L’AFFAIRE DJAOUT: UN CRIME POLITIQUE NON ÉLUCIDÉ

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

L’AFFAIRE DJAOUT: UN CRIME POLITIQUE NON ÉLUCIDÉ

Par Arezki Aït-Larbi

L’assassinat du journaliste n’a toujours pas livré ses secrets.

Alger, 8/03/01 - En quittant son domicile situé à Baïnem, une cité populaire de la Banlieue ouest d’Alger, Tahar Djaout, écrivain, journaliste et directeur de la rédaction de l’hebdomadaire Ruptures ne se doutait pas que sa vie allait prendre, ce 26 mai 1993, un tournant tragique.

Il est 9 heures du matin. Tahar Djaout entre dans sa voiture, et allume le moteur. Un jeune homme tapote sur la vitre, comme s’il voulait demander quelque chose. Djaout le regarde: il se retrouve brusquement face au canon d’un revolver.

Dans un ultime et dérisoire réflexe de défense, il lève les mains en bouclier. Une détonation, puis une deuxième… Le sort du poète est scellé: touché à la tête, il sombre dans un coma profond, dont il ne se réveillera jamais. Les agresseurs jettent le corps encore agité de soubresauts sur le sol, montent dans le véhicule, et démarrent en trombe.

Du balcon qui surplombe le parking, des voisines qui ont vu toute la scène donnent l’alerte. Évacué vers l’hôpital de Baïnem, Tahar Djaout rendra l’âme une semaine plus tard.

Les aveux télévisés
Le 1er juin 1993, au journal de 20 heures, un jeune homme de 28 ans, Belabassi Abdellah, passe aux aveux. Présenté comme le chauffeur du commando, il affirme que l’ordre d’abattre Tahar Djaout venait de Abdelhaq Layada, « émir » du GIA, et qu’une fatwa avait été lancée contre le journaliste, car « il était communiste, et avait une plume redoutable qui influençait les musulmans! »

Puis, il donne les noms de ses complices: Boubekeur Ras-Leghrab, marchand de bonbons et chef du groupe, Brahimi Mohamed dit Toufik, Ahmed Benderka et Abdelkrim Aït-Ouméziane. Il affirme que pour brouiller les pistes, il devait les déposer à Bab-El-Oued (environ 15 km de la cité de Baïnem où habitait Djaout), et les récupérer, après l’attentat, dans un autre endroit. Ultime révélation, il serait l’unique survivant du commando, ses complices ayant tous étés abattus lors d’accrochages avec les forces de police.

Saïd Mekbel, le célèbre billettiste du journal Le Matin ne cache pas son scepticisme: « On nous annonce que quatre des assassins de Tahar Djaout ont été tués », écrit-il le lendemain dans Mesmar Djeha, sa chronique quotidienne. « Qu’on me pardonne de le dire si brutalement : l’annonce a été reçue comme un gros gag, elle a même fait rire certains… de désespoir. C’est qu’on ne croit plus rien, on ne croit plus personne. »

Ce doute sera conforté par de curieuses lacunes dans l’enquête. En retrouvant, quelques heures après l’attentat, le véhicule de Djaout utilisé par les assassins pour leur fuite, la police s’est empressée de le restituer à la famille, sans procéder aux expertises d’usage. Les voisines qui, de leur balcon, ont vu les assassins, n’ont pas été convoquées pour éventuellement les identifier…

« Commanditaires de l’ombre »
Au lendemain de l’enterrement, une vingtaine d’artistes et d’intellectuels décident de créer un « Comité vérité Tahar Djaout ». Dans un communiqué publié le 7 juin 1993, ils appellent l’opinion publique à les soutenir dans leur quête, car, écrivent-ils, « trop de crimes politiques restent impunis dans notre pays. Les images de lampistes exhibées à la télé ne pourront masquer les commanditaires de l’ombre. »

Parmi les signataires, le professeur en psychiatrie Mahfoud Boucebsi, le chirurgien Soltane Ameur, les écrivains Rachid Mimouni et Nordine Saâdi, le cinéaste Azzedine Meddour et le journaliste Omar Belhouchet. Saïd Mekbel, coordinateur du comité, explique ses objectifs: « nous sommes résolus à lancer une tradition pour connaître les vrais auteurs et commanditaires de ces crimes. »

Le lendemain vers 11 heures 30, le professeur Boucebsi est assassiné de plusieurs coups de couteau devant l’entrée de l’hôpital Drid Hocine, où il était chef de service. À 16 heures, des policiers se présentent au siège de l’hebdomadaire Ruptures, et demandent « les adresses des membres du Comité pour assurer leur protection! » Certains d’entre eux refusent, d’autres, sous la pression, choisiront l’exil. « L’assassinat du professeur Boucebsi est la preuve que nous avons mis le doigt sur un point sensible », confie Saïd Mekbel à des amis. Le 3 décembre 1994, il est abattu, en plein jour à son tour, dans un restaurant d’Alger.

Les juges ne suivent pas
Juillet 1994, l’affaire Djaout arrive devant la Cour spéciale d’Alger, juridiction d’exception créée en 1993 pour juger les affaires de terrorisme, et aujourd’hui dissoute. Dans le box des accusés, le « chauffeur » Belabassi Abdellah et « l’émir » Abdelhaq Layada, arrêté une année auparavant, ont la mine crispée. Le procès commence par un coup de théâtre: Belabassi revient sur ses aveux télévisés et déclare avoir parlé sous la torture. Ses avocats affirment même détenir la preuve qu’au moment du crime, il s’entraînait avec son club de Hand-ball au stade algérois du « 5 juillet. »

Quant à Layada, déjà condamné à la peine capitale pour d’autres crimes, il semble tenir à son innocence dans celui-ci, comme si sa vie en dépendait: « je ne connaissais même pas Tahar Djaout; plaide-t-il, je n’ai entendu parler de lui qu’après sa mort… » En effet, au moment de l’attentat, « l’émir » du GIA se trouvait au Maroc depuis deux mois, avant d’être extradé vers l’Algérie une année plus tard, suite à d’âpres négociations entre les autorités des deux pays. Expédié en quelques heures, le procès se termine par un verdict surprenant: Layada est acquitté et Belabassi, poursuivi pour complicité dans d’autres attentats, écope d’une peine de dix ans de prison.

Hérésie Subversive
À l’annonce de cette sentence, Layada apostrophe les journalistes, venus nombreux: « la justice m’a innocenté dans cette affaire, j’espère que vous en tiendrez compte dans vos articles! » Cet acquittement n’empêchera pas des journaux de revenir sur la fable du « poète assassiné par un marchand de bonbons, sur ordre d’un tôlier! » Sans doute pour conforter le classement du dossier judiciaire et éviter les questions restées, à ce jour, sans réponse: qui sont les véritables assassins de Tahar Djaout? Qui sont leurs commanditaires?

Dans un pays qui n’a pas fini de compter ses morts, cette quête de vérité peut paraître dérisoire. Pour certains milieux « républicains », c’est une hérésie subversive. Au nom de « la famille qui avance », une formule empruntée au dernier éditorial de Tahar Djaout et détournée de son sens initial, de véritables « commissaires politiques » sont chargés de traquer les velléités de remise en cause des « vérités » officielles: le moindre doute, la plus timide interrogation sont condamnés comme des « tentatives d’absoudre les islamistes de leurs crimes! »

Malgré ces manœuvres, il reste toutefois une certitude: huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, reste une énigme.


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Dixième anniversaire de l’assassinat de Saïd Mekbel

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

Dixième anniversaire de l’assassinat de Saïd Mekbel

La vérité a besoin de témoins

Voilà bientôt dix ans que Saïd, ce voleur qui… nous quittait en laissant plus de mille billets. Des chroniques : « El Ghoul », « A belles dents », « Mesmar J’ha », en passant par des interviews imaginaires, des écrits dans El Manchar, Baroud ou encore Rupture.

