Pour une critique raisonnable et responsable au service de l’Etat et de la nation

Posté par algeriedemocratie le 29 août 2009

Ahmed ROUADJIA
El Watan 28 août 2009Veut -on que les choses changent dans le sens positif ? Que l’Algérie devienne un pays socialement pacifié, plus civilisé et plus prospère qu’il ne l’a jamais été ? Que les Algériens se réconcilient entre eux et renouent avec la fraternité d’armes née de la Révolution ? Qu’ils réalisent les promesses de liberté, d’égalité et de justice sociale pour lesquelles ils s’étaient dressés unis contre l’oppression coloniale et la négation de l’identité nationale ? Que répondre à ces questions ? Sinon que les mêmes sentiments et convictions qui ont animé la pensée et l’action de nos valeureux révolutionnaires de la première heure devraient mouvoir les générations présentes.

Les pionniers de notre Révolution, à l’exemple de leurs pairs français de 1789 et de 1799, se sont insurgés contre l’injustice, l’oppression coloniale, l’appropriation violente des terres de leurs ancêtres (Sénatus Consulte 1863, loi Warnier, le régime de l’Indigénat …). Pour que l’injustice coloniale, mais aussi les lois d’airain des féodaux « indigènes » ne se reproduisent et ne se perpétuent pas sous l’emblème de la République algérienne démocratique et populaire, la critique constructive et la dénonciation justes, justifiées et fondées, des écarts de nos lois et de nos conduites par rapport à l’intérêt général, doit s’imposer comme une obligation éthique, un droit légitime et louable. C’est l’unique façon d’éviter à l’Etat et à la nation de sombrer dans les abîmes de l’anarchie et du désordre social et politique.

Le droit, la justice et la liberté comme antidotes à l’anarchie

Nous devons combattre l’injustice et l’abus de pouvoir éventuels de nos dirigeants de la même manière que nous l’avons fait contre l’ordre colonial, inique et injuste. Les révolutionnaires français, Robespierre et Saint-Just, entre autres, se sont élevés tout d’abord contre les oppresseurs nationaux -Louis XVI, la noblesse et une partie du clergé catholique allié aux privilèges de la féodalité -, avant de se lancer à l’assaut de l’Europe des rois. L’injustice est source de tous les dangers. Elle suscite les ressentiments, les haines, la violence, générateurs de désordre et d’anarchie. Les pionniers de la Révolution française l’ont bien saisie. Ne devrions-nous pas nous en référer ? Disciple, puis ami de Robespierre, Saint-Just avait à peine 22 ans lorsqu’il s’est interrogé sur le sens de la liberté. Pour lui, une révolution, la vraie, qui ne change pas de fond en comble l’ordre juridique, social et politique dans le sens du « bien » est une révolution avortée. Pour qu’elle réussisse, il faut que ses véritables instigateurs finissent leur carrière dans le tombeau.

Que peut faire un peuple privé de liberté ?

Si je devais interviewer Saint-Just, je lui poserais ces questions qui ne manqueraient pas de me livrer en retour le sens profond du mot révolution et de tout ce qu’elle charrie comme valeurs :
Citoyen Saint-Just, votre vie que l’on dit mystérieuse et que rend encore plus mystérieuse votre concept de l’Etre Suprême, ne semble-t-elle s’éclairer qu’à la lumière de votre combat pour la Révolution ?
C’est bien cela.
Pourquoi êtes-vous épris à ce point de Révolution ?
Pour combattre les tyrans et mourir afin que la liberté des peuples s’édifie sur leurs cadavres ! En un mot, ceux qui font des révolutions dans le monde, ceux qui veulent faire le « Bien » ne doivent dormir que dans leur tombeau…
Pour vous, citoyen Saint-Just, la Révolution s’identifie-t-elle à la liberté ?
Quand tous les hommes seront libres, ils seront égaux. Quand ils seront égaux, ils seront justes.
Que peut faire un peuple privé de liberté ?
L’anarchie est la dernière espérance d’un peuple opprimé ; il a le droit de la préférer à l’esclavage et se passer plutôt de maître que de liberté !
Mais d’où vient la liberté ?
Nous avons opposé le glaive au glaive et la liberté a été fondée ; elle a pris naissance du sein des orages, cette origine lui est commune avec le monde, sorti lui-même du chaos, et avec l’homme qui pleure en sortant des entrailles de sa mère ….
Et la République dont vous rêvez, comment va-t-elle naître et perdurer ?
On ne fait une république pérenne, juste et équitable, qu’à force de frugalité et de vertu.
Espérez-vous, citoyen Saint-Just, que les idées révolutionnaires se répandront à travers le monde ?
Bientôt les nations éclairées feront le procès à la mémoire de ceux qui ont régné de manière injuste et arbitraire sur elles et traîneront leurs ossements à l’échafaud. C’est alors que l’Europe foulera aux pieds et la poussière et la mémoire des tyrans, et tout gouvernement qui ne sera point fondé sur la justice sera abhorré ! La victoire et la liberté couvriront le monde … Un peuple qui n’est pas heureux n’a pas de patrie …
Vous êtes, citoyen Saint-Just, partisan d’une révolution absolue ?
Et pour cause : car ceux qui ont fait la révolution à moitié n’ont fait que creuser leur tombeau !
Si vous aviez à dessiner le portrait du vrai révolutionnaire, que diriez-vous ?
Je dirais qu’il est inflexible, mais sensé ; il est frugal, il est simple sans afficher le luxe et la fausse modestie ; il est l’irréconciliable ennemi de tout mensonge, de toute indulgence, de toute affectation … Un homme révolutionnaire est plein d’honneur, il est policé sans fadeur, mais par franchise et parce qu’il est en paix avec son cœur … Il est intraitable aux méchants, mais il est sensible ; il est si jaloux de la gloire de sa patrie et de la liberté, qu’il ne fait rien inconsidérément. Il sait que pour que la Révolution s’affermisse, il faut être aussi bon qu’on était méchant autrefois …
Et comment vous concevez le bonheur d’un peuple ?
Un peuple qui n’est pas heureux n’a pas de patrie : il n’aime rien, et pourrait être sujet à toutes les tentations, à tous les dérapages possibles et imaginables … Si l’on veut fonder une République qui défie les temps et qui survivra aux hommes, on doit s’occuper de tirer le peuple de l’état d’incertitude et de misère qui le corrompt … La misère et l’oppression ont fait naître la Révolution, la misère et l’injustice peuvent la détruire … Ici s’achève mon entretien avec Saint-Just qui, à l’âge de 27 ans, meurt ironiquement sur l’échafaud. Comme Robespierre. Ils sacrifièrent leur vie aux mots liberté, égalité, justice, forte constitution. Engloutis par la Révolution qu’ils ont faite, qui les a réduits en cendres, et c’est de ces cendres que naîtra et se consolidera paradoxalement la République …. Bien que conduit sur le mode « fictif », ce dialogue n’est pas moins inspiré et fondé sur les discours et la biographie historiques de ces personnages considérables de la Révolution française …

La Révolution algérienne trahie ?

Que dire maintenant des promesses de notre Révolution algérienne ? Tout le monde s’accorde à dire qu’elles ont été trahies. La justice, l’égalité, la liberté et la fraternité promises ne sont que les reflets affaiblis de souvenirs lointains. Certains acquis réalisés au lendemain de l’indépendance, comme le droit, la justice, la protection sociale du travailleur, etc. ont été peu à peu grignotés. La justice elle-même, comme l’a noté à maintes reprises, le Professeur Mohand Issad a « enregistré une régression inquiétante » (El Watan 3 janvier 2009). Les abus du pouvoir, les violations répétées des droits de l’homme, l’enrichissent illicite, la corruption en tous genres, sont tolérés s’ils ne sont pas encouragés par les détenteurs de l’autorité. Les membres même de la « famille révolutionnaire » ou ceux qui prétendent être les dépositaires légitimes de l’héritage révolutionnaire, ont fait de l’évocation du sang de nos martyrs un fonds de commerce et un tremplin qui ont permis à la plupart d’entre eux d’acquérir des privilèges exorbitants. La liberté, la justice, l’égalité, le bien, la vertu et la frugalité dont parle Saint-Just, valeurs qui ont été celles aussi de nos révolutionnaires du 1er Novembre 54, ne sont plus que des slogans creux auxquels les organisateurs de nos cérémonies et de nos anniversaires les plus marquants de notre histoire ne croient plus. Notre Révolution est comme avortée, car faite presque à moitié. Les seuls vœux qu’elle a réussi à exaucer sont la souveraineté politique dont le drapeau et le passeport vert en sont les témoins tangibles. Le droit, la justice sociale, l’égalité et la liberté constituent cette autre moitié des promesses radieuses que la Révolution n’a pas réussi à exaucer pleinement, faute de continuité et d’esprit de suite dans ses convictions et principes fondateurs. Un peuple privé d’une partie de ses droits fondamentaux n’est pas entièrement « libre » et ne saurait être heureux dans ce contexte de sevrage, de manque et de frustrations. Un peuple malheureux ne se sent pas seulement orphelin d’une patrie, mais il se sent également comme le siège d’une haine à la fois de soi et des autres ….

Préserver et renforcer les parties saines de notre société

Si nous autres, Algériens, nous n’avons pas un roi à détrôner ni une noblesse à déloger de ses positions et privilèges fortifiés par des siècles d’expropriation des terres paysannes, nous n’avons pas moins une classe de privilégiés qui s’est fondée à l’ombre de l’Etat. Grâce aux positions acquises dans l’ordre institutionnel et à la faveur de la rente « pétrolière », cette classe de privilégiés se compose pour une grande partie d’une bureaucratie qui se sert de l’Etat tout en asservissant les institutions qui en procèdent à ses desseins personnels. Par le déficit de la responsabilité civique et civile dont beaucoup de ses membres se signalent, et par l’érosion des valeurs éthiques et morales dont elle fait preuve, cette classe de privilégiés, formés souvent de parvenus sans autre culture que le culte absolu de l’argent et des signes ostentatoires de richesse, elle achève de générer par ses conduites et sa conception étriquée de l’Etat plus d’injustice, d’arbitraire et de dilapidation des biens publics que de justice sociale, d’équité et de renforcement de l’Etat de droit, garant essentiel de la stabilité et de l’ordre politique et social, sans lesquels il n’y a point de paix pérenne Faute de rois sanguinaires à conduire sur l’échafaud, et d’une féodalité enracinée dans le terroir, et exploitant affreusement ses serfs, nous devons tout au moins user des armes pacifiques que sont la critique constructive, la dénonciation des abus qui affleurent à la surface de la société, la « conscientisation » et la moralisation des pratiques administratives, commerciales, sociales et politiques. Afin de limiter ces fléaux dont la corruption, l’incurie et les négligences qui gangrènent une partie de l’organisme social et économique sont les manifestations les plus saillantes, nous devons renforcer, comme en contrepoint, la partie encore saine, encore épargnée, de nos institutions. Car, en effet, il existe dans ce pays des femmes et des hommes qui n’ont en vue que l’intérêt général et qui se dévouent réellement pour le bien de la collectivité nationale. Je pense à ces milliers de fonctionnaires, petits et grands, qui ne possèdent d’autres « privilèges » ou de rente de situation que leur unique salaire pour subvenir aux besoins de leurs familles. On peut décomposer ces fonctionnaires en catégories socio-professionnelles : simples employés de municipalités, des postes, des perceptions d’impôts, de ministères ; d’ouvriers d’usines ; de fonctionnaires de rangs élevés ; de cadres moyens et supérieurs ; de soldats, de gendarmes, de policiers ; d’officiers supérieurs de tous les corps de « métier ». Tous ces fonctionnaires, tous grades et statuts confondus, constituent l’armature de l’Etat, et ne sont pas tous, tant s’en faut, gagnés ni par la corruption matérielle ni par la corruption morale. Il en est qui résistent à toutes les tentations corruptrices et s’efforcent de leur mieux de servir l’Etat, non certes pas comme ils veulent, mais comme ils peuvent. Ceux-là s’efforcent de servir le pays de bon cœur. Ils sont habités par une éthique civique et civile, par des valeurs morales qu’ils tiennent soit de la religion, soit de leur éducation traditionnelle de base, soit encore des mécanismes psychologiques qui seraient liés aux affects patriotiques reçus dans la prime enfance. Tous ces cas de figure peuvent s’observer à travers les gestes, les paroles et les actes des agents sociaux.

Les ennemis de la République sont au « dedans » de l’Etat

A l’inverse de cette partie saine de la société civile et politique, il en est une autre qui ne l’est point. Composée de corrompus irresponsables, oublieux du devoir envers l’Etat et la nation, cette fraction d’individus est nichée dans les institutions. Elle forme le camp des ennemis de l’Etat et de la République. C’est dire que ces ennemis mortels sont au « dedans », et pas forcément en dehors de ces entités transcendantes. Nul ne peut nier l’existence de fonctionnaires et de détenteurs de certaines positions de pouvoir au sein des institutions ( ministères, universités, académies, entreprises, etc.), et qui s’avèrent corrompus jusqu’à la moelle au double sens du mot : économique et moral. Tout en affichant haut et fort leur qualité de « commis de l’Etat », comme pour impressionner leur monde, beaucoup d’entre eux ont des pratiques et des postures qui trahissent de manière évidente les traits caractéristiques de la gabegie. C’est ce profil d’hommes installés un peu partout dans les interstices de l’Etat, et qui en bouchent tous les pores, qui se révèle être en grande partie responsable de son dysfonctionnement. En même temps qu’il parasite certains segments de l’Etat au point de le rendre impotent, ces hommes vampirisent toutes les volontés susceptibles d’en refondre les structures dans le sens du bien et de l’efficacité. Agissant hors-la-loi, et n’intimant ordre d’agir et de faire à leurs subordonnés que par le jeu de l’oralité (coup de fil, suggestion…) aux fins de ne laisser aucune trace écrite qui pourrait les confondre en cas de contestation, ces ennemis de la nation tapis au sein du pouvoir d’Etat n’hésitent pas à créer des lois et des règles parallèles, occultes, et donc en contradiction totale avec les dispositions de la Constitution, le droit du travail, les lois de la fonction publique et la réglementation administrative. Une foule de pratiques illustre ces dérives dangereuses qui sont aux antipodes des principes qui fondent l’Etat de droit.

