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Remise de l’Alkarama Award à Ali Yahia Abdenour

Posté par algeriedemocratie le 30 novembre 2009

Remise de l’Alkarama Award à Ali Yahia Abdenour

LA FONDATION ALKARAMA

a le plaisir de vous inviter à la Cérémonie de remise de l’Alkarama Award pour les Défenseurs des Droits de l’Homme

vendredi 11 décembre 2009, à 18 heures

Centre International de Conférences Genève
Rue de Varembé 17
1211 Genève

Lauréat 2009

Remise de l'Alkarama Award à Ali Yahia Abdenour dans DROITS DE L'HOMME(22) aya
Maître Abdenour Ali-Yahia

 

Alkarama Award

L’Alkarama Award sera décerné chaque année à l’occasion de la journée mondiale des droits de l’homme, le 10 décembre, à une personnalité ou à une organisation ayant contribué de manière significative à la protection et à la promotion des droits de l’homme dans le monde arabe.

Cette distinction sera décernée pour l’année 2009 à Maître Abdenour Ali-Yahia, juriste algérien, qui s’est consacré pendant 40 ans à défendre et promouvoir les droits de l’homme (lire ci-dessous sa biographie). La cérémonie s’ouvrira sur une courte présentation de l’Alkarama Award et du lauréat de cette année et sera suivie d’un discours de Maître Abdenour Ali-Yahia en personne. Une collation sera servie à la fin de la cérémonie.

Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir confirmer votre présence en envoyant un e-mail à l’adresse suivante : geneva@alkarama.org Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Lauréat 2009

Cette distinction sera décernée pour l’année 2009 à Maître Abdenour Ali-Yahia pour l’ensemble de son œuvre en matière de défense et promotion des droits de l’homme en Algérie.

Avocat de formation, Maître Abdenour Ali-Yahia a milité au sein du mouvement national algérien et a été emprisonné pendant cinq ans durant la guerre de libération nationale. A l’indépendance en 1962, il a été membre de l’Assemblée constituante puis membre du gouvernement, avant de démissionner de son poste ministériel pour protester contre les atteintes à l’Etat de droit par les autorités de l’époque.

Par la suite, il s’est consacré à l’exercice de son métier de juriste et à la défense des droits de l’homme, ce qui lui a valu détention et déportation.

Maître Abdenour Ali-Yahia est le fondateur en 1985 de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (www.la-laddh.org), reconnue officiellement par les autorités algériennes en 1989 ; il en est aujourd’hui le président d’honneur.

Né le 18 janvier 1921, Maître Abdenour Ali-Yahia est le doyen des défenseurs arabes des droits de l’homme. Il est l’auteur de « Algérie : Raisons et déraison d’une guerre » (Editions L’Harmattan, Paris 1996) et « La dignité humaine » (Editions INAS, Alger, 2007)

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Entretien avec Aït-Rahmane, El Hasnaoui Amejtuh

Posté par algeriedemocratie le 29 novembre 2009

Entretien avec Aït-Rahmane, El Hasnaoui Amejtuh »Je ne me force pas du tout pour chanter le cheikh »Entretien avec Aït-Rahmane, El Hasnaoui Amejtuh dans MUSIQUE ALGERIENNE(35) 2284_79225

Dans le cadre des festivités marquant l’hommage à Cheikh-El-Hasnaoui, plusieurs évènements sont organisés que ce soit, en Kabylie ou ailleurs dans le monde. C’est au tour de Montréal, de célébrer  » El-Hasnaoui  » et qui de mieux pour le faire ? L’Hasnaoui Amejtouh, ou Aït-Rahmane Madjid , de son vrai nom, est tout indiqué pour cette célébration. Qui est cet artiste ? Pour ceux qui ne le connaissent pas, Ait-Rahmane est originaire de l’Arbaa-Nath-Ouacif. Madjid est un passionné de musique et surtout un passionné de Chikh-El-Hasnaoui et c’est pour cette raison qu’il interprête le répertoire du Maitre à merveille. Il a aussi ses propres chansons, toujours dans le style Châabi. Nous l’avons rencontré et lui avons posé quelques questions.

 

Kabyle.com : Azul fellak, M. Aït-Rahmane

M. Ait-Rahmane : Azul à tous les internautes de Kabyle.com et Azul à toute notre communauté de Montréal.

 

Pouvez-vous nous parler de cette grande passion que vous avez pour Chikh-El-Hasnaoui?

Dès mon jeune âge, j’adorais El-Hasnaoui. C’est lui en quelque sorte qui m’a orienté, indirectement vers la chanson. Lorsque, je suis parti chez lui dans sa maison à Nice (Côte-d’Azur). Il m’a pris en estime, et il était heureux de me recevoir à chaque fois. Je lui ai offert les disques 45 tours que je produisais en Algerie, ça lui faisait plaisir que je chante ses chansons et j’ai eu sa bénédiction. J’ai plusieurs photos de lui. Il m’a raconté toute sa vie et il y a de quoi écrire des livres. Il est parti en 1936 de la Casbah (orphelin, il a quitté la Kabylie et a été recueilli par une famille sans enfants Kzadri Amar, à la Casbah, qui l’a élevé comme son propre fils).

El-Hasnaoui a fait beaucoup d’études en arabe, il est de famille maraboutique. La raison de son départ était une déception : Il aimait Fadhma, mais ses parents lui ont refusé sa main en raison de sa fonction « Ameddah ». À l’époque c’était mal vu d’être un chanteur.

 

Votre voix dans les chansons est presque identique celle du Chikh, est-ce naturel ou forcez-vous à imiter celle du Maitre ?

Avec le temps, j’ai acquis certaines techniques vocales, je pense qu’il y a aussi quelque chose de naturel dans ma voix car je ne me force pas du tout pour chanter El-Hasnaoui. Chaque Maître a laissé un élève et je suis toujours apprenti de l’art.

 

Êtes-vous heureux de célébrer El-Hasnaoui à Montréal ?

Je suis très heureux et c’est un honneur pour moi que de partager cet hommage avec les miens qui sont ici à Montréal. Je connais les affres de l’immigration et j’espère que la soirée de samedi, leur plaira.

 

Y a-t-il du nouveau dans votre carrière d’artiste (nouveaux CD, spectacles, etc….) ?

J’ai un nouveau CD de chants engagés sorti cette année, et je prépare un autre pour 2010. J’espère que ça plaira au public.

 

Comment êtes-vous venu à chanson et depuis combien d’années ?

J’ai commencé à chanter en 1975 où j’ai participé à l’émission  » Ighennayen uzekkas, présentée à l’époque par Chérif Kheddam. J’ai interprété une chanson d’El-Hasnaoui et justement c’est de là, que le surnom El-Hasnaoui Amejtuh est venu. Lorque j’ai fini de chanter, Chérif Kheddam m’a dit : il faut qu’on t’appelle « El-Hasnaoui Amejtuh » et non Aït-Rahmane.

 

Un dernier mot Madjid ?

Je remercie en premier lieu, l’association qui m’a invitée, ainsi que tous ses membres. Je remercie également notre communauté qui m’a toujours encouragé et j’espère les voir nombreux samedi lors du spectacle.

 

Entrevue réalisée par 

 T. Ould-Hamouda

dépêche de kabylie

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MOHAMED MECHATI SE CONFIE AU SOIR D’ALGÉRIE :«Si le peuple était aussi prêt qu’en 1954…»

Posté par algeriedemocratie le 14 novembre 2009

MOHAMED MECHATI SE CONFIE AU SOIR D’ALGÉRIE :«Si le peuple était aussi prêt qu’en 1954…»

mechati- Le Soir d’Algérie 20 mai 2009
A 90 ans ou presque, sa lucidité autant que son esprit de synthèse sont débordants. Du PPA à l’OS et du MTLD au CRUA, il conte, sans détour, des péripéties historiques que la censure officielle a très souvent dénaturées. Sa mésentente avec Boudiaf, qui était alors son chef, sa condamnation sans ambages d’un Ben Bella «avide de pouvoir», sa grande déception de ce qui est advenu de sa patrie sont autant de questions qu’il aborde avec spontanéité dans l’entretien qui suit. Mohamed Mechati, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est membre des 21 historiques qui ont lancé le mot d’ordre de la guerre de Libération. Il se pencherait, actuellement, sur la finalisation d’un ouvrage historique intitulé Cela s’est passé comme cela mon fils . En attendant, il a rouvert sans la moindre hésitation son cœur aux lecteurs du Soir.

Entretien réalisé par Kamel Ghimouze

Le Soir d’Algérie : Vous avez été l’un des premiers à remettre en cause le nombre des historiques qui ont pris part à la réunion de Clos- Salembier. Alors c’est 21 ou 22 ?

Mohamed Mechati : L’essentiel n’est pas dans le nombre, mais il est dans la réunion en elle-même. Effectivement, la réunion de Clos Salembier a regroupé 21 personnes. Le chiffre de 22 provient d’une erreur d’Yves Courrière qui a été le premier à écrire sur cette page de l’histoire. Une histoire romancée d’un reporter qui avait la confiance de l’armée française. Il a cité, en effet, 22 personnes, dont Hadj Benalla qui nous a quitté, il y a quelques jours (Allah yarahmou), lequel n’avait pas assisté à ce conclave. Depuis, cette question de 21 et /ou 22 a charrié beaucoup d’interprétations, dont le fait que Hadj Benalla avait été empêché de venir en dernière minute ou, encore, que le propriétaire de la maison de Clos Salembier fut le 22e présent. Néanmoins, ce dernier faisait partie du réseau de logistique et avait, comme ses pairs, un rôle à jouer. Un rôle qui s’est résumé pour la circonstance à ce qu’il offre sa maison pour abriter la réunion. Bref, il était à un niveau subalterne sous les ordres de Zoubir Bouadjadj qui, lui aussi atteste que ce dernier n’a pas assisté à la réunion.


Des décades sont passées depuis, que devient Mohamed Mechati ?

Il est devant vous avec le poids des années en plus, et même à cet âge, j’essaye de faire de mon mieux pour servir mon pays au même titre qu’un tas de militants de ma génération ou, encore, les plus jeunes qui ont pris la relève et, à ce propos, la corporation des journalistes est parmi ceux-là. Un métier aussi difficile que passionnant mais que je ne peux exercer, hélas, à mon âge.
Il y a quelques jours, les Algériens commémoraient les évènements tragiques du 8 Mai 1945 dont vous êtes un témoin vivant. Quels impacts ont eu ces évènements sur la suite du combat que vous meniez à l’époque ?

