• Accueil
  • > Archives pour le Jeudi 9 juillet 2009

Addi Lahouari : “L’Algérie est une dictature militaire”

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

Addi Lahouari : “L’Algérie est une dictature militaire”


Addi Lahouari : “L’Algérie est une dictature militaire” dans Addi Lahouari(29) photoaddiLa question de la révision constitutionnelle et du troisième mandat ne laisse personne indifférent en Algérie. Comme le montre la pétition qui circule et qui a recueilli des centaines de signatures.

Nous avons demandé à Lahouari Addi de nous donner son point de vue sur cette question qui domine le débat politique algérien. Dans ses réponses à nos questions, Lahouari Addi développe une proposition de sortie de crise dont le moins qu’on puisse dire, est qu’elle suscite des questionnements.

Mais qui est cet intellectuel dont les prises de position ne laissent pas indifférent ?

Lahouari Addi est de ces universitaires qui font notre fierté, autant par son attachement à l’Algérie que par le rayonnement scientifique de ses travaux dans la communauté universitaire internationale. Sociologue formé à Oran, de l’école primaire à l’université, il dit lui-même qu’il appartient à la génération à qui l’indépendance a donné la possibilité de se former et d’acquérir un statut d’universitaire. Il a bénéficié d’un détachement à Paris (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) en 1983 qui lui a permis de soutenir une thèse d’Etat publiée à Alger, (ENAL, 1990) sous le titre « L’impasse du populisme », analysant les contradictions de la construction étatique en Algérie de 1962 à 1988.

Après avoir enseigné pendant 18 ans à l’Université d’Oran, il a dû quitter en 1994 sa ville natale pour des raisons de sécurité. Depuis, il est à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon où il enseigne l’anthropologie et la sociologie du monde arabe ainsi qu’un cours de sociologie des relations internationales. Il y dirige, par ailleurs, plusieurs thèses sur des thèmes relevant de sa spécialité. Il collabore par des contributions régulières, et remarquées, au Quotidien d’Oran et au Monde diplomatique. Il a publié plusieurs ouvrages, dont « L’Algérie et la démocratie », (1995) « Les mutations de la société algérienne », (1999) « Sociologie et anthropologie chez Pierre Bourdieu » 2002). Il nous a confié qu’il est sur le point d’achever la rédaction d’un livre sur deux anthropologues du Maghreb, Clifford Geertz et Ernest Gellner.

Lahouari Addi a écrit une cinquante d’articles dans des revues scientifiques en Europe et aux Etats-Unis. Il est souvent invité par des universités américaines (Princeton University, University of Utah, Salt Lake City, UCLA, Los Angeles…). Il a été l’un des rares universitaires arabes à avoir été membre du prestigieux Institute for Advanced Study à Princeton où il a séjourné pendant une année en 2002-2003.

Tahia bladi: Que vous inspire la question du troisième mandat pour A. Bouteflika ?

Addi Lahouari: Il y a de quoi être choqué. Dans un pays où le mécontentement social est à son paroxysme, les grèves sont quotidiennes, le pouvoir d’achat des salariés est l’un des plus bas au monde, le président cherche à modifier la constitution comme dans une république bananière pour se représenter. En sondant la population, vous constaterez qu’il n’y a jamais eu un président algérien aussi impopulaire dans tout le pays, y compris à l’Ouest d’où il est originaire. Cela veut dire que le personnel qui décide ignore totalement les préoccupations de la population dans les processus de désignation des responsables du pays. C’est de l’irresponsabilité et c’est exposer le pays à la crise chronique. Le régime continue d’ignorer la population qui répond par l’apathie générale et les émeutes localisées.

TB: Qui décide d’une telle question au sommet ? Le président a-t-il une autorité ou n’est-il qu’un paravent?

A.L: Selon les indices qui transparaissent dans la vie politique quotidienne rapportée par la presse, le président n’a aucune autorité et il fait seulement de la figuration. Il est possible cependant qu’un clan de généraux le soutienne contre un autre clan. De très graves affaires de corruption comme l’affaire Khalifa, BRC et autres ont défrayé la chronique et où des généraux sont impliqués. Dans ce cas là, des clans se forment pour défendre les amis et les alliés. Le fait que ces affaires très graves et préjudiciables à l’économie nationale et aux institutions de l’Etat n’ont pas été suivies par l’arrestation des officiers impliqués dans les réseaux de corruption indique clairement que le président n’a aucune autorité ni sur l’armée ni sur le gouvernement. Je prendrais deux exemples. Le premier est relatif aux insultes proférées par un ministre à l’encontre d’un Chef d’Etat étranger que l’Algérie s’apprêtait à recevoir officiellement. Dans n’importe quel autre pays, le ministre en question aurait été relevé de ses fonctions. En Algérie, il ne l’a pas été parce que le président n’a aucune autorité sur la majorité des ministres qui lui ont été imposés, à l’exception de Belkhadem, Zerhouni et Ould Abbes. Le deuxième exemple est la longévité du général Tewfik Médiène aux fonctions de responsable du DRS. Il est le premier responsable de la sécurité alors que la violence politique tue depuis 16 ans. De deux choses l’une : ou bien c’est le DRS qui nomme aux fonctions de président, ou bien c’est le président qui nomme aux fonctions de chef du DRS. Or Tewfik a survécu à Chadli Bendjedid, Liamine Zéroual, Bouteflika I, Bouteflika II et il s’apprête à modifier la constitution pour Bouteflika III. Si au moins le terrorisme avait été vaincu, nous aurions dit que les différents présidents le gardent en raison de ses compétences ; mais ce n’est pas le cas...

TB: Pourtant Bouteflika a mis à la retraite des généraux puissants comme Lamari Mohamed. Comment peut-on expliquer cette mise à la retraite ?

A.L.: Mohamed Lamari a été prié par ses collègues de quitter ses fonctions de Chef d’Etat-Major parce qu’il donnait trop d’interviews dans lesquelles il se posait comme supérieur au président, c’est-à-dire qu’il démontrait tous les jours la théorie du pouvoir réel et du pouvoir formel. Or l’armée algérienne, pour des raisons qui lui sont propres, veut apparaître publiquement comme une armée qui obéit à l’autorité constitutionnelle du président de la république, chef formel des forces armées. Lamari mettait mal à l’aise les militaires qui se cachaient derrière la fiction constitutionnelle. Il démontrait par ses propos que l’armée est la source du pouvoir. C’est vrai, elle l’est, mais il ne faut pas le dire. Lamari a été remplacé par Gaid Salah qui ne parle pas, tout au moins publiquement.

TB: Difficile de faire la part entre l’Armée et l’ « Etat » ?

A.L.: L’armée considère que si elle ne contrôle pas l’Etat, l’Algérie disparaîtrait en tant que nation. Elle a mis sur pied un service spécialisé dans la surveillance des ministères, des institutions et tout le champ politique modelé de manière artificielle. Ce dernier ne reflète pas les courants politiques et idéologiques réels de la société. Le DRS élimine tout parti ou toute personnalité qui n’accepte pas la règle non écrite du système politique algérien : l’armée est la seule source du pouvoir. Et tout cela de manière anti-constitutionnelle. Du point de vue du droit algérien, les activités « politiques » du DRS sont illégales. N’importe quel juge peut demander à la gendarmerie d’arrêter le général Tewfik Médiène pour menées subversives et blocage des institutions de l’Etat ! Dans un Etat qui se respecte il n’y a pas d’individu, QUELLE QUE SOIT SA FONCTION, qui soit au-dessus des lois et de la constitution. Si les généraux avaient un peu de culture politique et le sens des perspectives historiques, la première chose à faire est la dissolution du DRS et son remplacement par un service qui ne s’occupe que de l’espionnage et du contre-espionnage à l’image de la DST en France. Est-ce que la DST en France s’immisce dans les affaires politiques, en noyautant la CGT, l’UMP, le PS., les journaux Le Monde, Le Figaro, Libération ? Si la DST avait les mêmes pouvoirs que le DRS, en dix ans la France deviendrait un pays sous-développé !

TB: Quelle serait selon vous la solution pour sortir le pays de la crise politique et du marasme économique et social ?

