Témoignage de Hocine Abderahime

Posté par algeriedemocratie le 1 août 2009

Témoignage de Hocine Abderahime

 

‘…Notre histoire avec les services de sécurité, dans les centres de torture et pendant nos interrogatoires ressemble à la fable du loup et du lapin (le loup et l’agneau?), a part que ces derniers sont des animaux et nous, des êtres humain., « 

Remarque : Les « services de sécurité » nous ont filmé et enregistré l’intérieur même des locaux de torture. Ils savaient très bien que s’ils nous avaient présenté en direct à la télévision. nous aurions fait échouer leur mise en scène et démontré leur machiavélisme, Concernant les cassettes audio et vidéo. celles-là même qui ont été enregistrées à l’intérieur (les locaux de torture, toutes n’ont pas été enregistrées directement, il est des enregistrements qui ont été effectués à notre insu, comme cela s’est passé à la caserne de la sécurité militaire d’Hydra, Pendant qu’un officier était en train de nous interroger, une caméra cachée nous filmait,

Au moment où nous parlions à cet officier, un commandant selon ce que nous avons entendu dire, nous regardions la mort en face. La torture était matérialisée devant nos veux.

Au deuxième jour de mon arrestation, ils m’ont fait entrer chez le grand responsable du Centre, le commissaire « El-Hadj Kraa. A coté de lui se trouvait une caméra.

Sa première question fut : « Qu’est-ce que tu sais? Parle-moi de J’affaire le l’aéroport » J’ai été étonné par cette question Je lui ai dis qu’à part ce que j’avais lu dans les journaux et vu à la télévision, je ne savais absolument rien d’autre sur cette affaire J’ai été extrêmement peiné lorsque j’ai su qu’une bombe avait explosé à l’aéroport, causant la mort de plusieurs personnes. J’ai tout de suite pensé que cela ne pouvait être l’œuvre d’Algériens.

Dès le début j’ai dit au commissaire, à l’instar de ce qu’avait déclaré Bélaid Abdesselam, le chef du Gouvernement, que ce sont des mains étrangères qui sont derrière cette opération. La caméra était en marche. Tout ce que j’ai dit a été enregistré. Et lorsque le commissaire Kraa s’en est aperçu, il s’est retourné et a lancé au cameraman : « Qui est-ce qui t’a dit d’enregistrer, Qui est-ce qui t’a dit de travailler? ». De toute évidence, cette réaction s’explique par le fait qu’il n’était pas satisfait par mes réponses, Il ordonna donc au cameraman de cesser d’enregistrer, et il continua à me parler en termes de menace. Il disait qu’il allait utiliser d’autres moyens… J’ai juré d’avoir dit la stricte vérité, « D’ailleurs, vous avez certainement entrepris une enquête sur cette affaire », lui ai-je dit, Je suis maintenant entre vos mains. Si vous êtes en possession de la moindre preuve, ou S’il y’a un témoignage contre moi, je suis prêt à toute confrontation !

 

Il m’a alors dit : ‘je suis convaincu que tu n’as pas ordonné cette opération et que tu n’y es mêlé ni de près ni de loin, mais je ne te crois pas quand tu me dis que tu ne sais pas qui est derrière cette affaire

La question qui se pose est la suivante : Pourquoi le commissaire Kraa a refusé l’enregistrement de ce dialogue? Pourquoi ne pas avoir passé ces propos à la télévision

Est-ce parce que cela n’aurait pas servi la manigance qui a été présentée à l’opinion publique..,

La première semaine, et plus exactement le vendredi, après la prière d El-Asr, ils m’ont fait entrer dans le bureau du commissaire. J’y ai trouvé le directeur général de la Sûreté nationale, M Tolba. Ce dernier m’a posé la même question concernant l’affaire de l’aéroport. je lui ai répété ce que j’avais dit auparavant au commissaire Kraa La aussi, je ne fus ni filmé, ni enregistré, Parce que, de toute évidence, mes propos ne servaient pas le scénario qu’ils avaient préparé.

Le directeur général de la Sûreté ne me répondit pas. Il ordonna qu’on me fasse sortir du bureau. Et je rejoignis ma cellule.

