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Pour une Union de la Méditerranée des peuples

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

parLounis AggounIn OUMMA.com


 

Tous les mécanismes qui ont permis à la junte militaire de spolier les Algériens de leur liberté à partir de 1988 sont en ce moment même à l’œuvre en Tunisie. Hormis l’armée[1] qui s’en sort dignement et semble pour l’instant honorer sa fonction au service de la protection de son peuple, les autres leviers de la dictature sont intacts. Or, que vaut une révolution qui se contente de la mise à l’écart du dictateur en chef ? À l’instar des groupes terroristes, la loi intangible de la numération impose que, sitôt le n°1 éliminé, le n°2 hérite du rang, rétablissant instantanément le statu quo ante. Le moindre espace de liberté qui n’est pas arraché à la dictature recèle en son sein les ferments de sa remise en cause dès que les projecteurs se seront éloignés.

Une dictature n’a pas vocation à se saborder d’elle-même. Elle peut simplement muer pour redoubler de férocité ; se maquiller et se vêtir opportunément pour se conformer à une nouvelle donne, trouver parmi ses pourfendeurs d’hier des alliés pour lui permettre de garder au moins un pan de sa prédominance (à partir duquel elle ira reconquérir tous les autres), donner l’impression de s’amender pour gagner un répit : son objectif est de demeurer, de se renforcer, et de se présenter sous un visage renouvelé pour des desseins, au mieux, identiques ?

Tout cela, les Algériens l’ont vécu et leur corps, leur environnement, leur psyché, leur volonté, en portent 20 ans après les stigmates indélébiles. Après 1988, l’armée n’a-t-elle pas décidé de rentrer dans ses casernes ? La terrible Sécurité militaire n’a-t-elle pas été dissoute ? Les partis politiques n’ont-ils pas été légalisés, la liberté de la presse n’a-t-elle pas été instaurée ? Le parti unique n’a-t-il pas été réformé, vidé de ses branches pourries ? Des partis attachés à la liberté n’ont-il pas vu le jour ? Les islamistes légalisés en parti n’ont-ils pas promis monts et merveilles ? La libre entreprise n’a-t-elle pas été proclamée ? La constitution n’a-t-elle pas été amendée ? Des élections libres n’ont-elles pas été organisées ? La France ne s’est-elle pas réjouie du processus démocratique naissant et proclamé par tous ses organes qu’elle soutiendrait cette démarche vers la liberté du peuple algérien ? Toutes ces mutations ne dessinaient-elles pas la promesse de vraie démocratie ?

On connaît la suite. L’armée a reculé pour mieux comploter, la SM a été remplacée par un DRS encore plus déterminé à nuire, le FLN a enfanté le RND, multipliant par 2 la problématique du parti unique (deux partis uniques, en quelque sorte), les partis d’opposition démocratique se sont révélés tous (à un degré ou à un autre) inféodés au régime, les islamistes modérés ont imparablement été infiltrés par des terroristes, la presse libre a simplement servi de paravent pour promouvoir des intérêts privés qui se substitueraient aux biens publics. Les Algériens ont alors été soumis à l’une des plus terribles et minutieuses vagues de répression que les siècles les plus noirs ont enfantées ?

Le tort des Algériens ? N’avoir pas battu le fer quand il était chaud… Et s’être, par inadvertance, laissé confisquer leur combat. D’avoir cru trop tôt en leur victoire. D’avoir rendu les armes avant que le dernier de leurs adversaires ait été neutralisé…

En Algérie tout a été planifié de main de maître par la junte militaire dirigée alors par le général Larbi Belkheir, bien conseillé par ses amis et complices français au sein de la galaxie mitterrandienne. La révolte s’étant délitée en quelques jours, le général Nezzar s’est chargé de lui redonner vie en tirant à la mitrailleuse lourde sur des islamistes propulsés au devant de la scène, enclenchant l’engrenage qui débouchera sur une décennie abominable (La mort de 200 000 personnes, pour la plupart des femmes, des enfants, des vieillards sans défense, étrangers à toute volonté de lutte, n’est que la partie émergée de l’iceberg de l’abomination qui a frappé le pays.)

La Tunisie n’est pas à l’abri de se voir administrer la même potion a posteriori : imposer la menace islamiste [2] comme une perspective inéluctable et tout mettre en œuvre pour dresser un rempart, à trouver parmi les militaires au besoin, après une réforme que l’on imposera au nom de la nécessaire transition vers la démocratie et qui enverra à la retraite tous ceux qui refuseront de jouer ce jeu malsain.

La recette pour rééditer le syndrome algérien est simple. Faire profil bas, laisser la tension tomber, le peuple se démobiliser, éreinter peu à peu l’opposition démocratique, donner un coup de pouce aux islamistes[3] pour progressivement les faire apparaître – aux yeux de la population –, bon gré malgré, comme la seule opposition digne d’arracher la liberté des mains des dictateurs revigorés. L’asservissement du peuple tunisien sera alors reconduit au nom de sa sauvegarde, pour faire rempart contre l’intégrisme, sauver les fillettes tunisiennes qui se mettent du vernis sur les doigts, qui parlent français, ceux qui boivent de l’alcool et qui connaissent Jules Ferry, etc.[4]

Il faut donc s’attendre à voir dans les prochains jours fleurir à la télévision française des reportages sur les islamistes tunisiens[5], sur la menace qu’ils représentent, qui éclipseront peu à peu les aspirations réelles de l’extrême majorité à une vie libre, dans un pays où chacun pourra choisir son mode de vie, en son âme et conscience, exprimer ses opinions, se vêtir, s’alimenter et se cultiver selon ses aspirations. Il ne restera peu à peu que l’image en enfilade de croyants se prosternant devant Dieu, « occupant » au besoin la rue pour prier, tant ils seront nombreux[6].

Les élites intellectuelles tunisiennes ont le devoir historique d’empêcher que soit dévoyée la révolution de leur peuple. Ils le doivent aux Tunisiens immédiatement, avant que le fer ne refroidisse (et tous les sacrifices qu’apportera leur intransigeance aujourd’hui sauveront des milliers de vies demain). Ils le doivent aussi à tous les peuples de la région, d’apporter, sans forfanterie, la preuve par l’exemple de l’ineptie du discours de mépris qui voudrait que les « Arabes ne méritent pas la démocratie » et qu’une « dictature éclairée » qui leur donne à manger est le summum à leur consentir.

Pour toutes ces raisons, les élites tunisiennes qui aspirent à ce projet grandiose sont exposées, aujourd’hui même, aux pires dangers. Car, pour tous les prédateurs du monde (les pillards économiques de tous poils, les opportunistes, les tyrans voisins, les ennemis des peuples du Maghreb et d’Orient qui fomentent dans l’ombre pour les maintenir sous le joug de dictatures « stables », vouées donc à s’imposer pour l’éternité, ces pouvoirs qui disposent d’une puissance médiatique absolue), ce projet doit absolument être contrarié et cet exemple empêché d’éclore. Et ils mettront le prix pour l’étouffer avant qu’il soit exposé à la face du monde. Les enchaînements qu’on avancera pour corrompre leur mouvement vers le salut sont entendus : pousser les Tunisiens à faire preuve de patience pour que la transition s’opère en douce : « Ils ont attendu 25 ans, ils peuvent bien patienter 6 mois de plus ! » Or, c’est durant ces six premiers mois que se décidera la réussite ou l’échec de leur libération.

Ceux qui ont participé à la dictature durant des années, participé à la corruption qui a ruiné leur pays, participé à la répression, n’ont aucune légitimité à fonder les lendemains auxquels aspirent les Tunisiens. S’ils ont cependant un rôle à jouer, c’est devant les tribunaux pour certains et, pour d’autres, à répondre de leur rôle devant des commissions d’enquêtes publiques, pour disséquer la dictature, faire que chacun sache par quels mécanismes se perpétue la destruction d’un peuple. Quant aux « opposants » intéressés qui trouveront toujours des raisons valables de collaborer avec les tyrans d’hier, ils mesurent mal l’ampleur de leur compromission et les dérives que peuvent entraîner leurs opportunistes inconséquences.

Les Tunisiens se garderaient bien de recevoir des leçons d’Etats qui ne leur veulent du bien que dans la mesure où ce « bien » prolonge leur asservissement ; pas de la junte algérienne qui ne manquera pas de miner leur révolution, pas davantage de l’élite politique française qui s’est déshonorée à leur égard un quart de siècle durant et jusque dans les heures précédant la fuite du tyran. Les leçons, ils doivent les tirer d’eux-mêmes, de leur histoire, de celle de leurs voisins, dans leur sens du discernement, et chez les seuls maîtres qui vaillent, ceux qui sur les bancs de l’école leur ont appris à réfléchir…

Quant aux Algériens, ils doivent aussi tirer les leçons de l’expérience de leurs voisins. D’abord cesser de s’immoler – c’est-à-dire cesser de prêter main-forte au régime qui les immole depuis un demi-siècle – et orienter leurs efforts contre leurs adversaires, contre ce régime qui les meurtrit. Qu’ils s’organisent, chacun dans le secteur où il officie, pour identifier les coupables et leurs complices, qu’ils réunissent les preuves des corruptions qui les ruinent chaque fois qu’il leur est loisible de tomber sur un document, et qu’ils se préparent à barrer la route, le moment venu, aux tyrans en fuite, pour non pas les lyncher, mais pour les présenter à la justice devant laquelle ils devront répondre de leurs forfaits. Ils apporteront ainsi la preuve qu’ils valent mieux que ceux qui le enchaînent, qui les méprisent. Quant aux islamistes, quand viendra le moment de la libération, qu’ils s’abstiennent de prêter le flanc encore une fois à des velléités qui ne manqueront pas d’émerger pour justifier le renvoi aux calendes grecques les espoirs de leur peuple.

Alors seulement, ces deux pays frères présenteront à la face du monde l’éclatante démonstration que l’Union des peuples est possible, et non cette Union de la Méditerranée que pilote Nicolas Sarkozy qui ambitionne de réunir une solidarité entre dictateurs, sous l’égide néocoloniale d’une France qui tourne le dos à sa grandeur. Alors, le salut dans la Méditerranée viendra du Sud et, tel l’Harmattan, cette espérance humaine viendra balayer le Nord de son souffle salvateur.

 


[1] L’armée du général Khaled Nezzar (en violation de toutes les règles hiérarchiques et constitutionnelles) a tiré sur la foule faisant plus de 1000 morts, avant de s’acharner sur des milliers d’autres, emprisonnés sans motif, sur lesquels elle a pratiqué la torture, le viol physique et psychologique et le meurtre brutal. Avant de faire voter, manu militari, une loi d’autoamnistie qui interdit aux victimes de se souvenir de l’avoir jamais été.[2]Il serait aisé, avec des voisins aussi attentionnés que l’Algérie et la Libye (par exemple), de faire migrer « l’Aqmi » pour s’installer dans le sud de la Tunisie. L’édifice médiatique permettant de convaincre l’opinion internationale que la démocratie n’apportera que la victoire des islamistes est bien rôdée. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à recenser, au cours de la décennie écoulée, combien de scientifiques, de chercheurs, de journalistes, d’hommes politiques, attachés à la démocratie et à la laïcité ont été vus à la télévision française. Le seul qui écume les plateaux a pour nom Mohamed Sifaoui, dont les déclarations dégoulinent de la haine de l’Algérien, trouvant dans chacune des chaînes un relais pour l’introduire. Qui ne connaît pas dans son entourage le Sifaoui tunisien de demain ? 

[3]Ben Ali n’a-t-il pas spontanément invoqué le complot islamiste ? Michèle Alliot-Marie n’a-t-elle pas, pour détourner l’attention de ses offre de services de répression (de l’envoi de mercenaires pour mater la révolution – comme au Mali, au Niger, en Irak, en Mauritanie, etc.) mis en garde contre une menace dans le Sahel (menace d’autant plus « imminente » qu’elle est permanente, pour des raisons faciles à expliquer, les terroristes et ceux qui les combattent relevant d’une même organisation, le DRS algérien, avec la complicité des prédateurs économiques qui peuvent piller les richesses de ces pays « pauvres » en toute impunité). On remarquera que les explications des divers ministres sont de la même tenue puisqu’ils évoquent pour tout mea culpa de n’avoir pas bien mesuré l’exaspération du peuple tunisien – en d’autres mots, l’erreur, ce n’est pas d’avoir soutenu la dictature mais d’avoir surestimé la capacité des Tunisiens à la tolérer.

[4]Pour s’en convaincre, pendant que chacun déplore à demi-mot son engagement passé avec Ben Ali et exprime des regrets de n’avoir pas compris assez tôt l’exaspération (en d’autres mots que l’on l’ait laissée dériver si loin que les Tunisiens ont décidé de la contester), les mêmes poursuivent leurs compromissions morbides avec le régime algérien (la première décision d’un Hollande candidat aux primaires socialistes a été d’effectuer une virée à Alger pour des raisons que l’on a du mal à comprendre autrement que pour quérir un soutien financier). Pourtant, la dictature algérienne est hautement plus meurtrière que son homologue tunisienne et aucune semaine ne passe sans que l’Aqmi, cette organisation qui a son siège aux Tagarins sur les hauteurs d’Alger, ne se manifeste à l’encontre de la France par un méfait quelconque. Chaque fois, Nicoals Sarkozy se présente en « pleureuse » à la télé avant que les choses se tassent : The show must go on !

[5]Le 10 janvier 2010, sur le Grand journal de Canal+, c’est Ali Badou qui reçoit Mohamed Sifaoui sous le titre ronflant de « grand expert du terrorisme » pour parler de la mort des deux jeunes Français enlevés à Niamey. Mohamed Sifaoui, avec Louis Caprioli, deux revers d’une même médaille (le tout récent receleur de cette imposture s’appelle Mathieu Guidère, un écrivain-journaliste-universitaire suisse qui prolonge le « paradis fiscal » d’un « paradis du coup tordu »), celle de l’instrumentalisation du terrorisme international pour permettre la mainmise des puissances occidentales sur les richesses du Sahel. Ali Badou n’en est tellement pas à un forfait de ce type près que quelques ans auparavant, il avait proposé comme ouvrage « indispensable » une caricature cosignée par le même Mohamed Sifaoui. Quant au film de Daniel Leconte et Philippe Val sur les caricatures de Mahomet, le contre-exemple absolu du journalisme honnête, il a été salué comme « brillantissime » par Ali Badou, avec l’ensemble de l’équipe du Grand journal, dans un unanimisme qui n’aurait d’équivalent que dans la télévision de Ceausescu. Ces hommes ne sont que des étages inférieurs de ce que l’on pourrait appeler la verticale de la manipulation, dont les motivations n’ont à voir ni avec l’information, ni la vérité, ni l’humanité, et dont les sommets répondent à des réseaux dont chacun pourra vérifier les effets dévastateurs à travers la planète et dont ne bénéficient que des minorités au pouvoir, des minorités néfastes, prédatrices, meurtrières.

[6]Il suffira alors de donner corps à cette hantise en filmant une explosion ici, l’incendie d’un bar là, un jet de vitriol sur le visage d’une jeune habillée à l’occidentale un jour, le discours enflammé d’un imam un autre (qu’on présentera comme la traduction des aspirations d’une majorité qui, si elle était laissée s’exprimer, plongerait le pays dans la barbarie) ; le climat s’alourdira peu à peu et bientôt les intellectuels laïques seront pris pour cible par les islamistes, éliminant les plus récalcitrants d’entre eux, les autres préférant se murer dans le silence de peur de compter dans le prochain contingent des victimes.

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Solution pour une sortie de crise en Algérie

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

Solution pour une sortie de crise en Algérie dans Addi Lahouari(29) addiLahouari Addi, Universitaire

Les événements qui ont secoué la Tunisie et qui secouent aujourd’hui l’Egypte sont un tournant historique dans l’évolution dans la région. Les deux prochains pays qui seront touchés seront l’Algérie et la Syrie. Ces événements expriment la colère des populations contre des dirigeants qui se sont écartés de la trajectoire historique des nationalismes issus des luttes de libération du 20èm siècle. Les générations des militants des années 1940 et 1950 avaient pour objectif de créer des Etats respectés au niveau international, développés économiquement et évolués socialement. Les élites postindépendance ont échoué et n’ont réalisé aucun de ces objectifs. Elles ont au contraire créé des régimes autoritaires coupés de la population et gangrenés par la corruption.
La protestation violente qui a commencé en Tunisie, et qui atteindra bientôt l’Algérie, a pour aspiration le rétablissement de la confiance des populations envers leurs Etats. Les Tunisiens, les Egyptiens, les Algériens… ne veulent plus avoir honte de leurs institutions, de leurs armées, de leurs polices…, détournées à ce jour de leur vocation à servir la Nation. Les régimes des pays arabes ont perdu leurs légitimités et la confiance des peuples. Ils n’ont pas les ressources pour évoluer et se transformer pour devenir des émanations de leurs sociétés. Le changement radical est inéluctable, avec une rupture totale avec des régimes qui ont gravement porté atteinte à l’orgueil de la Nation, à la dignité des citoyens, à l’avenir des futures générations et au passé de la résistance à la colonisation.
Du point de vue historique, les événements en Tunisie et en Egypte ont toujours eu des retombées en Algérie. Le renversement de la monarchie égyptienne par les Officiers Libres en 1952 a encouragé les nationalistes Algériens à préparer l’insurrection de 1954. Celle-ci a été précipitée par les soulèvements en Tunisie et au Maroc contre le Protectorat français. Il faut rappeler que le mot « fellaga » vient de Tunisie. Ce terme était employé par les colons Français pour désigner les fidaïnes Tunisiens qui frappaient les représentants de l’ordre colonial à la tête.
La déferlante populaire qui a commencé en Tunisie est imminente à Alger, Oran, Constantine… Il faut la canaliser, l’accompagner pour atteindre ses objectifs : l’établissement d’un Etat de droit et d’un régime démocratique. Il est de la responsabilité des citoyens et des fonctionnaires de l’Etat d’éviter le bain de sang qui risque d’endeuiller des milliers de familles. La haine qu’ont les jeunes Algériens à l’endroit de la nomenklatura n’a pas son équivalent dans la région. L’Algérie a vécu des événements sanglants qui ont coûté la vie à 200 000 personnes dans les années 1990 et les cicatrices sont encore vives. L’Algérie est un pays riche dont les richesses ont été dilapidées par des dirigeants cupides et véreux au-dessus des lois de l’Etat (Affaires Khalifa et Sonatrach entre autres). La population en veut à Bouteflika et au DRS pour avoir mené le pays à la ruine et au désastre.
Il n’y a cependant pas de fatalité et le bain de sang peut être évité. Il faut pour cela que le Commandement militaire ne commette pas une seconde erreur historique et qu’il accepte le changement du régime en aidant la société à restaurer les institutions de l’Etat. Les mesures à prendre dans l’immédiat pour calmer la population sont les suivantes :
-Destitution de Abdelaziz Bouteflika
-Radiation de l’ANP de Tewfik Médiène et de ses plus proches collaborateurs
-Dissolution de tous les services du DRS, à l’exception de ceux de l’espionnage et du contre-espionnage. Cette mesure est destinée à retirer l’armée des ministères, de la gendarmerie, de la police, de l’administration judiciaire et des médias.
-Formation d’un gouvernement de transition présidée par Abdelhamid Mehri et composée de personnalités nouvelles qui n’ont eu aucun lien avec le régime. Sa mission principale est de gérer les affaires courantes de l’Etat et de préparer des élections présidentielle et législatives dans un délai de trois à six mois.
-Dissolution de l’Assemblée nationale et du Sénat avec obligation aux députés et Sénateurs de reverser au Trésor leurs traitements depuis l’année 2008
-Retrait du soutien financier de l’Etat aux partis RND et FLN

Le gouvernement de transition aura une autorité politique sur le Commandement militaire qui l’aidera à réaliser sa tâche de maintien de l’ordre et de protection des biens et des vies des personnes. Il invitera l’ensemble des citoyens à s’organiser en associations ou partis politiques pour apporter leur contribution à la mise en œuvre de la démocratie et de l’Etat de droit. A cet effet, aucune sensibilité politique ne sera exclue des institutions sous les conditions suivantes :
-Reconnaître le monopole de la violence à l’Etat qui l’exerce dans le cadre de la loi
-S’engager à respecter la liberté d’expression et la liberté de la presse dans le respect de l’honneur de tout citoyen
-Reconnaître l’égalité juridique entre les hommes et les femmes
-Accepter le système électoral à la proportionnelle
-S’engager à accepter le verdict des urnes quel que soit le résultat

L’Etat de droit de la démocratie appartiennent aux perspectives historiques de l’Algérie. Il serait vain de vouloir s’y opposer. Il vaut mieux accompagner ces évolutions sans violence comme l’ont fait les ex-pays socialistes de l’Europe de l’Est. La responsabilité des hauts fonctionnaires, en particulier des officiers supérieurs de l’armée, est grande. Ils sont appelés à être à la hauteur des défis de l’histoire.

source:www.lequotidienalgerie.org

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Albert Camus : l’Algérie en mai 1945

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

Albert Camus est mort en janvier 1960, au moment où l’option de la négociation avec le FLN pour préparer l’indépendance de l’Algérie commençait à être envisagée par le général de Gaulle. On ne sait pas comment il aurait réagi s’il avait vécu en 1960, 1961 et 1962, à un moment où chacun a eu à choisir entre cette acceptation de l’indépendance et l’option du putsch et de l’OAS. Le fait est que, jusqu’à sa mort, il a refusé l’idée d’indépendance de l’Algérie, en considérant que cela signifierait le départ des Européens d’Algérie et donc la mort de « son » Algérie . Après s’être engagé en janvier 1956 en faveur de l’arrêt des violences contre les civils des deux camps  ce qui l’a exposé à la haine des extrémistes européens qui l’ont empêché de parvenir à son objectif, il s’est réfugié jusqu’à sa mort dans un silence presque total sur ce sujet. Aurait-il suivi, s’il avait vécu, l’évolution d’amis comme l’écrivain Emmanuel Roblès ou le peintre Jean de Maisonseul en faveur de l’indépendance, ou bien une autre direction ? rien ne permet de l’affirmer.