Le 8 mai 1945… On peut dire qu’il a précipité le déclenchement de la guerre de Libération. Le peuple algérien n’a jamais accepté l’occupation, et cela se traduisait par des soulèvements périodiques, tous les 5 ou 6 ans, partout dans le pays. Finalement, le 8 Mai 1945 a été quelque chose de plus grand. Le mouvement des Amis du manifeste et de la liberté (AML) avait pris, à travers toute l’Algérie, des proportions qui faisaient peur au pouvoir colonial, lequel attendait l’occasion propice pour sévir et il s’est saisi de cette «opportunité» pour réprimer ce mouvement comme il ne l’avait jamais fait auparavant. Pour les nationalistes de l’Etoile nord-africaine et du PPA, la situation était devenue intolérable, il fallait donc passer à l’action. Nous nous sommes dits finalement, cet ennemi qui est rentré par la force doit sortir par la force car il n’obéit en fin de compte qu’à cette logique. Raison pour laquelle, d’ailleurs, nous avons décidé de constituer une force pour faire face à cet ennemi. Nous savions que nous n’avions ni canons ni avions à opposer à la puissance militaire coloniale et il nous fallait donc faire renverser ce rapport en comptant sur la force intarissable du peuple. Un peuple que nous devions seulement organiser car plus rien ne pourra l’arrêter s’il est mature, décidé et organisé. Le 8 Mai 1945 a été donc le déclic pour les chefs et les militants de l’époque qui ont compris qu’il fallait en finir avec cet ennemi et c’est ce qui a poussé notre parti à constituer cette organisation spéciale qu’on appelle l’OS. Une organisation paramilitaire composée de militants inconnus de l’administration coloniale, car les politiques du MTLD, un parti du reste légal, étaient identifiés par l’armée française et ont, pour la plupart, fait de la prison. L’OS a fonctionné pendant plus de deux années avant qu’elle ne soit dévoilée en 1950 dans ce qu’on appelle l’affaire de Tébessa. Le parti l’a alors dissoute, mais avec l’intention de la refaire en mieux et passer de nouveau à l’action tant l’activité politique qui a trop duré a presque atteint ses limites avec en sus, une situation difficile pour le parti. La mésentente de Messali El hadj avec ses compagnons allait finir par faire imploser le parti qui s’était déjà scindé en messalistes, centristes et autres neutralistes. Devant cette situation catastrophique, le comité central, Lahoual Hocine en particulier, a fait appel à Mohamed Boudiaf qui était en France pour lui faire part de ce qui est advenu du parti par la faute de Messali El Hadj. A partir de là, on a convenu de reprendre le mouvement et l’organisation paramilitaire en main et on a décidé de la création du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action).

Des élites qui demandaient d’un peuple démuni et désarmé de rejoindre leur cause. Etiez-vous sûrs de son adhésion devant cette situation de désunion ?

Nous étions convaincus que le peuple était prêt, a contrario des chefs et dirigeants, restés, eux, divisés pour des futilités et des considérations personnelles. Un parti politique doit œuvrer pour faire adhérer le peuple à sa démarche, or, à l’époque, le peuple en avait marre et n’attendait que la Révolution. Les gens fuyaient les militants car il y avait une répression terrible. Dans une situation d’attente, ils ne voulaient plus courir le risque de devenir suspects et subir les pires représailles. Ils se contentaient de nous dire, quand arrivera la Révolution, nous serons prêts ou encore, donnez-nous des armes et nous la mènerons cette révolution. C’est pour cela que je dois dire que si les Algériens d’aujourd’hui étaient aussi prêts que le peuple à l’époque, nous ferons une autre révolution. Tout s’y prête. C’est ce peuple qui est historique, quant à nous, nous ne sommes que des militants dont le plus jeune avait 22 ans et le plus vieux 33. Ben- M’hidi n’avait pas balancé par hasard sa célèbre phrase : «Jetez la révolution dans la rue et elle sera prise en charge par le peuple.»


Ne faudrait-il pas d’abord que la génération post-indépendance s’imprègne de son histoire authentique ?

L’écriture de l’histoire a été occultée d’abord par le pouvoir colonial puis par les nôtres, dès l’indépendance. Elle a été occultée par le pouvoir illégitime de Ben Bella qui nous a trahi, en s’alliant avec l’armée des frontières et ensuite par Boumediene qui n’a pas un passé de militant politique. Ils l’ont fait pour la simple raison qu’ils n’aient pas derrière eux une histoire, un passé ou même quelques années de militantisme. C’est de la sorte que notre histoire a été écrite, d’abord par nos ennemis, car on se rend compte qu’il y a des historiens, des gens de conviction qui ont raconté notre résistance. Et à ce propos, s’il y a un peuple qui a résisté le plus face à un empire colonial, c’est bien le peuple algérien. En témoignent, au risque de me répéter, les soulèvements populaires périodiques à travers tout le territoire. Aujourd’hui, les gens ignorent dans quelles conditions vivaient les Algériens sous le colonialisme. Ils étaient interdits de séjour dans leur propre pays, en résidence surveillée chez eux, dans leurs propres ghettos. Dès qu’ils quittaient les quartiers arabes, ils devenaient des suspects. A Alger par exemple, les autochtones n’avaient droit de cité qu’à l’intérieur de La Casbah. Nous ne pouvions pas voyager à travers le pays, et c’était d’autant plus difficile pour les militants appelés souvent à se déplacer pour les besoins de la cause. Il fallait se déguiser ou du moins s’habiller comme les Européens.


Bien que vous soyez un membre des 21 historiques, responsable au niveau du département de Constantine à l’époque, il est dit que le groupe de Constantine n’a pas été au rendez-vous du 1er Novembre 1954. Qu’en est-il au juste ?

Il y a eu entre nous, principalement Abderahmane Gherras et moi-même d’une part, et Boudiaf de l’autre, un accrochage car ce dernier préférait agir en solo. A l’époque, l’OS était structurée dans les trois départements, à savoir Constantine, Alger, et Oran. Boudiaf, qui était responsable du département de Constantine, avait sous ses ordres Ben M’hidi, Didouche Mourad et Abderrahmane Gherras. Ce dernier n’était pas quelqu’un qui mâchait ses mots. Il avait toujours des questions à poser ou à éclaircir. Avec lui, je me suis opposé à Boudiaf qui était d’ailleurs mon chef et m’avait même pris sous sa coupe lorsqu’il a été appelé à Alger pour faire partie de l’état-major national. Il avait sa façon de voir les choses alors que nous exigions que les choses doivent être discutées entre des gens responsables à l’échelle nationale, entre chefs des états-majors des trois départements et non pas avec des personnes qu’il avait choisies tout seul. Il y a eu donc à cette réunion, 16 personnes du département de Constantine, 4 d’Alger et une seule d’Oran. Des éléments subordonnés qui ne connaissaient pas les véritables problèmes et qu’il avait choisis justement, parce qu’il était responsable du département de Constantine. Notre mécontentement après cette fameuse réunion, qui est à mon sens une tromperie et une mascarade, nous a valu de ne pas être avertis de la date du déclenchement de la guerre de Libération sur décision de Boudiaf. D’ailleurs, après la réunion d’Alger, lorsque nous avons senti la manipulation, nous nous sommes réunis à Constantine et nous avons demandé à Boudiaf de se réunir de nouveau, mais avec les gens concernés cette fois-ci. Il n’a rien voulu savoir. Ce n’est pas seulement le groupe de Constantine qui a fait l’exception mais il n’a pas averti au niveau national. C’est pourquoi, au lendemain du 1er Novembre 1954, des personnes qui ont déjà fait la prison ont été arrêtées, torturées et condamnées de nouveau. EIles n’ont, cependant, pas hésité un seul instant pour rejoindre les maquis dès leur sortie de prison. J’estime que c’est une calomnie de la part de Boudiaf, une faute qui a été à l’origine des sévices subis par des militants juste parce qu’ils n’étaient pas informés.

Vous disiez que Ben Bella vous avait trahi ?

Malheureusement ! Nous étions en prison ensemble et, à l’indépendance, il a changé. Il voulait être chef alors que même ses compagnons de route n’étaient pas du même avis que lui. Il s’est allié alors avec l’armée des frontières, et personne ne pouvait plus rien contre lui au point que certains ont été emprisonnés alors que d’autres ont carrément fui le pays. C’est de là que le mal que nous vivons aujourd’hui tire son origine.


Des fellagas aux harraga ?

J’en souffre énormément au même titre que ceux de ma génération qui ont combattu le colonialisme. Nous souffrons un peu plus que les autres parce que tout simplement nous savons comment nous sommes arrivés à cette situation. C’est par la faute d’un pouvoir illégitime depuis Ben Bella à ce jour. Et ce dernier est malheureusement l’origine première de ce mal, lui qui s’est permis des grossièretés intolérables à l’endroit de Ben Khedda en plein congrès de Tripoli et bien plus, c’est lui qui nous a ramené l’exalté qui nous gouverne aujourd’hui.
K. G.

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Algérie, l’explosion kabyle

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

Algérie, l’explosion kabyle

La révolte de la jeunesse kabyle, qui a fait plus de 60 morts en deux semaines, a surtout révélé l’échec d’un homme, Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999 pour «tout changer» et incapable de guérir l’Algérie de ses plaies : corruption, terrorisme islamiste, crise économique, omniprésence de l’armée, absence de démocratie. Dossier de Farid Aïchoune et René Backmann, avec Benjamin Stora et Tassadit Yacine.

C’est une fois encore de Kabylie, vieille terre d’insoumission, qu’est partie l’étincelle. Mais la colère qui a embrasé la jeunesse de Tizi Ouzou, Bejaïa, Sidi Aïch, avant de gagner Alger, n’était pas seulement une fronde identitaire, une intifada berbère exprimant la révolte d’une région ulcérée de recevoir si peu de l’Etat après lui avoir tant donné. C’est aussi, c’est surtout contre la misère, la corruption, le chômage, la crise du logement, la violence des forces de l’ordre, l’absence de démocratie que les jeunes Kabyles sont descendus dans la rue. Et comme en octobre 1988, ce sont des symboles du pouvoir central – bureaux de poste, succursales des banques d’Etat, mairies, sous-préfectures, perceptions, sièges des partis politiques – que les émeutiers ont incendiés ou mis à sac.

Deux ans après son élection à la présidence, Abdelaziz Bouteflika se retrouve face à un peuple qui attendait beaucoup de lui et qui ne lui pardonne ni ses mensonges, ni ses promesses trahies, ni la violence d’une répression qui a fait plus de 60 morts en deux semaines. Car le fond de cette révolte est là, dans le dépit explosif d’un pays une fois encore trompé par ses dirigeants.

« Il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie, j’ai pris bonne note de la dictature de l’administration », avait déclaré, peu après son élection, le nouveau président en visite à Tizi Ouzou. Dénonçant la corruption et les gros bonnets du « trabendo », fustigeant la « gendarmerie défaillante » et l’omniprésence des militaires, Abelaziz Bouteflika parcourait le pays en répétant, d’Oran à Constantine, le même discours : « Je vous ai entendus, tout va changer. » Pour rétablir la paix dans un pays déchiré par plus de dix ans de terreur islamiste, il avançait un projet de « concorde civile » fondé sur la reddition volontaire des combattants et l’amnistie des repentis.Ces bonnes intentions hélas ! n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. Au terme d’un bref état de grâce, Abdelaziz Bouteflika s’est retrouvé confronté à la « mafia politico-financière » qui avait déjà eu raison de ses prédécesseurs. Ses principaux projets de réforme – laïcisation de l’enseignement, abrogation du Code de la Famille, modernisation de l’économie – ont buté sur une majorité de députés « islamo-conservateurs » peu disposés à remettre en question un système dont ils sont les bénéficiaires depuis l’indépendance. Quant à la « concorde civile », non seulement elle n’a pas ramené la paix mais, au désespoir des familles de victimes, elle a permis de recycler en hommes d’affaires prospères des émirs dont les mains étaient couvertes de sang.

