Guerre d’Algèrie: Les principaux chefs de maquis étaient acquis à la «doctrine Abane»

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

Cela devrait être dorénavant notre mot d’ordre
La tolérance, rien que la tolérance
.

‘Les principaux chefs de maquis étaient acquis à la
«doctrine Abane»

Youcef Ben Khedda, La Tribune, 21 Juin 2000

Aujourd’hui s’ouvre au tribunal de Bir Mourad Raïs le
procès en diffamation intenté à Ali Kafi pour les propos infamants qui,
dans ses récents Mémoires, ciblent l’un des héros les plus
valeureux de notre Guerre de libération : Abane Ramdane. Sa famille s’étant
portée partie civile afin de laver son honneur outragé, j’ai tenu à venir la
conforter autant par sympathie que par devoir de vérité envers
un homme qui a dominé par sa stature exceptionnelle la scène
révolutionnaire des années 1955-1957. Dans le quotidien la Tribune en date
du 18 août 1999, je m’étais déjà longuement exprimé sur le cas Abane.
Cette fois, je serai moins prolixe, m’efforçant
simplement de tirer les enseignements de la terrible tragédie à
laquelle son nom demeure associé.

Rassemblement des forces vives Fin 1955-début 1956, le
mouvement insurrectionnel du
1er Novembre 1954 avait pris une telle ampleur qu’il faisait
courir le risque à ses propres
promoteurs de les submerger par l’importance et l’urgence
desproblèmes qu’il charriait.
Dispersés entre l’intérieur et l’extérieur du pays,
ceux parmi les «vingt-deux» ou le «groupe des
neuf» qui avaient échappé à la mort ou à
l’arrestation voyaient la Direction qui, initialement
s’identifiait à eux, complètement éclatée, donc
inopérante. Ils étaient, par ailleurs, divisés quant
aux voies et moyens de conduire la Révolution. Les principaux
chefs de maquis comme Krim, Ben M’hidi,
Ouamrane et, plus tard, Zighoud, étaient acquis à la
«doctrine Abane» qui préconisait un vaste rassemblement
des forces vives du peuple algérien. Selon cette ligne, il
était admis que le FLN se devait de se
convertir très vite à une véritable stratégie d’union
nationale aussi large que possible, avec la participation des
éléments du PPA-MTLD encore à l’écart et, également
des nationalistes modérés
appartenant à l’UDMA de Ferhat Abbas ou à
l’Association des Oulama de Bachir Brahimi.

A l’opposé, certains membres de la Délégation
extérieure du FLN au Caire repoussaient toute
idée d’ouverture du commandement du FLN aux éléments
issus des anciennes formations politiques.
Ils considéraient cela comme la pire des déviations car,
prétendaient-ils, la pureté originelle de
la Révolution s’en trouverait gravement altérée. De leur
point de vue, seuls les hommes présents au rendez-vous
du 1er Novembre 1954 étaient dignes de diriger le mouvement.
Autrement dit, il reviendrait aux
«Historiques», et à eux uniquement, de jouir d’une
monopolisation sans partage
du pouvoir de décision. Est-il besoin de préciser que le
concept d’«Historiques» a d’abord été lancé par
la presse occidentale de l’époque pour désigner, par
commodité, la poignée d’hommes qui
avaient présidé au déclenchement insurrectionnel.

A la faveur d’un glissement sémantique tout à fait abusif,
ce mot s’était ensuite chargé d’une connotation
foncièrement
militariste, laquelle avait fini par prévaloir dans les esprits
peu politisés. La primauté du politique sur le militaire
L’assimilation sommaire des «Historiques» aux
«militaires» procédait d’un simplisme
réducteur. Elle impliquait l’inévitable dévalorisation
des «politiques»,
assimilés à leur tour aux «civils» et même,
péjorativement, aux «politiciens» et, de ce fait,
cantonnés dans un
statut subalterne. Une telle discrimination reflétait une tendance
sans cesse croissante à ne
compter que sur la force des armes. Privilégiant le militaire au
détriment du
politique, elle était en porte-à-faux avec les conceptions
d’un Ben Boulaïd ou d’un Ben M’hidi, qui se
considéraient
avant tout comme des militants politiques portant l’uniforme par
nécessité. Que leur
fût accolée l’étiquette d’«Historiques» qu’ils
n’avaient, au demeurant,
jamais sollicitée, ils n’en récusaient pas moins
l’idée qu’on pût les ériger en catégorie à
part,
ou en caste militaire en charge exclusive du destin
national.

C’est à Abane qu’échoit et le mérite et le courage
d’avoir réhabilité le rôle fondamental du
politique en renvoyant à une lecture plus serrée et plus
exigeante de la
Proclamation du 1er Novembre. Celle-ci, en effet, consacrait sans la
moindre
équivoque l’intangibilité de principe de la prééminence
du FLN sur l’ALN. Grâce au puissant soutien
de Ben M’hidi, Abane parviendra à transposer cette
prééminence dans la
plate-forme de la Soummam sous la formulation désormais
célèbre de
«la primauté du politique sur le militaire». Il va de soi
qu’Abane ne
niait en aucune manière l’action déterminante et
irremplaçable de l’ALN. Dans ses tracts et ses déclarations, il ne manquait
jamais de glorifier l’efficacité et l’héroïsme des djounoud,
d’exalter leurs sacrifices et leurs souffrances aux côtés du peuple. Il
redoutait cependant que ne se renforçât une certaine évolution amorcée dès 1956 qui,
petit à petit, semblait reléguer au second plan la nécessité
impérative du travail politique au sein des maquis. En donnant la
prépondérance aux impératifs de la confrontation sur le
terrain, en subissant la dictature du champ de bataille
consécutive à la radicalisation du conflit, les responsables s’investissaient dans
le militaire à corps perdu.
Cela se soldait progressivement par une espèce d’évacuation du
politique au profit d’une vision purement guerrière de la
lutte de libération. Ce faisant, ils entérinaient la dépolitisation de l’esprit
combattant, laquelle était déjà en gestation dans la
généralisation des pratiques volontaristes et spontanéistes.
Sévissant de la base au sommet, un tel phénomène de
dépolitisation ne sera pas sans s’accompagner de carences et de déficiences se conditionnant
les unes les autres, sur fond d’inculture politique et d’indigence idéologique. Il
en résulta, entre autres, le rétrécissement des
perspectives et le déficit notoire des capacités d’analyse
et de synthèse ; l’incohérence par inaptitude à maîtriser l’ordre des urgences, et à
différencier le substantiel de l’accessoire, le formel et le spectaculaire du
«consistant» ; l’improvisation et la précipitation par recours aux initiatives à courte vue ;
surtout, l’autoritarisme sourcilleux articulé sur la répugnance
à se remettre constamment en question grâce à une autocritique salutaire. C’est
pour parer à des dégénérescences et des déviations aussi lourdes de
périls qu’Abane osera affronter les grands responsables militaires du moment
désormais majoritaires dans le CCE élargi en 1957 avec l’entrée en
force des colonels dans les organismes dirigeants. Un tournant capital était
pris qui laissera des traces durables dans nos institutions
jusqu’à l’heure actuelle. Complètement démonétisé, le politique
s’effacera pour de bon devant la prépondérance du militaire.

L’assassinat d’Abane entérinera l’échec de sa conception élitiste de la Révolution ;
il scella le déclin irréversible du primat du politique comme fondement essentiel de
toute construction populaire et démocratique authentique. En
contrepartie, qu’avaient donc à proposer ses adversaires ? Beaucoup de grandiloquence
mais peu de substance.
L’esprit de novembre On continuera à vivre avec l’exaltation des faits d’armes
et des prouesses passés mis en scène par la «famille révolutionnaire», à coups de
célébrations et de commémorations sans fin pour servir une histoire encore atrocement sélective.
Et pendant ce temps, le peuple
marginalisé et maintenu dans un état de délabrement moral
sans issue tantôt gronde et tantôt se morfond dans sa désespérance. Bafoué dans ses
droits, privé du devoir légitime de contester et de s’opposer, il vit en
permanence sous les fourches caudines des dispensateurs de la pensée unique qui n’ont de
cesse d’entretenir la désunion, de propager le mépris de l’autre, et
de miner tout ce que nos populations renferment de sacré.

Partisan résolu de l’ouverture du FLN à tous les
Algériens quelles que fussent leurs opinions, il réussira, avec l’aide décisive
de Ben M’hidi, à le démocratiser en cassant le monopole que les «Historiques» exerçaient sur sa
Direction. Et c’est encore d’ouverture démocratique et de l’arrêt de cette
pensée hégémonique qui nous régit sous la contrainte que
nous avons aussi le plus soif à l’heure présente. L’esprit de
Novembre avait guidé les pas d’Abane. Ranimons-le donc, et retournons à ses valeurs
sacrées, car ce sont elles qui ont cimenté notre unité
nationale durant la guerre. Efforçons-nous les uns les autres de sauver
l’Algérie à nouveau. Réconcilions-nous avec nous-mêmes, et acceptons-nous
dans le respect de nos mutuelles différences en sorte que ces
différences ne soient plus sources de fitna mais matière à enrichissement par
tolérance interposée.
Si chacun se mettait à tuer quiconque n’est pas de son bord,
si nous persistions à nous entre-tuer, si nous ne faisions preuve de
tolérance les uns vis-à-vis des autres, alors, d’autres Abane tomberaient,
le pays poursuivrait sa chute libre,
s’enfonçant dans une régression sans rémission. Nous
aurons alors préparé de nos mains inconséquentes le terrain à
une autre forme de colonisation plus cruelle, plus pernicieuse, plus terrifiante que
celle dont nous avions triomphé. La tolérance, rien que la
tolérance, tel devrait être dorénavant notre mot d’ordre
pour que nos enfants et les enfants de nos enfants puissent vivre dans une
société de justice, de paix et de progrès, car en elle réside le
secret de notre renouveau et de notre réussite. Que la tragédie
d’Abane nous serve de leçon.

Y. B. K.
* Ancien président du GPRA.

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L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

43ème Anniversaire du Congrès de la Soummam

Benyoucef Ben Khedda La tribune/ Mercredi 18 Août 1999

Abbane Ramdane a toujours constitué une énigme dans notre histoire
nationale : plus particulièrement celle de la guerre de libération.
Cette particularité est due au caractère exceptionnel de cet homme qui
a su marquer la révolution. Elle est due aussi à la manière avec
laquelle les gardiens de la mémoire officielle ont orienté l’écriture
de cette page de notre histoire. Beaucoup de choses n’ont pas encore
été dites sur la période 1954-62; des zones d’ombre subsistent et
menacent à chaque fois cette mémoire officielle de s’écrouler. C’est
ainsi : les totems finissent toujours par tomber et le temps en est
le plus grand ennemi. Mais cette chute n’est pas sans danger si notre
histoire n’est pas assumée dans la sérénité et par le débat
démocratique. Sans préjugés ni a priori.L’affaire Abane, qui nous
hante depuis l’indépendance, a rejailli cette fois-ci à la faveur de
la publication des Mémoires de Ali Kafi. Les passages qu’il a
consacrés dans son livre à Abane Ramdane ont soulevé un tollé général
dont nous espérons qu’il se traduise en un débat fécond sur la guerre
de libération et les tragédies qui l’ont accompagnées. La réponse de
Benyoucef Benkhedda aux écrits de Kafi sont à ce titre fort louables
et permettent de mieux saisir la personnalité exceptionnelle de celui
qui fut l’un des grands stratèges de larévolution. La Tribune

Chaque année la date du 20 août vient nous rappeler l’un des
moments-charnières de notre guerre de libération: le Congrès de la
Soummam, c’est-à-dire les premières assises de la jeune révolution
algérienne, en 1956. Un tel événement-fondateur a imprimé à
l’histoire de notre lutte un tournant majeur par la plate-forme qui en
est issue et qui trace les contours de l’édifice institutionnel de la
Révolution. On y retrouve, explicités, les trois éléments clés qui
identifient la nature du mouvement de libération et sous-tendent sa
cohérence idéologique et politique : une légitimité révolutionnaire
articulée sur un programme et une stratégie structurée; un statut
organique définissant les rouages de la Révolution et leur mode de
fonctionnement; une direction unique et homogène.Le nom du Congrès de
la Soummam reste intimement lié à celui d’un personnage d’une trempe
peu commune: Ramdane Abbane. Homme de conviction et de caractère, il
a été l’un des principaux promoteurs de l’idée de ce Congrès, comme il
a été à la fois l’inspirateur avisé de ses orientations et l’artisan
déterminé de sa préparation et de son succès.

Un homme de passion

Tout autant, le souvenir de Abbane demeure également associé à une
autre ‘uvre maîtresse pour la réussite de laquelle il s’est dépensé
avec passion: la promotion de la Zone autonome d’Alger -la fameuse
ZAA- en un fer de lance d’une redoutable efficacité. C’est sous ses
auspices, en effet, que l’organisation FLN/ALN d’Alger a pris un essor
fulgurant. Si elle s’est transformée en vitrine éloquente de la
Révolution en marche, l’élan incisif qu’il a su lui communiquer y est
certainement pour beaucoup.Abbane n’avait de cesse de hisser Alger au
rang de capitale de l’Algérie en armes. Avec l’installation en
septembre 1956 de l’Exécutif suprême du FLN dans cette agglomération,
il trouva en Ben M’hidi le compagnon idéal qui nourrissait des
ambitions identiques. Ensemble désormais, ils s’acharneront à mettre
Alger au diapason d’une ville symbole d’une fière citadelle où se
développait dans le vacarme des bombes, l’expérience inédite des
maquis urbains. Le triumvirat que nous formions alors avait reçu du
CCE mandat de superviser l’organisation algéroise. A leurs côtés, et
tout en y contribuant de mon mieux, j’ai pu apprécier combien leur
rôle avait été déterminant pour insuffler une âme au combat de la ZAA.
En améliorant et en renforçant les capacités de ses deux branches,
politique et militaire, en l’impliquant chaque jour davantage dans une
confrontation exacerbée avec l’ennemi, ils ont permis à la Zone
autonome de conquérir ses lettres de noblesse. En peu de temps, ils
ont réussi à faire de cet appareil révolutionnaire de premier ordre,
un outil offensif doté d’une force d’impact considérable. Les deux
chapitres qui suivent, consacrés successivement au Congrès de la
Soummam et à la Zone autonome d’Alger, font partie d’un livre en
chantier devant paraître prochainement (plaise à Dieu). Je profite de
l’occasion du 20 août pour en livrer la première mouture et apporter
ensuite mon témoignage sur le personnage Abbane, l’un des plus grands
acteurs de l’histoire du mouvement national. Un événement ne saurait
être saisi et compris que s’il est replacé dans son contexte
historique . a) Le contexte historique En Algérie: On sait que
l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA
(Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action), tous issus de l’OS
(Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de
l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions: Comité
central et Messali.La direction du Mouvement national révolutionnaire
assurée jusque-là par le Comité central du PPA-MTLD passe alors aux
«6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous le sigle
du FLN (Front de libération nationale).Le partage des responsabilités
entre les «6» , après la réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine
(ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :Zone 1, Aurès-Némencha,
Mustapha Ben Boulaïd,Zone 2, Nord-constantinois, Mourad Didouche,Zone
3, Kabylie, Belkacem Krim,Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,Zone 5,
Oranie, Mohammed-Larbi Ben M’hidi. (Les zones seront remplacées par
les wilayate après le Congrès de la Soummam).Boudiaf, quant à lui,
désigné «coordonnateur» par ses pairs, s’envole pour Le Caire porteur
de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de
Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er
Novembre 1954. Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis déjà depuis
deux ou trois ans dans la capitale égyptienne où ils représentaient la
délégation extérieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le
CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du
FLN.Avant de se séparer à Bologhine, les «6» s’étaient donné
rendez-vous à la mi-janvier 1955, semble-t-il, pour une évaluation de
la situation ; les événements surgis de la guerre ne leur permirent
pas de se rencontrer.Didouche meurt le 12 janvier 1955 dans un combat
face à l’ennemi. Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la
frontière tuniso-libyenne, alors qu’il se rendait au Caire pour hâter
l’entrée des armes promises.Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre
le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter le marché des armes et
organiser leur envoi en Algérie.Abbane, libéré en janvier 1955 après 5
ans de détention, regagne son village natal de Azzouza en Kabylie.
Là, il est contacté par Krim et Ouamrane.Bitat est arrêté le 23 mars
1955. Ouamrane prend la relève à la tête de la zone IV et confie, en
accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.Une «direction»
de fait s’impose avec Abbane, qui en devient l’âme, Krim, chef de la
zone de la Kabylie et Ouamrane, chef de l’Algérois ; Ben Khedda est
l’un des assistants de Abbane au début de 1956.Abbane impulse à cette
direction un souffle nouveau ; elle devient la véritable direction
nationale de l’Algérie, un centre de coordination entre les chefs de
l’intérieur et entre ces derniers et ceux de l’extérieur.

Une mobilisation considérable

Abbane la transforme en plaque tournante du FLN, vitrine de la lutte
pour l’indépendance. Par les tracts qu’il rédige, il lance des mots
d’ordre et des proclamations qui ont des répercussions au-delà des
frontières. Sa devise était : «La libération de l’Algérie sera
l’oeuvre de tous les Algériens, et non pas celle d’une fraction du
peuple algérien quelle que soit son importance.» Autour de lui se
forme une équipe qui réalise un travail de mobilisation et de
propagande considérable aussi bien en direction de la population
musulmane qu’envers les libéraux et les progressistes de la population
européenne.Vis-à-vis de la population musulmane, il déclenche une
dynamique d’union nationale qui se solde entre l’automne 1955 et le
printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du Comité central du
PPA-MTLD et de leurs partisans (les «centralistes») , de l’UDMA de
Ferhat Abbas, de l’Association des Ulémas de Bachir Brahimi, ce qui
élargit les assises du Front, son champ d’intervention et isole les
messalistes avant de les marginaliser totalement sur le territoire
national ; cependant, ils restaient majoritaires en France où une
lutte sanglante et meurtrière était engagée entre leur parti : le MNA
et le FLN ; l’enjeu en est l’émigration algérienne forte de 300 000
âmes, d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis encore
actifs à Alger-ville, en Kabylie et dans le Sud du pays. Le PCA
(Parti communiste algérien) a éclaté à cause de sa composition mixte
formée d’Européens et d’Algériens et de sa sujétion au PCF (Parti
communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO de Guy
Mollet au sein du Front républicain qui accédera au gouvernement en
mars 1956.Alger servira de base logistique non seulement à l’Algérois
et à la Kabylie toute proche, mais à toute l’Algérie : médicaments,
argent, effets militaires y sont collectés et acheminés dans toutes
les régions sans distinction.On assiste alors à une accélération de
l’intégration des catégories socioprofessionnelles : juillet 1955,
création de l’UGEMA, 24 février 1956, création de l’UGTA qui vient
remplir le vide laissé par la CGT (Confédération générale des
travailleurs) d’obédience CGT française, l’UGCA (Union générale des
commerçants), 19 mai 1956, appel à la grève des étudiants lancée par
l’UGEMA qui mobilise la jeunesse des lycées et de l’université
contribuant ainsi à enrichir le maquis.Les étudiants et les quelques
intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions
d’ordre idéologique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme
agraire, problèmes sociaux et économiques, stratégie de la guerre,
etc.En dehors des tracts et des communiqués paraissant
occasionnellement, le FLN ne disposait pas encore d’un journal pour
propager ses idées, s’affirmer sur le plan public, faire connaître son
point de vue sur les événements, relater les exploits de l’ALN,
dénoncer les massacres et les tortures de la police et de l’armée
françaises.Abbane créa d’abord une commission dont le résultat se
traduira par l’élaboration du «Projet de la Plate-forme de la
Soummam».En juin 1956, paraît El Moujahid, organe central du FLN,
entièrement composé, tiré et diffusé par des militants d’Alger. Il
sera diffusé non seulement en Algérie, mais parmi l’émigration
algérienne en France, en Tunisie, au Maroc et au Caire. Il fera
connaître les positions officielles du FLN dont il augmentera
considérablement l’audience.Vient s’ajouter à cette dimension
médiatique, Kassamene, l’hymne du grand poète nationaliste Moufdi
Zakaria, qui va galvaniser les moudjahidine et le peuple dans le
combat pour l’indépendance.A Alger commencent à défiler alors les
journalistes internationaux pour leur reportage aussi bien en ville
que dans les maquis.Parallèlement, se poursuivait, grâce à un noyau de
militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une structure
spécifique : la Zone autonome d’Alger avec ses deux volets :
politique et militaire. Mais l’obstacle majeur dans la lutte pour
l’indépendance demeure la minorité européenne forte d’un million
d’habitants sur les 10 que comptait alors le pays , ce qui avait fait
de l’Algérie une colonie de peuplement « l’Algérie française » dont
ils détenaient les rênes du pouvoir. La Révolution grandissante
inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer.
Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions
catholique, protestante et juive (catholique surtout), émus par les
massacres de civils musulmans, prennent position contre la répression.
Cependant, la grande majorité reste fidèle à l’armée et au
gouvernement de Paris.En FranceEn France, l’Algérie est devenue la
première préoccupation du gouvernement et de l’opinion publique.En
mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les
élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au
pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» votés par la nouvelle
Assemblée, le gouvernement de gauche augmente le potentiel répressif
de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière
va être doublé et porté à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance
son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée
était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait
des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il
«négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire. Pour le
FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.Les maquis
avaient fini par faire leur jonction. Cependant des conflits
frontaliers éclataient à l’exemple de celui de la zone II s’opposant à
la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière de
Tunisie.Dépassements, encadrement déficient, structures différentes
d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait
étroitement de l’armement et les promesses faites de l’extérieur ne se
réalisaient pas. C’est en se rendant au Caire que Ben Boulaïd fut
arrêté à la frontière tuniso-libyenne, et c’est pour armer les
djounoud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août
1955.A l’ONU, lors de la session de 1955, les délégués arabes ont
tenté d’inscrire la «Question algérienne» à l’ordre du jour. Elle fut
rejetée par la majorité acquise à la France et ses alliés.L’attitude
des gouvernements arabes, bien que favorable à l’Algérie,
particulièrement de celui de l’Egypte, est sujette à des fluctuations
sous la pression de la France qui monnaie son aide économique et
financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab
Abderrahmane Kiouane, libre jusque-là dans ses interventions, est
censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne
instrumentalisée par Djamel Abd-Ennasser qui jouit d’un immense
prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique et dont il
ambitionne le leadership.Le colonel Fethi Dhib, l’un des responsables
des services spéciaux du Raïs, man’uvre dans ses rapports avec les
membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella. Un
gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et
Le Caire, celui des positions officielles sur telle ou telle question
pesant sur le cours de la Révolution: ainsi l’ouverture des
négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et
semer la division, cette maladie mortelle des révolutions. Jusqu’ici,
l’identité de formation des dirigeants tous issus du même parti : le
PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir
devant les initiatives de la France.

L’absence d’une direction nationale

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas
de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de
l’indépendance algérienne», alors que de son côté Khider au Caire
parlait d’«Assemblée nationale constituante».La France ne se privait
pas d’exploiter ces contradictions. Et quand les journalistes
posaient aux officiels français la question des «négociations»,
ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui?», se contentant de
parler de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en
réalité à noyer le FLN dans un ensemble de partis sans
représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités
musulmanes et européennes. S’il existait des commandements à
l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec
plus ou mois d’efficacité la représentation du FLN, par contre, il
n’existait pas une direction centrale coordonnant les activités du
FLN, politiques et militaires, nationales et internationales, obéie de
tous, constituant une autorité en mesure de se poser en interlocuteur
valable vis-à-vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du
peuple algérien.A un moment donné il fut question d’une direction de
«12» membres: 6 de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat,
Abbane, Ouamrane) et 6 de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït
Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).Un des sujets de discorde, qui ne
cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les
éléments envoyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène
internationale et qui étaient contestés par ceux du Caire :
Debbaghine, Ferhat Abbas, Kiouane, Tewfik El Madani.Cependant, dans
chacune de ces lettres au Caire, Abbane revient à la charge sur la
question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de
régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner
la direction officielle du FLN absente de la scène politique depuis 2
ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs
de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim
(Kabylie), Ouamrane (Algérois); il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd,
évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955 et dont il
était sans nouvelles. A Youcef Zighoud (Nord Constantinois) il
délègue Saâd Dahlab pour en savoir davantage ; et c’est ainsi que le
futur négociateur d’Evian inaugure son activité «diplomatique» au FLN.
Concernant la réunion des chefs du FLN, il y avait identité de vue
entre Zighoud et Abbane. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont
également touchés par ce dernier: Aït Ahmed, Ben Bella, Ben M’hidi,
Boudiaf. Seul Ben M’hidi qui avait déjà pris la décision de rentrer
le fera et sera à Alger en mai 1956. On ne connaît pas exactement les
motifs pour lesquels les autres membres qui étaient à l’extérieur
n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. b) Les décisions du Congrès

CNRA et CCE

Le Congrès se réunit à Ifri-Ighzer Amokrane, sur la rive gauche de la
Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou, le 20 août 1956. Le
procès-verbal de la première séance donne la liste des présents. «Les
membres présents étaient :- BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie
(président de Séance),- ABBANE, représentant le FLN (secrétaire de
séance),- OUAMRANE, représentant de l’Algérois,- KRIM, représentant de
la Kabylie,- ZIROUd, représentant du Nord constantinois,- BENTOBBAL,
adjoint de Zirout.Membres absents :- BEN BOULAID, représentant des
Aurès-Nemenchas,- SI CHERIF, représentant du Sud (excusé après avoir
adressé son rapport à la réunion).» 1Comme on le voit, le Congrès se
réduit à six membres. En dehors des séances, chacun se retrouvait
avec d’autres éléments de sa zone : Ali Kafi, Mostefa Ben Aouda et
Brahim Mezhoudi avec Zighoud et Ben Tobbal ; Saïd Mohammedi et Aït
Hamouda Amirouche avec Krim (zone III) ; Déhilès, Si M’hammed
Bouguerra et Ali Mellah (Si Chérif) avec Ouamrane (zone IV). Chaque
chef de zone présenta un état de la situation : effectif des
moudjahidine, armement état d’esprit des combattants et de la
population.Le Congrès procéda à la désignation des organes de
direction de la Révolution : -CNRA (Conseil national de la Révolution
algérienne) et – CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le
CNRA, direction suprême, joue le rôle de parlement du FLN : Assemblée
législative, symbole de la souveraineté nationale, elle prend les
décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale.
Elle désigne l’exécutif: le CCE. Le CNRA engage des négociations
avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix. Le CNRA
désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres: 17
titulaires et 17 suppléants (voir tableau ci-dessous).Le problème
crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats et le bilan
de la délégation extérieure fut jugé négatif. Le Congrès se résolut à
la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles
étaient, c’est-à-dire chez l’ennemi.Des décisions importantes furent
prises concernant l’ALN: limites territoriales des wilayate,
hiérarchisation, organisation en unités depuis le demi-groupe composé
de 4 combattants dirigés par un caporal jusqu’au bataillon qui compte
350 combattants dirigés par le colonel de la wilaya.En vue d’humaniser
la guerre, furent strictement interdits l’égorgement, l’exécution des
prisonniers de guerre, la mutilation des cadavres. Deux principes
fondamentaux furent votés : primauté du politique sur le militaire et
primauté de l’intérieur sur l’extérieur.