De ses écrits, il dira : « Je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe… J’essaie de faire en sorte de ne pas être avec et pour ceux dont la vocation est de former puis dresser des troupeaux… dans le respect bien compris de cette liberté individuelle. » Ses billets abordaient tout ce qui touchait le pays, avec quelques rares allusions à son propre vécu, quand il écrit par exemple : « On a connu un DG qui, le jour où il devait quitter son fauteuil, régla ses comptes… en signant des décisions dont l’exécution était laissée à son successeur. Pour l’anecdote, cela se passa juste avant octobre 1988… » Mais c’est « Double Casquette », parue à la une du premier numéro d’Alger Républicain 1989, qui signe son retour à la presse, il demande alors à Chadli de choisir entre la présidence du FLN et celle de la République : « D’aucuns souhaitent que le président de la République abandonne la présidence du FLN. » Il reprend en 1991 : « De la stature de notre Président, ne retiendrons-nous donc que le côté Chadli mini ? » Pour le Premier ministre Hamrouche, il aura cette petite remarque : « Il apparaît avec un chapelet de prière à la main… qui pourrait bien annoncer… le ralliement… la complicité. » Puis il se demandera quelle différence il y a entre « Hachani disant : quand nous serons au pouvoir, les journalistes nous rendront des comptes…, et cette personnalité du pouvoir : dorénavant, les journalistes devront arracher la liberté de la presse ». Au cheikh du FIS, conseillant de se préparer à changer les habitudes vestimentaires et alimentaires, il répondra : « … Je vous incite en toute fraternité à aller… vous rhabiller. » A l’arrivée de Boudiaf, « le brasseur d’argile » pour certains, il note l’absence de ses compagnons de guerre, Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, en précisant : « Ce morceau de datte qui est recraché… signe qu’une certaine Algérie lui est restée en travers de la gorge. » De Bouteflika, il aura cette prémonition : « …. Avoir gardé le silence pendant quatorze années pour un homme politique de l’envergure de Bouteflika, c’est plus qu’une erreur, c’est une faute grave que nous risquons peut-être d’endosser, car après quatorze années d’abstinence verbale, s’il est désigné comme Président, il aura tellement de choses à raconter qu’il en oublierait peut-être notre envie de parler. » Concernant le passé de la presse, il écrira : « Nous avions montré beaucoup de générosité dans l’attaque contre certains hommes qui sont aujourd’hui devenus notre honneur… Pour que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs. » Puis à certains qui proposent la création d’un comité d’éthique, il répondra : « Chacun de nous est libre de se baigner dans ce qu’il veut… mais je crains les moutons de notre profession… Ceux qui retournent la veste, ceux qui s’agenouillent et se prosternent, offrant aux nouveaux maîtres ce petit trou de balle qui leur sert de nombril et qui a déjà évacué ce qui leur restait de dignité. » Parlant de la torture, il propose de donner des cendriers aux agents de police, en leur expliquant qu’« ils sont à offrir à quelques-uns de leurs collègues, fumistes de profession, qui, dans certains commissariats, demandent aux détenus d’ouvrir la bouche pour l’offrir en guise de cendrier ». A qui profite le crime ? « …Tant ils sont faits pour arranger toutes les extrémités politiques qui veulent conquérir ou se maintenir au Pouvoir. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dérouler sur le chemin qui mène au fauteuil que ce macabre tapis fait de ces corps d’intellectuels… ? » De la destruction du pays, il prendra l’exemple de la cimenterie de Meftah « qui a été l’objet d’un sabotage terroriste… minimum trois mois d’arrêt, s’il appauvrit un pays de plus en plus touché, s’il touche un citoyen de plus en plus appauvri, il doit bien se trouver quelque part des salopards que cela doit enrichir ». Puis, il décrira l’enterrement de Hirèche : « … Son frère répétant sans cesse : “Khad’ouna“ – ils nous ont trahis. » « Sur le chemin du retour, on voit un bourgeois, qui, les mains dans les poches, constate d’un air satisfait l’état d’avancement des travaux de sa villa » et ajoutera en montrant du doigt ceux d’en haut : « Vous trouvez normal… qu’un simple citoyen n’ose même pas faire la chaîne pour acheter son pain, alors qu’un Nahnah, Mehri ou qu’un Ben Bella ou autres énergumènes politiques peut se permettre une flânerie tranquille en ville ? » Il se posera d’ailleurs la question de savoir qui va le tuer : « J’ai parfois grande envie de rencontrer les assassins et surtout les commanditaires » car, plus encore, « je voudrais bien savoir qui va ordonner ma mort ». A un avertissement du Haut Comité d’Etat (HCE), il répondra : « Mais il y en a d’autres aussi, des moins haut placés, qui risquent leur vie… gendarme, soldat, policier et, aujourd’hui, simple citoyen… Il faut aussi qu’on se souvienne que dans notre métier, on court aussi des risques pour sa vie. » De la jeunesse, il se demande « quelle espèce de mutants sont-ils en train de faire naître les trafiquants d’armes et de drogue, les escrocs de la finance, les escrocs de la religion… » Des femmes, il dira : « Combien d’hommes incompétents ont occupé un poste que des femmes compétentes n’ont pas occupé ? » Il raconte l’histoire de cet homme qui vient de recevoir une lettre anonyme lui ordonnant de fermer sa clinique : « Je ne dors plus car je ne sais quoi faire… » Il conseille : « Confiez donc la direction de votre clinique à une femme et partez tranquille. » Pour lui, l’intolérance, c’est cette lettre de ce « combattant anonyme » qui promet une Algérie islamique en condamnant à mort cet autre lecteur, « qui avait eu la lâcheté d’indiquer son nom, d’affirmer qu’il était algérien chrétien, assumant son identité, vivant sa foi, ses convictions et ses idées… » Il en parlera encore, lors de l’assassinat des deux religieuses espagnoles : « Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Sur deux religieuses, deux créatures de Dieu… qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de miséricorde ? Vers quel monde de ténèbres allons-nous, nous qui ne rêvons que de lumière ? » L’avenir du pays ? Il constate : « Chaque jour qui passe vaut une année de perdue… au moins dix ans de retard sur les terrains… On a reculé, tellement reculé, que dans cet élan, on va sauter la transition et aller à la révolution… » Pour conclure, il laissera cette note : « C’est aux lecteurs, à eux en particulier, que je livre ces écrits du jour le jour, modestes traces laissées par un citoyen… car la vérité est comme la justice : elle a besoin de témoins… Même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent. »

Par Nazim Mekbel

La vérité a besoin de témoins

Voilà bientôt dix ans que Saïd, ce voleur qui… nous quittait en laissant plus de mille billets. Des chroniques : « El Ghoul », « A belles dents », « Mesmar J’ha », en passant par des interviews imaginaires, des écrits dans El Manchar, Baroud ou encore Rupture.

De ses écrits, il dira : « Je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe… J’essaie de faire en sorte de ne pas être avec et pour ceux dont la vocation est de former puis dresser des troupeaux… dans le respect bien compris de cette liberté individuelle. » Ses billets abordaient tout ce qui touchait le pays, avec quelques rares allusions à son propre vécu, quand il écrit par exemple : « On a connu un DG qui, le jour où il devait quitter son fauteuil, régla ses comptes… en signant des décisions dont l’exécution était laissée à son successeur. Pour l’anecdote, cela se passa juste avant octobre 1988… » Mais c’est « Double Casquette », parue à la une du premier numéro d’Alger Républicain 1989, qui signe son retour à la presse, il demande alors à Chadli de choisir entre la présidence du FLN et celle de la République : « D’aucuns souhaitent que le président de la République abandonne la présidence du FLN. » Il reprend en 1991 : « De la stature de notre Président, ne retiendrons-nous donc que le côté Chadli mini ? » Pour le Premier ministre Hamrouche, il aura cette petite remarque : « Il apparaît avec un chapelet de prière à la main… qui pourrait bien annoncer… le ralliement… la complicité. » Puis il se demandera quelle différence il y a entre « Hachani disant : quand nous serons au pouvoir, les journalistes nous rendront des comptes…, et cette personnalité du pouvoir : dorénavant, les journalistes devront arracher la liberté de la presse ». Au cheikh du FIS, conseillant de se préparer à changer les habitudes vestimentaires et alimentaires, il répondra : « … Je vous incite en toute fraternité à aller… vous rhabiller. » A l’arrivée de Boudiaf, « le brasseur d’argile » pour certains, il note l’absence de ses compagnons de guerre, Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, en précisant : « Ce morceau de datte qui est recraché… signe qu’une certaine Algérie lui est restée en travers de la gorge. » De Bouteflika, il aura cette prémonition : « …. Avoir gardé le silence pendant quatorze années pour un homme politique de l’envergure de Bouteflika, c’est plus qu’une erreur, c’est une faute grave que nous risquons peut-être d’endosser, car après quatorze années d’abstinence verbale, s’il est désigné comme Président, il aura tellement de choses à raconter qu’il en oublierait peut-être notre envie de parler. » Concernant le passé de la presse, il écrira : « Nous avions montré beaucoup de générosité dans l’attaque contre certains hommes qui sont aujourd’hui devenus notre honneur… Pour que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs. » Puis à certains qui proposent la création d’un comité d’éthique, il répondra : « Chacun de nous est libre de se baigner dans ce qu’il veut… mais je crains les moutons de notre profession… Ceux qui retournent la veste, ceux qui s’agenouillent et se prosternent, offrant aux nouveaux maîtres ce petit trou de balle qui leur sert de nombril et qui a déjà évacué ce qui leur restait de dignité. » Parlant de la torture, il propose de donner des cendriers aux agents de police, en leur expliquant qu’« ils sont à offrir à quelques-uns de leurs collègues, fumistes de profession, qui, dans certains commissariats, demandent aux détenus d’ouvrir la bouche pour l’offrir en guise de cendrier ». A qui profite le crime ? « …Tant ils sont faits pour arranger toutes les extrémités politiques qui veulent conquérir ou se maintenir au Pouvoir. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dérouler sur le chemin qui mène au fauteuil que ce macabre tapis fait de ces corps d’intellectuels… ? » De la destruction du pays, il prendra l’exemple de la cimenterie de Meftah « qui a été l’objet d’un sabotage terroriste… minimum trois mois d’arrêt, s’il appauvrit un pays de plus en plus touché, s’il touche un citoyen de plus en plus appauvri, il doit bien se trouver quelque part des salopards que cela doit enrichir ». Puis, il décrira l’enterrement de Hirèche : « … Son frère répétant sans cesse : “Khad’ouna“ – ils nous ont trahis. » « Sur le chemin du retour, on voit un bourgeois, qui, les mains dans les poches, constate d’un air satisfait l’état d’avancement des travaux de sa villa » et ajoutera en montrant du doigt ceux d’en haut : « Vous trouvez normal… qu’un simple citoyen n’ose même pas faire la chaîne pour acheter son pain, alors qu’un Nahnah, Mehri ou qu’un Ben Bella ou autres énergumènes politiques peut se permettre une flânerie tranquille en ville ? » Il se posera d’ailleurs la question de savoir qui va le tuer : « J’ai parfois grande envie de rencontrer les assassins et surtout les commanditaires » car, plus encore, « je voudrais bien savoir qui va ordonner ma mort ». A un avertissement du Haut Comité d’Etat (HCE), il répondra : « Mais il y en a d’autres aussi, des moins haut placés, qui risquent leur vie… gendarme, soldat, policier et, aujourd’hui, simple citoyen… Il faut aussi qu’on se souvienne que dans notre métier, on court aussi des risques pour sa vie. » De la jeunesse, il se demande « quelle espèce de mutants sont-ils en train de faire naître les trafiquants d’armes et de drogue, les escrocs de la finance, les escrocs de la religion… » Des femmes, il dira : « Combien d’hommes incompétents ont occupé un poste que des femmes compétentes n’ont pas occupé ? » Il raconte l’histoire de cet homme qui vient de recevoir une lettre anonyme lui ordonnant de fermer sa clinique : « Je ne dors plus car je ne sais quoi faire… » Il conseille : « Confiez donc la direction de votre clinique à une femme et partez tranquille. » Pour lui, l’intolérance, c’est cette lettre de ce « combattant anonyme » qui promet une Algérie islamique en condamnant à mort cet autre lecteur, « qui avait eu la lâcheté d’indiquer son nom, d’affirmer qu’il était algérien chrétien, assumant son identité, vivant sa foi, ses convictions et ses idées… » Il en parlera encore, lors de l’assassinat des deux religieuses espagnoles : « Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Sur deux religieuses, deux créatures de Dieu… qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de miséricorde ? Vers quel monde de ténèbres allons-nous, nous qui ne rêvons que de lumière ? » L’avenir du pays ? Il constate : « Chaque jour qui passe vaut une année de perdue… au moins dix ans de retard sur les terrains… On a reculé, tellement reculé, que dans cet élan, on va sauter la transition et aller à la révolution… » Pour conclure, il laissera cette note : « C’est aux lecteurs, à eux en particulier, que je livre ces écrits du jour le jour, modestes traces laissées par un citoyen… car la vérité est comme la justice : elle a besoin de témoins… Même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent. »

Par Nazim Mekbel

source: el-watan

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hommage a SAID MEKBEL

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

 

Date de publication : 31 août 2007 par nordine

Saïd MEKBEL

hommage a SAID MEKBEL dans SAID MEKBEL(13) said_mekbel

Saïd MEKBEL est né à Béjaïa le 25 mars 1940, ses études l´ont conduit en France pour se terminer à l´indépendance de l´Algérie. Il reprendra des études d´ingénieur en physique à l´âge de 29 ans à l´ENITA, et poursuivra par une thèse de docteur – ingénieur en mécanique des fluides. C´est peut – être ce parcours atypique qui lui a permis d´être aussi constant dans l´écriture. Ce sont Tchékov, Jules Renard, Escarpit, Maupassant et bien d´autres qui l´ont inspiré pour aller vers les nouvelles et les billets. Raconter en quelques lignes un fait divers, une situation était pour lui un défi, défi qui lui coûtera la vie. Au delà de l´hommage à la mémoire de l´homme et du journaliste, évident pour l´esprit libre, il s´agit également de préserver le patrimoine journalistique mais littéraire et culturel. Ces billets célèbres (Mesmar J´ha) apportaient chaque matin une note d´humeur insatiable aux milliers d´algériens accompagnés d´un café serré et d´une cigarette « Afras ».