Quoi qu’il en soit, les textes qu’il a écrits en mai 1945 pour le journal Combat , montrent son estime et sa grande attention aux populations arabes déshéritées, ainsi que sa conviction qu’il s’agit « de faire jouer à leur propos les principes démocratiques que nous réclamons pour nous-mêmes ». Voici des extraits de ces textes .


Crise en Algérie

Devant les événements, qui agitent aujourd’hui l’Afrique du Nord, il convient d’éviter deux attitudes extrêmes. L’une consisterait à présenter comme tragique une situation qui est seulement sérieuse. L’autre reviendrait à ignorer les graves difficultés où se débat aujourd’hui l’Algérie.

La première ferait le jeu des intérêts qui désirent pousser le gouvernement à des mesures répressives, non seulement inhumaines, mais encore impolitiques. L’autre continuerait d’agrandir le fossé qui, depuis tant d’années, sépare la métropole de ses territoires africains. Dans les deux cas, on servirait une politique à courte vue, aussi contraire aux intérêts français qu’aux intérêts arabes.

L’enquête que je rapporte d’un séjour de trois semaines en Algérie n’a d’autre ambition que de diminuer un peu l’incroyable ignorance de la métropole en ce qui concerne l’Afrique du Nord. Elle a été menée aussi objectivement que je le pouvais, à la suite d’une randonnée de 2 500 kilomètres sur les côtes et à l’intérieur de l’Algérie, jusqu’à la limite des territoires du Sud.

J’y ai visité aussi bien les villes que les douars les plus reculés, y confrontant les opinions et les témoignages de l’administration et du paysan indigène, du colon et du militant arabe. Une bonne politique est d’abord une politique bien informée. À cet égard, cette enquête n’est rien de plus qu’une enquête. Mais, si les éléments d’information que j’apporte ainsi ne sont pas nouveaux, ils ont été vérifiés. J’imagine qu’ils peuvent donc aider, dans une certaine mesure, ceux qui ont pour tâche aujourd’hui d’imaginer la seule politique qui sauvera l’Algérie des pires aventures.

Mais avant d’entrer dans le détail de la crise nord-africaine, il convient peut-être de détruire quelques préjugés. Et, d’abord, de rappeler aux Français que l’Algérie existe. Je veux dire par là qu’elle existe en dehors de la France et que les problèmes qui lui sont propres ont une couleur et une échelle particulières. Il est impossible en conséquence, de prétendre résoudre ces problèmes en s’inspirant de l’exemple métropolitain.[...]

Sur le plan politique, je voudrais rappeler aussi que le peuple arabe existe. Je veux dire par là qu’il n’est pas cette foule anonyme et misérable, où l’Occident ne voit rien à respecter ni à défendre. Il s’agit au contraire d’un peuple de grandes traditions et dont les vertus, pour peu qu’on veuille l’approcher sans préjugés, sont parmi les premières.

Ce peuple n’est pas inférieur, sinon par la condition de vie où il se trouve, et nous avons des leçons à prendre chez lui, dans la mesure même où il peut en prendre chez nous. Trop de Français, en Algérie ou ailleurs, l’imaginent par exemple comme une masse amorphe que rien n’intéresse. Un seul fait encore les renseignera. Dans les douars les plus reculés, à huit cents kilomètres de la côte, j’ai eu la surprise d’entendre prononcer le nom de M. Wladimir d’Ormesson . C’est que notre confrère a publié sur la question algérienne, il y a quelques semaines un article que les musulmans ont jugé mal informé et injurieux. Je ne sais pas si le collaborateur du Figaro se réjouira de cette réputation obtenue aussi promptement en pays arabe. Mais elle donne la mesure de l’éveil politique qui est celui des masses musulmanes. Quand j’aurai enfin noté ce que trop de Français ignore, à savoir que des centaines de milliers d’Arabes viennent de se battre durant deux ans pour la libération de notre territoire, j’aurai acquis le droit de ne pas insister.

Tout ceci, en tout cas, doit nous apprendre à ne rien préjuger en ce qui concerne l’Algérie et à nous garder des formules toutes faites. De ce point de vue, les Français ont à conquérir l’Algérie une deuxième fois. Pour dire tout de suite l’impression que je rapporte de là-bas, cette deuxième conquête sera moins facile que la première. En Afrique du Nord comme en France, nous avons à inventer de nouvelles formules et à rajeunir nos méthodes si nous voulons que l’avenir ait encore un sens pour nous.

L’Algérie de 1945 est plongée dans une crise économique et politique qu’elle a toujours connue, mais qui n’avait jamais atteint ce degré d’acuité. Dans cet admirable pays qu’un printemps sans égal couvre en ce moment de ses fleurs et de sa lumière, des hommes souffrent de faim et demandent la justice. Ce sont des souffrances qui ne peuvent nous laisser indifférents, puisque nous les avons connues.

Au lieu d’y répondre par des condamnations, essayons plutôt d’en comprendre les raisons et de faire jouer à leur propos les principes démocratiques que nous réclamons pour nous-mêmes. Mon projet, dans les articles qui suivront, est d’appuyer cette tentative, par le simple exercice d’une information objective.

P.-S. — Cet article était terminé lorsque a paru dans un journal du soir un article accusant Ferhat Abbas, président des « Amis du Manifeste », d’avoir organisé directement les troubles d’Algérie. Cet article est visiblement fait à Paris, au moyen de renseignements improvisés. Mais il n’est pas possible de porter aussi légèrement une accusation aussi grave. Il y a beaucoup à dire pour et contre Ferhat Abbas et son parti. Nous en parlerons en effet. Mais les journalistes français doivent se persuader qu’on ne réglera pas un si grave problème par des appels inconsidérés à une répression aveugle.

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Des bateaux et de la justice

[...] Dans toute l’Algérie la ration attribuée à l’indigène est inférieure à celle qui est consentie à l’Européen. Elle l’est dans le principe, puisque le Français a droit à 300 grammes par jour et l’Arabe à 250 grammes. Elle l’est encore plus dans les faits, puisque [...] l’Arabe touche 150 grammes.

Cette population, animée d’un sens si sûr et instinctif de la justice, accepterait peut-être le principe. Mais elle n’admet pas (et devant moi, elle l’a toujours souligné) que les rations de principe ayant dû être restreintes, seules les rations arabes aient été diminuées. Un peuple qui ne marchande pas son sang dans les circonstances actuelles est fondé à penser qu’on ne doit pas lui marchander son pain.

Cette inégalité de traitement s’ajoute à autres pour créer un malaise politique, dont j’aurai à traiter dans de prochains articles. [...]

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Le malaise politique

SI grave et si urgente que soit la pénurie économique dont souffre l’Afrique du Nord, elle n’explique pas, à elle seule, la crise politique algérienne. Si nous en avons parlé d’abord, c’est que la faim prime tout. Mais à la vérité, le malaise politique est antérieur à la famine. Et lorsque nous aurons fait ce qu’il faut pour alimenter la population algérienne, il nous restera encore tout à faire. C’est une façon de dire qu’il nous restera à imaginer enfin une politique.

Je n’aurai pas la prétention de définir en deux ou trois articles une politique nord-africaine. Personne ne m’en saurait gré et la vérité n’y gagnerait pas. Mais la politique algérienne est à ce point déformée par les préjugés et les ignorances que c’est déjà faire beaucoup pour elle, si l’on en présente un tableau objectif par le moyen d’une information vérifiée. C’est ce tableau que je voudrais entreprendre.

J’ai lu dans un journal du matin que 80 % des Arabes désiraient devenir des citoyens français. Je résumerai au contraire l’état actuel de la politique algérienne en disant qu’ils le désiraient effectivement, mais qu’ils ne le désirent plus. Quand on a longtemps vécu d’une espérance et que cette espérance a été démentie, on s’en détourne et l’on perd jusqu’au désir. C’est ce qui est arrivé avec les indigènes algériens, et nous en sommes les premiers responsables.

Depuis la conquête, il n’est pas possible de dire que la doctrine française coloniale en Algérie se soit montrée très cohérente. J’épargnerai au lecteur l’historique de ses fluctuations depuis la notion du royaume arabe, chère au second Empire, jusqu’à celle d’assimilation. C’est cette dernière idée qui, en théorie, a fini par triompher. Depuis une cinquantaine d’années, le but avoué de la France en Afrique du Nord était d’ouvrir progressivement la citoyenneté française à tous les Arabes. Disons tout de suite que cela est resté théorique. La politique d’assimilation a rencontré en Algérie même, et principalement auprès des grands colons, une hostilité qui ne s’est jamais démentie.

Il existe tout un arsenal d’arguments, dont certains d’apparence convaincante, qui ont suffi jusqu’à présent à immobiliser l’Algérie dans l’état politique où nous l’avons trouvée. Je ne songerai pas à discuter ces arguments. Mais il est possible de dire qu’en cette matière, comme en d’autres, il faut un jour choisir. La France devait dire clairement si elle considérait l’Algérie comme une terre conquise dont les sujets, privés de tous droits et gratifiés de quelques devoirs supplémentaires, devaient vivre dans notre dépendance absolue, ou si elle attribuait à ses principes démocratiques une valeur assez universelles pour qu’elle pût les étendre aux populations dont elle avait la charge.

La France, et c’est à son honneur, a choisi. Ayant choisi, et pour que les mots aient un sens, il fallait aller jusqu’au bout. Des intérêts particuliers se sont opposés à cette entreprise et se sont essayés à arrêter l’histoire. Mais l’histoire est toujours en mouvement et les peuples évoluent en même temps qu’elle. Aucune situation historique n’est jamais définitive. Et si l’on ne veut pas adopter l’allure de ses variations, il faut se résigner à la laisser échapper. C’est pour avoir ignoré ces vérités élémentaires que la politique française en Algérie est de vingt ans en retard sur la situation réelle. Un exemple fera comprendre la chose.

En 1936, le projet Blum-Viollette  a marqué le premier pas fait en avant, après dix-sept ans de stagnation, vers la politique d’assimilation. Il n’avait rien de révolutionnaire. Il revenait à conférer les droits civiques et le statut d’électeur à 60 000 musulmans environ. Ce projet, relativement modeste, souleva un immense espoir parmi les populations arabes. La quasi-totalité de ces masses, réunies dans le Congrès algérien, affirmait alors son accord. Les grands colons, groupés dans les Délégations financières  et dans l’Association des maires d’Algérie , opérèrent une telle contre-offensive que le projet ne fut même pas présenté devant les Chambres.

Ce grand espoir déçu a naturellement entraîné une désaffection aussi radicale. Aujourd’hui, le gouvernement français propose à l’Algérie l’ordonnance du 7 mars 1944, qui reprend à peu près dans ses dispositions électorales le projet Blum-Viollette .

Cette ordonnance, si elle était appliquée réellement donnerait le droit de vote à près de 80 000 musulmans. Elle accorde aussi la suppression du statut juridique exceptionnel des Arabes, suppression pour laquelle les démocrates de l’Afrique du Nord ont lutté pendant des années. L’Arabe n’était en effet soumis ni au même code pénal que le Français, ni aux mêmes tribunaux. Des juridictions d’exception plus sévères et plus expéditives le maintenaient dans une sujétion constante. L’ordonnance a supprimé cet abus et cela est un grand bien.

Mais l’opinion arabe, qui a été douchée, reste méfiante et réservée, malgré tout ce que ce projet comporte de bienfaisant. C’est que l’histoire, justement, a marché. Il y a eu la défaite et la perte du prestige français. Il y a eu le débarquement de 1942 qui a mis les Arabes au contact d’autres nations et qui leur a donné le goût de la comparaison. Il y a enfin la Fédération panarabe, dont on ne peut ignorer qu’elle est une séduction perpétuelle pour les populations nord-africaines. Il y a enfin la misère qui accroît les rancœurs. Tout cela fait qu’un projet qui aurait été accueilli avec enthousiasme en 1936, et qui aurait arrangé bien des choses, ne rencontre plus aujourd’hui que méfiance. Nous sommes encore en retard.

Les peuples n’aspirent généralement au droit politique que pour commencer et achever leurs conquêtes sociales. Si le peuple arabe voulait voter, c’est qu’il savait qu’il pourrait obtenir ainsi, par le libre exercice de la démocratie, la disparition des injustices qui empoisonnent le climat politique de l’Algérie. Il savait qu’il ferait disparaître l’inégalité des salaires et des pensions, celles, plus scandaleuses, des allocations militaires et, d’une façon générale, de tout ce qui le maintient dans une situation inférieure. Mais ce peuple semble avoir perdu sa foi dans la démocratie dont on lui a présenté une caricature. Il espère atteindre autrement un but qui n’a jamais changé et qui est le relèvement de sa condition.

C’est pourquoi l’opinion arabe, si j’en crois mon enquête, est, dans sa majorité, indifférente ou hostile à la politique d’assimilation. On ne le regrettera jamais assez. Mais avant de décider ce qu’il convient de faire pour améliorer cette situation, il faut définir clairement le climat politique qui est devenu celui de l’Algérie.

De nombreux horizons ont été ouverts aux Arabes et, comme il est constant dans l’histoire des peuples que chacune de leurs aspirations trouve son expression politique, l’opinion musulmane d’aujourd’hui s’est groupée autour d’une personnalité remarquable, Ferhat Abbas et de son parti, les Amis du Manifeste. Je parlerai dans mon prochain article  de cet important mouvement, le plus original et le plus significatif qu’on ait vu paraître en Algérie, depuis les débuts de la conquête.

_____________________________

Conclusion

[...] Les massacres de Guelma et de Sétif ont provoqué chez les Français d’Algérie un ressentiment profond et indigné. La répression qui a suivi a développé dans les masses arabes un sentiment de crainte et d’hostilité. Dans ce climat , une action politique qui serait à la fois ferme et démocratique voit diminuer ses chances de succès.

Mais ce n’est pas une raison pour en désespérer. Le ministère de l’Économie nationale a envisagé des mesures de ravitaillement qui, si elles sont continuées, suffiront à redresser une situation économique désastreuse. Mais le gouvernement doit maintenir et étendre l’ordonnance du 7 mars 1944 et fournir ainsi aux masses arabes la preuve qu’aucun ressentiment n’entravera jamais son désir d’exporter en Algérie le régime démocratique dont jouissent les Français. Mais ce ne sont pas des discours qu’il faut exporter, ce sont des réalisations. Si nous voulons sauver l’Afrique du Nord, nous devons marquer à la face du monde notre résolution d’y faire connaître la France par ses meilleures lois et ses hommes les plus justes. Nous devons marquer cette résolution et, quelles que soient les circonstances ou les campagnes de presse, nous devons nous y tenir. Persuadons-nous bien qu’en Afrique du Nord comme ailleurs on ne sauvera rien de français sans sauver la justice.

Ce langage, nous l’avons bien vu, ne plaira pas à tout le monde. Il ne triomphera pas si aisément des préjugés et des aveuglements. Mais nous continuons à penser qu’il est raisonnable et modéré. Le monde aujourd’hui sue la haine de toutes parts. Partout, la violence et la force, les massacres et les clameurs obscurcissent un air que l’on croyait délivré de son poison le plus terrible. Tout ce que nous pouvons faire pour la vérité, française et humaine, nous avons à le faire contre la haine. A tout prix, il faut apaiser ces peuples déchirés et tourmentés par de trop longues souffrances. Pour nous, du moins, tâchons de ne rien ajouter aux rancoeurs algériennes. C’est la force infinie de la justice, et elle seule, qui doit nous aider à reconquérir l’Algérie et ses habitants.

Albert Camus – mai-juin 1945

source:www.ldh-toulon.net

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Entretien avec Lounis Aggoun (1/2)

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

Entretien avec Lounis Aggoun (1/2)
Algérie : Les années de sang et les complicités de la France

par Silvia Cattori*

L’indépendance n’a pas permis à l’Algérie de sortir de la violence. Loin s’en faut. Le pouvoir n’a pas été rendu au peuple, mais a été accaparé par un groupe, initialement choisi par la France pour protéger ses intérêts. Pour se maintenir, ce groupe n’a pas hésité à manipuler des islamistes et à plonger le pays dans un nouveau cycle de violence. Dans un ouvrage documenté, « La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable », Lounis Aggoun dénonce un système élaboré par des Algériens avec le soutien de la France, puis des Etats-Unis, au détriment de tout un peuple.




Entretien avec Lounis Aggoun (1/2) dans vive l'algerie(128) 1-2380Silvia Cattori : Votre ouvrageAlgérie. 200 ans d’inavouable » [1] est très impressionnant. 600 pages, denses, captivantes, s’appuyant sur une ample documentation, qui parlent avec empathie d’un peuple maltraité, mis à genoux. On comprend que c’est là le récit d’un homme meurtri par la souffrance de son peuple, résolu à se confronter à cette réalité brutale, à la vérité. Est-ce comme cela que vous le vivez ? « La colonie française en

Lounis Aggoun [2] : Je ne souhaite pas mêler mes écrits au flot intarissable de contresens et de contrevérités qui font office de littérature sur l’Algérie. Comment ne pas être meurtri lorsqu’on est le témoin permanent du spectacle de son peuple martyrisé ? Comment ne pas être révolté ensuite de voir le tyran se draper de vertu et se présenter comme le garant de la liberté, le meurtrier, le violeur, le voleur, le voyou, en somme tout ce qui fait l’Etat algérien, venir quotidiennement nous asséner ses leçons de morale ? Il n’y a pas de juste milieu dans le drame algérien. Il y a d’un côté le territoire des colons (les nouveaux s’entend) et de l’autre celui des colonisés, qui vivent une réalité affreuse. Une fois que l’on a pris conscience de cela, pouvons-nous simplement vaquer à nos occupations ? J’ai beau essayer, je n’y arrive pas.

Silvia Cattori : L’histoire récente de l’Algérie, de ses relations avec la France, relève du mensonge permanent, dites-vous dans votre livre. La France, voulant préserver coûte que coûte ses intérêts stratégiques en Algérie, a-t-elle vraiment œuvré de façon à ce que, après 1962, l’Algérie ne puisse pas accéder à la pleine possession de sa souveraineté ? L’Algérie comptait-t-elle davantage pour la France, que d’autres anciennes colonies ?

Lounis Aggoun : Les choses ne se présentent pas de façon aussi manichéenne. Cela dit, l’œuvre faussement libératrice du général de Gaulle en Afrique est connue. Comment croire qu’il ait conçu en AlgérieAlgériens. Loin s’en faudrait. Mais entre son projet, d’une Algérie indépendante entre les mains d’un pouvoir garant des intérêts français (cela, ce sont ses propres propos qui l’attestent) et la concrétisation (une dictature abominable qui a exacerbé toutes les turpitudes de l’ancien colon), il y a une marge et un fleuve de sang. Les dérives du pouvoir après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 sont de la responsabilité des Algériensalgérienne. Après, c’est une trivialité de dire que l’apprenti-sorcier a perdu le contrôle de sa créature diabolique. C’est tout cela que j’ai souhaité documenter dans cet ouvrage, en m’appuyant non pas sur des racontars mais sur les déclarations des plus hauts responsables concernés au sein de l’Etat français et du pouvoir algérien. La vérité est là, écrite par bribes. J’ai simplement réuni les bribes et la vérité émerge, aveuglante. Il suffit de vouloir la regarder en face, pour tenter de reconstruire le futur sur des assises saines ; ou détourner les yeux et continuer à fonder les relations entre les deux pays sur des sables mouvants. Les faiseurs d’opinion pourront continuer (je ne me fais aucune illusion) à prétendre que la France n’est pour rien dans le désastre algérien après l’indépendance et que ceux qui affirment le contraire ne sont que des excités immatures ; les faits sont accablants et la démonstration restera. le projet contraire à celui qui était le sien dans le reste du continent ? Cela ne revient pas à dire qu’il souhaitait le malheur des (quelles que soient les influences extérieures, qui sont réelles). Mais le mensonge originel (et il est colporté par ceux-là mêmes qui prétendent militer pour la vérité et l’histoire) consiste, un demi-siècle après, à nier qu’au départ il y a une volonté du pouvoir français de noyauter l’administration

Silvia Cattori : L’affirmation que l’Indépendance a été suivie « d’une première décennie d’élimination des élites et de noyautage » met à mal la vision romantique qui avait cours dans les années 60-70, d’une Algérie socialiste triomphante, admirable, toute engagée dans le soutien des mouvements de libération, dotée de brillants diplomates, forte d’une remarquable politique étrangère ? Etait-ce une vision totalement erronée ? Pouvez-vous expliciter ?