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois
après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à
atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème
des négociations et les conditions de cessez-le-feu qui serviront de
base, cinq ans plus tard, aux négociateurs d’Evian :II) Cessez-le-feuC
o n d i t i o n s :a) politiques :1°) – Reconnaissance de la nation
algérienne indivisible.Cette clause est destinée à faire disparaître
la fiction colonialiste de «l’Algérie française». 2°) -
Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté
dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la
diplomatie.3- Libération de tous les Algériens et Algériennes
emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique
avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954.4-
Reconnaissance du FLN comme seule organisation représentant le peuple
algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En
contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom
du peuple algérien.b) militaires :Les conditions militaires seront
précisées ultérieurement.(Extrait de la Plate-forme du Congrès de la
Soummam.)Contre la propagande de la France qui accusait le FLN d’être
au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam est
catégorique : «La Révolution algérienne est un combat patriotique
dont la base est incontestablement de caractère national, politique et
social. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou,
ni à Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Fethi Dhib
et bien sûr à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur
de la Révolution algérienne». Certes il n’y a pas eu de doctrine mais
un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce
n’était qu’une plate-forme. Elle ne pouvait que fixer les objectifs
stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, notamment les
conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux
militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des
repères d’orientation clairs et précis pour la poursuite du combat.
Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb
arabe, fut solennellement rappelé.Vis-à-vis de la minorité européenne
le droit d’opter pour la nationalité algérienne fut reconnu à titre
individuel et sur demande de l’intéressé. Ce qui a honoré la
Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom
anti-juif. Le boycott des commerçants juifs fomenté par des
provocateurs dès le début de la Révolution fut étouffé dans l’oeuf par
le FLN. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises, ni de temples
protestants au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la
participation active de la majorité d’entre eux à la répression. La
Plate-Forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une
Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de
haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux
non-musulmans, tournée vers l’avenir.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des
Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amara Bouglez,
qui alimenteront l’opposition au Congrès. Boussouf, l’adjoint de Ben
M’hidi à la tête de la Wilaya V et qui en assurait l’intérim, reprocha
à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya sur des questions impliquant
l’avenir du pays, alors qu’il aurait été délégué uniquement pour «des
questions d’ordre organique et de coordination».Ben Bella contestera
la présence de «certaines personnalités» au CNRA («centralistes»,
UDMA, les Ulémas), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la
primauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par
d’autres membres de la délégation extérieure. L’évaluation précise de
la situation militaire n’a pas été faite. L’on se contenta de dresser
le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances, sans étude de
l’ensemble des forces en présence, algériennes et françaises,
d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. La grande
préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des
armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la
veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie
militaire dans ces conditions était impossible ; les congressistes
n’avaient pas une vision claire des étapes à parcourir. On ne pouvait
exiger de ces maquisards poursuivis à mort par l’armada française et
la multitude de ses services de renseignements et d’espionnage
d’accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en pleine
guerre, au milieu de mille dangers, et d’avoir fondé une légalité
révolutionnaire qui durera jusqu’à l’indépendance et qui servira par
la suite de fondement aux institutions de l’Etat algérien. Et le rôle
de Abbane a été là, il faut le reconnaître, prédominant. Le Congrès a
doté la Révolution d’une autorité nationale: le CNRA et d’un organe
suprême d’exécution: le CCE. Ce ne sont pas les congressistes de la
Soummam qui ont étudié et adopté le texte de la «Plate-forme de la
Soummam». Il en confièrent la tâche au CCE. Celui-ci lui consacra
plusieurs séances à Alger et procéda à sa publication le 1er novembre
1956 non sans avoir envoyé un exemplaire du procès-verbal à la
Délégation extérieure du FLN.L’éventualité du «gouvernement
provisoire» fut laissée à l’initiative du CCE.Lorsque le Congrès de la
Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte
de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté
territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la
qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la
Révolution. Sur 700 000 habitants que comptait le Grand-Alger, plus
de la moitié était d’origine algérienne embrigadées dans les
structures du FLN. La Casbah, à elle seule, comptait 80 000
habitants.

II La Zone autonome d’Alger

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son
importance stratégique sur l’échiquier national, de par la portée
psychologique nationale et internationale de ses interventions, de par
son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était
considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya
du CCE lui-même.Jusqu’à début 1956, l’organisation FLN d’Alger était
structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se
chevauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravitaient
autour de Krim et surtout de Ouamrane et de Abbane, ce dernier secondé
par Ben Khedda.Parmi les plus importants de ces réseaux, citons :- les
réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara, – le
réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,- le réseau Ahcène Laskri et
Ben Mohammed Hammada,- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), – le
réseau Cherif Debbih,- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed
Ghermoul, le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.Toutes les
têtes de file de ces réseaux ont été des adjoints de Abbane. A partir
de mars-avril 1956, l’organisation d’Alger est restructurée en trois
régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres
intégrés au sein de ces régions. L’opération de restructuration
confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu’à août-septembre
1956.En septembre 1956, l’organisation algéroise du FLN prend la
nouvelle dénomination de «Zone autonome d’Alger», avec toutes les
prérogatives d’une wilaya.Siège du CCE, la ZAA est sous l’autorité
statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent
désormais les activités : Abbane, Ben M’hidi et Ben Khedda.Sur le
plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes,
mais complémentaires : La branche militaire, dont le suivi des
activités est confié à Ben M’Hidi: formée de groupes et de commandos
de fidaïne, auxquels s’ajouteront à partir de l’été 1956 les «réseaux
bombes». La branche militaire a été dirigée successivement pa :
(Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956), (Belkacem Bouchafa (avril
1956- août1956), (Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).Avant le
Congrès de la Soummam, la branche militaire activait sous l’autorité
directe d’Ouamrane, lequel était, de la sorte, le responsable
hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.A la fin de 1956,
l’état-major de la branche militaire était constitué comme suit : -
Responsable : Yacef Saâdi ; Adjoint: Ali Amar (Ali La pointe)-
Région I: Abderrahmane Arbadji ; Adjoint: Hadj Othmane
(Kamel)-Région Il : Hammoud Ader,Adjoint : Ahcène Ghandriche,-
Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),Adjoint: Boualem
Benabderramane (Abaza).La branche politique, confiée à Brahim Chergui
était sous la supervision directe de Abbane et de Ben Khedda ; grosso
modo, elle couvrait trois types d’activités :Le travail
politico-idéologique: diffusion des mots d’ordre du FLN, de sa
littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations
afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham», c’est-à-dire
la toute-puissance de l’organisation en tant que symbole et autorité
morale du FLN, appuyée sur d’autres organisations à caractère social,
culturel, économique (UGTA, UGCA, UGEMA?).- Le travail
politico-administratif: encadrement «physique» de la population, sa
sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases
minimales d’un contre-pouvoir et d’une contre-administration
permettant la symbiose permanente entre le peuple et l’organisation,
collecte de l’impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,-
Enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique,
ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt
politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce
terme.La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE disposait
de ses propres groupes de fidaïne. On les appelait aussi «groupes
d’intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes
armés» qui, eux, relevaient de la branche militaire.A la veille de la
grève des huit jours (29 janvier – 5 février 1957), l’état-major de la
branche politique se composait comme suit :-Responsable: Brahim
Chergui-RégionI : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hachemi Hammoud (Si
Hocine), Adjoint :Sadek Keramane et Abderrahmane Naït Merzouk, -
Région II : Hachem Malek,Adjoints: Mahmoud Messaoudi et Toufik
Bensemane.-Région III : Bellouni Si El-Mahfoud, Adjoints: Rachid
Benrahmoune et Mohammed Sahraoui. Les membres des réseaux «bombes»,
une quarantaine, formaient les unités d’élite dans ce dispositif.Après
la grève des huit jours, les deux branches démantelées de la ZAA sont
reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone.
Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu’à son
arrestation en septembre 1957. L’épopée de la première zone autonome
prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où
s’étaient barricadés Ali Amar et ses derniers compagnons. Construite
sur le modèle pyramidal, la ZAA était composée d’environ 12 000 hommes
répartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et
politique.La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier,
hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base
à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. C’était le
vivier où puisait constamment l’organisation pour le recrutement des
militants, des moudjahidine et des fidaïne. Ces derniers sans attache
à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d’une
cinquantaine d’hommes par région.Branche militaire et branche
politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens,
marquait une présence percutante où chaque action perpétrée à Alger
avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la
population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement
médiatisé et les actions particulièrement dévastatrices sur le plan
psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits,
formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD. C’était l’ALN de
la ville, différente de l’ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE
avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul
qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de
l’ennemi et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La
présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part
à Alger (en réalité en plein quartier chic européen du Télemly) était
un gage de garantie et de confiance pour les combattants. Par leurs
actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain,
les moudjahidine jetaient le discrédit sur les autorités et leur
crédibilité et révélaient l’impuissance de la France à maintenir
l’ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et
plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome
de l’isolement, la poussant à un repli sur elle-même, en vérité vers
son origine, en direction de la métropole. Telle fut la Zone autonome
d’Alger qui fit d’Alger dans les années 1956-1957 la capitale de
l’Algérie en guerre et où Abbane et son équipe jouèrent un rôle
déterminant.

III Le personnage de Ramdane Abbane

Comme tous les grands personnages de l’histoire, Abbane a eu ses
détracteurs, qualifié par eux, tantôt de «régionaliste», hostile à
«l’arabo-islamisme», tantôt d’«autoritariste», voire par certains
d’«agent de l’ennemi», de «traître» même. Avant de répondre à ces
accusations, disons un mot sur son itinéraire. Ayant obtenu son
baccalauréat en 1942 au Collège colonial de Blida (l’actuel lycée
Ibnou Rochd), Abbane trouva un emploi à Chelghoum El-Id (ex
Châteaudun-du-Rhumel) comme secrétaire de commune mixte. Il le
sacrifiera aussitôt pour s’engager résolument dans le PPA, le seul
parti à revendiquer l’indépendance. En 1950, chef de la wilaya d’Oran
et membre du Comité central du PPA-MTLD, il est arrêté pendant la
grande répression de l’OS, branche armée de ce dernier (le rôle du
chef de wilaya était de situer dans l’organisation politique les
éléments aptes à la lutte armée et de les verser à l’OS). Il est
transféré d’une prison à l’autre, en Algérie et en France, et libéré
après 5 ans de détention, en janvier 1955, souffrant d’un ulcère à
l’estomac consécutif à ses nombreuses grèves de la faim. Il a
beaucoup lu au cours de sa détention. Lorsque Krim et Ouamrane
viennent lui rendre visite à sa sortie de prison et lui exposer la
situation qu’ils vivaient, il est consterné par l’extrême faiblesse
des moyens de la Révolution et l’insuffisance des cadres maquisards
qui, malgré leur courage à toute épreuve et leur mépris de la mort
étaient marqués par l’illettrisme et l’analphabétisme, un sérieux
handicap pour mener la guerre et conduire des milliers d’hommes et de
femmes dans le chemin de l’indépendance. Mais cela ne le décourage
nullement et il se jette corps et âme dans la bataille, décidé à
offrir le meilleur de lui-même. D’où sa démarche d’ouvrir les portes
du FLN à tout Algérien désireux de servir la patrie et de rechercher
des militants formés et compétents qui manquaient cruellement à la
Révolution. Il s’était vu confier la responsabilité d’Alger-ville par
Krim et Ouamrane. Fidèle à sa politique d’union nationale, il fit
appel aux «centralistes» et aux éléments de l’UDMA et de l’Association
des Ulémas dont certains seront désignés par le Congrès de la Soummam
au CNRA. Il s’agit de la présence à cet organisme des «Centralistes»
(Aïssat, Dahlab, Ben Khedda, Yazid, Mehri, Louanchi, Temmam), des
éléments de l’UDMA (Abbas, Francis) et de l’association des Ulémas (
Tewfik el Madani et Brahim Mezhoudi).Dans une lettre au CCE, Ben Bella
écrit:«Ces décisions (celles générales du Congrès de la Soummam) ont
été en outre, assorties d’autres décisions consacrant la présence
d’éléments au sein des organismes dirigeants du Front, qui sont une
véritable aberration des principes les plus intangibles de notre
Révolution, et qui, si on y prend garde, finiraient, je pèse les mots,
à lui faire tordre une fois pour toutes le cou.» (Mohammed Harbi, Les
archives de la Révolution, page 168).Dans l’esprit de Abbane et des
congressistes de la Soummam, la présence de ces éléments est le reflet
de la société algérienne avec ses différentes composantes et
sensibilités qu’il s’agit de récupérer à travers les tendances qu’ils
représentent et de les engager résolument dans la guerre pour
l’indépendance.Le CNRA, c’est le parlement du FLN où la majorité des
membres, 30 sur 34, appartient à l’ex-PPA-MTLD, véritable Assemblée
législative qui définit l’orientation et la politique du FLN, la seule
autorité engageant les négociations avec l’adversaire et habilitée à
proclamer le cessez-le-feu. Abbane est logique avec lui-même. Pour
lui il n’y a point de salut en dehors de l’union nationale et sans le
rassemblement aussi large que possible des forces nationales du pays.
Dans les reproches faits au Congrès adressés à la direction du FLN par
certains membres de la délégation extérieure, c’est surtout la
présence au CCE de Ben Khedda et Dahlab qui est visée, «centralistes»,
accusés d’avoir combattu le déclenchement armé du 1er Novembre 1954.
Des «centralistes» devenus membres du CCE, habilités en outre à
«contrôler les activités de nos organismes à l’intérieur et à
l’extérieur», cela était insupportable pour les «chefs historiques»
qui estimaient qu’eux seuls avaient le droit de diriger le FLN et la
Révolution.En réalité, c’était Abbane qui était ciblé et dont la
montée fulgurante donnait des cauchemars à certains?S’il y avait des
reproches à faire contre la désignation au CCE des deux
«centralistes», ce n’était pas uniquement à Abbane à les adresser mais
aux 4 ou 5 colonels de wilaya présents au Congrès et qui avaient
ratifié ce choix. 5 ans après, c’est à ce même Ben Khedda et à ce
même Dahlab qu’il est fait appel en 1961, l’un pour être le deuxième
président du GPRA, l’autre pour mener à bien les négociations avec la
France. Et comme par hasard, l’appel est toujours adressé par des
chefs militaires, les 3 colonels-ministres du GPRA. On rapporte que
Youcef Zighoud, proposé membre du CCE, aurait refusé pour se consacrer
entièrement à sa wilaya. Quant au principe de la primauté du
politique sur le militaire, cela signifie que le FLN commande l’ALN et
non l’inverse. Ce n’était pas une idée propre à Abbane mais à tous
les congressistes de la Soummam. Elle a servi de base à toutes les
révolutions triomphantes. Le mérite de Abbane a été de l’avoir fait
partager à ses pairs et d’avoir tenté de la mettre à exécution.
Appliquée de nos jours à l’Etat de droit, cette règle signifie que le
civil commande le militaire et qu’au sommet de l’Etat le président de
la République est le chef suprême des armées. N’est-ce pas là le mal
qui ronge l’Etat algérien depuis l’indépendance et qui nous a conduit
à la tragédie actuelle? Abbane «régionaliste»? Abbane et les
congressistes de la Soummam dans une lettre adressée à la Fédération
de France du FLN en pleine guerre ont sévèrement condamné les éléments
«berbéristes, messalistes et autres contre-révolutionnaires qui
continuent leur travail de sape et de division au sein de l’émigration
algérienne» (Voir le livre d’Anne-Marie Louanchi, Parcours d’un
militant paru récemment aux éditions Dahlab). Bien que francophone de
formation, il a toujours soutenu et défendu le principe de l’identité
algérienne rattachée à la culture arabo-islamique telle qu’elle avait
été définie dans le PPA-MTLD son école de militantisme, en opposition
à la théorie colonialiste de «l’Algérie française» ou celle de
«l’Algérie, nation en formation». Bien que non pratiquant, il a
toujours observé le plus grand respect envers ses compagnons d’armes
quant à leur foi et leur piété musulmanes. Ce qui lui importait avant
tout, c’était l’unité de tous les Algériens sans distinction qui,
seule, pouvait libérer l’Algérie de la domination coloniale. Si la
victoire de l’indépendance a été possible, c’est en grande partie
grâce à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à
l’adversaire.

Abbane «autoritariste»?

Mais Abbane n’était pas seul. Il avait toute une équipe autour de lui
menant des activités diverses et où chacun avait un secteur
particulier : organisation, finances, logistique, milieu européen,
avocats, liaisons. Lorsque nous étions à Alger, nul protocole
n’existait entre nous. Nous étions à la même enseigne. Aucun n’avait
le pas sur l’autre. Nous courions tous le même danger : celui de
tomber entre les mains des paras de Massu-Bigeard et l’arrestation
était suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.
Mais il y avait une entente tacite, une espèce de modus vivendi qui
consistait à faire confiance à Abbane et à lui reconnaître le
leadership parce que c’était un homme de décision, un animateur, un
coordonnateur. C’était lui qui assurait la correspondance avec les
wilayate, les Fédérations de France, de Tunisie et du Maroc et la
délégation extérieure. Le CDE alors était homogène.C’est à la sortie
du CCE du territoire national que les choses changent, sortie décidée
par les 4 membres restants, y compris Abbane, après la mort de Ben
M’hidi. Une sortie lourde de conséquences, loin du terrain propre de
la lutte, dans l’exil propice aux complots, aux coups bas, aux
man’uvres de toutes sortes et qui sera fatal à Abbane. Son grand
défaut a été son tempérament. Abbane était entier. Chez lui point de
nuances. Il lui arrivait d’exploser, d’entrer dans une violente
colère lorsqu’il s’apercevait d’une anomalie, d’un défaut, d’un abus,
quitte à faire à son auteur des observations en pleine figure, parfois
blessantes et publiques. «Tu ne comprends rien», avait-il dit un jour
à l’un de ses pairs, membre du CCE. Un autre, il le traita de
«fasciste». Une fois qu’il avait «vidé son sac», il se reprenait. Il
n’était pas vindicatif ni rancunier. Qui peut se vanter parmi ceux
qui ont exercé des responsabilités au cours de la guerre de libération
d’avoir été «démocrate» et de n’avoir pas pris parfois des décisions
«absolutistes». Les événements imposent souvent d’en prendre sur le
champ et Abbane en a pris. Cependant, avec tout le respect et la
considération que nous devons à la mémoire de Abbane, à l’oeuvre qu’il
a accomplie et à la contribution qu’il apporta à la cause de
l’indépendance, nous ne devons pas tomber dans le «culte du héros», le
«culte des morts» en honneur chez les peuples d’Occident qui érigent
des statues et des stèles à leurs grands hommes. C’est là une
pratique contraire à nos m’urs, à nos traditions nationales et à nos
valeurs islamiques qui assimilent cette pratique à une forme de chirk,
polythéisme tendant à associer le culte de Dieu l’Unique au culte de
l’homme. Inspirons-nous de ses idées, mais n’allons pas jusqu’à
l’adorer. Pour nous, Abbane est dans nos c’urs, et c’est en luttant
pour le triomphe des idées qu’il a défendues que nous serons fidèles à
sa mémoire, idées qui demeurent plus que jamais d’actualité dans notre
Algérie souffrante: -la primauté du politique sur le militaire, -la
primauté de l’intérieur sur l’extérieur (des problèmes internes sur
les problèmes externes),-l’unité du peuple. Dans son livre paru
récemment Ali Kafi fait parler des anciens chefs de la Révolution qui
auraient lancé contre Abbane des accusations de «traître» «agent de
l’ennemi» et autres «liens secrets». Ces chefs sont connus pour avoir
été des adversaires et des rivaux de Abbane à la direction du FLN. A
l’appui de ce qu’il avance, Kafi fait état d’affirmations plus ou
moins vagues sans fournir des preuves tangibles : les personnes
impliquées dans cette «trahison», leurs lieux de rencontre, les dates,
les décisions prises et autres faits concrets. Les arguments de
l’auteur sont loin d’être convaincants. Alors que l’Algérie se débat
dans les convulsions d’une tragédie sans nom, alors que la jeunesse
algérienne est à la recherche de ses repères historiques, on ne peut
s’empêcher de se poser la question suivante : quelle motivation a
poussé Kafi, secrétaire de l’Organisation nationale des moujahidine à
diffamer et à calomnier un symbole de la Révolution, connu pour son
‘uvre historique d’unification des forces nationales qui a permis la
libération de l’Algérie. Il a poussé l’outrecuidance jusqu’à
s’attaquer à un mort et salir sa mémoire, jouant par là un rôle peu
glorieux et peu digne.

B. B. *Titres et intertitres de notre rédaction (1) Le Sud c’était
la wilaya VI.

Liste des «22» du CRUA (juin 1954) -Mokhtar BADJI-Othmane Belouizdad
-Ramdane BEN ABDELMALEK-Ben Mostefa BEN AOUDA – Mustapha
BENBOULAID-Mohammed – Larbi BEN M’HIDI – Lakhdar BEN TOBBAL – Rabah
BITAT – Zoubir BOUADJADJ-Slimane BOUALI-Ahmed BOUCHAIB-Mohammed
BOUDIAF – Abdelhafid BOUSSOUF-Lyès DERRICHE-Mourad DIDOUCHE -
Abdesselam HABBACHI-Abdelkader LAMOUDI-Mohammed MECHATTI-Slimane
MELLAH -Mohammed MERZOUGUI-Boudjemaâ SOUIDANI-Youcef ZIGHOUD
Les noms sont cités par ordre alphabétique.

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La maison de Abane Ramdane restaurée en musée

Posté par algeriedemocratie le 21 août 2009

La direction de la culture et la wilaya de T.O débloquent deux milliards de centimesLa maison de Abane Ramdane restaurée en musée

Désormais, le domicile du héros de la Révolution, Abane ramdane, est entièrement restauré et érigé en musée national faisant partie du patrimoine historique. Cette reconnaissance de plus à Abane Ramdane, a été l’initiative du directeur de la culture de la wilaya de Tizi-Ouzou et de du ministre de la Culture. A ce titre, la restauration du domicile, construit dans les années 1950, par la famille Abane, et qui était à l’état de délabrement critique, a suscité une grande  satisfaction des citoyens de la région et du village Azouza d’où est natif Abane.

Les travaux ont débuté en août 2008 et les délais accordés n’excédant pas 18 mois, avec une enveloppe financière de près de deux milliards de centimes.

Hier, à l’occasion du 20 Août, une visite d’inspection effectuée sur les lieux, par le direction de la culture, Mouloud Ali El Hadj, le chef de daïra de LNI et du P/APC de LNI.

L’avancement des travaux est plus que satisfaisant, et en présence du bureau d’étude du projet et de l’entreprise en charge de la réalisation, l’inspection a fait ressortir que le projet est à 90% de sa réalisation.

L’échéance du 1er novembre est retenue, en présence de la famille Abane et des maquisards de la région, pour l’inauguration et la réception définitive du musée.

La wilaya de Tizi-Ouzou, la direction de la culture, les moudjahidine, les autorités de LNI, les ministères de la Culture et des Moudjahidine, ont promis de faire du 1er novembre prochain, un événement grandiose à une portée nationale où un grand gala sera à l’ordre du jour avec la participation de grandes stars de la chanson algérienne et kabyle et surtout comme souhaité par la population de Fort National, la présence de la vedette de la chanson kabyle, Lounis Aït Menguellet.

B. T.

source:la dépêche de kabylie

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Entretien avec l’historien Belaïd Abane

Posté par algeriedemocratie le 20 août 2009

Entretien avec l’historien Belaïd Abane“L’étape soummamienne est celle de la maturité révolutionnaire, mais aussi une projection dans l’avenir”Entretien avec l’historien Belaïd Abane dans Abane(19) 2201_74930

Eminent professeur en médecine, historien émérite, Belaïd Abane évoque dans ce bref entretien, le Congrès de la Soummam et son architecte Abane Ramdane. “La réunion de la Soummam a été l’acte fondateur de l’Etat algérien moderne”, estime Pr Abane, pour qui le Congrès de la Soummam et le travail réalisé par Abane et ses camarades jetèrent les jalons d’un Etat démocratique et moderne.  Il évoque aussi le choix de la Kabylie pour organiser une si importante réunion, les raisons de l’absence de certaines délégations et surtout les raisons des attaques de certains contre le décisions du congrès et la personne de Abane Ramdane.  A titre de rappel, Pr Belaïd Abane est auteur de plusieurs livres sur l’histoire de la Guerre d’Algérie, comme “Abane Ramdane et les fusils de la rébellion”. Il nous a assuré que d’autres livres, toujours sur le thème de la Guerre de libération seront édités prochainement.

La Dépêche de Kabylie : L’Algérie célèbre aujourd’hui le 53e anniversaire du Congrès de la Soummam, que représentait réellement cette réunion pour la Guerre d’Algérie ?

Belaïd Abane : Pour la Révolution algérienne d’abord, ce fut le tournant décisif. La  » rébellion déclenchée le 1er Novembre se mue en guerre nationale de résistance au colonialisme. Après la phase d’unification des potentiels nationaux, initiée et pilotée par Abane, la Révolution algérienne se devait de prendre le monde à témoin et de s’amarrer au mouvement universel de libération des peuples. Elle se devait également de faire connaître ses objectifs et sa doctrine. En somme après les premiers coups de feu, il était nécessaire pour le Mouvement de libération national incarné par le FLN et l’ALN, de se faire connaître et de définir ses perspectives d’avenir. C’est ce que j’ai appelé en métaphores marines, un pavillon qui permet d’être facilement identifié et une boussole pour s’orienter et tracer sa voie ; c’est cela aussi la plate-forme de la Soummam.