Décés de Said Mekbel

Saïd a été assassiné le 3 décembre 1994 dans un petit restaurant situé non loin du journal Le Matin où il était directeur de publication Saïd Mekbel, directeur du « Matin », assassiné Correspondance particulière. IL était midi, samedi, quand Saïd Mekbel, directeur de la publication du « Matin » et billettiste de ce quotidien, a été assassiné à bout portant par des terroristes. Saïd Mekbel était attablé en compagnie d´une jeune collègue dans une pizzeria se situant à moins de 30 mètres des locaux du journal « le Matin ». Il n´a pas vu arriver les deux tueurs qui ont tiré deux balles. L´une l´a touché en pleine tête.

Transporté à l´hôpital, Saïd Mekbel a plongé dans un profond coma. Il a succombé à ses blessures. Ce fut un choc terrible. D´abord pour la rédaction du « Matin », puis pour l´ensemble de la presse algérienne. La rédaction du « Matin », une fois la douleur surmontée, a réagi dans l´après-midi. Le quotidien doit continuer sa route. Durant toute la matinée, les confrères, des personnalités de la mouvance démocratique se sont déplacées, d´autres téléphonaient à la rédaction.

Saïd Mekbel, c´était El Ghoul (l´ogre) dans « Alger républicain », jusqu´en 1965, date à partir de laquelle ce quotidien fut interdit. Puis ce fut de nouveau El Ghoul lorsqu´« Alger républicain » est reparu en 1990. Et, à partir de 1991, est devenu Mesmar J´ha (le clou de J´ha) dans le quotidien « le Matin », qu´il contribua à lancer avec une jeune équipe de journalistes issue d´« Alger républicain ». Comme la plupart des journalistes du « Matin », Saïd Mekbel a été un militant actif de l´ex-PAGS. C´était un billettiste de talent, à l´humour corrosif, au verbe moqueur… A travers ses billets satiriques, il épinglait toute la classe politique, y compris le président Zéroual et les généraux de l´armée. Et le petit peuple, à travers le personnage de « l´ami Boussaid », prenait sa revanche sur les grands de ce pays. Mesmar J´ha était un empêcheur de tourner en rond. Il détenait le record de la presse algérienne en matière de citations à comparaître : quinze citations et plusieurs condamnations, dont quelques-unes émanant des militaires ou du FLN. Un billet prémonitoire L´assassinat de Saïd Mekbel a fait la « une » des médias algériens, toutes tendances confondues. La télévision algérienne lui a consacré près de cinq minutes. Son dernier billet (voir ci-contre) paru dans l´édition du « Matin » de samedi était prémonitoire. L´ensemble de la presse l´a reproduit dans ses éditions d´hier en hommage au billettiste de talent qu´il était. Saïd Mekbel sera enterré dans sa région natale, à Bougie, dans la petite Kabylie, une région qu´il aimait tant. HASSANE ZERROUKY Article paru dans l’édition du 5 décembre 1994. l’humanité

source:http://www.soummam.org

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11 ans après son assassinat

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source:liberte 

11 ans après son assassinat

Le parcours de Matoub revisité

Par : S. Yermèche

Commémorant le 11e anniversaire de l’assassinat du chanteur kabyle Lounès Matoub, le 25 juin 1998 à Tala Bounane, un lieu-dit non loin de Béni Douala, sa région natale, au sud du chef-lieu de la wilaya de Tizi Ouzou, la fondation portant le nom du Rebelle a organisé, pendant une semaine (du 22 au 26 juin), une exposition sur la vie et l’œuvre du poète dans l’enceinte de la maison de la culture Mouloud-Mammeri. À cette occasion, des ventes-dédicaces ont été tenues dans l’enceinte de la Maison de la culture. C’est le cas notamment du jeune Massinissa Lounès (24 ans), qui a mis en vente deux titres (un recueil de poésie en tamazight, édité en 2008, et un autre en tamazight également avec une partie en français), édité à compte d’auteur en mars dernier et relatant quelque peu la vie du chanteur assassiné. Le premier s’intitule Lasel mebla izerfan (les origines sans droits) et le second Tighri u grawliw (l’appel du révolutionnaire) – Le Rebelle a parlé après sa mort. Dans ce dernier, l’auteur imaginait une scène du disparu parlant à sa famille quarante jours… après sa mort. Dans le programme de la Fondation-Matoub, il y a eu également l’interprétation des chants du poète par la chorale Thafsouth (le Printemps), une table ronde autour de l’œuvre du Rebelle, un spectacle théâtral sur la vie et le combat de Lounès, présenté par la troupe Aghbalu, une projection vidéo d’un film inédit sur le chanteur, puis une conférence-débat dans la salle du Petit-Théâtre de la Maison de la culture, animée par M. et Mme Ahmed Zaïd autour du thème “La thématique de tamurt (le pays) dans la poésie de Matoub”. Aujourd’hui, jeudi, un rassemblement grandiose et un recueillement avec des bougies allumées se sont déroulés à Taourirt-Moussa-Ouamar, avec dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe du Rebelle, à la placette Matoub et à Thala Bounane, l’endroit où il a été assassiné le 25 juin 1998. Demain, vendredi, c’est le 4e prix de la résistance Matoub Lounès qui sera attribué au cours d’une cérémonie dans la ville Draâ El-Mizan (50 km au sud de la ville de Tizi Ouzou). D’innombrables jeunes venant de diverses régions du pays (Bouira, Béjaïa, Boumerdès, Alger…), et pour lesquels Matoub Lounès restera l’incontestable idole, ont rallié la région pour rendre un hommage appuyé et se recueillir à la mémoire du poète disparu, il y a 11 ans. Cette multitude de fans de Matoub, venue pour effectuer une sorte de pèlerinage dans la plupart de ces lieux du souvenir, demeure toujours en quête de quelque lumière sur le lâche assassinat, le jugement de ou des auteurs du crime contre l’emblématique icône qu’était et restera Matoub Lounès. La meilleure preuve de l’attachement de la population juvénile, voire de tous les âges, à l’œuvre du regretté génie chanteur est la persistance d’écoute religieuse, plus d’une décennie après sa mort, de la musique de ce véritable troubadour de la chanson populaire (châabi) à la voix sublime.

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Regard sur la poésie du barde

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

Regard sur la poésie du bardeRegard sur la poésie du barde dans matoub(18) 2153_72456

Il y a quelques années, la critique saluait le renouvellement qui s’est produit en poésie kabyle. Cette dernière, pour reprendre la thèse de Mouloud Mammeri, est entrée dans une phase de stagnation liée à la rigidité des structures socio-économiques. Le renouvellement est, lui aussi, lié à l’évolution de ses structures et surtout aux grands bouleversements qu’a connus la société kabyle dans cette dernière moitié du XXe siècle.

Par Saîd Chemakh

La poésie de Lounès Matoub, tout comme celle de Ben Mohamed, Mezdad, Ferhat, Aït Menguellat… représente un bel exemple de ce renouvellement tant sur le plan thématique que stylistique. Un court survol de cette œuvre permet de confirmer ce propos.

  

Chronique du présent

  

L’une des caractéristiques de la poésie de Matoub est d’être inscrite dans le temps. Le poète est devenu un chroniqueur de son temps. Certes Yusef U Qasi, Smaïl Azikyu sont aussi des chroniqueurs de leurs siècles respectifs, mais pas autant que Matoub ne l’est du sien. Matoub situe les événements dans le temps et dans l’espace. Il donne les propositions des protagonistes et analyse leurs actions. On peut relire l’histoire de l’Algérie depuis la Guerre de l’indépendance rien qu’en décortiquant la poésie de Matoub. Mieux que cela, pour expliquer le présent, le poète recourt à l’histoire d’un pays damné (1991). Voilà l’exemple le plus pertinent. Les événements politiques comme la situation économique sont décrits avec précision. Plusieurs exemples peuvent être donnés, dont le plus important est le Printemps berbère (1980). Ainsi dans Yeh’zen Lwed Aysi (1981/2-5), Matoub décrit la prise d’assaut de l’université de Tizi-Ouzou par les CNS qui, dit-il, étaient appelées de Skikda. Il décrit l’arrivée des manifestants de Ouaguenoun le 21 avril. Les accords de Londres (1985), les événements d’octobre 1988, l’assassinat de Boudiaf (1991), le terrorisme islamiste (1992-1997)… sont autant d’exemples figurants dans l’œuvre de Matoub.

