TAHAR ZBIRI-HOUARI BOUMEDIÈNE

Posté par algeriedemocratie le 13 octobre 2011

Par Mohamed Maârfia, moudjahed
8. L’échec
Les causes objectives de l’échec de Tahar Zbiri n’ont pas d’autres raisons que son option, dès le début sur le dialogue, les appels à la raison et la persuasion. Cette option n’était pas inspirée par la peur d’affronter par la force Boumediène et ses moyens, mais par la crainte de voir le pays replonger dans les déchirements qui ont précédé et suivi le cessez-le-feu de 1962. Il était convaincu que «la table rase du 19 juin» était une bonne chose pourvu que ses promesses soient tenues. C’est cette illusion, nourrie jusqu’au bout, qui le mènera à l’échec.
La meilleure preuve que sa démarche était pacifique est l’ordre qu’il donne au 1er bataillon de chars de quitter la capitale, qu’il tient sous le feu de ses canons, pour un cantonnement à El- Asnam, à 200 km de là. Dès lors qu’il démontre qu’il ne nourrit aucune velléité de prise de pouvoir par la force, il démobilise ceux de ses partisans qui sont prêts à aller plus loin à ses côtés. Il paralyse les mains du plus efficace et du plus déterminé de ses officiers, en l’occurrence le commandant Amar Mellah, lequel ne peut plus élaborer un plan cohérent et une liaison efficace avec les divers éléments de son dispositif, sans heurter de front le parti pris de Zbiri, en l’occurrence la concertation avec les autres chefs militaires et les appels à la raison en direction de Boumediène. Le départ d’Alger du 1er bataillon de chars, pivot central autour duquel doit s’articuler l’intervention des autres unités favorables au mouvement, est compris par les partisans de Zbiri comme la fin de la crise et le début de la solution politique. Zbiri n’a pas d’équipe. Il ne veut pas en constituer. Il ne veut pas apparaître comme quelqu’un qui se présente en alternative à Boumediène avec une sorte de cabinet fantôme. Il décourage ceux qui, plus lucides que lui, le voient courir vers l’abîme. «Je n’ai fait de contrat avec personne et je n’ai demandé à personne de me suivre», jette-til à ceux, parmi ses proches, qui tentent un exposé réaliste des choses. Abdelaziz Zerdani, l’ami des jours difficiles, quand dans l’Aurès, Adjoul tenait d’une poignée sanglante la grande Idara, Abdelaziz Zerdani tant injustement accusé et tant recherché par les services de sécurité n’a jamais prétendu à un rôle national futur. Il s’est borné, une ou deux fois — sans être écouté, hélas — à dire ce qu’il pense des assurances de Saïd Abid. Quelques jours après ces mises en garde, les événements lui donneront raison. Une équipe aurait été utile pour évaluer froidement — tout en convaincant Zbiri de garder ses atouts militaires — chaque proposition, chaque avancée pour transcrire immédiatement dans le concret les engagements du chef du CR. Mais encore une fois, Zbiri n’avait pas d’équipe ! Il n’avait pas d’équipe parce qu’il n’a jamais été question pour lui de faire un coup d’Etat. Zbiri n’a fait aucun effort pour expliquer ses intentions, laissant dans l’incertitude ceux qui, dans l’armée, auraient pu faire une autre lecture que celle qui semblait évidente : un simple «ôtes-toi de là que je m’y mette». Les turbulences de ce mois de décembre 67 semblaient à beaucoup une querelle dont le pays pouvait faire l’économie. Le pouvoir aura beau jeu, une fois l’échec consommé, de travestir la vérité. Ses relais tentent d’accréditer la thèse de «la conjuration d’officiers ignards et ambitieux liés par des liens tribaux». Comme aucun responsable ni au niveau national ni au niveau régional ne s’était déterminé publiquement en faveur des thèses de Zbiri, la configuration régionaliste deviendra crédible. Cherif Mahdi, secrétaire de l’étatmajor général, courageusement, refusera d’avaliser les mensonges officiels et remettra les choses à leur juste place par ses écrits chez les services de sécurité, par ses déclarations lors de l’instruction et par son cri du cœur devant la cour. Quand, écœuré par les dérobades, les défections, les reniements, les lâchetés et les trahisons de certains membres du Conseil de la révolution y compris les militaires, Cherif Mahdi dit les choses telles qu’elles se sont passées, un silence respectueux plane dans la salle. Le commandant Abdelghani qui préside le tribunal, mal à l’aise, essuie les verres de ses lunettes, étrangement embuées. Mais ce qui est arrivé après l’échec est une autre histoire. Revenons à cette soirée du 13 décembre. La rencontre du 13 décembre 1967, au soir, au domicile du chef de la 1re Région militaire, laquelle a réuni autour de ce dernier Mohamed Salah Yahiaoui, le colonel Abbès ainsi que Abderrahmane Bensalem et Zbiri (respectivement chef de la 3e Région militaire, responsable de l’Académie de Cherchell, commandant du quartier général et chef d’état-major) a été provoquée par Saïd Abid pour signifier à Zbiri que Houari Boumediène oppose une fin de non-recevoir à toutes ses demandes. Il conclut qu’ayant, lui, échoué dans sa médiation, il ne peut plus rien tenter. Les chefs militaires présents semblent, par leur silence, partager la position de Saïd Abid. Sont-ils conscients que leur «neutralité» soudaine, affichée au mépris des engagements pris à l’égard du chef d’état-major, livrait ce dernier, pieds et poings liés, à la vindicte de Boumediène ? Zbiri fait — enfin — la seule lecture à faire : Boumediène l’a désarmé par la ruse et les faux-fuyants. Il lit sur le visage fermé de ses vis-à-vis que pour Boumediène l’heure de la curée est arrivée, et que eux s’en accommodent… Il est effondré, il constate — trop tard — qu’il n’a pas mesuré correctement la détermination de son vis-à-vis à ne rien céder sur rien. Il n’a tout simplement pas voulu comprendre que ce dernier avait une démarche et un but en opposition totale avec ceux qu’il voulait, lui, imposer. Il a surévalué «le poids spécifique» et la solidarité des chefs militaires qui s’étaient portés garants de la parole de Boumediène. Il n’a enfin, et jusqu’au bout, jamais douté de la sincérité de Saïd Abid. Ce même Saïd Abid qui, pendant longtemps, bien avant juin 1967, n’avait cessé de pousser à la roue, qui avait incité Zbiri a réagir contre les faits accomplis de Boumediène, Saïd Abid qui a détruit Chabou de réputation et qui, soudain, freine des quatre fers. Pour Zbiri, le chef de la 1re Région militaire est, objectivement, l’homme qui lui ôté des mains tous ses atouts avant de l’enfermer dans l’impasse. Saïd Abid, que certains ont accusé, à tort, d’avoir été un agent provocateur, une créature cynique de Boumediène, était tout simplement un brave homme qui a été audessous de l’enjeu, lorsque les hasards de l’Histoire avaient mis entre ses mains le sort de l’Algérie. Saïd Abid, ancien petit employé de banque, bardé d’un modeste certificat d’études, était venu à la révolution au début de l’année 1957 par le soupirail de Tadjerouine (à l’époque un peu le Kandahar tunisien de la révolution algérienne). Il n’a jamais connu d’autres épreuves que celles que procure le relatif inconfort des bivouacs précaires de la frontière. Il n’avait pas le cumul historique, le substrat des expériences, la solidité des convictions qui font les révolutionnaires matures et qui osent. A l’heure de la décision, il est redevenu tout simplement Abid Saïd pris de vertige par l’accélération du manège qu’il avait imprudemment mis en branle. Placé entre les extrêmes, indécis, hésitant, bousculé par deux impatiences, il a joué le rôle d’un sage de village s’usant à réconcilier deux coqs de quartier séparés par une querelle subalterne. Il payera de sa vie, dans quelques heures, ses entrechats sur le fil du savoir. Devant la nouvelle donne, il ne reste plus à Zbiri que deux alternatives : se soumettre ou réagir. L’ordre qu’il donne de faire converger les unités vers Blida, ordre qui met littéralement Saïd Abid entre les mâchoires de l’étau, est obéi. C’est de cet étau que jailliront les balles qui tueront l’infortuné chef de la 1re Région militaire. Il importe peu de savoir qui a appuyé sur la gâchette. Objectivement, la démarche du chef de la 1re Région militaire était suicidaire. Le deuxième but du chef d’état-major est de provoquer une réunion (même restreinte) des membres du Conseil de la révolution favorables à son option politique et faire prendre conscience à Houari Boumediène de la responsabilité qu’il prendrait en faisant ouvrir le feu sur ses adversaires politiques et sur une partie de l’armée. Les aléas du terrain font que les forces qui s’étaient ébranlées vers le siège de la 1re Région militaire ne pourront jamais atteindre leur objectif. Le maquisard transparent, fidèle à ses idéaux, artisan d’un 19 Juin fondateur, a été vaincu par celui qui était venu de trop loin pour reculer et qui avait réglé le calendrier et l’heure à son propre chiffre.
9. Epilogue
Tahar Zbiri pourra échapper à Houari Boumediène mû par une terrible vindicte. Il lui échappera grâce à la mobilisation des chefs de la Wilaya IV historique dont, surtout, le commandant Lakhdar Bouragâa. D’Alger à Tébessa, des moudjahidine, anciens compagnons d’armes de Zbiri (Lakhdar Gouasmia, Mohamed Elhadi Rezaïmia, Mohamed Haba, etc.), des hommes de cœur (Aïssa Meguellati et ses deux fils Nadir et Djamel, Abdelmalek Boumaïza, Hamou Staïfi, Abdeljalil Ayat, Hamid Chakbouni, le docteur Harmouche et tant d’autres) risqueront leur carrière, leurs biens, leur liberté, leur vie pour le protéger et le guider sur sa route vers l’exil. Tahar Zbiri évoquera-t-il leurs noms un jour ? La secousse sanglante du 14 décembre 67 sera ressentie à tous les niveaux de l’ANP. Beaucoup de cadres en seront traumatisés. Terribles seront les conséquences pour l’Algérie. Le délestage du Conseil de la révolution, d’une manière aussi radicale, permettra à Houari Boumediène d’asseoir définitivement sa dictature sur le radier massif de la police politique pour pouvoir monologuer pendant longtemps, face à son miroir, à mille lieux des réalités de son pays.
M. M.

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L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bouregaa

Posté par algeriedemocratie le 7 juin 2010


L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bouregaa dans histoire(16) Si-SalahSadek Sellam Historien de l’islam contemporain.

In  CAIRN.Info 

Les raisons de l’échec des négociations secrètes qui aboutirent à la rencontre du 10 juin 1960 entre de Gaulle et la délégation de la Wilaya 4, conduite par le colonel Si Salah, restaient insuffisamment connues. Les révélations contenues dans les mémoires que publie récemment en arabe le commandant Lakhdar Bouréga comblent une partie de ces lacunes. Les témoignages de cet acteur de l’ « affaire de l’Élysée » renseignent également sur le vécu de l’ALN et retracent les parcours des grandes figures de la Wilaya 4. To this day, the motives of the failure of the secret negotiations which lead to the meeting of June 10, 1960 between de Gaulle and wilaya 4’s delegation leaded by colonel Si Salah remained inuficiently. Part of the lacune are filled by the revelations of commandant Lakhdar Bouréga’s memoirs, recently published in arabic. The testimony of this actor of the Élysée affair also informs us about life in the ALN and shares with us the journey of wilaya 4’s great figures.

Lakhdar Bourèga, l’ancien chef de la katiba (compagnie) Zoubiria, a vécu à l’intérieur de la wilaya IV l’affaire Si Salah, en tant qu’adjoint militaire du capitaine Abdelatif, le chef de la mintaka 42. Dans ses Mémoires, parues en arabe sous le titre Témoin de l’assassinat de la Révolution (Dar al Hikma, Alger), il fait des révélations sur cet épisode de la guerre d’Algérie. Sadek Sellam résume dans cet article la relation par L. Bourèga de cette « ténébreuse affaire ». Si Lakhdar Bourèga a lu les épreuves de cet article qu’il a trouvé conforme à ses mémoires.

Les protagonistes de l’affaire

Le discours du 16 septembre 1959 dans lequel le général de Gaulle a parlé d’autodétermination a rencontré un écho favorable chez certains officiers supérieurs de l’ALN. Ceux-ci manifestaient de plus en plus de confiance envers le chef de l’État qu’ils croyaient être en mesure d’aller vers une solution satisfaisante du conflit algérien par la voie de la négociation. L’idée même d’autodétermination leur paraissait représenter un début de reconnaissance des revendications politiques pour lesquelles ils combattaient depuis cinq ans.

La même intervention provoquait la consternation chez les officiers de l’armée française d’Algérie qui croyaient à une issue militaire. C’est en confiant leur perplexité au colonel Alain de Boissieu, qui était chef de cabinet du délégué général Paul Delouvrier, que ces partisans d’une victoire militaire ont entendu le gendre de De Gaulle leur répondre que seule « la neutralisation d’un chef de wilaya » pourrait dissuader son beau-père de chercher à négocier avec le GPRA. Le colonel Henri Jacquin qui dirigeait le BEL (Bureau d’études et de liaisons) assistait à l’entretien. Il passa aussitôt en revue la situation de toutes les wilayas avant de jeter son dévolu sur « la IV ».

Malgré les graves difficultés internes dues notamment aux défections provoquées par l’offre de la « Paix des braves » par le général de Gaulle en septembre 1958, et qui donnèrent lieu à de sévères mesures d’ « épuration », et en dépit des rudes coups portés en 1959 par l’opération « Courroie » du plan Challe qui lui valut de perdre près de la moitié de ses effectifs, la wilaya de l’Algérois gardait, avec ses 2 500 djounouds (selon les estimations du BEL), une importance militaire certaine [1]. Selon Jacquin, la wilaya IV était restée « le phare de la résistance intérieure ». L’affaire Si Salah, ou opération « Tilsit », est née de la diffusion au sein de l’ALN de l’idée d’une paix séparée par les officiers du BEL, qui étaient dirigés notamment par le capitaine Heux. Les manipulations de ce spécialiste de la guerre psychologique avaient été à l’origine de la mise en place de la Force K, un faux maquis créé en 1957-1958 près d’Aïn Defla, sous la direction de Djilali Belhadj, dit Kobus [2], un ancien de l’OS passé au début des années 1950 au service du SLNA du colonel Schoen. L’action du BEL au sein de la wilaya IV avait en quelque sorte anticipé le désir de quelques officiers supérieurs de celle-ci de répondre directement aux offres du général de Gaulle. Ajoutée aux contacts qu’avaient déjà noués avant le 13 mai 1958 avec le FLN et l’ALN de la région d’Alger des gaullistes comme Lucien Neuwirth, cette action favorisa l’émergence d’un véritable courant « degaulliste » (Jacquin) au sein de la wilaya IV [3]. C’est le commandant Lakhdar Bouchama qui faisait figure de chef de file de ce courant attentif aux propositions du général de Gaulle.

Né au début des années trente à Novi près de Ténès, L. Bouchama avait fait des études de lettres à Alger. Il a rejoint l’ALN en 1956 dans sa région natale. Il avait servi dans le commando zonal Djamal avant d’être promu capitaine chef politico-militaire de la zone 4 (Ténès-Cherchell). Le 14 janvier 1960, le conseil de la wilaya IV a été convoqué, par le commandant Si Salah, pour la première fois depuis la mort mystérieuse du colonel Si M’hamed, le 5 mai 1959 à Ouled Bouachra, près de Médéa. À cette occasion, Si Lakhdar Bouchama a été promu commandant, chargé des Renseignements et liaisons au sein du nouveau conseil de wilaya. À la fin de cette réunion, le commandant Lakhdar arrive à convaincre le commandant Halim de l’utilité d’engager des pourparlers directs avec les Français. Originaire de Sidi Aïssa, Halim était un ancien condisciple de Boumediene à l’université islamique d’El Azhar. Après une période d’instruction dans une académie militaire égyptienne, il était passé par le camp d’entraînement d’Amrya [4]. Il était arrivé en 1957 dans la wilaya IV où il est devenu assez rapidement capitaine, responsable politico-militaire de la zone 1 (Palestro-Tablat). À la réunion du 14 janvier 1960, Halim est promu commandant, membre du conseil de wilaya avec le titre de commissaire politique. On peut supposer que les souvenirs mitigés ramenés du Caire, où il avait observé les dissensions au sein du CCE du FLN, l’avait prédisposé à être réceptif aux sévères récriminations du commandant Lakhdar Bouchama contre l’ALN et le FLN de l’extérieur.

Les deux membres du conseil de la wilaya ont pu rallier à leurs vues le capitaine Abdelatif, le chef de la zone 2 (Médéa-Aumale). De son vrai nom Othman Telba, Abdelatif était originaire de Koléa. Sa qualité d’ancien du commando zonal Ali Khodja lui valait un grand prestige auprès de ses djounouds. Ce « militaire sobre de gestes et de paroles » (Jacquin) avait été arbitrairement emprisonné en 1957 par l’ALN du Maroc, d’où il a pu s’échapper en compagnie du docteur Farès, le neveu d’Abderrahmane Farès, natif comme lui de Koléa et qui venait d’achever ses études de médecine à Montpellier. Abdelatif était revenu à la wilaya IV assez mécontent de ce qu’il avait vu et vécu au Maroc.

Les soupçons de L. Bourèga

Il avait comme adjoint militaire au sein du conseil de la zone 2 le lieutenant Lakhdar Bouregaa. Dans ses mémoires publiés en arabe à Alger sous le titre évocateur Témoin de l’assassinat de la révolution, il se souvient qu’il a reçu le 2 mars 1960 une convocation des commandants Lakhdar et Halim lui demandant de venir, seul et dans le plus grand secret, les rejoindre au douar Bouakiria près de Tablat. Ses deux supérieurs, avec lesquels il est resté du 12 au 18 mars, lui ont demandé d’interrompre la préparation des contingents que la wilaya IV avait l’habitude d’envoyer comme renforts aux wilayas qui étaient en difficulté [5]. Ils l’ont interrogé sur le commandant Si Mohamed, l’adjoint militaire de Si Salah, pour savoir s’il était parti accomplir sa mission en zone 3, puis dans la wilaya V. L. Bouregaa fut intrigué par ce contre-ordre donné par des supérieurs qui étaient censés se rendre dans les wilayas I et VI pour l’accomplissement des missions décidées lors de l’importante réunion du 14 janvier. Alors qu’il s’interrogeait sur les raisons cachées de ces changements, le lieutenant Lakhdar a vu arriver à El Bouakiria son supérieur immédiat le capitaine Abdelatif qui rentrait d’une mission secrète à Médéa, dont il saura plus tard qu’elle consistait à rencontrer le cadi de cette ville Si Kaddour Mazighi [6]. Abdelatif lui a ordonné d’accompagner les deux commandants dans leurs déplacements, sans chercher à en savoir plus.

Né en 1933 au douar Ouled Turki, près de Champlain dans la région de Médéa, Lakhdar Bourèga a été formé dans les écoles coraniques de l’Atlas blidéen (Ouled Turki, Sidi al Mahdi, Zérouala…). Sa politisation précoce a été favorisée par les troubles qui firent, selon lui, plus d’une douzaine de morts dans la région au moment des élections des délégués de l’Assemblée algérienne en avril 1948. Il a pu approcher des militants du MTLD et des membres de l’OS comme Didouche Mourad, Ben M’hal, Lakhdar Rebbah et Si Tayeb Djoghlali qui s’étaient réfugiés dans sa famille en 1952. Appelé au service militaire, il a fait son instruction à Mostaganem. Là il a rencontré deux camarades qui venaient du centre d’instruction de Hussein Dey et qui feront parler d’eux par la suite : Ali Khodja, qui donnera son nom au célèbre commando zonal de la wilaya IV, et Sadia Djemaï, alias Mostéfa Lakhal, qui fera partie des contestataires des résolutions du congrès de la Soummam d’août 1956 avant d’être exécuté pour avoir trempé dans le complot de 1959 du colonel Lamouri contre le GPRA. Lakhdar Bourèga nous apprend au passage qu’à l’annonce de l’exécution de Mustapha Lekhal, un de ses anciens compagnons d’armes, Lounissi, qui faisait partie du commando Ali Khodja, a décidé, sous le choc, de quitter définitivement et l’ALN et l’Algérie pour s’établir définitivement en Allemagne !

L. Bourèga a été ensuite dans les Chasseurs alpins à Briançon avant d’être envoyé à Safi au Maroc d’où il s’est évadé en mars 1956 avec un groupe d’appelés algériens. Avec les autres déserteurs, il a pris contact avec l’ALN dans la région de Tlemcen. Mais les responsables locaux de celle-ci se sont contentés de les dépouiller de leurs armes et les ont laissés repartir vers Alger. C’est à Chebli qu’il a été enrôlé dans l’ALN. Blessé près de Boufarik, il a quitté la Mitidja pour mettre à profit sa formation de chasseur alpin et acquérir une grande connaissance de la zone montagneuse allant du djebel Bouzegza jusqu’aux monts de l’Ouarsenis. Promu sous-lieutenant, il est devenu commandant de la célèbre katiba Zoubiria à laquelle faisait appel le colonel Si M’hamed pour l’escorter dans ses longs déplacements [7]. Lorsqu’il s’est trouvé confronté, début mars 1960, à la grave crise de conscience provoquée par les contre-ordres des commandants Lakhdar et Halim, approuvés par le capitaine Abdelatif, le lieutenant zonal était pris entre, d’un côté, l’admiration, voire la révérence, qu’il vouait à des chefs charismatiques qui s’étaient distingués depuis le début de la guerre dans les meilleures unités d’élite de toute l’ALN, et, de l’autre, le désir d’en savoir plus sur ce qu’on lui cachait. Les deux commandants l’ont chargé d’aller contacter Baba Ali Bachir, le chef de la zone 5 (Boghari-Aumale) en lui indiquant un trajet autre que celui qu’il avait l’habitude de prendre. Il a été d’autant plus intrigué que ses supérieurs l’appréciaient pour sa bonne connaissance des itinéraires à prendre. Le choix par eux d’itinéraires inhabituels ajouté aux nombreux autres contacts secrets que ses trois supérieurs multipliaient à partir du refuge d’El Bouakiria contrariait le sens habituel de la discipline chez le lieutenant Lakhdar.