Lounis Aggoun : Entre les envolées lyriques de Houari Boumédiène [3] sur la scène internationale et la réalité qu’il imposait au peuple algérien, il y a la différence entre le jour et la nuit. Et comme dans toute illusion, les déconvenues sont d’autant plus douloureuses que le rêve était beau. Quant aux brillants diplomates (et il n’est pas question de dire qu’il n’y en eut pas), ils n’ont servi que de caution à des politiques qui relèveraient du crime contre l’humanité si une justice internationale pouvait se pencher sur la question. Au demeurant, la réponse à votre question est simple : la qualité de cette administration peut aisément se mesurer au fait que l’un de ses plus éminents membres, Abdelaziz Bouteflika, est devenu président en 1999, près de quarante ans après avoir jeté les jalons de la dictature algérienne ; et qu’il poursuit son œuvre dévastatrice en ce moment même. Il faut toujours se méfier des histoires romantiques. C’est la vocation de l’élite de ne pas y sombrer. Or, des observateurs et les commentateurs de tous ordres continuent de colporter des sornettes qui justifient le maintien d’un pouvoir dont ils se prétendent les opposants.

Silvia Cattori : Vous avez sans doute des raisons qui vous permettent d’associer Ahmed Ben Bella à Boumediene et Bouteflika. Ben Bella, invité à la tribune de grands rassemblements, et fort applaudi, comme je l’ai constaté au Forum social européen (FSE) à Florence en Italie, en novembre 2002, demeure très estimé. Qu’a-t-il en commun avec eux ?

Lounis Aggoun : Ben Bella, c’est l’homme qui a confisqué la liberté aux Algériens. À ce titre, il endosse la plus lourde responsabilité dans le malheur de son peuple. Depuis qu’il a été déchu, je ne crois pas avoir entendu dans sa bouche un début d’autocritique. Au contraire, chaque fois qu’il intervient, c’est pour accabler les meilleurs cadres politiques de la Révolution et pour justifier le sort qui leur a été réservé (souvent leur meurtre). Qu’il fasse illusion dans les forums mondiaux est significatif de l’efficacité du travail des historiens et des journalistes. Quant aux organisateurs de ces forums, ils sont souvent ceux-là mêmes qui ont été bercés par l’aventure romantique que vous évoquez ; et ils ne souhaitent pas plus que les autres qu’on détruise leurs idoles. Ils sont nombreux dans la mouvance communiste qui, après s’être trompés en 1938 en soutenant Staline (avant de se ressaisir – une fois n’est pas coutume – dans la Résistance), puis en 1956 en votant les pouvoirs spéciaux à l’armée (ils soutiendront de la même façon une autre sale guerre en 1992, en prétendant vouloir sauver les Algériens d’eux-mêmes, et en relayant une politique proprement génocidaire, baptisée sans complexe « éradication »), ont cru se refaire une virginité en soutenant le pouvoir totalitaire qui s’installait en Algérie. Ils ont fait de ce soutien l’œuvre positive de leur vie. On aura alors beau les mettre aujourd’hui face à l’évidence, ils préféreront détourner les yeux.

Mais votre question mérite d’être élargie. Lorsqu’on découvre les affres du pouvoir actuel, les crimes du précédent paraissent en comparaison véniels (les 200 000 morts de la décennie 1990 sont un crime de masse ineffaçable, mais les menées destructrices à l’œuvre en ce moment auront à long terme des conséquences plus graves encore). Au vu de la décennie 1990, celle de 1980 avec Chadli paraît avec le recul somme toute assez douce. Et si l’on tient compte des affres de la décennie 1980 de Chadli, le règne de Boumediene paraît relever de l’âge d’or de l’indépendance algérienne. Connaissant les abominations du régime de Boumediene, l’ère de Ben Bella (où s’est pourtant fondée la dictature) paraît donc relever d’une époque de rêve. Outre que le temps apaise les malheurs engendrés par les pouvoirs successifs, cela traduit la descente inexorable aux enfers des Algériens. C’est cette réalité que j’ai aussi voulu retracer dans ce livre. Quant aux organisateurs de forums sociaux, il n’est jamais trop tard pour sortir de l’univers onirique où ils se complaisent et l’on peut espérer qu’ils cesseront de mêler leur énergie à celle des extrêmes qu’ils prétendent combattre…

Silvia Cattori : Tous les chapitres de votre livre sont passionnants et méritent débat. J’aimerais m’entretenir avec vous en particulier de ces événements que vous décrivez avec précision et qui, dès 1988, préparent le pire. Je crois que peu de gens savent ce qui s’est réellement passé tout au long de ces « années de sang ». Tout cela est terriblement accablant. Jusqu’à quel point le visage de l’Algérie a-t-il été bouleversé à jamais ? Quand pourra-t-on dire que tout cela appartient au passé ?

Lounis Aggoun : Un peuple en cage ; voilà ce que sont les Algériensalgérien aujourd’hui. Pour s’en échapper, des hommes et des femmes liquident tous leurs biens pour s’acheter un hypothétique passage en Europe. Sur des barques délabrées qui coulent sitôt en haute mer, ou sur des bateaux en courant le risque d’être jetés par-dessus bord par des équipages qui ne souhaitent pas avoir des ennuis avec les services d’immigration des pays où ils accostent. Si l’âme du peuple s’échine à échapper à la furie, le paysage dans lequel évolue la population a été quant à lui totalement abîmé.

Les Algériens souhaitaient la liberté ; on les a plongés dans la dictature. Ils ont voulu imposer la démocratie en 1988 ; on les a plongés dans l’horreur. Aujourd’hui, ils ne connaissent que des ennemis : ceux-ci se bousculent devant chez eux pour s’accaparer les richesses (pétrole, gaz, minerais, …) que recèle leur sous-sol. Il y a aussi ceux qui vendent des armes au régime qui les assassine. Ceux qui voudraient les sauver de leur prétendue propension à la barbarie et qui viennent expérimenter sur eux l’arsenal de la terreur. Ceux qui les accusent de tous les malheurs du monde et qui, au nom de cela, s’arrogent le droit de les piller. N’oublions pas les médias et les élites occidentales qui désinforment à leur sujet quand elles s’expriment sur eux et qui se volatilisent lorsqu’il devient impératif de les défendre. Dans dix ans, on découvrira que les opérations qui se mènent aujourd’hui – par un gouvernement qui est reçu en grande pompe dans les salons occidentaux – relèvent de crimes contre l’humanité. Et l’on assistera alors non pas à la condamnation de ces crimes, mais à l’élaboration de nouveaux crimes plus abominables encore, qui empêcheront l’opinion occidentale de s’appesantir sur ceux d’aujourd’hui. Et aujourd’hui donc, naturellement, pour éviter que soient traités les crimes de la décennie 1990, le pouvoir est en train de tenter de corrompre la population dans ce qu’elle a de plus intime, ses ressorts sociaux. Et ce pays que je vous décris est dépeint dans les colonnes des médias français comme un Eldorado économique, un exemple de démocratie.

Silvia Cattori : Aujourd’hui, il est devenu clair pour vous que le Groupe islamique armé (GIA) était une émanation de la Sécurité militaire algérienne, une « organisation écran ». Cela était-il déjà clair pour vous dans les années 90 ?

Lounis Aggoun : Cela était clair pour les rescapés des massacres à l’instant même où ils enterraient leurs proches. Mais que vaut la parole d’un supplicié quand personne ne consent à l’écouter, et même à l’entendre ? Il suffit de ne pas se départir de ce qui est le propre de l’homme, la faculté à raisonner, pour savoir que si certains attentats étaient bien l’œuvre des islamistes radicaux, les plus emblématiques, ceux qui ont eu le plus grand retentissement en Occident, étaient bien trop bénéfiques pour le régime, et pour lui seul, pour ne pas être suspects : il était essentiel que l’on ne s’interroge pas sur l’identité de leurs véritables commanditaires. Mais que vaut de savoir, que vaut même que tout le monde sache si les seules paroles que l’on entende dans les médias français, aujourd’hui, 10 ou 20 ans après les faits, ressassent la même rengaine falsificatrice. Ceux qui, il y a quinze ans, affirmaient déjà que les émirs les plus sanguinaires, Djamel Zitouni et Ali Touchent par exemple, étaient des agents du DRS (Département du renseignement et de la sécurité) comptent parmi les grands responsables des services de sécurité français. C’est l’un de ces secrets de Polichinelle. Cela n’empêche pas les médias de faire comme si personne ne savait et de débiter des contresens à longueur de journal.

Silvia Cattori : Ceux qui sont au courant de ces pratiques secrètes relevant de la « stratégie de la tension », utilisées par les États à l’insu de leurs citoyens, [4] savent, ou peuvent immédiatement comprendre, que tout ce que vous décrivez et qui paraît appartenir à l’inimaginable est malheureusement bien réel, à savoir qu’une poignée de généraux algériens ont délibérément plongé leur propre pays dans le chaos dans le but d’en accuser le Front Islamique du Salut (FIS), [5], et que la « guerre d’éradication » contre les islamistes avait des mobiles cachés. Mais le grand public, qui est désinformé, qui ignore tout de ces stratégies machiavéliques, comment pourrait-il imaginer que les coupables ne sont pas les islamistes mais les généraux qui les manipulent ? Le peuple algérien sait-il ce qui se trame véritablement ?

1-2378 dans vive l'algerie(128)Lounis Aggoun : D’abord, pour être viable, un gros mensonge doit se fonder sur une part de vérité. Des islamistes radicaux, il y en a eu en Algérie et il y en a toujours. Des islamistes désireux de plonger le pays dans la terreur, il y en a. Des islamistes qui souhaitent rééditer contre le colon intérieur les « exploits » de la génération de 1954, il y en a. Mais, comme dans toute société, ils sont une ultra-minorité, que les ressorts démocratiques existant auraient pu cantonner dans cette dimension marginale. Le pouvoir, dont les desseins détestables sont avérés, a planifié (il s’agit d’une préméditation et non pas d’une dérive) de se greffer sur cette minorité, qu’il a grossie de ses propres effectifs, pour pousser les islamistes non pas à la modération mais à la radicalisation. À titre d’exemple, le « majliss echoura » du FIS, son instance dirigeante, est passé à un moment sous le contrôle absolu du DRS ; certains de ses dirigeants sont aujourd’hui des ministres de Bouteflika ou des députés et offrent leur pays au pillage international. De tous les leaders de premier rang, seul Ali Benhadj était sans doute un homme sincère.

Comment échapper à la désinformation ? Les Algériens savent et ne sont pas dupes. Je ne parle évidemment pas des Algériens que les journalistes et les entrepreneurs français croisent dans les bars de l’Alleti ou l’Aurassi et pour qui la vie est belle. Je parle de l’AlgérieAlgérie du troisième collège. Quant aux Français qui souhaitent échapper à l’aveuglement, ils savent qui il faut lire et qui il faut écouter. J’ajouterais que « les Français de la France profonde » subissent aujourd’hui les mêmes coups de boutoirs de la part de l’Etat français et sont victimes au même titre que les Algériens. C’est pour cela que dire la vérité, entière, quand on la connaît, partout où l’occasion se présente, est une opération de salubrité publique, qui dépasse le cadre de l’Algérie. Car le monde entier prend un bien mauvais chemin, et ce qui est devenu le quotidien des Algériens risque fort de se « globaliser ». Et l’on accusera ensuite les Français de ne pas avoir été assez courageux pour parer des offensives contre lesquelles ils seront alors devenus impuissants…
Mais votre question doit être examinée avec plus de recul. Dans une manipulation, il ne faut pas confondre manipulateur et manipulé(s), tout comme il faut distinguer le désinformateur des personnes qu’il abuse. Il ne faut pas retomber dans ce travers algérien qui consiste à accuser la victime d’être victime. Une société reste complexe. Et si la grande masse consacre le peu d’énergie dont elle dispose pour s’en sortir, se dépêtrer de la glu où on l’a piégée, elle ne peut pas être accusée d’être mal informée, d’être mal avisée. Le tort en revient à ceux dont la vocation est de l’informer et de l’aviser. Je ne crois pas que le peuple aime qu’on lui mente. En tout état de cause, tous ceux que j’ai croisés à la suite de mes interventions m’ont demandé, sitôt leur lecture achevée, de leur en dire davantage et m’ont même parfois sermonné d’avoir atténué l’âpreté d’une information. Aucun parmi eux ne m’a jamais accusé d’en avoir trop dit. En revanche, la plupart des « gardiens des lignes éditoriales » qui m’ont sollicité pour écrire se sont empressés de me poser des garde-fous. M’ont reproché d’en dire trop, de décrire une vérité trop crue. En somme, ils me demandent de maquiller la vérité pour, pensent-ils, ne pas effaroucher le lecteur. Ignorent-ils que la moindre brèche dans une vérité empoisonne cette vérité et la tue ?
profonde, l’

Silvia Cattori : Durant ces années de répression sauvage, François Mitterrand était au pouvoir en France. Vous ne semblez pas avoir apprécié les implications de son gouvernement dans ce dossier. Celui-ci a-t-il favorisé la politique de ces généraux algériens qui multipliaient les opérations sanglantes contre leur peuple ? Les a-il réellement considérés comme « le rempart contre l’islamisme radical du FIS » ?

Lounis Aggoun : L’alibi du « rempart contre le terrorisme » est commode. C’est une grosse ficelle pour masquer des rapts à grande échelle. La responsabilité de François Mitterrand est monumentale. Je l’ai démontrée. Mais Mitterrand est un homme et la politique est œuvre collégiale. Il a présidé des gouvernements de gauche, et des gouvernements de droite. De tous les hommes politiques qui l’ont entouré, ils ne sont pas nombreux à pouvoir se targuer d’avoir montré un sens de l’honneur concernant les relations avec l’Algérie. Si la responsabilité est partagée, celle de François Mitterrand crève tous les plafonds en ce sens qu’il avait le pouvoir d’agir dans un sens noble et il a systématiquement agi de façon détestable. Il y aurait des livres entiers à écrire sur la question…

Cela étant, les dangers de l’islamisme radical ne doivent pas être minimisés. Et bien des anciens leaders du FIS (ceux qui aspiraient à redonner au peuple algérien sa dignité, même au prix de contorsions culturelles discutables) endossent une lourde responsabilité pour avoir, par inadvertance, contribué à plonger le pays dans le chaos. Pire, 20 ans après les faits, ils se murent encore dans le silence et refusent d’apporter le témoignage qui pourrait aider les observateurs à comprendre mieux l’histoire récente de leur pays. En d’autres mots, ils refusent délibérément d’aider leur peuple à connaître la vérité qui lui permettrait de s’affranchir des tyrannies qu’il subit. Exemple parmi d’autres, il est plus qu’évident qu’Abassi Madani, leur chef, travaillait main dans la main avec le DRS. Ils sont nombreux à pouvoir apporter leur témoignage. Ils ne le font pas. Cette faute est encore plus mortelle que les conséquences de leur amateurisme d’il y a 20 ans.

Silvia Cattori : L’Elysée ne pouvait pas ignorer que les attentats qui faisaient des milliers de morts étaient contrôlés par les services secrets algériens. Quel intérêt avait la France à mettre un terme au processus de démocratisation en Algérie et à se servir de l’instrumentalisation de la menace islamiste ?

Lounis Aggoun : La réponse à votre question peut tenir en un livre. C’est même celui que je viens de faire publier. L’intérêt de la France et de François Mitterrand n’est pas de ces choses auxquelles on peut répondre ponctuellement par un oui ou un non. C’est affaire de dynamiques, d’engrenages, de realpolitik, de prédations économiques, de chantages, de préjugés, d’esprits de revanche mal consommé, de peur parfois, etc. Il ne faut d’ailleurs pas confondre l’intérêt de la France et celui de ses gouvernants. Chaque jour qui passe montre qu’ils sont mêmes antinomiques.

Silvia Cattori : Pour n’avoir pas accepté la poursuite du processus démocratique en Algérie, et avoir approuvé l’interruption par la force de l’accès au pouvoir du Front Islamique du Salut (FIS), les puissances occidentales ont donc permis aux généraux algériens d’ouvrir les portes de l’enfer ?

Lounis Aggoun : Encore une fois, les dynamiques et les engrenages à l’œuvre s’étalent sur des années, des décennies. Si l’on avait expliqué aux dirigeants français que l’interruption de la démocratie en Algérie en 1991 engendrerait la décennie morbide que l’on a connue, sans nul doute qu’ils auraient réfléchi à deux fois. Mais l’art d’un manipulateur est de faire que les décisions et les actes qu’il demande d’entériner ou de soutenir masquent les conséquences qui en découleraient. Une fois que les conséquences se révèlent, il est trop tard, il faut faire avec le réel, et éviter que les choses empirent, et donc soutenir une dictature qu’il suffit de présenter comme un rempart contre le pire.

Mais avant d’aller plus loin, je voudrais rétablir un fait. On prétend depuis 20 ans que la démocratie en Algérie va porter les islamistes au pouvoir. Il n’y a rien de plus faux. Les islamistes, au plus fort de leur mobilisation, c’est-à-dire à un moment où le régime a neutralisé toutes les forces démocratiques et aidé le FIS à se structurer, n’ont pas joui d’une popularité dépassant 30 %. En juin 1991, des élections législatives auraient dû porter au pouvoir une coalition démocratique. Les généraux algériens ont simulé une guerre civile qui a duré une nuit pour mettre fin au processus démocratique et éliminer le seul gouvernement qui ait œuvré dans l’intérêt du peuple algérien, le gouvernement Hamrouche. Sitôt le processus électoral interrompu (avec les applaudissements du pouvoir français), le DRS a désigné un gouvernement avec pour objectif de lancer un autre processus électoral dont l’objectif était de faire gagner le FIS et de justifier la fin de la démocratie que le peuple ne méritait pas. Six mois d’une gigantesque manipulation après, le général Larbi Belkheir, maître d’œuvre de cette opération, annonce cette victoire soigneusement planifiée des islamistes. On connaît la suite.

Silvia Cattori : Qu’en est-il, depuis la disparition de Larbi Belkheir et Smaïn Lamari, des relations entre le régime de Bouteflika et l’Elysée ? Et des actes que l’on attribue à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ? Qui se cache derrière ce nom ?

Lounis Aggoun : La réponse à votre question tient en une phrase : L’AQMI et le DRS sont une même organisation. Le reste est littérature. Les déboires de la France avec le pouvoir algérien viennent de ce que ses plus fidèles agents (Larbi Belkheir et Smaïn Lamari) sont décédés respectivement en 2010 et en 2007. La France se retrouve donc avec un interlocuteur qui n’est pas dans les mêmes dispositions à leur égard. Le maître actuel du régime, Toufik Mediene, préfère jouer d’autres cartes, américaine, chinoise, etc. C’est cette guerre souterraine qui se traduit sur le terrain par des enlèvements, et des humiliations à répétition infligées par l’AQMI (le DRS) à la France. Le pire, c’est que ni les hommes politiques, ni les journalistes, qui ont pratiqué le mensonge permanent, ne peuvent expliquer les vrais dessous. Et ce sont les experts-imposteurs habituels que l’on retrouve sur tous les plateaux de télévision. Des manipulateurs pour qui la vie des otages compte pour quantité négligeable.

Silvia Cattori : Vous revenez à maintes reprises sur le rôle de Jack Lang, Hubert Védrine, Jean-Louis Bianco, Jacques Attali. Pourquoi ces personnages-là, si prisés par nos médias encore aujourd’hui, sont-ils plus particulièrement blâmables ?

Lounis Aggoun : Ces hommes sont quelques-uns des bons conseillers du pouvoir de l’ombre en Algérie, autour de Larbi Belkheir. Ils sont donc, à des degrés divers, les architectes de l’œuvre de cet homme : la destruction de l’Algérie et le renvoi de son peuple dans les affres d’une colonisation pire que la colonisation, et qui n’ose pas dire ce qu’elle est…

A suivre…

source: voltairenet.org

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Entretien avec Lounis Aggoun (2/2)

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

Entretien avec Lounis Aggoun (2/2)
Algérie : Les années de sang et le rôle des agents d’influence

par Silvia Cattori*

Les crimes commis par le régime militaire algérien sous couvert de lutte contre le terrorisme ont été blanchis dans la presse internationale par des agents d’influence. Au centre de ce dispositif, observe Lounis Aggoun dans un entretien avec Silvia Cattori, des tireurs de ficelles (Jacques Attali, Bernard-Henry Lévy, etc.) et des second couteaux peu scrupuleux (Yasmina Khadra, Daniel Leconte, Xavier Raufer, Mohamed Sifaoui etc.).




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Al Qaida au Magreb Islamique (AQMI), un pseudo groupe islamiste contrôlé par le DRS algérien, sert à justifier la guerre au terrorisme et les pleins pouvoirs du régime militaire algérien.

Cet entretien fait suite à :
« Algérie : Les années de sang et les complicités de la France ».

