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Les arts traditionnels ressuscités

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

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Couscous roulé à la main, poterie et autres petits métiers en font vivre plus d’un. L’honneur revient à toutes ces personnes (homme et femmes) qui ont finalement su que la panacée réside dans le retour aux sources ou encore aux origines. Ainsi, ce n’est plus le diplôme qui fait vivre, mais c’est surtout le sacrifice et le courage qui paient.

Devant la situation qui prévaut dans le pays où le marché de l’emploi est fermé, seules les idées comptent. Dans ce versant sud de la wilaya, les entreprises publiques, fleurons des années 1970-80, ont été toutes fermées si bien  que pour vivre, il fallait trouver des substituts. Nombreux sont ceux qui ont investi dans de petits créneaux, mais finalement avec le temps, ils ont compris qu’ils sont très porteurs. Dans ce reportage que nous allons livrer à nos lecteurs, nous avons pénétré les secrets des uns et des autres qui n’ont pas caché leurs ambitions de nous parler de leurs activités ressuscitées alors qu’on les croyait disparues à jamais. La deuxième édition de la fête du couscous traditionnel nous a permis tout de même de rencontrer ces artisans, ces fabricants et ces potières. Le couscous traditionnel et ses dérivés devient le plat culinaire le plus apprécié des Algériens et même des étrangers. D’ailleurs, la fabrication de ce produit a pris un essor tel qu’on ne parle plus du couscous dit roulé “à la main” c’est-à-dire industriel. Dans ce versant sud de la wilaya, notamment à Frikat, pas moins d’une dizaine de petites boîtes sont ouvertes ici et là. La manière de fabriquer ce couscous est la même. En somme, on utilise encore le tamis. Ces fabricants recourent souvent à des femmes. On en citera certaines : Maison Frikat (Amrouz), Maison Diafi, Couscous Ahsène et bien d’autres que nous n’avons pu évoquer, car elles ne représentent pas vraiment grand-chose sur ce marché. Il faut dire que ce créneau bien initié par les hommes, toutefois, offre de l’emploi beaucoup plus aux femmes. “J’ai des femmes permanentes dans l’entreprise, mais je fais appel à d’autres qui roulent le couscous chez elles. La condition première que je leur pose est le respect des règles d’hygiène. Je n’aime pas que des clients  me fassent des reproches”, nous a confié un fabricant de la région de Frikat. Même si cette localité est réputée pour le couscous plus à l’extrême sud de la wilaya, les sœurs Ahsène ont, elles aussi, leur mot à dire dans la fabrication de ce produit. “Ecoutez, même si l’on fait du couscous de très bonne qualité, il nous faut d’autres moyens, notamment un espace et des séchoirs, il ne faut pas oublier aussi le prix de la semoule dont la hausse très sensible freine quelque peu l’activité. Les pouvoirs publics doivent nous encourager”, nous a confié le frère des Sœurs Ahsène qui se démêne pour faire connaître leur couscous. “Tout compte dans ce métier, l’hygiène, la qualité, la finesse et même l’emballage. Lorsque par exemple vous avez un emballage de très bonne qualité, votre produit attire les clients”, a souligné cet interlocuteur. “Nous attendons toujours l’aide des autorités et de tous les autres partenaires pour valoriser ce produit”, a-t-il conclu. Avec tous ses artisans, Frikat devient la plaque tournante de ce produit.

 

La poterie n’est pas en reste

 

A Aïn Zaouia, nous avons appris qu’une petite entreprise de fabrication de la poterie traditionnelle fonctionne depuis une dizaine d’années. Outre les travailleurs permanents, cette petite fabrique forme des jeunes apprentis. Durant, dix-huit mois, ils apprennent vite le métier, constate un responsable au sein de cette entreprise. Si au niveau de cette dernière, un matériel moderne y a été introduit, dans les villages comme Hallil, dans la commune de Frikat, une mère de famille continue à fabriquer la poterie kabyle traditionnelle manuellement à l’instar de nos grands-mères. Et plus précisément, c’est la famille Yacoubi. Du simple plat en terre cuite en passant par les marmites jusqu’au chandelier (el mesvah), toute une gamme d’ustensiles originaux décorés de manière traditionnelle, cette femme aidée de sa sœur déploie d’immenses efforts pour subvenir à leurs besoins ainsi qu’à ceux de leurs enfants, mais aussi pour inculper ce métier à d’autres jeunes filles du village. Rencontré dernièrement lors d’une exposition à Frikat, le jeune Mehdi Yacoubi nous a fait part de cette idée de revaloriser le travail de l’argile qui tend à disparaître de nos villages. “Tous les objets que vous voyez ici passent par les mains de ma mère et de khalti”, nous a-t-il fait savoir. A entendre Mehdi parler de sa maman et de sa tante, nous nous rappelons vite Fouroulou (dans Le Fils du pauvre), c’est-à-dire Mouloud Feraoun qui raconte la même histoire de la naissance d’une poterie et son ingéniosité dans la description de ce métier. “Nous ne commercialisons pas ces objets à grande echelle. Généralement c’est sur commande. Nous aurions aimé que la chambre des métiers et de l’artisanat nous aide pour développer plus cette activité”, a estimé Mehdi. Nos interlocuteurs à ce sujet souhaiteraient que le ministre de la Formation professionnelle introduise ce métier dans les CFPA. Les objets conçus par ces deux femmes gardent toujours leur originalité bien que d’autres produits de valeur réduite envahissent nos marchés. Il nous a été donné d’apprendre que non seulement ces ustensiles sont demandés par nos émigrés en vacances au bled, mais aussi par les jeunes mariées. “El mesvah occupe maintenant une place importante dans le trousseau de la mariée”, nous a lancé une visiteuse de passage devant ces objets dont les motifs nous rappellent les hiéroglyphes d’Egypte ou encore les nœuds de l’alphabet des Incas du Mexique.  Pourtant c’est typiquement berbère. Une telle activité mérite un soutien des pouvoirs publics parce qu’elle peut résorber un important taux de chômage, mais aussi parce qu’elle constitue un pan considérable de notre culture.

 

Avernous (burnous), ahyek et les tisseuses…

 

Après la poterie, nombreuses sont les femmes qui ont repris le tissage, car elles jugent que c’est là un métier à revaloriser comme tant d’autres. Avec le chômage qui touche des familles entières, c’est un métier  un retour aux traditions rentable. Dans ces villages de Kabylie, et plus précisément à M’kira, nombreuses sont ces tisseuses qui ne font pas de ces habits et de ces couvertures une activité lucrative, mais elles le font surtout pour sauvegarder azzeta (tissage de laine en kabyle). Le burnous occupe maintenant lui aussi une place dans nos fêtes. Le marié l’arbore même s’il porte un costume. Alors qu’ahayek (couverture en laine), garnit la garde-robe de la mariée, si bien que ces femmes considèrent que le travail de laine peut avoir sa place comme toutes les autres activités. Dans notre enquête dans les villages du sud de la wilaya, nous n’avons pas trouvé d’entreprises spécialisées dans cette fabrication, le tissage se fait au sein de certaines familles qui avaient déjà pratiqué cette activité à un moment ou à un autre. “Je tisse des burnous sur commande. Nos jeunes mariés préfèrent le porter ces derniers temps. C’est un plaisir quand je reçois une commande, j’aurais aimé que nos jeunes mariées portent elles aussi des burnous et non les robes blanches”, nous a confié avec une fierté de femme kabyle, Na Rosa. Et d’enchaîner : “J’ai deux filles à la maison, elles sont étudiantes, mais elles maîtrisent parfaitement ce métier. Elles préparent leurs trousseaux avec l’argent qu’elles gagnent en tissant des couvertures en laine.” Cette industrie peu développé dans la région se limite donc à l’autoconsommation (habits pour la famille) où parfois la femme aide son mari en raison notamment de la crise qui touche de nombreuses familles. Impossible de connaître avec précision le nombre d’articles fabriqués par telle ou telle tisseuse encore moins le prix de revient et la vente d’un article tissé en laine, le marché est conclu entre la tisseuse et le demandeur. Tout de même comme les autres activités, il faut penser au développement de ces petits métiers qui font vivre.

 

Plus au sud-ouest de la wilaya, la vannerie et la canne d’Ath Houalhadj font parler d’elles…

 

A Aït Yahia Moussa, dans son versant est au chef-lieu l’ex-Oued-Ksari, les vanniers sont de retour, corbeilles, paniers en osier plient sous leurs mains noueuses, ô combien porteuses de virilité. La canne d’Ath Houalhadj est connue partout. “Ces derniers temps, ce métier pourtant oublié durant des années fait nourrir des familles entières. Même ceux qui sont employés dans des bureaux, enseignants ou autres agents de l’administration fabriquent la canne”, explique un intervenant qui nous fait savoir que celui qui ne sait pas faire une canne n’a qu’à aller ailleurs. Dans cette région, dès les premiers mois d’été, les vanniers parcourent les maquis de la localité à la recherche des roseaux et de l’osier. “C’est un travail qui demande beaucoup de temps et de patience. On ne fait pas seulement ces corbeilles pour être utilisées en hiver (cueillettes des olives) et en été (cueillette des figues), mais aussi elle servent à d’autres usages, faire ses emplettes au marché par exemple. Pour les vendre, on ne trouve aucune difficulté. La demande devient de plus en plus importante. Les gens retournent aux sources ces derniers temps. C’est notre culture”, a expliqué un vannier décorateur du village Afir. Car, cet artisan s’occupe aussi d’objets de décoration même pour les grands salons et hôtels de luxe. A Aït Yahia Moussa, finalement, le travail du bois à retrouvé sa place. Un autre fabricant de canne Taâgazth Nath Oualhadj, nous a appris que cet objet typiquement kabyle de par sa forme car il diffère de celui des autres régions du pays, a été primé à plusieurs reprises dans des expositions même en dehors de la wilaya. Il a été reconnu comme métier par la chambre des métiers et de l’artisanat. N’est-il pas temps de trouver un moyen de faire de la transformation du bois une industrie qui peut créer des emplois dans la région ?

 

La forge de Da Mouh, un endroit à sauvegarder

 

L’échoppe du forgeron, le seul d’ailleurs activant à Draâ-El-Mizan, a son histoire. L’on se souvient que Da Mouh était au centre-ville jusqu’au début des années 1980. La forge a été transférée au quartier dit l’Abattoir, qui n’a pas eu au moins la chance de tendre le morceau de ferraille à Da Mouh pour recevoir le lendemain une hache ou une bêche scintillante ? Durant des années, Da Mouh est là dans une petite masure devant sa forge et son enclume à donner des coups ici et là pour remodeler une barre de fer. En dépit de sa vieillesse, ce forgeron atypique n’a jamais posé son marteau ou son ciseau ni encore moins oublié de mettre du charbon dans le four. Quand nous l’avons interrogé, il nous a simplement répondu : “C’est une histoire de famille. J’ai appris ce métier alors que je n’avais que quinze ans. C’est de père en fils, mais…” Ce “mais” a une grande signification pour Da Mouh en dépit de son âge avancé. “La forge, c’est mon deuxième domicile. C’est là que je me retrouve” a-t-il continué avant de nous expliciter ce “mais”. “Malheureusement, on ne trouve plus la relève. Combien reste-t-il de forgerons en Kabylie ? En tout cas, il n’y en a pas beaucoup”, s’est-il interrogé. Le vœu de Da Mouh est de recevoir dans son lieu de travail maintenant très développé de jeunes apprentis. “On entend parler de tous les autres métiers dans la formation professionnelle, mais pas de celui de forgeron”, a-t-il regretté. Durant plus de cinquante ans d’exercice, notre forgeron à tordu des tonnes de fer et d’acier tout juste pour obtenir des objets  utilisés partout dans les champs et les forêts. Alors que d’autres souhaitent que le maréchal ferrant reprenne sa place dans nos marchés comme au bon vieux temps. Si ces métiers reprennent timidement leur place, c’est qu’il y a un besoin, il faudrait donc leur donner une place dans le cycle de la formation professionnelle car, faudra-t-il le souligner, la réussite de ce secteur dépend de ce qui  est demandé sur le marché de l’emploi. Forgeron, potière et même potier, tisseuse, rouleuse de couscous et autres métiers artisanaux sont indispensables dans notre société dont la demande existe déjà.

 

Reportage réalisé par Amar Ouramdane

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Entretien express avec l’auteur Benredjdal

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

Entretien express avec l’auteur Benredjdal »Deux autres livres paraîtront prochainement”

« Inzan n teqbaylit » est déjà depuis quelques semaines dans les bibliothèques algériennes, à cette occasion, l’écrivain Lounés Benrejdal, nous révèle dans cet entretien  les étapes par lesquelles il a passé pour faire paraître ce nouveau-né au monde de la littérature kabyle.  

La Dépêche de Kabylie : Que représente pour vous l’écriture et la poésie ?

Lounès Benradjdal : L’écriture  est un moyen d’évasion, on peut voyager et faire le tour du monde, et tout cela gratuitement, de même pour la poésie,  c’est un moyen d’expression, de la belle parole. Le poète  est un magicien ; son pouvoir est magique grâce à sa plume servante, il ne produira que de belles choses.   

 

Quand avez-vous commencé à écrire ?

J’ai commencé à écrire très jeune,  depuis l’âge de 16 ans, d’ailleurs je ne me souviens  même pas du premier texte que j’ai écrit.

J’ai été  influencé par les  paroles de Slimane Azem,  ce chanteur inégalable, sa mélodie convenait à toutes les jolies paroles qu’il a écrites et il touche tous les sujets de la société, l’exil, les parents, la jeunesse etc. 

 

Combien de poèmes avez-vous écrit jusqu’à aujourd’hui ?

Actuellement, j’ai écrit 700 poèmes, mais seulement quelques textes ont été chantés par Mohamed Alloua dont Imenza, Izera, Dda El Mouloud, ainsi que quelques poèmes qui ont été chantés par le groupe Assirem, une chorale enfantine pour laquelle, j’ai écrit un texte adapté aux jeunes intitulé Anevdu.

En dehors de la poésie, j’écris des histoires que je publie dans la presse et les magazines. 

 

Pouvez-vous nous parler de votre nouveau produit Inzan n Teqbaylit ?

Inzan Teqbaylit est un recueil de proverbes kabyles qui est sorti depuis déjà quelques semaines, il englobe plus de cent proverbes, utilisés par nos ancêtres.

 

Quel est votre projet dans l’avenir ?

Je viens de finir deux autres livres intitulés : Contes et légendes berbères et Contes et légendes du terroir qui sortiront d’ici quelques mois.         

 

O. S

source:dépêche de kabylie

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La plume de Lounés Benrejdal se manifeste avec un nouveau livre

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

La plume de Lounés Benrejdal se manifeste avec un nouveau livre »Inzan n teqbaylit », les maximes kabyles

« Inzan n teqbaylit « , est le nouveau recueil de proverbes de l’écrivain et poète Lounés  Benrejdal, fils de Tizi Ghennif, né en 1949. Benrejdal  qui, dés son plus jeune âge, a manifesté une attirance pour tout ce qui est culturel, a fait ses premières escales dans la littérature en 1995, avec la parution d’un livre de contes, intitulé Naïveté et malices animales aux éditions « L’Harmattan » à Paris. C’est ainsi,  que l’auteur a commencé à recueillir des centaines de contes de terroir. Actuellement, dix manuscrits son prêts à la publication, des dizaines de poèmes anciens et des milliers de proverbes ont été collectés dans ce nouveau produit qui vient de paraître depuis quelques semaines seulement.

Ce recueil de proverbes daté de 1970, où l’écrivain a  entamé ses recherches dans les différentes régions kabyles, pour obtenir aujourd’hui, ce bijou qui englobe les proverbes de nos ancêtres, tel que le proverbe : « Asif mu susmen waman  ur is3i laman »  qui signifie : « Il faut se méfier de l’eau qui dort », ainsi que le proverbe,  » A3daw ur ittughal d arfiq, ahbib ur ittughal d acqiq  » et d’autres qui sont réunis dans Inzan N teqbaylit.

De l’écriture à la poésie,  Benrejdal s’est lancé dans le Théâtre avec la pièce Les mauvaises coutumes qu’il a écrit en 1973, depuis, l’écrivain a mis en chantier plus d’une vingtaine de pièces théâtrales, dont la moitié a été diffusée sur les ondes de la Radio et réalisées par des figures connues du monde de spectacle.Ce recueil de proverbes vient après plusieurs autres livres que l’écrivain a fait paraître dans le monde de la littérature en expression française et kabyle, dont Vould’mim un conte bilingue français-kabyle, le livre  Le Messager magnifique, et celui intitulé Histoires vraies, ainsi que deux autres livres qui paraîtront d’ici quelques mois, Contes et légendes et berbères et Contes et légendes du terroir.   

Ouerdia Sait

source:dépêchede kabylie

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Le printemps noir

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

Le printemps noir

       Chronologie des evenements

  1. Exécutions sommaires et fusillades
  2. Le 25 avril 2001 à 10h00 du matin, les lycéens et les collégiens de Ouzellaguen (Béjaïa) organisaient une marche pacifique pour dénoncer l’assassinat du jeune Guermah et l’arrestation des collégiens de Amizour (Béjaïa), 5 personnes ont été tuées par balle, alors qu’elles fuyaient les assauts des

    gendarmes14. Kamel Makhmoukhen, 19 ans, première victime du Printemps Noir, a reçu deux balles dans le dos alors qu’il tentait de s’abriter, fuyant l’assaut des gendarmes de la brigade de Ouzellaguen. À quelques kilomètres de là, le jeune Boukhedad, âgé de 15 ans, a subi le même sort : il est exécuté, le 25 avril 2001, de trois balles dans le dos par le chef de brigade, Issam, de la gendarmerie de Seddouk.

    Trois jours après, du côté de Draâ El Mizan, dans le village de Aït Yahia, Chaibet Hocine, 16 ans, a été exécuté, lors d’une fusillade, par des gardes communaux. M. Djebbouri Mohamed, maire de cette localité, racontait alors que « les membres de la garde communale de Draâ El Mizan, qui sont Yazid Rabah, Saâdoui Mohand Amokrane, Herda Rabah et Tobal Ramdani ont reçu l’ordre de leur responsable d’ouvrir le feu sur la population et ces derniers n’ont jamais été inquiétés ni par la justice ni par les autorités« .

    A quelques kilomètres de là, à Larbaâ Nath Irathen (Tizi-Ouzou), 5 manifestants ont été exécutés par des snipers, tirant de la terrasse de la brigade de gendarmerie. Les témoignages15 recueillis sur place sont éloquents : Mouloud Belkacem, âgé de 30 ans, a été victime d’un sniper alors qu’il essayait de porter secours à un blessé, Arezki Hammache, 31 ans, lui aussi victime d’un tir de sniper. Ils ont été, ensuite, exécutés arbitrairement par des gendarmes d’une balle dans la nuque et dans le dos.

