L’homme et l’auteur par-delà le roman

Posté par algeriedemocratie le 15 mars 2012

L’homme et l’auteur par-delà le roman dans feraoun(16)

Cela fait maintenant un demi-siècle que Mouloud Feraoun est tombé sous les balles assassines de l’Organisation de l’armée secrète (OAS). Ce fut le 15 mars 1962, soit quatre jour avant l’entrée en vigueur du cessez-le-feu qui allait mettre fin à plus de sept ans d’une guerre atroce.

En se faisant un point d’honneur de commémorer régulièrement la disparition tragique de cet écrivain humaniste kabyle, notre journal a eu l’occasion de revenir ainsi sur sa vie, ses écrits littéraires, particulièrement les romans, et l’actualité relative à l’héritage feraounien (traduction en kabyle de ses œuvres, film biographique sur l’auteur, séminaires et journées d’études sur sa vie et son œuvre,…). A l’occasion de ce 50e anniversaire de la disparition de l’auteur du Fils du pauvre, nous proposons au lecteur un retour sur certains écrits et dits de Feraoun qui ne font pas partie de la fiction romanesque. Une partie de ces écrits constitue un segment intime de la création de l’écrivain du fait qu’il a été fixé dans les livres (comme Le Journal et Lettres à ses amis) ; d’autres obéissent sans doute à la tradition qui invite les écrivains à s’exprimer dans la presse, soit par le canal d’entretiens classiques (questions-réponses), soit par la moyen d’articles publiés dans les journaux et dont certains finissent pas être fixés dans un livre sous forme de recueil. Victor Hugo avec ses ‘’Choses vues’’, Le ‘’Journal’’ des Goncourt et celui de Jules Renard, sont des exemples d’un genre qui a fait florès dans l’histoire littéraire occidentale. De même, l’art épistolaire a connu de belles années de gloire aussi bien en Occident que dans d’autres contrées du monde. Ces deux moyens d’expression- journal et échanges de lettres- n’ont pas été abordés par Mouloud Feraoun d’une façon, disons, ‘’préméditée’’. Il n’avait pas l’intention de faire une carrière d’écrivain en réalisant un journal ou en écrivant du courrier à des amis ou des proches. L’on peut dire que la chose s’est presque imposée à lui, d’abord par les événements rapides et cruels qui le poussaient à remplir des feuilles dont il ne voyait pas tout de suite le destin, ensuite par l’insistance imparable de ses amis, à la tête desquels on retrouve Emmanuel Roblès, pour mettre au propres ses écrits et les envoyer à l’édition. La réticence de Feraoun n’est pas due à un manque d’ambition littéraire, mais, on serait tenté de penser que l’auteur du Fils du Pauvre a amplement trouvé sa voie dans le genre romanesque qui, manifestement, le comble par les éloges qui lui furent adressés par la critique littéraire et par les prix qu’il reçut à l’occasion de la publication de certains de ses ouvrages. Nonobstant cette façon de voir, Feraoun a réussi magistralement deux documents importants en écrivant Le Journal et Lettres à ses amis. Le premier ouvrage cité est le rassemblement des notes presque quotidiennes qu’il entreprit le premier novembre 1955 à 18h 30 (soit une année après le début de la guerre de Libération) et qui se termineront brusquement le 14 mars 1962, la veille de son assassinat.

Les journées du Journal

Dans la réédition du Journal en 1998 aux éditions ENAG de Réghaïa, Christiane Achour Chaulet écrit dans sa présentation : ‘’S’il est un texte de Mouloud Feraoun bien délicat à présenter, c’est bien celui du Journal. Texte vivant, écrit par bribes, par fragments, non remanié dans une structure de fiction qui construirait une cohérence, il heurte et bouscule ceux qui le lisent. Seul l’événement central est unificateur : c’est un journal sur la guerre, tout le reste passe au second plan (…) C’est une œuvre écrite sur le vif et qui tranche dans le vif. Le discours autobiographique qui, jusque-là, était voilé, biaisé, se donne à lire ‘’en direct’’, pourrait-on dire. ‘’Le Journal, ajoute-elle, est le texte d’un homme qui observe, meurtri et écartelé, son pays livré à la violence’’. Feraoun écrit lui-même qu’il est’’ un observateur attentif qui souffre toute la souffrance des hommes et cherche à voir clair dans un monde où la cruauté dispute la première place à la bêtise’’ (6 janvier 1957).’’Un peuple habitué à recevoir les coups, qui continue d’encaisser mais qui est las, las, au bord du désespoir (…) Il fait pitié le peuple de chez nous et j’ai honte de ma quiétude’’ (9 septembre 1956)’’ ; et Christiane Achour note que ‘’l’on est bien loin de l’image positive d’une littérature de propagande ou d’autres récits de vie d’acteurs de la lutte, d’un peuple en lutte par conviction et nécessité historique. Dans une page écrite le 12 janvier 1957, Feraoun fait une lecture du journal clandestin El Moudjahid publié par le FLN : « J’ai pu lire d’un bout à l’autre le numéro spécial du Moudjahid. J’ai été navré d’y retrouver pompeusement idiot, le style d’un certain hebdomadaire régional. Il y a dans ces trente pages beaucoup de foi et de désintéressement mais aussi beaucoup de démagogie, de prétention, un peu de naïveté et d’inquiétude. Si c’est là la crème du FLN, je ne me fait pas d’illusions, ils tireront les marrons du feu pour quelques gros bourgeois, quelques gros politiciens tapis mystérieusement dans leur courageux mutisme et qui attendent l’heure de la curée. Pauvres montagnards, pauvres étudiants, pauvres jeunes gens, vos ennemis de demains seront pires que ceux d’hier’’. Le 14 mars, veille de son assassinat, Feraoun écrit la page qui sera la dernière de son Journal et de sa vie : « A Alger, c’est la terreur. Les gens circulent tout de même et ceux qui doivent gagner leur vie ou tout simplement faire leurs commissions sont obligés de sortir et sortent sans trop savoir s’ils vont revenir ou tomber dans la rue. Nous en sommes tous là, les courageux et les lâches, au point que l’on se demande sous tous ces qualificatifs existent vraiment ou si ce ne sont pas des illusions sans véritable réalité. Non, on ne distingue plus les courageux des lâches. A moins que nous soyons tous, à force de vivre dans la peur, devenus insensibles et inconscients. Bien sûr, je ne veux pas mourir et je ne veux absolument pas que mes enfants meurent, mais je ne prends aucune précaution particulière en dehors de celles qui, depuis une quinzaine sont devenues des habitudes : limitation des sorties, courses pour acheter en ‘’gros’’, suppression des visites aux amis. Mais, chaque fois que l’un d’entre nous sort, il décrit au retour un attentat ou signale une victime ». L’édition du Seuil a annexé au Journal, juste après sa dernière page, une lettre écrite par le fils de Feraoun à l’ami de son père, Emmanuel Roblès, après la mort de l’écrivain. C’est une grande lacune dans l’édition algérienne ENAG qui devrait être comblée un jour par respect à la mémoire de Feraoun et par égard au lecteur à qui elle apportera des éléments d’informations précieux. Il y est, entre autres, écrit : « Mardi, vous avez écrit une lettre à mon père qu’il ne lira jamais…C’est affreux ! Mercredi soir nous avons- pour la première fois depuis que nous sommes à la villa Lung- longuement veillé avec mon père dans la cuisine, puis au salon. Nous avons évoqué toutes les écoles où il a exercé (…) C’était la dernière fois que je le voyais. Je l’ai entendu pour la dernière fois le matin à huit heures. J’étais au lit. Il a dit à maman :’’Laisse les enfants dormir.’’ Elle voulait nous réveiller pour nous envoyer à l’école. ‘’Chaque matin tu fais sortir trois hommes. Tu ne penses pas tout de même qu’ils te les rendront comme ça tous les jours !’’. Maman a craché sur le feu pour conjurer le mauvais sort. Vous voyez ! Le feu n’a rien fait. Papa est sorti seul et ils ne nous l’ont pas ‘’rendu’’. « Je lai vu à la morgue. Douze balles, aucune sur le visage. Il était beau, mon père, mais tout glacé et ne voulait regarder personne. Il y en avait une cinquantaine, comme lui,, sur les tables, sur les bancs, sur le sol, partout. On avait couché mon père au milieu, sur une table. A Tizi Hibel nous avons eu des ennuis avec l’autodéfense et l’armée française et nous avons dû nous sauver après l’enterrement. Il est enterré à l’entrée de Tizi Hibel, en face de la maison des Sœurs blanches. » Le Journal de Mouloud Feraoun reste un document essentiel sur la guerre de Libération et sur certains aspects de la vie de l’écrivain. C’est le témoignage d’un être tiraillé et profondément angoissé. « N’ai-je pas écrit tout ceci au jour le jour, selon mon état d’âme, mon humeur, selon les circonstances, l’atmosphère créée par l’événement et le retentissement qu’il a pu avoir dans mon cœur ? Et pourquoi ai-je ainsi écrit au fur et à mesure si ce n’est pour témoigner, pour clamer à la face du monde la souffrance et le malheur qui ont rôdé autour de moi ? Certes, j’ai été bien maladroit, bien téméraire, le jour où j’ai décidé d’écrire, mais autour de moi qui eût voulu le faire à ma place et aurais-je pu rester aveugle et sourd pour me taire et ne pas risquer d’étouffer à force de rentrer mon désespoir et ma colère ? Et maintenant que c’est fait, que tout est là, consigné, bon ou mauvais, vrai ou faux, maintenant que nous entrevoyons la fin du cauchemar, faudra-il garder tout ceci pour moi ?
(…)Je sais combien il est difficile d’être juste, je sais que la grandeur d’âme consiste à accepter l’injustice pour éviter soi-même d’être injuste, je connais, enfin, les vertus héroïques du silence. Bonnes gens, j’aurais pu mourir, depuis bientôt dix ans, dix fois j’ai pu détourner la menace, me mettre à l’abri pour continuer de regarder ceux qui meurent. Ceux qui ont souffert, ceux qui sont morts pourraient dire des choses et des choses. J’ai voulu timidement en dire un peu à leur place. Et ce que j’en dis, c’est de tout cœur, avec ce que je peux avoir de discernement et de conscience ». (17 août 1961).