  

Réécriture de l’Histoire

  

L’Histoire des Berbères, des Algériens, des Kabyles est écrit par d’autres, dont les pouvoirs en place qui ne servent pas les intérêts des Berbères, des Algériens ou des Kabyles. Elle est donc travestie. Matoub s’est fixé comme but de la dépouiller des habits qui ne sont pas des siens, de le réécrire. Chaque fait historique qui lui semble important est rétabli. Ainsi, il ne se gênera pas pour dénoncer l’assassinat de Abane Ramdane au Maroc en 1957. Il précise même que c’est son frère (Krim) qui l’a attiré dans le guet-apens. Il dénoncera aussi l’assassinat de ce dernier à Francfort en 1970. Comme il dénoncera l’assassinat des étudiants qui ont rejoint le maquis du FLN. Pendant la période de la bleuïte et lors de l’opération montée par le capitaine Léger. Il contera comment Ben Bella a utilisé l’armée pour écraser la révolte kabyle de 1963 dans Regards… Dans une autre chanson, il reviendra sur cet événement et précise que Muhand Oulhadj s’est rendu. Dans Imazighen (1980/2), Matoub nous fait redécouvrir deux jalons importants dans l’histoire des Berbères, à savoir la fondation de l’Etat par Massinissa et la résistance de la Kahina.  La revendication berbère : un des thèmes les plus récurrents dans la poésie de Matoub demeure la défense de la langue et de la culture berbères. En partant du constat de l’éternelle blessure de cette langue dans Ay Adrar nat Yiraten (1981/2), Matoub espère qu’elle bénéficiera d’une reconnaissance officielle dans Asirem (1989). Mais, il dénoncera la folklorisation dans laquelle le pouvoir tente de l’enfermer dans Iluh’q-d zzhir (1998). Cette défense de la langue maternelle s’accompagne de la dénonciation de la politique d’arabisation, des agents de celle-ci, de surcroît quand ils sont kabyles. Elle s’accompagne de la démystification du caractère sacré de l’arabe dans Allah Wakbar (1993).

  

Autres thèmes

  

Outre ces thèmes cités, Matoub en a développé de nombreux autres. Il est l’un des rares à chanter la femme. Il ne verse pas dans l’érotisation de son corps mais casse un tabou et lui offre la liberté. Mais surtout, il est l’un des rares  à rendre hommage à la mère (et par là à toutes les mères) dans de nombreuses pièces. Il a aussi décrit des amours impossibles, affligeantes ou contrariées. Il a abordé à maintes reprises le thème de la mort. Non que Vénus et Tanathos soient jusque-là absents de la poésie kabyle, mais avec Matoub, on a une autre vision du monde, une vision triste comparable à celle de Baudelaire. Mais sans verser dans le pessimisme. Dans d’autres vers, Matoub offre une vision du monde, celle de l’amour et de la vie. Il dénoncera la violence et surtout la guerre, la souffrance des mères ayant perdu leurs enfants. Ce n’est donc pas étonnant que Matoub ait adapté le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud en kabyle (Aâsekri, 1986/2).

  

Pour ne pas terminer

  

Pour mieux cerner l’apport de la poésie de Matoub au renouvellement de la poésie kabyle, des études plus longues, plus détaillées doivent êtres faites. Elles ne doivent pas uniquement toucher le corpus connu car publié, mais elles doivent être élargies à la poésie jusque-là, inédite. Toutes les approches du texte poétique doivent être sollicitées. Limiter l’étude à une seule approche, conduirait à tirer des conclusions partielles. Pour mieux aborder les thèmes de cette poésie, il serait judicieux dans un premier temps de recourir aux statistiques lexicales qui permettront d’avoir les fréquences des mots relatifs à chaque champ sémantique. Comme il serait aussi intéressant de comparer les façons avec laquelle Matoub abordait les thèmes, à celles des autres poètes kabyles. Ce travail est certe de longue haleine, mais il vaut la peine d’être fait.

S. C.

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Le treillis en ré majeur

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source: dépêche de kabylie 

Artiste, militant et enfant du peuple, Matoub était tout cela à la foisLe treillis en ré majeurLe treillis en ré majeur dans matoub(18) 2153_72453

On aurait tort de penser que l’œuvre de Lounès Matoub est exclusivement militante : il a été un très grand compositeur et auteur de chansons d’amour. Dans le paysage musical algérien, Lounès Matoub a une place unique.

Pourtant, et c’est ce qui donne de l’épaisseur à ses œuvres, et une portée magistrale à son produit, c’est que Lounès n’a jamais fréquenté une quelconque école de musique. Ses connaissances proviennent essentiellement, comme la majorité des chanteurs du terroir, de l’apprentissage dans le tas à l’aide d’instruments rudimentaires. 

Parfois, il se surprend à émettre des souhaits et à faire des confidences : « Je suis prêt à consacrer dix ans de ma vie pour maîtriser le chaâbi.  »

Sa musique était basée à la fois sur le folklore kabyle des montages, le chaâbi citadin d’Alger avec de la modernité. Il a été novateur également dans l’orchestration qui n’a pas cessé d’évoluer et de s’étoffer avec l’introduction du qanûn (la cithare). Matoub n’a pas cessé de mélanger instruments traditionnels et modernes,  comme la basse, les synthétiseurs… Enfin, l’autre innovation apportée par Lounès Matoub concerne le chant. Il a fait évoluer le chant dans sa technique, il faut dire qu’il avait une voix de bluesman, des khanate comme on les surnomme dans ce milieu  réservé aux seuls initiés, à donner la chair de poule. Et quand tout cela évoque un sujet aussi sensible que la séparation, l’amour ou la déchirure, le résultat est garanti.

De plus, celui qui n’a eu de cesse de se démarquer des habituelles mélopées, traditionnellement instaurées au fil du temps dans cet univers musical kabyle, ne s’encombre nullement des appréhensions quant à d’éventuels « dérapages ». Non, il le fait,  fait écouter à certains de ses proches, et fonce… Et le résultat n’a jamais manqué de faire mouche.

Ses chansons sont reprises partout. Dans les bus, les taxis. Partout où deux ou plusieurs personnes ont en commun cet amour pour la musique et de la sensibilité à partager.

Par ailleurs, il convient de mettre en exergue le fait que cet artiste qui chante l’amour comme Aragon et la lutte comme Ché-Guevara n’a pas de territoire précis et des garde-fous à respecter. Il est aussi bien écouté dans les chaumières que dans les cités universitaires.  Dans les bars comme dans les transports en commun. Dans les salons les plus huppés comme dans les endroits les malfamés.

C’est cela qui fait la force de cet artiste. Car lui-même, il se sent aussi bien à l’aise dans ces lieux.

On ne peut pas parler de Lounès Matoub sans évoquer son côté militant, son engagement dans diverses causes. Le militantisme est très important dans son œuvre. Il a chanté des textes très engagés. Il avait cette habitude de chanter sans détour, sans complaisance. Il n’utilisait pas trop de métaphores, le langage était clair et direct.

Quand il chante l’amour, tout le devient ; et quand il prône la séparation comme mode de relation, tout semble également lui ressembler.  

 En effet, et comment peut-il en être autrement quand on sait qu’une œuvre musicale comme celle où il communie avec son épouse, devenue son ex. pour des motifs inavoués, est devenue avec le temps la réponse aux questionnements divers et un repère pour toutes les âmes en peine.  Pour ces derniers, Lounès était non seulement un chef de file pour l’avoir vécu, parfois subi, mais un remède miracle pour oublier avant de sombrer. Rentabiliser l’échec pour mieux appréhender d’éventuels copies.

Et c’est pourquoi, disons-le sans risque de nous tromper,  que Matoub Lounès était l’artiste Au sens plein du terme. Avec des amis d’enfance ou des relations nouées à la hâte, autour d’un verre, en tout cas dès lors que l’amitié s’y est installée, il était prêt à tout.

Dépensier sans limité, généreux à souhait, Lounès était unique. Il était de ceux qui, pour un moment d’extase, ne comptait point. Et des exemples de ce comportement sont légion dans toute la Kabylie. Et la rumeur, bien entendu, se nourrissait pleinement de sa vie pour faire naître des supputations allant de  l’homosexualité (?) à de prétendues tares dont seuls ses proches avaient cette capacité de rire sous cape. Matoub n’est pas mort de cette mort stupide. De sénilité qu’il a de tout temps ridiculisée. De vieillesse qu’il voulait absolument éviter. Il est mort tel un héros, les armes à la main et le sourire comme dernier message à ceux et celles qui, par milliers étaient venus de partout lui faire les adieux. Tout doucement, les yeux fermés, ils chantaient comme on berçait un enfant, après une longue journée pour qu’il sourie en s’endormant…

Ferhat Za

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Matoub est entré dans la légende

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source:dépêche de kabylie 

BéjaïaMatoub est entré dans la légendeMatoub est entré dans la légende dans matoub(18) 2153_72450

Matoub Lounès, cet éternel symbole de la résistance peut-il mourir ? A Béjaïa comme ailleurs en Kabylie, voire au-delà, Matoub est toujours encensé. Pour les Kabyles, il est toujours vivant.

“On est tous des Matoub”, dit-on à chaque évocation de son nom. C’est dire que le combat de celui qui fut le porte-voix de toute une région réclamant, depuis des lustres, sous diverses formes de lutte, la reconnaissance à chaque anniversaire de son assassinat, la conscience collective. Le combat de Matoub est d’ailleurs celui des générations actuelles. Un original, pense-t-on, qui était toujours au-devant de la scène pour la défense des causes justes.

“Lounès Matoub, à l’instar d’autres artistes, était plus qu’un chanteur. On se souviendra toujours de lui, car il était non seulement un militant inconditionnel du MCB, mais également de toutes les causes justes”, nous a confié Kamel, fonctionnaire. Celui-ci estime que le travail musical de Matoub a complètement révolutionné le châabi, chanté en kabyle.

Mourad, quant à lui, estime que Matoub “est une légende et l’un des maîtres incontestés de la chanson kabyle”. Matoub, ajoute-t-il, était aussi un homme qui avait beaucoup donné pour la cause berbère. “Il était un militant engagé et un fervent défenseur de la cause berbère. Son nom reste, pour toujours, un exemple de militance”, observe-t-il.

Comme la date d’aujourd’hui coïncide avec le onzième anniversaire de l’assassinat de Matoub, des centaines de citoyens, pour ne pas dire, des milliers, vont se rendre à Taourirt Moussa, s’incliner à la mémoire du rebelle et lui rendre, comme à l’accoutumée, un hommage. D’ailleurs, son village est désormais un lieu de pélerinage. D’autres initiatives émanant du mouvement associatif visant à sauvegarder l’œuvre de Matoub et perpétuer son combat ont été aussi organisées durant ces derniers jours dans plusieurs régions de la wilaya de Béjaïa.

C’est le cas, notamment, de l’association culturelle Amazday adelsan inelmaden de la résidence universitaire, Targa Ouzemour, qui a élaboré un programme riche pour rendre hommage au rebelle. Ainsi, une exposition de coupures de presse retraçant l’initéraire du rebelle se tient, depuis mardi, dans l’enceinte de la résidence. Le même jour, une conférence-débat, avec la mère de Matoub, a été organisée. Hier à 21 h, des milliers de bougies devaient être allumées au niveau de la résidence universitaire de Targa Ouzemour et une virée à la tombe du rebelle, aujourd’hui

Force est de constater par ailleurs que Matoub n’a rien perdu de son aura et de sa popularité en défi des multiples campagnes de dénigrement orchestrées çà et là pour récupérer son nom et l’instrumentaliser à des fins politiques.