    Souvent, les personnes tuées se trouvaient à des dizaines de mètres des lieux d’affrontements, pourchassées en dehors de la ville, loin des brigades de gendarmerie, des commissariats de Police et des édifices publics. Ainsi, à Akbou, entre le 18 et le 19 juin 2001, 5 jeunes ont trouvé la mort et une vingtaine ont été blessés par balle lors de fusillades, alors qu’ils étaient loin du centre ville et à 1500 mètres du commissariat. Un des rescapés de la fusillade, S. Djaffar, 22 ans, blessé à l’épaule par balle témoignait alors : « On était assis dans le quartier lorsque plusieurs fourgons de la police arrivent à toute vitesse au carrefour de Guendouza, exhibant leurs armes, les CNS descendent de leurs camions et nous arrosent de bombes lacrymogènes suivies de tirs de sommation. Les jeunes du quartier alertés, se sont regroupés pour faire face à la descente des CNS, d’autant plus que la presse de la veille avait rapporté des informations sur des descentes punitives dans plusieurs localités de Béjaïa, de Tizi-Ouzou, de Sétif et de Bouira. On était à une soixantaine de mètres des fourgons de polices, venus en renfort pour permettre à un convoi de gendarmes de passer. Juste après leur passage, les CNS ouvrent le feu sur nous. J’étais à une trentaine de mètres d’eux, quand un des CNS armé de sa Kalachnikov, posté derrière les autres, sort et tire des rafales dans notre direction faisant plusieurs morts, ont Karim Sidhoum et une quinzaine de blessés. Il devait être entre 17h30 et 18h00 « . À Tichy, des éléments des forces anti-émeutes de la gendarmerie ont pourchassé et tué un jeune de 15 ans qui fuyait dans un verger.

    2) Des tirs de snipers

    Les sources hospitalières ainsi que les différents témoignages recueillis sur place, montrent que les forces de l’ordre ont utilisé dès le départ des moyens musclés pour répondre aux manifestations de rue. Aux jets de pierres, les gendarmes et les CNS ont répondu avec des armes de guerres de type Kalachnikov ou Séminov. Le rapport de la commission Issad16 mentionne qu’une expertise balistique (celle de Guermah) affirme que les orifices de sortie des balles de Kalachnikov peuvent avoir un diamètre de plus de six centimètres.

    Les médecins de l’hôpital de Tizi-Ouzou, de Larbaâ Nath Irathen, d’Azzazga et d’Akbou, qui avaient traité les victimes du mois d’avril 2001, ont confirmé avec certitude les informations qui nous étaient parvenues sur la présence de snipers. « Presque toutes les victimes que nous avons reçues montrent avec précision des impacts de balles sur la tête, le cou et la moitié supérieure du thorax. Il y a beaucoup moins d’impacts abdominaux ou thoraco-abdominaux. Les localisations des blessures démontrent que les tireurs avaient l’intention dès le départ de tuer avec préméditation. »

    D’ailleurs, les conclusions du rapport Issad sont assez significatives : il relève que « la plupart des morts ont été

    touchés dans les parties vitales les plus fragiles, situées dans la partie haute du corps humain (au-dessus du sixième espace intercostal) et qui laissent peu de chances à une thérapeutique, fut-elle pratiquée d’extrême urgence et la grande proportion de ces localisations mortelles paraît difficilement imputable au hasard de la dispersion des projectiles« .

    Les victimes ont été touchées à plus de 80 mètres des brigades de gendarmerie ou des commissariats de police, alors qu’elles étaient sans armes et fuyaient les assauts des forces anti-émeutes. D’après nos enquêtes, les forces de l’ordre ont utilisé des snipers pour réprimer les manifestants ou tout simplement pour exécuter des personnes. Le ou les tireur(s) étaient souvent, postés sur des terrasses comme à Larbaâ Nath Irathen, Maâtkas, Oudhias, Ouzellaguen et à Azazga.

    Plusieurs témoignages ont confirmé la sauvagerie et la volonté déterminée des forces de l’ordre d’exécuter des civils sans états d’âme. À Ouzellaguen le 26 avril 2001, Ibrahim Saddek a été roué de coups et un des gendarmes lui a craché dessus alors qu’il gisait par terre, blessé à la suite d’un tir de sniper. Le 27 avril, à Azazga, (Tizi-Ouzou), un gendarme sniper, posté sur une terrasse, a exécuté de sang froid cinq personnes en 30 minutes17.

    À Akbou, (Béjaïa), le jeune Abdelkrim Mesbah, âgé de 20 ans, a été victime d’un sniper, un policier en civil, posté sur la terrasse du commissariat de police d’Akbou. Le témoin a précisé que la jeune victime « était assise à une trentaine de mètres du commissariat, il était en train de manger quand il a reçu une balle en pleine tête. Alors que les autres policiers et CNS, continuaient à tirer pour nous empêcher de le secourir. Il a fallu qu’on fasse le tour, 300 à 400 mètres de plus pour rejoindre l’hôpital, Abdelkrim avait perdu beaucoup de sang, il mourra quelques minutes après« .

    À Sidi Aïche, dans le village de Takriets, Messalti Hafid, âgé de 13 ans, a été tué par un gendarme des brigades anti-émeutes alors qu’il sortait de chez lui. Sa famille racontait que « le gendarme en question était à une centaine de mètres de la victime, le gendarme s’est mis à genou, a visé la tête de Hafid et lui a tiré une balle« . À Alger, le jeune Hanniche Hamid,17 ans, a été tué par un militaire posté dans sa guérite, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui après la marche pacifique du Front des Forces Socialistes18, le 31 mai 2001.

  3. Tortures et mauvais traitements
  4. Après chaque arrestation, les pratiques de tortures et de mauvais traitements par les forces de l’ordre, ont été

    systématiques. Des centaines de cas ont été enregistrés par la LADDH.

    Idir C, 21 ans, raconte : « J’ai été emmené et mis en cellule, les deux gendarmes qui m’ont embarqué se battaient entre eux pour savoir qui des deux allait commencer à me battre. Ils m’ont déshabillé et battu, à tour de rôle, sans arrêt de 15h00 à 21h00. Par la suite ils m’ont sorti dans la cour de la brigade pour ramasser les pierres ensuite, ils m’ont menacé de mort si je ne mont[ais] pas sur la terrasse de la brigade pour crier aux passants : Vive la Gendarmerie !« .

    Dans la même période S. Dahmane, né le 9 septembre 1972, a été agressé par des gendarmes alors qu’il essayait, avec d’autres, d’éteindre une voiture en feu. « J’ai reçu un coup de barre de fer sur la tête et j’ai perdu connaissance. Ce n’est qu’à mon réveil à l’hôpital que mes amis, qui ont pu me tirer de là, m’ont raconté que les gendarmes, une dizaine d’après eux, m’ont roué de coups et mis à nu avant de me délester de mon argent (2000 dinars algériens, 200 FF) et me jeter près de la voiture en feu. J’ai eu trois dents cassées. (…)« .

    Dans cette localité uniquement à Tadmaït (Tizi-Ouzou), nous avons eu une vingtaine de témoignages de ce genre. Les forces de l’ordre n’ont épargné personne. À Chorfa (Bouira), un jeune, Walid S., 14 ans, a été arrêté, torturé, terrorisé toute la nuit par les gendarmes de la brigade de Chorfa. Le lendemain, un fourgon de la gendarmerie, transportant une dizaine de personnes arrêtées et qui avaient subi les mêmes traitements, s’est dirigé vers Bouira pour les présenter devant le juge. L’une d’entre elles a vu comment le jeune Walid S. a

    été jeté sous un pont alors que le camion roulait. D’après ce témoin, les gendarmes étaient persuadés que le jeune mineur, vu son âge, allait être relâché par le juge. À quelques kilomètres de là, à Ouzellaguen, un jeune de vingt ans capturé par les gendarmes, s’est fait tabasser par une trentaine d’entre eux à l’intérieur de la brigade de Hellouane.

    Il s’en est sorti avec la mâchoire déplacée, la jambe droite et son bras fracturés.

  5. Expéditions punitives, représailles, pillages et vols
  6. Plusieurs témoignages et informations relevés par la presse font état de campagnes de représailles et d’expéditions punitives, notamment durant le mois de juin 2001. À Chorfa, le 20 juin 2001, des brigades de gendarmerie sont arrivés en renforts. Les citoyens parlaient de « gendarmes avec un physique incroyable », ce qui leur a fait croire qu’il s’agissait « d’hommes des forces spéciales, les bérets rouges19 déguisés en gendarmes. » Les mêmes informations ont été rapportées dans la presse du mois de juin 2001 sur

    l’éventuelle présence de bérets rouge à Akbou et à Béjaïa déguisés en gendarmes, appelés en renfort pour mater les manifestants de Kabylie. Vers 22h00, racontaient les citoyens de Chorfa rencontrés sur place, ils ont commencé à sortir parderrière la gendarmerie en faisant le mur. Ils avaient des armes blanches et lançaient des pierres dans les maisons en menaçant et en insultant les habitants. Sur leur passage, ils cassaient les éclairages publics, saccageaient les commerces et tentaient des incursions dans les maisons, ils se sont

    attaqués au Centre Culturel pour détruire la stèle de Matoub Lounes, et tenter ensuite d’y mettre le feu. Vers minuit, les jeunes se sont constitués en groupes d’autodéfense armés de pioches, de barres de fer, de couteaux pour protéger leurs quartiers. Les appels à la vigilance et à l’autodéfense fusaient des hauts-parleurs de la mosquée de Chorfa.

    Plusieurs localités ont vécu cette situation, juste après la marche du 14 juin 2001. Des gendarmes et des CNS armés de cocktails Molotov, de pierres et d’armes blanches se sont attaqués à des maisons et des locaux de partis politiques, cassant les voitures des particuliers, saccageant et pillant les commerces.

    Dans la wilaya de Bejaïa, à Akbou, du 18 au 19 juin 2001, les CNS, après avoir tiré sur la foule, se sont emparés de l’Hôpital et ont saccagé les éclairages publics pour ensuite piller les magasins et boulangeries. Dans la même journée, une descente punitive à Haïzer, dans la wilaya de Bouira, a fait 5 blessés parmi les habitants et plusieurs magasins pillés. Du côté de Tizi-Ouzou, les mêmes scènes de pillages et d’expéditions punitives ont eu lieu à Fréha, Azazga et Larbaâ Nath Irathen, Tizi Rached, Béni Yenni, où des gendarmes ont

    organisé une descente punitive nocturne saccageant commerces et locaux, suite à une tentative, par de jeunes

    manifestants, de brûler un camion de la gendarmerie. À Beni Maouche (Sétif), même chose. Le jeune commerçant Ouchabaâ K. a vu, comme d’autres, son commerce pillé et sa voiture saccagés par les gendarmes, alors que d’autres commerces ont bizarrement été épargnés. Ouchabaâ expliquait que ceux « qui ont été la cible des gendarmes étaient ceux qui ne voulaient pas céder à leurs pressions auparavant. À plusieurs reprises, ils ont essayé de faire des courses, chez moi, gratuitement et j’ai toujours refusé. Et je suis sûr que c’est un règlement de comptes sinon comment expliquer qu’entre deux commerces saccagés, il y [en] a un d’épargné« . Cette campagne de terreur, suite aux descentes punitives du mois de juin 2001, a fait fuir des familles entières habitant les environs de brigades de gendarmerie ou de commissariats. Ainsi, à Tizi Rached, le 21 juin 2001, suite aux expéditions punitives nocturnes, les habitants vivant à proximité de la gendarmerie ont abandonné leur domicile dès le lendemain matin.

  7. Destruction, attaques et occupation des hôpitaux

Durant ce Printemps Noir, les forces anti-émeutes, qu’elles soient de la gendarmerie ou de la police, ont souvent pourchassé des manifestants ou des blessés à l’intérieur des hôpitaux. Plusieurs cas ont été signalés et dénoncés par des médecins, notamment à Tizi-Ouzou où le principal hôpital de la région a été « visité » à plusieurs reprises dans la nuit par des gendarmes pour tabasser les blessés.

À El Kseur, S. A., membre du Croissant Rouge Algérien (CRA), a raconté la journée du jeudi 24 mai 2001, qui avait fait 365 blessés : « Les CNS et les gendarmes, sous l’effet de l’alcool se sont acharnés sur la population. Ils ont jeté des bombes lacrymogènes à l’intérieur des maisons et ont tenté de pénétrer dans d’autres. Ils ont pillé des commerces, saccagé une pharmacie et tabassé un handicapé en lui brisant une

jambe alors qu’il était chez lui. Ils ont encerclé la polyclinique et interdit le passage aux blessés ce qui nous a amenés à ouvrir, avec des infirmiers et des médecins, des salles de soins dans des garages de particuliers. En tant que membres du Croissant Rouge avec le gilet officiel de secours, on a été menacés de mort à plusieurs reprises. Et ils ont essayé à maintes reprises de nous bloquer pour nous arracher des mains les blessés« . Même chose à Larbaâ Nath Irathen, à Boghni et Draa El Mizan (Tizi-Ouzou), des bénévoles du Croissant Rouge Algérien ont été agressés par des gendarmes. On leur a même tiré dessus alors qu’ils

essayaient de secourir des blessés.

Lors de la marche du 14 juin 2001 à Alger, plusieurs dizaines de citoyens ont été tabassés par des policiers en civil ou en uniforme réglementaire. Mohand Chérif H., 22 ans, était parmi ces blessés. Brutalisé par des policiers du commissariat du 8e, il a ensuite échappé à une tentative d’assassinat par des policiers en civil à l’intérieur même de l’hôpital Mustapha Bacha d’Alger : « Ils étaient trois et faisaient le tour des blessés en les insultant. L’un d’eux avait un long couteau à la main. Voyant mon bras dans le plâtre, ils s’arrêtent et me rouent de coups en me menaçant de mort, j’ai pu fuir au moment où un des infirmiers, alerté par mes cris, est rentré dans la salle »

À Akbou, lors des deux journées sanglantes du mois de juin (18 et 19 juin), les CNS avaient carrément pris en otage l’hôpital, interdisant le passage des blessés et des citoyens, et menaçant de mort le personnel médical qui s’occupait des blessés. Il a fallu que le maire de la localité ouvre des salles de soins à l’intérieur de la Mairie.

Dans un communiqué remis à la presse le 18 juin 2001, les citoyens de Beni Maouche, situé à la frontière des wilayates de Béjaïa et de Sétif, ont dénoncé les représailles dont ils ont été victimes par les gendarmes. Les fonctionnaires de la Mairie de Beni Maouche rencontrés sur place ont confirmé que des gendarmes venus en renfort, se sont attaqués au dispensaire, l’ont saccagé et y ont mis le feu, alors que c’était le seul lieu de soin de toute la région.

Sources  : http://www.fidh.org

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Le roi Massinissa

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

Le roi Massinissa

Massinissa

D’après les portraits que nous possédons de lui, par quelques sculptures et par les monnaies qu’il fit frapper, Massinissa était de traits réguliers et portait une abondante chevelure bouclée, ainsi qu’une barbe fournie. Il portait le diadème sur le front, signe de sa royauté.

Massinissa était d’une vigueur exceptionnelle. Il est décrit comme possédant un corps athlétique, d’une grande beauté, et surtout comme une force de la nature. Il pouvait rester une journée entière debout ou à cheval, sans prendre de repos, et octogénaire, il sautait encore sans aide sur son cheval, qu’il montait le plus souvent à cru, sans selle, accessoire qu’il délaissait le plus souvent. Il bravait le froid et la pluie tête nue. A l’âge de 88 ans, il commandait encore son armée dans la bataille contre les carthaginois, et le lendemain, Scipion le trouva sur pied devant sa tente.

C’était un homme plein de contraste.

A la guerre, ils se montrait un rude guerrier, sans peur et sans scrupule. Il supportait comme le dernier de ses soldats les privations et la fatigue, et il avait coutume de s’entourer d’une meute de chiens féroces qui assuraient sa garde rapprochée et n’obéissaient qu’à lui. On aurait dit un chef de clan, et non le grand roi qu’il était. Mais lorsqu’il recevait dans son palais de Cirta, tout était raffinement. Son palais était, parait-il, une merveille architecturale. Les meilleurs repas y étaient servis dans de la vaisselle en argent, les tables étaient garnies de corbeilles d’or fin. Pour ses réceptions, il organisait des concerts auxquels participaient les musiciens les plus renommés, notamment ceux venues de Grèce. Les plus grands poètes venaient y déclamer leurs vers. Il était en effet très cultivé et passionné d’art. Pourtant, quand il n’organisait pas de banquets pour quelques hôtes de marques, sa vie était frugale et modeste. Un morceau de pain et du lait constituait son repas habituel.

Massinissa adorait les enfants. Sa descendance fut abondante, puisqu’il n’eut pas moins de 44 fils – on ne sait pas combien il eut de filles – et le dernier naquit alors que Massinissa était âgé de 86 ans. Loin de le répudier, comme il était d’usage pour les hommes âgés à cette époque, il fut très heureux de cette naissance, qu’il fit célébrer par une grand fête. On ignore également le nombre de ses épouses, même s’il est d’évident qu’elles devaient être nombreuses -. A sa mort, dix de ses fils étaient encore vivants. Il avait coutume de garder auprès de lui pendant plusieurs années ses fils et ses filles, même durant ses campagnes de guerre. A des gens qui venaient acheter dans son royaume des petits singes destinés à être des animaux de compagnie pour de riches oisifs, il s’écria, étonné : « Mais les femmes de chez vous ne vous donnent donc pas d’enfants ? ».

Massinissa fut également un administrateur remarquable. Il amassa un énorme trésor, qui lui permit d’entretenir une armée. Pour donner une idée de l’accroissement de sa richesse, il ne suffit de considérer la montée en puissance de ces troupes. En 202 avant J-c, celle-ci ne comprenait que 4000 cavaliers et 6000 fantassins, lorsqu’il prêta main forte à Scipion. Cinquante ans plus tard en 150 avant J-c, il se présenta à la bataille de Zama contre Carthage à la tête d’une armée de plus de 50 000 hommes, qui comportait une impressionnante cavalerie et aussi un redoutable corps d’éléphants. Une partie de ce dernier lui avait été fournie par Rome, qui les avait pris aux carthaginois, mais il est pratiquement certain qu’une bonne partie était issue de ses propres élevages. Malgré leur force militaire, les Carthaginois furent écrasés. Il est probable que sans son aide, les Romains ne les auraient pas vaincu aussi facilement, et peut être même auraient-ils perdu à Zama, puisque les chroniqueurs antiques font état de l’organisation remarquable de l’armée de Massinissa et de la bravoure exceptionnelle de ses combattants.
Sa marine était également puissante. Entre les expéditions ordonnées par lui, parfois au service des Romains, elle s’adonnait à la piraterie. Mais surtout, elle protégeait avec une redoutable efficacité la flotte commerciale, qu’il avait su développer.

Massinissa parlait le phénicien, dont il fit la langue officielle de son état. Il en connaissait parfaitement la culture, qui était une des plus avancée de l’époque, autant dans le commerce, l’industrie que l’agriculture.

Sous son règne, l’expansion économique fut remarquable. Il développa le commerce, jusque dans des pays lointains, puisque que son royaume commerçait activement avec Rhodes, la Grèce et même l’Orient lointain. Il imposa une sécurité sur les routes commerciales inconnue jusqu’alors, tant sur terre que sur mer.
En s’inspirant du savoir phénicien, il améliora l’agriculture, qui pourtant était déjà performante pour l’époque, les berbères ayant toujours su, depuis des temps très anciens, exploiter le sol avec une grande habileté. Il semble qu’il fit introduire  de nouveaux outils, mais c’est sans doute son respect du peuple qui fit son succès. Sous son règne, les paysans n’étaient pas dans la misère. Son royaume était un grand exportateur de céréale et aussi de bois de grande qualité.
Dans tous les territoires qu’il annexa, il fit régner la sécurité et il en assura le développement à un point tel que la prospérité du royaume fut immense. Soucieux du peuple, il ne l’écrasa jamais d’impôts.  Il n’eut jamais à faire face à des révoltes populaires. C’est d’ailleurs là un de ses plus grand succès : de 174 à 150 avant J-c, lorsqu’il reconquit les territoires berbères alors sous domination carthaginoises, il les unifia. Il les sédentarisa aussi, parce que sous Carthage, certaines tribus avaient été contraintes au nomadisme. C’est cette grande efficacité d’administrateur qui fit sa puissance. Loin d’être un tyran, c’était un monarque éclairé.
On sait malheureusement assez peu de choses sur le système politique de son royaume. Il semble qu’il se soit appuyé sur l’ancien système démocratique – les assemblées d’hommes qui décident des affaires du village – hérité par les phéniciens de la Grèce Antique, et sur les tribus. Selon certains auteurs, il s’inspira du système carthaginois. Ceci signifie qu’il devait probablement exister une assemblée constituée de représentants des tribus pour le conseiller.

