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Zaïd Yacine:un gavroche à hassi messaoud

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2009

août, 2009 

yacine.jpg«Gentil garçon» à la silhouette frêle, rien ne le prédestinait à devenir, à son corps défendant, une icône de la révolte ouvrière à Hassi Messaoud et un porte drapeau des travailleurs victimes de «l’esclavagisme moderne». Pour illustrer son «ignorance» de ce monde cruel, il reconnait, sans honte, et même en riant: «Avant je confondais entre Sidi Saïd de l’UGTA et Saïd Saadi du RCD». Lui, c’est Yacine Zaid, un enfant de Laghouat, au climat dur. Il perd sa mère très jeune, à l’âge d’un an et fut élevée par sa grand-mère maternelle. Après une scolarité «ordinaire», il quitte l’école en 1987 et aide son père dans son travail. En 1994, il intègre la société américaine Bechtel, spécialisée dans les pipelines, et depuis, il «baigne» dans cet univers des sociétés pétrolières multinationales. «Un univers de hogra et d’exploitation sans limites» indique-t-il.

Après plusieurs boites, il atterrit à Eurest Support Services (ESS), une filiale du leader mondial de la restauration collective, installée à Hassi Messaoud, en 2004 comme agent de sécurité. Après deux années de bons et loyaux services pour lesquels il a été promu superviseur de sécurité. «Je vivais bien et je ne manquais de rien» affirme-t-il, mais «ce n’était pas le cas des autres travailleurs. Leurs conditions de vie et de travail était à la limite de l’entendement» souligne-t-il. Manque de sécurité sur les lieux de travail, manque d’hygiène dans les bases de vie, brimades, insultes… «Intenable !».

Sa vie bascule complètement le jour où il a voulu, en compagnie d’autres travailleurs de l’entreprise, de créer une section syndicale pour défendre leurs intérêts. Une assemblée générale a été organisée sous l’égide de l’UGTA et il fut élu secrétaire général. Depuis, c’est la descente aux enfers. La direction d’Eurest refuse de la reconnaître au mépris de toutes les lois. Pour le punir et lui faire passer son envie de «jouer les héros», la direction commence à lui chercher «la petite bête». «Des histoires invraisemblables et même ridicules», avoue-t-il. Négligence dans le travail, insultes envers les responsables…etc. Après plusieurs démêlés avec eux dans les couloirs des tribunaux, des condamnations, des pressions, des intimidations et des tentatives de corruption, la société finit par trouver la faille et «le mettre dehors».

La section syndicale a été gelée par le secrétaire général de l’Union de Wilaya de…l’UGTA. Et c’est ce moment là que la direction a choisi pour «frapper». S’ensuit alors un véritable «combat contre le mal» personnifié par les responsables d’Eurest. Sans boulot, traîné de tribunal à un autre, en bute à des contraintes familiales e lâché par l’UGTA, Yacine résiste encore. Il lance, à lui tout seul, une véritable campagne sur le net. Il créé un blog, puis un site et fait face à une série de plaintes en diffamations. A chaque fois, bien sûr, il ouvre sa porte à un huissier de justice qui lui ramène sa convocation de justice. «Des fois j’envois jusqu’à 500 mails par jour», affirme-t-il. Il reçoit des soutiens du monde entier. Cela l’encourage et compense «le silence local». «J’ai foutu ma vie en l’air pour dénoncer ces monstres là. J’ai divorcé d’avec ma femme, j’ai vendu ma maison et j’ai esquinté ma santé… Je n’ai plus rien à perdre. Ma dignité n’a pas de prix», clame-t-il avec rage.

Au-delà du combat de Yacine pour faire valoir ses droits et réintégrer son travail, c’est toute la situation des travailleurs, faite de misère et d’exploitation, générée par ces nouveaux exploiteurs des temps modernes, dont la devise et le maître mot sont: Profit, profit et profit, qui se profile.Par Boudjemâa Medjkoune Algérienews

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244 harraga arrêtés en sept mois à l’Ouest

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2009

244 harraga arrêtés en sept mois à l’Ouest

par K. Assia

Quelque 311 candidats à l’émigration clandestine ont été arrêtés en 2008 sur la bande du littoral ouest du pays par les éléments des gardes-côtes. Selon une étude sur l’évolution depuis 1990 et un état des lieux de l’émigration clandestine dans l’Oranie, présentée par M. Boualia Rédouane, spécialiste dans le domaine de l’émigration clandestine, pas moins de 27 embarcations ont été saisies durant cette période, un autre détail qui vient confirmer l’engagement de certains jeunes à concrétiser leur rêve au risque de leurs vies.

