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Rencontre avec le chanteur Kaci Boussaâd

Posté par algeriedemocratie le 13 août 2009

Rencontre avec le chanteur Kaci Boussaâd«Le seul regret dans ma vie d’artiste est que je n’ai pas chanté en solo»Rencontre avec le chanteur Kaci Boussaâd dans MUSIQUE ALGERIENNE(35) 2196_74661

Il est l’un des grains magiques qui ont propulsé la chanson et le folklore kabyle au sommet de sa gloire plus d’un quart de siècle durant, Kaci Boussaâd, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a commencé sa carrière par chanter les affres de la guerre, la gloire de notre révolution et la bravoure de nos révolutionnaires, peut-on dire le contraire, quand on sait que la première chanson qui ouvre son répertoire n’est autre que «ayadrar aalay».

Il a rendu hommage aux artisans du combat identitaire berbère à l’image de «Mohamed ou Haroun», il a chanté l’amour et la beauté de la femme kabyle, il s’est démarqué de ceux qui ont renié leurs origines en interprétant dans l’un de ces albums «Anwi Dahviv Khetharagh».  Durant toute sa carrière, l’infatigable enfant  des majestueuses montagnes «d’icheladen», région située sur les hauteurs d’Akbou, d’où il tire la force de sa voix, la sagesse ancestrale et la pureté de son verbe, a sillonné les quatre coins du globe pour semer la joie et le bonheur parmi les siens expatriés, nostalgiques des sons et rythmes, leurs rappelant les couleurs et odeurs de leurs belle Kabylie.De Béjaïa à Montréal en passant par Tizi, Alger mais aussi Bercy et la mythique Olympia, «Kaci» a su attirer les foules et faire des fans inconditionnés. Pour la sortie de son nouvel album intitulé «Tayrim», nous l’avons rencontré dans sa maison à El Kseur, où il a répondu aimablement à nos questions, dans une ambiance bon enfant, au tour d’un café servi au bord de sa piscine, où il savoure sa retraite bien méritée après une longue carrière dans l’éducation nationale en tant que prof de musique, métier qu’il a assumé en parallèle avec sa carrière d’artiste.

 

La Dépêche de Kabylie : Pour commencer, parle-nous un peu de vos débuts dans la chanson ?

Kaci Boussaâd : premièrement, soyez les bienvenus chez moi, en ce qui me concerne, je peux vous dire que j’ai commencé à chanter dés mon enfance, dans mon village ce qui n’était pas toujours du goût de mes parents, jusqu’au jour où, je suis parti à Alger pour tenter ma chance dans l’émission de la chaîne deux «Nouva Ihefadhens», avec la   chanson «Ayadrar» qui a remporté un franc succès.

Donc, votre première chanson était «ayadrar» ?

Effectivement, c’est avec cette chanson que j’ai commencé ma carrière d’artiste.

 

Vous avez quel âge, quand vous avez commencé à chanter ? Et quel était votre premier album ?

Mes débuts remontent à 1978, à l’époque  j’avais 25 ans, quant à mon premier album

C’était «Ayadrar Aalay», qui comporte entre autres «Almousblin» et «Ouligh Avrid Sethmara»

 

Vous avez fait combien d’album jusqu’à présent ?

Depuis 78 à ce jour, j’ai enregistré 17 cassettes.

 

Pouvez-vous nous dire, quelle est la chanson que vous préférez le plus dans votre  répertoire et quel est votre chanteur préféré ?

Vous savez mes chansons sont comme mes enfants, en tant qu’artiste il m’est très difficile de choisir une, même si j’ai quand même un penchant pour ma première chanson «Ayadrar Aalay», concernant mon chanteur préféré, j’aime beaucoup écouter «Idir Akfadou», qui reste pour moi un grand monsieur de la chanson kabyle.

 

Quel est votre meilleur souvenir durant votre carrière d’artiste ?

Mon meilleur souvenir reste incontestablement la sortie de mon album en solo en 2008, qui a rencontré un franc succès.

 

Quel est la chose que vous regrettez le plus dans votre vie ?

Le seul regret dans ma vie d’artiste et que je n’ais pas chanté en solo, c’est aussi un  conseil que je donne aux futurs postulants  dans ce domaine, que celui qui veut chanter, le fait en solo, sinon, qu’il reste tranquillement à sa place.

 

Pouvez-vous nous parler un peu de vos passages un peu partout  dans le monde où vous avez animé des  galas ?

Oui, j’ai chanté presque dans toutes les grandes salles de spectacle de France, de Marseille à Paris en passant par Lyon comme j’ai aussi animé des galas à Montréal au Québec.

 

Revenant à votre nouvel album, pouvez-vous nous en parler un peu ?

Mon nouveau produit, composé de 08 chansons, est dédié essentiellement à l’amour étant donné qu’il reste un sujet vaste qui occupe toujours la part du lion dans la vie de tout un chacun, les jeunes notamment. L’album commence donc par «Tayrim» puis une autre chanson de fête, intitulée «ZoukhZoukh» la troisième chanson «Akmatsough», parle des problèmes dans un couple d’amoureux, puis la quatrième que j’aime par dessus tout, car je l’ai composé spécialement pour ma femme «Farida», que  j’aime énormément, puis quatre autres à savoir «Dourfanim», «Tsoughadagh», «Adjadvagh» et en fin «Halthiyi».

                      

Quel son vos projets pour l’avenir ?

Premièrement, je commence par animer quelques fêtes pendant cet été, et des soirées pendant le mois de Ramadhan prochain, puis Omar Akfadou que je salue au passage, m’a promis une tournée en France puis  sur invitation d’associations basées en Amérique du nord, je vais animer quelques galas au Canada et à New York. J’ai aussi un projet en cours qui concerne la réalisation d’un grand studio d’enregistrement avec du matériel haut de gamme ce qui me permettra de refaire l’enregistrement de toutes mes chansons.

 

Pouvez-vous nous dire si vous avez atteint vos objectifs en tant qu’artiste ?

Effectivement, en tant qu’artiste je pense bien que mon message est passé à travers une belle musique et des paroles propres que tout un chacun peut écouter, je suis toujours là, je continue mon bout de chemin jusqu’à la fin.

 

Un mot de la fin ?

Je lance un message à notre public pour qu’il soutienne les artistes qui méritent d’être soutenus selon la qualité de leur travail car on ne doit pas propulser des gens au rang de vedettes alors qu’ils ne le méritent pas.

Comme j’en profite pour passer un grand bonjour aux habitants de mon village natal «Felden» que j’aime beaucoup sans distinction aucune.