Dalil S.

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Lounès Matoub toujours dans son pays

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source: dépêche de kabylie 

11er anniversaire de sa tragique disparitionLounès Matoub toujours son paysLounès Matoub toujours dans son pays dans matoub(18) 2153_72449

La  Kabylie commémore aujourd’hui un événement qui lui est très particulier, un événement qui a marqué à plus jamais son histoire. Il s’agit du triste et lâche assassinat de son idole Matoub Lounès. Le 25 juin 1998 restera à plus jamais gravée dans la mémoire collective de la région.

C’est ce jour-là, qu’a été commis ce crime crapuleux, par qui ? On ne le sait toujours pas. Lounès doit certainement se retourner dans sa tombe car ses assassins ne sont pas encore connus, il peut par contre être fier de sa Kabylie qui le porte toujours aussi haut, 11 ans après avoir été ravi et lâchement assassine par ses criminels que l’Histoire condamnera tôt ou tard.

  

La Kabylie se souvient

  

Les festivités de la commémoration du 11e anniversaire de cet assassinat ont commencé depuis presque une semaine et ce, à travers les différentes régions de la Kabylie qui atteste, si besoin est, qu’elle n’a pas oublié son enfant chéri. Tizi Ouzou, Draâ El Mizan, Azazga, Aïn El Hammam… vibrent en effet, depuis quelques jours au rythme de cette célébration. Les différentes festivités sont l’œuvre du mouvement associatif local. La fondation qui porte le nom du chantre de la chanson kabyle a choisi, pour sa part, la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de la ville des Genêts pour abriter les manifestations qu’elle a initiées, des manifestations qui ont débuté dimanche dernier avec au menu un programme riche et varié, qui a attiré des foules des grands jours, comme il fallait bien s’y attendre. Tout le monde a tenu à témoigner la sympathie pour la famille du chanteur et à travers elle à celui dont les chansons continuent à bercer encore des générations entières. La Maison de la culture ne disemplit pas, en effet, à l’occasion, comme le cas avant-hier, lors de notre virée.  Les lieux étaient envahis et il n’était que 10 h à peine. Au menu de cette journée, une exposition sur la vie et l’œuvre de Matoub et une projection vidéo qui a eu pour thème “Matoub Lounès la voix d’un peuple” ainsi qu’une table ronde et du théâtre. “Quel que soit le programme des festivités, j’ai tenu à être ici afin d’y assister, Lounès mérite tous les égards”, nous dit un homme d’un certain âge rencontré au niveau de la salle des expositions de la Maison de la culture. Il faut dire que l’exposition concoctée par les organisateurs était riche et a attiré d’ailleurs l’attention et l’admiration de tout le public, tout le monde voulait connaître le moindre détail de la vie et de l’œuvre de Lounès. “Je suis ici depuis le début des festivités, jusque-là je ne n’ai raté aucune manifestation, Lounès est toujours mon idole”, dira un autre citoyen. A mesure que le temps avance, l’ambiance prend de l’ampleur.  Il fallait pourtant quitter l’endroit pour aller tater l’ambiance de la veille de la célébration ailleurs. Il était 10h 30 passées, destination Ath Douala, la commune natale du rebelle. A cette heure-là, la ville des Genêts grouillait de monde à l’image de l’une de ses principales artères, la rue Lamali que nous avons empruntée pour nous rendre à la station de fourgons desservant la ligne Tizi-Beni Douala. Chemin faisant, on entendait des chansons de Matoub qui fusaient des voitures qui circulaient. Cela était loin d’être une nouveauté, en fait, Matoub reste l’une des rares voix qui concurrence celles de stars actuelles telles que Allaoua, Guerbas, Makhlouf… et ce même en cette période des fêtes.

  

Tizi au rythme des festivités

  

Au niveau de la station des fourgons menant vers Beni Douala, l’atmosphère était nettement moins animée. Nous prenons place dans l’un de ces véhicules et au bout de quelques petites minutes, il se remplit et prit le départ, on s’attendait un peu à la cassette qui sera enclenchée. Bien évidemment, c’était celle de Matoub, plus exactement son dernier album Ayen ayen, ce qui imposa un silence de mort dans le fourgon. Athamgharth fera de même. Au moment où on est arrivé à la hauteur de Tala Bounan, le lieu où a été commis le lâche assassinat, c’était la chanson Alayskar qui était diffusée, un regard sur le lieu du crime où fut installée une stèle à son éffigie était inévitable. “Repose en paix Lounès” semblaient dire les voyageurs installés dans le fourgon. “On ne peut pas ne pas avoir une pensée pour lui en arrivant dans cet endroit”, dira un de ces derniers. Devenue aussi célèbre que le rebelle, après cet assassinat, Tala Bounan semble en effet, interpellé chaque passant sur la vérité de cette attaque qui a ciblé l’enfant prodige d’Ath Douala, un certain 25 juin 1998. Anza de Lounès apppelé à chaque occasion pour savoir la vérité sur son assassinat. Des pensées telles celles-ci ont dû envahir les esprits des voyageurs. Il était 11h 30 tapantes lorsque nous arrivons à Beni Douala, la ville grouillait de monde sous les regards d’un autre martyr de la région Guermah Massinissa en l’occurrence dont l’effigie est installée au haut d’un mur. Là aussi les tubes de Matoub fusaient de partout. Sinon la localité ne connaissait pas une ambiance particulière. Cela à l’instar d’ailleurs du village natal du rebelle, Taourit Moussa où l’on se rendra une demi-heure plus tard. La maison de Matoub était notre destination directe. La tombe où repose l’enfant terrible du village était comme un passage obligé pour tout visiteur, plusieurs vissiteurs se sont succédé dans les lieux en l’espace du laps du temps que nous y avons passé. “Ça a été toujours le cas ainsi”, nous explique une animatrice de la fondation Matoub qui a élu domicile dans un étage de l’imposante construction du domicile de la famille de celui qui disait dans une de ses chansons : “Akham ameynouth n’van lahzene felas d’atas”. Dommage que notre Aldjia, la mère de Lounès était absente. Malika sa sœur l’était également, c’est ce qui nous a contraint à écourter notre visite. “Nna Aldjia est partie à Alger aujourd’hui, Malika est en France” nous a-t-on appris sur place. N’empêche que nous avons profité de ces moments pour visiter les lieux devant lieu de pélerinage pour les Kabyles. “Je viens de Draâ El Mizan. Je suis ici spécialement pour Matoub qui reste pour nous un symbole pour toute la région kabyle” dira un jeune bonne que nous avons interpellé à l’intérieur du bureau de la fondation. Il était accompagné d’une jeune femme, probablement son épouse : “Matoub, je ne l’oublierai jamais, je transmettrai son message et je raconterai son histoire à mes enfants et à mes petits-enfants si l’occasion le permettra” enchaîna cette dernière.

  

Thala Bounan on “l’Anza” de Lounès

  

Dehors le soleil “se déchaînait”. Mais le climat était quelque peu amadoué par la brise qui fouettait de temps à autre. A notre sortie des bureaux de la fondation, nous avons été vite intercepté par les chants de Matoub qui se dégageaient… de l’école primaire qui se trouve juste à côté. Une école qui renaît de nouveau desseins sur ses murs, œuvre de jeunes dessinateurs qui étaient accompagnés dans leur travail par les tubes du rebelle. Le garage où se trouvait “la Mercedès” du rebelle recevait toujours des curieux. Certains d’entre eux prennent des photos souvenir. “Incroyable le véhicule est complètement criblé de balles”, nous dit, ébahi, un jeune homme qui semblait analyser minutieusement la Mercedès. 78, c’est, en fait le nombre de balles qui ont transpercé la voiture gardée toujours comme “pièce à conviction” comme c’est indiqué sur son capot, pour une enquête qui n’avance pas. Questionné sur sa région, notre interlocuteur nous apprend qu’il habite juste à côté, à Ath Mesbah. “Je venais souvent ici, mais j’avoue que depuis quelques mois je ne viens plus”, dit-il. Matoub est pour moi plus qu’un symbole, j’ai la chair de poule chaque fois que je rentre ici.” De l’autre côté, un jeune couple continuait à scruter la voiture, mais aussi les différents photos posées là dans le garage.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les deux jeunes gens nous ont surpris en nous annonçant qu’ils étaient venus de Tazmalt de Béjaïa rien que pour visiter la maison de Matoub. “J’ai toujours voulu me rendre dans le domicile de Matoub qui reste pour moi une légende”, pour le jeune homme. La fille était, quant à elle, complètement émue. “Il n’y a rien à dire, Matoub restera immortel.” Comment se fait-il qu’autant de jeunes aiment Matoub à ce point ? avons-nous alors demandé. “Matoub n’appartient pas à une génération particulière. Tout le monde l’adore. Il est quelqu’un de singulier. A Tazmalt en tout cas, il est adulé par tout le monde. ça, je peux vous l’assurer”, déclare encore le jeune homme. C’est pendant ce temps-là qu’un autre couple plus âgé fit son entrée dans le local, puis un autre et un autre encore. «Décidément, les lieux ne désemplissent pas», nous nous sommes dit. Le premier couple était d’un certain âge, il était accompagné d’un petit garçon, les trois avaient des traits d’outre-mer. Effectivement, nous apprenons lorsque nous les avons approchés qu’ils venaient de France. L’homme était de nationalité française d’ailleurs marié à une Kabyle, l’enfant était leur fils. «Sincèrement j’ai beaucoup entendu parler de Matoub. Je sais que c’est un grand chanteur et poète respecté par tout le monde. J’ai profité de mon passage en Kabylie où nous comptons passer quelques jours de vacances, pour essayer de le découvrir davantage”, nous dit le mari, pour sa femme Matoub qui fait partie de sa génération, demeure le n°1 dans le domaine de la chanson kabyle.