Par Ahmed Rouadjia

source:quotidienalgerie.com

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

le prix de la volaille s’envole

Posté par algeriedemocratie le 29 août 2009

 
 

 
1 le prix de la volaille s'envole dans DILEM(16) dilem

Publié dans DILEM(16) | Pas de Commentaire »

La résistance des Kabyles Ath Douala à travers l’histoire

Posté par algeriedemocratie le 29 août 2009

La résistance des Kabyles Ath Douala à travers l’histoire

L’exemple des Ath Douala

n Par Ramdane LASHEB

Cette région se présente comme une ligne de crêtes successives se ramifiant vers l’ouest et l’est en crêtes secondaires séparées par des ravins profonds, allant d’une altitude de 250 m sur les limites nord et sud à 800 et 900 m sur les hauts sommets. Son climat se caractérise par un été chaud et un hiver froid, avec un degré d’humidité supérieur à la moyenne de la wilaya pour les villages situes au nord, à proximité du barrage Taksebt.

Bien que l’arch des Ath Douala concerne que quelques villages (selon le découpage traditionnel), tous les habitants des quatre tribus déjà cités s’identifient curieusement à l’extérieur comme étant natif des Ath Douala. C’est vrai qu’à un moment donné, de 1962 à 1985 les quatre tribus citées sont groupées en une seule et même commune, celle des Ath Douala. Quant aux Ath Yirathen notamment ceux de la commune d’Irdjen continuent à nos jours de nommer tous habitants des villages qui leurs font face à l’ouest, c’est-à-dire ceux qui sont situés sur le versant nord-est par les Ath Aissi, nom de toute la confédération.

Ainsi, cette région est connue surtout par cette multitude d’hommes et de femmes de divers horizons des écrivains Mouloud Feraoun auteur du fils du pauvre, Fadhma Ath Mansour, Imache Amar (essai politique), Rachid Alliche (tamazight)… aux chanteurs Matoub, Hamani, Zeddek, Domrane… en passant par les militants berbéristes Smail Medjber, Mokrane Chemim et les sportifs tels Iboud, Harb, Sebbar en football et Hadid kahina en judo .. Et plus récemment par le sacrifice du jeune lycéen Masinissa Guermah… la liste est longue, on ne peut hélas, nommer ici tout ceux et celles qui ont honoré et fait connaître cette région des Ath Douala.

Pour mieux donc cerner l’histoire des Ath Douala on parlera volontairement de tout ce territoire qu’occupent ces quatre tribus car l’histoire des villages se confond avec celle de l’arch, de la confédération et de toute la Kabylie.

Après la conquête de la Kabylie en 1857, avant que l’administration militaire coloniale cède la place à l’administration civile, le bureau arabe a adopté le découpage territorial traditionnel. La confédération des Ath Aissi compte sept (07) tribus : Ath Douala, Ath Mahmoud, Iferdioun, At Amar Ou Fayed, Ihesnaoun, Ath Zmenzer et enfin At Abelmoumen. Et depuis ce territoire ne cesse de subir d’autres découpages territoriaux. Ainsi l’arrêté du 25 août 1880, les autorités civiles ont fait introduire le douar. Les At Douala, les At Mahmoud deviennent des douars à part entières. Les Iferdioun, les Amar Ou Fayed et les Ath Abdelmoumen sont groupés dans un seul douar celui de Béni Aissi. Quant aux At zmenzer et Ihesnaoun, ils appartiennent au Douar Zmenzer et à la commune de plein exercice de Tizi-Ouzou contrairement aux autres cités qui faisaient parti de la commune mixte de Fort National. En 1946, les douars sont supprimés au profil des centres municipaux, pratiquement chaque village devient centre municipal et tous faisaient partie de la commune mixte de Fort National. En 1956, lorsque Tizi-Ouzou devient département de la Grande Kabylie, Fort National est promu arrondissement et Béni Douala une commune. En mars 1957, en plein guerre toujours, lors de la reforme des communes, quatre communes sont crées dans l’ancien douar : Béni Douala, Aït Mahmoud, Taguemout Oukerrouche (At Amar Oufayed) et enfin Ighil Bouzrou (Iferdioun). En quelque sorte, c’est le retour au découpage traditionnel.

A l’indépendance du pays, l’Algérie a reproduit le même schéma d’organisation administrative d’avant l’indépendance avec un rétrécissement des circonscriptions. Ainsi, le décret du 31 mai 1963 portant sur la réorganisation territoriale des communes, les trois tribus: les Ath Douala, les Ath Mahmoud et les Ath Aïssi furent réunis en une seule commune, celle de Beni Douala. Plus tard en 1985, on revient à l’ancien découpage d’avant l’indépendance à l’exception de Taguemout Oukerrouche qui était annexé à Ath Douala.

Les écrits ou les ouvrages connus qui traitent du passé des Ath Douala sont à compter aux bouts des doigts et sont tous postérieures à la conquête des At Douala. On citera en exemple celui de Devaux, ancien chef du bureau Arabe ‘‘Le kebailles du Djerdjera’’ paru en 1850 ou il donne une description de la confédération des Ath Aissi. Le deuxième celui de Hanoteau ‘‘Poésies populaires de la Kabylie’’ dans lequel l’auteur a consigné deux longs poèmes de résistances, l’un du poète Lhadj Rabah de Taourirt Moussa sur l’insurrection de 1856, combat au marché des Ouadhias et l’autre de Lhadj Mohammed-Bachir des At Bouyehya sur l’insurrection de 1856 ‘‘attaque de Dra Elmizan’’ a été édité en 1857. Les poète Lhadj Rabah relate le combat au marché des Ouadhias, il rend hommage aux tribus qui combattaient aux coté de celle des Ouadhias notamment les At Mahmoud, ennemis d’hier des Ouadhias (7 ans de guerre). Quant à Henri Genevois on lui doit la monographie de Taguemout Azzouz. Sinon, tout ce que l’on sait sur l’incursion turque et la résistance des Ath Douala à la conquête française, on le doit surtout au colonel J.N. Robin. Et c’est sans doute l’un des plus ancien récit écrit sur les At Douala.

Avant et pendant la période turc, la Kabylie était plongé dans une guerre tribale. Les tribus de la confédération des At Aissi n’échappent pas à ce triste sort. Les Ath Mahmoud étaient souvent en guerre soit avec les Ath Douala au sujet du souk de Larbaa soit avec les Ath Amar Oufayed pour des histoires d’honneur. Mais lorsque par exemple les Ath Mahmoud étaient engagé dans une guerre tribale contre une autre confédération ou un village extérieur à la confédération des Aïssi comme les Ouadhias Ou les Ath Yenni, les Ath Douala et les Ath Amar Oufayed combattaient à côté des Ath Mahmoud .

Au début du XVIIIe siècle, pour réduire les tribus des At Aissi, des Ath Douala et Ath Mahmoud à l’obéissance, Ali Bey de Titery marcha avec une colonne sur ces tribus. Et « seuls le village de Taguemout Azzouz et celui des At khelfoun, faisant partie de la tribu des At Mahmoud, opposèrent une résistance si énergique que, les colonnes turques durent s’en retourner sans avoir pu s’en emparer». Pas pour longtemps puisque Mohamed Bey réussit à prendre Taguemout Azzouz et le village de Tizi-Hibel. Ainsi, la tribu des Ath Mahmoud fit sa soumission. Il est de coutume chez les kabyles, les frères ennemis d’hier s’unissent souvent contre un ennemi commun. Et c’est dans cette logique que les Kabyles répondent à l’appel de Hussein Pacha à la guerre sainte contre l’envahisseur français.

Avant de marcher pour la guerre contre les troupes coloniales qui débarquaient en juillet 1830, les kabyles s’organisent. Robin notait à ce propos : « il est d’usage que chaque tribu ou chaque groupe de tribus d’un même sof soit accompagné d’un de ses marabouts les plus en renom, porteur du drapeau de sa zaouïa. Le jour du combat, ces drapeaux sont plantés sur la ligne de bataille pour servir de points de ralliements, et ils y restent jusqu’à ce que le sort des armes soit décidé.» Ainsi Les Ath Mahmoud avaient Lhousin Naït Mbarek comme chef et Si Nordin Nait Zian comme marabout et les autres tribus des Ath Aissi marchait avec Si Lhadj Tahar en compagnie du moukaddem de la zaouïa de Sidi Ali Ou-Moussa.

Quant à la conquête française des Ath Douala, elle commença le 7 octobre 1856. Après la conquête des tribus des Guechtoulas, l’expédition quitte le camp de Boghni et prirent la direction des Ath Douala et des Ath Mahmoud, deux tribus jusqu’à la, non conquises. La division Renault passa par Ighil Imoula et les At Abdelmoumen, une région déjà soumise et arriva à Larbaa à la fin de l’après midi du 6 octobre. Le médecin de l’expédition, le Dr Bertherand notait : “Nous posons pied à Béni-Douala aux environs de quinze heures(…) des groupes d’hommes valides desquels s’échappent des cris, des vociférations et parfois des injures en langue française. Ils semblent se concerter pour la défense ou l’agression. Les Béni-Douala passent pour compter parmi eux un bon nombre d’anciens tirailleurs indigènes libérés ou fugitifs et prétend-on aussi plusieurs déserteurs français.»

La division Renault composée de 203 officiers et 5427 hommes et les 4 bataillons de la colonne Pellé venus de Tizi-Ouzou, attaquèrent les villages des Ath Douala. Des contingents des Ath Yiraten et des Ath Yenni combattaient à cote des Ath Douala comme le notait Devaux : « Après avoir réduit les Guechtoulas, le maréchal Randon passa au mois d’octobre auprès des deux tribus Ath Douala et Ath Mahmoud, et eu affaire non seulement à elles mais encore aux contingents des Ath Yirathen et autres». La résistance n’a pas tenu longtemps devant l’arsenal militaire mis en œuvre par le maréchal Randon pour cette conquête. Par contre elle fut farouche et l’attaque meurtrière. Robin notait: «l’ennemi, embusqué dans le ravin d’Ighzer Oumalou où les contingents des Béni-Raten se sont portes en grand nombre; continuent une tiraillerie meurtrière. Cette journée, nous a coûté 11 tués, dont un officier le capitaine Cuignier du régiment étranger, et 38 blessés dont 3 officiers».

Le 8 octobre, l’attaque se poursuit, «dix bataillons commandés par les généraux Liniers et Deligny, sous la direction du général Renault, descendent du camp et vont s’emparer des points qui ont été occupés la veille (…) Nos pertes de la journée sont de trois hommes tués et 22 blessés, dont 2 officiers(…) Comme la veille, le 13 bataillon de chasseurs a rempli sa tâche; il est allé incendier le marabout de Sidi Bouali, qu’il avait visité le 7 octobre. On apprend que les pertes de l’ennemie on été plus nombreuses que la veille.»

Tous les villages des Ath Douala furent tous détruits et l’oliveraie était en flammes. «Dans la soirée, on a pu apercevoir des montagnes de la Kabylie, les villages et les oliviers des Béni Douala en flammes». Les Ath Douala vaincus mais pas encore soumis, continuent la révolte comme le notait de son côté C.Devaux : «les Ath Douala seuls, dont les intérêts sont intimement liés à ceux des Ath Yirathen, persistèrent dans l’insoumission.» Ainsi, lors de la conquête des At Yiraten, pour empêcher les Ath Douala d’aller prêter main forte aux At Yirathen, les officiers français, avec l’appui des tribus soumises attaquèrent de nouveau les Ath Douala comme le notait J.N.Robin: «Les mêmes jours, des tribus soumises font une diversion chez les Béni Douala, la lutte était restée sans résultats, mais le 25 mai, le combat fut repris (…)» .

La politique de la terre brûlée du maréchal Randon et la reddition des Ath Irathen ont entraîné immédiatement la soumission des Ath Douala. Elle intervient le 27 mai, après celle des At h Yiraten le 26 mai 1857 avec une imposition (contribution de guerre) de 89 600 F.

La violence économique et sociale de la politique colonial, caractérisée par l’expropriation des terres, la destruction du patrimoine forestier et arboricole, les impôts sur la guerre, l’interdiction du commerce dans les souks, la déportation et le démantèlement des institutions sociopolitiques traditionnelles ont fait plonger la Kabylie dans un chaos total. Ainsi, l’équilibre qui a maintenu les populations sur ces terres déjà ingrates se trouve compromis. La montagne ne peut plus répondre aux besoins de ses habitants par conséquent l’émigration est impérative pour le surplus humain, dans le premier temps vers les grandes villes d’Algérie comme Boufarik, Alger et Annaba ensuite vers la métropole.

L’émigration des Kabyles en Europe a commencé bien avant la première guerre mondiale. On compte en Mars 1914, 1635 mineurs kabyles employés dans le bassin houiller du Pas de Calais et du Nord. C’est à partir de la deuxième guerre mondiale que l’immigration fut effective pour les Kabyles. Le manque de dynamisme économique, la densité humaine, la scolarisation et l’offre d’emploi du pays d’accueil a poussé les gens à s’immigrer en France. En 1950, les Ath Douala ont un taux d’immigration des plus important de la commune mixte de Fort National, soit 13,2% d’émig/ à la population totale. Mahé écrivait: « Après avoir envisage, tous les paramètres qui concourent à l’ampleur du phénomène migratoire, c’est seulement dans les deux douars (Béni Douala et Béni Mahmoud) présentant respectivement 372 hab. /km_ et 314 hab./km_ en 1950 que la corrélation entre densité démographique et intensité d’immigration nous semble relativement pertinente puisque les taux d’immigration par rapport à la population active masculine atteignent respectivement 53% et 47% contre une moyenne régionale de 245 hab./km_ et 36,3°% d’émigres .»

L’immigration en France a permis à un grand nombre de citoyens d’Ath Douala, d’investir les syndicats et les partis nationalistes à l’image du grand militant de la cause nationale Imache Amar membre de la direction de l’ENA (Etoile Nord Africaine). Ainsi, lorsque la guerre de libération s’est déclenchée les militants nationalistes étaient déjà à l’avant-garde.

Par sa situation géographique et le dévouement de sa population à la guerre de libération At Douala a abrité de grands chefs de la révolution. Dés le début de la guerre, en février 1955, Krim Belkacem, et Mohammedi Saïd (si Nasser), successivement chefs de la wilaya III historique ont tous les deux installé leur poste de commandement (P.C), à Tala-Khelil et à Tizi n Tlakh. Plus tard en 1961, le PC zonal était même installé en contre bas d’un village des At Mahmoud qui était encore occupé par l’armée française.