Ainsi, et en tentant d’expliciter les causes qui sont derrière ces cas d’émigration clandestine, le conférencier a précisé dans son intervention autour du phénomène que la nouveauté réside dans l’implication de jeunes femmes, dont une étudiante universitaire à l’institut des langues, une coiffeuse et tant d’autres en quête d’un nouveau monde.

Dans un bilan comparatif communiqué à l’occasion d’un séminaire sur la réflexion autour du phénomène de la harga en Algérie, organisé dernièrement à la Maison diocésaine du développement à Alger, M. Boualia a rappelé que le nombre de clandestins a nettement augmenté, pour passer de 24 harraga arrêtés en 2002, à 182 en 2007 et à 244 durant les 7 premiers mois de l’année en cours. Outre la présence de femmes parmi le groupe de candidats, le bilan fait état de la présence d’étrangers, dont des Egyptiens, des Africains et même des Afghans. Autant d’indices qui renseignent bien sur le mode opératoire de nombreux réseaux qui n’hésitent pas à mettre en danger des vies humaines contre des sommes d’argent allant de 50.000 à 100.000 dinars. Tout en axant sur les facteurs psychologiques qui poussent ces jeunes désespérés à opter pour tenter l’aventure, l’intervenant a rappelé que parmi les causes figurent également le désespoir, la peur de l’avenir, entre autres.

D’autres thèmes liés aux regards croisés sur les réalités de la migration irrégulière algérienne en Algérie et en Europe, le rôle du Croissant-Rouge algérien dans la prise en charge des migrants, le témoignage et la présentation du collectif des parents des harraga disparus en mer ont été abordés au cours de ce séminaire, sachant que les intervenants ont tenté de revoir la législation algérienne face à ce phénomène.

source: le quotidien d’oran

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Quand la harga mène aux prisons d’Israël

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2009

Sur les traces de Aziz, Adel et Fouad

Quand la harga mène aux prisons d’Israël

Par : M. K.

Pour les leurs, les trois harragas n’ont jamais pris la destination d’Israël volontairement. Censés être embarqués pour la Grèce depuis la Turquie, contre une somme de 120 000 de dinars payée à un intermédiaire résidant à Belcourt, ils se sont retrouvés dans les eaux territoriales contrôlées par l’armée israélienne.