Silvia Cattori : En 1999 les téléspectateurs francophones ont pu voir, horrifiés, « Bentalha autopsie d’un massacre » [1]  ; ce reportage montrait que, dans la nuit du 22 au 23 septembre 1997, l’armée algérienne avait sauvagement tué quelque deux cents villageois. En vous lisant on comprend que ces révélations n’avaient alors pas réussi à lever le voile sur les crimes d’État. Notamment à cause de « l’influence de Bernard-Henri Lévy [2] et d’une brochette d’intellectuels négatifs, André Glucksmann [3], Denis Jeambar [4], Daniel Leconte [5], etc.), bien secondés par des hommes politiques influents », dont Jack Lang et Hubert Védrine. Pouvez-vous expliciter comment cette « influence » s’est manifestée ?

Lounis Aggoun : Il faut d’abord saluer la rédaction de France 2 qui a eu le courage de présenter ce document ; il y avait à cette époque Paul Nahon et Bernard Benyamin. Elle n’a plus osé reproduire l’expérience, depuis notamment qu’Arlette Chabot en a été nommée directrice et où la culture du mensonge a atteint une apogée.

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Bernard-Henri Lévy, magnat français néoconservateur. Il contrôle d’une main de fer le contenu idéologique d’une grande partie des médias et de l’édition en France.

Concernant Bernard-Henri Lévy (surnommé BHL), on connaît son rôle habituel dans la galaxie médiatique et l’influence néfaste qu’il a exercée en 1998 en publiant dans Le Monde – à la suite d’une visite de deux jours sous escorte militaire en Algérie – un texte où il exonérait les généraux algériens de tous leurs crimes, hormis peut-être, disait-il, celui d’incompétence.

Permettez que je cite un extrait de la réponse de Pierre Bourdieu à Bernard-Henri Lévy, qu’aucun média n’a jugé opportun de publier, et qui illustre bien le personnage :
« Tous ceux qui ont été là, jour après jour, pendant des années, pour recevoir les réfugiés algériens, […] qui se sont mobilisés, dès juin 1993, dès les premiers assassinats, non seulement pour apporter secours et protection autant que c’était possible, mais pour essayer de s’informer et d’informer, de comprendre et de faire comprendre une réalité complexe, et qui se sont battus, inlassablement […] pour arracher la crise algérienne aux visions unilatérales, tous ces intellectuels de tous les pays qui se sont unis pour combattre l’indifférence ou la xénophobie, pour rappeler au respect de la complexité du monde en dénouant les confusions, délibérément entretenues par certains, ont soudain découvert que tous leurs efforts pouvaient être détruits, anéantis, en deux temps trois mouvements. Deux articles écrits au terme d’un voyage sous escorte, programmé, balisé, surveillé par les autorités ou l’armée algérienne, qui seront publiés dans le plus grand quotidien français, quoique bourrés de platitudes et d’erreurs et tout orientés vers une conclusion simpliste, bien faite pour donner satisfaction à l’apitoiement superficiel et à la haine raciste, maquillée en indignation humaniste. Un meeting unanimiste regroupant tout le gratin de l’intelligentsia médiatique et des hommes politiques allant du libéral intégriste à l’écologiste opportuniste en passant par la passionaria des « éradicateurs » [6]. Une émission de télévision parfaitement unilatérale sous des apparences de neutralité. Et le tour est joué. Le compteur est remis à zéro. L’intellectuel négatif a rempli sa mission : qui voudra se dire solidaire des égorgeurs, des violeurs et des assassins, – surtout quand il s’agit de gens que l’on désigne, sans autre attendu historique, comme des « fous de l’islam », enveloppé sous le nom honni d’islamisme, condensé de tous les fanatismes orientaux, bien fait pour donner au mépris raciste l’alibi indiscutable de la légitimité éthique et laïque ? […] » [7]

Bernard-Henri Lévy, ce médiocre penseur présenté partout comme un intellectuel, cet essayiste engagé aux côtés des puissants — en l’occurrence, des criminels de masse — a réussi à mettre sous chape un mouvement d’opinion naissant en France, favorable au peuple algérien.

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Le massacre de Bentalha (22 septembre 1997)

Cela se passait quelques mois après le massacre de Bentalha où, rappelons-le, les militaires qu’il exonérait ainsi de toute responsabilité, avaient planifié et exécuté — en encadrant des escadrons de la mort constitués de terroristes « islamistes » à leur solde — le massacre indicible d’un millier de personnes en quelques heures de la nuit, dans un secteur soigneusement balisé par l’armée qui, pour toute intervention, s’est bornée à empêcher les populations des villages voisins de porter secours aux assiégés, et à barrer la route aux victimes pour les forcer à regagner les lieux du massacre.

Le jour où cette vérité — que ne contestent que ces « agents » de la désinformation — sera admise par les médias, Bernard-Henri Lévy apparaîtra sous son vrai visage : celui du complice de bien des crimes de masse, de bien des crimes contre l’humanité, et le receleur des spoliations qui en découlent. En attendant, il est considéré comme le philosophe contemporain le plus talentueux du monde.

En vérité, les élucubrations de Bernard-Henri Lévy ne font illusion que dans le microcosme médiatique-politique français qui, contre l’évidence, et de façon délibérée, tente d’imposer une vision binaire du monde où il y a d’un côté les bons démocrates, eux, le Bien, et de l’autre les « islamo-terroristes » et leurs complices, c’est-à-dire tous ceux qui ne prennent pas ce qu’ils professent pour argent comptant, le Mal. Et si Bernard-Henri Lévy a cette influence, c’est qu’il peut compter sur de solides soutiens dans les médias.

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Daniel Leconte, journaliste français néoconservateur et producteur associé à Bernard-Henry Lévy

Sur Arte, une chaîne télévisuelle qui ne manque pourtant pas de compétences, de journalistes et d’historiens intègres, Daniel Leconte sévit en potentat et semble détenir un pouvoir exorbitant. Qu’il y officie comme journaliste à l’éthique problématique, passe encore, étant donné que c’est le sport national. Mais il est aussi copropriétaire — avec Bernard-Henri Lévy — d’une maison de production, Docs en stock, où il réalise des films très contestables du point de vue de la déontologie et de la rigueur. Arte et France télévisions sont devenus un terrain conquis où tous ses films sont diffusés, sans restriction. Les trusts sont interdits dans tous les domaines, sauf dans les médias, où Bernard-Henri Lévy et Daniel Leconte jouent sur du velours.

C’est donc dans ce cadre qu’Arte a organisé une soirée Thema où Bernard-Henri Lévy et Leconte ont déversé leur fiel sur le plateau et au travers de reportages où la partialité était le moindre de leurs défauts. Le matraquage fait ensuite son œuvre, le dogme défendu par cette cohorte malfaisante étant le suivant : les tueurs à l’œuvre en Algérie étaient, de manière évidente, uniquement les fanatiques islamistes comme l’affirmaient les généraux au pouvoir ! Ainsi décrétés innocents par essence, les vrais criminels, pour l’essentiel des agents du DRS (Département du renseignement et de la sécurité), des escadrons de la mort, des ninjas, des milices, purent poursuivre leur œuvre en toute impunité. Et si, ma foi, quelques dérapages étaient à déplorer, ils étaient selon lui parfaitement excusables puisqu’ils avaient pour mission pionnière de barrer la route à la « barbarie islamiste » menaçant la France et l’Occident.

Faire passer des généraux génocidaires pour les sauveurs du monde, voilà l’œuvre en Algérie de Bernard-Henri Lévy, ce « Mickey Mouse » — la comparaison est d’Emir Kusturica, à l’occasion du conflit des Balkans où Tartarin-BHL avait commis des engagements analogues — de la pensée intellectuelle. On connaît aussi son engagement en faveur de la politique israélienne et contre le peuple palestinien, son acharnement contre l’Iran, le Venezuela de Chavez et j’en passe.

L’effet immédiat a été de stopper net le mouvement d’opinion naissant. Ce n’est pas sans conséquence pour le peuple algérien, qui a continué à subir les meurtres de masse sans qu’il soit possible à quiconque, dans le monde entier, de protester, sous peine d’être accusé de soutenir le fanatisme islamique. Concrètement, le régime, qui était sur le point d’être dénoncé à l’échelle mondiale, en est sorti blanchi, renforcé, et légitimé à poursuivre son action meurtrière.

Bernard-Henri Lévy et Daniel Leconte, en anges de la terreur, endossent une lourde responsabilité dans la mort violente de dizaines de milliers d’innocents massacrés après leur intervention, l’armée jouissant d’une impunité acquise grâce à ce blanc-seing.

Si l’Algérie était indépendante aujourd’hui, elle serait fondée à les traîner devant les tribunaux internationaux pour complicité de crimes contre l’humanité. Au lieu de cela, Bernard-Henri Lévy est toujours l’ambassadeur de la position française dans le monde ; et Daniel Leconte continue de déverser à la télévision son venin sur les Maghrébins et les immigrés musulmans, car il voit des barbares dans toutes les banlieues défavorisées entourant Paris.

Silvia Cattori : Tout cela est ahurissant ! La « brochette » des personnalités que vous incriminez dans votre livre s’allonge au fil des pages : Jack Lang, Hubert Védrine, Jean-Louis Bianco, Jacques Attali, Jean-Louis Bruguière [8], Antoine Sfeir [9], Daniel Leconte, Franz-Olivier Giesbert, Guillaume Durand, Yves Calvi, Mohamed Sifaoui, Yasmina Khadra. Ces gens que vous regroupez, qu’ont-ils en commun ? Ont-ils une égale responsabilité dans la collaboration avec « ce simulacre d’Etat » algérien, au cours de ces « années de sang », de cette « sale guerre » qui a fait plus de 200 000 morts ? Selon vous, quelle place occupent précisément Mohamed Sifaoui et Yasmina Khadra ?

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Mohamed Sifaoui, journaliste algérien néo-conservateur

Lounis Aggoun : Mohamed Sifaoui est un homme prêt à « éradiquer » un peuple si cela peut lui apporter une minute de « gloire » à la télévision. Il est une bénédiction pour ce milieu où il fallait un « bougnoule de service ». Il a un profil idéal pour professer la haine du musulman, la haine du jeune de banlieue qui, dans sa dialectique, rêverait de terroriser l’Europe ; la haine des Algériens qui, de son point de vue, sont indignes de la démocratie et ne sauraient rien en faire sinon élire des terroristes à leur tête ; la haine des immigrés qui, prétend-il, n’auront de cesse que lorsqu’ils auront islamisé la France. S’il se conduit de la sorte, ce n’est nullement par conviction, mais parce que c’est l’islamophobie qui paie en ce moment ; il professerait la même haine contre le Français s’il était à Alger, la haine du Satan judéo-américain s’il était en Iran, qu’il prend soin de déverser devant des co-invités triés sur le volet et aussi acharnés que lui.

Voici une anecdote. Invité par I-Télé [10] après un terrible attentat à Alger, je croise Mohamed Sifaoui dans les couloirs, lui aussi convié à réagir à l’événement. Après m’avoir serré la main pour jauger mes intentions, et ayant estimé la consistance de ma poignée de main par trop molle, présageant une attitude hostile à son égard, il se laisse maquiller, fait quelques pas dans le couloir, puis se jette sur son manteau et s’éclipse en simulant une crise, accusant la rédaction d’insulter la mémoire des victimes en donnant la parole à des individus comme moi. Simulacre d’indignation pour éviter d’être confronté à un contradicteur en direct, sans échappatoire possible. En différé, il aurait pu exiger que soient coupées les séquences dérangeantes pour lui, comme il le fit un jour dans l’émission télévisée Arrêt sur images où il avait exigé rien de moins que la censure d’Olivier Roy, réduit à faire de la figuration sur le plateau.

Voilà pour la méthode du « combattant de la démocratie » Sifaoui. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. On croirait que la rédaction d’I-Télé trouverait intolérable qu’un simple invité lui dicte sa conduite et s’interdise de le solliciter à nouveau. Mais une rédaction n’est pas un corps uni et l’inénarrable Robert Ménard [11] — le plus grand pourvoyeur d’agents du Département du renseignement et de la sécurité algérien, dans les médias français du temps où il était directeur de Reporters sans frontières — le reçoit en octobre 2010 dans une parodie de débat musclé qui n’avait d’autre but que la promotion du dernier ouvrage de Sifaoui. Ce dernier préconisa qu’Eric Zemmour soit interdit de parole à la télévision publique dans son propre pays, au prétexte qu’il est raciste — en somme, un ultra-raciste devisant avec un autre sur le sort à donner à quelqu’un qui l’est nettement moins qu’eux deux —, Ménard, devenu de façon instantanée, après une virée décevante dans les pays du Golfe, où comme chacun sait, règne partout la plus grande liberté de la presse, l’intellectuel-scientifique-moralisateur-paternaliste, qui trouve tout ce qui le dérange « ridicule », « stupide même », devenu l’âme en quelque sorte de la chaîne quand son patrimoine intellectuel repose sur deux idées simplistes, en concordance de vues avec Sifaoui, qu’il ressasse à longueur d’interviews : « La France, terre chrétienne » et les « Arabes, réfractaires à la démocratie ».

Les médias français, et des hommes comme Jean-François Kahn ou Paul Amar, promeuvent un Mohamed Sifaoui qui, s’il parvenait au pouvoir, les enverrait au bûcher sans la moindre hésitation.

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Mohammed Moulessehoul (alias Yasmina Khadra), officier algérien chargé de la répression contre les islamistes en Oranie. Il se retire soudain de l’armée, signe des romans et incarne depuis une fausse opposition à celle-ci.

Le cas de Yasmina Khadra – pseudonyme de Mohammed Moulessehoul – se veut plus subtil. Ayant anéanti l’opposition, les généraux algériens avaient besoin de quelqu’un pour l’incarner dans les médias français. D’où la pseudo-retraite de l’armée de cet homme pour personnifier une opposition dans un univers où toute entorse à la version officielle est interdite. Un prétendu opposant qui a justement pour particularité d’être toujours en phase avec les projets du DRS et qui colle parfaitement avec le discours officiel. Son rôle : sous-estimer la menace ou la nier lorsqu’elle existe et l’inventer quand elle n’existe pas. Un agent parachuté derrière les lignes ennemies pour faire son œuvre de sabotage de la démocratie, en quelque sorte. Un « intellectuel » qui se croit digne des meilleurs prix littéraires français et qui serait bien en peine de produire une dissertation digne d’un élève de terminale si elle ne lui était pas soufflée par une brigade de rédacteurs du DRS. Un rôle qu’il peut jouer d’autant plus facilement que, à l’instar de Sifaoui, le terrain est balisé devant lui pour qu’il ait rarement à faire face à un contradicteur qui l’affronte sur le fond.

Mais l’ambition de M. Moulessehoul (Khadra) bute contre une réalité incontournable : il ne sait pas s’exprimer, ce qui l’oblige à restreindre ses interventions à la télé aux opérations de promotion de « ses » ouvrages où un discours indigent vient systématiquement contredire l’érudition supposée des textes qu’il signe. Un vrai débat résoudrait la question en une seule fois et établirait de façon irrévocable que Sifaoui et Khadra sont les ennemis du peuple algérien, les ennemis de la démocratie, les alliés du terrorisme international, les alliés des stratèges de la tension, bref, tout ce qui constitue un bon agent du DRS.

Silvia Cattori : Un passage de votre livre (page 535) me semble également éclairer des manipulations qui ont entouré la guerre contre le peuple d’Afghanistan [12] et continuent d’alimenter la propagande contre l’Iran, propagée en sous main, par Israël [13] : « Ceux qui ont délibérément soutenu un programme qui proclame ouvertement l’éradication d’une partie de la population, ceux qui ont offert leur aide à une tyrannie sur le point d’être démasquée, et ont assuré le relais de leur propagande à un régime mafieux, ne sont pas de simples spectateurs mais des complices. Le journaliste, l’expert médiatique, l’homme politique, peuvent gripper cette machine, or, ils n’ont contribué qu’à huiler ses mécanismes. Il s’agit là du stade suprême de la complicité. (…) C’est cette tâche ignoble qu’ont froidement accomplie Bernard-Henri Lévy et André Glucksmann, bien secondés par Daniel Leconte et quelques autres leaders d’opinion en 1998. (…) Non contents de ne rien faire au bénéfice des victimes, ils ont activement milité pour empêcher la mobilisation de s’organiser pour freiner les bourreaux… » Ce passage a de quoi inquiéter sur les complicités qui contribuent à assurer une audience à ces personnages machiavéliques. Avec ce que l’on sait aujourd’hui de leur alignement [14] sur Israël et les néoconservateurs, on en déduit qu’ils ne sont pas arrivés sur ce terrain par hasard, par erreur !? Sont-ils attachés à un appareil précis ?

Lounis Aggoun : Je me garde d’énoncer des choses dont je ne sais rien et je m’efforce de ne rien écrire que je ne serais capable de défendre devant un jury d’assises. Je me contente de ce je sais pour certain et cela est déjà suffisamment accablant pour cette communauté parasite. Pour autant, les réseaux financiers, industriels, médiatiques, intellectuels, etc., sont bien documentés par de nombreux ouvrages parus ces dernières années. Et les méfaits avérés de Bernard-Henri Lévy sur le peuple algérien sont suffisamment graves pour qu’il soit inutile d’en rajouter. Chacune de ses interventions a été une atteinte à la simple raison, une atteinte à l’humanité.

Silvia Cattori : « Entendre les médias traiter de sujets concernant les Algériens est pénible », écrivez-vous, à la fin de votre ouvrage. En quoi les chaînes télévisées TF1 et France 2 [15], que vous appelez à ne plus regarder, sont-elles plus particulièrement blâmables ? Pensez-vous que leurs rédactions savaient que les massacres attribués au Front Islamique du Salut (FIS) ou au Groupe islamique armé (GIA), faisaient partie d’une « stratégie de la tension » soutenue par des grandes puissances, dont la France ? Est-ce pour étouffer « l’inavouable » qu’elles continuent de solliciter Alain Bauer [16] et Xavier Raufer [17], que vous dites appartenir à une « nouvelle classe d’experts, d’agents d’influence ayant fait carrière dans les services » ?

Lounis Aggoun : Je dis simplement que, quand on a compris que TF1 fabrique du mensonge, que son journal télévisé ne fait pas de l’information mais du bourrage de crâne pour rendre le cerveau de son auditoire « disponible » pour Coca-Cola — selon les termes de son ancien président —, il faut être logique avec soi-même et ne pas contribuer à grossir les audiences qui légitiment ses agressions contre la vérité. Cela étant, TF1 est une entreprise privée qui n’a pas vocation à informer mais à aider son patron à gagner des contrats pour bétonner le monde [18] ; et elle le fait somme toute bien. Le cas de France 2 est plus grave puisque son ambition proclamée est d’informer et qu’elle a une mission de service public qui devrait lui interdire de jouer avec la vérité. Or, sa rédaction réalise le tour de force de faire pire que TF1. Quand Monsieur Pujadas ment, il trahit la confiance de ceux qui financent son salaire, c’est plus pénible. La seule justification qu’il donne à ses trahisons est que ses pourfendeurs sont populistes et jouent le jeu du Front National (FN).

Il ne serait pas très compliqué de démontrer que David Pujadas — tout comme Daniel Bilalian avant lui — ont plus contribué au succès des thèses du FN que Jean-Marie Le Pen lui-même. Et depuis que Nicolas Sarkozy a repris dans des termes encore plus crus les thèses du FN, elles trouvent subitement grâce aux yeux de Pujadas.

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Christian de Bongain (Alias Xavier Raufer), journaliste et criminologue français. Il a travaillé pour diverses couvertures de la CIA, dont le National Strategy Information Center de Bush père.

En voyant les avions percuter les Tours Jumelles, Pujadas a eu cette réaction consternante : « Génial ! ». On devine aisément ce que les propagandistes auraient fait de ce moment « culte » de télévision s’il s’était agi d’un « jeune de banlieue ». Le passage aurait tourné en boucle dans tous les films, comme preuve irréfutable de la barbarie terroriste qui menace aux portes de Paris. S’agissant de Pujadas, tout le monde s’est accordé pour lui trouver des circonstances atténuantes ! Les loups n’ont pas la réputation de s’entredévorer. Et dans cet univers de prosélytisme islamophobe, un Xavier Raufer est une perle : « Il n’y a que parmi les chercheurs du CNRS qu’on croit encore que l’islam n’est pas un danger », affirmait-il devant Yves Calvi il y a quelques années. Tandis que, évoquant les tortures dans la prison d’Abou Ghraïb, Antoine Sfeir disait : « On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. » Pas davantage de protestations. On est pourtant bien sur la télévision publique. On peut multiplier à l’infini les citations d’interventions de Jean-Louis Bruguière, Louis Caprioli, Roland Jacquard, Paul Ammar, Daniel Leconte, Philippe Val, etc., qui sont des hymnes racistes, islamophobes, des déclarations qui n’ont rien à envier aux outrances du leader du FN.

Silvia Cattori : Cette « deuxième » guerre d’Algérie n’a-t-elle pas conduit au climat de méfiance et de rejet que les Arabes musulmans connaissent aujourd’hui, notamment en France ? Et au fait que les Algériens, où qu’ils se trouvent, ont des raisons d’être inquiets ? En somme tout s’est déroulé comme les stratèges d’Etat le voulaient ?