Des amis et des lettres

Le second ouvrage qui a également une valeur documentaire certaine, c’est Lettres à ses amis, un ouvrage édité par Le Seuil en 1969, soit sept années après la mort de l’auteur, et qui rassemble une bonne partie de la correspondance que l’auteur entretenait avec ses amis. Ces lettres s’étalent de 1949 à 1962 et ne répondent à aucune périodicité particulière.
La réédition par l’ENAG de Réghaïa de Lettres à ses amis en 1998 est présentée par Christiane Achour Chaulet. ‘’Découvrir un écrivain de l’autre côté du miroir…de son écriture est un plaisir toujours renouvelé : celui que nous procure la correspondance rassemblée par Emmanuel Roblès et les éditions du Seuil dans le volume, publié pour la première fois en 1969, Lettres à ses amis. Aujourd’hui où la communication épistolaire a tendance à disparaître, la lecture de ces lettres rappelle la saveur des mots ancrés dans un moment et un lieu précis, encrés par l’écriture et fixant un geste, une pensée, une anecdote aurait transmis dans l’instant mais que la mémoire aurait oubliés. La lecture de ces lettres fait aussi partager le plaisir certain de celui qui les écrit : Feraoun tisse de son ‘’bled’’ des liens et des réseaux et s’il espace ses feuillets d’écriture et d’amitié, il sent l’isolement l’enserrer davantage (…) Par correspondance, Feraoun semble combattre cette solitude qui, bien souvent, lui pèse et qui influe sur son écriture’’. Lettres à ses amis nous révèle une partie importante de la personnalité de Feraoun, ce montagnard kabyle fière de ses origines, cet humaniste déchiré qui appelle les gens à plus de fraternité et ce père de famille simple et consciencieux. ’’Dans la correspondance, nous retrouvons aussi l’intervention incessante de la vie de tous les jours, des petits riens qui continuent même en pleine tragédie, même au cœur de la tragédie ; des petits riens aussi qui font la saveur des relations humaines ou familiales. Le style plus allusif de l’art épistolaire demande un effort d’information de la part du lecteur sur le contexte familial, amical, social et professionnel : treize années feraouniennes, treize années algériennes par lesquelles l’écrivain inaugure une notoriété littéraire jamais démentie depuis et confirme une pratique professionnelle qui est sa vie’’.

La presse : un prolongement de l’acte d’écrire ?

Au cours de sa carrière d’écrivain, Mouloud Feraoun a eu plusieurs entretiens avec des journalistes ou des écrivains illustres à l’image d’Albert Camus. Il a même un enregistrement à la télévision (ORTF) datant de la fin des années 50. Pour un homme de lettres, cela fait partie des activités ordinaires liées au métier tendant à susciter débats et controverses et allant, aussi, dans le sens de la promotion de sa propre production. Pour Mouloud Feraoun, l’entretien journalistique n’obéit pas à une simple formalité dictée par ‘’le marketing’’, pourtant nécessaire, ni à un ludique échange de questions/réponses. C’est plutôt la continuité, le prolongement de l’homme lucide, humble et humaniste qui s’était investi dans l’écriture, l’éducation des jeunes générations et la promotion des Centres Sociaux. Quatre jours avant le cessez-le-feu, il paya de sa vie sa générosité, son engagement humaniste et son honnêteté intellectuelle. Mouloud Feraoun a été un témoin privilégié d’un des conflits les plus sanglants du 20e siècle après les deux Guerres mondiales. Témoin ? Pas seulement. Dans la tourmente indescriptible où il n’y a pas que des héros et des traîtres, l’écrivain devient acteur même si, par des efforts surhumains, il essaie de casser les ressorts de cette dichotomie et de ce manichéisme réducteurs. Pour cela, il suffit de feuilleter le ‘’Journal’’ que Feraoun avait tenu entre 1955 et 1962 pour se rendre compte des déchirements et de la lucidité précoce du fils de Tizi Hibel.
L’environnement journalistique, à la périphérie de la littérature, qui régnait pendant la fin des années 40 et tout le long des années 50 était caractérisé par le réveil de la conscience européenne faisant suite à la déchéance des valeurs humaines et morales ayant marqué la Seconde Guerre mondiale. Les écrits et témoignages relatifs à cette période ont, en quelque sorte, balisé le champs intellectuel de ce que sera l’Europe pendant les décennies suivantes (Coexistence pacifique, Humanisme, lutte contre le révisionnisme en histoire,…).
Les grands auteurs ayant marqué ce bouillonnement médiatico-littéraire étaient, entre autres, Jean Paul Sartre, Albert Camus, André Malraux, Simone de Beauvoir, Raymond Aron, André Gide et François Mauriac. Mouloud Feraoun, écrivain ‘’indigène’’, instituteur du bled ayant décroché une place au soleil, ne fait pas partie évidemment de cet ‘’aréopage’’ même s’il est pétri des mêmes valeurs humanistes, laïques et républicaines que ces illustres hommes et femmes de lettres. Comme il l’exprime dans ses œuvres et dans ses entretiens, Feraoun traite de l’homme kabyle, de la Kabylie et de la kabylité en les inscrivant dans la grande épopée de l’humanité avec ses hauts et ses bas, ses joies et ses grisailles, ses imperfections et son élévation. Cette spécificité/universalité n’est pas familière des esprits engoncés dans la vie mondaine et les airs de villégiature. M.Mammeri s’adresse à Feraoun en ces termes :’’Mais, vieux frère, tu en as connu d’autres ; tu sais que pour aller à Ighil Nezman, de quelque côté qu’on les prenne, les chemins montent. Et puis après ? Tu sais aussi que les hauteurs se méritent. En haut des collines d’Adrar n nnif, on est plus prés du ciel.». Tahar Djaout dira de lui : «Malgré cette carrière brisée (par la mort), M.Feraoun restera pour les écrivains du Maghreb un aîné attachant et respecté, un de ceux qui ont ouvert à la littérature nord africaine l’aire internationale où elle ne tardera pas à inscrire ses lettres de noblesse. Durant la guerre implacable qui ensanglanta la terre d’Algérie, M.Feraoun a porté aux yeux du monde, à l’instar de Mammeri, Dib, Kateb et quelques autres, les profondes souffrances et les espoirs tenaces de son peuple. Parce que son témoignage a refusé d’être manichéiste, d’aucuns y ont vu un témoignage hésitant ou timoré. C’est, en réalité, un témoignage profondément humain et humaniste par son poids de sensibilité, de scepticisme et d’honnêteté. C’est pourquoi, cette œuvre généreuse et ironique inaugurée par ‘’Le Fils du pauvre’’ demeurera comme un sorte de balise sur la route tortueuse où la littérature maghrébine a arraché peu à peu le droit à la reconnaissance. C’est une œuvre de pionnier qu’on peut désormais relire et questionner».

Liberté et dignité humaine

Nous avons pu retrouver deux entretiens, séparés par 12 années d’intervalle, que Feraoun avait accordés au journal ‘’L’Effort algérien’’ du 27 février 1953 et à un numéro des ‘’Nouvelles littéraires’’ datant de 1961.
Dans un numéro de la revue ’Les Nouvelles littéraires’’ de 1961, Feraoun répond à la question :’’Quel est le problème de notre époque qui vous préoccupe le plus ?’’ «Le plus important, dit-il, paraît être celui de la liberté et de la dignité de l’homme qui suppose, pour être réglé, que soit réglé avant lui et en toute urgence le problème de la faim et de l’ignorance. Mais, singulièrement, la paix du monde est toujours troublée ou dangereusement menacée par ceux-là mêmes qui proclament chaque jour leur désir et leur intention de résoudre cet important problème de la liberté et de la dignité de l’homme »
A la question «La mort vous obsède-t-elle ?», Feraoun répond avec une déconcertante lucidité : «J’y pense quotidiennement ; elle ne m’obsède pas. L’obsession de la mort a inspiré de belles pages à Pascal sur le ‘’divertissement’’, mais un homme raisonnable n’a aucune inquiétude». ‘’J’ai 48 ans. J’ai vécu 20 ans de paix. Quelle paix ! 1920-1940. Et 28 ans de guerres mondiales, mécaniques, chimiques, racistes, génocides. Non, vraiment, on ne peut pas être optimiste sur l’avenir de l’humanité. On en arrive à penser constamment à la mort, à l’accepter dans sa nécessité objective. Encore un fois, il ne s’agit pas d’obsession».
Quel est le personnage historique que déteste le plus Feraoun ? Dans sa réponse, il ne désigne personne en particulier, mais il s’en prend à des catégories, à des vocations : « Les prophètes et leur fanatisme, les dictateurs et leur sectarisme, les politiciens et leurs mensonges».