En politique étrangère aussi, il fut également très brillant. Tous les traités passés étaient scrupuleusement respectés. Même Rome n’osait pas remettre en cause son autorité, bien consciente qu’il valait mieux compter avec un allié d’une telle puissance, fut il encombrant, que de s’en défaire. S’il fut son allié, il n’en fut jamais un vassal, bien au contraire, et ceci grâce à sa très grande habileté diplomatique. C’est en effet Massinissa qui proclama que « l’Afrique revient aux africains », n’acceptant aucune ingérence étrangère dans les affaires de son royaume. Il refusait totalement la corruption, pourtant si répandu dans l’antiquité, et notamment en politique étrangère. C’est cette intégrité sans faille qui lui permis de tenir tête à toutes les autres nations, à commencer par l’Empire Romain.

Il fut un souverain très aimé. A sa mort, ses sujets élevèrent un mausolée imposant à quelques kilomètres de sa capitale Cirta et un Temple à Dougga lui fut dédié. Il était considéré comme un Dieu. Encore aujourd’hui, il reste pour les Berbères le symbole d’un roi exemplaire.

Seul Jugurtha, qui d’ailleurs était un de ses descendants, eut un rayonnement comparable.

source:tafsutn80.free.fr

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Le Prophète et la féminité par Michel Abdallah Grimbert

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

Intuition féminine et Lumière divine

Parler du Prophète de l’islam et de sa relation à la féminité, c’est en vérité parler de la nature prophétique et de sa propre féminité. Cela doit d’ailleurs nous permettre de comprendre comment l’ensemble des femmes peut effectivement se reconnaître, en toute simplicité, à travers le Prophète et y trouver un accomplissement.

« O toi, le Prophète ! Nous avons déclaré licite pour toi : les épouses auxquelles tu as donné leur dot, les captives que Dieu t’a destinées, les filles de ton oncle paternel, les filles de ton oncle maternel, les filles de tes tantes maternelles – celles qui avaient émigré avec toi – ainsi que toute femme croyante qui se serait donnée au Prophète pourvu que le Prophète ait voulu l’épouser. Ceci est un privilège qui t’est accordé, à l’exclusion des autres croyants. » (Coran XXXIII, 50).

Si Dieu a rendu licite au Prophète « toute femme croyante qui se serait donnée à lui pourvu que celui-ci ait voulu l’épouser », c’est que ces femmes croyantes comprennent intuitivement la réalité lumineuse prophétique, et dès lors, envisagent spontanément de se donner à lui, s’il accepte, avant tout autre homme croyant. Dieu, ici, ne fait donc qu’autoriser le Prophète à accéder au désir légitime de ces croyantes qui recherchent dans l’union d’un mariage « divin » la réalisation suprême.

Ibn al ‘Arabi nous dit à ce propos : « Or, comme la réalité divine est inabordable directement sous le rapport de l’Essence, et qu’il n’y a de contemplation attestée que dans une substance, la contemplation de Dieu dans les femmes est la plus intense et la plus parfaite ; et l’union la plus intense (dans l’ordre sensible qui sert de support à cette contemplation) est l’acte conjugal ».

De fait, il y a « conaturalité » entre le Prophète de l’islam et les femmes quant à la Lumière divine. En effet, le Prophète a été créé à partir de cette Lumière et les femmes sont le support privilégié de celle-ci en ce monde, notamment lorsqu’elles deviennent mères et qu’une âme prend appui sur l’une d’entre elles, ainsi qu’en atteste le hadith : « Le Paradis est sous les pieds des mamans ».

La première manifestation explicite du lien privilégié entre la féminité et la réalité plénière intérieure et extérieure de l’Envoyé de Dieu est relatée de la façon suivante :La scène se passe le jour du mariage du futur père du Prophète, ‘Abd Allah, avec sa future mère, Amina. En ce jour béni, ‘Abd Allah passe près de chez Qutaylah, sœur du croyant Waraqah – reconnu par tous comme un hanif (1) –, en vue de se rendre chez le père d’Amina. Qutayla voit alors, émanant du visage d’‘Abd Allah, une lumière venue d’un autre monde.

Troublée au plus profond d’elle-même et convaincue d’avoir perçu l’annonce même du Prophète tant attendu, elle propose, en toute spontanéité intuitive, de se donner à lui par mariage, afin que le père du futur Prophète dépose en elle cette Lumière, qu’elle est seule à avoir vu directement. Mais Dieu n’en avait pas décidé ainsi et Amina devint la mère du futur Prophète alors que ‘Abd Allah mourut avant même sa naissance.

Le plus remarquable est de constater que cette « lumière » prophétique est toujours perçue et recueillie par une femme, avant les hommes ; que ce soit pour Qutaylah, Amina qui se savait porteuse de cette lumière, ou Khadija, la première femme du Prophète, qui voyait la « lumière » émaner de lui. Cette vérité se perpétue également à travers les croyantes dont parle le Coran.

Mariages et concubinages

Afin de mettre le statut du Prophète de l’islam en conformité extérieure avec la Loi divine (shari’a), énoncée pour l’ensemble des croyants, à savoir : « Epousez, comme il vous plaira deux, trois ou quatre femmes. Mais si vous craignez de ne pas être équitables, prenez une seule femme » (Coran IV, 3), il est ordonné au Prophète ceci : « Il ne t’est plus permis de changer d’épouses ni de prendre d’autres femmes, en dehors de tes esclaves, même si tu es charmé par la beauté de certaines d’entre elles. Dieu voit parfaitement toute chose » (Coran XXXIII, 52).

Ces versets sont à rapprocher de celui où il est dit sans ambiguïté, contre les mœurs du temps et contre le comportement récurrent des hommes qui s’établit selon la loi du plus fort : « Vous ne pouvez être parfaitement équitables à l’égard de chacune de vos femmes, même si vous en avez le désir » (Coran IV, 129). Il y a là une indication forte en faveur du monogamisme.

Et c’est donc dire que les hommes se doivent de maîtriser leur désir plutôt que de s’acharner à vouloir maîtriser un autre être – ici la femme – objet de leur désir, ce que socialement ils ont voulu établir et instituer contre toute vérité.

« Si vous voulez substituez une épouse à une autre, et si vous avez donné un quintar d’or à l’une des deux, n’en reprenez rien (…) et d’ailleurs, comment le reprendriez-vous, en vérité, alors que vous étiez liés l’un à l’autre et que vos femmes ont bénéficié d’une alliance solennelle contractée avec vous » (Coran IV, 20-21). Ces versets insistent sur le caractère essentiel, définitif et irréversible de toute union, serait-elle brève, d’un homme et d’une femme ; et par là même, au-delà des vicissitudes de la vie, insiste sur l’idéal monogamique d’une seule union véritable, dont les tentatives terrestres sont comme les facettes ou approches successives.

Concernant l’exemple prophétique lui-même, il n’eut d’enfants survivants que quatre filles (Zainab, Ruqayya, Umm Kaltoum et Fatima) qu’il eut avec sa première épouse, Khadija, dans le cadre d’un mariage monogame, fondé sur des affinités personnelles, et qui dura jusqu’à la mort de celle-ci. Par la suite, dix autres mariages et deux concubinages furent conclus avec le Prophète.

Ces unions n’obéissaient pas à des désirs passionnels de Muhammad, mais répondaient à des nécessités imposées par les circonstances : aide pour élever les enfants et tenir le foyer, prolongement du compagnonnage spirituel, générosité accordée aux veuves de ses compagnons morts en martyrs, préalable afin de faire évoluer les mœurs ou alliances politiques favorables à l’expansion de la religion (voir encadré). « Le Prophète est plus proche des croyants qu’ils ne le sont les uns des autres, ses épouses sont leurs mères » (Coran XXXIII, 6). Chacune de ces épouses, « mères des croyants », furent aimées pour elles-mêmes. ‘Ali précisait que le Prophète, dont il était le gendre, ne frappa jamais de sa main bénie l’une de ses femmes, ni même un de ses esclaves qui furent tous affranchis.

Illettré et maternel

D’après la Tradition, le Prophète de l’islam offrait un ensemble de traits de caractère très divers et variés, toujours disposés harmonieusement et sans excès ; à l’image d’un diamant avec ces différentes facettes, transmettant toujours la même lumière unique et unifiante, à la fois douce, apaisante et exaltante pour ceux qui la recevaient à son contact. Il est un brillant luminaire (Coran XXXIII, 46), il transforme et conduit les croyants de l’ombre à la lumière (Coran II, 257). Il est la « charnière » entre les hommes et le Ciel. Ainsi, s’il savait se montrer pleinement « viril » au combat ou dans son « harem », il était toujours accessible, prévenant, attentif et accueillant comme peut l’être une mère à l’égard de ses enfants (Coran XXIV, 62).

A cet égard, le Prophète est dit « ummi », que l’on peut traduire par : qui ne sait ni lire, ni écrire, ignorant, ou encore dans un autre sens, maternel. Il est ainsi en mesure de recevoir et d’accueillir parfaitement, sans interférences mentales ou affectives, la Révélation de Dieu descendue sur son Cœur (Coran II, 97). Il est « Mère » dans l’ordre de la Manifestation divine et homme dans l’ordre de la Création, alors que les femmes sont mères dans le seul ordre de la Création. Tout en vérité a été formé et se forme dans l’ordre de la Création à partir de lui, de sa lumière. Il est donc la « matrice » de notre retour à Dieu (Coran XXXVI, 22 & 83), comme, dans l’ordre terrestre, est la mère pour ses enfants qui reviennent toujours à elle.

Ainsi, selon ‘Aïcha, le caractère du Prophète était comme le Coran, et par nature, il était comme la Table Gardée (Coran LXXXV, 22) où repose la Mère du Livre (Coran III, 7 ; XLIII, 2-4), ou Archétype des Livres sacrés, pourrait-on dire. « Qui m’a vu, a vu la Vérité » : le Prophète de l’islam est bien en vérité la Porte sublime qui conduit aux Grands Mystères.

(1) hanif : rattaché à la voie spirituelle remontant directement à Abraham.

Sources :

Les femmes du Prophète de Magali Moroy, éd. Mercure de France

Femmes en islam de W. Walter, éd. Sindbad

Les femmes soufies et la passion de Dieu de N. et L. Amri, éd. Danglès

source:oumma.com

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L’Islam et la miséricorde (2/2) par Azzedine GACI

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

III) LA MISERICORDE

Nous l’avons déjà précisé, Dieu S’est manifesté dans Sa création à travers Ses quatre-vingt-dix-neuf Noms ou Attributs. Cependant, l’Attribut de Dieu le plus important, après celui d’« Allah », est celui de « Al-Rahmâne », c’est-à-dire Le Tout Miséricordieux qui arrive en deuxième position dans la liste des Noms divins citée en annexe.

Le Coran nous informe que Dieu a prescrit à Lui-même la miséricorde :

« Dis à qui appartient ce qui est dans les Cieux et sur la terre ? » Réponds : « A Dieu qui S’est prescrit à Lui-même d’être Miséricordieux et qui vous rassemblera sans nul doute au Jour de la résurrection » (Coran 6/12).

« Et lorsque viennent vers toi ceux qui croient, dis : ‹Que la paix soit sur vous ! Votre Seigneur S’est prescrit à Lui-même d’être Miséricordieux. Et quiconque d’entre vous a fait un mal par ignorance, et ensuite s’est repenti et s’est réformé… Il est, alors, Tout Pardonnant et Tout Miséricordieux›.  » (Coran 6/54)

Quant au prophète, il nous précise que la miséricorde de Dieu précède Sa colère : « Lorsque Dieu eut terminé l’œuvre de la Création, II écrivit sur Son Livre, qui se trouve par-devers Lui, au-dessus du Trône : « Certes, Ma miséricorde l’emporte sur Ma colère ! » (Hadith).

Cette miséricorde Divine est au centre des rapports qui relient Dieu à ses serviteurs. C’est ainsi que `Umar ibn Al-khattâb (deuxième calife) a dit : On amena au Prophète des captifs de guerre parmi lesquels se trouvait une femme qui cherchait son nourrisson. Quand elle le trouva, elle le pressa contre sa poitrine et lui donna son sein. C’est alors que le Prophète nous dit : « Pensez-vous que cette femme pourra jeter son enfant dans le Feu ? ». – « Non, répondîmes-nous, elle ne l’y jettera certainement jamais tant qu’elle aura le pouvoir de ne pas l’y jeter ». Le Prophète dit alors : « Certes Dieu est encore plus Miséricordieux envers Ses Serviteurs que cette femme envers son enfant« . (Hadith).

C’est aussi la miséricorde que Dieu a implanté dans Ses créatures qui permet aux êtres humains d’être bons les uns envers les autres comme le dit le prophète :

« En vérité Dieu a cent miséricordes. Il en a fait descendre une seule sur terre et l’a répartit entre Ses créatures. C’est par elle que les êtres humains montrent de la bienveillance et la miséricorde les uns envers les autres. Il diffère pour Lui-même quatre vingt dix neuf autres miséricordes par lesquelles Il fera miséricorde à Ses serviteurs le Jour de la Résurrection » (Hadith).

« Le Tout Miséricordieux fait miséricorde aux miséricordieux. Faites donc miséricorde à celui qui est sur terre, Celui qui est au ciel vous sera miséricorde  » (hadith).

Les liens entre les êtres humains se fondent donc sur la miséricorde. En islam, ce lien porte un nom : « Rahim » (lien de parenté à ne pas confondre avec « Rahîm », Le Très Miséricordieux). Ce mot dérive du Nom divin Al-Rahman, Le Très Miséricordieux. Le coran rappelle effectivement que les êtres humains constituent une seule et grande famille car ils sont tous descendants d’Adam et d’Eve et qu’à ce titre ils se doivent de respecter ces liens de sang. Dieu dit :

« Ô Hommes ! Craignez Vote Seigneur qui vous a créé d’un seul être, e qui a créé de celui-ci son épouse et qui de ces deux là a fait répandre beaucoup d’homme et de femmes. Craignez Dieu (au Nom) duquel vous vous implorez les uns les autres, et (Craignez de rompre) les liens de parenté. Certes Dieu vous observe parfaitement » (coran 4/1).

Il est intéressant de noter que la préservation des liens de parenté ne se limite pas seulement aux proches parents comme le précise ce verset coranique. Elle s’étend à tous les êtres humains qui doivent êtres solidaires les uns des autres quelque soit leur appartenance ethniques ou religieuses.

Le Coran affirme en ce sens : « Ô gens ! Nous vous avons créé d’un mâle et d’une femelle, et nous avons fait de vous des peuples et des tributs, pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble parmi vous, auprès de Dieu, est celui qui est le plus pieux. Et Dieu est Omniscient et parfaitement Connaisseur de toute chose » (Coran 49/13).

Plus le croyant est habité par la miséricorde et l’amour de Dieu, et plus il réalisera cet idéal pour lequel il a été créé. D’ailleurs la tradition nous montre le chemin, très court, pour devenir un vrai témoin du Tout Miséricordieux : c’est la continuelle attention à Dieu qui est au-delà du passé, du présent et de l’avenir et le profond respect envers ses semblables. En d’autres termes, on ne peut pas croire véritablement, tant que l’on n’est pas miséricordieux comme le dit le prophète :

« Vous ne croirez pas jusqu’à ce que vous êtes miséricordieux ». Les compagnons répliquèrent : « Ô ennoyé de Dieu, nous sommes tous miséricordieux » ; le prophète reprit alors : « je n’entends pas par là, la miséricorde que l’un d’entre vous porte naturellement à son compagnon, mais une miséricorde qui s’étends à tous » (hadith). C’est-à-dire une miséricorde qui s’étend à tous les êtres humains, qu’ils soient musulmans ou pas, qu’ils soient pratiquants ou pas et qu’ils soient bons ou mauvais.

La miséricorde consiste également à savoir pardonner et maîtriser sa colère. Il a été dit à ce sujet : « Trois caractères ne se dévoilent qu’en trois situations : On ne reconnaît le miséricordieux que pendant sa colère, on ne reconnaît le courageux que durant la guerre et on ne reconnaît le vrai frère que dans le besoin« .

La miséricorde de Dieu se manifeste aussi dans les moments de peine et de tristesse, la maladie ou les accidents de la vie. Aussi, chaque larme versée pour la perte d’un être cher est une source de miséricorde comme le montre cette parole du prophète :

 
« Nous étions chez le Prophète quand une de ses filles lui envoya un messager l’informant que son fils était à l’agonie. Le Prophète dit au messager : « Retourne voir ma fille et dit lui que tout ce que Dieu prend ou donne Lui appartient, qu’Il a fixé un terme pour toute chose et exhorte-la à se résigner et à compter sur Dieu. » Le messager revint et lui dit : – Elle te supplie de venir la trouver. Aussitôt le Prophète se leva et se rendit chez elle, accompagné de Sa`d ibn `Ubâda et de
Mu`âdh ibn Jabal, et de moi-même, reprend ’Usâma.

Quand il arriva, on lui remit
l’enfant qui agonisait. Tenant l’enfant dans ses bras, le Prophète eut les larmes aux
yeux. Sa`d lui dit : « O Envoyé de Dieu, qu’est-ce que c’est ? ». – « C’est, répondit-il, de la miséricorde que Dieu a placée dans le cœur de Ses adorateurs. Dieu n’est Miséricordieux qu’envers ceux de ses serviteurs qui le sont eux-mêmes » (Hadith).

Les musulmans ont bien compris que la miséricorde de Dieu envers Ses serviteurs est sans commune mesure avec la miséricorde d’un quelconque miséricordieux. « Si vous vouliez dénombrer la miséricorde de Dieu, Vous ne pourriez l’énumérer  » (Coran XIV/34). On rapporta à ce propos qu’Omar ibn Abdelaziz (un calife du 8ème siècle) partit pou la prière le jour de la fête. Après avoir prié, il invoqua Dieu ainsi : « Ô mon Dieu ! Fais-moi miséricorde car n’as-tu pas dit : « En vérité, la miséricorde de Dieu est proche de ceux qui font le bien » (coran 7/56).

Si je n’en fais pas parti, je suis parmi ceux qui jeûnent : or Tu a bien dit : « A ceux et celles qui jeûnent, Dieu a promis pardon et rétribution magnifique » (Coran). Et si je ne suis pas d’entre les jeûneurs, je suis parmi les Fidèles ; or Tu as dit : « Il est très Miséricordieux avec les Fidèles » (Coran XXXIII/43). Si toutefois, je ne méritais pas cela, alors je suis une chose ; or tu as dit : « Ma miséricorde s’étend sur toute chose » (Coran 7/156). Et si je n’étais pas ainsi, je reste atteint là-même où Ta Miséricorde semble irrecevable car Tu as dit : « ceux qu’un évènement atteint disent : « En vérité, nous sommes à Dieu et vers Lui nous retournerons » (coran 2/156).

IV) Les manifestation de la miséricorde

« Qualifiez-vous par les Attributs de Dieu », cette parole est attribuée au Prophète lui–même. Cela veut dire que l’Homme a vis-à-vis des deux Noms divins, « Al-Rahmâne » et « Al-Rahîm » un mode de participation qui le concerne. Les êtres humains doivent être miséricordieux les uns envers les autres. Cette disposition est même l’une des plus grandes marques de la Foi.