Les ruses de L. Bourèga

Pour en avoir le cœur net, il a décidé de se rendre, non pas en zone 5, mais au siège de la wilaya, qui était à Guellaba près de Boghar. Là, il a appris à Si Salah que les deux commandants ont renoncé aux missions dont ils avaient été chargés le 14 janvier, et qu’ils lui ont ordonné d’arrêter l’envoi des contingents vers les autres wilayas. Il lui a fait part également de la mission dont il était chargé auprès du chef de la zone 5, à qui il devait remettre un message des deux commandants dont il ignorait le contenu. Si Salah lui a donné l’impression d’ignorer tout ce qui se tramait. Après un long moment de silence le chef de la wilaya lui a demandé d’obéir aux ordres des commandants. L. Bourèga s’est rendu à la zone 5, mais après avoir envoyé une lettre à Si Mohamed – qui préparait dans le Ouarsenis les contingents destinés aux autres wilayas – pour lui demander de l’autoriser à venir le voir. Mais Bounaama lui recommanda de s’adresser à… Si Salah. Le lieutenant Lakhdar écrit à nouveau à Si Mohamed pour le mettre au courant de la rencontre avec le chef de la wilaya. Au même moment, les commandants Lakhdar et Halim ont adressé un courrier demandant au commandant militaire de la wilaya de venir les rejoindre. L. Bourèga s’est trouvé mis dans l’impossibilité de rencontrer Si Mohamed car les deux commandants avaient pris soin d’envoyer à sa rencontre une escorte qui lui a fait prendre un itinéraire destiné à éviter à l’adjoint militaire de Si Salah de rencontrer le lieutenant. Ce dernier a accompli sa mission auprès du chef de la zone 5 et revient vers les deux commandants. Les missions demandaient alors entre trois jours et trois semaines. Les contacts avec la zone 3 étaient rendus particulièrement difficiles par l’intensité de l’ « opération Matraque » qui semble avoir été déclenchée pour faire pression sur Si Mohamed. Les deux commandants redoutaient de le voir désapprouver les contacts engagés, à partir du 28 mars, avec Bernard Tricot (qui représentait l’Élysée) et le lieutenant-colonel Édouard Mathon (qui représentait Matignon) à la suite de la transmission aux Français, le 18 mars, par le cadi Mazighi des messages d’Abdelatif et de Lakhdar Bouchama. Certains déplacements étaient contrariés par les opérations des troupes de secteur et cela rendait difficiles les communications d’une zone à une autre. Les retards dans l’accomplissement des missions confiées à Bourèga étaient aggravés par les ruses des deux commandants (dont un était chargé des Renseignements et liaisons), qui ont été jusqu’à lui confier des missions fictives, sans doute en raison de ses réticences qui leur paraissaient susceptibles de décourager les officiers dont l’adhésion aux pourparlers était souhaitée. Tout cela a fait que les interrogations de Bourèga ont duré jusqu’au début du mois de juin. Au retour d’une mission, il a été stupéfait de trouver Lakhdar, Halim et Abdelatif en compagnie de Si Salah auprès de qui ils avaient dépêché un autre émissaire.

Les griefs de Si Salah

Né en 1928 à Aïn Taya dans une famille originaire de Kabylie, Si Salah, de son vrai nom Mohamed Zamoum, a fait partie des groupes armées qui participèrent avec Ouamrane et Si Sadek aux opérations du 1er novembre 1954. Il avait occupé le poste de commissaire politique de la wilaya IV quand celle-ci était dirigée par le colonel Si M’hamed Bougara, de 1957 à 1959. Il avait gardé un fort mauvais souvenir d’un bref séjour à Tunis. Ses griefs envers le FLN et l’ALN de l’extérieur prirent une tournure dramatique quand l’état-major refusa de répondre à ses demandes d’explication sur la passivité manifestée face aux difficultés des maquis. Les services français avaient intercepté, et falsifié, la communication qu’il a pu avoir, le 15 avril 1960 avec le colonel Boumédiène. À cette date, il ne semble pas qu’il ait été mis au courant des préparatifs de l’opération « Tilsit ». Mais sa déception l’a amené à adresser un message menaçant le GPRA d’engager des contacts directs avec les Français. Un message radio de Tunis l’a prié de ne rien engager dans ce sens et de « penser à l’avenir de la révolution ».

Nouvelles ruses de L. Bourèga

Le lieutenant Lakhdar était persuadé que quelque chose de grave se préparait à son insu, mais ses supérieurs ne lui ont pas laissé le temps de se ressaisir et l’ont chargé d’une autre mission dans la zone 1 (Palestro-Tablat). Début juin, il a fait part de ses interrogations au sous-lieutenant Mohamed Bousmaha, qui lui avait succédé à la tête de la région 4 de la zone 2. Celui-ci lui a manifesté une entière confiance et, sans être au courant de ce qui se tramait, le lieutenant et le sous-lieutenant se concertent. Ils ont un moment pensé à alerter le GPRA par un message radio. Mais le lieutenant Lakhdar a eu recours à une ruse. Il s’est présenté à ses chefs, qui ne l’attendaient pas, et a trouvé Si Salah et Si Mohamed réunis avec les commandants Lakhdar et Halim ainsi qu’avec le capitaine Abdelatif. Deux tissal (agents de liaison) des zones 2 et 3 venaient de lui annoncer les passages des commandants Si Salah et Si Mohamed. Malgré le secret qui entourait ces déplacements, les deux tissal l’ont mis au courant, du fait de la confiance qu’ils avaient en lui et de son expérience du terrain. Surpris de le voir rappliquer, les chefs de la wilaya lui ont demandé ce qu’il était venu faire. Il leur a annoncé que le commandant Tareq (qui assurait l’intérim du commandement de la wilaya V) était au mont Mongorno et qu’il souhaitait les rencontrer [8]. Le lieutenant Lakhdar avait capté les conversations secrètes de ses supérieurs et s’était souvenu de ce nom qui était cité parmi les chefs à contacter. C’est Si Mohamed qui s’est proposé d’aller le voir. L’adjoint militaire d’Abdelatif se souvient qu’un des émissaires français, qu’il pense être Bernard Tricot – à moins qu’il s’agisse de Mathon, qui était habillé en civil quand les rencontres n’avaient pas lieu à la préfecture de Médéa, les a accompagnés en voiture jusqu’à ce qu’ils quittent la route goudronnée pour prendre les sentiers de montagne en direction des maquis du Mongorno [9]. Lakhdar Bourèga a conduit Si Mohamed à Draa Tmar où les attendait le sous-lieutenant Bousmaha, en compagnie d’un groupe de djounouds sûrs. Cela se passait vers le 12 ou le 13 juin, d’après les souvenirs de Bourèga dont la chronologie des faits se réfère plus aux missions successives (dont la durée variait) qu’aux dates exactes.

Revirement de Si Mohamed

Né en 1926 à Molière, de son vrai nom Djilali Bounaama, Si Mohamed a été mineur à Bou Caïd et, un moment, dans le nord de la France. Il avait fait la Deuxième Guerre mondiale dans les tirailleurs algériens. Devenu chef syndicaliste, il avait adhéré au MTLD. Il avait participé au congrès d’Hornu de l’été 1954 au cours duquel ce parti s’était scindé en deux tendances rivales, les « Centralistes » et les « Messalistes ». Il a rejoint l’ALN en 1956 dans l’Ouarsenis. Promu capitaine, il est devenu le chef de la zone 3 où il a eu à combattre le faux maquis de Kobus. Il a été également mêlé aux campagnes d’épuration consécutives aux troubles provoqués dans les maquis par la proposition d’une « Paix des braves » faite par de Gaulle en septembre 1958. D’importantes opérations ont été menées contre lui, comme « Matraque » en mars 1960, et « Cigale » en juillet, celle-ci ayant eu pour but de l’éliminer personnellement. Prévoyant cette offensive dans l’Ouarsenis, il a été avisé de rester dans le Titteri. Mohamed Téguia ne dissimulait pas son admiration pour son ancien chef et estimait qu’un livre biographique mériterait de lui être consacré.

Les deux jeunes officiers ont expliqué à Si Mohamed qu’il n’y avait pas de Tareq et qu’ils voulaient le séparer du groupe pour qu’il leur dise ce qui se passait exactement. Après un moment de crainte, Si Mohamed leur a appris que Si Salah, Si Lakhdar et lui venaient d’être reçus, le 10 juin, à l’Élysée par le général de Gaulle. Il leur a révélé les différentes rencontres consécutives au premier entretien qu’avait eu Abdelatif avec le cadi de Médéa à la mi-mars.

Consternés par cette nouvelle, Bouregaa et Bousmaha ont rappelé à Si Mohamed que c’est lui qui avait toute leur confiance et qu’il devait prendre ses responsabilités pour mettre fin au « plan de l’Élysée ». « Nous aurions pu vous arrêter tous », lui ont-ils précisé, en lui indiquant qu’ils étaient prêts à appliquer les ordres qu’il jugeait nécessaire de leur donner pour contre-carrer cette tentative de paix séparée et reprendre les combats. Celui qui jouissait d’un prestige considérable auprès de ses officiers, et qui était considéré comme étant le « chef le plus dur dans la région, et peut-être dans toute l’Algérie », et qui passait, aux yeux de Challe, pour être « le premier du point de vue militaire », ne pouvait rester indifférent à l’interpellation de deux parmi ses plus valeureux subordonnés. Leur leçon de fermeté et de patriotisme lui a donné mauvaise conscience au point d’avoir une crise de larmes, lui le chef implacable et apparemment insensible. Il n’y a pas eu de menace de la part de Bourèga et de Bousmaha [10]. Si Mohamed a été un moment décontenancé parce qu’il ne connaissait pas leurs intentions réelles. Mais leur détermination l’a aidé à se ressaisir vite, car il n’avait adhéré au plan de Lakhdar Bouchama que du bout des lèvres lorsqu’il s’était trouvé, début juin, dans une maison des faubourgs de Médéa, dont on lui a dit qu’elle était « neutralisée », c’est-à-dire sous la protection de l’armée française. Selon Mohamed Téguia, qui était son secrétaire, Si Mohamed a dit plus tard que s’il avait refusé de partir à Paris, il aurait été arrêté. Il dira également qu’il aurait mieux fait de mourir que d’accepter l’idée de paix séparée. C’est donc cet état d’esprit qui a facilité son revirement. Il a tenu à donner un caractère solennel et religieux à son changement d’attitude par un serment sur le Coran de fidélité à la révolution et d’obéissance à la direction de celle-ci. Bourèga et Bousmaha l’avaient déjà mis à l’aise en lui déclarant qu’ils ne mettaient pas sa participation aux négociations sur le compte de la trahison. Là-dessus, Si Mohamed décide de contre-carrer l’initiative de ses pairs et ordonne la destitution de Si Salah du commandement de la wilaya, l’arrestation de tous ceux qui ont été impliqués dans l’ « affaire de l’Élysée » et l’intensification des opérations militaires dans les villes, dans les djebels et sur tous les fronts.

Le rôle moteur de Lakhdar Bouchama

Ces ordres écrits ont été remis au lieutenant Lakhdar qui s’est rendu immédiatement, en compagnie de Bousmaha et de son groupe de djounouds, au domicile du cadi où ils ont trouvé le commandant Lakhdar Bouchama. Celui-ci a été arrêté et conduit au milieu de la nuit auprès de Si Mohamed. Le cadi a été prié de dire que Si Lakhdar est parti en mission de toute urgence et qu’il allait revenir pour la suite des contacts.

Un rapport rédigé par Si Lakhdar Bouchama et envoyé au GPRA le 22 mars 1960, et que L. Bourèga a mis parmi les documents annexes de son livre, renseigne sur l’état d’esprit de cet officier supérieur et sur les raisons qui l’ont amené à vouloir traiter directement avec de Gaulle. Après avoir rappelé que le peuple s’était engagé aux côtés de l’ALN pour « la reconquête de sa dignité », « la résurrection de l’Islam » et « la renaissance de la langue arabe », le commandant chargé des Renseignements et liaisons énumère ses reproches à l’armée des frontières et au GPRA qu’il accuse d’être indifférent aux souffrances de la population. Il parle du « ramassis d’aventuriers » incapables de satisfaire les besoins des combattants de l’intérieur. Il accuse certains dirigeants du FLN de l’extérieur d’être à la solde du « nouvel impérialisme athée » (alias l’URSS), et s’étonne de voir le commandant Omar Oussedik en tournée en Chine pour le compte du FLN, « alors qu’il est convaincu de trahison. » [11] Le commandant Lakhdar Bouchama s’en prend également à Boussouf et à Boumédiène qu’il incrimine nommément à propos des difficultés créées par la wilaya V et l’armée des frontières aux « brigades d’acheminement des armes de la wilaya IV ». L. Bouchama pourfend le matérialisme idéologique et l’embourgeoisement attribués au FLN de l’extérieur pour mieux les opposer à l’ « élan mystique » qui a permis au peuple de soutenir l’ALN.

Après avoir été chargé des opérations d’épuration décidées par le colonel Si M’hamed à la suite des défections provoquées par l’offre de la « Paix des braves » par le général de Gaulle en septembre 1958, le commandant Lakhdar Bouchama était devenu à son tour un partisan d’une solution négociée directement avec le pouvoir français, et non pas avec les militaires d’Alger. Il considérait que le discours sur l’autodétermination du général de Gaulle était une reconnaissance des droits politiques du peuple algérien dont les souffrances devraient être abrégées par la conclusion d’un arrêt des combats. Il faisait confiance à de Gaulle pour la mise en œuvre de cette solution politique et envisageait une Algérie indépendante, entretenant une étroite coopération avec la France. Le commandant Lakhdar Bouchama était l’âme de ce qui est devenu l’opération « Tilsit » pour les Français, que Lakhdar Bourèga appelle l’ « affaire de l’Élysée » et que les historiens de la guerre d’Algérie nomment l’ « affaire Si Salah ». Le capitaine Abdelatif a exécuté ses ordres en prenant contact avec le cadi Mazighi et en assurant les liaisons avec les chefs de la wilaya IV et les interlocuteurs français.

Abdelatif arrêté et défendu par L. Bourèga

C’est pourquoi le lieutenant Lakhdar Bourèga est chargé par Si Mohamed de retrouver son chef de zone dans le courant de la deuxième quinzaine de juin. Le nouveau chef de wilaya lui donne comme consigne, en français, de le désarmer, de l’arrêter et de le lui ramener. « En cas de résistance, il ne faut pas hésiter à faire parler les armes », lui précise-t-il.

Après une nuit de marche, le lieutenant Lakhdar trouve Abdelatif au douar Choua’tia, au sud de Chréa. Le capitaine se rendait, dans le cadre de l’opération « Tilsit », dans la Mitidja et dans le Sahel pour y convaincre les chefs locaux. Le grand respect qu’il avait pour son supérieur a empêché le lieutenant Lakhdar d’exécuter à la lettre les ordres du nouveau chef de la wilaya. Il a eu recours à nouveau à un mensonge pieux quand Abdelatif a été étonné de le voir arriver. Il lui a dit que Si Mohamed prépare une grande offensive dans la Mitidja et le Sahel et a besoin de lui pour cela. « J’ai déformé la réalité pour la deuxième fois, afin d’éviter d’humilier un compagnon d’armes dévoué et sincère », explique Bourèga. Étonné de ce revirement, Abdelatif demande à aller voir Lakhdar Bouchama. « Car si Bounaama a changé d’avis, c’est que Si Lakhdar l’a fait aussi », dit Abdelatif. « Les deux hommes sont partis vers une destination inconnue dans l’Ouarsenis, et il est impossible de les rattraper », lui répond Bourèga. « Il nous faut les rejoindre, même en allant jusqu’à la frontière ouest », insiste Abdelatif. L’ancien chef de la katiba Zoubiria a accepté de le conduire au nouveau siège de la wilaya, après avoir passé deux jours avec lui, ce qui lui a permis de compléter le récit donné par Si Mohamed de l’affaire par la version du capitaine. Celui-ci lui a confirmé que Lakhdar Bouchama en a été le cerveau et que Si Mohamed a été très réticent jusqu’à la fin. La bonne foi de Si Mohamed est ainsi confirmée aux yeux de Bourèga.

Le lieutenant et le capitaine, accompagnés par Bousmaha, rejoignent Si Mohamed à Boudha, à l’est de Médéa. Si Mohamed a manifesté sa grande inquiétude de voir Abdelatif arriver avec son arme, au point de croire à un nouveau retournement de la situation contre lui. Il a fait signe à Lakhdar Bourèga de le voir en tête-à-tête et lui a demandé pourquoi Abdelatif n’était pas désarmé. « Qu’est-ce que ça veut dire ? », a demandé Si Mohamed à Lakhdar. Si Mohamed s’est montré très sévère à l’encontre d’Abdelatif, qu’il accuse d’avoir joué un rôle important dans les préparatifs de la rencontre avec de Gaulle. L. Bourèga a pris la défense du capitaine. Il a rappelé son passé de combattant dans le commando Ali Khodja ainsi que le choc provoqué en lui par son emprisonnement arbitraire en 1957. Il a fait état de son évasion héroïque en compagnie du docteur Farès. Il a témoigné qu’Abdelatif est très aimé (mahboub) de tous afin de convaincre Si Mohamed de l’effet désastreux qu’aurait son exécution. « Je connais Abdelatif très bien et je peux affirmer qu’il est récupérable », plaide Bourèga avant d’ajouter : « Je te l’ai amené sans le désarmer parce qu’il a voulu voir le commandant Lakhdar et se mettre sous tes ordres. » Si Mohamed interrompt le lieutenant Lakhdar : « Si Lakhdar n’est plus parmi nous. Il a été jugé et exécuté ! » Le lieutenant Lakhdar dit avoir été consterné d’apprendre la nouvelle de cette exécution qui semble avoir été décidée juste après son départ à la recherche de Abdelatif, pour lequel il a eu soudain peur.

Après deux heures de discussions auxquelles Bousmaha a été admis à participer à la fin, Si Mohamed a fini par être convaincu de la bonne foi d’Abdelatif et a décidé de changer d’emplacement après avoir prononcé la dissolution du Conseil de la wilaya qu’il a remplacé par le Comité militaire d’exécution et de coordination, composé des chefs de zone. Abdelatif en est membre avec le titre de chef de plusieurs zones (du fait des intérims imposés par la mort au combat des chefs de mintaka). Les chefs de zones sont convoqués à la première réunion de ce comité à Sabbah, près de Berrouaghia.

Abdelatif jugé et exécuté

C’est au moment des préparatifs de cette réunion que le lieutenant Lakhdar a été surpris par une opération héliportée à Tabouza près de Champlain. Il a eu à peine le temps de prendre sa carabine et de s’enfuir avec les rescapés parmi la dizaine de djounouds qui l’accompagnaient, sans pouvoir prendre ses affaires dans lesquelles il y avait les ordres écrits de Si Mohamed. Il semble que l’armée française ait eu connaissance pour la première fois du revirement du commandant Bounaama après la découverte de ces documents. Après cet épisode, il y eut l’affaire du faux tissal qui transportait une lettre destinée à Abdelatif pour lui annoncer le revirement de Si Mohamed et dont des agents du BEL ont fait remettre des copies aux chefs de zone. Ceux-ci ont appris par le biais de ces mystérieux documents qu’Abdelatif avait été arrêté le 6 mai lors d’un combat près de Médéa, au cours duquel ses compagnons ont péri ou ont été emprisonnés. Seul lui a été libéré [12]. C’est cette nouvelle qui a été à l’origine de la condamnation à mort d’Abdelatif par le Comité militaire d’exécution et de coordination et a rendu vaines les tentatives de Bourèga d’obtenir son acquittement. Pendant ces délibérations, Si Mohamed s’est enfermé dans un mutisme pesant, alors que, selon le lieutenant Lakhdar, une prise de position tenant compte des arguments déjà exposés aurait peut-être pu infléchir l’attitude des chefs de zones, troublés par la fausse évasion du valeureux capitaine. « Si Mohamed avait sans doute peur que cette séance ne tourne à la condamnation sans appel de tous ceux qui étaient impliqués dans l’ “affaire de l’Élysée” », estime L. Bourèga.

Abdelatif a été exécuté et son exécution a été suivie par la reddition de son tissal, nommé Samet, ce qui a permis à l’armée française d’en savoir plus sur ce qui se passait réellement dans les maquis de l’Atlas blidéen depuis les interrogations suscitées par l’absence de Si Mohamed au premier rendez-vous fixé aux chefs de la wilaya IV par le colonel Mathon et Bernard Tricot après le retour de Paris le 11 juin. L’exécution d’Abdelatif a eu lieu juste après la réunion des chefs de zone début août près de Sebbah. De faux tissal se déplaçaient dans les maquis à la recherche de Bourèga et de Bousmaha, ainsi que de la date et du lieu de la fameuse réunion des chefs de zone. Juste après cette réunion qui a pu avoir lieu dans le secret, Si Mohamed et L. Bourèga ont été pris, près de Sebbah, dans une très dure opération de réserve générale dont ils ont pu échapper par miracle.