Au lendemain de cette entrevue, le samedi matin, un officier nommé Talhi est venu en compagnie d’un groupe de tortionnaires et m’a dit « C’est terminé, les discussions philosophiques avec les responsables! Maintenant, c’est avec nous que tu dois parler. Nous sommes des militaires… des caporaux, et nous nous fichons de Dieu, de la politique, et de la religion, Si tu n’avoues pas, nous allons te torturer comme jamais tu ne fus été. S’il est nécessaire de te tuer, nous allons le faire,

Tu ne seras ni le premier ni le dernier… Et nous allons commencé par t’arracher les testicules, comme ça tu ne pourras pas avoir de relations avec ta femme.

Ses propos ont été ponctués des pires grossièretés. Ils m’emmenèrent ensuite de force à la chambre des tortures, Ils me ligotèrent les mains derrière le dos avec des menottes, m’enchaînèrent le corps entier avec des cordes très épaisses, et recouvrirent ma tête. Ils me firent ensuite ingurgiter de l’eau à l’aide d’un chiffon, je continuais à clamer mon innocence et crier à l’injustice. L’officier me dit alors : « Meurs comme un chien. Et si cela ne te suffit pas, nous allons passer à l’électricité », et d’ajouter à son collègue : Fais fonctionner les 380 Volts!’

J’ai vu la mort devant moi. Après d’insupportables souffrances, je leur ai inventé le scénario de J’affaire de l’aéroport et j’ai mentionné des noms de frères innocents afin que l’on cesse de me torturer. Effectivement, une heure après, on me délivra de mes chaînes et on me présenta au commissaire Kraa qui me demanda de lui répéter ce qui, j’avais dis sous la Torture, tout en ordonnant au cameraman de m’enregistrer, J’ai commencé alors à parler comme si j’avais effectivement participé a l’affaire La, j’ai cité les frères Moliamed Aimat, Djamel Ressaf, et BenToumi, tous innocents. Mais le commissaire Kraa ne fut pas satisfait du scénario que j’avais inventé et qui a été intégralement enregistré sur caméra.

Il m’a dit : « Tu mens! Il n’y a aucune cohésion entre ce que tu dis et les informations » - ! ! Pourquoi ne pas vous en servir pour la recherche de la vérité?. Et pourquoi alors nous torturer?? ». Ensuite, on me reconduisait à ma cellule.

Un ou deux jours après, ils sont revenus de nouveau pour me torturer, après m’avoir donc forcé à faire de faux aveux et à citer des personnes innocentes.

ils m’ont frappé à la tête avec un instrument qui ressemble à une chignole.

Mon crâne était sur le point de se briser, et ils m’emmenèrent à l’hôpital de Ain Naâdja, où un me soigna dans des conditions atroces, Le médecin a eu beaucoup de mal pour coudre ma blessure à la tête puisque j’étais enchaîné, je fus ensuite conduit à l’infirmerie du Centre de torture, Deux ou trois jours après l’incident, l’officier est venu et m’a conduit au bureau du commissaire Issouli où, tous deux, m’interrogèrent au sujet de l’affaire de l’aéroport Lorsque je leur ai dit que j’étais innocent, l’officier Talhi me frappa à la tête malgré ma blessure et I’enflement de mon visage. Les points de suture n’y ont pas résisté et le sang gicla de ma tête avec abondance. Il se mit a me secouer la tête et me dit « Bois Ton sang ! ». J’ai commencé à crier et à demander du secours.

J’ai été ensuite conduit, une deuxième fois, à l’hôpital de Aïn Naâdja où je fus traité de la même manière qu’auparavant. Après, ils me reconduisirent au Centre de torture, et je fus jeté dans une chambre, Ils m’enchaînèrent à un lit et me forcèrent à Faire mes besoins dans des bouteilles en plastique, Un ou deux jours plus tard, ils sont revenus et m’ont reposé la même question. J’avais d’horribles maux de tête. je leur ai redit que je ne savais rien de l’affaire de l’aéroport.

ils m’ôtèrent alors les chaînes et me torturèrent de nouveau en utilisant le procédé de L’eau et du chiffon. Lorsque je n’en pouvais plus, je leur ai inventé une autre histoire, un autre scénario différent du premier mais tout aussi imaginaire.