Lounis Aggoun : La stratégie de la peur n’est pas nouvelle. Les généraux algériens voulaient garder le pouvoir, quitte à « éliminer deux millions d’Algériens ». Voilà la chose faite.

Silvia Cattori : En Algérie, la vérité est dangereuse pour ces dirigeants qui n’ont pas la conscience tranquille. Mais est-ce aussi le cas en France ?

Lounis Aggoun : Le fait que la vérité soit dangereuse n’empêche pas les Algériens de la réclamer, au péril de leur vie. Le courage des familles de victimes du terrorisme et de leurs comités de défense — qui ont préféré l’honneur dans le dénuement aux millions que les généraux étaient prêt à leur verser pour obtenir leur démission et leur silence — est infiniment plus méritoire que tous les livres que l’on peut publier à l’abri de la répression immédiate. Et ils sont nombreux à écrire des vérités accablantes en Algérie même. Le seul journal qui ait annoncé la sortie de mon livre ne se trouve pas en France ; c’est le Quotidien d’Algérie, et c’est pour en dire du bien. Les médias français occultent systématiquement les efforts incessants des Algériens pour recouvrer un peu de dignité et la souveraineté sur leur propre terre. Une grande partie du drame algérien se vit hélas en France de même que s’y situe le nœud gordien de sa résolution. Mais les médias français ont atteint un tel stade de compromission qu’ils pratiquent l’omerta dans une mesure plus importante encore qu’en Algérie, où certaines révélations parviennent à filtrer, à la faveur de luttes de clans qui se traduisent par des règlements de comptes dans les médias.

Silvia Cattori : Il existe des gens qui ont une exigence de vérité, mais le grand public n’y a quasiment jamais accès. Ce ne sont pas eux qui sont généralement invités à s’exprimer. Vous leur faites honneur dans votre livre du reste. Je pense à ce témoin important de la collusion franco-algérienne : Lucile Schmid [19] Y a-t-il une autorité qui leur fait barrage ?

Lounis Aggoun : C’est même une règle que les seuls qui soient admis dans le débat en France se situent aux extrêmes et que ceux qui peuvent contribuer à la concorde entre les peuples algérien et français sont systématiquement bannis des médias. L’ambassadeur des Nations Unies à Alger, Paolo Lombo, fut invité à quitter le territoire après les inondations de Bab-el-Oued, en 2001, quand il déclara que les Algériens avaient besoin de liberté et de démocratie et non qu’on leur donne du pain. Un téléthon organisé en grande pompe — couronné par un match de football Algérie-OM — a réuni 2 milliards de dinars dont les habitants de Bab-el-Oued n’ont jamais vu la couleur.

Tout le monde peut constater au quotidien — au point que ça en devient caricatural — que chaque fois que quelqu’un est disposé à dénigrer le peuple algérien et à vanter les mérites du pouvoir militaire, il est accueilli avec force compliments sur tous les plateaux de télévision. A contrario, quiconque prend la défense du peuple et critique le régime en est aussitôt banni : Bourdieu y était un paria, François Burgat y est inexistant, et Olivier Roy en a complètement disparu. On peut multiplier les exemples à l’infini, de spécialistes de l’Algérie, d’anciens journalistes du Monde et de Libération — qui ont vécu dans le pays et l’ont aimé — qui ne sont jamais invités à s’exprimer. Anne Dissez était présente dans les bureaux du FIS en décembre 1991, et a été témoin direct, lors de l’annonce des résultats de l’élection, du blêmissement du dirigeant du FIS de l’époque, Abdelkader Hachani (un intellectuel, attaché à la démocratie et à l’intérêt de son pays, et non moins islamiste), qui ne souhaitait nullement la victoire. Hachani a été assassiné depuis par le DRS parce que ne cadrant pas bien avec l’image de l’islamiste égorgeur de bébés que les généraux voulaient présenter ; Anne Dissez a été quant à elle invitée à quitter le pays, manu militari. Jean de la Guérivière, Georges Marion, José Garçon, Florence Aubenas, Joëlle Stoltz, je pourrais vous citer une longue liste de journalistes capables de parler intelligemment de l’Algérie et qu’on ne peut accuser d’être des fanatiques de l’islam. Outre d’interdire l’accès à ces « intellectuels positifs », on dissuade les journalistes encore attachés à quelque probité intellectuelle en mettant au placard quiconque s’aventure à inviter ces empêcheurs de désinformer en rond.

Je ne parle évidemment pas des Algériens, suspects par postulat. Personne ne trouve sidérant que, depuis la décennie 1990, tout ce que l’Algérie a engendré comme grands esprits se soit totalement volatilisé. Ne reste à offrir au public français que le discours indigent de Mohamed Sifaoui et Yasmina Khadra. Au génocide physique succède l’extermination médiatique de tous les intellectuels algériens dans le paysage audiovisuel français.

Le pouvoir français, les médias français, sont sous influence directe des services algériens ; ce n’est un secret pour personne. En fait, en l’état actuel des choses, il n’y a rien que le pouvoir algérien ne puisse se permettre en France. Il peut faire exploser des bombes, assassiner des hommes, semer la terreur, et ce sont les médias et les hommes politiques français qui viendront à son secours pour proclamer qu’il est insoupçonnable. Le pouvoir qu’exerce Alger sur Paris est exorbitant. Quiconque détient un pouvoir ou une influence a été acheté par les généraux durant l’année 2003, joliment baptisée « année de l’Algérie en France » ; les réfractaires sont quant à eux graduellement écartés. Des milliards ont été déversés pendant toute une année sur tous ceux qui se déclaraient disposés à faire la promotion du régime, à « collaborer » avec l’Algérie comme le répétait alors le VRP de Bouteflika, Cheb Mami. Le scandale Khalifa, et ses 7 milliards d’euros de fonds dilapidés (qui ne sont que la partie émergée de l’iceberg de la spoliation), n’est pas une affaire algéro-algérienne, c’est presque une affaire franco-française ; l’Algérie n’a fait, comme toujours, que fournir le fric.

Silvia Cattori : J’aimerais revenir sur les relations entre le régime de Bouteflika et l’Elysée et sur des actions que l’on attribue à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) évoquées lors du précédent entretien. En effet celui-ci a suscité un abondant courrier de lecteurs qui, à ma surprise, paraissent convaincus que les actes attribués par les divers pouvoirs à l’AQMI sont manipulés par l’État algérien avec la complicité de services français notamment !

Lounis Aggoun : Je vous le disais précédemment : AQMI, c’est le DRS. Rendez-vous compte qu’au moment où le monde occidental proclame dans une belle unanimité que le terrorisme est le fléau primordial à combattre, les intéressés se donnent comme préalable de leurs investigations d’exclure de la liste des suspects le principal coupable. Le DRS a beau signer ses actes terroristes, les juges, les politiques, les médias et les policiers français concernés, organisent des mascarades pour le disculper et pour tenter d’identifier un coupable par essence impossible à confondre puisqu’il est, par décret, insoupçonnable. Restent les lampistes, ceux qui se sont pris les pieds dans le filet, Khaled Kelkal, Boualem Bensaïd, Rachid Ramda et consorts, qui endossent une bien lourde responsabilité au regard de leurs capacités réelles, et que les divers protagonistes (policiers, chroniqueurs judiciaires, jusqu’aux associations de victimes) acceptent comme les parfaits boucs émissaires pour évacuer le problème en se donnant bonne conscience — les personne arrêtées sont, à un degré ou un autre, coupables — pendant que les commanditaires des actes en cause sont reçus avec faste à l’Elysée pour organiser le pillage des ressources de l’Algérie.

Tout cela conduit à dire que l’AQMI a de beaux jours devant elle. Mais le nom de cette organisation est en soi un chef d’œuvre de manipulation. En quatre mots, on met au ban de l’humanité, sans autre justification que celle de voir ces mots ainsi accolés, l’islam et tous les peuples du Maghreb, en les liants à Al-Qaïda et Oussama Ben Laden. On prétend, dans une déclaration, que l’organisation est soutenue par Al-Qaïda et financée par des pays et des organisations très riches et, dans la même phrase, qu’elle a besoin d’enlever des Européens pour se financer. On affirme un moment qu’elle est suréquipée — sans que jamais, au grand jamais, les intérêts du régime algérien contre qui elle est censée se battre soient mis en danger — et l’instant d’après que c’est une armée de gueux. On prête à l’organisation le dessein de mener une guerre totale aux envahisseurs et aux Occidentaux, et tout le monde trouve normal qu’elle n’ait jamais attenté à leurs intérêts — et surtout pas aux étasuniens qui pullulent dans la zone — quand le désert, où elle est censée vivre « comme un poisson dans l’eau », recèle des milliers de kilomètres de pipelines qu’il serait très aisé de faire exploser.

On affirme l’organisation décimée et, sans transition, que le demi-millier de ses soldats contrôle un territoire grand comme l’Europe de l’Ouest, dans un terrain parmi les plus hostiles de la planète, où se concentrent pourtant les forces armées de quatre pays qui, officiellement, les traquent, avec l’appui des forces spéciales de la France, de l’OTAN, des USA, etc. On proclame que ces terroristes sont capables de frapper où ils veulent, quand ils veulent, et chaque fois qu’ils frappent, c’est dans un dessein trouble mais dont on découvre tôt ou tard qu’il sert des objectifs purement crapuleux, qui n’ont en tout cas strictement rien à voir avec un quelconque mobile religieux. On prétend ces hommes irréductibles et on diffuse régulièrement leurs sommations contre tel ou tel pays s’il ne se conforme pas à leurs exigences, abroger la loi sur la burqa en France par exemple. Est-ce à dire que si la France se plie à cette exigence, AQMI accepterait de la laisser piller les pays du Sahel de ses ressources ?

Comment concilier cela avec le dessein initial d’Al-Qaïda, qui est de mener une guerre totale contre les Occidentaux ? Jamais AQMI — et, avant elle le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) ou encore le GIA — n’a commis un acte, en 20 ans d’existence à maintenant, qui ait contribué à affaiblir le régime et à servir le peuple. On peut aisément prouver que chacune de ses actions d’envergure est intervenue à un moment clé qui a eu pour conséquence de desservir le peuple algérien et de renforcer le régime.

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Amari Saïfi (alias Abderazak el Para ou Abou Haydara), dit « le Ben Laden du Sahara », leader du GSPC. Ce « terroriste islamiste » est en réalité l’ancien commandant de la garde du ministère de la Défense algérien et un agent du Département de renseignement et de sécurité (ex-Sécurité militaire)

Dans la littérature foisonnante sur AQMI, qui rappelle que Amara Saïfi [20], alias Abderazak El-Para, alias « le Ben Laden du Sahara », vit paisiblement au club des Pins à Alger, après avoir été présenté comme celui qui a conduit au ralliement du GSPC à Al-Qaïda ? Tout ça pourrait être loufoque, mais des « experts », des « spécialistes », des « directeurs d’instituts », de « centres de recherche », d’« observatoires », se relaient sur tous les plateaux télévisés pour nous conter, sans rire, une fable qui ne tient que parce qu’elle est énoncée sans contradicteur, par des individus qui peinent à masquer leur filiation avec les services secrets, les centrales mêmes qui gagnent à diffuser toutes ces intoxications. Tous ces pouvoirs illimités, de police, de justice, de médias réunis, ne parviennent pas à produire une version des faits qui puisse résister à la moindre contradiction. C’est pour cela que s’impose le bannissement de toute parole se démarquant de l’histoire officielle.

La lutte antiterroriste à l’échelle mondiale telle que la conduisent les décideurs actuels et leurs propagandistes est un échec patent. Elle n’a pas pour conséquence de diffuser la démocratie là où elle est inexistante, elle l’anéantit là où elle existait. C’est exactement l’objectif des terroristes. La seule réponse concrète des pouvoirs occidentaux consiste à proposer des mesures de fichage de la population, la multiplication des systèmes de surveillance, de biométrie, et donc à anéantir tout ce que les démocraties ont de démocratique. Et pour quel résultat « pragmatique » ?

La présence de Français dans le Sahel risque à la longue d’être intenable. L’intérêt stratégique – si l’on aborde la question du point de vue purement cynique de l’intérêt français – est pourtant vital. Roland Jacquard, Xavier Raufer, Antoine Sfeir, Louis Caprioli, Jean-Louis Bruguière, Mohamed Sifaoui, voilà les ennemis de la France, car ils sont les complices directs du terrorisme international, leur discours étant axé de sorte à disculper les vrais commanditaires et à tout mettre sur le compte de lampistes.

Alors, AQMI, c’est le DRS. Tous ceux qui prétendent le contraire sont de dangereux contrefacteurs. Leur discours n’est que de l’incantation, doublée d’artifices qui ne doivent rien à la déontologie : feindre d’ignorer l’existence d’ouvrages qui attestent de la réalité de certains faits, pour ne pas avoir à donner écho à des vérités dérangeantes ; imposer la charge de la preuve à la victime, quand elle devrait incomber à celui qui accuse.

Je mets au défi quiconque, parmi tous ceux qui détiennent ces pouvoirs — de médias, de police, de justice, de politique et d’investigation de tous ordres —, d’apporter le moindre élément qui ne soit pas du ragot invérifiable, de prétendus attentats déjoués, de confidences d’agents secrets qui n’ont de vocation qu’à épater la galerie sans que leurs auteurs soient tenus d’apporter la moindre esquisse de preuve ; tout cela doublé d’un soupçon insidieux qui pèse contre quiconque apporte la contradiction de vouloir favoriser le terrorisme d’être un « conspirationniste », ce qui permet de l’écarter à moindre frais, de la manière dont on procède dans les dictatures.

Je mets au défi tous ces « experts » réunis, de présenter un seul élément tangible de ce qu’ils avancent sur AQMI, sinon des messages virtuels, envoyés par des terroristes virtuels, via des émissaires virtuels, qui attestent de thèses grotesques, qui se sont déroulés selon des scénarios rocambolesques, et énoncées devant des journalistes qui semblent n’avoir pour tout cahier des charges que de gober d’autant plus volontiers le mensonge que celui-ci est gros. Jacquard, Bruguière, Sifaoui, Sfeir, Raufer et autres Guidère — la nouvelle version BCBG (Bon chic bon genre) de l’expert qui se fout de vous — n’ont pas ambition de mettre fin au terrorisme ; ils favorisent sa dissémination et légitiment l’instauration de la dictature dans les sociétés occidentales.

Fin novembre 2010, Nicolas Sarkozy participera à une réunion de l’Union pour la Méditerranée. Lorsque l’on verra à la télévision les chefs d’Etats ainsi réunis, nous pouvons être certains d’avoir face à nous quelques-uns des plus sûrs commanditaires et organisateurs du terrorisme international et leurs complices ainsi que les receleurs de leurs actions. C’est ainsi qu’une poignée de prédateurs exercent leur férule sur la quasi-totalité de l’humanité, en lui attribuant les méfaits dont ils sont les instigateurs, puis en lui imposant d’apporter la preuve de son innocence après lui avoir ôté tous les moyens qui leur permettrait de la réunir.

Il est temps que cela s’arrête. Cela peut se faire en ne laissant plus passer le mensonge. En mettant les propagandistes, où qu’ils s’expriment, sur un plateau de télé ou dans un bar, face à l’évidence : ils sont les complices indiscutables du terrorisme. Ils seraient bien en peine de vous prouver le contraire ; malgré les pouvoirs et les moyens infinis dont ils disposent. Mettre fin au plus grand fléau de l’humanité, le terrorisme, mérite bien un débat entre gens sérieux, tout de même ! Or, Mohamed Sifaoui, la flétrissure suprême de la pensée, est considéré par les médias français comme le summum de l’intellectuel arabe. C’est criminel.

Silvia Cattori : Votre précédent livre, qui a rencontré un large public, a été occulté par les grands médias. Pensez-vous que celui-ci ait des chances de connaître un meilleur accueil médiatique ?

Lounis Aggoun : Lorsqu’on prétend aligner la chronique insoutenable de 200 ans de faits inavouables, on ne peut pas espérer voir les relais du mensonge permanent faire la promotion d’un ouvrage qui dépeint leur propre faillite. Quand bien même chacun verrait 99 raisons d’en parler — notamment parmi ceux qui prétendent militer pour la vérité, contre les médias conventionnels —, l’ouvrage recèle une centième vérité dérangeante pour lui. Il préférera donc occulter les 99 qu’il voudrait promouvoir pour ne pas donner crédit à cette centième qui l’accable. La difficulté est alors de concilier cette entorse avec la promesse de déontologie qu’il a placée sur le frontispice de son site, mais l’art du mensonge n’est-il pas de savoir se mentir à soi-même ? Recensez toutes les personnes qui auraient une petite raison de participer à l’omerta et vous aurez une idée du drame algérien. Les généraux ne sont que le couronnement d’une faillite qui dépasse hélas largement les frontières du Club des pins [21].

Pour espérer un soutien médiatique, il faut être poli. Le hasard a voulu que mon livre paraisse un mois avant un autre, tout entier consacré à l’inavouable histoire de François Mitterrand et la guerre d’Algérie [22] qui est un chapitre parmi une vingtaine du mien. L’excellent ouvrage de François Malye et Benjamin Stora a bénéficié d’un accueil enthousiaste tandis que le mien est salué par l’omerta. Pourquoi ? Au-delà de la bienveillance tout à fait légitime des médias pour l’historien respectable qu’est Benjamin Stora, il y a une autre dimension plus contestable. Leur livre est un peu de l’histoire au passé simple quand le mien est à l’imparfait. Mon livre a une projection dans le présent quand le leur est presque un solde de tout compte contre un homme qui ne peut plus nuire.

Or, et c’est une dimension dérangeante de mon livre, les démêlés de Mitterrand avec l’Algérie ne se sont pas arrêtés en 1982 en votant l’amnistie des généraux français putschistes et en redonnant aux généraux algériens — non moins putschistes — une partie des archives qu’ils ont aussitôt mises sous scellés, et interdites d’accès. Ils se sont poursuivi par-delà sa mort même. Le mien ne s’arrête pas là où c’est commode, il démontre qu’à partir de 1982, Mitterrand n’a eu de cesse de reprendre les événements là où ils étaient quand de Gaulle l’a « spolié » du pouvoir en 1958. Et que la « sale guerre » commencée en 1990, avec ses éclaboussures en France même, et encore à l’œuvre aujourd’hui, malgré les apparences, est la conséquence directe de cette obsession algérienne de François Mitterrand. L’histoire est bien accueillie tant qu’elle est inoffensive, tant qu’elle n’est pas dérangeante au présent pour « l’establishment ».

À la sortie de Françalgérie, crimes et mensonges d’Etats [23], dans une interview accordée au Quotidien d’Oran, avec Mohammed Harbi — et sans que la question du journaliste ne s’y prête vraiment — Gilbert Meynier évoque, sans le citer, « un ouvrage paru récemment » qui expliquerait tout « par la manipulation ». Le DRS a dû apprécier. Si ce qu’il proclamait, qu’on ne peut pas tout expliquer par la manipulation, est une vérité générale indigne d’un grand esprit comme lui, telle n’a jamais été notre intention. Nous avons simplement démontré par A+B que, à propos d’un certain nombre d’affaires sur lesquelles circulent des thèses mensongères, la main du DRS est patente. Pour contester notre ouvrage, il aurait été intellectuellement honnête de recenser explicitement les points de notre démonstration sur lesquels il n’était pas d’accord. Nous attendons toujours. Il n’y a jamais eu le moindre démenti sur aucune des accusations très graves, avec le nom des coupables, qui se trouvent dans le livre ; l’histoire nous a donné raison sur de nombreux dossiers — celui du meurtre barbare des moines de Tibhérine, par exemple —. Pourtant, le mensonge et la vérité officielle perdurent, qui font des Algériens un peuple de terroristes en puissance et une nuisance pour leurs voisins, et des généraux meurtriers les gardiens de la liberté et les parangons de la démocratie.

En tout état de cause, quand le moindre fait divers aux antipodes donne lieu à des dépêches et à des brèves sur les chaines d’info en continu, les médias français oscillent entre le silence total sur l’Algérie et le mensonge avéré des « intellectuels négatifs ». Et quand cela s’impose, entre le meilleur, qu’incarnent ces historiens qui ont produit une part importante de la connaissance sur l’Algérie, et le pire, incarné par Mohamed Sifaoui et Mohamed Moulessehoul / Yasmina Khadra, il y a un vide inexplicable sinon par la volonté de plaire au régime des généraux. Où est passée la « masse manquante », des centaines de milliers d’intellectuels, de journalistes, de scientifiques, de chercheurs, de cadres de haut vol, que chacun n’aurait aucun problème à trouver dans son environnement immédiat ? Il suffit de ne pas poser la question pour qu’elle n’appelle aucune réponse dérangeante.

Bref, quand la vérité historique n’est pas mensonge, elle doit être calibrée pour être « commercialisable ». L’histoire est devenue un fonds de commerce que ses « légitimes » propriétaires — ils se partagent l’espace avec des charlatans de tous ordres, de faux prophètes, des imposteurs, des apprentis-sorciers, pour tout dire des terroristes — gèrent avec science. Et, épisodiquement, au compte-goutte, ils concèdent une vérité dérangeante, à raison d’un succès de libraire par an. À ce rythme, il faudrait un siècle de succès de librairie pour espérer voir émerger enfin, par reconstitution de bribes, une vérité entière. Pendant ce temps, un peuple se meurt. C’est un peu lourd comme sacrifice à consentir pour ne pas commettre de crime de lèse-autorité médiatique.

