bible de barnabas(chap81 à chap 120)

Posté par algeriedemocratie le 20 octobre 2009

Chapitre 81
Dites-moi : «Eût-ce été un grand péché si les prêtres qui portaient l’arche de l’alliance de Dieu, l’avaient laissé tomber par terre? » En entendant cela, les disciples tremblèrent parce qu’ils savaient que Dieu tua Uzza pour avoir malencontreusement touché l’arche de Dieu. Ils répondirent : «C’eût été un péché très grave!» Jésus dit alors : «Vive Dieu, c’est un péché plus grand encore d’oublier la parole de Dieu par laquelle il a tout fait, par laquelle il t’offre la vie éternelle!» Et après ces paroles, Jésus pria. Après la prière, il dit : «Demain, nous devons passer en Samarie, car c’est ce que m’a dit l’ange saint de Dieu!»
Un matin de bonne heure, Jésus arriva près du puits que fit Jacob et qu’il donna à Joseph son fils. fatigué par le voyage, Jésus envoya ses disciples à la ville pour acheter de la nourriture et il s’assit près du puits, sur la margelle. Or voici qu’une samaritaine vint au puits tirer de l’eau. Jésus dit à la femme : «Donne-moi à boire!» La femme répondit : «N’as-tu pas honte, toi qui es Hébreu, de demander à boire à moi qui suis Samaritaine?» Jésus répondit : «Femme, si tu savais qui est celui qui te demande à boire, peut-être lui demanderais-tu toi-même à boire!» La femme reprit : «Et comment me donnerais-tu à boire puisque tu n’as pas de seau pour puiser l’eau, ni de corde et que le puits est profond!» Jésus répondit : «Femme, celui qui boit de l’eau de ce puits aura encore soif, par contre, celui qui boit de l’eau que je donne n’a plus soif, mais à ceux qui ont soif, je leur donnerai à boire si bien qu’ils vont à la vie éternelle.»
La femme dit alors : «Seigneur, donne-moi de ton eau!» Jésus répondit : «Va et appelle ton mari, car c’est à vous deux que je donnerais à boire.» La femme dit : «Je n’ai pas de mari!» Jésus répondit : «C’est bien, tu as dit la vérité! car tu as eu cinq maris et celui que tu as maintenant n’est pas ton mari!» En entendant cela, la femme fut confuse et dit : «Seigneur, à ce que je vois tu es prophète! Dis-moi donc, s’il te plaît, les Hébreux prient sur le mont Sion dans le temple construit par Salomon à Jérusalem et ils disent que c’est là et pas ailleurs, qu’ils trouvent grâce et miséricorde de Dieu, tandis que les nôtres adorent sur ces montagnes et disent que c’est seulement sur les montagnes de Samarie qu’il faut adorer. Quels sont les vrais adorateurs?»
Chapitre 82
Alors Jésus poussa un soupir et pleura en disant : «Malheur à toi, Judée, qui te glorifies en disant :Temple de Dieu! Temple de Dieu! et qui vis comme si Dieu n’existait pas, toute adonnée aux plaisirs et aux intérêts de ce monde! Car, au jour du jugement, cette femme te condamnera à l’enfer puisqu’elle cherche à savoir comment trouver grâce et miséricorde auprès de Dieu!» Puis se tournant vers la femme, il dit : «Femme, vous Samaritains, vous adorez ce que vous ne savez pas, mais nous, Hébreux, nous adorons ce que nous savons. En vérité je te le dis, Dieu est esprit et vérité, et il faut l’adorer en esprit et en vérité. Car la promesse de Dieu s’accomplit à Jérusalem dans le temple de Salomon et pas ailleurs.
Mais, crois-moi, il viendra un temps où Dieu donnera sa miséricorde dans une autre ville. En tout lieu, on pourra adorer en vérité; et tout lieu tiendra miséricordieusement pour agréable la vraie prière.» La femme répondit : «Nous attendons le Messie; quand il viendra il nous enseignera!» Jésus dit : «Femme, tu sais que le Messie doit venir?» Elle répondit : «Oui, Seigneur!» Alors Jésus se réjouit et dit : «À ce que je vois, femme tu es fidèle! Sache donc que c’est dans la foi du Messie que chaque élu de Dieu sera sauvé. Il est donc nécessaire que tu connaisses la venue du Messie.» La femme dit : «Seigneur, peut-être est-ce toi le Messie?» Jésus répondit : «Je suis vraiment envoyé par Dieu à la maison d’Israël, comme prophète de salut, mais après moi viendra le Messie envoyé par Dieu au monde entier; c’est pour lui que Dieu a fait le monde. Aussi, partout dans le monde, on adorera Dieu et on recevra miséricorde, et l’année du jubilé qui maintenant revient tous les cent ans, reviendra chaque année et en tout lieu, à cause du Messie!» Alors la femme abandonna sa cruche et courut à la ville raconter tout ce qu’elle avait entendu de la bouche de Jésus.
Chapitre 83
Tandis que la femme parlait avec Jésus les disciples revinrent. Ils s’étonnèrent que Jésus parlât ainsi avec une Samaritaine, mais personne ne lui dit : «Pourquoi parlais-tu avec une Samaritaine?» La femme partie, ils disent : «Maître, viens manger.» Jésus répondit : «Je dois manger une autre nourriture.» Alors les disciples se dirent entre eux : «Peut-être quelque passant a-t-il parlé avec Jésus et est-il allé lui chercher a manger.» Et ils interrogèrent celui qui écrit ceci : «Barnabé, quelqu’un est-il venu porter à manger au Maître?» Celui qui écrit répondit : «Il n’y a eu ici que la femme que vous avez vue qui n’a apporté que son seau pour le remplir d’eau.» Alors les disciples furent dans l’étonnement et attendirent la suite des paroles de Jésus.
Jésus dit alors : «Vous ne savez pas que la vraie nourriture est de faire la volonté de Dieu? Ce n’est pas le pain qui soutient l’homme et lui donne la vie, mais la parole de Dieu par sa volonté. Aussi les saints anges ne mangent-ils pas, mais vivent, nourris seulement de la volonté de Dieu. Ainsi Moïse, Elie, et encore un autre, nous sommes resté quarante jours et quarante nuits sans aucune nourriture.»
Ayant levé les yeux, Jésus dit : «Combien de temps faut-il encore pour la moisson?» Les disciples répondirent : «Trois mois!» Jésus dit : «Eh bien, regardez comme la colline est blanche de blé! je vous le dis en vérité, il y a une grande récolte à faire aujourd’hui!» Et il montra alors la foule qui venait le voir parce que la femme une fois entrée dans la ville l’avait remué tout entière en disant : «Hommes, venez voir un nouveau prophète envoyé par Dieu à la maison d’Israël!» Et elle leur raconta ce quelle avait entendu de la bouche de Jésus. Arrivée là, la multitude pria Jésus de rester avec eux. Jésus entra dans la ville et y resta deux jours, guérissant tous les malades et leur enseignant le royaume de Dieu. Les habitants de la ville dirent alors à la femme : «Nous croyons plus à ses paroles et à ses miracles que nous n’avons cru à tes discours, car en vérité, il est saint de Dieu, prophète envoyé pour le salut de ceux qui le croiront.»
Après la prière de minuit, les disciples s’approchèrent de Jésus et il leur dit : «Au temps du Messie, Messager de Dieu, cette nuit sera le jubilé, chaque année, chaque année alors qu’elle revient maintenant tous les cent ans. C’est pourquoi je ne veux pas que nous dormions, mais que nous priions, en inclinant cent fois la tête pour révérer notre Dieu, puissant et miséricordieux qui est béni éternellement. Et chaque fois nous dirons : «Je te loue, Ô notre Dieu unique! Toi qui n’as pas eu de commencement et qui n’auras pas de fin. Toi qui, par ta miséricorde, donnas origine à tout et qui par ta justice, donneras à tout une fin! Toi qui n’as aucune ressemblance avec l’homme, car, dans ton immense bonté, tu ne connais ni mouvement, ni accident. Aie pitié de nous, parce que tu nous as crées et que nous sommes l’œuvre de tes mains!»
Chapitre 84
Après avoir prié Jésus dit : «Remercions Dieu car il nous a fait grande miséricorde à cause de cette nuit. En effet, il a concentré en cette nuit le temps qui doit, de sorte que nous avons prié avec le messager de Dieu. J’ai entendu sa voix!»
A ces mots les disciples se réjouirent beaucoup et dirent : «Maître, enseigne-nous quelque précepte cette nuit! » Jésus dit alors : «Avez-vous jamais vu mêler le baume et l’ordure?» Ils répondirent : «Non Maître, car personne n’est assez fou pour le faire!» – «Eh bien, dit Jésus, je vous le dis, dans le monde il y a des fous plus grands encore, car ils mêlent le service du monde au service de Dieu, à tel point que beaucoup qui menaient une vie irréprochable ont été trompé par Satan. En priant, ils ont mêlé les affaires de ce monde à leur prière et ils sont devenus abominables devant Dieu. Dites-moi, quand vous vous laver pour prier, ne prenez-vous pas garde d’être touché par quelque chose d’impur? Si, bien sûr! Que faites-vous au contraire quand vous priez? Vous lavez votre âme de ses péchés par la miséricorde de Dieu. Voudriez-vous donc parler de choses de ce monde pendant que vous priez? Gardez-vous de le faire, car chaque parole mondaine se change en ordure du diable sur l’âme de celui qui parle!»
Les disciples tremblèrent alors parce qu’il avait parlé dans la véhémence de l’esprit et ils dirent : «Maître, que ferons-nous si pendant que nous prions un ami viens nous parler?» Jésus répondit : «Laissez-le attendre et finissez la prière!» Barthélémy dit : «Mais quand il verra que nous ne lui parlons, il se scandalisera et s’en ira!» Jésus répondit : « S’il se scandalise, croyez-moi, il n’est ni votre ami, ni un fidèle, mais au contraire un infidèle et un compagnon de Satan. Dites-moi, si vous alliez parler avec un écuyer d’Hérode et que vous le trouviez en train de parler à l’oreille d’Hérode, vous scandaliseriez-vous s’il vous faisait attendre? Certainement pas! Mais vous seriez réconforté de voir votre ami bien en cour auprès du roi, n’est-ce-pas?» dit Jésus. «C’est tout à fait vrai» répondirent les disciples. Jésus dit alors : «Je vous le dit en vérité, quand quelqu’un prie, il parle avec Dieu. Est-il donc juste que vous cessiez de parler avec Dieu pour parler avec un homme? Est-il juste que votre ami se scandalise parce que vous avez plus de considération pour Dieu que pour lui? Croyez-moi, s’il se scandalise de ce que vous le faites attendre, c’est un bon serviteur du diable, car ce que le diable désir, c’est que Dieu soit délaissé pour l’homme. Vive Dieu, en toute bonne action, celui qui craint Dieu doit se retirer des affaires du monde, pour ne pas corrompre la bonne action!
Chapitre 85
«Lorsque quelqu’un agit ou parle mal, dit Jésus, et qu’un autre entreprend de le corriger et d’empêcher sa mauvaise action, que fait celui-là? » Les disciples répondirent : «Il fait le bien, car il sert Dieu qui cherche toujours à empêcher le mal. comme le soleil cherche toujours à chasser les ténèbres.»
Jésus reprit : «Et au contraire, moi je vous dis que lorsque quelqu’un agit ou parle bien, celui qui cherche àa l’en empêcher sous prétexte de suggérer quelque chose de mieux, sert le diable et devient même son compagnon, car le diable ne cherche rien d’autre que d’empêcher tout bien.