Pour tenter de masquer son impuissance en politique intérieure, Abdelaziz Bouteflika a multiplié les initiatives en politique étrangère. En vain. Son seul et modeste succès diplomatique a été la conclusion à Alger d’un accord de paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Ces gesticulations ont contribué à créer l’image d’un homme indécis et velléitaire, otage de ceux-là mêmes dont il disait vouloir s’affranchir. Incapable, malgré les ressources fournies par l’augmentation du prix du pétrole, de tirer le pays du marasme économique, prisonnier de la cohabitation avec des militaires qui entendent régler seuls le problème de la guérilla islamiste, désarmé face à la corruption, Abdelaziz Bouteflika a été placé par l’« intifada kabyle » dans la situation périlleuse qu’avait connue avant lui Ahmed Ben Bella : il a perdu la confiance du peuple et s’est exposé pour longtemps à la rancoeur des Kabyles. L’un des principaux slogans des manifestants qui parcouraient les rues d’Alger la semaine dernière était « Oulèche smah ! » : « Pas de pardon ! »

FARID AïCHOUNE et RENE BACKMANN

1. Pourquoi la Kabylie a explosé ?

Comment vivre quand on n’a que des olives et des pierres ?  » Cette interrogation résume l’une des composantes majeures de la révolte kabyle. Certes, la revendication identitaire berbère, le refus de l’humiliation, l’exaspération face aux abus de pouvoir répétés de la gendarmerie ont joué leur rôle dans une région fière d’avoir été l’un des foyers de la lutte de libération. Mais c’est surtout la profondeur de la crise économique et sociale qui explique le rejet explosif du régime exprimé par la jeunesse. Malgré son poids historique et le nombre de cadres civils et militaires qu’elle a fournis au pays, la Kabylie,  » pays d’insoumission « , a depuis longtemps le sentiment d’être oubliée du pouvoir. Dans ces montagnes arides où nombre de villages ne survivent que grâce aux mandats envoyés par les immigrés de l’intérieur et de l’étranger, la  » malvie  » est plus insupportable encore que dans les villes où les petits trafics du  » trabendo  » entretiennent l’illusion d’une débrouille possible. Malgré la fin de l’économie étatisée, rien n’a changé en Kabylie, comme dans le reste du pays. Là aussi, malgré les moeurs austères, la misère et la résignation conduisent parfois aujourd’hui jusqu’à la prostitution. Là aussi se multiplient les suicides de jeunes. Lourde de frustrations et de colère contenue, la révolte couvait depuis trop longtemps.

Et c’est ce baril de poudre que la mort suspecte d’un lycéen dans la gendarmerie de Béni Douala, le 18 avril, a fait exploser.  » Du travail, des logements, halte à l’humiliation, halte à la corruption  » : les slogans des manifestants de Tizi Ouzou ou de Bejaïa montraient clairement que les revendications régionalistes et identitaires ont été éclipsées dans la rue par la condamnation d’un régime dont les Kabyles, comme nombre d’autres Algériens, n’attendent plus rien.

2. Deux ans après l’élection de Bouteflika à la présidence, que reste-t-il de son crédit ?

Même s’il a été élu dans des conditions discutables, avec le soutien actif de l’état-major, Abdelaziz Bouteflika, a incarné un espoir de changement. Ce changement reposait largement sur la politique de  » réconciliation nationale  » destinée à mettre un terme à la violence et à  » restaurer les grands équilibres économiques et sociaux « . En appelant à son gouvernement des islamistes modérés comme Mahfoud Nahnah, des laïques appartenant au Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) de Saïd Sadi et quelques anciens FLN passés au Rassemblement national démocratique (RND), il semblait disposé à pratiquer enfin la politique d’ouverture attendue par la majorité des Algériens. Mais cette intention s’est heurtée à des obstacles infranchissables chaque fois qu’une réforme fondamentale a été envisagée. Les  » islamo-conservateurs  » ont barré la route au nouveau statut de la femme, à la modernisation de l’école et à la reconnaissance officielle de tamazight, langue parlée par les Berbères (Kabyles, Chaouïa, Mozabites et Touareg) qui constituent 30% de la population algérienne.

Quant au projet de réconciliation nationale, il a buté sur le refus d’une bonne partie des islamistes et les réticences de l’armée. L’une des seules réformes menées à son terme a été celle du Code pénal, qui alourdit les peines frappant les auteurs de diffamation envers le chef de l’Etat et les corps constitués. Ulcérés par cette succession d’espoirs déçus, les Algériens reprochent aussi à leur président d’avoir fait preuve de désinvolture en négligeant les innombrables problèmes intérieurs et en multipliant les voyages à l’étranger. Au point que le quotidien  » Al Khabar « , le plus gros tirage de la presse algérienne, demandait, il y a quelques mois, si Abdelaziz Bouteflika avait l’intention de faire un jour une visite officielle en Algérie

3. Quels ont été les résultats de la politique de  » concorde civile  » ?

Fondée sur un projet d’amnistie, approuvé par référendum en septembre 1999, cette stratégie de  » réconciliation nationale  » avait été amorcée par le prédécesseur de Bouteflika, le général Liamine Zeroual. Dès 1997, deux officiers supérieurs, le général Fodil Chérif, chef des forces spéciales, et le général Smaïn Lamari, numéro deux de la Direction du Renseignement et de la Sécurité (DRS), avaient pris contact avec l’émir national de l’Armée islamique du Salut (AIS), Merzag Madani, pour proposer aux islamistes armés une trêve suivie d’une reddition sans condition. Proposition qui avait été acceptée, malgré les réticences du numéro trois du Front islamique du Salut (FIS), Abdelkader Hachani. Lequel a payé de sa vie, en novembre 1999, son opposition à ce qu’il tenait pour un  » marché de dupes « .

Après son élection, Abdelaziz Bouteflika a endossé cette politique qui a abouti au retour à la vie civile de 2 000 combattants amnistiés. Ce qui a provoqué la colère des familles de victimes et, surtout, les représailles des jusqu’au-boutistes contre les  » impies  » qui s’étaient ralliés au  » taghout « , le  » tyran « . Aujourd’hui, la guerre contre les islamistes armés et les massacres de civils sont loin d’être terminés : les deux principaux chefs des Groupes islamistes armés, Antar Zouabri qui contrôle une bonne partie de l’Algérois et l’Oranais et Hassan Hattab implanté surtout en Kabylie et dans les Aurès, ont refusé la proposition du pouvoir. A la tête d’environ 8 000 desperados de l’islamisme radical, Zouabri et Hattab, qui continuent à recruter parmi les laissés-pour-compte des grandes villes, sont responsables de ce terrorisme que le gouvernement persiste à considérer comme résiduel mais qui a tué près de 5 000 civils en deux ans.

4. Quels sont les rapports entre Abdelaziz Bouteflika et les militaires ?

 » En cas de troubles sociaux avec débordements dans la rue, que le président ne compte pas sur nous pour les réprimer. Cette fois nous resterons dans nos casernes. Qu’il se débrouille avec sa police.  » C’est ce que déclarait devant quelques proches, peu avant les émeutes de Kabylie, un officier supérieur algérien. Sur le terrain, les témoins ont effectivement constaté que, malgré l’ampleur des manifestations, l’armée était restée absente à Tizi Ouzou comme à Bejaïa, le rétablissement de l’ordre étant assumé par la gendarmerie et les Compagnies nationales de Sécurité (CNS) de la police. A Draa el-Mizan, en Kabylie, les militaires sont même allés jusqu’à arrêter, le 28 avril, deux gardes communaux accusés d’avoir tué un jeune émeutier

En d’autres termes, la cohabitation entre le président et l’état-major traverse une nouvelle phase de crise. En octobre 1999, déjà, à la Foire d’Alger, devant un parterre d’invités étrangers, le nouveau président avait menacé de démissionner si les militaires continuaient d’intervenir dans la formation du gouvernement. En réalité et quels que soient les engagements pris à ce sujet par Abdelaziz Bouteflika, l’armée n’a jamais changé de position sur les conditions du rétablissement de la démocratie : pour l’état-major, l’état d’urgence ne pourra être levé que lorsque tous les combattants islamistes auront été éradiqués ou convaincus d’abandonner les armes.

La répression sanglante des émeutes en Kabylie place le président dans une position difficile : il lui est désormais impossible de maintenir qu’il n’a pas de sang sur les mains et de rejeter sur les seuls militaires la responsabilité de la violence d’Etat. Aux yeux des spécialistes, le discours du 30 avril, au cours duquel il a proposé la création d’une commission d’enquête sur les manifestations, était de ce point de vue un aveu d’impuissance et un appel à l’aide : la référence coranique à Moïse, invoquant la protection du Seigneur contre Pharaon (sourate 26, verset 13), était une claire allusion aux menaces que font désormais peser sur lui les généraux

5. Quelle est l’attitude de l’opposition ?

Depuis la formation du  » gouvernement pluriel  » d’Abdelaziz Bouteflika, l’opposition parlementaire se limite au Front des Forces socialistes (FFS) d’Aït Ahmed toujours en exil en Suisse et au Parti des Travailleurs (PT) trotskiste de Louisa Hanoun. A ces deux formations, il faudra peut être ajouter bientôt le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) du psychiatre kabyle Saïd Sadi, qui vient de claquer la porte du gouvernement pour protester contre la violence de la répression. Le FFS et le PT étaient favorables à une réconciliation nationale plus large que celle proposée par Bouteflika. Ils souhaitaient en effet que le Front islamique du Salut (FIS) en bénéficie et retrouve sa place dans le jeu politique national.

Ce que l’armée ne pouvait accepter. Aujourd’hui officiellement interdit, le FIS, dont les deux dirigeants historiques sont en prison ou en résidence surveillée, a conservé une bonne partie de ses militants et exerce encore son influence sur un grand nombre de mosquées. C’est d’ailleurs au cours des prêches du vendredi que les imams qui lui sont restés fidèles ont dénoncé la répression des émeutes en Kabylie par les forces de l’ordre.

Formation à vocation nationale mais d’origine kabyle, le FFS a prudemment mêlé les déclarations de solidarité avec les manifestants et de sympathie pour les victimes avec les appels au calme. Comme si, depuis son exil volontaire à Lausanne, le politicien roué qu’est Hocine Aït Ahmed avait perçu les multiples risques de dérapage que contenait l’intifada kabyle : récupération par le courant autonomiste radical qui prône l’autonomie de la Kabylie, surenchère islamiste de Hassan Hattab ou manipulations par les services spéciaux.

Le terrain de la revendication identitaire, il est vrai, est d’autant plus instable qu’il existe aujourd’hui en Kabylie trois mouvements culturels berbères : l’un rattaché au FFS, le deuxième proche du RCD et le troisième lié au chanteur Ferhat Meheni. A quoi il faut ajouter un quatrième mouvement, le Mouvement culturel Amazigh (MCA), implanté celui-là dans les Aurès. Inhabituelle dans le climat politique algérien, cette prudence des formations de l’opposition montre qu’à leurs yeux la crise actuelle est exceptionnellement grave.  » Le danger, aujourd’hui, c’est la yougoslavisation de l’Algérie « , a averti la semaine dernière, la députée trotskiste Louisa Hanoun.