Bien que le site abrite l’une des plus importantes mines de plomb et de zinc du pays, soit le gisement de Sidi-Kamber, ainsi que l’un des grands barrages de la région est du pays, ce sont trois jeunes harragas qui viennent de propulser le village de Chaâba, appelé jalousement par ses habitants El-Kalaâ, au-devant de la scène médiatique.
Adel, Aziz et Farouk, issus tous les trois du village d’El-Kalaâ, commune d’Oum Toub, wilaya de Skikda, à l’est du pays, ont été arrêtés en Israël et  emprisonnés au camp de Ramla, avant d’être jugés et expulsés, la semaine passée, par l’État hébreu en Algérie via la Syrie, et par le truchement de la Croix-Rouge internationale.
Hier, alors que les trois jeunes étaient toujours entendus par les enquêteurs à Alger, on a  fait le déplacement dans leur village natal afin de saisir l’environnement dans lequel ces jeunes ont évolué.
Une heure après avoir quitté Constantine, en empruntant la route de Collo, après avoir traversé 60 kilomètres sous une chaleur de plomb en cette deuxième journée du mois d’août, nous prenons  une bifurcation, à gauche, juste après le lieu dit Souk Tlelata. Avant d’arriver au chef-lieu de la commune d’Oum Toub, nous prenons une autre bifurcation, cette fois-ci à droite, contournant le barrage qui tire son appellation du nom de la localité. Commence alors la montée vers El-Kalaâ pour atteindre… la citadelle, perchée là-haut dans cette partie dense du massif forestier de Collo, à 600 mètres d’altitude.
La route qui mène au village est une longue pente sinueuse parsemée de dangereux virages dont l’un d’eux, appelé à juste titre le Double virage de la mort, est un véritable mouroir. Rien que pour ces deux derniers mois, on a enregistré sur ce tronçon deux victimes handicapées à vie. Aller sur les traces de ces trois jeunes, c’est prendre le risque de voyager au cœur de la misère qui gangrène ce coin de l’Algérie profonde, là où responsables et médias lourds s’aventurent rarement, tellement les plaintes des habitants sont politiquement incorrectes.
Nous atteindrons la citadelle prise par la mal-vie de ses jeunes à 14 heures. Il fait 45 degrés à l’ombre, la vie est comme suspendue.
Si le père de Aziz est à Skikda en quête de nouvelles sur son rejeton, Fouad et Adel, eux, sont orphelins. Ce sont les voisins et les amis d’enfance qui nous raconteront les déboires d’une jeunesse entraînée par le désespoir dans des aventures extrêmes. Ici, même la bénédiction de Sidi Kamber, le saint patron des lieux qui gît au sommet d’une colline surplombant une centaine de maisons à un seul étage, n’a rien pu faire pour entretenir au moins un zeste d’espoir chez une population qui se croit abandonnée par tous, son “salih” y compris.
Les deux cafés du village sont  fermés. Dans une dechra où même ces espaces “de passe-temps”, pourtant prisés par les gens de l’underground, ont perdu leur fonction sociale, le poids de la misère est certainement si fort qu’il a poussé les villageois au fond de l’abîme. Le village est vide de toute animation. Aucun commerce n’est ouvert et aucune âme ne déambule sur la piste en gravier qui fait office de “route principale”. Ici, les humains sont en hibernation, et quelques-uns de ces jeunes faisaient leur sieste dans un abribus.
Rabah, la trentaine, que tout le monde appelle ici Magarine, est allongé à même l’asphalte. Magarine  a tenté par deux fois la harga et a été refoulé d’Italie à deux reprises. Après sa dernière tentative, il a fini dans un centre psychiatrique, ici en Algérie, avant d’atterrir dans ce bled, son village natal. Orphelin, il vit seul au milieu de ces jeunes qui tissent autour d’eux un véritable tissu de solidarité sociale pour partager le pire car le meilleur ne se conjugue plus avec le quotidien de ces lieux.
“Ici, les jeunes n’ont pas de cartes d’identité, juste le passeport et un visa pour la Turquie toujours en cours de validité, en attendant le jour du départ”, nous explique un des jeunes. Selon ce dernier,  Aziz, Fouad et Adel ont pris la même route préférée des gens de la localité, soit l’Italie via la Turquie, puis la Grèce. Ils sont déjà 80 jeunes de la région à l’avoir empruntée. La moitié d’entre eux erre toujours quelque part entre ces trois pays, le reste est rentré au pays de Sidi Kamber, à l’instar de Magarine, brisé avec, en prime, un séjour pour certains dans une unité de psychiatrie, broyés par un si beau rêve achevé par un brutal réveil.
Le rêve est le mot juste. Car ici, par la harga, l’objectif n’est pas d’atteindre une destination mais juste de fuir une vie, leur vie de… comme le commentent les jeunes qui entourent Magarine. L’histoire des trois rescapés des prisons israéliennes est illustrative. Adel Chriet, 24 ans, avec le reste de sa famille, a fui la région d’Oum Toub et d’El-Kalaâ en octobre 1993 pour s’installer à Salah-Bouchaour. Son père venait d’être assassiné, à hauteur du Double virage de la mort, par les terroristes. Il était le directeur de l’école et il jouait le rôle de leader du village, soit l’alternative aussi bien aux politicards locaux qu’aux islamistes, ce qui ne plaisait pas aux adeptes du chaos.
Oulbani Abdelaziz, appelé Aziz, lui aussi âgé de 24 ans et qu’on surnomme “El-Visa”, est issu d’une famille démunie, dont le père est au chômage. À l’âge de 12 ans, il est déjà sur Alger pour travailler et subvenir à ses besoins. Depuis la décennie 1990, il a tenté plusieurs hargas. L’avant-dernière l’a conduit à un court séjour à Dubaï.
Boufarouk Fouad, âgé, lui, de 27 ans, est connu à El-Kalaâ sous le sobriquet d’El-Miziria.
“Il a toujours vécu dans la pauvreté, ce qui le poussa à monter sur Alger alors qu’il était encore enfant”, nous explique l’un de ses voisins et ami d’enfance. Ainsi, ces trois harragas ont pour dénominateur commun le village où ils ont vu le jour et où la malchance de se retrouver de l’autre côté de la barre, le camp des démunis, leur a collé… à la peau. Une misère que Fouad et Aziz n’ont jamais cessé de fuir, une première fois en se réfugiant dans l’underground algérois et une seconde fois en prenant le large.
Pour Adel, partir d’El-Kalaâ, c’est fuir ces collines arides et les fantômes des terroristes qui l’ont privé, dans le sang, de son père, lui arrachant l’innocence de son enfance.
“En plus des 80 harragas, actuellement plus de 60 autres jeunes d’El-Kalaâ sont des SDF à Alger, vivant de petits travaux et errant dans les ruelles  de la capitale. Ils ont moins de 15 ans et vivent de petits boulots”, rajoute âami Rabah, âgé de 75 ans, un ancien employé de la mine de Sidi Kamber qui vit de sa prime de réforme de 2 600 dinars par mois, soit 2 euros par jour. Avant de quitter le village, les amis et proches de Adel, Fouad et Aziz ont tenu à nous rappeler que ces derniers n’ont jamais pris la destination d’Israël volontairement. Censés être embarqués à destination de la Grèce depuis la Turquie, contre une somme de 120 000 de dinars payée, ici en Algérie, à un intermédiaire résidant à Belcourt, ils se sont retrouvés dans les eaux territoriales contrôlées par l’armée israélienne.
“Il nous reste notre dignité, celle de ne pas se rendre chez l’ennemi de nos frères. Durant les années 1990, on n’a pas composé avec les terroristes, et notre village a été parmi les premiers à prendre les armes pour défendre notre honneur malgré le chant des sirènes à travers les prêches et les motivations matérielles”, s’insurge Hamid. Les jeunes d’El-Kalaâ n’embarquent nulle part, ils fuient juste leur misère ! 