Communiquer avec le prochain

En donnant son avis sur le roman, Feraoun estime que, pour lui, « le roman est l’instrument le plus complet mis à notre disposition pour communiquer avec le prochain. Son registre est sans limite et permet à l’homme de s’adresser aux autres hommes : de leur dire qu’il leur ressemble, qu’il les comprend et qu’il les aime. Rien n’est plus grand,, plus digne d’envie et d’estime que le romancier qui assume honnêtement, courageusement, douloureusement son rôle et parvient à entretenir entre le public et lui cette large communication que les autre genres littéraires ne peuvent établir (…) Le romancier, comme le poète et le peintre est digne d’envie. J’aime conter. J’ai peut-être du talent. Je voudrais bien me croire doué. Je n’en sais rien. Quoi qu’il en soit, j’ai beaucoup de choses à dire et tout le reste de ma vie pour cela. La somme d’efforts que mes ouvrages exigeront de moi sera toujours compensée par la joie que j’éprouverai à les écrire. J’écris donc d’abord pour moi. Mais, mon secret espoir est que cela touchera un jour quelqu’un ou beaucoup d’autres. Dans ‘’L’Effort algérien’’ du 27 février 1953, Feraoun parle de sa première expérience littéraire, de lui-même et de ses moments d’écriture : « J’ai écrit ‘’Le Fils du pauvre’’ pendant les années sombres de la guerre, à la lumière d’une lampe à pétrole. J’y ai mis le meilleur de mon être. Je suis très attaché à ce livre, d’abord je ne mangeais pas tous les jours à ma fin, alors qu’il sortait de ma plume ; ensuite parce qu’il m’a permis de prendre conscience de mes moyens. Le succès qu’il emporté m’a encouragé à écrire d’autres livres (…) Il faut ajouter ceci : l’idée m’est venue que je pourrais essayer de traduire l’âme kabyle. J’ai toujours habité la Kabylie. Il est bon que l’on sache que les Kabyles sont des hommes comme les autres. Et je crois, voyez-vous, que je suis bien placé pour le dire. Le domaine qui touche l’âme kabyle est très vaste. La difficulté est de l’exprimer le plus fidèlement possible. » Quand et comment Feraoun écrit-il, sachant qu’il est d’abord un fonctionnaire de l’enseignement ? «Je consacre ma journée à ma tâche professionnelle. J’écris mes livres la nuit et les jours de congé. Je noircis presque tous les jours de trois à quatre pages, sauf quand l’inspiration me fuit. Dans ce cas, je n’insiste pas. Je commence par établir une grossière ébauche du livre. Et c’est en écrivant que j’ordonne mon récit. En gros, je sais où je vais. Mais, au fur et à mesure qu’avance le travail, survient des scènes et des situations que je n’avais pas prévues.» Feraoun parle des livres qu’il aime lire : ’’J’ai beaucoup lu, et de tout. Je goûte les livres vraiment humains, ceux où l’écrivain a essayé d’interpréter l’homme dans toute sa plénitude. Car, l’homme n’est ni franchement bon, ni franchement mauvais. L’écrivain, voyez-vous, n’a pas le droit de parler des hommes à la légère». D’une probité exemplaire et d’une honnêteté intellectuelle rarement égalée, Mouloud Feraoun a été l’un de ceux qui ont placé la kabylité- dans son acception la plus large : honneur, honnêteté, vaillance, sagacité au cœur de leur création esthétique et qui ont porté un regard humain et lucide sur la société et les forces prométhéennes qui la travaillent. Enfin, en matière d’esthétique de l’écriture, il aura été une école que beaucoup d’autres écrivains du Maghreb ont essayé de faire leur.

Amar Naït Messaoud

source: dépêche de kabylie

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فرعون الكاتب والإنسا

Posté par algeriedemocratie le 24 août 2009

فرعون الكاتب والإنسان فرعون الكاتب والإنسان
 »إن مصرعه التراجيدي أصاب في صميم القلب كل الذين كانوا يكافحون في سبيل التقاء الناس ذوي الإرادة الطيبة··· »·
جون ديجو
قبل أربعة أيام من توقيع اتفاقيات إيفيان التي وضعت حدا نهائيا للحرب الملتهبة في الجزائر، وبالضبط في 15 مارس ,1962 حاصر كوموندوس مكوّن من ستة إرهابيين مقر المراكز الاجتماعية بالأبيار، ثم أخرج بطريقة عسكرية ستة أشخاص (ثلاثة جزائريين وثلاثة أوروبيين) وأمرهم بالوقوف إلى الحائط، قبل أن يفرغ رصاص رشاشته في أجسادهم البريئة· وكان آخر من سقط مولود فرعون، بعد أن اخترقته اثنتا عشرة رصاصة وكانت الجريمة موصوفة تحمل توقيعا واضحا: المنظمة الإرهابية السرية O.A.S·· هكذا انطفأت حياة مولود فرعون، ولم يكتب له أن يشهد استقلال بلاده، ودفن عشية وقف إطلاق النار·
وقد أثار هذا الاغتيال الغادر والجبان استياء كبيرا في أوساط الرأي العام الجزائري والأوروبي، إذ لم يكن أحد يتوقع لمولود فرعون أن ينتهي هذه النهاية البشعة· لأن فرعون، إضافة إلى كونه كاتبا مشهورا، كان  »إنسانا أبيا ومتواضعا وطيبا، لم يسئ لأحد أبدا، وكرّس حياته للصالح العام » (جرمان تيليون)، وكان صاحب  »استقامة صارمة » (جيل روا)، ومعلما  »هادئا شديد التعلق بالنزعة الإنسانية··· يؤمن إيمانا راسخا بالتقارب بين الشعوب عن طريق الثقافة » (ألبير ميمي) وكان  »كريما وحذرا » (الخطيبي)،  »يشهر إيمانه في الإنسان رغم جنون الرجال· وكان يتحدى العبث بالصلابة »(إيدوارد غيتون)·
من الصعب، حقا، الفصل بين فرعون الأديب وفرعون الإنسان· فقد كانت رؤيته الفنية وثيقة الارتباط بموقفه كإنسان وكمواطن· وكان الجامع بينهما هو الصدق والنزاهة· وإذا كان الصدق الفني في مؤلفات فرعون مسألة لا يرقى إليها شك، ويحسب له لا عليه، فإن مواقفه السياسية والاجتماعية أثارت في حينها، ومازالت تثير إلى اليوم، جدلا لا ينتهي· وإن كان عامل الزمن قد تكفل بالبرهنة على أن مولود فرعون كان بعيد البصيرة، وإنه لم يكن مخطئا تماما في الكثير مما قاله، وما اعترف به·
كان مولود فرعون ينبذ العنف مهما كانت مبرراته، ولم يكن في البداية ينظر إلى الاستقلال الوطني كهدف حتمي لنضال الشعب من أجل كرامته وحريته· إلا أنه كان يدرك، في الوقت نفسه، تفاقم أزمة النظام الاستعماري· ومذكراته خير دليل على ذلك· هذه المذكرات هي في نفس الوقت، شهادة نزيهة ونبيلة على تردده وحيرته لأنها تقدم لنا شكوكه المؤلمة، ورؤيته الخاصة للأحداث العنيفة التي هزت وطنه في ذلك العهد من المحن القاسية· هي صرخة ضمير حي ومتألم، يرفض تبرير الأهداف والوسائل المرتبطة بالعنف وإراقة الدماء، ولا يتقبل موت الأبرياء في سبيل قضية ما، حتى ولو كانت هذه القضية عادلة·
إن مفهوم الحرب العادلة عند فرعون مفهوم معاد لجوهر الإنسان·
في أوج الثورة الجزائرية، شغل فرعون منصب مستشار بلدي· وبهذه الصفة كان من مستقبلي فرنسوا ميتران، وزير الداخلية آنذاك· وقاما معا بجولة في بعض بلديات القبائل وقراها· كما كان فرعون على اتصال بالمجاهدين· وحين انتقل إلى الجزائر العاصمة، اتصل بالحزب الاشتراكي الجزائري، ثم انضم إلى فيدرالية الليبراليين، التي كانت تطالب بإلغاء النظام الاستعماري، وتدعو إلى الحوار بين المتحاربين من أجل وضع حد للنزاع المسلح· في سنة 1957 نشر الكاتب روايته الثالثة  »الدروب الصاعدة » التي أثارت استياء العديد من المثقفين، لأنها صدرت في وقت غير ملائم· وقد انتقده بعنف الكاتب ماشينو في المجلة المغربية  »الديمقراطية » بقوله:  »في الوقت الذي يقوم فيه المثقف الجزائري بالثورة إلى جانب رفقائه، يكتب مفكر القرية الصغير يومياته  »الدروب الصاعدة »· كلا إنها دروب منزلقة!··· منزلقة بتوءدة نحو الهاوية···؟ »· وقد شعر فرعون بهذه الهاوية، واعترف بتسرعه وخشيته أن يبدو في أعين مواطنيه، الذين يتعذبون ويكافحون، جبانا يخاف انتظار الحقيقة· كتب عنه صديقه الأديب جون بليغري  »إنه حتى النهاية لم يتقبل الحرب، ولم يتخط بغضه لها، وكان يتطلع دوما إلى الحوار فقط، وإلى التقاء الناس من ذوي الإرادة الطيبة، وإلى الأخوة الإنسانية »·
وفي تلك الفترة بدأ فرعون يتلقى رسائل مجهولة تهدده بالموت· ولم يكن يخشى ذلك، كان يقرأها بكل شجاعة وإباء· ونرى ذلك جليا فيما كتبه في جانفي 1957:  »أعترف أنني ربما مت اليوم، أو أعدمت غدا· وأعرف أنني أنتمي إلى شعب عزيز النفس عظيم· وأعرف أنه الآن ينفض دهرا كاملا من السبات، أغرقته فيه هزيمة غير مستحقة· لكن لا شيء اليوم يعيده إليه »· وكانت هذه الكلمات بمثابة رؤية تنبؤية· فبعد خمس سنوات، وبالضبط في 15 مارس ,1962 واجه مولود فرعون الموت بإباء وشهامة، وهو مسند إلى جدار· وفي 05 جويلية سطع نور الاستقلال على الجزائ

source:el khabar hebdo

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“Fils du pauvre’’

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

La réédition de la traduction du “Fils du pauvre’’ aux Editions L’Odyssée de Tizi Ouzou est une occasion pour nous de replonger dans cet univers magique, un univers d’extase et de paradoxes qui fait que l’on reste muet devant la beauté de l’acte de création littéraire en kabyle.

Pour avoir goulûment bu les paroles de Féraoun ainsi reconstituées dans sa langue natale, l’entreprise nous paraît d’une prouesse et d’un talent peu ordinaires. Moussa Ould Taleb, handicapé-moteur originaire d’Agouni n’Teslent (commune de Ain El Hammam), mort le 4 février 2007 à l’âge de 50 ans, était un passionné du texte féraounien. A la lecture de la traduction du “Fils du pauvre’’ qu’il a fait publier en première édition au HCA en 2004, on a le sentiment que l’auteur venait de se libérer d’une tâche historique qu’il s’était assignée. En tout cas, l’effort a été récompensé par un accueil enthousiaste d’un public assoiffé simplement de lire et se lire dans sa langue maternelle. Que de chemin parcouru depuis que Belaïd Aït Ali, à la fin des années 40, montra qu’il était non seulement possible d’écrire des textes littéraires en kabyle mais également que c’était une voie à privilégier dans les œuvres de l’esprit chez les écrivains kabylophones ! Qu’est-ce que la littérature et les arts sinon la substantifique moelle de la culture d’une nation ou d’une société ? L’âme de la littérature kabyle ancienne est sans aucun doute la poésie orale chantée par la plèbe et les princes, les roturiers et les nobles dans un commun anonymat de l’histoire. Elle est aussi dite par des bardes et des ménestrels qui ont souvent involontairement laissé leur nom cheminer jusqu’à la génération de l’Internet et du téléphone portable. On a souvent cantonné l’héritage littéraire kabyle au seul fait poétique. Or, un legs d’une importance primordiale meuble aussi le champ littéraire kabyle : il s’agit du conte qui a constitué tout au long de l’histoire tumultueuse des Berbères le seul support prouvé du texte en prose. Le conte montre et démontre la capacité narrative d’une langue. C’est le lieu idéal où se déroulent le discours descriptif, les scènes de dialogue et les séquences d’action. C’est en quelque sorte “l’explosion’’ de la vie domestique dans une catégorie littéraire qui, sous d’autres cieux, a évolué en narration moderne avec les canons qui l’ont conduite en roman et nouvelle.