6. Pourquoi l’économie algérienne est-elle en crise ?

Malgré la hausse constante, depuis dix-huit mois, du prix du pétrole, l’Algérie, qui tire pourtant plus de 97% de ses recettes à l’exportation de la vente des hydrocarbures, ne parvient pas à sortir de la crise économique et sociale qu’elle connaît depuis une dizaine d’années. Sept ans après le passage à l’économie de marché, surveillé par les experts du FMI, les réserves de change sont en hausse, l’inflation est jugulée, le service de la dette ne représente plus que 22% des recettes d’exportation, mais la population, dont le taux de croissance est six fois supérieur à celui de la France, est saignée à blanc par  » l’ajustement structurel « . Un actif sur trois est au chômage, le revenu par habitant s’est effondré de 3 600 dollars à 1 600 dollars en dix ans et les diplômés ingénieurs, informaticiens, médecins, dentistes s’exilent par milliers aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe. Dans un pays où un habitant sur deux a moins de 20 ans, où le salaire minimum ne dépasse pas 550 francs, où les logements manquent cruellement, près de la moitié de la population vit au- dessous du seuil de pauvreté.  » La classe moyenne a disparu en Algérie « , constatait l’année dernière le ministre de la Solidarité Djamel Ould Abbès. Destinée en principe à assainir un secteur public  » obsolète « , la fermeture d’un millier d’entreprises d’Etat déficitaires a condamné au chômage près de 400 000 personnes. A Alger, la situation est devenue si difficile pour les chômeurs que certaines familles survivent avec les restes des marchés ou le contenu des poubelles. En dépit de cette médecine de cheval qui devait rendre l’économie algérienne compétitive, le pays est encore loin de l’autosuffisance alimentaire, la diversification de la production se fait attendre et les investisseurs étrangers ne se bousculent pas. Seul le secteur des hydrocarbures malheureusement très peu créateur d’emplois nouveaux semble les attirer.

L’incertitude politique et l’inquiétude provoquée par la persistance du terrorisme islamiste en sont largement responsables.

FARID AïCHOUNE et RENE BACKMANN

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Algérie : Kabylie en révolte

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

juin 2001  

Pour un gouvernement ouvrier et paysan!

Algérie : Kabylie en révolte
(première partie)

Algérie : Kabylie en révolte  dans vive l'algerie(128) Kabylie290401matina

Photo: Le Matin 

Contre le pouvoir assassin et la réaction islamique,
une seule solution : la révolution prolétarienne!

30 mai 2001 – Ils ont semé la tempête. Le 18 avril Massinissa Guermah, lycéen de 20 ans, est exécuté de sang-froid dans une gendarmerie à Béni-Douala, près de Tizi Ouzou, chef-lieu de la Grande Kabylie. Criblé de12 balles, il est mort deux jours plus tard. Le ministre de l’intérieur justifie sa mort en traitant la victime de voleur. Peu après, à Oued Amizour, wilaya (préfecture) de Béjaïa, des gendarmes ont interpellé et tabassé des lycéens pour avoir crié des slogans hostiles au gouvernement pendant des commémorations du « Printemps berbère » de 1980. Dès lors la région est bouleversée par des heurts quotidiens entre les forces dites « de l’ordre » et une population en colère. Malgré les appels au calme du président Abdelaziz Bouteflika, ses allégations d’un complot étranger, ses menaces de « sanctions rigoureuses » contre les « instigateurs » de troubles et une escalade de la répression sauvage, l’agitation continue.

Les autorités ont allumé la mèche et le « ras le bol » des Kabyles a fini par exploser. Pierres contre fusils-mitrailleurs, la comparaison avec l’intifada palestinienne s’impose. Collégiens et lycéens, mais aussi chômeurs, ouvriers et paysans tentent de prendre d’assaut les gendarmeries. A Tizi Rached un jeune lance un bus contre les locaux de la GN dans une opération « kamikaze ». Les autoroutes sont coupées, les barricades avec pneus enflammés et troncs d’arbres sont érigées. Jeunes et adultes prennent pour cibles des locaux d’impôts, des sièges de banque et d’autres symboles de l’arrogance du pouvoir. Plus de 10 000 policiers, gendarmes et soldats auraient été mobilisés dans la seule wilaya de Tizi Ouzou. Ils utilisent des balles explosives et visent la tête. Il y a des assassinats, véritables exécutions sommaires. De nombreuses victimes sont abattues à bout portant, d’autres sont tirées dans le dos alors qu’elles fuyaient. Des blessés sont sauvagement tabassés. Le 30 avril, le nombre des morts dépassait déjà la soixantaine ; actuellement on compte plus de 80 tués, victimes de la police.

Des marches de 50 000 à 100 000 personnes et des grèves générales locales en série ont secoué Béjaïa. Dans des dizaines de villes et villages de la Grande et de la Petite Kabylie les jeunes affrontent la gendarmerie et la police. Le lundi 21 mai, 500 000 manifestants ont protesté dans une marche noire à Tizi, nombre jamais vu dans le passé. Le jeudi 24, des dizaines de milliers de femmes prennent la rue pour crier contre le « pouvoir assassin » et « ulac smah » (pas de pardon). La réponse de la gendarmerie et de la police anti-émeute (CNS) ne va pas tarder : quatre jeunes abattus en deux jours. Maintenant la RN 5 est coupée par des barricades à Bouira. À Béjaïa les jeunes crient : « Si vous voulez la guerre, nous sommes prêts ». Plus qu’une protesta ou des émeutes, c’est une vraie révolte contre le régime militaire, la plus importante depuis le soulèvement d’octobre 1988. Cependant, malgré des marches importantes de solidarité à Alger et Paris, la rébellion reste largement limitée aux confins de la région « frondeuse ». Surtout elle n’a pas touché les bastions de la classe ouvrière, pourtant très combative. Et même si les politiciens bourgeois sont régulièrement conspués par les jeunes rebelles, les nationalistes berbères manœuvrent sans cesse pour regagner du terrain.

Pendant dix ans, les travailleurs algériens ont été pris entre deux feux, entre les « décideurs » du HCE (Haut conseil d’État) avec leurs ninjas, véritables escadrons de la mort de policiers masqués en noir, et les « égorgeurs » du GIA (Groupe islamique armé) et d’autres islamistes qui ont tué des dizaines de milliers de femmes, journalistes, militants de gauche, anciens combattants de la guerre d’indépendance, minorités ethniques ou simples paysans. Cette guerre civile a coûté plus de 150 000 vies dans la dernière décennie, avec parfois 500 morts par semaine. Maintenant la révolte kabyle pourrait ouvrir une brèche pour briser le cercle infernal et sortir de cet enfer meurtrier. Mais, comme en 88, ce qui manque c’est avant tout une direction révolutionnaire, pour transformer la révolte et la conduire vers la révolution prolétarienne, seule manière de balayer tous les tortionnaires et assassins.

 dans vive l'algerie(128)

Combat contre la mal-vie et la hogra

« C’est contre la hogra que nous nous battons », scandent les manifestants, utilisant cette expression algérienne qui résume l’humiliation que fait subir aux Algériens ce régime autoritaire et meurtrier. Et ce n’est pas seulement contre « le pouvoir » qu’ils s’insurgent, mais aussi contre les politiciens bourgeois kabyles qui servent de pompiers du système. Fait significatif : les manifestants restent non seulement sourds aux appels des divers partis politiques (et aussi des imams), mais ils n’hésitent pas à saccager des permanences de partis, y compris des partis berbéristes, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Front des forces socialistes (FFS). Le premier paie pour sa participation au gouvernement, le deuxième se prétend oppositionnel. Des manifestants expriment un sentiment largement répandu : « Durant toutes ces dernières années nous leur avons fait confiance, mais ils ont rien fait pour le peuple. Ils n’ont pas combattu la mal-vie et la hogra. » En effet, RCD et FFS sont tous deux les gestionnaires de la paupérisation des masses algériennes au niveau municipal et régional.

Comme le relate un rapport de Kabylie, « le samedi passé [le 28 avril] le FFS a organisé une grandiose marche [à Béjaïa], fait monter ses responsables au podium et commençaient leurs sottises d’appeler le peuple à se calmer, et au pacifisme stérile. Le jet de pierres commençait et les manifestants criaient à la figure de ses responsables, “khobatha”, “vous êtes des traîtres et des vendus”. C’est l’image qu’on diffusait à la télévision (bien sûr l’étrangère), celui qui avait le visage plein du sang. Puis ces manifestants commençaient à saccager tout ce qui est devant eux comme un ouragan qui dévaste tout. »

Dans les premiers jours de la conflagration, beaucoup de commentateurs notaient l’absence de slogans revendiquant la reconnaissance constitutionnelle du tamazight, la langue berbère. Une nouvelle génération n’a pas les mêmes préoccupations que leurs mères et leurs pères, formés politiquement par le nationalisme berbère. Il y a là un élément qui pourrait être un point de départ pour poser la nécessité d’un programme internationaliste, capable de mobiliser les ouvriers arabophones aussi dans une lutte de classe révolutionnaire. Mais cela exige un combat acharné contre le front populisme –  la collaboration de classes à la kabyle – qui enchaîne les travailleurs à une bourgeoisie et à une petite bourgeoisie avides de se débarrasser des généraux corrompus afin de mettre la main elles-mêmes sur les leviers de commande de l’État capitaliste. Dans les manifs qui se succèdent depuis le premier choc, le symbole berbère et des mots d’ordre amazigh (berbéristes) font leur apparition. Certes, pour les jeunes aussi, le Printemps berbère de 1980 reste un point de référence. En est un symbole le chanteur kabyle rebelle Matoub Lounès , lâchement assassiné en 1998 à la veille de l’approbation de la loi d’« arabisation ».

La rébellion a certainement débordé le cadre fixé par les nationalistes bourgeois, et pourrait le faire de nouveau face à un gouvernement décidé de montrer sa fermeté face à la population. En plus de sa déclaration vide «Je vous ai compris » à la de Gaulle, le président Bouteflika renforce le blindage répressif du régime avec un nouveau code pénal pour museler la presse avec des sanctions sévères contre toute critique. Il montre sa soumission au FMI en haussant le prix du lait de 20 pour cent, et il continue sa politique de « concorde civile » avec les islamistes « modérés ». Ainsi des égorgeurs « repentis » roulent en Mercedes à Alger pendant que leurs victimes sont abattues par les multiples polices de ce gouvernement militaire islamo-conservateur. En renforçant les mesures répressives, les « décideurs » du régime risquent la généralisation de la contestation aux régions arabophones.


Des « ninjas » de la police « antiterroriste », de véritables escadrons de la mort. (Photo: Michael von Graffenried)

Il faut constater, néanmoins, qu’il manque à cette explosion de colère tous azimuts la boussole et la force sociale qui pourront la transformer dans une lutte pour le pouvoir, contre « le pouvoir » (le régime) et tous ses rivaux bourgeois. En Algérie il est plus qu’évident que l’alternative est socialisme ou barbarie. Et les formes alternatives de la barbarie sautent aux yeux: égorgeurs ou escadrons de la mort, un choix épouvantable ! Mais ce qui fait cruellement défaut, c’est une direction marxiste qui lutte non pas pour une imaginaire démocratie bourgeoise mais ouvertement pour la révolution socialiste, comme l’ont fait les bolcheviks sous Lénine et Trotsky en Octobre 17.

N’ayons aucune illusion. A plusieurs reprises, les dépêches de la presse bourgeoise ont relevé le slogan « Djeich, chaâb, maâk ya Hattab » (« le peuple et l’armée avec Hattab »). Nous pouvons confirmer que, effectivement, des mots d’ordre islamistes ont été lancés dans les manifestations en Kabylie. Comment expliquer ce soutien, même verbal et symbolique, au chef terroriste islamique qui tuerait des dizaines de milliers de femmes kabyles qui ne portent pas le hidjab, de militants de gauche « infidèles », d’enseignants, de syndicalistes, de journalistes, d’étudiants qui ne se plieront pas devant une dictature islamique intégriste ? Evidemment, c’est dû au fait que cet émir du djihad a refusé de se rendre à la dictature militaire haïe. Que des lycéens kabyles exaltent ce personnage ultra-réactionnaire montre un aveuglement inquiétant. Mais ce n’est pas si insolite que cela. Il y a une décennie, la pourriture du régime du Front de libération nationale (FLN) avait permis la montée du Front islamique du salut (FIS).

