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Interview de Murad Zimu sur le recueil de nouvelles en tamazight « Ameddakel »

Posté par algeriedemocratie le 15 août 2011

Interview de Murad Zimu sur le recueil de nouvelles en tamazight

La littérature kabyle écrite peut aujourd’hui s’enorgueillir de posséder une nouvelle génération de jeunes auteurs qui semblent de plus en plus conscients de la nécessité de la faire sortir de ses thématiques et des formes traditionnelles qui, à force de répétition, risquent de devenir obsolètes.

Le danger guette toujours les littératures qui ne se renouvellent pas… Dans cette génération d’auteurs, on peut citer Brahim Tazaghart, Kamal Bouamara, Ramdane Abdenbi, Djamal Arezki, Saïd Chemakh et Mourad Zimu. Auteur d’un premier recueil de nouvelles (Tikli Le cheminement) édité par le HCA, revoici Zimu qui récidive en publiant Ameddakel, un deuxième recueil édité aux Editions Tira (Bougie), composé de dix textes : Amedah, akarni azeggagh, Zwina, Ameddakel, Litidyu… Le thème de la camaraderie les traverse tous, d’où le titre du recueil. Amerdakh met en scène une esthétique typique de la nouvelle : celle de la surprise. Bien que le début du récit traîne un peu par certaines lourdeurs, l’auteur réussit brillamment la suite du récit. Qasi, le personnage central, est tombé dans une affaire dont il ne saisit apparemment pas les contours : à la veille de son départ en Algérie, ce kabyle de Paris, qui vient d’obtenir ses papiers, reçoit la visite de policiers qui l’accusent d’avoir participé à un kidnapping. Le nœud de l’histoire est ingénieusement dissimulé : le nouvelliste prend le pari d’entraîner son lecteur jusqu’au bout du récit avant de le lui révéler. Pari réussi ! Racontée par un narrateur témoin, la nouvelle Akarni azeggagh (Le carnet rouge) traite de la violence des « années noires ». Le lecteur retiendra inéluctablement cette expression véhiculée par le titre (Akaṛni azeggagh), qui traduit à elle seule le drame d’un citoyen et celui de tout un peuple, pris en otage : Un chauffeur de camion (un routier) traverse chaque nuit un barrage de militaires. Ces derniers le contraignent à choisir : soit il attend le lever du jour, soit il franchit le barrage et prend ainsi ses responsabilités en cas d’attaque. Le narrateur fait vivre au lecteur d’intenses moments de peur, traversés par des lueurs d’espoir de délivrance. Nous laisserons le lecteur découvrir par lui-même le mystère du carnet rouge. La nouvelle Zwina est écrite sur la trame de deux destins féminins : l’une n’arrive pas à tomber enceinte, l’autre, une attardée mentale n’arrive pas à trouver sa place dans la société, mais l’une trouve chez l’autre un peu de réconfort : Zwina trouve dans les petits moments fugaces qu’elle passe auprès de sa voisine une bouffée d’oxygène. De même pour Saɛdia qui subit la fureur de son époux frustré de ne pas avoir d’enfants. Les deux figures représentent la condition fragile de la femme. Fragile, car sa liberté et son bonheur dépendent de ceux de son partenaire (le cas de Sadia). Dans le cas de Zwina, sa différence (elle est attardée mentale) lui impose de rester cloîtrée à la maison, au lieu de suivre sa scolarité comme les filles de son âge. Courts et incisifs, les quatre derniers récits mettent en scène, dans un style plein de dérision, à la manière de Mohia, la figure de l’étudiant, foncièrement en décalage avec sa société… Zimu est visiblement marqué par cette figure. Ainsi, dans Ameddakel, le narrateur raconte l’histoire d’une amitié entre deux étudiants que tout rassemble, de leur condition foncièrement précaire jusqu’à l’amour d’une même étudiante. La fin du récit ne manquera pas d’émouvoir le lecteur… La nouvelle est un genre littéraire très difficile : l’écrivain est contraint de s’en tenir au principe de la concision, de condenser sa matière littéraire et de créer de l’effet sur son lecteur. Les nouvelles de Zimu ne laissent pas indifférent le lecteur, c’est l’un de leurs nombreux mérites. La langue utilisée dans le recueil est d’une grande clarté. Si le caractère expérimental de la littérature kabyle écrite est, pour l’instant, très évident, elle connaîtra un grand essor grâce à des écrits comme Ameddakel, a fortiori lorsqu’une tradition de lecture sera bien installée.

Amar Ameziane

Publié dans Zimu(11) | Pas de Commentaire »

 

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