes de déstabilisation dont il fait l’objet depuis plus d’une décennie. Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Tout le reste n’est que folklore politique. Un ramassis de troubadours et de marionnettes politiques qu’on sort à l’occasion de carnavals électoraux pour amuser la galerie et garnir cette vitrine pseudo-démocratique dont a besoin le régime, pour essayer de leurrer (vainement) l’opinion publique internationale.
Je crois qu’à l’état actuel, la véritable opposition est à construire (ou à reconstruire).

6-  Dans vos écrits, vous faites souvent appel au rassemblement. Cependant, certains vous reprochent d’encourager le dialogue avec les islamistes, et pas qu’avec les modérés.  Qu’avez-vous à leur répondre ?

Nous disons toujours que devant cette grave crise politique qui perdure depuis 62 et qui réside dans la problématique de la LEGITIMITE DU POUVOIR, ni un zaïm, ni un messie, ni un parti, ni un courant politique à lui seul ne peut résoudre ce problème si complexe. Si nous voulons constituer une véritable force politique qui pourra secouer ce régime et aboutir au véritable changement, il faut rassembler toutes les volontés intellectuelles et politiques, sans exclusion aucune. Il ne peut y avoir de solution efficiente en dehors du rassemblement de toutes les forces politiques réelles. Non seulement, nous avons encouragé le dialogue sans exclusion, mais nous avons, durant près de quatre années, avant la diffusion de l’Appel, dialogué avec des intellectuels et des politiques de tous bords, sans exclusion aucune. De quel droit et au nom de quelle « démocratie » devons-nous exclure des pans politiques qui ont un ancrage populaire ?

La véritable démocratie appelle au dialogue avec toutes les forces politiques réelles et représentatives. Au nom de quelle « démocratie », une minorité atteinte de schizophrénie politique, voudrait s’ériger en majorité et s’arroger le droit de distribuer des brevets de « démocratie » à qui elle veut et d’exclure qui elle veut ?
« Il n’y a de politique qui vaille en dehors des réalités » disait un Homme d’Etat. Voulons-nous construire l’Algérie de demain sur la base des réalités ou voulons-nous nous inscrire dans la stratégie du régime illégitime et continuer à construire sur du virtuel avec des pantins politiques, des partis préfabriqués et des institutions factices ? La question reste posée !

7- Mustapha Farouk Ksentini, président de la Commission Consultative pour la Promotion et la Protection des Droits de l’Homme a fait dernièrement cette déclaration pour le moins audacieuse «  L’Algérie est une démocratie à ciel ouvert, l’Algérie est devenue un véritable État démocratique ». En tant que défenseur des droits de l’homme, comment avez-vous reçu cette déclaration ?

J’aurais voulu répondre à une autre question ayant trait à l’avenir du pays, à l’Etat de Droit à construire demain, après la libération de l’Algérie de cette « voyoucratie« , plutôt que de commenter les inepties nauséeuses de ce fonctionnaire d’El Mouradia.

Contrairement à ce qu’il dit « l’Algérie est une prison à ciel ouvert, l’Algérie est devenue une véritable république bannière  », n’en déplaise aux larbins au service de l’ignorance au pouvoir.

8 – Que pensez-vous du troisième mandat de Bouteflika et du projet politique de son frère Saïd qui projette la création de son propre parti ?

Nous ne nous sommes jamais inscrits dans la stratégie du régime illégitime pour nous intéresser aujourd’hui à sa fuite en avant et à ses gesticulations politiciennes. Nous avons dit il y a quelques mois, lors du carnaval électoral, qu’il s’agissait d’un non-événement. Et effectivement, ce fut un non-événement comme l’a attesté l’abstention massive de la population à ce scrutin à la Kim Il Sung et à la Saddam. Et ce n’est pas la fraude et l’hypertrophie des chiffres dignes de Neagelen, qui tromperont l’opinion nationale et internationale.