Rôle de Bencherif dans l’exécution de Halim

Le 21 juin, Si Salah et Halim avaient été déposés en voiture par le colonel Jacquin à Tizi-Ouzou pour leur permettre d’aller mener leur campagne d’explication auprès du chef de la wilaya III, Mohand Ou Al Hadj. Les deux commandants sont revenus au siège de la wilaya IV le 16 septembre 1960, à Tagintoun près de Chréa. Leur arrivée a coïncidé avec celle du commandant Ahmed Benchérif qui mit près de six mois pour se rendre de la frontière tunisienne aux maquis de l’Algérois. Benchérif a eu un tête-à-tête avec Si Mohamed qui lui a exposé les tenants et aboutissants de l’affaire. Le commandant dépêché par l’état-major s’est alors adressé à Si Salah en ces termes : « J’aurais voulu te donner l’accolade comme me l’a demandé ton frère Ferhat que j’ai laissé de l’autre côté de la frontière. Mais après avoir entendu ce que m’a dit Si Mohamed, je ne te serre même pas la main ! » Le lieutenant Lakhdar l’interrompt en lui disant : « S’il fallait absolument juger Si Salah, ce ne sera certainement pas toi le juge parce que tu ignores tout de l’affaire dont tu es très éloigné, comme tu es éloigné de nous ! » Si Mohamed a désapprouvé cette intervention et a pris à part le lieutenant Lakhdar, croyant qu’il défiait tout le monde. « Tu es le seul habilité à prendre des décisions dans cette affaire et nous ne sommes que des djounouds prêts à exécuter tes ordres », a expliqué Lakhdar en colère contre Benchérif à Si Mohamed.

Mais à la tombée de la nuit, Halim a été arrêté brutalement et exécuté, sans que Lakhdar sache si c’était sur un ordre de Si Mohamed ou de Benchérif. Selon Jacquin, Benchérif a avoué, lors de son interrogatoire à la suite de son arrestation près d’Aumale, avoir été à l’origine de l’exécution de Halim. « Au moment où Halim était ligoté, Si Salah m’a adressé un regard implorant quelques instants mon intercession. Puis il a regardé devant lui en disant à haute voix : “C’est selon la volonté de Dieu…” » Halim a été exécuté sans que lui soit donné le temps de rédiger un rapport, comme l’avaient fait Lakhdar Bouchama et Abdelatif [13].

Lakhdar a plaidé en faveur de Si Salah avec le même souci de sauver des vies humaines et de donner leurs chances à des supérieurs qui bénéficiaient tous d’un grand prestige auprès de leurs subordonnés. Il a rappelé à Si Mohamed que Si Salah a participé au 1er novembre 1954. Il a attiré son attention sur les risques de réactions d’ordre régionaliste que comporterait l’exécution d’un chef originaire de Kabylie. C’est ainsi que Si Salah n’a pas été exécuté. Si Mohamed a chargé Lakhdar Bourèga de s’occuper de Si Salah avec lequel il est resté près de Tamezguida, à l’ouest de Chréa, environ deux mois. Ce qui lui a permis d’avoir le récit détaillé de l’affaire de la bouche du successeur de Si M’hamed qui ne semble avoir été mis au courant que début juin par les commandants Lakhdar et Halim.

Pendant ces deux mois, Si Salah a gardé son arme et son grade de commandant, sans attributions. Il s’était enfermé dans un mutisme stoïque, se contentant de répondre par écrit à Si Mohamed qui sollicitait ses avis sur les décisions à prendre [14].

L’ancien chef de katiba Zoubiria a été promu capitaine pour être nommé successeur d’Abdelatif à la tête de la zone 2. Il a été mêlé à la reprise des offensives destinées à prouver la mise en échec définitive de la tentative de paix séparée. Cette intensification de la guerre, qui servait à démentir les appréciations hâtives sur la défaite de l’ALN, s’est manifestée notamment lors de l’attaque, le 31 juillet 1960, de la plage du Chenoua où beaucoup d’officiers passaient leurs vacances en famille. Il y eut également l’opération menée par le lieutenant Bousmaha contre un officier de gendarmerie au centre de Berrouaghia. Le capitaine L. Bourèga a attaqué un centre de télécommunications près de Chréa, avec l’accord de Si Salah. Il est « descendu », pour la première fois depuis 1956, dans la Mitidja pour préparer, dans la ferme d’un colon de Birtouta favorable au FLN, les manifestations des 10 et 11 décembre à Alger. Bousmaha venait d’être nommé à la tête de la zone 6 (Alger-Sahel). Un de ses adjoints, le lieutenant Si Zoubir (alias Boualem Rouchaye), a été tué à Belcourt où il prenait la tête des manifestations.

Promu commandant, L. Bourèga est devenu membre du nouveau conseil de la wilaya chargé des questions militaires. Ce qui lui a permis de jouer un rôle de premier plan dans la crise de l’été 1962 qui a opposé la wilaya IV à l’armée des frontières. Celui qui avait su relativiser ses griefs contre celle-ci pour mettre en échec la paix réparée de 1960 et rester solidaire de la direction extérieure du FLN, a dû participer aux tentatives de la wilaya IV de barrer la route d’Alger aux troupes de Boumédienne. Cet épisode sanglant est également relaté avec précision dans les mémoires de Bourèga et mériterait un article à part.

Tel est le résumé des révélations sur l’affaire Si Salah qui permettent d’éclairer les zones d’ombre de cette mystérieuse opération. Ces indications sont d’autant plus utiles qu’elles concernent la phase où « l’historien tâtonne. Tel le non-voyant qui de sa canne recherche le sol ferme, il chemine, hésitant, en quête de certitudes. Il n’en trouve pas d’absolues » (P. Montegnon). Contrairement à ce qui a été écrit par plusieurs auteurs, l’ « affaire Si Salah » n’a pas donné lieu à d’autres condamnations à mort que celles du commandant Lekhdar Bouchama, du commandant Halim et du capitaine Abdelatif.

L’ensemble du livre de L. Bourèga éclaire sur la vie dans les maquis et sur les grandes figures de la wilaya IV, comme Si Lakhdar Mokrani, le héros de l’oued El Maleh, mort avec son frère en mars 1958 près de Maginot, Abdelaziz (un ancien de l’université islamique de la Zitouna de Tunis qui convoyait les contingents de la wilaya IV vers l’ouest en 1957) ou Boualem Oued Fell (un ancien condisciple de Lakhdar Bourèga dans les écoles coraniques de l’Atlas blidéen devenu chef de la katiba Omaria avant de trouver la mort en 1959 près de Larba), etc. La masse de données contenues dans ces mémoires fournit une référence dont ne pourront pas se passer ceux qui auront à cœur d’écrire l’histoire de l’AN que les historiens ont négligée au profit de celle du FLN.

BIBLIOGRAPHIE

·  Mohamed Harbi, Le FLN, mirage et réalités, Éd. Jeune Afrique, 1979.

·  H. Jacquin, Opération « Tilsit » dans l’Algérois, Historia-Magazine, no 311.

·  P. Montagnon, L’affaire Si Salah, Éd. Pygmalion, 1987.

·  M. Téguia, L’Algérie en guerre, OPU, 1990.

·  Bernard Tricot, Les sentiers de la paix, Julliard,1972.

NOTES

[1] Pour sa part, Téguia estimait à 5 000 djounouds les effectifs de la wilaya IV au moment de l’affaire Si Salah.

[2] N.d.l.R. — Voir dans le no 191 de la revue, septembre 1998, l’article de Jacques Valette, « Le maquis Kobus, une manipulation ratée durant la guerre d’Algérie (1957-1958) ».

[3] Lucien Neuwirth a révélé l’existence de ces contacts dans une déclaration faite au Figaro-Magazine à l’occasion du 40e anniversaire du 13 mai.

[4] Selon L. Bourèga, qui a bien connu Halim, Boumédiène n’a pas fait l’académie militaire. Par ailleurs, le mémorialiste juge que Halim était très affecté par les pertes subies par la wilaya IV juste avant l’affaire Si Salah.

[5] La wilaya IV avait un représentant permanent dans les Aurès, du fait de l’importance accordée par le colonel Si M’hamed à cette wilaya. Si Tayeb Djoghlali a été un de ces représentants de la IV dans les Aurès en 1957. Après la réunion des chefs de wilayas tenue en décembre 1958 à Djidjelli, la wilaya IV a dépêché des renforts auprès de la wilaya I (Nememchas-Aurès) pour lui permettre de venir à bout d’une dissidence. Elle a également mis trois sections à la disposition de la wilaya VI qui était en proie à des difficultés qui coûtèrent la vie à deux de ses chefs, Ali Mellah et Si Tayeb Djoghlali. À la veille de l’affaire Si Salah la wilaya IV continuait de pratiquer la solidarité avec les wilayas en difficulté en leur envoyant des contingents. Les zones de Tiaret-Frenda et de Relizane-Mostaganem de la wilaya V, qui se plaignait de l’éloignement de leur commandement basé à Oujda, bénéficiaient également de l’aide militaire de la wilaya V.

[6] La maison du cadi Mazighi était un refuge de l’ALN de la zone depuis longtemps. Lakhdar Bourèga y a été soigné par un médecin de Médéa quand il a été blessé dans un combat en 1959.

[7] La katiba Zoubiria portait le nom du lieutenant Zoubir qui est mort en mars 1957 à Sbaghnia, près de Bouinan, avec un groupe d’étudiants qui venaient de rejoindre les maquis de la wilaya IV. La plupart des katibas étaient dénommées en référence à un officier mort au combat. Ainsi la Omaria portait le nom du lieutenant Omar, la Krimia, celui d’Abdelkrim, la Hassania celui de Hassan.

[8] Le commandant Tareq (Kerzazi) a été nommé commandant par intérim de la wilaya V sur proposition de Si Mohamed. Il est mort au combat fin août 1961.

[9] Il est possible que ce soit Jacquin qui ait accompagné Si Mohamed et Lakhdar Bourèga en direction du Mongorno.

[10] Contrairement à ce qu’a écrit Yves Courrière à qui Lakhdar Bourèga et Mohamed Bousmaha ont refusé d’accorder des entretiens à Alger, quand il préparait ses livres dans les années 1960.

[11] Le commandant Si Tayeb (Omar Oussedik) était soupçonné d’avoir comploté contre Si M’hamed, en même temps qu’il était classé parmi les communistes. Le chef de la wilaya IV avait préféré l’envoyer à Tunis, en même temps que le commandant Azzedine (qui avait promis de faire adhérer d’autres officiers à la « Paix des braves » après son arrestation, suivie de sa libération, en novembre 1958), plutôt que d’avoir à les juger lui-même. « Si M’hamed n’aimait pas l’effusion de sang, même en cas de culpabilité », estime Lakhdar Bourèga.

[12] Abdelatif, qui avait un frère dans les CRS à Alger, a été dénoncé par Sid Ali qui s’est rendu et est devenu un officier de l’armée française après un stage à l’École de Cherchell. Il a ensuite épousé la fille d’un général français.

[13] M. Téguia, à qui l’on doit la version la plus précise de l’affaire Si Salah, se trompe sur la date du retour de Si Salah et de Halim qu’il situe au début du mois d’août. Le récit de Lakhdar Bourèga la complète en apportant des indications précises qui faisaient défaut. L’auteur conteste le rôle que s’attribue Ahmed Benchérif dans son livre L’aurore des mechtas.

[14] On sait que Si Salah est mort le 20 juillet 1961 près de Bouira après un accrochage avec une unité de Chasseurs alpins. Si Mohamed est mort le 8 août 1961 encerclé par le 11e Choc dans une maison de Blida. « En se rendant à Blida en août 1961, il a pris une initiative contraire à l’habitude selon laquelle un chef de wilaya ne se rend jamais en ville. Il voulait sans doute mourir au moment où les négociations venaient de progresser à Lugrin. Il ne voulait pas survivre alors que tous ses compagnons de l’ “affaire de l’Élysée” avaient tous disparu », m’a dit le commandant Lakhdar Bourèga récemment.

source:lqa.com

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السيناتور السابق والمجاهد جمال الدين حبيبي ضيف  »النقاش » : بن بلة ادّعى هجوم المغرب على الجزائر في 63

Posté par algeriedemocratie le 23 avril 2010

السيناتور السابق والمجاهد جمال الدين حبيبي ضيف  »النقاش » : بن بلة ادّعى هجوم المغرب على الجزائر في 63 لوقف الصراع على السلطة بن بلة ادّعى هجوم المغرب على الجزائر في 63 لوقف الصراع على السلطة يعري المجاهد والسيناتور السابق، جمال الدين حبيبي، حقائق جديدة تتعلق بثورة التحرير، كانت قبل الآن من المسلمات التي لا نقاش فيها، بسبب عدم رغبة المسؤولين الحاليين في العودة إلى الوراء، حيث يكشف أن هجوم المغرب على الجزائر سنة 1963 لم يكن إلا ادّعاء من الرئيس الأسبق أحمد بن بلة من أجل وقف الصراع على السلطة، وأن مليون ونصف المليون شهيد أكذوبة لنهب المال. كما ينسب اغتيال الشهيدين سي الحواس وعميروش إلى جماعة وجدة وغارديماو، ويقول إن بومدين وبوتفليقة تنقلا إلى المنطقة السابعة من أجل التقاط صور مع مجاهدين، ولم يخدما الثورة بالطريقة المشاعة عنهما. أما بخصوص وضع الجزائر الحالي، فيرى أنها أصبحت ورشة للصوصية ونهب المال وإفقار الشعب، وبالتالي فهي مستعمرة في يد عصابة، بعد أن حررها المجاهدون من الاستعمار الفرنسي. ويرى أيضا أن الرئيس عبد العزيز بوتفليقة لم يفعل سوى الاستمرار في سياسة البرستيج التي انتهجها الرئيس الراحل هواري بومدين.


من ركبوا قطار الثورة في اللحظات الأخيرة أصبحوا يتقدمون الصفوف

خلال لقاء مع طاقم  »الخبر الأسبوعي »، أوضح جمال الدين حبيبي، هذا الوجه من وجوه ثورة التحرير، أن  »الذين ركبوا قطار الثورة الجزائرية في اللحظات الأخيرة هم من أصبحوا يتقدمون الصفوف ويقودون ويتزعمون »، كما أكد على أن المغرب لم يهاجم الجزائر في 1936 مثلما هو معروف، مشيرا إلى أن أحمد بن بلة ادعى ذلك لوقف الصراع الدائر على السلطة.

بومدين قدم من المغرب مع شخص في سفينة وجلب معه بعض الأسلحة. لم تكن أسلحة كثيرة، نظرا لكون السفينة كانت قاربَ نزهة صغيرا. رفيق بومدين هذا كانوا ينادونه في البداية سي مراد. وبعد ذلك، أصبحوا ينادونه سي بوسيف، وفي الأخير الحبيب  »زون » 4! من كان هذا الرجل؟ إسمه الحقيقي حلفاوي محمد صالح، وهو من عزابة. وقد تجاهله التاريخ اليوم. لقد مُحي من التاريخ كما مُحي كل الثوار. هذا الرجل جرت تصفيته خلال الثورة. لعلكم تذكرون أنه في نوفمبر 1999 أعاد بوتلفيقة الاعتبار لأربعة من الثوار من ضحايا جماعة وجدة. كان هناك النقيب زهدور محمد المدعو عبد الخالق، قائد المنطقة السادسة بالولاية الخامسة الذي استدعته قيادة الأركان بوجدة وأعدمته هناك، إضافة إلى الضابط بوزيدي مختار المدعو عقب الليل، الذي أعدم هو الآخر بوجدة، وحلفاوي محمد صالح الذي رافق بومدين وفضل الالتحاق بالثورة في الداخل، وانتهى إلى المصير نفسه بعد استدعائه إلى وجدة، شأنه شأن بلحسن محمد المدعو النقيب الزوبير من منطقة الدهموني بتيارت، المنطقة السابعة بالولاية الخامسة الذي فرّ من جماعة وجدة ولجأ إلى الرباط، وطلب حماية الملك محمد الخامس الذي اشترط على بومدين عدم إعدامه بعد تسليمه له، إلا أن بومدين خلف وعده وألحقه بقائمة المعدومين.
كان بوتفليقة قد هاتفني ليطلب مني موافاته بأسماء هؤلاء الأربعة الحقيقية بأسرع وقت. وبالطبع، علمت فيما بعد أن الغرض كان إعادة الاعتبار لهؤلاء الثوار. أصبحنا اليوم نعيد الاعتبار لأبناء الثورة.. لأولئك الذين غذوا الثورة بعرقهم وبدمهم! لأولئك الذين صعدوا إلى الجبل في سبيل الله! في سبيل الوطن! أعود إلى مقولتي التي لن أملّ من ترديدها.. لقد حرّرنا الجزائر من فرنسا، فمن خلفها في استعمارها؟ لقد استعمرها من لا يعرفونها!
ويعود ضيف  »الخبر الأسبوعي » إلى النزاع بين قيادة الأركان والحكومة المؤقتة من موقع معايشته له في عاصمة المغرب. يقول ضيفنا إن الحكومة المؤقتة حققت النتيجة التي عملت من أجلها مع إطلاق فرنسا سراح المختطفين الخمسة (بن بلة وبوضياف وصحبهما). لقد عمد الهواري بومدين إلى استغلال شعبية بن بلة في تنفيذ مخططه، ولم يكن هذا الأخير أقل دهاء، فاستغل هو الآخر قوة بومدين. ولا يجب أن نغفل وجود حوالي ستة آلاف رجل عند الحدود. لكن، عندما دخلنا البلاد، عاد النزاع من جديد بين الولاية الخامسة والولاية الرابعة، ووقعت مواجهات واتسعت رقعته ولكنها توقفت. كيف؟ بن بلة اختلق عدوان المغرب على حدودنا، وأخذ يصرخ أن المغاربة هاجمونا. وهذا غير صحيح على الإطلاق. لم يهاجمنا لا المغاربة ولا التونسيون، ولم نكن في وضع يغريهم بذلك، لم يكن المغاربة قادرين على مهاجمتنا. الغرض من ذلك كان وقف النزاع الداخلي، وهم كانوا يعلمون أن الكولونيل ولد لحاج كان ذا روح وطنية عالية، ولم يكن يقبل أن تتعرض البلاد إلى أي تهديد. لم يقع أي شيء مما كانوا يزعمونه. لم تتعرض الحدود لأي عدوان تلك السنة .1963 آيت أحمد نفسه لبس اللباس العسكري. لكنه لم يغادر منطقة القبائل. وباناسبة أريد أن أقول أن أيت أحمد يمثل الخط الأخير للوطنية. ولو كان هناك اعتداء مغربي، لما تأخر باللحاق بالحدود للدفاع عن بلاده. التاريخ لا تكتبه الأكاذيب.
ـ لماذا لم تكذّب أية جهة هذه القصة؟
ـ أنا أقول وأكرر، وقد كتبت ذلك ونشرته عبر الأنترنت إنني أتحدى القيادة بأجمعها أن تردّ على أقوالي هاته! من يملك معلومات تدحض أقوالي هاته، فليتفضل! قطار الجزائر محكوم عليه ألا يغادر المحطة إطلاقا. إنه مقيّد! وما لم تبرز قوة ثورية جديدة في وسعها إطلاق القطار، فسيظل واقفا هناك ينتظر إشارة انطلاق لن يأتي. إننا نعيش حاليا فصلا جديدا من فيلم الإحتلال الفرنسي. إنهم يتكلمون اليوم عن جامعة من القطاع الخاص. ومعنى ذلك أن أبناء العمال والفلاحين، وهم الأغلبية، لن يكون في مقدورهم دخولها. تحويل كل القطاعات إلى قطاع خاص معناه بكل بساطة سيادة طبقة معينة وعودة استعمار جديد. أنا أقول لا لعودة الخماسة.
لقد استحوذوا على كل شيء وباعوا كل شيء دون مشاورة أحد، فإلى أين تسير البلاد؟ الثورة الجزائرية تلغمت من الداخل بفعل أجانب عنها. تعرضت للخيانة وللتلغيم وعرفت صنفين من الضحايا.. ضحايا قتلتهم فرنسا وضحاياها آخرون قتلوهم هم! من هؤلاء الذين تقصدهم بـ »هم »؟ القيادة الثورية! جماعة وجدة والحدود وغارديماو! أن تفضح اليوم إسما أو عددا من الأسماء، لهو عمل سهل، لكن أن تقدم على اغتيال شخص ثم تعيد الاعتبار إليه فيما بعد، فهذا ما لا أجد له وصفا.
علاوة. ب


كريم بلقاسم بريء من اغتيال عبان

نفى السيناتور السابق جمال الدين حبيبي، أن يكون كريم بلقاسم المسؤول عن اغتيال عبان رمضان، وحجته في ذلك أن  »عضو مجموعة الستة » لم يكن في وجدة، وبذلك يخالف أغلب المصادر التاريخية التي تؤكد بأن كريم بلقاسم ذهب إلى المغرب رفقة عبان رمضان ومحمود شريف، مرورا بروما ومدريد في أواخر ديسمبر .1957
الكثير من المصادر تؤكد أن كريم بلقاسم رافق عبان رمضان إلى إحدى المزارع بالمغرب، أين تم تنفيذ حكم الإعدام في حقه من طرف عونين لعبد الحفيظ بوصوف. رغم كل هذه المصادر التاريخية التي تجمع على هذا الرأي، إلا أن حبيبي، وهو عضو سابق في الغرفة العليا للبرلمان الجزائري، يؤكد براءة كريم بلقاسم، ودليله في ذلك ما قاله بالحرف الواحد:  »على حسب معرفتي لا »، و »كان لي الشرف أن التقيت به (ويقصد كريم بلقاسم) عام ,1961 فهو شخص وطني وليس مجرما، هو ثوري من بين الأوائل الذين التحقوا بالجبل في . »1947 وهنا، يحاول ضيف النقاش أن يعطي أحكاما قيمية دون سند تاريخي واضح لمحو التهمة عن قائد المنطقة الثالثة، الذي ألصقت به أيضا تهمة اغتيال العقيد عميروش. وفي هذا السياق، يقول حبيبي إن فرنسا لم تقتل العقيدين سي الحواس وعميروش، وإنما تم جرجرتهما إلى أحد الجبال وتم اغتيالهما من طرف بعض قادة الثورة، عكس ما صرح به الأمين الخاص للعقيد عميروش، حمو عميروش، الذي كتب مؤخرا كتاب بعنوان  »أكفادو.. عام مع العقيد عميروش »، والذي يقول فيه إن العقيدين عميروش وسي الحواس تم اغتيالهما خلال اشتباك مع الجيش الفرنسي  »في هذا اليوم المصيري 28 مارس في معركة دارت رحاها بين أربعين من رفقاء العقيدين سي الحواس وعميروش و2000 رجل من فلول الجيش الفرنسي في جبل تامر، قتل العقيدان في أمسية من أمسيات رمضان ». ومن جهة أخرى، لم يخف صاحب الكتاب شكوكه في كون بعض من أعضاء الحكومة المؤقتة لهم ضلع في قتل العقيدين، على أساس أن الشفرة السرية للاتصالات التي كان يستعملها عميروش تم خرقها من طرف الجيش الفرنسي منذ زمن، ولم يتم إخطار عميروش بذلك من طرف الحكومة المؤقتة التي كان مقرها تونس آنذاك.
وسيلة بن بشي


العقيد عميروش لم يكن له سكرتير بل سكرتيرة

يذهب السيناتور السابق والمجاهد، جمال الدين حبيبي، أبعد عندما يشكك في أن حمو عميروش كان سكرتيرا خاصا للعقيد عميروش، عندما قال:  »عميروش لم يكن له سكرتير بل سكرتيرة، وكانت أستاذة رسم في ثانوية عمر راسم، ويمكنكم أن تسألوا عنها وتسألوها ». أما بشأن حمو عميروش والكتاب الذي أصدره، فقال ضيف  »الخبر الأسبوعي » بأنه لم يسمع به من قبل.