Après le Congrès de la Soummam, lors de la réorganisation du découpage territorial, le territoire national est divisé en wilayas et chaque wilaya est divisée en quatre zones, chaque zone en quatre régions et enfin chaque région est divisée en quatre secteurs. Ainsi, la superficie que couvrent les quatre tribus traditionnelles se nomme secteur 1 de la région 2 de la zone 3 de la wilaya III. Ce secteur 1 épouse totalement la superficie que couvre la SAS des Ath Douala et il est baptisé par les maquisards secteur llah irehmou, le secteur de la mort. Dans son témoignage sur la bataille de Si Aissa, le maquisard Helli Mohamed Arezki dit Muhend Arezki Amesbah, disait à propos de ce secteur : « Le secteur des Ath Douala était baptisé par les maquisards (secteur llah irahmou), secteur de la mort parce que la mort est partout. C’est une région étroite, au relief découvert, à l’exception de l’étroite partie orientale qui touche à la rivière. Elle est quadrillée par de nombreux postes militaires, avec un accès facile aux différents villages par des routes carrossables. Elle ne permet pas un bon camouflage des maquisards, notamment lors de replis et lors des accrochages. Le fait que la région soit proche du chef lieu de Tizi-Ouzou, les renforts de l’armée française sont rapides, cela n’arrange pas les choses… Le chef de secteur Ucarqi , disait que «j’étais parti voir ma famille, je leur ai dit, tant que je suis dans le secteur des At Douala, vous vous considériez comme étant des orphelins… Ainsi, on affectait les maquisards indisciplinés, dans ce secteur». Selon les maquisards, la région des Ath Douala c’est-à-dire, le secteur 1 comme ils avaient l’habitude de l’appeler était un secteur ou on mène des actions militaire contre l’armée française, contrairement à celui d’Amejoudh qui est un secteur de repli. On ne peut pas aborder l’histoire de cette période de la guerre du secteur des Ath Douala sans parler de la fameuse SAS de Béni-Douala symbolisé par son responsable, le sanguinaire capitaine Oudinot, cet ancien parachutiste, défenseur de l’Algérie Française qui termina dans l’organisation armée et spéciale (L’O.A.S) avant d’être arrêter et traduit en justice avec ses copains généraux putschistes.

La SAS de Béni Douala est fondé pour la première fois en 1955 par le capitaine Reynaud. Sa fonction principale est la destruction des OPA (organisations politiques administratives) poumon de l‘ALN, la destruction des katibats de l’ALN et œuvrer pour la politique de pacification. Le Capitaine Oudinot reçoit d’abord son affectation à Fort National comme adjoint de Regerat premier administrateur de la commune mixte de Fort National. Un mois après son installation, il convînt le capitaine Reynaud lors d’une réunion des chefs de SAS avec les officiers supérieurs, d’accepter une permutation. Ainsi il prend les commandes de la SAS des At Douala en mai 1956. Cette année là est pleine d’événements que ce soit du coté FLN/ALN que ce soit du coté armée française.

Après l’implantation à Ighil Bouzrou d’une batterie d’artillerie et l’installation de la première brigade de gendarmerie, le groupement de parachutistes dit du 11e choc commandé par le capitaine Bauer investit les lieux. Aussitôt installé, ces paras investissent les villages à la recherche d’anciens militants du PPA entrés de France ou éléments fichés. Le poète Si Cherif Kab était de ceux qui ont été appréhendé et humilié par les chasseurs alpins et il ne manquera pas de le signaler ainsi que les exactions d’Oudinot chef de la SAS des Ath Douala dans un de ses poèmes sur la guerre de libération national . Du côté des maquisards, il y’avait eu d’abord en janvier 1956 la démission collectives des maires de leurs postes, répondant ainsi à l’appel du FLN. Le 20 Août 1956, une date mémorable pour l’Algérie, pour la première fois sous la houlette de Abane, la majorité des responsables du FLN/ALN se sont réunis en congrès pour discuter de la stratégie de la lutte et de la destinée de la l’Algérie. Beaucoup de maquisards de la région ont pris part à cet événement, que ce soit pour assurer la logistique ou pour mener une diversion. Le 30 octobre 1956, dans le secteur des Ath Douala comme tout ailleurs en Kabylie la force K , après avoir mené des attaques et des actes de sabotages contre les postes français et leurs intérêts rejoint le maquis comme prévu avec armes et munitions. Aux Ath Douala cet ex-parachutiste d’Oudinot est devenu enragé et ne tarda pas à manifester sa rage envers la population. Comme ses collègues chefs des SAS, il est dans le collimateur des maquisards. Ainsi, le 13 octobre 1956, de retour de Fort National, il échappa de justesse à une embuscade tendue par les maquisards au lieu dit Tala Bounan.

En juillet 1957, il subit une autre humiliation au village de Tamaghoucht où une opération combinée entre le capitaine Cathelineau de la DST et lui même pour arrêter un maquisard et mettre la main sur des archives importantes que ce dernier doit convoyer en Tunisie. Cagoulé un gars de ce village les accompagnait, leur montre la cache. Après avoir quadrillé le village, les militaires investissent les maisons et regroupent les habitants en un seul lieu avec interdiction de bouger. Les femmes et les enfants étaient restés toute la journée sans manger et boire. Le lendemain à la fin de la matinée, sous la torture, le gars décide de leur montrer la deuxième cache. Oudinot écrivait : “En arrivant vingt minutes après, je me suis fait raconter les circonstances : personne n’a été témoin direct mais les faits ont été facilement reconstitués…Tout est clair. Tout alla très vite ! Le sergent arma son PM et fonça, Cathelineau sur les talons suivi des autres…” Le sous officier pénétra dans la première cache sous la dalle et sonda les murs : «C’est là, j’ai trouvé», cria-t-il. Rien d’autre ne fut dit…le capitaine sauta dans la cache…Quelques secondes après on entendit une brève rafale suivi d’un cri inintelligible. Et aussitôt une deuxième rafale…Puis un homme en treillis, PM au poing, sortit de la cache en tirant dans le tas, blessant l’adjudant et le sous lieutenant, avant de s’écrouler » Selon les habitants du village le nombre de militaire qu’a tué le chahid Elkhouni puisqu’il s’agit de lui s’élève au moins à sept comme le précise ce poème collecté auprès des femmes du village Tamaghoucht :

Lkapiten n Micli Le capitaine de Michelet

Mi t-wwten i•„li Il tomba lorsqu’on lui a tiré dessus

L•Âesker ihzen fell-as Les militares étaient en deuil

I t-id-in•„an d Lxuni C’est Lkhouni qui l’a tué

D ta•Ârict i yuli Sur une soupente

Iqus-it-id •„er wemmas IL le visa au ventre

A lexber iwwden larmi La nouvelle parviénne aux maquis

D argaz l•Âali C’ést un noble homme

Isse•„li sseb•Âa deg wass Il a tué sept en une journée

(…) (…)

Du côté FLN/ALN cette année 1957 est surtout marquée par la succession du colonel Amirouche aux commandes de la wilaya III qu’il structure et dote d’armes de guerre. Ainsi, l’ALN enregistre des sucées dans plusieurs combats contre l’armée d’occupation.

A Béni Douala, la situation militaire ennemi se renforce de plus en plus, des sous quartiers se créent ici et là pour quadriller mieux la région. En plus des deux sous quartiers de Béni-Douala et celui d’Ighil Bouzrou, deux autres sont créés. Un, à Taguemout Azzouz commandé par le capitaine Cheyroud et un autre à Taguemout Oukerrouche commandé par le capitaine Madolin.

Le dimanche 10 janvier 1958, le lieutenant colonel Belaid Nait Lhadj membre du service des affaires musulmanes portant un ordre de mission “service”d’Ager signé colonel Ducournau chef du cabinet militaire du ministre résident Lacoste était en route pour rencontrer un des responsables de la wilaya III . A Agouni Arous une équipe d’escorte l’attendait pour le conduire au rendez-vous. Seulement la situation tourne mal. En sortant du village, une patrouille en observation en face, au dessous des sœurs blanches les repérèrent et le chef de patrouille ouvre le feu avec son fusil mitrailleur. Le lieutenant colonel Naït Lhadj originaire du village At Lhadj est tué.

Le 28 Février 1958, soit un mois après la mort du lieutenant colonel, de retour d’un bouclage au sud du quartier de Taguemout Azzouz à côte de Tizi Hibel, dans une embuscade le capitaine Cheyroud tombe sous les balles des maquisards . Comme nous l’avons déjà signalé, le secteur des Ath Douala était un terrain d’action militaire pour les maquisards contre l’armée d’occupation. Ainsi, les accrochages avec les soldats français sont nombreux. Le plus important d’entre eux est sans doute la bataille de Tala Khelil du 24 juin 1958, de l’officier Si Aïssa dit El Bandaoui chef du bataillon du Djurdjura qui s’est soldé par la mort de l’officier et onze de ses compagnons du côte maquisards et 13 soldats tués et un bon nombre de blessés du côté ennemi.

Au sommet de la hiérarchie des deux camps par contre beaucoup de choses se passent en cette année 1958. Le retour au pouvoir du général De Gaulle et l’avènement de la V république marquent un tournant dans la politique française en Algérie. Il propose aux Algériens la paix des braves que ces derniers réfutent. Au moment où on parle de négociations à Paris, dans le maquis de la wilaya III, la purge bat son plein. La Bleuité a fait des ravages parmi les meilleurs maquisards. Tout de même un point positif, c’est la création du gouvernement provisoire de la république Algérienne (GPRA) le 19 Septembre 1958.

L’année 1959 commence à Béni Douala par la visite le 24 janvier 1959 du ministre français de la défense de l’époque Guillaumat. Il était accompagné du général Zeller chef d’état major de l’armée, du général Martin, du général Massu et du général Faure. L’exposé d’Oudinot chef de la SAS sur la situation de la SAS et de sa vision de l’avenir n’était pas du gout du ministre. Oudinot finit son exposé ainsi : «(…) J’ai juré et je ne suis pas le seul que je n’amènerai pas une nouvelle fois nos couleurs…jamais, quoi qu’il en arrive, même si vous m’en donniez l’ordre !» . Par contre ses amis le général Massu et Faure étaient aux anges, tous les deux, je le rappelle étaient pour la politique de la pacification et feront plus tard parti des putschistes. Quelques jours après, ces derniers lui écrivent pour le remercier.

Le chef de la SAS de Béni Douala notait déjà dans son rapport daté du 5 Mars 1957 ceci : «Nous avons à faire à un ennemi qui nous fait une guerre révolutionnaire (…) et seule la présence au sein des villages permettra d’atteindre notre but». Ainsi l’opération tant rêvée d’Oudinot arrive et se concrétise avec le déclenchement de l’opération Challe pour la Kabylie. L’opération Jumelles débutera donc le 23 juillet 1959, «fort de 380 000 hommes soit un tiers du corps expéditionnaire engagés dans la guerre. Le principal objectif visé est la destruction des wilayats par l’anéantissement des katibates, la destruction des OPA et l’instauration d’une nouvelle force politique appelée l’auto défense.» A Béni-Douala, Orange l’escadron du 2e régiment de parachutistes coloniaux commandé par Haynin Brye et Bleu, une compagnie du même régiment commandée par le lieutenant Lamiaux déballent en cette fin de juillet 1959. Orange s’installe à Ait Idir et les paras de cet escadron investissent les huit villages de la ligne de la crête Est-Ouest et ceux des crêtes secondaires. Quant à ceux du lieutenant Lamiaux, ils investissent les villages de l’autre crête qui est parallèle à celle des 8 villages. Sont surtout ciblés les villages qui sont connus pour leur assistance au maquis. Le couvre feu permanent nuit et jour est instauré jusqu’au nouvel ordre, personne, femmes et enfants inclus ne doit sortir du village, tout contrevenant met sa vie en danger… tels sont les ordres du chef de la SAS de Béni-Douala. En plus des restrictions qui ont affamé les habitants, les humiliations de tout genre, les arrestations, la torture et la liquidation physique des prisonniers étaient les pratiques quotidiennes des paras et de Oudinot qui torture de ses mains femmes et hommes et acheve les prisonniers qui ont résisté à la torture. A propos de cet officier Salah Mekacher secrétaire de la wilaya III écrivait : «Cet élément de l’armée française n’a rien d’un soldat. Il n’y a pour le décrire qu’une épithète, celle d’un nazi. Ce fut un tortionnaire qui terrorisa toute la population de Béni-Douala qui se souviendra longtemps de lui. Il deviendra par la suite un OAS parmi les plus féroces dans la poursuite du génocide, avec les exécutions sommaires et les liquidations.» Avec la force et la terreur, en prenant en otage la population en appliquant la politique de la carotte et du bâton, Oudinot impose sa politique de pacification.

La 9e compagnie du lieutenant Bovero remplace l’escadron de Haynin et la 6e s’installent à Ait Bouyehia. Ainsi, des postes militaires étaient installes dans la majorité des villages et quadrillent tout le secteur. Après que De Gaulle a dit : ‘‘Je vous ai compris’’ à Alger et ‘‘vive l’Algérie Française” à Mostaganem lors de son voyage de juin 1958 en Algérie, il met fin aux espoirs des défenseurs de la pacification en Aout 1959 en Kabylie , au moment où l’opération jumelles bat son plein. A Béni Douala, plus précisément à Tizi-Hibel, devant un parterre de généraux acquis pour l’Algérie française il parla pour la première fois de l’autodétermination. Après le cessez-le-feu, les Algériens choisiront entre la francisation ou l’intégration, l’association avec la France et la sécession c’est-à-dire l’indépendance. Seulement, d’un côté De Gaulle propose la paix d’un autre côté il applique une autre stratégie militaire pour anéantir le maquis. N’a-t-il pas dit : «Il fallait finir, et bien !» La stratégie de De Gaulle était claire, son objectif était d’être en position de force lors de la négociation pour imposer son choix.