A.L: Il faut construire un système de pouvoirs qui soit conforme à notre réalité historico politique, un système qui tienne compte d’une part de la volonté du pays à se développer et à vivre en paix et d’autre part du rôle politique de l’armée hérité de l’histoire du mouvement de libération nationale. Au fur et à mesure que le pays se développera, l’armée se « dépolitisera » et deviendra une armée moderne, ce qu’elle n’est pas aujourd’hui. Les constitutions de 1964, 1976 et 1989, toutes violées par l’armée, ne correspondent pas à la réalité politique algérienne. Ce sont des constitutions copiées sur celles de la France, alors que l’Algérie n’est pas la France. On a demandé un jour à Solon, philosophe grec, qu’elle était la meilleure constitution. Il a répondu : pour quel peuple et pour quel temps ? Par conséquent, il faut une constitution qui corresponde à l’Algérie d’aujourd’hui, une constitution qui tienne compte du poids de l’armée dans le champ politique. Pour cela, il faut un président issu de l’ALN, chef des forces armées, garant de l’unité nationale et de la paix civile, protecteur des symboles de la république et des constantes héritées du mouvement national de libération. En contrepartie, l’armée ne s’immiscera ni dans la formation du gouvernement ni dans le choix de la politique économique et sociale qui sera l’affaire des partis. Le ou les partis qui auront été élus formeront le gouvernement sur la base de majorité parlementaire et appliqueront les programmes pour lesquels ils auront été élus. Dans ce schéma, le président aura la prérogative de dissoudre l’Assemblée Nationale autant de fois que nécessaire si la majorité parlementaire venait à voter des lois contraires à l’héritage du mouvementnational ou menaçant les symboles de la république. Je pense que ce schéma rehaussera le prestige de l’armée et la réconciliera avec la société. Avez-vous remarqué que nous n’avons plus l’occasion de voir défiler notre armée et que nous ne croisons plus de jeunes militaires en tenue de sortie lors des fêtes nationales dans les villes et villages du pays ? Pourquoi ? Parce que les militaires, qui sont les enfants du pays, ne sont pas en sécurité dans la rue, et cela est la conséquence de la politisation de l’armée.

TB: C’est un schéma qui fait de l’Armée un moteur de la vie politique !

A.L: Un tel schéma ne donne pas du pouvoir à l’armée, mais il lui reconnaît son rôle historique en tant qu’héritière de l’ALN dans la formation de l’Etat-nation. La nation algérienne est née du combat contre la domination coloniale dans lequel l’ALN était à l’avant-garde. Il faut reconnaître à l’armée ce rôle de gardienne de l’héritage de l’ALN et inscrire cette reconnaissance dans la Constitution. C’est l’Assemblée nationale et les partis qui sont le moteur de vie politique puisque le gouvernement sera l’émanation de la volonté électorale.

TB: Un modèle à la turque ?

A.L: Le schéma que je propose permet à l’armée de se retirer, de se concilier avec la population et de ne plus soutenir des canards boiteux qui portent atteinte à son capital symbolique issu de la guerre de libération. Les généraux devraient réfléchir à l’exemple turc. La Turquie est en effet aujourd’hui le pays musulman le plus avancé dans le processus démocratique. L’armée turque respecte le résultat des urnes tout en avertissant que si la majorité élue porte atteinte à l’héritage kémaliste, elle intervient et dissout l’Assemblée. Elle l’a déjà fait. C’est une position intelligente et sage. Ce n’est pas trop tard pour notre pays de s’engager dans cette voie.

TB: Et si les islamistes remportent la majorité de l’Assemblée nationale ?

A.L: C’est la démocratie. Ils appliqueront leur programme économique et social. S’ils réussissent à développer le pays, les électeurs voteront encore pour eux lors des élections ultérieures ; sinon, ils perdront au profit d’un autre parti. C’est le principe de l’alternance. S’ils veulent changer les règles du jeu, ou les symboles de la république, le président, soutenu par l’armée, aura le loisir de dissoudre l’Assemblée nationale

TB: Pourquoi les généraux n’ont pas pensé à un tel schéma ?

A.L: Parce qu’ils ont le « syndrome Boussof » ; ils n’ont pas confiance dans les civils. Pour un général algérien, un civil est un traître potentiel, ce qui installe le pays dans la crise politique chronique. Ils ont été éduqués dans cette culture qui bloque les institutions et empêche le pays de se doter d’un Etat représentatif de la société. Et puis, être au-dessus des lois de la république permet aussi à certains d’amasser beaucoup d’argent.

TB: Pourquoi l’Armée est-elle si présente, et les Algériens tellement absents de la politique ?

A.L: Les Algériens se désintéressent de la politique parce que l’armée leur interdit de choisir leurs représentants réels et leur impose un diwan el garagouz composé de Ouyahya, Boudjerra Soltani et autres Sidi Said. Le DRS joue du bendir et ces personnages dansent pour amuser les foules. Le pays de Messali Hadj, Ferhat Abbas, Ben Badis, Larbi Ben Mhidi, etc. est tombé aussi bas. L’armée est sur le point de modifier la constitution pour faire réélire le président le plus impopulaire que l’Algérie a connu. C’est ce qui fait dire que l’Algérie est une dictature militaire dans laquelle les généraux n’ont pas le courage d’assumer leur choix. Ils se cachent derrière des civils incompétents et sans personnalité. Ces civils sont d’ailleurs choisis sur ce critère d’absence de personnalité. Bouteflika est un personnage incolore, inodore, qui n’a aucune opinion comme il l’a montré pendant 8 ans. Depuis 1999, l’Algérie s’est appauvrie sous son règne malgré la hausse du prix du pétrole. Il ne dirige pas et il est beaucoup plus soucieux de sa santé et du prix Nobel (qu’il n’a aucune chance d’obtenir) que de l’avenir du pays. Et dire que c’est un pays qui a des potentialités extraordinaires, sa jeunesse et ses richesses minières.

Interview réalisée par Djamaledine Benchenouf pour tahia bladi

Publié dans Addi Lahouari(29) | 1 Commentaire »

Intellectuels algériens : Les limites idéologiques du mouvement de libération nationale (Par Lahouari Addi)

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

L’universitaire algérien Lahouari Addi nous fait parvenir la réflexion ci-après, qui est une contributionn au colloque sur Philippe Lucas.
Nous la publions intégralement, mais en trois parties, pour les commodités de lecture.
Les 3 parties sont définies par la structure du texte lui-même :
1. Les limites idéologiques du mouvement de libération nationale
2. La compétition entre francophones et arabophones
3. Les imams-enseignants

Dans cette partie-préambule, nous vous proposons l’explication introductive de l’auteur.

II y a deux raisons pour lesquelles j’ai accepté sans hésiter de participer à ce colloque sur « L’ Implication et Engagement de l’intellectuel », organisé en hommage à Philippe Lucas, à l’université de Lumière-Lyon 2 qui m’a accueilli depuis mon exil, suite aux tragiques événements qui ensanglantent mon pays.

La première raison est qu’un certain nombre d’intellectuels algériens ont été tués ces dernières années pour leur engagement dans la vie publique. Je laisserai de côté la question – non encore tranchée – de l’identité des assassins, mais le fait est qu’ils ont été tués parce que ce sont des intellectuels qui ont atteint une notoriété publique dans leur pays. La deuxième raison est que Philippe Lucas avait un lien très fort à l’Algérie, qu’il portait dans son coeur puisqu’il avait choisi ce pays comme terrain de recherche, porté par la conviction que l’universitaire est un agent de la transformation sociale, surtout dans les pays du tiers monde où le besoin de développement et de progrès social est plus fort qu’ailleurs. De ce point de vue, il y a une part d’idéalisme chez l’intellectuel engagé, impliqué dans la société dont il cherche à infléchir l’orientation vers une meilleure mobilisation des ressources afin de diminuer les contraintes dans lesquelles se débattent les plus démunis. Sans cet idéalisme, l’intellectuel serait un fonctionnaire soucieux de sa carrière professionnelle, parlant de sa recherche avec détachement, comme le ferait le biologiste évoquant ses expériences pour lesquelles il ne ressent aucun sentiment.

En tant qu’universitaires, spécialistes de sciences humaines, nous sommes tous engagés et impliqués, de par la nature de notre travail, mais il y a des degrés d’implication. Je peux dire que Philippe Lucas était à un degré extrême d’engagement dans le pays où il a choisi de travailler et de vivre pendant plusieurs années : l’Algérie. Il a contribué à ouvrir l’université algérienne aux problématiques de développement dont ont été avides les générations d’étudiants qu’il a vus défiler, et a donc participé à la formation de ce savoir que les intellectuels algériens ont utilisé pour tenter de transformer la société.

Si deux décennies plus tard certains d’entre eux ont été assassinés, c’est parce que ce savoir, symboliquement ou réellement, heurtait des intérêts idéologiques et des représentations culturelles qui se sentaient menacés par cette audace de l’intellectuel engagé prétendant que la société est non seulement objet de connaissance, mais aussi qu’elle est susceptible d’être transformée par l’action volontaire de ses membres.
Dans une société où les consciences ne sont pas sécularisées, cette posture est subversive pour l’ordre social, car mettre l’accent aussi fortement sur la causalité humaine, c’est saper toutes les légitimités qui justifient l’ordre social immanent, structuré autour de rapports de force et d’intérêts conflictuels, se reproduisant dans l’inégalité, voire la domination, s’agissant de certaines catégories emprisonnées dans des statuts qui indiquent leurs positions et surtout leurs devoirs.