M. K.

source:libérté

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Sept candidats à l’émigration clandestine arrêtés à Annaba

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2009

AnnabaSept candidats à l’émigration clandestine arrêtés à Annaba

Sept candidats à l’émigration clandestine dont un mineur ont été arrêtés dimanche dernier, sur le littoral de la wilaya d’Annaba,  a annoncé Abdelaziz Zaïdi, chef de la station maritime des gardes-côte.

L’aventure est finie pour ces voyageurs en barque qui ont été repêchés vers 3h du matin par les gardes-côtes de la wilaya, après qu’ils  eurent été forcés de quitter sous la menace d’armes blanches des passeurs l’embarcation qui les transportait quand elle avait été repérée à 5 miles au nord de Ras El-Hamra (Annaba). En outre, M. Zaïdi a souligné que l’interrogatoire des détenus a révélé  que le reste du groupe, candidat à l’émigration clandestine, a également regagné la rive. Cette derrière tentative de 14 à 17 personnes qui ont pris le large samedi, à minuit, de la plage de Jouanou de la cité Seybouse à Annaba, s’ajoute à la longue liste d’émigrants clandestins enregistrée depuis le début du mois de juin, dans laquelle  177 personnes ont été arrêtées au large des côtes de Annaba.

Ouerdia Sait

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Belkacem Lounès accuse Abrika !

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2009

Conseil général du Congrès mondial amazigh à TigzirtBelkacem Lounès accuse Abrika !Belkacem Lounès accuse Abrika ! dans kabylie(60) 2187_74196

Le président du Congrès mondial amazighe a accusé Belaïd Abrika, l’ex-délégué du mouvement citoyen, d’être “l’instigateur principal” de la crise ayant secoué son organisation, il y a quelques mois.

En effet, Belkacem Lounès s’est violemment opposé à ses adversaires qui ont tenu un “congrès parallèle”, lors de la conférence de presse tenue hier à Tizi-Ouzou à l’occasion de la clôture du conseil fédéral du CMA tenu le vendredi dernier à Tigzirt. Pour lui, il s’agit d’un groupe “manipulé par des personnes qui ont reçu les directives d’en haut, de Belaïd Abrika”., Leurs actions, affirme M. Belkacem Lounès, n’avaient d’objectifs que de “perturber le CMA”.