Pour éviter que l’issue de cette rébellion soit le renforcement du berbérisme ou la résignation face à la dictature, ou encore que la réaction islamique prenne pied en Kabylie, il faut lutter pour une direction prolétarienne, communiste et internationaliste, sans laquelle la révolte sera canalisée forcément dans les labyrinthes de la politique bourgeoise. Comme le signalait Lénine dans Que faire ? les marxistes doivent être les tribuns du peuple, luttant en Algérie contre tout privilège linguistique, contre toute oppression de la femme et des minorités ethniques, pour la stricte séparation de la religion et de l’État. En France ils doivent mobiliser la classe ouvrière contre la déportation des réfugiés et des « clandestins », contre la terreur raciste policière et fasciste, et pour les pleins droits de citoyenneté pour tous les immigrés. Il faut souligner que la crise algérienne – conséquence de la politique de misère imposée par le FMI et du carnage d’une guerre entre un brutal régime militaire et des « guerriers saints » entraînés en Afghanistan – est le produit des contradictions du « nouvel ordre mondial » impérialiste sorti de la destruction contre-révolutionnaire de l’Union soviétique.

Il n’y a pas de solution à cette crise, dont les racines sont internationales, dans un cadre national étroit. La révolution socialiste pour laquelle il faut se battre, bien qu’elle commence sur le terrain national ne peut s’achever qu’à l’échelle mondiale. La clé pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve l’Algérie, comme tout le Maghreb, le reste de l’Afrique, la totalité des pays semi-coloniaux et y compris les pays impérialistes eux-mêmes, c’est de forger des partis léninistes sur le programme trotskyste de la révolution permanente. Cela exige, comme premier pas, de bien identifier ses ennemis.

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Des manifestants portent le symbole berbère (à droite) dans une marche étudianteà Alger.
(Photo : Liberté)

La banqueroute du nationalisme kabyle

Des mouvements de solidarité avec la Kabylie ont eu lieu dans les universités, à Alger, Oran et Sétif. Ici et là, la Kabylie sert même d’exemple. Le 9 mai les étudiants de l’université de Tébessa ont fait grève et ont bloqué l’autoroute entre Tébessa et Constantine. Dans la wilaya d’El Oued les transporteurs (taxis, transports urbains, autobus) ont organisé une grève de protestation après qu’un gendarme eut agressé un chauffeur de taxi. Avec la reprise des cours dans les écoles à la mi-mai, le gouvernement espérait rétablir le calme. En vain. Immédiatement surgit un nouveau conflit sur le report des épreuves du baccalauréat. L’annonce faite par le ministère de l’éducation que les épreuves auraient lieu fin juillet fut unanimement rejetée par les étudiants, enseignants et parents.

De nouveaux affrontements éclatent avec la gendarmerie à Tizi Ouzou et Béjaïa, de  nouvelles émeutes secouent des bourgades et hameaux plus éloignés. Des comités de village ont fait leur apparition partout dans la Kabylie, plus de 200  au total, et des coordinations cherchent à les fédérer au niveau des wilayas. Ils se sont chargés des négociations avec la police et la gendarmerie, ont organisé les manifestations et distribué des denrées aux villageois et prennent ainsi la relève des partis politiques discrédités. Mais ils ne représentent pas une alternative à l’État bourgeois. S’ils revendiquent presque unanimement le départ inconditionnel de la gendarmerie, certains exigent son remplacement par la police urbaine. Et le retrait de toutes les forces répressives est vraiment une revendication indispensable contre le danger d’un nouveau bain de sang.

djemaaliberte070501Les djemaâ (assemblées villageoises) furent formées pour prendre en main les lycéens. (Photo : Liberté)

Il y a une mystification à propos des comités de village et de quartier. On les fait remonter au combat de l’émir Abdelkader contre l’envahisseur français au XIXe siècle. A vrai dire, les comités ont des relents des djemaâ (assemblées villageoises traditionnelles). Même s’ils ne sont plus le terrain exclusif des imaqranen taddart (sages) et si les femmes y sont admises, loin d’être des foyers de radicalisme ces comités furent formés pour reprendre en main les lycéens avant que tout dérape. Si dans certaines villes (en particulier Béjaïa) des syndicats de secteurs petits-bourgeois comme les enseignants participent à ces comités, ces derniers n’intègrent pas le prolétariat, certes minoritaire, mais concentré dans les îlots industriels de la région. La puissance potentielle de cette classe ouvrière n’a pas été mobilisée. Les diverses « grèves générales » furent des opérations  « villes mortes » dans lesquelles les commerçants ont baissé leurs rideaux et le transport public a cessé. Ce fut un fait exceptionnel que le 8 mai les travailleurs d’Eniem, une usine de produits électroménagers à Oued Aïssi (Tizi Ouzou), fassent une grève (plutôt symbolique) de deux heures en solidarité.

Pendant que Bouteflika annonçait une « commission d’enquête » bidon et l’APN une deuxième (ce qui n’a convaincu personne), les partis rivaux du particularisme berbère ont fait monter leurs troupes à Alger pour tenter de canaliser la colère derrière des slogans creux. Le 3 mai des dizaines de milliers de personnes ont manifesté à Alger à l’appel du FFS. Une semaine après, c’était au tour du RCD, qui a quitté le gouvernement en prétendant que Bouteflika les avait bernés. Cette fois il marchait sous la couverture du Mouvement culturel berbère (MCB). Ces manifestations n’ont pas du tout dérangé le régime; la police s’est montrée discrète. La manif du MCB a reçu le soutien inattendu du Parti des travailleurs (PT). Ce parti aux origines pseudo-trotskystes est plutôt connu pour ses appels inlassables à la « concorde nationale » et pour ses approches en direction du FIS. Maintenant il fait cause commune avec le RCD de Saïd Sadi, lié à la fraction « éradicatrice » de l’armée – « unité nationale » oblige !

Pour sa part, le FFS a annoncé une nouvelle mobilisation dans la capitale. Le parti de Hocine Aït Ahmed appelle à l’intervention impérialiste sous la forme d’une « commission d’enquête internationale ». Un mémorandum présenté par le FFS à l’OTAN (!) en mars montre bien ce qui se cache derrière cet appel. Le mémorandum prône « le retour pacifique à la transition démocratique comme en Yougoslavie », c’est-à-dire la mise en place d’un gouvernement inféodé aux impérialistes à coups de dollars après que ceux-ci ont militairement dévasté le pays! Peut-être rêvent-ils d’être appelés au secours par « Boutef » pour intégrer un cabinet de rechange capable de gagner l’approbation (et les eurocrédits) de ses confrères de l’Internationale socialiste aujourd’hui au pouvoir dans douze pays de l’UE. Ainsi ils répéteraient l’« exploit » de leurs homologues marocains de l’USFP (Union socialiste des forces populaires) – autre parti nationaliste bourgeois qui comme le FFS se prétend social-démocrate – qui sert aujourd’hui de carte de visite au royaume de Mohammed VI.

Si les partis bourgeois kabyles s’insurgent contre l’accusation de séparatisme, c’est parce qu’ils se considèrent les plus « modernes », les mieux préparés pour diriger l’Algérie, soit sous le système du capitalisme d’Etat qui se donnait des airs socialistes dans les années 60 et 70, soit actuellement en pleine « mondialisation ». Aït Ahmed et les autres songent à retourner à l’époque où les Berbères kabyles et chaouis formaient plus de la moitié des dirigeants du FLN. Ils se considèrent comme les meilleurs nationalistes algériens qui avaient été marginalisés au moyen du nationalisme arabe par Ben Bella et Boumediène, et ensuite par Bendjedid et ses successeurs jusqu’à Bouteflika au profit des clans au pouvoir, qui les ont privés de leur butin. Les jeunes insurgés kabyles doivent être avertis : les partis et mouvements berbéristes ne sont ni des alliés ni une alternative au régime assassin, mais une demi-opposition bourgeoise qui attend son tour pour accéder à la mangeoire. Mais les impérialistes, surtout l’impérialisme US, même s’ils n’excluent pas utiliser les bons offices des partis berbères laïques pour une opération de sauvetage, recherchent plutôt un arrangement avec les islamistes.

Nous, trotskystes de la Ligue pour la Quatrième Internationale, nous opposons résolument à l’arabisation forcée imposée par le gouvernement algérien. Cette politique réactionnaire est non seulement une négation brutale des droits démocratiques des Berbères, mais de plus elle a fait le lit de l’intégrisme islamique. Alors que Bouteflika a dit « jamais » à la reconnaissance constitutionnelle du tamazight, nous exigeons avec Lénine la « suppression absolue de tout privilège pour quelque nation et quelque langue que ce soit » (« Notes critiques sur la question nationale », 1913). Nous sommes pour l’égalité de droits pour l’arabe, le tamazight et le français. Mais les droits se mendient pas, ils s’arrachent. Contre le poison du nationalisme, il faut forger l’unité de toute la classe ouvrière algérienne justement en défense des kabyles et de leurs droits démocratiques, y compris le droit des Berbères à l’autodétermination.

source:www.internationalist.org

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Le génie de la culture et les outils de sa transmission

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

Lire, analyser et traduire : jeux et enjeux. Exemple de la poésie d’Aït MenguelletLe génie de la culture et les outils de sa transmission Le génie de la culture et les outils de sa transmission dans AÏT MENGUELLET(54) 2271_78561

L’analyse et la traduction s’imposent dès qu’il y a une œuvre ou une accumulation d’œuvres  littéraires d’une certaine envergure, lesquelles, abandonnées dans le cercle primaire de  leur aire de production, risqueraient d’être mal prises en charge par les générations montantes et d’être également à la marge de la production universelle qui impose non seulement des modèles de pensées, mais aussi des stéréotypes esthétiques.  Ces derniers mettent à mal l’imaginaire et la culture d’autrui sous le seul motif de la force commerciale et industrielle. L’exception culturelle, telle qu’elle est clamée par certains pays européens pour faire valoir leur spécificités dans le frénétique processus de mondialisation, ne doit pas rester un vain mot.

Par : Amar Naït Messaoud

 

En lui-même, l’acte de traduction nous met face à de lourdes responsabilités tant les enjeux liés à cette entreprise sont multiples et empreints d’un caractère de gravité. En effet, rendre la pensée de l’autre dans une langue autre que celle dans laquelle elle a été dite originellement constitue un défi que reconnaissent les meilleurs spécialistes en la matière. Et lorsque la matière à traiter se compose de textes littéraires dont la consécration est réalisée par la société, la complexité et les efforts à accomplir sont certainement plus grands encore.

S’il y a bien un thème d’étude en Algérie qui mérite une attention particulière dans le domaine des sciences de la traduction, ce sera sans doute cette longue histoire des translations de textes kabyle en langue française depuis les premières années de l’occupation française jusqu’à nos jours.

Initiée par des porteurs d’une culture allogène, cette pratique répond souvent aux canons du regard étranger qui s’exerce sur notre culture. Un regard caractérisé par la distance, le recul, et les différences des structures mentales et des structures des langues (une langue faisant partie de la famille chamito-sémitique et ayant perdu depuis longtemps l’usage de la graphie et une langue de la famille indo-européenne ayant le statut d’une langue internationale) ; et, enfin, des différences sociologiques qui pèsent indubitablement sur l’entreprise de traduction.

Parmi les travaux menés dans ce sens par certains militaires français, des Pères Blancs et des chercheurs de profession, il nous a été donné de lire des traductions réussies- c’est-à-dire les moins infidèles comme aime à les qualifier Mouloud Mammeri- et d’autres restitutions approximatives qui ont fait perdre au texte et son âme et sa substance.