Silvia Cattori : En conclusion, quelles perspectives pour l’Algérie ?

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Jacques Attali, économiste et essayiste français, né à Oran. Scribe du président François Mitterrand, il joua un rôle central dans les relations franco-algériennes et le développement du pouvoir militaire.

Lounis Aggoun : Le problème de l’Algérie ne se résoudra pas tant que la France est sous influence algérienne. Et vice versa. Le principal problème est d’ordre médiatique, lié directement à l’information. Ce n’est pas un hasard si celui qui a aidé Larbi Belkheir et son cabinet noir à s’approprier l’Algérie dans les années 1980, l’architecte de la décomposition du pays, le concepteur du libéralisme sauvage (la forme moderne de la tyrannie) et barbare qui a ruiné l’Algérie, est celui-là même à qui Nicolas Sarkozy confie le soin de dresser la liste des « réformes », l’arsenal de la spoliation du peuple par les puissants, à mener en France : Jacques Attali. Un homme omniprésent dans les médias français.

Nous somme à un carrefour de l’humanité. Ou les peuples parviennent à renverser la vapeur en reprenant les rênes de leur destin, ou ils s’engagent dans un monde de terribles féodalités. Ayant compris cela, la question est de savoir si nous, le peuple, allons les laisser nous mener docilement à l’abattoir. J’ai répondu qu’il fallait une révolution et que la révolution consiste non pas à sombrer dans le piège de la violence — dont les seuls bénéficiaires sont les puissants, les dictateurs, les forces occultes, les apprentis-sorciers, les vendeurs d’armes, les prédateurs de tous poils, les manipulateurs, les garants du mensonge officiel, les terroristes — mais tout simplement à exiger la vérité. La révolution, ce peut être aussi simple qu’une carte postale envoyée assidument, une fois par mois — au coût d’un timbre-poste, et jusqu’à ce que l’équité soit rétablie — à la rédaction de France 2, à David Pujadas, à Arlette Chabot, pour les rappeler à leur mission d’informer ; à un député, à un président, à tous ceux qui ont trahi, pour leur signifier que l’on ne votera pas pour eux la prochaine fois. Et de tenir parole !

Silvia Cattori : Je vous remercie.

source: voltairenet.org

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L’Association Culturelle Imedyazen

Posté par algeriedemocratie le 27 janvier 2011

L’association culturelle Imedyazen est une association bénévole créée par des étudiants de l’Université de Bab Ezzouar à Alger en 1986, et agréée en 1989. Alors qu’elle était encore à l’université, l’association a organisé plusieurs expositions, conférences (dont une avec Mouloud Mammeri) et cours d’orthographe de la langue amazighe. Les premiers enseignants de l’orthographe amazighe ont été formés par Achab Ramdane à cette époque. A partir de 1993, l’association culturelle Imedyazen commence des cours d’orthographe amazighe par correspondance. L’association a formé, au total, 9 promotions d’étudiants en langue amazighe. En 2000, l’association Imedyazen publie, enfin, son manuel de cours et exercices intitulé « Iluɣma i Tira n Tmaziɣt (Exercices pour l’Ecriture de l’Amazigh) » préfacé par Salem Chaker. Dans les années 2000, l’association publiera plusieurs autres livres dont une collection appelée « Tizi n Tira » avec 4 recueils de contes. La collection est destinée à la publication de la tradition orale amazighe (« Nuja d kra n Tmucuha niḍen », « Tizimert n Lfeḍḍa », « Azal n Tidi » et « Inzan ed Yefyar »). Des auteurs amis de l’association tels que Said Chemakh (enseignant universitaire), Malek Houd (poète) et Ramdane Abdenbi ont également publié leurs livres avec l’aide et sous le logo de l’association. Aujourd’hui, l’association culturelle Imedyazen prépare plusieurs nouveaux ouvrages. Elle travaille aux côtés de poètes et de gens âgés qui préservent encore la tradition orale afin de les aider à publier des livres. Elle prévoit de publier également plusieurs dictionnaires de langue amazighe et de nouvelles versions des livres des cours et exercices. Enfin, et depuis quelques années, l’associaiton Imedyazen travaille activement pour assurer la meilleure présence possible pour la langue amazighe sur Internet, à travers, notamment, des dizaines d’articles écrits ou traduits en amazigh et publiés sur son site (www.imedyazen.com) ainsi que sur un grand nombre de sites amis.

 

Omar Mouffok

(Secrétaire général de l’association)

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Le pouvoir et le pétrole en Algérie.

Posté par algeriedemocratie le 26 janvier 2011

Le pouvoir et le pétrole en Algérie. dans vive l'algerie(128) corruptioPar Ait Benali Boubekeur.

«A vouloir agir en dehors du peuple, on arrive à des résultats diamétralement opposés aux objectifs socialistes et égalitaires.» Ferhat Abbas (1)

L’Algérie, depuis son indépendance, est soumise à cette sentence de Ferhat Abbas. Actuellement, les inégalités sont tous azimuts. Les émeutes sanglantes de ces derniers jours sont là pour prouver, si besoin est, que la disparité est criante entre la classe dirigeante et le reste de la population. Toutefois, bien que le bilan de ces dernières émeutes ne soit pas aussi lourd que celui d’octobre 1988, il n’en reste pas moins que la propagation des manifestations à l’échelle nationale, telle une trainée de poudre, exprime le marasme profond de la société. Ce qui provoque, de façon inéluctable, une dichotomie entre l’Algérie utile et l’Algérie profonde. Sinon, comment pourrait-on expliquer que 75% de la population a moins de 30 ans, alors que le pouvoir est entre les mains des septuagénaires. Ce faisant, cette lapalissade n’a pas échappé aux jeunes manifestants que la richesse est réservée à une catégorie bien déterminée. En tout cas, c’est ce que note Hocine Malti à juste titre: «Les jeunes Algériens ont bien compris que les richesses en hydrocarbures de leur pays ne leur appartiennent pas, ne servent pas à faire leur bonheur, que dis-je, ne permettent pas leur survie. Et ils ne rêvent que d’une chose: fuir vers l’étranger.» (2) Bien que le sol algérien y regorge des richesses inestimables, les Algériens vivent, cinquante après le recouvrement de l’indépendance, dans la mouise incommensurable.

Cependant, doit-on mettre cela au compte de “la malédiction pétrolière” , comme le croit Hocine Malti? En partie, Oui. D’ailleurs, malgré cette richesse du sous-sol, force est de constater que le pays n’a jamais réussi à vivre en autarcie. Actuellement, l’Algérie dépend, pour ses importations, à 98% des recettes des hydrocarbures. Du coup, la paix sociale fut et est inhérente à la volonté des dirigeants de subventionner des produits de première nécessité, et ce en important des quantités suffisantes. Par conséquent, les fluctuations de la politique algérienne dépendent indubitablement de la variation des cours du pétrole. Ainsi, comprendre la nature de celui-là revient à disséquer l’importance de de celui-ci. Mais, le malheur de l’Algérie vient de la mauvaise exploitation de ses ressources. Aujourd’hui encore, les récompenses sont distribuées aux plus conciliants avec le régime. D’où le constat sévère de Hocine Malti: «L’Algérie de 2010 est doublement malade. La rapine à laquelle se sont livrés -et continuent de se livrer- les hommes du pouvoir est venue aggraver la maladie pétrolière qu’elle avait contractée auparavant.» (3) Toutefois, l’auteur relativise celle-ci en considérant que celle de ses dirigeants est encore plus grave. Voici leurs évolutions.

  1. la découverte du pétrole.

Le pétrole algérien fut découvert en pleine période coloniale. En effet, il y a exactement 55 ans, les pétroliers français découvrirent le gisement d’Edjeleh, à la frontière orientale de l’Algérie avec la Libye. Cette découverte changea du coup entièrement la donne. Elle prolongea, par conséquent, la guerre d’Algérie de six longues années. Car les enjeux énergétiques furent primordiaux. En effet, selon les prévisions françaises, la métropole n’aurait eu à apporter que 60% de sa consommation énergétique en 1960, alors qu’elle était quasi-totale en 1956. Du coup, un homme fut désigné, Pierre Guillaumat en l’occurrence, pour prendre en charge cette question névralgique. Cité par Hocine Malti, Pierre Guillaumat aurait annoncé qu’ «il fallait tout faire pour garantir l’indépendance énergétique de la France. Alors, maintenant que le pétrole était là, et en abondance, on n’allait quand même pas perdre le Sahara! A défaut de garder l’Algérie française, il fallait faire en sorte que le pétrole le soit.» (4)

Cependant, cette politique énergétique fut défendue par tous les gouvernements de la quatrième et de la cinquième République. Par ailleurs, il faut signaler que cette question avait causé, de façon sous-jacente, la chute de la quatrième République et vacillé, à plusieurs reprises, la cinquième République. Mais, sur la question énergétique, tous les gouvernements furent d’accord sur la nécessité de séparer la partie sud de la partie nord de l’Algérie afin qu’ils puissent exploiter cette richesse. En effet, pour distinguer les territoires du Sud du reste de l’Algérie, le gouvernement Guy Mollet créa l’organisation commune des régions sahariennes (OCRS), en janvier 1957. Cependant, sous la cinquième République, de Gaulle fit du pétrole sa priorité primordiale. Pour ce faire, il fit adopter une loi spécifique à la gestion du pétrole algérien, connue sous la formule suivante: «Le code pétrolier saharien (CRS)». Pour Malti, la référence au pétrole ne fit aucune mention de l’Algérie mais plutôt des territoires du Sahara. D’ailleurs, la propension des autorités françaises de séparer les deux territoires ne fut jamais démentie. Pour l’auteur de  » L’histoire secrète du pétrole algérien », «L’idée de faire du Sahara une plaque tournante au sein de l’union française et de l’ériger en tant qu’entité indépendante du reste de l’Algérie fut la ligne politique suivie par le gouvernement français jusqu’à ce 5 septembre 1961 [ soit cinq mois avant le cessez-le-feu], quand le général de Gaulle annonça, au cours d’une conférence de presse, pour la première fois et d’une manière officielle, que les départements sahariens des Oasis et de la Saoura faisaient partie intégrante de l’Algérie.»(5)

Toutefois, l’indépendance, obtenue au forceps, à l’issue d’une longue guerre de sept ans et demi, donna lieu à une immense espérance pour une population meurtrie. Les Algériens pensaient qu’en arrachant le pays à la colonisation, leur vie aurait été bien meilleure. Mais à peine la célébration de l’indépendance fut achevée, la course pour le pouvoir reprit de plus belle. La victoire, imposée par l’armée des frontières, revint au tandem Boumediene-Ben Bella. Ce dernier fut utilisé comme devanture qu’autre chose. A ce propos Hocine Malti note qu’«Au cours de l’été 1962, un homme à peine âgé de 30 ans, Houari Boumediene, colonel par le grade et chef d’État-major par la fonction, réussissait ainsi le premier coup d’État de l’Algérie indépendante. Ce faisant, il avait aussi inauguré le premier régime militaire à visage civil, un système que d’autres après lui amélioreront, jusqu’à en faire une dictature qui ne dit pas son nom prévalant encore dans l’Algérie des années 2000. Dés lors, le pétrole et le gaz, dont le pays est si riche, allaient grandement aider à consolider les pouvoirs qui s’y succéderont.» (6) Mais, en ce début des années soixante, beaucoup de contraintes pesèrent sur le régime algérien pour qu’il n’accède pas directement à ces richesses. Bien que les accords d’Evian aient prévu la dissolutions de l’OCRS, le nouvel organisme, l’OS(Organisme saharien), ne laissa pas le plein droit aux Algériens de jouir pleinement des hydrocarbures. Pour résumer simplement cette transition, on peut dire qu’il y avait eu un véritable transfert de souveraineté, mais sans que l’Algérie ait le pouvoir de gérer ses richesses terriennes. Par ailleurs, du côté algérien, Lamine Khène, ancien secrétaire général du GPRA, représenta les intérêts algériens au sein de l’organisme saharien. Ce dernier fut habilité à fixer la fiscalité inhérente à l’exploitation du pétrole. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle fut avantageuse à la France.

Cependant, les sommes d’argent engrangées furent suffisantes aux dirigeants pour s’imposer politiquement, que ce soit à l’intérieur du pays ou à l’extérieur. Selon Hocine Malti: «Son image de « leader du tiers monde » dans les années 1960 est devenue plus tard un paravent hypocrite pour ses propriétaires, les généraux à la tête de l’armée et de la police politique, la sécurité militaire: Ils ont utilisé en sous-main les milliards de dollars des hydrocarbures afin d’acheter le silence de grandes puissances mondiales sur leurs dérives antidémocratiques.» (7) Ainsi, il suffisait d’avoir une main basse sur ces richesses pour parvenir à brider la société. Peu à peu, le pétrole est devenu un enjeu de pouvoir et non pas une richesse pouvant garantir le bien être des Algériens.

    1. La bataille pour le contrôle du pétrole.

La bataille énergétique opposa d’abord les compagnies françaises au régime incarné par Boumediene-Ben Bella. Pour celles-là, elles continuèrent à fonctionner comme s’il n’y avait pas l’indépendance de l’Algérie. Et dés le départ, la tension fut très vive. La compagnie Trapal proposa, en vue de construire un troisième pipe, une participation algérienne ne dépassant pas les 20% du projet. Du coté algérien, les autorités misèrent sur une participation supérieure. De ce différend naquit, le 31 décembre 1963, la compagnie nationale, la Sonatrach (Société nationale de transport et de commercialisation des hydrocarbures). Or, au sommet, la stabilité ne fut pas au rendez-vous. En effet, Ben Bella voulut s’emparer des portefeuilles ministériels les plus sensibles. Voulut-il agir de la sorte pour contrer le clan de Boumediene (Le clan d’Oujda)? En tout cas, en ces premiers mois de l’année 1965, l’organisation de la conférence des pays du tiers monde allait le consacrer, s’il n’y avait pas eu d’embûches, le chef incontesté de l’Algérie. Selon Hocine Malti, «Alger la blanche doit abriter, au début de l’été, le sommet des pays non alignés… Ahmed Ben Bella a déjà revêtu son costume de star de ce nouveau Bandoeng, au cours du quel il va apparaître en compagnie de Gamal AbdelNasser, Josp Broz Tito, Fidel Castro, Kwane N’krumah et beaucoup d’autres leaders du tiers monde.» (8) Cette conférence n’a pas eu lieu. Et pour cause. Un coup d’État est dûment organisé par Boumediene en vue de déposer son rival. Du coup, une nouvelle période fut inaugurée en Algérie, à sa tête Houari Boumediene. Toutefois, au fil des années, la stature de Boumediene s’imposa à l’intérieur et à l’extérieur du pays, et ce bien qu’il ait parvenu au pouvoir grâce un coup de force militaire. En tout cas, en cette année 1965, il fut tout bonnement prêt à assumer lui-même le pouvoir. De l’avis de Malti, «Il voulait supprimer le paravent qu’il avait lui-même mis en place trois ans auparavant, car Ben Bella menaçait les membres de son clan, le fameux « groupe d’Oujda » qui avait orchestré le coup d’État de l’été 1962.» (9)

Cependant, sur le plan énergétique , le moins que l’on puisse dire c’est que Boumediene eut beaucoup de chances. Négocié par celui qu’il avait déposé, Boumpediene signa le nouvel accord pétrolier le 29 juillet 1965. En effet, les autorités françaises commencèrent justement à lâcher du lest en associant l’Algérie à l’exploitation des hydrocarbures à hauteur de 50% des résultats. Cet accord stipulait que même les compagnies privées, telle que la CFP (Compagnie française des pétroles), ancêtre de Total, devaient se soumettre aux clauses du présent accord. Mais, pour Hocine Malti, «le fait de fixer dans un accord algéro-français les prix postés des trois terminaux par lesquels était évacué le pétrole produit, tous champs et toutes compagnies confondus, constituait non seulement un autre acte de co-souveraineté, mais équivalait à faire savoir aux compagnies non françaises que le Sahara demeurait une chasse gardée pour la France.» (10) Toutefois, si l’année 1966, les relations entre l’administration algérienne et les compagnies françaises se passaient sans anicroches, l’année suivante connut son premier pic de difficulté. A la volonté de l’administration algérienne d’augmenter l’exploitation du champ minier, la partie française insistait sur un programme concernant les gisements déjà existants. A ce propos, Hocine Malti écrit: «Au printemps 1967, le secteur pétrolier national algérien avait commencé à prendre forme. La Sonatrach était entrée dans sa quatrième année d’existence et avait enregistré ses premiers succès. Le baptême du feu des équipes entièrement algériennes, qui avaient démarré quelques mois auparavant les activités d’exploration et de production, s’était généralement bien déroulé.» (11) Cette expérience réussie incita le gouvernement de Boumediene à franchir un nouveau cap: la nationalisation de la distribution dés le mois de mai 1968. Du coup, à partir de cette année-là, il n’y eut que des stations services à l’enseigne de la Sonatrach, argue Hocine Malti. En revanche, la même année, le chef de l’État algérien mit en place les dispositions sur la gestion du commerce extérieur. Ce monopole créa beaucoup d’entraves à la compétition économique loyale. D’où l’avènement de la corruption, sous forme de commissions. En tout cas, cette mesure handicapa plusieurs entreprises, dont la Sonatrach. Pour Hocine Malti:«Elle [Sonatrach] ne sera d’ailleurs pas l’unique entreprise à souffrir de ces mesures: toute l’économie algérienne en paiera le coût.» (12) Le monopole sur le commerce extérieur fit du régime le seul détenteur de la richesse nationale. Depuis ce temps-là, la Sonatrach devint un enjeu économique et politique important. En effet, Boumediene, pendant les treize années de règne sans partage, orienta seul la politique énergétique du pays. Cette concentration de pouvoir amena le président du conseil à mener une politique parfois incompréhensible. En effet, selon Malti: «Durant les treize années de présence de Houari Boumediene à la tête de l’État algérien, plusieurs centaines de firmes américaines ont ainsi fait d’excellentes affaires en Algérie, alors même que les relations diplomatiques entre les deux pays ont été rompues durant plus de la moitié de la période.» (13)

Cependant, bien que la corruption ait fait son apparition à ce moment-là, force est de reconnaître que la pratique fut contenue. Car elle fut avant tout contrôlée par le régime. Ou plutôt tolérée. L’exemple de Messaoud Zeghar corrobore si besoin est l’existence de ce phénomène. Il se distingua notamment dans l’affaire Chemico. En tout cas, Zeghar fut connu pour être un proche de Boumediene. En revanche, bien qu’il ait été un dictateur, le nom de ce dernier ne fut pas associé à une quelconque affaire de détournement. Il fut même l’architecte d’une des grandes réalisations économiques du pays: la nationalisation des Hydrocarbures.

  1. La reconquête de la souveraineté nationale.

la négociation de l’accord d’Alger du 29 juillet 1965 fut prévue pour l’année 1969. En effet, les dispositions, notamment fiscales, n’auraient pas dû dépasser une période de quatre ans. Tout naturellement, le conseil de la révolution saisit le gouvernement français, dés le mois d’avril 1969, en vue de discuter sur le nouveau système fiscal. Pour la partie algérienne, celui-ci devait impérativement être aligné à celui de l’OPEP, en vigueur dans plusieurs pays. Toutefois, la réponse française ne vint qu’en juin 1970. Elle contint une proposition consistant à augmenter le prix de référence de l’ordre de 27 centimes de dollar le baril, alors que la partie algérienne en réclamait une augmentation de 57 centimes de dollar. Cet éloignement des deux positions conduisit inéluctablement à une situation inextricable. Et en campant sur sa position , le gouvernement français tablait sur l’usure. Il pensait que le retrait de la France impliquait le blocage de l’exploration. En tout cas, cette attitude vint de l’idée que le gouvernement algérien ne pouvait pas se passer des compagnies françaises. Selon le témoin direct de cet épisode, Hocine Malti, chaque partie voulut imposer sa vision. Il écrit alors: «C’est pourquoi, le 13 juin 1970, le gouvernement français décida de suspendre les négociations. La riposte algérienne vint un mois plus tard: le 20 juillet 1970, le ministre de l’Industrie et de l’Énergie adressa une circulaire aux compagnies pétrolières françaises les informant qu’elles devraient dorénavant payer leurs redevances et leurs impôts sur la base prix posté de 2,85 dollars le baril.» (14) Bien qu’aucun gouvernement n’ait voulu transiger sur sa ligne de principe, un autre round de négociation fut ouvert le mois d’octobre 1970. Les sessions se déroulèrent alternativement à Paris et à Alger. Mais les discussions traînèrent sans qu’aucune solution n’ait été trouvée. Ce qui incita Boumediene à déclarer, cinq mois plus tard, l’accord du 29 juillet 1965 obsolète. Dans le discours sur la nationalisation des hydrocarbures, Boumediene justifia ainsi sa politique: «L’accord du 29 juillet 1965 stipulait que seraient entamées, dés 1969, des négociations en vue de la révision du prix servant de base de calcul de l’impôt. Nous avons négocié sans cesse de 1969 à 1970. Nous avons acquis la certitude que les Français ne souhaitaient pas aboutir à une solution. Nous avons alors fixé un prix et informé qu’il serait à l’avenir de 2,85 dollars le baril et non de 2,08.»(15) A la fin de son discours, Boumediene annonça plusieurs décisions. La principale concernait la participation algérienne à hauteur de 51%, et ce dans toutes les sociétés françaises exerçant en Algérie. Ensuite, il annonça la nationalisation intégrale de tous les gisements de gaz. Enfin, il s’engagea à nationaliser le transport terrestre de toutes les canalisations se trouvant sur le sol national.