Bien avant le début du conseil fédéral du CMA, Khalid Zerari, vice-président pour le Maroc, M’hamed Hamrani, membre du CF de Libye, ont été interpellés par la police de Tizi-Ouzou les 28 et 29 juillet dernier, au petit mtion à 6 h, à l’hôtel Lalla Khedidja et seront interrogés pendant 6 heures. “Une autre militante est toujours retenue au commissariat de Tizi-Ouzou”, a affirmé hier le président du CMA. Le cas de Chakib El-Kheyari, membre du CF, condamné à 3 ans de prison ferme au Maroc, a été évoqué lors de cette session dédiée à Farid Acid, un blessé du Printemps noir, décédé récemment en  France ; pour le CMA, la condamnation  du militant El Kheyari témoigne du fait que les vieux réflexes répressifs sont toujours à l’œuvre dans le pays (Maroc, Ndlr).

Par ailleurs, le CMA a reçu la visite de l’émissaire personnel de Seif El Islam Kadhafi, venu remettre à son président une invitation à se rendre en Libye.

A noter par ailleurs que juste après la fin de la conférence de presse, la police a fait irruption sur les lieux en invitant les responsables du CMA à les suivre  Cette interpellation fait suite à l’arrestation de trois membres du CMA venant du Maroc, et de Libye.

source:dépêche de kabylie

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mon coeur me fait mal de lire cet article

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2009

 Ces Algériennes jetées à la rue

Une nuit avec des femmes et des enfants sans-abri

Ces Algériennes jetées à la rue

Rue Didouche Mourad, au centre d’Alger. Les trottoirs sont bondés en cette nuit de fin juillet. Une nuit où le thermomètre chauffe ! D’une file interminable de véhicules se dégage un vacarme assourdissant qui maintient tout le quartier éveillé. Klaxons de voitures rutilantes par-ci, cris de passants en colère par-là, la rue bouillonne en cette heure tardive d’une nuit caniculaire. Dans les boutiques de luxe encore ouvertes et les rares tavernes de qualité se bousculent des dizaines de noctambules en mal de loisirs. A quelques enjambées de là, dans une venelle infestée de rats où stagnent des eaux usées pestilentielles, une femme et trois enfants occupent un bout de trottoir.

A l’écart de l’ambiance festive du centre d’Alger, ces quatre âmes mangent à leur faim : une galette, des yaourts, un morceau de poulet rôti et une sauce rouge dans un faitout en tôle émaillée. Le tout posé à même le trottoir. Un dîner en pleine rue, à la belle étoile ! La dame s’affaire à donner à chacun de ses enfants sa part du repas, profitant pour ce faire d’une lumière blafarde jaillissant d’une fissure de l’immeuble d’en face. Visiblement gênée de notre présence dans ce coin discret, la dame arrange d’un geste brusque le foulard qui enveloppe ses cheveux et nous jette un regard hagard.

L’aumône

Après hésitation, elle accepte de nous livrer le récit de sa vie. A 43 ans, elle se retrouve avec trois mômes dans la rue à cause d’un mariage qui a mal tourné. « Mon mari m’a abandonnée et est parti à l’étranger. Sa famille, pour une histoire d’héritage, m’a jetée dehors », confie-t-elle, refusant toutefois de donner son nom. Sans travail, sans aucune qualification, cette femme n’a d’autre choix que de demander l’aumône pour nourrir ses trois enfants. Le benjamin a quatre ans et l’aîné huit, entre les deux, une fillette de six ans. Avec eux, elle arpente depuis plus de six mois les rues de la capitale, se déplaçant d’un endroit à l’autre, d’un quartier à l’autre, à la recherche de quoi tromper leur faim. « Jamais un jour j’ai pensé faire ça. Pour moi, c’était une chose inimaginable », pousse-t-elle, l’air peiné. Mais pour elle, cela devait arriver. C’est le destin. « Il y a parfois des situations qui nous dépassent, qu’on ne peut changer et qu’on doit accepter malgré toutes les peines que nous subissons. Ce qui m’importe aujourd’hui, ce n’est pas comment je suis arrivée là, mais plutôt comment en sortir, comment permettre à mes enfants de grandir loin de cette rude réalité de la rue qui parfois vide les gens de leur humanisme », dit-elle. La misère dans laquelle elle baigne depuis des mois ne lui fait pas perdre la raison. « J’essaie de remédier à cette situation avec les moyens du bord. Pour l’instant, je n’ai pas grand-chose, explique-t-elle. Je dépends de l’aide d’âmes charitables, Dieu merci il y en a encore sur cette terre. » Cette dame, qui traîne une histoire à la fois époustouflante et déroutante, arrive un tant soi peu à avoir de quoi vivoter, elle et sa progéniture, qui ne connaît de la vie que la mendicité. Ensemble, ils passent la nuit à la belle étoile, sur un bout de tissu.