Mais que vous dirai-je maintenant? Je vous dirai ce que dit Salomon, prophète saint et ami de Dieu : «Entre mille que vous connaissez, qu’un seul soit votre ami!» Matthieu dit alors : «Nous ne pourrons donc pas aimer tout le monde?» Jésus répondit : «Je vous le dis en vérité : «il ne vous est permis de haïr que le péché, au point que vous ne pouvez pas haïr Satan comme créature de Dieu, mais comme ennemi de Dieu. Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire : parce qu’il est créature de Dieu et que tout ce que Dieu a créé est bon et parfait. Par conséquent celui qui hait la créature hait le créateur. Mais l’ami est un être à part qui ne se trouve pas facilement, mais qui se perd facilement, car l’ami ne souffre pas que l’on contredise celui qu’il aime par-dessus tout.
Attention, soyez prudents! Ne choisissez pas pour ami celui qui n’aime pas ce que vous aimez! Savez-vous ce que veut dire « ami »? « Ami » ne veut pas dire autre chose que « médecin de l’âme ». Alors de même qu’il est rare de trouver un bon médecin qui connaisse les maladies et sache y appliquer les remèdes, de même sont rares les amis qui connaissent les erreurs et savent s’orienter vers le bien. Par contre, ce qui est mal c’est que beaucoup ont des amis qui feignent de ne pas voir les fautes de leur ami; d’autres les excusent, et, ce qui est pire, il y a des amis qui poussent et aident à pécher. Leur fin sera semblable à leur scélératesse. Gardez-vous de les prendre pour amis car, à la vérité, ce sont des ennemis et des bourreaux de l’âme.»
Chapitre 86
«Que ton ami soit aussi capable d’être corrigé que de te corriger, et s’il veut que tu laisses tout pour l’amour de Dieu, qu’il accepte aussi volontiers que tu l’abandonnes lui-même pour le service de Dieu. Mais dites-moi, si l’homme ne sait pas aimer Dieu, comment saura-t-il s’aimer lui-même, comment saura-t-il aimer les autres? Il est tout à fait incapable!
Aussi quand tu veux choisir un ami, car en vérité, celui qui n’a aucun ami est dans une pauvreté extrême, ne regarde avant tout ni à la noblesse de sa parenté, ni à la noblesse de sa famille, ni à la beauté de sa maison, ni à la beauté de ses vêtements, ni à la beauté de son corps, et non plus à ses belles paroles, car tu serais facilement trompé. Examine par contre s’il craint Dieu, s’il méprise les choses de ce monde, s’il aime faire le bien, et surtout s’il hait sa propre chair. Tu trouveras facilement un véritable ami de cette manière : s’il craint Dieu par-dessus tout, s’il méprise les vanités du monde, s’il est toujours occupé et toujours à faire le bien, et s’il hait son propre corps comme un cruel ennemi.
Pourtant, un ami comme celui-là, tu ne l’aimeras pas à tel point que ton amour s’arrête à lui, car tu serais idolâtre, mais aime-le comme un cadeau que Dieu t’a fait et Dieu te favorisera de dons plus grands encore. Je vous le dis en vérité, celui qui a trouvé un véritable ami, a trouvé l’un des délices du paradis, et même la clef du paradis ».
Thaddée dit : «Mais si par hasard quelqu’un avait un ami qui n’était pas tel que tu as dit, Maître, que doit-il faire? Doit-il l’abandonner? » Jésus répondit : «Il faut faire comme le marin avec le bateau. Il reste à son bord aussi longtemps qu’il y voit son intérêt, mais quand il s’aperçoit qu’il y perd, il l’abandonne. Ainsi feras-tu avec un ami plus mauvais que toi : quand il est pour toi objet de scandale, abandonne-le si tu veux pas que t’abandonne la miséricorde de Dieu!
Chapitre 87
Malheur au monde à cause des scandales! Il est nécessaire que le scandale arrive, car tout le monde se trouve dans la méchanceté, mais malheur à ceux par qui le scandale arrive! Il vaudrait mieux que l’homme ait au cou une pierre de moulin et qu’il soit jeté au fond de la mer, plutôt que de scandaliser son prochain! Si ton œil te scandalise, arrache-le, car il vaut mieux que tu ailles en paradis avec un seul œil plutôt qu’en enfer avec deux! Si ta main, ou ton pied te scandalise, agis de même, car il vaut mieux que tu ailles dans le royaume des cieux avec un seul pied ou une seule main plutôt que d’aller en enfer avec deux mains ou deux pieds!»
Simon, appelé Pierre, dit : «Maître, comment dois-je le faire? En peu de temps je n’aurais certainement plus aucun membre!» Jésus répondit : «Pierre, abandonne la prudence charnelle et tu trouveras aussitôt la vérité. C’est ton œil qui t’enseigne, c’est ton pied qui t’aide à agir, c’est ta main qui t’apporte tout, et quand il sont pour toi occasion de péché, laisse-les, car il vaut mieux pour toi aller au paradis, ignorant ,ayant peu réalisé et pauvre, que d’aller en enfer en savant, avec de grandes réalisations et riche. Tout ce qui t’empêche de servir Dieu, chasse-le loin de toi, comme l’homme chasse tout ce qui l’empêche de voir.»
Cela dit, Jésus appela Pierre près de lui et lui dit : «Si ton frère pèche contre toi, va le corriger! S’il change de conduite, réjouis-toi car tu as gagné ton frère! Mais s’il s’amende pas, appelle encore deux témoins et de nouveau corrige-le! S’il ne change pas de conduite, va le dire à l’Eglise! Et s’il ne change pas, considère-le comme un infidèle. Tu n’habiteras plus sous le même toit que lui, tu ne mangeras plus à la même table que lui, tu ne lui parleras plus et si tu sais où il met le pied en marchant, tu n’y mettras plus les tiens!»
Chapitre 88
Mais garde-toi de te prendre pour meilleur que lui. Au contraire, tu te diras : «Pierre, Pierre, si Dieu ne t’aidait pas de sa grâce, tu serais pire que lui!»
Pierre reprit : «Comment dois-je le corriger? » Jésus répondit : «De la même façon dont tu veux être corrigé toi-même, et de même que tu veux être supporté, supporte aussi les autres! Crois-moi, Pierre, en vérité je te le dis, chaque fois que tu corrigeras ton frère avec miséricorde, tu recevras de Dieu miséricorde et tes paroles porteront du fruit. Mais si tu le fait en rigueur de justice, tu seras rigoureusement puni par Dieu et tu ne porteras aucun fruit! Dis-moi, Pierre, ces Pots de terre dans lesquels les pauvres cuisent leurs aliments, les lavent-ils avec des pierres et un marteau de fer? Non, bien sûr, mais avec de l’eau chaude. Les pierres, on les brise avec le fer; le bois on le brûle avec le feu, mais l’homme s’amende par la miséricorde! C’est pourquoi, lorsque tu corrigeras ton frère, tu diras en toi-même : si Dieu ne m’aide pas, demain je ferai pire que n’a fait celui-là aujourd’hui! »
Pierre reprit : «Maître, combien de fois dois-je pardonner à mon frère? » Jésus répondit : «Autant de fois que tu voudrais qu’il te pardonne! » Pierre dit : «Sept fois par jour? » Jésus répondit : «Chaque jour, tu lui pardonneras non seulement sept fois mais soixante-dix fois sept fois. Car on pardonnera à celui qui pardonne et celui qui condamne sera condamné! »
Celui qui écrit ceci dit alors : «Malheur aux princes, car ils iront en enfer!» Jésus le reprit en disant : «Es-tu devenu fou, Barnabé, pour avoir parlé ainsi? Je te le dis en vérité, le bain est moins nécessaire pour le corps, le frein pour le cheval et le timon pour le navire, que le prince pour la république! Pour quelle raison Dieu donna-t-il Moïse, Josué, Samuel, David, Salomon et tant d’autres qui rendirent la justice et leur donna-t-il l’épée pour extirper les iniquités?»
Celui qui écrit dit alors : «Comment doit-on juger, en condamnant et en pardonnant en même temps?» Jésus répondit : «Tout le monde n’est pas juge; au juge seul appartient de condamner les autres, Barnabé! Le juge doit condamner le coupable comme un père ordonne que l’on coupe à son fils un membre pourri afin que tout le corps ne pourrisse pas!»
Chapitre 89
Pierre dit : «Combien de temps dois-je attendre que mon frère se repente?» Jésus répondit : «Aussi longtemps que tu voudras qu’on attendît pour toi!» Pierre dit : «Personne ne comprendra cela, parle-nous donc plus clairement! » Jésus répondit : «Attends ton frère aussi longtemps que Dieu t’attend! » «Ils ne comprendront pas cela non plus» dit Pierre. Jésus répondit : «Attends-le jusqu’à ce qu’il ait le temps de se repentir! » Alors Pierre s’attrista avec les autres, car ils ne comprenaient pas ce que cela voulait dire.
Jésus dit donc : «Si vous étiez sains d’esprit et si vous saviez que vous êtes pécheurs, vous ne penseriez jamais à fermer votre cœur à la miséricorde envers le pécheur. Eh bien, je vous le dis clairement, on doit attendre la pénitence du pécheur jusqu’à ce qu’il ait l’âme sur ses dents pour expirer, car c’est ainsi qu’attend notre Dieu puissant et miséricordieux. Dieu n’a pas dit : «A l’heure où le pécheur jeûnera, fera l’aumône, priera et ira en pèlerinage, je lui pardonnerai », car cela, beaucoup l’ont fait qui sont damnés à jamais. Mais il dit : «A l’heure ou le pécheur se repentira de ses péchés pour moi, je ne me souviendrai plus de ses iniquités.»
Comprenez-vous cela? » dit Jésus. Les disciples répondirent : «En partie, oui, en partie, non!» Jésus dit : «Quelle est la partie que vous ne comprenez pas? » Ils répondirent : «Que beaucoup de ceux qui ont prié et ont jeûné sont condamnés! » Jésus dit alors : «Je vous le dis en vérité, les hypocrites et les païens font plus de prières, d’aumônes et de jeûnes que n’en font les amis de Dieu! Mais comme ils sont sans foi, ils ne peuvent pas se repentir pour l’amour de Dieu et ils sont damnés.»
Jean dit alors : «Pour l’amour de Dieu, enseigne-nous la foi! » Jésus répondit : «Il est l’heure de la prière de l’aurore! » Ils se levèrent donc et, après s’être lavés, ils prièrent Dieu qui est béni éternellement! .
Chapitre 90
Après la prière les disciples s’approchèrent à nouveau de Jésus, et lui, ayant ouvert la bouche, dit : «Approche, Jean, car aujourd’hui je répondrai à ce que tu as demandé!
La foi est un sceau avec lequel Dieu marque ses élus. Il a donné ce sceau à son messager et c’est des mains de celui-ci que chaque élu a reçu la foi. Aussi de même que Dieu est un, ainsi la foi est une. Ayant créé son messager avant tout chose, Dieu lui donna avant tout autre la foi qui est comme une représentation de Dieu lui-même et une représentation de ce que Dieu a fait et a dit. En conséquence, le fidèle voit tout par la foi, mieux qu’avec les yeux, car les yeux peuvent se tromper -et même ils se trompent presque toujours- mais la foi ne se trompe jamais puisqu’elle a pour fondement Dieu et sa parole.