Le musulman se doit ainsi d’aller à la rencontre de tous les êtres humains en gardant dans son cœur, de la tendresse, de la miséricorde et de l’amour. Les proches d’un être humain ont évidement plus de droit à recevoir sa miséricorde. Mais avant de s’occuper de sa propre famille et de ses proches, l’homme doit d’abord penser à lui-même. Il doit d’abord être miséricordieux envers lui-même.

1- La miséricorde envers les parents

Prendre soin de ses parents, c’est s’acquitter d’une dette que l’on ne pourra jamais vraiment rembourser. « Dieu a décrété que vous n’adorerez que Lui, et que (vous manifestez) la bienséance envers vos parents : si l’un d’entre eux ou tous les deux doivent atteindre la vieillesse auprès de toi, alors ne leurs dit pas « Fi » et ne les brusque pas, mais adresse leurs des paroles généreuses. Et par miséricorde, abaisse pour eux l’aile de l’humilité, et dis : « Seigneur, Fais leur à tous deux miséricorde comme ils m’ont élevé tout petit » (coran 17/23-24).

2- La miséricorde avec les enfants

La miséricorde envers les enfants est un sentiment tout à fait naturel. Un jour le prophète embrassa un de ses petits enfants en présence d’un bédouin. Etonné, ce dernier lui dit : « j’ai dix enfants et jamais je n’ai embrassé l’un d’eux ». Le prophète le regarda et lui dit : « celui qui ne fait pas miséricorde, Dieu ne lui fera pas miséricorde ». Et dans une autre versions : « Que puis-je pour toi si Dieu a enlevé la miséricorde de ton cœur » (hadith).

3- La miséricorde entre époux

L’amour et la miséricorde sont le fondement même de la famille comme le rappelle le coran :

« Et parmi Ses signes, Il a créé de vous, pour vous, des épouses, pour que vous trouviez auprès d’elles calme et gite, et qu’Il a établi entre vous des liens de tendresse et de miséricorde. Il y a en cela des signes certains pour ceux qui méditent  » (Coran 30/21).

Ce verset coranique montre d’abord que la relation amoureuse est un don de Dieu, une bénédiction qui fonde l’existence même du couple, le rattachement à la transcendance. Se souvenir de ce bienfait est sans aucun doute la meilleure façon de la conserver.

Ce verset parle ensuite de tendresse ou d’amour avant d’évoquer la miséricorde. Ce qui correspond bien à l’évolution du couple. Les problèmes de la vie, les difficultés et les disputes sont autant d’épreuves qui ne peuvent être surmontées sans la miséricorde, qui vient s’ajouter à la tendresse et l’amour qui sont plus forts au début du mariage.

4- La miséricorde envers les proches

Même si l’humanité constitue à l’origine une seule et même famille, il est évident cependant que les relations de chacun d’entre nous doivent êtres plus fortes avec ceux avec qui nous avons des liens de sang. Selon le prophète, Dieu a dit : « Je suis Le Très Miséricordieux (Al-Rahmâne), j’ai créé les liens de Parenté (Al-Rahim) et J’ai fait dériver leur nom de mon propre nom ; celui qui les préservera, Je le préserverai et celui qui les romprai, Je romprai avec lui » (hadith).

5- La miséricorde envers les orphelins

La miséricorde envers l’orphelin est sans doute l’un des sentiments qui rapproche le plus l’homme du Tout Miséricordieux. C’est même un signe de la pureté de son âme. Un homme vint au Prophète se plaindre de la dureté de son cœur. Le Prophète lui dit alors : « Aimerais tu voir ton cœur s’adoucir et obtenir ce dont tu as besoin ? Fais miséricorde à l’orphelin, passe ta main sur sa tête, et donne lui de ta nourriture, ton cœur s’adoucira, et tu obtiendras ce dont tu as besoin. » (hadith)

6- La miséricorde envers les pauvres

Après avoir mentionné la miséricorde envers l’orphelin, le coran évoque très fréquemment le pauvre qui vit dans le dénuement et la misère :

« Et lorsque Nous avons pris l’engagement des fils d’Israël : Vous n’adorez que Dieu, et (manifesterez de la) bienfaisance envers les père et mère, les proches parents, les orphelins et les pauvres.. » (Coran 2/83).

Parmi les invocations du prophète, on trouve notamment : «  Grand Dieu ! Fais que j’entreprenne des actions de bien, et que je laisse toute action blâmable, et (mets dans mon cœur) l’amour des pauvres !  » (hadith)

7- La miséricorde envers les malades

En Islam, la maladie est une forme de purification de l’âme. L’islam recommande d’être miséricordieux envers les malades et les handicapés qui se trouvent souvent dans des situations de détresse. Dieu se tient toujours à côté du malade comme nous le rappelle ce très beau hadith :

« Dieu Tout-Puissant dira le Jour de la Résurrection : O fils d’Adam, Je suis tombé malade et tu ne M’as pas rendu visite. Il dira : Ô Mon Seigneur, comment puis-je Te rendre visite quand Tu est le Seigneur des mondes ? Il dira : Ne savais-tu pas que Mon serviteur Untel était tombé malade, et tu ne l’as pas visité ? Ne savais-tu pas que si tu l’avais visité, tu M’aurais trouvé avec lui ? O fils d’Adam, Je t’ai demandé de la nourriture et tu ne M’as pas nourri. Il dira : O Seigneur comment puis-je Te nourrir quand Tu es le Seigneur des mondes ?

Il dira : Ne savais-tu pas que Mon serviteur Untel t’a demandé de la nourriture, et que tu ne l’as pas nourri ? Ne savais-tu pas que si tu l’avais nourri, tu aurais trouvé la récompense (d’en avoir fait autant avec Moi) ? O fils d’Adam, Je t’ai demandé de la boisson et tu ne M’as pas donné à boire. Il dira : O Seigneur comment puis-je Te donner à boire quand Tu es le Seigneur des mondes ? Il dira : Mon serviteur Untel t’a demandé à boire, et que tu ne lui pas donné ? Si tu lui avais donné à boire, tu aurais sûrement trouvé la récompense (d’en avoir fait autant avec Moi). (hadith)

8- La miséricorde envers les voisins

En Islam, le voisin a des droits qui sont pratiquement comparables à ceux des proches. Aïcha, l’épouse du prophète lui demanda un jour : « Ô envoyé de Dieu, j’ai deux voisins. Auxquels des deux, dois-je faire un présent ? » Le prophète répondit : « A celui dont la porte est la plus proche de la tienne » (hadith).

Le prophète dit également : « L’ange Gabriel n’a cessé de me recommander (d’être bienfaisant) envers le voisin, à tel point que j’ai pensé qu’il allait en faire un héritier  » (hadith).

Tout cela pour nous rappeler que la vocation de tous les êtres humains est d’être des frères et des sœurs, vivant en paix et dans le respect.

9- La miséricorde envers les animaux

L’islam donne aux espèces animales le statut de créatures, tout comme les être humains. C’est ainsi que le prophète dit : « Quiconque tue un oiseau sans raison valable, celui-ci se plaindra à Dieu le jour de la résurrection en disant : « O mon Seigneur ! Untel m’a tué sans raison valable, et il ne m’a pas tué pour un profit » (hadith).

10- La miséricorde envers les pécheurs

Dans la tradition musulmane, la miséricorde est intimement liée à la notion du Pardon. Parce que Dieu est tout miséricordieux, il pardonne tous les péchés comme le précise ce verset coranique : « Dis Ô Mes serviteurs qui avaient commis des excès à votre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. Dieu en vérité pardonne tous les péchés. Oui, c’est lui le tout pardonnant, le tous miséricordieux » ((coran 39/53-59).).

« Ma miséricorde embrasse toute chose » (Coran 7/156), nous dit Dieu le coran également. C’est pourquoi l’homme doit être miséricordieux envers ceux qui font des erreurs, commettent des péchés ou sont désobéissants.

Conclusion

Dans les tous les textes cités plus haut, nous pouvons reconnaître une réelle beauté humaine et spirituelle. Dans cette lumière de la miséricorde, juifs chrétiens et musulmans peuvent facilement se reconnaître, se respecter, s’estimer et même s’aimer.

Le Coran insiste sur l’obligation pour l’homme d’être miséricordieux envers ses semblables comme envers le reste de la Création, Dieu y étant Lui-même présenté comme le Tout Miséricordieux.

C’est seulement dans cette attitude de compassion vécue que l’homme peut nouer une relation avec le Très Haut. La pratique de la miséricorde nous montre également que miséricorde, juifs chrétiens et musulmans puvent facilemnt se reconnaitre.) l’le seul chemin possible vers Dieu est celui de l’amour. S’inspirer de la Miséricorde est donc un moyen pour nous de travailler sur nous-mêmes, réveiller notre cœur et apprendre à vivre dans la proximité de celui par lequel toute chose est née.

Tout acte, toute pensée, toute action doit être accompagné d’une méditation ou d’une réflexion qui nous ramène à la Miséricorde. C’est en cela que l’Homme peut développer son humanité. Nous naissons homme, mais nous n’atteignons la qualité d’être humain qu’en appréhendant le sens de cette Miséricorde. C’est par l’attitude que nous avons à l’égard de nos semblables, en tant qu’être miséricordieux, que nous devenons celui qui vit de la Miséricorde et la produit autour de lui.

source:ouma.com

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L’Islam et la miséricorde (1/2) par Azzedine GACI

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

« Dis Ô Mes serviteurs qui avaient commis des excès à votre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde de Dieu. Dieu en vérité pardonne tous les péchés. Oui, c’est lui le tout pardonnant, le tous miséricordieux » (coran 39/53-59).

I) Introduction

Les musulmans ne parlent pas beaucoup d’amour de Dieu, de pardon et de miséricorde. Et pourtant toutes ces notions occupent une place centrale en Islam porteur d’authentique germe d’amour et de paix. D’ailleurs ce qui réconforte le musulman dans sa Foi, c’est l’assurance que Dieu est Le seul réellement miséricordieux, Le seul digne d’adoration et d’amour.

Dans la tradition musulmane, Dieu a quatre vingt dix neuf Noms. Parmi tous ces noms Divins, ceux que les musulmans évoquent le plus souvent sont certainement : Ar-Rahman (le Très Miséricordieux) et Ar-Rahim (le Tout miséricordieux). Dans ses prières rituelles quotidiennes (cinq par jours), le musulman lit au moins dix sept fois par jour la première sourate du Coran, la Fâtiha (l’ouverture). Cette sourate comporte sept versets coraniques dont les deux premiers évoquent les Noms Divins Ar-Rahman et Ar-Rahim : « Louange à Dieu le Seigneur des mondes. Le Très miséricordieux, le tout Miséricordieux » (Coran 1/1-2). Dans cette sourate, Dieu se présente à l’homme comme étant le Miséricordieux par essence et par excellence.

Par ailleurs, mis à part la sourate numéro 9 (chapitre 9), toutes les sourates du Coran s’ouvrent par une formule qu’on appelle « la basmala » et qui consiste à dire : « Au nom de Dieu, le Très miséricordieux, le Tout miséricordieux ». Cette « basmala » est considéré comme un verset coranique par certains savants.

De même, avant d’entreprendre toute action ou activité dans sa vie de tous les jours, le musulman doit invoquer le Dieu Miséricordieux en prononçant la « basmala ». On le voit, tout dans la vie du musulman dans ses prières, dans ses invocations, dans son travail, dans ses études, dans ses actions est placé manifestement sous le signe de la miséricorde.

On le voit bien, la miséricorde est au centre des rapports entre le Créateur et Ses créatures. Parmi ses quatre vingt dix neuf Noms et attributs, c’est « A-Rahmane » et « A-Rahîm » que Dieu a choisi de nous faire répéter obligatoirement jour et nuit pour nous dire que Sa clémence est infinie, et que le rapport qui nous lie à Dieu est avant tout celui de l’amour, du pardon et de la miséricorde.

II) Noms et Attributs de Dieu

Dans l’Islam, Dieu est UN dans son essence, et multiple dans Ses Attributs ou qualités, Ses Actes et Ses Noms. En effet, le Coran affirme clairement : « Il n y a rien qui Lui ressemble, et c’est Lui l’Audient, le Clairvoyant. » (Coran 4/58). Quoique l’Homme imagine en son esprit, Dieu est différent comme le rappelle les savants musulmans : « On ne peut utiliser pour décrire Dieu que ce qu’Il a utilisé Lui-même pour Se décrire, ou bien ce qu’a utilisé Son Envoyé ». Si Dieu ne ressemble en aucune manière à Ses créatures ni dans Son Être, ni dans Attributs, ni dans Ses Actes, Il nous est possible de L’approcher en méditant et en L’invoquant par le biais de Ses plus beaux Noms comme nous le recommande le coran : « C’est à Dieu qu’appartient les plus beaux noms. Invoquez-Le par eux… » (Coran 7/180).

D’après un hadith (parole du prophète), ces Noms Divins sont au nombre de quatre-vingt-dix-neuf : « Certes, Dieu a quatre-vingt-dix-neuf Noms, cent moins un. Quiconque les énumèrera entrera au Paradis ; Il est l’Unique qui aime qu’on énumère Ses noms un à un. » (hadith). Dans un autre hadith, le prophète dresse la liste de ces Noms : « En vérité, Dieu a quatre-vingt-dix-neuf Noms, cent moins un. Celui qui les énumèrera entrera au paradis » ensuite le hadith énonce les quatre vingt dix neuf noms selon la séquence bien connue des musulmans :

« Allah », « Al-Rahmân » (le Tout Miséricordieux), « Al-Rahîm » (Le Très Miséricordieux), « Al-Malik » (Le Souverin, le Roi), « Al-Quddûs » (l’infiniment Saint), « Al-Mu’min » (Le Fidèle, le Sécurisant)… Voir la suite en annexe.

Ces Noms parfaits qui sont censés mener à la connaissance de Dieu sont mentionnés en de nombreux endroits du Coran. Il faut noter que la liste des quatre vingt dix neuf Noms citée en annexe n’est pas respectée par beaucoup de savants musulmans qui contestent l’authenticité de la dernière partie du hadith ci-dessus.

En fait pour la majorité des savants musulmans, les quatre vingt dix neuf Noms sont dans leur ensemble des attributs ou des qualités de Dieu à l’exception du Nom d’« Allah ». En effet, « Allah » est un Nom propre qui désigne aussi bien l’Essence divine impénétrable, inconnaissable, inconditionnée, infinie, transcendante et absolue que la fonction divine : Dieu Omniprésent dans son œuvre. Par ailleurs, le nom d’« Allah » exprime la perfection de l’amour que Dieu porte à Ses serviteurs.

En ce qui concerne les qualités de Dieu, les savants musulmans les classent en deux catégories :

- Les qualités d’Essence qui n’est ni connue, ni connaissable : Ces qualités impliquent la permanence de l’existence et l’immutabilité nécessaire excluant l’accroissement ou la diminution.

Exemple : Dieu est Savant, Puissant, Vivant, Al-Rahmâne (Le Très Miséricordieux)…

- Les qualités de l’Action de Dieu : Elles concernent les effets produits par la puissance de Dieu.

Exemple : Al-Rahîm (Le Tout Miséricordieux).

Ces quatre vingt dix neuf Noms et attributs se complètent les uns les autres dans une totale harmonie. Ils montrent que Dieu incarne les qualités d’affection, d’amour, de bienveillance, de bonté, de compassion et de miséricorde.

Enfin un attribut a été gardé secret par Dieu. Il est appelé « Al-ism A`Dham » c’est-à-dire le nom Suprême. Toute personne qui l’évoque dans ses invocations, verra ses demandes exaucées selon la tradition musulmane. Il existe toutefois des divergences chez les savants quant à savoir quel est ce Nom. Certains savant avancent qu’il s’agit du Nom d’Allah, le vivant et l’Immuable ou alors le Détenteur de la Majesté et de la Générosité.

Pour les autres, ce Nom « caché » ferait parti des quatre vingt dix neufs Noms citées en Annexe. Dieu l’a gardé caché afin que Ses serviteurs s’appliquent à invoquer tous les Noms avec l’espoir qu’ils mentionneraient celui-ci.

II) Les Noms Divins Al-Rahmâne (Le Très Miséricordieux) et Al-Rahîm (Le Tout Miséricordieux).

Les savants musulmans sont pratiquement tous d’accord sur le fait que chacun des deux Noms Divins « Al-Rahmâne » (Le Très Miséricordieux) et « Al-Rahîm » (Le Tout Miséricordieux) dérive de « Rahma », c’est-à-dire la Miséricorde.

La différence entre « Ar-Rahman », Le Tout Miséricordieux et « Ar-Rahim », Le Très Miséricordieux, Celui qui accorde sa Grâce est comme celle entre un adjectif qui décrit une nature et un verbe qui décrit une action. Allah est la source de tout bien et toute miséricorde envers la création : Il veut activement le bien et la miséricorde pour la création.

« Al-Rahmâne », Le Très Miséricordieux.

Al-Rahmâne, Le Très Miséricordieux est avec Allah l’objet d’invocation préférentielle chez les musulmans. Par ailleurs, ils constituent sans doute les deux Noms divins les plus excellents parmi tous les autres comme l’exprime clairement le verset coranique suivant : « Dis ! Invoquez Allah ou Invoquez le Tout-Miséricordieux (Al-Rahmâne), quel soit ce que vous invoquez, à Lui sont les Noms parfaits  » (Coran 17/110). « Al-Rahmane » se réfère à la miséricorde parfaite.

« Al-Rahmâne » (Le Très miséricordieux), toujours utilisé avec l’article Al- est un Attribut de Dieu lié à Son Essence contrairement à « Al-Rahîme » (Le tout miséricordieux) qui est un attribut lié aux Actes de Dieu. Aussi, les musulmans n’ont pas le droit de dire d’un homme qu’il est « Al-Rahmane » car ce nom Divin ne s’applique qu’à Dieu et qualifie une miséricorde que seul Dieu peut donner.

Cette miséricorde s’étend à tous dans ce bas monde et à l’autre tant pour le vertueux que le transgresseur, y compris ceux qui Le renient, Lui désobéissent ou font du mal. Il dispense bienfaits et prospérité à toutes les créatures sans distinction car Il est l’Etre débordant de miséricorde dont la signification est aussi large pour couvrir les qualités d’amour, de compassion, de bienveillance et de générosité.

« A-Rahim » (le Tout miséricordieux)

« Al-Rahim » est un attribut de Dieu qui décrit les qualités divines liées à Son Action. Pour certains savants musulmans, cette miséricorde s’exerce sr les fidèles exclusivement : « Avec les Fidèles, il est très Miséricordieux » (Coran XXXIII/43). Cette miséricorde concernerait le jour de jugement dernier selon d’autres. Dieu récompensera alors surabondamment les actions des croyants et le pardon de leurs offenses pour les guider et les admettre au paradis. On trouve en effet dans la tradition musulmane appelé aussi Sunna, cette parole du prophète :

Aucun d’entre vous n’entrera au Paradis grâce à ses actions. Les compagnons dirent : “Même pas toi, ô ! Envoyé de Dieu ?” Il dit : “ Même pas moi à moins que Dieu ne me recouvre de Sa miséricorde. Ils demandèrent : “A quoi sert donc les actions Ô Envoyé de Dieu ?!” Il dit : “Vous rentrerez au Paradis par la grâce de Dieu et vous vous le partagerez selon vos actions.” (hadith).

A suivre….