  

La maison de Matoub : Un lieu de pèlerinage

  

“Dommage que son combat et la cause pour laquelle il a sacrifie sa vie sont aujourd’hui quelque peu ignorés” s’interposa un autre. Tout le monde a fait un tour dans le garage. Le couple “français” s’est longuement attardé autour de la voiture, avant de se recueillir sur la tombe du chantre. Il avait un appareil-photo avec lequel ils a immortalisé chaque moment. Nous quittâmes Taourirt Moussa qui semblait faire sa sieste vers 13h. Tout le monde parmi les visiteurs que nous avons rencontrés se sont donné rendez-vous pour aujourd’hui pour participer à la cérémonie de recueillement suivie du dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe toujours aussi bien entretenue de Lounès Matoub et qui est prévue aujourd’hui. A notre retour, Tizi Ouzou avait déjà consommé une bonne partie de la journée, une journée aussi chaude que les précédentes. 

Ce qui a imposé aux Tizi Ouzéens de rester chez eux à ce moment de la journée. Il était presque 14h 30 mn. La Maison de la culture vibrait encore au rythme des chansons de Lounès et des incessants va-et-vient d’un public qui tient à rendre un vibrant hommage à son idole car Lounès Matoub est toujours dans les pensées et dans les cœurs des Kabyles à longueur d’année. “Ces festivités nous permettenttout simplement de nous retrouver et de nous rassembler car Matoub a une place particulière à l’intérieur de chacun de nous”, nous avait dit tout à l’heure, dans la maison du chanteur un des fans du regretté. Le moins que l’on puisse dire, en somme c’est que Matoub Lounès, l’éternel, est toujours prophète dans son pays, n’en déplaise  à ses assassins.

M.O.B

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dépêche de kabylie:matoub

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

Matoub Lounès : l’art, l’artiste et la sociétéDestins hélés, destins mêlés dépêche de kabylie:matoub  dans matoub(18) 2153_72465

On est en droit d’espérer une halte qui puisse permettre un regard lucide, franc et dénué de l’esprit exclusivement commémoratif sur le legs de Matoub Lounès. En d’autres termes, quand est-ce qu’on pourra célébrer l’artiste dans toute sa dimension et le sortir de cette tour d’ivoire de rebelle qui statufie le personnage plus qu’elle ne sert son image ? À bien y réfléchir, la position de rebelle se lit dans tout Matoub. Rebelle au silence, au texte trop facile, aux images redondantes qui revenaient souvent dans l’ancienne chanson ; rebelle à la manière consacrée et ritualisée d’accepter la fatalité.

Amar Naït Messaoud

  

Il était rebelle à l’ordre établi dans toutes ses variantes et catégories aussi bien dans le domaine artistique et esthétique que dans le domaine de l’engagement social et culturel. Si, aujourd’hui, le mot rebelle paraît quelque peu étroit pour la personne de Matoub, c’est par l’usage exclusivement politique qu’on en fait. L’opposition politique de Matoub contre la dictature du pouvoir et contre toute forme d’asservissement dont les conservateurs et les théocrates formaient le dessein ne souffre aucune équivoque. Par ces chansons et son combat quotidien, il en donné la preuve jusqu’à son ultime souffle. Cependant, l’énergie créatrice et démiurgique de l’artiste – qui lui permet justement cette forme d’élévation – est puisée en lui-même, dans ce regard qu’il jette sur la société, la montagne, les vallons, le labeur de l’homme de peine, l’amant grugé, le soupirant fatigué, l’éternel exilé, l’émigré recroquevillé sur lui-même, la femme de l’émigré – patiente mais toujours triste –, l’homme déchu dans la fange touché par une forme de déréliction humaine, le prisonnier, le condamné à mort, l’homme trahi par ses frères,… Il n’y a pas de situation sociale ou politique que l’œuvre de Matoub a oubliée ou évacuée.

Il semble que le véritable travail sur Matoub reste à faire. Plus de vingt ans d’une carrière fulgurante, vécue d’une façon exaltante à la ‘’vitesse de la lumière’’. Il fallait tout dire. C’est comme si l’artiste avait une forme de prémonition sur un destin qui sera écourté par la bêtise et la barbarie algériennes de la fin du XXe siècle.

Une analyse globale, sereine et méthodique de la poésie de Matoub devra nécessairement ‘’faire la lumière’’ sur cette conjonction heureuse entre la personne du chanteur, le contexte social et politique du pays et le destin de son peuple. Cette conjonction, Matoub l’a voulue présente dans la plupart de ses chansons et le tableau se déroule d’une façon si harmonieuse et si naturelle que l’on a de la peine à imaginer ces destins séparés ou racontés individuellement

  

Une esthétique de la rébellion

  

Trop rares sont les poèmes de Matoub Lounès où la vie privée du chanteur est assez éloignée des thèmes majeurs qu’il a eu l’occasion de traiter dans sa courte mais exaltante vie. Au cours d’une carrière artistique qui s’étale sur environ vingt ans – et que seul son destin tragique a pu arrêter à Tala Bounane un certain 25 juin 1998 –, Matoub a carrément bouleversé le cours de la chanson kabyle en lui apportant un souffle nouveau et novateur marqué par la fougue et le rythme de la jeunesse, l’esprit rebelle et une sensibilité à fleur de peau. Pourtant, en venant à la chanson, il n’a pas trouvé le terrain vierge. Au contraire, une génération post-Indépendance, pleine d’énergie et d’imagination, a pu s’imposer auprès d’un auditoire assoiffé des mots du terroir et des rythmes ancestraux, catégories artistiques niées et malmenées par la culture officielle imposée par le parti unique. Ainsi, Aït Menguellet, Ferhat Imazighène Imula et Idir ont pu se mettre au diapason des aspirations de la jeunesse de l’époque, et le cours des événements a fait d’eux – peut-être à leur corps défendant – des ‘’porte-parole’’ attitrés d’une population déçue par l’ère de l’après-indépendance faite d’arbitraire, de népotisme, de négation des libertés et de l’identité berbère. C’est dans ce contexte, dont le début de maturation peut être situé vers 1977, année du double trophée de la JSK (Coupe d’Algérie et championnat) qui a vu une jeunesse kabyle enthousiaste et déchaînée cracher les quatre vérités au président du Conseil de la révolution présent au stade du 5-Juillet à Alger. Pour punir la région pour une telle ‘’indiscipline’’, le gouvernement rebaptisa la JSK du nom de la JET (Jeunesse électronique de Tizi Ouzou), sujet qui fera l’objet d’une chanson de Matoub.

Sur ce terrain déjà abondamment fertilisé par une prise de conscience de plus en plus avancée, Matoub évoluera en apportant sa touche et son style personnels et qui se révéleront par la suite comme une véritable révolution dans la chanson kabyle en général.

Après les premières chansons où se mélangent amour, ambiance de fête et rébellion primesautière, thèmes bâtis sur des textes généralement courts et des rythmes vifs, Matoub Lounès épousera la ‘’courbe’’ des événements en s’en faisant parfois le ‘’chroniqueur’’, le commentateur et l’analyste.

Et le premier et le plus important événement que Matoub a eu à vivre dans sa région, alors qu’il était âgé d’un peu plus de vingt-cinq ans, était bien sûr le Printemps berbère d’avril 1980. Pour toute la population de Kabylie, et même pour l’ensemble du pays, Avril 1980 est considéré comme le premier mouvement sortant des entrailles de la population après l’indépendance du pays en 1962. Tout ce qui s’est passé avant cette date – fussent-elles des émeutes – était circonscrit aux luttes du sérail et était géré en tant que tel. Le Mouvement berbère de 1980, qui a commencé en mars et dont le plus gros des troubles s’est étalé sur quatre mois – en vérité, ce Mouvement n’a jamais pris fin et tout ce que vivra la Kabylie des décennies plus tard est frappé du sceau d’avril 80 –, allait constituer le bréviaire et le champ d’action de la poésie de Matoub. L’Oued Aïssi, Si Skikda i t n id fkène, et d’autres chansons aussi émouvantes et fougueuses les unes que les autres, sont le point de départ d’un parcours de chanson engagée que ne démentiront ni le temps ni les événements. ‘’Engagée’’, une épithète certes galvaudée, par le pouvoir politique d’abord – car il place et classe tous ses courtisans, artistes ou autres faux intellectuels, dans cette catégorie tant ‘’convoitée’’ – et ensuite par de médiocres chansonniers à la recherche d’une hypothétique gloire qui viendrait, si c’est possible, de la débordante générosité du sérail. Mais tel que défini initialement, Matoub répond parfaitement- et jusqu’au drame – aux canons de l’engagement.

Partant de ce constat irréfutable, il s’avère que c’est sans grande surprise que l’on découvre à quel point la vie personnelle, et même intime, du chanteur vient se mêler, s’imbriquer et parfois se confondre au destin collectif que Matoub met en scène dans ses poèmes. Et ce n’est pas par hasard que les chansons qui excellent dans se genre d’‘’amalgame’’ volontaire soient les plus volumineuse, les plus longues. Que l’on s’arrête sur Azrou n’Laghrib (1983), Ad Regmegh qabl imaniw (1982) et l’inénarrable A Tarwa n’Lhif (1986). Toutes les trois portent la marque d’une errance de l’auteur – où se mêlent éléments réels et quelques séquences de fiction poétique – associée à l’épopée de toute une région, un pays, une nation.

D’autres textes plus courts adoptent la même architecture : A y ammi aâzizène, ayn akka tghabedh ghef allan ?, Tkallaxm-iyi di temziw, xellasgh awen ayn ur d ughagh, Ugadegh ak Rwin…,

  

Parcours épique, vision lyrique

  

Dans le poème Ad Regmegh qabl imaniw (1982) par exemple, nous constatons clairement que presque la moitié du texte concerne la vie personnelle de l’auteur. Il en fait un prélude auquel il associe une mélodie et une musique bien spécifiques. Lorsqu’il prend l’élan pour aborder le joyau du thème du poème, il force la cadence, décrit le parcours et le destin du pays, s’attaque aux faussaires, aux tyrans et aux corrompus. Mais la trace de l’individu – de l’auteur doit-on dire – ne disparaît pas pour autant. L’on a l’impression que Matoub évite et abhorre même la description impersonnelle. Elle rendrait peut-être froid le portrait et moins persuasif l’argument. C’est pourquoi, en filigrane, le narrateur se met toujours en évidence et témoigne, prend acte, prend à témoin, déplore, dénonce, met à nu, fustige, ironise. Dans ce conglomérat d’événements et de situations, le narrateur prend une position clef dans le processus de décryptage.

Dans ce genre de pièces ressemblant à une grande épopée, le lyrisme et la touche personnelle semble dépasser le simple souci du décor littéraire. Il participe d’une vision où le destin personnel n’est pas un simple ‘’prolongement collatéral’’ du fatum collectif. Les deux situations fusionnent pour former une seule contingence conditionnée par l’histoire, la culture et la politique.