Croyez-moi, c’est par la foi que sont sauvé tous les élus de Dieu. Sans la foi, il est absolument impossible de plaire à quelque Dieu que ce soit. C’est pourquoi Satan ne cherche pas à détruire jeûnes, prières, aumônes, pèlerinage; il y pousse même les infidèles, car il prend plaisir à voir l’homme travailler sans recevoir de salaire. Par contre, il prend toutes sortes de peines et de soins pour détruire la foi. C’est donc avec soin extrême qu’il faut la conserver.
Le plus grand effort consistera à abandonner le « pourquoi » car le « pourquoi » chassa l’homme du paradis et changea Satan de très bel ange en horrible diable.» Jean dit alors : «Comment donc abandonnerons-nous le « pourquoi », puisqu’il est la porte de la science? » Jésus répondit : «Au contraire, il est la porte de l’enfer! » Jean se tut donc. Alors Jésus ajouta : «Quand tu sais que Dieu a dit une chose, qui es-tu, ô homme, pour dire : «Pourquoi as-tu parlé ainsi., ô Dieu? pourquoi as-tu agis ainsi? » La poterie dira-t-elle à celui qui l’a faite : «Pourquoi m’as-tu faite pour contenir de l’eau et non pas pour conserver du baume? » Je vous le dis en vérité, il faut s’assurer contre toute tentation par ces mots : «Dieu l’a dit, Dieu l’a fait, Dieu le veut! En faisant cela, tu vivras, en toute sécurité.»
Chapitre 91
En ce temps là, il y a eu un grand soulèvement en Judée pour l’amour de Jésus, car l’armée romaine, à l’instigation de Satan, poussait les Hébreux à dire que Jésus était Dieu venu les visiter. Elle suscita donc un conflit tel qu’aux approches du carême, toute la Judée était en armes, au point qu’on trouvait le fils contre le père et le frère contre le frère. Quelque uns disaient en effet que Jésus était Dieu venu en ce monde; d’autres disaient que non, mais qu’il était le fils de Dieu; d’autres encore disaient que non, parce que Dieu ne ressemble en rien à un homme et qu’il n’engendre donc pas d’enfants, mais que Jésus de Nazareth est prophète de Dieu. Tout cela pris naissance à cause des grands miracles que fit Jésus.
Il fallut pour apaiser le peuple, que le pontife montât à cheval, revêtu des habits pontificaux, le saint nom de Dieu, « tetragmmaton », au front. Montèrent aussi à cheval le gouverneur Pilate et Hérode, trois armées se rassemblèrent à Miçpa, chacune composée de deux cent mille hommes capable de porter l’épée. Hérode leur parla, mais ils ne se calmèrent pas. Puis le gouverneur et le pontife parlèrent en ces termes : «Frères, cette guerre est suscitée par Satan, car Jésus est vivant; c’est à lui que nous devons recourir et demander qu’il nous donne témoignage sur lui-même afin que nous croyions en lui selon sa parole.» A cela, tous se calmèrent et, les armes déposées, ils s’embrassèrent en se disant les uns aux autres : «Pardonne-moi, frère!»
Ce jour-là, chacun décida donc dans son cœur de croire à Jésus selon ce qu’il dirait. En conséquence, le gouverneur et le pontife promirent de grandes récompenses à celui qui viendrait dire où se trouvait Jésus.
Chapitre 92
En ce temps-là, nous allâmes avec Jésus au mont Sinaï, selon la parole de l’ange saint, et Jésus y fit le carême avec ses disciples.
Le carême passé, Jésus s’approcha du Jourdain pour aller à aller à Jérusalem. L’un de ceux qui croyaient joie, il courut en criant tout le temps : «Notre Dieu arrive!» Arrivé dans la ville, il la troubla tout entière en disant : «Notre Dieu arrive! O Jérusalem, prépare-toi à le recevoir!» Et il témoigna qu’il avait vu Jésus près de Jourdain.
Tous sortirent de la ville pour vois Jésus, du plus petit au plus grand, si bien que la ville resta déserte. Les femmes portèrent même leurs petits enfants dans leurs bras. Et elles en oublièrent d’emporter quoi manger.
L’ayant entendu, le gouverneur et le pontife montèrent à cheval et envoyèrent un messager à Hérode, Lui aussi monta à cheval pour aller trouver Jésus afin que s’apaise le conflit du peuple. Ils le cherchèrent donc pendant deux jours dans le désert près de Jourdain, et le troisième jour, vers midi, ils le trouvèrent.
Il était en train de se purifier avec ses disciples pour prier selon le livre de Moïse. En voyant la multitude de gens qui couvraient la terre, Jésus s’étonna

Après ces paroles, la foule s’approcha et, quand elle le reconnut, elle se mit à crier : «Sois le bien retrouvé, ô notre Dieu!» Et ils commencèrent à le révérer comme on fait pour Dieu. Mais Jésus poussa un grand gémissement et dit : «Eloignez-vous de moi, fous, car j’ai peur que la terre ne s’ouvre et ne me dévore avec vous à cause de vos abominables paroles!» Alors le peuple fut rempli de terreur et commença à pleurer.
Chapitre 93
Ayant levé la main pour faire silence, Jésus dit : «Vraiment vous avez commis un grand péché, ô Israélites, en m’appelant votre Dieu, moi qui suis un homme. Je crains que Dieu n’inflige un grand fléau à la cité sainte à cause de cela, et qu’il ne la livre à la servitude étrangère. Que soit mille fois maudit Satan qui vous y a poussés!» Cela dit, Jésus se frappa le visage des deux mains et une telle clameur de pleurs s’éleva que personne ne pouvait entendre ce que Jésus disait.
Alors il leva de nouveau la main pour faire le silence eut apaisé ses pleurs, il ajouta : «Je proclame à la face de ciel et je prends è témoin tout ce qui habite sur la terre que je suis homme, né d’une femme, mortel, soumis au jugement de Dieu, supportant les misères du manger et du dormir, du froid et du chaud comme les autres hommes. C’est pourquoi quand Dieu viendra juger mes paroles, il frappera comme une épée tous ceux qui croiront que je suis plus qu’un homme.»
Après ces paroles, Jésus vit une grande multitude à cheval, et il comprit que le gouverneur, Hérode et le souverain pontife venaient à lui. Jésus dit alors : «Ceux-là aussi sont-ils devenus fous?» Le gouverneur, Hérode et le Pontife étant arrivés, tous descendirent de cheval et firent cercle autour de Jésus, de sorte que l’armée ne pouvait faire reculer le peuple qui désirait entendre Jésus parler avec le Pontife. Jésus s’approcha avec révérence du pontife. Celui-ci voulut se prosterner et adorer Jésus, mais Jésus cria : «Prends garde à ce que tu fais, ô prêtre du Dieu vivant! ne pèche pas contre notre Dieu! » Le pontife répondit : « La Judée est à présent si bouleversée par tes prodiges et par ta doctrine qu’ils crient que tu es Dieu; alors, contraint par la foule, je suis venu ici avec le gouverneur romain et le roi Hérode. Nous te prions donc de tout cœur qu’il te plaise d’apaiser le conflit dont tu es cause, car une partie des gens dit que tu es Dieu, une partie dit que tu es fils de Dieu, et une partie dit que tu es prophète.» Jésus répondit : «Et toi, grand prêtre de Dieu, pourquoi n’as-tu pas calmé ce conflit? As-tu perdu l’esprit toi aussi? Les prophéties et la loi de notre Dieu sont-elles rejetées dans l’oubli? Oh malheureuse Judée trompée pas Satan!
Chapitre 94
Puis Jésus ajouta : «Je proclame devant le ciel et je prends à témoin tout ce qui habite sur la terre que je suis étranger à tout ce que ces hommes ont dit de moi, à savoir que je serais plus qu’un homme. je suis homme, né d’une femme, soumis au jugement de Dieu, vivant ici avec les autres hommes, soumis au misères communes. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, tu as commis un grave péché, ô pontife, en disant ce que tu as dit. Qu’il plaise à Dieu qu’une grande vengeance ne vienne pas sur la ville sainte à cause de ce péché!»
Le pontife dit alors : «Que Dieu nous pardonne! Et toi, prie pour nous!» Le gouverneur et Hérode dirent aussi : «Il est impossible à un homme de faire ce que tu fais, Seigneur! Nous ne comprenons donc pas ce que tu dis!» Jésus répondit : «Ce que vous dites est vrai, car c’est Dieu qui opère le bien dans l’homme, comme c’est satan qui y opère le mal; l’homme est en effet est comme une boutique dans laquelle celui qui entre, agit et vend à sa guise. Mais, dis-moi, Gouverneur, et toi, Roi, vous dites cela parce que vous êtes étrangers à notre loi? Si vous lisiez le testament et l’alliance de notre Dieu, vous verriez que Moïse, d’un coup de baguette, changea l’eau en sang, la poussière en puces, la rosée en tempête et la lumière en ténèbres. Il fit venir en Egypte les grenouilles et les rats, et ils couvrirent la terre; il tua les premiers-nés et ouvrit la mer où il engloutit Pharaon. Je n’ai fait aucune de ses choses-là, et pourtant chacun admet que Moïse est un homme, mort à présent! Josué arrêta le soleil et ouvrit le Jourdain; cela, je ne l’ai pas fait non plus; et pourtant chacun admet qu’il est un homme, mort à présent! Elie fit venir visiblement le feu du ciel et la pluie; cela, je ne l’ai pas fait, et pourtant chacun admet qu’Elie est un homme! Et tant d’autres prophètes saints, amis de Dieu qui, en vertu de Dieu ont fait des choses que ne peut comprendre la raison de celui qui ne connaît pas notre Dieu tout-puissant et miséricordieux, qui est béni éternellement!
Chapitre 95
Le gouverneur, le pontife et le roi prièrent don Jésus de monter sur un lieu élevé et de parler au peuple pour calmer la foule. Jésus monta alors sur l’un des douze rochers fit extraire du milieu du Jourdain par les douze tribus quand Israël y passa à pied sec. Puis il dit à haute voix : «Que notre pontife monte sur un lieu élevé, pour que je lui confirme mes paroles!» Le pontife y monta donc et Jésus lui dit : «Dis-le clairement pour que chacun comprenne : est-il écrit dans le testament et alliance du Dieu vivant que notre Dieu n’a pas d’origine et n’aura jamais de fin?» Le pontife répondit : «C’est ce qui s’y trouve écrit!» Jésus dit : «Y est-il écrit que notre Dieu a créé toute chose par sa seule parole? » «Il en est ainsi », dit le pontife. Jésus dit : «Y est-il écrit que Dieu est invisible et caché à l’intelligence humaine, étant incorporel, sans composition et sans mouvement ?» – «Cela est vrai! » dit le pontife. Jésus dit : «Y est-il écrit que tous les cieux ne peuvent pas contenir Dieu puisqu’il est immense? » – «C’est ce que dit le prophète Salomon, ô Jésus», répondit le pontife. Jésus dit : «Y est-il écrit que Dieu n’a besoin de rien puisqu’il ne mange pas, ne dort pas et ne souffre d’aucune déficience ?» -«Il en est ainsi!» dit le pontife. Jésus dit : «Y est-il écrit que Dieu est partout et qu’il n’y a pas d’autre Dieu que lui, lui qui frappe et qui guérit et qui fait tout ce qui lui plaît? » – «Ainsi est-il écrit!» répondit le pontife. Alors, les mains levées, Jésus dit : «Seigneur notre Dieu, c’est cela ma foi avec laquelle je viendrai à ton jugement, en témoignage contre quiconque croira le contraire!»