La purge, la mort de Amirouche en mars 1959, l’opération jumelles n’ont pas venu à bout de L’ALN. Il n y’avait pas eu la réédition attendue et souhaitée par les officiers français, l’ALN, au contraire elle releva la tète avec le nouveau chef de la wilaya III Mouhend Oulhadj. Le train des négociations avance et le cessez le feu fait place à l’indépendance. Aux Ath Douala comme tout ailleurs en Kabylie, dans les villages, les habitants tentent de panser leurs blessures et s’occupaient à faire des sépultures dignes à leur valeureux chouhadas. Les blessures n’étaient pas encore cicatrisées qu’un autre conflit commence et cette fois-ci entre Algériens. La liberté pour laquelle des milliers ont sacrifiés leurs vies se trouve confisquée par un pouvoir autoritaire. Ainsi, beaucoup de maquisards d’Ath Douala ont rejoint l’insurrection de 1963 et la suite on la connait…

Après la création de Agraw Imazighen où l’académie berbère à Paris par Bessaoud Mouhend Arab, une cellule de militants à leur tète Smail Medjber travaillant en relation avec l’académie pour la sensibilisation des citoyens à la cause berbère était créée aux Ath Douala. Et plus tard dans les années 70, un groupe de jeunes militants de la cause berbère dont Medjber de Taourirt Mousa, Haroun, Cheradi et d’autres fonda une organisation des forces berbères dont l’objectif principal était la défense et la promotion de la langue amazighe. Ils étaient arrêtes en décembre 1975 dans l’affaire dite des poseurs de bombes puis condamnés à de lourdes peines de prison. Ils sortiront malades en Juillet 1987. La plus part d’entre eux n’ont pas baissé pour autant les bras, au dépend de leur santé, ils continueront à lutter à l’exemple de Medjber qui a contribué à la promotion de la langue et culture amazigh par la création en 1996 de la revue ABC Amazigh (1996-2001) . En 1980, dans Tafsut n Imazighen les Ath Douala n’étaient pas du reste absents des événements, bien au contraire on les retrouve comme toujours dans les premiers rangs comme animateurs du mouvement, au lycée, à l’université, à l’usine… Ainsi, les militants de la cause berbère, Chemim Mokrane d’Ighil Bouzrou et Berdous Mammar de Tagemmout Azzouz faisaient partie des 24 détenus. Le sacrifice des Ath Douala ne s’arrêtait pas là, après avoir été blessé par balles par les gendarmes à Aïn El Hemmam en en octobre 1988 puis kidnappé par les terroristes islamistes en septembre 1994, l’enfant cher des Ath Douala, le chanteur militant de la cause berbère et des droits de l’homme Lounes Matoub était assassiné le 25 juin 1998 par des lâches ennemis de la liberté et de la démocratie au lieu dit Tala Bounan. Et enfin en 2002, lors de Tafsut Taberkant ou le Printemps noir, le mouvement des arouch prit naissance à Ath Douala après l’assassinat du jeune lycéen Masinissa Guermah par la gendarmerie de cette région. Pour ne pas conclure, l’esprit de liberté et d’indépendance qu’animent les Amazighs, on le retrouve toujours chez les Ath Douala. Il se manifeste par la résistance contre l’étranger d’abord, ensuite contre le pouvoir en place et contre l’obscurantisme. Les Ath Douala tout comme les Kabyles ne cessent d’être là, présents à tous les moments forts de l’histoire que traverse le pays kabyle et l’Algérie pour contribuer à l’édification et la concrétisation des idéaux des Amazighs.

rlasheb@yahoo.fr

Bibliographie

1) Abboute.A, 2009, Avril 80 : Un des 24 détenus témoigne, Edité à compte d’auteur.

2) Boulifa .A, 1925 Le Djurdjura à travers l’histoire, Organisation et indépendance des Zouaouas, Alger Bringou.

3) Carrey .E,1857, Récits de Kabylie, Paris Lévy.

4) Chaker. S, 1990, Imazighen ass -a, Alger, Bouchene.

5) Chemim.M, 2009, Berberes d’Afrique du Nord, Etre ou Disparaître, Edition Le Savoir.

6) Dahmani. M, 1987 Economie et société en grande Kabylie, Alger, O.P.U.

7) Dessomes F, 1964 Notes sur l’histoire des Kabyles P.DB n°84 Fort National.

8) Devaux. C, 1859, Des Kebailles du Djerdjera,Editions, Camoin frere.

9) Genevois .H,1972 Taguemout Azzouz des Beni Mahmoud, FDB

source:dépêche de kabylie

Publié dans kabylie(60) | Pas de Commentaire »

Le Français Boris Codar se convertit à l’Islam

Posté par algeriedemocratie le 29 août 2009

AkbouLe Français Boris Codar se convertit à l’IslamLe Français Boris Codar se convertit à l’Islam dans islam(46) 2208_75280

La conviction d’adopter l’Islam a mûri en lui, il allait le concrétiser en 2001 mais cela n’a pas réussi à cause des circonstances d’alors dans le monde. Il disait qu’un ami, connu en France, l’a invité ici dans cette région de basse Kabylie. Touché par la simplicité du mode de vie, de l’hospitalité, il a voulu s’intégrer, expliquait-il.

J’atteste qu’il n’y a de Dieu qu’Allah, unique et sans associé, et que Mohammed est son serviteur et son envoyé”. C’est par ces deux témoignages (Shahadatani) que le Français Boris Codar, en séjour à Akbou depuis deux (2) mois, a embrassé la religion musulmane, Vendredi 20 août 2009, à une demie journée près de l’entame du mois sacré de Ramadhan. Le cérémonial a été abrité par l’une des mosquées d’Akbou, celle attenante au CPA et à l’arrêt de fourgons conduisant vers Chellata. Boris Codar habite Paris, et a vécu à Montreuil. Il est acteur, et réalisateur de profession. La conviction d’adopter l’Islam a mûri en lui, il allait le concrétiser en 2001 mais cela n’a pas réussi à cause des circonstances d’alors dans le monde. Il disait qu’un ami, connu en France, l’a invité ici dans cette région de basse Kabylie. Touché par la simplicité du mode de vie, de l’hospitalité, il a voulu s’intégrer, expliquait-il. Il sera attiré par les appels à la prière, le Coran. “J’ai découvert le Coran dans sa réalité. Pas tel qu’on nous le faisait croire, le liant à n’en faire qu’un tout – au terrorisme. J’ai beaucoup de respect pour la femme. Alors qu’on nous disait que l’Islam l’enchaînait, faisant d’elle l’esclave soumise de l’homme impitoyable et brutal, je découvre que l’Islam est justement la religion qui a libéré la femme du joug de l’esclavage, qui lui a recouvert sa dignité, ses droits et le respect”, disait Boris Codar à l’imam Abderrezak Medjkoune qui procédait au cérémonial du convertissement, et à la salle pleine à craquer de croyants venus écouter le prêche et accomplir la prière du vendredi. Boris poursuivait : “l’Islam est une religion universelle et un mode de vie complet. Il embrasse tous les aspects de la vie spirituelle et matérielle”. L’imam Abderrezak ajoutera “qu’être musulman, c’est se dévouer pour Dieu loin de toute hypocrisie, c’est exprimer concrètement sa foi en respectant les dogmes de l’Islam, se conformer à ses cinq piliers en accomplissant les obligations culturelles. Boris Codar répétera après l’imam qu’il n’y a de Dieu qu’Allah, unique et sans associé, créateur et incrée, l’immortel.  le sage, le Tout Puissant et le miséricordieux, que le prophète Mohammed est le serviteur et l’envoyé de Dieu, que Aïssa (Jésus), fils de Mériem (la Sainte Vierge), est l’envoyé de Dieu.

Boris Codar a ensuite accompli la prière aux côtés des Akbouciens présents dans cette mosquée. Il ira encore loin dans son intégration dans ce mode de vie en projetant de se marier (projet en cours) avec une fille de la région. Cheikh Aberrezak a saisi l’occasion de son prêche de la veille du Ramadhan pour inviter à un nouveau départ dans la vie les personnes accumulant des vices et victimes de fléaux. Un nouveau départ par la foi, la lecture du Coran, la découverte de la personnalité du prophète (QSSSL), sa vertu, sa clémence envers tout le monde.

Taos Yettou

dépèche de kabylie

Publié dans islam(46) | Pas de Commentaire »

Thighermine (El Asnam) : Sentiers périlleux

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

Thighermine (El Asnam) : Sentiers périlleux

Thighermine est un ensemble de bourgades surplombant un monticule, en contrebas de Tikjda, à quelque 30 km au nord-est du chef-lieu de la wilaya de Bouira.

Notre virée dans ce patelin du terroir, où les habitations sont enfouies aux tréfonds de la montagne, fut outre une randonnée pour contempler les sites pittoresques dont nous gratifie dame nature, une aubaine pour découvrir les problèmes que vivent les montagnards, au quotidien. En empruntant une piste agricole, notre guide, habitant du patelin, nous a fait part des problèmes majeurs qui font que les population des hameaux relevant de Thighermine sont, à chaque hiver que Dieu fait, confrontées au calvaire de l’isolement et de l’enclavement, notamment lorsque la neige s’y installe. « L’unique piste qui permet à ces bourgades de faire jonction avec le CW33 est complètement impraticable, et ce, sur une distance de 4,5 km », atteste un vieux arc-bouté sur sa canne, que nous avions interrogé juste devant sa chaumière menaçant ruine, avant de clamer « écris mon fils et dis aux responsables, que le train de développement n’est pas passé par là et cette piste demeure en son état de vétusté depuis l’ère coloniale ».

Et à un autre villageois d’abonder dans le même sens en se remémorant les victimes qu’avait fait cette piste dangereuse. Il citera le cas effroyable d’un écolier qui a, lors d’une journée pluviale de 2004, trouvé la mort lorsqu’ il fut enseveli par une avalanche de pierres jonchant les accotements dudit sentier. Une année plus tard, ce fut une autre victime, un vieux, qui s’est fait plusieurs fractures en empruntant cette piste pour rallier son domicile perché sur une colline. Pour les villageois : « Hormis la construction salutaire d’un pont enjambant un ravin acquis récemment, toutes les requêtes et autres réclamations des villageois auprès des autorités pour aménager cette piste, sont restées lettres mortes. Une fois l’hiver, nous sommes complètement isolés, avec tout ce que cela suppose comme désagrément en terme d’approvisionnement en vivres et médicaments pour nos foyers. » Sur ce, il est important de constater que la réfection de cette piste serait non seulement d’un apport primordial pour amener les populations à regagner leurs maisons dans la montagne, mais cela pourrait participer aussi d’une stratégie de promouvoir le tourisme dans ce coin paradisiaque, méconnu jusque-là, d’autant que ce chemin oublié, qui est une sorte de raccourci pour aboutir, après une succession de luxuriantes végétations, au site touristique de Tikjda.

ahcène saoudi

el watan

Publié dans kabylie(60) | Pas de Commentaire »

Village Aourir (Ifigha) : Un patrimoine à réhabiliter

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

Village Aourir (Ifigha) : Un patrimoine à réhabiliter

Construit sur un piton haut de 1000 m d’altitude comme l’indique cette borne en béton, implanté au sommet, le vieux village Aourir, distant de 4 km de chef-lieu de la commune d’Ifigha, à 50 km à l’est de Tizi Ouzou, veut ressusciter son histoire.

Figé, le paysage ressemble à une carte postale, si ce n’est le mouvement et le son du froissement de l’herbe séchée par cette période de chaleurs qui ne dépérit pas. Ses habitants l’ont compris : cette colline ensile, d’une part, plusieurs siècles d’histoire et offre un paysage des plus fascinant de la Kabylie profonde.

Mahmoud, la quarantaine passée, est un enfant du village. Installé à Alger, il vient pratiquement chaque week-end. « Je viens souvent vadrouiller entre les artères étroites du village. Dire que j’ai grandi dans cette maison », dit Mahmoud, le regard fixé sur la porte bleue d’une vieille masure. Un tas de souvenirs s’éveille vertueusement chez ce guide d’un jour. « Il (le village) peut bien être classé comme site historique et touristique et peut drainer et recevoir des centaines de visiteurs chaque année. Ses atouts : c’est un ancien village berbère antique mais aussi authentique du point de vue de son architecture. D’ailleurs les maisons, les placettes publiques ainsi que la maison de l’imam sont parfaitement conservées. »

Des démarches ont été entreprise auprès de la wilaya de Tizi Ouzou dans le but de valoriser le lieu et le classer comme site historique et touristique. « Je crois qu’à la wilaya, il existerait un projet dans ce sens, mais on ne sait toujours pas où on en est exactement ! », poursuit-il. Excepté une vieille femme et deux autres familles, le village est totalement déserté. Sur le chemin qui y mène on peut apercevoir des poteaux électriques et un château d’eau. Des conduites d’eaux usées sortent discrètement de chaque maison. Pour ainsi dire, le village à tout pour revivre. « Nous avons l’eau, l’électricité, l’assainissement est en place », dit l’accompagnateur. Plusieurs impasses pavées de pierres donnent sur des habitations construites toutes en dur et coiffées de tuiles rouges. Délaissées, plusieurs d’entres elles ont été détruites. « Celle que vous voyez en contrebas a été ravagée par le feu.

Il y en a deux autres qui sont tombées en ruine, à cause de l’érosion des eaux, du poids de la neige, mais parfois, saccagées par quelques incorrigibles personnes », dit-il avec regrêt. Agréable est l’ascension à travers ces ruelles qui ne dépassent pas les 3 m de largeur. « Juste l’espace qui permet à deux mulets de se croiser sans gène ! », dit, amusé, notre interlocuteur. Un chemin principal couronne la colline pour rejoindre l’autre extrémité qui n’est que le point de départ, c’est-à-dire, l’entrée, la grande place du village. Les maisons se présentent comme disposées en couronnes et serrées les unes contre les autres sur la crêtes. Du haut de la colline, les yeux du visiteur se heurtent aux massifs de l’Akfadou, des Ath Irathen, de Aïn El Hammam et de Yakouren. Le sommet domine également les plaines du Haut Sebaou, la ville d’Azazga et, à l’horizon à plus de 50 km au sud-ouest, la capitale du Djurdjura, Tizi Ouzou.

Sur le flanc de la colline, les terres sont accidentées, mais propices à l’agriculture de montagne, notamment, l’arboriculture et l’apiculture. L’on cultive des oliviers, des figuiers et la cerise… mais au pied du village les habitants y labourent des petites parcelles en potager. Se situant au centre de la région d’Azazga, le village Aourir fut la capitale du royaume de Koukou. D’ailleurs, parmi les emplacements de sanctuaires dédiés à la famille Belkadi, à travers plusieurs régions de la Kabylie, figurent deux temples, dont celui du village Aourir. Abou Al Abbas Ahmed Belkadi est selon des historiens, le fondateur de la dynastie de Koukou et roi d’Alger de 1520 à 1527. Cependant, on rapporte aussi, que l’un des sanctuaires des Aït Al Quadi est érigé dans le village Achellam, et c’est le plus important d’entre eux. La monarchie s’étendait dans un ensemble de villages : du Haut Sébaou, dont Azazga, Chorfa N’ Bahloul, Ifigha, Aït Bouada, Aourir, Achellem, Tabourt, Ouarkik… Des « fragments » de l’histoire de cette région racontent que la dynastie est fondée par le soufi Abou Al-Abbas Ahmed Belkadi en 1511. Ce dernier a joué un grand rôle en contrant les troupes espagnoles en s’alliant aux corsaires Aroudj et Kheir Eddine Barberousse.

A l’origine la royauté de Koukou fut d’abord spirituelle et maraboutique. Selon des historiens, ce qui ressort des différentes généalogies, c’est un certain Sidi Amar Belkadi qui aurait fondé la Zaouïa de Koukou, bien avant l’apparition de Abou Al Abbas Ahmed Belkadi. Aussi, Si Ahmed Belkadi qui commandait à son époque l’armée algérienne, était à la fois chef d’Etat et dirigeant spirituel. Le roi a été tué à Thenia (Tizi Nath Aïcha) en 1527.