Dans son élan de sincérité ordinaire, il aspire à une justice immédiate et la réalise sur-le-champ. Il s’afflige des remontrances et des insultes avant de s’adresser à ses compatriotes pour leur reprocher leur comportement politiquement suicidaire et historiquement sans issue.

Il prend son courage à deux mains et dit avoir ‘’teinté sa figure avec la suie d’un brandon’’, pour signifier qu’il ne reculera devant aucune gêne factice ni aucun sentiment de pudeur mal placée. ‘’Lavons notre linge sale  hinc et nunc (ici et maintenant)’’, semble-t-il suggérer. L’audace et la bravoure de se regarder les yeux dans les yeux réclament d’aller jusqu’au fond des choses et parfois loin dans le temps.   

C’est ce que Matoub insinuait dans une autre chanson en déplorant que l’occupation de Fort-National en 1857 par l’armée française relevât, en partie, d’une traîtrise de quelques éléments de chez nous. 

Le sort de l’individu tel que décrit par Matoub dans le texte-prélude plonge dans la déréliction humaine : sur lui, le malheur tombe dru comme la pluie d’automne ; il est noirci par les épreuves de la vie et traîne dans la fange. Adverse fortune qui fait de lui un adepte involontaire du mal et un ennemi des belles choses. Errant pieds nus par les bois et maquis, il n’a su distinguer la lumière des ténèbres ; sans progéniture, il se voit déjà sans héritier. Brisant toutes les brides qui l’entravaient, il décide d’aller quêter la vérité sur le pays et ses héros injustement exilés ou assassinés. Ici, les allusions sont à peines voilées. Mais pour ceux qui ont suivi les événements des années 1960 et 1970, ce ne sont plus des allusions ; ce sont des repères spatiaux et chronologiques. Matoub prend son bâton de pèlerin et se rend à Madrid où fut tué Mohamed Khider, un héros de la révolution algérienne. De là, il compte révéler les lugubres scandales des autorités politiques algériennes qui ne savent réduire le rival politique qu’en le trucidant. Le périple conduit le narrateur en Suisse où est censé être déposé l’argent de la nomenklatura acquis par la rapine et la corruption. De là, il passe en Allemagne où le grand révolutionnaire Krim Belkacem, exilé dans ce pays, fut étranglé dans sa chambre d’hôtel par des ‘’inconnus’’.

Le texte se poursuit par un réquisitoire contre le régime du parti-État qui avait confisqué les libertés, la dignité et l’identité des Algériens. Les votes organisés par le FLN étaient des scrutins à la Naegelen, soit comme le dit la gouaille populaire de l’époque : ‘’un vote massif pour oui bessif’’. Mais Matoub ne ménagera personne. La désunion et les éternelles rivalités  entre les Kabyles ont fortement contribué à installer chez eux la débandade et la défaite.

Dans la veine du texte de Ad Regmegh qabl imaniw, Matoub a su élaborer d’autres chansons d’inégal volume tout au long des années 1980 et 1990. A chaque fois, le nouveau contexte enrichit le poème des nouveaux repères et événements lui servant de support : emprisonnement des leaders kabyles en 1985 (Ligue des droits de l’homme et enfants de chouhada), Journées d’Octobre 1988 où Matoub lui-même reçut une rafale de Kalachnikov, émergence de partis politiques islamistes – en particulier le FIS – et avènement du terrorisme islamiste dont il sera la victime (kidnappé en 1994).

On remarque que, au-delà d’une certaine vision poétique ou de représentation des choses qui assimile destin collectif et destin individuel, Matoub a eu à vivre physiquement, dans moult situations, cette forme d’imbrication de destins. Privilège de poète rebelle et provocateur – au sens katébien du terme – ou simple et éblouissante contingence, le résultat étant, en tout cas, des plus délicieux. Lorsque la métaphore s’incarne dans le corps et le geste de la réalité, elle prend les dimensions de la geste et du verbe démiurgiques..

  

‘’Le bateau ivre’’  ou le destin collectif de l’individu

  

Le texte de A Tarwa L’hif est sorti en 1986 dans un album qui compte trois autres chansons. Il s’étale sur environ une demi-heure, occupant ainsi une face complète de la cassette. La sortie de l’album a eu lieu une année après les événements de 1985 que l’historiographie nationale n’a pas encore bien mémorisés. Pendant les jours torrides de l’été de  cette année où fut commémoré avec un faste indécent le 23e anniversaire de l’Indépendance, des militants politiques et associatifs activant dans la clandestinité imposée par le parti unique ont été arrêtés et emprisonnés dans le pénitencier de Berrouaghia. Ils furent des dizaines : fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’homme, membres de l’Association des enfants de chouhada, membres du parti clandestin le MDA,… Déjà, lors de la journée de l’Aïd El Adha, à l’aube, la caserne de police de Soumâa à Blida fut investie par les éléments islamistes appartenant à la branche de Bouyali et Chabouti. Ils emportèrent des armes et se replièrent par la suite sur les monts de l’Atlas blidéen entre Larbâa et Tablat. Les services de sécurité ne viendront à bout de ce groupe que quelques mois plus tard. De son côté, l’élite kabyle a été étêtée et la presque totalité des activistes a été arrêtée (Ali Yahia, Saïd Sadi, Hachemi Naït Djoudi, Ferhat Mehenni,…). Le 5 septembre, ce sera le tour du poète Lounis Aït Menguellet à qui – parce que faisant la collection de vieilles armes dans son domicile – il sera reproché de ‘’détenir des armes de guerre’’.  Le chanteur sera condamné à trois ans de prison.

A l’étranger, c’est grâce à la présence d’esprit de journalistes français venus couvrir le rallye Paris-Alger-Dakar qui, à l’époque passait par notre pays, que l’écho de la répression a pu franchir les frontières. Des équipes de journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision ont pu fausser compagnie à l’institution de Thierry Sabine à partir d’Alger pour se rendre en Kabylie afin de faire des reportages sur les manifestations de la population qui demandait la libération des prisonniers.    

Cinq ans après le grand réveil de la Kabylie, appelé Printemps berbère, toutes les tentatives d’exercice de la citoyenneté émanant de la société sont écrasées par la machine infernale de la répression de l’État-parti. Les espoirs et les ambitions de la partie la plus éclairée de la société se transformèrent en d’affligeants désenchantements et en de lourdes interrogations. Cette forme d’impasse politique et sociale aura pour terrain d’expression idéal la chanson. Chez Aït Menguellet (l’album Asefru) et Matoub (l’album Les Deux compères), les événements et les questionnements qu’ils charrient transparaissent ouvertement ou en filigrane selon le style de chacun de ces deux poètes.

C’est après Les Deux compères que Matoub produira A Tarwa L’hif. Le texte est bâti sur une logique mêlant la narration et la réflexion, le présent et le passé, le destin individuel et le destin collectif. L’on a rarement vu un texte aussi dense et aussi synthétique prendre des développements tentaculaires au point de mêler les détails de la vie privée du chanteur aux grandes préoccupations du pays, voire de l’homme en général.

Le désenchantement se lit de bout en bout tout au long de ce texte. L’auteur revient de ses illusions en mettant en relief le craquellement des amitiés militantes face aux appâts dressés par le pouvoir politique. Le jeu du sérail est vraiment serré ; il crée des déchirures et sème la zizanie dans le corps de la société qui lui paraît comme un ennemi en puissance, voire en acte. Suivent alors les échanges d’accusation, de calomnies et d’invectives. La méfiance règne en maître, et le maître de céans, le prince pour bien le nommer, se met en spectateur, jouissant de ces prouesses et jubilant d’ivresse de pouvoir.

  

Adverse fortune

  

Pour exprimer la complexité d’une telle situation, Matoub Lounès a eu recours à une voie de narration qui prend les allures d’une véritable épopée. Dans toutes les scènes qu’il a eu à présenter, il donne l’impression – voire une nette image – que sa personne est mêlée, parfois enfoncée jusqu’au coup, dans cette terrible aventure du pays. Infortune, exil, abandon de la famille, mobilisation forcée pour des causes étranges et étrangères par la volonté du prince, déréliction humaine. Tout cela suit la trame et les péripéties d’un récit d’un individu auquel s’identifie le chanteur.

On retrouve aisément les grandes préoccupations exprimées par Matoub dans d’autres chansons politiques antérieures, comme on retrouve aussi, émaillant le texte par-ci par-là, des thèmes développés par Aït Menguellet, Ferhat Imazighène Imula ou inspirés de la mémoire et de la culture populaires. Mais la verve et le mordant de Matoub ont donné à la chanson des couleurs et des accents particuliers.

La tendance prononcée de Matoub pour une rhétorique et une emphase kabyles insérées dans un contexte moderne est ici confirmée et consacrée. A partir d’éléments de la culture populaire, il construit une sentence telle que celle-ci : « La laine qui est blanche, si elle était portée par des lions et non des brebis, rares seraient ceux qui en porteraient la tunique. »

Le désillusionnement issu du non-aboutissement des luttes engagées par la société et son élite pour l’émancipation citoyenne et le recouvrement des droits culturels a entraîné avec lui des goûts d’amertume que l’on retrouve dans la plupart des chansons kabyles à partir de 1981 : Tivratin, Askuti, Arrac n’Ldzaïr de Lounis Aït Menguellet et toute une série de chansons de Matoub ont essayé de décrypter les tares et les failles de la société qui ont fait que ses luttent n’aboutissent pas. Intérêts personnels divergents, appât du gain, corruption et d’autres ‘’vices rédhibitoires’’ qui donnent une image peu flatteuse de soi. Aït Menguellet disait que «ce sont vos propres figures que vous redoutez de rencontrer (en vous regardant dans le miroir)».  Le mal, en quelque sorte, est en nous. Mais la critique du pouvoir tyrannique, ‘’corrompu et corrupteur’’ et se voulant éternel est plus que jamais argumentée et mise en avant.

Le mal se trouve plus généralisé et plus insidieux que l’on a tendance à le croire. Il ne se limite pas aux sphères du pouvoir. C’est l’organisation de la société et la culture dominante qui tracent les limites du ‘’raisonnable’’ et du ‘’politiquement correct’’. Là où le pouvoir de l’argent évince les valeurs ancestrales de vaillance et d’honnêteté, il ne reste que des caricatures de la morale.

  

‘’L’imposture mène notre monde’’

  

A la recherche de la vérité, le personnage de A Tarwa L’hif  se démène et se fourvoie. « C’est la vérité blanche comme suaire qui fait de moi que dans tous ces pièges je me perds », dit-il.