Un parcours et des écueils

Les premières tentatives d’écrire de la prose en kabyle après l’Indépendance ont subi le sort réservé généralement à toute manifestation culturelle berbère, à savoir la clandestinité et même la répression. C’est ainsi que des revues clandestines comme “Tafsut’’ en Algérie et “Tisuraf’’ dans les milieux de l’émigration en France ont pu amasser un certain nombre de textes kabyles de qualités littéraires diverses. D’autres textes circulaient sous cape en format polycopié comme certaines pièces de Mohya. Quoiqu’il en soit, les textes du cru étaient rares ; il s’agissait souvent de traduction de textes de la grande littérature européenne classique ou moderne. Ce n’est qu’un peu plus tard, après le Printemps berbère de 1980, que des tentatives sérieuses furent lancées avec “Faffa’’ de Rachid Alliche, “Askuti’’ de S. Sadi,…etc.
L’établissement des règles d’écriture (style, syntaxe propre au roman, néologismes,…se faisait pour ainsi dire dans le tas puisqu’aucune instance pédagogique ou académique n’existait pour produire des règles ou des canons en la matière, mais la volonté de dire le monde moderne en kabyle a dépassé toutes les considérations qu’on pourrait classer dans les retards ou “insuffisances’’ de la langue.

En kabyle dans le texte

Dans cette entreprise de réhabilitation de la langue berbère en général et du kabyle en particulier qui mieux que l’œuvre de Mouloud Féraoun se prête à l’exercice de traduction ? Certains parlent même de travail de restitution tant le texte de Fouroulou “respire’’ partout la Kabylie mais aussi la langue kabyle. Les lecteurs kabyles du “Fils du pauvre’’ ou des “chemins qui montent’’ se retrouvent aisément non seulement en raison des scènes et tableaux familiers auxquels ils ont affaire mais également en raison d’une langue française au travers de laquelle défile en filigrane la langue kabyle : formules consacrées, locutions idiomatiques tirées du terroir et d’autres repères linguistiques jettent des ponts entre deux cultures à la manière de l’écrivain lui-même situé- dans un évident déchirement- à la jonction de deux mondes, deux civilisations dont il a voulu être le lien solidaire. Cette fidèle dualité lui a valu non seulement des inimitiés mais aussi fatalement l’irréparable verdict de l’extrémisme ayant conduit à l’assassinat de l’écrivain humaniste.

Presque tous les jeunes kabyles amateurs de traductions ont commencé par les textes de Féraoun. Dans leur penchant naturel à rendre Feraoun dans sa langue maternelle, ils ne se sont pas encombrés de cours de traductologie ni de la thèse académique qui dit : “Traduire, c’est trahir’’. Le travail accompli par Moussa Ould Taleb en traduisant en kabyle un des piliers de la littérature algérienne de langue française a le grand mérite d’ouvrir la voie vers cette “restitution’’ légitime de l’univers de Féraoun, Mammeri, Ouary et – pourquoi pas !- de Dib et Kateb. Édité en 2004 pour la première fois par le Haut Commissariat à l’Amazighité, l’ouvrage de Ould Taleb portant le titre “Mmis n igellil’’ (Le Fils du pauvre) est présenté dans une “Tazwert’’ par Youcef Merahi du HCA. La réédition di livre chez L’Odyssée de Tizi Ouzou démontre, si besoin est, que la demande en la matière est étendue. Les besoins de lecture en tamazight sont immenses, particulièrement à l’école où la qualité littéraire (style, syntaxe, esthétique générale) demeure une exigence pédagogique. On peut largement admettre comme percutante la traduction dès le moment où la simplicité et la rigueur ont visiblement présidé à cette entreprise. Il s’agit de taqbaylit timserreht (kabyle courant) avec une “dose’’ gérable et acceptable de néologismes. Beaucoup de “traducteurs’’ sont tombés dans le travers de l’emploi excessif de mots nouveaux tirés d’un lexique en cours de création.

Au moment où la langue berbère voit ses importance s’accroître dans l’institution scolaire et au moment où les supports technologiques de la culture modernes (télévision, multimédia,…) commencent à prendre en charge la Culture et la langue berbères, la production de textes comme celui de Moussa Ould Taleb revêt un caractère stratégique. Il s’agira de fournir à l’école un support narratif de qualité en langue berbère, un domaine très déficitaire jusque-là, et de “meubler’’ les instances de créations audiovisuelles en produits littéraires de fiction.

En tous cas, l’auteur de la traduction n’aura pas usurpé les encouragements qui lui ont été ou qui lui seront adressés. Son mérite est d’autant plus grand que son travail atterrit dans notre sphère culturelle dans un moment de vacuité effrayante où la question culturelle est devenue objet de calculs malsains et de positionnements idéologiques de stériles chapelles.

“Mmis n igellil’’- Traduction de Moussa Ould Taleb
Editions de l’Odyssée- Tizi Ouzou- 2005
Amar Naït Messaoud
Source : La dépêche de Kabylie

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Amitié (Feraoun – Monnoyer)3 par Mehenni Akbal

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Amitié (Feraoun – Monnoyer)3 par Mehenni Akbal

 

Adieu de Maurice Monnoyer à Mouloud Feraoun :

(Nord Eclair du 17 mars 1962)

 

 

 

Un de nos collaborateurs, Maurice Monnoyer, qui a longtemps vécu en Algérie, et qui était lié d’amitié avec l’écrivain kabyle Mouloud Feraoun, assassiné jeudi par l’O.A.S avec cinq collègues européens et musulmans des Centres Sociaux a écrit ces quelques lignes qui viennent du cœur…

 

 

″Je n’arrive pas à y croire, Mouloud. C’est trop atroce. Comment le pourrais-je ? J’ai sur ma table tes lettres émouvantes, j’ai dans mon coeur le souvenir d’un homme bon, droit, amical. Tu aimais la vie, tu étais courageux, tu travaillais de toute ton âme à construire une Algérie fraternelle.

 

C’est cela peut-être qu’ « ils » te reprochaient, Mouloud. Tu étais de la race des bâtisseurs. Et c’est une race terriblement gênante pour ceux qui ne cherchent qu’à détruire et à tuer.

 

Tu m’écrivais, il n’y a pas si longtemps : « Les temps qui courent sont bien durs. Il reste l’amitié. Que, du moins, elle soit notre recours ».

 

Je pense à tous ceux qui, aujourd’hui, te pleurent, en Algérie et en France. À Emmanuel Roblès, bien sûr, qui fit éclore l’écrivain dans le petit instituteur kabyle. Mais aussi à Jean Amrouche, Gabriel Audisio, Paul-André Lesort et combien d’autres qui ont eu le privilège de ton amitié. Je pense encore aux milliers de lecteurs du Fils du pauvre et de La Terre et le sang, ces romans admirablement écrits; qui vivront aussi longtemps que l’Algérie.

 

Pour moi, Mouloud, tu es par excellence celui qui a su, sans compromission, demeurer fidèle à sa terre natale – la Kabylie – et à l’amitié franco-algérienne.

 

Il a suffi d’une rafale de mitraillette pour t’arracher à notre monde déchiré. Mais tu demeures parmi nous. Nous avons tes livres pour retrouver ton idéal : la réconciliation entre les deux communautés algériennes. Ils nous aideront à bâtir la paix que tu as tant désirée.

 

Adieu Mouloud Feraoun″

 

 

 

 

 

 

AKBAL-Mehenni_Histoire-Amitie.jpgMehenni Akbal

Mouloud Feraoun – Maurice Monnoyer

Histoire d’une amitié

EDITIONS EL-AMEL

 

Pages73 et 74

source:timkardhit.hautetfort.com

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Amitié (Feraoun – Monnoyer)2 par Mehenni Akbal

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Amitié (Feraoun – Monnoyer)2 par Mehenni Akbal

 

Lettre de Mouloud Feraoun à Maurice Monnoyer

 

 

″Jeudi, 19 février 1953

 

Cher monsieur,

 

Voici une page (de La Terre et le sang publiée dans L’Effort algérien du 27 février 1953) qui, je l’espère, conviendra à L’Effort. Ce n’est pas le passage humoristique que vous attendez – vraiment trop long, 5 ou 6 pages – mais une page triste de la fin du roman. Je m’en excuse. J’ai du travail par-dessus la tête : travail administratif, correspondance, préparation de ma classe. J’ai trouvé deux lettres de revues me demandant des papiers…

 

J’ai rapporté une excellente impression de ma visite et je suis très à l’aise pour vous donner quelques précisions sur ce que vous aurez à dire dans le journal. Là encore je sais que vous ne m’en voudrez pas.

 

Notre entrevue comprend deux parties distinctes :

1 – Une interview – je n’ai pas le dictionnaire sous la main – au cours de laquelle vous avez pris des notes et destinée au public.

 

2 – Un entretien amical entre confrères qui nous regarde tous deux. Exclusivement. Voilà. D’ailleurs la chose était convenue.