Dans une société où, au lendemain de l’indépendance, tout semblait possible avec la décolonisation, l’intellectuel était dangereux parce qu’il maintenait la mobilisation pour l’objectif suivant – le développement -, alors que les acteurs du mouvement de libération nationale se contentaient de l’indépendance formelle, cherchant uniquement à monnayer leur participation au combat qui y a mené pour tirer privilèges et gratifications. La légitimité historique acquise par l’adhésion au combat libérateur, au lieu d’ouvrir d’autres perspectives politiques – l’État de droit, la citoyenneté, la démocratie… – a été mise au service de l’appropriation privée du pouvoir.

C’est ainsi que l’Algérie a transformé ses héros en rentiers, que le Pouvoir cherchait
à neutraliser pour qu’il ne servent pas de référence et d’autorité morale à ceux qui seraient tentés de s’inspirer de leur action passée. Banalisés, aspirés dans des affaires commerciales juteuses, qui dans l’import, qui dans le débit de boissons alcoolisées, ces héros ont été peu sollicités par les intellectuels, notamment tes historiens, pour écrire l’histoire de la libération nationale dont la genèse et le déroulement pourraient expliquer bien des difficultés et des obstacles présents. L’intellectuel algérien s’est trouvé pris entre les limites idéologiques du mouvement de libération, dont il a pensé que la dynamique irait au-delà de l’Indépendance, et la stérile compétition entre arabophones et francophones qu’il n’a pas su dépasser.

A lire : Partie 1. Les limites idéologiques du mouvement de libération nationale

 

1.Intellectuels algériens : Les limites idéologiques du mouvement de libération nationale (Par Lahouari Addi)

2. La compétition entre francophones et arabophones

3. Les imams-enseignants

Dans cette première partie, nous vous proposons l’analyse de l’auteur sur les limites idéologiques du mouvement de libération nationale.

« Ces limites se sont manifestées dans tous les secteurs de l’activité sociale, et en particulier dans la conception de l’histoire diffusée par l’État indépendant. II ne fallait pas écrire l’histoire-science et surtout ne pas former des historiens qui risquaient de contester le récit officiel raconté par des acteurs non incarnés louant l’abnégation du héros anonyme, mort pour la Nation libérée par l’Armée issue du Peuple. Le grand Récit National, écrit par des anonymes pour des anonymes, ne supporte pas l’hétérogénéité, la diversité, voire les divergences, imposant sa logique homogénéisante et unitaire et refoulant tout ce que la mémoire collective porte comme blessures et cicatrices des conflits et des luttes fratricides. L’histoire officielle n’est pas l’histoire des sciences sociales ; elle est épopée mythique, elle est mystique de la commémoration donnant plus d’importance au passé qu’au présent, marquant plus de respect pour les morts que leurs descendants en vie.

L’histoire officielle est un montage, un artefact qui sert de ressource de légitimation aux régimes autoritaires qui trouvent plus commode de gérer la cité des morts que celle des vivants. Ces derniers contestent, ils expriment des opinions contraires et contradictoires, ils demandent à l’État des comptes et cherchent à avoir un droit de regard sur la gestion des ressources publiques, ce qui, pour un dirigeant algérien, est de la subversion et une menace pour la souveraineté du peuple.

Les morts – pourtant tous des héros – ne demandent pas tant. Ils souhaitent seulement que l’on se souvienne d’eux deux fois l’an : le 1er novembre, date du début de l’insurrection, et le 5 juillet, date de l’Indépendance.

Même s’il a du respect pour le passé, l’intellectuel ne peut accepter la forme aseptisée de l’histoire qui évacue l’essentiel : le conflit. L’idéologie politique de l’État algérien est construite autour de la négation du conflit politique, c’est-à-dire sur la négation de la notion constitutive de la vie en commun. Nié, le conflit ne continue pas moins de « travailler » la société algérienne, à l’instar des autres sociétés. Avec cette différence, qu’en Algérie, il n’existe pas d’institutions officielles pour le véhiculer en vue de sa résolution. Le conflit, quant il apparaît, se résout en dehors des instances officielles, obéissant au rapport de force brute ou physique. Les événements tragiques actuels peuvent trouver un début d’explication dans l’incapacité des institutions à capter les demandes de la population et à les traduire sous forme de participation politique au champ de l’État.

Plaire au prince

En Algérie, l’État n’est pas arbitre, il est partie prenante du conflit. D’où les luttes exacerbées pour les postes dans l’administration de l’État d’où sont puisées les ressources pour satisfaire l’orgueil personnel et humilier ses adversaires dès que l’occasion se présente. Dans cette perspective, l’intellectuel n’a pas sa place dans un tel champ politico-social, car il est un personnage appartenant à la problématique conflictuelle, agissant sur les conflits sur la base de la Raison – ou plutôt ce que le sens commun appelle Raison – par laquelle il essaye de convaincre le maximum de personnes qui constitueront son public, ce qui lui donne une force de frappe médiatique que les hommes politiques, avides de soutien, ne négligent pas.

Dans une société rendue aphone par un État qui s’est donné pour mission de la mener vers le bonheur, l’intellectuel ne regarde pas autour de lui, il regarde « en haut », vers les sphères du pouvoir où il recherche une reconnaissance qu’il n’obtiendra que s’il accepte de véhiculer le discours officiel et prêcher la bonne parole. Il ne s’agit pas de se constituer un public – les conditions politiques ne le permettent pas – il s’agit de plaire au Prince dans la tradition maghrébine du « meâàah » chantant la gloire de la dynastie dont il est l’obligé. Coller à l’État, répéter son discours, bâtir les mythes, voilà la ligne de conduite des intellectuels jusqu’aux années quatre-vingt, Jusqu’aux émeutes d’octobre 1988 qui leur ont montré que la coupure avec la société était profonde et que l’Etat démiurge n’est qu’un mythe parmi tant d’autres.

Le régime a refusé toute autonomie à quelque secteur que ce soit de la société, à l’exception de la sphère religieuse devenue par la force des choses le réceptacle des demandes sociales qui ne trouvaient nulle part ailleurs un lieu d’expression. Il ne s’agit pas d’accabler le régime de tous les maux- Sa responsabilité réside dans le fait qu’il n’a pas su apporter les réponses nécessaires aux contradictions idéologiques de la société qui avait perdu sa vitalité bien avant la colonisation – d’où le concept de colonisabilité cher à Malek Bennabi – et qui a figé sa culture sous la colonisation.

Le pouvoir pour le pouvoir

À l’Indépendance, il aurait fallu que le mouvement national continue d’être révolutionnaire, c’est-à-dire de prendre la mesure des « déficits » idéologiques et culturels pour se fixer des tâches d’édification dans une perspective historique. Or le mouvement de libération nationale a cessé d’être progressiste et révolutionnaire dès l’Indépendance, malgré le discours, obnubilé par l’exercice du pouvoir dont la jouissance était obsessionnelle, tournant souvent à la mise en scène théâtrale. Le pouvoir pour le pouvoir : l’Algérie était et est encore dans une situation pré-hobbesienne. Cette critique à l’endroit du mouvement national de libération est peut-être un effet de décalage de génération. Compte tenu de mon âge, l’Indépendance est « un fait normal », alors que pour mon père elle est la réalisation d’un idéal. Pour moi, l’idéal est autre chose : c’est l’État de droit, la démocratie, la citoyenneté… Subjectivement ou objectivement – je ne saurais faire la différence – la génération de mon père a échoué. Le maigre acquis en matière de souveraineté nationale obtenu après tant de sacrifices a été érodé par la mondialisation qui a annihilé l’autonomie de la décision en matière politique et économique.

L’attrait qu’a exercé la France sur la jeunesse – dont une grande partie aspire à acquérir la nationalité que leurs parents ont refusée – signifie que trente ans après, la France a vaincu le FLN sur le terrain idéologique et culturel. Pire encore, l’Algérie semble revenir à la situation pré-coloniale où les deux seuls personnages qui jouissent de l’autorité sont le soldat et le marabout. Or l’État moderne ne se construit ni sur l’un ni sur l’autre. Il est construit par une élite civile enracinée dans sa société et ouverte aux vents du large, animé par des fonctionnaires dont la compétence est source de respect et garantie de neutralité. L’État moderne n’est ni l’expression de la mystique nationaliste du militaire, ni celle de l’aliénation religieuse du fanatique. Il est avant tout une construction politico-juridique organisant ia vie sociale publique et privée de telle manière que la règle juridique remplace l’usage de la force dans le lien social.