Nordine Douici

source:el watan

Publié dans kabylie(60) | 1 Commentaire »

Les derniers villages kabyles : SOS patrimoine en péril !

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

SOS patrimoine en péril !

Les derniers villages kabyles : SOS patrimoine en péril !

Où peut-on encore voir un village kabyle qui n’a pas été défiguré par le béton ? Un village qui a su préserver son architecture, ses repères et son identité. Hélas ! Presque nulle part, sommes-nous tentés de dire.

Les mutations socio-économiques et l’urbanisme débridé de ces dernières années sont venus à bout de la plupart des villages, ces cités médiévales qui sont les derniers témoins d’un mode de vie et d’un savoir-faire local en matière d’habitat et d’architecture. « Aujourd’hui, le village kabyle est en rupture typologique totale avec l’ancien modèle », affirme Bedahouche Abdelhak, un architecte qui a fait sa thèse sur l’habitat traditionnel. Contrairement au Maroc voisin où l’on peut encore admirer de très belles structures d’habitats traditionnels depuis longtemps intégrés dans les circuits touristiques, chez nous, rien n’a été fait pour sauvegarder ce patrimoine culturel et architectural. Délaissées ou démolies, les casbahs montagnardes de Kabylie disparaissent les unes après les autres à un rythme effrayant. Elles n’ont fait l’objet d’aucune mesure de sauvegarde ou de protection. Pourtant, elles ont tant d’atouts et d’atours à faire valoir que La Casbah d’Alger ou les ksours de Timimoun qui, eux, ont été classés. En France et au Canada, les mairies disposent d’un architecte municipal sans lequel rien ne peut se concevoir. Dans ces mêmes pays, l’architecture, qui est un fait culturel, relève du ministère de la Culture. En Algérie, en matière de forme, de type, de matériau ou de gabarit, il n’y a aucune norme à respecter. Chacun n’en fait qu’à sa tête. « A force d’injecter des éléments nouveaux, à un certain moment, le village perd son identité », dit encore Abdelhak.

Nous sommes donc partis à la recherche des derniers villages kabyles en commençant par le Djurdjura. En quittant le chaudron bouillonnant qu’est devenue Tizi Ouzou, première halte à Azzefoun. Non pas le port mais le vieux village situé au sommet d’un mamelon qui nargue la mer et la montagne. Le calme monacal qui règne ici n’est troublé que par le chant des oiseaux et le contraste est d’autant plus frappant que l’on vient de quitter une ville de Tizi Ouzou étouffée par les embouteillages et les cohues humaines. Azzefoun est, sans conteste, l’un des plus beaux villages d’Algérie. L’un des plus riches en histoire également. Les reliques phéniciennes côtoient les ruines romaines au milieu de vieilles maisons en pierre aux vergers luxuriants. Même si le béton a fait une grande percée comme partout ailleurs, les vieilles maisons d’Azzefoun ont gardé un indéniable cachet d’authenticité. Avec leurs toits de tuiles noircies par le temps et leurs vieilles pierres mangées par la mousse et le lichen, elles feraient le bonheur du peintre ou du photographe le plus exigeant. C’est là qu’il faut se rendre pour admirer, entre autres trésors archéologiques, la mosquée la plus pittoresque d’Algérie. Ce joyau architectural qui a su traverser les siècles pour arriver jusqu’à nous possède un minaret qui était, à l’origine, une tour de guet romaine construite en pierre taillée. Il s’agit, sans nul doute, de l’un des lieux de culte les plus originaux du Maghreb.

Construite du temps de l’empereur Auguste, la tour a été retapée sous le règne de Septime Sévère. Ajoutez au décor la petite salle de prière avec ses deux colonnes romaines qui suportent le toit et le majestueux figuier qui ombrage sa petite cour et vous comprendrez pourquoi la mosquée El Djamâa El Kevir du vieux Azzefoun peut aspirer, sans prétention aucune, au classement de patrimoine de l’humanité par l’Unesco. Quand on se promène à travers les ruelles étroites du village, on est frappé par le nombre de vestiges historiques que les lieux renferment. En fait, tout le village est un véritable musée à ciel ouvert. Étonnant mais logique dans un pays dont l’histoire officielle se résume à sa guerre de libération. Azzefoun, avec tous ses vestiges phéniciens et romains, ses vieilles maisons kabyles et tous ses sites historiques ou touristiques, ne bénéficie d’aucun classement. A la direction de la culture de Tizi Ouzou, M. Hachour, le chef de service du patrimoine culturel, est un homme visiblement passionné par sa mission. « Notre souhait est de sauvegarder le maximum de villages. On doit garder le cachet spécifique de la Kabylie », dit-il d’emblée.

Pour le moment, on en est à la phase d’inventaire. Plusieurs villages sont couchés sur les tablettes de la direction : Moknéa, Taksebt, Tigzirt,Mira, Tamesguida, Ichikar et Ath El Kaïd. Ce dernier village est d’ores et déjà classé patrimoine culturel national. Il est classé en secteur sauvegardé. Cap donc sur Ath El Kaid, dans la commune d’Agouni Gueghrane, au pied des crêtes dentelées du Djurdjura. Arrivés sur place, il faut trouver un guide pour visiter le village. Ali Lamara, membre de l’association « Ithren n’Ath El kaidh » , se dévoue volontiers à cette tâche. Le village s’est créé au VIe siècle lorsque les habitants se sont réfugiés sur ce site après avoir assassiné un caïd turc. Ne pouvant plus payer l’impôt institué par les Ottomans et au terme d’une année de disette, ils se sont résolus à faire parler la poudre face au représentant d’une administration turque qui avait la fâcheuse idée de ne s’intéresser qu’aux deniers et aux greniers des montagnards. Ce fait d’armes leur a valu un nom pour la postérité. Au bout de quelques minutes de visite, il convient de reconnaître que le village n’est qu’un champ de ruines. Il ne reste d’ailleurs plus que trois maisons traditionnelles encore habitées. Ali, qui n’a pas mis les pieds sur le site depuis six mois, découvre, à chaque pas, que de nouvelles maisons se sont effondrées.

La maison des Sarour est, cependant, un véritable miracle au milieu de ce champ de ruines. C’est une maison kabyle typique, avec ses peintures murales, ses motifs berbères et ses objets traditionnels qui vaut à elle seule le déplacement. Cela compense un peu la déception de voir un village classé patrimoine historique en complet abandon. De la Kabylie du Djurdjura à celle des Bibans. Virée à la Qalâa N’ath Abbas, à l’extrémité sud de la wilaya de Bejaïa. Perchée à plus de 1000 mètres d’altitude sur un plateau rocheux aux falaises vertigineuses, l’ancienne citadelle des Ath Moqrane a toujours fière allure malgré les vicissitudes du temps. Arrivés au plateau de Boni, il reste encore 7 kilomètres d’une route tortueuse qui flirte avec des précipices qui donnent le tournis et des falaises qui suspendent des tonnes de roches au dessus de nos têtes. On débouche enfin sur le village sans que l’on s’y attende le moins. Qalâa est à vos pieds. Tapis de tuiles roses et murs de pierre aux pieds du visiteur, Qalâa se révèle dans toute sa splendeur nue. Cette ancienne casbah fortifiée n’a pas d’équivalent en Algérie. Elle a plus de mille ans d’existence. Tout d’abord fort hammadite et caravansérail, elle est devenue au XVIe siècle la capitale d’un royaume qui s’étendait jusqu’aux portes du désert.

Le village, même partiellement détruit par un bombardement systématique en 1959, possède encore de splendides vestiges d’une architecture très élaborée. Quelques anciennes dépendances des Mokrani et deux mosquées ont été classées par la direction de la culture de Bejaïa et font l’objet d’une restauration. Le reste du village, déserté par la plupart de ses habitants, continue de se délabrer. Qalâa, capitale d’un royaume éphémère, siège d’une résistance farouche contre les Turcs et les Français, survivance d’un passé lié aux Zirides et aux Hammadites, offre pourtant un site naturel d’une beauté à couper le souffle.

djamal alilat

source: el watan

Publié dans kabylie(60) | Pas de Commentaire »

17 personnes interpellées après le saccage du siège de l’APC

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

17 personnes interpellées après le saccage du siège de l'APC

Tirmitine ( Tizi Ouzou)

17 personnes interpellées après le saccage du siège de l’APC

Des jeunes en colère ont saccagé, jeudi, en fin d’après midi, le siège de l’APC de Tirmitine, une commune sise à une dizaine de kilomètres au sud du chef-lieu de la wilaya de Tizi Ouzou.

Tout a commencé, dans la matinée, lors que les citoyens des différents villages de la même localité ont fermé la RN25, reliant la daïra de Draa El Mizan à la ville de Tizi Ouzou, via Tirmitine. Ils revendiquent le changement de l’assiette du terrain affecté pour la construction d’un lycée.

Car, ils estiment que l’endroit choisi par les pouvoirs publics, est inaccessible et éloigné pour les élèves de la région. Après l’intervention des services de sécurité, les jeunes se sont dispersés au milieu de la journée, mais sans pour autant lâcher prise.

Et pour cause, ils se sont, ensuite, dirigés vers le siège de l’APC qui a été incendié et mis à sac par des jeunes manifestants qui voulaient en découdre avec les éléments de la brigade antiémeute. Des lors, des affrontements éclatent entre les deux parties. Les policiers ont procédé à l’interpellation de 17 personnes.

haffid azzouzi

source:el watan

Publié dans vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

Guerre d’Algèrie: Les principaux chefs de maquis étaient acquis à la «doctrine Abane»

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

Cela devrait être dorénavant notre mot d’ordre
La tolérance, rien que la tolérance
.

‘Les principaux chefs de maquis étaient acquis à la
«doctrine Abane»

Youcef Ben Khedda, La Tribune, 21 Juin 2000

Aujourd’hui s’ouvre au tribunal de Bir Mourad Raïs le
procès en diffamation intenté à Ali Kafi pour les propos infamants qui,
dans ses récents Mémoires, ciblent l’un des héros les plus
valeureux de notre Guerre de libération : Abane Ramdane. Sa famille s’étant
portée partie civile afin de laver son honneur outragé, j’ai tenu à venir la
conforter autant par sympathie que par devoir de vérité envers
un homme qui a dominé par sa stature exceptionnelle la scène
révolutionnaire des années 1955-1957. Dans le quotidien la Tribune en date
du 18 août 1999, je m’étais déjà longuement exprimé sur le cas Abane.
Cette fois, je serai moins prolixe, m’efforçant
simplement de tirer les enseignements de la terrible tragédie à
laquelle son nom demeure associé.

Rassemblement des forces vives Fin 1955-début 1956, le
mouvement insurrectionnel du
1er Novembre 1954 avait pris une telle ampleur qu’il faisait
courir le risque à ses propres
promoteurs de les submerger par l’importance et l’urgence
desproblèmes qu’il charriait.
Dispersés entre l’intérieur et l’extérieur du pays,
ceux parmi les «vingt-deux» ou le «groupe des
neuf» qui avaient échappé à la mort ou à
l’arrestation voyaient la Direction qui, initialement
s’identifiait à eux, complètement éclatée, donc
inopérante. Ils étaient, par ailleurs, divisés quant
aux voies et moyens de conduire la Révolution. Les principaux
chefs de maquis comme Krim, Ben M’hidi,
Ouamrane et, plus tard, Zighoud, étaient acquis à la
«doctrine Abane» qui préconisait un vaste rassemblement
des forces vives du peuple algérien. Selon cette ligne, il
était admis que le FLN se devait de se
convertir très vite à une véritable stratégie d’union
nationale aussi large que possible, avec la participation des
éléments du PPA-MTLD encore à l’écart et, également
des nationalistes modérés
appartenant à l’UDMA de Ferhat Abbas ou à
l’Association des Oulama de Bachir Brahimi.

A l’opposé, certains membres de la Délégation
extérieure du FLN au Caire repoussaient toute
idée d’ouverture du commandement du FLN aux éléments
issus des anciennes formations politiques.
Ils considéraient cela comme la pire des déviations car,
prétendaient-ils, la pureté originelle de
la Révolution s’en trouverait gravement altérée. De leur
point de vue, seuls les hommes présents au rendez-vous
du 1er Novembre 1954 étaient dignes de diriger le mouvement.
Autrement dit, il reviendrait aux
«Historiques», et à eux uniquement, de jouir d’une
monopolisation sans partage
du pouvoir de décision. Est-il besoin de préciser que le
concept d’«Historiques» a d’abord été lancé par
la presse occidentale de l’époque pour désigner, par
commodité, la poignée d’hommes qui
avaient présidé au déclenchement insurrectionnel.

A la faveur d’un glissement sémantique tout à fait abusif,
ce mot s’était ensuite chargé d’une connotation
foncièrement
militariste, laquelle avait fini par prévaloir dans les esprits
peu politisés. La primauté du politique sur le militaire
L’assimilation sommaire des «Historiques» aux
«militaires» procédait d’un simplisme
réducteur. Elle impliquait l’inévitable dévalorisation
des «politiques»,
assimilés à leur tour aux «civils» et même,
péjorativement, aux «politiciens» et, de ce fait,
cantonnés dans un
statut subalterne. Une telle discrimination reflétait une tendance
sans cesse croissante à ne
compter que sur la force des armes. Privilégiant le militaire au
détriment du
politique, elle était en porte-à-faux avec les conceptions
d’un Ben Boulaïd ou d’un Ben M’hidi, qui se
considéraient
avant tout comme des militants politiques portant l’uniforme par
nécessité. Que leur
fût accolée l’étiquette d’«Historiques» qu’ils
n’avaient, au demeurant,
jamais sollicitée, ils n’en récusaient pas moins
l’idée qu’on pût les ériger en catégorie à
part,
ou en caste militaire en charge exclusive du destin
national.