Et tourné vers le peuple, il ajouta : «Faites pénitence, car vous pouvez reconnaître votre péché à tout ce qu’a dit le pontife et qui est écrit au livre de Moïse, alliance de Dieu pour toujours! En effet, je suis un homme visible, un peu de boue qui marche sur la terre, mortel comme le sont les autres hommes, moi qui ai eu un commencement et qui aurai une fin, et tel que je ne peux même pas créer une mouche à partir de rien.»
Le peuple éleva alors à la voix en pleurant et dit : «Nous avons péché contre toi, seigneur notre Dieu, aie pitié de nous!» Tous suppliaient Jésus de prier pour le salut de la ville sainte, afin que notre Dieu irrité ne permette pas que les païens la foulent au pieds. Alors, les mains levées, Jésus pria pour la ville sainte et pour le peuple de Dieu, chacun s’écriant : «Qu’il en soit ainsi! Amen!»
Chapitre 96
Après la prière, le pontife dit à haute voix : «Arrête, Jésus, car, pour la tranquillité de notre peuple, il nous manque de savoir qui tu es.» Jésus répondit : «Je suis Jésus, fils de Marie, de la race de David, homme mortel et craignant Dieu. Je m’emploie à ce que l’honneur et la gloire soient rendus à Dieu.»
Le pontife reprit : «Au livre de Moïse, il est écrit que notre Dieu doit nous envoyer le Messie. Celui-ci viendra annoncer ce que Dieu veut, et il apportera au monde la miséricorde de Dieu. Je te supplie de nous dire la vérité : «Es-tu le Messie de Dieu que nous attendons?» Jésus répondit : «Il est vrai que c’est ce que notre Dieu a promis, mais ce n’est pas moi, car il est fait avant moi et il viendra après moi.» Le pontife reprit : «De toute façon à cause de tes paroles et de tes prodiges, nous croyons que tu es prophète et saint de Dieu; aussi je te supplie au nom de toute la Judée et d’Israël, de nous dire, pour l’amour de Dieu; comment viendra le Messie.» Jésus répondit : «Vive Dieu en présence de qui se tient mon âme, je ne suis pas le Messie qu’attendent toutes les tribus de la terre, comme Dieu l’a promis à notre père Abraham en disant : «Dans ta semence, je bénirai toutes les tribus de la terre!» Mais quand Dieu m’enlèvera du monde, Satan suscitera de nouveau cette maudite sédition : il fera croire aux impies que je suis Dieu et fils de Dieu, et mes paroles et ma doctrine seront si contaminées qu’il restera à peine trente fidèles. Alors Dieu aura pitié du monde et il enverra son messager pour lequel il a tout fait. Il viendra du Midi avec puissance et il détruira les idoles avec les idolâtres, car il enlèvera à Satan l’empire qu’il a sur les hommes. Il apportera avec lui la miséricorde de Dieu pour le salut de ceux qui le croiront. Bienheureux qui croira à ses paroles!»
Chapitre 97
Moi, qui suis indigne de délacer ses chaussures, j’ai eu la grâce et la miséricorde de Dieu de le voir ! «Le pontife, le gouverneur et le roi répondirent alors : «Ne t’inquiète pas Jésus, saint de Dieu : ce conflit ne se produira plus de notre temps. Nous écrirons en effet au sacré sénat romain, et par décret impérial, personne ne t’appellera plus Dieu ou fils de Dieu».
Jésus dit alors : «Vos paroles ne me consolent pas, car les ténèbres viendront d’où vous espérez la lumière. Ma consolation se trouve dans la venue du messager de Dieu qui détruira toute idée fausse en ce qui me concerne « .
« Sa foi se diffusera et s’emparera du monde entier, car c’est ce que Dieu a promis à Abraham, notre père. Ce qui me console, c’est que sa foi n’aura pas de fin, mais que Dieu la conservera intacte ». Le pontife reprit : «D’autres prophètes viendront-ils après le messager de Dieu ?» Jésus répondit : « Après lui, il ne viendra pas de vrais prophètes envoyés par Dieu, mais il viendra une quantité de faux prophètes, et cela me cause de la peine, car c’est Satan qui les suscitera par un juste jugement de Dieu et ils se couvriront du prétexte de mon Evangile ». Hérode dit : «Comment est-ce par un juste jugement de Dieu que viendront de tels impies ? ». Jésus répondit : « Il est juste que celui qui ne veut pas croire à la vérité pour son salut, croie au mensonge pour sa damnation : aussi je vous le dis, le monde a toujours méprisé les vrais prophètes et aimé les faux, comme on peut le voir au temps de Michée et de Jérémie. Car chacun aime son semblable».
Le pontife dit alors : «Comment s’appellera le Messie ? Et quel signe prouvera sa venue ?». Jésus répondit : «Le nom du Messie est Admirable, car Dieu lui-même le lui donna quand il eut créé son âme et qu’il l’eut placé dans une splendeur céleste. Il dit : «Attends, Muhammad par amour pour toi je veux créer le paradis, le monde et une grande multitude de créatures dont je te fais présent. Aussi celui qui te bénira sera béni et celui qui te maudira sera maudit ! Quand je t’enverrai dans le monde, je t’enverrai comme mon messager de salut. Ta parole sera si vraie que le ciel et la terre passeront mais que ta foi ne manquera jamais !» Muhammad est son nom béni ». Alors les gens élevèrent la voix et dirent :
« O Dieu, envoie-nous ton messager ! O Muhammad, viens vite pour le salut du monde ! »
Chapitre 98
Après ces paroles, la foule s’en alla ainsi que le pontife, le gouverneur et Hérode, en faisant de grands discours sur Jésus et sa doctrine. Le pontife pria le gouverneur d’écrire tout cela à Rome, au sénat. Ce que fit le gouverneur. Aussi le sénat, pour complaire à Israël, décréta que sous peine de perdre la vie, personne n’appellerait plus Jésus de Nazareth prophète des juifs, ni Dieu, ni fils de Dieu. Ce décret fut placé dans le temple en lettres de cuivre.
La plus grande partie de la foule s’en étant allée, il ne resta que cinq mille hommes environ sans compter les femmes et les enfants. Lassés par le voyage, ils étaient resté deux jours sans pain, car dans leur désir de voir Jésus, ils avaient oublié d’en emporter et avaient mangé des herbes crues, ils ne pouvaient s’en aller comme les autres. L’apprenant, Jésus en eut pitié et dit à Philippe : «Où trouverons-nous du pain pour les empêcher de périr de faim?» Philippe répondit : «Seigneur, deux cent deniers d’or ne suffiraient pas à acheter assez pain pour que chacun en reçoive un peu!» André dit alors : «Il y a ici un enfant qui a cinq pains et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde?» Jésus répondit : «Faites asseoir la foule!» Ils s’assirent sur le foin par groupes de cinquante et de quarante.
Alors Jésus dit : «Au nom de Dieu!» Il prit le pain et supplia Dieu. Puis il rompit le pain et le donna aux disciples, et les disciples le donnèrent à la foule. Il fit de même pour les poissons. Tous mangèrent et tous furent rassasiés. Puis Jésus dit : «Recueillez ce qui est resté!» Les disciples recueillirent donc ces morceaux et ils remplirent douze corbeilles. Et chacun se frottait les yeux en disant : «Suis-je éveillé ou est-ce que je rêve?» Tous restèrent une heure entière comme hors d’eux-mêmes à cause de ce grand miracle. Ensuite Jésus rendit grâce à Dieu et prit congé d’eux, mais soixante-douze hommes ne voulurent pas l’abandonner, et Jésus, ayant reconnu leur foi, les choisit pour disciples.

 

Chapitre 99
S’étant retiré dans une dépression du désert au bord du Jourdain, Jésus convoqua les soixante-douze et les douze. S’étant assis sur une pierre, il les fit asseoir près de lui et ouvrant la bouche, il dit en soupirant : «Aujourd’hui, nous avons vu une scélératesse si grande en Judée et en Israël, que le cœur m’en tremble encore dans la poitrine par crainte de Dieu. je vous le dis en vérité, Dieu est Jaloux de son honneur et, comme un amoureux, il aime Israël.
Vous savez que lorsqu’un jeune homme aime une femme qui ne l’aime pas mais en aime un autre, mû par l’indignation, il tue son rivale. Je vous le dis, Dieu fait de même, car, lorsqu’Israël a aimé quelque chose au point d’en oublier Dieu, Dieu a détruit cette chose-là. Or qu’y a-t-il de plus agréable à Dieu, ici-bas, que le sacerdoce et le temple saint? Pourtant, au temps du prophète Jérémie, comme le peuple avait oublié Dieu et se glorifiait seulement du temple parce qu’il n’y en avait pas un semblable au monde, Dieu souleva sa propre colère par Nabuchodnosor, roi de Babylone. Il fit prendre la ville sainte par l’armée et la fit brûler avec le temple sacré, si bien que les choses sacrées que les prophètes de Dieu tremblaient de toucher furent foulées aux pieds par les infidèles remplis de scélératesse.
Abraham aimait un peu plus qu’il faut son fils Ismaël. Aussi Dieu lui ordonna-t-il de tuer son fils pour tuer le mauvais amour de son cœur. Il l’aurait fait si le couteau avait coupé.
David aimait fort Absalon, aussi Dieu fit-il en sorte que le fils rebellât contre le père, qu’il fut suspendu par les cheveux et tué par Joab. Oh terrible jugement de Dieu, car Absalon aimait ses cheveux par-dessus tout et ils se changèrent en corde pour le pendre!
L’innocent Job était près d’aimer ses sept fils et ses trois filles, alors Dieu le mit entre les mains de Satan, Celui-ci en un seul jour, non seulement le priva de fils et de richesse, mais le frappa d’une si grande infirmité. que pendant sept ans les vers lui sortaient de la chair!
Notre père Jacob aimait Joseph plus que ses autres fils. Alors Dieu le fit vendre et fit tromper Jacob par ses fils eux-mêmes, de sorte qu’il croyait que les bêtes sauvages avaient dévoré son fils et qu’il pleura pendant dix ans!
Chapitre 100
Vive Dieu, frères, je crains que Dieu ne soit irrité contre moi! Il faut donc que vous alliez par la Judée et Israël prêcher aux douze tribus d’Israël la vérité pour qu’ils soient détrompés!» Avec crainte et en pleurant, les disciples répondirent : «Nous ferons tout ce que tu nous ordonneras.» Jésus dit alors : «Faisons trois jours de prière et de jeûne et chaque soir, au moment ou on voit la première étoile et où on prie Dieu, nous en ferons dorénavant trois, en lui demandant trois fois miséricorde parce que le péché d’Israël est trois fois plus grave que les péchés des autres.» Les disciples répondirent : «Qu’il en soit ainsi!»
Après le troisième jour, au matin du quatrième, Jésus convoqua tous les disciples et apôtres et leur dit : «Il suffit que restent avec moi Barnabé et Jean. Vous autres, vous irez par toute la région de Samarie, de Judée et d’Israël prêchant la pénitence, car la hache est mise près de l’arbre pour le couper! Priez sur les malades, car Dieu m’a donné pouvoir sur toute infirmité!»
Celui qui écrit dit alors : «Maître, si on interroge tes disciples sur la façon dont on doit faire pénitence, que répondront-ils?» Jésus répondit : «Quand on perd une bourse, l’œil retourne-t-il seul en arrière pour la voir? ou la main pour la reprendre? ou la langue pour interroger? Non bien sûr, mais c’est le corps tout entier qui retourne en arrière et qui emploie toutes les puissances de son âme pour la retrouver, n’est-il pas vrai? » Celui qui écrit répondit : «C’est tout à fait vrai!»