Comme le reconnaîtra expressément Malek Ouary, le but de la traduction pour les chercheurs kabyles comme lui était de sauver d’une disparition qui s’annonçait certaine ce qui restait du patrimoine kabyle oral. Traduire des poèmes du kabyles au français, c’est assure Ouary, les mettre dans une cage comme un oisillon capturé dans la libre nature ; la cage d’une langue de transfert qui ne rend jamais les subtilités, les non-dits, les images métaphoriques d’une culture riche de son oralité même. Mais, explique-t-il devant cette double impasse, il vaut mieux que cet oisillon reste dans la cage que de le voir disparaître à jamais.

C’était au milieu du siècle dernier où d’autres écrivains, poètes et chercheurs collectaient des textes du patrimoine oral pour les traduire en français sans qu’ils les fassent accompagner de leur version originale kabyle. Il en fut ainsi de Jean Amrouche et de sa sœur Taos qui nous ont transmis de précieuses pièces de la culture kabyle orale directement en français (poèmes, adages, proverbes, devinettes…). Il est vrai qu’à l’époque, la perspective de donner une écriture à langue kabyle et au berbère en général n’avait pas acquis la maturité qui est aujourd’hui la sienne. D’ailleurs, une  édition bilingue (kabyle/français), réalisée par Tassadit Yacine, du livre de Jean Amrouche, publié dans les années 1940 sous le titre Chants berbères de Kabylie, a vu le jour en 1989. Dans ce domaine des éditions bilingues, cet ouvrage a suivi le chemin tracé par Moumoud Mammeri avec Les Isefra de Si Mohand U M’hand (1969) et Poèmes kabyles anciens (1979).

 

Passions et  limites des rapporteurs

 

Les travaux de translation réalisés par Mouloud Mammeri ont reçu un bon accueil par la quasi totalité des critiques. Malgré cela, cet auteur émet lui-même des réserves sur cet exercice et relativise le rendu du texte d’origine. Il y a d’abord le statut social et intellectuel du traducteur. Loin de la fausse modestie, Mammeri redoute qu’il soit « un rapporteur plus perverti qu’averti » ; perverti peut-être par le fossé possible qui existerait entre le sens donné aux mots par les poètes kabyles du 18e ou 19e siècles- mots traduisant une vision du monde, un état d’esprit particulier, voire inintelligible, une cosmogonie même)- et leur appréhension actuelle prise sous l’empire d’une modernité qui reste, en tout cas, à définir. Dans Poèmes kabyles anciens, Mammeri écrit à propos des poèmes qu’il a traduits : « Le dépaysement dans le livre leur enlève toute substance, les prive de tous les harmoniques de a transmission vivante (…) Le ver dit par un homme à des hommes, en des circonstances données, souvent au cours d’un rite ou à la faveur de l’attente, orchestre et multiplie les réussites de la réalisation, dépasse de partout les limites formelles d’un texte . Cependant, il explique la motivation première de l’œuvre de recension et de traduction en ces termes : « Il était temps de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe ».

Sur le plan technique, l’on sait fort bien que la traduction d’un texte littéraire-par-delà la polémique se rapportant au degré de fidélité du texte traduit par rapport au texte d’origine- n’obéit pas aux mêmes canons que la traduction d’un texte scientifique ou d’une harangue politique. En tout cas, certains registres de langue offre des possibilités de standardisation assez étendues en matière de typologie de traduction si bien que, depuis quelques années, des logiciels prêts à l’usage sont conçus pour des travaux individuels ou de groupe. Il est vrai qu’une marge d’erreur, d’infidélité ou d’incohérence subsiste toujours étant entendu que la machine ne pourra jamais les subtilités et les nuances du cerveau et de l’esprit humains. Mais, pour les besoins de la cause, le pari semble être bien accepté par ceux qui activent dans ce domaine.

En revanche, l’on est en droit de poser la question de connaître la possibilité de traduire des textes littéraires, de la poésie de surcroît, si l’on ne possède aucune forme de sensibilité littéraire ou poétique ; lorsque, par exemple, on n’a pas gribouillé, au moins une fois dans sa vie, quelques vers ou quelques paragraphes. Ou, pire, lorsqu’on n’arrive pas à se délecter des textes des autres, poésie ou prose. Telle est la question que se posent beaucoup de critiques littéraires. Le souci de donner un minimum d’âme au texte, de ne pas en faire une suite froide et désincarnée de mots et de syntagmes reliés par la seule logique de la grammaire, devrait assurément présider au travail de traducteur. Nous avons parcouru avec un sentiment de déception non feinte des poèmes américains traduits en français. Aucune esthétique littéraire ne semble être la préoccupation du traducteur. Nous osons nous demander à quoi servira un tel travail de translation qui fait du “mot à mot”. L’adage qui dit traduttor, traditore (traducteur, traître) semble trouver ici toute son expression.

Ce n’est pas le cas, en revanche, du roman américain d’Edgar Poe, Histoires extraordinaires, traduits par Baudelaire. Le poète français a su rendre la mystique et la profondeur psychologique de l’écrivain américain. Le poème d’Edgar Poe intitulé Le Corbeau a été admirablement traduit par Stéphane Mallarmé au point d’y voir un nouveau travail de création. Le poème de Rudyard Kipling Être un homme est beaucoup plus lu dans sa traduction française faite par André Maurois que dans version anglaise d’origine.

En tout état de cause, entre une traduction qui prétend la fidèlité dans les formes mais assure la froidure dans la substance, et une traduction qui prend quelques libertés formelles avec le texte d’origine pour mieux faire sentir le texte, l’alchimie des sens et l’intelligibilité des signes, le choix semble se pencher vers la seconde variante. 

 

Les complexes dimensions de la poésie

 

Le premier travail de traduction et de première approche d’analyse de l’œuvre d’Aït Menguellet qui a eu une large audience, malgré quelques imperfections qui l’affectent, a été réalisé par Tassadit Yacine en 1989. Publié aux éditions “La Découverte”, le livre “Aït Menguellet chante…” s’est donné pour ambition de transcrire un grand nombre de poèmes de Lounis (soit 104 compositions) et d’en donner la traduction française, comme il étale sur pas moins de 80 pages une courte préface de Kateb Yacine et une longue introduction/analyse de l’auteur, Tassadit Yacine. En s’attelant à une telle entreprise, l’auteur s’expose indubitablement à plusieurs difficultés dont la confirmation ne tarde à venir à la lecture de son texte. Cela est certainement dû à des raisons objectives dont les principales sont liées à la nouveauté de la tâche, à une mauvaise compréhension de certains termes kabyles que l’auteur, originaire des Ath Braham (wilaya de Bordj Bou Arréridj), a traduits d’une manière hâtive, voire erronée (le problème s’est d’ailleurs aggravé avec le livre qu’elle a consacré à Cherif Kheddam). Dans son “Avertissement”, T. Yacine écrit : “Il est aussi difficile que passionnant de travailler avec et sur un poète comme  Aït Menguellet. Car, il est poète au vrai sens du terme. Il souhaite, en particulier, que son œuvre soit étudiée indépendamment de sa personne. Il est donc tout au long de cette analyse – qui n’est qu’une des lectures possibles de l’œuvre- présent et absent.’’

Le livre de Tassadit Yacine, tout en constituant une première tentative hardie de faire connaître Aït Menguellet par le moyen de l’écrit, est grevé de certains travers dus à une inexplicable hâte de tout dire en même temps. Ce qui a conduit l’auteur à procéder à une classification arbitraire des thèmes développés par les chansons de Lounis. Ainsi, un poème aussi philosophique que “Addounitiw”, qui traite du destin, du libre arbitre et de l’angoisse existentielle est classé dans les chansons dites d’“amour’’ au même titre que “Azzin Arqaq”. Nous avons souvenir d’une déclaration de Lounis à un hebdomadaire régional dans laquelle il dit “ne pas se reconnaître’’ dans ce livre.

L’exigence d’honnêteté du poète- qui n’exclut pas la possibilité de travailler sur ses œuvres et de les analyser selon la vision et les outils intellectuels de l’auteur- est d’autant plus recevable qu’elle porte sur des éléments ‘’techniques’’ d’une évidente simplicité. On ne peut pas faire valoir la complexité des textes de Lounis pour les ‘’malmener’’ au point d’induire en erreur le lecteur non averti.

Un autre livre parut pendant les années 1980 sous la plume de feu Chabane Ouahioune et porte aussi sur la poésie de Lounis. Intitulé ‘’Ballade avec Aït Menguellet’’,  l’ouvrage n’a pas de prétention universitaire ; sous forme de chronique intimiste, il savoure et fait savourer quelques aspects de la poésie lounisienne que l’auteur à éclectiquement placés dans le décor du terroir, la Kabylie.

C’est à une œuvre plus profonde, animée par le souci de pénétrer le sens de la chanson de Lounis, que nous avons affaire avec le livre de Moh Cherbi et Arezki Khouas publié par les éditions ‘’Paris- Méditerranée’’ en 1999 sous le titre ‘’Chanson kabyle et identité berbère : l’œuvre d’Aït Menguellet’’.  Après une ‘’Tazwart’’ (présentation) en kabyle, les auteurs ont subdivisé le livre en trois chapitres (le contexte social, politique et culturel- histoire de la chanson kabyle- l’œuvre d’Aït Menguellet). Le tout se termine par une conclusion et un entretien avec le chanteur. Les auteurs écrivent dans le ‘’préambule’’ :  » Notre ouvrage a pour ambition de contribuer à la sauvegarde et la diffusion d’un chapitre important de notre culture berbère, culture essentiellement orale qui a su se maintenir en dépit de multiples répressions au cours des siècles. Aujourd’hui, notre génération porte une lourde responsabilité : celle de sauver de l’oubli tout ce qui peut l’être encore, avant que la mort ne le happe, comme disait Mouloud Mammeri. Notre but est de permettre à un grand nombre de lecteurs, berbérophones ou non, de découvrir le rôle de la chanson kabyle contemporaine dans la sauvegarde de ce patrimoine séculaire « .

 

L’“intraduisible” et l’“inaudible”

 

Moh Cherbi et Arezki Khouas ont, eux aussi, dans la présentation des textes de Lounis, procédé à leur une classification thématique. Mais, ici, la répartition est plus proche de la vérité que celle que nous avons rencontrée chez Tassadit Yacine. Elle a, en plus, le mérite d’ajouter un autre volet qui a été complètement omis ailleurs, celui de la chanson philosophique. Il y a lieu, cependant, de relever que le poème ‘’Siwliyid tamacahut’’ est plutôt une grande métaphore politique qui décrit l’état d’un terroriste, repenti, qui, dans ses moments de lucidité retrouvée, voudrait revivre l’innocence que lui ont ravie ses commanditaires qui lui désignaient ses victimes. Le chapitre des poèmes philosophique s’est, bien sûr, renforcé d’une manière puissante avec l’album ‘’Yennad Umghar’ ’sorti au début de 2005.

« Comment interpréter une poésie aussi complexe sans risquer de la “banaliser”, sans réduire la portée de son message ? Comment contrôler notre propre subjectivité, sachant l’emprise qu’exerce sur nous la poésie de Lounis ? Comment traduire “’intraduisible”, “l’inaudible” sans trahir la profondeur de la pensée du poète ? ». Telles sont quelques questions que les deux auteurs n’ont pas manqué de se poser.