 

3 – Ma fille proteste avec toute sa ferme énergie et ne veut pas que les gens sachent comment elle s’appelle. Ma femme ne veut pas que les mêmes gens soient exactement renseignés sur notre passé et notre existence actuelle. Alors écourtez s’il vous plait. Les miens estiment que j’en ai trop dit dans Le Fils du pauvre. J’ai oublié de vous le dire. Il ne faut pas que je remette cela. Bon : directeur d’école à Fort-National, père de six enfants, a toujours vécu dans son bled et exercé dans différents postes de Kabylie. N’est-ce pas suffisant ?

 

4 — Il faudra aussi souligner que si Le Fils du Pauvre et son succès m’ont encouragé à écrire, il y a quelqu’un qui m’a tout le temps tarabusté, qui m’a mis la plume entre les pattes, c’est mon ami Roblès. Chaque fois : « où en es-tu ? », « travaille sec », « j’attends ton roman », etc. Il est venu à plusieurs reprises me relancer à Taourirt et pour sa voiture ce fut chaque fois une expédition.

Dites bien que pour lui l’amitié n’est pas un vain mot. Et aussi que je le connais depuis 20 ans.

 

La visite chez Adreit a été charmante et il a eu l’amabilité de m’offrir le dessin, vous voudrez bien me l’envoyer. Et maintenant, il ne me reste plus qu’à vous remercier.

 

Bien cordialement à vous.″

 

 

AKBAL-Mehenni_Histoire-Amitie.jpgMehenni Akbal

Mouloud Feraoun – Maurice Monnoyer

Histoire d’une amitié

EDITIONS EL-AMEL

 

Pages 57 et 58

source:timkardhit.hautetfort.com

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Mouloud Feraoun, une voix par-delà les montagnes

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Mouloud Feraoun, une voix par-delà les montagnes

dimanche 9 décembre 2007, par rezki

Romancier, enseignant, l’un des premiers auteurs à collecter les poèmes kabyles de Si Mohand, Mouloud Feraoun est un témoin lucide et précis de son temps et un visionnaire. Dans son journal, Feraoun dénonce l’oppression coloniale et annonce déjà les « ennemis de demain », c’est à dire les nouveaux maîtres de l’Algérie indépendante. L’association de culture berbère de Paris a organisé un colloque autour des héritages de Mouloud Feraoun, dont nous racontons ici quelques aspects.


Le 15 juin 1962, un commando de l’OAS, une organisation terroriste opposée à l’indépendance de l’Algérie abat six membres d’un centre social à Alger. Parmi eux figure Mouloud Feraoun, un écrivain au sommet de son art, auteur de romans en français, collecteur de poèmes en kabyle, enseignant et observateur lucide de son époque. Lors du colloque Les héirtages de Mouloud Feraoun, le premier intervenant revient sur cet assassinat. Michel Lombard, vice-président de l’Association des amis de Max Marchand évoque les liens qui unissent Feraoun et ceux avec qui il a trouvé la mort. Dans le groupe figurent des Algériens et des pieds noirs tous engagés dans une même cause algérienne.

(JPG)

Témoin de son temps, Feraoun est aussi « l’un des fondateurs de la littérature algérienne » selon Nourredine Saadi, écrivain et chercheur. Comme ses romans ont pour thème la Kabylie, on a parfois injustement considéré cet auteur comme « régionaliste ». Personne n’oserait faire ce genre de procès d’intention à Giono, à Faulkner et à Steinbeck qui ont pourtant placé leur oeuvre dans un territoire de prédilection.

Tizi Hibel, « creuset de l’oeuvre » de Feraoun

Dans les textes de Feraoun, le lieu de référence, c’est le village où il est né en 1913. « Il a donné une dimension universelle à Tizi Hibel » déclare Mohand Dahmous, de l’association fondée ici en France par les habitants. Quand une personne ne connaît pas cette localité, les habitants répondent que c’est le « village de Mouloud Feraoun ». D’autres Kabyles de renom y sont nés, comme la chanteuse Malika Domrane, l’auteur Fatma Nat Mansour (mère de Jean et Taos Amroueche), et plus récemment Guermah Massinissa, le jeune lycéen dont l’assassinat par les gendarmes a provoqué les émeutes kabyles de 2001.
Tizi Hibel, dont le nom est étroitement associé de Mouloud Feraoun est également le « creuset de son oeuvre » comme le dit Mohand Dahmous.

Le FLN : « vos ennemis de demain »

Le Journal de Feraoun constitue un document d’une grande précision sur la guerre d’Algérie. Sur les conseils de son ami, l’écrivain Emmanuel Roblès, Feraoun note scrupuleusement les événements et ses réflexions. Denise Brahimi a centré son intervention sur cette oeuvre. Témoin de l’insurrection algérienne, Feraoun observe les rapports entre la population algérienne et les maqusards, les « terroristes » comme on les appelait alors officiellement. C’est d’abord l’adhésion : la population soutient d’elle-même le combat pour se libérer de la colonisation. Mais visiblement, les choses évoluent. On passe à un rapport de forces, les insurgés tentent de s’assurer d’un soutien sans faille, quitte à menacer et à tuer, pour l’exemple. Témoin des exactions du FLN (Font de libération nationale), Feraoun réagit aussi à la propagande, notamment celle d’un article d’El Moudjahid :
« Si c’est là la crème du F.L.N., je ne me fais pas d’illusions, ils tireront les marrons du feu pour quelques gros bourgeois, quelques gros politiciens tapis mystérieusement dans leurs courageux mutisme et qui attendent l’heure de la curée. Pauvres montagnards, … pauvres jeunes gens, vos ennemis de demain seront pires que ceux d’hier. »
Celui qui parle ainsi souhaite l’indépendance de toutes ses forces, mais il sait aussi qu’il ne s’agit que d’une étape. A court terme, Feraoun est pessimiste, il n’attend rien de bon des dirigeants algériens. Mais il sait qu’un jour viendra où ce « peuple digne » recevra l’hommage tant mérité. Pour Denise Brahimi, il n’y a pas de contradictions chez Feraoun, « c’est la réalité de l’époque qui évolue et qui est contradictoire ».

La pulsion des origines

D’autres intervenants prennent la parole, notamment l’auteur Nabil Farès, qui fait l’éloge de la « pulsion de l’origine », cette force qui pousse les êtes à transmettre et donc à vivre. Selon Farès, la colonisation a causé une dépossession qui s’est poursuivie avec l’indépendance, une dépossession culturelle. Le public écoute religieusement l’intervenant, qui se met à raconter un conte kabyle, celui de Uccen (le chacal) et de Inisi (le hérisson).
Un peu plus tard, colloque a été l’occasion d’écouter des textes de Feraoun lus par le metteur en scène Belkacem Tatem, par le comédien Moussa Lebikiri et la chanteuse Malika Domrane. Le chanteur Idir, quand à lui n’est pas venu au colloque.
Dans le public, quelques personnalités : Naida Matoub (veuve du chanteur Lounès Matoub), le chanteur Yuba ou encore Hocine Benhamza, auteur de l’Algérie assassinée.

source:rezki.net

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Amitié (Feraoun – Monnoyer)1 par Mehenni Akbal

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Amitié (Feraoun – Monnoyer)1 par Mehenni Akbal

Mouloud Feraoun — Maurice Monnoyer : Histoire d’une amitié

″C’est par son Journaliste en Algérie ou l’histoire d’une utopie, édité, en 2001 chez L’Harmattan, avec une préface du Professeur Guy Dugas, que j’ai connu Maurice Monnoyer. Intéressant récit-témoignage à faire figurer parmi les ouvrages relatifs à l’histoire de la presse et du journalisme en Algérie durant la période coloniale. En 2007, je l’avais contacté pour la première fois, par courriel, en lui adressant un essai sur Mouloud Feraoun pour une éventuelle préface. Une quinzaine de jours après, il s’était empressé de la rédiger et de me l’envoyer accompagnée de quelques recommandations et corrections à apporter sur mon texte. Un texte dont j’ai abandonné le projet de publication quand je m’étais rendu compte, après sa relecture, qu’il était parsemé d’imperfections et de maladresses.
En marge d’un séjour scientifique en France, effectué en mars dernier, je suis parti à sa rencontre. En descendant du TGV qui me transportait de Paris, je découvre, à la gare Saint-Roch de Montpellier, un homme chaleureux, courtois et affable qui parait avoir une bonne vingtaine d’années de moins tant il est bien conservé et jouit de toutes ses facultés motrices et intellectuelles.
A ses côtés, j’ai passé dans sa résidence une journée inoubliable. Du haut de ses 89 ans, je l’ai écouté, avec un grand bonheur et un immense plaisir, parler, non sans franchise, spontanéité et sincérité, de son enfance, de sa jeunesse, de son emprisonnement en qualité de soldat de l’armée belge par les Allemands durant la 2e Guerre mondiale, de sa carrière de journaliste, de l’amour qu’il porte pour l’Algérie et son peuple, de l’amitié qu’il a entretenue avec les célèbres écrivains Algériens Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri et Mohammed Dib.
L’idée de ce livre, qui serait, je l’espère, d’un apport documentaire pour les chercheurs et universitaires, voire pour le grand public, est née de cette rencontre. Dans ce volume, on l’aura compris, se trouvent réunis, avec l’aimable autorisation de Maurice Monnoyer, des textes peu connus et inédits sur et de Mouloud Feraoun.″

Alger, le 18 avril 2009
Mehenni Akbal,
Maître de conférences à l’université d’Alger.

AKBAL-Mehenni_Histoire-Amitie.jpgMehenni Akbal
Mouloud Feraoun – Maurice Monnoyer
Histoire d’une amitié
EDITIONS EL-AMEL

Extrait : pages 9 et 10

source:timkardhit.hautetfort.com

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Mouloud Feraoun sera encore à l’honneur en octobre 2009

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Mouloud Feraoun

Mouloud Feraoun sera encore à l’honneur en octobre 2009 à 21-Plombieres, dans une journée sur les centres sociaux en Algérie.

 

 

la Maison de la Méditerranée, a organisé une soirée autour de cet écrivain pendant la semaine de « Grésilles en fête » de juin 2006

 

Mouloud Feraoun sera encore à l'honneur en octobre 2009 dans feraoun(16) feraoun

Par des projections, lectures et témoignages, la soirée nous a fait échanger sur Mouloud Feraoun et l’école, Mouloud Feraoun sur les deux rives de la Méditerranée, Mouloud Feraoun et la paix, Mouloud Feraoun l’écrivain.