التصفيات التي حدثت خلال الثورة إرهاب

قال ضيف النقاش إن التجاوزات والانحرافات والتصفيات التي حدثت أثناء الثورة التحريرية الجزائرية إرهاب »، متسائلا:  »ماذا يعني عندما تقتل ثوريا؟ كيف نسمي عملية إعدام تنفذ في حق ضابط في جيش التحرير الوطني؟ هذا فعل إرهابي ». أما فيما يتعلق بقضية المصاليين، ومدى إمكانية اعتبار ذلك من التجاوزات التي وقعت خلال الثورة والتي يصفها هو بالإرهاب، قال محدثنا بأن قضية المصاليين مختلفة، ولا يمكن أن نصنفها ضمن خانة ما يعتبره هو إرهابا وتصفية لخيرة قادة وأبطال الثورة.
وسيلة. ب


بوتفليقة أمـّم بومدين ودفن الأفالان

شدد جمال الدين حبيبي على وصف حزب جبهة التحرير الوطني بأنه  »هيكل دون روح »، وأنه مجرد إرث تاريخي لم يعد له أي دور الآن، وقال إن رجاله الحقيقيين توفوا ولم يعد لهم وجود، وأن  »الأفالان هو شعار ينتمي للثورة التحريرية ».
وحمل حبيبي مسؤولية الوضع الداخلي المتردي الذي يعيشه الحزب في السنوات الأخيرة، إلى الرئيس بوتفليقة، فأول ما قاله عن الحزب أن بوتفليقة قال مقولة شهيرة تصب في هذا المعنى وهي  »قمت بتأميم بومدين وسأدفن جبهة التحرير الوطني »، وهي المقولة التي يقصد منها المتحدث بكل وضوح أن الرئيس له اليد الطولى لما يحدث من صراعات داخل بيت الحزب العتيد.
وقال السيناتور السابق، في تحليليه للوضع الذي أصبح عليه الآن هذا الحزب بعد كثير من التصدعات والصراعات اللامتناهية، إنه توجد علاقة مباشرة بين حزب فرنسا واللفيف الأجنبي الذي يدور حول الأفالان، مؤكدا أن ما يعرف بـ »حزب فرنسا » موجود، وأن الذين خططوا له مسؤولون بتواطؤ مع الثوار الحقيقيين، والمجاهدون هم أقلية لا تستطيع التحرك أمامه.
كريمة بوعباش


الجزائر حررت من فرنسا واستعمرت من طرف مجهولين

يقول السيناتور السابق، جمال الدين حبيبي، إن المجاهدين حرروا الجزائر في حين استعمرها آخرون، لم يحددهم، حيث يعتبر أن الجزائر تعيش كارثة بعد كارثة منذ الاستقلال إلى اليوم، وأن الموطنين والمجاهدين الحقيقيين يتساءلون  »لقد حررنا الجزائر من فرنسا، فمن الذي استعمرها اليوم؟ ».
هذه الجماعة التي استعمرت الجزائر بعد الاستقلال، حسب ما يراه حبيبي بلغت مقصودها بتواطؤ من بعض مسؤولين ثوار حقيقيين  »لا نشكك في وطنيتهم، لكنهم تركوا الآخرين يمرون »، وقد  »خططوا لها خارج الحدود »، لكنهم لن يستطيعوا أن يقوموا بأكثر من هذا لأن المجاهدين الحقيقيين يعرفون جيدا من الحركي ومن المجاهد. وعند رده على سؤال من استعمر الجزائر؟ يقول إن  »الذين استعمروها هم الذين لا يعرفونها »، وهي طبقة معينة تسير البلاد وتسعى لخلق الطبقية في الجزائر، وهي تريد أيضا إعادة نظام الخماسة في الجزائر، من خلال إفقار الشعب وتقاسم الريع بينهم. وحسب حبيبي، هذه الجماعة التي استعمرت الجزائر هي التي تفكر الآن في إقامة الجامعة الخاصة لإبعاد أبناء الشعب البسيط عن الدراسة بها.
محمد. ب


مليون ونصف مليون شهيد أكذوبة كلفتنا كثيرا

يؤكد ضيف  »النقاش »، جمال الدين حبيبي، أن رقم المليون ونصف مليون شهيد أكذوبة كلفت خزينة الدولة أموالا طائلة، مشيرا إلى أن اليهود استفادوا من تضخيم أرقام المحرقة، أما نحن فكذبنا كذبة لا نزال ندفع ثمنها سنويا من خزينة الدولة.

قال ضيف  »الخبر الأسبوعي » إن المحرقة كذبة فرضها اليهود على التاريخ، وهي الآن محمية من الدول الغربية. وحسب حبيبي، فإن كذبة اليهود جعلت منهم اليوم دولة عظمى نووية وذات نفوذ مالي في العالم، وكل دولة تتكلم عن المحرقة تقوم عليها الدنيا ولا تقعد، إضافة إلى أن الألمان لا يزالون يصرفون عليها المال إلى الآن، وهي  »إلى الآن تخدم عليهم ». أما الجزائريين، فقدموا كذبة المليون ونصف المليون شهيد ليخسروا عليها الملايير وهم  »الآن يخدموا عليها ».
أما بخصوص الجدل الذي أثير حول القضية في وقت سابق، والذي سبق بأيام قليلة تعديل الدستور، حين طالب النائب عن التجمع من أجل الثقافة والديمقراطية في البرلمان، نور الدين آيت حمودة، من السلطات تقديم الدليل على عدد المليون ونصف المليون شهيد، فيرى حبيبي أن آيت حمودة أثار القضية من ناحية سياسية.
وأوضح أنه أثار هذا الموضوع مع عدة جهات عليا، لكن هؤلاء أجابوا بأن الوقت تأخر، وبأنه من غير الممكن مراجعة رقم المليون ونصف المليون شهيد.
واعتبر أن سياسة عدم الرجوع إلى الوراء وتقديم إحصائيات يبقي أيضا ملف المجاهدين دون دراسة، وبالتالي بقاء عدد المجاهدين المزيفين على حاله، والذي ازداد بعد الاستقلال بشكل كبير، ووصل إلى أزيد من 006 ألف مجاهد، مشيرا إلى أن وزير المجاهدين الأسبق، محمود ڤنز في لقاء معه شد رأسه وصرخ قائلا  »عندي حركى في الوزارة ». ويكشف حبيبي أيضا أنه غداة الاستقلال، التحق 111 ألف شخص من الوحدات الفرنسية ب »روشي نوار » بومرداس حاليا بصفوف المجاهدين، مؤكدا على أن كلهم لديهم الآن أوسمة شرف.
وحول هذا الملف، يضيف السيناتور  »نعرف من هو الحركي ومن هو المجاهد، لهم ملفات حول كبار المسؤولين، لكن من يتجرأ لتوجيه أصابع الاتهام لهم »، ثم يكشف أنه كان رئيسا للجنة الاعتراف، وقام بتحقيق حول أحد المجاهدين المزيفين بعد أن سمع أن العديد من الناس يقولون بأنه حركي، حيث اتصل بقيادة الدرك الوطني بمستغانم وبمصالح الشرطة، ثم تنقل إلى مكان ازدياده بمازونة وهو مكان اسمه بوحلوفة، ليكتشف أنه حركي، ورغم ذلك إلا أن تدخلات على أعلى مستويات طلبت منه تمرير ملفه، ومنحه شهادة الاعتراف بالمشاركة في الثورة، مشيرا إلى أنه رفض بشدة، وفضل الاستقالة من منصبه، موضحا أن هذا الشخص لا يزال على قيد الحياة، ولم يحصل فقظ على شهادة المشاركة في الثورة، بل إنه يعتبر الآن من إطارات الثورة، في حين أنه حركي.
وتحدى حبيبي كل من يدّعي أنه مجاهد بدعوتهم إلى مناظرة، شريطة أن يحضروا الدفتر العائلي الخاص بهم، في إشارة منه إلى أنهم كانوا جميعا في بيوتهم، يتزوجون وينجبون الأطفال.
محمد بلعليا


لو سلمتنا فرنسا الأرشيف لذهب نصف المسؤولون إلى السجن

أكد جمال الدين حبيبي أنه ليست هناك نية أو إرادة من طرف السلطات الجزائرية لاسترجاع الأرشيف الموجود لديها، والمتعلق بأرشيف الفترة الاستعمارية، وخاصة فترة حرب التحرير الجزائرية.
وأشار ضيف  »الخبر الأسبوعي » إلى أنه لو سلمت فرنسا الأرشيف الموجود لديها للجزائر، لذهب نفس المسؤولون إلى السجن، بسبب تاريخهم. وأكد حبيبي أن الشعب الجزائري يعرف الحقيقة جيدا، وأن كل مواطن في قريته أو في مدينته يعرف من هو المجاهد الحقيقي ومن هو الخائن ومن هو الحركي، فلسنا في حاجة إلى أرشيف آكس ان بروفانس أو نانت من أجل أن نعرف المجاهد الحقيقي والخائن.
ك. ز


سي صالح وجماعته لم يلتقوا ديغول في الإليزي وإنما في فيلا كوبلي

أكد ضيف  »النقاش » على أن قضية سي صالح زعموم فيها الكثير من مناطق الظل، مؤكدا على أن خلافا لما هو متداول، فإن زعموم ولخضر وحليم وبونعامة لم يقابلوا الجنرال شارل ديغول في الإليزي وإنما في فيلا كوبلي، وهي مطار عسكري، مشيرا إلى أن ديغول لم يصافح زعموم ومن معه، وقال لهم سأصافحكم في المرة القادمة، مؤكدا على أن هذه المعلومات وردت في مجلة  »هيستوريا » الصادرة عن الأكاديمية الفرنسية.
وأضاف أنه بعد عودة زعموم ومن معه، ألقي القبض عليهم واقتيدوا إلى تونس من أجل محاكمتهم، ولكنهم تعرضوا لتصفية جسدية في الطريق، مشددا على أن الإبقاء على بونعامة وتصفية الآخرين الذين كانوا معه نقطة استفهام كبيرة. وأضاف أنه لما يفكر اليوم فيما فعله صالح زعموم، يعتقد أنه لو كان مكانه، لما قبل أيضا أن يقوم هو بعمل يجني ثماره غيره.
ك. ز


بومدين وبن بلة مسؤولان عن إعدام العقيد شعباني

ذكر جمال الدين حبيبي أنه في شهر أكتوبر من عام 1964 كان في مدينة ليل شمال فرنسا، فرأى أمامه مجموعة من الفتيات يبلغن من العمر ما بين 15 و16 سنة، وكن يلبسن لباسا رياضيا، وكان معهن مدرب يحمل في يديه جريدة  »لافوا دي نور »، فطلبت منه أن أتصفح الجريدة فسلمني إياها، وبمجرد أن أمسكتها، قرأت على صدر الصفحة الأولى خبر إعدام العقيد محمد شعباني.
وأضاف حبيبي أن شعباني تعرض للتصفية الجسدية لأنه كان شخصا وفيا لمبادئه وللثورة، ولم يكن مسموحا له بأن يبقى على قيد الحياة، كان من الضروري أن يلحق بالعقيدين عميروش وسي الحواس، والذين يدّعون اليوم بأنهم كانوا ضد اغتيال شعباني، أقول لهم:  »لقد تمنيتم وأردتم وقمتم بتصفية شعباني ».
وردا على سؤال بشأن من المسؤول عن إعدام شعباني، قال ضيف  »الخبر الأسبوعي »: كلاهما مسؤول، بومدين وبن بلة، لأن هذا الأخير كان رئيسا للدولة، وكان بإمكانه أن يصدر عفوا عن شعباني، ولكنه لم يفعل ذلك، لأنهم سعوا للتخلص منه مثلما تخلصوا من قيادات ثورية كثيرة.. مشددا على أن العقيد محمد شعباني كان شابا ثوريا متمكنا، ولولا ذلك، لما أصبح عقيدا وهو في ريعان الشباب، وكان المستقبل كله أمامه. وأكد ضيف  »النقاش » على أنه لا يستبعد أن شعباني كان سيكون رئيسا للجمهورية لو بقي على قيد الحياة، لكن للأسف، هناك من قرر التخلص منه وإزاحته من الطريق.
كمال. ز


الرئيس رسخ الجهوية الضيقة

لا يعتبر ضيف  »الخبر الأسبوعي » بومدين وحده من المتسببين في ما آلت إليه الجزائر من ترد على جميع الأصعدة، فيحمل الرئيس عبد العزيز بوتفليقة المسؤولية أيضا، لأنه واصل ما أسماها بسياسة  »البرستيج » ورسخ الجهوية الضيقة في اختيار طاقمه الحكومي، وهو نفس الأسلوب الذي انتهجه الرئيس زروال، لكن الفارق بينهما أن هذا الأخير لم يسمح بحدوث الانزلاقات والاختلاسات والتلاعبات بالمال العام بالشكل الفاضح الذي حدث في عهد بوتفليقة.
في هذه النقطة، يتوقف جمال الدين ليروي حادثة لقائه مع اليامين زروال وما دار بينهما حول موضوع الجهوية في حاشية الحكم، فيقول:  »في أحد الأيام، قلت لزروال: الجزائر أم الجميع أليس كذلك؟ فأجابني: نعم. قلت: أرى 20 وزيرا من دوار واحد من باتنة. فأجاب: بل من خيمة واحدة، لكنهم يعملون جيدا ». يواصل:  »في عهد زروال، كان هناك عدد قليل من الوزراء عكس الآن، وكان هناك نوع من التوازن الجهوي في اختيارهم، ولم تحدث فجوات وانزلاقات ونهب للمال العام كما حدث في فترة حكم بوتفليقة الذي رسخ الجهوية بعمق في اختياره للطاقم الحكومي، أنا حاربت جهوية زروال وأحارب جهوية بوتفليقة ».
وأعطى جمال الدين جبيبي صورة مختصرة لمعاناة الشعب الجزائري، بفعل هذه السياسات الفاشلة المتراكمة على الجزائر، تتمثل في توزيع المياه الصالحة للشرب والكهرباء، فهي ـ على حد قوله ـ توزع على الناس مثلما كانت توزع المواد الغذائية أيام الحرب العالمية الثانية. ومع ذلك، فالمواطن اليوم مجبر على دفع فاتورة استهلاكه والشعب  »أصبح اليوم عبارة عن ملاحظ يرى الناس الذين جاؤوا بالجزائر إلى هذا الخراب جالسين على ثروة الغاز والنفط… »، يضيف ضيف ركن  »النقاش ».
كريمة بوعباش


الجزائر ورشة كبيرة للصوصية

 »الجزائر ورشة كبيرة للصوصية ».. هكذا يشخص جمال الدين حبيبي وضع الجزائر، حيث يرفض القول بوجود أزمة اقتصادية، ويشدد على أن البلاد تعيش أزمة سياسية، وأنه ليس لها أزمات أخرى  »فالجزائر ليست صندوق توفير الأزمات، وأزمتنا الوحيدة سياسية ».
وشبه حبيبي ما يجري من اختلاسات وفساد مالي في للجزائر بما حدث في الإكوادور والشيلي وكوبا وكثير من دول أمريكا اللاتينية، متسائلا عن الحجم الحقيقي للأموال التي اختلست من هنا وهناك في السنوات الأخيرة، مثلما كشفت عنه  »الخبر الأسبوعي » في عددها السابق بخصوص سرقة رئيس المجلس الشعبي السابق عمار سعداني 3000 مليار. وهنا، يركز حبيبي على أن سعداني لم يسرق هذا المبلغ فقط، وأنه يجب أن يقدم للمحاكمة إن ثبت ذلك، فالعدالة هي المخولة لكشف ملفات الفساد وليست أجهزة المخابرات. وقال إنه  »لا يوجد بلد متحضر تحدث فيه اختلاسات بهذا الشكل دون أن تتم متابعات قضائية، فالجزائر تكتفي بإعلام المواطن عن طريق الصحافة بحدوث هذه الاختلاسات ». كما يستغرب السماح لعملية فتح الحسابات بالعملة الصعبة، وهي الظاهرة التي لا توجد في البلدان الغربية أو في بلدان العالم الثالث، وهذا الوضع مقصود من أجل أن تبقى  »الجماعة التي تحكم البلاد مسيطرة »، فالملايير من الأموال تغادر القطر الجزائري دون متابعة، وكأننا لا نملك شرطة ولا جمارك، ومجلس المحاسبة لا يعمل.
وحسب حبيبي، فإن الفساد موجود على مستوى السلطة. ففي عهد الرئيس الأسبق الشاذلي بن جديد، كانت أموال البترول توجه لاقتناء الثلاجات والأجبان والموز، أما اليوم، فإن الفساد ازداد من خلال توجيه هذه الأموال في  »اقتصاد الحاويات »، دون التفكير في بناء اقتصاد حقيقي، فقد خصخصوا كل شيء وباعوا كل شيء.
م. ب


جماعة وجدة وغارديماو هي التي اغتالت عميروش وسي الحواس

كشف السيناتور السابق جمال الدين حبيبي أن العقيدين عميروش وسي الحواس لم يسقطا في  »ميدان الشرف »، كما تدّعي الرواية الرسمية لمقتلهما. وأضاف أن كلا من عميروش وسي الحواس تعرضا لتصفية من قيادة الثورة التي كانت موجودة في وجدة بالمغرب وغارديماو في تونس، نافيا أن تكون فرنسا هي التي قتلتهما في جبال بوسعادة، مشددا على أن العقيدين عميروش وسي الحواس كانا من كبار قادة الثورة في الداخل ومن أبطالها العظماء، الذين كان يجب التخلص منهم بالنسبة لمن خططوا ورسموا للسطو على الثورة وعلى الاستقلال.
وأوضح أنه في أكتوبر 2891 كان في مقبرة العالية رفقة العقيد أوعمران، فجاء قاصدي مرباح، وكان وقتها وزيرا للصناعة، فخاطب أوعمران مداعبا إياه  »أرواح يا وحد الحركي »، فقال له أوعمران:  »لماذا تحتجزون جثتي العقيدين عميروش وسي الحواس في ثكنة للدرك الوطني، لماذا تخافون منهما حتى وهم في عداد الموتى »، وشدد على أن الثورة أنجبت الكثير من الأبطال، بل إن كل قرية أنجبت أبطالا، وللأسف، الكثير منهم تعرضوا للتصفية.
وقال ضيف  »الخبر الأسبوعي » إن حزب فرنسا موجود فعلا في الجزائر، مشددا على أن المجاهدين الحقيقيين أضحوا اليوم أقلية، وأشار إلى أن حزب فرنسا خطط له أهله وبلغوا أهدافه بتواطؤ كثير من المسؤولين، وحتى بعض الثوار الحقيقيين.
وأوضح أن الثورة الجزائرية كانت ضحية مخطط لضربها، وهذا المخطط جرى في الخارج، مؤكدا على أن الثورة كانت محل اهتمام الكثير من أجهزة المخابرات العالمية، والتي تعرف أشياء وحقائق لا نعرفها حتى نحن كجزائريين.
وذكر أن الذين خططوا لضرب الثورة يعتقدون أنهم اليوم نجحوا، ولكني أقول إنهم لم ينجحوا ما دام هناك صوت واحد يتكلم ويقول الحقيقة.
كمال زايت