Le résultat de tant de préoccupations est un travail d’une remarquable qualité qui ne demande qu’à être renforcé et poursuivi par d’autres auteurs en actualisant le contenu du livre par les nouvelles productions de l’auteur et en approfondissant l’étude des thèmes philosophiques dans les poèmes de Lounis – qui se retrouvent même dans les chanson des années 1970 – et des aspects universels de son œuvre.

En 2003, l’universitaire M’hammed Djellaoui a publié aux éditions ‘’Pages Bleues’’ un ouvrage intitulé “L’Image poétique dans l’œuvre de Lounis Aït Menguellet’’ qui est une traduction d’un livre qu’il a publié la première fois en arabe. L’étude, qui porte le sous-titre “Du patrimoine à l’innovation”, est une tentative de dégager une ‘’poétique’’ dans l’œuvre d’Aït Menguellet selon des canons plutôt universitaires. L’auteur résume en deux point l’ambition de son étude : mettre en relief “la relation créative entre les œuvres du poète et l’apport patrimonial riche et diversifié de son environnement qui donne une profondeur et une authenticité à son expérience poétique’’, et “son ambition innovatrice visant le développement du texte poétique amazigh ainsi que son enrichissement par des dimensions sémantiques et figuratives qui le hisse au rang des textes poétiques des littératures universelles contemporaines’’. Le livre se subdivise en deux grands chapitres : l’image patrimoniale chez Aït Menguellet (mythes, légendes, contes populaires, adages, croyances, valeurs et principes) et l’innovation dans la figuration (figurations romantique et symboliste). Des extraits de poèmes (en kabyle et en français) illustrent les différents thèmes abordés.

C’est une étude originale qui s’appuie sur les acquis de la rhétorique et de la sémiotique et qui gagnerait à englober d’autres poètes kabyles contemporains dans un but d’étude comparative. En tout cas, malgré la discipline universitaire que s’est imposée l’auteur, la lecture de ce livre nous fait découvrir des facettes insoupçonnées de l’élaboration poétique chez Aït Menguellet.

Un autre livre, publié en 2008 aux éditions MKP, est écrit par Belkacem Saadouni où il présente, sur 442 pages, la traduction en arabe des chansons d’Aït Menguellet de 1967 à 2007. Saadouni, un ancien inspecteur de l’éducation originaire de la Kabylie des Bibans (wilaya de Bordj Bou Arréridj, s’investit dans un travail peu sollicité, à savoir la traduction du kabyle à l’arabe. C’est une première qui a été favorablement accueillie par les médias. Il reste le travail de la critique qui est censé se prononcer le degré de ‘’fidélité’’ au texte original et sur le rendu du sens.

 

Porteurs de valeurs :  une analyse originale

 

 L’étude de Farida Aït Ferroukh portant le titre : « Situation d’impasse et agents de la culture »,  qui fait partie d’un ouvrage collectif  intitulé « Algérie, ses langues, ses lettres, ses histoires » publié par les Editions du Tell en 2002 examine le ‘’statut’’ de deux hommes, personnages mêlés à l’histoires tourmentée de la Kabylie et qui en sont en même temps les symboles emblématiques. Il s’agit de Cheikh Mohand Oulhocine et Aït Menguellet.

L’auteur met en relief la situation d’impasse- au sens social, culturel et psychologique- qui caractérise les deux périodes respectives où ces personnages ont émergé. Ils sont des “figures du sens” dans les situations de blocage et d’apparente aporie. « En effet, souligne l’auteur, si l’on considère l’histoire de la Kabylie, on remarque qu’elle déploie, face aux bouleversement de toutes sortes, un mécanisme de défense en hissant à chaque époque un agent à la mesure de la situation. Le travail de ce dernier consiste à annuler une situation d’anomie ou du moins à la bloquer. Une fois sa précellence établie, cet agent qui revêt un statut précis à travers les siècles : guerrier, saint , chanteur… a pour tâche un ensemble d’opérations patientes dont l’objectif est de neutraliser chaque brèche (…) L’amusnaw, c’est donc cet intellectuel du groupe qui a pour lourde tâche d’en porter les aspirations et l’idéal. Tout comme il a pour devoir de puiser dans la mémoire active et de la nourrir à son tour. C’est dans cet éclairage qu’il faut replacer l’insistance de leurs contemporains auprès de Cheikh Mohand Oulhocine et de Aït Menguellet pour qu’ils interviennent. Figures de relais du récit généalogique, ces agents qui surgissent à chaque époque et à chaque impasse sont porteurs de la Voix, celle du refuge utérin, (Taqbaylit), articulant par-là même l’être-présent avec l’être-passé ».

D’autres tentatives de traduction ont été effectuées en arabe. L’une d’elles a été publiée en 2007. Il est pour le moment ardu et prématuré de porter un jugement sur la qualité du travail en l’absence d’un regard critique qui serait jeté par des personnes ou des instances qualifiées. Il n’en demeure pas moins que l’entreprise en elle-même constitue une avancée originale dans le domaine qu’il y a lieu d’encourager.

Au vu de l’importance et de la dimension de l’œuvre d’Aït Menguellet, qui continue à alimenter la culture kabyle et algérienne de son verbe magique, le travail de décryptage, d’analyse, de traduction et de vulgarisation vient à peine de commencer. Cette entreprise réclame compétence et honnêteté intellectuelle. Les premiers travaux que nous venons de citer ont placé quelques jalons pour une recherche plus étendue, plus étoffée et plus approfondie donnant leurs lettres de noblesses aussi bien à l’acte de traduction qu’à celui de l’analyse des textes.

A. N. M.

iguerifri@yahoo.fr

source: dépêche de kabylie

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Akal de wawal -recueil de nouvelles de Djamel Arezki

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

Djamel Arezki, auteur de Akal de wawal, éditions Tira, 2009 »J’ai tété taqbaylit, la kabylité en milieu naturel, au contact des miens ; elle fait partie de moi »Akal de wawal -recueil de nouvelles de Djamel Arezki dans tamazight(65) 2271_78558

« La littérature d’expression amazighe est, à mon sens, sur la bonne voie comparativement à d’autres langues et cultures plus prestigieuses ». C’est en ces termes que l’auteur Djamel Arezki s’exprime sur la situation de la littérature d’expression amazighe. Pour cet écrivain de talent, écrire dans sa langue maternelle, celle apprise dans son milieu naturel, ainsi que ce travail qu’il faut réaliser pour redonner encore vie à cette langue plusieurs fois séculaire. Dans cet entretien, Djamel Arezki revient sur son penchant vers l’écriture, ses projets et surtout son regard sur un monde aussi vaste que la littérature, et notamment celle liée directement à sa culture, taqbaylit. 

La Dépêche de Kabylie : Comment vous est venue l’idée d’écrire et de publier ce premier livre ?

Arezki Djamal : Et bien, ce livre est le fruit d’un travail de recueil assez ancien. Avec le temps, j’ai senti la nécessité de mettre un peu d’ordre dans tout ce que j’avais dans le tiroir. Livrer ces histoires de façon brute ne me chante pas. J’ai réfléchi à la façon de les présenter au public. J’ai finalement opté pour la nouvelle : c’est amusant et c’est court. En faire un roman, c’est possible mais j’ai peu de chance d’être lu.

Quant à l’écriture proprement dite, l’idée remonte déjà, quand j’étais élève au collège. J’aimais alors lire et écrire. Je crois que la motivation principale, c’était une sorte de frustration que j’ai ressentie en étant déjà adolescent. J’étais doué pour les langues, certes mais il me manquait quelque chose. Moi, je suis issu d’un milieu rural, j’ai conservé les traditions d’antan. J’ai tété Taqbaylit, la Kabylité en milieu naturel, au contact des miens ; elle fait partie de moi. A l’école, j’ai très tôt pris conscience du fossé qui existait entre ce que l’enseignant voulait que nous apprenions et ce que j’apprends dehors, dans la société. C’était deux choses différentes, opposées. Je me disais quand j’étais déjà au primaire que notre enseignant mentait ! Je crois que c’est de là, que me venait l’envie d’écrire, c’est une sorte de revanche sur l’histoire.

 

Et cela a donné naissance à Akal d Wawal. Y a-t-il d’autres projets d’écriture ?

Comme je vous l’ai dit, déjà au collège j’écrivais à ma façon, avec mes propres règles, je composais des poèmes, je transcrivais des contes, des histoires, je traduisais des textes du français au kabyle juste pour le plaisir. Je gardais toujours tout ce que j’écrivais ou traduisais. Arrivé au lycée, je m’intéressais à tout ce qui s’écrivait en tamazight, clandestinement d’ailleurs. Ce premier livre intitulé : Akal d wawal, un recueil de 11 nouvelles, édité par Tira de Bejaia, en juin 2009, est justement une version revue et corrigée de ce que je notais en étant adolescent. J’ai un autre roman traduit du français au kabyle de Driss Chraïbi, La mère du printemps- Yemma-s n Tafsut, à paraître, j’ai aussi un recueil suivi d’une étude sur « La poésie et les chants de guerre de la région des At Mlikech  » (à paraître aussi en version bilingue français- tamazight) et un recueil de « Contes et de légendes de Kabylie », à paraître chez Flies France (Paris) prochainement, ceux-là, ils sont prêts.

 

Et comment expliquez-vous le choix de la langue maternelle (Tamazight) comme langue d’écriture ?

Et bien, j’ai déjà répondu en partie à votre question. Le choix de ma langue maternelle est d’abord un besoin vital. S’exprimer dans sa langue est tout ce qu’il y a de naturel. Ensuite, je me dis qu’il est temps de se réapproprier son identité, sa culture, sa personnalité. Écrire dans une autre langue autre que la sienne cela suppose, consciemment ou inconsciemment, volontairement ou non, des compromis, voire des servitudes. Pour preuve, il n’ y a qu’à voir les écrivains algériens des années cinquante qui ont vécu ce problème avec acuité. Je pense que le choix de la langue est important. En plus, si l’on veut s’adresser aux siens, autant le faire dans leur langue, c’est une forme de respect. Je ne vois pas pourquoi j’emprunterais des faux-fuyants, des détours aussi vains qu’inutiles, d’autant plus que maintenant, tamazight est enseignée à l’école, donc le lectorat existe. En revanche, il n’est pas exclu d’écrire dans d’autres langues. D’ailleurs, je compte le faire

 

Pouvez-vous nous parler un peu du contenu de ce livre ?

Comme je l’ai déjà dit, il s’agit d’un recueil de onze (11) nouvelles de quatre à six pages chacune, destiné à un large public mais aussi (comme je l’ai expliqué dans l’introduction) à un public scolaire. Je suis parti d’un constat : les textes proposés dans les    manuels scolaires ne répondent pas tous aux objectifs poursuivis. A titre d’exemple, il existe dans les programmes scolaires la typologie de textes. Mais les supports proposés ne répondent pas aux besoins exprimés, c’est pourquoi, j’ai essayé de satisfaire cette exigence en introduisant par exemple, les différents types de description : description statique, dynamique, historique et contrastive, ceci d’une part ; d’autre part, j’ai sciemment introduit un vocabulaire ancien qui est menacé de disparition. Mon objectif, est de sauvegarder ces mots dont les supports, les choses qu’ils désignent ne font plus partie ou presque du quotidien des Kabyles. Je peux citer le cas de tout le vocabulaire relatif au labour, à la vannerie et aux autres métiers anciens, les toponymes etc.

Quant aux histoires, la plupart appartiennent au patrimoine oral kabyle. J’ai gardé le fil, l’ossature, mais j’ai inventé tout l’habillage : les circonstances, les personnages, les lieux (les toponymes utilisés sont tous authentiques) et le temps.