Un mot sur Mouloud Feraoun, l’écrivain

«Mouloud Feraoun était un écrivain de grande race, un homme fier et modeste à la fois, mais quand je pense à lui, le premier mot qui me vient aux lèvres c’est le mot : bonté… C’était un vieil ami qui ne passait jamais à Paris sans venir me voir. J’aimais sa conversation passionnante, pleine d’humour, d’images, toujours au plus près du réel mais à l’intérieur de chaque événement décrit il y avait toujours comme une petite lampe qui brillait tout doucement : son amour de la vie, des êtres, son refus de croire à la totale méchanceté des hommes et du destin. Certes, il souffrait plus que quiconque de cette guerre fratricide, certes, il était inquiet pour ses six enfants mais, dans les jours les plus noirs, il continuait à espérer que le bon sens serait finalement plus fort que la bêtise… Et la bêtise, la féroce bêtise l’a tué. Non pas tué : assassiné. Froidement, délibérément ! …» (Germaine Tillion, 18 mars 1962)

Le 15 Mars 1962, Mouloud Feraoun ainsi que Robert Eymard, Marcel Basset, Ali Hammoutene, Max Marchand et Salah Ould Aoudia ont été méthodiquement assassinés par un commando Delta de l’O.A.S. Ils étaient six, Algériens et Français mêlés. Tous inspecteurs de l’éducation nationale, réunis le 15 mars 1962, trois jours avant la signature des accords d’Evian, à Château-Royal dans le quartier d’El Biar, près d’Alger. Le commando, semble-t-il sous les ordres de l’ex-lieutenant De Gueldre, les déchiqueta à l’arme automatique, ce jour-là, comme des chiens, dos au mur, pour qu’un dernier espoir s’éteigne. (Jean-Pierre Rioux)

Ses engagements

Mouloud Feraoun avait une passion commune avec les cinq autres personnes assassinées ce jour là : le sauvetage de l’enfance algérienne ; car c’était cela leur objectif, l’objectif des Centres Sociaux : permettre à un pays dans son ensemble, et grâce à sa jeunesse, de rattraper les retards techniques qu’on appelle « sous-développement ».

Apprendre à lire et à écrire à des enfants, donner un métier à des adultes, soigner des malades ; ce sont des choses si utiles qu’elles en paraissent banales : on fait cela partout, ou tout du moins, on a envie de le faire. [...] Et c’était de quoi s’entretenaient ces six hommes, à 10 heures du matin, le 15 mars 1962 … (Germaine Tillion)

Les autres assassinés

Max Marchand : Responsable du groupe d’inspecteurs assassinés. C’était un Normand passionné d’Algérie, Oranais d’adoption. Une de ses œuvres les plus émouvantes fut le «livre d’Histoire parallèle» Histoire de France et d’Algérie, cours élémentaire et moyen 1ère année, Librairie Hachette, 1950, qu’il rédigea avec A. Bonnefin.

Le fils de Salah Ould Aoudia, Jean-Philippe Ould Aoudia, a publié, une enquête sur l’assassinat de Château-Royal (éditions Tiresias). Il enquête minutieusement, recoupe les documents, vomit les clauses des amnisties successives qui rendent le crime innommable et font taire les proches des victimes. Il n’a qu’un but : traquer les assassins de son père à El Biar, relire cette tuerie planifiée, établir les complicités en hauts lieux, pointer du doigt les inconscients et les aveugles, reconstituer l’atmosphère d’affolement à Alger au printemps de 1962, qui laissait proliférer l’exécution à la raflette entre deux anisettes et l’attentat méthodique des commandos surentraînés. (d’après Jean-Pierre Rioux, Le Monde du 20 mars 1992)

Une association pour ne pas oublier : l’Association des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs Compagnons, 48, rue la Bruyère 75440 PARIS Cedex

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Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang


Retour au pays natal :

L’impossible réconciliation avec la mère

Par Ali Chibani

 

 


 Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang dans feraoun(16) Mouloud-Feraoun-La-Terre-et-le-Sang Dans La Terre et le Sang, Amer-ou-Kaci a quitté très jeune sa Kabylie natale pour aller travailler dans les mines françaises. Arrivé en pays d’exil, il décide de ne plus revenir dans son village et oublie ses parents dont il est le fils unique. Pour eux, celui qui est parti travailler pour préserver leurs derniers jours du dénuement n’est plus qu’« un enjeu perdu ». Quelques années plus tard, il revient dans son village. Son père est décédé ; sa mère a connu la famine et le froid mais a vécu dignement de son travail.

Le retour d’Amer en Kabylie veut rompre avec l’expérience ratée de l’exil. Ce retour s’avère être un mauvais choix car, désormais, il doit payer sa dette. En France, dans les mines du Nord, Amer tue accidentellement son oncle Rabah dont la famille fait semblant de pardonner au cousin son crime involontaire et sa trahison, à l’exception de l’oncle Slimane – frère du défunt – pour qui le retour de l’exilé est inespéré.

            Fidèle à la linéarité et au réalisme de ses récits, Mouloud Feraoun construit son roman autour des isotopies de la « terre » et du « sang ». Amer a rompu le lien ombilical avec sa terre et a laissé s’échapper son sang. Il doit maintenant les reconquérir. À son insu, il se coupera définitivement de la première et profanera encore une fois le second.

 

Histoire vraie

 

L’auteur insiste sur la réalité de son histoire. D’emblée, il annonce : « L’histoire qui va suivre a été réellement vécue dans un coin de Kabylie… » (p. 11). Il attire immédiatement après notre attention sur la banalité du lieu et des personnages qui y vivent. « Tout au plus, pourrait-on s’étonner que l’un d’entre eux soit une Parisienne. Comment supposé, en effet, qu’à Ighil-Nezman, puisse vivre cloîtrée une Française de Paris ? » Cela répond à la volonté de Mouloud Feraoun de dresser un portrait tendre mais véridique de ce qu’est son espace natal, la Kabylie. Au niveau diégétique, Ighil-Nezman est le chronotope (conditions spatiales et temporelles) qui met en image la destinée du récit :

 

Le village est assez laid, il faut en convenir. On doit l’imaginer plaqué au haut d’une colline, telle une grosse calotte blanchâtre et frangée d’un monceau de verdure. La route serpente avec mauvaise grâce avant d’y arriver. Elle part de la ville, cette route, et il faut deux heures pour la parcourir quand l’auto est solide. On roule d’abord sur un tronçon caillassé, bien entretenu, puis après, c’est fini : on change de commune. On s’engage, selon le temps, dans la poussière ou la boue, on monte, on monte, on zigzague follement au-dessus des précipices. On s’arrête pour souffler, on cale les roues, on remplit le réservoir. Puis on monte, on monte encore. Ordinairement, après avoir passé les virages dangereux et les ponts étroits, on arrive enfin. On fait une entrée bruyante et triomphale au village d’Ighil-Nezman. (p. 11)

 

La répétition du substantif « route », appuyé par l’adjectif démonstratif « cette », donne à cet extrait toute son épaisseur et l’établit définitivement comme mise en abyme de l’œuvre. Celle-ci met en scène une histoire « assez laide », dans un coin isolé ou, comme dirait Mouloud Mammeri, dans une « Colline oubliée », assez ascétique ou le rêve est à peine permis. Ses habitants sont acculés à la réalité et le temps de rêver ne prend dans leur vie que l’espace de ce « monceau de verdure » sur la colline : « un Kabyle, chez lui, est forcément un homme réaliste. » (p. 20). La destinée de l’œuvre nous fait passer par plusieurs lieux, plusieurs niveaux de passion. Si l’œuvre commence et se termine sur deux tragédies qui exacerbent la tension dans les relations entre les personnages et la relation du lecteur avec l’œuvre, elle connaît toutefois un apaisement au milieu du parcours. On change alors, non pas de commune, mais de lieu commun. En effet, la première tragédie a ouvert la voie pour une quête de la terre chez Amer. Mais celui-ci comprendra rapidement qu’elle l’a oublié ce qui met fin à la paix de sa conscience d’enfant ayant retrouvé son pays. Il vit de nouveau le choc d’être étranger et part à la quête, non plus de sa terre, mais de son sang, favorisant ainsi la « catastrophe » qu’il voulait repousser.

 

Là où j’espérais l’éclaircie, j’ai trouvé une pluie battante

 

C’est pour fuir la promiscuité des chambres d’hôtels parisiens, les contre-maîtres et les mauvais souvenirs qu’Amer et Marie ont décidé de s’installer en Kabylie. Ils re-trouvent un village pauvre – on est sous le colonialisme – où ils vont mener une vie de « petits-bourgeois […], ces gros fainéants de paradis qui peuvent faire travailler leur champ, paient une porteuse d’eau et achètent leur bois au lieu de couper un arbre. » (p. 167) C’est le genre de vie qui leur était refusé en France. En effet, ils arrivent avec toutes leurs économies. Mouloud Feraoun rappelle ici que, pour la société kabyle comme d’ailleurs pour toutes les sociétés des pays en développement, un émigré qui réussit est un émigré qui revient les poches pleines : « On le tâte, on le jauge, on l’estime et, en attendant, de déterminer le degré de considération qui lui est due proportionnellement à sa bourse, on reste aimable et affectueux. » (p. 18) Le respect dont lui feront montre ses compatriotes au pays est relatif à sa richesse.