Pour la première fois, est réalisée une quasi-unanimité nationale pour la lutte armée. Mis à part le MNA, l’ensemble des forces patriotiques algériennes est engagé dans la lutte sous l’étiquette FLN. Même les communistes qui tiennent un temps à leur autonomie finiront par jeter toutes leurs forces, loyalement, dans la bataille. Tout cela il fallait  l’institutionnaliser. Il fallait un édifice crédible auquel tout combattant, tout sympathisant et tout militant doit se référer. Je me remémore encore cette phrase d’Ali Lounici, officier de l’ALN en wilaya IV : “le Congrès de la Soummam nous a donné ce formidable sentiment que nous avions déjà un Etat.” Alors que le 1er Novembre avec l’immense mérite qui est le sien est l’étincelle qui a mis le feu aux poudres, sans préjuger de la suite des évènements (l’essentiel étant d’être prêt à tuer et à mourir), l’étape soummamienne est celle de la maturité révolutionnaire, mais aussi une projection dans l’avenir. C’est en ce sens que la réunion de la Soummam a été l’acte fondateur de l’Etat algérien moderne.

Pour ce qui est de la guerre elle-même, l’organisation militaire sortie de la Soummam fut une véritable machine de guerre. En créant une armée révolutionnaire moderne, une armée de guérilla rigoureusement structurée (on ne peut imaginer à quel point l’ALN était organisée dans les maquis au point qu’elle n’eut rien à envier à une vieille armée de métier comme l’armée française), le Congrès de la Soummam donna une formidable impulsion à la guerre. Du moins pour un temps puisque les stratèges de l’armée coloniale ne tarderont pas à trouver la parade en recourant à la tactique du contact direct par des unités d’élites légères transportées par des sikorsky birotors, les fameuses “bananes”.

Même si on peut encore gloser sur sa représentativité, le Congrès de la Soummam fut une étape majeure de la guerre qui opposa les Algériens au colonialisme français. Essayons d’imaginer un seul instant qu’il n’y ait pas eu de Congrès de la Soummam et nous verrons dans quelle pagaille se serait poursuivie la guerre. Mais le Congrès de la Soummam ne serait rien sans tout le travail d’unification entrepris par Abane depuis le printemps 1955. La réunion de la Soummam est évidemment le couronnement de tout ce travail accompli en amont. 

Le congrès, comme son artisan, Abane Ramdane, sont constamment, pris pour cible par certains cercles hostiles au projet de ce congrès, selon vous, quelles en sont les raisons ?

Le projet soummamien initié par Abane est algérien, citoyen et politique. Abane pensait algérien avant de penser maghrébin ou arabe. On ne peut dire en voyant dans quel état sont l’union maghrébine et la “nation arabe” aujourd’hui qu’il avait totalement tort. Je pense que le principe de primauté intérieure sur l’extérieur pourrait se lire également dans ce sens. L’Algérie d’abord, en quelque sorte.

Le projet soummamien s’était également affranchi des croyances et des identités pour ne s’attacher qu’à l’aspect citoyen. N’oublions pas que ni la Proclamation de novembre, ni le Congrès de la Soummam n’avaient exclu de la Nation algérienne les Juifs et les Européens désireux de prendre la nationalité algérienne et de rester en Algérie. Pour ce faire, il n’y avait que la citoyenneté pour espace commun à tous.

Enfin, le projet soummamien était politique par excellence et proclamait même la primauté du politique sur le militaire, principe que d’aucuns ont malheureusement tendance à lire au premier degré “ le politique doit commander au militaire”, alors qu’il s’agissait de subordonner toute action militaire à des objectifs politiques et au but suprême de la Révolution : la libération nationale et l’indépendance, ce qui est politique par excellence, puisque on ne vise par une victoire militaire dont on sait qu’elle est utopique face à une armée puissante suréquipée et qui combat à une heure d’avion de la métropole contrairement à la guerre d’Indochine.

Les raisons inavouées de certains contempteurs, peu nombreux du reste, sont là. Pour d’autres, c’est de n’y avoir pas participé et d’avoir été absents du lieu et au moments historiques du Congrès de la Soummam. D’autres estiment avoir été injustement évincés des instances dirigeantes du congrès au bénéfice d’autres comme Ben Khedda et Dahlab moins méritants à leurs yeux. On ne peut malheureusement passer sous silence la haine régionaliste qui gangrène certains cœurs (fort peu nombreux heureusement) au point de ne voir à travers Abane que sa région d’origine.

  

Pourquoi le choix de l’organisation s’est-il porté sur la Kabylie ?

On doit à la vérité de rappeler que le choix initial n’était pas la Kabylie même si logiquement la Kabylie est le centre géographique du pays qui aurait pu arranger tout le monde.

La réunion était semble-t-il prévue “chez Zighout”, dans le constantinois. Les évènements en avaient décidé autrement. Après un accrochage, le mulet transportant les documents du Congrès n’avait rien trouvé de mieux que de se rendre dans une caserne de l’Armée française, son ancienne écurie semble-t-il. Le plan B des dirigeants FLN était alors un petit village, Ifri,  sur le flanc sud du Djurdjura. Stratégiquement, l’endroit était néanmoins vulnérable, mais la sécurité sera efficacement assurée par les troupes d’Amirouche qui organisa plusieurs attaques de diversions pour détourner l’armée coloniale du lieu du congrès.

  

Quelques délégations avaient boudées la rencontre, pour quelles raisons ces délégations avaient opté pour ce choix, et comment les directives du congrès ont été suivies ?

Là aussi, le souci de vérité nous oblige à dire qu’il n’eut pas de délégations ayant boudé le congrès. On reprochera au Congrès de la Soummam, à juste titre, son manque de représentativité pour deux absences. D’abord et surtout celle des Aurès- Nememcha (wilaya I). C’est la mort de Ben Boulaïd causée par un poste émetteur piégé par l’Armée française comme le relate avec forces détails, Constantin Melnik, chef du service action  (main rouge) de l’armée coloniale, qui plongea la wilaya I dans un désordre indescriptible, et une guerre de chefs qui finira dans un bain de sang. Il est difficile, d’imaginer un instant que Abane ou un quelconque autre dirigeant du FLN ou de l’ALN veuillent évincer du congrès si Mostefa Ben Boulaïd et les dirigeants des Aurès Nememcha, cette région qui a porté très haut le drapeau du combat libérateur et dont l’héroïsme est connu de tous. De fait, c’est dès février 1956 que Abane tente de prendre contact avec les responsables aurésiens en dépêchant Saâd Dahlab. Ce dernier apprendra de Zighout, le prestigieux chef des Aurès est mort. Il y apprendra également que la région est en pleine pagaille car les Aurès ne se sont jamais vraiment remis de l’arrestation de Ben Boulaïd en février 1955. Et  depuis la mort du prestigieux chef chaouia au printemps 1956, la guerre de succession est ouverte. Son frère Omar qui tente de lui succéder se rend en Kabylie vers la fin avril, à la tête d’une forte escorte pour y rencontrer Krim Belkacem et se faire reconnaître comme le délégué des Aurès. L’offensive militaire française des opérations “Arquebuse” et “Espérance” du mois de mai 1956 interrompant la rencontre et disperse les maquisards. Omar Ben Boulaïd dût probablement  rejoindre en catastrophe sa zone d’origine. La situation trouble qui y règne ne lui permet pas de s’éloigner de son fief que lui disputent âprement d’autres prétendants au leadership aurésien. Là est la véritable explication de l’absence des dirigeants de la wilaya I des Aurès Nememcha. L’absence de la délégation extérieure fut l’autre grosse pomme de discorde entre Ben Bella et les dirigeants de la Soummam et tout particulièrement Abane Ramdane. A en croire Ben Bella, “ceux de l’extérieur ont attendu patiemment huit jours à Rome d’abord et quinze jours à Tripoli ensuite le signal promis par Hansen (pseudonyme d’Abane, NDLA) pour rentrer au pays”. Mais faut-il croire Ben Bella ? Avait-il réellement l’intention de rentrer en Algérie pour participer au 1er congrès du FLN ? Il est permis d’en douter. Voici pourquoi. Depuis le 1er décembre 1955 que Abane avait commencé à attirer l’attention des membres de la délégation extérieure sur le projet d’une réunion nationale des responsables FLN-ALN en prenant même soin de leur indiquer l’itinéraire à suivre.  Début janvier 1956, Abane informe de nouveau la délégation extérieure. Abane Ramdane revient longuement sur la réunion nationale prévue pour le mois d’août 1956, en se faisant  plus précis et plus pressant (lettre du 3 avril 1956, Mabrouk Belhocine, Courrier Alger le Caire) : “Nous avons décidé de tenir une réunion des principaux chefs de la résistance… chez Zighout dans le nord Constantinois. Y assisteront le responsable de l’Oranie…, Krim et Abane de l’Algérois, Zighout et son adjoint, Ben Boulaïd et son adjoint et deux éléments de l’extérieur… Zighout se porte garant de la sécurité des délégués une fois entrés dans sa zone. Dans cette réunion seront réglés tous les problèmes et nous dissiperons tous les malentendus… L’intérêt du pays exige cette réunion… Nous espérons que vous serez au rendez-vous ; sinon, nous prendrons seuls de grandes décisions et alors vous ne vous en prendrez qu’à vous-mêmes. Nous demandons au frère Khider de le rappeler par téléphone à tous les frères pour que chacun prenne ses responsabilités. Envoyez de préférence Ben Bella et Aït Ahmed ou Ben Bella et Khider.” La question est de savoir si les délégués extérieurs avaient réellement l’intention de rentrer en Algérie pour participer à la réunion de la Soummam. On peut en douter. Il faut rappeler, en effet, qu’aucun des dirigeants extérieurs, y compris Mohamed Boudiaf qui devait organiser une réunion de coordination en 1955, n’est rentré sur le territoire algérien depuis le 1er novembre 1954. L’argument de sécurité qu’on a trop souvent tendance à invoquer ne tient pas la route car Ben M’hidi, pourtant activement recherché, a réussi à franchir la frontière et à faire le trajet Alger-Oran en train sans encombre. De nombreux chefs militaires passeront également les frontières dans tous les sens même après la construction du barrage Morice-Challe.  La vérité est que les délégués extérieurs étaient surtout préoccupés par les questions diplomatiques comme le suggère le contenu de leur lettre du 15 août. Khider y dresse un bilan des activités diplomatiques très chargées des dirigeants du Caire qui “ont été tous absents les uns après les autres, ce qui explique le flottement et le retard de notre correspondance”.  Autre raison de croire que les délégués extérieurs étaient en réalité très éloignés des questions intérieures, cette déclaration de Hocine Aït Ahmed : “Personnellement, j’ignorais qu’un congrès s’était tenu à la Soummam… Khider et Ben Bella étaient eux au courant de la tenue d’un congrès. Mais nous n’avons pas eu le temps d’en parler.”

A l’évidence, les responsables extérieurs, absorbés par le travail diplomatique, étaient à mille lieues des préoccupations “soummamiennes” de Abane et de ses camarades de l’intérieur. A l’exception de Ben Bella auquel les préparatifs de la Soummam semblent avoir donné des cauchemars, aux dires de son mentor égyptien Fathi Dib (Gamal Abdelnasser et la Révolution algérienne, L’Harmattan). A la vérité, Ben Bella n’avait pas l’intention de rentrer en Algérie. Sa décision était prise depuis que le Raïs égyptien a pris “l’affaire de la Soummam” en mains et que le Major Dib lui “a déconseillé de retourner en Algérie pour assister à cette réunion”.  Quant à l’autopro

clamée “zone de Souk Ahras”, elle n’a effectivement pas été sollicitée pour participer au Congrès. Elle faisait, en effet, partie officiellement de la zone II, future wilaya II englobant tout le nord constantinois même si elle n’a pas démérité, Bouglez et ses amis ayant mis sur pied une remarquable organisation forte de plusieurs milliers d’hommes sur les hauteurs boisées d’El Tarf. Mais cette “zone” faisait officiellement partie de la zone future wilaya nord constantinoise. La faire siéger à la réunion aurait remis en cause le schéma directeur du 1er Novembre et  créé un dangereux précédent.

Bien entendu toutes ces absences ont servi de prétexte pour certains qui ont mis à profit l’anarchie régnant en wilaya I pour dresser certains responsables aurésiens contre les décisions du Congrès de la Soummam. Certaines oppositions finiront hélas dans une tragédie fratricide qu’il est trop long de développer ici.

Propos recueillis par Mohamed Mouloudj

source:la dépêche de kabylie

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Réflexions sur le Congrès de la Soummam

Posté par algeriedemocratie le 18 août 2009

Tiré d’un article de feu benyoucef BEN KHEDDA Rabi Yerahmou

Réflexions

sur le Congrès

de la Soummam (partie1)

Benyoucef BEN KHEDDA

Rappelons brièvement le contexte historique de l’époque.

Rappel historique

On sait que l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action) tous issus de l’OS (Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions : Comité central et Messali.

La direction de la Révolution passe alors aux «6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous l’appellation du FLN (Front de libération nationale).

Le partage des responsabilités entre eux, après leur réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine (ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :

Zone 1, Aurès-Némencha, Mustapha Ben Boulaïd,
Zone 2, Nord-Constantinois, Mourad Didouche,
Zone 3, Kabylie, Belkacem Krim,
Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,
Zone 5, Oranie, Mohammed Larbi Ben M’hidi.
(Les zones seront remplacées par les wilayate après le Con-grès de la Soummam).

Quant à Boudiaf, désigné par ses pairs «coordonna-teur», il s’envole pour le Caire porteur de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 1954 par Ben Bella.

Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis dans la ca-pitale égyptienne où ils représentaient la délégation exté-rieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du FLN.

Avant de se séparer à Bologhine, les premiers s’étaient donnés rendez-vous au 12 janvier 1955 pour faire le point de la situation, malheureusement les événements surgis de la guerre ne leur ont pas permis de se rencontrer.

Didouche meurt le 12 janvier dans un combat face à l’ennemi.

Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la fron-tière tuniso-libyenne, en se rendant au Caire afin d’activer l’entrée des armes promises.

Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter les armes et organiser leur acheminement en Algérie.

Abbane libéré le…janvier 1955, après 6 ans de dé-tention, regagne son village natal, où il est rejoint par Krim et Ouamrane.

Bitat est arrêté le…mars 1955. Ouamrane lui suc-cède à la tête de la zone 4 et confie, en accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.

Le PCA (Parti communiste algérien) a éclaté, à cause de sa composition mixte formée d’Européens et de Musulmans et de sa sujétion au PCF (Parti communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO au sein du Front républicain qui votera la loi sur «les pouvoirs spéciaux» destinés à renforcer l’armée de répression en Algérie. Le PCA sortira discrédité aux yeux des masses algériennes.

Les messalistes sont majoritaires en France où une lutte sanglante et meurtrière est engagée entre leur parti : le MNA et le FLN, dont l’enjeu est l’émigration algérienne forte de 300 000 et d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis, actifs en Kabylie, au Sud et à Alger-ville.

Mais le gros problème demeure la minorité euro-péenne, forte d’un million d’habitants (sur 10) qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et où ils tiennent les leviers de commande. La Révolution grandissante inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer. Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions catholique, protestante et juive (catholique sur-tout), émus par les massacres des civils musulmans prennent position contre la répression. Cependant, la grande majorité fait confiance à l’armée et au gouvernement de Paris.

Sur le plan politique

En dehors des tracts et des communiqués paraissant occasionnellement, le FLN n’avait pas de journal pour s’affirmer sur le plan public, faire connaître ses positions politiques, relater les exploits de l’ALN, les massacres et tortures de la police et de l’armée françaises.

Il y avait un vide syndical dû à la faillite de la CGT (Confédération générale des travailleurs) d’obédience communiste.

Les étudiants et les quelques intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions d’ordre idéolo-gique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme agraire, problèmes sociaux, etc.

Abbane créa alors une commission dont le résultat se traduira dans le Projet de la «Plate-forme de la Soummam». Parallèlement se poursuivait grâce à un noyau de militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une infrastructure spécifique : la zone autonome d’Alger avec deux volets politique et militaire.

Sur le plan militaire

Les maquis avaient fini par faire leur jonction. Ce-pendant des conflits frontaliers éclataient à l’exemple de la zone 2 s’opposant à la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière.

Dépassements, encadrement déficient, structures dif-férentes d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait étroitement de l’armement et les pro-messes faites à l’extérieur ne se réalisaient pas. Les armes manquaient terriblement. Ce fut la cause principale de l’arrestation de Ben Boulaid, et c’est pour armer les djou-noud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août 1955.
En France

En France l’Algérie est devenue la première préoc-cupation du gouvernement et de l’opinion publique.

En mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» qui lui furent votés par la nouvelle assemblée, le gouvernement de gauche augmente le poten-tiel de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière va s’élever à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il «négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire.

Pour le FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.

Sur le plan international

A l’ONU, lors de la 10e session, les délégués arabes ont tenté d’inscrire la «question algérienne» à l’ordre du jour. Elle a été repoussée par la majorité acquise à la France et ses alliés.

L’attitude des gouvernements arabes, bien que favo-rable à l’Algérie, particulièrement de l’Egypte, est sujette à des fluctuations sous la pression de la France qui monnaie l’aide économique et financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab, libre jusque là, est censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne instrumentalisée par Djamel Abd-Ennasser qui jouit d’un immense prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique.

Le colonel Fethi Dhib, chef des services spéciaux égyptiens, manœuvre dans ses rapports avec les membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella s’ingérant directement dans les affaires du groupe, créant animosité et disputes entre eux.

Un gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et le Caire, celui des positions offi-cielles devant tel ou tel événement, telle ou telle question pesant sur le cours de la Révolution : ainsi l’ouverture des négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et semer la division, cette maladie mortelle des révolu-tions. Jusqu’ici, l’identité de formation des dirigeants issus tous du même parti : le PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir devant les initiatives de la France.

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de l’indépendance algérienne», pen-dant que de son côté Khider au Caire parlait d’«Assemblée nationale constituante».

La France ne se privait pas d’exploiter ces contradic-tions. Et quand les journalistes posaient aux officiels fran-çais la question des «négociations», ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui ? », et parlaient de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en réalité à noyer le FLN dans un magma de partis sans représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités musulmans et européens.

S’il existait des commandements à l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec plus ou mois de bonheur la représentation du FLN, par contre il n’existait pas une direction centrale coordonnant les activi-tés du FLN, politiques et militaires, nationales et internatio-nales constituant une autorité en mesure de se poser en in-terlocuteur valable vis à vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du peuple algérien.

A un moment donné il fut question d’une direction de «12» membres : six de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat, Abbane, Ouamrane) et six de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).

Un des sujets de discorde qui ne cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les éléments en-voyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène interna-tionale et qui étaient contestés par ceux du Caire : Ferhat Abbas, Tewfik El Madani, Kiouane.

Dans chaque lettre adressée au Caire, Abbane revient à la charge sur la question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner la direction offi-cielle du FLN absente de la scène politique depuis 2 ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim (Kabylie), Ouamrane (Algérois) ; il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955. A Youcef Zighoud (Nord –Constantinois) il délègue Saâd Dahlab ; et c’est ainsi que le futur négociateur d’Evian inaugure son activité diplomatique au FLN. Zighoud adhère pleinement à l’idée. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont également tou-chés. Seul Ben M’hidi rentrera à Alger en mai 1956. Je ne connais pas exactement les motifs pour lesquels les membres de la délégation extérieure n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. Ceux d’entre eux qui sont encore ne vie peuvent nous éclairer.
Le Congrès et ses décisions

Le Congrès se réunit, comme chacun sait, dans la maison forestière d’Ighbal, à Ifri, non loin d’Ighzer Amo-krane, sur la rive gauche de la Soummam, à quelques kilo-mètres d’Akbou, le 20 août 1956.

Le procès-verbal de la première séance donne la liste des membres présents.

« Les membres présents étaient :
- BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie (prési-dent de Séance),
- ABBANE, représentant le F.L.N. (secrétaire de séance),
- OUAMRANE, représentant de l’Algérois,
- KRIM, représentant de la Kabylie,
- ZIROUT, représentant le Nord-Constantinois,
- BENTOBBAL, adjoint de Zirout.

Membres absents :
- BEN BOULAID, représentant des Aurès-Nemenchas,
- SI CHERIF, représentant le Sud (excusé après avoir adressé son rapport à la réunion). »

Les congressistes n’avaient pas la certitude absolue de la mort de Ben Boulaid, qui remontait à cinq mois, ce qui explique que son nom figure dans cette liste.

Comme on le voit, le Congrès se réduit à six membres. En dehors des séances, ceux-ci se retrouvaient chacun avec d’autres membres de sa zone : Ali Kafi et Mos-tefa Ben Aouda avec Zirout et Ben Tobbal, Saïd Moham-medi et Aït Hamouda Amirouche avec Krim (zone 3), Déhi-lès, Si M’hammed Bouguerra et Ali Mellah avec Ouamrane (zone 4). Chaque chef de zone présenta un état de la situa-tion : effectif des moudjahidine, armement, état d’esprit des combattants et de la population.

Les décisions organiques

Les zones furent remplacées par six wilayate décou-pée chacune en zone (mintaka), secteurs (nahia), région (kisma), chacune d’entre elles dirigée par quatre membres selon le principe de la direction collective.

Le Conseil de wilaya comprenait un colonel politico-militaire assisté de trois commandants : militaire, politique, liaisons et renseignements. Le secteur sanitaire était rattaché au Conseil de wilaya.

Pour les unités, elles allaient depuis le demi-groupe composé de 4 hommes commandés par un caporal jusqu’au bataillon de 350 hommes commandés par un colonel. Al-lergiques au culte de la personnalité qu’ils venaient de vivre récemment dans le conflit Messali-Comité central, les con-gressistes décidèrent qu’il n’y aura pas de grade de «géné-ral» jusqu’à la libération.

A la tête de chaque douar fut désignée l’assemblée du peuple de 4 membres avec un Président s’occupant de l’état-civil, de la justice, des finances, du ravitaillement et de la police. En réalité cette infrastructure subira des trans-formations au cours de la guerre mais le cadre général sera maintenu.

Le problème crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats, et le bilan de la délégation extérieure à ce sujet fut jugé négatif. Le congrès se résolut à la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles sont, c’est à dire chez l’ennemi.

CNRA et CCE

Le Congrès procéda à la désignation des organes de direction : CNRA (Conseil national de la Révolution algé-rienne) et le CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le CNRA, parlement du FLN, joue le rôle de direction su-prême du mouvement. Il prend des décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale, en même temps que celle d’une assemblée législative, symbole de la souve-raineté nationale. Il désigne l’exécutif : CCE. Il engage des négociations avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix.

Le CNRA, désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres : 17 titulaires et 17 suppléants :
Membres titulaires Membres suppléants
1 – Mostefa Ben Boulaïd 1 – L’adjoint de Ben Boulaïd
2 – Youcef Zirout 2 – Lakhdar Ben Tobbal
3 – Belkacem Krim 3 – Saïd Mohammedi
4 – Amar Ouamrane 4 – Slimane Dhiles
5 – Med Larbi Ben M’hidi 5 – Abdelhafid Boussouf
6 – Rabah Bitat 6 – Ali Mellah
7 – Mohammed Boudiaf 7 – Saâd Dahlab
8 – Ramdane Abbane 8 – Salah Louanchi
9 – Ahmed Ben Bella 9 – Mohammed Ben Yahia
10 – Mohammed Khider 10 – Abdelhamid Mehri
11 – Hocine Aït Ahmed 11 – Tayeb Thaalibi
12 – Med Lamine Debba-ghine 12 – Mohammed Lebdjaoui
13 – Idir Aïssat 13 – Ahmed Francis
14 – Ferhat Abbas 14 – UGTA à désigner par le CCE
15 – M’hamed Yazid 15 – Aïssa …
16 – Benyoucef Ben Khedda
17 – Ahmed Tewfik El Ma-dani

Si l’on examine la liste du CNRA, titulaires et sup-pléants, 34 membres, elle est composée des
- 6 chefs de wilaya et leurs adjoints sauf la wilaya 6 sans adjoint (11),
- Abbane : représentant du «FLN» (cf. le PV),
- Les membres de la délégation extérieure : Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider (4),
- Les «centralistes» : Ben Khedda, Dahlab, Aïssat, Yazid, Louanchi, Mehri (6),
- L’UDMA : Abbas, Francis (2),
- L’association des oulama : Tewfik El Madani, Mezhoudi (2).

Le congrès de la Soumama parPrésident BEnyoucef BEN KHEDDA Rahimahou allah

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème des négociations et les condi-tions de cessez-le-feu qui serviront de base, cinq ans plus tard, aux négociations d’Evian :
1 – Reconnaissance de la Nation Algérienne une et indivisible (opposée à la fiction coloniale de «l’Algérie française» et à toute idée de partage ethnique ou confessionnel).
2 – Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté pleine et entière, dans tous les domaines, y compris la Défense nationale et la diplomatie (contre le principe de l’autonomie interne concédé par la France à la Tunisie et au Maroc).
3 – Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés pour activité po-litique ou armée.
4 – Reconnaissance du FLN comme seul représen-tant du peuple algérien et seul habilité à toute négociation. En contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.
«Seul le CNRA est habilité à ordonner le cessez-le-feu dans le cadre fixé par la Plate-forme». Proclame la Plate-forme de la Soummam.
L’étude d’un «gouvernement provisoire» et sa proclamation fut laissée à l’initiative du CCE.

Face à la propagande de la France qui accusait le FLN d’être au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam définit ainsi la Révolution : «La Ré-volution algérienne est un combat patriotique dont la base est incontestablement de caractère national, politique et so-cial. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni a Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur de la Révolution algérienne».

Certes il n’y a pas eu de doctrine mais un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce n’était qu’une plate-forme : Elle ne pouvait que fixer les objectifs stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, no-tamment les conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des repères d’orientation clairs et fermes pour la poursuite du combat.

Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb arabe, fut solennellement proclamé.

Vis à vis de la minorité européenne et juive le droit d’opter pour la nationalité algérienne est reconnu à titre individuel et sur demande de l’intéressé.