C’est à Abane qu’échoit et le mérite et le courage
d’avoir réhabilité le rôle fondamental du
politique en renvoyant à une lecture plus serrée et plus
exigeante de la
Proclamation du 1er Novembre. Celle-ci, en effet, consacrait sans la
moindre
équivoque l’intangibilité de principe de la prééminence
du FLN sur l’ALN. Grâce au puissant soutien
de Ben M’hidi, Abane parviendra à transposer cette
prééminence dans la
plate-forme de la Soummam sous la formulation désormais
célèbre de
«la primauté du politique sur le militaire». Il va de soi
qu’Abane ne
niait en aucune manière l’action déterminante et
irremplaçable de l’ALN. Dans ses tracts et ses déclarations, il ne manquait
jamais de glorifier l’efficacité et l’héroïsme des djounoud,
d’exalter leurs sacrifices et leurs souffrances aux côtés du peuple. Il
redoutait cependant que ne se renforçât une certaine évolution amorcée dès 1956 qui,
petit à petit, semblait reléguer au second plan la nécessité
impérative du travail politique au sein des maquis. En donnant la
prépondérance aux impératifs de la confrontation sur le
terrain, en subissant la dictature du champ de bataille
consécutive à la radicalisation du conflit, les responsables s’investissaient dans
le militaire à corps perdu.
Cela se soldait progressivement par une espèce d’évacuation du
politique au profit d’une vision purement guerrière de la
lutte de libération. Ce faisant, ils entérinaient la dépolitisation de l’esprit
combattant, laquelle était déjà en gestation dans la
généralisation des pratiques volontaristes et spontanéistes.
Sévissant de la base au sommet, un tel phénomène de
dépolitisation ne sera pas sans s’accompagner de carences et de déficiences se conditionnant
les unes les autres, sur fond d’inculture politique et d’indigence idéologique. Il
en résulta, entre autres, le rétrécissement des
perspectives et le déficit notoire des capacités d’analyse
et de synthèse ; l’incohérence par inaptitude à maîtriser l’ordre des urgences, et à
différencier le substantiel de l’accessoire, le formel et le spectaculaire du
«consistant» ; l’improvisation et la précipitation par recours aux initiatives à courte vue ;
surtout, l’autoritarisme sourcilleux articulé sur la répugnance
à se remettre constamment en question grâce à une autocritique salutaire. C’est
pour parer à des dégénérescences et des déviations aussi lourdes de
périls qu’Abane osera affronter les grands responsables militaires du moment
désormais majoritaires dans le CCE élargi en 1957 avec l’entrée en
force des colonels dans les organismes dirigeants. Un tournant capital était
pris qui laissera des traces durables dans nos institutions
jusqu’à l’heure actuelle. Complètement démonétisé, le politique
s’effacera pour de bon devant la prépondérance du militaire.

L’assassinat d’Abane entérinera l’échec de sa conception élitiste de la Révolution ;
il scella le déclin irréversible du primat du politique comme fondement essentiel de
toute construction populaire et démocratique authentique. En
contrepartie, qu’avaient donc à proposer ses adversaires ? Beaucoup de grandiloquence
mais peu de substance.
L’esprit de novembre On continuera à vivre avec l’exaltation des faits d’armes
et des prouesses passés mis en scène par la «famille révolutionnaire», à coups de
célébrations et de commémorations sans fin pour servir une histoire encore atrocement sélective.
Et pendant ce temps, le peuple
marginalisé et maintenu dans un état de délabrement moral
sans issue tantôt gronde et tantôt se morfond dans sa désespérance. Bafoué dans ses
droits, privé du devoir légitime de contester et de s’opposer, il vit en
permanence sous les fourches caudines des dispensateurs de la pensée unique qui n’ont de
cesse d’entretenir la désunion, de propager le mépris de l’autre, et
de miner tout ce que nos populations renferment de sacré.

Partisan résolu de l’ouverture du FLN à tous les
Algériens quelles que fussent leurs opinions, il réussira, avec l’aide décisive
de Ben M’hidi, à le démocratiser en cassant le monopole que les «Historiques» exerçaient sur sa
Direction. Et c’est encore d’ouverture démocratique et de l’arrêt de cette
pensée hégémonique qui nous régit sous la contrainte que
nous avons aussi le plus soif à l’heure présente. L’esprit de
Novembre avait guidé les pas d’Abane. Ranimons-le donc, et retournons à ses valeurs
sacrées, car ce sont elles qui ont cimenté notre unité
nationale durant la guerre. Efforçons-nous les uns les autres de sauver
l’Algérie à nouveau. Réconcilions-nous avec nous-mêmes, et acceptons-nous
dans le respect de nos mutuelles différences en sorte que ces
différences ne soient plus sources de fitna mais matière à enrichissement par
tolérance interposée.
Si chacun se mettait à tuer quiconque n’est pas de son bord,
si nous persistions à nous entre-tuer, si nous ne faisions preuve de
tolérance les uns vis-à-vis des autres, alors, d’autres Abane tomberaient,
le pays poursuivrait sa chute libre,
s’enfonçant dans une régression sans rémission. Nous
aurons alors préparé de nos mains inconséquentes le terrain à
une autre forme de colonisation plus cruelle, plus pernicieuse, plus terrifiante que
celle dont nous avions triomphé. La tolérance, rien que la
tolérance, tel devrait être dorénavant notre mot d’ordre
pour que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent vivre dans une
société de justice, de paix et de progrès, car en elle réside le
secret de notre renouveau et de notre réussite. Que la tragédie
d’Abane nous serve de leçon.

Y. B. K.
* Ancien président du GPRA.

Publié dans Abane(19) | Pas de Commentaire »

L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

43ème Anniversaire du Congrès de la Soummam

Benyoucef Ben Khedda La tribune/ Mercredi 18 Août 1999

Abbane Ramdane a toujours constitué une énigme dans notre histoire
nationale : plus particulièrement celle de la guerre de libération.
Cette particularité est due au caractère exceptionnel de cet homme qui
a su marquer la révolution. Elle est due aussi à la manière avec
laquelle les gardiens de la mémoire officielle ont orienté l’écriture
de cette page de notre histoire. Beaucoup de choses n’ont pas encore
été dites sur la période 1954-62; des zones d’ombre subsistent et
menacent à chaque fois cette mémoire officielle de s’écrouler. C’est
ainsi : les totems finissent toujours par tomber et le temps en est
le plus grand ennemi. Mais cette chute n’est pas sans danger si notre
histoire n’est pas assumée dans la sérénité et par le débat
démocratique. Sans préjugés ni a priori.L’affaire Abane, qui nous
hante depuis l’indépendance, a rejailli cette fois-ci à la faveur de
la publication des Mémoires de Ali Kafi. Les passages qu’il a
consacrés dans son livre à Abane Ramdane ont soulevé un tollé général
dont nous espérons qu’il se traduise en un débat fécond sur la guerre
de libération et les tragédies qui l’ont accompagnées. La réponse de
Benyoucef Benkhedda aux écrits de Kafi sont à ce titre fort louables
et permettent de mieux saisir la personnalité exceptionnelle de celui
qui fut l’un des grands stratèges de larévolution. La Tribune

Chaque année la date du 20 août vient nous rappeler l’un des
moments-charnières de notre guerre de libération: le Congrès de la
Soummam, c’est-à-dire les premières assises de la jeune révolution
algérienne, en 1956. Un tel événement-fondateur a imprimé à
l’histoire de notre lutte un tournant majeur par la plate-forme qui en
est issue et qui trace les contours de l’édifice institutionnel de la
Révolution. On y retrouve, explicités, les trois éléments clés qui
identifient la nature du mouvement de libération et sous-tendent sa
cohérence idéologique et politique : une légitimité révolutionnaire
articulée sur un programme et une stratégie structurée; un statut
organique définissant les rouages de la Révolution et leur mode de
fonctionnement; une direction unique et homogène.Le nom du Congrès de
la Soummam reste intimement lié à celui d’un personnage d’une trempe
peu commune: Ramdane Abbane. Homme de conviction et de caractère, il
a été l’un des principaux promoteurs de l’idée de ce Congrès, comme il
a été à la fois l’inspirateur avisé de ses orientations et l’artisan
déterminé de sa préparation et de son succès.

Un homme de passion

Tout autant, le souvenir de Abbane demeure également associé à une
autre ‘uvre maîtresse pour la réussite de laquelle il s’est dépensé
avec passion: la promotion de la Zone autonome d’Alger -la fameuse
ZAA- en un fer de lance d’une redoutable efficacité. C’est sous ses
auspices, en effet, que l’organisation FLN/ALN d’Alger a pris un essor
fulgurant. Si elle s’est transformée en vitrine éloquente de la
Révolution en marche, l’élan incisif qu’il a su lui communiquer y est
certainement pour beaucoup.Abbane n’avait de cesse de hisser Alger au
rang de capitale de l’Algérie en armes. Avec l’installation en
septembre 1956 de l’Exécutif suprême du FLN dans cette agglomération,
il trouva en Ben M’hidi le compagnon idéal qui nourrissait des
ambitions identiques. Ensemble désormais, ils s’acharneront à mettre
Alger au diapason d’une ville symbole d’une fière citadelle où se
développait dans le vacarme des bombes, l’expérience inédite des
maquis urbains. Le triumvirat que nous formions alors avait reçu du
CCE mandat de superviser l’organisation algéroise. A leurs côtés, et
tout en y contribuant de mon mieux, j’ai pu apprécier combien leur
rôle avait été déterminant pour insuffler une âme au combat de la ZAA.
En améliorant et en renforçant les capacités de ses deux branches,
politique et militaire, en l’impliquant chaque jour davantage dans une
confrontation exacerbée avec l’ennemi, ils ont permis à la Zone
autonome de conquérir ses lettres de noblesse. En peu de temps, ils
ont réussi à faire de cet appareil révolutionnaire de premier ordre,
un outil offensif doté d’une force d’impact considérable. Les deux
chapitres qui suivent, consacrés successivement au Congrès de la
Soummam et à la Zone autonome d’Alger, font partie d’un livre en
chantier devant paraître prochainement (plaise à Dieu). Je profite de
l’occasion du 20 août pour en livrer la première mouture et apporter
ensuite mon témoignage sur le personnage Abbane, l’un des plus grands
acteurs de l’histoire du mouvement national. Un événement ne saurait
être saisi et compris que s’il est replacé dans son contexte
historique . a) Le contexte historique En Algérie: On sait que
l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA
(Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action), tous issus de l’OS
(Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de
l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions: Comité
central et Messali.La direction du Mouvement national révolutionnaire
assurée jusque-là par le Comité central du PPA-MTLD passe alors aux
«6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous le sigle
du FLN (Front de libération nationale).Le partage des responsabilités
entre les «6» , après la réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine
(ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :Zone 1, Aurès-Némencha,
Mustapha Ben Boulaïd,Zone 2, Nord-constantinois, Mourad Didouche,Zone
3, Kabylie, Belkacem Krim,Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,Zone 5,
Oranie, Mohammed-Larbi Ben M’hidi. (Les zones seront remplacées par
les wilayate après le Congrès de la Soummam).Boudiaf, quant à lui,
désigné «coordonnateur» par ses pairs, s’envole pour Le Caire porteur
de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de
Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er
Novembre 1954. Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis déjà depuis
deux ou trois ans dans la capitale égyptienne où ils représentaient la
délégation extérieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le
CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du
FLN.Avant de se séparer à Bologhine, les «6» s’étaient donné
rendez-vous à la mi-janvier 1955, semble-t-il, pour une évaluation de
la situation ; les événements surgis de la guerre ne leur permirent
pas de se rencontrer.Didouche meurt le 12 janvier 1955 dans un combat
face à l’ennemi. Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la
frontière tuniso-libyenne, alors qu’il se rendait au Caire pour hâter
l’entrée des armes promises.Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre
le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter le marché des armes et
organiser leur envoi en Algérie.Abbane, libéré en janvier 1955 après 5
ans de détention, regagne son village natal de Azzouza en Kabylie.
Là, il est contacté par Krim et Ouamrane.Bitat est arrêté le 23 mars
1955. Ouamrane prend la relève à la tête de la zone IV et confie, en
accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.Une «direction»
de fait s’impose avec Abbane, qui en devient l’âme, Krim, chef de la
zone de la Kabylie et Ouamrane, chef de l’Algérois ; Ben Khedda est
l’un des assistants de Abbane au début de 1956.Abbane impulse à cette
direction un souffle nouveau ; elle devient la véritable direction
nationale de l’Algérie, un centre de coordination entre les chefs de
l’intérieur et entre ces derniers et ceux de l’extérieur.

Une mobilisation considérable

Abbane la transforme en plaque tournante du FLN, vitrine de la lutte
pour l’indépendance. Par les tracts qu’il rédige, il lance des mots
d’ordre et des proclamations qui ont des répercussions au-delà des
frontières. Sa devise était : «La libération de l’Algérie sera
l’oeuvre de tous les Algériens, et non pas celle d’une fraction du
peuple algérien quelle que soit son importance.» Autour de lui se
forme une équipe qui réalise un travail de mobilisation et de
propagande considérable aussi bien en direction de la population
musulmane qu’envers les libéraux et les progressistes de la population
européenne.Vis-à-vis de la population musulmane, il déclenche une
dynamique d’union nationale qui se solde entre l’automne 1955 et le
printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du Comité central du
PPA-MTLD et de leurs partisans (les «centralistes») , de l’UDMA de
Ferhat Abbas, de l’Association des Ulémas de Bachir Brahimi, ce qui
élargit les assises du Front, son champ d’intervention et isole les
messalistes avant de les marginaliser totalement sur le territoire
national ; cependant, ils restaient majoritaires en France où une
lutte sanglante et meurtrière était engagée entre leur parti : le MNA
et le FLN ; l’enjeu en est l’émigration algérienne forte de 300 000
âmes, d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis encore
actifs à Alger-ville, en Kabylie et dans le Sud du pays. Le PCA
(Parti communiste algérien) a éclaté à cause de sa composition mixte
formée d’Européens et d’Algériens et de sa sujétion au PCF (Parti
communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO de Guy
Mollet au sein du Front républicain qui accédera au gouvernement en
mars 1956.Alger servira de base logistique non seulement à l’Algérois
et à la Kabylie toute proche, mais à toute l’Algérie : médicaments,
argent, effets militaires y sont collectés et acheminés dans toutes
les régions sans distinction.On assiste alors à une accélération de
l’intégration des catégories socioprofessionnelles : juillet 1955,
création de l’UGEMA, 24 février 1956, création de l’UGTA qui vient
remplir le vide laissé par la CGT (Confédération générale des
travailleurs) d’obédience CGT française, l’UGCA (Union générale des
commerçants), 19 mai 1956, appel à la grève des étudiants lancée par
l’UGEMA qui mobilise la jeunesse des lycées et de l’université
contribuant ainsi à enrichir le maquis.Les étudiants et les quelques
intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions
d’ordre idéologique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme
agraire, problèmes sociaux et économiques, stratégie de la guerre,
etc.En dehors des tracts et des communiqués paraissant
occasionnellement, le FLN ne disposait pas encore d’un journal pour
propager ses idées, s’affirmer sur le plan public, faire connaître son
point de vue sur les événements, relater les exploits de l’ALN,
dénoncer les massacres et les tortures de la police et de l’armée
françaises.Abbane créa d’abord une commission dont le résultat se
traduira par l’élaboration du «Projet de la Plate-forme de la
Soummam».En juin 1956, paraît El Moujahid, organe central du FLN,
entièrement composé, tiré et diffusé par des militants d’Alger. Il
sera diffusé non seulement en Algérie, mais parmi l’émigration
algérienne en France, en Tunisie, au Maroc et au Caire. Il fera
connaître les positions officielles du FLN dont il augmentera
considérablement l’audience.Vient s’ajouter à cette dimension
médiatique, Kassamene, l’hymne du grand poète nationaliste Moufdi
Zakaria, qui va galvaniser les moudjahidine et le peuple dans le
combat pour l’indépendance.A Alger commencent à défiler alors les
journalistes internationaux pour leur reportage aussi bien en ville
que dans les maquis.Parallèlement, se poursuivait, grâce à un noyau de
militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une structure
spécifique : la Zone autonome d’Alger avec ses deux volets :
politique et militaire. Mais l’obstacle majeur dans la lutte pour
l’indépendance demeure la minorité européenne forte d’un million
d’habitants sur les 10 que comptait alors le pays , ce qui avait fait
de l’Algérie une colonie de peuplement « l’Algérie française » dont
ils détenaient les rênes du pouvoir. La Révolution grandissante
inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer.
Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions
catholique, protestante et juive (catholique surtout), émus par les
massacres de civils musulmans, prennent position contre la répression.
Cependant, la grande majorité reste fidèle à l’armée et au
gouvernement de Paris.En FranceEn France, l’Algérie est devenue la
première préoccupation du gouvernement et de l’opinion publique.En
mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les
élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au
pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» votés par la nouvelle
Assemblée, le gouvernement de gauche augmente le potentiel répressif
de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière
va être doublé et porté à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance
son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée
était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait
des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il
«négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire. Pour le
FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.Les maquis
avaient fini par faire leur jonction. Cependant des conflits
frontaliers éclataient à l’exemple de celui de la zone II s’opposant à
la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière de
Tunisie.Dépassements, encadrement déficient, structures différentes
d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait
étroitement de l’armement et les promesses faites de l’extérieur ne se
réalisaient pas. C’est en se rendant au Caire que Ben Boulaïd fut
arrêté à la frontière tuniso-libyenne, et c’est pour armer les
djounoud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août
1955.A l’ONU, lors de la session de 1955, les délégués arabes ont
tenté d’inscrire la «Question algérienne» à l’ordre du jour. Elle fut
rejetée par la majorité acquise à la France et ses alliés.L’attitude
des gouvernements arabes, bien que favorable à l’Algérie,
particulièrement de celui de l’Egypte, est sujette à des fluctuations
sous la pression de la France qui monnaie son aide économique et
financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab
Abderrahmane Kiouane, libre jusque-là dans ses interventions, est
censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne
instrumentalisée par Djamel Abd-Ennasser qui jouit d’un immense
prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique et dont il
ambitionne le leadership.Le colonel Fethi Dhib, l’un des responsables
des services spéciaux du Raïs, man’uvre dans ses rapports avec les
membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella. Un
gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et
Le Caire, celui des positions officielles sur telle ou telle question
pesant sur le cours de la Révolution: ainsi l’ouverture des
négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et
semer la division, cette maladie mortelle des révolutions. Jusqu’ici,
l’identité de formation des dirigeants tous issus du même parti : le
PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir
devant les initiatives de la France.