 

Propos recueillir par Arezki Toufouti

source:dépêche de kabylie

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Entretien avec Chabane Lhadj Mohand, co-fondateur du groupe Abranis

Posté par algeriedemocratie le 13 août 2009

Entretien avec Chabane Lhadj Mohand, co-fondateur du groupe Abranis »Notre groupe en tant que tel a été dissous en 1975… »Entretien avec Chabane Lhadj Mohand, co-fondateur du groupe Abranis dans MUSIQUE ALGERIENNE(35) 2196_74650

Il a préféré rester en rade de tout ce qui se tramait autour de son ancien groupe de musique, le légendaire, « les Abranis », Chabane Lhadj Mohand de son nom d’artiste Chabane Samir, musicien et auteur, veut apporter à la connaissance du grand public sa version des faits concernant la création, la montée fulgurante du groupe les Abranis ainsi que le départ de deux musiciens du groupe quelques années seulement après sa création. Le groupe qui a continué son activité musicale sous la houlette d’abord de Karim et de Shamy, ensuite avec Karim en solo, serait, selon Chabane Lhadj Mohand une mésaventure.

A juste titre, il cite à propos des autres membres du groupe « qu’ils transformèrent les Abranis en orchestre au service d’une personne par lequel il exprime sa propre sensibilité et ses propres idées”. Et il ajoute que « le pseudonyme Abranis désignait une formation de quatre musiciens amis d’enfance et c’est toute une génération de la jeunesse algérienne qui se souvient de ce pseudonyme, dont ses membres authentiques avaient révolutionné la musique algérienne ». Dans cet entretien, il évoque aussi la poésie, la chanson kabyle, et surtout ses souvenirs de la Guerre d’Algérie.  Enfin, il se dit prêt à aider les jeunes talents, lui qui accumule une expérience de plusieurs décennies dans le monde de la musique.   

 

La Dépêche de kabylie : Vous étiez un membre du groupe “les Abranis”, pouvez-vous nous raconter cette aventure ?

Chabane Lhadj Mohand : Étant en effet membre fondateur du groupe « Abranis » composé de quatre musiciens de base. Comme l’ont été bon nombre de groupes des années 70, lorsque la musique dite Rock n’role, était un phénomène répondu à l’échelle de la planète terre. Ce groupe de quatre copains s’était formé en 1973. Il était composé essentiellement d’un batteur, d’un chanteur et guitariste “basse” d’un claviériste, et d’un guitariste rythmique. Les Abranis furent découverts par le grand public, lors de leur participation au deuxième festival national de la musique moderne en Algérie, ils eurent l’honneur et le privilège de faire l’ouverture de ce festival qui était d’ailleurs leur première scène publique radiodiffusée et télévisée en direct de la salle El Mouggar d’Alger. Le dynamisme de ce groupe, sa façon de s’habiller, de se comporter sur scène, et l’idée même de présenter une nouvelle façon de concevoir la musique conformément aux exigences des temps modernes avait conquis un très large public, l’impact de la diffusion en direct par les radios à travers tout le territoire national avait séduit toute la jeunesse algérienne de l’Est à l’Ouest, du Nord au Sud du pays. Les journalistes s’arrachèrent les interviews du groupe. Les différents animateurs des radios Chaîne II et Chaîne III se concurrençaient pour avoir l’exclusivité de l’enregistrement des chansons du groupe sur bandes magnétiques. Le déplacement du groupe provoqua des attroupements de jeunes filles et garçons autour du groupe à chaque fois qu’ils étaient la rue. C’étaient des bousculades pour avoir un autographe. Ayant tous des cheveux très long descendant jusqu’aux épaules les jeunes filles vont jusqu’à nous demander une petite mèche de cheveux, le groupe était sollicité pour le Gala d’ouverture de la foire d’Alger ; plusieurs autres concerts étaient organisés à travers la capitale par le comité des fêtes de la ville d’Alger pour permettre au groupe de se produire et satisfaire ainsi la demande du public partout où le groupe s’était produit. Les jeunes se déplaçaient massivement et les salles étaient à guichets fermés. Le groupe Abranis a quelques peu contrarié la donne politique en Algérie. Au moment même où l’arabisation était instaurée dans le pays. La politique baâthiste de Boumediene était résolue à tourner le dos à tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à l’Occident, la politique nationale d’inspiration moyenne orientale et d’idéologie révolutionnaire communiste voguait sur un océan de contradiction conduite d’une main de fer par le guide suprême. Des plans désastreux, se succèdent et échouèrent sans permettre au pays de se défaire des chaînes du sous-développement. Plans triennal, quadriennal, quinquennal, septennal, décennal etc… idem pour les révolutions ; Ni la révolution agraire, culturelle ou industrielle n’ont permis au pays, ne serait-ce que percevoir en rêve, une autosuffisance alimentaire qui est le socle de toutes les formes d’indépendance. La politique conduite par le parti unique de l’époque c’était une politique négationniste à l’égard de l’Histoire de la culture berbère qui est la culture populaire algérienne depuis que le monde est monde. Si l’échec était prévisible c’est tout bêtement pour la simple raison élémentaire que l’on ne construit pas une Nation forte et heureuse sur le cimetière de son authentique histoire, pas plus sur les cendres de sa culture ancestrale qui fait sa spécificité et son unicité. On existe que par sa différence, seules la culture et l’Histoire sont les matrices qui forgent les peuples et modèlent les nations. On ne s’inspire pas d’une politique dans laquelle on enferme un peuple contre sa volonté, en utilisant la force pour le contraindre, on le prive de la liberté indispensable d’œuvrer à bâtir un avenir susceptible de correspondre à ses aspirations et répondre à ses besoins civilisationnels du présent pour préparer le futur. Les Abranis sont arrivés à point nommé pour contrarier quelque peu l’influence programmée de la musique égyptienne, syrienne, libanaise… qui se posaient comme modèle pour la musique algérienne, et à cette époque, l’unique chaîne de télévision algérienne ne diffusait que des films et des pièces de théâtre importés du Moyen-Orient. Les chanteurs (euses) égyptiens (nes) étaient les vedettes de notre petit écran national. La jeunesse algérienne, s’est saisie de cette musique moderne importée et rendue possible dans les langues usuelles algérienne grâce à l’inspiration de ces quatre jeunes amis qui ont décidé, de s’appeler les “Abranis”.

A leur arrivée en Algérie ce groupe s’appelait les « bran’s », nom tiré des premières tribus installées sur ces vastes territoires de la Numidie. Cependant, les autorités du pays en cette époque n’ont pas manqué l’occasion d’afficher la volonté d’obliger le groupe “les bran’s” à s’arabiser et à devenir “El Abranis” étant désarmé face à la censure de l’époque qui passait tout au crible, nous avions trouvé un terrain d’entente avec les autorités culturelles, en appelant le groupe ni par le nom de  » bran’s  » ni de el abranissiyoun mais tout simplement les “Abranis”. Pour ma part, j’avais fait remarquer à un agent haut placé au ministère de la Culture (en toute modestie et en toute innocence), que l’arabisation du nom de cette tribu berbère dont nous avons ressuscité le nom me paraît être quelque chose de non sens et d’absurde à imaginer dans la mesure où il a fallu quelques millénaires plus tard pour que naisse “Abraham” dont les deux descendants “Ismaïl et Isac” donnèrent naissance à la lignée des arabes pour le premier et des juifs pour le second.