À cet effet, quand l’État se construit, les intellectuels poussent comme des champignons parce que la règle juridique est une construction intellectuelle à usage social consensuel. Sans le juriste qui fait techniquement la loi, sans le philosophe qui la pense en lui donnant un fondement conceptuel, sans le sociologue qui en mesure l’efficacité et la nécessité,etc., il n’y a pas d’État. II est singulier que l’on ne puisse pas citer un seul nom de philosophe algérien connu, qu’il soit arabophone ou francophone. Cette absence stridente de la philosophie est symptomatique de l’échec en matière culturelle et universitaire car c’est à l’ombre de la philosophie que les sciences sociales se développent. Cette introduction se référant aux limites idéologiques du mouvement national est nécessaire pour situer le cadre historique et politique de ce que l’on peut appeler l’intellectuel en Algérie. Il y a, à l’évidence, des intellectuels, évoluant dans leurs contextes et marqués par leur histoire qui a imposé deux figures d’intellectuel en Algérie : l’arabophone et le francophone.

Addi Lahouari

A suivre : 2. La compétition entre francophones et arabophones

La situation de l’intellectuel en Algérie présente des particularités liées à l’histoire du pays et aux conditions à travers lesquelles la société a été insérée dans le processus de modernisation et a été confrontée à la modernité politique.

Profondément déstructurée par une colonisation de peuplement qui a duré plus d’un siècle, l’Algérie a eu à affronter au lendemain de son indépendance des problèmes culturels relatifs à l’identité nationale et des problèmes sociaux et économiques dont la solution réside dans le développement. Cette accumulation de problèmes de différents ordres s’est traduite dans la structure de son élite, dont une fraction est francophone et plus sensible au développement économique pour résoudre la question sociale (chômage, analphabétisme, croissance démographique, malnutrition, etc.), et l’autre fraction, arabophone, préoccupée par l’affermissement de l’identité culturelle arabo-islamique [1].

Ces deux fractions de l’élite, traversant le mouvement national sous la colonisation et présentes dans l’État à l’Indépendance, ont toujours coexisté, liées par des compromis où les arrières-pensées chez les uns et les autres n’étaient pas absentes. Mais, paradoxalement, alors que l’Indépendance était censée les rapprocher et les fondre dans une nouvelle élite, elles les a encore plus éloignées et même dressées l’une contre l’autre [2]. D’un côté, les arabophones, culturellement plus proches du peuple, poursuivant l’utopie de faire revivre l’héritage culturel pré-colonial, et de l’autre côté, les francophones, plus attirés par les valeurs universelles, cherchant à opérer la greffe de la modernité par le biais de l’État, Divisée culturellement et idéologiquement, l’élite l’est aussi politiquement en raison des luttes pour le contrôle des postes dans l’appareil d’État, luttes dans lesquelles les intérêts matériels ne sont pas étrangers. L’État utilisait les francophones pour leurs compétences techniques, leur confiant des tâches de direction économique et de gestion administrative, et utilisaient les arabophones à des tâches d’orientation culturelle et idéologique : dans l’enseignement, le parti unique, les médias…

Les constantes

Le clivage linguistique traverse tous les appareils d’État, y compris l’armée, mais tend à s’effacer au sommet, probablement en raison de la solidarité de corps entre les responsables. Un pouvoir illégitime dépend de sa cohésion au sommet de l’État. Mais l’élite arabophone, à l’inverse des francophones, ne se limite pas à sa fraction servantdans les appareils centraux de l’État. Elle est aussi fortement présente dans la société où elle se pare du discours religieux dans lequel se reconnaît le petit peuple. Intervenant très souvent à la télévision, les intellectuels arabophones y défendent les valeurs sociales à partir de la morale religieuse et y défendent ce que le discours politique appelle en Algérie les constantes nationales (ettawabii d watania) qui sont principalement au nombre de deux : la langue arabe et l’islam. Ce discours trouve son prolongement à la mosquée où, au fil des ans, il glissera, d’une part, vers une revendication identitaire et, d’autre part, vers une contestation du pouvoir du point de vue moral.

Avec l’effondrement de l’économie administrée, supposée à l’origine fournir une légitimité au pouvoir, l’élite francophone s’est trouvée doublement disqualifiée du fait qu’elle s’était longtempsidentifiée au discours économique de l’État, lui apportant la caution scientifique. En effet, les économistes universitaires, dans leur majorité francophones, organisaient des colloques et écrivaient des articles et des thèses qui montraient le fondement scientifique de la « voie non capitaliste de développement, du socialisme, du système de prix administrés et des industries industrialisantes ».

À l’inverse, l’élite arabophone, qui s’est désintéressée des problèmes sociaux du développement, ne se sent pas concernée par l’échec économique et recueille les fruits de son discours culturel. Cette position lui permet de glisser dans l’opposition et de se poser comme émanation idéologique de la société contre le pouvoir, accusé d’être détenu par des francophones appelés hizb frança (parti de la France).

En schématisant, le francophone serait un intellectuel organique s’identifiant à l’État dont il voudrait qu’il soit l’instrument de la modernisation et des transformations sociales, et î’arabophone, s’appuyant sur le discours religieux, un dissident quiestime que cet État ne correspond ni dans la forme ni dans le fond au patrimoine culturel de la société dont il prétend être l’émanation politique. Dans les années soixante et soixante-dix, l’intellectuel algérien croyait avec naïveté faire oeuvre utile en s’engageant dans la mission de transformation de la société à partir de l’État, conçu comme lieu d’élaboration de la planification et de la maîtrise du marché dont il fallait modifier les logiques pour qu’elles obéissent à la finalité du développement économique. Ce faisant, il ne se posait pas de questions sur l’Etat, son contenu idéologico-politique, ses représentants et leurs visions, le fondement de son autorité, ou encore les mécanismes de légitimation, etc. Il était supposé servir la collectivité, et en premier lieu les plus démunis.

La naïveté

La naïveté de l’intellectuel à cette époque est qu’il croyait qu’il suffisait qu’un slogan soit formulé par le dirigeant pour que la réalité suive, ne se rendant pas compte que la production du slogan participait d’une duplicité où le verbe seul devait être révolutionnaire. Les profondes aspirations de la population au changement, à la modernité, à la participation au champ de l’État… étaient neutralisées par le discours du chef charismatique dont la présence rendait inutile l’institutionnalisation du pouvoir.

La nation devait s’incarner dans le leader qui refusait que la société soit traversée par des conflits politiques, ce qui aurait supposé qu’il soit soutenu au mieux – par une majorité et non par l’unanimité. Le chef charismatique ne veut pas dépendre de sa majorité ; il cherche à parler au nom de tous, au nom de la collectivité unanime qui affirme son unité dans le Tout qu’il représente. Aussi, le conflit n’a pas sa place dans cet ordonnancement du système politique. Le conflit, en Algérie, ne pouvait opposer que des Algériens patriotes à des étrangers cherchant à détruire le pays ou à des traîtres qui en seraient les laquais et les relais internes. De là, toute velléité à émettre des doutes sur la politique gouvernementale, toute aspiration à contrôler les dirigeants, voire à les choisir, tout débat public où se seraient exprimées des divergences d’appréciations, d’idées… étaient considérés comme des tentatives de déstabilisation du projet de développement menées à partir de l’étranger. Certes, il y a eu quelques intellectuels qui, de l’extérieur, tentaient d’attirer l’attention sur le danger d’une telle perspective ; d’autres encore, mesurant le risque de contrarier le discours dominant, préféraient garder le silence, supportant l’amertume de l’exil intérieur pour échapper à l’anathème.

Mais la majorité des intellectuels – principalement les universitaires francophones – ont cru à la magie du verbe qui fait que la réalité ne lui résiste pas, dès lors qu’il a été prononcé par le chef, ou couché sur les ordonnances sur lesquelles est apposée sa signature, les armoiries de l’État faisant foi.

L’intellectuel algérien, principalement l’universitaire, s’est intéressé plus à l’État, plutôt à ses discours et à ses projets, qu’à la société. Les travaux dans les années soixante et soixante-dix, les thèses notamment, portaient sur la volonté des dirigeants plutôt que sur la société et les pratiques sociales. Il s’agissait non pas d’analyser la société existante mais de la remplacer par une nouvelle maîtrisant la modernité et dans laquelle le conflit laisserait place à l’harmonie entre les classes différenciées uniquement par une division fonctionnelle du travail, consolidant aussi la symbiose entre le peuple et son État. Entre-temps, la croissance démographique s’amplifiait, la logique rentière prenait le pas sur celle du surproduit, la productivité du travail s’affaissait, le logement se raréfiait, la corruption se généralisait, l’irresponsabilité dans les entreprises d’État et dans l’administration s’installait, bref le lien social se délitait.