Annexe : les 99 Noms Divins :

  1. Allah Le Dieu tout puissant qui se révèle
  2. Ar-Rahman Le très miséricordieux
  3. Ar-Rahim Le tout miséricordieux
  4. Al-Malik Le souverain
  5. Al-Quouddous L’infiniment sain
  6. As-Salam La paix, La sécurité
  7. Al-Mou’min Le fidèle, Le sécurisant
  8. Al-Mouhaymin Le surveillant, Le témoin, Le préservateur
  9. Al-’Aziz Le tout puissant, L’irrésistible
  10. Al-Djabbar Celui qui domine et contraint
  11. Al-Moutakabbir Le superbe, Celui qui se magnifie
  12. Al-Khalik Le créateur, Le déterminant
  13. Al-Bari’ Le créateur, Le producteur, Le novateur
  14. Al-Djabbar Celui qui domine et contraint
  15. Al-Khaliq Le créateur, Le déterminant, Celui qui donne la mesure de toute chose
  16. Al-Mousawwir Le formateur, Celui façonne ses créatures de différentes formes
  17. Al-Ghaffar Le tout pardonnant
  18. Al-Qahhar Le tout et très contraignant, Le dominateur suprême
  19. Al-Wahhab Le donateur gracieux, généreux
  20. Ar-Razzaq Celui qui pourvoit et accorde toujours la subsistance
  21. Al-Fattah Le conquérant, Celui qui ne cesse d’ouvrir et d’accorder la victoire
  22. Al-’Alim Le très savant, L’omniscient
  23. Al-Quabiz Celui qui retient et qui rétracte
  24. Al-Basit Celui qui étend sa générosité et sa miséricorde
  25. Al-Khafiz Celui qui abaisse
  26. Ar-Rafi’ Celui qui élève
  27. Al-Mou-izz Celui qui donne puissance et considération
  28. Al-Mouzhill Celui qui avilit
  29. As-Sami L’audient, Celui qui entend toute chose
  30. Al-Basir Le voyant, Celui qui voit toute chose
  31. Al-Hakam Le juge, L’arbitre, Celui décide
  32. Al-’Adl Le juste, L’équitable, Celui qui rétablit l’équilibre
  33. Al-Latif Le subtil-bienveillant, Le bon
  34. Al-Khabir Le très instruit, le bien informé
  35. Al-Halim Le longanime, Le très clément
  36. Al-’Azim L’immense, Le magnifique, L’éminent, Le considérable
  37. Al-Ghafour Le tout pardonnant
  38. Ash-Shakour Le très reconnaissant, Le très remerciant, Celui qui accroît infiniment
  39. Al-’Aliyy Le sublime, L’élevé, Le très haut
  40. Al-Khabir L’infiniment grand, plus élevé en qualité que ses créatures
  41. Al-Afizh Le préservateur, Le conservateur
  42. Al-Mouqit Le gardien, Le puissant, Le temoin
  43. Al-Hasib Celui qui tient compte de tout, Celui qui suffit à ses créatures
  44. Al-Djalil Le majestueux, qui s’attribue la grandeur du pouvoir et la gloire de sa dignité
  45. Al-Karim Le tout généreux, Le noble généreux, pur de toute abjection
  46. Ar-Raqib Le vigilent, Celui qui observe
  47. Al-Moudjib Celui qui exauce, Celui qui repond aux nécésiteux et aux désireux qui Le prie
  48. Al-Wasi’ L’ample, Le vaste, l’immense
  49. Al-Hakim L’infiniment sage
  50. Al -Ba’is Celui qui ressuscite ses serviteurs après la mort, Celui qui incite
  51. Az-Zahir L’extérieur, L’apparent
  52. Ash-Shahid Le témoin, qui n’ignore rien de ce qui arrive
  53. Al-Batin L’intérieur, Le caché
  54. Al-Haqq Le vrai, dont est la seule véritable
  55. Al-Wali Le maître très proche, Celui qui dirige
  56. Al-Wakil Le gérant, L’intendant, Celui à qui on se confie et dont le soutien ne fléchit jamais
  57. Al-Mouta’ali Le sublime, L’exalté, L’élevé, pur de tout attribut de création
  58. Al-Qawiyy Le très fort, Le très puissant, Celui qui possède le pouvoir complet
  59. Al-Baar Le bon, Le bienveillant, Le bienfaisant envers ses créatures
  60. Al -Matin Le très ferme, L’inébranlable qui jamais ne fléchit ou ne fatigue
  61. At-Tawwab Celui qui ne cesse de revenir, d’accueillir le repentir sincère de ses adorateurs et qui leur accorde son Pardon
  62. Al-Waliyy Le très proche, L’ami, Le maître, Le tuteur
  63. Al-Mountaqim Le vengeur, qui a le dessus sur ses ennemis et les punit pour leur péchés
  64. Al-Hamid Le très – louange, Celui qui est digne de louange
  65. Al-Afouww Celui qui efface, L’indulgent dont le pardon est large
  66. Al-Mouh’sy Celui dont le savoir cerne toute chose, Celui qui garde en compte
  67. Ar-Raouf Le très – doux, Le très – bienveillant, à la miséricorde extrême
  68. Al-Moubdi Celui qui sans modèle, Celui qui donne l’origine
  69. Malikoul-Moulk Le possesseur du royaume, qui contrôle son règne et donne un règne à qui il veut
  70. Al-Mou’id Celui qui redonne existence après la mort, Celui qui réintègre, qui répète
  71. Zhoul Djalal Wal-Ikram Le détenteur de la majesté et de la générosité, qui mérite d’être éxalté et non renié
  72. Al-Mouh’yi Celui qui fait vivre, qui donne la vie
  73. Al-Mouqsit L’équitable, Celui qui rend justice, sans léser quiconque
  74. Al-Moumit Celui qui fait mourir le vivant
  75. Al-Djami Celui qui réunit, Celui qui synthétise
  76. Al-Hayy Le vivant, dont la vie est différente de notre vie
  77. Al-Ghaniyy Le suffisant par soi, Celui qui n’a besoin de personne
  78. Al-Quayyoum L’immuable, Le subsistant par soi
  79. Al-Moughni Celui qui confère la suffisance et satisfait les besoins de ses créatures
  80. Al-Wadjid L’opulent, Celui qui trouve tout ce qu’il veut
  81. Al-Mani’ Le défenseur, Celui qui empêche, Celui qui protège et donne victoire à ses pieux croyants
  82. Al-Madjid Le noble, Le majestueux, Celui qui a plein de gloire
  83. Ad – Dhar Celui qui contrarie, Celui qui peut nuire ( à ceux qui l’offensent)
  84. Al-Wahid L’unique, sans associé, Le suel, L’un
  85. An-Nafi Celui qui accorde le profit, L’utile, Celui qui facilite à qui il veut
  86. As-Samad Le maître absolu, Le soutien universel, Celui en qui on place sa confiance
  87. An-Nour La lumière
  88. Al-Qadir Le puissant, Le déterminant, le détenteur du pouvoir
  89. Al-Hadi Le guide
  90. Al-Mouqtadir Celui qui a pouvoir sur tout, Le détenteur absolu du pouvoir
  91. Al-Badi Le novateur, Celui qui a crée toute chose et les a formés sans exemple précédent
  92. Al-Baqi Le permanent, dont la non existence est impossible pour lui
  93. Al-Mouqaddim Celui qui met en avant, Celui qui précède ou devance
  94. Al-Waris L’héritier
  95. Al-Mou’akhkhir Celui qui met en arrière, Celui qui vient en dernier ou qui retarde
  96. Al-Wadoud Le Tout-Aimant, le Bien-Aimé
  97. Al-Awwal Le premier, dont l’existence n’a pas de commencement
  98. As-Sabour Le patient, Le très – contant, qui recule la punition des pécheurs
  99. Al-Akhir Le dernier, dont l’existence n’a pas de fin

source:ouma.com

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HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

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Photo d’avant 1830

HISTOIRE DE BEJAIA

ET DE SA REGION

depuis l’antiquité jusqu’à 1954

Edition MIMOUNI 1976.

La région dont nous nous proposons de rappeler l’histoire, se limite approximativement: à l’Ouest par babbahr.jpgles crêtes du Djurdjura; à l’Est par les Babors auxquels se soudent les Bibans qui s’étendent jusqu’au Sud-Est dominant les plaines de la Médjana et de Bordj Bou-Arrirédj. Une vallée, où serpente la Soummam, séparant les Babor-Biban du Djurdjura, débouche vers le Sud à Ighrem, El Asnam, en une riche plaine plantée d’oliviers, d’arbres fruitiers, de vignobles et d’autres cultures.Le golfe de Béjaia, sur le bord duquel la ville s’élève en amphithéâtre, offre l’aspect d’un vaste lac entouré d’un rideau de montagnes aux profils capricieux: d’abord la crête de Gouraya qui domine la ville; à sa droite le pic de Toudja ; en face et suivant l’ellipse du littoral, viennent la cime de Bou-Andas, les dentelures rocheuses de Béni-Tizi, du Djebel Takoucht, d’Adrar-Amellal, Tizi-ou-Zerzour, la large croupe des Babors à côté du pic du Tababort ; enfin, au dernier plan, la silhouette bleuâtre du pays de Jijel.

Lorsqu’on s’éloigne de la ville pour se diriger vers Ziama, les gorges de Chaabet-EI-Akhra, on suit, sur un parcours de plus de trente kilomètres, le demi-cercle formé par le golfe. La route qui suit parallèlement le rivage traverse une plaine fertile dominée par des sites pittoresques verdoyants avec une végétation épaisse et drue.

Les bords de la Soummam que l’on traverse sont couverts d’ajoncs et de lauriers-roses séparant ses rives de beaux jardins où figuiers, oliviers, orangers, abricotiers, et tant d’autres se coudoient, tout atteste, en ces lieux, une impulsion intelligente, beaucoup d’esprit d’initiative, du goût et du sérieux dans le travail. Après Souk-el-Khemis et sa douce plaine, la bande qui s’étend le long du rivage se rétrécit peu à peu pour aboutir, vers le Sud-Ouest en suivant la rivière, à la route menant aux gorges. La végétation, en certains endroits du bord de la route, constitue un véritable fouillis de plantes sauvages, de lierre, de vigne vierge, de lianes épineuses, de ronces; sur les pentes douces ou abruptes des frênes, des pins, des chênes-verts, des chênes-lièges, des eucalyptus émergent des gros buissons de genêts et de lentisques au milieu desquels, souvent une eau limpide, trace des sillons de fraÎcheur et de vie.

Les gorges offrent un décor grandiose et titanesque par sa beauté et ses proportions. L’âpreté des roches en surplomb, la sévérité des montagnes s’élevant à pic sur les deux rives du canon qui murmure au fond de l’abîme, la route constamment suspendue sur l’abîme, tantôt creusée dans le flanc de la montagne, tantôt établie sur des arches de maçonnerie aux endroits durs de la paroi, des oiseaux ville.jpgde toutes sortes, points noirs là-haut, très haut, tellement hauts qu’ils semblent planer près du toit du monde, font ressentir au milieu de ce paysage, la fragilité de l’homme, et nul parmi ceux qui traversent ne peut se défendre d’un sentiment d’inquiétude ; c’est sans doute pour cette raison qu’on l’appelle « Chaabet-el-Akhra ». Lorsqu’on escalade les pentes de Gouraya et qu’on aboutit au mausolée, on jouit d’un panorama incomparable. Au bas, la ville apparaît comme un petit village de lilliputiens. Dans la buée opaline du matin disparaît la ligne d’horizon et le ciel semble se confondre avec la mer. Vers le Sud-Ouest, sur le flanc de cette montagne, apparaît Toudja noyée dans la verdure où coulent intarissables des sources arborant au milieu d’orangeraies séculaires, et, en face les massifs imposants des Babor et des Bibans jonchés d’une multitude de villages, points blancs à peine visibles. Lorsque le soleil, disparaissant à l’horizon, laisse derrière lui des nuages étincelants d’or, toutes ces montagnes sont diaprées des plus vives couleurs et se réfléchissent avec une netteté sur la nappe transparente et mobile; ce spectacle grandiose se ternit ensuite progressivement, sous l’influence des vapeurs humides de la mer, en passant par des nuances des plus variées. A ce spectacle enchanteur, la rade offre un havre aux navires et barques de pêche que peu de côtes de la Méditerranée possèdent. C’est sans aucun doute, pour ces raisons que les Phéniciens avaient choisi ce lieu pour l’un de leurs comptoirs-colonies, que les Romains conservèrent et que En Nacer Ben Hammad ( Dynastie Berbère ) y édifia sa capitale.

La population et ses origines

A l’époque romaine, les populations qui occupaient la région étaient connues sous le nom de Banioures, de Kedamouziens (Ketama) et des Babares (desquels vient le nom Babor donné à la montagne) dans les massifs des Babors et de Tababort. Sur les deux rives de la Soummam, en amont, vivaient les Nababes et les Masinissences (Imsisen) concentrés sur les pentes occidentales des Bibans, et en face sur les pentes du mont Ferratus (Djurdjura) ; plus bas, et sur l’autre versant du Djurdjura dominaient les Quinquegentiens dans l’espace compris entre Bougie et Dellys. Ibn Kheldoun les rattache à la tribu des Sanhadja dont ils constituent les deux branches : Zouaoua à l’Ouest, Ketama à l’Est. Les Zouaoua occupaient les territoires s’étendant entre EI Djazair bled Mezghena (Alger) au golfe occidental de Bougie. Ils «habitent au milieu des précipices formés par des montagnes tellement élevées que la vue en est éblouie, et tellement boisées qu’un voyageur ne saurait y trouver son chemin. C’est ainsi que les Béni-Ghobrin habitent le Ziri, montagne appelée aussi Djebel – Zan, à cause de la grande quantité de chênes-zen dont elle est couverte, « et que les Béni-Feraoucen et les Béni-Iraten occupent celle qui est « située entre Bougie et Tedellis (versant Ouest). Les Fenaïa, la vallée et les pentes orientales du Djurdjura. Cette dernière montagne est une de leurs retraites les plus difficiles à aborder et les plus faciles « à défendre; de là ils bravent la puissance des gouvernements, et « ils ne paient l’impôt qu’autant que cela leur convient … »

« Les Ketama occupaient les territoires s’étendant entre El Coll et Bougie le long du littoral, et les plaines du Midi jusqu’au massif des Aurès. Leurs principales villes étaient: Igudjan, (près d’Ain El Kebira), Sétif, Baghaïa, Negaous, Bélezma, Mila, Kessentina, Skikda, El Coll, Djidjel … »

Dans la région qui nous préoccupe, la fusion entre Ketama et Zouaoua si proches les uns des autres, s’enrichit de nombreux apports extérieurs. A l’époque phénicienne et carthaginoise, des éléments orientaux et maghrébins de l’Est s’étaient déjà fondus dans la masse au moment de l’établissement des Romains. Les Berbères romanisés au service de l’Empire venus des localités voisines ou des provinces lointaines en qualité de fonctionnaires se sont intégrés eux aussi à la masse des indigènes.

C.L. Féraud raconte qu’en 1848, il fit connaissance à Béjaïa de Cheikh Hassen Ben Ouareth qui lui apprit que certaines tribus locales descendraient de « Roumain » : « Les Aït Ali ou-Rouma, dans la tribu des Ouled Abdel Djebar, sur la rive droite de l’oued Soummam; tous les habitants de fraction qui se compose de trois villages : Ighil Ibezerad, Tiachafen, Aït Allaoua sont très fiers et très jaloux d’une origine qui les fait descendre, assurent-ils, des anciens possesseurs de Bougie (Saldae) envahie par des conquérants et refoulés dans l’intérieur des terres. Ils appuient leurs prétentions sur l’analogie même du nom de leur fraction. Le village d’lghzer el Kobla, dans la fraction des Aït Ferguane chez les Béni-Immel, ses habitants affirment aussi descendre des chrétiens chassés de Tiklat (ancienne Tubusuptus).

Il faut dire que le mot « Rouman » désignait sans distinction, Romains, Vandales, Grecs (Byzantins) et tous ceux qui n’étaient pas d’origine berbère, et que le mot « Afariq » désignait les Berbères romanisés. L’intégration de tous ces éléments à la société indigène ne se fit que lentement et progressivement en raison des dispositions consenties aux non-musulmans aux débuts de l’Islam. Les Emirs de l’Ifriqia les utilisèrent à leur service dans l’armée et dans l’administration. Les Romains désignaient par Quinquegentiens les cinq tribus les plus importantes de la Kabylie qui les avaient continuellement combattus et ne s’étaient jamais soumises. C’étaient: ifenaïen, Imsissen (sur le versant oriental), Ait Irthèn, Ait Feraoucen, Ait Ghobrini (sur le versant occidental). (Recueil des notices et mémoires de la Province Constantine)

Ibn Khaldoun. Histoire des Berbères T.I pp 257-7

Idem, p. 291

Les Français prétendaient que la tribu d’Idjissen descendait de Carthaginois en raison de leurs mœurs et du type de tatouages portés par leurs femmes. (C.L.Feraud. Revue africaine, 1857, n° 12.)
Ziadat Allah (817- 838) s’en servit pour combattre les troubles fomentés par les Milices arabes, son général se nommait Ben Abdellah El Ifriqi (ce qui atteste son origine) ;
Abou Mohamed Ziadat Allah II (863-
864) avait pour chef de sa garde Foutouh El Massihi (sans doute en raison de la religion qu’il continuait à pratiquer) ;
Abou Ishaq Ibrahim Ben Ahmed (Ibrahim II) (875-902) avait comme chef de bureau de l’impôt foncier, Sawada d’origine chrétienne.

L’historien El Yacoubi contemporain de l’Emir Ibrahim II, visitant l’Ifriqia écrivait: « les populations de l’Ifriqia se composent: d’Arabes, de Perses et d’Autochtones composés de Berbères, Roum et Afriq. Les Berbères constituent la grande majorité de la population et parlent leur langue; ils sont groupés en tribus indépendantes les unes des autres. Les descendants de Byzantins constituent des îlots aux flancs des Aurès et dans la plaine de l’Ifriqia. Les Afariq reste des Berbères romanisés, qui n’avaient pas encore embrassé l’Islam, résident dans les anciennes places fortes byzantines souvent aux côtés des Roums, et parlent un « berbère latinisé … »

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Un siècle après, El Bekri faisant le même voyage, mentionne l’existence de Rouman mais point d’Afariq, ce qui laisse supposer que les Berbères romanisés se sont réintégrés dans leurs tribus d’origine ou avaient constitué des communautés spécifiques. Les descendants des immigrés d’origine grecque qui se fondirent par métissage dans la masse des habitants locaux et les descendants des Berbères romanisés ou des colons Romains n’étaient pas, du reste, également répartis dans tout le territoire ; ils étaient plus nombreux dans le royaume des Aghlabides plus tolérants sans doute que leurs voisins les Ibadides de Tahert, démocratiques dans leurs institutions, mais très actifs et convainquant dans leur action prosélytique.