Tandis que les ascendants de cette tribu berbère, dite les Bran’s descendent en droite ligne de Noé, dont lui et les membres de sa famille étaient les seuls êtres humains à survivre au déluge avec bien sûr tous les couples de toutes les espèces d’animaux qui avaient pris place dans l’arche bâtie par ce grand visionnaire qui a permis à la civilisation de redémarrer à nouveau. Les Berbères sont la troisième génération de Noé “Cham, Chenân, Mazigh, Mazigh et l’arrière petit-fils de Noé. Les Abranis en tant que groupe activant ensemble deux années et demie qui marquèrent de son empreinte toute une génération. Ils ont impulsé à la musique algérienne en général et kabyle en particulier un nouveau souffle de modernité. Avant la naissance sur scène de ce groupe, il n’y avait que de multiples folklores venus de chaque région du pays. L’introduction des instruments modernes dans la musique kabyle avait inspiré quinze ans plus tard au folklore oranais à devenir le raï lequel à son tour a influencé une certaine génération et qui fut apprécié au-delà des frontières du pays. Comme ce fut la chanson d’expression kabyle. Quinze années auparavant, le groupe Abranis authentique eut beaucoup de supporters, mais également beaucoup d’ennemis notamment dans le milieu artistique conservateur, lesquels n’ont lésiné sur aucun moyen pour critiquer d’une façon acerbe. Ce groupe faisait de l’ombre à bon nombre de chanteurs qui faisaient leurs débuts à l’époque, il y’en avait même ceux qui ont déclaré que les instruments tels que la basse, batterie et guitare rythmique ne sont pas compatibles au genre de musique de chez nous. Ils y sont cependant venus à utiliser ces instruments les uns après les autres, la plupart les utilisent de façon médiocre presque de manière décorative pour meubler la scène. La plupart des chanteurs à connotation folklorique disent qu’ils font de la musique moderne, pour la simple raison qu’ils utilisent des instruments dits moderne, il y a lieu de dire cependant que leurs compositions demeurent d’inspiration folklorique quel que soit l’instrument utilisé, le genre reste le même. Les Abranis en tant que groupe avait cessé d’être depuis que deux de ses membres co-fondateurs et auteurs compositeurs interprètes avaient cessé d’apporter leur concours au sein de cette même formation en l’occurrence Samir Chabane (batteur) et Madi Mahdi (guitariste) auxquels le groupe doit la composition musicale de la chanson qui a pour titre (Linda) puis (Itij). Le groupe Abranis en tant que tel avait était dissous en 1975 après la démission du chanteur à la suite d’un différent l’ayant opposé aux deux membres du groupe cité ci-dessus au sujet d’une décision prise par le chanteur et claviériste du groupe concernant la vente en Algérie de tout le matériel du groupe alors que si cette vente a été réalisée, elle aurait sans doute entraîné des poursuites judiciaires et le groupe n’a que faire d’une telle publicité. Samir Chabane (batteur) Madi Mahdi (guitariste) et Makhlouf (bassiste) dernier musicien arrivé dans le groupe Abranis, avec Samy comme chanteur, formèrent le groupe Syphax ; ensemble ils ont enregistré un 54 T et un trente-trois tour (33T) suivi d’une tournée en Algérie puis en France. Le chanteur du groupe Abranis qui était démissionnaire avait repris le nom du groupe avec le concours de Shamy (claviériste), ils transformèrent les Abranis en orchestre au service d’une personne par lequel il exprime leur propre sensibilité et leurs propres idées. Le pseudonyme Abranis désignait une formation de quatre musiciens amis d’enfance et toute une génération de la jeunesse algérienne s’en souvient, un pseudonyme dont ses membres authentiques avaient révolutionnés la musique algérienne. Il est aujourd’hui la propriété d’une seule personne qui s’apprête à le léguer à ses enfants comme un héritage personnel et exclusif.

 

Vous avez quand même fini par quitter le groupe : peut-on connaître les raisons ?

Mon départ du groupe Abranis n’a ni été prémédité ni préparé d’aucune manière, après que nous ayons fait une tournée en Algérie et organisé nous-mêmes une trentaine de galas environ à travers toute la Kabylie avec beaucoup de difficultés pour l’obtention des autorisations administratives indispensables pour l’organisation de chaque spectacle. A cette époque, toutes les villes importantes du pays possèdaient leur propre comité de fêtes chargé d’animations de toutes sortes. Seule la Kabylie demeurait la seule région à ne pas posséder de comité de fête ; saisissant l’occasion, nous avions demandé au ministère de la Culture de l’époque d’organiser des animations à travers cette vaste région. Les lenteurs administratives pour l’obtention des autorisations étaient telles que lorsque nous avons eu l’autorisation préfectorale celle du ministère de la Culture était arrivée à la fin de validité et lorsque celle de la mairie du coin nous parvenait celle de la préfecture était arrivée à la fin de validité. Pour l’organisation du moindre spectacle, il a fallu l’autorisation ministérielle, préfectorale ainsi que celle de la mairie, du commissariat ainsi que celle des pompiers pour la sécurité du spectacle. Imprimer les billets, les affiches publicitaires, payer le fisc de manière forfaitaire, alors que chacun des autorisations avait une validité de 15 jours maximum. C’était la course contre la montre. Pour que le gala ait lieu, et qu’on ne coupe pas l’électricité ou que l’on ne retienne pas un ou deux membres du groupe au commissariat de police pour organiser le gala. Un mois et demi plus tard nous étions revenus en France, mais notre matériel de musique était resté à Alger chez un ami d’un des membres du groupe. En attendant de retourner en Algérie pour suivre notre tournée à travers les grandes villes du pays. Très vite les besoins d’argent cédèrent le pas à toutes autres logiques et deux des membres du groupe décidèrent de mettre en vente notre matériel, sous prétexte qu’avec l’argent que rapportera ce matériel nous achèterons un autre matériel de meilleure qualité. Pour ma part, je me suis opposé énergiquement à tous projets de vente pour deux simples raisons : la vente de ce matériel de musique comprenant une batterie, 3 guitares dont une basse, un orgue électrique une sono, une emplie basse, une emplie guitare solo, un stomatoscope, des rampes d’éclairage, serait considérée au regard de la loi comme étant une vente frauduleuse. Dans la mesure où il ne serait pas dédouané l’autorisation de l’entrée de ce matériel de musique en Algérie pour une durée de trois mois a été cautionnée par la signature d’un des membres du groupe en l’occurrence (Shamy El Baz) auprès des services douaniers. Cette éventuelle fraude serait sans doute découverte trois mois plus tard et ça sera notre ami Shamy qui sera poursuivi par les services douanières, et c’aurait été une publicité catastrophique pour les Abranis. L’autre raison de mon désaccord était que sans ce matériel le groupe ne pourrait rien faire. Pour preuve, cela fait deux mois que nous ne produisons pas ne serai-ce qu’une note de musique. Au sein du groupe, j’étais le seul à avoir une activité salariale et toute ma paie passait dans les dépenses de nourriture du groupe, car nous avions acheté deux années auparavant un pavillon à crédit du côté de Chellegournet, précisément dans la banlieue de Chelle dite les Coudreaux où nous habitions à trois afin de travailler ensemble la musique du groupe. Face à cette situation de mauvaise entente, qui se dégradait de semaine en semaine, je suis retourné en Algérie et ramené le matériel du groupe à mes frais. J’ai subi le coût total du rapatriement de ce matériel. Entre-temps, le chanteur du groupe avait démissionné verbalement, l’estafette dans laquelle se trouvait notre matériel avait rendu l’âme sur le chemin du retour juste en face de la prison de Frenne.