Le virage des années 80

À la mort de Boumédiène qui, par ses discours de chef charismatique,maintenait l’illusion de l’État démiurge, les intellectuels commençaient à avoir un autre regard sur la société, sur l’État et sur eux-mêmes, ayant le sentiment d’avoir été réveillés par une réalité qu’ils ne soupçonnaient pas, comme s’ils avaient été hypnotisés deux décennies durant. Les années quatre-vingt, c’était la critique du tiers-mondisme, du tout-État, de la planification et le retour des notions de vérité des prix, de société civile, de droits de l’homme, etc. C’était aussi les premiers maquis islamistes (en 1986-87) et les émeutes (1980 : Tizi-Ouzou ; 1982 ; Oran ; 1986 : Sétif ;1988 : à l’échelle nationale). Cette fracture entre l’État et entre différents groupes sociaux à l’intérieur même de cette population, qui s’annonçait déjà dans les années quatre-vingt, les intellectuels ne l’ont pas vue, jusqu’à ce que la haine et le meurtre se répandent dans la Cité.

Ceci est une une auto-critique collective et certains la jugeront sévère, mais le fait est là : l’universitaire était à ce point coupé de sa société qu’il ne percevait pas les tendances lourdes qui la « travaillaient », notamment l’islamisme, que nous qualifiions d’épiphénomène appartenant à la superstucture, et donc condammé à dépérir avec les représentations culturelles qui lui servaient de support. Il suffisait d’inaugurer des usines clefs-en-mains, payées par la rente pétrolière, pour que la nouvelle superstructure suive. Mais non seulement la superstucture nouvelle n’avait passuivi, mais l’usine clefs-en-mains devenait bientôt un fardeau pour le budget de l’État, et allait contribuer, par l’inflation, à aggraver la conflictualité dans les rapports marchands. Tout comme le sociologue croyait en la magie du verbe, l’économiste croyait en celle du signe monétaire, confondant contenant et contenu. Pour satisfaire les besoins sociaux de la population, il suffisait d’émettre de la monnaie, non en fonction de la production mais en fonction de la demande. Ailleurs, la richesse est créée ; en Algérie, elle est imprimée. Quelques années après, les lois de l’économie se sont vengées : marché noir, chômage, bidonvilles… Elles se sont vengées sur les plus démunis comme il fallait s’y attendre, mais elles ont aussi récompensé les nantis en augmentant leurs fortunes colossales, bâties sur la spéculation et la corruption.

Cette rupture avec l’environnement social allait fragiliser encore plus l’universitaire dont la production n’avait pas de public, et qui, par conséquent, allait dépendre encore plus du pouvoird’État qui a fait de lui son allié, plutôt son thuriféraire. La dimension critique du travail universitaire se défoulait sur des mécanismes impersonnels – l’impérialisme, les rapports sociaux de production… – et autres notions désincarnées qui relèvent plus du nominalisme verbal que de l’analyse de faits sociaux rapportés à des situations concrètes où seraient impliqués des individus en chair et en os. Le système social apparaissait dans la production universitaire comme surdéterminé par des forces extérieures que seule la volonté collective pouvait contrarier, diluant la responsabilité des agents sociaux, présentés comme ayant une potentialité de rupture – ou de conservatisme – à partir de motivations politico-psychologiques : le patriote versus le traître, l’altruiste versus l’égoïste… C’est ce hiatus entre l’objet imaginaire de l’universitaire et l’objet réel de recherche (la société et les pratiques sociales par lesquelles elle se reproduit) qui explique l’isolement de l’intellectuel dans la Cité, isolement aggravé par le fait qu’il n’existait pas dans le système du parti unique de sanction électorale ni de débat public qui l’auraient incité à s’autonomiser par rapport aux appareils d’Etat.

Dans ces conditions, est- il étonnant que la contestation soit venue des mosquées, portée par des imams-enseignants, dont le discours critique à l’endroit des dirigeants condamnait la corruption ? Le petit peuple y a tout de suite adhéré parce qu’il se sentait concerné. La dégradation des conditions de vie était perçue comme la conséquence de la corruption. Chez l’homme de la rue, la richesse est créée par la nature ou par Dieu qui en fixe généreusement la quantité afin que chacun puisse vivre dans la décence. Or la corruption contrarie ce plan bienfaiteur et entraîne des désordres dans la répartition qui font que les uns s’enrichissent au détriment des autres.

Lahouari Addi

[1] Ceci est une tendance générale,Il y a évidemment des intellectuels arabophones qui
donnent plus d’importance à la question sociale qu’à la question identitaire
[2] Le bilinguisme aurait pu dépasser ce clivage mais il a été écarté dès l’Indépendance au
niveau des options officielles

A suivre : 3. L’imam enseignant

 

Publié dans Addi Lahouari(29) | Pas de Commentaire »

Lahouari Addi : « L’armée a replacé Bouteflika pour 2009 et veut encore jouer un rôle politique »

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

image

Le sociologue Lahouri Addi dresse dans l’entretien qui suit, un constat de la situation politique, économique et sociale en Algérie. Pour cet universitaire, auteur de plusieurs ouvrages et études, la priorité est d’installer une justice libre, seul moyen de rétablir la confiance entre la population et les institutions de l’Etat.

1- L’année 2008 s’est achevée sur une crise financière mondiale qui n’a pas encore atteint son pic et par la fin de la période de grâce pour les pays producteurs de pétrole, avec un prix du baril dévalué. Dans quelle mesure ces deux évènements peuvent-ils affecter l’Algérie en 2009 et dans quelles proportions ?

Ces événements affectent fortement l’Algérie parce que l’Algérie est très dépendante de l’étranger quant à son alimentation. Il faut savoir que nous importons tout de l’étranger. Les exportations hors pétrole sont négligeables d’une part et d’autre part si les prix du pétrole baissent au-dessous de 30 dollars, ce sera le retour aux emprunts sur les marchés financiers avec les conditions que nous savons.
A la question de savoir si la crise financière a touché les avoirs de l’Algérie à l’étranger, seul le gouvernement peut y répondre. Cette question demande des informations et non une analyse.

2- On entame, une année 2009 charnière au vue de la conjoncture économique, politique et sociale délicate que traverse le pays actuellement. Etes-vous optimiste pour l’avenir et pensez-vous que nos dirigeants seront à la hauteur pour prendre les décisions qui s’imposent afin sortir de la crise ?

Il y a de quoi être pessimiste quand vous voyez ce qui se passe en Algérie : chômage, corruption, violence, etc. Les dirigeants ne sont pas à la hauteur parce que c’est un régime autoritaire qui ne veut pas se réformer et tenir compte de la volonté de la population. L’armée veut encore jouer un rôle politique comme si l’Algérie de 2009 était celle de 1963. A l’époque, il y avait mille étudiants, aujourd’hui il y en a un million. Le pays comptait 10 millions d’habitants ; aujourd’hui il en compte 35 millions. On ne dirige pas de la même manière un pays qui a changé à cette échelle.

3-Bouteflika veut rempiler pour un troisième mandat, malgré son bilan contesté. D’autres candidats veulent défendre leurs « chances » aux présidentielles du mois d’avril. Mais l’on remarque un désintéressement quasi-total de l’opinion algérienne à la chose politique. Le véritable danger ne situe-t-il pas à ce niveau précisément : la rupture entre le peuple et ceux censés le représenter ?

Mais c’est là tout le problème. L’armée désigne aux postes de responsabilités de gens qui n’ont aucune légitimité et donc aucune autorité. C’est de là qu’est issue la crise algérienne. C’est un problème politique. Le président obéit comme un fonctionnaire à des officiers cachés derrière leurs grades. Les candidats qui se présenteront contre le candidat du régime n’ont aucune chance. La presse les appelle « les lièvres ».

4-Si par chance le futur gouvernement voudrait s’attaquer sérieusement à la réforme des institutions algériennes tant attendues, par quel secteur devra-t-il commencer ? Autrement dit, quelles sont les priorités aujourd’hui en Algérie ?

La priorité aujourd’hui est de mettre fin à la violence et de regagner la confiance de la population. La population n’a pas confiance dans les institutions de l’Etat et ceux qui les dirigent. La priorité est de rétablir cette confiance pour que les Algériens se remettent au travail et pensent à l’après-pétrole. Dans cette perspective, il faudrait totalement libérer la justice de la tutelle administrative. La justice en Algérie n’est pas libre et c’est ce qui explique la corruption généralisée.

5– Quelle place occupe l’intellectuel dans la société algérienne contemporaine, et s’acquitte-il de la mission qui lui incombe ?

Les intellectuels n’ont aucun poids parce que la société civile, dont ils sont les fournisseurs en termes d’idées, est très faible. L’intellectuel est un producteur d’idées, de théories, c’est un animateur du débat public autour des questions qui intéressent tout le monde.

6 –Un dernier mot ?

Il faut espérer qu’à l’occasion de l’élection présidentielle du mois d’avril 2009, les militaires prennent conscience de la situation du pays et permettent des élections libres afin que la population ait confiance dans son Etat.