Ce qui a honoré la Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom anti juif. Le boycott des com-merçants juifs fomenté par des provocations fur étouffé dans l’œuf par le FLN dès 1956. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la participation active d’éléments juifs et chrétiens à la répression.

La Plate-forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux non-musulmans, tournée vers l’avenir.

On a reproché au Congrès de la Soummam de n’avoir pas approfondi l’idéologie de la Plate-Forme, no-tamment son côté social. Le problème qui se posait alors n’était pas d’ordre idéologique mais une question de survie pour le peuple algérien ; le problème était : «colonialisme» ou «indépendance».
On a reproché aussi au Congrès de ne pas s’être pro-noncé pour le «socialisme». Le problème n’était pas dans l’alternative «colonialisme» ou «socialisme» mais encore une fois dans l’alternative «colonialisme» ou «indépendance».

Des islamistes, aujourd’hui, ont reproché de leur côté au Congrès de ne pas s’être prononcé pour «Etat islamique». S’il en avait été ainsi, le Congrès se serait séparé entre pro-islamiques et anti-islamiques, entraînant l’éclatement du FLN, pour la plus grande joie du colonialisme, les armes se seraient retournées entre frères ennemis.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amar Bouglez. Le conflit opposant ce dernier à la wilaya 2 pour le contrôle de cette route des armes va s’en trouver aggravé.

Boussouf, l’adjoint de Ben M’hidi à la tête de la wi-laya 5 et pratiquement le chef, contesta les décisions du Congrès et reproche à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya pour des questions «engageant l’avenir du pays», alors qu’il aurait été délégué pour «des questions d’ordre organique et de coordination».

Pour Boudiaf, le Congrès de la Soummam fut un vé-ritable «magma». Ben Bella contestera la présence de «cer-taines personnalités» au CNRA («centralistes», UDMA, les oulama), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la pri-mauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par Mahsas.

Le point de la situation militaire ne fut pas fait. L’on se contenta de dresser le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances sans tenter d’évaluer l’ensemble des forces en présence, algérienne et françaises, d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. Certes, la force de l’ALN c’était la connaissance du terrain, les unités légères, la mobilité, l’appui de la population, mais il n’y avait pas une stratégie pour la simple raison qu’il n’y avait pas encore de commandement militaire unifié. La grande préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie militaire dans ces conditions était une impossibilité ; les congressistes n’avaient pas une claire vision des étapes à parcourir.

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à mort par l’armada française et la multitude de ses services de renseignement et d’espionnage, d’accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en peine guerre, au milieu de mille dangers, et d’avoir fondé une légalité révolutionnaire qui durera jusqu’à l’indépendance. Le Congrès a doté la Révolution d’une autorité nationale : le CNRA et d’un organe d’exécution : le CCE ; il a tranché le conflit intérieur-extérieur par deux décisions capitales :
- Primauté de l’intérieur sur l’extérieur,
- Primauté du politique sur le militaire,
Deux décisions qui furent reprochées par les membres de la délégation extérieure au Congrès et à Abbane et qui conti-nuent, jusqu’à maintenant à alimenter les polémiques chez les moudjahidine et dans la classe politique.

Et là, il nous faut nous étendre un peu plus sur la personnalité de Abbane et l’œuvre qu’il a accomplie dans la Révolution. En plus du rôle d’architecte du Congrès de la Soummam, il a été le coordinateur du CCE et le bâtisseur de la zone autonome d’Alger, véritable maquis urbain, qui a été entre 1956 et 1957 la capitale de l’Algérie en guerre.

ZONE AUTONOME D’ALGER
A. Historique
Au lendemain du 1er Novembre 1954 Alger et sa banlieue étaient comprises dans la zone dite de «l’Algérois» confiée à Rabah Bitat au cours de la réunion des «6», et qui fera partie peu à peu de la wilaya 4.

Bitat, arrêté le … mars 1955, Amar Ouamrane prendra la succession, remplacé ensuite par Ramdhane Ab-bane. Se développent alors les premiers réseaux du FLN.

Une «direction» de fait s’impose avec Abbane, qui en était l’âme, Krim chef de la zone de la Kabylie et Oua-mrane, chef de l’Algérois ; j’étais l’assistant de Abbane dès le début de 1956.

Abbane lui impulse un souffle nouveau, elle devient la véritable direction nationale de l’Algérie, un centre de coordination entre les chefs de l’intérieur d’une part, entre ces derniers et ceux de l’extérieur d’autre part ; les premiers se consultent mutuellement assez souvent.

Abbane la transforme en plaque tournante du FLN, vitrine de la lutte pour l’indépendance. Par les tracts qu’il rédige, il lance des mots d’ordre et des proclamations qui ont des répercussions au-delà des frontières. «L’indépen-dance de l’Algérie, dira-t-il dans un de ses écrits, sera l’œuvre de tous les Algériens, et non pas celle d’une fraction d’entre eux».

Autour de lui se forme une équipe qui réalise un tra-vail de mobilisation et de propagande remarquable en direc-tion de la population musulmane, comme des libéraux et des progressistes de la population européenne.

Vis à vis de la population musulmane, il déclenche une dynamique d’union nationale qui se solde entre l’au-tomne 1955 et le printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du Comité central du PPA-MTLD et de leurs par-tisans (les «centralistes») , de l’UDMA de Ferhat Abbas, enfin de l’Association des Oulama de Bachir Brahimi, ce qui élargit les assises du Front et son champ d’intervention et culbute les messalistes.

Alger servira de base logistique non seulement à l’Algérois et la Kabylie toutes proches, mais à toute l’Algérie : médicaments, argent, effets militaires y sont collectés et acheminés dans toutes les régions.

L’on assiste alors à une accélération de l’intégration des catégories socioprofessionnelles : 24 février 1956 créa-tion de l’UGTA, appel à la grève des étudiants lancé par l’UGEMA pour rejoindre le maquis le 19 mai 1956…

En juin 1956, paraît EI-Moujahid, organe central du FLN, entièrement composé, tiré et diffusé par des militants d’Alger. Il sera diffusé non seulement en Algérie, mais par-mi l’émigration algérienne en France, en Tunisie, au Maroc et au Caire. Il fera connaître les positions du FLN dont il augmentera l’audience.

L’appel à la grève des étudiants lancé le 19 mai 1957 par l’UGEMA mobilise la jeunesse des lycées et de l’Université en faveur du maquis et contribue à l’enrichir.

A Alger défilent les journalistes internationaux pour leur reportage en ville ou vers les maquis de l’intérieur.

Vient s’ajouter à cette dimension médiatique Kassa-mene l’hymne du grand poète nationaliste Moufdi Zakaria qui va galvaniser les moudjahidine et le peuple dans le combat pour l’indépendance.

Lorsque le Congrès de la Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la Révolu-tion. Sur 700 000 habitants, plus de la moitié était d’origine algérienne embrigadée dans les structures du FLN. La Cas-bah à elle seule comptait 80 000 musulmans.

B. Les structures organiques de la zone autonome

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son importance stratégique sur l’échiquier na-tional, de part la portée psychologique nationale et interna-tionale de ses interventions, de par son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya du CCE lui-même.

Jusqu’à début 1956, l’organisation FLN d’Alger était structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se che-vauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravi-taient autour de Krim, mais surtout d’Ouamrane et d’Ab-bane, ce dernier étant secondé par Ben Khedda.

Parmi les plus importants de ces réseaux, il faut citer :

- les réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara,

- le réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,

- le réseau Ahcène Laskri et Ben Mohammed Hammada,

- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), 1

- le réseau Chérif Debbih,

- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed Ghermoul,

- le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.

Toutes les têtes de file de ces réseaux ont été des ad-joints de Abbane.

A partir de mars-avril 1956, l’organisation d’Alger est restructurée en trois régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres intégrés au sein de ces régions. L’opération de restructuration, confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu’à août-septembre 1956.

En septembre 1956, l’organisation algéroise du FLN prend la nouvelle dénomination de «zone autonome d’Al-ger», avec toutes les prérogatives d’une wilaya.
Siège du CCE, la ZAA est sous l’autorité statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent les activités : Abbane, Ben M’hidi et Ben Khedda.

Sur le plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes, mais complémentaires :

La branche militaire, dont le suivi des activités est confié à Ben M’Hidi : formée de groupes et de commandos de fidaïne, auxquels s’ajouteront à partir de l’été 1956 les «réseaux bombes».

La branche militaire a été dirigée successivement par :
• Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956),
• Belkacem Bouchafa (avril1956- août1956),
• Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).

Avant le Congrès de la Soummam, la branche mili-taire activait sous l’autorité directe d’Ouamrane lequel était, de la sorte, le responsable hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.

A la fin 1956, l’état-major de la branche militaire était constitué comme suit :
- Responsable : Yacef Saâdi ;
Adjoint: Ali Amar (La pointe)
- Région I : Abderrahmane Arbadji,
Adjoint/Hadj Othmane (Kamel)
- Région Il : Hammoud Ader,
Adjoint : Ahcène Ghandriche,

- Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),
Adjoint : Boualem Benabderramane (Abaza).

La branche politique. Confiée à Brahim Chergui, elle était sous la supervision directe d’Abbane et de Ben Khedda ; grosso modo, elle couvrait trois types d’activités :
le travail politico-idéologique : diffusion des mots d’ordre du FLN, de sa littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham », c’est-à-dire la toute puissance de l’Organisation en tant que symbole et autorité morale du FLN,
- le travail politico-administratif : encadrement «physique» de la population, sa sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases minimales d’un contre-pouvoir et d’une contre-administration permettant la symbiose permanente entre le peuple et l’organisation, col-lecte de l’impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,
- enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique, ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce terme.

La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE, disposait de ses propres groupes de fidaïne (on les appelait aussi «groupes d’intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes armés») qui, eux, relevaient de la branche militaire.

A la veille de la grève des huit jours (29 janvier – 5 février 1957), l’état-major de la branche politique se compo-sait comme suit :

- Responsable : Brahim Chergui

- Région I : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hammoud (Si Hocine),
Adjoints : Sadek Kéramane et Abderrah mane Naït ¬Merzouk,

- Région II : Hachem Malek,
Adjoints : Mahmoud Messaoudi et Toufik Bensemane.

- Région III : Bellouni Si El-Mahfoud,
Adjoints : Rachid Benrahmoune et Mohammed Sahraoui.

Les membres des réseaux «bombes», une quaran-taine, formaient les unités d’élite dans ce dispositif.

Après la grève des huit jours, les deux branches dé-mantelées de la ZAA sont reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone. Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu’à son arrestation en septembre 1957.

L’épopée de la première zone autonome prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où s’était barricadé Ali Amar et ses derniers compagnons.

Construite sur le modèle pyramidal la ZAA était composée d’environ 12 000 hommes repartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et politique.

La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. Les fidaïne, sans attache à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d’une cinquan-taine d’hommes par région.

Branche militaire et branche politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens, marquait une pré-sence percutante où chaque action perpétrée à Alger avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement médiatisé et les actions particulièrement dévasta-trices au plan psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits, formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD.

C’était l’ALN de la ville différente de l’ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul, qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de l’en-nemi et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part à Alger (en réalité à 5 minutes de marche du Gouvernement général) était un gage de garantie et de con-fiance pour les combattants.

Par leurs actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain, les moudjahidine jetaient le dis-crédit sur les autorités et leur crédibilité et révélaient l’im-puissance de la France à maintenir l’ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome de l’isolement, la poussant à un repli sur elle¬-même, en vérité vers son origine, en direction de la métropole.

Le personnage de Abbane

Comme tous les grands personnages de l’histoire Abbane a eu ses détracteurs, traité tantôt de «régionaliste», tantôt d’ennemi de l’arabo-islamisme, d’ «autoritariste», voire par certains d’ «agent de l’ «ennemi», de «traître».

Régionaliste Abbane ?

Au cours de son itinéraire de militant, que cela soit au PPA-MTLD où il a été membre du Comité central après avoir été chef de wilaya, que cela soit au FLN dont il a diri-gé les destinées, il a toujours fait preuve de nationalisme et de patriotisme, condamnant sévèrement toute tentative de division ethnique ou régionale, défendant la ligne officielle arabo-islamique de ces deux formations d’un même parti.

Abbane était laïc et n’éprouvait aucun complexe de-vant qui que ce soit, très respectueux envers les croyances de ses frères connus pour leur piété musulmane. Ce qui lui importait avant tout, c’était l’unité de tous les Algériens sans distinction, qui seule pouvait libérer l’Algérie de la domination coloniale. Si la victoire de l’indépendance a été possible c’est grâce précisément à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à l’adversaire.

S’il a insisté avec vigueur, lui et le Congrès sur le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, c’était par crainte de voir la Révolution algérienne instru-mentalisée par des puissances étrangères, même frères.

Autoritarisme ?

Quel chef, en pleine guerre, ne s’est pas comporté, plus ou moins, en autoritaire ? Mais Abbane savait écouter, discuter, réfuter, lorsqu’il n’était pas convaincu. Il était très perméable aux idées et ouvert aux suggestions et aux propo-sitions qui lui étaient faites.

Quant à ceux qui l’ont traité d’ «agent de l’ennemi», voire de «traître», et lorsque ces accusations viennent d’un haut responsable de la Révolution, qui a eu à gérer les charges de l’Etat, cela est grave. C’est toute la confiance dans la Révolution qui est ébranlée, le discrédit auprès des jeunes qui risquent de s’en détourner, surtout que ce per-sonnage dans son livre, en dehors d’une conversation rap-portée par lui, Abbane lui aurait proposé de faire partie d’un complot contre la direction du FL N ; à l’appui de ce qu’il avance, aucun témoin n’est cité, aucun écrit n’est produit, seule une lettre d’un chef de wilaya mettant en cause Ab-bane et l’accusant d’avoir semé la division entre combat-tants.

Est-ce faire preuve de «division» que de défendre des idées qui n’emportent pas l’assentiment de tous ?

Les idées de Abbane sur la primauté du politique sur le militaire sont connues. L’histoire ne lui a-t-elle pas donné raison pour la période antérieure à 1962 comme pour celle qui lui a succédé ?

Cependant, quelles que soient ses qualités, Abbane ne doit pas faire l’objet d’un culte lorsqu’on voit ses admi-rateurs lui ériger une statue, on risque là de tomber dans le culte de la personnalité contraire à nos traditions et à nos valeurs islamiques.

 

 

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Histoire de la liquidation de Abane Ramdane

Posté par algeriedemocratie le 16 août 2009

Histoire de la liquidation de Abane Ramdane

Boubekeur Ait Benali, 14 février 2007

Il y a 49 ans, Abane a été assassiné par ses pairs. Les idées qu’il a véhiculées ont été très mal comprises du fait qu’il était en avance, sur le plan intellectuel, sur sa génération. Au lieu que d’exploiter cet avantage positivement pour mener à bien la guerre, ses frères de combat ont vu en lui un danger dont il faut se débarrasser au plus vite.

La déclaration de Ferhat Abbas au Caire, en 1957, pour sa première entrée officielle sur la scène internationale au nom du FLN était : « Nous avons pris les armes pour obtenir la souveraineté et l’indépendance complète pour l’Algérie une et indivisible ». Cette volonté a été affichée dés le départ par tous les combattants ayant créé ou rejoint le FLN. Là où le bas blesse c’est quand ce slogan a été exploité de façon abusive par les militaires pour éliminer les personnes qui ne partageaient pas leur point de vue quant à la conduite de la révolution.

Toujours est il que lorsque tout le monde était à l’intérieur du pays, les assassinats étaient moins fréquents car les frontistes ne pensaient qu’à échapper au rouleau compresseur des paras dirigé par Massu. En effet, au printemps 1957, la répression a été telle que les membres du CCE (Comité de coordination et d’exécution), issu du congrès de la Soummam, ne songeaient qu’à fuir le pays pour sauver la direction du front. Bien que la décision ait été prise à l’unanimité, les membres avaient des points de vue différents sur le transfert momentané ou définitif du CCE. Pour Abane, les replis sur Tunis ou le Caire n’étaient que provisoires. Le principe Soummamien de la supériorité de l’Intérieur sur l’Extérieur faisait partie d’une vraie ligne politique, puisée dans l’histoire des mouvements de libération dont ses innombrables lectures l’avaient rendu familier, estime, pour sa part, Mohamed Harbi.

Par ailleurs, pour rejoindre Tunis les quatre survivants (Ben Mhidi étant arrêté la veille par les paras) ont décidé de se scinder en deux groupes. Krim et Ben Khedda ont emprunté la voie orientale via la Kabylie et Abane et Dahleb la voie occidentale. Arrivé au Maroc Abane s’est mis en colère en découvrant, d’une part, que la Wilaya 5 était hors de combat et, d’autre part, que les chefs se conduisaient comme des Sultans. En effet, d’après Harbi : «Boussouf a besoin de terreur pour imposer le monopole du pouvoir, susciter la délation, semer la méfiance qui décourage la critique, l’organisation et la révolte. En un mot contrôler tout ». Du coup, Abane a estimé primordial de remettre la révolution sur rail pour assurer sa victoire. Il reproche notamment à Boussouf de n’être pas au combat au milieu de ses hommes et il exige surtout la dégradation de Boumediene devenu commandant à 25 ans sans fait d’arme à son actif.

Arrivé à Tunis, Abane n’a rien caché de ce qu’il avait vu au Maroc. Cette intransigeance a poussé le comité de la Wilaya 5 à demander des explications à leurs camarades sur le comportement de Abane. Celui-ci a-t-il eu tort de critiquer ses pairs? Dans une organisation démocratique il est tout à fait normal qu’un dialogue soit instauré. Dans une révolution cependant, le consensus est recommandé pour ne pas engendrer des dissensions au sein de celle-ci. Mais ce que Abane a reproché au comité de la W5 était son manquement au devoir révolutionnaire. En l’occurrence, si un tort pouvait lui être reproché c’était celui de vouloir organiser la révolution à la hauteur du combat enclenché. En effet, sans Abane et Ben Mhidi la révolution n’aurait jamais eu une organisation définissant toutes les étapes jusqu’à la victoire finale.

Avant le congrès de la Soummam, il y avait, d’après les historiens, six régions avec des stratégies différentes et il fallait le génie de Abane pour que la révolution reprenne son unité. Il a estimé que seul le rassemblement pourrait aider les Algériens à vaincre l’une des armées les mieux organisées au monde. Toutefois, en apprenant le mécontentement du groupe de Boussouf, il a tout de suite essayé de mettre les choses au clair en affirmant que : « l’action politique et militaire est un tout. Les combattants de l’intérieur doivent diriger la révolution mais céder le pas à la politique ».Un argument qui ne pouvait plaire aux militaires.

Le 26 août 1957, au Caire, les militaires ont décidé de constituer un bloc au tour de Krim Belkacem pour contrer l’action de Abane. Il faut reconnaître que sans une coalition, aucun militaire ne pouvait développer une analyse sur la conduite de la guerre comme pouvait le faire Abane. D’ailleurs, Krim voulait opposer son prestige de maquisard à la puissance intellectuelle d’Abane pour peser sur les débats, estime Yves Courrière. Pour isoler Abane, Krim a repris le reproche de Ben Bella à l’encontre des centralistes du CCE. Il a affirmé que ces derniers n’arrêtaient pas de manigancer pour éliminer les hommes de l’ALN. Cette analyse n’a évidemment aucun fondement. En revanche, elle a un but sous-jacent l’accaparement du CCE par les militaires.

Krim, en tout cas, voulait 2 ou 3 politiques face à 5 militaires pour diriger la révolution. C’est ainsi que le CNRA (sorte de parlement) du Caire a donné la majorité aux colonels au nombre de 5 sur 9. L’isolement de Abane s’est confirmé avec la constitution d’un comité permanent chargé des affaires courantes où il se trouvait seul face à quatre colonels. Ce manège, Abane l’avait compris bien avant le remaniement des instances de direction. Son inquiétude s’est confirmée quand il a été décidé de lui confier la rédaction du Moujahid. Les témoins de l’époque sont d’accord sur le fait que ce qui avait mis Abane hors de lui était le renoncement aux principes de la primauté du politique sur le militaire et de l’intérieur sur l’extérieur.

Sachant que les militaires voulaient l’éliminer, Abane a tenté dans un premier temps tous les remèdes afin d’amener les colonels à la raison. Mais ces derniers, par la voix de Krim, ont décidé d’envenimer davantage la crise. D’ailleurs, Krim, pour marquer la rupture, a apostrophé Abane en ces termes : « Nous ne tolérons pas qu’une décision prise démocratiquement par le CNRA soit critiquée par l’un de nous ». A ce moment-là, la décision d’éliminer ce dernier n’avait pas encore été prise, mais Abane a décidé, dans l’intérêt de la révolution, de pousser les militaires dans leur dernier retranchement. A la dernière réunion d’Abane au sein du CCE il n’a pas hésité à sermonner les militaires en leur disant « Vous ne pensez plus combat mais pouvoir. Vous êtes devenus ces révolutionnaires de palace que nous critiquions tant quand on était à l’intérieur. Quand on faisait vraiment la révolution. Moi j’en ai assez. Je vais regagner le maquis et à ces hommes que vous prétendez représenter, sur lesquels vous vous appuyez sans cesse pour faire régner votre dictature au nom des combattants, je raconterai ce qui se passe à Tunis et ailleurs ».

Pour les militaires, Abane avait franchi le Rubicon, mais la liquidation physique était-elle la meilleure solution pour avancer ? Toutefois, les chefs d’accusation retenus contre Abane n’ont aucun rapport avec le motif de la liquidation. Il a été accusé de faire d’El Moujahid sa propriété privée et d’utiliser l’UGTA à son profit personnel. Selon Gilbert Meynier, il a eu un conflit avec Ben Tobbal qui voulait lire avant publication les articles du journal. Quant à Krim, il a affirmé que Abane avait contacté un officier de la Wilaya 1 pour renverser le CCE. L’officier en question est le commandant Hadj Ali. Une fois encore les historiens sont d’accord que cet argument est non fondé dans la mesure où celui-ci n’était pas un homme de terrain : il avait été chargé du ravitaillement de la W1 aux frontières en 1956. Il ne disposait donc pas de troupes susceptibles de renverser le CCE. Mais si ces reproches étaient vrais, pourquoi les colonels ont-ils créé un tribunal de ‘salut public’ pour le condamner sans qu’il ait la possibilité de se défendre. Une chose est sûre, estime Khalfa Mammeri, c’est que « le condamné, puisqu’il faut l’appeler ainsi, n’a pas été ni présent, ni entendu, ni défendu, et plus grave ni averti de la sentence qui s’est abattue sur lui ». Pour Ferhat Abbas « les colonels se sont comportés comme les héritiers des Beni Hilal pour qui la légitimité se fonde sur la raison du plus fort. En somme, la raison de sa mise à mort était que les militaires connaissaient trop bien le sens de l’organisation, le charisme et la capacité de Abane à pouvoir rallier autour de lui toutes les forces vives pour le laisser agir.

A l’examen de tous les éléments cités plus haut, la décision de séquestrer Abane était indirectement une condamnation à mort dés lors qu’il avait été décidé de le remettre entre les mains de Boussouf. D’après Khalfa Mammeri, Krim a été partisan de la liquidation, ainsi qu’Ouamrane, et évidemment Boussouf. Cette condamnation ajoute-t-il, d’après plusieurs versions concordantes, le commandant Amirouche se serait déjà proposé de l’exécuter séance tenante lors du congrès de la Soummam, et Mohamedi Said se serait, au CNRA du Caire, proposé si personne ne le faisait. Une chose est par ailleurs certaine: Boussouf a pu tuer Abane parce que Krim avait lâché celui-ci. Pour lancer un dernier avertissement, les colonels ont, par la même occasion, exécuté Hadj Ali la veille de l’assassinat de Abane. « L’Algérie est-il un pays qui n’a pas de chance? » Cette interrogation était de Ferhat Abbas. Il a ajouté plus loin «En effet, ses enfants se jalousent, manquent d’esprit de discipline et de solidarité. Ils se plaisent dans l’intrigue. Ils oublient l’essentiel pour le futile. Quelle liberté, quelle légalité pouvons attendre de telles mœurs » Il est évident qu’Abane n’avait pas de chance face au groupe de colonels. Il ne pouvait pas mener un combat contre le régime colonial tout en étant dans la ligne de mire de ses collègues. Il va sans dire que Boussouf et consorts ont rendu un précieux service à l’armée française. Etant certain que son action est dirigée dans le sens de la libération de la patrie, Abane a été entraîné dans un piège par le seul fait qu’il ne se doutait pas que ses pairs, qui partagent de surcroît le même idéal, puissent le liquider. En revanche, la veille de son départ pour le Maroc, Abane a confié à son ami et confident Gaid Mouloud «Je vais prendre un pistolet chez Boukadoum( représentant du FLN) à Madrid et si le 27, le28 ou le 29 [décembre 1957] tu ne reçois pas par un télégramme où je te dirai: »je vais bien », tu devras alors aviser le Docteur Lamine Debaghine ».

Sans entrer dans les détails de l’exécution qui sont très douloureux, on peut dire que les assassins ont agi de façon médiévale. Plus douloureuse est la seconde mort de Abane en voulant la cacher dans le premier temps avant de l’édulcorer par la suite. En effet c’est Krim qui a fini par avouer à Ferhat Abbas, le 19/02/1958: «Abane est mort, je prends la responsabilité de sa mort. En mon âme et conscience, il était un danger pour notre mouvement. Je n’en regrette rien ». Quant au journal El Moudjahid, celui-ci a rendu un grand hommage en titrant dans le numéro du 24 au 29 mai 1958 « Abane Ramdane est mort au champs d’honneur ». Le journal ajoute encore que celui-ci est mort sur le sol national des suites de graves blessures reçus au cours d’un accrochage entre une compagnie de l’Armée de Libération Nationale chargée de sa protection et un groupe motorisé de l’Armée française. C’est de cette manière en tout cas que le journal est devenu définitivement un support des militaires. Ainsi Ben Tobbal est arrivé à ses fins.

Malgré tous les mensonges et les manigances qui ont suivi cet assassinat, le sang de Abane a été un frein à la carrière des colonels. La preuve c’est qu’à l’été 1962, ils ont été mis à la touche et d’autres ont connu les mêmes souffrances que celles infligées à Abane.