Chapitre 101
Jésus dit alors : «La pénitence est l’inverse de la mauvaise vie, car chaque sens doit se convertir au contraire de ce qu’il fit en péchant : au plaisir, on doit opposer la douleur; au rire les larmes; aux orgies, les jeûnes; aux sommeil, les veilles; à l’oisiveté, l’activité; à la luxure, la chasteté. Que les contes se changent en prière et l’avarice en aumônes!»
Celui qui écrit demanda : «Mais si on leur demande comment nous devons souffrir, comment nous devons pleurer, comment nous devons jeûner, comment nous devons agir, comment nous devons rester chastes, comment nous devons prier et faire l’aumône, que répondront-ils? ET comment feront-ils une bonne pénitence s’ils ne savent pas se repentir?»
Jésus répondit : «Voilà une bonne question, Barnabé. Je veux y répondre pleinement, s’il plaît à Dieu. Aussi aujourd’hui, te parlerai-je de la pénitence en général. Et ce que je dis à l’un, je le dis à tous. Sachez donc que la pénitence, plus que toute autre chose, doit être accompli par pur amour de Dieu. Autrement, il serait vain de se repentir. Je vous parlerai donc par comparaison. Toute construction, si on lui enlève ses bases, tombe en ruine, n’est-ce pas vrai ?» -«C’est vrai! », répondirent les disciples, Jésus dit alors : «La base de notre salut, c’est Dieu; sans lui il n’y a pas de salut. Quand un homme a péché, il a perdu la base de son salut. Aussi faut-il qu’il commence par la base.
Dites-moi, si vos serviteurs avaient offensés et que vous appreniez qu’ils ne souffrent pas de vous avoir offensés, mais seulement d’avoir perdu leur récompense, leur pardonneriez-vous? Bien sûr que non! Ainsi, vous dis-je, Dieu fera-t-il envers ceux qui se repentent d’avoir perdu le paradis. Satan ennemi de tout bien, regrette bien d’avoir perdu le paradis et d’avoir gagné l’enfer. Mais il ne trouvera jamais miséricorde. Savez-vous pourquoi? Parce qu’il n’aime pas du tout Dieu et qu’il hait même son créateur.
Chapitre 102
Je vous le dis en vérité, tout animal, selon sa propre nature, s’il perd ce qu’il désire, regrette le bien qu’il a perdu. C’est pourquoi le pécheur qui veut vraiment faire pénitence doit avoir grand désir de lui-même ce qui a agi contre son créateur. Ainsi en priant il n’aura pas la hardiesse de demander le paradis, ou que Dieu le libère de l’enfer; mais prosterné avec confusion devant Dieu, il dira en priant : «Seigneur, voici le coupable qui t’a offensé sans aucune raison, dans le moment même où il devait te servir! C’est donc de ta main qu’il vient chercher ici la punition de ce qu’il a fait et non pas de la main de Satan, ton ennemi, pour que l’impie ne se réjouisse pas de tes créatures. Châtie, punis comme il te plaît, Seigneur! Tu ne me donnera jamais autant de tourment que n’en mérite le scélérat que je suis !» S’il se tient dans cette attitude, le pécheur trouvera en Dieu d’autant plus miséricorde qu’il demandera justice.
C’est vraiment un sacrilège abominable pour le pécheur que de rire, car notre père David appelle justement ce monde « vallée de larmes. » Il était une fois un roi qui adopta pour fils un de ses esclaves et qui le fit maître de tout ce qu’il possédait. Il advint que par la tromperie d’un scélérat, le malheureux tomba en disgrâce auprès du roi. Si bien qu’il endura de grandes misères, tant dans son mode d’existence que de la façon dont il était méprisé et dépouillé de ce qu’il gagnait chaque jour par son travail. Croyez-vous qu’un tel homme riait un seul instant?». «Non certainement, répondirent les disciples, car si le roi l’avait su, il l’aurait fait tuer de le voir rire de sa disgrâce! Mais il est vraisemblable qu’il pleurait jour et nuit!»
Jésus pleura alors et dit : «Malheur au monde, car il est assuré d’un éternel tourment! Oh, homme misérable, notre Dieu t’avait élu quasiment comme fils et t’avait donné le paradis; et toi, misérable, poussé par Satan, tu tomba en disgrâce auprès de Dieu, tu fus chassé du paradis et condamné au monde immonde où tu n’obtiens rien qu’avec peine et où toute bonne action se dérobe à toi puisque tu pèches continuellement. Et pourtant le monde rit, et, ce qui est pire, c’est que le plus grand pécheur rit plus que les autres! Il arrivera donc comme vous l’avez dit : Dieu damnera de mort éternelle le pécheur qui rit et qui ne pleure pas ses péchés.
Chapitre 103
Les pleurs du pécheur doivent être comme ceux du père qui pleure sur son fils près de mourir. O homme fou, tu pleures sur le corps que l’âme a quitté et tu ne pleures pas l’âme que la miséricorde de Dieu a quittée à cause du péché!
Dites-moi, si le marin, quand son bateau a fait naufrage, pouvait par ses pleurs récupérer tout ce qu’il a perdu, que ferait-il? Il pleurerait certainement sans arrêt! Pourtant, je vous le dis en vérité, l’homme pèche chaque fois qu’il pleure quelque chose, sauf s’il pleure à cause du péché. En effet, toute misère qui lui arrive vient de Dieu pour son salut, aussi devrait-il se réjouir! Le péché au contraire vient du diable pour la damnation de l’homme et l’homme ne s’en attriste pas! Apprenez par là que l’homme cherche ce qui lui nuit et nom pas ce qui lui est utile!»
Barthélémy dit : «Seigneur, que fera celui qui ne peut pas pleurer car son cœur est étranger aux pleurs?» Jésus répondit : «Barthélémy, tous ceux qui versent des larmes ne pleurent pas pour autant! Vive Dieu, il y a des hommes dont les yeux n’ont jamais versé une larme et qui ont pleuré plus que mille de ceux qui versèrent des larmes! Les pleurs du pécheur, c’est la consomption des sentiments terrestres par la force de la douleur, de sorte que cette consomption préserve l’âme du péché, comme le sel préserve de la putréfaction ce sur quoi on le met. Si Dieu donnait au véritable pénitent autant de larmes que la mer contient d’eau, il en voudrait beaucoup plus. Aussi ce désir consume-t-il le peu d’humeur qui voudrait sortir, comme une ardente fournaise consume une goutte d’eau. Par contre, ceux qui éclatent facilement en sanglots sont comme le cheval qui marche d’autant plus vite qu’il est moins chargé.
Chapitre 104
À la vérité, il y a des hommes qui ont à la fois les sentiments intérieurs et les larmes extérieures. Mais qui est ainsi ? Il n’y a qu’un seul Jérémie! En fait de pleurs. Dieu considère plus la douleur que les larmes.»
Jean dit alors : «Maître, comment l’homme se perd-il en pleurant pour autre chose que pour le péché?» Jésus répondit : «Si Hérode te donnait en garde un manteau et qu’ensuite il te l’enlevait, aurais-tu raison de pleurer?» -«Non!» dit Jean. Jésus dit alors : «Eh bien, l’homme a encore moins raison de pleurer quand il perd quelque chose, ou qu’il n’a pas ce qu’il voudrait, parce que tout vient de la main de Dieu. Est-ce que Dieu ne peut pas disposer à son gré de ses affaires? O homme fou, tu n’as à toi que le péché, c’est pour lui que tu dois pleurer et pas pour autre chose!»
Matthieu dit : «Maître, tu as proclamé devant toute la Judée que Dieu n’a aucune ressemblance avec l’homme et maintenant tu dis que l’homme reçoit de la main de Dieu. Si Dieu a des mains, il a une ressemblance avec l’homme!» Jésus répondit : «Tu es dans l’erreur, Matthieu! Et beaucoup se sont trompés de cette manière en ignorant le sens de mots, car l’homme doit considérer non pas l’extérieure des mots, mais leur sens. La voix humaine est en effet comme un interprète entre nous et Dieu. Or, ne savez-vous pas que, lorsque Dieu voulut parler a nos pères sur le mont Sinaï, nos pères s’écrièrent : «Parle-nous, toi, Moïse, mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourrions!» Et Dieu ne dit-il par le prophète Isaïe : Les voies de Dieu sont aussi éloignées de celles des hommes et les pensées de Dieu des pensées des hommes que le ciel est éloignée de la terre.
Chapitre 105
Dieu est ‘a ce point immense que je tremble à le décrire. Pourtant il faut que je vous en parle. Je vous dirai donc que les cieux sont au nombre de sept, éloignés l’un de l’autre autant que le premier ciel l’est de la terre; or, il en est éloignés de cinq cent années de route. la terre est donc distante du ciel le plus haut de trois mille cinq cents* années de route. Je vous dis donc que le rapport entre une pointe d’aiguille et le premier ciel est égale au rapport entre le premier ciel et le second, et de même pour tous les cieux. Pourtant toute la grandeur de la terre ajoutée a celle de tous les cieux est, par rapport au paradis, comme une pointe d’aiguille et même comme un grain de sable. N’est-elle pas incommensurable cette grandeur?» Les disciples répondirent : «Oui, certes!»
Jésus dit alors : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, toute est petit devant Dieu comme un grain de sable! Dieu est autant de fois plus grand qu’il faudrait de grains de sable pour remplir tous les cieux et le paradis, et davantage encore! Eh bien, voyez donc s’il y a une proportion quelconque entre Dieu et l’homme qui n’est qu’un peu de boue qui se tient sur la terre! «Soyez donc très attentifs à comprendre le sens et non la lettre si vous voulez avoir la vie éternelle.!»
Les disciples répondirent alors : «Seul Dieu peut se connaître lui-même! C’est vraiment comme a dit le prophète Isaïe : «Il est caché au sens de l’homme.» Jésus dit : «C’est vrai. Et quand nous serons au paradis, nous connaîtrons Dieu comme ici-bas on connaît la mer avec une goutte d’eau salée!
Pour en revenir à mon propos, je vous dirai qu’il faut pleurer seulement parce qu’en péchant l’homme abandonne Dieu son créateur. Mais comment pleurera-t-il celui qui participe aux orgies et aux festins? Il pleurera comme la glace donne du feu! Si vous voulez dominer vos sens, il faut changer les orgies en jeûnes car c’est ainsi que notre Dieu les domina.»
Thaddée dit : «Dieu a-t-il donc quelque sens à dominer?» Jésus répondit : «Vous commencez à dire : Dieu a ceci … Dieu est comme cela … ! Dites-moi, l’homme a-t-il une sensibilité?» -«Oui!» répondirent les disciples, Jésus dit : «Existe-t-il un seul homme vivant en qui la sensibilité ne soit pas à l’œuvre?» -«Non!» répondirent les disciples. «Vous vous trompez, dit Jésus, car où est la sensibilité de celui qui est aveugle, sourd-muet et estropié? Et quand l’homme est tombé en syncope? » Alors les disciples furent embarrassées. Jésus dit : «Il y a trois choses qui font l’homme : l’âme, la sensibilité et la chair, chacune ayant sa vie propre. Comme vous l’avez appris, notre Dieu créa l’âme et le corps, mais vous n’avez pas encore appris comment il créa la sensibilité. C’est pourquoi demain, s’il plaît à Dieu, je vous dirai tout.» Après ces paroles, Jésus rendit grâces à Dieu et pria pour le salut de notre peuple, chacun de nous disant : «Amen».