Propos recueillis par Fayçal Anseur

algerie-focus.com

Publié dans Addi Lahouari(29) | Pas de Commentaire »

CV- ADDI Lahouari

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

ADDI Lahouari

Discipline : Sociologie

Sociologie – professeur

CV- ADDI Lahouari dans Addi Lahouari(29) photoaddi

Coordonnées

Bureau :

3-13

Tél. :

0437283869

Fax :

0437283801

Mail :

lahouari.addi(a)univ-lyon2.fr

Diplômes :
Licence (sociologie – économie). DEA (économie). Doctorat (sociologie). Doctorat d’Etat (EHESS)

Né le 21 avril 1949 à Oran, Algérie
Eudes primaires, secondaires et supérieures à Oran
Licence de sociologie et licence d’économie à l’Université d’Oran (1973)
DEA d’économie à Grenoble (1974) portant sur les Structures bancaires de l’économie coloniale en Algérie
Doctorat de Sociologie portant sur Structures agraires et Habitat rural en Algérie de 1830 à 1939
Doctorat d’Etat à l’EHESS sous la direction de L. Valensi sur Etat et Pouvoir dans les sociétés du Tiers-Monde : le cas algérien (1987)

Carrière universitaire

Enseignant à l’Université d’Oran (Département de sociologie) depuis 1976
1981-83 : Directeur de l’Institut des Science Sociales, Université d’Oran
1983-86 : détachement à l’EHESS à Paris
1991 : Fulbright Scholar à l’Université de Princeton (USA)
1994-1996 : Professeur associé à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon
1996-97 : Visiting Professor, University of Utah (Salt Lake City, USA)
1997-98 : Professeur invité à l’IEP de Lyon
1998 : Professeur titulaire à l’Institut d’Etudes Politiques de Lyon
2002-2003: Membre de l’Institute for Advanced Study, Princeton, USA

Publié dans Addi Lahouari(29) | Pas de Commentaire »

comment réagissent les journalistes-agents du drss face à la justice

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

O9 Juillet 22O9

L’assassin des Moines A.Layada persiste et signe & Défie N. Sarkozy  

Abdelhak Layada, fondateur du Groupe islamique armé (GIA), a affirmé que les sept moines français ont été tués à Tibhirine dans la wilaya de Médéa par le GIA,il a implique les services secrets français d’avoir doubler  les autorités algériennes et traité directement avec les ravisseurs Que  veut de plus N. Sarkozy?  

A. Layada a désavoue hier  N. Sarkosy «Je dis au président français, si vous étiez honnête envers vous-mêmes, d’abord puis envers votre poste de président de la République, vous n’auriez pas réagi de cette manière pour l’assassinat des sept moines.   Pour cette histoire de Tibhirine, une grande trahison a été commise par l’Etat français. Je dirai que c’est une double trahison des services secrets français, la DST et la DGSE.    Premièrement, envers les autorités algériennes, et deuxièmement, envers les groupes islamiques armés.

 En effet, les services secrets français n’ont pas informé les autorités algériennes quant à leurs négociations avec le GIA pour la libération de Abdelhak Layada.

- Quant à la deuxième trahison, il s’agit du non-respect par les Français de l’accord conclu avec le GIA pour la libération des moines. Le missionnaire français, attaché militaire à l’ambassade de France à Alger, avec le grade de général, qui a donné son accord préliminaire pour ma libération n’a été en fait engagé que pour espionner le GIA. Dans ces conditions Mr Bajolet  ex Ambassadeur de France en Algérie à cette époque n’a pas été promu pour rien chargé des services des renseignements à l’Elysée par N Sarkozy? Un proverbe dit : Celui qui a déjeuné avec des mensonges avec quoi va-t-il dîner ?

A travers  les déclarations de l’assassin Abdelhak Layada, l’Armée Nationale Populaire ANP  est dans tous ses droits légaux  de déposer des plaintes pour diffamation  contre le président de la république française N. Sarkozy  auprès des institutions internationale. D’autre part, le président français s’oblige si sa conscience est tranquille de poursuivre devant qui de droit Layada Abdelhak qui a reconnu officiellement ses crimes en sa qualité de fondateur de l’organisation terroriste du GIA et foutre la paix à l’ANP accusée sans aucune preuve fondée ? Apparemment la thèse du  Qui- tu- Qui risque d’atterrir du coté de  l’autre rive de la méditerranéen puisque la balle se trouve maintenant dans l’enceinte de l’Elysée Comme disait ma grande mère à l’époque ‘’ Il est temps de remuer la mer  avec une louche No-Comment  !!! S. Medjkane

Publié dans vive l'algerie(128) | 2 Commentaires »

La sœur d’un moine de Tibéhirine au Figaro: «On leur doit la vérité»

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

INTERVIEW – Élisabeth Bonpain, membre de la famille Lebreton, est la sœur d’un des sept moines assassinés à Tibéhirine, frère Christophe.

 La sœur d’un moine de Tibéhirine au Figaro: «On leur doit la vérité» dans vive l'algerie(128) coeur-Dans l’affaire des moines de Tibéhirine, seule la famille Lebreton et le père Veilleux (ancien procureur général de l’ordre des Trappistes) se sont constitués partie civile. Ils ont effectué ce choix fin 2003 car, jusque-là, «il n’y avait pas eu d’enquête ouverte sur ces assassinats ni en Algérie ni même en France», rappelle leur avocat Me Patrick Baudouin. Aujourd’hui, d’autres proches des moines assassinés réfléchiraient à se constituer partie civile à leur tour.

LE FIGARO. – Quelle a été votre réaction aux révélations du général Buchwalter qui ont remis l’affaire sur le devant de l’actualité ?
C’était le plus jeune des moines, il avait 45 ans quand il est mort. Il a fait sa coopération en Algérie dans une association d’aide aux handicapés et il est tombé amoureux de ce pays. Quand il a visité le monastère de Tibéhirine avec le père Carmona, du diocèse d’Alger, il a su que c’était là qu’il voulait faire sa vie. Il est revenu en France pour finir son noviciat et il est reparti en 1987 en Algérie. À Tibéhirine, il s’occupait du jardin et aimait particulièrement les relations avec les voisins du monastère. Il parlait évidemment du climat qui régnait dans le pays, mais restait toujours très sobre sur le sujet. Ces moines sont restés malgré les violences car l’Algérie les touchait au cœur. Ils n’avaient pas envie de fuir alors que leurs amis ne le pouvaient pas. Ils avaient voué leur vie à Dieu et aux Algériens.

Pourquoi toutes les familles ne se sont pas constituées partie civile ?
Elles ont préféré privilégier le message des frères. Pour moi, ce n’est pas incompatible avec la recherche de la vérité. J’ai envie que la vérité éclate. Mais je sais aussi que cette vérité peut mettre en danger des personnes en Algérie, notamment les chrétiens.

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

comment réagissent les journalistes-agents du drss face à la justice

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

Douteux silence
El Watan, 9 juillet 2009
C’est devenu une forme de gouvernance : chaque fois que le pays est attaqué et diffamé à l’étranger, les autorités algériennes pratiquent carrément la politique de l’autruche. Elles entretiennent un silence gênant pour leurs amis et pour ceux qui éprouvent le besoin de les défendre. Un nouvel exemple de cet immobilisme vient d’être donné après les déclarations d’un général français, attaché de Défense à l’ambassade de France à Alger à l’époque des faits, accusant l’armée algérienne d’avoir tué en 1996 — une « bavure », a-t-il dit — les 7 moines de Tibéhirine enlevés par le gia. Du coup, les esprits se sont enflammés de l’autre côté de la Méditerranée. Le président Nicolas Sarkozy en personne est monté au créneau pour mettre de l’huile sur le feu et pour tenir des propos désobligeants, voire insultants, à l’égard de l’Algérie. Aucune réaction à Alger alors même que l’honneur de la patrie est piétiné. Malheureusement, l’Algérien s’est habitué à ce genre de comportement et n’éprouve donc aucune surprise. Lorsque dans les années 1990, le terrorisme islamiste a transformé l’Algérie en un vaste cimetière, nos stratèges en communication n’avaient pas trouvé mieux que d’interdire le pays aux journalistes qui voulaient faire leur travail et s’enquérir de la situation. Une aubaine pour les assassins du gIA et de l’ais qui s’étaient mis à accuser l’armée des massacres qu’ils avaient eux-mêmes perpétrés. Et lorsque l’on posait la question au ministère des Affaires étrangères, au ministère de l’Intérieur et aux services de sécurité, chacun accusait les deux autres d’être responsables en matière de communication et de bloquer les visas pour les hommes des médias.
Même nos ambassadeurs étaient dans le flou et se contentaient, de ce fait, de naviguer à vue et de faire dans l’à-peu-près. Plus proche de nous encore, l’affaire Hasseni. Ce diplomate, connu de toutes les chancelleries à Alger, a été arrêté en France dans des conditions humiliantes et emprisonné d’abord à Marseille puis à Paris, parce que soupçonné de s’appeler Hassani, un homme supposé être le commanditaire de l’assassinat d’un opposant algérien dans la capitale française. Le mae avait préparé un texte de protestation, mais il avait été bloqué sur décision venue « d’en haut ». L’Algérie a attendu plusieurs jours pour réagir timidement, mais notre diplomate avait été pratiquement abandonné à son sort. Tous les Algériens étaient dans le noir dans cette affaire. La centralisation excessive de la communication n’a pas permis à notre appareil diplomatique d’agir efficacement. Ces faiblesses en matière de communication, outre qu’elles ont fait le jeu du « qui-tue-qui ? », contribuent à décridibiliser le pouvoir algérien et à laisser le terrain aux ennemis de l’Algérie. On se met à rêver de l’époque où le grand M’hammed Yazid, porte-parole du fln durant la guerre de libération et avec uniquement ses convictions, a réussi à transformer le massacre de Mellouza en crime du colonialisme. De toute évidence, ce silence des autorités devient douteux et semble obéir à d’autres considérations qui n’ont rien à voir avec les intérêts de l’Algérie.