Le lendemain de mon retour en France avec le matériel musical du groupe, j’avais repris les instruments de musique de Frenne jusqu’au Coudreaux dans un autre véhicule.

En effet, Shamy avait ramené le matériel mais pas au domicile des Coudreaux. Deux jours plus tard, j’avais appris que nos instruments de musique étaient mis en vitrine dans un magasin pour y être vendus. Cette façon de faire m’avait mis les nerfs en pelote, moi qui est calme de nature en compagnie d’un ami, je me suis rendu à la Garenne Colombe où j’avais reconnu tout le matériel du groupe exposé à la vitrine d’un magasin pour y être vendu.

J’avais ouvert grand la porte de ce magasin, Shamy est venu à ma rencontre suivi de notre soi-disant directeur artistique de l’époque “Mezache”… Je me suis détourné d’eux pour pénétrer à l’intérieur de la vitrine et j’ai commencé par démonter les symboles de ma batterie une à une… Ils ont tenté de m’empêcher de poursuivre le démontage.

Je me souviens leur avoir dit : qu’ils s’abstiennent de tenter de m’empêcher de récupérer ce qui m’appartient personnellement, qu’ils sachent que le grand calme qui me caractérise peut se transformer en une violence incontournable. Que s’ils estiment que ce que je fais peut paraître illégal qu’ils appellent la police car je n’ai nulle intention de quitter le magasin avant leur arrivée afin qu’ils puissent tirer cette affaire au clair. Étant convaincu que j’étais capable du pire pour étayer mes dires, après avoir chargé ma batterie dans la voiture de mon ami, je leur ai fait remarqué qu’un quart de tout le matériel exposé dans la vitrine du magasin me revient de droit malgré que je ne l’ait pas touché, d’autant que j’étais le seul membre du groupe à s’être acquitté jusqu’au dernier centime de ma quote part du prix d’achat de ce matériel et rembourser Shamy qui nous avait avancé l’argent nécessaire à l’acquisition et l’achat de ces instruments dans un magasin spécialisé du quartier de Pigalle.

A ce jour, je ne sais ce que ce matériel est devenu, cependant Madi (guitariste du groupe) et moi-même avions été spoliés de ce matériel et également du groupe, alors que ce n’était pas nous qui avions démissionné verbalement du groupe ni pris la décision de la vente du matériel indispensable à la continuité. Les Abranis, privés de leur matériel n’y étaient plus quelques mois plus tard. J’avais récupéré deux des cinq éléments du groupe en l’occurrence le guitariste bassiste qui avait rejoint le groupe en dernier, le nommé “Makhlouf” et Madi guitariste rythmiste à qui le groupe Abranis doit la chanson tube de Linda, Itij, Ijreh Yezr-iw D-idammen etc… Réunissant ces deux excellents musiciens, j’avais créé le groupe Syphax après avoir découvert Samy qui est devenu le chanteur guitariste du groupe. Shamy et Karim se sont ralliés pour continuer à faire la musique ensemble. Je leur ait conseillé de changer de nom comme je l’avais fait moi-même afin de laisser intact et originel de toute influence personnelle l’œuvre de ce premier groupe qui marque de son empreinte la musique algérienne en général et kabyle en particulier en lui empreignant un nouveau souffle de modernité. Si Shamy et Karim avaient continué à faire de la musique sous un autre pseudonyme, le groupe Abranis dans son authenticité peut se réactiver à n’importe quel moment. Le génie de ce membre a la capacité de donner une nouvelle orientation à la musique kabyle en particulier qui stagne et se dégrade dans le genre de « non-stop » qui reprend ce qui existe et le dépouille de ce qu’il a de plus original. Dans un groupe tel que les Abranis et comme il avait été conçu par ses quatre membres d’amis et cofondateurs de cette formation; chacun de ces quatre auteurs, compositeurs et interprètes apporte sa touche et sa sensibilité personnelle et unique. Les Abranis à la sauce de Karim et de Shamy ne sont, et demeurent la seule expression personnelle du chanteur du groupe. On assiste cependant qu’aucun effort n’a été épargné par ceux qui se sont accaparés de ce nom commun d’Abranis, de faire disparaître sur le marché du disque et de toute bande magnétique sonore tout ce qui a été enregistré au profit de trois chaînes radiophonique nationales, Chaînes 1, 2,3 par ce même groupe entre 1975 et 1978. Les générations nées après les années 70 n’ont jamais écouté les succès du groupe qui ont fait leurs renommés tels que “Ifekred weghriv tamurt-is, tdjahed, wessagh kem wehdem, itran el musiqa… Si chacun avait fait preuve de loyauté et de fidélité envers les autres telle que je l’ai fait moi-même on aurait épargné à ce nom qui nous rassemble et qui nous concerne de tas d’affirmations mensongères sur l’histoire de ce groupe. Certes, certain croient et continuent de croire et d’affirmer que le groupe Abranis est leur héritage personnel qu’il s’apprête à léguer à leurs fils comme une sorte d’entreprise SARL dont les artistes ne sont autres que des ouvriers qu’on embauche ou qu’on débauche au gré et à l’humeur de l’incontestable patron et chef d’entreprise.

 

Vous avez crée le groupe Syphax dont l’unique produit est resté incognito : qu’elles sont les raisons de cet échec ?

A la suite de l’éclatement du groupe Abranis en deux parties, avec l’aide de deux musiciens qui m’ont suivi en l’occurrence, Mahdi et Makhlouf respectivement guitariste rythmique et bassiste du même groupe, nous avions décidé de créer le groupe Syphax pour donner ainsi un nouvel élan à la musique moderne algérienne en général et kabyle en particulier. Représentant la majorité du groupe Abranis nous aurions pu continuer à activer sous ce pseudonyme dans la mesure où le chanteur du groupe avait démissionné de sa propre initiative et que nous n’avions aucunement exclu Shamy qui était resté trop longtemps indécis.

Pour ma part, j’ai préféré créer une nouvelle application par respect aux autres membres du groupe et aux égards des trois années de travail  en commun qui ont abouti à la création d’un groupe de musique moderne algérienne, trois années, pendant lesquelles nous avions vécu ensemble dans une ambiance plus que fraternelle, et puis si nous n’avions pas repris l’appellation Abranis c’est également pour préserver le travail réalisé ensemble de toute influence ou erreurs éventuelles qui pourraient être commises de par nos trois membres qui composent une des parties du groupe Abranis.