Chapitre 106
Après la prière de l’aurore, Jésus s’assit sous un palmier et ses disciples s’approchèrent de lui. Il dit : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, beaucoup se trompent sur notre vie! En effet, l’âme, la sensibilité et la chaire sont si unies que la plupart des hommes affirment que l’âme et la sensibilité sont une seule et même chose. En la divisant selon son activité et son selon son essence, ils l’appellent âme sensitive, végétative et intellective. Mais en vérité je vous le dis, c’est la même âme qui comprend et qui vit. Oh, les sots, où trouveront-ils une âme intellective qui soit sans vie? Certainement jamais! Par contre, la vie peut se rencontrer sans la sensibilité, comme chez celui qui est à moitié mort et que la sensibilité abandonne.
Thaddée dit : «Maître, quand la sensibilité abandonne la vie, l’homme est mort!» Jésus répondit : «Ce n’est pas vrai! C’est quand l’âme s’en va que l’homme est mort, car elle ne reviendra dans le corps que par miracle. Mais la sensibilité s’en va en raison de la peur qu’elle éprouve ou de la grande douleur qu’éprouverait l’âme. La sensibilité, Dieu l’a créée en effet, pour le plaisir et elle ne vit que pour cela, comme le corps vit de nourriture, et l’âme de connaissance et d’amour! Elle se rebelle maintenant contre l’âme à cause de l’indignation qu’elle éprouve d’être privée du plaisir du paradis par le péché. Il est donc de la plus grande importance que celui qui ne veut pas qu’elle vive de plaisir charnel, la nourrisse de plaisir spirituel. Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, Dieu après l’avoir créée la condamna à l’enfer, au neiges et aux glaces intolérables parce qu’elle disait qu’elle était Dieu. Mais quand il la privé de nourriture et lui enleva les aliments, elle reconnut qu’elle était servante de Dieu et œuvre de ses mains. Or, dites-moi, chez les impies, comment la sensibilité agit-elle? Assurément, elle est en eux comme Dieu, puisqu’ils la suivent et qu’ils abandonnent la raison et la loi de Dieu. Aussi deviennent-ils abominables, sans rien faire de bien.
Chapitre 107
C’est pourquoi la première chose qui suit le regret du péché, c’est le jeûne. En effet, celui qui voit qu’un aliment l’a rendu malade, regrette d’abord de l’avoir mangé et puis l’abandonne pour ne pas tomber malade, car il craint la mort. Ainsi doit faire le pécheur. Sachant que le plaisir, en suivant la sensibilité dans les biens de ce monde, l’a fait pécher contre Dieu son créateur, il regrette d’avoir agi ainsi, parce que cela le prive de Dieu qui est sa vie, et lui donne la mort éternelle de l’enfer.
Mais étant donné que l’homme doit user des biens de ce monde pour vivre, il lui faut jeûner ici-bas pour parvenir à mortifier sa sensibilité et connaître Dieu son Seigneur. Quand tu vois que la sensibilité déteste les jeûnes, montre-lui l’état de l’enfer où on ne prend nul plaisir, mais où on éprouve une douleur infinie, et montre-lui les délices du paradis qui sont tels qu’un seul grain de raisin du paradis est meilleur que tous les délices du monde. De cette façon elle se tiendra facilement tranquille. Il vaut mieux en effet se contenter de peu pour recevoir beaucoup, que d’être sans retenue dans les petites choses mais privé de tout dans les tourments.
Pour bien jeûner, vous devez vous rappeler le riche bien vivant; pour avoir voulu tous les jours sur cette terre faire très bonne chère, il fut privé d’une goutte d’eau dans l’éternité. Tandis que Lazare, en se contentant des miettes sur cette terre, se tiendra éternellement dans les délices sans bornes du paradis.
Mais que le pénitent soit prudent, car Satan cherche à détruire toute œuvre bonne; et plus encore chez un pénitent que chez d’autres, car le pénitent s’en rebellé contre lui et s’est changé de fidèle serviteur en ennemi rebelle. Satan cherchera donc à tout prix à l’empêcher de jeûner sous prétexte de maladie. Et quand cela ne vaudra pas il l’invitera à un jeune extrême pour qu’il tombe malade et qu’il vive ensuite dans les délices. Et s’il n’y réussit pas, il cherchera à ne le faire jeûner que d’aliment corporel, pour qu’il soit pareil à lui qui ne mange jamais et qui pèche toujours.
Vive Dieu! il est abominable de priver son corps de nourriture et de remplir son âme d’orgueil tout en méprisant ceux qui ne jeûnent pas et en se prétendant meilleur qu’eux! Dites-moi, le malade se glorifiera-t-il de la diète que lui fait suivre le médecin et traitera-t-il de fous ceux qui ne la font pas? Certes non! Il déplorera plutôt la maladie pour laquelle il est à la diète. De même, je vous le dis, le pénitent ne doit pas se glorifier du jeûne, ni mépriser ceux qui ne jeûnent pas, mais il doit déplorer le péché pour lequel il jeûne.
Que le pénitent qui jeûne ne se procure pas d’aliments recherchés, mais qu’il se contente d’aliments grossiers! Est-ce que l’homme donnera des aliments recherchés au chien qui mord et au cheval qui regimbe? Certainement pas! Mais tout le contraire! Que cela vous suffise à propos du jeûne!
Chapitre 108
Mais écoutez ce que je vais vous dire des veilles, car de même qu’il y a deux sortes de sommeil, celui du corps et celui de l’âme, de même il faut être prudent dans les veilles pour que l’âme ne dorme pas alors que le corps veille, ce qui serait une très grave erreur!
Dites-moi, par comparaison : voici un homme qui heurte une pierre en marchant et qui, pour ne plus la heurter du pied, la heurte de la tête. Que dit-on d’un tel homme ?» Les disciples répondirent : «C’est un malheureux, un détraqué!» Jésus dit alors : «Vous avez bien répondu. En vérité je vous le dis, celui qui veille avec son corps et dort avec son âme est détraqué. Il est d’autant difficile à guérir que l’infirmité spirituelle est plus grave que l’infirmité corporelle. Ainsi ce malheureux se glorifiera de ce que son corps qui est le pied de sa vie, ne dort pas, tandis que qu’il ne s’aperçoit pas, dans sa misère, que son âme dort, elle qui est la tête de sa vie!
Le sommeil de l’âme, c’est l’oubli de Dieu et son terrible jugement. Ainsi l’âme qui veille, c’est celle qui reconnaît Dieu en tout et partout, c’est celle qui remercie sa majesté en tout, pour tout, par-dessus tout, qui reconnaît que toujours et à tout moment elle reçoit grâce et miséricorde de Dieu. Dès lors, dans la crainte de sa majesté, la voix angélique résonne toujours à son oreille : «Créatures, venez au jugement, car votre créateur veut vous juger!» Aussi demeure-t-elle habituellement dans le service de Dieu.
Dites-moi, que préférez-vous, voir à la lumière d’une étoile ou à la lumière du soleil?» André répondit : «A la lumière du soleil, Maître! Parce qu’à la lumière de l’étoile nous ne pouvons pas voir les montagnes qui sont proches, tandis qu’à la lumière du soleil, nous voyons le plus petit grain de sable. C’est avec crainte que nous marchons à la lumière de l’étoile, tandis qu’à la lumière de soleil nous marchons avec assurance.»
Chapitre 109
Jésus dit : «Eh bien, je vous le dis, c’est ainsi que vous de veiller avec l’âme sous ce soleil de justice qu’est notre Dieu. Mais ne vous glorifiez pas des veilles du corps! Il est très vrai pourtant qu’il faut fuir le sommeil corporel autant qu’on peut, mais il est impossible de l’éviter tout à fait, puisque la sensibilité et la chair sont alourdies d’aliments et la raison d’affaires. Que celui qui veut dormir peu, évite donc le trop grand nombre d’affaires et qu’il évite de manger beaucoup! Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, il est permis de dormir un peu chaque nuit, mais il n’est jamais permis d’oublier Dieu et son terrible jugement; un tel oubli c’est le sommeil de l’âme!»
Celui qui écrit demanda : «Maître, comment pourrions-nous toujours nous souvenir de Dieu? Cela nous paraît tout à fait impossible!» Jésus dit avec un soupir : «Voilà la plus grande misère que puisse souffrir l’homme, Barnabé! Sur cette terre. il ne peu pas toujours se souvenir de Dieu son créateur, sauf ceux qui sont saints, car ils le gardent toujours en mémoire : ils ont tellement en eux la lumière de la grâce de Dieu qu’il ne peuvent pas oublier Dieu.
Pourtant dites-moi, avez-vous vu ceux qui travaillent pour équarrir des pierres brutes? Ils ont tellement appris à frapper par un continuel exercice qu’ils parlent avec d’autres tout en frappant sans regarder le ciseau qui travail la pierre. Et pourtant ils ne se frappent pas sur les mains! Faites donc ainsi vous-mêmes! Ayez le désir d’être des saints si vous voulez surmonter complètement cette misère de l’oubli! Il est certain que l’eau désagrège les pierres les plus dures quand une goutte y tombe pendant longtemps. Savez-vous pourquoi vous n’avez pas surmontée cette misère? Parce que vous ne savez pas que c’est un péché! Je vous dirai donc ceci : quand un prince te fait un cadeau, ô homme, c’est une faute de fermer les yeux et de lui tourner le dos. De même, ceux qui oublient Dieu commettent une faute, car l’homme reçoit à tout instant de Dieu dons et miséricorde.
Chapitre 110
Maintenant, dites-moi, chaque instant ne vous est-il pas donné par notre Dieu? Oui, certes, car il vous accorde sans cesse le souffle dont vous vivez. En vérité, en vérité, je vous le dis, chaque fois que votre corps reçoit le souffle, votre cœur devrait dire : «Que Dieu soit remercié!»
Jean dit alors : «Tes paroles sont très vraies, Maître! Enseigne-nous donc le moyen de parvenir à cet état bienheureux!» Jésus répondit : «En vérité, je vous le dis, on n’y parvient pas avec les forces humaines, mais par la miséricorde de Dieu notre Seigneur. Il est bien vrai que l’homme doit désirer le bien pour que Dieu le lui donne. Dites-moi, quand vous êtes à table, pensez-vous de ces aliments que vous ne voulez même pas voir? Bien sûr que non! De même, je vous le dis, vous ne recevrez pas ce que vous ne voulez pas désirer. Si vous désirez la sainteté, Dieu est assez puissant pour vous rendre saints en moins de temps qu’il n’en faut pour cligner de l’œil. Mais notre Dieu veut que nous attendions et que nous demandions, pour que l’homme reconnaisse le don et le donateur.
Avez-vous vu ceux qui s’exercent à tirer à l’arc sur une cible? Certes, ils tirent souvent en vain. Pourtant jamais ils ne veulent tirer en vain, ils ont toujours l’espoir d’atteindre la cible! Eh bien, vous qui voudriez toujours avoir en mémoire notre Dieu, faites-le vous aussi. Quand vous l’oubliez, déplorez-le, et Dieu vous donnera la grâce de parvenir à tout ce que je vous ai dit.
Le jeûne et la veille spirituelle sont si unis entre eux que dès qu’on rompt la veille, on rompt aussi le jeûne. En effet, en péchant l’homme rompt le jeûne de l’âme et oublie Dieu. Il faut donc que notre âme et celle de tous veillent et jeûnent sans cesse; car il n’est permis à personne de pécher.
Quand au jeûne corporel et aux veilles, croyez-moi, on ne peut toujours en faire, et tous ne peuvent pas les faire, par exemple les malades, les vieillards, les femmes enceintes, les voyageurs, les enfants, et ceux qui ont une complexion délicate. Que chacun choisisse donc son jeûne tout comme il s’habille sur mesure! Car, de même que les vêtements d’un enfant ne vont pas à un homme de trente ans. ainsi les veilles et les jeûnes de l’un ne sont-ils pas faits pour l’autre.