Après m’avoir enregistré, ils me dirent: » Tu continues à mentir ! ».

A travers leurs questions, ils pouvaient évidemment savoir si j’étais en train de mentir ou non. Quand ils m’ont demandé après, la forme et la couleur de la valise qui contenait la bombe, une fois j’ai répondu qu’elle était verte, une autre fois j’ai dit qu’elle était rouge. Et à chaque fois, ils me rouaient de coups.

Comment aurais-je pu savoir la forme et la couleur de la valise alors que je suis innocent.

Le dernier vendredi de notre présence au Centre de torture; à 13 heures précises,

on me fit entrer au bureau du commissaire divisionnaire Kraa qui me dit : il est temps pour toi d’avouer! ».

J’ai dit : « Entends-tu l’appel à la prière du vendredi.. Je jure devant Dieu que je n’ai aucun lien avec l’affaire de l’aéroport.

Savez-vous ce qu’il m’a répondu… Il m’a dit : je suis convaincu que tu n’as participé à cette opération ni de prés ni de loin. Mais je ne te crois pas lorsque tu dis que tu ne sais pas qui l’a planifiée,.. »

je lui ai dit : « je suis innocent. Vous êtes en train de me torturer. C’est injuste » Il se tut et ordonna qu’on me fasse sortir de son bureau.

Le dimanche d’après, juste après la prière d’El-Asr je fus entouré par près de 20 policiers.

Ils me couvrirent la tête jusqu’au niveau du nez, me jetèrent sur une table en bois, m’enchaînèrent les mains derrière le dos et ligotèrent tout mon corps par les cordes. Ils me firent ensuite boire de l’eau de force jusqu’à ce que j’en faillis mourir. En même temps, ils m’interrogeaient au sujet de l’affaire de l’aéroport tout en sachant que le premier enregistrement avait déjà été présenté à la télévision comme étant, soi-disant, la vérité, Devant l’atrocité de la torture, je me surpris à citer des noms de personnes qui n’avaient rien à voir ni avec l’affaire de la bombe de Aéroport, ni avec le mouvement armé. Tel le frère Hechaichi Rachid, le commandant de bord.

Lorsque j’ai fait mention de l’heure, de l’endroit et du moment de l’appel téléphonique concernant la bombe, ils m’ont dit : « Nous n’avons pas besoin de ces informations. Tu les as lues dans les journaux! Nous voulons, par contre, des noms!… »

C’est alors que je leur ai inventé une troisième histoire, toute aussi imaginaire que les deux premières, A la suite de quoi, ils m’emmenèrent en compagnie de quelques frères à la caserne de la sécurité militaire d’Hydra. Ils me mirent face à un officier, un commandant à ce qu’un dit, qui m’ordonna de lui raconter la toute dernière histoire que j’ai inventée sous la torture, et qui est différente de celle qui a été enregistrée sur la bande vidéo qu’ils ont fait passer à la télévision. Au moment, une caméra cachée était en train de me filmer a mon insu.

Et lorsque nous sommes revenus au Centre de torture de Ben-Aknonoun, le commissaire m’a ordonné et forcé à parler face à la caméra, de telle sorte que je paraisse naturel, (Pour faire passer cela comme des aveux.). Ils m’avaient donné un « Kamis » et une ‘Chéchia » neufs. Parce que mon « Kamis » était maintenant plein de sang. Le commissaire Issouli m’avait préparé ce que je devais dire, sous la menace De me renvoyer à la salle de torture. (il ma menacé de torture et de mort).je lui ai alors dit qu’il Y avait, en ce qu’il m’ordonnait de dire des propos que je n’ai même pas tenus sous la torture. Tels ceux relatifs au Soudan, à l’Iran, et ceux mettant un cause les Cheikhs Ben Azouz et Méliani. (Ce sujet m’est d’ailleurs complètement inconnu), ou ceux relatifs à notre soi-disant planification pour la « destruction des institutions économiques », y compris l’aéroport, ainsi que l’imaginaire collusion du Front Islamique dans tout cela!

De même, il fallait que je demande pardon au peuple pour apparaître comme étant le responsable effectif de l’affaire de l’aéroport’.