Ce n’était pas le cas des deux autres membres du groupe qui se sont accaparés le nom Abranis comme s’il, leur revenait du droit divin. D’autant qu’une grande partie des titres enregistrés par la suite, n’avait rien à avoir avec le genre Abranis que nous formions ensemble. Ce n’était que des chansons purement du genre folklorique qui ne diffèrent que de très peu de tout ce qui se fait depuis toujours.

Le groupe Syphax était en pleine formation, cependant, il nous manquait un quatrième membre en l’occurrence un chanteur et si possible instrumentiste, pianiste de préférence. Avant que Samy ne se présente comme chanteur et guitariste a nous les trois, nous avions déjà mis au point une quinzaine de titres au programme musical de Syphax pour lesquels, j’ai été chargé d’écrire tous les textes. Les compositions musicales du groupe Syphax sont d’une technicité tellement à l’avance sur leur temps que plus de trente années plus tard, elles ne sont pas encore égalées. A l’arrivée de Samy, nous avions travaillé la synchronisation, les chants contre chants, six mois plus tard le groupe était au point et plus de trente-quatre titres composaient le programme de Syphax, Avec les arrangements composés de sorte à passer d’un titre à un autre sans qu’il y est interruption musicale. Le groupe Syphax était capable d’assurer à lui seul, si nécessaire une scène d’une durée de quatre heures.

Au cours d’une des répétitions hebdomadaires du groupe dans les sous-sols d’un café-bar restaurant de la place du capitaine Glarne à St Ouen. Makhlouf membre du groupe était arrivé à la répétition en compagnie d’une personne qui se présentait comme directeur artistique cherchant de nouveaux talents à produire et à faire tourner partout en France et à l’étranger ! En effet, telle est la promesse qu’il avait faite à mes amis et compagnons du groupe, il avait dans son catalogue artistique un certain nombre de chanteurs et chanteuses de talent, le côté de monsieur, M. M. avait quelque peu séduit tous les membres du groupe, j’étais le seul a n’avoir pas été envoûté par M. M. M. et je restais sceptique sur ses capacités de producteur. Cependant, force est de se soumettre au désir de la majorité, j’ai dû donc, à contrecœur, accepter l’offre d’enregistrement avec lui (M. M. M.), après avoir fait auparavant trois galas à Grenoble, Strasbourg, Lille où le groupe Syphax avait fait une prestation remarquable auprès du public jeune et même du public moins jeune.

Un 33T comportant 9 titres fut enregistré dans des conditions lamentables. Le temps alloué pour cet enregistrement était d’une journée et demie, dont 5h furent consacrées à la balance des sons. Les neuf titres furent bâclés à un temps record de 5h aucun morceau n’a été refait deux fois.

Toutes les premières prises étaient considérées comme bonnes par l’ingénieur du son. Le mixage était réalisé en l’absence du groupe à la déception de tous les membres. Il y a lieu de reconnaître, que si les compositions riches et variées de ce groupe sont des inspirations de très grande technicité, la réalisation matérielle est de loin à la hauteur de ce qu’espérait ce groupe après la sortie de leur premier album. Syphax avait entrepris une tournée en Algérie se produisant sur une bonne dizaine de grandes scènes de la capitale du pays. Malgré l’impact que ce groupe a eu sur la public jeune de l’époque, la promotion de leur produit, n’a pas été faite au niveau de la production malgré une très forte demande des jeunes qui ne trouvent aucunement leur produit afin de répondre et de satisfaire les demandes qui leur sont faites par le public.

En effet, Mr M. M. qui avait produit le premier album de Syphax gardait jalousement la maquette dans ses bureaux de la Rue de Crime dans le 19e Arrondissement de Paris.

Exigeant du groupe l’exclusivité des droits de productions et de distributions. Ce que nous n’avions pas voulu lui octroyer.

Il continue d’une certaine manière à se venger du groupe en menaçant de tenter un procès à tous les producteurs qui essayeraient de mettre sur le marché du disque, les neuf titres du 1er album de Syphax. Ce groupe avait petit à petit cessé son activité musicale faute de manager valable. Plus de vingt-cinq titres inédits et qui demeurent encore d’actualité 30 années plus tard, restent inconnus du grand public. Le chanteur du groupe Samy vient d’enregistrer un album en solo dont les titres sont “Tizi-Ouzou – Inas” “Je crie ton nom dans la nuit”. Dans quelques mois, il est plus que probable, que les deux membres du groupe collaboreront à réaliser un album ensemble en l’occurrence, Samy chanteur guitariste et Samir Chabane batteur et auteur des divers textes.

 

Vous êtes parolier et musicien. Que représente pour vous la poésie ?

Question très subtile et très difficile à définir ce que la poésie représente pour moi autant demander à un poisson ce que l’élément liquide représente pour lui. Je peux cependant dire que la poésie représente pour moi, l’art subtil de décrire des sentiments de façon à ce que chacun et chacune puissent avoir le sentiment qu’il s’agit des siens. Si l’artiste peintre utilise des couleurs pour donner vie et matérialiser une vision, un regard, une vue d’un objet sur une toile.

Le poète utilise les mots et magnie le verbe, pour imager un sentiment, bâtir une histoire, ériger une morale.

La poésie est l’art de dire beaucoup avec peu de mots.

Dès mon jeune âge, l’amour de la poésie s’était révélé chez moi comme une de mes passions favorites, j’avais composé mon premier poème à l’âge de onze ans, les pages de mes cahiers de classe étaient pleines de poèmes de Si Mohand Ou M’hand. L’admiration que j’avais pour cet énorme poète m’avait value une punition d’une sévérité telle que j’aurais dû être dégoûté à jamais de la poésie pour le restant de mes jours.

En 1958, en plein milieu de la Guerre de libération nationale, j’étais un élève studieux dans une des classes de l’école de mon village, notre maître d’école était un personnage très austère et d’un caractère exécrable et je n’exagère pas en disant d’une nature méchante, il répondait au nom de Si Ou Cherif. Un jour où un des élèves de ma classe avait transmis à une jeune fille quelque vers d’un poème de Si Mohand Ou M’hand qu’il avait écrit sur un morceau d’une feuille de papier, Tous les élèves furent contraints d’évacuer la classe à la suite de cet incident que les deux maquisards du village considèrent comme étant un acte gravissime, ils comparaient l’écriture de l’indiscret élève, avec l’écriture de tous les élèves, sans découvrir le coupable. Ce qui les a rendus furieux, ils découvrirent cependant des poèmes de Si Mohand Ou M’hend dans des cahiers de classes de cinq élèves dont le mieux l’humiliation qui nous a été infligé était à la hauteur de l’indécrottable couche d’ignorance dont faisaient preuve les deux maquisards en question nous fûmes enchaînés les mains derrière le dos en file indienne sur la place du village et nous fîmes le tour des ruelles principales du village pour être montré à la population comme de vulgaires criminels avant d’être ramenés sur la même place du village pour nous tondre les cheveux en forme de croix. A la suite de cette sévère punition qui m’avait traumatisée quelque temps, je me suis enfermé chez moi quinze jours durant, jusqu’à ce que mes cheveux repoussent afin de vaincre ce traumatisme, je me suis mis moi-même à composer des poèmes car la poésie avait pénétré mon âme et l’inspiration vient souvent accompagner les grands moments de solitudes de ma vie.