بومدين جاء بـ »سياسة البرستيج » وبوتفليقة واصلها

يرى جمال الدين حبيبي، المجاهد والسيناتور السابق، أن الجزائر تمر بأسوإ مراحلها على الإطلاق، وأنها تعيش أزمة سياسية لا اقتصادية، سببها تبني سياسات لا تخدم مصالح الشعب، أغرقت البلاد فيما هي عليه اليوم من انزلاقات خطيرة، لعل أهم هذه السياسات وأخطرها على البلاد كانت  »سياسة البرستيج » التي انتهجها الرئيس الراحل هواري بومدين وواصل في تطبيقها الرئيس الحالي عبد العزيز بوتفليقة.
وإذا كانت نظرة جمال الدين حبيبي، العضو السابق في مجلس الأمة، حول الأزمة في الجزائر سوداوية جدا، فإنه يحمل مسؤوليتها لبعض الرؤساء الذين اعتلوا سدة الحكم، أولهم هواري بومدين لأنه تبنى  »سياسة البرستيج » التي لم تعن ـ حسبه ـ بالمشاكل الداخلية التي كانت تعانيها البلاد وهي في مرحلة البناء.
ولم يركز المجاهد جمال الدين حبيبي في انتقاده اللاذع للسياسات التي سارت عليها البلاد على فترة الرئيس الأسبق أحمد بن بلة، فاكتفى بالقول  »نحن كنا ضحايا بن بلة »، دون أن يتحدث عما كان يقصده وعن سياسته في الداخل أو الخارج، ليصب بعد ذلك كل المساوئ على سياسة الرئيس الراحل هواري بومدين، والذي يعتقد أنها لازالت تنتهج حتى الآن، لكن في قالب آخر وبأسلوب ليس مختلفا كثيرا، فهو يرى أن  »سياسة الجزائر كانت دائما ولا تزال سياسة برستيج ».
فما هو مفهوم هذا المصطلح الجديد الذي يطلقه السيناتور على السياسة البومدينية؟ الإجابة بسيطة، ففي اعتقاده أن الراحل بومدين لم يول الأهمية لبناء دولة جزائرية قوية نخرتها وأهلكتها المرحلة الاستعمارية، بل فضل إعادة الجزائر إلى الواجهة الدولية على حساب بناء اقتصادها، فأنفق من الأموال على المحافل الدولية ما كان كافيا لخلق وتطوير الاقتصاد الجزائري، وهو برأيه الخطأ الكبير الذي ارتكبه بومدين وكان من بين الأسباب التي أدخلت الجزائر في الدوامة التي تعيشها اليوم، فيقول في هذه النقطة:  »بومدين جاء بسياسة البرستيج، كانت سياسة أجنبية وليس داخلية، تركز على حركات التحرر، اللقاءات الدولية، فالأغلفة المالية كانت توزع على إفريقيا ». ويعود إلى الخرجة الشهيرة التي فاجأ بها بومدين العالم بظهوره على منصة الأمم المتحدة وهو يتحدث باللغة العربية، فيقلل كثيرا من قيمتها المعنوية والسياسية على الصعيدين الداخلي والخارجي، حين تساءل  »كم صرفت الجزائر على ظهور بومدين في الأمم المتحدة؟ ملايير الدولارات؟ وبالمثل، انتقد دعم الجزائر للقضية الفلسطينية على حساب شعبها، عندما واصل تساؤلاته عن الأموال التي كان بومدين يخصصها للسياسة الخارجية المبنية على دعم الحركات التحررية في الوطن العربي وإفريقيا، فيضيف:  »أنفقنا ملايير الدولارات لإدخال الرئيس ياسر عرفات إلى الأمم المتحدة، كنا نصرف أموال الجزائر على إفريقيا ونصرف الكثير حتى يصفقوا علينا في المحافل الدولية ».
كريمة بوعباش


بومدين وبوتفليقة تنقلا للمنطقة السابعة لالتقاط صور لهما

لا يجيب المجاهد جمال الدين حبيبي، ابن الشهيد المعروف  »سي الميلود حبيبي »، بوضوح حول مسألة مشاركة الرئيس الراحل هواري بومدين والرئيس الحالي عبد العزيز بوتفليقة في الثورة، وأوحى كلامه في هذا الموضوع عن الرجلين أنهما لم يقوما بالكثير، وأن مشاركتهما كانت شكلية لا أكثر ولا أقل، وهي لا تساوي شيئا مما قدمه قواد الثورة التحريرية.
ولم يوضح ابن الشهيد  »سي الميلود »، بحكم ما يقول إنه يعرفه عن الثورة ورجالها، هل شارك بومدين وبوتفليقة أم لم يشاركا فيها، وفتح الباب واسعا للتشكيك في هذا الأمر، فإجابته على سؤال الصحفي في ركن  »نقاش » جاءت على شكل سرد لواقعة التقاط بوتفليقة صورا مع مجموعة من الصحفيين بالمنطقة السابعة المحاذية للولاية الرابعة في ماي .1957 وتكررت هذه الحادثة مع بومدين شهرين بعد ذلك، أي في جويلية من نفس السنة، عندما التقط بدوره صورا له مع صحفيين في نفس المنطقة. وعلق جمال الدين على هذه الواقعة بأن الكثير من الغرباء عن الثورة، أي الذين لم يشاركوا فيها، التقطوا صورا لهم مع ثوريين، وقدموها دليلا على مشاركتهم. وهنا، يقول هذا المجاهد  »التاريخ ليس أعمى »، في إشارة منه إلى أن مثل هذه الحقائق لا يمكن تزويرها أو التكتم عنها.
وقلل المتحدث من أهمية الدور الذي لعبه بومدين في نقل السلاح على متن أول سفينة حملته للثورة من المغرب، حين ركز على الجهود التي بذلها مرافقه المدعو آنذاك  »سي مراد » والذي لقب فيما بعد بـ »سي بويسف » ثم  »الحبيب زون 4  »، فيرى أن هذا الرجل هو الذي حمل السلاح في الباخرة، أما بومدين، فلم يكن سوى مشرف على العملية. غير أن هذا الشخص واسمه الحقيقي  »حلفاوي محمد الصالح »، وهو من عزابة بسكيكدة، فضل الالتحاق بالثورة في الداخل إلا أنه استدعي من قبل جماعة وجدة ليعدم هناك ويمحى أثره من تاريخ الثورة، في إشارة منه إلى أن بومدين تقمص الدور البطولي في هذه العملية على حساب حلفاوي محمد الصالح الذي أعاد له بوتفليقة الاعتبار عند مجيئه إلى الحكم سنة .1999
كريمة بوعباش

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Quand l’Algérie s’appelait El Djazaïr

Posté par algeriedemocratie le 3 avril 2010

Quand l'Algérie s'appelait El Djazaïr

Était-elle une nation ? était-elle un Etat ?

Quand l’Algérie s’appelait El Djazaïr

Quel drôle de titre pour introduire une épopée historique s’étalant sur trois siècles concernant un même acteur : El Djazaïr d’avant 1830 ou l’Algérie d’après 1831(année de création de ce nom par les colons).

C’est à dessein, car le nœud du problème est là : El Djazaïr a existé avant l’Algérie. Avant l’Algérie, notre peuple ne parlait ni n’écrivait en langue française ni notre pays ne s’appelait Algérie. Mais, au titre de la tolérance religieuse d’essence musulmane, il y avait des églises et des synagogues à El Djazaïr avant qu’elle ne s’appelle désormais Algérie avec l’arrivée des colons dévastateurs en 1830. Il y a une exception cependant, et quelle exception ! : un de nos glorieux deys parlait le français, c’était le dey Hassan (1790-1798), illustre seigneur et magnifique dey du royaume d’Alger, ancien allié et ami de la nation française (intitulé des correspondances françaises à son bon endroit auquel on a ajouté parfois Sidi Hassan). Etat et peuple algériens avant 1830 ? La colonisation française en Algérie n’a pas rencontré une opposition labile mais des batailles et guerres épisodiques qui ont duré près d’un siècle au total pour voir la France soumettre tout le territoire algérien (au rythme des cavaleries de l’époque). La raison en est qu’il y avait un peuple d’El Djazaïr dont les résistants étaient qualifiés par la France coloniale de coupeurs de chemins, de bandits de grand chemin, de renégats, etc. jusqu’aux fellagas et terroristes de la glorieuse révolution de Novembre. C’était hier. Pour donner la preuve que l’Etat algérien a existé avant 1830, posons simplement la question de savoir pourquoi la France a eu dans cet « endroit de la Terre » de 1534 à 1830 pas moins de 96 commissaires et envoyés spéciaux de la cour de France et du directoire de la République (de De la Forest en 1534 à Duperré en 1830 en passant par Jérôme Bonaparte frère de Napoléon premier, en 1805).

Et pas moins de 61 consuls et vice-consuls de rang d’ambassadeurs plénipotentiaires et de rang de ministres conseillers (de Bartholle en 1564 à Pierre Deval en 1815-1827). Où les Etats envoient-ils des consuls et des vice-consuls ? Certainement près d’autres Etats souverains. L’Etat des Algériens, ainsi appelé par des historiens de France, fondé par les frères Barberousse, qui n’étaient pas Turcs faut-il le rappeler, venus à El Djazaïr à la demande express des dirigeants de son royaume de l’époque qui avait pour capitale Béjaïa, ne sont pas venus en conquérants (voir œuvres de Moulay Belhamissi sur la marine algérienne). Ce sont eux qui ont sollicité de Souleymane le magnifique, à leur tour devant la difficulté de la tâche, l’envoi de troupes de l’empire ottoman pour libérer El Djazaïr de la domination espagnole dont on parle si peu (les Espagnols sont arrivés jusqu’à la mosquée Ezzitouna à Tunis où ils ont attaché leurs mulets depuis Marsat Ben M’Hidi). L’empire ottoman constituait l’Union des musulmans qui s’exprimait dans le cadre du Califat, le dernier de l’histoire de l’Islam. El Djazaïr a eu à secourir l’empire ottoman et François 1er (et ses descendants) par la suite de nombreuses fois jusqu’à la date fatidique du 27/10/1827. Une autre question s’impose d’elle-même : avec qui les Etats concluaient-ils des traités et accords de paix et de commerce si ce n’était avec d’autres Etats souverains ? Nous l’avons dit, la France, nonobstant les autres nations d’Europe et d’Amérique, a eu avec l’Algérie depuis le traité de Béjaïa, de la fin du douzième siècle à 1830 (remise d’Alger par Hussein) pas moins de 69 traités (70 avec les accords d’Evian en 1962) cités par des nationaux et auteurs étrangers dont : • 58 + 1 de Béjaïa cités par Duvoulx et W. Spencer (historien américain) ; • + 1 traité de Châtellerault de 1534 cité par Dufour ; • + 1 de 1662 cité par Plantet ; • + 9 cités par Carl Reftelius (historien suédois), Léon Galibert, La Pléiade et d’autres. Sur l’ensemble de ces traités et accords, il n’est fait référence qu’à El Djazaïr comme Etat signataire et jamais à la Porte Sublime, l’Anatolie ou autre tiers Etat à quelque titre que ce soit. L’Algérie était souveraine pour tous ses actes de politique extérieure et même de déclaration de guerre. La langue originale des traités était souvent l’arabe. Quand la Porte Sublime pactisait des alliances anti-françaises, El Djazaïr se tenait aux côtés de la France royale ensuite républicaine rien qu’en les refusant officiellement (El Djazaïr a inauguré le crédit fournisseur sans intérêt pour la France pour qu’elle puisse acheter notre propre blé). Maintenant, est-ce qu’il serait intéressant de revoir les définitions historiques, sociologiques, juridiques et politiques des termes Etat, peuple et nation pour évaluer si El Djazaïr fût un Etat et si ses habitants ont constitué un peuple et une nation, compte non tenu des correspondances officielles et des formulations de ces mêmes traités et accords qui parlent d’Etat, de peuple, de nation, de royaume, de ville, de puissance et de république d’Alger avant la révolution française de 1789 ?

De la nation

Par nation, il est entendu un groupe humain vivant sur un même territoire, lié par la conscience d’une histoire, d’une culture, de traditions et parfois d’une langue communes et formant une entité politique. Cette définition s’applique aussi bien à notre nation qu’aux autres nations formées tout au long de processus lourds et complexes y compris les nations française et américaine (cette dernière depuis cinq siècles seulement). Il faut toujours se replacer dans le contexte de l’époque historique à étudier pour avancer des jugements ou des analyses. Vous ne pouvez pas avec l’instrumentation moderne dénier le caractère de nation à un peuple pris dans son contexte historique avec son Etat et son territoire de l’époque et juger péremptoirement qu’il ne fut ni peuple ni Etat comme le faisaient les champions du colonialisme entre hommes politiques, historiens, philosophes et militaires, et ils étaient nombreux. Il est regrettable que des nationaux de notre époque le fassent aussi sans avancer aucun argumentaire sérieux pour dénier à El Djazaïr un âge d’or. Des dictionnaires en donnent la définition suivante : « Un grand peuple habitant une même étendue de terre renfermée en certaines limites ou même sous une certaine domination. » L’encyclopédie (1765) n’est pas plus précise et s’attache au constat : « Une quantité considérable de peuples qui habitent une certaine étendue de pays, renfermée dans certaines limites, qui obéit au même gouvernement. »

Ernest Renan met en avant les différents éléments constitutifs d’une nation : la race, la langue, la religion, la géographie. Mais il ajoute que le fondement d’une nation est essentiellement affectif et intellectuel : « Une nation est une âme, un principe spirituel [...], c’est l’aboutissement d’un long passé d’efforts, de sacrifices et de dévouements ; avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les questions essentielles pour être un peuple. » Des millions de familles algériennes ont toujours cette impression au plus profond de leur être existentiel hérité de leurs aïeux et ancêtres avant et après l’Islam. Pour Renan, la nation est le sentiment d’avoir un passé commun et un avenir à construire ensemble. Si ces éléments ne s’appliquent pas au grand peuple d’El Djazaïr, à qui peuvent-ils s’appliquer alors ? Des Allemands comme Herder et Fichte définissent la nation comme un organisme, né de la géographie, mais plus encore d’une langue, de goûts et de caractères communs (Encyclopédie MS Encarta 2006). Ainsi, elle ne peut demeurer à travers l’histoire qu’en restant fidèle à sa propre culture. Chaque nation existe intrinsèquement et de façon irréductible, différente, indépendante d’un Etat qui la constituerait, marquant ainsi la prééminence de la société sur l’Etat, mais ouvrant aussi la voie à un particularisme propre à chaque nation (comprenez maintenant pourquoi les lois du colon reconduites en 62 sont inapplicables en Algérie restaurée et freinent son développement). Le souci prioritaire de conserver l’indépendance, de maintenir l’intégrité de la souveraineté et d’affirmer la grandeur d’un Etat-Nation (Raoul Girardet dans Qu’est ce qu’une nation) s’utilise également pour désigner les revendications d’un peuple assujetti, aspirant à l’indépendance comme le fut le nôtre durant la longue nuit coloniale.

De l’Etat

Quand à l’Etat, il est la forme d’institutionnalisation du pouvoir politique, autorité souveraine s’exerçant sur l’ensemble d’un peuple dans les limites d’un territoire déterminé. Le deylicat répond parfaitement à cette définition pendant trois siècles où il avait sa flotte, ses armées, sa police, ses institutions judiciaire et administrative, son système financier, fiscal et douanier, son organisation agricole, son protocole et ses sceaux d’Etat dont celui du dernier dey Hussein ont été rendus par Chirac en 2003. Dans les concepts de définition internationale de l’Etat, le deylicat trouve sa place car, vis-à-vis de l’extérieur, la forme étatique ne préjuge pas du régime politique qui y est pratiqué. On peut ainsi parler d’Etat démocratique, monarchique, tyrannique aussi bien que théocratique. L’Etat peut être plus ou moins démocratique, respectueux des individus, et son pouvoir plus ou moins accepté ou légitime. L’idée qu’à un Etat doive correspondre un groupe humain culturellement et ethniquement cohérent est née au XVIe siècle : la nation. L’organisation du deylicat depuis le XVIe siècle renseigne parfaitement sur cet état des choses : beys de Constantine, d’Oran, de Mascara, Médéa, Blida et autres cantons. En Grande-Bretagne ou en France sous la Révolution, la plupart des Etats actuels d’Afrique, d’Asie, d’Amérique et même d’Europe sont constitués de groupes humains multiples. Dans le même temps, le pouvoir politique s’est progressivement détaché de son origine divine, donnant naissance à des Etats sécularisés. Les contributions philosophiques de Jean Jacques Rousseau et de Friedrich Hegel sur ce sujet ont été d’une importance considérable. Max Weber a ensuite souligné la tendance à la rationalisation et à la bureaucratisation de l’Etat moderne. Durant le deylicat, (qualifié de monarchie élective par les historiens) ces attributs ont existé et les fonctions de l’Etat s’exerçaient en diwan (cabinet) élargi aux ministres concernés par l’ordre du jour.

Quand à la politique extérieure, elle s’opposait parfois de front avec celle de l’empire ottoman et les Algériens s’en foutaient royalement (voir à ce propos notre contribution dans El Watan des 4 et 5 mai 2004), l’Algérie ne fut pas une province turque). Sur le plan interne, le rôle de l’Etat consiste à fournir à la population un cadre juridique lui permettant de vivre et d’agir dans l’ordre et la sécurité. Des rapports historiques d’espions, de consuls et d’ambassadeurs repris par des historiens de renom relatent parfaitement ces traits de la vie quotidienne dans El Djazaïr des deys. D’autre part, l’Etat assure la défense au moyen de l’armée, la justice au moyen des juridictions, et l’ordre intérieur au moyen de la police. Il dispose traditionnellement du privilège de battre la monnaie (le Sequin algérien était une devise forte valant 10 francs de l’époque). Le financement de ses interventions donne lieu au prélèvement de l’impôt (sans compter la zakat librement versée).

L’existence internationale de l’Etat résulte donc de l’apparition de ces trois éléments constitutifs (exigence du droit international public) : le territoire, la population et le gouvernement souverain. En réalité, pour devenir effective, cette existence doit être reconnue par d’autres Etats. C’est l’Etat d’El Djazaïr qui a reconnu les USA et la France républicaine par des actes de gouvernement disponibles à la consultation publique (Condy Rice, Obama aujourd’hui(1), Chirac hier, l’ont rappelé avec brio). L’Etat et la nation algériens modernes se sont affirmés progressivement avant, durant et après la colonisation, depuis au moins 3 millénaires. Et le premier et la seconde sont parfaitement achevés. Le nom d’El Djazaïr nous appartient en propre au souvenir de Bologhine Ibnou Ziri à plus de mille ans. La France ne peut dire la même chose, son nom provient d’Allemagne, il n’y a aucune honte à cela, c’est tout simplement l’histoire qu’on ne peut manipuler.

Parmi les deys, il y a eu des Algériens autochtones à côté des deys d’origine turque comme en France, en Grande-Bretagne, en Amérique où des étrangers d’origine ont eu à diriger les affaires de l’Etat (les familles royales régnantes d’Europe provenaient presque toutes d’Allemagne). Aujourd’hui Obama en est l’heureuse confirmation. Sarkozy aussi(2). William Spencer dans son livre Algiers : In the age of the corsairs a parlé d’El Djazaïr en ces termes : « C’était une nation forte à l’intérieur, unie, studieuse et disciplinée. » Pour expliquer son incroyable force indomptable à l’extérieur (malgré les coalitions des puissances européennes) peu avant la destruction de sa flotte maritime, le 20 octobre 1827 à Navarin (sous l’effet d’une forte coalition russo-anglo-française et ruse de guerre) sans laquelle jamais la France ne se serait aventurée à organiser une expédition armée sur nos terres. Pour faire oublier ses dettes d’Etat et de nation soutenue par El Djazaïr durant trois siècles malgré des escarmouches de temps à autre (blocus maritime, bombardement d’Alger) car le projet colonial datait en fait de 1270 (voir à ce sujet notre contribution dans El Watan du 16 mai 2004 intitulée Pourquoi l’Algérie a-t-elle été colonisée ?

Le trait particulier de l’Etat d’El Djazaïr avant 1830, est qu’il n’a jamais pactisé dans une alliance guerrière contre un autre Etat faible ni agressé directement une autre nation souveraine. En fait, il faisait sien avant l’heure le principe de non ingérence dans les affaires des Etats et peuples étrangers comme il refusait à la Porte Sublime ses tentatives d’immixtion dans ses propres affaires. Par contre, il répondait favorablement aux demandes de secours émanant d’Etats en danger d’agression coalisée ou à l’empire ottoman dans des guerres de religion de l’époque. L’Etat d’aujourd’hui fait pareillement au titre d’un legs historique lourd et noble à la fois dans le cadre de la coexistence pacifique des nations. Des souhaits en conclusion L’Algérie d’aujourd’hui gagnerait à attribuer à titre posthume sa nationalité aux frères Barberousse et à tous ses deys « étrangers » qui ont contribué à sa grandeur légendaire. Elle devrait aussi, nous semble t-il, leur attribuer sa plus haute distinction honorifique d’Etat afin que nul n’oublie. La journée du 27 octobre 1827 devrait être consacrée journée de la Mémoire et de l’Histoire, commémorée chaque année afin d’enraciner l’histoire de notre nation. Il faut aussi que dans notre pays « les pierres parlent ». La Casbah en premier qui fut jadis et durant trois siècles le Washington d’aujourd’hui (toutes proportions gardées par ailleurs). On devrait se réapproprier notre nom, El Djazaïr, et l’imposer dans toutes les langues et réhabiliter l’emblème qui a flotté sur son territoire (au titre du cérémonial officiel et rien qu’à ce titre, appareillé à l’emblème d’aujourd’hui si cher à notre cœur martyrisé).

Pour entamer la véritable œuvre de décolonisation qui reste à parachever et barrer la route à ceux d’entre-nous et d’entre les étrangers qui, comme Egretaud, Jaubert, Faure ou de Gaulle niaient l’existence d’El Djazaïr comme Etat et comme peuple. Ils ont tort car notre El Djazaïr chantée par notre poète national Moufdi Zakaria dans son Iliade El Djazaïr n’avait rien a voir avec leur Algérie. Ils disent de leur Algérie colonisée qu’elle n’était ni Etat ni peuple (étrange pays aux 9/10e désertique, dixit De Gaulle). Ces derniers sont toujours en formation inachevée comme l’a déclaré Maurice Thorez du Parti communiste français (11 février 1939 à Alger). Non messieurs, c’est la décolonisation qui reste à parachever : décolonisation de l’Etat bureaucratique reconduit dangereusement en 1962, source de nos malheurs et des surcoûts de l’inefficacité de gestion d’aujourd’hui, et décolonisation de l’histoire de notre Etat et de notre peuple avant et après l’arrivée de l’Islam. Au temps des Phéniciens, de Rome, des Vandales, Byzance, Carthage ou au temps des Rustumides, Zirides, Hammadites, Zianides, El Djazaïr, sous ses différents noms d’époque, a toujours existé. De Tlemcen à El Kala les pierres et les remparts se tiennent debout comme témoins éternels. Nous ne sommes pas moins jaloux que les Ivoiriens qui ont exigé du monde entier d’écrire le nom de leur pays « Côte d’Ivoire » en arabe, en français et en anglais de façon à ce qu’il se prononce partout de la même manière. Et ils ont raison car en arabe, on les appelait « Sahl Al Adj » (traduction littéraire de leur nom). Aujourd’hui on les appelle « koute di voir » en arabe même. Tout à leur honneur africain que nous saluons, espérant voir nos décideurs emprunter leur audace.