Mais j’étais capable de leur indiquer, s’ils me l’avaient ordonné, le lieu de la tombe d’Hitler, tellement j’étais traumatisé par J’atrocité de la torture que javins subie, Malgré cela, je ne savais pas que cet enregistrement était destiné aussi à la télévision. Ils m’avaient affirmé qu’ils allaient le conserver comme archive, Mais leur machiavélisme consistait de me placer devant le fait accompli : Présenter ces propos au peuple! Grâce à Dieu, le peuple a été à la hauteur, Parce qu’il connaît parfaitement la véritable nature des services de sécurité et ce dont ils sont capables de faire. Et il connaît tout aussi bien la nature de la télévision algérienne. C’est pour cela que le peuple a vite compris qu’il fallait rechercher la vérité ailleurs que dans un enregistrement effectué dans des conditions plus que suspectes, et qu’il s’agissait, en fin de compte, d’une grande mascarade.

Nous avons donc été torturés, un mois durant, jusqu’au dernier instant. Ils ne nous ont pas laissés le moindre répit.

Le jour où ils nous ont transportés au Tribunal, ils nous ont enchaînés de manière sauvage, à l’intérieur même du camion qui nous transportait. Pour que nous ne puissions pas nous défaire de la hantise de la torture, des menaces et de la terreur, Nos mains étaient ligotées entre nos jambes et nos têtes, maintenues brutalement vers le bas. Nous sommes restés dans cette position très douloureuse jusqu’à notre arrivée au Tribunal `Abane Ramdane », où toute une armée de policiers nous attendait, comme pour nous exécuter déjà. Meme chez le procureur général, ils nous menacèrent de nous reconduire au Centre de torture si jamais il nous venait à l’esprit de nous rétracter.

Et pour nous terroriser encore plus, seuls des hommes armés jusqu’aux dents et portant des cagoules étaient présents au tribunal. Chez le juge d’instruction, nous sommes restés enchaînés, et ils ont même voulu rentrer avec nous,

Après cela, nous étions dans un tel état que nous avaient été si injustement attribué, et ce de peur de retourner au Centre de torture.

La hantise de la torture ne m’a pas quitté en prison.

Un jour, je me suis réveillé au milieu de là nuit en criant à l’adresse du frère Saïd : « Viens à mon secours! Ils veulent me tuer!.. » Saïd a tout fait pour me calmer, Le gardien est venu aussi auprès de moi et m’a dit: « N’ait pas peur, personne n’est en train de torturer… ».

J’ai oublié beaucoup de choses du fait de ma blessure à la tête. je m’évanouissais souvent, et je ne pouvais faire la différence entre un ami et un policier.

Lorsque les frères m’ont vu dans cet état, ils ont été très attristés, Les policiers leur ont dit : « Votre compagnon a voulu se suicider! »

Je me rappelle qu’a l’hôpital de Ain-Naâdja, lorsque le médecin a demandé après Ies causes de mon état, ils lui ont dit que je me suis cogné la tête contre le mur’

Et je n’ais pas osé lui avouer la vérité par peur de la torture. Chez le juge d’instruction, j’ai parlé de suicide pour la même raison, je ne voulais plus retourner au Centre de torture,

Je tiens, enfin, à faire quelques remarques au sujet du traitement médiatique de J’affaire, ainsi que sur la manière avec laquelle j’ai été « soigné » à I’hôpital.

Concernant la presse, je dépose plainte contre tous les journaux qui ne se sont pas donnés la peine d’aller au delà de la manigance présentée à la télévision et qui nous ont présentés de fait, à l’opinion publique, comme étant des criminels, et ce avant d’attendre que la justice ne tranche et rétablisse la vérité.

Je dépose également plainte contre les médecins de j’hôpital de Ain-Naâdja, qui ont eu la charge de me soigner. Les séances de soins se faisaient d’une manière barbare, et ces médecins n ont jamais pu dire aux policiers de m’enlever les menottes et les chaînes.

je suis resté jeté sur le lit, les mains enchaînées derrière le dos. (Est-ce ainsi que les hommes vivent)

 

                                                                                                                                  Hocine Adberahim

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