Par Tayeb Belghiche

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

comment réagissent les journalistes-agents du drss face à la justice

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

Affaire des moines : affaires d’Etats !
par Larbi Ghrieb, Le Quotidien d’Oran, 9 juillet 2009
Ça commence par les déclarations d’un général, retraité de la DGSE, les services secrets français, ancien attaché de défense à Alger, puis s’enchaîne l’intervention d’un ancien chef du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin, et, enfin, la déclaration de Sarkozy sur le mensonge et la vérité entre grands Etats et sur la levée du secret-défense.
Ça ressemble à une orchestration de haute voltige ! Mais, c’est avant tout l’ouverture des hostilités, dans le silence accablant des autorités algériennes.
Mais que dit le témoignage du général Buchwalter ? Qu’un officier algérien lui a raconté que son frère lui a raconté… De même, sur le meurtre de l’évêque d’Oran, Mgr Claverie, en 1996, qu’il lie, sans preuves, aux auteurs du même crime : «L’armée algérienne !». Voilà que la manipulation sub-sensorielle de l’opinion chemine vers la schématique du «qui tue qui !», où les réseaux islamistes de Genève, Paris, Berlin, Madrid et Londres ont été exploités à souhait. Bientôt, ce sera le tour des «attentats de Paris», «le détournement de l’avion d’Air France, les massacres…».
S’il n’y a aucune nouvelle preuve tangible dans ce dossier, une certitude est maintenant soulignée d’un trait officiel qui ne souffre plus d’aucun doute : les autorités françaises, ses services d’intelligence en premier ordre, étaient dès le début acquises aux thèses de la fameuse nouvelle «question ! » du «qui tue qui ?».
Souvenons-nous du premier rapport condamnant les autorités algériennes de l’organisation de défense des droits de l’Homme, qui n’est venu… qu’en 1997. Souvenons-nous aussi du témoignage de «Nicole Chevillard (journaliste, Risques internationaux) : «Après les attentats de Paris, j’ai été appelée pour consultation par la DST dirigée officiellement par Philippe Parent. Raymond Marthe, un spécialiste des questions algériennes, qui était présent, défendait les positions des services algériens. Philippe Parent, proche de Juppé, me demande, en 1995, une étude pour voir comment faire fléchir les généraux algériens et leur faire accepter les accords de Rome» [Voir : Débat sur Françalgérie à Paris : la France accusée de complicité http://www.algerie-dz.com/article839.html]. Ensuite, toute la déferlante de témoins qui obtenaient quasi automatiquement le statut de réfugié en France, qui était refusé à des intellectuels algériens menacés par les islamistes, témoins devenus auteurs de livres, célèbres, sur la thèse du «qui tue qui ?»… La liste est longue mais elle atteste du double jeu de la politique française : une position officielle quasi neutre ou affichant un «soutien au peuple algérien contre le terrorisme» et une autre officieuse derrière les ONG et certains groupuscules pour faire avancer la thèse de l’implication «organisée» et «délibérée» de l’armée algérienne dans les exactions contre la population… et, par extension, l’Etat algérien auquel il a été désormais taillé, par un travail de longue haleine, un costume sur mesure de «pouvoir militarisé».
En parallèle, c’est toute la rhétorique sur les «bienfaits de la colonisation» avec la relégation au degré de simples erreurs – et peut-être sous forme de dommages collatéraux, voire de «bavures» – de cette «mission civilisatrice de la France» qui est déployée pour couvrir les véritables chefs d’inculpation que retient encore l’Histoire et qu’une rive de la Méditerranée reproche à l’autre : les innommables crimes contre l’humanité de la colonisation !

Que des individus, quel que soit leur habit, leur culte ou leur origine, eurent été assassinés et qu’on veuille connaître toute la vérité et faire appliquer la justice est une chose, que les jeux de pouvoir, les manigances des services d’intelligence et les intrigues à peine feutrées des grandeurs nationalistes s’en mêlent pour des objectifs inavoués, c’en est une autre !

Mais si, coup pour coup, il fallait répondre : souvenons-nous aussi du huitième mort de Tibéhirine, le journaliste David Contant, de la campagne de calomnie organisée par les mêmes officines dont il est établi qu’il eut été victime… Posons-nous aussi la question sur les circonstances de sa mort. Car, s’il y a des journalistes qui ont la conscience de chercher à savoir ce dont a été vraiment victime leur confrère, ils se rendraient sur le lieu de son dit suicide. L’immeuble est fait d’une façade raide, qui ne permet pas à une personne qui se jette de tomber chez le voisin du dessous. Et même si les secrets de la physique ne nous ont peut-être pas tout révélé, comment peut-on envisager qu’une personne qui se jette de son balcon et tombe chez le voisin du dessous se relève pour retenter ce geste si dur et si impensable qui est de mettre fin à sa vie ? Cela ressemble au suicide à deux balles dans la tête ! Comment peut-on ignorer que le défunt avait fait état d’être suivi par les services secrets français juste avant le drame ? Alors qu’il revenait d’un voyage et comptait publier une enquête contre la thèse officieuse qui faisait rage dans les cercles maîtres-penseurs parisiens ?
Ainsi soit-il, puisque des journalistes comme la justice d’un Etat dit de droit et des lumières (!) accordent le rôle de témoin à des personnes qui avouent n’avoir rien vu et puisqu’ainsi les plus grandes enquêtes se battissent sur les plus simples polémiques…

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

comment réagissent les journalistes-agents du drss face à la justice

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

QUI EST LE GÉNÉRAL FRANÇOIS BUCHWALTER ?
Un vieux spécialiste du renseignement et de la désinformation
Le Soir d’Algérie, 9 juillet 2009