 

Sont-elles des histoires vraies ou non ? Et où en est la littérature d’expression amazighe ?

Par définition, la littérature est de la fiction. Les onze histoires qui figurent dans ce recueil sont fictives, donc imaginaires. La littérature d’expression amazighe est, à mon sens, sur la bonne voie comparativement à d’autres langues et cultures plus prestigieuses. Eu égard à ce qu’elle avait subi depuis trois millénaires, je dirais que nous avons fait un pas de géant. En une décennie seulement, une cinquantaine de romans ont vu le jour, sans compter les recueils de nouvelles, les innombrables pièces de théâtre, les traductions, la poésie et les études (mémoires d’étudiants) rédigés entièrement en tamazight. Ce n’est pas négligeable pour une langue dont les contemporaines ont disparu depuis longtemps (je pense notamment au grec et au latin).

 

Quels sont les problèmes rencontrés en écrivant en tamazight ?

Oui, les problèmes existent effectivement et j’en suis conscient. Il ya des   problèmes généraux communs à toutes les langues ici en Algérie. Tamazight surtout (et les autres langues aussi) souffre de l’absence d’une politique culturelle à même d’encourager l’écriture. Tamazight est d’abord victime de son statut officiel : c’est une langue qui est à peine tolérée. Inutile de cacher le soleil avec le tamis ! C’est une évidence. A l’école, elle est loin d’être généralisée, elle demeure encore et malheureusement facultative.

Ensuite, se pose le problème de l’écriture elle-même, du lectorat (qui demeure encore restreint), de l’édition et de la distribution. Il existe des initiatives par ci et par là, mais cela demeure, à mon avis, insuffisant même si mon livre a été édité avec le soutien du ministère de la Culture.

 

Des projets d’écriture ? Verra-t-on d’autres livres prochainement ?

Oui, j’ai beaucoup de projets et sur lesquels je travaille déjà. D’abord, sur le plan littéraire, j’ai des projets d’écriture (romans, nouvelles, traductions). Je suis déjà sur un autre recueil de nouvelles en kabyle. Je viens de remettre à mon éditeur un récit. C’est une traduction, il paraîtra en version bilingue- français- Tamazight. C’est un projet monté dans le cadre du PANAF 2009. Il s’agit d’un livre d’une écrivaine gabonaise Justine Mintsa, intitulé : Mes Premières lectures, un récit destiné aux adolescents. Sur le plan pédagogique, je me joins à un groupe d’enseignants et d’inspecteurs de Tamazight pour créer un centre de recherche pédagogique à Béjaïa, projet déjà très avancé. Nous avons projeté de créer une revue et un centre de documentation pédagogiques. Nous invitons, à l’occasion, toutes celles ou tous ceux qui sont en mesure d’apporter leur contribution, à se rapprocher de l’association CERPAM (Centre de Recherche en Pédagogique Amazigh) créée à cet effet. Pour ce faire, nous avons programmé aussi des journées de formation en recherche-action, des colloques, des séminaires en collaboration avec l’université Paris 8 avec laquelle nous travaillons depuis janvier 2007 à ce jour.

 

Interview réalisée par Achiou Lahlouh

 

Présentation de l’auteur : Djamal Arezki est né à Tazmalt en 1966, Inspecteur de français à Bouira et enseignant de tamazight à l’université de Bouira. Titulaire d’une maîtrise (Master 1) en lettres modernes obtenue à l’université Paris 8.

source: la dépêche de kabylie

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L’appareil judiciaire algèrien

Posté par algeriedemocratie le 11 novembre 2009

Kameleddine FEKHAR
L’appareil judiciaire a prouvé encore une fois son dédain et son mépris du citoyen qui n’a plus de considération ni de dignité à ses yeux. Dans l’affaire des militants du FFS injustement accusés et en l’absence de toute preuve d’avoir incendié le véhicule du croissant rouge algérien, l’audience publique au tribunal de Ghardaïa du 09 novembre 2009 s’est déroulée en présence de plusieurs avocats, de nombreux militants de la fédération du FFS de Ghardaïa et d’autres fédérations du pays ainsi que des maires et des membres du secrétariat national du parti.

Cette affaire a été marquée par les réalités suivantes :

-Les faits remontent au 25 décembre 2005, soit près de 5 ans.
-Les accusations portées contre les prévenus peuvent leur coûter jusqu’à 20 ans de prison ferme.
-Ils sont sous contrôle judiciaire depuis près de quatre années.
-Ils sont pères de famille. Boudhiba Kacem est marié et père de 07 enfants, tout comme Fekhar Abderrahmane est père de cinq enfants.
-Leurs familles vivent sous une forte et permanente pression psychologique depuis maintenant près quatre années, et dans un climat de peur et de terreur, craignant les pires éventualités et des lendemains incertains.

Malgré tout cela, l’administration du tribunal, par mépris, par négligence ou de manière planifiée – et c’est l’hypothèse la plus probable – n’a pas notifié aux concernés (prévenus, témoins et partie civile) la date du procès. Un acte élémentaire ! Cela a permis au témoin à charge, Bazine Kacem de justifier sa non présentation à l’audience et ce, malgré sa présence depuis le matin, dans la cour du tribunal. A-t-il agit de son propre gré ou a-t-il été conseillé de se dérober ? Pourquoi ne s’est-il pas présenté à l’audience, alors qu’il se trouvait dans la cour du tribunal ? Cette situation a amené la défense à demander le report du procès, en l’absence de l’unique et principal témoin dans l’affaire !!
Les prévenus Boudhiba Kacem et Fekhar Abderrahmane, leurs familles et tous les militants vont ainsi continuer à vivre dans ce climat de tension et de doute prolongé et sur leurs nerfs, et tout cela en raison de cet appareil judiciaire qui a perdu sa fonction principale qui est de rendre la justice !! Et c’est ce que vivent tous les algériens qui ont la malchance de fréquenter les allées de l’appareil judiciaire qui est devenu le symbole et le baromètre du niveau de pourrissement, de décadence et d’autoritarisme auquel est arrivé le régime algérien.

Kameleddine FEKHAR
Ecrivain. Militant de la démocratie
Et des Droits de l’homme
Ghardaïa le 10 novembre 2009

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ملفات أحداث بريان وغرداية أمام الدورة الجنائية..

Posté par algeriedemocratie le 10 novembre 2009

إفتتاح السنة القضائية بغرداية

ملفات أحداث بريان وغرداية أمام الدورة الجنائية..

 ملفات أحداث بريان وغرداية أمام الدورة الجنائية.. dans vive l'algerie(128) btk-belaiz1

إفتتحت صباح اليوم السنة القضائية في مجلس غرداية بحضور أعضاء سلك القضاء والسلطات الملحية كما شهد نفس المجلس أول قضية تتعلق بجريمة قتل المواطن بن زايط الذي ذهب ضحية أحداث بريان السنة الماضية ضمن جلسات الدورة الجنائية التي بدات وقائعها مطلع هذا الاسبوع.

قضية اليوم المتعلقة بتهمة القتل المتابع  فيها 6 متهمون شرع منذ بداية هذا الصباح في استجوابهم من قبل رئيس الجلسة قبل السماع إلى الشهود ومرافاعات الدفاع.

علما أن جلسة أول أمس شهدت أول قضية لها علاقة بنفس الأحداث أدين فيها شخص بثلاث سنوات سجن نافذ في حين ستشهد الجلسات القادمة قضايا أخرى لها علاقة بالمتهمون في جرائم القتل لكل من الشاب لعساكر على وصيفية إلى جانب قضايا أخرى.

علما أن أحداث بريان التي ما تزال تحير الرأي العام لا لشئ سوى وأن الرؤوس التي وقفت أمام تدبيرها لإشعال الفتنة التي تم إدارتها ببراعة فائقة  قصد تعميق جذور الصراع بين المتساكنين من أجل حماية ملفات فساد ونفوذ لأشخاص معروفون بالفساد والنفوذ قبل نشوب تلك الأحداث ما يزال السكوت عنهم يطرح لغزا بالنسبة لمدى مصداقية العدالة وجديتها في حماية المواطن واستقراره.

وقد سبق وأن أكد رئيس الدولة لدى افتتاح السنة القضائية منذ أسبوع على عزمه لمواجهة الفساد الذي استشرى والذي أصبح يقلق الرأي العام كما وعد بتكليف هيئة متخصصة لمواجهة الظاهرة في وقت يرى الشارع الغرداوي أن مثل هذه الوعود أصبح المواطن لا يصدقها أمام تنامي الفساد المدعم بالنفوذ على المستوى المحلي وباعتبار وأن العدالة أضحت لا تحاسب سوى المواطنون الذين تجرفهم الاحداث التي يحركها من هو معروف لدى الرأ ي العام بالفساد.

كما أن دورة الجنايات الحالية ستشهد كذلك ومن الصدف ملف أحداث غرداية لشهر أكتوبر 2004 الذي عاد من المحكمة العليا والذي سيعرض على الدورة من جديد بتاريخ 17 ديسمبر القادم.

source: elwaha-dz.com

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محاكمة قتلة الشاب صيفية أمام الدورة القادمة لجنايات غرداية

Posté par algeriedemocratie le 10 novembre 2009

أحداث بريان.. مارس 2008

محاكمة قتلة الشاب صيفية أمام الدورة القادمة لجنايات غرداية

محاكمة قتلة الشاب صيفية أمام الدورة القادمة لجنايات غرداية dans vive l'algerie(128) alg-juges7

علمت الواحة من مصادر قضائية أن قاتل الشاب صايفية قد تم إحالته على الدورة الجنائية القادمة لمجلس قضاء غرداية والتي ستفتتح بعد أسابيع.

ويعد الشاب صايفية هو ثاني شاب تعرض للقتل البشع برصاص عون أمن باللباس المدني بعد أيام من جريمة قتل الشاب لعساكر علي، وهي الحادثة التي عمقت من حدة المواجهات المفبركة التي هزت بريان والتي كان وراءها مافيا فساد جد خطيرة.

علما أن حادثة الشاب صيفية حسب كل المعطيات لم تكن عفوية، بل خطط لها من أجل تأزيم الوضع وتوفير عوامل بداية الإعتقالات في بريان مباشرة بعد الزيارة اللغز لسفير الجزائر السابق بالمغرب العربي بلخير إلى غرداية، حيث استقبله والي الولاية في مكتبه يوم السبت الذي سبق جريمة القتل التي فجرت الوضع أكثر.

كما أن الحادثة وقعت في نفس يوم مؤامرة سجن والد مدير تحرير الواحة أي ساعة قبل بداية تحريك المواجهات التي أسفرت عن جريمة قتل الشاب صافية حتى ينشغله ابتنه الصحفي بوالده ولا يكشف عن حقائق السيناريو القذر الذي كان يستهدف بريان منذ لحظة ظهور قضية المطحنة اللغز.

للإشارة أن غرفة الإتهام لمجلس قضاء غرداية قد وجهت تهمة عدم التبليغ عن جريمة قتل الشاب صايفية لعون أمن ثاني يشتغل في وحدة أمن بريان.  

علما أن أحداث بريان قد أسفرت عن 5 قتلى، وتعد قضية الشاب صيفية الذي قتل على يد عون أمن القضية التي تحمل أكثر من لغز لوجود تورط بعض الأعوان في ورطة تجريك محنة بريان التي تركت جراحا عميقة بين السكان تطلبت الكثير من الوقت والجهد لرأب الصدع الذي كان وراء هندسته مافيا جد خطيرة لم يكشف عن خيوطها إلى حد اليوم.

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