Ait Benali Boubekeur

source:algeria-watch.org

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Plate-forme de la Soummam

Posté par algeriedemocratie le 14 juillet 2009

Plate-forme de la Soummam

telle qu’elle a été établie au Congrès du 20 aoutet publiée par EL MOUJAHID
EXTRAITS DU PROCÈS-VERBAL DU CONGRÈS
DU 20 AOÛT 1956

 

I) – La plate-forme politique dont on lira plus loin les principaux extraits
à été adoptée à l’unanimité des congressistes.

II) – Organismes de direction:

a) Le Conseil National de la Révolution algérienne (C.N.R.A.) est composé
de 34 membres: 17 membres titulaires et 17 membres suppléants dont les noms suivent[1]:

Membres titulaires:
Aït Ahmed Hocine
Abane Ramdane
Abbas Ferhat
Boudiaf, Mohammed
Ben Boulaid Mostepha
Belkacem, Benkhedda
Ben Bella, Ahmed
Ben M’hidi, Larbi
Bittat, Rabah
Khider, Mohammed
Krim, Belkacem
Lamine-Debaghine,
Mohammed Mokrane,
Ouamrane, Amar
Tawfik, EI Madani
Yazid, M’hammed
Zirout, Youssef

membres suppleants:
Aïssa
Ben Tobbal, Lakhdar, Commandant-adjoint de la Wilaya II
Boussouf, Abdelhafid, Commandant de la Wllaya V
Benyahia, Mohammed, ex-Président de l’U.G.E.M.A.
Dhiles Slimane, Commandant-adjoint de Ia Wilaya IV
Francis, Ahmed
Mohammedi Said, Commandant de la Wilaya III
Mezhoudi, Brahim, Commandant-adjoint de la Wilaya II
Mouloud
Mellah, Ali, Commandant de la Wilaya VI
Mourad
Massas, Ahmed
Mahri, Abdelhamid
Said
Saddek
Thaalbi, Tayeb
Zoubir

b) Le Comité de Coordination et d’Exécution (C.C.E.) est composé de 5 membres
dont les noms sont tenus secrets. lIs ont été choisis parmi les membres du C.N.R.A.
qui se trouvent en Algérie. Leur quartier général est queIque part dans un maquis.

c) Les Commissions.
Les membres des Commissions sont désignés par le C.C.E. et sont responsables devant lui.

III) – Rapport F.L.N.-A.L.N.:
- Primauté du politique sur le militaire.
- Dans les P.C., le Chef politico-militaire devra veiller à maintenir
l’équilibre entre toutes les branches de la Révolution.

IV) – Rapport Interieur-Exterieur:
- Primauté de l’Intérieur sur l’Extérieur.

V) -A.L.N.:
L’Algérie est divisée en six départements (Wilayas); chaque Wilaya est divisée en zones;
chaque Zone est divisée en régions; chaque région est divisée en secteurs.

a) Les P.C. : La direction collective étant érigée en un principe, tous nos organismes
délibérants devront le respecter scrupuleusement. Le P.C. est composé du
chef (Politico-miIitaire) représentant l’autorité centrale du F.L.N. II est entouré d’adjoints et collaborateurs
qui sont des officiers ou des sous-officiers au nombre de trois, s’occupant des branches militaire-politique,
renseignements et liaisons. Il y a les P .C. de Wilaya, Zone, Région et Secteur.

Mutations: La mutation est prononcée par l’organisme immédiatement supérieur à l’organisme auquel
appartient l’élément. Le principe de la mutation à tous les échelons a été admis.

b) Militaire:
Unités: Le groupe (faoudj) est composé de 11 hommes dont un sergent et deux caporaux. Le demi-groupe
comprend 5 hommes dont un caporal.
La section (ferka) est composée de 35 hommes (trois groupes, plus le chef de section et son adjoint).
La compagnie (katiba) comprend 110 hommes (trois sections plus cinq cadres).
Le bataillon (failek) comprend 350 hommes (trois compagnies plus vingt cadres).
Les grades[2] : Les grades usités en Kabylie ont été adoptés, a savoir :
El Djoundi el aouel (caporal) : un V rouge renversé qui se porte sur le bras droit.
El Aarif (sergent): deux V rouges renversés.
El Aarif el aouel (sergent-chef) : trois V rouges renversés.
El Moussaad (adjudant) : un V souligné par un trait blanc.
Moulazem (aspirant): une étoile blanche.
Moulazem etthani (sous-lieutenant): une étoile rouge.
Dhabet el aouel (lieutenant): une etoile rouge, une étoile blanche.
Dhabet etthani (capitaine): deux étoiles rouges.
Sagh el aouel (commandant): deux étoiles rouges, une blanche.
Sagh etthani (colonel): trois étoiles rouges.

Chef de Wilaya : Ce sera un colonel; ses adjoints seront des commandants.
Chef de zone: Ce sera un capitaine. Ses trois adjudants seront des lieutenants.
Chef de region: Ce sera un sous-lieutenant; ses trois adjoints seront des aspirants.
Chef de secteur: Ce sera un adjudant; ses trois adjoints seront des sergents-chefs.

Insignes[3] : Une étoile et un croissant rouges se portent sur le calot (à faire par chaque Wilaya).
Les galons seront faits par la Wilaya numero 3.

Décorations: Le C.C.E. est chargé de l’étude de cette question.

c) Politique:
Les commissaires politiques et leurs attributions : les tâches principales des commissaires politiques seront :
a) – Organisation et éducation du peuple.
b) – La propagande et l’information.
c) – La guerre psychologique (rapports avec le peuple, la minorité européenne, les prisonniers de guerre).
Les commissaires politiques donneront leur avis sur tous les programmes d’action militaire de l’A.L.N.
d) – Finances et ravitaillement.
e) Administration, Assemblées du peuple:
Les assemblées du peuple seront élues. Elles seront composées de 5 membres dont un président,
et s’occuperont de : l’état-civil, des affaires judiciaires et islamiques, des affaires financières
et économiques et de la police.

[1] Les frères Ben Boulaid Mostepha et Zirout Youssef sont tombés au champ d’honneur.
Le fère Ben M’hidi, Larbi a été assassiné par la soldatesque colonialiste de Massu.
Les frères Belkacem, Mokrane, Aissa, Mouloud, Mourad, Said, Saddek et Zoubir sont inconnus des services de police.
[2] Les commissaires politiques auront les mêmes grades que les officiers des organismes auxquels ils appartiennent.
[3] Tous ces grades sont provisoires. À la libération du pays, une commission militaire sera chargée d’étudier chaque
cas et de pourvoir au reclassement de ces grades dans l’Armée Nationale. Le grade de général n’existera pas jusqu’à
la Libération. Les nominations, cassations, et rétrogradations des officiers sont prononcées par Ie C.C.E. sur
proposition des chefs de Wilaya. Les sous-officiers sont nommés, cassés, ou rétrogradés par le chef de la Wilaya.
Les caporaux sont nommés et cassés par le chef de zone.

 

EXTRAITS DE LA PLATE-FORME
Pour assurer le triomphe de la Révolution algérienne
dans la Lutte pour l’indépendance nationale

   Les extraits de la présente plate-forme du Front de Libération Nationale ont pour objet de définir, d’une façon générale, la position du F.L.N. à une étape déterminante de la Révolution algérienne.

  Elle est divisée en trois parties:
  1) La situation politique actuelle.
  2) Les perspectives générales.
  3) Les moyens d’action et de propagande.

 


[2] Les commissaires politiques auront les mêmes grades que les officiers des organismes auxquels ils appartiennent.  
[3]
Tous ces grades sont provisoires. À la libération du pays, une commission militaire sera chargée d’étudier chaque cas et de pourvoir au reclassement de ces grades dans l’Armée Nationale. Le grade de général n’existera pas jusqu’à la Libération. Les nominations, cassations, et rétrogradations des officiers sont prononcées par Ie C.C.E. sur proposition des chefs de Wilaya. Les sous-officiers sont nommés, cassés, ou rétrogradés par le chef de la Wilaya. Les caporaux sont nommés et cassés par le chef de zone. 
 

 

Documents

Plate-forme de la Soummam


I. – SITUATION POLITIQUE ACTUELLE

  A) – L’Essor impétueux de la Révolution algérienne.

  L’Algérie, depuis deux ans, combat avec héroïsme pour l’indépendance nationale.
  La Révolution patriotique et anticolonialiste est en marche.
  Elle force l’admiration de l’opinion publique mondiale.

  a) La Resistance armée.
  En une période relativement courte, l’Armée de Libération Nationale, localisée dans l’Aurès et la Kabylie, a subi avec succès l’épreuve du feu.

  Elle a triomphé de la campagne d’encerclement et d’anéantissement menée par une armée puissante, moderne, au service du régime colonialiste d’un des plus grands États du monde.

  Malgré la pénurie provisoire d’armement, elle a développé les opérations de guerillas, de harcèlement, de sabotage, s’étendant aujourd’hui à l’ensemble du territoire national.

  Elle a consolidé sans cesse ses positions en améliorant sa tactique, sa technique, son efficacité.

  Elle a su passer rapidement de la guerilla au niveau de la guerre partielle.

  Elle a su combiner harmonieusement les méthodes éprouvées des guerres anticolonialistes avec les formes les plus classiques en les adoptant intelligemment aux particularites du pays.

  Elle a déjà fourni la preuve suffisante, maintenant que son organisation militaire est unifiée, qu’elle possède la science de la stratégie d’une guerre englobant l’ensemble de l’Algérie.

  - L’Armée de Libération Nationale se bat pour une cause juste.

  Elle groupe des patriotes, des volontaires, des combattants décidés à lutter avec abnégation jusqu’à la délivrance de la patrie martyre.

  Elle s’est renforcée par le sursaut patriotique d’officiers, de sous-officiers et de soldats de carrière ou du contingent, désertant en masse avec armes et bagages les rangs de l’armée française.

  Pour la première fois dans les annates militaires, la France ne peut plus compter sur le “ loyalisme  “ des troupes algériennes. Elle est obligée de les transférer en France et en Allemagne.

  Les harkas de goumiers, recrutés parmi les chomeurs souvent trompés sur la nature du “ travail “ pour lequel ils étaient appelés, disparaissent dans le maquis. Certaines sont désarmées et dissoutes par les autorités mécontentes.

  Les réserves humaines de l’A.L.N. sont inépuisables. Elle est souvent obligée de refuser l’enrôlement des Algériens jeunes et vieux, des villes et campagnes, impatients de mériter l’honneur d’être soldats de leur “ Armée “.

  Elle bénéficie pleinement de l’amour du peuple algérien, de son soutien enthousiaste, de sa solidarité agissante, morale et matérielle, totale et indéfectible.

  Les officiers supérieurs, les commandants de zones, les commissaries politiques, les cadres et soldats de l’Armée de Libération Nationale sont honorés comme des héros nationaux, glorifiés dans des chants populaires qui ont déjà pénétré aussi bien dans l’humble gourbi que la misérable khaïma, la ghorfa des casbahs comme le salon des villas.

  Telles sont les raisons essentielles du “ miracle algérien “ : l’ A.L.N. tenant en échec la force colossale de l’armée colonialiste française, renforcée par les divisions “ atomiques “ prélevées sur les forces de l’O.T.A.N.

  Voilà pourquoi en dépit des incessants renforts, jugés aussitôt insuffisants, malgré le quadrillage ou autre technique aussi inopérante que les déluges de feu, les généraux français sont obligés de reconnaître que la solution militaire est impossible pour résoudre le problème algérien.

  Nous devons signaler particulièrement la formation de nombreux maquis urbains qui, d’ores et déjà, constituent une seconde armée sans uniforme.

  Les groupes armés dans villes et villages se sont notamment signalés par des attentats contre les commissariats de police, les postes de gendarmerie, les sabotages de bâtiments publics, les incendies, la suppression de grades de la police, de mouchards, de traîtres.

  Cela afIaiblit d’une façon considérable l’armature militaire et policière de l’ennemi colonialiste, augmente la dispersion de ses forces sur l’ensemble du sol national, et accentue la détérioration du moral des troupes, maintenues dans un état d’énervement et de fatigue par la nécéssité de rester sur un qui-vive angoissant.

  C’est un fait indéniable que l’action de l’A.L.N. a bouleversé le climat politique en Algérie.

  Elle a provoqué un choc psychologique qui a libéré le peuple de sa torpeur, de la peur, de son scepticisme.

  Elle a permis au peuple algérien une nouvelle prise de conscience de sa dignité nationale.

  Elle a également déterminé une union psychopolitique de tous les Algériens, cette unanimité nationale qui féconde la lutte armée et rend inéluctable la victoire de la liberté.

b) Une organisation politique efficace.
  Le Front de Libération Nationale, malgré son activité clandestine, est devenu aujourd’hui l’unique organisation véritablement nationale. Son influence est incontestable et incontestée sur tout le territoire algérien.

  En effet, dans un délai extrêmement court, le F.L.N. a réussi le tour de force de supplanter tous les partis politiques existant depuis des dizaines d’années.

  Cela n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat de la réunion des conditions indispensables suivantes:

  1) Le bannissement du pouvoir personnel et l’instauration du principe de la direction collective composée d’hommes propres, honnêtes, impérméables à la corruption, courageux, insensibles au danger, à la prison ou à la peur de la mort.

  2) La doctrine est claire. Le but à atteindre c’est l’indépendance nationale. Le moyen, c’est la révolution par la destruction du régime colonialiste.

  3) L ‘union du peuple est réalisée dans la lutte contre l’ennemi commun, sans sectarisme:

  Le F.L.N. affirmait au début de la Révolution que «la libération de l’Algérie sera l’oeuvre de tous les Algériens et non pas celle d’une fraction du peuple algérien, quelle que soit son importance “. C’est pourquai le F.L.N. tiendra compte dans sa lutte de toutes les forces anti-colonialistes, même si elles échappent encore à son contrôle.

  4) La condamnation définitive du culte de la personnalité, la lutte ouverte contre les aventuriers, les mouchards, les valets de l’administration, indicateurs ou policiers. D’où la capacité du F.L.N. à déjouer les manoeuvres politiques et les traquenards de l’appareil policier français.

  Cela ne saurait signifier que toutes les difficultés soient complètement effacées.

  Notre action politique a été handicapée au depart pour les raisons ci-après :

  - L’insuffisance numérique des cadres et des moyens matériels et financiers;
  - La nécessité d’un long et dur travail de clarification politique, d’explication patiente et persévérante pour surmonter une grave crise de croissance;
  - L’impératif stratégique de subordonner tout au Front de la Lutte Armée.

  Cette faiblesse, normale et inévitable au début, est déjà corrigée. Après la période où il se contentait de lancer uniquement des mots d’ordres de résistance à l’impérialisme, on a assisté ensuite à une réelle apparition du F.L.N. sur le plan de la lutte politique.

  Ce redressement fut marqué par la grève d’anniversaire du 10. novembre 1956, considérée comme l’événement décisif, tant par son aspect spectaculaire et positif que par son caractère profond, preuve de la “ prise en main “ de toutes les couches de la population.

  Jamais, de mémoire d’Algérien, aucune organisation politique n’avait obtenu une grève aussi grandiose dans les villes et villages du pays.

  D’autre part, le succès de la non-coopération politique lancée par le F.L.N. est non moins probant. La cascade de démissions des élus patriotes suivie de celles des élus administratifs ont imposé au gouvernement français la non-prorogation du mandat des députés du Palais Bourbon, la dissolution de I’Assemblée algérienne. Les conseils généraux et municipaux et les djemaas ont disparu, vide accentué et amplifié par la démission de nombreux fonctionnaires et auxiliaires de l’autorité coloniale, caïds, chefs de fraction, gardes champêtres. Faute de candidatures ou de remplaçants, l’administration française est disloquée; son armature considérée comme insuffisante ne trouve aucun appui parmi le peuple; dans presque toutes les régions elle coéxiste avec l’autorité du F.L.N.

  Cette lente mais profonde désagrégation de l’administration française a permis la naissance puis le développement d’une dualité de pouvoir. Déjà fonctionne une administration révolutionnaire avec des djemaas clandestines et des organismes s’occupant du ravitaillement, de la percéption d’impôts, de la justice, du recrutement de moudjahidines, des services de securité et de renseignements. L’administration du F.L.N. prendra un nouveau virage avec l’institution des assemblées du peuple qui seront élues par les populations rurales avant le deuxième anniversaire de notre révolution.

  Le sens politique du F.L.N. s’est vérifié d’une facon éclatante par l’adhésion massive des paysans pour lesquels la conquête de l’indépendance nationale signifie en même temps la réforme agraire qui leur assurera la possession des terres qu’ils fécondent de leur labeur.

  Cela se traduit par l’éclosion d’un climat insurrectionnel qui s’est étendu avec rapidité et une forme variée à tout le pays.

  La présence d’éléments citadins, politiquement mûrs et expérimentés, sous la direction lucide du F.L.N., a permis la politisation des régions retardataires. L’apport des étudiantes et étudiants a été d’une grande utilité, notamment dans les domaines politique, administratif et sanitaire.

  Ce qui est certain, c’est que la Révolution algérienne vient de dépasser avec honneur une première étape historique.

  C’est une réalite vivante ayant triomphé du pari stupide du colonialisme français prétendant la détruire en quelques mois.

  C’est une révolution organisée et non une révolte anarchique.

  C’est une lutte nationale pour détruire le régime anarchique de la colonisation et non une guerre religieuse. C’est une marche en avant dans le sens historique de l’humanité et non un retour vers le féodalisme.

  C’est enfin la lutte pour la renaissance d’un État algérien sous la forme d’une République démocratique et sociale et non la restauration d’une monarchic ou d’une théocratie révolues.

b) Une organisation politique efficace.
  Le Front de Libération Nationale, malgré son activité clandestine, est devenu aujourd’hui l’unique organisation véritablement nationale. Son influence est incontestable et incontestée sur tout le territoire algérien.

  En effet, dans un délai extrêmement court, le F.L.N. a réussi le tour de force de supplanter tous les partis politiques existant depuis des dizaines d’années.

  Cela n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat de la réunion des conditions indispensables suivantes:

  1) Le bannissement du pouvoir personnel et l’instauration du principe de la direction collective composée d’hommes propres, honnêtes, impérméables à la corruption, courageux, insensibles au danger, à la prison ou à la peur de la mort.

  2) La doctrine est claire. Le but à atteindre c’est l’indépendance nationale. Le moyen, c’est la révolution par la destruction du régime colonialiste.

  3) L ‘union du peuple est réalisée dans la lutte contre l’ennemi commun, sans sectarisme:

  Le F.L.N. affirmait au début de la Révolution que «la libération de l’Algérie sera l’oeuvre de tous les Algériens et non pas celle d’une fraction du peuple algérien, quelle que soit son importance “. C’est pourquai le F.L.N. tiendra compte dans sa lutte de toutes les forces anti-colonialistes, même si elles échappent encore à son contrôle.

  4) La condamnation définitive du culte de la personnalité, la lutte ouverte contre les aventuriers, les mouchards, les valets de l’administration, indicateurs ou policiers. D’où la capacité du F.L.N. à déjouer les manoeuvres politiques et les traquenards de l’appareil policier français.

  Cela ne saurait signifier que toutes les difficultés soient complètement effacées.

  Notre action politique a été handicapée au depart pour les raisons ci-après :

  - L’insuffisance numérique des cadres et des moyens matériels et financiers;
  - La nécessité d’un long et dur travail de clarification politique, d’explication patiente et persévérante pour surmonter une grave crise de croissance;
  - L’impératif stratégique de subordonner tout au Front de la Lutte Armée.

  Cette faiblesse, normale et inévitable au début, est déjà corrigée. Après la période où il se contentait de lancer uniquement des mots d’ordres de résistance à l’impérialisme, on a assisté ensuite à une réelle apparition du F.L.N. sur le plan de la lutte politique.

  Ce redressement fut marqué par la grève d’anniversaire du 10. novembre 1956, considérée comme l’événement décisif, tant par son aspect spectaculaire et positif que par son caractère profond, preuve de la “ prise en main “ de toutes les couches de la population.

  Jamais, de mémoire d’Algérien, aucune organisation politique n’avait obtenu une grève aussi grandiose dans les villes et villages du pays.

  D’autre part, le succès de la non-coopération politique lancée par le F.L.N. est non moins probant. La cascade de démissions des élus patriotes suivie de celles des élus administratifs ont imposé au gouvernement français la non-prorogation du mandat des députés du Palais Bourbon, la dissolution de I’Assemblée algérienne. Les conseils généraux et municipaux et les djemaas ont disparu, vide accentué et amplifié par la démission de nombreux fonctionnaires et auxiliaires de l’autorité coloniale, caïds, chefs de fraction, gardes champêtres. Faute de candidatures ou de remplaçants, l’administration française est disloquée; son armature considérée comme insuffisante ne trouve aucun appui parmi le peuple; dans presque toutes les régions elle coéxiste avec l’autorité du F.L.N.

  Cette lente mais profonde désagrégation de l’administration française a permis la naissance puis le développement d’une dualité de pouvoir. Déjà fonctionne une administration révolutionnaire avec des djemaas clandestines et des organismes s’occupant du ravitaillement, de la percéption d’impôts, de la justice, du recrutement de moudjahidines, des services de securité et de renseignements. L’administration du F.L.N. prendra un nouveau virage avec l’institution des assemblées du peuple qui seront élues par les populations rurales avant le deuxième anniversaire de notre révolution.

  Le sens politique du F.L.N. s’est vérifié d’une facon éclatante par l’adhésion massive des paysans pour lesquels la conquête de l’indépendance nationale signifie en même temps la réforme agraire qui leur assurera la possession des terres qu’ils fécondent de leur labeur.

  Cela se traduit par l’éclosion d’un climat insurrectionnel qui s’est étendu avec rapidité et une forme variée à tout le pays.

  La présence d’éléments citadins, politiquement mûrs et expérimentés, sous la direction lucide du F.L.N., a permis la politisation des régions retardataires. L’apport des étudiantes et étudiants a été d’une grande utilité, notamment dans les domaines politique, administratif et sanitaire.

  Ce qui est certain, c’est que la Révolution algérienne vient de dépasser avec honneur une première étape historique.

  C’est une réalite vivante ayant triomphé du pari stupide du colonialisme français prétendant la détruire en quelques mois.

  C’est une révolution organisée et non une révolte anarchique.

  C’est une lutte nationale pour détruire le régime anarchique de la colonisation et non une guerre religieuse. C’est une marche en avant dans le sens historique de l’humanité et non un retour vers le féodalisme.

  C’est enfin la lutte pour la renaissance d’un État algérien sous la forme d’une République démocratique et sociale et non la restauration d’une monarchic ou d’une théocratie révolues.

 

c) La faillite des anciennes formations politiques.
  La Révolution algérienne a accéléré la maturité politique du peuple algérien. Elle lui a montré, à la lumière de l’expérience décisive du combat libérateur, l’impuissance du réformisme et la stérilité du charlatanisme contre-révolutionnaire.

  La faillite des vieux partis a éclaté au grand jour.

  Les groupements divers ont été disloqués. Les militants de base ont rejoint le F.L.N. L’U.D.M.A. dissoute et les Oulama se sont alignées courageusement sur les positions du F.L.N.; l’U.G.E.M.A. groupant tous les universitaires et lycéens, a proclamé par la voix de son congrès unanime le même sentiment.

  Le Comité central du M. T .L.D. a complètement disparu en tant que regroupement d’ex-dirigants et en tant que tendance politique.

 

- Le messalisme en déroute.

  Le M.N.A., en dépit de la démagogie et de la surenchère, n’a pas réussi à surmonter la crise mortelle du M.T.L.D. Il conservait une assise organique seulement en France du fait de la présence de Messali en exil, de l’ignorance totale des émigres de la réalite algérienne.

  C’est de là que partaient les mots d’ordres, les fonds et les hommes en vue de la création en Algérie de groupes armés ou de maquis dissidents, destinés non à la participation de la lutte contre l’ennemi exécré, le régime colonialiste, son armée et sa police, mais à créer des opérations de provocation et à saboter par le défaitisme, le désordre et l’assassinat, la Révolution algérienne et ses dirigeants militaires et politiques.

  L’activité sporadique et brève du M.N.A. s’était manifestée publiquement, dans les rares villes telle Alger, comme une secte contre-révolutionnaire dans des opérations de diversion et de division (campagne anti-mozabite), de gangstérisme (racket de commerçants), de confusion et de mensonges (Messali, soi-disant créateur et chef de l’Armée de Libération Nationale).

  Le messalisme a perdu sa valeur de courant politique. Il est devenu de plus en plus un état d’âme qui s’étiole chaque jour.

  Il est particulièrement significatif que les derniers admirateurs et défenseurs de Messali soient précisément les joumalistes et intellectuels proches de la présidence du gouvemement français. Ils prétendent dénoncer l’ingratitude du peuple algérien qui ne reconnaîtrait plus “ les mérites exceptionnels de Messali, le créateur, il y a trente ans, du nationalisme algérien “.

  La psychologie de Messali s’apparente à la conviction insensée du coq de la fable qui ne se contente pas de constater l’aurore, mais proclame “ qu’il fait lever le soleil “.

  Le nationalisme algérien dont Messali revendique effrontément l’initiative est un phénomène de caractère universel, résultat d’une évolution naturelle suivie par tous les peuples sortant de leur léthargie.

  Le soleil se lève sans que le coq y soit pour quelque chose, comme la Révolution algérienne triomphe sans que Messali y ait aucun mérite.

  Cette apologie du messalisme dans la presse française était un indice sérieux de la préparation psychologique d’un climat artificiel favorable à une manoeuvre de grande envergure contre la Révolution algérienne.

  C’est la division, arme classique du colonialisme.

  Le gouvernement français a tenté en vain d’opposer au F.L.N. des groupements modérés, voire même le groupe des “ 61”. Ne pouvant plus compter sur les Sayah ou Farès, le béni-oui-ouisme étant discrédité d’une façon définitive et sans retour, le colonialisme français espérait utiliser le chef du M.N.A. dans son ultime manoeuvre diabolique pour tenter de voler au peuple algérien sa victoire.

  Dans cette perspective, Messali représente, en raison de son orgueil et de son manque de scrupules, l’instrument parfait pour la politique impérialiste.

  Ce n’est donc pas par hasard que Jacques Soustelle pouvait affirmer en novembre 1955 au professeur Massignon: “ Messali est ma dernière carte. “

  Le ministre résidant Lacoste ne se gêne pas pour confier a la presse colonialiste algérienne sa satisfaction de voir le M.N.A. s’efforcer uniquement d’affaiblir Ie F.L.N.