Chapitre 111
Pourtant prenez garde : Satan mettra tous ses efforts à vous amener à veiller la nuit, pour qu’en suite vous dormiez, quand sur l’ordre de Dieu vous devrez prier et écouter sa parole! Dites-moi, vous plairait-il qu’un de vos amis mange de la viande et vous laisse les os?» Pierre répondit : «Non, Maître! Un tel homme, il ne faut pas l’appeler ami, mais insulteur!» Jésus dit en soupirant : «Tu dis vrai, Pierre. En vérité, celui dont le corps veille plus qu’il s’est nécessaire, dormira ou aura la tête lourde de sommeil en priant ou en écoutant la parole de Dieu. Ce malheureux insulte Dieu son créateur et il est coupable de ce péché. C’est même un voleur : il vole le temps qu’il doit donner à Dieu et il le dépense quand il lui plaît et dans le mesure où cela lui plaît.
Du tonneau d’un excellent vin, un homme donna à boire à ses ennemis tant que le vin fut bon; mais arrivé à la lie, il en donna à boire son seigneur. Que pensez-vous que fera le maître à ce serviteur quand il l’apprendra et que le serviteur sera devant lui? Evidemment, il le fouettera et le tuera dans une juste indignation selon les lois du monde! Et Dieu, que fera-t-il à l’homme qui emploie ses meilleurs moments aux affaires et ses plus mauvais à la prière et à l’étude de la loi? Malheur au monde, car son cœur est lourd de ce péché-là et de plus grave encore!
Donc, quand je vous ai dit : que le rire se change en pleurs, les orgies en jeûnes et le sommeil en veilles, je vous ai résumé en trois mots ce que vous avez entendu, c’est-à-dire que sur cette terre il faut toujours pleurer, mais que les pleurs doivent venir du cœur parce qu’on a offensé Dieu notre créateur; que vous devez jeûner pour dominer la sensibilité et veiller pour ne pas pécher; et qu’il faut mesurer les larmes, le jeûne et les veilles corporels à la complexion de chacun.
Chapitre 112
Jésus ajouta : «Il faut que vous cherchiez des fruits et des herbes pour nous sustenter, car voilà huit jours que nous n’avons pas mangé de pain. Je prierai donc notre Dieu et je vous attendrai avec Barnabé.» Tous les apôtres et les disciples s’en allèrent donc par quatre et par six selon la parole de Jésus. Celui qui écrit resta avec Jésus.
Jésus dit alors en pleurant : «Barnabé, il faut que je te fasse connaître de grands secrets que tu révéleras au monde quand je serai parti.» Celui qui écrit répondit en pleurant : «Maître, les pleurs laisses-les nous, à moi et aux autres hommes, car nous sommes pécheurs, mais toi, saint et prophète de Dieu, il ne convient pas que tu pleures tant!» Jésus répondit : «Crois-moi, Barnabé, je ne peux pas pleurer autant que je ne devrais! Si les hommes ne m’avaient pas appelé Dieu, j’aurais vu Dieu ici-bas comme on le verra au paradis et j’aurais été assuré de ne pas craindre au jour du jugement! Pourtant, Dieu le sait, je suis innocent, jamais je n’ai eu la pensée d’être tenu pour autre chose que pour un vil serviteur. Je te dis même que si je n’avais pas été appelé Dieu, j’aurais été emporté au paradis en quittant le monde, tandis que je ne m’y rendrai pas avant le jugement. Tu vois bien que j’ai raison de pleurer!
Sache, Barnabé, que je dois être grandement persécuté pour cela et que je serai vendu par un de mes disciples pour trente deniers. Ainsi, même si je suis assuré que celui qui me vendra sera tué sous mon nom car Dieu m’enlèvera du monde et transformera tellement le traître que chacun croira que c’est moi, comme il mourra mal, je resterai néanmoins longtemps avec ce déshonneur dans le monde.
Mais quand viendra Muhammad, messager sacré de Dieu, cette infamie sera enlevée. Dieu le fera parce que j’ai proclamé la vérité du Messie. C’est celui-ci qui me donnera la récompense : on saura que je suis vivant et étranger à cette mort infâme!»
Celui qui écrit répondit : «Maître, dis-moi quel est ce coquin que je l’étrangle!» -«Tais-toi, répondit Jésus, car Dieu le veut ainsi et on ne peut pas faire autrement! Pourtant fais ceci : quand ma mère en sera affligée, dis-lui la vérité afin qu’elle soit consolée!» Celui qui écrit répondit : «Je ferai tout cela, Maître, s’il plaît à Dieu!»
Chapitre 113
Les disciples rapportèrent des pignons et trouvèrent une bonne quantité de dattes par la volonté de Dieu. Après la prière de midi, ils mangèrent donc avec Jésus. Mais les apôtres et les disciples voyant que celui qui écrit était triste, craignirent que Jésus ne dût quitter bientôt le monde, Jésus les rassura en disant : «Ne craignez pas : l’heure n’est pas encore venue où je vous quitterai. Je resterai encore un peu de temps avec vous. Il faut donc que je vous enseigne maintenant, pour que vous alliez prêcher la pénitence partout en Israël comme je vous l’ai dit, afin que Dieu pardonne le péché d’Israël.
Que chacun se garde donc de l’oisiveté, surtout celui qui fait pénitence, car toute arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Il était une fois un habitant de la ville qui possédait une vigne. Au milieu, il avait un jardin planté d’un beau figuier. Pendant les trois ans que vint le maître, ce figuier ne produisit pas de fruit. Voyant que les autres arbres de lieu produisaient du fruit, il dit à son vigneron : «Coupe ce mauvais arbre : il occupe inutilement le terrain!» Le vigneron répondit : «N’en fais rien, maître, car c’est un bel arbre!» -«Tais-toi, dit le maître, je ne prends pas soin de beauté inutiles!
Tu dois savoir que le palmier et le baume sont plus nobles que le figuier. Or, j’avais planté dans la cour de ma maison, un plant de palme et un plant de baume que j’avais entourés de murs coûteux; pourtant comme ils ne produisaient pas de fruit mais des feuilles qui pourrissaient et gâtaient le terrain devant la maison, je les ai fait enlever tous les deux. Et maintenant, je ferais grâce à un figuier éloigné de la maison et qui occupe inutilement mon jardin et ma vigne, là où tout autre arbre produit du fruit? Non, je ne le supporterai plus!» Le vigneron dit alors : «Seigneur, le terrain est trop gras, attends encore un an, j’émonderai la frondaison, je dégraisserai la terre en y mettant de la terre maigre et des cailloux, et il produira du fruit!» Le patron répondit : «Eh bien, fais-le! J’attendrai que le figuier porte du fruit!»
Comprenez-vous cette parabole?» Les disciples répondirent : «Non, Seigneur! Explique-la nous!»

Chapitre 114
Jésus répondit : «En vérité je vous le dis, le maître, c’est Dieu; le vigneron, c’est sa loi. C’est donc Dieu qui avait en paradis le palmier et le baume. Le palmier, c’est satan, et le baume, c’est le premier homme. Comme ils ne produisaient pas de bonnes œuvres et qu’ils disaient des paroles impies qui condamnèrent beaucoup d’anges et beaucoup d’hommes, il les chassa. A présent, Dieu a placé l’homme dans le monde, au milieu de ses créatures qui toutes le servent selon son précepte, alors que l’homme ne produit rien, comme je l’ai dit. Volontiers il le retrancherait et l’enverrait en enfer puisqu’il n’a pardonné ni à l’ange ni au premier homme et qu’il a puni l’ange pour l’éternité et l’homme pour un temps; mais la loi de Dieu intervient et dit : «l’homme a trop de bien dans cette vie; il faut qu’il soit affligé et qu’on lui enlève les biens de ce monde pour qu’il fasse le bien.
Notre Dieu attend donc que l’homme fasse pénitence. Je vous le dis en vérité, notre Dieu condamna l’homme à travailler, de sorte que comme le dit Job, ami et prophète de Dieu : «L’homme naît pour travailler comme l’oiseau pour voler et le poisson pour nager.» Et le prophète de Dieu, David notre père, dit : «Nous serons heureux et nous nous trouverons bien de manger des œuvres de nos mains.» Que chacun travaille donc selon sa condition! Dites-moi : si David, notre père, et Salomon, son fils, travaillaient de leurs mains, que doit faire le pécheur?»
Jean répondit : «Maître, il est bien de travailler, mais c’est aux pauvres de le faire!» Jésus répondit : «Oui, puisqu’ils ne peuvent pas faire autrement, mais ne sais-tu pas que le bien, pour être bien, doit être libre d’obligation? Le soleil et les autres planètes y sont forcés par ordre de Dieu et ne peuvent pas faire autrement; il n’auront donc pas de mérite! Dites-moi, lorsque Dieu donna l’ordre de travailler, il ne dit pas : «L’homme pauvre vivra à la sueur de son visage!» Et Job ne dit pas : «L’homme pauvre naît pour travailler comme l’oiseau pour voler!» Mais Dieu dit à l’homme : «A la sueur de ton visage, tu mangeras ton pain!» Et Job dit que l’homme naît pour travailler. C’est pourquoi celui qui n’est pas homme est exempt de cet ordre.
Si tout est cher, c’est bien parce qu’il y a des foules d’oisifs, et pas autre chose. S’ils travaillaient, soit à cultiver la terre, soit à pêcher, le monde serait dans une abondance extrême. Mais il faudra rendre compte de sa pénurie au jour du redoutable jugement.
Chapitre 115
Que l’homme me dit un peu ce qu’il a apporté dans ce monde pour vouloir vivre sans rien faire! Il est clair qu’il est né nu, incapable de rien faire! Il n’est donc pas le patron de tout ce qu’il a trouvé, mais l’intendant qui devra rendre compte au jour redoutable.
Tu dois craindre beaucoup l’abominable luxure qui rend l’homme semblable aux animaux sans raison, car ton ennemi est si familier que tu ne peux aller nulle part sans qu’il y vienne aussi. Oh combien ont péri par la luxure! A cause de la luxure, vint le déluge, et le monde péri avant la miséricorde de Dieu; seuls Noé et quatre-vingt-trois personnes se sauvèrent! A cause de la luxure, Dieu ensevelit trois cités malfaisantes et seul Lot s’enfuit avec ses deux filles! A cause de la luxure, la tribu de Benjamin fut quasiment éteinte! Je vous le dis en vérité, si je vous énumérais tous sont qui sont morts à cause de la luxure, cinq jours n’y suffiraient pas!»
Jacques dit : «Maître, que veut dire luxure?» Jésus répondit : «La luxure est un désir effréné d’amour qui, n’étant pas dirigé par la raison, envahit tellement l’intelligence et les sentiments de l’homme que celui-ci, ne se connaissant plus lui-même, aime ce qu’il devait haïr. Croyez-moi, quand l’homme aime quelque chose, non parce que Dieu la lui a donnée, mais comme son propriétaire, c’est un fornicateur, car il uni à la créature l’âme qui doit être unie à Dieu son Créateur. Aussi Dieu se lamente par Isaïe le prophète en disant : «Tu as forniqué avec de nombreux amants. Pourtant, reviens à moi et je te recevrais!» Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si l’homme n’avait pas de luxure à l’intérieure, dans son cœur, il n’y tomberait pas à l’extérieur, car l’arbre meurt vite une fois arrachée la racine.