Depuis le XIème siècle la région de Béjaïa, théâtre de nombreux événements à partir de la deuxième moitié du XIème siècle, sa population dans ses conditions de vie comme dans sa composition ethnique en connut des répercussions importantes. Les époques les plus saillantes de ces bouleversements furent ; la transformation de Béjaïa en capitale par les Béni-Hammad - l’occupation de cette ville par les Espagnols – la domination de la région par les Français. En l’an 460 (1067-68), écrit Ibn Khaldoun. En-Nacer Ben Alennas (des Bénou-Hammad) s’empara de la montagne de Bougie. A Béjaïa, localité habitée par une tribu du même nom, il fonda une ville à laquelle il donna le nom d’En Nacéria mais tout le bougie1911.jpgmonde l’appelle Begaïa, du nom de la tribu» (l’altération du g en j a donné Béjaïa, mais les Kabyles l’appellent Begaït. En Nacer fit venir de la Kelâa des Béni-Hammad et des environs des milliers d’ouvriers pour construire en quelques mois l’immense mur d’enceinte flanqué de bastions qui part des rives de la mer et s’élève jusqu’au mont Gouraya où il se perd dans les rochers abrupts. L’enceinte terminée, il encouragea ces ouvriers à construire leur propre maison et, afin que le manque de matériaux ne devint pas un obstacle à leur réalisation rapide, il obligea tout individu qui voudrait pénétrer dans la cité, quelle qu’en soit la raison, à apporter au moins une pierre sous peine d’une amende égale à un « Naceri ». Ce moyen réussit fort bien tant auprès des grands que des humbles. La ville prit forme en peu de temps avec ses rues, ses boutiques, ses mosquées, ses fandouks et caravansérails, ses écoles, ses quais, etc … Les environs de la ville, convertis en jardins, furent ornés de nombreuses villas, de norias, de bassins d’irrigation, créant ainsi un climat de paix et de prospérité. Pour lui et sa famille, En Nacer fit construire un palais d’une grande beauté dont les colonnes en marbre rose furent importées de Gênes; les meilleurs artisans et artistes italiens, tunisiens, andalous furent engagés à la finition de l’œuvre. Il l’appela Ksar-Louloua (Le château de la perle).

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Palais Hammadite

Le goût des créations rapporte la légende, devint chez Moulay En-Nacer une passion qui l’absorba complètement, il ne songeait plus à de nouvelles conquêtes, négligeait même l’administration importante du reste de son empire, consacrant ainsi tout son temps à surveiller l’exécution des travaux qu’il a conçus et ordonnés. Suivis des grands de la cour et de nombreux musiciens, il montait chaque soir en bateau et se rendait au milieu de la rade pour mieux contempler de là les progrès de son œuvre civilisatrice». Il parvient, un jour à tirer de ses méditations, Sidi-Mohamed Touati personnage vivant dans l’ascétisme, vénéré de tous, et l’emmena dans sa promenade au milieu du golfe. “Admire, lui dit Moulay En-Nacer, les progrès de mon entreprise et la splendeur dont brille aujourd’hui notre capitale du sein de laquelle s’élèvent majestueusement les minarets de plus de cent mosquées. El Yacoubi ( Abou El Abbas Ahmed Ibn Yacoub ) d’une famille de hauts fonctionnaires de l’empire abbasside, fut lui même homme de gouvernement auprès de plusieurs souverains orientaux plus ou moins dépendants de Baghdad. Pour le service de ses maitres ou pour sa propre satisfaction, il voyagea beaucoup, séjournant dans les pays et y menant des enquêtes. Agent au pouvoir, et moins géographe qu’historien, il se montre avant tout curieux des populations et des revenus que l’Etat en tire. Il a écrit le résultat de ses investigations dans le « Kitab el Buldan ». Il mourut en 284 (897. J.C).

Les Afariq sont les Béni-Fergan (Berbères romanisés, les africains en langue berbère). Persécutés par les Vandales, ils se regroupèrent autour des places fortes quand vinrent les Byzantins, ils y étaient quand vinrent les Arabes. Les guerres les acculèrent à décrocher pour se réfugier dans les montagnes qui prirent leur nom : Béni-Fergan. Ceux qui demeurèrent dans la plaine autour des centres fortifiés devinrent musulmans très tôt, mais on continua à les appeler les Béni-Fergan. On appelait cette montagne «Adrar Imsyouen » la montagne d’Imsyouen du nom de la tribu qui y habitait cette partie s’appelait Timsioueth. Les Espagnols l’appelèrent Bugia d’où les Français tirèrent le nom le nom Bougie.

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“Bejaia n’est-elle pas la plus belle ville du monde et n’est-elle pas digne du nom de Meka-Seghira ?

Sidi Touati, au lieu de s’enthousiasmer devant ce magnifique tableau, adressa au contraire, de vives remontrances au sultan; blâma son ambition et sa passion aveugle pour le luxe et la manie des créations. Tu oublies, disait-il, l’instabilité des choses humaines; apprends donc que les monuments que tu t’obstines à élever à grands frais tomberont en ruines, seront réduit en poussière et la renommée que tu espères fonder sur leur durée s’écroulera comme eux avec le temps. Moulay En-Nacer paraissant sourd à toute exhortation, Sidi-Touati ôta son burnous le déploya devant le sultan pour lui cacher la vue. A travers ce rideau improvisé et devenu transparent En-Nacer aperçut une ville, mais ce n’était pas la sienne; partout le sol jonché de ruines, les mosquées, le palais et les resplendissants édifices disparus; en un mot, ajoute la légende, il vit Bejaia des «temps modernes et presque inhabitée.

Après cette manifestation magique, En-Nacer, vivement impressionné et comme frappé d’aliénation mentale, renonça aux honneurs, abdiqua en faveur de son fils, et à quelques tempsde là disparut pendant la nuit (1089). On fit pendant quatre ans des recherches les plus minutieuses pour découvrir sa retraite. Enfin, une barque de pêcheurs aborda « un jour, par hasard l’Îlot de Djerba au nord de Gouraya. Les marins trouvèrent sur ce rocher un anachorète presque nu et réduit à un état prodigieux de maigreur; c’était Moulay En-Nacer. La nouvelle de cette découverte ne tarda pas à être connue à Bejaia. Moulay En-Nacer, inébranlable dans sa résolution persista dans son isolement et mourut enfin sur son rocher …

Une autre légende prétend que Sidi-Touati l’ayant décidé à rentrer dans le monde, Moulay En-Nacer vécut longtemps après. Laissant les rênes de son gouvernement entre les mains de son fils El Mansour, il serait parti à la tête d’une armée en Espagne participer à la lutte contre les chrétiens où il finit ses jours. La renommée de Bejaia attira de partout des savants, des commerçants, des poètes, des artistes, des marins, donnant ainsi à la ville l’aspect d’une capitale d’un pays prospère et le siège d’une puissante dynastie. La ville prit alors une ampleur considérable.
Les murailles de l’enceinte l’entourant de l’Est et à l’Ouest lui donnaient l’aspect d’un rectangle de 140 à 150 hectares. La ville se divisait en vingt-un quartiers :

Bab el Bahar (quartier de la marine)

Aguelmine (autour de la Mairie actuelle)

Bridja (emplacement de l’hôpital et des casernes)

Sidi Bou Ali (au-dessus du cimetière chrétien)

Acherchour (quartier des Cinq-Fontaines)

Kenitra (autour de la zaouia de Sidi Touati)

Sidi Abdel Nadi (environs du Fort Moussa.)

Bab Louz (Porte du Grand-Ravin)

Bab Mergoum (face au Djebel Khelifa)

Azib Bakchi (citernes romaines)

Karaman (Près de l’Eglise transformée en Mosquée actuellement)

Kaâ Zenka (ancienne rue Trézel)

Moumet Cheikh (Arsenal)

Sidi Abdelhak (entre la porte Fouka et la Casbah)

Dar Senaâ ou Sidi Seddik (au bord de la mer, entre la Casbah et la mer)

Ain Amsiouen (au-dessus de Bridja)

Ain Illès (près des Cinq-Fontaines)

Ain Bou Khelil et Sidi Naïmi (près des Cinq-Fontaines)

Ben Derra (entre Ain Illès et Ain Amsiouen)

Tighilt (le plateau en haut du Fort Moussa et le quartier des Cinq-Fontaines).

Chaque quartier avait sa mosquée ou sa zaouia. Les principaux édifices construits par les Bani-Hammad acquirent une grande renommée pour leurs richesses et leur splendeur artistique.

  • Ksar Amimoun situé au pied de la montagne, à proximité de la porte du Grand Ravin; à la bifurcation des chemins de Sidi Touati et de l’ex-fort Clauzel.

  • Ksar Kaouakeb, château de l’Etoile (emplacement de l’ex-Fort Barral)- Château des troupes (casernes) – (près des anciennes citernes romaines)

  • Ksar Louloua (Château de la Perle) situé sur la crête de Bridja (hôpital)Les portes de la ville étaient au nombre de six :

1. Bab El Bahr (porte de la marine)
2. Bab Dar Senaa (Porte de la Darse) supprimée par les Espagnols lorsqu’ils battirent la Kasba.
3. Bab el Bounoud (Porte des Etendards – Porte Fouka, actuellement).
4. Bab el Mergoum ou Bab Ber, située à la hauteur de la Koba de Sidi Amokrane, au début du chemin de Rouman.
5. Bab Amsiouen, au bord de Bridja
6. Bab Es Sadat. un peu au debut du Fort Abd El Kader, sur la route qui mène vers le port.

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Pendant que la ville de Bejaïa gagnait en importance, celle de la Kelaa déclinait peu à peu, d’abord avec le départ de Moulay En-Nacer que suivirent de nombreuses familles de toutes conditions; ensuite, avec El Mansour (1090) fuyant la pression et l’insécurité que faisaient régner les tribus des Benou-Hillal sur le voisinage, et enfin, à la suite de la victoire de Abdelmoumen Ben Ali sur les Beni-Hammad et la chute de la Kelaa (1152).

Déjà sous le règne de En-Nacer et de El Mansour, de nombreuses familles avaient été implantées en des points stratégiques dans les montagnes des Bibans, des Babors et sur les flancs du Djurdjura pour constituer une ceinture de sécurité contre d’éventuelles incursions des Beni-Hillal. Ce fut à partir de cette époque que se constituèrent certains villages dans ces contrées. Etat de la ville à rapprocher avec son aspect des suites de la bataille livrée contre les Espagnoles en 1509 El Mansour (1089-11014) succédant à son père En-Nacer ne s’établit à Bougie qu’en 1090 (il était demeuré à la Kelaâ). Il poursuivit l’œuvre de son père sans défaillance. (Revue africaine, N°12 Article de C.L. Féraud).

Selon Ibn-Khaldoun, le départ des populations de la Kelaâ débuta, pour certains, dès l’apparition dans le voisinage des éléments précurseurs de la tribu des Benou-Hillal. La légende rapporte de la manière suivante les circonstances qui avaient amené Yala et sa famille à émigrer dans les Babors, région appelée aujourd’hui «Aït Yala-nath-Zemmourine». Yala avait un jardin aux portes de la ville où il cueillait le raisin de sa vigne en cet été de 1061. Le transport se faisait à dos d’âne dans des choiris. Habituée au même chemin, la monture regagnait seule le domicile où l’attendait le fils qui déchargeait le fardeau. L’âne revenait au jardin où Yala et ses autres enfants accomplissaient leur tâche. Le va-et-vient se faisait sans encombre. Les gens habituées à la discipline imposée par le prince El Mansour, étaient correctes, honnêtes, respectueuses des biens d’autrui, ce qui faisait de la capitale un havre de paix et de prospérité. Au cours de ce va-et-vient, l’âne, un jour, tarda à revenir. Yala, inquiet reprit le chemin habituellement suivi par sa monture. A quelques pas de là, il le vit arrêté, la charge en déséquilibre. Quelqu’un s’étant donc amusé à perdre quelques grappes de raisin fit pencher la charge qui obligea la bête à s’arrêter. Après avoir rétabli l’équilibre, Yala reconduisit l’âne à la maison. Mais non loin des remparts, il vit des individus étranges qui s’apprêtaient à camper au milieu de leurs hameaux. Il ne douta plus des auteurs du vol de son raisin. Le soir, quand tous les siens étaient rentrés, il tint un conseil de famille pour discuter des événements de la journée et des mesures effrayantes qui circulaient sur les nouveaux arrivés. Après que chacun ait donné son avis sur l’attitude à prendre en la circonstance, Yala exprima le sien en ces termes: l’homme au méhari dont on avait vaguement entendu parler est sous nos murs, d’un moment à l’autre, nous risquons d’être ses victimes, son geste d’aujourd’hui atteste qu’il est sans scrupule et qu’il ne respectera pas le bien d’autrui, il faut avant qu’il soit trop tard quitter ces lieux, et pour ne point éveiller l’attention des voisins, nous allons faire semblant de nous disputer et décider, sous le mouvement de la colère, la vente de nos biens à l’exception de la maison. Quant au troupeau, il partira dès l’aube etnous attendra à une journée de marche vers le nord.

Le lendemain tout se passa comme prévu, et, la nuit tombante, rien ne manquait pour le départ. Au moment où tout le monde dormait, que la ville était déserte, Yala et ses gens quittèrent pour toujours la Kelaâ. Au matin, les voisins s’étonnant du silence qui régnait dans la maison, forcèrent la porte. Les chambres étaient vides, quelques objets sans valeur gisaient ça et là. On remarqua cependant dans un coin un Gassaâ (plat en bois). Quand on la souleva on découvrit deux pigeons : l’un après quelques mouvements s’envola, l’autre se blottit dans un coin. On s’aperçut qu’il portait quelque chose au cou ; c’était un pli portant l’inscription suivante : celui qui a des ailes s’envole, celui qui en est dépourvu reste à la merci du premier venu». Il faisait allusion à l’intrusion des nouveaux étrangers et conseillait à ceux qui étaient conscients du danger de quitter le pays alors qu’il était encore temps.

Après quelques jours de marche, Yala et sa famille campèrent au bord de la rivière Chertioua, au nord de Bordj Bou Arreridj, mais ce lieu n’offrait pas les garanties suffisantes de sécurité et de viabilité : de l’eau tiède, des moustiques pas d’abri sûr contre un éventuel ennemi chargea donc son berger de repérer dans la montagne un endroit de conditions avantageuses. Ce fut grâce à 1’un des ces boucs appelé « Abadh» qu’il trouva une clairière bien abritée, facile à défendre, au bas de laquelle coulait une source fraîche et abondante ou sa bête venait se désaltérer aux heures chaudes de la journée. Yala s’y établie et prospéra. Mais l’exode le plus important fut enregistré lors de l’écrasement de la Kelaâ par les Almohades. Les populations s’éparpillèrent dans les localités voisines de Béjaïa pour bénéficier de la protection directe du souverain, et dans les montagnes du Djurdjura. Biban, Babor ainsi que dans la Vallée. Nombreuses les familles qui se disent aujourd’hui originaires de la Kelaâ, tels les Beni-Yala d’El Adjissa qui couvrent toute la région de Bouira et de Beni Mansour, les Sanhadja, les Beni-Messaoud, les Beni-Mimoun, etc… Béjaia, elle-même, n’échappe pas aux représailles du vainqueur, Moulay Yahia, démit de son trône par les Mouménides, les personnalités connues pour leur attachement à l’ancienne dynastie furent expulsées, elles se rendirent à Alger, Tunis, Constantine où elles trouvèrent refuge et emploi; les autres partisans se retirèrent dans les montagnes voisines où elles s’intégrèrent peu à peu aux tribus Mezaïa, Zouaoua, Fenaïa, Djobabra, entre autres. La région connut, dans son ensemble, un bouleversement important, d’une part par la perte de nombreuses familles citadines parmi les plus aisées et les plus célèbres par leur savoir ou leurs fonctions, et d’autre part par l’implantation de nouveaux habitants dans les montagnes jusque là relativement peu peuplées. La constitution de trois royaumes à la suite de l’effritement de l’empire mouminide redonna, en certaines périodes à Bejaia EI-Hafsia sa renommée de capitale intellectuelle, sa prospérité et sa puissance dans le Maghreb, des familles venues de toute part d’Andalousie, de Tunisie, de Tlemcen apportant leur savoir et leurs richesses s’établirent en ville ou dans la proche banlieue, les commerçants et les gens de métiers les tribus voisines grossirent à leur tour la population active, redonnant ainsi aux Bougiotes un sang nouveau.

Au cours des guerres que se sont livrées les Hafsides, les Mérinides et les Abdelwadides, la région de Bougie subit à nouveau la présence d’étrangers, et parfois durant de longues années. On se souvient du long siège de Béjaïa par Abou Hammou, Sultan de Tlemcen, qui, n’ayant pas réussi à s’emparer de la ville, se retira sur ses terres laissant à Tiklat, à Yakouta, à Hisen Beker, à Tamezezdekt plus de trois milles hommes (Tudjin et Zenata) avec leurs familles. Ceux-ci s’y étant définitivement établis épousèrent par la suite, la cause de Moulay Abdelaziz. Ce fut donc un apport de plus à l’élément ethnique de la Vallée. Aujourd’hui aucune famille ne se dit, Zenata ou Tenoudji tant l’intégration a été totale et profonde.

La population citadine de Bejaia subit un autre bouleversement dans sa composition ethnique lors de la prise de la ville par les Espagnols en 1509. Ceux-ci, dans leur acharnement à détruire la ville pour acculer les défenseurs à la reddition, obligèrent toute la population à évacuer, pour répondre à la placephilippe.jpgpolitique de Charles Quint leur roi, qui visait à la création de places fortes et de colonies peuplées uniquement de chrétiens. Mais, du fait de l’incapacité de la Métropole à ravitailler la garnison, et de celle-ci à vivre de ses propres moyens, cette politique aboutit à Un échec qui obligea les gouverneurs à solliciter le retour des habitants auxquels ils promirent le libre exercice de leur culte, de commerce et de langue. Très peu de personnalités de la cour Hafside réintégrèrent: les Andalous et pour cause – s’expatrièrent tous, une fois de plus, vers Alger, Tunis, Kesentina. Des anciens Bougiotes ne revinrent que ceux qui, originaires des environs, s’étaient réfugiés non loin de là. La ville s’était repeuplée de nouveaux habitants descendus des montagnes voisines Imzaïen, Ifenaien, Zouaoua, Aït Djebar. En 1511, les Espagnols, d’après El Mérini, les évaluaient à huit mille. Résidant hors des quartiers réservés aux chrétiens et n’ayant pas accès au port. Les nouveaux Bougiotes vécurent en relation seulement avec l’arrière pays qui leur fournissait ses produits qu’ils revendaient aux Espagnols. Cette Situation qui leur fermait les horizons habituels, jointe aux désirs de tous de chasser l’étranger de leur sol, amenèrent les Bougiotes ,d’accord avec leur Prince, à contacter Arroudj et son frère Kheiredine pour une aide militaire. On sait que la ville ne fut libérée qu’en 1555 par Salah Raïs.

A partir de ce moment, Bougie devint une ville parmi tant d’autres du beylek de Kesentina. Sa population s’enrichit de nombreux Andalous chassés d’Espagne à la suite de leur révolte de 1573, et de leur expulsion définitive en 1609 ; elle accueillit les Turcs retraités civils ou militaires qui y exercèrent leurs fonctions, elle abrita tous ceux qui vinrent étudier, commercer, exercer un métier manuel ou intellectuel; elle offrit un havre sûr aux navigateurs aux armateurs, aux corsaires de toutes les nations. Cette population hétérogène conserva pendant longtemps sa diversité. Kabyles, Andalous, Turcs et Kouroghlis, n’admettaient de mariages qu’entre les personnes de même « race », sans que pour cela l’entente et l’amitié entre tous ne fussent altérées. La langue kabyle, parlée par la très grande majorité des habitants devint la langue véhiculaire, la langue materne!le de ceux qui, à l’origine, n’en connaissaient pas un mot.

portesarrazine.jpgEn 1833, quand les Français, sous le commandement du général Trézel, débarquèrent à Bougie, la population ne dépassait pas 2000 âmes. Une bonne partie avait déjà quitté les lieux, les Turcs en particulier, dès l’occupation d’Alger et de sa banlieue. La résistance à l’envahisseur et la répression du vainqueur qui en suivit réduisirent considérablement les familles qui demeurèrent en ville.