 

Sous quel angle voyez-vous la musique kabyle d’aujourd’hui notamment en ce qui concerne les textes ?

La musique kabyle d’aujourd’hui traverse une phase complexe, on remarque cependant une certaine stagnation même si la multiplication d’une vague de nouveaux chanteurs n’a jamais été aussi importante, c’est à croire que le phénomène naturel de sélection est plus que jamais en panne, d’autant plus que la majorité d’entre eux s’inspirent d’un même genre et se copient les uns sur les autres et lorsque l’on a entendu ou bien vu un, on a l’impression du déjà vu ou du déjà entendu. On garde néanmoins l’impression du Hadj Moussa, Moussa Hadj. Les thèmes traités sont généralement les désirs de séduction, quant aux clips, ils sont d’une pauvreté désolante. Généralement, comme arrière-plan, il y a soit la mer ou la campagne, deux ou trois danseuses tournant en rond autour du chanteur, lequel mime ses textes en touchant le cœur, les mains levées vers le ciel pour exprimer des souhaits.

Le téléspectateur avisé et averti peut avoir l’impression et à juste titre, qu’il est considéré tellement ignare à tel point, qu’il a besoin d’une leçon d’anatomie pour faire la relation entre le cœur et les sentiments, les yeux et les larmes, le ciel et les prières, il y a un certain nombre d’autres chanteurs qui sont stériles sur le plan de la créativité personnelle afin d’enrichir par leurs apports le patrimoine commun. Ils se contente avec désinvolture de s’en accaparer de ce que d’autres avaient créé sans doute durant leurs nuits d’insomnies et de détériorer l’âme de ces œuvres dans ce que leurs auteurs et compositeurs leur ont insufflé, de ce qu’elles ont d’authentique et d’original. Ils disent qu’elles les ont modernisés pour mieux nous tromper et sans doute, nous faire croire que toutes les choses qui portent la marque d’un certain temps de notre passé ne peuvent subsister avec la modernité.

Ces rongeurs d’os ne savent-ils pas le mal qu’ils font à notre culture ? Ces prospecteurs de la facilité sont comparables avec bien évidemment moins de tabou à ceux qui à un certain temps se sont précipités sur nos contes qui ont survécu à bien de nombreux millénaires pour chronométrer leur inéluctable mort dans le taon sur les quelques notes de mouche d’une guitare. Ces contes ont traversé des siècles d’oppression et voyagé à travers le temps pour nous parvenir comme des messages de notre histoire. Il est de notre devoir à tous de les sauvegarder dans leurs formes naturelles afin qu’ils puissent être transmis aux générations futures avec toute leur authenticité.

Les moyens dont nous disposons sont riches et variés, la chanson doit rester ce qu’elle est et ne doit servir à véhiculer les contes, la chanson a une durée de vie très limitée ; d’ores et déjà, on doit s’interroger sur la confusion qui règne dans l’esprit de nos jeunes générations à la question suivante… Pour vous, qu’est-ce que c’est Vava Inouva ? A 90 % vous répondriez qu’il s’agit de la chanson de Idir. Quant à la chanson à texte, il y a certes encore quelques auteurs qui méritent attentions mais qui, malheureusement, sont noyés dans un cataclysme de textes volatiles qui ont pour seule raison la déclaration de sa flamme au sexe opposé, parfois grossièrement et sans aucune finesse du verbe. Quant à la chanson à texte engagée, depuis l’assassinat de son grand militant, feu Matoub Lounès, on sent son extinction chaque année un peu plus, aux dépens de… Moi je t’aime ya mon amor, moi je t’aime pour toujours.

Heureusement, que les anciens continuent à tenir la dragée haute en matière de poésie et je les félicite et les encourage. La poésie est un don, on l’a et l’on est né avec ou on ne l’a pas et il ne se vend, ni ne s’achète.

 

Les jeunes manquent d’expérience : êtes-vous prêt à les aider notamment avec vos textes de poésie ?

Étant de nature détestant toutes formes d’égoïsme, j’en tire une satisfaction profonde à partager la moindre expérience de ma vie aussi minime soit-elle avec mes semblables notamment lorsque l’échange a pour base la volonté sincère, une expérience acquise est un grand bien qui enrichit celui qui le partage avec les autres.

Si la poésie est quelque en recul notamment dans la chanson kabyle de manière général chez les nombreux jeunes qui arrivent dans la chanson en flot grâce au petit écran. C’est probablement pour cette raison qui fait que la majorité d’entre eux, veulent être à la fois, auteur, compositeur, arrangeur, interprète et tutti canti, il est cependant intéressant de noter que l’on peut être bon, voir excellent, dans un domaine et être piètre dans un certain nombre d’autres à moins d’être une âme exceptionnelle foudroyée à la naissance dans son berceau par la “baguette magique” d’une fée.

La production de la chanson kabyle n’est pas encore arrivée au stade de faire collaborer les poètes, les compositeurs, et les arrangeurs de talents pour produire des tubes susceptibles de franchir durablement les frontières régionales de notre pays.

Dans le passé, j’avais écrit des textes à bon nombre de chanteurs dont je m’abstiendrai de ne pas citer de nom pour ne pas froisser leur égoïsme qui m’a souvent déçu légitimement dans la mesure où aucun d’eux n’avait cité mon nom ne serait-ce que par pure pudeur, et dire que ce texte avait été écrit par “x”,  il y a même ceux qui disent sans en rougir d’aucune façon qu’ils sont les auteurs et les compositeurs de tel texte ou telle musique sans avoir jamais composé une note ou écrit ne serait-ce une syllabe du texte en question.

Cela étant, s’il y a des musiciens disposés à faire de belles choses et sortir du y a la la la liyi li lilya la la la. Je suis disposé à collaborer avec eux et donner le meilleur de moi-même à élever un peu plus le débat conservant la bassesse dont l’amour est traité dans la chanson kabyle. Actuellement par la grande majorité des nouveaux chanteurs que BRTV et Beurre TV nous fait découvrir par vagues successives.

 

Vous écrivez aussi vos souvenirs de Guerre d’Algérie. Pouvez-vous nous parler sommairement sur ce sujet ?

Toute mon enfance a été marquée par les affres de la guerre et j’en garde un souvenir indélébile. De nombreuses horreurs que mes yeux d’enfants ont vu notamment, durant les mois et les années qui ont suivi le déclenchement de l’opération Jumelle (1958), et ce, jusqu’au cessez-le-feu en 1962, demeurent dans ma mémoire encore fraîche comme si c’était hier. À l’âge de 13 ans, dernier représentant vivant du sexe masculin d’une famille qui avait perdu tous ses hommes adultes à la guerre.