Si Amer est fier de sa nouvelle situation, il est encore plus satisfait de constater qu’il lui a suffi de deux ans pour redevenir ce Kabyle qu’il a été. D’ailleurs, dès son arrivée au village natal, il sent que « Tous les devoirs dont il s’était brutalement délivré en s’en allant l’emmaillotent à nouveau, aussi nombreux, aussi fermes que s’ils ne s’en était jamais débarrassé. Il se reprend à aimer ou à haïr, à imiter ou à envier, à croire et à agir selon des directives précises, particulières à sa famille et à sa karouba. » (p. 20). Amer-ou-Kaci « comprend nettement qu’il redevient l’enfant du pays, sans transition. » (p. 17) L’émigré kabyle renoue les liens avec sa terre, des liens qui se manifestent à travers l’immersion dans la sagesse ancestrale transformant le rapport au monde et à la mort : « Bien entendu, l’attente n’est pas indéfinie car, quand quelqu’un meurt dans sa misère, sans aucune compensation, nous sommes convaincus que c’est la mort elle-même qui constitue cette compensation. Nous disons : la mort a délivré un tel et nous rejoignons l’éternelle sagesse. » (p. 33) Comme pour l’ensemble de ses compatriotes, le retour au pays natal est avant tout un retour au sens : « Beaucoup de ses compatriotes, prisonniers, comme lui, revinrent au pays se retremper dans leur milieu, revivre la vie des leurs, redécouvrir un sens à leur misérable existence et à leurs émigrations périodiques. » (p. 72)

 

La position d’Amer au village est des plus enviables. Il rachète toutes les terres vendues par son père pour survivre et sauve « l’honneur » de sa famille. L’héritage, dans le roman de Mouloud Feraoun, est important dans la mesure où il signe l’appartenance de l’individu à son groupe social comme la déshérence insiste sur la fin de cette appartenance. Ainsi, quand le père vend ses terres, il déshérite de fait son fils et, en quelque sorte, le déclare mort pour les siens. En perdant ses terres, l’émigré a perdu son Nom. Il est donc normal qu’en rachetant son héritage perdu, il rachète au même temps son droit au Nom parmi les siens :

 

Je ne critique pas ta situation actuelle, lui dit l’amin [le chef du village], parce que tu viens à peine d’arriver et ton passé, loin de nous, ne regarde que toi. Tu es un fils de famille, tu hérites d’un nom dans le village. C’est un héritage que tu as dédaigné longtemps mais qui est inaliénable, qui reste là à t’attendre. Maintenant que te voilà parmi nous, tu ne peux pas t’en débarrasser. (p. 42)

 

L’amin fait du Nom une peau de Nésus qui consume l’individualité sans qu’elle puisse s’en séparer. Le Nom est un véritable destin, une personnalité pré-établie par une mythologie et une histoire faite d’accords et de conflits qu’Amer doit assumer.

Dès lors que le fils prodigue rendosse son Nom, il découvre l’hostilité des villageois. D’abord les siens qui l’ont excommunié tacitement et qui ont convoité ses terres ; ensuite, les voisins jaloux et qui envient sa nouvelle position. Le retour d’Amer n’est jamais un retour apaisé, ni équilibré. En partant, il a définitivement coupé les liens avec sa terre et il ne peut plus  se réconcilier avec elle : « Notre terre est modeste. Elle aime et paie en secret. Elle reconnaît tout de suite les siens : ceux qui sont faits pour elle et pour qui elle est faite. » (p. 162) Elle a aussi une mémoire. Qui l’a reniée une fois, elle le renie pour toujours. C’est le cas d’Amer qui « … le cœur serré, comprit qu’il aimait bien Tighezrane mais que c’était fini : ils étaient étrangers l’un à l’autre. » (p. 163) Il est vrai que le nouveau notable d’Ighil-Nezman a reconquis Tighezrane, la plus belle terre familiale, mais son bonheur est rapidement altéré. Le personnage central s’aperçoit qu’il ne peut plus la travailler comme auparavant. Aussi décide-t-il de la confier à son oncle Slimane. La séparation d’avec la terre est une séparation avec le ventre maternel.

Conscient de son exil de l’espace natal, Amer va porter son désir de s’établir dans un lieu de confiance et de chaleur. Il détourne son attention vers le sang. Son ultime quête le mènera vers sa ruine.

 

Amour clandestin

 

Il faut dire que l’entrée d’Amer dans son village s’est passée comme une infraction. Il arrive avec ses meubles parisiens faisant entrer ainsi un monde étrange(r) pour violer « l’intimité » et l’austérité de son village : « Ils [les meubles] parurent bizarrement compliqués, inutiles et encombrants. » (p. 34) La plus grande infraction reste sa femme française. Marie, dont tout le monde ignore qu’elle est la fille illégitime de Rabah et d’Yvonne, est le personnage qui engage La Terre et le Sang dans l’histoire coloniale de manière implicite. Grâce à Marie, Mouloud Feraoun retourne contre les Français leur politique assimilationniste des populations « indigènes », mais avant cela, Marie lui sert à prouver que l’entente et la compréhension est possible loin du mépris de l’autre. En effet, la Parisienne cherchera d’elle-même à connaître la société d’accueil. Elle apprend rapidement la langue kabyle et adopte la même position que les femmes d’Ighil-Nezman. On est toutefois en droit de s’interroger : cette facilité, n’est-elle pas l’expression du pouvoir du sang paternel qu’elle porte en elle ? En tout cas, Marie n’aura jamais d’existence propre à elle. Elle perd son prénom et tout le monde l’appelle « Madame ». Elle n’existe donc plus que par ses liens avec son mari qui doit lui servir de transition avec ce nouveau monde. Les clichés exotiques surgissent nombreux de la bouche des Kabyles, hommes et femmes. Pourtant, Marie sera adoptée plus rapidement qu’Amer ce qui ne fait pas d’elle une fille du pays mais une étrangère pas comme les autres : « Madame n’est pas une étrangère au sens habituel du mot… » (p. 37) Dès son arrivée, la vieille Kamouma, sa belle-mère, lui jette ses nattes et lui fait un espace chaud et douillet comme le ventre maternel. Madame accepte aussitôt de s’installer dans cet espace intra-utérin. Rapidement, elle dit à son époux en pensant à la vieille Kamouma : « … allons voir ima [ma mère]. » (p. 50) Il faut dire qu’Amer est plus intempestif et plus maladroit dans sa quête d’un équilibre entre son passé d’étranger en France et d’étranger dans son village natal.

            Sa soif d’équilibre et de paix le mène à commettre des folies. Maintenant qu’il a pris conscience du rejet dont il est l’objet par Tighezrane, il va porter son attention au sang familial. Amer se déclare ainsi à la quête d’un espace sacré et risque d’être la cible de toutes les passions. Cela commence avec l’amour de Chabha. La femme de son oncle Slimane, qui résiste tant bien que mal à venger le sang de son frère, tombe vite amoureuse d’Amer. Il est aussi jeune qu’elle contrairement à son mari qu’elle n’a pas choisi. Elle va chercher à vivre la passion amoureuse qu’il ne lui a pas été donné de vivre avec son époux. Amer est sourd aux conseils de Madame qui a vite compris les intentions de son amie Chabha et le prévient contre elle. Il la rassure avec des propos qui mettent en exergue la gravité de sa situation : « Je ris, je plaisante avec elle. Mais elle est sacrée pour moi. Le sang de Slimane, c’est le mien. » (p. 171) Malgré tout, il ne pourra s’empêcher de répondre aux avances de la belle Chabha. Il profane ainsi le sang familial et, comme on peut s’y attendre, devient le bouc émissaire de tout un village jaloux et parfois hargneux. Plus que cela, cette relation secrète fait du fils prodigue un clandestin dans son village natal qui ne « … reconna[ît] aucun droit aux amoureux clandestins. » (p. 202) Amer ne doit pas manifester son véritable état d’esprit, son équilibre précaire et éphémère : « Il s’agissait de ruser avec les autres, de toujours se cacher tout en multipliant les rencontres. C’était la vie ardente, la folie, l’imprudence. Il lui fallait cela pour retrouver son équilibre. Il n’avait rien connu jusque-là d’analogue. » (p. 199)

Au village, Amer tait ses opinions et ne s’exprime que rarement. Le regard des Français qu’il a fui, il le soupçonne maintenant chez les siens. Cela change complètement l’image du village kabyle dans le récit car Amer-ou-Kaci dicte au narrateur son point de vue. Les moments de tranquillité du personnage irradient le texte qui devient exaltant et indulgent envers les comportements des villageois. En revanche, Amer déstabilisé, le récit tourne à l’aigre et au blâme. En tout cas, Mouloud Feraoun profite des expériences de son personnage pour établir des tableaux des comportements sociaux et individuels à la manière de Dostoïevski.

La relation d’Amer et Chabha nous installe violemment dans l’isotopie du « sang », parallèle à et complémentaire de l’isotopie de la « terre ». Le sang, dans ce roman, est un héritage à double connotation. Il est d’abord positif mais lourd, c’est le Nom, l’histoire familiale. Il est aussi négatif. C’est le sang de Rabah versé et trahi en France et qu’Amer doit payer d’après la loi des siens : « Mais le sang ! Leur sang a coulé ! La dette existe. Il y a une victime entre vous. » (p. 118) C’est la dette qu’Amer croit effacer en « recueill[ant] » Marie, la jeune femme qui perpétue le sang de l’oncle disparu : « Le sang de Rabah revient dans celui de sa fille. Oui, il revient dans notre terre. La terre et le sang ! Deux éléments essentiels dans la destinée de chacun. Et nous sommes insignifiants entre les mains du Tout-Puissant. » (p. 126) Le sang est enfin le signe exposé au feu de la passion et dont l’afflux est incontrôlable. Il apparaît donc que l’isotopie du « sang » est celle d’une double loi : la Loi établie par le groupe et la loi que veut établir Amer, pour retrouver son équilibre, avec la complicité de Chabha. Mais ce sont-là deux lois antagonistes car la seconde rompt la première et condamne Amer à son ultime exil :

 

Comment dire tout ce qu’il imagina, tous les raisonnements qu’il se tint, son repentir, ses colères, ses craintes, ses scrupules d’homme sage, de notable du village ? Mais il y avait aussi ce bonheur intense et fou qui s’était emparé de sa chair, de son sang et que toute la logique du monde ne pouvait apaiser. (p. 196)

 

Le début de sa relation amoureuse avec Chabha est marqué par des manifestations symboliques et occultes prémonitoires comme l’apparition de Rabah-ou-Hamouche ou « … le portail de Hocine qu’ils avaient dépassé de quelques mètres [et qui] grinça avec une musique bizarre qui pouvait évoquer un sifflement étonné, un rire méchant ou un cri de stupeur. Il se retournèrent vivement mais ils eurent beau écouter : le portail resta immobile et ils n’entendirent aucun pas. » (p. 195) Le récit de Feraoun s’oriente souvent vers l’autre monde, vers le point d’arrivée de sa destinée, et s’enracine dans le mystère qui exile le lecteur au même temps qu’il convoque la tentation universelle de donner sens à ce qui en est dépourvu a priori.