En 1835, des raisons politiques et surtout le voisinage de peuplades constamment hostiles, décidèrent les autorités françaises à réduire l’étendue de l’ancienne enceinte. Cette mesure eut pour résultat d’amener la ruine immédiate de plusieurs quartiers et de motiver, le départ de la majeur partie des habitants qui, ne trouvant pas à s’établir à l’intérieur de la ville, émigrèrent en Kabylie (Djurdjura, Babor, ou Biban), à Alger, Annaba, Constantine et même à Tunis. En 1848, Bougie avait peu progressée, la population composée de quelques Kabyles citadins, quelques modestes Kouroghlis et Andalous d’extraction, que le manque seul de ressources avait empêché de suivre l’émigration, s’élevait, dit C. Féraud, à trois cents individus, tout au plus.

La population Bougiote ne se reconstitua que beaucoup plus tard avec les Mezaïas des environs. Les barrières raciales qui existaient auparavant disparurent. Les intérêts communs, la connaissance approfondie des uns et des autres née d’une longue cohabitation, les circonstances économiques et politiques entraînèrent le brassage des populations qui donna le type bougiote actuel avec son particularisme qui le fait distinguer d’entre tous.

En 1248, à la suite de la prise de Séville par Ferdinand III (12 Novembre1248), de nombreuses familles, parmi les plus aisées, vinrent s’établir en Afrique du Nord. La famille Ibn Khaldoun parmi tant d’autres, s’installa à Tunis où certains de ses membres furent investis de hautes fonctions dans l’Administration civile et militaire, A Bejaia, l’Emir Hafside en recueillit un certain nombre de ces Andalous qu’il utilisa en son service. Il faut noter que de nombreux Andalous avaient déjà quitté l’Espagne et s’étaient établis au Maghreb. Cet exode s’accentua avec les échecs des Emirs Andalous faces aux rois Chrétiens, particulièrement après la défaite désastreuse des Almohades le 16 Juillet 1212 à Las Navas de Tolosa. Cordoue elle-même ne résista plus est ses habitants durent émigrer à Grenade, Malaqa et en Afrique du Nord à partir de 1236 quand le roi Ferdinand s’y établit. Sanhadja ( région connue à Bougie). Beni Toudjin (Village de Toudjin) Abou Mohamed Ben Othman Tlili, prédicateur de la gronde mosquée, raconte que dans la journée du 25 de moharem le nombre de victimes s’éleva à quatre mille cinq cent cinquante gisant dans l’espace compris entre les deux portes de la ville. La veille de l’entrée des Espagnols à Bejaia tous les rescapés quittèrent la ville, une partie se réfugia dans les montagnes du côté de Djiidjelli, cette Montagne prit depuis, le nom de Djebel Béni-Miad. On dit que lorsque les Bougiotes s’éloignèrent de leur ville, ils marchèrent tous groupés, en masse, les arabes les appelèrent alors El Mïad (réunion d’homme) et ce nom est resté à la montagne dans laquelle ils se réfugièrent. D’autre allèrent chez les Zouaoua, d’autres chez les Béni-Yala el Adjissa…

D’après le manuscrit de El Merini traduit et reproduit par C.L. Feraud dans la revue africaine n°71 (12é année).

Un incident fut le prétexte ou le signal d’un horrible massacre. Soixante vieillards (rue du Vieillard) quelques femmes et enfants furent sauvés. Tout le reste avait fui ou était mort les armes à la main. Ainsi Bougie dont la population à notre arrivée était d’environ 1500 à 2000 âmes, subit à peu près toutes les conditions d’un enlèvement de vive force et les conséquences d’une ville prise d’assaut.
(
Recueil de la province de Constantine p327)

El Mérini ajoute: Abou Said Ben Ahmed Taleb Zenati, secrétaire de l’Emir Mofok m’a montré une lettre dans laquelle le chef des chrétiens disait que les anciens habitants rentrés à bougie s’élevaient au nombre d’environ huit milles, y compris les hommes, les femmes et les enfants.
Même référence que ci-dessus.

Les Marabouts. Les marabouts existent dans tous les villages kabyles. Toutes les familles « maraboutiques » se disent « Chorfa » venues de sakiet El Hamra (Maroc). Pour comprendre l’origine de cette catégorie de population, son état d’esprit et son rôle, il faudrait remonter dans l’histoire du Maghreb pour situer les évènements qui l’avaient placée en ces lieux.

A la suite des guerres entre les descendants de Sid Ali (gendre du Prophète) et le Khalif El Hadi, échappant à ses poursuivants, Idris réussit en 172 (788-89) à atteindre Oulili dans le Maghreb El Acsa pour se mettre sous la protection (l’Anaïa) de la tribu berbère des Auréba dont sa mère en était issue. Il mourut en 793, après avoir conquis de vastes territoires et établi la capitale de son royaume de Fès. A son fils Idris II (793-828), succéda Mohamed (828-836) qui confia, sur les conseils de sa grand-mère Kenza (Berbère des Auréba) le gouvernement des provinces à chacun des neuf de ses frères et cousins. Celui du Maghreb Central dont le siège était à Tlemcen échut à son cousin Aissa, fils de Soleïman ben Abdellah (frère d’ldris I). Cette décentralisation du pouvoir fut la principale cause des dissensions internes, des guerres fratricides, de la décadence et de la chute de la dynastie idrisside (1068) sous les coups des Almoravides (El Mourabitine) après un siècle d’existence. Les membres de la famille Idris se dispersèrent dans tout le Maghreb. Ibn Khaldoun rapporte que Ibn Hamza dit que les membres de la famille Idris étaient nombreux au Maghreb et qu’ils avaient fondé plusieurs royaumes, mais, ajoute-t-il toute leur puissance a disparu et il ne reste plus un seul de ses chefs. Le même auteur fait observer que Hamza, celui dont le lieu de la province de Bejaia appelé Souk-Hamza (Bouira) porte le nom, appartenait non pas « à la famille des Idrissides, mais à la tribu arabe des Soleïm. Djouher, général de El Moëzz (El Fatimi) transporta les enfants de Hamza El Idrissi à Kairouan, mais plusieurs membres continuèrent à vivre dispersés dans les montagnes et parmi les Berbères du Maghreb. Il y en a tout de même très peu par rapport au nombre incalculable de familles maraboutiques qui se disent « Chorfa ». Les véritables descendants d’Idris, quelles que fussent les vicissitudes politiques, gardèrent leur prestige en tant que descendants du Prophète, leur fortune et leur rang social. Les gouvernements qui se sont succédé les avaient toujours ménagés, entourés de respect, et parfois, employés dans leurs services en qualité de muphti, Imam, Cadi, etc…

La grande masse des familles «maraboutiques» relevèrent en réalité, d’origines diverses. En effet, lorsque les Almoravides débutèrent dans leurs actions politiques et religieuses, et à la suite de leurs victoires sur les Idrissides, ils s’établirent au Maroc et au Maghreb Central; leurs disciples, partisans ou fonctionnaires étaient appelés « El mourabitine », c’est-à-dire du « Parti chargé de mission ». Les Almohades du nouveau « Parti Unitaire », vainqueurs en plusieurs occasions, s’emparèrent de leurs territoires obligeant les vaincus à la servitude ou à l’exil. Nombreux parmi ces Almoravides, les uns fuyant la répression, les autres par solidarité avec leurs «frères », quittèrent le pays. Un certain nombre d’entre eux se dirigèrent vers le Sud où un grand rassemblement se faisait à Sakiet-el-Hamra autour du Ribat. De là, individuellement ou par groupe, ils remontèrent vers le nord du Maghreb Central où ils se fixèrent, soit du fait du hasard, soit à la suite d’un choix. Les populations locales les appelèrent «El Morabitine» du nom du parti auquel ils appartenaient ou prétendaient l’être.

Il y avait, écrit Auguste Cour, des contrées qui avaient la « spécialité de fournir des marabouts. Les gens du Figuig se délectent «à l’exercice des lettres qu’ils apprennent à Fès, puis, quand quelqu’un est parvenu à la fin de ses études il retournait en Numidie et dans les montagnes Kabyles, se faisait Imam, prédicateur, professeur. Ce fut une autre source de l’origine des marabouts du Sud-Ouest qui envahirent le Tell algérien peu avant la conquête « turque …

Pour se rendre mystérieux, écrit Marmol, ils déclaraient venir du pays « lointain de l’Ouest (afin que nul ne puisse contrôler leurs dires), de Sakiet-el Hamra ». Ils étaient en somme des Berbères marocains chassés de l’Atlas par leurs vainqueurs. Certains individus parmi ceux-là profitant de la confusion, exploitant la crédulité et l’ignorance des masses, s’entourant d’un tas de mystères, s’imposèrent par leur étrangeté: derwiches, hurleurs, écrivains d’amulettes, prédicateurs, préparateurs de philtres, magiciens, etc … S’établissant souvent en dehors du village pour recevoir dans la discrétion absolue hommes et femmes à toute heure, ils se livraient à leurs exercices de machinations, intrigues, etc … sous couvert de religion, de guérisseurs et autres. Au bout d’un certain temps, ils s’alliaient aux familles locales parmi les plus honorables. De ce fait, ils acquéraient la protection du clan, et bientôt suffisamment des biens pour s’imposer dans les affaires de la collectivité; leurs descendants ayant su conserver la « place » acquise, ils firent perpétuer dans la tradition locale.

Il n’en fut pas toujours ainsi, certaines confréries envoyèrent dans les montagnes kabyles des missionnaires « Merabitines » chargés d’enseigner le Coran et de propager leur doctrine; souvent ils y demeurèrent, se créant un foyer familial et un noyau de disciples. Grâce à leur savoir, leur sagesse, leur simplicité, ils acquirent une telle renommée qu’on venait de loin les consulter sur des litiges d’ordre religieux et qu’on leur envoyait leurs enfants s’initier aux sciences islamiques dans leur Zouaoua généralement construite par la communauté des Khouan. Respectés de leur vivant, ils furent vénérés à leur mort; leur tombe ou leur mausolée, entourés de légendes, devinrent un lieu de pèlerinage. Leurs descendants qui suivirent la même voie, appelés «Ahl el ilm “, conservèrent le même prestige et jouèrent un rôle important dans la vie politique du pays (soulèvement contre les Turcs, contre la colonisation française). Les confréries et Zoui qui jouèrent un rôle religieux et politique important en Afrique du Nord furent: Les Qadéria et les Chadélia. La première s’était répandue de l’Est vers l’Ouest, grâce à ses Cheikhs de grands renoms venus des écoles de “Orient par l’Egypte. La seconde, répandue par Abou Zeïd Abderrahman El Madani s’était répandue dans l’Ouest avec peu d’adeptes à l’Est du pays. Mêlés, de bonne heure aux mouvements généraux du pays, les uns et les autres subirent le contre-coup de la politique des souverains. A la fin du XV eme siècle, Ahmed ben Youcef, de l’ordre des Qadéria, traqué pour sa doctrine par les émissaires du Sultan de Tlemcen, trouva asile à Béjaia auprès du sultan. Plus tard, il embrassa le parti des Turcs dont il fut un partisan actif. Ayant obtenu des dispOsitions particulières en faveur de sa confrérie, et par là à tous ses Khouan, ses successeurs furent les meilleurs instruments à la domination turque. Ceux-ci s’en servirent aussi bien Pour régler des différends locaux que pour combattre leurs adversaires.

Les Français suivirent la politique turque en ce domaine en soutenant certains chefs de Confrérie et de Zoui contre les mouvements de rénovation dirigés par les Ouléma.

Histoire des Berbères T.II, p. 571( 22 ) Auguste Cour.- L’établissement des Dynasties des Chorfa au Maroc, p. 8.( 23) Marmol – Description de l’A. du Nord, p.12.( 1 ) Toutes les confréries ont pour adhérents (Khouan) des Berbères en grande majorité.

Les noirs en Kabylie furent introduits par les Turcs en les admettant comme auxiliaires auprès de leurs garnisons de janissaires en Kabylie. Le Caïd turc de la Basse Kabylie, Ali Khodja, pour parer aux attaques incessantes de Si Ahmed Ben Ali Ben Khettouch (24), fit renforcer le Bordj de Tazarart et y installa une colonie de nègres (1720) appelés Abib-ou-Chemlal ramenés du Sud.

Le Caïd Mohamed Ben AIi connu sous le nom de Mohamed Debbah fit venir 400 noirs du Sud qu’il établi à Tala N’Zouia (Boghni) en 1746. Dotés de chevaux et d’armes, ils participèrent aux collectes d’impôts et aux opérations militaires. Le Dey Ibrahim Pacha autorisa ses Caids à attribuer des terres domaniales à ces nouvelles recrues. Ceux-ci s’y établirent avec leurs familles créant ainsi des mouls Abid. Dans le Sébaou, on les installa au sein de la tribu des Ait Amraoua, entre le confluent de l’Oued Aïssi, et l’oued Amraoua, au pied du Djebel Baloua. Cette colonie se divisa bientôt en trois fractions: Tazmalt n’Bou Khoudmi, Tazmalt n’Kaâ-ou-Meraï, Tazmalt n’Taba Othman.

Dans la région d’Akbou, la colonie noire fut installée près du passage de Chabet-EI-Ahmeur. Les colonies noires prospérèrent tant que les Turcs y demeurèrent puissants. Certains de leurs chefs épousèrent des femmes kabyles d’origine très modeste recherchant protection et sécurité pour elles-mêmes et pour leurs proches souvent étrangers à la tribu locale. A la longue; il se constitua une catégorie de population fort métissée qui s’intégra progressivement à la population autochtone.

La chute des Turcs obligea la grande majorité d’entre eux à chercher refuge et protection ailleurs. Ils émigrèrent ou se dispersèrent dans la région pour offrir leurs services aux puissantes familles locales. Ceux de la grande Kabylie, furent admis chez Belkacem ou Kaci de Temda el Belat, Mohand ou el Hadj de Taguemount ou Aamrouche. Ceux d’Akbou furent engagés par Ourabah qui les cantonna à Ighil Alouanène dans les Ait Tamzalt; par Mohand-Ou Châbane qui les établit à Tighilt-Amérian dans les Fenaïa ; par Mohand-Ou Chalal qui les installa à El Flaye dans les Béni-Oughlis ; par Ben Ali Chérif qui les mit au service de sa zaouia de Chellata. On leur donna des noms rappelant leurs origines: OuId Abid ; Aberkane; Berkane; Lekehal; Akli.

Activités économiques et culturelles:

1-Caractère sociologique :

Le Kabyle, d’une manière générale, habite sa propre maison construite de pierres et recouverte de tuiles. Il possède une parcelle de terre que des murs, haies ou fossés séparent de son voisin. Les limites, comme le tour d’eau d’arrosage, sont sacrées, nul ne peut les violer sans risques d’incidents graves. Industrieux et sédentaire, intelligent et actif, sobre et rompu à la fatigue, il s’adonne à toutes les besognes pour gagner sa vie et celle des siens. Il émigre facilement quand les occupations locales ne suffisent pas; dans ce cas, un membre de la famille demeure au village pour veiller au patrimoine familial.

Dans la famille, la femme jouit d’une grande liberté; en l’absence du mari, elle fait face aux travaux agricoles, s’occupe de l’éducation des enfants, répond aux obligations de la communauté. La polygamie étant extrêmement rare, la cellule familiale demeure ferme, et prospère dans le cadre de l’indivision pour sauvegarder sa puissance ; quand celle-ci est brisée, la fille n’hérite pas afin que les biens ne passent pas en des mains étrangères, mais elle conserve le droit permanent de gîte sous le toit paternel.

La communauté vit dans le respect des traditions parfois séculaires, Chaque village dispose d’une Djemâa, assemblée de représentants de chaque famille ou fraction. Un Cheikh (Amokrane) élu préside aux délibérations. La justice y est rendue très souvent d’après « el-Adda », droit coutumier, et le Kanoun, usages antiques sanctionnés par la pratique qui tient lieu de code civil, pénal, administratif et militaire. Ces lois dictées par l’expérience reflètent les besoins et les intérêts individuels dans le cadre de la collectivité, ainsi que les obligations de celle-ci dans le cadre national. Egalité de tous ses membres, absence de privilèges, respect de l’individu, de sa femme, de sa maison, absence de peines corporelles et de prison (la dignité de l’homme libre – Amazigh – est respectée et demeure sans tâche), liberté de commerce, marchés ouverts à tous, charges proportionnelles aux richesses, etc …

La solidarité est de rigueur dans le village. La «Touiza » permet à chacun d’exécuter ses travaux avec l’aide de tous (cueillette des olives, construction d’une maison, mariage, décès, etc.). Les travaux d’utilité publique consistant en ouverture et réparation de chemins, entretien des fontaines, de la mosquée, du cimetière, s’exécutent en commun.
“L’Anaïa” (protection) pratiquée par toutes les familles, pauvres ou riches vis-à-vis d’un étranger de passage, un transfuge poursuivi par ses ennemis, ou seulement un individu qui désirerait s’implanter dans le village, fut souvent la cause des frictions et même des affrontements entre familles ou villages. “L’Anaïa” accordée par n’importe quel membre de la famille, l’honneur de tous ses membres se trouve engagé, et nul ne peut l’enfreindre sans encourir une vengeance. (La vengeance cesse, an certaines régions si le fugitif accepte d’exercer la fonction «humiliante» de boucher).

Le devoir de chacun à défendre l’inviolabilité du pays, met chaque famille, en temps de guerre, dans l’obligation de mettre à la disposition du Chef, des hommes pourvus de leur nourriture et de leurs munitions. Ceux-ci combattent un certain temps puis reviennent au village pendant que d’autres, fidèles à l’engagement de la fraction, assurent la relève. En raison du peu de temps que chaque guerrier passe au combat, du renouvellement constant des combattants, et la suspension des hostilités en mauvaise saison, ou au moment des gros travaux agricoles (cueillette des olives), le succès n’est pas toujours exploité à fond contre l’ennemi, alors que celui ci, grâce à une armée de soldats permanents disposant de grands moyens, persisté dans son effort défensif ou offensif Cette tradition, Sans doute millénaire, fut un handicap sérieux aux chefs militaires, et souvent la cause principale de leurs échecs dans leur lutte contre l’étranger. Elle ne disparaîtra qu’à l’époque moderne guerre de libération (1954-1962).

Dans toutes les guerres, quelles qu’elles soient même entre villages, il n’est pas rare de voir des femmes s’approcher de la mêlée encourageant, excitant par leurs youyous et leurs cris, portant secours aux blessés, aidant à enlever les morts, partageant les périls de l’action, les soucis de la défaite, la joie du succès (26). Toutes ces traditions d’ordre économique, politique et social résistèrent à toutes les influences extérieures. Alors qu’à Bougie, le sultan gouvernait par l’intermédiaire de ses vizirs, possédait une administration et des fonctionnaires, rendait la justice conformément au droit musulman, entretenait une cour brillante de savants, poètes, érudits de toutes sortes, l’arrière-pays demeurait figé dans ses institutions anachroniques, obéissant par tradition depuis des générations à des chefs issus de certaines familles, ne consultant que ses propres cheikhs pour résoudre ses litiges religieux, et sa Djemâa pour régler ses différends. Le sultan, en fait n’y exerçait aucun pouvoir temporel sinon sur les chefs traditionnels qui répondaient quand ils le désiraient du tribut ou des impôts forfaitaires de la collectivité payés souvent en nature.