Mon oncle paternel, était chef de front maquisard dès les premiers mois du déclenchement du soulèvement de 1954, aujourd’hui,  oubliés même par ses compagnons de combat qui ont récolté les lauriers de l’Algérie indépendante et qui ont pris le soin de demeurer vivants à l’ultime combat. Sans doute étaient-ils plus intelligents que ceux qui ont présenté leurs poitrines à l’ennemi dans le feu du combat; Sans se soucier de ce que deviendraient leurs veuves d’épouses, ni tant de misères que vivront leurs orphelins de fils.

Ceux qui ont commandé au destin du pays ont fait preuve de peu de reconnaissance à l’égard des familles de ceux qui ont payé le lourd tribut pour que le pays puisse se défaire de 132 années de colonialisme abject. Ils sont les laisser-pour-compte de la  nouvelle Algérie défigurée par la corruption, aliénée par le système du Bakchich et le clientélisme qui ne fait qu’asservir le pays et qui fait reculer davantage l’horizon d’un quelconque espoir d’un meilleur avenir dans les esprits de nos jeunes générations à tel point, qu’en désespoir de cause, les plus téméraires défient dans leurs barques de fortunes, la colère de mer et des océans à la recherche d’une autre terre, d’un autre pays dans l’espoir d’y trouver ce que le leur n’a pas pu leur offrir.

Si la justice trouve une raison de sanctionner ce qui échoue et qui se fait prendre avant d’accoster sur l’autre rive de l’illusoire Eldorado de l’Occident, il y a lieu de se poser la question sur les raisons qui font fuir en masse cette jeunesse de chez eux et au péril de leur vie en quittant leurs foyers, leurs familles.

En une autre époque et en d’autres temps, j’ai connu ce vœu en pourpre qui souffle sur le radeau du désespoir de ceux qui ont tout perdu pour avoir cru en une cause que ses ascendants avaient servie et défendue jusqu’à en perdre la vie. A cette époque, je n’étais qu’un jeune garçon de 16 ans aussi désespéré qu’un harrag d’aujourd’hui sans aucun présent ni la moindre perspective d’avenir, j’étais l’aîné d’une famille de 8 orphelins et orphelines de guerre, ignoré de l’Algérie indépendante, j’ai connu l’humiliation de n’avoir pas eu d’autres choix que de m’émigrer en France et quémander du travail auprès de ceux qui ont fait de moi l’orphelin que j’étais et qui ont été également, la cause de la destruction de ma famille et de tous les biens matériels qu’elle possédait.

Néanmoins, ce n’était pas mon pays qui m’avait offert les moyens de subsistance afin de reconstruire tout ce que la guerre avait détruit. Il est effarant de constater que quarante années plus tard à la différence des harraga qui eux traversent la Méditerranée en barque ou en radeaux de fortune moi, j’ai traversé la mer dans les dalles puantes du bateau “ville d’Oran”, cependant j’ai été poussé par le même désespoir et par la même nécessité de subsistance.

Entretien réalisé par Mohamed Mouloudj

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La tradition de la transhumance en kabylie

Posté par algeriedemocratie le 13 août 2009

La tradition de la transhumance en kabylie

Bergers de haute montagne

A quelques encablures des cohues de nos villes stressées et surpeuplées, il y a des mondes qu’on ne soupçonne même pas d’exister. Qu’on est loin d’imaginer.

Il faudrait grimper au sommet du Djurdjura, là où l’herbe est verte, l’ombre des cèdres accueillante, là où chantent les sources et les oiseaux, là où l’air n’est empli que des senteurs enivrantes des fleurs et des plantes pour voir le monde de Da Mohamed. Da Mohamed ? Un fringant jeune homme de 56 printemps qui règne sur un troupeau de bœufs de 138 têtes, là-haut, tout là-haut, dans les alpages situés entre le col de Tirourda et la forêt d’Ath Ouavane. Un petit bout de paradis champêtre qui n’a franchement rien à envier aux paysages alpestres de ces cartes postales qui font de la réclame pour un chocolat suisse ou un fromage de France. L’endroit ne s’appelle pas le Clos aux Marguerites ni même Saint-Emilion du clocher, mais tout bonnement Adrar Nath Meslayene. Du nom du arch ou confédération de villages, qui en est le propriétaire. Da Mohamed est donc bouvier ou si vous préférez un terme un peu plus poétique, berger de haute montagne. Chaque année, il estive sur les mêmes territoires pendant six mois. D’avril à octobre, il ne redescend que lorsque la nécessité lui commande de faire quelques ravitaillements. Une moitié de l’année parmi les hommes et l’autre parmi les bêtes. C’est cela la tradition de la transhumance. Une tradition encore vivace dans une bonne partie des villages des versants nord et sud du Djurdjura. Da Mohamed se lève tous les jours aux aurores à l’heure où le troupeau commence à paître. La première tâche de la journée consiste à s’assurer qu’aucune bête ne s’est perdue ou blessée pendant la nuit. Vers 7 h, repus, les bovidés commencent à descendre par petits groupes pour s’abreuver. Ils ont trois abreuvoirs à leur disposition. Alimentés par des sources naturelles, ces abreuvoirs datent du temps de la France coloniale. A partir de 10 h, les bêtes font la sieste jusqu’en fin d’après-midi lorsque ils recommencent à brouter à travers les prairies. Vers 9 h du soir, ils remontent vers les hauteurs pour dormir en groupes sur un terrain plat. Pour Da Mohamed, il faut procéder au comptage des bêtes chaque soir et chaque matin. Quelquefois, un bœuf étranger égaré vient chercher refuge parmi le troupeau. Il faut le garder le temps que son propriétaire se manifeste. Sinon, la vie s’écoule paisiblement comme un long fleuve tranquille. Il s’agit surtout de surveiller les bêtes et de veiller à ce qu’elles ne se perdent ni ne se blessent. Lorsque des gens viennent à passer par là, Da Mohamed leur offre toujours l’hospitalité. Un café, un couscous, un peu de galette, une poignée de figues sèches, quelques herbes médicinales ou un brin de causette sans jamais chercher à savoir qui ils sont. C’est la loi de la montagne. Qui que tu sois, tu es le bienvenu. Son temps libre, Da Mohamed l’occupe à écouter la radio ou à faire des poèmes. D. A. Il en a de très beaux qu’il a soigneusement consignés sur un petit cahier d’écolier et qu’il nous a lus non sans plaisir. Evidemment, à vivre au milieu de toute cette nature, on ne peut que devenir poète. D’habitude, il est complètement seul à faire ce travail. A part Mike, son fidèle chien berger qui lui tient compagnie, il n’y a que les chacals, les sangliers, les vautours, les porcs-épics, les singes et autres habitués de ces altitudes à lui rendre, quelquefois, une petite visite de courtoisie et de bon voisinage. Cette année, son fils Karim, 29 ans, ainsi que son neveu sont avec lui pour l’assister dans ce travail qu’il a entamé, il y a maintenant un peu plus d’un quart de siècle. Pendant que Da Mohamed nous prépare un délicieux petit café bouilli à l’ancienne, Karim surveille à la jumelle les bêtes qui se sont aventurées sous les cèdres presque au sommet de la montagne. Il ne faut surtout pas en perdre une. « A plus de 10 millions de centimes l’unité, ces tondeuses à gazon » sont de vraies petites fortunes sur pattes. Leurs propriétaires paient 800 da par mois et par tête. Une somme qu’une vache peut engloutir en deux ou trois jours si elle reste dans son écurie à se nourrir de bottes de foin. De plus des maquignons, de la région de Michelet et d’Iferhounen, ont recours aux services de Da Mohamed. Le métier est devenu très rentable. Un métier que l’on pratique à tout âge. Ali, 19 ans, a quitté les bancs de l’école prématurément à la 7e année. Depuis, il est berger, presque par vocation si ce n’est par amour du métier. Il garde les moutons en hiver et les bœufs en été. Son village possède 80 bœufs et cinq bouviers pour les garder. Il faut compter 2000 DA par paire de bœufs et par mois. Lui officie sur le versant sud du Djurdjura. Selloum, Ivahlal, Taqervouzth, Ath Mellikeche, chaque village possède ses propres zones de pacage. Des territoires convoités qui ont, par le passé, donné lieu à des guerres tribales, dont les sanglants épisodes sont encore ancrés dans la mémoire collective. Rencontre avec ces fameux bergers et déjeuner aussi champêtre que frugal à l’ombre des cèdres. Au menu, galette, olives séchées, oignons, huile d’olive et abouglou ou agouglou, selon l’accent du terroir. C’est un yaourt 100% nature que l’on obtient en versant quelques gouttes de sève de cardon sauvage ou de figue verte dans du lait frais. Tandis que les hommes se restaurent, le troupeau se repose en ruminant placidement. Une chèvre s’approche des bergers, les mamelles gonflées. Elle réclame avec des bêlements plaintifs d’être traitée car elle a besoin d’être soulagée de son trop plein de lait. C’est un délicieux et joyeux moment que ces instants passés avec ces pâtres au verbe truculent, ces authentiques fils du peuple qui, à force de vivre avec les animaux, ont fini par tout connaître de la nature… humaine.