C’est donc une relation condamnée à se terminer tragiquement qui est vécue par Amer. Avant d’en arriver-là, il revit la même expérience de rejet qu’il a eue avec la terre. En effet, il éprouve pour Chabha un « sentiment intermédiaire difficile à définir… » (p. 173), celui du non-lieu, de l’entre-deux. Et c’est dans ce vide qu’Amer veut construire l’expérience qu’il lui manquait, l’attachement réciproque avec son espace natal. Cette position intermédiaire le situe donc comme étranger mais qui ne mérite pas l’indulgence des siens car il connaît leurs lois, une posture extérieure-intérieure explicitée par la vieille Kamouma qui dit à Madame : « S’il était resté en France, pour Kamouma il était perdu mais personne ne serait allé lui demander son sang. Maintenant qu’il est près du piège, tu dois veiller autant que lui. » (p. 224)

Rejeté par sa terre, rejeté par son sang, Amer a le sentiment d’être comme Marie, un être désincarné, dépouillé de son identité et assis entre-deux chaises. « Il lui semblait qu’ils formaient tous deux un couple étrange, ridicule, qu’il avait perdu à côté d’elle son caractère de Kabyle et qu’elle n’avait plus celui de Française. » (p. 95-96)

 

La Terre et le Sang ont établi leur Loi et c’est elle qui sera appliquée. Cela se manifestera par le retour de l’œuvre au motif du crime originel à travers la métaphore de « l’œil blanc » qui pend de la tête de Rabah écrasée par le train. Ce motif se répètera dans la mort d’Amer. Surpris à son insu avec Chabha par Slimane, celui-ci se venge en piégeant son neveu et rival dans une carrière où il fait exploser une mine. Slimane y perdra la vie aussi puisque sa tête est écrasée par un gros rocher. L’œil d’Amer, cet organe qui cherche et guide, métaphore de la circularité du récit, devient blanc. La désincarnation est totale ; la page est blanche. Dans sa mort, le visage d’Amer devient le lieu symbolique des retrouvailles de la terre et du sang – comme lien de filiation et comme dette enfin effacée : « Amer avait la figure barbouillée de terre et un gros caillot sur la tempe. […] Il était mouillé, souillé de terre, de sang, de sueur qui le rendaient affreux à voir. » (p. 241) Cette mort est une « délivrance » et sa monstruosité est à la hauteur de la violence de la rétention des désirs de s’établir quelque part, pour Amer, et de se venger, pour Slimane. L’émigré Amer rejoint les ancêtres dont il prouve l’infaillibilité de leur sagesse. Elle est une délivrance et non une perte comme ce sang qui s’échappe des claies pour être absorbé par la terre : « Le sang dégoulinait à travers les roseaux, du sang épais et noir qui s’était caillé sous les habits, dans le dos, et qui avait trouvé une issue pour s’échapper » (p. 243) retournant tragiquement dans le ventre maternel.

 

Finalement, le retour au meurtre originel est l’initiation d’un parcours palingénésique. Quand Chabha vient se recueillir sur le corps de son amant, Marie sent pour la première fois bouger l’enfant qu’elle porte dans son ventre. Si la mort d’Amer signe l’échec de l’assimilation de Marie qui se sent d’un coup étrangère au monde où elle se trouve, c’est sa main qui met fin au récit. Elle deoit en effet répéter un code local qui annonce qu’elle est enceinte. Cette fois-ci, Madame accepte en elle la Kabylie dont elle devient une fille active puisqu’elle compte participer à sa construction par le métissage et non plus par la force coloniale ou par la clandestinité des étrangers. Amer, lui, aura vécu deux fois le même destin d’étranger comme si, en s’engageant dans cette voie, il était impossible de s’en sortir indemne.

 


Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang, Paris, Editions du Seuil, coll. Points, 1953 et 1961 pour la préface d’Emmanuel Roblès.

Mouloud Mammeri, La Colline Oubliée, Paris, éd. Plon, 1952.

Proverbe kabyle.

source:la-plume-francophone.over-blog.com

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Mouloud Feraoun, L’écrivain humaniste

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Mouloud Feraoun, L’écrivain humaniste

feraouneA quelques jours du cessez-le-feu, plus exactement le 15 mars 1962, tombaient sous les balles assassines de la sanguinaire OAS, près du Château royal de Ben-Aknoun (Alger), six inspecteurs d’enseignement (trois Algériens et trois français) dont Mouloud Feraoun.

« Pourquoi Mouloud Feraoun (…)? Parce que, ayant reçu le don d’écrire, il avait l’audace de l’exercer. Parce qu’il osait conter son enfance pauvre et son pays, ses amis et sa patrie et que cette liberté représentait à elle seule une provocation », écrira l’écrivain français Jules Roy au lendemain de l’assassinat de cet « homme à la droiture inflexible, de cet analyste puissant qui allait au fond des mots et des pensées, de ce poète (…) ».
« J’ai dans mon cœur le souvenir d’un homme bon, droit, amical. Tu aimais la vie, tu étais courageux. Pour moi, Mouloud, tu es par excellence celui qui a su, sans compromission, demeurer fidèle à sa terre natale (…) », écrira, de son côté, l’écrivain et éditeur Maurice Monnoyer pour qui Mouloud Feraoun n’est pas mort mais « vit dans le cœur de ses proches, de ses amis et de ses lecteurs ». « Le fils du pauvre » est rédigé dans un style limpide, clair et concis, suivant une écriture sage, où le verbe est toujours transitif. Mouloud Feraoun a dévidé l’écheveau de sa mémoire pour enfanter un texte classique (… », écrira le poète écrivain Youcef Merahi, à propos de l’œuvre de cet auteur qui « tout en travaillant à son œuvre romanesque, a investi l’écriture diariste en tenant, dès 1955, un journal, régulièrement, de manière journalière, notant les évènements de la guerre ».

« Pas un écrivain de sa génération et de sa condition (fils de pauvre ayant accédé à l’instruction et au statut social idoine) n’a concilié aussi harmonieusement l’humanisme des livres et celui, oral, de la transmission traditionnelle », notera, de son côté, le journaliste et écrivain Arezki Metref à propos de l’œuvre de Mouloud Feraoun chez qui » tout, la moindre idée, la moindre pulsation poétique, le moindre éclair philosophique dénonce, au nom d’un humanisme qui va de soi, (…) ces atteintes à la vie et à la dignité de l’homme (commises par le colonialisme français) ».

« Malgré cette carrière brisée (par la mort), Mouloud Feraoun restera pour les écrivains du Maghreb un aîné attachant et respecté, un de ceux qui ont ouvert à la littérature nord-africaine l’aire internationale où elle ne tardera pas à inscrire ses lettres de noblesse », ajoutera-t-il.

« Durant la guerre qui ensanglanta la terre d’Algérie, Mouloud Feraoun a porté aux yeux du monde, à l’instar de Mouloud Mammeri, Mohamed Dib, Kateb Yacine et quelques autres, les profondes souffrances et les espoirs tenaces de son peuple », conclura-t-il. Mouloud Feraoun est né le 8 mars 1913 à Tizi Hibel (wilaya de Tizi-Ouzou).Il fréquente l’école de Tizi-Hibel à partir de l’âge de 7 ans. En 1928, il est boursier à l’école primaire supérieure de Tizi-Ouzou. En 1932, il est reçu au concours d’entrée de l’école normale de Bouzaréah Alger (actuelle École normale supérieure des lettres et sciences humaines). Il y fait la connaissance d’Emmanuel Roblès. En 1935, il est nommé instituteur à Tizi-Hibel où il épouse sa cousine Dehbia dont il aura 7 enfants. En 1946, il est muté à Taourirt-Moussa. En 1952, il est nommé directeur du cours complémentaire de Fort National. En 1957, nommé directeur de l’école Nador de Clos-Salembier, il quitte la Kabylie pour les hauteurs d’Alger.

En 1951, il est en correspondance avec Albert Camus, le 15 juillet, il termine La Terre et le Sang, récompensé en 1953 par le Prix du roman populiste.

En 1960, il est inspecteur des centres sociaux (créés sur l’initiative de Germaine Tillion) à Château-Royal près de Ben-Aknoun. Avec cinq de ses collègues, dont l’inspecteur d’académie Max Marchand, c’est là qu’il est assassiné par l’OAS le 15 mars 1962 à quatre jours du cessez-le-feu.

Mouloud Feraoun a commencé son premier roman autobiographique Le fils du pauvre en 1939 ; il n’est publié qu’en 1950 à compte d’auteur. Ce n’est qu’en 1954 que Le Seuil le publie, expurgé des soixante-dix pages relatives à l’école normale de Bouzaréah. Les éditions du Seuil publient, en 1957, Les chemins qui montent, la traduction des Poèmes de Si Mohand, éditée par les Editions de Minuit en 1960. Son Journal, rédigé de 1955 à 1962 est remis au Seuil en février 1962 et ne sera publié qu’après sa mort.

Bibliographie

FERAOUN [Mouloud], Le fils du pauvre, Menrad instituteur kabyle, Le Puy, Cahiers du nouvel humanisme, 1950, 206 p.
FERAOUN [Mouloud], La terre et le sang, Paris, Seuil, 1953, 256 p.
FERAOUN [Mouloud], Jours de Kabylie, Alger, Baconnier, 1954, 141 p.
FERAOUN [Mouloud], Les chemins qui montent, Paris, Seuil, 1957, 222p.
FERAOUN [Mouloud], Les poèmes de Si Mohand, Paris, Les éditions de Minuit, 1960, 111p.
FERAOUN [Mouloud], Journal 1955-1962, Paris, Seuil, 1962, 349 p.
FERAOUN [Mouloud], Lettres à ses amis, Paris, Seuil, 1969, 205p.
FERAOUN [Mouloud], L’anniversaire, Paris, Seuil, 1972, 143p.
FERAOUN [Mouloud], La cité des roses, Alger,Yamcom ,2007 ,170 p

source:radiohchicha.com

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