  L’hebdomadaire socialiste “ Demain ”, dévoilant les divergences tactiques divisant les gouvernants français, pouvait écrire que certains ministres étaient disposés, pour empêcher le renforcement du F.L.N., à accorder à Messali sa liberté totale, “ le seul problème étant de protéger la vie du leader algérien “.

  Quand on se rappelle que Messali s’est livré à une violente attaque contre les pays arabes, ce qui ne peut que réjouir les Soustelle, Lacoste et Borgeaud, son déplacement d’Angoulême à Belle-Isle justifie la thèse du journal “ Demain “.

  Lorsque la vie de Messali est si précieuse pour le colonialisme français, faut-it s’étonner de le voir glisser vers la trahison consciente ?

- Le communisme absent ?

Le P.C.A. malgré son passage dans l’illégalité et la publicité tapageuse dont la presse colonialiste l’a gratifié pour justifier la collusion imaginaire avec la Résistance algérienne, n’a pas réussi à jouer un rôle qui mériterait d’être signalé. La direction communiste, bureaucratique, sans aucun contact avec le peuple, n’a pas été capable d’analyser correctement la situation révolutionnaire. C’est pourquoi elle a condamné le “ terrorisme “ et ordonné dès les premiers mois de l’insurrection aux militants des Aurès, venus à Alger chercher des directives, de ne pas prendre les armes.

La sujétion au P.C.F. a pris le caractère d’un béni-oui-ouisme avec le silence qui a suivi le vote des pouvoirs spéciaux:

Non seulement les communistes algériens n’ont pas eu suffisamment de courage pour dénoncer cette attitude opportuniste du groupe parlementaire, mais ils n’ont pas soufflé mot sur l’abandon de l’action concrète contre la guerre d’Algérie : manifestations contre les renforts de troupes, grèves de transport, de la marine marchande, des ports et des stocks contre le matériel de guerre.

Le P.C.A. a disparu en tant qu’organisation sérieuse à cause surtout de la prépondérance en son sein d’éléments européens dont l’ébranlement des convictions nationales algériennes artificielles a fait éclater les contradictions face à la résistance armée.

Cette absence d’homogénéité et la politique incohérente qui en résulte ont pour origine fondamentale la confusion et la croyance en l’impossibilité de la libération nationale de l’Algérie avant le triomphe de la révolution prolétarienne en France.

Cette idéologie qui tourne le dos à la réalité est une réminiscence des conceptions de la S.F.I.O., favorable à la politique d’assimilation passive et opportuniste.

Niant le caractère révolutionnaire de la paysannerie et des fellahs algériens en particulier, elle prétend défendre la classe ouvrière algérienne contre le danger problématique de tomber sous la domination directe de la “ bourgeoisie arabe “, comme si l’indépendance nationale de l’Algérie devait suivre forcément le chemin des révolutions manquées, voire même de faire marche arrière vers un quelconque féodalisme.

La C.G.T., subissant l’influence communiste, se trouve dans une situation analogue et tourne à vide sans pouvoir énoncer et appliquer le moindre mot d’ordre d’action.

La passivité générale du mouvement ouvrier organisé, aggravée dans une certaine mesure par l’attitude néfaste des syndicats F.O. et C.F.T.C., n’est pas la conséquence du manque de combativité des travailleurs des villes, mais de l’apathie des cadres syndicaux de l’U.G.S.A. attendant, les bras croisés, les directives de Paris.

Les dockers d’ Alger en ont donné la preuve en participant à la grève politique anniversaire du 18 novembre 1956.

Nombreux furent les travailleurs qui ont compris que cette journée d’action patriotique aurait revêtu un caractère d’unanimité nationale, plus démonstrative, plus dynamique, plus féconde, si les organisations ouvrières avaient été entraînées intelligemment dans la lutte générale par une véritable centrale syndicale nationale. Cette appréciation juste se trouve entièrement confirmée dans le succès complet de la grève générale patriotique du 5 juillet 1956.

Voilà pourquoi les travailleurs algériens ont salué la naissance de l’U.G.T.A., dont le développement continu est irresistible, comme l’expression de leur désir impatient de prendre une part plus active à la destruction du colonialisme, responsable du régime de misère, de chomage, d’émigration et d’indignité humaine.

Cette extension du sentiment national, en même temps que son passage à un niveau qualificatif plus élevé, n’a pas manqué de réduire, comme une peau de chagrin, la base de masse du P.C.A., déjà rétrécie par la perte des éléments européens hésitants et instables.

On assiste cependant à certaines initiatives émanant à titre individuel de certains communistes s’efforçant de s’infiltrer dans les rangs du F.L.N. et de l’A.L.N. II est possible qu’il s’agisse là de sursauts individuels pour retourner à une saine conception de la libération nationale.

II est certain que le P.C.A. essaiera dans l’avenir d’exploiter ces « placements “ dans le but de cacher son isolement total et son absence dans le combat historique de la Révolution algérienne.

B) La stratégie impérialiste française.

  La Révolution algérienne, détruisant impitoyablement tous les pronostics colonialistes et faussement optimistes, continue de se déveloper : avec une vigueur exceptionneIle, dans une phase ascendante de longue portée.

  Elle ébranle et ruine ce qui reste de l’empire colonial français en déclin.

  Les gouvernements successifs de Paris sont en proie à une crise politique sans précédent. Obligés de lâcher les colonies d’Asie, ils croient pouvoir conserver celles d’Afrique. Ne pouvant faire face au « pourrissement ” de l’Afrique du Nord, ils ont laché du lest en Tunisie et au Maroc pour tenter de garder l’Algérie.

a) La leçon des expériences tunisiennes et marocaines.

  Cette politique sans perspectives réalistes s’est traduite notamment par la succession rapide de défaites morales dans tous les secteurs: mécontentement en France, grèves ouvrières, révoltes de commerçants, agitation chez les paysans, déficit budgétaire, inflation, sous-production, marasme économique, question algérienne à I’O.N.U., abandon de la Sarre à l’Allemagne.

  La poussée révolutionnaire nord-africaine, malgré l’absence d’une stratégie politique commune en raison de la faiblesse organique de ce qu’a été le Comité de Libération du Maghreb, a acculé le colonialisme français à improviser une tactique défensive hâtive, boulversant tous les plans de la répression esclavagiste traditionnelle.

  Les conventions franco-tunisiennes qui devaient jouer le rôle de barrage néo-colonialiste ont été depassées sous la pression conjuguée du mécontentement popuIaire et des coups portés à I’impérialisme dans les trois pays frères.

  Le rythme de l’évolution de la crise marocaine, l’entrée en lutte armée des montagnards venant renforcer la résistance citadine, et surtout la pression de la Révolution algérienne ont été parmi les facteurs les plus déterminants du revirement de l’attitude officielle française et de l’indépendance marocaine.

  Le brusque changement de méthode du gouvemement colonialiste abandonnant l’immobilisme pour s’engager dans la recherche d’une solution rapide était dicté d’abord par des raisons de caractere stratégique.

  II s’agissait:

  1) D’empêcher la constitution d’un véritable second front, en mettant fin à l’unification de la lutte armée au Riff et en Algérie.

  2) D’achever de briser l’unité de combat des trois pays d’Afrique du Nord.

  3) D’isoler la Révolution algérienne dont le caractère populaire la rendait nettement plus dangereuse.

  Tous les calculs ont été voués à l’échec. Les négociations menée séparement avaient pour but de tenter de duper ou de corrompre certains dirigeants des pays frères en les poussant à abandoner consciemment ou inconsciemment le terrain réel de la lutte révolutionnaire jusqu’au bout.

  La situation politique nord-africaine est caracterisée par le fait que le problème algérien se trouve encastré dans les problèmes marocain et tunisien pour n’en faire qu’un seul.

   En effet, sans l’indépendance de l’Algérie, celle du Maroc et de la Tunisie est un leurre.

   Les Tunisiens et les Marocains n’ont pas oublié que la conquête de leurs pays respectifs par la France a suivi la conquête de l’Algérie..

  Les peuples du Maghreb sont aujourd’hui convaincus par l’expérience que la lutte en ordre dispersé contre l’ennemi commun n’a pas d’autre issue que la défaite pour tous, chacun pouvant être écrasé séparement.

  C’est une abérration de l’esprit que de croire que le Maroc et la Tunisie puissent jouir d’une indépendance réelle alors que l’Algérie restera sous le joug colonial.

  Les gouvernants colonialistes, experts en hypocrisie diplomatique, reprenant d’une main ce qu’ils cèdent de l’autre, ne manqueront pas de songer à la reconquête de ces pays dès que la conjoncture internationale leur semblera favorable.

  D’ailleurs, il est important de souligner que les leaders marocains et tunisiens formulent dans des déclarations récentes et renouvelées des points de vue rejoignant l’appréciation du F.L.N.

 

b) La politique algérienne du gouvernement.

  Le gouvernement à direction socialiste dès le 6 février, après la manifestation ultra-colonialiste d’Alger, a abandonné les promesses électorales du Front républicain : ramener la paix en Algérie par la négociation, renvoyer dans leurs foyers les soldats du contingent, briser les “ féodalités” administratives et financières, libérer les prisonniers politiques, fermer les camps de concentration.

  Si, avant la démission de Mendès-France, celui-ci représentait au gouvernement la tendance à la négociation face à la tendance opposée, animée furieusement par Bourgès-Maunoury et Lacoste, aujourd’hui c’est la politique Lacoste qui fait l’unanimité. C’est la guerre à outrance qui a pour but chimérique de tenter d’isoler le maquis du peuple par l’extérmination.

  Devant cet objectif accepté par l’unanimité du gouvernement et la presque totalité du parlement français, il ne peut exister aucune divergence, sauf quand cette politique d’extermination dite “ de pacification “ aura échoué. Il est clair que les buts politiques déclarés à nouveau par Guy Mollet ne servent qu’à camoufler l’entreprise réelle qui veut être le nettoyage par le vide, de toutes nos forces vives.

  L ‘offensive militaire est doublée d’une offensive politique condamnée, d’avance, à un échec.

  La “ reconnaissance de la personnalité algérienne “ reste une formule vague sans contenu réel, concret, précis. La solution politique exprimée d’une façon schématique n’avait au début d’autres supports que deux idées-forces : celle de la consultation des Algériens par des élections libres et celle du cessez-le-feu. Les réformes fragmentaires et dérisoires étaient proclamées dans l’indifférence générale: provisoirement pas de représentation parlementaire au Palais Bourbon, dissolution de l’Assemblée algérienne, épuration timide de la police, remplacement de “ trois “ hauts fonctionnaires.augmentation des salaries agricoles, accès des musulmans à la fonction publique et à certains postes de direction, réforme agraire, élection au collège unique. Aujourd’hui le gouvemement Guy Mollet annonce l’existence de 6 ou 7 projets de statuts pour l’Algèrie, dont la ligne générale serait la création de deux assemblées, la première législative, la seconde économique, avec un gouvemement composé de ministres ou de commissaires et présidé d’office par un ministre du gouvernement français.

  Cela démontre d’une part l’évolution, grâce à notre combat, de l’opinion publique en France, et d’autre part le rêve insensé des gouvemants français de croire que nous accepterions un compromis honteux de ce genre.

  La tentative d’isoler les maquis de la solidarité du peuple algérien, préconisée par Naegelen sur le plan intérieur, devait être complétée par la tentative d’isoler la Révolution algérienne de la solidarité des peuples anticoionialistes, engagée par Pineau sur le plan extérieur.

  Le F.L.N. déjouera comme par le passé les plans futurs de l’adversaire.

  Nous mentionnerons l’appréciation sur la situation internationale dans la troisième partie.

b) La politique algérienne du gouvernement.

  Le gouvernement à direction socialiste dès le 6 février, après la manifestation ultra-colonialiste d’Alger, a abandonné les promesses électorales du Front républicain : ramener la paix en Algérie par la négociation, renvoyer dans leurs foyers les soldats du contingent, briser les “ féodalités” administratives et financières, libérer les prisonniers politiques, fermer les camps de concentration.

  Si, avant la démission de Mendès-France, celui-ci représentait au gouvernement la tendance à la négociation face à la tendance opposée, animée furieusement par Bourgès-Maunoury et Lacoste, aujourd’hui c’est la politique Lacoste qui fait l’unanimité. C’est la guerre à outrance qui a pour but chimérique de tenter d’isoler le maquis du peuple par l’extérmination.

  Devant cet objectif accepté par l’unanimité du gouvernement et la presque totalité du parlement français, il ne peut exister aucune divergence, sauf quand cette politique d’extermination dite “ de pacification “ aura échoué. Il est clair que les buts politiques déclarés à nouveau par Guy Mollet ne servent qu’à camoufler l’entreprise réelle qui veut être le nettoyage par le vide, de toutes nos forces vives.

  L ‘offensive militaire est doublée d’une offensive politique condamnée, d’avance, à un échec.

  La “ reconnaissance de la personnalité algérienne “ reste une formule vague sans contenu réel, concret, précis. La solution politique exprimée d’une façon schématique n’avait au début d’autres supports que deux idées-forces : celle de la consultation des Algériens par des élections libres et celle du cessez-le-feu. Les réformes fragmentaires et dérisoires étaient proclamées dans l’indifférence générale: provisoirement pas de représentation parlementaire au Palais Bourbon, dissolution de l’Assemblée algérienne, épuration timide de la police, remplacement de “ trois “ hauts fonctionnaires.augmentation des salaries agricoles, accès des musulmans à la fonction publique et à certains postes de direction, réforme agraire, élection au collège unique. Aujourd’hui le gouvemement Guy Mollet annonce l’existence de 6 ou 7 projets de statuts pour l’Algèrie, dont la ligne générale serait la création de deux assemblées, la première législative, la seconde économique, avec un gouvemement composé de ministres ou de commissaires et présidé d’office par un ministre du gouvernement français.

  Cela démontre d’une part l’évolution, grâce à notre combat, de l’opinion publique en France, et d’autre part le rêve insensé des gouvemants français de croire que nous accepterions un compromis honteux de ce genre.

  La tentative d’isoler les maquis de la solidarité du peuple algérien, préconisée par Naegelen sur le plan intérieur, devait être complétée par la tentative d’isoler la Révolution algérienne de la solidarité des peuples anticoionialistes, engagée par Pineau sur le plan extérieur.

  Le F.L.N. déjouera comme par le passé les plans futurs de l’adversaire.

  Nous mentionnerons l’appréciation sur la situation internationale dans la troisième partie.

II – LES PERSPECTIVES POLITIQUES

  La preuve est faite que la Révolution algérienne n’est pas une révolte de caractère anarchique, localisée, sans coordination, sans direction politique, vouée à l’échec.

  La preuve est faite qu’il s’agit au contraire d’une véritable révolution organisée, nationale et populaire, centralisée, guidée par un état-major capable de la conduire jusqu’à la victoire finale.

  La preuve est faite que le gouvemement français, convaincu de l’impossibilité d’une solution militaire, est obligé de rechercher une solution politique.

  Voilà pourquoi le F.L.N., inversement, doit se pénétrer de ce principe: la négociation suit la lutte à outrance contre un ennemi impitoyable, elle ne la précéde jamais.

  Notre position à cet égard est fonction de trois considérations essentielles pour bénéficier du rapport des forces:

  1) Avoir une doctrine politique claire ;

  2) Développer la lutte armée d’une façon incéssante jusqu’à l’insurrection générale;

  3) Engager une action politique d’une grande envergure.

  A) Pourquoi nous combattons.

  La Révolution algérienne a la mission historique de détruire de façon définitive et sans retour le régime colonial odieux, décadent, obstacle au progrès et à la paix.

 

  I) Les buts de guerre.

  Les buts de guerre, c’est le point final de la guerre à partir duquel se réalisent les buts de paix. Les buts de guerre, c’est la situation à laquelle on accule l’ennemi pour lui faire accepter tous nos buts de paix. Ce peut être la victoire militaire ou bien la recherche d’un cessez-le-feu ou d’un armistice en vue de négociations. Il ressort que, vu notre situation, nos buts de guerre sont politico-militaires. Ce sont:

  1) L’affaiblissement total de l’armée française, pour lui rendre impossible une victoire par les armes;

  2) La détérioration sur une grande echelle de l’économie colonialiste par le sabotage, pour rendre impossible l’administration normale du pays ;

  3) La perturbation au maximum de la situation en France sur le plan économique et social pour rendre impossible la continuation de la guerre ;

  4) L’isolement politique de la France en Algérie et dans le monde ;

  5) Donner à l’insurrection un développement tel qu’il la rende conforme au droit international (personnalisation de l’armée, pouvoir politique reconnaissable, respect des lois de la guerre, administration normale des zones libérées par l’A.L.N.) ;

  6) Soutenir constamment le peuple devant les efforts d’extermination des Français.

 

I) Les buts de guerre.

  Les buts de guerre, c’est le point final de la guerre à partir duquel se réalisent les buts de paix. Les buts de guerre, c’est la situation à laquelle on accule l’ennemi pour lui faire accepter tous nos buts de paix. Ce peut être la victoire militaire ou bien la recherche d’un cessez-le-feu ou d’un armistice en vue de négociations. Il ressort que, vu notre situation, nos buts de guerre sont politico-militaires. Ce sont:

  1) L’affaiblissement total de l’armée française, pour lui rendre impossible une victoire par les armes;

  2) La détérioration sur une grande echelle de l’économie colonialiste par le sabotage, pour rendre impossible l’administration normale du pays ;

  3) La perturbation au maximum de la situation en France sur le plan économique et social pour rendre impossible la continuation de la guerre ;

  4) L’isolement politique de la France en Algérie et dans le monde ;

  5) Donner à l’insurrection un développement tel qu’il la rende conforme au droit international (personnalisation de l’armée, pouvoir politique reconnaissable, respect des lois de la guerre, administration normale des zones libérées par l’A.L.N.) ;

  6) Soutenir constamment le peuple devant les efforts d’extermination des Français.

 

II) Cessez-Ie-feu.

CONDITIONS :

  a) politiques:

 1) Reconnaissance de la Nation algérienne indivisible.

  Cette clause est destinée à faire disparaître la fiction colonialiste de «1′Algérie française “.

  2) Reconnaissance de l’indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la diplomatie.

  3) Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique avant et après l’insurrection nationale du ler novembre 1954.

  4) Reconnaissance du F.L.N. comme seule organisation représentant le peuple algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En contrepartie, le F.L.N. est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.

  b) militaires:

  Les conditions militaires seront précisées ultérieurement.

III) Négociations pour la paix.

  1) Les conditions sur le cessez-Ie-feu étant remplies, l’interlocuteur valable et exclusif pour l’Algérie demeure le F.L.N. Toutes les questions ayant trait à la représentativité du peuple algérien sont du resort exclusif du F.L.N. (gouvernement, élections, etc.). Aucune ingérence de ce fait de la part du gouvernement français n’est admise.

  2) Les négociations se font sur la base de l’indépendance (diplomatie et défense nationale incluses).

  3) Fixation des points de discussion:

  - Limites du territoire algérien (limites actuelles y compris le Sahara algérien).

  - Minorité française (sur la base de l’option entre citoyenneté algérienne ou étrangère – pas de régime préferentiel – pas de double citoyenneté algérienne et française).

  - Biens français: de l’État français, des citoyens français.

  - Transfert des compétences (administration).

  - Formes d’assistance et de coopération françaises dans les domaines économique, monétaire, social, culturel, etc.

  - Autres points.

  Dans une deuxième phase, les négociations sont menées par un gouvernement chargé de préciser le contenu des têtes de chapitre. Ce gouvernement est issu d’une assemblée constituante, elle-même issue d’élections générales.

 

 III) Négociations pour la paix.

  1) Les conditions sur le cessez-Ie-feu étant remplies, l’interlocuteur valable et exclusif pour l’Algérie demeure le F.L.N. Toutes les questions ayant trait à la représentativité du peuple algérien sont du resort exclusif du F.L.N. (gouvernement, élections, etc.). Aucune ingérence de ce fait de la part du gouvernement français n’est admise.

  2) Les négociations se font sur la base de l’indépendance (diplomatie et défense nationale incluses).

  3) Fixation des points de discussion:

  - Limites du territoire algérien (limites actuelles y compris le Sahara algérien).

  - Minorité française (sur la base de l’option entre citoyenneté algérienne ou étrangère – pas de régime préferentiel – pas de double citoyenneté algérienne et française).

  - Biens français: de l’État français, des citoyens français.

  - Transfert des compétences (administration).

  - Formes d’assistance et de coopération françaises dans les domaines économique, monétaire, social, culturel, etc.

  - Autres points.

  Dans une deuxième phase, les négociations sont menées par un gouvernement chargé de préciser le contenu des têtes de chapitre. Ce gouvernement est issu d’une assemblée constituante, elle-même issue d’élections générales.

 

- La Fédération nord-africaine.

  L’Algérie libre et indépendante, brisant le colonialisme racial fondé sur l’arbitraire colonial, développera sur des bases nouvelles l’unité et la fraternité de la Nation algérienne dont la naissance fera rayonner sa resplendissante originalité.

  Mais les Algériens ne laisseront jamais leur culte de la Patrie, sentiment noble et généreux, dégénérer en un nationalisme chauvin, étroit et aveugle.

  C’est pourquoi ils sont en même temps les Nord-Africains sincères, attachés, avec passion et clairvoyance, à la solidarité naturelle et nécessaire des trois pays du Maghreb.

  L’Afrique du Nord est un tout par : la géographie, l’histoire, la langue, la civilisation, le devenir.

  Cette solidarité doit donc se traduire naturellement dans la création d’une Fédération des trois États nord-africains.

  Les trois peuples frères ont intérêt pour le commencement à organiser une défense commune, une orientation et une action diplomatique communes, la liberté des échanges, un plan commun et rationnel d’équipement et d’industrialisation, une politique monétaire, l’enseignement et l’échange concerté des cadres techniques, les échanges culturels, l’exploitation en commun de nos sous-sols et de nos régions sahariennes respectives.

  Les tâches nouvelles du F.L.N. pour préparer l’insurrection nationale.

  L ‘éventualité de l’ouverture des négociations pour la paix ne doit en aucun cas donner naissance à une griserie du succès, entraînant inévitablement un dangereux relâchement de la vigilance et de la démobilisation des énergies qui pourrait ébranler la cohésion politique du peuple.

  Au contraire le stade actuel de la Révolution algérienne exige la poursuite acharnée de la lutte armée, la consolidation des positions, le développement des forces militaires et politiques de la Résistance.

  L’ouverture des négociations et leur conduite à bonne fin sont conditionnées d’abord par le rapport des forces en présence.

  C’est pourquoi, sans désemparer, il faut travailler avec ensemble et précision pour transformer l’Algérie en un camp retranché, inexpugnable. Telle est la tâche que doivent remplir avec honneur et sans délai Ie F.L.N. et son Armée de Libération nationale.

  Dans ce but, reste valable plus que jamais le mot d’ordre fondamental :

  Tout pour le front de la lutte armée.

  Tout pour obtenir une victoire décisive.

  L’indépendance de l’ Algérie n’est plus la revendication publique, le rêve qui a longtemps bercé le peuple algérien courbé sous le joug de la domination française.

  C’est aujourd’hui un but inmmédiat qui se rapproche à une allure vertigineuse pour devenir, très bientôt, une lumineuse réalité.

  Le F.L.N. marche à pas de géant pour dominer la situation sur le plan militaire, politique et diplomatique.

  Objectifs nouveaux: préparer dès maintenant, d’une façon systématique, l’insurrection générale, inséparable de la libération nationale.

  a) – Affaiblir l’armature militaire, policière, administrative et politique du colonialisme ;

  b) – Porter une grande attention, et d’une manière ininterrompue, aux côtés techniques de la question, notamment l’acheminement du maximum de moyens matériels ;

  c) – Consolider et élever la synchronisation de l’action politico-militaire.

  Faire face aux inévitables manoeuvres de division, de divergence ou d’isolement lancées par l’ennemi, par une contre-offensive intelligente et vigoureuse basée sur l’amélioration et le renforcement de la Révolution populaire libératrice.

  a) – Cimenter l’union nationale anti-impérialiste ;

  b) – S’appuyer d’une façon plus particulière sur les couches sociales les plus nombreuses, les plus pauvres, les plus révolutionnaires, fellahs, ouvriers agricoles ;

  c) – Convaincre avec patience et persévérance les éléments retardataires, encourager les hésitants, les faibles, les modérés, éclairer les inconscients ;

  d) – Isoler les ultra-colonialistes en recherchant l’alliance des éléments libéraux, d’origine européenne ou juive, même si leur action est encore timide ou neutraliste.

  Sur le plan extérieur, rechercher le maximum de soutien matériel, moral, et psychologique.

  a) – Augmenter le soutien de l’opinion publique ;

  b) – Développer l’aide diplomatique en gagnant à la cause algérienne les gouvernements des pays neutralisés par la France ou insuffisamment informés sur le caractère national de la guerre d’Algérie.

 

- La Fédération nord-africaine.

  L’Algérie libre et indépendante, brisant le colonialisme racial fondé sur l’arbitraire colonial, développera sur des bases nouvelles l’unité et la fraternité de la Nation algérienne dont la naissance fera rayonner sa resplendissante originalité.

  Mais les Algériens ne laisseront jamais leur culte de la Patrie, sentiment noble et généreux, dégénérer en un nationalisme chauvin, étroit et aveugle.

  C’est pourquoi ils sont en même temps les Nord-Africains sincères, attachés, avec passion et clairvoyance, à la solidarité naturelle et nécessaire des trois pays du Maghreb.

  L’Afrique du Nord est un tout par : la géographie, l’histoire, la langue, la civilisation, le devenir.

  Cette solidarité doit donc se traduire naturellement dans la création d’une Fédération des trois États nord-africains.

  Les trois peuples frères ont intérêt pour le commencement à organiser une défense commune, une orientation et une action diplomatique communes, la liberté des échanges, un plan commun et rationnel d’équipement et d’industrialisation, une politique monétaire, l’enseignement et l’échange concerté des cadres techniques, les échanges culturels, l’exploitation en commun de nos sous-sols et de nos régions sahariennes respectives.

  Les tâches nouvelles du F.L.N. pour préparer l’insurrection nationale.

  L ‘éventualité de l’ouverture des négociations pour la paix ne doit en aucun cas donner naissance à une griserie du succès, entraînant inévitablement un dangereux relâchement de la vigilance et de la démobilisation des énergies qui pourrait ébranler la cohésion politique du peuple.