Le général François Buchwalter qui fait l’actualité depuis sa déposition devant le juge d’instruction Marc Trévidic, au tribunal de grande instance de Paris, le 25 juin dernier, affirmant que les sept moines français enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 par le Groupe islamique armée (GIA) ont été tués par l’Armée algérienne, n’est pas un inconnu des spécialistes du renseignement : c’est un vieux spécialiste du et de la désinformation en Afrique et en Outre- Mer pour le compte du gouvernement français.
Le général François Buchwalter a notamment dirigé, avant sa mission d’Alger, puis après (de 1998 à 2000), le Cabinet militaire SER et Bureaux d’études, chargé du renseignement en Outre-mer français, spécialisé dans l’intox et connu pour ses bavures et ses coups tordus. Le 9 janvier 2008, Christian Estrosi, Secrétaire d’Etat aux DOM-TOM, annonce dans Le Parisien, la dissolution de toute cette structure. Dans le même temps, il confirme les soupçons pesant sur ces structures, politisées, génératrices de bavures et contre-productives au final. Les RG ne surveillant plus les partis politiques depuis 1995, pourquoi ces structures militaires le feraient ? Le général Buchwalter, chef d’une structure désavouée par le gouvernement français en 2008 pour ses bavures, devient subitement crédible en 2009 ! Créé en 1959, le cabinet militaire rattaché aux services du ministre de l’Outre-mer est un une entité particulièrement discrète. Jusqu‘a sa dissolution par Christian Estrosi en 2008, elle avait deux missions essentielles. D’une part la gestion et le suivi du Service militaire adapté (SMA) dans les DOMTOM, et d’autre part une mission de renseignement assurée par la Section d’études et de renseignement (SER) au sein de ce cabinet.
En 2000, le général François Buchwalter cède la place au général Charles Fernandez
La SER était chargé de suivre, au profit du ministre des DOM, l’évolution politique, économique, sociale et syndicale dans les DOM-TOM. La SER recevait des synthèses et des notes d’informations des différents services centraux (DST, SDECE, DCRG, SM….) et les répartissait selon les besoins sur le terrain. D’autre part, les bureaux d’études lui faisaient remonter quotidiennement des bulletins de renseignements concernant les événements marquants dans leurs territoires. A partir de ces différents documents, le chef de la SER réalisait un Bulletin de renseignement mensuel, document classé Secret-Défense d’une soixantaine de pages à diffusion très limitée. En fait, la SER, apparemment tournée vers l’analyse, était beaucoup plus «active». De l’aveu même du Secrétaire aux DOM-TOM en janvier 2008, «la mission de ce cabinet militaire était de faire du renseignement politique, visant les élus ou même des journalistes pour le compte du ministre. J’ai considéré que cette mission, que les renseignements généraux n’ont plus le droit d’exercer depuis plusieurs années, n’avait aucune raison d’être aujourd’hui». L’histoire de ces bureaux d’études et de la SER est en effet traversée par plusieurs affaires s’apparentant à des «coups tordus». Dès sa création en 1964, le poste de Papeete chargé de coordonner les mesures de la sécurité des installations atomiques de Fangataufa et Mururoa se lance dans un renseignement tous azimuts digne de la STASI. Les ressources financières des églises protestantes, les contacts étrangers des mouvements de jeunesse, les problèmes de naturalisation de la minorité chinoise, le train de vie des femmes de ménage, les projets des mouvements autonomistes, tout est épluché, collationné et indexé. Chaque semaine, quelques happy few, le gouverneur, le patron des sites nucléaires, le ministre de la Défense, notamment, reçoivent un «bulletin de renseignements» extrêmement complet sur la vie publique et privée parfois des Polynésiens en vue, et des gens de passage. Mais ce n’est pas tout. Le «Bureau d’études» est aussi chargé de contrôler de manière très stricte l’activité des journalistes. Ainsi, en mai 1967, une équipe de la prestigieuse émission «Cinq Colonnes à la une» arrive à Papeete. Branle-bas de combat. Le «Bureau d’études» prend en main les reporters, qui interrogent plusieurs opposants aux essais. Très vite, les barbouzes s’inquiètent. Le chef du «Bureau d’études» écrit : «Les intentions du journaliste ne paraissent pas bienveillantes à l’égard de la présence française et du centre d’expérimentation nucléaire.» Conclusion : «Il serait prudent, à Paris, de censurer l’émission. » Tout simplement. Une part non négligeable du travail des officiers de la SER à Paris était consacrée aux contacts avec les élus ultra marins de passage à Paris. Et dans un souci de recueil de renseignement et de culture des contacts utiles, il n’était pas rare que certains services leur soit rendus (des enveloppes ???). Aux Antilles, dans les années 1980, les bureaux d’études sont au centre de la lutte antiterroriste. Un mouvement indépendantiste pratiquant la lutte armée est alors en plein essor en Guadeloupe et dans une moindre mesure en Martinique et en Guyane. Yves Bonnet, l’ancien directeur de la DST, est nommé préfet de Guadeloupe en 1986 avec comme mission principale l’éradication de ce mouvement. Décrivant les organes de renseignement sur lesquels il s’appuie dans sa tâche, sur place, il cite notamment le colonel Bertrand (un pseudonyme), chef du Bureau d’études à Basse-Terre. Les écoutes téléphoniques sur place, qui — on l’a vu — sont l’apanage de ces bureaux, seront l’une des armes les plus efficaces dans cette lutte. Dans ces même années 1980-1990, un autre point sensible de l’Outre-Mer français est la Nouvelle-Calédonie. Si l’on en croit cet article un peu confus, il semble que Guy Mascres, le chef du Bureau d’études sur place de 1993 à 1996 (qui a fait, depuis, une honnête carrière) ait été chargé des négociations avec un indépendantiste emprisonné. Pour un lieutenant-colonel analyste, c’est singulier !!! Enfin, en 2004, une ténébreuse affaire aux forts relents politiciens éclabousse le Bureau de Basse-Terre dirigé par le commandant De Rodez. Des commissions rogatoires se retrouvent on ne sait comment (enfin si, on sait) en sa possession. Le piquant de l’affaire est que le principal objectif de cette CR n’est autre que Victorin Lurel, le nouveau président socialiste du Conseil régional ; Assemblée qu’il a arrachée de haute lutte à la représentante locale de l’UMP, Mme Michaux Chevry. Et quand on apprend après une rapide enquête que celui qui a passé ces documents juridiques (en principe confidentiels) à la préfecture n’est autre que le colonel de gendarmerie sur place, on ne peut que renifler un remugle nauséabond de basse politique. Pourquoi un service d’analyse et de coordination a détenu ces documents ? Que comptait-il en faire ? A ce jour, ces questions restent sans réponses.
L. M.

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

TIBHIRINE, LE LAC QUI CACHE L’OCEAN

Posté par algeriedemocratie le 9 juillet 2009

TIBHIRINE, LE LAC QUI CACHE L’OCEAN

Par Abdelkader DEHBI
Signataire de l’Appel du 19 mars 2009

Pour n’être qu’un nouvel épisode de plus – dans la ténébreuse affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine en 1996 -, la récente déposition à titre de témoin, du général français M. François Buchwater, et quel qu’en soit d’ailleurs, le degré d’authenticité, c’est-à-dire de sincérité, vient rappeler aux citoyens algériens ordinaires que nous sommes, toute l’ampleur des compromissions et des dérives criminelles qui continuent de peser lourdement – non pas sur l’Institution militaire en tant que telle – , mais sur un certain nombre de chefs politico militaires de haut rang, dont les responsabilités pénales et “a minima”, politiques et morales, demeurent toujours gravement engagées, du fait des fonctions qu’ils ont exercées durant la période de la tragédie nationale.
Ces chefs politico militaires sont souvent régulièrement, nommément désignés par la “vox populi”. On pourra citer entre autres, – tous des ex DAF, inutile de le préciser -, les généraux Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Médiène dit “Tewfik”, Mohamed Lamari, Mohamed Touati, Abbas Gheziel, etc…, la liste étant certainement beaucoup plus longue hélas ! Pour ce qui est de leurs complices “civils” la liste étant assurément encore plus longue; on se contentera de citer les sinistres “éradicateurs” parmi les plus zélés, qu’ont été et que sont toujours, M.M. Réda Malek et Ahmed Ouyahia. On ne parlera pas ici bien entendu, – le Who’s Who de la honte n’y suffirait pas -, des petits couteaux méprisables que représente cette misérable cohorte nationale des opportunistes de la politique et de l’affairisme et autres journalistes aux ordres qui font partie intégrante de la cellule de propagande et de désinformation du système et de ses différents services de sécurité.
Ceci pour dire – pour revenir à notre sujet -, que le nouveau rebondissement dans l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine n’est qu’un clignotant de rappel qui vient de s’allumer sur un immense tableau d’autres clignotants qui représentent les milliers de victimes innocentes de la barbarie terroriste. En incluant bien entendu dans ce concept de terrorisme, tous les crimes commis par des individus, par des groupes ou par des Etats contre la vie ou la dignité des êtres humains, quels qu’en puissent être les motifs.
C’est pourquoi, seul l’avènement dans ce pays, d’un pouvoir politique authentiquement représentatif de la volonté et des aspirations du peuple algérien, pourra contribuer à faire la lumière un jour, sur tous les crimes commis durant la décennie noire. Car, malgré l’impression manifeste de “guerre des clans” que suggère ce nouvel épisode de l’affaire de l’assassinat des moines de Tibhirine, les accusations criminelles frappent indistinctement l’ensemble des clans du pouvoir en place, tant il est vrai que le fait-même d’avoir accepté de gouverner en association avec des criminels potentiels – et dont la culpabilité est établie, pour certains d’entre eux –, disqualifie totalement M. Bouteflika et son clan, qui font semblant de se défausser d’un statut de complicité qu’ils ne peuvent rejeter.
C’est assez dire que l’Algérie ne connaîtra ni paix, ni sérénité, ni concorde, tant que les responsables de haut rang incriminés – politiques et militaires –, continueront de se soustraire à la justice. Tout au moins à la justice des hommes….
Quant au volet concernant l’intrusion – quasi systématique – des autorités françaises dans les affaires de notre pays, il faut être vraiment atteint d’autisme et de cécité, pour le contester; d’autant que les rapports amicaux – et même plus – sont de notoriété publique entre l’ancienne puissance coloniale et ses anciens “tabors” devenus des généraux battant le haut du pavé et se bousculant dans les allées du pouvoir, dans une Algérie en déshérence politique et civique; une Algérie où tout est falsification, où tout est manipulation, et où, le peuple est interdit de démocratie, par la grâce même, des chantres de la démocratie, ceux d’Alger comme ceux de Paris.

Alger le 09 juillet 2009

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

12
 

The Soul of a Slayer |
AHL EL KSAR |
toutelactualite |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Halliburton Manufacturing &...
| Le Tallud 79200
| momema