Le règne de la médiocrité et la marginalisation des compétences et des valeurs sûres sont un mal qui ronge la société depuis l’Indépendance du pays : « Ô malheur, ô désastre que la vie nous offre ! Les sots deviennent des astres et l’homme bon traîne encore. »

La reconnaissance des hommes de valeur ne vient, quand elle vient, qu’après leur disparition : « C’est après qu’il meurt qu’on accorde à l’homme sa valeur. » Mais, ajoute Matoub, à quoi cela va servir ?

  

 » Même si de son vivant

On le prenait pour un sot,

Aujourd’hui si on l’orne de beaux mots,

On sait qu’il est perdu à jamais.

Avec un amas d’ignominie

Semée de misère et d’infamie.

Il était à bord d’un vaisseau trouble,

Mit le pied dans une mer profonde.

Pris par l’onde ;

Son exploit devient proverbial. »

Le texte est plein de références à l’histoire politique récente de notre pays. Les allusions à certains faits réels sont très visibles : assassinats d’hommes politiques, marginalisation, vengeance… « Combien de ceux qu’ils ont étranglés à qui, vivants, ils devaient allégeance et vivats ! »

La verve et la rage de Matoub de vouloir dire, communiquer, exploser (ad ibbaâzaq !) sont sans doute contenues dans cette envolée courroucée :

  

« Écoutez-moi bien, ô vous que je connais :

Si vous voyez que je me trompe,

Sur ma tombe, vous pouvez cracher. »

Contrairement au style pondéré d’Aït Menguellet (« Si vous voyez que je me trompe, rendez-moi au droit chemin », dit-il dans Tivratin), Matoub enfourche une monture fougueuse chez laquelle le mors et la bride sont tous les deux lâchés. Ce style ‘’irrévérencieux’’ exprime en fait une très grande sensibilité du chanteur. Cela est valable pour toutes les parties de la chanson où la vie privée du ‘’protagoniste’’ se trouve mêlée de force à la philosophie et  l’architectonie du texte.

  

‘’Consolez-vous, chers parents,                                    

Puisque la vague du temps                                             

M’a ravi à vous.   

Ceux-là que nous supposions instruits,                              

Une belle fraternité,                                                                                                                      

Aujourd’hui me mettent à l’index.                                                                           

Ils se sont concertés sur mon nom                                      

À le souiller pour de bon                                                  

Qui l’entendra frémira.                                                           

Ainsi, la vie m’a réservé                                                       

Une place parmi les chiens                                                    

Qui me dévoreront à leur faim’’.

Et c’est en explorant la vie intérieure des personnages et leur statut social que Matoub fait l’usage le plus subtile et le plus étendu des figures de la rhétorique (métaphores, allégories, paraboles,…) au point de vouloir nous embarquer dans un périple romanesque où sont décrits les moments de l’assemblée de village où le personnage est rejeté et méprisé par ses pairs, le vaisseau imaginaire qui l’emportera  sur une mer en colère vers une destination inconnue, le message de divorce envoyée à sa femme…                                     

Avec A Tarwa L’hif, c’est à un véritable voyage que nous invite Matoub dans les dédales de l’organisation de la société, dans les arcanes souillés du pouvoir politique et du pouvoir de l’argent et, enfin, dans les labyrinthes et les tourments de la vie individuelle. Dans tous ces jeux d’intérêts et de guerre éternelle où l’homme est vu comme l’ennemi de l’homme, Matoub, comme Aït Menguellet dans Ammi, dresse l’amère sentence : « L’imposture mène notre monde. »

A. N. M.

iguerifri@yahoo.fr

Publié dans matoub(18) | 17 Commentaires »

TRÊVE D’HYPOCRISIE ET DE LÂCHETE. UNISSONS-NOUS POUR SAUVER L’ALGERIE !

Posté par algeriedemocratie le 24 juin 2009


Par Salah-Eddine SIDHOUM

Ce nouveau drame qui a vu le massacre de plus de vingt de nos enfants dans la wilaya de Bordj Bou Arréridj, interpelle encore une fois les consciences libres de notre cher et malheureux pays. Encore une fois, des Algériens ont fait couler le sang d’autres Algériens. Encore une fois, ces innocentes victimes, utilisées comme boucliers par les imposteurs au pouvoir pour préserver leurs privilèges, viennent s’ajouter à une cette longue liste macabre ouverte un certain 5 octobre 88, par ceux qui ont pris en otage notre pays depuis 1962.
Cette Algérie qui avait su, grâce à l’héroïsme de son peuple, mener une des plus grandes révolutions libératrices du siècle dernier, qui allait aboutir à la décolonisation de toute l’Afrique, est devenue aujourd’hui la risée du monde. Un pays aux mains d’une voyoucratie sans foi ni loi qui a fait de ce paradis terrestre, un enfer. Une voyoucratie qui, par son « génie » maléfique, a rendu ce peuple pauvre dans un pays aussi riche. Une voyoucratie qui a cultivé durant des décennies une profonde haine dans nos cœurs et qui voit des Algériens, torturer, exécuter sommairement et faire disparaitre et sans aucun état d’âme leurs frères Algériens. Qui voit des Algériens égorger et massacrer des dizaines, voire des centaines d’Algériennes et d’Algériens, sans aucun remord. Et le tout dans un climat d’impunité totale.
Qui avait dit que les enfants et petits-enfants d’Abane, Ben Boulaïd, Ben M’Hidi et Didouche, allaient devenir des frères ennemis dans cette Algérie qu’ils avaient libérée avec des centaines de milliers d’autres martyrs au prix de leur sang et de leur vie ? Qui avait dit que les enfants et petits-enfants de ces héros allaient se transformer en bombes humaines et en harragas dans l’Algérie dite « indépendante » alors que leurs parents ne l’ont pas fait dans l’Algérie colonisée ?
Le moment n’est plus aux jérémiades et aux dénonciations hypocrites de ces crimes abjectes. Le moment est à la réflexion et à l’action. Que de condamnations sélectives et fourbes depuis 92 ? Pour quels résultats ? Le maintien de ce statu quo mortel qui profite au régime illégitime et à ses affidés !
Il faut avoir l’honnêteté, la sincérité et le courage de traiter les causes profondes de cette crise qui perdure depuis 1962 et qui s’est transformée en tragédie depuis 92, n’en déplaise aux « intellectuels » et politicards couards de salon !
Quitte à nous répéter, la crise algérienne est une crise éminemment politique. Elle remonte aux lendemains de l’indépendance et s’est aggravée au fil des décennies. C’est une crise de LEGITIMITE DU POUVOIR et sa solution ne peut être que politique, n’en déplaise encore une fois aux pseudo-intellectuels thuriféraires du régime. Des volontés politiques sincères et sages l’ont dit en 92, quand le régime aux abois et ses boutefeux autoproclamés démocrates appelaient à la solution sécuritaire et à l’éradication d’une partie du peuple Algérien. Les arrestations arbitraires, la torture, les disparitions forcées, les exécutions sommaires, les ratissages, les manipulations criminelles, les groupes armés d’opposition au régime et leurs attentats aveugles et meurtriers, les milices, les escadrons de la mort, les infiltrations de certains groupes armés, les tribunaux d’exception, la multiplication des effectifs militaires et policiers, l’achat de matériel de guerre ultrasophistiqué, le massacre de populations, la fausse réconciliation nationale et l’impunité ont-ils réglé la crise Algérienne ? Que non ! Et cela dure depuis 18 ans.
Devant l’aggravation de cette crise et dans tous les domaines, le pays se dirige vers un véritable tsunami populaire qui risque de balayer le pays. Il est de notre devoir de nous mobiliser et de réagir pour empêcher l’irréparable !
Il n’y a pas d’autre solution que la solution politique et cette dernière passe inéluctablement par un changement radical du régime illégitime en place. Ce changement, nous le souhaitons pacifique, mais l’entêtement de la voyoucratie jalouse de ses privilèges mal acquis, risque de nous mener, à Dieu Ne Plaise vers un changement violent.
Il est temps que toutes les volontés nationales ici et en exil se rassemblent autour de valeurs et de principes démocratiques pour créer cette dynamique mobilisatrice populaire. Il est temps aussi que ce qui reste de probe dans notre « classe politique » mette un terme aussi à son autosuffisance et à son obstination, pensant détenir à elle seule la solution…. dans les salons. Aucune individualité, aucune tendance et aucun parti n’a le monopole ni ne détient le brevet de la démocratie, de l’Islam ou du nationalisme. La démocratie qui est une culture et un moyen de gestion politique de la société, se juge sur le terrain et non par des discours hypocrites. Et l’Algérie, encore une fois n’a besoin ni d’un Zaïm, ni d’un messie, encore moins d’un « génie » qui attendrait un hypothétique coup de téléphone des Tagarins. Elle a besoin de tous ses enfants, sans exclusion aucune, pour la libérer de cette voyoucratie et la reconstruire.
Il est temps aussi que ce qui reste de probe dans notre « classe politique » sorte du cadre de la stratégie du pouvoir, dans laquelle elle s’inscrit inconsciemment. Ce n’est pas en jouant les troubadours politiques au cours des carnavals électoraux, qu’on risque d’ébranler ce régime. Bien au contraire, par cette pratique on constitue la vitrine pseudo-démocratique de ce même régime aux yeux de l’opinion publique internationale, tout en se discréditant vis-à-vis de notre opinion nationale qui n’est pas aussi dupe que le pensent certains.
Nous en appelons aussi à ceux qui appartiennent à ce régime et qui n’ont pas les mains tâchées de sang, à prendre conscience de la gravissime situation du pays – que seules les sirènes de la propagande essaient de leur dissimuler – et d’œuvrer avec toutes les volontés nationales sincères à la résolution de la crise. Nous avons besoin de toutes et de tous, car comme disait l’illustre homme politique DEMOCRATE, Nelson Mandela : « Il faut libérer aussi bien l’opprimé que l’oppresseur lui-même, enfermé derrière les barreaux des préjugés et de l’étroitesse d’esprit ».
Nous en appelons encore une fois à une prise de conscience collective. Evitons de nous tromper de cible comme en 92 et mettons de côté nos divergences artificiellement entretenues par qui on sait.
Œuvrons à sauver notre Algérie de ce tsunami qui se profile à l’horizon.
Toutes nos pensées vont à toutes les victimes sans exception, d’hier et d’aujourd’hui, du drame national.

Salah-Eddine SIDHOUM
Signataire de l’APPEL du 19 mars 2009
Alger le 18 juin 2009

 

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