L’absence d’une direction nationale

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas
de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de
l’indépendance algérienne», alors que de son côté Khider au Caire
parlait d’«Assemblée nationale constituante».La France ne se privait
pas d’exploiter ces contradictions. Et quand les journalistes
posaient aux officiels français la question des «négociations»,
ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui?», se contentant de
parler de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en
réalité à noyer le FLN dans un ensemble de partis sans
représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités
musulmanes et européennes. S’il existait des commandements à
l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec
plus ou mois d’efficacité la représentation du FLN, par contre, il
n’existait pas une direction centrale coordonnant les activités du
FLN, politiques et militaires, nationales et internationales, obéie de
tous, constituant une autorité en mesure de se poser en interlocuteur
valable vis-à-vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du
peuple algérien.A un moment donné il fut question d’une direction de
«12» membres: 6 de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat,
Abbane, Ouamrane) et 6 de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït
Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).Un des sujets de discorde, qui ne
cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les
éléments envoyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène
internationale et qui étaient contestés par ceux du Caire :
Debbaghine, Ferhat Abbas, Kiouane, Tewfik El Madani.Cependant, dans
chacune de ces lettres au Caire, Abbane revient à la charge sur la
question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de
régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner
la direction officielle du FLN absente de la scène politique depuis 2
ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs
de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim
(Kabylie), Ouamrane (Algérois); il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd,
évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955 et dont il
était sans nouvelles. A Youcef Zighoud (Nord Constantinois) il
délègue Saâd Dahlab pour en savoir davantage ; et c’est ainsi que le
futur négociateur d’Evian inaugure son activité «diplomatique» au FLN.
Concernant la réunion des chefs du FLN, il y avait identité de vue
entre Zighoud et Abbane. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont
également touchés par ce dernier: Aït Ahmed, Ben Bella, Ben M’hidi,
Boudiaf. Seul Ben M’hidi qui avait déjà pris la décision de rentrer
le fera et sera à Alger en mai 1956. On ne connaît pas exactement les
motifs pour lesquels les autres membres qui étaient à l’extérieur
n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. b) Les décisions du Congrès

CNRA et CCE

Le Congrès se réunit à Ifri-Ighzer Amokrane, sur la rive gauche de la
Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou, le 20 août 1956. Le
procès-verbal de la première séance donne la liste des présents. «Les
membres présents étaient :- BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie
(président de Séance),- ABBANE, représentant le FLN (secrétaire de
séance),- OUAMRANE, représentant de l’Algérois,- KRIM, représentant de
la Kabylie,- ZIROUd, représentant du Nord constantinois,- BENTOBBAL,
adjoint de Zirout.Membres absents :- BEN BOULAID, représentant des
Aurès-Nemenchas,- SI CHERIF, représentant du Sud (excusé après avoir
adressé son rapport à la réunion).» 1Comme on le voit, le Congrès se
réduit à six membres. En dehors des séances, chacun se retrouvait
avec d’autres éléments de sa zone : Ali Kafi, Mostefa Ben Aouda et
Brahim Mezhoudi avec Zighoud et Ben Tobbal ; Saïd Mohammedi et Aït
Hamouda Amirouche avec Krim (zone III) ; Déhilès, Si M’hammed
Bouguerra et Ali Mellah (Si Chérif) avec Ouamrane (zone IV). Chaque
chef de zone présenta un état de la situation : effectif des
moudjahidine, armement état d’esprit des combattants et de la
population.Le Congrès procéda à la désignation des organes de
direction de la Révolution : -CNRA (Conseil national de la Révolution
algérienne) et – CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le
CNRA, direction suprême, joue le rôle de parlement du FLN : Assemblée
législative, symbole de la souveraineté nationale, elle prend les
décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale.
Elle désigne l’exécutif: le CCE. Le CNRA engage des négociations
avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix. Le CNRA
désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres: 17
titulaires et 17 suppléants (voir tableau ci-dessous).Le problème
crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats et le bilan
de la délégation extérieure fut jugé négatif. Le Congrès se résolut à
la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles
étaient, c’est-à-dire chez l’ennemi.Des décisions importantes furent
prises concernant l’ALN: limites territoriales des wilayate,
hiérarchisation, organisation en unités depuis le demi-groupe composé
de 4 combattants dirigés par un caporal jusqu’au bataillon qui compte
350 combattants dirigés par le colonel de la wilaya.En vue d’humaniser
la guerre, furent strictement interdits l’égorgement, l’exécution des
prisonniers de guerre, la mutilation des cadavres. Deux principes
fondamentaux furent votés : primauté du politique sur le militaire et
primauté de l’intérieur sur l’extérieur.

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois
après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à
atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème
des négociations et les conditions de cessez-le-feu qui serviront de
base, cinq ans plus tard, aux négociateurs d’Evian :II) Cessez-le-feuC
o n d i t i o n s :a) politiques :1°) – Reconnaissance de la nation
algérienne indivisible.Cette clause est destinée à faire disparaître
la fiction colonialiste de «l’Algérie française». 2°) -
Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté
dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la
diplomatie.3- Libération de tous les Algériens et Algériennes
emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique
avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954.4-
Reconnaissance du FLN comme seule organisation représentant le peuple
algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En
contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom
du peuple algérien.b) militaires :Les conditions militaires seront
précisées ultérieurement.(Extrait de la Plate-forme du Congrès de la
Soummam.)Contre la propagande de la France qui accusait le FLN d’être
au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam est
catégorique : «La Révolution algérienne est un combat patriotique
dont la base est incontestablement de caractère national, politique et
social. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou,
ni à Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Fethi Dhib
et bien sûr à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur
de la Révolution algérienne». Certes il n’y a pas eu de doctrine mais
un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce
n’était qu’une plate-forme. Elle ne pouvait que fixer les objectifs
stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, notamment les
conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux
militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des
repères d’orientation clairs et précis pour la poursuite du combat.
Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb
arabe, fut solennellement rappelé.Vis-à-vis de la minorité européenne
le droit d’opter pour la nationalité algérienne fut reconnu à titre
individuel et sur demande de l’intéressé. Ce qui a honoré la
Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom
anti-juif. Le boycott des commerçants juifs fomenté par des
provocateurs dès le début de la Révolution fut étouffé dans l’oeuf par
le FLN. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises, ni de temples
protestants au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la
participation active de la majorité d’entre eux à la répression. La
Plate-Forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une
Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de
haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux
non-musulmans, tournée vers l’avenir.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des
Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amara Bouglez,
qui alimenteront l’opposition au Congrès. Boussouf, l’adjoint de Ben
M’hidi à la tête de la Wilaya V et qui en assurait l’intérim, reprocha
à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya sur des questions impliquant
l’avenir du pays, alors qu’il aurait été délégué uniquement pour «des
questions d’ordre organique et de coordination».Ben Bella contestera
la présence de «certaines personnalités» au CNRA («centralistes»,
UDMA, les Ulémas), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la
primauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par
d’autres membres de la délégation extérieure. L’évaluation précise de
la situation militaire n’a pas été faite. L’on se contenta de dresser
le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances, sans étude de
l’ensemble des forces en présence, algériennes et françaises,
d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. La grande
préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des
armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la
veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie
militaire dans ces conditions était impossible ; les congressistes
n’avaient pas une vision claire des étapes à parcourir. On ne pouvait
exiger de ces maquisards poursuivis à mort par l’armada française et
la multitude de ses services de renseignements et d’espionnage
d’accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en pleine
guerre, au milieu de mille dangers, et d’avoir fondé une légalité
révolutionnaire qui durera jusqu’à l’indépendance et qui servira par
la suite de fondement aux institutions de l’Etat algérien. Et le rôle
de Abbane a été là, il faut le reconnaître, prédominant. Le Congrès a
doté la Révolution d’une autorité nationale: le CNRA et d’un organe
suprême d’exécution: le CCE. Ce ne sont pas les congressistes de la
Soummam qui ont étudié et adopté le texte de la «Plate-forme de la
Soummam». Il en confièrent la tâche au CCE. Celui-ci lui consacra
plusieurs séances à Alger et procéda à sa publication le 1er novembre
1956 non sans avoir envoyé un exemplaire du procès-verbal à la
Délégation extérieure du FLN.L’éventualité du «gouvernement
provisoire» fut laissée à l’initiative du CCE.Lorsque le Congrès de la
Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte
de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté
territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la
qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la
Révolution. Sur 700 000 habitants que comptait le Grand-Alger, plus
de la moitié était d’origine algérienne embrigadées dans les
structures du FLN. La Casbah, à elle seule, comptait 80 000
habitants.

II La Zone autonome d’Alger

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son
importance stratégique sur l’échiquier national, de par la portée
psychologique nationale et internationale de ses interventions, de par
son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était
considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya
du CCE lui-même.Jusqu’à début 1956, l’organisation FLN d’Alger était
structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se
chevauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravitaient
autour de Krim et surtout de Ouamrane et de Abbane, ce dernier secondé
par Ben Khedda.Parmi les plus importants de ces réseaux, citons :- les
réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara, – le
réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,- le réseau Ahcène Laskri et
Ben Mohammed Hammada,- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), – le
réseau Cherif Debbih,- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed
Ghermoul, le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.Toutes les
têtes de file de ces réseaux ont été des adjoints de Abbane. A partir
de mars-avril 1956, l’organisation d’Alger est restructurée en trois
régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres
intégrés au sein de ces régions. L’opération de restructuration
confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu’à août-septembre
1956.En septembre 1956, l’organisation algéroise du FLN prend la
nouvelle dénomination de «Zone autonome d’Alger», avec toutes les
prérogatives d’une wilaya.Siège du CCE, la ZAA est sous l’autorité
statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent
désormais les activités : Abbane, Ben M’hidi et Ben Khedda.Sur le
plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes,
mais complémentaires : La branche militaire, dont le suivi des
activités est confié à Ben M’Hidi: formée de groupes et de commandos
de fidaïne, auxquels s’ajouteront à partir de l’été 1956 les «réseaux
bombes». La branche militaire a été dirigée successivement pa :
(Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956), (Belkacem Bouchafa (avril
1956- août1956), (Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).Avant le
Congrès de la Soummam, la branche militaire activait sous l’autorité
directe d’Ouamrane, lequel était, de la sorte, le responsable
hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.A la fin de 1956,
l’état-major de la branche militaire était constitué comme suit : -
Responsable : Yacef Saâdi ; Adjoint: Ali Amar (Ali La pointe)-
Région I: Abderrahmane Arbadji ; Adjoint: Hadj Othmane
(Kamel)-Région Il : Hammoud Ader,Adjoint : Ahcène Ghandriche,-
Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),Adjoint: Boualem
Benabderramane (Abaza).La branche politique, confiée à Brahim Chergui
était sous la supervision directe de Abbane et de Ben Khedda ; grosso
modo, elle couvrait trois types d’activités :Le travail
politico-idéologique: diffusion des mots d’ordre du FLN, de sa
littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations
afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham», c’est-à-dire
la toute-puissance de l’organisation en tant que symbole et autorité
morale du FLN, appuyée sur d’autres organisations à caractère social,
culturel, économique (UGTA, UGCA, UGEMA?).- Le travail
politico-administratif: encadrement «physique» de la population, sa
sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases
minimales d’un contre-pouvoir et d’une contre-administration
permettant la symbiose permanente entre le peuple et l’organisation,
collecte de l’impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,-
Enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique,
ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt
politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce
terme.La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE disposait
de ses propres groupes de fidaïne. On les appelait aussi «groupes
d’intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes
armés» qui, eux, relevaient de la branche militaire.A la veille de la
grève des huit jours (29 janvier – 5 février 1957), l’état-major de la
branche politique se composait comme suit :-Responsable: Brahim
Chergui-RégionI : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hachemi Hammoud (Si
Hocine), Adjoint :Sadek Keramane et Abderrahmane Naït Merzouk, -
Région II : Hachem Malek,Adjoints: Mahmoud Messaoudi et Toufik
Bensemane.-Région III : Bellouni Si El-Mahfoud, Adjoints: Rachid
Benrahmoune et Mohammed Sahraoui. Les membres des réseaux «bombes»,
une quarantaine, formaient les unités d’élite dans ce dispositif.Après
la grève des huit jours, les deux branches démantelées de la ZAA sont
reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone.
Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu’à son
arrestation en septembre 1957. L’épopée de la première zone autonome
prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où
s’étaient barricadés Ali Amar et ses derniers compagnons. Construite
sur le modèle pyramidal, la ZAA était composée d’environ 12 000 hommes
répartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et
politique.La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier,
hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base
à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. C’était le
vivier où puisait constamment l’organisation pour le recrutement des
militants, des moudjahidine et des fidaïne. Ces derniers sans attache
à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d’une
cinquantaine d’hommes par région.Branche militaire et branche
politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens,
marquait une présence percutante où chaque action perpétrée à Alger
avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la
population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement
médiatisé et les actions particulièrement dévastatrices sur le plan
psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits,
formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD. C’était l’ALN de
la ville, différente de l’ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE
avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul
qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de
l’ennemi et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La
présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part
à Alger (en réalité en plein quartier chic européen du Télemly) était
un gage de garantie et de confiance pour les combattants. Par leurs
actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain,
les moudjahidine jetaient le discrédit sur les autorités et leur
crédibilité et révélaient l’impuissance de la France à maintenir
l’ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et
plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome
de l’isolement, la poussant à un repli sur elle-même, en vérité vers
son origine, en direction de la métropole. Telle fut la Zone autonome
d’Alger qui fit d’Alger dans les années 1956-1957 la capitale de
l’Algérie en guerre et où Abbane et son équipe jouèrent un rôle
déterminant.