Que l’homme se contente donc de l’épouse que son créateur lui a donnée et qu’il oublie toute autre!» André demanda : «Comment l’homme oublierait-il les femmes alors qu’il vit en ville où elles se trouvent en grand nombre?» Jésus répondit : «Certes, André, celui qui vit en ville aura du mal, car la ville est un éponge qui absorbe toute iniquité!»

Chapitre 116
En ville, il faut que l’homme vive exactement comme le soldat dont la forteresse est assiégée d’ennemis : à chaque assaut, il se défend et il craint toujours la trahison des habitants. Qu’il repousse de même, comme je l’ai dit, toute invitation externe au péché et qu’il craigne la sensibilité, car elle désir par-dessus tout les saletés.
Mais comment se défendra-t-il s’il ne réfrène pas son œil qui est à l’origine de tout péché de la chair? Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, celui qui est privé des yeux du corps est sûr de ne recevoir de peine qu’au troisième degré, tandis que celui qui a des yeux la recevra u septième degré.
Au temps du prophète Elie, il advint ceci. Voyant pleurer un aveugle qui était homme de bien, Elie l’interrogea : «Pourquoi pleures-tu, frère?» lui dit-il. L’aveugle répondit : «Je pleure parce que je ne peux pas voir Elie, prophète saint de Dieu!» Elie le reprit alors : «Cesse de pleurer homme, dit-il, car tu pèches en pleurant!» L’aveugle répondit : «Dis-moi donc, est-ce un péché de voir un saint prophète de Dieu qui ressuscite les morts et qui fait descendre le feu du ciel?» Elie répondit : «Ce n’est pas vrai : Elie ne peut rien faire de ce que tu dis; c’est un homme comme toi; et tous les hommes ensemble ne peuvent faire naître une seule mouche!»
L’aveugle reprit : «Tu dis cela, homme, parce qu’Elie t’aura reproché un péché que tu as commis. C’est pour cela que tu le hais!» Elie répondit : «Plaise à Dieu que tu dise vrai, frère, car si je haïssais Elie, j’aimerais Dieu! Et plus je haïrais Elie, plus j’aimerais Dieu!» A ces mots, l’aveugle se mit fort en colère et dit : «Vive Dieu, tu es un impie! On aime donc Dieu en haïssant le prophètes de Dieu? Va-t-en à l’instant, je ne veux plus t’entendre!» Elie répondit : «Eh bien, frère, tu peux voir avec ton intelligence comme il est mauvais de regarder avec les yeux du corps : tu désires la vue pour regarder Elie, mais tu le hais avec ton âme.» L’aveugle : «Va-t-en donc! Tu es le diable et veux me pécher contre le saint de Dieu!»
Elie soupira alors et dit en pleurant : «Tu dis vrai, frère, car ma chair que tu voudrais voir te sépare de Dieu.» L’aveugle dit : «Je ne veux pas te voir et même si j’avais des yeux, je les fermerais pour ne pas te voir!» Elie dit alors : «Sache, frère, que je suis Elie!» L’aveugle répondit : «Tu ne dis pas la vérité!» Alors les disciples d’Elie dirent : «Frère, en vérité, c’est le prophète de Dieu dit l’aveugle, qu’il me dise de quelle tribu je suis, et comment je suis devenu aveugle!»

Chapitre 117
Elie répondit : «Tu es de la tribu de Lévi! Notre Dieu te priva de la vue parce qu’au moment d’entrer dans son peuple, alors que tu étais près de sanctuaire, tu regardas de façon mauvaise une femme!» Alors l’aveugle dit en pleurant : «Pardonne-moi, saint prophète de Dieu, car j’ai péché en te parlant.
Si je t’avais vu je n’aurais pas péché!» Elie répondit : «Que notre Dieu te pardonne, frère! Quant à moi, je sais que tu m’as dit la vérité. En effet, plus je me hais moi-même, plus j’aime Dieu, Si tu me voyais, ton désir s’apaiserait, ce qu’à Dieu ne plaise! Car ce n’est pas Elie ton créateur, mais Dieu.
Selon toi, je suis le diable, dit Elie en pleurant, puisque je te détourne de ton créateur! Pleure donc, frère, car tu n’as pas cette lumière qui te ferait voir le vrai du faux. Si tu l’avais, tu n’aurais pas méprisé ma doctrine. Aussi je te le dis, beaucoup qui méprisent mes paroles veulent me voir et viennent de loin pour cela. Il vaudrait mieux pour leur salut qu’ils n’aient pas d’yeux, car celui qui se complaît dans la créature quelle qu’elle soit et qui ne s’efforce pas à se complaire à Dieu, s’est fait une idole dans le cœur et a abandonné Dieu.»
Jésus dit alors en soupirant : «Avez-vous compris tout ce qu’a dit Elie?» Les disciples répondirent : «Certes, nous l’avons compris et nous sommes stupéfaits d’apprendre que sur cette terre bien peu ne sont pas idolâtres.»

Chapitre 118
Jésus dit alors : «Vous dites la vérité, car récemment Israël voulait, en me prennent pour Dieu, réaliser l’idolâtrie qu’ils ont dans le cœur! Beaucoup d’entre eux ont méprisé ma doctrine sous prétexte que je pouvais me rendre maître de toute la Judée en me reconnaissant Dieu. Ils prétendent que je suis fou de vouloir vivre pauvrement au milieu des déserts au lieu de demeurer continuellement parmi les princes, dans le luxe. Oh, malheureux homme, tu apprécies la lumière que nous avons en commun avec les mouches et fourmis et tu méprises la lumière qui n’est partagée que par les anges, les prophètes et les saints amis de Dieu!
Si on ne surveille pas son œil, André, je te le dis, il est impossible de ne pas tomber dans la luxure! A ce propos , le prophète Jérémie dit justement et en pleurant : «Mon œil est un voleur qui dérobe mon âme!» Et avec une extrême ferveur, votre père David priait Dieu notre Seigneur de détourner ses yeux pour qu’ils ne voient pas les vanités, car en vérité, tout ce qui a un terme est vain. Dites-moi donc : si quelqu’un avait deux sous pour acheter du pain, les dépenserait-il pour acheter de la fumée? Certes non, car la fumée fait mal aux yeux et n’apporte rien au corps. Que l’homme fasse donc de même : qu’il cherche à l’extérieur par le regard de ses yeux et à l’intérieur par le regard de son intelligence, à connaître Dieu son créateur et le bon plaisir de sa volonté! Que la créature ne soit pas son but et ne l’égare pas loin du créateur!

Chapitre 119
Car en vérité, chaque fois que l’homme voit quelque chose et qu’il oublie Dieu qui l’a faite à son intention, il y a péché! En effet, si ton ami te donne quelque chose à garder en souvenir de lui, mais qu’en le voyant tu l’oublie lui-même tu l’as offensé. Ainsi fait l’homme. Quand il voit une créature et qu’il ne se souvient pas du créateur qui l’a créée par amour pour lui, il pèche par ingratitude envers Dieu son créateur.
C’est pourquoi, celui qui voit une femme et qui oublie Dieu qui l’a créa pour le bien de l’homme, il l’aime, la désire et sa luxure déborde tellement qu’il aime tout ce qui ressemble à celle qu’il aime. C’est ainsi que naquit ce péché dont il est honteux de garder en mémoire.
Mais si l’homme met un frein à ses yeux, il dominera la sensibilité, qui ne peut désirer que ce qui lui est présenté, et la chair sera assujettie à l’esprit. Car de même que sans vent le bateau ne peut avancer, de même la chair pécher sans la sensibilité.
Qu’ensuite, il soit nécessaire pour le pénitent d’abandonner les contes pour la prière, c’est ce que montre la raison si ce n’était déjà un ordre de Dieu.
L’homme en effet pèche en toute parole inutile, tandis que notre Dieu efface le péché par la prière. Or la prière est avocate de l’âme; elle est remède de l’âme, elle est défense du cœur, arme de la foi, frein de la sensibilité, sel de la chair qu’elle empêche de pourrir dans le péché. Je vous le dis, la prière, c’est les mains de notre vie!
Aussi l’homme qui prie se défendra-t-il au jour du jugement, car sur cette terre il aura guéri son âme du péché, il aura préservé son cœur de l’atteinte des mauvais désirs et offensé Satan en maintenant sa sensibilité dans la loi de Dieu. Sa chair marchera dans la justice et recevra de Dieu tout ce qu’il demandera.
Vive Dieu, en présence de qui nous sommes, sans prière il est aussi impossible à l’homme de faire le bien qu’à un muet de dire son fait à un aveugle; qu’à une plaie de guérir sans onguent; aussi impossible que de se défendre sans bouger, d’attaquer sans armes, de naviger sans gouvernail ou de conserver de la viande sans sel. Car en vérité, celui qui n’a pas de main ne peut pas prendre.
Si l’homme pouvait changer l’ordure en or et la boue en sucre, que ferait-il?» Comme Jésus se taisait, les disciples répondirent : «Chacun ne s’occuperait qu’à faire de l’or et du sucre!» Jésus dit alors : «Pourquoi donc l’homme ne transforme-t-il pas en prière la sotte habitude de raconter des histoires? Le temps lui est-il donné par Dieu pour qu’il l’offense? Certes non, quel prince donnerait en effet une ville à son sujet pour qu’il lui fasse la guerre? Vive Dieu, si l’homme savait comme l’âme se déforme par les paroles vaines, il se trancherait la langue avec les dents plutôt que de parler! Oh, malheureux monde : aujourd’hui les hommes ne se rassemblent pas pour prier, mais sous les portiques du temple et dans le temple même Satan y reçoit le sacrifice des paroles vaines, et qui pis est, des choses dont on ne peut parler sans honte!

Chapitre 120
Voici le fruit des paroles vaines : elles affaiblissent tellement l’intelligence qu’elle n’est plus apte à recevoire la vérité. De même qu’un cheval accoutumé de porter une once d’ouate ne peut pas porter cent livres de pierre.
Mais il y a pire, c’est quand l’homme passe son temps en plaisanteries. Satan lui remet ses plaisanteries-là en mémoire pendant la prière, et au moment ou il devrait pleurer ses péchés pour provoquer la miséricorde de Dieu et en recevoir le pardon, il provoque sa colère en riant. Dieu le châtiera et le réprouvera. Malheur donc à ceux qui racontent des plaisanteries et qui parlent inutilement.
Pourtant si notre Dieu e en abomination ceux qui plaisantent et ceux qui parlent inutilement, quel cas fera-t-il de ceux qui murmurent et qui diffament le prochain? Et en quel état sont ceux qui traitent du péché comme d’une affaire absolument nécessaire? Oh, monde immonde, je ne peux pas imaginer la punition que tu recevras de Dieu!
Je vous le dis, celui qui veut faire pénitence doit donner ses paroles à prix d’or!» Ses disciples répondirent : «Qui donc achètera des paroles d’homme à prix d’or? Sûrement personne! Et puis, comment ferait-il pénitence? Il en deviendrait certainement avare!» Jésus répondit : «Votre cœur est si lourd que je ne peux pas le soulever. Faut-il donc que je vous donne le sens de chacune de mes paroles? Pourtant remerciez Dieu qui vous a donné la grâce de connaître ses mystères. Je ne dis pas que le pénitent  doit vendre ses paroles, mais qu’il doit s’imaginer quand il parle qu’il jette de l’or. Comme on ne dépense de l’or que pour les choses nécessaire, il ne parlera que lorsqu’il sera nécessaire de parler. Comme personne ne dépense de l’or pour ce qui nuit au corps, ainsi ne parlera-t-il  pas de ce qui nuit à l’âme!.

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