Notes de renvoie :

- (1) Discours du Caire 4/6/09 : « Une nation du Maghreb a reconnu mon pays … ». Allusion à El Djazaïr où les USA avaient leur consul général, William Scheler, bien avant le traité d’amitié de 1795.
- (2) M. Sarkozy déclare ne pas pouvoir demander pardon pour les fautes de ses ancêtres. En langage diplomatique, il a tout à fait rai- son : ses ancêtres n’étaient pas Français. Les Algériens ne s’adressent ni à Sarkozy ni à ses ancêtres. Ils interpellent la République et l’Etat français.

ParSAdek Berkane El Djazairi

source: el watan

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Mohamed Harbi. Historien: « Le pari des Accords d’Evian n’a pas été tenu »

Posté par algeriedemocratie le 3 avril 2010

« Le pari des Accords d'Evian n'a pas été tenu »

Mohamed Harbi. Historien

« Le pari des Accords d’Evian n’a pas été tenu »

Historien de référence du nationalisme et de la révolution algérienne et acteur de premier plan de cette révolution au sein du FLN, Mohamed Harbi — ayant lui-même participé aux premières négociations — rappelle avec concision le contexte politique dans lequel les Accords d’Evian ont été signés et leur contenu. Il nous livre aussi des clés de compréhension de la relation algéro-française, qu’il analyse sans concession, et ouvre avec pertinence des questionnements dont devraient se saisir les responsables politiques des deux Etats. Mohamed Harbi est l’auteur d’ouvrages qui font autorité, dont Archives de la révolution algérienne, (Jeune Afrique, 1981 ) ; Le FLN, mirage et réalité, (Jeune Afrique, 1980 et 1984) ; Le nouvel ordre international, (Arcantère, 1992) ; L’islamisme dans tous ses états (sous sa direction) (Arcantère, 1991) ; L’Algérie et son destin, (Arcantère, 1992) ; Une vie debout, vol. 1, (La découverte, 2001) ; La Guerre d’Algérie (en collaboration avec Benjamin Stora, 2004) ; Le FLN : Documents et histoire, 1954-1962, (en collaboration avec Gilbert Meynier, Fayard, 2004).

-  Les accords d’Evian, signés le 19 mars 1962 entre la France, puissance coloniale, et les représentants du GPRA, étaient-ils exclusivement fondés sur les modalités réglementant le recouvrement par le peuple algérien de sa souveraineté nationale ?

On oublie, quand on évoque les accords d’Evian, le contexte de l’époque. Nous étions face à des problèmes militaires que nous n’avions pas les moyens de résoudre, mais nous avons réussi, aux plans politique et diplomatique, à fragiliser la position de la France qui, par ailleurs, affrontait une sédition. Le compromis d’Evian reflète cette situation. Le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) a honoré les revendications exprimées dans l’appel du 1er novembre. Il n’a pas cédé sur la question du Sahara. Il a fait reconnaître le principe de la réforme agraire. Reste que la place des questions économiques était seconde.

-  Toutes les dispositions contenues dans ces Accords ont-elles été mises en œuvre ? Ont-elles été respectées par l’une et/ou l’autre parties signataires ?

Non. Par exemple, la récupération des richesses en vertu de la problématique algérienne s’est faite en contravention des accords d’Evian qui prévoyaient une juste et préalable indemnisation. Un autre exemple, les accords d’Evian transmettaient à l’Etat algérien l’héritage français en Algérie. En fait, la transmission s’est faite à l’Etat FLN. Aucun autre mouvement n’a été autorisé à présenter des candidats à la constituante. C’est également une dérogation aux accords d’Evian. Ces accords reposaient sur un pari : la cohabitation entre deux communautés sous l’autorité d’un Etat multiculturel. Il n’a pas été tenu. Le premier coup a été porté par l’OAS, les Wilayas ont fait le reste. C’est ce qui a fait dire à Jean-Marcel Jeanneney, premier ambassadeur de France en Algérie : « Si les choses se sont mal passées, ce n’est ni la faute du gouvernement français ni des Algériens… » Aucun des deux interlocuteurs d’Evian ne maîtrisait son propre camp.

-  Que reste-t-il des Accords d’Evian, 48 ans après leur signature ? Ne sont-ils pas dépassés ? Dans leurs relations bilatérales, l’un et/ou l’autre Etats peuvent-ils encore s’en prévaloir ?

L’Algérie a mis un terme aux clauses qui limitaient son indépendance économique et culturelle, mais elle avait un privilège quant au statut des Algériens en France.

Qu’elle se réfère à un texte de droit pour le garder, c’est de bonne guerre, même si on peut lui opposer que ces pratiques les ont rendus caducs. Mais si cette revendication n’est pas seulement un chiffon rouge à l’usage des émigrés, la diplomatie algérienne ne pourra se dérober au principe selon lequel, entre deux Etats souverains, l’équilibre des avantages est de rigueur. Et dans ce cas, pourquoi revenir à Evian et ne pas traiter l’ensemble des relations bilatérales comme cela a déjà été envisagé

-  Comment expliquez-vous que les Etats français et algérien n’arrivent pas encore à dialoguer sereinement de leur passé commun ? Ce travail, s’il est amorcé par les historiens et les sociétés civiles des deux pays, n’est-il pas encore marginal ?

Les controverses franco-algériennes ne sont pas toutes de même nature. Il y eut d’abord les controverses vitales pour l’Algérie, consécutives aux nationalisations et au statut des émigrés. Aujourd’hui, la controverse porte, entre autres sujets, sur la compréhension du fait colonial. Ce thème est devenu une question d’actualité à partir du moment où les associations de rapatriés et de défense de l’OAS ont reconstitué des relais politiques au Parlement faisant, à tort ou à raison, du vote pied-noir un enjeu politique. Côté algérien, la tentation de refonder le lien social en réactivant le passé colonial et d’unifier les Algériens est claire. Il ne fait pas de doute que la force de l’Etat n’est pas organisée et utilisée de façon efficiente. Les élites, qui se partagent le pouvoir en alliance ou en concurrence, se montrent incapables d’élaborer des objectifs qu’il faut poursuivre en trouvant pour cela des moyens appropriés. Au lieu d’éduquer politiquement la nation, elles se bercent d’illusions en privilégiant leurs intérêts de groupe par rapport aux intérêts de puissance de l’Etat. Un Etat est crédible auprès de ses interlocuteurs quand il s’appuie sur ses populations et les respecte.

-  Pourquoi l’Etat français est-il réticent à reconnaître sa responsabilité dans la colonisation de l’Algérie et des méfaits qu’elle a engendrés ?

Examinez la politique de la France sur le génocide au Rwanda et vous aurez une réponse. Il a fallu un fiasco diplomatique de première grandeur pour que le président de la République française trouve une formule alambiquée pour admettre les responsabilités de la France dans le génocide des Tutsis. Pourtant, les considérations de politique intérieure ne pèsent pas autant que pour l’Algérie.

-  La loi du 23 février 2005, n’était-ce pas pour faire capoter le pacte d’amitié que le président Chirac s’apprêtait à signer avec le président Bouteflika ?

Tout n’est pas encore clair dans le traitement de ce dossier. Pendant que se déroulaient les discussions à son sujet, une commission de l’Assemblée nationale avait entamé un débat sur le fait colonial. Ce débat n’avait rien de secret et tous ceux qui le suivaient savaient qu’il allait déboucher sur une révision de la compréhension du fait colonial. Si, à ce moment-là, notre diplomatie avait mis en garde le gouvernement français sur les conséquences qu’elle entraînerait dans les relations bilatérales, le débat aurait sûrement gagné en clarté. Lorsqu’avec Claude Liauzu, Gérard Noiriel, Gilles Manceron et Gilbert Meynier, nous avons donné une conférence de presse pour dénoncer au nom des historiens cette loi, l’Algérie n’avait pas réagi. J’aimerais bien comprendre pourquoi ? Les Algériens ont besoin de savoir. Ils doivent bénéficier du droit à l’information. On ne doit pas les traiter comme des potiches qu’on mobilise en claquant des doigts.

-  Les binationaux pèsent-ils dans la relation entre les deux Etats ? Représentent-ils un des enjeux de la relation algéro-française ?

Ils sont bien sûr un enjeu, ne serait-ce que dans les batailles mémorielles dont les incidences politiques sont évidentes. La jeunesse scolaire en France est composée aujourd’hui de Français d’origines maghrébine, africaine et asiatique appartenant à l’ancien empire colonial. Or, l’histoire enseignée à l’école est encore, malgré quelques ajustements récents, l’histoire d’une partie des Français. Il y a déjà plus d’une décennie, Suzanne Citron avait, dans un ouvrage, Le mythe national, l’histoire de France revisitée, préconisé l’intégration de l’histoire des groupes minoritaires en France, ce qui appelle une condamnation claire et nette du phénomène colonial et de l’esclavage. Or, pour beaucoup de dirigeants français, l’enseignement de l’histoire est conçu comme un outil de francisation et non comme un instrument d’ouverture sur les autres.

Par Nadjia Bouzeghrane

source: el watan

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le colonel Houari Boumédiène et tamazight

Posté par algeriedemocratie le 28 octobre 2009

le colonel Houari Boumédiène et tamazight dans histoire(16) Houari%20Boum%C3%A9di%C3%A8ne le colonel Houari Boumédiène,

 

Fervent partisan d’un socialisme autoritaire, le colonel Houari Boumédiène, à la faveur d’un coup d’État le 19 juin 1965, mit en place un pouvoir autocratique avec l’aide de l’armée et de la redoutée Sécurité militaire. Sur le plan intérieur, l’ère Boumédiène fut celle des nationalisations des secteurs importants de l’économie. C’est sous son régime que commencèrent les premières campagnes d’arabisation dans l’«Algérie nouvelle».

Rappelons que Boumédiène avait reçu son instruction presque exclusivement en arabe classique dans les écoles coraniques de la région de Guelma, la médersa El Kettani (Constantine), et dans les universités théologiques de la Zitouna (Tunisie) et d’al-Azhar (Égypte), un haut lieu du fondamentalisme musulman. De ce fait, il n’a jamais pu se libérer de l’emprise de la religion et de l’arabe coranique.

L’arabisation devint l’«option fondamentale de l’Éducation nationale». Le président Boumédiène  avait été très clair sur ce sujet :

« L’enseignement, même s’il est d’un haut niveau, ne peut être réel que lorsqu’il est nationale, la formation fût-elle supérieure, demeure incomplète, si elle n’est pas acquise dans la langue du pays. Il peut même constituer un danger pour l’équilibre de la nation et l’épanouissement de sa personnalité. Il peut également engendrer des déviations qui risquent d’entraver une saine et valable orientation. » Toutefois, «la langue du pays» dont parlait Boumédiène n’était pas l’amazigh, mais l’arabe de la tribu Quraychite d’Arabie saoudite à l’époque du prpophéte que personne ne parlait en Algérie!

 

 Boumédiène avait même déclaré en novembre 1968:

‘ »L’arabisation ne peut être réalisé avec le seul concours de l’État. D’autres efforts doivent émaner également de l’élite arabisée [...]. Les mosquées sont à la disposition de ces élites pour alphabétiser et inculquer l’arabe aux adultes« .

La politique d’arabisation suscita de profondes tensions dans la population. Celles-ci aboutirent à des heurts parfois violents entre les étudiants, comme en mai 1975, à Alger et à Constantine. Des professeurs irakiens vinrent enseigner dans les universités. Mais l’arabisation décidée par le président Boumédiène (dès l’indépendance) continua inlassablement. En 1976, ce fut l’arabisation de l’affichage avec les noms de rues et des plaques d’immatriculation. Puis le vendredi fut déclaré «jour de repos hebdomadaire» à la place du dimanche. Mais les Amazighs furent, parmi les Algériens, ceux qui s’opposèrent le plus à l’arabisation. Leur résistance s’exprima dans l’usage exclusif de l’Amazigh et du français dans tous les lieux publics, que ce soit dans les cafés, les hôtels, les restaurants et les bureaux administratifs. Le 10 décembre 1976, Houari Boumédiène, candidat unique à la présidence, fut réélu avec 99 % des voix.

Par la suite, Boumédiène mit la pédale douce à l’arabisation. Il fit même appel à Mostefa Lacheraf pour sauver l’école algérienne. De culture à la fois arabe et française, cet historien et essayiste était à l’époque un critique presque solitaire (et considéré aujourd’hui comme un visionnaire) d’une «arabisation» forcenée de l’enseignement. Il s’était souvent opposé à Ben Bella et croyait que la religion pourrait éventuellement jouer un rôle néfaste dans la société algérienne:

« Premièrement, l’islam porte en lui le poids des valeurs propres à une civilisation rurale archaïque et son intégration à l’idéologie politique peut servir de frein à la modernisation du pays. Deuxièmement, les forces conservatrices vont s’appuyer sur la religion pour perpétuer des moeurs rétrogrades en ce qui concerne la famille, la condition féminine et les rapport dans la société« .

Trois décennies plus tard, ces prévisions paraissent d’une justesse remarquable, mais à l’époque elles pouvaient bouleverser les dogmes de l’oligarchie algérienne toute orientée sur le panarabisme et le Proche-Orient. Certains prétendirent que le président était plus sensibilisé aux tensions provoquées par l’arabisation, d’autres crurent que des rapports inquiétant sur la qualité de l’éducation lui étaient parvenus. Enfin, il est probable que le président, affaibli par la maladie, n’avait plus la force de soutenir fermement sa politique d’arabisation. Le 27 décembre 1978, la mort de Boumédiène mit un terme à cette «pause» dans l’arabisation. Cela dit, l’ère Boumédiène avait permis à la couche «arabisante» de la population de «profiter» de l’arabisation afin de prendre le contrôle de leviers importants en Algérie, tels que l’éducation et une partie de l’administration.

 

En 1976, Le président Boumédiène confisquera (en 1976) le Fichier Amazigh qui contenait un ensemble de publications sur des recherches Amazighes écrites en alphabet latin


Les années de plomb de Boumédiene

22 Juillet 1969 :
A l’ouverture du premier Festival culturel panafricain à Alger, le président Houari Boumediene dans son discours rappelle aux Africains que « longtemps contraints de nous taire ou de parler la langue du colonisateur, c’était un devoir essentiel et premier que de retrouver nos langues nationales, les mots hérités de nos pères et appris dès l’enfance. » Il reconnaît « qu’il n’y a pas de langue qui, au départ, soit plus apte qu’une autre à être le support de la science et du savoir… »

Le pouvoir de Boumediene interdit à la chanteuse et romancière berbérophone Taos Amrouche ainsi qu’à d’autres chanteurs berbérophones de représenter l’Algérie à ce même festival.

Amère, Taos Amrouche écrira une tribune « en marge du festival » dans le journal le Monde (ce qui vaudra à celui-ci avec les articles sur le procès de Krim Belkacem, près d’une année d’interdiction !). Néanmoins, Taos Amrouche se produira au moins une fois à la fin juin 69 à la Cité Universitaire de Ben Aknoun grâce à l’invitation du « cercle d’études berbères » qui y fonctionna avec plus ou moins de bonheur entre 68 et 70, appuyé par le comité de gestion de la cité.

 

1970 :
Les pressions du gouvernement algérien aboutiront à faire supprimer complètement l’émission en kabyle de Radio-Paris, alors qu’historiquement il n’y a jamais eu autant de berbérophones en France !

A la chaîne kabyle de Radio-Alger, on notera que les reportages sportifs réalisés en direct des stades jusque-là en kabyle seront supprimés et assurés désormais par un relais de la chaîne en arabe. De la même façon on assiste unilatéralement au passage fréquent de disques en arabe sur la chaîne kabyle, alors que la réciproque sur la chaîne arabe ou mieux à la télévision n’est pas assurée (une chanson tous les trois à six mois au plus à la TV !).

15 Janvier 1971 :
Le cercle d’études berbères et l’UNEA (Union Nationale des Étudiants Algériens) sont dissous par le pouvoir de Boumediene après de nombreuses manifestations, grèves et l’arrestation de plusieurs étudiants pour « menées subversives ».

1972 :
La célèbre chorale féminine kabyle du lycée Amirouche de Tizi-Ouzou (ayant obtenu les premiers prix au Festival de la chanson populaire), se verra contrainte par le proviseur et les autorités locales à chanter une grande partie de son répertoire en langue arabe.

Si Mohamed Baghdadi (directeur des sports) propose une réforme du sport mettant en place « la commune sportive de base » et il prétend aussi lutter contre le régionalisme et pour l’arabisation : il obtient ainsi la transformation de la JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) en JSK (Jamai Sarrii al Kawkabi).

Mai-Juin 1972 :
Un groupe de militants de la cause berbère suggère la création d’un enseignement de la langue berbère à l’Université Paris VIII (Vincennes). Cette initiative donne naissance au Groupe d’Études Berbères (G.E.B). L’enseignement de la langue berbère ne sera effectif qu’à partir du 29 janvier 1973 quand l’Université Paris VIII décide sa création.

1973 – 1974 :
On assiste à la suppression définitive de la chaire de l’université d’Alger. Mammeri ne semble alors mener qu’un vague combat d’arrière-garde. En tout cas, la suppression s’est passée « en douceur ». La discipline « ethnologie » disparaît de l’Université dans le cadre de la RES de 71 mise progressivement en application et l’enseignement du berbère n’est prévu dans le cadre d’aucun des modules des nouvelles licences de lettres ou de langues

La chanson kabyle connaît un essor qualitatif très important et une production intense. Face aux multiples interdictions de l’enseignement et de l’écriture du berbère, il ne reste plus que la chanson comme moyen d’expression et de revendication. Durant cette année des étudiants comme Ferhat Mehenni et tant d’autres créent le groupe « Imazighen Imoula » (Les berbères du nord). A l’initiative d’Amar Mezdad, d’autres étudiants kabyles créent à leur tour le groupe « Lazouq » où se retrouvent Sid Ahmed Abderrahmane, Mokrane Ghozlane, Ali Ouabadi et Idir. Mais c’est ce dernier qui, à travers sa chanson « baba Inouba », donnera un nouveau souffle à la chanson kabyle et lui permettra de s’internationaliser.

Les thèmes de la chanson kabyle de ces débuts des années 1970, sont essentiellement axés sur la revendication identitaire et culturelle berbère, la liberté d’expression et la situation de la femme. On ne chante plus seulement les thèmes de l’amour, l’émigration et la religion. La chanson kabyle désormais « interroge, démontre, critique, propose, dénonce, loue, affronte, polémique et provoque ». La politique d’oppression est le plus important leitmotiv.

Face à son engagement, cette chanson, qui véhicule un discours radical et parfois virulent envers le pouvoir en place, connaîtra la répression et vivra dans la clandestinité. Ses interprètes seront successivement arrêtés ou marginalisés.

Juin 1974 :
La fête des cerises à Larbaa Nait Irathen se termine très mal puisque la police et les gendarmes n’ayant pas suffi à contenir les manifestants, on fera appel à l’armée pour les réprimer durement. La foule était mécontente en raison du remplacement de plusieurs chanteurs kabyles par des improvisations de chanteurs en arabe.

Cette même fête des cerises sera d’ailleurs interdite l’année suivante

Novembre 1974 :
Amar Ouerdane fonde l’Association socio-culturelle berbère de Montréal (Canada) dans le but de faciliter l’adaptation des immigrants algériens berbérophones en milieu québécois et canadien et aussi de diffuser le patrimoine berbère.

1974-1975 :
L’interdiction est faite à l’état civil d’enregistrer les prénoms autres que musulmans, ceux-ci faisant l’objet d’une liste exhaustive. C’est toute une série de prénoms berbères qui en fait les frais.

Juillet 1975 :
Juste après la fin de l’année scolaire, la répression s’abattait sur la Kabylie. Arrestation de plusieurs étudiants lycéens et autres personnes militant pour la culture amazigh.
Dans la région de Larbaâ Nath Irathen, Salah AGAG, Madjid BOUMEKLA, Mohand HAMAZ, Brahim KOLI et Mouloud MOSTEPHAÏ ont été arrêté sous le chef d’inculpation « d’atteinte à la sureté de l’Etat » par la police du Pouvoir dictatorial de Houari BOUMEDIENE et ont purgé 5 mois de prison à la maison d’arrêt de Tizi-Ouzou. Leur défense fut assurée par Maître BOUZIDA. Au premier procès, le tribunal de Larbaâ Nath Irathen déclara son incompétence.
Début Décembre 1975, le même tribunal rejuge l’affaire. Certains inculpés ont écopé de 10 mois de prison dont 6 avec sursis. Le procureur insatisfait du résultat fait appel. Le procès fut rejugé au tribunal de Tizi-Ouzou. La sentence était plus lourde : deux ans de sursis, 1000 dinars algériens d’amende et interdiction de passeport donc de quitter le territoire algérien.

5 Janvier 1976 :
Mohamed Haroun, militant berbériste et fils de chahid est arrêté par la Sécurité militaire à Alger pour avoir posé une bombe au tribunal militaire de Constantine. Cette bombe a été désamorcée à temps.

C’est aussi le cas de Lounès Kaci et de Hocine Cheradi qui ont posé une bombe au siège du quotidien « El-Moudjahid » à Alger et de Mohamed Smaïl Medjeber qui a posé une bombe au tribunal militaire d’Oran le 3 janvier avec la complicité de Daniel Paul, de Salby Jay et d’André Noël Cherid. Le choix des cibles est très significatif : El-Moudjahid connu pour son aversion pour la question de tamazight, les tribunaux militaires où la répression est assez symbolique, (…) la chaîne de télévision un des outils les plus monstrueux de la répression ».