Un mal profond

« Il nous arrive d’accéder à la cage d’escalier de l’immeuble qui est en face. Parfois, on trouve le portail fermé et on s’allonge sur le trottoir, raconte-t-elle avec un brin de désolation. Avec le temps, on finit par s’habituer. C’est dur, mais… » La dame affirme porter sur elle un canif. « J’ai été agressée par des voyous qui me voyaient autrement que ce que je suis réellement, dit-elle. Et maintenant, j’ai décidé de me défendre. » Cette quadragénaire dit n’avoir jamais été approchée par l’assistance sociale ou les services de la solidarité nationale. Elle raconte l’humiliation qu’elle subit au quotidien. « Les gens me regardent parfois d’un air méchant, comme si j’avais commis un crime, comme si j’avais choisi cette situation, regrette-t-elle. Un regard perçant qui me fait ressentir un mal profond. » A quelques venelles de là, pas loin de la salle de cinéma Algeria, une autre femme est allongée sur un carton. Elle nous demande de l’eau pour son bébé et accepte de nous parler. Elle dit s’appeler Fatima. Elle vient d’El Bayadh. Un peu confuse, elle affirme ne plus savoir que faire avec son bébé de14 mois. « Je ne veux pas le laisser à des inconnus, mais je n’ai pas les moyens de le garder, avoue-t-elle, l’air désemparé. Je dors souvent dans la rue, ici même ou plus bas, à l’entrée d’une banque. » Fatima, qui ne veut pas raviver ses blessures et parler de la mésaventure qui l’a menée à cette situation, connaît les moindres recoins d’Alger, non pas parce qu’elle a servi auparavant de guide, mais parce qu’elle les a foulés, à la recherche de quoi survivre ou d’un endroit plus sûr pour dormir. « En été, on peut passer la nuit à la belle étoile, sur un bout de trottoir ou devant une maison. En hiver par contre, c’est la débandade, fait-elle savoir. Vous connaissez le tunnel de la faculté centrale, c’est là-bas que j’ai passé la moitié de l’hiver avant qu’une personne m’offre une place dans un hammam. » Fatima raconte son quotidien : « Il m’arrive parfois de rester toute une journée sans rien manger. Je tiens le coup en me disant que tout cela finira un jour. »

L’indifférence

Loin de ce triste décor, plus bas, la place Audin est très animée. Les terrasses des cafétérias débordent de monde. Des gens se bousculent devant les salons de glaces, d’autres discutaillent des bobards autour d’un thé ou d’un café sans que personne ne fasse attention à ces grappes d’enfants mal fagotés errant dans les rues. Un groupe de trois garçons attire notre attention. Contrairement aux noctambules qui assaillent les restaurants huppés de la place, ces enfants, âgés cinq à neuf ans, n’ont pas de quoi s’offrir un pain. Habillés de haillons et pieds nus, ils s’accrochent aux passants leur demandant de l’argent pour manger. A quelques encablures de là, leur maman, assise à même le trottoir avec un bébé, les surveille. Elle essaie de son côté d’obtenir une aumône. Approchés, ces bambins disent n’avoir jamais connu les bancs de l’école. Timides, ils hésitent à nous parler. Ils courent vers leur mère qui a étalé un carton devant une boutique, fermée en cette heure tardive de la nuit. « Ils ont faim. Ils n’ont pas mangé grand-chose, affirme la maman, qui tient un bébé. Comment s’est-elle retrouvée dans la rue ? « J’ai perdu mon mari. Pendant des années, je vivais avec ses deux sœurs et son frère. Après, ils ont vendu la maison et m’ont mise dehors. Je n’ai pas de famille. Voilà, je me retrouve depuis deux mois mendiante à Alger », explique-t-elle. Depuis, elle est livrée à elle-même avec ses quatre enfants. Comme bien d’autres femmes qui se trouvent du jour au lendemain dans la rue sans assistance sociale ni une quelconque aide de l’Etat. L’un des enfants, l’aîné, revient tout content avec une pizza. Très précoce pour ses 9 ans, Aymen se montre débrouillard. Sa mère semble fière de lui.

