LOUNIS AÏT MENGUELLAT – La terre et le chant

Posté par algeriedemocratie le 2 septembre 2009

LOUNIS AÏT MENGUELLAT - La terre et le chant
Lounis Aït Menguellat fait partie de cette génération surdouée qui a su résister aux injures du temps et des hommes. Mais le génie, lui, n’a ni frontières, ni langue. C’est une offrande divine qui transcende le temps et l’espace. Aït Menguellat donc …

Lounis n’est pas seulement un chanteur. Et l’enfermer dans ce moule trop exigu pour sa dimension serait faire insulte à son intelligence. Mieux, à son génie. Pourtant, son parcours initiatique n’a rien d’exceptionnel à ses débuts. Il emprunte (le parcours) même aux canons classiques. Une vocation précoce, une boîte d’essence “Mobil” pour accompagner l’amateurisme et un lieu-dit Ighil Bouamas (Haute-Kabylie) qui ressemble à tous les patelins par son profil sociologique. C’est-à-dire un milieu conservateur régenté par un système patriarcal et agnatique.
Repétitions à la sauvette dans un milieu si hermétique que les artistes se cachent pour mourir. Lounis, lui, brise à sa manière le carcan. Et casse les tabous. Sans jamais renier son humus. Les notes de musique résonnent jusqu’au village voisin Aït Daoud où naquit, pour la petite histoire, un certain Kamal Hammadi qui n’influera peut-être pas sur son destin mais qui y contribuera. Avant la grande aventure dans l’émission “Ighenayene Ouzekka” de la Chaîne 2, diligentée de main de maître par l’un des monuments de la chanson kabyle : Chérif Kheddam.
Un formateur et dénicheur hors pair de talents et ce n’est sûrement pas l’inimitable Nouara qui nous contredira. Coups d’essai à répétition du jeune Lounis devenu déjà la coqueluche du village. Ce royaume de la tradition qui a étouffé tant de vocations. Lounis transcende alors le cap de la résistance pour débroussailler les chemins tortueux de l’art. Périlleuse mais exaltante entreprise. Il n’empêche, Lounis fonce droit devant. Quelques chansonnettes pour démarrer. Sur fond de sentimentalisme et amours déçues. Seul registre d’ailleurs qui permettait à l’époque une évasion salutaire. Voire même un exorcisme et une thérapie. “Ma throudh” (si tu pleures), “Ya Tejra Illili (laurier rose), “Djamila” entre autres, signent les prémices à l’orée des années 70 d’un talent latent mais à forte connotation affirmée. Le répertoire s’enrichit : “Ourdjagh” (j’ai attendu), “Ketvagh ismim” (j’écris ton nom), donnent plus d’air et d’épaisseur à la voix et au texte qui passe du suggéré au “géré” et assumé. Aït Menguellat prend de l’assurance dans une sobriété qui lui sied comme le succès. Un succès d’estime d’abord et un triomphe ensuite. Car de la chansonnette, il passe à la chanson à texte et à thème. L’œuvre s’épaissit et gagne en relief. Elle est plus aboutie. Même si l’instrumentation relève du SMIG: une guitare et une derbouka. A telle enseigne qu’on est tenté de croire que toutes ses chansons se ressemblent. Ni chichi ni effets de manche. Juste ce qu’il faut pour un personnage qui ressemble à son art.
Simplicité et humilité se font récurrences et rémanences. La deuxième décennie post-indépendance le consacre. Il a mûri et soigne mieux son produit. Il le travaille davantage, l’affine et le peaufine. Par respect pour l’art. Et par considération pour son public. Et celui-ci ne s’y trompe pas en l’adoptant. “Amdjahed” et “Askouti” marquent un virage, un tournant.
Homme de son temps qui vibre aux pulsions naturelles de l’instinct, Lounis épouse parfaitement son époque. Maître de son art et ancré dans son terroir pour ne pas perdre de vue l’essentiel, il offrira début des années 80 à l’Atlas un véritable récital qui provoque un délire parmi ses fans survoltés. Une étoile est née et scintille dans le firmament. Malgré les étiquettes gratuites et une méchanceté non moins gratuite. L’homme a certes des idées. Car l’artiste vit dans et en dehors de la société. Il a tant besoin de ces “dans” et “dehors” pour trouver la synergie nécessaire à la création. Il est d’ailleurs tellement à l’écoute des autres dont il fait partie intégrante qu’il s’implique par le biais de l’Association “Les amis de Aït Menguellat” dans la vie sociale. Il n’hésitera pas — l’artiste étant complet — à prêter aide et assistance partout où sa conscience de citoyen éclairé le lui dicte. Et pour être poète, barde et chantre à la fois, on n’en est pas moins homme de conviction. Ce qui lui a permis de déjouer tous les pièges et autres crocs-en-jambe des politiques. Et à l’heure où le terrorisme sécrétait ses toxines, Aït Menguellat est resté au pays, par devoir et fidèle à des principes qui ont force de loi. Avant de triompher dans la salle mythique de l’Olympia. Lui qui a été si boudé au temps des années de plomb.
Belle revanche sur la bêtise et les fourches Caudines de l’imbécillité. Bref, l’artiste suit son petit bonhomme de chemin tel un métronome. Et que ce soit dans “Tharawla” (la fuite) ou “Thiragwa” (les rigoles) son dernier album, l’artiste à la muse géniale reste égal à lui-même. Et dans l’interprétation et dans la qualité de la composition. Une voix chaude et veloutée admirablement servie par un bouquet de reprises qu’on redécouvre non sans frémissements. Comme aux plus beaux jours tant l’œuvre et l’artiste n’ont pas pris une seule ride. Et nombreux sont ceux qui ne comprennent pourtant pas le kabyle, mais qui se laissent volontiers séduire par ses complaintes si relevées qu’elles ne laissent personne indifférent.
A cinquante ans et trente-cinq ans de carrière, l’artiste a sans doute besoin de souffler. Et il souffle désormais dans les oreilles. Et la voix de son rejeton de fils Djaafar dont l’influence du papa est évidente, notamment dans “Ouritsadja” (ne me laisse pas). Il y a comme un transfert dans l’air. Tant mieux et tant pis.
Mais on imagine mal Lounis ranger sa guitare et priver son public d’une voix si estampillée. A moins qu’il prenne du recul pour mieux rebondir. Même s’il n’en finira jamais de revenir.
A. ZENTAR

source:menguellet.ifrance.com

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