Les Turcs ne modifièrent en aucune sorte cet état de choses. Le pouvoir du Caïd turc à Bejaia ne dépassait pas la banlieue de la ville ; celui des commandants des garnisons ne concernait que les janissaires en exercice ou en retraite; ils étaient là uniquement comme forces de police pour servir d’appui aux chefs traditionnels dans leur collecte des impôts ou, épaulés par le makhzen, obliger les récalcitrants à se soumettre aux obligations générales. La colonisation française, après une lente évolution dans son administration, institua des assemblées communales où les représentants de la population étaient sensés débattre ses problèmes, mais la Djamaa de chaque village ne se départit jamais de son rôle au service de la collectivité. (Toutes les traditions sont demeurées intactes jusqu’à l’indépendance La révolution a produit un éclatement de la famille, de la société même il y eut un changement radical dans les mœurs dans les traditions dans les rapports avec les voisins-mêmes).

2) Activité économique

Pays très accidenté et relativement pauvre ; population très dense mais courageuse et laborieuse, hommes et femmes travaillent. Partout, à la maison, dans l’échoppe, au jardin, aux champs, chacun selon ses possibilités produit l’un pour assurer la subsistance familiale, l’autre pour faire prospérer ses affaires. Aussi les marchés hebdomadaires abondent-ils en tapis du Guergour, couvertures (hanbal) de Zemmoura, tentures des Béni-Oughlis et des Béni-Ourtilane, burnous des Béni-Abbas, étoffes aux couleurs chatoyantes importées d’Alger, de Constantine, de Tlemcen; épices des Gaouaoua, caroubes, huile et beurre, miel, légumes et fruits, moutons, chèvres, vaches, bœufs, ânes, mulets, etc Les transactions importantes se font le jour du marché. Les commerçants drainent leurs marchandises vers les villes de l’intérieur ou vers le port de Bougie pour l’exportation. En plus des produits de l’arrière-pays, le commerce local s’enrichit des produits de luxe fabriqués par les artisans Bougiotes: chaussures féminines, étoffes en soie, ustensiles en cuivre, bois de chêne, de noyer et de pin, cuirs tannés de grande qualité, etc …

Cette activité intense faisait de Béjaia un port international grâce aux transactions avec les puissances étrangères qu’opéraient les Béni-Hammad, puis les Béni-Hafs. La ville n’avait pas cent ans d’existence quand El Idrissi écrivait: «de nos jours, Bejaia fait partie de l’Afrique moyenne, et est la capitale des Béni-Hammad. Les vaisseaux y abordent, les caravanes y viennent et c’est un entrepôt de marchandises. Ses habitants sont riches et plus habiles ,dans divers arts et métiers qu’on ne l’est généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique occidentale, ainsi qu’avec ceux du Sahara et de l’Orient; on y entrepose beaucoup de marchandises de toute espèce. Autour de la ville, sont des plaines cultivées, où l’on recueille du blé, de l’orge et des fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères, car les montagnes et les vallées environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d’excellente qualité; variété de viandes. Dans ce pays, le bétail et les troupeaux réussissent à merveille et les récoltes sont tellement abondantes, longtemps ordinaire, elles excèdent en besoins des consommateurs et qu’elles suffisent dans les années de stérilité. Les habitants de Bougie se livrent à l’exploitation des mines de fer qui donnent de très bon minerai. En un mot, la ville est très industrieuse, c’est un centre de communications très important…

A partir de 1625-1626. La famille Bel Kadi (ancien roi de Koukou) est connu sous le nom de Oulad Bou Khettouch. Les descendants de Bou Khettouch existent encore à Tamda, à Djemâa Sahridj et à Souama, ils disposent d’un certain nombre de documents attestant cette ascendance. La fille de Amar Bel Kadi Ben Khettouch marié avec Si Chérif Boutouch des Aït Boutouch de la tribu des Aït Idhourar eut un fils qui devint plus tard Caïd du Sebaou et Bey du Tittri. Ses descendants s’étaient établis à Blida. Revue africaine T7, p. 293 p.8, p.365(25) Le Caïd Mohamed Ben Ali fut appelé Mohamed Debbah (l’égorgeur) en raison de sa cruauté. Il fit égorger, dit-on, plus de 1200 kabyles, faits prisonniers au cours des campagnes dans la région(27) On exploitait:1) les mines de fer situées entre Berbacha et les Béni-Slimane les mines de fer des. Béni-Slimane près de Kombita. Les mines de plomb argentifère, chez les Béni-Djelil Minerai de cuivre près de Toudja. (Recueil des notices et mémoires de la province de Constantine p. 120 ..).

Les premiers traités de commerce avec les négociants Pisans remontent au XI siècle. Marseillais, Génois, Vénitiens et d’autres républiques de l’autre rive de la Méditerranée possédaient des représentants ou consuls à Bougie chargés des transactions avec les particuliers et avec le gouvernement. Les rivalités entre les firmes, si elles favorisaient la concurrence et le choix des partenaires, mettaient parfois le gouvernement en difficulté diplomatique avec les nations des plaignants. Il arrivait aussi que les intéressés se liguent contre le gouvernement pour imposer leurs conditions. Ainsi en 1138, Gênes s’entendit avec les communes et les seigneurs Marseillais, d’Hyères, de Fréjus et d’Antibes pour la pratique de transactions sans concurrence à Béjaïa, mais ces manœuvres n’aboutissaient que rarement dans la pratique, étant donné, la rivalité des partenaires et l’esprit mercantile de chacun que le gouvernement savait exploiter à son profit.

Tant que l’Emir de Béjaïa dépendait du sultan de Tunis, les traités signés par ce dernier étaient applicables à Béjaïa, mais depuis que Béjaia s’érigea en principauté autonome, les traités étaient directement signés par l’Emir et n’intéressaient que ses villes. Les traités signés à cette époque étaient à peu près communs à ce qui se pratiquait ailleurs. Nul officier, ni sujet musulman ne devait gêner les opérations commerciales. Les chrétiens restaient entièrement maîtres de vendre leurs marchandises ou de les renvoyer en Europe, s’ils ne trouvaient pas à s’en défaire avantageusement; mais les relations commerciales étaient essentiellement limitées aux villes de la côte. Les traités n’admettaient pas qu’une nation chrétienne put prétendre accaparer tel ou tel produit pour nuire au commerce d’un autre concurrent. Les représentants administratifs éventuellement, sinon les commerçants algériens, étaient seuls habilités à effectuer les transactions à l’intérieur du pays; ils se rendaient dans les marchés hebdomadaires et installaient des dépôts dans les villages importants où de simples particuliers pouvaient écouler leurs produits. Cette précaution permettait au gouvernement de contrôler les prix, assurer l’écoulement de la marchandise et de se réserver certaines denrées.

A l’époque turque, Marseille, Gênes et les autres villes européennes avec lesquelles les deys étaient liés par traités venaient trafiquer sur le marché de Bougie. Les éléments principaux de leurs transactions étaient, comme toujours: le commerce des cuirs, huile, cire, laine, étoffes, bois, etc … Quand le trafic avec l’étranger connaissait une baisse, en raison des conflits qui opposaient le dey aux nations étrangères, les exportations se faisaient vers les ports d’Oran, d’Alger, de Bône et de Tunis, d’où les marchandises étaient acheminées vers les marchés intérieurs du Maghreb, de Tunisie et de Tripolitaine. Le transport des bois de construction fournis par les Béni-Amrous et les Béni-Mohamed était monopolisé à Bougie par le Caïd El Karasta de la famille de Saïd-Ou-Ahmed des Aït Mimoun. A l’époque du colonisateur française, celle-ci, s’étant accaparé de l’économie du pays, les activités des musulmans se réduisent considérablement. La politique des nouveaux possédants étant lié à des gros colons, les produits agricoles constituèrent la grande masse des exportations; de ce fait, l’importation de produits manufacturés de la Métropole ne laissait que peu de place aux artisans et petits possédants autochtones.

Le transport maritime monopolisé, mettant fin à l’existence d’armateurs indigènes, était beaucoup plus axé vers les ports d’Alger et d’Oran desservant des régions agricoles très riches. Le commerce de Bougie se dilua donc dans la masse des mouvements transactionnels de la colonie pour ne représenter que 11 % de la totalité. Pendant que les citadins Bougiotes trouvaient, tout de même, emploi et activité, mais à peine suffisants à leurs besoins, les populations de l’arrière pays, après avoir vécu pendant longtemps de leurs propres ressources, finirent par se tourner vers les grands centres ruraux pour effectuer leurs transactions d’ailleurs limitées aux achats du strict minimum (étoffés, céréales, ustensiles divers) et à la vente de surplus de leurs propres produits (figues, huile, poteries, produits de vannerie), et, le pays pauvre dans la majeure partie de son étendue en raison de la nature même de son sol, (les meilleurs terres étant occupées par la colonisation et ses suppôts), les populations se trouvèrent acculées à l’émigration ou à une vie précaire à peine supportable. L’Algérie indépendante s’efforce de redresser partout la situation désastreuse héritée du colonialisme français en multipliant les crédits aux zones déshéritées, et aux régions les plus atteintes par la guerre. Cette région attend beaucoup de la révolution industrielle et de la révolution agraire. L’aboutissement de l’oléoduc, les projets d’industrialisation de la banlieue de Bougie, et la mise en valeur de la vallée laissent espérer dès maintenant une reprise d’activité et des jours meilleurs pour l’ensemble de la population … En sera-t-il ainsi ?

3) Activité culturelle

L’instruction à l’intérieur du pays était dispensée dans les mosquées et dans les zaouïas dont certains cheikhs étaient connus pour leur érudition, leurs connaissances parfaites de la grammaire et du droit coranique. La majorité des étudiants, qui terminaient leurs études en ces lieux, retournaient dans leur village pour servir d’imam, professeur et cadi à la fois; les autres plus audacieux ou plus fortunés, partaient dans les grandes capitales chercher fortune et savoir, mais Bougie, la plus proche, et aussi bien nantie, retenait la majorité d’entre eux. En effet, quand Moulay En-Nacer quitta la Kelâa et ses beaux palais, emportant dans ses coffres les objets les plus précieux, et dans sa suite : des professeurs, des poètes, des Imams, des cadis et des muphtis parmi les plus savants, il désira faire de sa nouvelle cité une capitale encore plus brillante par le nombre et la valeur de ses édifices, la qualité de ses artisans et le niveau culturel de ses sujets. Aussi, légua-t-il à ses successeurs et à ses sujets des biens impérissables et des plus précieux qu’ils mirent au service et à la portée de tous. Ils aidèrent les populations voisines à progresser en tous les domaines en leur offrant les plus larges possibilités d’apprentissage auprès de maîtres (artisans, enseignants) encouragés à s’établir à Béjaïa. L’assimilation des techniques et des idées si arides fussent-elles ne connut pas d’obstacles majeurs, car, dès que, sorti de son cadre villageois et tribal, dégagé des chaînes traditionnelles, descendu des hautes crêtes isolées et arides, le jeune Kabyle retrouve la plénitude de ses moyens physiques et intellectuels. D’une manière générale, il s’adapte facilement au milieu dans lequel les circonstances l’obligent à vivre. Il assimile aisément les idées et les techniques nouvelles auxquelles souvent il imprime sa personnalité. Chaque époque a laissé à la postérité des œuvres d’hommes qui se sont illustrés en divers domaines: Masinissa, Jughurtha, Hiempsal, Juba Il, Tarek, et tant d’autres, et pour cette époque : Ali Mohamed Zouaoui, Ghobrini Abou Mohamed, Hellal Ben Younès El Ghobrini, Abdellah Ben Youcef El Ghobrini, Abou El Abbas El Ghobrini (tous de la Kabylie du Djurdjura. Cette famille fournit aux Béni-Hammad et aux Béni-Hafs, toute une lignée de cadis), Aoudjhane Soleïman, Mohamed Ben Ibrahim-El Ouaghlissi, Mohamed El Mansour-EI Colli, Omar Ben Abdelmohcine-EI Oudjhani (Akbou), brahim Ben Mimoun (Babor), Ibn Sald Annas de la famille royale des Béni-Hammad.

Les dynasties Hammadites et Hafsides eurent à leur service de nombreux fonctionnaires, magistrats, officiers issus de modestes familles des villages voisins ou de la région (Djurdjura – Biban – Babor). Grâce à eux, et dans une grande proportion, la ville de Bejaia conserva pendant longtemps son auréole de grande capitale musulmane et du Maghreb. Faut dire qu’elle le dut aussi à la présence d’éminents professeurs venus d’Andalousie et d’ailleurs, et de nombreux Walis établis dans la capitale ou dans les environs : Sidi Yahia, Sidi Abdelmalek, Abou Mohamed Ben Abdelmàlek, Abou Abdellah Mohamed Ben Ahmed El Afri El Kelaï, Abou Zakarya El Merdjani El Mosli, Sidi Brahim El Bejaoui, Sidi Aïssa Ben Nacer, Sidi Bouali, etc …

La chute de la dynastie des Hafsides à Bougie, provoquée par l’invasion espagnole, mit fin à la prospérité de cette ville en tant que centre politique, économique et intellectuel du Maghreb, maîtres et étudiants se dispersèrent dans le pays. La libération de la ville par les Turcs permit aux transfuges andalous et à un certain nombre de savants de réanimer le flambeau de la civilisation arabo-berbère et de donner, dans une certaine mesure, à la jeunesse locale les moyens de s’élever à un certain niveau intellectuel, mais Bejaia, simple ville du Beylek ne reprit plus l’éclat et le rayonnement d’antan, ni dans ses possibilités économiques, ni dans son rôle intellectuel.

La colonisation française étouffa à jamais les derniers foyers, laissant le soin aux Zaoui d’enseigner, dans des limites précises, des notions générales sur la langue et le droit musulman. Mais elle créa des écoles de langue française où, en dépit d’une réglementation stricte, une élite réussit à émerger et à s’imposer pour entreprendre avec succès des études supérieures à l’université d’Alger ou dans les universités de France. L’économie, dans sa quasi-totalité détenue par les colons, ne profita qu’à ceux-ci.
Texte de Mouloud GAID (Historien). Extrait de “HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION” depuis l’antiquité jusqu’a 1954 – Edition MIMOUNI 1976

Le représentant de la nation étrangère était le consul. Les consuls résidaient au milieu de leurs nationaux et de leurs marchandises, au fondouk même dont la surveillance leurs appartenait. Ils étaient à la nomination de l’autorité de leur pays. Les traités leur reconnaissaient le droit de voir le sultan une fois au moins par mois, et de lui exposer les doléances et les observations de leurs nationaux. Conformément aux conventions, ils étaient assistés d’un interprète (Dorgman) choisi et payé par leurs soins, le même interprète intervient auprès des services de la douane pour toute les opérations. Les fondouks étaient des établissements destinés à l’habitation des nations chrétiennes, à la garde et à la vente de leurs marchandises. Ils étaient situés, soit dans l’intérieur de la ville, où ils formaient un quartier à part, soit dans un faubourg et tout à fait en dehors de la ville arabe. Un mur en pierres ou en pisé séparait complètement le fondouk de chaque nation des établissements voisins. Ces établissements renfermaient un cimetière et une église ou une chapelle, dans laquelle les chrétiens étaient libres de « célébrer tous les offices. Le curé pisan de Bougie dépendait de l’archevêque de Pise. La police du fondouk appartenait absolument au consul de la nation. Des portiers, généralement des indigènes, étaient préposés à l’entrée et avaient le droit de refuser le passage à tout individu chrétien ou musulman, suspect ou non autorisé du consul, à moins qu’il ne fût accompagné de l’un des Dorgman ou employés de la douane. Sous aucun prétexte, les officiers musulmans ne devaient entrer d’autorité dans le fondouk, s’y livrer à des perquisitions ou en extraire un sujet chrétien. Quand il y avait lieu d’agir contre un membre ou un protégé de la nation, l’autorité musulmane devait s’entendre avec le consul. En cas de sinistre, les traités et l’usage du Maghreb obligeaient les gens du pays à porter secours aux bâtiments en péril ou jetés à la côte, à respecter les naufragés, et à les aider dans leur sauvetage, et à garder, sous leur propre responsabilité toutes les marchandises, épaves et personnes préservées au désastre, La police des ports était placée dans les contributions du directeur de la douane. Le droit général sur les imputations des nations alliées, c’est-à-dire liées par des traités avec les Emirs, fût de 10 %, il varia peu. Les droits d’exportation étaient à peu près les mêmes. Dès qu’un navire chrétien entrait dans le port, les douaniers se présentaient, Ils enlevaient, selon la bonne coutume, les voiles, les agrès et le gouvernail, pour empêcher le capitaine de partir avant d’avoir, acquittées les droits. On estimait ensuite la cargaison et le bâtiment lui-même, qui était toujours gardé à vue. sans une autorisation spéciale, qui était rendue à la douane, les marchands ne pouvaient pas charger et décharger leur navires et leurs propres barques.

Recueil des notices et mémoires de la province de Constantine (Région de Bougie) p. 222-224. Consulter le livre de M. Rabah Bounar « Ounouan dirassa» SNED 1970. Il s’agit d’une biographie des personnalités les plus marquantes de Bougie à l’époque des Béni-Hammad.

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La destruction du royaume Hammadite 

La première campagne des Almohades au-delà de la Moulouya les avait menés jusqu’à Tlemcen et Oran. Sept ans plus tard, une nouvelle expédition aboutit à la destruction du royaume Hammadite. Depuis que le sultan El Mançour s’était transporté de la Qalaa à Bougie (1090), qu’avait fondée son prédécesseur En-Nacer (1062-1063), la nouvelle capitale était  devenue une des principales villes de Berbérie. « Les vaisseaux, écrivait El-Idrissi à l’époque du triomphe Almohade, y abordent, les caravanes y viennent et c’est un entrepôt de marchandises. Les habitants sont riches et plus habiles dans divers arts et métiers qu’on ne l’est généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant. Les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique occidentale ainsi qu’avec ceux du Sahara et de l’Orient ; on y entrepose beaucoup de marchandises de toute espèce. Autour de la ville sont des plaines cultivées, où l’on recueille du blé, de l’orge et les fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères, car les montagnes environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d’excellente qualité… Les habitants se livrent à l’exploitation des mines de fer qui donnent de très bon minerai. En un mot la ville est très industrieuse. » (Trad. De Goeje et Dozy.) 

Bougie faisait aussi figure de capitale intellectuelle. Un historien qui en était originaire pouvait établir la biographie de 104 célébrités locales du droit, de la médecine, de la poésie ou de la religion. Le royaume Hammadite avait connu une grande prospérité sous El-Mançour. Le sultan avait renforcé ses contingents sanhadjiens et zenatiens de mercenaires arabes pour lutter contre les Almoravides et mis fin à leur progrès vers l’Est (il y a certainement une erreur de frappe, l’auteur voulait dire l’Ouest car Tlemcen est à l’Ouest de l’Algérie) en enlevant Tlemcen (1102-1103). Il avait  réussi à reprendre Bône et Constantine aux Zirides et à dompter des révoltes berbères. 

Après lui, la puissance Hammadite ne cessa de décroître . El-Aziz (1104-1121) avait réussi encore à occuper Djerba et repousser les Arabes du Hodna, mais son fils Yahia (1122-1152), qui ne pensait qu’à la chasse ou aux femmes, ne put empêcher une attaque des Génois contre Bougie (1136) . Il fut encore moins capable d’arrêter l’invasion Almohade. Après avoir réglé provisoirement la situation en Espagne, Abdelmoumène, dont les forces s’étaient accrues, décida de frapper un grand coup dans le Maghreb central. Il se dirigea, à marche forcée et dans le plus grand secret, vers Bougie. Son avant-garde entra, sans coup férir, dans Alger et dans Bougie, d’où Yahia s’était enfui, puis son fils prit et saccagea la Qalaa (1151).

Source : Histoire de l’Afrique du Nord. Ch.André Julien. Paris 1969

source: http://rabahnaceri.unblog.fr/

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