  Au contraire le stade actuel de la Révolution algérienne exige la poursuite acharnée de la lutte armée, la consolidation des positions, le développement des forces militaires et politiques de la Résistance.

  L’ouverture des négociations et leur conduite à bonne fin sont conditionnées d’abord par le rapport des forces en présence.

  C’est pourquoi, sans désemparer, il faut travailler avec ensemble et précision pour transformer l’Algérie en un camp retranché, inexpugnable. Telle est la tâche que doivent remplir avec honneur et sans délai Ie F.L.N. et son Armée de Libération nationale.

  Dans ce but, reste valable plus que jamais le mot d’ordre fondamental :

  Tout pour le front de la lutte armée.

  Tout pour obtenir une victoire décisive.

  L’indépendance de l’ Algérie n’est plus la revendication publique, le rêve qui a longtemps bercé le peuple algérien courbé sous le joug de la domination française.

  C’est aujourd’hui un but inmmédiat qui se rapproche à une allure vertigineuse pour devenir, très bientôt, une lumineuse réalité.

  Le F.L.N. marche à pas de géant pour dominer la situation sur le plan militaire, politique et diplomatique.

  Objectifs nouveaux: préparer dès maintenant, d’une façon systématique, l’insurrection générale, inséparable de la libération nationale.

  a) – Affaiblir l’armature militaire, policière, administrative et politique du colonialisme ;

  b) – Porter une grande attention, et d’une manière ininterrompue, aux côtés techniques de la question, notamment l’acheminement du maximum de moyens matériels ;

  c) – Consolider et élever la synchronisation de l’action politico-militaire.

  Faire face aux inévitables manoeuvres de division, de divergence ou d’isolement lancées par l’ennemi, par une contre-offensive intelligente et vigoureuse basée sur l’amélioration et le renforcement de la Révolution populaire libératrice.

  a) – Cimenter l’union nationale anti-impérialiste ;

  b) – S’appuyer d’une façon plus particulière sur les couches sociales les plus nombreuses, les plus pauvres, les plus révolutionnaires, fellahs, ouvriers agricoles ;

  c) – Convaincre avec patience et persévérance les éléments retardataires, encourager les hésitants, les faibles, les modérés, éclairer les inconscients ;

  d) – Isoler les ultra-colonialistes en recherchant l’alliance des éléments libéraux, d’origine européenne ou juive, même si leur action est encore timide ou neutraliste.

  Sur le plan extérieur, rechercher le maximum de soutien matériel, moral, et psychologique.

  a) – Augmenter le soutien de l’opinion publique ;

  b) – Développer l’aide diplomatique en gagnant à la cause algérienne les gouvernements des pays neutralisés par la France ou insuffisamment informés sur le caractère national de la guerre d’Algérie.

 

III. MOYENS D’ACTION ET DE PROPAGANDE

  Les perspectives politiques générales tracées précédemment mettent en relief la valeur et la vérité des moyens d’action que le F.L.N. doit engager pour assurer la victoire complète du noble combat pour l’indépendance de la patrie martyre.

  Nous allons en préciser les grandes lignes sur le plan algérien, français et étranger.

 

1) Comment organiser et diriger des millions d’hommes dans un gigantesque combat

  L’union psycho-politique du peuple algérien forgée et consolidée dans la lutte armée est aujourd’hui une réalité historique.

  Cette union nationale, patriotique, anticolonialiste, constitue la base fondamentale de la principale force politique et militaire de la Résistance.

  Il convient de la maintenir intacte, inentamée, dynamique, en évitant parfois les fautes impardonnables de sectarisme ou d’opportunisme, pouvant favoriser les manoeuvres diaboliques de l’ennemi.

  Le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de maintenir le F.L.N. comme guide unique de la Révolution algérienne; cette condition ne doit pas être interprétée comme un sentiment de vanité égoïste ou un esprit de suffisance aussi dangereux que méprisable.

  C’est l’expression d’un principe révolutionnaire : réaliser l’unité de commandement dans un état-major qui a déjà donné les preuves de sa capacité, de sa clairvoyance, de sa fidélité à la cause du peuple algérien.

  II ne faut jamais oublier que, jusqu’au déclenchement de la Révolution, la force de l’impérialisme français ne résidait pas seulement dans sa puissance militaire et policière, mais aussi dans la faiblesse du pays dominé, divisé, mal préparé à la lutte organisée, et surtout, pendant une longue période, de l’insuffisance politique des dirigeants des diverses fractions du mouvement anticolonialiste.

  L’existence d’un F.L.N. puissant, plongeant ses racines profondes dans toutes les couches du peuple est une des garanties indispensables.

  a) – Installer organiquement le F.L.N. dans tout le pays, dans chaque ville, village, mechta, quartier, entreprise, ferme, université, collège, etc.

  b) – Politiser le maquis.

  c) – Avoir une politique de cadres formés politiquement, éprouvés, veillant au respect de la structure de l’organisation, vigilants, capables d’initiatives.

  d) – Répondre avec rapidité et clarté à tous les mensonges, dénoncer les provocations, populariser les mots d’ordre du F.L.N. en éditant une littérature abondante, variée, touchant les secteurs même les plus restreints.

  Multiplier les centres de propagande avec machines à écrire, papier, ronéo (reproduction des documents nationaux et édition de bulletin ou tracts locaux).

  Éditer brochure sur la Révolution et bulletin intérieur pour directives et conseils aux cadres.

  Bien se pénétrer de ce principe : La propagande n’est pas l’agitation qui se caractérise par la violence verbale, souvent stérile et sans lendemain. En ce moment ou le peuple algérien est mûr pour l’action armée positive et féconde, le langage du F.L.N. doit traduire sa maturité en prenant la forme sérieuse, mesurée et nuancée sans manquer pour cela de la férmeté, de la franchise et de la flamme révolutionnaire.

  Chaque tract, déclaration, interview ou proclamation du F.L.N. a aujourd’hui une résonance intemationale. C’est pourquoi nous devons agir avec un réel esprit de responsabilité qui fasse honneur au prestige mondial de l’Algérie en marche vers la liberté et l’indépendance.

 

1) Comment organiser et diriger des millions d’hommes dans un gigantesque combat

  L’union psycho-politique du peuple algérien forgée et consolidée dans la lutte armée est aujourd’hui une réalité historique.

  Cette union nationale, patriotique, anticolonialiste, constitue la base fondamentale de la principale force politique et militaire de la Résistance.

  Il convient de la maintenir intacte, inentamée, dynamique, en évitant parfois les fautes impardonnables de sectarisme ou d’opportunisme, pouvant favoriser les manoeuvres diaboliques de l’ennemi.

  Le meilleur moyen d’y parvenir, c’est de maintenir le F.L.N. comme guide unique de la Révolution algérienne; cette condition ne doit pas être interprétée comme un sentiment de vanité égoïste ou un esprit de suffisance aussi dangereux que méprisable.

  C’est l’expression d’un principe révolutionnaire : réaliser l’unité de commandement dans un état-major qui a déjà donné les preuves de sa capacité, de sa clairvoyance, de sa fidélité à la cause du peuple algérien.

  II ne faut jamais oublier que, jusqu’au déclenchement de la Révolution, la force de l’impérialisme français ne résidait pas seulement dans sa puissance militaire et policière, mais aussi dans la faiblesse du pays dominé, divisé, mal préparé à la lutte organisée, et surtout, pendant une longue période, de l’insuffisance politique des dirigeants des diverses fractions du mouvement anticolonialiste.

  L’existence d’un F.L.N. puissant, plongeant ses racines profondes dans toutes les couches du peuple est une des garanties indispensables.

  a) – Installer organiquement le F.L.N. dans tout le pays, dans chaque ville, village, mechta, quartier, entreprise, ferme, université, collège, etc.

  b) – Politiser le maquis.

  c) – Avoir une politique de cadres formés politiquement, éprouvés, veillant au respect de la structure de l’organisation, vigilants, capables d’initiatives.

  d) – Répondre avec rapidité et clarté à tous les mensonges, dénoncer les provocations, populariser les mots d’ordre du F.L.N. en éditant une littérature abondante, variée, touchant les secteurs même les plus restreints.

  Multiplier les centres de propagande avec machines à écrire, papier, ronéo (reproduction des documents nationaux et édition de bulletin ou tracts locaux).

  Éditer brochure sur la Révolution et bulletin intérieur pour directives et conseils aux cadres.

  Bien se pénétrer de ce principe : La propagande n’est pas l’agitation qui se caractérise par la violence verbale, souvent stérile et sans lendemain. En ce moment ou le peuple algérien est mûr pour l’action armée positive et féconde, le langage du F.L.N. doit traduire sa maturité en prenant la forme sérieuse, mesurée et nuancée sans manquer pour cela de la férmeté, de la franchise et de la flamme révolutionnaire.

  Chaque tract, déclaration, interview ou proclamation du F.L.N. a aujourd’hui une résonance intemationale. C’est pourquoi nous devons agir avec un réel esprit de responsabilité qui fasse honneur au prestige mondial de l’Algérie en marche vers la liberté et l’indépendance.

 

2) Clarifier le climat politique

  Pour conserver juste 1′orientation de la Résistance toute entière dressée pour détruire l’ennemi séculaire, nous devons balayer tous les obstacles et tous les écrans placés sur notre chemin par les éléments conscients ou inconscients d’une action néfaste, condamnés par l’expérience.

 

) Transformer le torrent populaire en énergie créatrice

  Le F.L.N. doit être capable de canaliser des immenses vagues qui soulèvent l’enthousiasme patriotique de la nation. La puissance irresistible de la colère populaire ne doit pas se perdre comme la force extraordinaire du torrent qui s’évanouit dans les sables.

  Pour la transformer en énergie créatrice le F.L.N. a entrepris un colossal travail de brassage de millions d’hommes.

  II s’agit d’être présent partout.

  Il faut organiser sous des formes multiples, souvent complexes, toutes les branches de 1′activité humaine :

 

2) Clarifier le climat politique

  Pour conserver juste 1′orientation de la Résistance toute entière dressée pour détruire l’ennemi séculaire, nous devons balayer tous les obstacles et tous les écrans placés sur notre chemin par les éléments conscients ou inconscients d’une action néfaste, condamnés par l’expérience.

3) Transformer le torrent populaire en énergie créatrice

  Le F.L.N. doit être capable de canaliser des immenses vagues qui soulèvent l’enthousiasme patriotique de la nation. La puissance irresistible de la colère populaire ne doit pas se perdre comme la force extraordinaire du torrent qui s’évanouit dans les sables.

  Pour la transformer en énergie créatrice le F.L.N. a entrepris un colossal travail de brassage de millions d’hommes.

  II s’agit d’être présent partout.

  Il faut organiser sous des formes multiples, souvent complexes, toutes les branches de 1′activité humaine

 

a) Le mouvement paysan.

  La participation massive de la population des fellahs, khammes et ouvriers agricoles à la Révolution, la proportion dominante qu’elle représente dans les moudjahidines ou moussebilines de l’Armée de Libération nationale ont profondément marqué le caractère populaire de la Résistance algérienne.

  Pour en mesurer 1′importance exceptionnelle, il suffit d’examiner le revirement spectaculaire de la politique agraire colonialiste.

  Alors que cette politique était basée essentiellement sur le vol des terres (habous, arch, melk) les expropriations s’étant poursuivies jusqu’en 1945-1946, le gouvemement français préconise aujourd’hui la réforme agraire. Il ne recule pas devant la promesse de distribuer une partie des terres d’irrigation, en mettant en application la loi Martin restée lettre morte à la suite du véto personnel d’un haut fonctionnaire au service de la grosse colonisation. Lacoste lui-même ose envisager, dans ce cas, une mesure révolutionnaire : l’expropriation d’une partie des grands domaines.

  Par souci d’équilibre, pour apaiser la furieuse opposition des gros colons, le gouvernement français a décidé la réforme du khammessat. C’est là une mesure trompeuse tendant à faire croire à l’existence d’une rivalité intestine entre fellahs et khammes, alors que le métayage a déjà évolué naturellement vers un processus plus équitable, sans l’intervention officielle, pour se transformer généralement en « chourka benesf » ou l’association par moitié.

  Ce changement de tactique traduit le profond désarroi du colonialisme voulant tenter de tromper la paysannerie pour la détacher de la Révolution.

  Cette manoeuvre grossière de dernière heure ne dupera pas les fellahs qui out déjà mis en échec la vieille chimère des « affaires indigenes » séparant artificiellement les Algériens en Berbères et Arabes hostiles.

  Car la population paysanne est profondément convaincue que sa soif de terre ne pourra être satisfaite que par la victoire de l’indépendance nationale.

  La véritable réforme agraire, solution patriotique de la misère des campagnes, est inséparable de la destruction totale du régime colonial.

  Le F.L.N. doit s’engager à fond dans cette politique juste, légitime et sociale. Elle aura pour conséquence:

  a) – La haine irreductible à l’endroit du colonialisme français, de son administration, de son armée, de sa police et des traîtres collaborateurs ;

  b) – La constitution de réserves humaines inépuisables pour l’A.L.N. et la Résistance ;

  c) – L ‘extension de l’insécurité dans les campagnes (sabotages, incendies de fermes, destruction des tabacoops et des vinicoops, symboles de la présence colonialiste) ;

  d) – La création des conditions pour la consolidation et l’organisation de nouvelles zones libérées.

 

b) Le mouvement ouvrier.

  La classe ouvrière peut et doit apporter une contribution plus dynamique pouvant conditionner l’évolution rapide de la Révolution, sa puissance et son succès final.

  Le F.L.N. salue la création de I’U.G.T.A. comme l’expression d’une saine réaction des travailleurs contre l’influence paralysante des dirigeants de la C.G.T., de F.O. et de la C.F.T.C.

  L’U.G.T.A. aide la population salariée à sortir du brouillard de la confusion et de l’attentisme.

  Le gouvernement socialiste français et la direction néo-colonialiste de F.O. sont inquiets de l’affiliation internationale de l’U.G.T.A. à la C.I.S.L., dont l’aide à I’V.G.T.A. et à la Centrale Marocaine a été positive dans divers domaines nationaux et extérieurs.

  La naissance et le développement de I’U.G.T.A. ont eu en effet un profond retentissement. Son existence a provoqué immédiatement un violent remous au sein de la C.G.T., abandonnée en masse par les travailleurs. Les dirigeants communistes ont essayé vainement de retenir les cadres les plus conscients en essayant de retrouver sous les cendres l’esprit de l’ancienne C.G.T.U. dont le mot d’ordre de l’indépendance de l’Algérie fut enterré au lendemain de l’unité syndicale en 1935.

  Mais pour devenir une Centrale nationale, il ne suffit pas à la filiale de la C.G.T. parisienne de modifier le titre ni de changer la couleur de la carte, ni même de couper un cordon ombilical atrophié.

  Pour s’adapter aux fonctions nouvelles du mouvement ouvrier ayant déjà atteint l’âge adulte, il ne suffisait pas à l’U.G.S.A. de changer de forme ou d’aspect extérieur. Quiconque observe les vélléités communistes ne peut manquer de retrouver le rythme et la méthode colonialistes qui ont présidé à la transformation des délégations financières en la bâtarde Assemblée algérienne.

  L’accession de certains militants à des postes de direction syndicale rappelle singulièrement la promotion symbolique de certains élus administratifs.

  Dans les deux cas, il aurait fallu changer le but, la nature et le contenu du Foyer civique et du Palais Carnot.

  L’incapacité de la direction du P.C.A. sur le plan politique ne pouvait que se traduire sur le plan syndical et entraîner la même faillite.

  L’U.G.T.A. est le reflet de la profonde transformation qui s’est produite dans le mouvement ouvrier, à la suite d’une longue évolution et surtout après le bouleversement révolutionnaire provoqué par la lutte pour l’indépendance nationale.

  La nouvelle centrale algérienne diffère des autres organisations C.G.T., F.O. et C.F.T.C. dans tous les domaines, notamment par l’absence de tutelle, le choix de l’état-major, la structure rationnelle, l’orientation juste et la solidarité fraternelle en Algérie, en Afrique du Nord et dans le monde entier.

  1) Le caractère national se traduit non seulement par une indépendance organique, détruisant les contradictions inhérentes à une tutelle étrangère, mais aussi par une liberté totale dans la défense des travailleurs dont les intérêts vitaux se confondent avec ceux de toute la nation algérienne.

  2) La direction est formée non par des éléments issus d’une minorité ethnique n’ayant jamais subi l’oppression coloniale, toujours enclins au paternalisme, mais par des patriotes dont la conscience nationale aiguise la combativité contre la double pression de l’exploitation sociale et de la haine raciale.

  3) La “colonne vertébrale» est constituée non par une aristocratie ouvrière (fonctionnaires et cheminots) mais par les couches les plus nombreuses et les plus exploitées (dockers, mineurs, ouvriers agricoles, véritables parias jusqu’ici abandonnés honteusement à la merci des seigneurs de la vigne).

  4) Le souffle révolutionnaire purifie le climat syndical non seulement en chassant l’esprit néo-colonialiste et le chauvinisme national qu’il engendre, mais en créant les conditions pour l’épanouissement d’une fraternité ouvrière, impérméable au racisme.

  5) L ‘action syndicale, maintenue longtemps dans le cadre étroit des revendications économiques et sociales, isolée de la perspéctive générale, est devenue non un frein dans la lutte anticolonialiste mais un accélérateur dans le combat pour la liberté et la justice sociale.

  6) La population laborieuse algérienne, jugée jusqu’ici comme mineure ne méritant pas l’émancipation, est appelée, non à occuper un rang subalteme dans le mouvement social français, mais à coopérer brillamment avec le mouvement ouvrier nord-africain et international.

  7) L’U.G.S.A. – C.G.T. se verra inévitablement contrainte de se dissoudre à l’exemple des organisations similaires de Tunisie et du Maroc pour céder entièrement la place à l’U.G.T.A., centrale nationale authentique et unique, groupant tous les travailleurs algériens sans distinction.

  Le F.L.N. ne doit pas négliger le rôle politique qu’il peut jouer pour aider et compléter l’action syndicale indépendante de l’U.G.T.A. en vue de sa consolidation et de son renforcement.

  Les militants F.L.N. doivent être parmi les plus dévoués, les plus actifs, toujours soucieux de respecter les règles démocratiques selon la tradition en honneur dans le mouvement ouvrier libre.

  Pas de schématisme: tenir compte de chaque situation concrète et adapter les formes d’action aux conditions particulières, subjectives de chaque corporation.

  - Développer l’esprit de combativité en organisant sans retard l’action revendicative sous une forme souple et variée selon les conditions concrètes du moment (arrêt de travail, grèves locales, corporatives, de solidarité).

  - Entrainer dans l’action les travailleurs européens.

  - Concrétiser la sympathie pour l’A.L.N. en transformant en action de soutien la résistance: souscriptions, fournitures aux combattants, actes de sabotage, grèves de solidarité, grèves politiques.

 

c) Le mouvement des jeunes

  La jeunesse algérienne a les qualités naturelles de dynamisme, de dévouement et d’héroïsme.

  De plus, elle se caractérise par un fait rare. Très nombreuse, elle représente près de la moitié de la population totale, en raison d’un développement démographique exceptionnel.

  En outre elle possède une qualité originale : la maturité précoce. En raison de la misère, de l’oppression coloniale, elle passe rapidement de l’enfance à l’âge adulte; la période de l’adolescence est singulièrement réduite.

  Elle suit avec passion, avec le mépris de la peur et la mort, l’organisation révolutionnaire qui peut la conduire à la conquête de son pur idéal de liberté.

  La Révolution algérienne, les exploits de l’A.L.N. et l’action clandestine du F.L.N. répondent à sa témérité que nourrit le plus noble sentiment patriotique.

  C’est donc pour le F.L.N. un levier infléxible d’une puissance et d’une résistance formidables.

 

d) Intellectuels et professions libérales

  Le ralliement des intellectuels à la patrie algérienne, le fait que la “francisation” n’a pas réussi à étouffer leur conscience nationale, la rupture avec les positions idéalistes individualistes ou réformistes, sont les preuves d’une saine orientation politique.

  1) Former des comités d’action des intellectuels patriotes.

  a) Propagande: indépendance de l’Algérie.

  b) Contacts avec libéraux français.

  c) Souscriptions.

  Le F.L.N. devra assigner aux étudiants et étudiantes, d’une manière rationnelle, des tâches précises dans les domaines ou ils peuvent rendre le mieux : politique, administratif, culturel, sanitaire, économique, etc.

  2) Organiser des services de santé:

  a) chirurgiens, médecins, pharmaciens en liaison avec les hospitaliers (internes et infirmiers);

  b) soins, médicaments, pansements;

  c) infirmiers de campagne, traîtement des malades et convalescents.


e) Commerçants et artisans

À coté du syndicat commercial algérien, dominé par le monopoleur Schiaffino, maître des Chambres de commerce, et le mouvement Poujade raciste et colonial-fasciste, se trouvait le vide constitué par l’absence d’une véritable Centrale commerciale et artisanale, dirigée par des patriotes pour assurer la défense de l’économie algérienne.

  L’U.G.C.A. prendra donc une place importante à côté de l’organisation ouvrière soeur de l’U.G.T.A.

  Le F.L.N. doit l’aider à se développer rapidement en créant les conditions politiques les plus favorables:

  1) Lutte contre les impôts ;

  2) Boycott des grossistes colonialistes, poujadistes, apportant un soutien actif à la guerre impérialiste.

 

f} Le mouvement des femmes

  D’immenses possibilités existent et sont de plus en plus nombreuses dans ce domaine.

  Nous saluons avec émotion, avec admiration, l’exaltant courage révolutionnaire des jeunes filles et des jeunes femmes, des épouses et des mères; de toutes nos soeurs “ moudjahidates “ qui participent activement, et parfois les armes à la main, à la lutte sacrée pour la libération de la Patrie.

  Chacun sait que les Algériennes ont chaque fois participé activement aux insurrections nombreuses et renouvelées qui ont dressé, depuis 1830, l’Algérie contre l’occupation française.

  Les explosions principales de 1864 des Ouled Sidi Cheikh du Sud Oranais, de 1871 en Kabylie, de 1916 dans les Aurès et la région de Mascara ont illustré à jamais l’ardent patriotisme, allant jusqu’au sacrifice suprême de la femme algérienne.

  Celle-ci est aujourd’hui convaincue que la Révolution actuelle aboutira inéxorablement à la conquête de l’indépendance.

  L’exemple récent de la jeune fille kabyle qui repousse une demande en mariage, parce que n’émanant pas d’un maquisard, illustre d’une façon magnifique le moral sublime qui anime les Algériennes.

 Il est donc possible d’organiser dans ce domaine, avec des méthodes originales propres aux moeurs du pays, un redoutable et efficace moyen de combat :

  a) soutien moral des combattants et des résistants;

  b) renseignements, liaisons, ravitaillement, refuges ;

  c) aide aux familles et enfants de maquisards, de prisonniers ou d’internés.

 

4) La recherche des alliances

  Pour libérer leur patrie enchaînée, les Algériens comptent d’abord sur eux-mêmes.

  L’action politique, comme la science militaire, enseignent qu’il ne faut négliger aucun facteur, même apparemment peu important, pour assurer la victoire.

  C’est pourquoi Ie F.L.N. a entrepris avec succès la mobilisation de toutes les énergies nationales. Mais il ne laissera pas l’ennemi colonialisle s’appuyer sur la totalité de la minorité ethnique en Algérie, dresser contre nous l’opinion en France et nous priver de la solidarité internationale.

 

a) Les libéraux algériens

À la différence de la Tunisie et du Maroc la minorité ethnique d’origine européenne a une importance numérique dont il faut tenir compte. Elle est renforcée par une immigration permanente jouissant d’une aide officielle et fournissant au régime colonial une fraction importante de ses soutiens les plus farouches, les plus obstinés, les plus racistes.

  Mais en raison de ses privileges inégaux, du rôle qu’elle joue dans la hiérarchie économique, administrative et politique du système colonialisle, la population d’origine européenne ne constitue pas un bloc indissoluble autour de la grosse colonisation dirigeante.

  L ‘esprit de race supérieure est général. Mais il se manifeste sous des aspects nuancés, allant de la frénésie du type “ sudiste “ à l’hypocrisie paternaliste.

  Le colonialisme français, maître tout puissant de l’administration algérienne, de la police, du monopole de la presse, de la radio, s’est montré souvent capable d’exercer une pression psychologique pouvant cristalliser l’opinion publique autour d’une idée-force réactionnaire.

  Le départ de Soustelle et la manifestation du 6 février ont été les preuves d’une grande habileté dans l’art de la provocation et du complot.

  Le résultat fut la capitulation du chef du gouvernement français.

  Pour atteindre son but, le colonialisme organisa la panique. Il accusa le gouvemement d’abandonner la minorité ethnique non-musulmane à la « barbarie arabe ”, à la “ guerre sainte ”, à une Saint-Barthélemy plus immonde.

  Le slogan fabriqué par le maître-chanteur Reygass et diffusé par le bourreau Benquet-Crevaux, l’odieuse image: “ la valise ou le cercueil “, semblent aujourd’hui anodins.

  Les anciens partis nationalistes n’ont pas toujours accordé à cette question l’importance qu’elle mérite. Ne prêtant d’attention que pour l’opinion musulmane, its ont négligé souvent de relever comme il convient des déclarations maladroites de certains charlatans ignorés, apportant en fait de l’eau au moulin de l’ennemi principal.

  Actuellement, la contre-offensive est encore faible. La presse libérale de France ne peut enrayer totalement le poison colonialiste. Les moyens d’expression du F.L.N. sont insuffisants.

  Heureusement, la Résistance algérienne n’a pas fait de faute majeure pouvant justifier les calomnies de la presse colonialiste du service psychologique de l’armée colonialiste, convaincu de mensonges flagrants par les témoignages de journalistes français et étrangers.

  Voilà pourquoi le bloc colonialiste et raciste, sans fissure le 6 fevrier, commence à se désagréger. La panique a cédé la place peu a peu à un sentiment plus réaliste. La solution militaire devant rétablir le statu-quo est un mirage évident. La question dominante aujourd’hui, c’est le retour à une paix négociée : quelle est la place qui sera faite à ceux qui considérent l’Algérie comme patrie toujours généreuse, même après la disparition du règne de Borgeaud ?