Que la nuit passe…

Pas loin de cette scène, boulevard colonel Amirouche, on trouve un jeune adolescent en train d’étaler des cartons dans l’entrée de la Bourse d’Alger. Vêtu d’un tee-shirt blanc déchiré et d’un jean bleu délavé, le jeune Ahmed dit préparer la place pour dormir. Ses jambes dépassent largement le carton. « Je me débrouille du mieux que je peux. L’essentiel que la nuit passe », murmure-t-il d’une voix à peine audible. Tête posée sur une brique de fortune, le jeune homme raconte, tout en détournant son regard : « Je suis venu de Laghouat chercher du boulot. J’ai fini par vendre des cigarettes sur le trottoir. Cela me permet de manger à ma faim. Pas plus. Je dors donc dans la rue en attendant des jours meilleurs. » Pour Ahmed, c’est « une période passagère ». Il est là depuis le mois de mai et compte passer l’hiver dans la rue. « En quittant mon village, je ne savais pas que j’allais me retrouver dans la rue parce que je croyais que j’allais trouver du boulot. Mais une fois arrivé ici, mes rêves se sont envolés. Bon, je ne me plains pas trop parce que je gagne quand même quelque chose qui me maintient en vie. Si je n’obtiens pas un emploi d’ici l’automne, je rentre chez moi. » Si ce jeune compte regagner son domicile sous peu, d’autres, en revanche, n’y songent même pas. C’est le cas de Salim, 17 ans. Les yeux embrumés par le manque de sommeil, il s’extirpe du carton qui lui sert de lit, sur lequel est allongé depuis plus de deux heures. « Que voulez-vous ? Vous avez quelque chose pour moi ? », nous balance-t-il. Salim dit être « un enfant de la rue ». Il vit de petites bricoles. Les enfants qui sont, comme lui, dans la rue se comptent par milliers. Le fort taux d’urbanisation avec l’exode rural massif des populations qui quittent les villages vers la capitale, le manque de travail et la multiplication des bidonvilles sont autant de facteurs qui aggravent ce phénomène des femmes et enfants de la rue. Un enfant qui n’est pas pris en charge ni par l’Etat ni par sa famille n’a que la rue comme domicile. Quoi qu’il en soit, des femmes et des enfants sillonnent les rues et se heurtent aux nombreux écueils de la vie. Des laissés-pour-compte dans un pays qui ne manque pas de richesses !

20 000 enfants dans la rue
Le nombre d’enfants qui sont dans les rues donne la chair de poule. Selon une étude réalisée en 2006 par la Fondation nationale de promotion de la santé et du développement de la recherche (Forem), ils sont 20 000 à vagabonder à travers les rues de différentes villes du pays. Au nord surtout. Leur âge varie entre 5 et 16 ans. Ils se retrouvent dans la rue pour diverses raisons, dont les conflits familiaux et les agressions, souvent sexuelles. Une enquête nationale sur les enfants de la rue réalisée la même année par l’Observatoire des droits de l’enfant (ODE) révèle que 61% de ces jeunes vivent de mendicité, 15% de vols, 2% de prostitution. La même enquête affirme qu’un enfant sur deux présente des dermatoses et des infections respiratoires et consomme des psychotropes (diluants, colles). Les résultats de cette enquête montrent que 33% des enfants n’ont jamais fréquenté l’école, 54% ont le niveau primaire et 13% ont un niveau moyen. Aussi, trois quarts d’entre eux ont toujours leurs parents et 41% ont plus de cinq frères et sœurs. Près de la moitié d’entre eux ont rompu totalement le contact avec leur famille. Quelque 60% de ces enfants passent la nuit dans la rue ou dans les jardins publics, 29% sous des tentes ou dans des baraques de fortune et 6% squattent les gares routières, est-il indiqué dans la même enquête. Toutefois, 63% des enfants disent regretter les foyers familiaux et 57% veulent aller dans un foyer de substitution. Quant à leurs aspirations, 10% veulent devenir médecins, 14% veulent émigrer alors que 5% rêvent d’être un jour ingénieur, 4% enseignant, 2% policier, 4% chanteur… Bien que datant de trois ans, ces résultats révèlent l’ampleur de ce phénomène.

Par M. A. O.

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