Ces poseurs de bombes sont accusés de trahison, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de complicité, de trafic de devises et de jets d’explosifs. Ils sont condamnés par le tribunal de Médéa le 2 mars 1976. Trois peines capitales, deux condamnations à perpétuité et d’autres peines allant de dix à Vingt ans de prison.

16 Avril 1976 :
« Journée du savoir » – Yaoum El-Ilm. Journée commémorative de la mort en 1940 du cheikh Abdel-hamid Ben-Badis président de l’Association des Oulémas Algériens. Le chef de l’État dans une ordonnance, publiée au JORA le 23 avril 1976, définit l’organisation de l’éducation et de la formation.

Après avoir défini la mission du système éducatif qui s’inscrit dans le cadre « des valeurs arabo-islamiques et de la conscience socialiste », l’enseignement est assuré en langue nationale à tous les niveaux d’éducation et de formation et dans toutes les disciplines.

La mission de l’école fondamentale est de dispenser aux élèves « un enseignement de langue arabe leur permettant une maîtrise totale de l’expression écrite et orale ; cet enseignement, qui est un facteur important de développement de leur personnalité, doit les doter d’un instrument de travail et d’échange pour se pénétrer des différentes disciplines et pour communiquer avec leur milieu ».

L’arabisation porte aussi sur l’enseignement préparatoire qui est dispensé « exclusivement en langue arabe ».

Cette ordonnance met fin d’une manière très claire aux espoirs et aux attentes des berbéristes et des berbérophones. Tamazight est ainsi mise à l’écart et exclue de l’école. Le choix de l’État algérien est désormais fait. L’arabisation est décrétée.

Cette décision des plus hautes instances de l’État engendre un mépris jamais égalé dans les milieux berbérophones et surtout en Kabylie. La revendication se radicalise. Les contestations s’enveniment après la promulgation de la Constitution et de la Charte nationale qui renforcent l’arabisation et la définition de l’Algérie comme nation arabo-islamique. La répression s’abattra aussi sur les berbéristes.

Mai – Juin 1976 :
Lors des débats sur la Charte nationale les étudiants militants berbéristes diffusent un document de 50 pages.

A ces débats, les jeunes militants berbéristes ont pris part en masse. Sept cent vingt (720) prises de parole sont semble-t-il décomptées dans Alger. Ainsi la revendication culturelle et identitaire berbère connaît une ampleur importante. Elle se pose désormais dans des débats publics. Malgré cette « tolérance » le pouvoir utilise la répression.

Après une intervention dans une salle de cinéma à Alger, l’étudiant et chanteur kabyle Ferhat Mehenni est arrêté pour la première fois par la Sécurité militaire. Ces interventions ont sans doute permis aux services de sécurité de mettre à jour leurs fichiers concernant les berbéristes et opposants à la politique culturelle du pouvoir.

27 Juin 1976 :
La Charte nationale est adoptée par référendum. Ce document qui est un texte national fondamental définit l’Algérie comme étant une partie intégrante de la nation arabe.

« Le peuple algérien se rattache à la patrie arabe, dont il est un élément indissociable » (…) » L’Algérie n’est pas une création récente. Déjà sous Massinissa, fondateur du premier État numide, et de Jugurtha, initiateur de la résistance à l’impérialisme romain, s’était dessiné le cadre géographique et commençait à se forger le caractère national ». (…) « A ces deux caractéristiques principales se sont ajoutés progressivement à partir du 7e siècle les autres éléments constitutifs de la Nation Algérienne, à savoir son unité culturelle, linguistique et spirituelle (…) ». On peut affirmer, ajoute le texte de la Charte nationale, « que ces différentes périodes de notre histoire ont constitué un creuset où se sont fondus intimement les brassages ethniques, les apports de toutes sortes, comme les créations nouvelles du génie national, tout cela pour aboutir à une expression originale de la personnalité arabo-musulmane de notre peuple… ».

La politique culturelle s’attellera, selon la Charte, à concrétiser un projet des plus urgents : la généralisation de l’utilisation de la langue arabe qui « est un élément essentiel de l’identité culturelle du peuple algérien. On ne saurait séparer notre personnalité de la langue nationale qui l’exprime. Aussi, l’usage généralisé de la langue arabe, et sa maîtrise en tant qu’instrument fonctionnel, est une des tâches primordiales de la société algérienne au plan de toutes les manifestations de la culture et à celui de l’idéologie socialiste ».

Le choix de la langue arabe est fait. Il est irréversible. « Il ne s’agit nullement de choisir entre la langue nationale et une langue étrangère. Le problème du choix étant dépassé et irréversible, le débat sur l’arabisation ne peut porter, désormais, que sur le contenu, les moyens, les méthodes, les étapes, la conception générale d’une langue ».

Tout en dénonçant l’étouffement de la culture algérienne, l’uniformisation, le totalitarisme culturel, le PRS (Parti de la Révolution Socialiste), pour qui la langue arabe doit être la langue nationale, critique sévèrement le pouvoir algérien qui reste silencieux sur la question berbère dans les textes de la Charte nationale de 1976.

« Sur la question berbère, la Charte ne dit pas un mot. Voila donc un texte qui se présente comme national et qui évacue complètement un problème auquel sont sensibles des millions d’Algériens. (…) Or la langue berbère existe. C’est la langue maternelle d’une partie des Algériens. Elle doit être reconnue, préservée et développée comme partie intégrante de notre patrimoine national. Son enrichissement, son passage à la forme écrite, son enseignement, sa diffusion doivent être garantis. ».

Ainsi le PRS, avec à sa tête Mohamed Boudiaf, est le premier parti politique algérien à se prononcer en faveur de la question berbère.

27 Juin 1976 :
Mohand Cid Ali-Yahia dit Rachid, ancien acteur important dans la crise dite berbériste de 1949, lance le Front Uni de l’Algérie Algérienne (F.U.A.A.) en France. Fidèle à son combat des années 1940 pour l’Algérie algérienne, Rachid Ali-Yahia, par son mouvement d’opposition au régime de Boumediene, renouvelle son combat pour l’identité algérienne et la question linguistique et culturelle.

Ce front n’aura qu’une faible influence en Algérie. Quelques-uns de ses militants seront arrêtés en mars 1980.

Été 1976 :
Pour avoir tiré des textes littéraires en Tifinagh sur ronéo et aussi pour avoir été abonnés au bulletin de l’Académie berbère (Agraw imazighen) de Paris, deux cents (200) jeunes de la région de Larbaa Nath Irathen sont arrêtés et emprisonnés. Ils seront, pour quelques-uns, condamnés jusqu’à 18 et 24 mois de prison.

Afin de porter le coup de grâce à l’édition berbère en Algérie, le Fichier de Documentation Berbère (F.D.B) tenu depuis 1946 par le Père Jean Marie Dallet est mis sous scellés par le pouvoir de Boumediene.

Ce Fichier est considéré comme source exceptionnelle de documents concernant l’étude de l’histoire, de l’ethnographie, de la littérature, de la linguistique des communautés berbérophones de Kabylie, du Mzab et de Ouargla. Ce fichier était au début un périodique mensuel, puis bimestriel, pour devenir à partir de 1955 trimestriel. On y trouve des monographies de villages de Kabylie, des études sur l’Islam, les croyances et superstitions, la sagesse populaire, la vie quotidienne, la zoologie, la botanique et la culture matérielle..

19 Juin 1977 :
Lors du match final de la coupe d’Algérie de football opposant la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK) et le Nasr de Hussein-Dey (NAHD), les spectateurs kabyles scandent des slogans hostiles au président Boumediene, présent dans la tribune officielle, et au régime tels que : « JSK imazighen », « la langue berbère vivra », « à bas la dictature », « vive la démocratie »…

La retransmission en direct de cette rencontre à des milliers de téléspectateurs révèle au peuple algérien l’expression d’un mécontentement et d’une contestation ouverte et radicale d’une population d’une région du pays, qui souffre d’une marginalisation identitaire et culturelle…

Septembre 1977 :
A la suite de la manifestation en juin 77 à la finale (remportée par la JSK) de la coupe d’Algérie, une nouvelle réforme du sport est adoptée consacrant définitivement les ASP, c’est-à-dire le sport corporatif avec des joueurs semi-professionnels d’entreprises. La JSK devient Jamaia Electronic Tizi-Ouzou, JET intégrée à la Sonelec.

Le ministère de l’Enseignement supérieur décide de l’ouverture du centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O.) où se retrouvent les cadres de la région et qui se mêlent au mouvement estudiantin pour la prise en charge de la revendication identitaire. Le C.U.T.O. verra le regroupement des étudiants kabyles jusque là éparpillés sur divers instituts de la capitale.

Ce centre universitaire connaîtra des mouvements de grève non connus à l’époque en Algérie.

L’ouverture du CUTO permettra aussi la circulation d’une documentation dite clandestine tels que les ouvrages de l’historien algérien Mohamed Harbi, les revues berbères de l’ACB et de l’Académie berbère, édités en France et diffusés sous le manteau en Algérie.

On assiste à l’interdiction par le Wali de plusieurs chanteurs comme Idir, à Tizi-Ouzou sous prétexte d’absence de salle suffisante pour contenir les spectateurs et garantir la sécurité.

Novembre 1977 :
La direction du PRS met en place une cellule de réflexion pour étudier le dossier berbère et élaborer des propositions concrètes en direction des groupes berbéristes.

28 Novembre 1978 :
Ait Ahmed, secrétaire général du FFS, dans une déclaration, demande la reconnaissance de la « langue berbère comme langue nationale au même titre que la langue arabe ».

10 Décembre 1978 :
Des armes en provenance du Maroc sont parachutées à Cap-Sigli dans la wilaya de Béjaia en Kabylie, pour un éventuel soulèvement armé contre le régime de Boumediene, dix sept jours avant sa mort. Le groupe initiateur est arrêté par la sécurité militaire, « prouvant » et montrant ainsi l’échec d’une « tentative kabyle » de renversement du régime.

En réalité cette affaire est connue dès le départ par la Sécurité militaire qui avait infiltré le groupe contestataire composé de personnalités historiques, comme Mohamed Benyahia, Ferhat Abbas, Belarbi, Boudjeloud, Ahmed Kadri. Ils seront traduits en justice à l’exception de Ferhat Abbas. Ils seront condamnés par le tribunal militaire de Blida à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison.

Cette affaire est exploitée par le pouvoir pour discréditer les berbéristes, qui n’avaient aucune relation avec celle-ci. Il montre du doigt le « danger berbériste » en des termes à peine voilés, ces « anti-nationalistes, soutiens du Maroc et du néo­colonialisme ».

25 Décembre 1978 :
Ait Ahmed dira à propos de la question berbère, qu’ « il s’agit d’un problème de survie, pour une langue, une culture combattues par le colonialisme et auxquelles l’indépendance n’a pas offert de chance. Ce n’est pas en ignorant le problème qui concerne un Algérien sur trois qu’on le résoudra. Il faut le prendre en charge dans l’intérêt de la collectivité nationale et de son unité ».

Le chanteur populaire kabyle Lounis Ait Menguellet est interdit de se produire à l’Université.

Mars 1979 :
Dans son « Avant-projet de plate-forme politique le FFS se prononce sur la question berbère. Il y est notamment écrit : La langue berbère a droit de cité dans la cité berbère, droit inaliénable que le colonialisme intérieur, pas plus que le colonialisme étranger, ne peut proscrire. Elle doit être officialisée et développée comme langue nationale, elle doit bénéficier de la part de l’état de l’égalité de traitement qui lui permette de rattraper le temps et le terrain perdus depuis l’indépendance.(…) Seuls les apprentis obscurantistes et les larbins mercenaires voudraient encore opposer la langue arabe et la langue berbère.

Interdiction au Centre universitaire de Tizi-Ouzou d’une pièce de théâtre, adaptation en kabyle de la guerre de 2000 ans de Kateb Yacine.

Des demandes successives d’enseignement du berbère à Alger, puis à Tizi-Ouzou, tour à tour, sont rejetées sans aucun motif explicite.

17 Octobre – 13 Novembre 1979 :
Troisième grève des étudiants du CUTO depuis l’inauguration du centre universitaire en 1977. Ils posent notamment le problème de la représentation des étudiants dans l’instance universitaire.

Crédits : © Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

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Guerre d’Algérie. Les derniers secrets

Posté par algeriedemocratie le 30 août 2009

Guerre d’Algérie. Les derniers secrets dans histoire(16) arton415-be913 ALGERIE

28 février 2002

Dossier : 40 ans après l’Indépendance

Guerre d’Algérie. Les derniers secrets.

Le 19 mars 1962 entrait en vigueur le cessez-le-feu conclu à Evian entre la France et le FLN. Quarante ans déjà… Mais la guerre d’Algérie est-elle vraiment finie ? Pas pour les anciens soldats français, que les cauchemars, les souvenirs atroces, les questions sans réponse continuent de tourmenter. Pas pour les pieds-noirs, qui portent encore le deuil du pays perdu. Pas pour les harkis, que la France a abandonnés ; pas pour ceux qui ont réussi à gagner la métropole et n’y ont trouvé qu’un exil à perpétuité. Pas pour la France, qui avait choisi d’oublier les crimes commis en son nom, et qui voit resurgir aujourd’hui les fantômes du passé. Et certainement pas pour l’Algérie, qui a préféré mythifier son histoire plutôt que de l’écrire dans sa complexité. Oubliant que le combat pour l’indépendance fut aussi fait d’affrontements internes et de purges sanglantes, dont l’écho ne s’est pas tout à fait dissipé. Quarante ans après, il est temps de regarder l’histoire en face. Toute l’histoire. Sans peurs ni tabous. Avec les historiens Mohammed Harbi et Benjamin Stora, et le sociologue Edgar Morin, grâce aux témoignages d’anciens appelés français, de harkis, de combattants algériens, de victimes de viols et de torture, Jean-Paul Mari explore les trous noirs de cette guerre de sept ans dont nous ne sommes toujours pas guéris

Dans la rubrique « Dossier » : 1. Le vrai bilan des pertes 2. Viols : un si long silence La bataille des archives 3. Harkis : la descente aux enfers Sous le drapeau français 4. Comment la bleuite a empoisonné le FLN 5. FLN contre MNA : la guerre dans la guerre 6. Les disparus d’Oran 7. Eté 62 : et l’armée s’empara du pouvoir… Pour en savoir plus

1. LE VRAI BILAN DES PERTES

Après les combats sur le terrain, il y a eu la bataille des chiffres. Combien de morts du côté algérien ? 1,5 million, a dit le FLN.250 000, disent les historiens

« Un million de morts… » Ce nombre de martyrs algériens est lancé dès le 15 octobre 1959 par « El Moudjahid », l’organe du FLN. En 1963, la Constitution algérienne parle déjà de « plus d’un million et demi », un chiffre lancé par le Conseil supérieur islamique d’Alger en 1968 et repris par le président Boumediene : depuis, l’Algérie est devenue « le pays d’un million et demi de martyrs ». Aujourd’hui, on sait que ce chiffre mythique ne repose sur aucune étude. Côté français, les chiffres officiels sont donnés de façon parcellaire et disparate, comme il convient pour ce qui a été si longtemps qualifié pudiquement d’« événements d’Algérie ». On le sait : le bilan des victimes d’une guerre est toujours difficile à établir. Quand il s’agit d’une guerre de décolonisation aussi extraordinairement douloureuse, parfois fratricide et toujours passionnelle, que la guerre de sept ans en Algérie, la parole est d’abord à la propagande, au salut à la mémoire des partisans. Et malheur à qui conteste le discours proclamé ! Au mieux, on se tait ; au pis, on truque. Et chacun vieillit appuyé sur la canne historique qui lui convient le mieux. Pourtant les chiffres existent. Il suffit de s’y pencher avec une rigueur scientifique comme l’a fait, dès 1967, André Prenant, un universitaire installé en Algérie, favorable au FLN mais dont les travaux sur la démographie ont été passés sous silence (1). Ou le professeur Xavier Yacono, qui publie en 1982 la première étude sérieuse sur les pertes en Algérie (2). Ou enfin le travail incontesté de l’historien Charles-Robert Ageron, qui vit aujourd’hui retiré dans un appartement en banlieue parisienne (3). Le vieux professeur – barbe taillée, costume gris et mémoire intacte – a consacré toute une vie à l’Algérie et sourit poliment devant la démesure de la polémique. Les vrais chiffres ? Ceux des pertes algériennes militaires et civiles, des pertes françaises militaires et civiles ? Et celui de l’ensemble du conflit ? Des chiffres occultés, ignorés, détournés, mais qui existent, inscrits dans des publications scientifiques et connus des universitaires. Il suffit de les recueillir. Les voici. Les plus faciles à établir sont ceux des pertes de l’armée française. 1,3 million de soldats – et non pas 3 millions – ont été envoyés en Algérie. En novembre 1968, le ministre des Armées indiquait que 15583 d’entre eux avaient été tués au combat ou du fait des attentats. A cela il faut ajouter 1144 hommes décédés de maladie, et le chiffre – ahurissant – de 7917 soldats morts accidentellement, en manipulant des armes à feu ou au volant d’une Jeep, d’un GMC lancés trop vite sur les routes d’Algérie. Le total des pertes françaises militaires approche donc les 25000 hommes. Les civils français dits « européens » – avant de devenir des « pieds-noirs » – ont été eux aussi durement touchés par les combats, les assassinats, les attentats dans un bar, un cinéma ou sur le trottoir de leur maison. Chacune de ces morts – dont le souvenir sera amplifié par l’exode massif de toute la population européenne, par les « disparitions » du printemps 1962, par l’abandon de la maison familiale, du village, de l’école et du cimetière, par le sentiment de la défaite et du « lâchage » de la France métropolitaine – va s’inscrire tragiquement dans le deuil collectif de l’imaginaire pied-noir. Le nombre des victimes apparaît forcément énorme à l’échelle d’une population d’un million d’âmes. Aujourd’hui encore, beaucoup de pieds-noirs sont convaincus que le massacre d’Oran a fait près de 5000 morts (voir p. 30). La réalité tient davantage dans les bilans successifs fournis par le secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes, d’abord le 19 mars 1962, puis en mars 1963, en novembre de la même année et enfin le 24 novembre 1964. Chacun de ces bilans est modifié pour tenir compte du problème des disparus, dont certains sont libérés ou retrouvés assassinés. Au printemps qui précède l’indépendance, on compte 2788 tués, 7541 blessés et 875 disparus. Deux ans plus tard, sur les 3018 portés disparus, 1245 auront été libérés et la mort de 1165 sera établie ; 1773 ne reviendront jamais. En dix ans, de 1954 à 1964, le nombre total de civils français tués, dits « européens » ou « pieds-noirs », s’établit donc entre 4000 et 4500 morts. Les Algériens ont eux aussi enquêté sur le nombre de leurs combattants morts. Il fallait bien établir une liste alphabétique précise qui permette de verser une pension aux familles endeuillées. En juillet 1974, cette liste révèle que 152863 militaires et civils sont morts au combat, sur des effectifs de 336748 moudjahidine, c’est-à-dire tous ceux, civils ou militaires, qui ont pris le parti de se battre. Le ministère algérien précise même que 53,9% des maquisards ont été tués et 39,8% des civils, soit une moyenne de 45,3%. Conclusion : 153000 moudjahidine, soit près d’un sur deux, sont morts au combat. Les pertes de l’ALN-FLN ont été terribles au sein des maquis de l’intérieur qui ont affronté pendant sept ans l’armée française. Sans oublier les combats fratricides entre MNA-FLN (voir « l’Affaire Bellounis » par Edgar Morin, p. 26) et les purges internes (voir « Comment la « bleuite » a empoisonné le FLN », p.24) qui ont causé la mort de 12000 moudjahidine et ensanglanté une résistance intérieure quasiment à bout de souffle au jour de l’indépendance (voir l’entretien avec Mohammed Harbi, p. 34). Une universitaire de Toulouse a essayé de recenser le tribut payé par les chahidate – femmes martyres – tombées les armes à la main. Sur 1735 femmes-soldats, 314 seront tuées au combat. Et chez les femmes civiles combattantes, 948 mourront sur un effectif total de 10949. Ce chiffre, relativement faible, s’explique par la méfiance des moudjahidine, qui refusaient parfois la présence des femmes, par machisme ou par peur des infiltrations et de la promiscuité sexuelle interdite au maquis. Au sein même de l’armée française, il faut rappeler qu’il y avait 16% de soldats musulmans – 66000 hommes en 1961 –, dont près des deux tiers étaient des appelés. Les services du ministère des Armées évaluent à 3500 – dont 1168 supplétifs – le nombre de ceux qui ont été tués dans les combats contre l’ALN (Armée de Libération nationale) ; un millier d’autres ont été victimes d’accident ou de maladie : soit 4500 soldats musulmans morts pour la France et plus de 600 disparus. D’autres ont préféré déserter, notamment au printemps 1962, peu avant l’indépendance, et leur chiffre total atteindrait près de 15000 hommes. Côté moudjahidine, plus de 6000 combattants de l’ALN se seraient ralliés « avec ou sans armes » à l’armée française. Une des questions, sans doute la plus polémique, porte sur le nombre exact des supplétifs armés – harkis, moghaznis, GMPR devenus GMS ou « assès » (voir le témoignage de l’ancien harki Saïd Ferdi, p. 20) – qui ont été désarmés, abandonnés et massacrés après le 19 mars 1962. Aucun chiffre fiable n’est disponible. On sait que les effectifs des harkis étaient au maximum, en décembre 1961, de 66000 hommes. Certains auteurs parlent de 160000 inscrits durant la guerre. Fin 1962, 20000 supplétifs ont été accueillis dans les camps d’hébergement militaires en France et 3200 se sont engagés dans l’armée française. A la fin du mois de novembre 1963, le ministre des Rapatriés indique que 42000 Français musulmans – qui ne sont pas tous harkis – ont transité dans les centres d’accueil. Et en Algérie ? Les évaluations concernant les harkis exécutés, souvent dans des conditions effroyables, varient selon les sources entre 10000 et… 150000. Les historiens comme Xavier Yacono, Benjamin Stora, Charles-Robert Ageron et d’autres ne croient pas un instant au chiffre maximal de 150000 victimes, à la fois « chiffre magique » qui équilibre le nombre d’Algériens tués par l’armée française, « chiffre incantatoire » puisqu’il répond dans la démesure au « million et demi de martyrs » de la guerre d’indépendance algérienne, et « chiffre totem » parce que son importance stigmatise l’abandon criminel des harkis par les Français aux mains d’un FLN revanchard. Le discuter, c’est s’exposer aussitôt à être accusé de vouloir réduire le « massacre » collectif des harkis à une « anecdote » d’après-guerre. Pourtant, les historiens qui se sont penchés attentivement sur le dossier s’accordent à dire que le bilan des harkis exécutés peut être évalué entre 15000 et 30000 personnes… Un chiffre déjà impressionnant ! Pourtant, au-delà du silence et de la honte qui empoisonnent ce dossier, l’étude demande encore à être précisée. Reste le problème des victimes de la population civile musulmane. En l’absence de chiffres officiels, comment décompter les hommes, femmes, enfants tués dans une mechta, ceux victimes d’opérations armées, de bombardements de l’armée française – qui distinguait mal les « rebelles » civils ou militaires –, ceux exécutés par des hommes de l’ALN ou pris entre deux feux ? On sait par exemple que la véritable guerre que se sont livrée le MNA de Messali et le FLN aurait fait en Algérie 6000 tués et 14000 blessés. Quant à l’OAS, qui s’en est pris particulièrement aux musulmans, elle aurait provoqué la mort de 2400 d’entre eux. Le 9 mars 1962, les autorités militaires françaises évaluaient, dans une note secrète, le « total général des musulmans victimes de la guerre » à 227000 morts. Pour calculer la perte totale dans la population algérienne, la « surmortalité de la guerre », les chercheurs, eux, ont utilisé une méthode classique qui consiste à comparer les divers recensements de population en analysant la pyramide des âges. En 1954, on compte 8400000 Algériens et 275000 émigrés ; ils sont 10 millions en 1962 et 12 millions en 1966. Du calcul des démographes, qui intègrent le déficit des naissances et les taux de croissance estimés, il ressort que les classes d’âge les plus touchées sont celles qui avaient entre 20 et 30 ans en 1960. Plus frappant : les pertes de la population civile musulmane, cruellement éprouvée, sont évaluées entre 50 000 et 100 000 personnes, ce qui correspond à près de la moitié des combattants algériens tués au combat. Au total, le déficit de la population algérienne se situe autour de 250000 morts. L’historien Charles-Robert Ageron fait remarquer que cela représente 2,77% de pertes sur les 9 millions d’habitants algériens. Lors de la Grande Guerre de 1914, le taux de mortalité a été à peine supérieur (3%), ce qui a suffi à couvrir le moindre petit village de France d’un monument aux morts…. 250000 morts algériens, auxquels il faut ajouter environ 30000 civils et soldats français, voilà le vrai bilan. Au-delà des polémiques sur les chiffres, l’imaginaire et le réel se rejoignent sur un point : la guerre d’Algérie a été extraordinairement meurtrière et cruelle.