 

Des tendances diverses apparaîssent:

  1) Le neutralisme est le courant le plus important. Il exprime le souhait de laisser les ultracolonialistes défendre leurs privilèges menacés par les nationalistes “ extrémistes “ ;

  2) Les partisans d’une solution “ intermédiaire “; la négociation pour “ une communauté algérienne à égale distance entre le colonialisme français et le rétrograde impérialisme arabe » par la création d’une double nationalité ;

  3) La tendance la plus audacieuse accepte l’indépendance de l’Algérie et la nationalité algérienne, à la condition de s’opposer à l’ingérence américaine, anglaise et égyptienne.

  Cette analyse est sommaire. EIle n’a d’autre but que de souligner la différenciation qui s’opère dans le large éventail de l’opinion publique européenne.

  Ce serait donc une erreur impardonnable que de mettre dans le “ même sac » tous les Algériens d’origine européenne ou juive.

  Comme it serait impardonnable de nourrir l’illusion de pouvoir les gagner entièrement à la cause de la libération nationale.

  L ‘objectif à atteindre, c’est l’isolement de l’ennemi colonialiste qui opprime le peuple algérien.

  Le F.L.N. doit donc s’efforcer d’accentuer l’évolution de ce phénomene psychologique en neutralisant une fraction importante de la population européenne.

  La Révolution algérienne n’a pas pour but de “ jeter à la mer “ les Algériens d’origine européenne, mais de détruire le joug colonial inhumain.

  La Révolution algérienne n’est pas une guerre civile, ni une guerre de religion.

  La Révolution algérienne veut conquérir l’indépendance nationale pour installer une république démocratique et sociale garantissant une véritable égalité entre tous les citoyens d’une même patrie, sans discrimination.


a) La minorité juive.

  Ce principe fondamental, admis par la morale universelle, favorise la naissance dans l’opinion israélite d’un espoir dans le maintien d’une cohabitation pacifique millénaire.

  D’abord, la minorité juive a été particulièrement sensible à la campagne de démoralisation du colonialisme. Des représentants de leur communauté ont proclamé au congrès mondial juif de Londres leur attachement à la citoyenneté française, les mettant au-dessus de leurs compatriotes musulmans.

  Mais le déchaînement de la haine antisémite qui a suivi les manifestations colonialo-fascistes a provoqué un trouble profond qui fait place à une saine réaction d’auto-défense.

  Le premier réflexe fut de se préserver du danger d’être pris entre deux feux. Il se manifeste par la condamnation des Juifs, membres du “ 8 Novembre “ et du mouvement poujadiste, dont l’activité trop voyante pouvait engendrer le mécontentement vindicatif contre toute la communauté.

  La correction infléxible de la Résistance algérienne, réservant tous ses coups au colonialisme, apparut aux plus inquiets comme une qualité chevaleresque d’une noble colère des faibles contre les tyrans.

  Des intellectuels, des étudiants, des commerçants prirent l’initiative de susciter un mouvement d’opinion pour se désolidariser des gros colons et des anti-juifs.

  Ceux-la n’avaient pas la mémoire courte. lls n’ont pas oublié l’infame souvenir du régime de Vichy. Pendant quatre ans, 185 lois, decrets ou ordonnances les ont privés de leurs droits, chassés des administrations et des universités, spoliés de leurs immeubles et de leurs fonds de commerce, dépouillés de leurs bijoux.

  Leurs coréligionnaires de France étaient frappés d’une amende collective de un milliard. lls étaient traqués, arrêtés, internés au camp de Drancy et envoyés par wagons plombés en Pologne ou beaucoup périrent dans les fours crématoires.

  Au lendemain de la libération de la France, la communauté juive algérienne retrouva rapidement ses droits et ses biens grâce à l’appui des élus musulmans, malgré l’hostilité de l’administration pétainiste.

  Aura-t-elle la naïveté de croire que la victoire des ultra-colonialistes, qui sont précisement les mêmes qui l’ont persécutée naguère, ne ramènera pas le même malheur?

  Les Algériens d’origine juive n’ont pas encore surmonté leur trouble de conscience, ni choisi de quel côté se diriger.

  Espérons qu’ils suivront en grand nombre le chemin de ceux qui ont répondu à l’appel de la patrie généreuse, donné leur amitié à la Révolution en revendiquant déjà avec fierté, leur nationalité algérienne.

  Cette option est basée sur l’expérience, le bon gens et la clairvoyance.

  En dépit du silence du Grand Rabbin d’Alger, contrastant avec l’attitude réconfortante de I’Archevêque se dressant courageusement et publiquement contre le courant et condamnant l’injustice coloniale, l’immense majorité des Algériens s’est gardée de considérer la communauté juive, comme passée définitivement dans le camp ennemi.

  Le F.L.N. a étouffé dans l’oeuf des provocations nombreuses du gouvernement général. En dehors du châtiment individuel infligé aux policiers et contre-terroristes responsables de crimes contre la population innocente, l’Algérie a été préservée de tout pogrom. Le boycottage des commerçants juifs, devant suivre le boycottage des Mozabites, a été enrayé avant même d’exploser.

  Voila pourquoi, le conflit arabo-israélien n’a pas eu, en Algérie, de repércussions graves, ce qui aurait comblé le voeu des ennemis du peuple algérien.

  Sans puiser dans l’histoire de notre pays les preuves de tolérance religieuse, de collaboration dans les plus hauls postes de l’État, de cohabitation sincère, la Révolution algérienne a montré, par les actes, qu’elle mérite la confiance de la minorité juive pour lui garantir sa part de bonheur dans l’Algérie indépendante.

  En effet, la disparition du régime colonial qui s’est servi de la minorité juive comme tampon pour attenuer les chocs anti-impérialistes, ne signifie pas forcément sa paupérisation.

  C’est une hypothèse absurde que de s’imaginer que «1′Algérie ne serait rien sans la France  “..

  La prospérité économique des peuples affranchis est évidente.

  Le revenu national, plus important, assurera à tous les Algériens une vie plus confortable.

Tenant compte de ce qui précéde, le F.L.N. recommande:

  1) Encourager et aider à la formation de comités et mouvements de libéraux algériens, même ceux ayant au départ des objectifs limités.

  a) Comité d’action contre la guerre d’ Algérie ;

  b) Comité pour la négociation et la paix ;

  c) Comité pour la nationalité algérienne ;

  d) Comité de soutien des victimes de la repression ;

  e) Comite d’études du problème algérien ;

  f) Comité pour la défense des libertés démocratiques ;

  g) Comité pour le désarmement des milices civiles ;

  h) Comité d’aide aux ouvriers agricoles (parrainage des syndicats, soutien des grèves, défense des enfants et des femmes exploités).

  2) Intensifier la propagande auprès des rappelés et des soldats du contingent.

  a) Envoi de livres, revues, journaux, tracts anticolonialistes ;

  b) Comité d’accueil des permissionnaires ;

  c) Théâtre: pièces exaltant la lutte patriotique pour l’indépendance.

  3) Multiplier les comités de femmes de mobilisés pour exiger le rappel de leurs maris.

  c) L’action du F.L.N. en France

1) Développer l’appui de l’opinion libérale.

  L’analyse de l’éventail politique chez les libéraux en Algérie peut être valable pour saisir les nuances de l’opinion publique en France, sujette à des fluctuations rapides en raison de la sensibilité populaire.

  II est certain que le F.L.N. attache une certaine importance à l’aide que peut apporter à la juste cause de la Résistance algérienne la partie éclairée du peuple français, insuffisamment informé des horreurs indicibles pérpétrés en son nom.

  Nous apprécions la contribution des représentants du mouvement libéral français tendant à faire triompher la solution politique pour éviter une effusion de sang inutile.

  La Fédération F.L.N. en France, dont la direction est aujourd’hui renforcée à Paris, a une tache politique de premier plan pour annuler l’effet négatif de la pression réactionnaire et colonialiste.

  a) Contacts politiques avec les organisations, mouvements et comités contre la guerre coloniale ;

  b) Presse, meetings, manifestations et grèves contre le depart des soldats, la manutention et le transport du matériel de guerre ;

  c) Soutien financier par la solidarité aux résistants et aux combattants pour la liberté.

  2) Organiser l’émigration algérienne.

  La population algérienne émigrée en France est un capital précieux en raison de son importance numérique, de son caractère jeune et combatif de son potentiel politique.

  La tâche du F.L.N. est d’autant plus importante pour mobiliser la totalité de ces forces qu’elle nécessite, en même temps, la lutte à outrance contre les tentatives de survivance du messalisme.

  a) Éclairer l’opinion publique française et étrangère en donnant informations, articles de journaux et revues. Grouper à cet effet les militants expérimentés, les intellectuels et les étudiants.

  b) Dénoncer d’une façon infatigable et patiente la faillite du messalisme comme courant politique, sa compromission avec les milieux proches du gouvernement français, ce qui explique l’orientation dirigée non contre le colonialisme, mais contre le F.L.N. et l’A.L.N.

 

 d) La solidarité nord-africaine

    L’intransigence révolutionnaire du F.L.N., la poursuite farouche de la lutte armée par l’A.L.N., l’unanimité nationale du peuple algérien soudée par l’idéal d’indépendance nationale, ont mis en échec les plans colonialistes.

  Les gouvernements tunisien et marocain ont, en particulier (sous la pression des peuples frères), pris nettement position sur le problème qui conditionne l’équilibre nord-africain.

  Le F.L.N. doit encourager :

  1) – La coordination de l’action gouvernementale des deux pays du Maghreb, dans le but de faire pression sur le gouvernement français : action diplomatique.

  2) – L’unification de l’action politique par la création d’un comité de coordination des partis frères nationaux avec le F.L.N.

  a) Création de comités populaires de soutien de la Résistance algérienne ;

  b) Intervention multiforme dans tous les secteurs.

  3) – La liaison permanente avec les Algériens résidant au Maroc et en Tunisie (action concrète auprès de l’opinion publique, de la presse et du gouvernement).

  4) – La solidarité des Centrales ouvrières U.G.T.T., U.M.T., U.G.T.A.

  5) – L ‘entraide des trois unions estudiantines.

  6) – La coordination de l’action des trois centrales économiques.

 

5) L’Algérie devant le Monde

  La diplomatie française a entrepris sur le plan international un travail interne pour obtenir partout où c’est possible, ne serait-ce que très provisoirement, une aide morale et matérielle ou une neutralité bienveillante et passive. Les seuls résultats plus ou moins positifs sont les déclarations gênées, arrachées aux représentants des États-Unis, de l’Angleterre et de l’O.T.A.N.

  Mais la presse mondiale, notamment la presse américaine, condamne impitoyablement les crimes de guerre, plus particulièrement la Légion et les paras, le génocide des vieillards, des femmes, des enfants, le massacre des intellectuels et des civils innocents, la torture des emprisonnés.

  Elle exige du colonialisme français la reconnaissance solennelle du droit du peuple algérien à disposer librement de son sort.

  La lutte gigantesque engagée par l’Armée de Libération Nationale, son invincibilité garantie par l’adhésion unanime de la nation algérienne à l’idéal de liberté, ont sorti le problème algérien du cadre français dans lequel l’impérialisme l’a tenu jusqu’alors prisonnier.

  La conférence de Bandoeng et surtout la X. session de l’O.N.U. ont eu particulièrement le mérite historique de détruire la fiction juridique de “ l’Algérie française ».

  L’invasion et l’occupation d’un pays par une armée étrangère ne sauraient en aucun cas modifier la nationalité de ses habitants. Les Algériens n’ont jamais accepté la “ francisation “, d’autant plus que cette “ etiquette “ ne les a jamais empêchés d’être dans leur patrie moins libres et moins considérés que les étrangers.

  La langue arabe, langue nationale de l’immense majorité, a été systématiquement étouffée. Son enseignement supérieur a disparu dès la conquête par la dispersion des maîtres et des élèves, la fermeture des universités, la destruction des bibliothèques, le vol des donations pieuses.

  La religion islamique est bafouée, son personnel est domestiqué, choisi et paré par l’administration colonialiste.

  L’impérialisme français a combattu le mouvement progressiste des Oulémas pour donner son appui total au maraboutisme, domestiqué par la corruption de certains chefs de confréries.

  Combien apparaît dégradante la malhonnêteté des Bidault, Lacoste, Soustelle et le cardinal Feltin lorsqu’ils tentent de tromper l’opinion publique française et étrangère en définissant la Résistance algérienne comme un mouvement religieux fanatique au service du panislamisme.

  La ligne de démarcation de la Révolution ne passe pas entre les communautés religieuses qui peuplent l’Algérie, mais entre d’une part, les partisans de la liberté, de la justice, de la dignité humaine et d’autre part, les colonialistes et leurs soutiens, quelle que soit leur religion ou leur condition sociale.

  La meilleure des preuves n’est-elle pas le châtiment suprême infligé à des traîtres officiants du culte, dans l’enceinte même des mosqués ?

  Par contre, grâce à la maturité politique du peuple algérien et la sage et lucide direction du Front de Libération Nationale, les provocations traditionnelles et renouvelées du colonialisme : pogroms, troubles antichrétiens, xénophobie, ont été déjouées et étouffées dans l’oeuf.

  La Révolution algérienne, malgré les calomnies de la propagande colonialiste, est un combat patriotique, dont la base est incontéstablement de caractère national, politique et social.

  Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni à Washington.

  Elle s’inscrit dans le cours normal de l’évolution historique de l’humanité qui n’admet plus l’existence de nations captives.

  Voilà pourquoi l’indépendance de l’Algérie martyre est devenue une affaire internationale et le problème-clé de l’Afrique du Nord.

  De nouveau, l’affaire algérienne sera posée devant l’O.N.U. par les pays afro-asiatiques.

  Si, lors de la dernière session de l’Assemblée Générale de l’O.N.U., on constata chez ces pays amis le souci tactique exagérément conciliateur, allant jusqu’à retirer de l’ordre du jour la discussion de l’affaire algérienne, il n’en est pas de même aujourd’hui car les promesses de la France n’ont nullement été tenues.

  Ce manque de hardiesse était déterminé par l’attitude des pays arabes en général et de l’Egypte en particulier. Leur soutien à la lutte du peuple algérien demeurait limité; il était assujetti aux fluctuations de leur diplomatie. La France exercait une pression particulière sur le Moyen-Orient en monnayant son aide économique et militaire et son opposition au Pacte de Bagdad. Elle avait notamment essayé de peser de toutes ses forces pour paralyser les urnes psychologiques et morales dont le F.L.N. dispose.

  L ‘attitude des pays non arabes du bloc afro-asiatique était conditionnée, semble-t-il, par le souci d’une part de ne jamais dépasser celle des pays arabes, par le désir d’autre part de jouer un rôle déterminant dans les problèmes tels que ceux du désarmement et de la coéxistence pacifique.

  Ainsi l’internationalisation du problème algérien dans sa phase actuelle a renforcé la prise de conscience universelle sur l’urgence du réglement d’un conflit armé pouvant affecter le bassin méditerranéen et l’Afrique, le Moyen-Orient et le monde entier.

  Nos contacts avec les dirigeants des pays frères n’ont jamais été autre chose que des contacts d’alliés et non d’instruments.

  Nous devons veiller d’une façon systématique à conserver intacte l’indépendance de la Révolution algérienne. Il convient de réduire à néant la calomnie lancée par le gouvemement français, sa diplomatie, sa grande presse pour nous présenter comme une rebellion artificiellement fomentée de l’étranger, n’ayant pas de racines dans la Nation algérienne captive.

  1) – Provoquer chez les gouvemements du Congrès de Bandoeng, en plus de l’intérvention à l’O.N.U., des pressions diplomatiques, voire économiques directes sur la France.

  2) – Rechercher l’appui des États et des peuples d’Europe, y compris les pays nordiques et les démocraties populaires ainsi que les pays d’Amérique Latine.

   3) – S’appuyer sur l’émigration arabe dans les pays de l’Amérique Latine.

  Dans ce but, le F.L.N. a renforcé la Délégation algérienne en mission à l’extérieur. Il devra avoir:

  a) – Bureau permanent auprès de l’O.N.U. et aux U.S.A.

  b) – Délégation dans les pays d’Asie.

  c) – Délégations itinérantes pour la visite des capitales et la participation aux rassemblements mondiaux culturels, estudiantins, syndicaux, etc.

  d) – Propagande écrite créee par nos propres moyens : bureaux de presse, éditions de rapports, documents par la photo et le film

 

CONCLUSION

  Il y a dix ans, au lendemain de la fin de la Deuxième Guerre mondiale, une formidable explosion a ébranlé l’impérialisme.

  L’irrésistible mouvement de libération nationale, longtemps comprimé, secoua les peuples captifs. Une réaction en chaîne entraîna les pays colonisés, l’un après l’autre, dans la conquête d’un avenir flamboyant de liberté et de bonheur.

  En cette courte période, dix-huit nations sont sorties des ténébres de l’esclavage colonial et ont pris place au soleil de l’indépendance nationale.

  Les peuples de Syrie et du Liban, du Viet Nam et du Fezzan ont brisé les barreaux de leurs cellules et réussi à quitter l’immense prison du colonialisme français.

  Les trois peuples du Maghreb ont manifesté à leur tour leur volonté et leur capacité de prendre leur place dans le concert des nations libres.

  La Révolution algérienne du 1er novembre 1954 est sur la bonne voie.

  La lutte sera encore difficile, apre, cruelle.

  Mais sous la ferme direction du Front de Libération Nationale, la victoire couronnera la longue lutte armée menée par le peuple algérien indompté.

  La date humiliante du 5 juillet 1830 sera effacée avec la disparition de l’odieux régime colonial.

  Le moment est proche où le peuple algérien recueillera les doux fruits de son douloureux sacrifice et de son courage sublime.

  L’indépendance de la Patrie sur laquelle flottera souverainement le drapeau national algérien.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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La stratégie impérialiste française.

Posté par algeriedemocratie le 14 juillet 2009

Plate-forme de la Soummam


  B) La stratégie impérialiste française.

  La Révolution algérienne, détruisant impitoyablement tous les pronostics colonialistes et faussement optimistes, continue de se déveloper : avec une vigueur exceptionneIle, dans une phase ascendante de longue portée.

  Elle ébranle et ruine ce qui reste de l’empire colonial français en déclin.

  Les gouvernements successifs de Paris sont en proie à une crise politique sans précédent. Obligés de lâcher les colonies d’Asie, ils croient pouvoir conserver celles d’Afrique. Ne pouvant faire face au « pourrissement ” de l’Afrique du Nord, ils ont laché du lest en Tunisie et au Maroc pour tenter de garder l’Algérie.

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Le communisme absent ?

Posté par algeriedemocratie le 14 juillet 2009

Le communisme absent ?

Le P.C.A. malgré son passage dans l’illégalité et la publicité tapageuse dont la presse colonialiste l’a gratifié pour justifier la collusion imaginaire avec la Résistance algérienne, n’a pas réussi à jouer un rôle qui mériterait d’être signalé. La direction communiste, bureaucratique, sans aucun contact avec le peuple, n’a pas été capable d’analyser correctement la situation révolutionnaire. C’est pourquoi elle a condamné le “ terrorisme “ et ordonné dès les premiers mois de l’insurrection aux militants des Aurès, venus à Alger chercher des directives, de ne pas prendre les armes.

La sujétion au P.C.F. a pris le caractère d’un béni-oui-ouisme avec le silence qui a suivi le vote des pouvoirs spéciaux:

Non seulement les communistes algériens n’ont pas eu suffisamment de courage pour dénoncer cette attitude opportuniste du groupe parlementaire, mais ils n’ont pas soufflé mot sur l’abandon de l’action concrète contre la guerre d’Algérie : manifestations contre les renforts de troupes, grèves de transport, de la marine marchande, des ports et des stocks contre le matériel de guerre.

Le P.C.A. a disparu en tant qu’organisation sérieuse à cause surtout de la prépondérance en son sein d’éléments européens dont l’ébranlement des convictions nationales algériennes artificielles a fait éclater les contradictions face à la résistance armée.

Cette absence d’homogénéité et la politique incohérente qui en résulte ont pour origine fondamentale la confusion et la croyance en l’impossibilité de la libération nationale de l’Algérie avant le triomphe de la révolution prolétarienne en France.

Cette idéologie qui tourne le dos à la réalité est une réminiscence des conceptions de la S.F.I.O., favorable à la politique d’assimilation passive et opportuniste.

Niant le caractère révolutionnaire de la paysannerie et des fellahs algériens en particulier, elle prétend défendre la classe ouvrière algérienne contre le danger problématique de tomber sous la domination directe de la “ bourgeoisie arabe “, comme si l’indépendance nationale de l’Algérie devait suivre forcément le chemin des révolutions manquées, voire même de faire marche arrière vers un quelconque féodalisme.

La C.G.T., subissant l’influence communiste, se trouve dans une situation analogue et tourne à vide sans pouvoir énoncer et appliquer le moindre mot d’ordre d’action.

La passivité générale du mouvement ouvrier organisé, aggravée dans une certaine mesure par l’attitude néfaste des syndicats F.O. et C.F.T.C., n’est pas la conséquence du manque de combativité des travailleurs des villes, mais de l’apathie des cadres syndicaux de l’U.G.S.A. attendant, les bras croisés, les directives de Paris.

Les dockers d’ Alger en ont donné la preuve en participant à la grève politique anniversaire du 18 novembre 1956.

Nombreux furent les travailleurs qui ont compris que cette journée d’action patriotique aurait revêtu un caractère d’unanimité nationale, plus démonstrative, plus dynamique, plus féconde, si les organisations ouvrières avaient été entraînées intelligemment dans la lutte générale par une véritable centrale syndicale nationale. Cette appréciation juste se trouve entièrement confirmée dans le succès complet de la grève générale patriotique du 5 juillet 1956.

Voilà pourquoi les travailleurs algériens ont salué la naissance de l’U.G.T.A., dont le développement continu est irresistible, comme l’expression de leur désir impatient de prendre une part plus active à la destruction du colonialisme, responsable du régime de misère, de chomage, d’émigration et d’indignité humaine.

Cette extension du sentiment national, en même temps que son passage à un niveau qualificatif plus élevé, n’a pas manqué de réduire, comme une peau de chagrin, la base de masse du P.C.A., déjà rétrécie par la perte des éléments européens hésitants et instables.

On assiste cependant à certaines initiatives émanant à titre individuel de certains communistes s’efforçant de s’infiltrer dans les rangs du F.L.N. et de l’A.L.N. II est possible qu’il s’agisse là de sursauts individuels pour retourner à une saine conception de la libération nationale.

II est certain que le P.C.A. essaiera dans l’avenir d’exploiter ces « placements “ dans le but de cacher son isolement total et son absence dans le combat historique de la Révolution algérienne.


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Le messalisme en déroute.

Posté par algeriedemocratie le 14 juillet 2009

- Le messalisme en déroute.

  Le M.N.A., en dépit de la démagogie et de la surenchère, n’a pas réussi à surmonter la crise mortelle du M.T.L.D. Il conservait une assise organique seulement en France du fait de la présence de Messali en exil, de l’ignorance totale des émigres de la réalite algérienne.

  C’est de là que partaient les mots d’ordres, les fonds et les hommes en vue de la création en Algérie de groupes armés ou de maquis dissidents, destinés non à la participation de la lutte contre l’ennemi exécré, le régime colonialiste, son armée et sa police, mais à créer des opérations de provocation et à saboter par le défaitisme, le désordre et l’assassinat, la Révolution algérienne et ses dirigeants militaires et politiques.

  L’activité sporadique et brève du M.N.A. s’était manifestée publiquement, dans les rares villes telle Alger, comme une secte contre-révolutionnaire dans des opérations de diversion et de division (campagne anti-mozabite), de gangstérisme (racket de commerçants), de confusion et de mensonges (Messali, soi-disant créateur et chef de l’Armée de Libération Nationale).

  Le messalisme a perdu sa valeur de courant politique. Il est devenu de plus en plus un état d’âme qui s’étiole chaque jour.

  Il est particulièrement significatif que les derniers admirateurs et défenseurs de Messali soient précisément les joumalistes et intellectuels proches de la présidence du gouvemement français. Ils prétendent dénoncer l’ingratitude du peuple algérien qui ne reconnaîtrait plus “ les mérites exceptionnels de Messali, le créateur, il y a trente ans, du nationalisme algérien “.

  La psychologie de Messali s’apparente à la conviction insensée du coq de la fable qui ne se contente pas de constater l’aurore, mais proclame “ qu’il fait lever le soleil “.

  Le nationalisme algérien dont Messali revendique effrontément l’initiative est un phénomène de caractère universel, résultat d’une évolution naturelle suivie par tous les peuples sortant de leur léthargie.

  Le soleil se lève sans que le coq y soit pour quelque chose, comme la Révolution algérienne triomphe sans que Messali y ait aucun mérite.

  Cette apologie du messalisme dans la presse française était un indice sérieux de la préparation psychologique d’un climat artificiel favorable à une manoeuvre de grande envergure contre la Révolution algérienne.

  C’est la division, arme classique du colonialisme.

  Le gouvernement français a tenté en vain d’opposer au F.L.N. des groupements modérés, voire même le groupe des “ 61”. Ne pouvant plus compter sur les Sayah ou Farès, le béni-oui-ouisme étant discrédité d’une façon définitive et sans retour, le colonialisme français espérait utiliser le chef du M.N.A. dans son ultime manoeuvre diabolique pour tenter de voler au peuple algérien sa victoire.

  Dans cette perspective, Messali représente, en raison de son orgueil et de son manque de scrupules, l’instrument parfait pour la politique impérialiste.

  Ce n’est donc pas par hasard que Jacques Soustelle pouvait affirmer en novembre 1955 au professeur Massignon: “ Messali est ma dernière carte. “

  Le ministre résidant Lacoste ne se gêne pas pour confier a la presse colonialiste algérienne sa satisfaction de voir le M.N.A. s’efforcer uniquement d’affaiblir Ie F.L.N.

  L’hebdomadaire socialiste “ Demain ”, dévoilant les divergences tactiques divisant les gouvernants français, pouvait écrire que certains ministres étaient disposés, pour empêcher le renforcement du F.L.N., à accorder à Messali sa liberté totale, “ le seul problème étant de protéger la vie du leader algérien “.

  Quand on se rappelle que Messali s’est livré à une violente attaque contre les pays arabes, ce qui ne peut que réjouir les Soustelle, Lacoste et Borgeaud, son déplacement d’Angoulême à Belle-Isle justifie la thèse du journal “ Demain “.

  Lorsque la vie de Messali est si précieuse pour le colonialisme français, faut-it s’étonner de le voir glisser vers la trahison consciente ?

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