Vous parlez d’un 3e mandat, mais en réalité c’est le même et unique mandat d’un système qui perdure depuis 62. Il y a seulement une alternance clanique au gré des rapports de force au sein des gangs du système. Le problème n’est pas celui de tel ou tel individu, c’est celui d’un système politique dégénéré qu’il faudra impérativement changer de manière radicale et pacifique.

Il est clair et pour reprendre le langage populaire, qu’une grande majorité de la population est dans un oued et le pouvoir et sa base sociale sont dans un autre oued. Et nous avons l’honneur et la fierté d’être dans l’oued de notre peuple, comme nous l’avons toujours été durant les moments difficiles.

Hélas, l’absence d’une réelle opposition et face à ce vide politique sidéral, le régime se retrouve seul à mener le bal sur la place. Il fait ce qu’il veut, sans pudeur, ni retenue aucunes. Et malgré qu’il soit dans sa phase descendante, terminale, il perdurera tant qu’il n’a pas en face de lui une véritable opposition représentative des forces politiques réelles et porteuse d’une alternative démocratique crédible.

9- Un mot pour conclure ?

Je tiens avant tout à vous remercier pour votre aimable invitation et à saluer mes compatriotes, lecteurs de votre site, avec lesquels, nous souhaitons enclencher un débat fraternel et serein sur l’avenir de notre pays.

Je pense à mon humble avis que le régime et ses clientèles sont pris à leur propre piège, enfermés eux aussi dans cette impasse dans laquelle ils ont poussé le pays et la société. Le pouvoir, en réalité ne maîtrise plus rien, en dehors de ses services répressifs et ce, malgré les apparences fortement trompeuses. Il se lance dans une fuite en avant extrêmement dangereuse qui peut mener le pays vers ce que nous avons appelé un tsunami populaire et qui risque, à Dieu Ne Plaise, d’emporter le pays.

Face à ce régime, il y a un vide politique sidéral, en l’absence d’une véritable opposition et qu’il faut impérativement combler.
Il existe cependant au sein de la société, un consensus manifeste sur la nécessité d’un changement radical et pacifique du système politique.
Il est de notre devoir, en tant qu’intellectuels et politiques, de présenter à notre peuple une alternative démocratique réaliste et crédible à ce régime dégénéré et moribond.

Le verrouillage politique et la répression, aussi sauvage soit-elle ne doivent pas servir d’alibi ni constituer des obstacles devant la volonté de changement des Hommes Libres.

Notre initiative sincère de rassemblement des volontés intellectuelles et politiques sans exclusion ni exclusive devient une nécessité impérieuse pour créer cette dynamique populaire de changement et redonner espoir à notre peuple el Mahgour.

Nous devons ensemble poser les vrais problèmes et nous défaire des faux clivages. Cette œuvre de salut public n’est pas facile, après tant de drames, de heurs et de malheurs. Mais elle n’est pas impossible. Nos parents en 54 étaient dans la même situation et ont pu déclencher le processus libérateur.

Nous devons impérativement sortir des palabres de chapelles et de clans pour nous investir dans un large dialogue avec la société et réfléchir avec elle sur son avenir et son devenir. Tout comme nous devons sortir de la stratégie diabolique et destructrice du régime et imposer la nôtre, pacifique et constructive.

Œuvrons ensemble sur la base de valeurs et de principes démocratiques et dans le cadre d’un compromis politique historique à rassembler les Algériennes et les Algériens, sans exclusion et sans exclusive (et nous insistons sur cela) dans un Front du Changement National (Djabhat Etaghyir El Watani) pour libérer le pays de ce régime illégitime et construire un Etat de Droit dans une Algérie de toutes et de tous.

Fraternelles et respectueuses salutations à toutes et à tous.

Dr Salah-Eddine Sidhoum

Entretien réalisé par Fayçal Anseur pour Algerie-Focus.com

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

 

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