Pâtres agreste

Ces hommes, qui vivent dans la simplicité et le dénuement et proche de la nature, ont toujours le mot pour rire. Le bonheur est sûrement dans le pré. Ils vivent dans des petites cabanes en pierre et en bois éclairées à la lumière de la bougie ou à celle des étoiles. Les chiens, ces auxiliaires du berger, sont indispensables pour tenir à bonne distance les chacals affamés et toujours à l’affût d’un nouveau-né à se mettre sous le croc. Il faut dire aussi qu’il n’y a jamais de vol, mais il arrive que le troupeau se perde et qu’on le cherche par monts et par vaux. Certains propriétaires lâchent leurs troupeaux libres 12 mois sur 12. Les bœufs deviennent alors semi-sauvages. Il n’y a pas d’autre solution que de l’abattre au fusil si on veut en attraper un. Velqacem et Younes ont le même âge. Originaires d’Ivahlal, ils ont tous les deux 28 ans et un troupeau de 24 bœufs qu’ils ont achetés les uns après les autres dans les marchés de l’est du pays. Ils les gardent à la montagne à tour de rôle avec des rotations de 5 jours. Leurs bovins, ils les paient à près de cinq millions de centimes l’unité et les revendent le double au bout de deux ans d’engraissement. L’hiver dans un hangar et l’été en plein air, le bétail engraisse surtout à la saison sèche en se gavant de l’herbe fraîche des hauteurs. L’année dernière, ils sont montés un 15 mai et sont redescendus le 13 novembre. Aqdhar, cette tradition de la transhumance qui voit le troupeau du village estiver, n’existe plus dans leur village depuis 1986. A la place, des petites PME, comme celle de Velqacem et Younes, ont repris le créneau pour lancer une économie pastorale qui gagnerait à être encouragée. Jadis, vers le 15 mai, tout le village (hommes, femmes et enfants) remontait à Amrah, une aire battue et clôturée par des murailles de pierre où l’on réunissait les animaux pour la nuit. On chantait et on battait des mains chemin faisant. Arrivés là, on encourageait les bœufs à se battre. Un combat sans merci pour désigner le champion, l’aramoul, le chef cornu qui va avoir le devoir de conduire tout le troupeau et le plaisir de saillir toutes les femelles. Tous les prétendants au titre doivent se battre. Parfois à mort. Un seul en sortira vainqueur. Un aramoul reconnu par ses pairs et dont l’autorité ne sera pas remise en question avant la prochaine saison. Il aura pour tâche de conduire un troupeau de 150 à 200 bœufs et ne laissera aucun congénère étranger s’approcher de ses administrés. Il guide et dicte les règles de conduite. Le nif kabyle faisait que l’on achetait très souvent un bœuf spécialement pour cette circonstance, pour être champion. Le prestige de la victoire rejaillissait évidemment sur son propriétaire.

Nos amis les bêtes

Parallèlement au combat des bœufs, une compétition très disputée engageait les hommes : le tir au fusil. Il faut abattre une cible, en général une pierre plate placée à une bonne distance de nos prétendants au titre envié de tireur d’élite du village. Karim, le fils de Da Mohamed, est boulanger. Un métier qu’il n’aime pas du tout. Il préfère garder les bœufs et trouve beaucoup davantages à cette vie en plein air. « J’aime vivre avec les bêtes en pleine nature. C’est une vie saine et on n’est jamais malade », dit-il en promenant son regard sur les monts constellés de villages que l’on voit au loin. Chaque jour, il est aux petits soins avec ses bovidés. Dans sa cabane, il possède tous les vaccins et tous les traitements nécessaires aux petits bobos, en plus de la pharmacopée traditionnelle à base de plantes médicinales. « Je sais exactement ce qu’il faut pour chaque blessure et pour chaque maladie », précise-t-il. Avant de prendre, à regret, congé de Da Mohamed et de ses bêtes, celui-ci tient à nous offrir un petit cadeau symbolique : un sachet plein d’herbes aromatiques et médicinales de différentes espèces. « Pourtant, que la montagne est belle, disait Jean Ferrat. Comment peut-on s’imaginer… »

Par Djamel Alilat

source:el watan

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Mort du chanteur Katchoun

Posté par algeriedemocratie le 13 août 2009

Musique Chaouie

Mort du chanteur Katchoun

Le chanteur Katchou, star de la chanson chaouie, auteur des hits Hey Demi Demi et Ana Wach Edani, est décédé dans un accident de circulation, hier soir vers 20h sur la l’axe routier reliant Sétif à Batna et ce, à l’âge de 45 ans.

Katchou se rendait à Djemila où se déroule le Festival du chant arabe. Il devait s’y produire ce soir. Katchou, de son vrai nom Ali Nasri, est né en 1964 à Batna. Katchou a fait ses premières armes en reprenant le répertoire de Aïssa Djermouni, son père spirituel, notamment Métoussa. Katchou compte d’autres titres : Delali Delali, Hami Hami, Lali Lali ou encore Houzni Ala Bladi.

Par K. S.

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