III Le personnage de Ramdane Abbane

Comme tous les grands personnages de l’histoire, Abbane a eu ses
détracteurs, qualifié par eux, tantôt de «régionaliste», hostile à
«l’arabo-islamisme», tantôt d’«autoritariste», voire par certains
d’«agent de l’ennemi», de «traître» même. Avant de répondre à ces
accusations, disons un mot sur son itinéraire. Ayant obtenu son
baccalauréat en 1942 au Collège colonial de Blida (l’actuel lycée
Ibnou Rochd), Abbane trouva un emploi à Chelghoum El-Id (ex
Châteaudun-du-Rhumel) comme secrétaire de commune mixte. Il le
sacrifiera aussitôt pour s’engager résolument dans le PPA, le seul
parti à revendiquer l’indépendance. En 1950, chef de la wilaya d’Oran
et membre du Comité central du PPA-MTLD, il est arrêté pendant la
grande répression de l’OS, branche armée de ce dernier (le rôle du
chef de wilaya était de situer dans l’organisation politique les
éléments aptes à la lutte armée et de les verser à l’OS). Il est
transféré d’une prison à l’autre, en Algérie et en France, et libéré
après 5 ans de détention, en janvier 1955, souffrant d’un ulcère à
l’estomac consécutif à ses nombreuses grèves de la faim. Il a
beaucoup lu au cours de sa détention. Lorsque Krim et Ouamrane
viennent lui rendre visite à sa sortie de prison et lui exposer la
situation qu’ils vivaient, il est consterné par l’extrême faiblesse
des moyens de la Révolution et l’insuffisance des cadres maquisards
qui, malgré leur courage à toute épreuve et leur mépris de la mort
étaient marqués par l’illettrisme et l’analphabétisme, un sérieux
handicap pour mener la guerre et conduire des milliers d’hommes et de
femmes dans le chemin de l’indépendance. Mais cela ne le décourage
nullement et il se jette corps et âme dans la bataille, décidé à
offrir le meilleur de lui-même. D’où sa démarche d’ouvrir les portes
du FLN à tout Algérien désireux de servir la patrie et de rechercher
des militants formés et compétents qui manquaient cruellement à la
Révolution. Il s’était vu confier la responsabilité d’Alger-ville par
Krim et Ouamrane. Fidèle à sa politique d’union nationale, il fit
appel aux «centralistes» et aux éléments de l’UDMA et de l’Association
des Ulémas dont certains seront désignés par le Congrès de la Soummam
au CNRA. Il s’agit de la présence à cet organisme des «Centralistes»
(Aïssat, Dahlab, Ben Khedda, Yazid, Mehri, Louanchi, Temmam), des
éléments de l’UDMA (Abbas, Francis) et de l’association des Ulémas (
Tewfik el Madani et Brahim Mezhoudi).Dans une lettre au CCE, Ben Bella
écrit:«Ces décisions (celles générales du Congrès de la Soummam) ont
été en outre, assorties d’autres décisions consacrant la présence
d’éléments au sein des organismes dirigeants du Front, qui sont une
véritable aberration des principes les plus intangibles de notre
Révolution, et qui, si on y prend garde, finiraient, je pèse les mots,
à lui faire tordre une fois pour toutes le cou.» (Mohammed Harbi, Les
archives de la Révolution, page 168).Dans l’esprit de Abbane et des
congressistes de la Soummam, la présence de ces éléments est le reflet
de la société algérienne avec ses différentes composantes et
sensibilités qu’il s’agit de récupérer à travers les tendances qu’ils
représentent et de les engager résolument dans la guerre pour
l’indépendance.Le CNRA, c’est le parlement du FLN où la majorité des
membres, 30 sur 34, appartient à l’ex-PPA-MTLD, véritable Assemblée
législative qui définit l’orientation et la politique du FLN, la seule
autorité engageant les négociations avec l’adversaire et habilitée à
proclamer le cessez-le-feu. Abbane est logique avec lui-même. Pour
lui il n’y a point de salut en dehors de l’union nationale et sans le
rassemblement aussi large que possible des forces nationales du pays.
Dans les reproches faits au Congrès adressés à la direction du FLN par
certains membres de la délégation extérieure, c’est surtout la
présence au CCE de Ben Khedda et Dahlab qui est visée, «centralistes»,
accusés d’avoir combattu le déclenchement armé du 1er Novembre 1954.
Des «centralistes» devenus membres du CCE, habilités en outre à
«contrôler les activités de nos organismes à l’intérieur et à
l’extérieur», cela était insupportable pour les «chefs historiques»
qui estimaient qu’eux seuls avaient le droit de diriger le FLN et la
Révolution.En réalité, c’était Abbane qui était ciblé et dont la
montée fulgurante donnait des cauchemars à certains?S’il y avait des
reproches à faire contre la désignation au CCE des deux
«centralistes», ce n’était pas uniquement à Abbane à les adresser mais
aux 4 ou 5 colonels de wilaya présents au Congrès et qui avaient
ratifié ce choix. 5 ans après, c’est à ce même Ben Khedda et à ce
même Dahlab qu’il est fait appel en 1961, l’un pour être le deuxième
président du GPRA, l’autre pour mener à bien les négociations avec la
France. Et comme par hasard, l’appel est toujours adressé par des
chefs militaires, les 3 colonels-ministres du GPRA. On rapporte que
Youcef Zighoud, proposé membre du CCE, aurait refusé pour se consacrer
entièrement à sa wilaya. Quant au principe de la primauté du
politique sur le militaire, cela signifie que le FLN commande l’ALN et
non l’inverse. Ce n’était pas une idée propre à Abbane mais à tous
les congressistes de la Soummam. Elle a servi de base à toutes les
révolutions triomphantes. Le mérite de Abbane a été de l’avoir fait
partager à ses pairs et d’avoir tenté de la mettre à exécution.
Appliquée de nos jours à l’Etat de droit, cette règle signifie que le
civil commande le militaire et qu’au sommet de l’Etat le président de
la République est le chef suprême des armées. N’est-ce pas là le mal
qui ronge l’Etat algérien depuis l’indépendance et qui nous a conduit
à la tragédie actuelle? Abbane «régionaliste»? Abbane et les
congressistes de la Soummam dans une lettre adressée à la Fédération
de France du FLN en pleine guerre ont sévèrement condamné les éléments
«berbéristes, messalistes et autres contre-révolutionnaires qui
continuent leur travail de sape et de division au sein de l’émigration
algérienne» (Voir le livre d’Anne-Marie Louanchi, Parcours d’un
militant paru récemment aux éditions Dahlab). Bien que francophone de
formation, il a toujours soutenu et défendu le principe de l’identité
algérienne rattachée à la culture arabo-islamique telle qu’elle avait
été définie dans le PPA-MTLD son école de militantisme, en opposition
à la théorie colonialiste de «l’Algérie française» ou celle de
«l’Algérie, nation en formation». Bien que non pratiquant, il a
toujours observé le plus grand respect envers ses compagnons d’armes
quant à leur foi et leur piété musulmanes. Ce qui lui importait avant
tout, c’était l’unité de tous les Algériens sans distinction qui,
seule, pouvait libérer l’Algérie de la domination coloniale. Si la
victoire de l’indépendance a été possible, c’est en grande partie
grâce à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à
l’adversaire.

Abbane «autoritariste»?

Mais Abbane n’était pas seul. Il avait toute une équipe autour de lui
menant des activités diverses et où chacun avait un secteur
particulier : organisation, finances, logistique, milieu européen,
avocats, liaisons. Lorsque nous étions à Alger, nul protocole
n’existait entre nous. Nous étions à la même enseigne. Aucun n’avait
le pas sur l’autre. Nous courions tous le même danger : celui de
tomber entre les mains des paras de Massu-Bigeard et l’arrestation
était suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.
Mais il y avait une entente tacite, une espèce de modus vivendi qui
consistait à faire confiance à Abbane et à lui reconnaître le
leadership parce que c’était un homme de décision, un animateur, un
coordonnateur. C’était lui qui assurait la correspondance avec les
wilayate, les Fédérations de France, de Tunisie et du Maroc et la
délégation extérieure. Le CDE alors était homogène.C’est à la sortie
du CCE du territoire national que les choses changent, sortie décidée
par les 4 membres restants, y compris Abbane, après la mort de Ben
M’hidi. Une sortie lourde de conséquences, loin du terrain propre de
la lutte, dans l’exil propice aux complots, aux coups bas, aux
man’uvres de toutes sortes et qui sera fatal à Abbane. Son grand
défaut a été son tempérament. Abbane était entier. Chez lui point de
nuances. Il lui arrivait d’exploser, d’entrer dans une violente
colère lorsqu’il s’apercevait d’une anomalie, d’un défaut, d’un abus,
quitte à faire à son auteur des observations en pleine figure, parfois
blessantes et publiques. «Tu ne comprends rien», avait-il dit un jour
à l’un de ses pairs, membre du CCE. Un autre, il le traita de
«fasciste». Une fois qu’il avait «vidé son sac», il se reprenait. Il
n’était pas vindicatif ni rancunier. Qui peut se vanter parmi ceux
qui ont exercé des responsabilités au cours de la guerre de libération
d’avoir été «démocrate» et de n’avoir pas pris parfois des décisions
«absolutistes». Les événements imposent souvent d’en prendre sur le
champ et Abbane en a pris. Cependant, avec tout le respect et la
considération que nous devons à la mémoire de Abbane, à l’oeuvre qu’il
a accomplie et à la contribution qu’il apporta à la cause de
l’indépendance, nous ne devons pas tomber dans le «culte du héros», le
«culte des morts» en honneur chez les peuples d’Occident qui érigent
des statues et des stèles à leurs grands hommes. C’est là une
pratique contraire à nos m’urs, à nos traditions nationales et à nos
valeurs islamiques qui assimilent cette pratique à une forme de chirk,
polythéisme tendant à associer le culte de Dieu l’Unique au culte de
l’homme. Inspirons-nous de ses idées, mais n’allons pas jusqu’à
l’adorer. Pour nous, Abbane est dans nos c’urs, et c’est en luttant
pour le triomphe des idées qu’il a défendues que nous serons fidèles à
sa mémoire, idées qui demeurent plus que jamais d’actualité dans notre
Algérie souffrante: -la primauté du politique sur le militaire, -la
primauté de l’intérieur sur l’extérieur (des problèmes internes sur
les problèmes externes),-l’unité du peuple. Dans son livre paru
récemment Ali Kafi fait parler des anciens chefs de la Révolution qui
auraient lancé contre Abbane des accusations de «traître» «agent de
l’ennemi» et autres «liens secrets». Ces chefs sont connus pour avoir
été des adversaires et des rivaux de Abbane à la direction du FLN. A
l’appui de ce qu’il avance, Kafi fait état d’affirmations plus ou
moins vagues sans fournir des preuves tangibles : les personnes
impliquées dans cette «trahison», leurs lieux de rencontre, les dates,
les décisions prises et autres faits concrets. Les arguments de
l’auteur sont loin d’être convaincants. Alors que l’Algérie se débat
dans les convulsions d’une tragédie sans nom, alors que la jeunesse
algérienne est à la recherche de ses repères historiques, on ne peut
s’empêcher de se poser la question suivante : quelle motivation a
poussé Kafi, secrétaire de l’Organisation nationale des moujahidine à
diffamer et à calomnier un symbole de la Révolution, connu pour son
‘uvre historique d’unification des forces nationales qui a permis la
libération de l’Algérie. Il a poussé l’outrecuidance jusqu’à
s’attaquer à un mort et salir sa mémoire, jouant par là un rôle peu
glorieux et peu digne.

B. B. *Titres et intertitres de notre rédaction (1) Le Sud c’était
la wilaya VI.

Liste des «22» du CRUA (juin 1954) -Mokhtar BADJI-Othmane Belouizdad
-Ramdane BEN ABDELMALEK-Ben Mostefa BEN AOUDA – Mustapha
BENBOULAID-Mohammed – Larbi BEN M’HIDI – Lakhdar BEN TOBBAL – Rabah
BITAT – Zoubir BOUADJADJ-Slimane BOUALI-Ahmed BOUCHAIB-Mohammed
BOUDIAF – Abdelhafid BOUSSOUF-Lyès DERRICHE-Mourad DIDOUCHE -
Abdesselam HABBACHI-Abdelkader LAMOUDI-Mohammed MECHATTI-Slimane
MELLAH -Mohammed MERZOUGUI-Boudjemaâ SOUIDANI-Youcef ZIGHOUD
Les noms sont cités par ordre alphabétique.

Publié dans Abane(19) | Pas de Commentaire »

12345...21
 

The Soul of a Slayer |
AHL EL KSAR |
toutelactualite |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Halliburton Manufacturing &...
| Le Tallud 79200
| momema