En revanche, ces décisions ne furent pas l’objet d’une éventuelle concertation, à en croire Hocine Malti. Surtout, ces annonces furent arrêtées sans que la Sonatrach ait eu le temps de créer le réseau de clients. Pour Hocine Malti: «A Alger, personne n’avait été informé par avance de la décision que venait d’annoncer Houari Boumediene. Nous étions dans le noir le plus complet. Dans l’attente du retour du ministre de l’énergie [ qui se trouva ce jour-là à Tripoli], nous avons néanmoins tenu, le 24 février au soir, une première séance de travail.»(16) Bien que la nationalisation ait été l’une des plus grandes œuvres de Boumediene, l’auteur du livre «L’histoire secrète du pétrole algérien» révèle qu’aucun des appareils de l’État ( Les ministères des Finances, de la Justice et des commerces, les services de douanes, les services de sécurité, les banques) ne fut mis au courant. A vrai dire, Boumediene avait arbitré, seul, entre deux stratégies au sein du gouvernement. La première fut défendue par Belaid Abdesselam consistant à nationaliser, une à une, toutes les sociétés françaises à hauteur de 51%. La seconde fut défendue par Abdelaziz Bouteflika consistant à nationaliser l’ensemble des intérêts français à hauteur de 51%. Dans la seconde proposition, il pouvait y avoir certes une participation algérienne mais sans détenir la majorité des parts. Le choix de Boumediene fut porté sur la première proposition.

Cependant, le tournant de cette affaire survint le 20 avril 1971. Ce jour-là, le premier ministre français, Jacques Chaban Delma, reconnut les droits souverains de l’Algérie et accepta la nationalisation dans le secteur des hydrocarbures. Mais derrière cette acceptation, le premier ministre engagea des mesures de rétorsions. La première mesure fut de diminuer le flux migratoire dont l’Algérie était l’une des exportatrices de main-d’œuvre. Sur un autre niveau, la diplomatie française déploya ses efforts en vue de dissuader certains pays de s’approvisionner du marché algérien des hydrocarbures et notamment du gaz. Finalement, de cette nationalisation, les vainqueurs furent incontestablement les États-Unis. En quelques temps, plusieurs firmes firent leur apparition sur le sol du sud algérien. Toutefois, cette stabilité politique, sous la dictature, ne dura que quelques années. Et une autre période ne tarda pas à laisser place à une anarchie indescriptible.

    4) La période d’inactivité.

La disparition de Boumediene, le 27 décembre 1978, à l’âge de 46 ans, dont treize années passées au pouvoir, suscita un appétit de pouvoir. Le jour de l’enterrement, l’oraison funèbre fut lue par celui qui se considérait comme son successeur naturel, Abdelaziz Bouteflika. D’ailleurs, il ne cacha pas sa volonté de lui succéder. Le second prétendant ne fut autre que Mohamed Salah Yahiaoui, coordinateur du FLN. Mais dans les systèmes totalitaires, la course pour le pouvoir se déroule en dehors des organismes officiels. En effet, le chef de la sécurité militaire, Kasdi Merbah, centre du pouvoir réel en Algérie, décida d’organiser, à sa façon, la succession. Voici la description que fait Malti à ce propos: «Encore fallait-il, dans ce cas là, que le titulaire du poste qui allait être choisi fût facile à manœuvrer et qu’il puisse être délogé sans difficulté. Or, ni Bouteflika ni Yahiaoui ne correspondaient à ce critère. Le seul candidat potentiel qui semblait répondre à ce portrait robot était le colonel Chadli Benjedjid, chef de la 2eme région militaire depuis 1964.» (17) Pour y parvenir à ses fins, Kasdi Merbah avait désigné, lors de la longue agonie de Boumediene en novembre 1978, Chadli comme coordinateur de l’armée, poste équivalent à ce moment-là à l’intérim du ministère de la Défense. Il justifia son choix en invoquant l’ancienneté de Chadli dans les rangs de l’armée. Ce fut le officier le plus ancien dans le grade le plus élevé. Ce choix fut entériné en janvier 1979 par le congrès du parti. Ce dernier choisit alors l’officier le plus ancien comme seul candidat aux élections présidentielles du 7 février 1979. Avec l’appui de toute l’administration, Chadli obtint aux élections un score de 94% de suffrages, le consacrant président de la République. De ce choix irrationnel, Malti écrit: «Aux Tagarins[nom du quartier où est situé le ministère de la Défense], on savait parfaitement qu’il[Chadli] n’était pas esclave du travail et, par conséquent, on exigeait pas beaucoup de lui…De fait, ce sont ses assistants et collaborateurs qui le suppléaient dans l’accomplissement des tâches relevant de sa responsabilité à la tête de la 2eme région militaire. Parmi ces derniers, deux personnages qui joueront des rôles vitaux dans l’Algérie des années 1980, 1990 et 2000: le capitaine Larbi Belkheir, que l’on vit à l’œuvre dés le début et le lieutenant Mohamed Médiène dit «Tewfik», qui apparaitra plus tard.» (18) En effet, les nouveaux conseillers ne tardèrent pas à s’illustrer. En janvier 1980, Chadli créa la cour des comptes. Sa première victime fut l’ancien ministre des Affaires étrangères sous Boumediene. Du coup, Bouteflika décida de s’enfuir à l’étranger. Six mois plus tard, Chadli obtint le départ de Mohamed Salah yahiaoui et son remplacement par Mohamed Chérif Messaadia. Le 15 juillet de la même année, Kasdi Merbah perdit le contrôle de la sécurité militaire. Il fut remplacé par son adjoint Nourredine Yazid Zerhouni. L’ancien responsable de la Sonatrach sous Boumediene, Sid Ahmed Ghozali, fut limogé du ministère de l’hydraulique. Il fut exclu du FLN en décembre 1980. La nouvelle équipe dirigeante parvint ainsi à éloigner les prétendants à la succession. Mais plus spécialement, Chadli et ses conseillers décidèrent de refermer la page de l’époque Boumediene. En effet, selon Malti, «En nommant un premier ministre, il a voulu donner l’impression d’instaurer une plus grande collégialité au sein du pouvoir, le président ne monopolisant plus toutes les fonctions. Mais, plus qu’une option politique, cette décision reflétait plutôt l’incompétence et le caractère indolent de Chadli, qui avait tendance à confier à d’autres les responsabilités qu’il rechignait à assumer.»(19) En tout cas, la rupture avec la période de Boumediene fut totale. Bien que la politique industrielle sous Boumediene n’ait pas atteint ses objectifs, la nouvelle ère fut caractérisée par l’absence de toute politique d’investissement. Le marché national ne tourna que grâce aux importations. Par conséquent, un plan anti-pénurie fut lancé en 1981. Confirmé en 1983, lors du 5eme congrès du FLN, ce plan fut placé sous le slogan «Pour une vie meilleure.» Or, ces plans ne pouvaient être lancés sans une conjoncture favorable: l’envolée des cours des hydrocarbures. Selon Malti: «Ces bouleversements à répétition du marché pétrolier avait fait passer le prix officiel du pétrole saharien à 30 dollars le baril à la fin de 1979, puis à 42 dollars à la fin de 1980. Sachant que, au moment de l’accession de Chadli au pouvoir, il oscillait entre 13 et 14 dollars, les revenus de l’Algérie avaient donc triplé en l’espace de deux années.»(20)

Cependant, cette période faste connut vite le temps de désenchantement lorsque les prix des hydrocarbures baissèrent. En juillet 1986, ils atteignirent 10 dollars le baril. Cette baisse des ressources impliqua la baisse des importations. D’ailleurs, les dirigeants pouvaient-ils en faire autrement? L’abondance du début des années 1980 devint pour les Algériens un souvenir lointain. Cette dégringolade des conditions de vie connut son apogée en 1988. Le pays fut à ce moment-là en situation de cessation de paiement. Ainsi, sans une politique d’investissement ni de politique d’épargne, le pays s’en allait à vau-l’eau. Quelles furent les raisons de ce laxisme? Hocine Malti cite quatre principales raisons: «La conjugaison de ces quatre éléments (dégringolade des prix du pétrole, augmentation exponentielle des dépenses, remboursement de crédits bancaires lourds et absence de tout nouvel investissement productif) fera que l’Algérie mangera son pain blanc en quelques années.»(21) Du coup, la fin de la redistribution sonna le glas du régime en octobre 1988. Cependant, bien que le congrès du FLN ait présenté la seule candidature de Chadli aux élections présidentielles de décembre 1988, la nouvelle situation du pays incita les militaires à exiger son départ avant le terme de son mandat. En effet, avec la perspective de la victoire du FIS, due principalement au rejet de la classe dirigeante, les militaires investirent les principaux centres du pouvoir. Par conséquent, et sans exception, les présidents ultérieurs acceptèrent peu ou prou cette domination.

    5) La revanche de Bouteflika.

La compétition électorale, en Algérie, fut faussée depuis le coup d’État de janvier 1992. En effet, le pays a sombré dans une guerre civile ayant causé la mort de prés de 200000 Algériens. Aujourd’hui, avec un bilan aussi dramatique, il est difficile de croire une velléité des militaires de sauver la démocratie. Selon Hocine Malti: «A la différence de Boumediene lors du coup d’État du 19 juin 1965, les protagonistes de celui du 11 janvier 1992 n’étaient en effet aucunement disposés à en assumer publiquement la responsabilité et encore moins à en endosser les tragiques conséquences. Car leur action était principalement motivée par leur rapacité, effrayés qu’ils étaient par la perspective d’être privés de leurs fortunes par les leaders islamistes promus par les urnes.»(22)

Cependant, plusieurs personnalités furent alors appelées à assumer des responsabilités suprêmes. Abdelaziz Bouteflika fut contacté à deux reprises. La première fois en 1994 et la seconde fois en 1999. En 1999, ce fut Larbi Belkheir qui se chargea de la mission de convaincre Bouteflika. Bien que les discussions aient trainé, les deux hommes arrivèrent à s’entendre sur plusieurs points. Pour Hocine Malti: «Il[Bouteflika] s’engagea même à reprendre à son compte, dés son élection, l’accord passé par le DRS avec l’AIS et de le faire approuver par référendum. L’amnistie ainsi accordée aux combattants islamistes et l’absolution des crimes qu’ils avaient commis serait dés lors attribuées à la volonté populaire.»(23) Cependant, depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, les prix des hydrocarbures, et ce jusqu’à nos jours, connaissent une hausse vertigineuse. Hélas! Concomitamment à ces hausses des hydrocarbures, la corruption s’est propagée dans la même proportion. Et le secteur qui en souffre le plus est incontestablement celui des hydrocarbures. Ce secteur connait une privatisation sans vergogne sous l’ère Bouteflika. En effet, le premier projet d’assistance avec la Banque mondiale fut contracté le 3 mars 2001 par Chekib Khalil, ministre de l’Énergie et des Mines. Ce processus connut une célérité d’exécution incroyable. En septembre 2002, un projet de loi prévoyait «que toute entreprise pétrolière disposant des moyens techniques et financiers requis pourrait engager des travaux de recherche et d’exploitation, dans le cadre d’un contrat à passer avec une agence gouvernementale qui serait créée à cet effet sous la tutelle du ministère de l’Énergie et des Mines, l’agence nationale pour la valorisation des ressources en Hydrocarbures.» Cette disposition remplaçait, écrit Hocine Malti, celle en vigueur jusque-là, selon laquelle la participation de la Sonatrach en pareil cas ne pouvait être inférieure à 51%. Cette disposition remettait en cause de façon simpliste la souveraineté de l’État algérien sur ses richesses du sous-sol. Mais la contestation, ayant provoqué une tempête politico-sociale, retarda l’adoption de la loi. Le premier ministre de l’époque, Ali Benflis, manifesta sa désapprobation en retardant l’examen de la loi par le parlement. Toutefois, à une année et demi des élections présidentielles, Abdelaziz Bouteflika décida de geler la loi. Cependant, le président réélu ne mit pas beaucoup de temps avant de ressortir le projet. Cette fois-ci, le parlement fut saisi en avril 2005. La loi a été adoptée sans difficulté. Mais, à l’étranger, elle souleva une indignation des pays producteurs du pétrole. Lors des différentes réunions de l’OPEP, quelques membres ne se gênèrent pas à traiter l’Algérie d’être un pays à la solde des États-Unis. Le dénouement fut difficile à réaliser. Selon Hocine Malti: «Cette situation dura encore une quinzaine de mois, avant qu’il[Bouteflika] ne décide en juillet 2006 de supprimer du texte de loi tous les articles controversés, ceux qui restauraient le régime de concession. L’Algérie et l’OPEP devaient une fière chandelle au président vénézuélien Hugo Chavez… Il avait réussi, lors d’une visite à Alger spécialement programmée à cet effet en mai 2006, à convaincre son homologue algérien de changer d’avis, compte tenu de l’immense dommage que son initiative causerait à tous les pays producteurs du pétrole.»(24)

Par ailleurs, sur la question de la corruption, depuis l’arrivée de Bouteflika au pouvoir, le pays se trouve submergé jusqu’au cou. L’accumulation des scandales est la preuve irréfutable de la propagation du phénomène. Elle a même gangrené littéralement la société. On peut citer, pour exemple, l’affaire BRC, l’affaire de l’autoroute Est-Ouest, le scandale de la Sonatrach, etc. Le drame qui s’ajoute à ces scandale est surement la passivité de la justice. Combien d’affaires ont été portées à la connaissance du public sans qu’aucun haut responsable ne réponde de la dérive de son secteur, s’interroge Hocine Malti. Même quand le ministre des Finances ou le secrétaire général de l’UGTA ont reconnu devant le tribunal avoir participé au scandale du groupe Khalifa, les juges en charge de l’affaire ont fait la sourde oreille, étaie sa thèse l’auteur de «L’histoire secrète du pétrole algérien». Du coup, avec la politique des dernières années, la Sonatrach est plus que fragilisée. L’affaire ébruitée en janvier 2010 montre que la corruption touche toutes les structures de l’entreprise qui finance 98% des importations. Sa maladie se situe au niveau de l’absence de toute politique de transparence au sein de l’entreprise. Mais cette transparence devrait impérativement être extrapolée à tous les secteurs de la société.

Aujourd’hui, les Algériens ne connaissent rien de la situation financière de leur pays. En effet, bien que le baril du pétrole ait atteint parfois des soumets, jusqu’à 150 dollars, la loi de finance est établie à la base d’un baril à 19 dollars. Et le reste échappe à tout contrôle, soit 85% des recettes.

En guise de conclusion, «La maladie hollandaise» fut apparue en Algérie dés les premières années de l’indépendance. En effet, l’irruption de cette richesse a nui considérablement à la compétitivité économique nationale. Bien qu’elle ait pu apporter des périodes d’apaisement, la richesse du sous-sol a causé également des malheurs au peuple algérien. Le point de vue de Ferhat Abbas est à ce titre plus que capital. Il écrit dans «L’indépendance confisquée»: «Certains penseront peut être que Ben Bella comme Boumediene étaient mus par la recherche du bien public et la volonté d’apporter un changement à l’Algérie. Mais en réalité ils n’ont fait, l’un et l’autre, que du paternalisme à bon marché, en s’appuyant sur une «mafia» de «petits copains» prêts à se servir plutôt qu’à servir. Sous leurs régimes, le slogan «Par le peuple et pour le peuple» est devenu selon l’expression employée par Harbi, «Par nous et pour nous.»(25) En effet, dans les années 1960, le régime avait fait de cette richesse un moyen de soigner son image à l’extérieur. Du coup, cette politique de façade entrava considérablement l’épanouissement du pays. Le coup d’État de 19 juin 1965 ferma toute brèche démocratique. Pendant treize années de Boumediene, le régime n’hésita pas à se débarrasser par tous les moyens de ses opposants. Mais, avec la mort de Boumpediene, le pays alla de Charybde en Scylla. Choisi pour son caractère inoffensif, Chadli plongea le pays dans une période noire. Selon Hocine Malti, «Si Chadli Bendjedid avait mis autant d’ardeur à accomplir les tâches relevant de sa fonction de président de la République qu’il en a consacré à se débarrasser de ses opposants, la destinée ultérieure de l’Algérie aurait probablement été meilleure.»(26) Cependant, cela profita surtout aux affairistes. Et la corruption atteignit sous Chadli des proportions alarmantes. Elle a trouvé sa vitesse de croisière dans le commerce extérieure. Ce phénomène s’est exacerbé sous Bouteflika pour atteindre des proportions inédites, selon Hocine Malti. Pour autant, le peuple doit-il baisser les bras. Ceci est une forme de pessimisme à bannir du langage. Car l’espoir doit demeurer intact. Car le jour où ce peuple arrivera à exiger des comptes, le pays réussira le décollage digne des grandes nations.

    Notes de renvoi: 1) et 25) Ferhat Abbas, «L’indépendance confisquée», pages 67 et 20;

    2) à 26) Hocine Malti, «Histoire secrète du pétrole algérien», pages 12, 19, 22, 33, 10, 57, 58, 70, 97, 105, 136, 151, 158, 160, 250, 151, 262, 265, 266, 293, 15, 318, 266.

    source: lequotidienalgerie.com

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Mort de Nba Oularbi

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

Mort de Nba Oularbi dans Maroc thumb_Saghru-Band-nba0npQ

 

Il s’est battu jusqu’au bout. Il a beaucoup tenu à la vie. L’espoir de gratter de nouveau sa guitare, de reprendre le micro, de tisser d’autres vers poétiques et de brosser d’autres portraits le hantait. En vain, l’artiste amazigh aux multiples talents Mbraek Oularbi, dit Nba, vient de nous quitter dimanche après midi dans sa localité natale Mellaab, dans la province d’Errachidia. On le savait malade depuis la fin de l’été dernier, mais les dernières nouvelles le donnaient rétabli, jusqu’à ce que les choses se compliquent trois jours avant sa mort. « La famille l’a soutenu jusqu’au bout durant ces quatre derniers mois, la maladie a eu enfin gain de cause de cette volonté humaine », a indiqué Khalid Oularbi, frère du défunt et membre du groupe Saghru Band. A moins de 30 ans, Nba était déjà une star dans le sud-est du pays et commençait à s’imposer, petit à petit, grâce à sa production musicale prolifique, à un verbe sans complaisance et à un effort créatif manifeste au fil des cinq albums, depuis la création du groupe en 2006. Nba a été aussi l’exemple de l’artiste intellectuel qui fonde son travail sur la recherche académique et scientifique, n’avait-il pas à son actif deux licences, la première en sciences juridiques de Meknès et la seconde en études françaises de la faculté polydisciplinaire d’Errachidia.

Sur la scène artistique amazighe nationale, on le considérait déjà comme étant la garantie d’un élan artistique assuré. Ses excellentes prestations dans les festivals de Nador, de Tanger, Marrakech, Errachidia et de Rich, ainsi qu’en Suisse étaient un signe de bon augure dont la chanson amazighe espérait tirer le plus grand profit pour un avenir prometteur. D’ailleurs, il était le chanteur de l’année 2010 selon l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM). Peintre, poète, compositeur et chanteur, Nba a été l’un des concepteurs, à côté de Moha Malal, de la musique Amun Style, une façon de se distinguer au niveau de la musique amazighe alternative. Le défunt était l’exemple même de cet artiste engagé, grâce à sa défense des petites gens des localités reculées du Maroc profond. Il en était même le porte-parole, à travers plusieurs de ses chansons. « Le pauvre Moha » reste d’ailleurs l’un des tubes qui fait vibrer les foules, notamment au sein des festivals ou dans l’enceinte universitaire. Elle continuera de le faire d’ailleurs, ne dit-on pas que la vie d’un artiste transcende sa vie biologique ?

Libération

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Le printemps Noir de Zimu, une vision réaliste

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

J’ai préféré mettre sous forme d’article, cette réaction à l’article sur Zimu. Il aurait été dommage de ne pas mettre en avant cette analyse pertinente. Je n’ai malheureusement pas pu prévenir l’auteur qui n’a pas jugé bon de mettre une boite mail valable.
Marie

Permettez-moi de tenter une lecture critique de la chanson de Zimu.

Au préalable, je crois qu’il convient de pointer du doigt quelques fausses évidences relevées à la lecture de certains commentaires.

Premièrement, certains intervenants dressent des murs trop hauts entre les adaptations et les créations littéraires (pures si pureté existe en littérature). La chanson de Zimu Tafsut taberkant, est considérée comme une adaptation d’une chanson de Renaud (Les charognards), d’abord par l’auteur par soucis d’honnêteté intellectuelle, comme il l’avoue lui-même dans une émission télévisée, ensuite pour réduire de sa qualité et de sa « pureté » par opposition aux créations littéraires pures, comme le fait remarquer l’auteur de l’article le journaliste Akli Halim  et certains intervenants. Malheureusement cette attitude de ne pas considérer les adaptations comme d’authentiques créations littéraires n’a aucun fondement objectif en littérature. En effet, La littérature est un domaine immense, aucune œuvre n’est unique. On ne devient pas poète sans lire la poésie ni écrivain sans lire des romans. De par là même, toute œuvre est une création. Donnons un exemple dans la chanson kabyle essayez d’énumérer le nombre de chansons portant sur la thématique de « Lemri » [1] (les plus connus : Cherif Kheddam, Zeddek Mouloud…) sans compter l’allusion à cette thématique dans des dizaines d’autres chansons. Un thème traité bien des fois dans la chanson mais chaque texte est porteur de subtilité. Heureusement d’ailleurs pour nous, sinon, la production en littérature serait limitée dans le temps et s’épuiserait depuis des siècles parce que tout a été dit comme on le dit chez nous.

Deuxièmement, je vous invite aussi à écarter tout doute sur l’originalité de la chanson de Zimu en vous rappelant la chanson originelle de Renaud. Renaud dans sa chanson les charognards raconte l’histoire d’un jeune homme « né à Sarcelles et qui crève aux Champs Élysées » dans un « braquage foiré ». Touché par balles, le jeune braqueur gisant sur le sol dans une marre de sang, nous rapporte (par la voix de Renaud qui s’est mis dans sa peau) les réactions xénophobes et méchants des commerçants et de certains passants, mais, (la tendresse de la chanson et sa chute) le jeune tué a aussi distingué l’humanité de cette jeune fille, qui ne le connait pas pourtant, mais, qui le pleure de toute ses forces quoi qu’il ait fait parce que « c’est un être humain avant tout… » et que devant la mort il n’y a jamais de victoire même pour celui qui a tué.

Troisièmement, il est tout à fait honorable pour Zimu, dont je n’ai pas aimé quelques passages de sa réponse diffusée sur Internet même si très pertinents et très bien fournis, de voir sa chanson alimenter un débat contradictoire. Le journaliste de l’article Halim Akli, est d’ailleurs en complète contradiction avec lui-même en avançant au début de sa critique son point de vue subjectif sur les talents de Zimu. Zimu devrait se réjouir aussi de voir une chanson à lui, mériter un dépiautage alors que des albums entiers de nos grands artistes passent inaperçus mis à part quelques papiers dans les journaux destinés aux acheteurs pour faire vendre le plus grand nombre de CD. En citant Aït Menguellet à la fin de sa réponse, Zimu, aurait aussi bien fait de citer le dernier passage de Lounis dans la chanson (Aqbayli). Cette chanson est une autocritique pertinente de notre société mais à la fin Aït Manguellet, redoutant sûrement les critiques comme celles que reçoit Zimu aujourd’hui, a pris de court les auditeurs en devinant leurs dires : (Atas ara s-yinin, leflani la r-yessefcal… Beaucoup diront sans doute, que Lounis nous « démoralise, démotive…etc.) et c’est exactement le cœur du sujet de l’article de Halim Akli qui reproche à Zimu de chanter (l’inutilité de la lutte) mais la chanson de Zimu, comme j’essaierai de vous le démontrer est loin de scander l’inutilité de la lutte.

Zimu, dans les quatre premiers couplets de sa chanson nous donne une description remarquable de la « mise à mort » d’un jeune. Ces couplets captivant mettent l’auditeur directement dans le bain du sujet. Avec le choix d’un lexique courant et une interprétation émotionnelle (j’écoute la version envoyée sur Dailymotion, qui est, à mon avis nettement meilleure), Zimu a su remarquablement dresser le décor de sa chanson.

Dans le cinquième couplet Zimu introduit un crochet à partir du premier vers pour pointer le désappointement du jeune assassiné en se voyant s’octroyer un mérite et des fleurs sur sa tombe alors que « personne ne parlait de lui lorsqu’il épuisait ses jours au village » « maintenant que son corps est pourri trois mètres sous terre on le couvre de gerbes de fleurs » [Même le premier ministre Ahmed Ouyahia qui a eu droit à un slogan durant les manifestations du printemps Noir (Ouyahia axabit (le traître)) a eu l’honneur de déposer une gerbe de fleur sur la tombe de Massinissa le premier jeune à tomber sous les balles des gendarmes]. Pour vous dire la grande déception de toute une génération de révoltés.

Le sixième couplet est dédié aux manipulateurs qui ont tout fait par leurs discours pour que des jeunes tombent encore et encore après des mois de l’assassinat du premier jeune kabyle.

Le septième couplet a porté sur nos politiciens symbolisés par « Said d Lhusin » qui « se chamaillent, toujours sur la tombe du jeune assassiné ». Là, Halim Akli, prend à son compte une interprétation subjective de ce vers en parlant de « récupération de la mort des jeunes » alors que Zimu, à mon avis, oppose la bassesse des chamailleries des deux partis devant la tragique mort de jeunes kabyles, l’heure est grave lorsqu’il y a mort d’hommes. La tragédie aurait dû peut être unir les rangs des Kabyles dispersés par le multipartisme. Toujours dans même couplet et le neuvième sont dédiés aussi à ceux qui la tragédie a profité. Ceux qui ont produit des albums, ceux qui sont bénéficiaires des locaux de Bouteflika (les fameux locaux des genêts, nommés ironiquement par les citoyens au début du chantier ‘‘la plateforme n leksar’’), les voyous avec la multiplication des agressions, il est devenu d’ailleurs impossible de se garer gratuitement surtout à Tizi-Ouzou sans voir une bande de jeunes vous réclamer de l’argent, ceux qui ont essayé de refuser ont été tabassé ou assassinés (1 ou 2 cas) et le mouvement citoyen n’a rien fait pour arrêter cette anarchie pendant qu’il était mobilisateur.

Le huitième couplet porté sur le mouvement citoyen (les ârouch) éclatés : un groupe allié aux partis politiques, nous rappelant bien du groupe mené par Bouceta qui a appelé à voter RCD en 2004). Il y avait aussi les archs qui parlaient d’une plate forme scellée et non négociable mais qui sont finalement allés négocier. Il y a aussi ces archs « virtuel » dont parle Zimu celui des « gamins » sincères mais naïfs parce qu’il « rêvent » de changer la situation en « jetant des pierres ». Enfin, Zimu parle aussi de ces archs d’ulac smah ulac qui ont finalement pardonné [en invitant exemple Ouyahia à déposer une gerbe de fleur sur la tombe de Massinissa] n’est ce pas là un signe on ne peut plus clair de tourner la page !?

Dans le dixième couplet et le début du onzième, le jeune assassiné, pour lequel Zimu prête sa voix dans cette chanson, parle à ses amis impliqué dans le mouvement il les voit rêvant toujours d’un printemps meilleur et leur donne son point de vue maintenant qu’il est mort car il regrette d’avoir franchi la porte de chez lui le jour où il a été assassiné.

« Maintenant, je le sais, Je le sais mais c’est hélas trop tard, Ma mort, qu’a-t-elle apporté de plus à la plateforme d’El ksar ? Si c’est pour tamazight que je suis mort elle a seulement besoin qu’on l’écrive et qu’on la parle » (voir sur ce point après la traduction). « Si je suis mort pour que tombe l’injustice C’est mon frère qui est à son origine » (Ahmed Ouyahia est Kabyle non ? … sans citer d’autres). « Si je suis mort pour l’Algérie Pourquoi la mort n’a emporté que des Kabyles ? » (Là le sens mérite un autre article à mon avis).

A propos de tamazight : je suis étonné de voir Halim Akli parler de l’enseigner en interprétant les vers des cinquième, sixième et du onzième couplets, n’oubliez pas que Zimu, selon sa biographie sur son site a fait des études en langue amazigh et qu’il est auteur d’un recueil de nouvelles en kabyle qu’on ne trouve plus sur le marché apparemment. Zimu donc, soutient un avis sérieusement défendable en sociolinguistique selon lequel une langue vivante est celle qui se parle (point-barre). Par ailleurs, Zimu, n’affirme pas que l’enseignement suffise à l’émancipation de tamazight. Dans l’émission de BRTV, il a parlé de consommer la langue dans toute sa dimension culturelle et identitaire et c’est une position claire et positive. Permettez-moi de vous rappeler cette anecdote attribuée à Mohand Ouhyahia ou M. Mammeri selon laquelle un jeune kabyle aurait dit qu’il était prêt à mourir pour tamazight mais pour qui Mammeri ou Mohand Ouyahia aurait répondu « tamazight a besoin de toi vivant ! ».

Le douzième et dernier couplet, Zimu, dans une prise de parole poétique, fait parler le jeune homme assassiné en dressant le constat d’une tragédie terminée (ass-agi tekfa tedyant). Les Kabyles sont redevenus comme avant. La tragédie est éteinte elle n’est maintenant qu’un souvenir communément appelée « Un printemps (seulement) Noir », mais cependant, la mère du jeune assassiné est toujours en pleurs elle n’arrive pas à l’oublier et son père a finalement accepté de l’argent pour se taire (allusion faite à l’indemnisation proposée par le gouvernement algérien refusée au début puis acceptée par tous les parents des victimes du printemps Noir (là on eu droit à 2 versions je vous ai parlé de celle de dailymotion mais celle sortie dans le CD en vente maintient le refus du père de toucher l’indemnisation proposée par le gouvernement).

Voilà chers lecteurs. Vous verrez bien que l’originalité de Zimu et son courage sont d’essayer de relater une tragédie non pas en glorifiant d’inutilité de la lutte mais on interpellant notre classe politique et nos élites à beaucoup plus de responsabilités et à réfléchir sur d’autres moyens plus efficaces pour venir au bout des obstacles. Halim Akli, demande à Zimu indirectement d’être patriotique et militant ou de faire dans les discours mobilisateurs alors que le militantisme maintenant est d’être conscient et la conscience vient de la vérité mais la vérité, dans un monde de mensonge de faux militantisme, il faut la voir et la montrer et c’est ce que fait Zimu à travers cette chanson. Ttif tidett yessefrahen lekdeb yessefrahen. Quoi que l’on dise d’aucun aujourd’hui ne peut affirmer que les remarques de Zimu dans cette chanson sont erronées. Cet artiste, parce que notre chanteur mérite largement cette qualité, est d’ailleurs très dégourdi dans ce genre d’entreprise. Je vous invite d’ailleurs à voir la portée de ces chansons « Aghennay Ouzekka » ou bien « yyad ma a teddudh ». Le dernier album de Zeddek Mouloud mérite une très grande attention je vous invite, puisque ce site semble intéressé par ce genre de critique à décortiquer la chanson phare de l’album « lihala n tmurt ». Merci d’avoir pris le temps de me lire.

K. Said

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« Tafsut taberkant », Zimu et la pax romana

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

Zimu est un bon interprète, personne n’en disconvient, mais pour le moment, il est plus imitateur qui abuse des reprises et des adaptations qui, souvent, sont carrément des traductions, qu’un artiste accompli.

Dans son dernier album, « Apipri kan », non seulement la création est quasi absente puisque la quasi majorité des chansons sont des reprises ou des « adaptations » de Renaud, de Brassens, de Moustaki… mais au-delà, il cite nommément et pratiquement dans chaque couplet soit Renaud lui-même, mais souvent aussi son autre idole, Si Moh.

Tout cela fait que ça donne un air de déjà vu d’une part. De l’autre part, reprendre des oeuvres magistrales certes mais avec excès et citer dans chaque couplet les noms des illustres auteurs et néanmoins idoles de Zimu, voilà de quoi mettre trop de salive dans une gastronomie des plus savoureuses !

Concernant le titre « Tafsut taberkant » (Printemps noir), sur un air de « Les charognards » de Renaud, encore lui, très saisissante dans son entame, s’est décliné dans un conformisme béat dans sa chute finale puisque se mettre à l’air du temps qui court, c’est chanter la passivité, la démobilisation et l’inutilité de la lutte. Aborder le printemps Noir de ce côté néfaste propre à tous les mouvements insurrectionnels, c’est soit, être réduit point de vue politique, soit complice d’une campagne conçue pour diaboliser tout ce qui représente un synonyme de lutte et de revendication de nos droits les plus élémentaires. Dans cette chanson, il est question de regret d’avoir pris part aux manifestations puisque certains, sans scrupules, en ont profité. Il y est également question d’accabler « Lhocine d Saïd » qui, selon Zimu et la nouvelle science diffuse en vogue, se seraient chamaillés pour récupérer le combat. Ainsi, si Aït-Ahmed et son parti ont dès le début pris position contre le mouvement citoyen dans sa tout première mouture en l’accusant de  » produit des moukhabarates » (services secrets), sachant qu’avant que le délégué de la cité « Les Genêts » de la ville de Tizi-Ouzou et consorts ne le squattent, le mouvement citoyen n’était qu’un cadre spontané et limité dans le temps et qui ne refermait en son sein que des notables des villages et des quartiers de Kabylie, souvent illettrés et ne nourrissant guère d’ambitions politiques, désignés « démocratiquement » par les assemblées des villages exclusivement masculines, et ceci, des années avant avril 2001. rien donc, du côté de ses structures traditionnelles n’a été prémédité.

A l’origine, ce mouvement ne s’était assigné comme objectif que le fait d’appeler et d’amener les jeunes et les manifestants à arrêter de s’exposer aux tirs assassins des gendarmes décidés à commettre un véritable génocide sous l’égide du chef de l’Etat et chef suprême des armées, Bouteflika. Mettre un terme à la tuerie de nos jeunes, voilà l’unique raison de la réaction commune des comités de villages, que sont les tijemmuyaâ. En revanche, Saïd Sadi et son parti s’était positionné dès le début « au côté du mouvement citoyen, sans nourrir de velléité de le récupérer, le parti a le devoir d’accompagne un mouvement sociale de cette ampleur » (dixit le RCD). A ce titre, le président du RCD avait même pris part à la marche du 14 juin 2001 et beaucoup de blessés de la marée humaine de ce jour là avaient trouvé refuge dans l’enceinte même du siège du RCD sis à Didouche Mourad (ex rue Michelet). La communication qui laisse à désirer au niveau de ce parti avait été à l’origine de la confusion qui entourait ses motivations réelles. Les dissensions partisanes, quant à elles, au sein du mouvement citoyen n’ont vu le jour qu’après que le FFS ait décidé d’intégrer le mouvement qu’il avait qualifié, à son apparition, de « moukhabarates », ceci d’une part. De l’autre part, ces divisions ont été exacerbées à partir du moment où quelques représentants commençaient à être mis en avant médiatiquement par rapport aux autres, piétinant ainsi le principe de l’horizontalité de la structure ; ce qui s’avérera prémédité dès le début 2003, c’est-à-dire, à quelques semaines du fameux simulacre de dialogue avec le chef du gouvernement Ahmed Ouyehia qui fut ministre de la justice dans le gouvernement qui avait tiré sur les 126 kabyles assassinés en 2001 ; un dialogue dont les contours auraient été, selon certaines indiscrétions, dessinés en prison, ce qui, en cas de preuves palpables, jetterait le doute et le discrédit jusqu’à l’arrestation puis l’emprisonnement de ces « délégués » qui, en 3 mois, sortent de prison avec de bonnes mines après près de 50 jours de grève de la faim !!! et de bonnes intentions vis-à-vis de ce qu’ils ont appelés, quelques mois avant, « le pouvoir assassin ». Ces têtes étrangement surmédiatisées iront jusqu’à recourir à la délinquance locale pour suppléer toute autre autorité en Kabylie, notamment dans les grands centres urbains comme Tizi-Ouzou ou Béjaïa, sous l’œil vigilant et « amusé » des services de sécurités dont certaines indiscrétions avaient rapporté et confirmé l’ordre reçu « d’Alger » de rester passif devant l’insécurité qui prenait chaque jour un peu plus possession de la rue kabyle. « Le pourrissement sera entretenu jusqu’à ce que la population en aura marre et réclamera elle-même l’intervention de l’Etat et le retour de la gendarmerie » auraient confié certains policiers de proximité qui sont issus de la population locale. Ceci pour l’histoire.

Dans tous les cas de figure, cette vision réductrice et complètement illogique produite à dessein, par le pouvoir certainement, vise à maintenir dans l’immobilisme les deux partis les plus influents en Kabylie et, partant, marginaliser tout autre cadre de mobilisation citoyenne et politique, ce qui ôtera à cette région ses repères qui ont, jusque là, peu ou proue, maintenu la Kabylie hors d’influence de l’islamisme et du pouvoir. En effet, cette vision de Zimu vient conforter cette attitude stérilisante qui consiste à dire que les partis politiques et l’attitude militante qui a jusque là fait de la Kabylie ce qu’elle est, sont, ou coupables d’absence et de non soutien à une population en révolte dans le cas où ces parties, par respects au mouvement et par soucis de ne pas entamer sa cohésion, décidaient de se mettre à distance et ne pas intervenir. Ou alors, ces mêmes entités politiques seraient accusées en revanche de tentative de récupération s’ils intervenaient, ce qui est, du reste, le rôle naturel de tout parti politique ! En fait, la classe politique est mise en demeure de rester figée, indécise, passive pour ne pas être accusée de ceci ou de cela, ce qui est inévitable dans l’esprit zimuiste !

Quand le jeune Zimu dit « Tamazight n’a besoin que d’être enseignée... », une idée sans contenu mais qui peut très bien séduire en ces temps de « fatigue sociale », insinuant par là que la lutte et la mobilisation porteuse de risques de révolte avec son corollaire qu’est la violence est inutile, voire stupide, la balourdise aura atteint son paroxysme car, pour être enseignée et reconnue, tamazight a plus que jamais besoin de notre union, de notre mobilisation de notre lutte car, monsieur Zimu, vous feignez d’oublier qu’en face de vous, le système n’est pas prêt pour vous servir des cadeaux juste pour les beaux yeux de Khalida, Benyounès ou Ould Euro. Pire, le régime algérien tente toujours de corrompre afin de bien mener à terme son fantasme de toujours qui est celui de faire disparaître un jour toute trace de notre culture, de notre langue et de notre identité et de faire de l’Algérie ainsi débarrassée de sa « vermine amazigh/kabyle », un pays totalement arabisé ; donc arabe. La nouvelle chaîne de télévision en tamazight que vient de lancer Bouteflika durant la dernière campagne électorale est criante à ce propos.

Je crois, pour ce qui me concerne qu’au lieu d’accabler l’opposition politique de tous les maux bien qu’elle soit loin d’être exempt de tout reproche, ce qui ne nous exonère point l’accabler quand il le faut et ce n’est pas les raisons qui manquent, mais jamais en place et lieu du pouvoir, véritable coupable de la situation gravissime que connaît la Kabylie où, pour reprendre Zimu « on vole même les vieilles dames« , donc au lieu d’aller dans cette voie régressive, totalement surréaliste et peu valorisante, nos artistes seraient mieux inspirés de reprendre le sens de l’histoire et de cesser de se prendre pour des donneurs de leçons et des moralisateurs de mauvais goût, car, Matoub et la génération des artistes militants des années 70 et 80 se seraient trompés de combat en choisissant celui qui mène soit aux geôles de la dictature, soit à l’exil ou à la mort au lieu de celui de certains chanteurs « des temps modernes » qui, ne pouvant assumer des choix difficiles, se mettent à louanger « la pax romana » en diluant dans des généralités le bourreau et la victime au motif de vouloir vivre en paix.

Ce ne sont pas nos révoltes, qui sont justes et qui n’ont rien à prouver, qui ont produit ce marasme mais le pouvoir qu’il faut combattre sans arrêt et sans perdre de vue nos nobles objectifs qui ont de tout temps, imprimé ce combat identitaire, démocratique et citoyen. La leçon à tiré du printemps 2001 c’est inéluctablement le fait que toute révolte non canalisée politiquement sombrera dans le chaos et l’anarchie et devient vulnérable au point où la délinquance peut se retrouver aux règnes de la contestation, ce qui est suffisant pour prédire une fin proche à ce genre d’action. Ensuite, il est plus que temps que les acteurs politiques, les artistes, le mouvement associatif et syndical, les femmes, les chômeurs, les travailleurs… mettent de côté leurs sentiments, leurs rancoeurs, leurs différents personnels, leurs frustrations et leur méprise pour se retrouver autour d’un texte qui énumérera les principaux points de convergences qui doivent imprimer dorénavant leurs actions, leurs réactions et leur mobilisation communes de telle sorte que chacun, en dehors de ce SNMG démocratique et républicain, peut jouir de sa totale indépendance pour se positionner individuellement sans pour autant que le texte unificateur ne soit remis en cause. Tout le reste, vraiment tout le reste n’est que mauvaise foi et tromperie et, dans le meilleur des cas, enfantillage politique. Zimu, une graine de star prometteuse qui mérite mieux que sa présente trajectoire idéologique.

Halim AKLI

source: kabyles.net

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