Jean-Paul Mari

(1) « Premières Données sur le recensement de la population en Algérie (1966) », par André Prenant, dans « Bulletin de l’Association des Géographes français », novembre-décembre 1967. (2) « Les Pertes algériennes de 1954 à 1962 », par Xavier Yacono, dans « Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée », n°34, 1982. (3) « Les Pertes humaines de la guerre d’Algérie », par Charles-Robert Ageron, dans « la France en guerre d’Algérie », BDIC, 1992, pp.170-175.

Semaine du jeudi 28 février 2002 – n°1947 – Dossier 2. VIOLS : UN SI LONG SILENCE

« Vous pouvez violer, mais faites ça discrètement… » Dans les mechtas éloignées ou à Alger, dans les centres d’interrogatoire, les sévices sexuels étaient fréquents. Mais le poids de la honte a longtemps étouffé les témoignages


« Les morts ne font pas de mal… » Voilà ce que répond la vieille dame, ce jour de septembre 1988, à celui qui lui demande pourquoi elle vit là, dans une grotte aménagée au milieu des tombes du cimetière de Sidi Yahia, à Alger. L’homme qui pose la question s’appelle Mohammed Garne, il a 25 ans alors, et c’est la première fois qu’il voit la vieille femme, Kheïra, surnommée « la Louve ». Kheïra est sa mère. Et lui, Mohammed, est né d’un viol collectif commis par des militaires français. En 1959, Kheïra a 15 ans, elle fuit le bombardement du massif de l’Ouarsenis par les troupes du général Challe. Les militaires la découvrent recroquevillée de peur dans un arbre calciné. Ils l’emmènent au camp de regroupement de Theniet-el-Haad au sud-ouest d’Alger. Kheïra est violée à plusieurs reprises. Quand elle tombe enceinte, les gardiens du camp essaient de la faire avorter en la torturant à coups de pied, à l’eau et à l’électricité. En vain, l’enfant naît le 19 avril 1960, il est confié à une nourrice et se retrouve à l’âge d’un an à l’hôpital d’Alger, rachitique et porteur d’une fracture du crâne. Il est adopté par un couple d’intellectuels algériens qui sombrent dans l’alcool. Un jour, son père adoptif lui crie qu’il est le « fils d’une pute ! ». Et Mohammed repart pour dix ans à l’orphelinat. Plus tard, de petits délits en tentatives de suicide, Mohammed dérive jusqu’au jour où il décide de retrouver sa vraie mère. D’abord Kheïra préfère nier : « Tu es le fils d’un héros de l’indépendance. » Mais le père présumé est stérile et elle finit par craquer et se confesser. Ensuite, c’est l’histoire d’une longue bataille juridique. Au terme de laquelle la caisse des pensions finit par reconnaître – oh, du bout des lèvres – les « violences fœtales » subies par Mohammed. Et imputables à l’Etat français. Mohammed Garne, qui a aujourd’hui 41 ans, ne s’est jamais remis des coups reçus par sa mère. On lui attribue une pension de… 945 francs par mois. Peu importe ! Pour la première fois, Mohammed, enfant né d’un viol commis par des militaires français pendant la guerre d’Algérie, est reconnu comme une « victime de guerre ». Et les autres ? Tous les autres… Bien sûr, l’Algérie n’était pas la Bosnie. Le viol n’a pas été une institution ou une politique planifiée. Crime en regard du Code pénal, il est interdit dans l’armée française. Quand des viols sont signalés à l’autorité, leurs auteurs sont déférés devant la justice militaire et sanctionnés (1). Sauf que les cas signalés sont rares. Parce que cette forme de torture est quatre fois tue : par la victime musulmane humiliée, blessée, et qui a « perdu son honneur » ; par l’entourage, la famille, le village, qui considèrent l’outrage comme une honte collective ; par le soldat violeur bien sûr ; et par ses chefs. « Vous pouvez violer, mais faites ça discrètement », dit un chef de commando à ses troupes (2). Même le général Aussaresses, qui reconnaît sans ciller avoir torturé et fait exécuter des centaines de prisonniers, se défend du moindre viol – « jamais ! » –, parce qu’il sait que l’acte rend caduc tout discours sur « ces soldats qui ont accepté de se salir les mains pour sauver des enfants menacés par les terroristes poseurs de bombes ». Avec le viol, le « bourreau d’honneur » n’est plus qu’un simple salaud. Or il suffit de lire les nombreux témoignages des soldats, appelés ou engagés, qui ont raconté leur cauchemar algérien : difficile d’en trouver un où il ne soit pas question de viols. D’abord, dans les mechtas. Rachid Abdelli, un jeune harki kabyle, raconte que sa section investit un village, fait sortir et rassemble la population. Il grimpe sur un toit. Il voit une demi-douzaine de militaires, français et harkis, qui violent une fille dans une cour. La fille lève les yeux et l’aperçoit : « Elle a vu que j’avais la tête d’un enfant, j’avais 17 ans, elle m’a crié : « S’il te plaît, toi, fais quelque chose ! » Qu’est-ce que je pouvais faire ? Je me suis retourné et je suis parti. Que faire ? Leur dire d’arrêter ? Ils auraient rigolé ! Leur tirer dessus ? C’était mes compagnons… Le dire à l’officier ? Il fermait les yeux. Tout le monde fermait les yeux (3). » Jacques Zéo, grand baroudeur, devance l’appel en 1955 et reste en Algérie jusqu’à la fin ; il confirme la banalité du crime : « On parle de viol, mais ce n’était même plus du viol. Les gars entraient dans un village, les femmes, elles, se couchaient toutes seules tellement elles avaient la frousse, alors… les appelés comme les autres… » On pénètre dans une mechta, on entre dans les maisons, on déshabille pour une fouille au corps et, pour des appelés envoyés trente mois sans femmes au fond d’un djebel, le viol ne devient qu’une effraction de plus. Certaines unités sont particulièrement sauvages, comme le commando de chasse dénommé P16 (partisan 16), harkis dépendant des chasseurs alpins : « Ce commando, c’était les SS en Algérie, raconte toujours Zéo, pourtant endurci. Ils ont violé des gamines de 10, de 11, de 12 ans. On voyait des pères venir nous voir en pleurant : « Ils ont cassé ma fille. » » Dans certains villages, le viol n’est plus un « accident », mais une pratique quasi habituelle, la plaie et la honte d’une région. Mouloud Feraoun, instituteur et écrivain, ami de Roblès et de Camus, assassiné par l’OAS en 1962, a tenu un Journal (4) en Kabylie : « A Aït-Idir, descente des militaires pendant la nuit. Le lendemain, douze femmes seulement consentent à avouer qu’elles ont été violées. A Taourirt-M., les soldats passent trois nuits comme en un bordel gratuit. Dans un village des Béni-Ouacifs, on a compté cinquante-six bâtards. Chez nous, la plupart des jolies femmes ont subi les militaires. Fatma a vu sa fille et sa bru violées devant elle. » On viole avec le consentement des gradés. Mais quand ceux-ci s’y opposent, les appelés obéissent. Tout dépend du chef, de son autorité, de sa morale. Contre-exemple : « Trois infirmières rebelles ont été faites prisonnières. Le colonel fait aussitôt déménager trois de ses officiers […] et aménager leurs chambres pour les trois captives, raconte un militaire, Jean-Yves Alquier. Pendant les cinq jours où ces filles d’une vingtaine d’années furent nos prisonnières, une garde spéciale fut montée devant leurs chambres pour éloigner les « importuns » éventuels (5). » Les djebels, les douars de Kabylie ou des Aurès ne sont pas les seuls endroits où les femmes risquent ce genre de torture. Louisette Ighilahriz est arrêtée le 28 septembre 1957 au cours d’un accrochage. Blessée de plusieurs balles, elle est transférée à la 10e division parachutiste, sur les hauteurs d’Alger, entre les mains d’un certain « Grazziani » : « Il ne pouvait pas me violer, j’étais trop dégueulasse ! En revanche, il m’enfonçait toutes sortes d’accessoires dans le vagin. » On retrouve les mêmes méthodes dans un centre dont le nom est devenu synonyme d’horreur : la célèbre « villa Susini », superbe demeure mauresque sur les hauteurs d’Alger, où un jeune appelé, Henri Pouillot, a vécu dix mois d’enfer quotidien (6). Dans les caves, quinze à vingt cagibis à claire-voie, deux mètres sur deux, contiennent chacun jusqu’à six personnes qui assistent aux tortures ou entendent les cris à côté d’eux : « Les coups n’étaient généralement que les hors-d’œuvre, venaient ensuite les brûlures de cigarette, le viol, l’électricité, l’eau. » Viols de femmes, viols mécaniques : « C’était surtout l’introduction dans l’anus de bâtons (manche à balais par exemple), de canons de pistolet, avec souvent la menace de tirer une balle… » Et aussi viols d’hommes : « Dans ce cas, ils n’étaient généralement pas pratiqués par des militaires ayant habituellement des pratiques homosexuelles, mais seulement pour humilier très profondément le supplicié. » Pour les appelés qui logent à la villa, le viol devient « le moment de distraction de très loin le plus attendu », et il arrive que des soldats d’un autre cantonnement viennent « profiter de ce défoulement ». En dix mois, Henri Pouillot comptera, horrifié, « entre une soixantaine et une centaine de femmes qui ont dû subir ces viols collectifs ». Qu’elles viennent d’un douar ou d’une famille bourgeoise, le traumatisme est énorme pour ces femmes musulmanes dont Mouloud Feraoun dit que « leur honneur était enfoui en dedans du vagin, tel un trésor plus précieux que leur vie ». Quand la mère de Louisette Ighilahriz découvre l’état de sa fille, victime de viol mécanique, elle s’effraie : « Ma fille, ils t’ont violée ! Les salauds… » « En lui disant que je n’avais pas été violée, je ne mentais pas, mais Maman a néanmoins compris le genre de sévices auxquels j’avais eu droit. « Bon, tu gardes tout pour toi, m’a-t-elle dit. Surtout, ne raconte rien à personne. Tu me promets ? » [...] Elle aurait préféré me savoir coupée en morceaux plutôt que torturée à ce point. » Alors, longtemps, très longtemps, Louisette n’a rien dit…

Jean-Paul Mari

(1) Voir l’ouvrage très fouillé de Raphaëlle Branche,« la Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie »,Gallimard. (2) « Les Egorgeurs », par Benoît Rey, Editions de Minuit. (3) « L’Ennemi intime », par Patrick Rotman, Seuil. (4) « Journal : 1955-1962 », par Mouloud Feraoun, Seuil. (5) « Appelés en Algérie, la parole confisquée », par Claire Mauss-Copeaux, Hachette Littératures. (6) « La Villa Susini, tortures en Algérie. Un appelé parle », Editions Tirésias.

3. HARKIS : LA DESCENTE AUX ENFERS

Ils ont choisi la France par idéal, par intérêt ou par haine du FLN.Certains n’ont pas eu le choix, comme Saïd Ferdi, arrêté, torturé et engagé de force à 13 ans dans les tirailleurs algériens.Récit


Je suis né en 1944, à N’Gaous, dans un village au pied de la montagne des Aurès. Mon père travaillait dur chez des riches propriétaires. C’était un homme juste et pieux, exigeant mais très tolérant : un homme merveilleux. Il sacrifia tout confort pour nous envoyer, quatorze garçons et filles, à l’école arabe, moins chère. L’année de mes 9 ans, à l’occasion d’une fête, l’instituteur nous demanda de monter un sketch. Nos poèmes nationalistes firent sensation. Le lendemain, après deux heures d’interrogatoire, le caïd aux ordres des Français nous donna plusieurs gifles et infligea une amende à l’instituteur. Fin 1955, les révolutionnaires avaient tué une trentaine de personnes et brûlé trois fermes de colons. De leur côté, les Français mettaient le feu aux maisons, tuaient ou emprisonnaient les gens. De nombreux villageois avaient pris le maquis. Pour être admis dans le réseau FLN, il fallait commettre un attentat. La moindre erreur était punie de mort. Dans mon village, un des candidats tira sur le gendarme désigné mais le rata. A son retour, les maquisards le fusillèrent. On entendait aussi des histoires de lèvres coupées pour ceux qui fumaient, de nez tranché pour les désobéissants. Le FLN ordonna à tous les villageois de tuer leurs chiens pour éviter qu’ils ne donnent l’alerte sur leur passage. Un villageois avait épargné son chien. Un homme du FLN l’a égorgé devant lui. Le lendemain, le villageois rejoignait le camp des Français. Le mois de janvier 1956 fut très mouvementé. Le 11, une centaine de bérets rouges vinrent s’installer au village pour briser le FLN. Au matin du 15, une dizaine de morts gisaient sur les trottoirs, couverts de traces de torture. Des portes de magasins étaient brisées, des gosses pleuraient dans les rues, cherchant leur père ou leur frère. On compta 85 enlèvements, dont mon cousin, dont on n’entendit plus jamais parler. Moi, j’ai le souvenir d’une grande peur. Ma première peur. Le raid des « léopards » fit basculer le village. Un jour, mon père me dit : « Tes deux frères sont partis avec les révolutionnaires. Ce sont des « djounoud ». Surtout ne dis rien à personne. » Le 3 mars 1958, comme chaque matin, je pris le chemin de l’école, mes livres sous le bras. Au bout d’une cinquantaine de mètres, je m’arrêtai pour me laver dans un ruisseau. Soudain, je reçus un violent coup de crosse derrière la tête. Je restai une dizaine de minutes par terre, à moitié assommé. En reprenant mes esprits, j’aperçus un soldat qui avait ramassé mes livres. Il me posa une question en berbère que je ne compris pas. Il me poussa à coups de pied vers un groupe de cinq hommes, dont un gradé et un interprète. Quelqu’un s’était évadé de la caserne, ils voulaient savoir si j’avais vu quelque chose : « Où vas-tu avec ces livres ? – A l’école. – Quel âge as-tu ? – 13 ans et demi. – Fais voir tes papiers. – Je suis trop jeune pour en avoir. – Alors suis-nous à la caserne. – Pourquoi ? » La gifle fut si violente que mes oreilles en sifflèrent longtemps : « Ta gueule, espèce de chien ! » Il avait parlé en arabe. A la caserne, le chef pointa sa canne sur moi : « Toi, petit fellagha ! » Le gradé me battit à coups de canne sur la tête, d’abord à petits coups, puis de plus en plus fort. Plus tard, à ma grande honte, ils me déshabillèrent. Je me retrouvai nu sur une table, attaché par des sangles. Le gradé avait une boîte d’où sortaient des fils et une manivelle. Il m’enroula l’extrémité d’un fil sur la verge et l’autre sur l’oreille et donna quelques tours de manivelle. La douleur fut telle que je hurlai horriblement. Au bout de vingt minutes, la séance fut interrompue par l’arrivée d’un homme en képi – le capitaine –, visiblement mécontent du traitement qu’on m’infligeait. J’avais la figure pleine de sang et tout mon corps tremblait. Quelques jours plus tard, le capitaine me dit, sans autre explication : « On ne peut plus te relâcher. » On me donna un pistolet sans cartouches et un uniforme retaillé pour moi, avant de m’amener patrouiller dans le village sous le regard des autres. Ce jour-là, ma vie a basculé : j’étais devenu un harki. A la 3e compagnie du 7e régiment des tirailleurs algériens, chaque section d’une trentaine d’hommes comportait une poignée de gradés français et pieds-noirs, les autres étaient des Algériens, engagés ou appelés. Ma première sortie ressemble aux centaines d’autres opérations qui suivirent. Ratissage d’une zone, accrochage d’une katiba (« compagnie de fells ») avant le bombardement aérien : les T6 larguaient des roquettes sur la montagne, les P28 lâchaient du napalm sur les forêts. Sur un piton, j’ai vu une dizaine de cadavres déchiquetés par les balles et carbonisés par le napalm. J’ai vomi. Le manque d’habitude. J’étais très choqué de voir les tirailleurs bondir sur les cadavres pour leur arracher bagues, montres, portefeuilles ou rangers, quand ils en avaient. Parfois, ils éventraient les corps à la baïonnette ou enfonçaient des morceaux de bois dans les corps brûlés, réduits à des tas de charbon. Les blessés étaient achevés d’une rafale. En quatre ans et des centaines d’opérations, je n’ai pas le souvenir d’une sortie sans un vol, un viol ou un assassinat. Tout cela commis le plus souvent à l’insu des gradés. J’ai vu des appelés débarquer, pacifiques, et finir par collectionner des oreilles de fellaghas dans le formol. J’avais un seul ami, Daniel, un appelé jardinier qui aimait les fleurs et parlait doucement. Humain, quoi ! Il me racontait son pays, sa famille, et m’a fait aimer la France. Un jour, il a voulu sortir avec moi, pour une banale opération. On a débusqué une katiba, un fell a rafalé. Daniel est tombé à côté de moi, à plat-ventre, les bras écartés : du sang lui sortait de la bouche. Peu après, le capitaine a libéré deux garçons des cuisines qui voulaient rejoindre leurs familles. Ils ont été enlevés quelques jours plus tard par les fells ; on a retrouvé leurs corps égorgés et suppliciés. Impossible d’échapper à l’enfer. J’avais un copain, surnommé « Amirouche », qui voulait gagner le maquis. Il s’est évadé cinq fois ! Chaque fois, les fells le renvoyaient après l’avoir fait souffrir et menacé de mort. Chaque fois, les militaires le reprenaient et le torturaient. Il serrait les dents mais n’émettait pas une plainte. Hallucinant de courage. Un jour, il a dit : « Je ne sais plus qui je suis. Je suis prisonnier des Français et condamné à mort par les fells. » Et il s’est enfermé dans un silence définitif. Lors d’une opération, un tirailleur de la deuxième section a vu quelqu’un bouger devant lui ; il a lâché une rafale et s’est précipité sur le cadavre pour récupérer l’arme : c’était son père. Il a failli devenir fou. Il a déserté quelques jours plus tard et s’est fait tuer, côté fells, au cours d’un accrochage. Un autre jour, les militaires ont pris l’imam de la mosquée de mon village. Ils l’ont passé à la gégène devant moi. Avant de mourir, il m’a dit : « Je t’ai appelé « mon fils » la première fois que je t’ai vu. » Et il m’a craché au visage. Le 19 mars 1962 au matin, le capitaine nous a dit que le cessez-le-feu était entré en vigueur : « Pour nous, la guerre, c’est fini. » Il nous a expliqué que nous avions le choix entre trois solutions : rejoindre une force locale algérienne sous contrôle français jusqu’à l’indépendance, quitter l’armée et rester en Algérie, ou s’engager et rentrer en France avec l’armée. Personne ne disait mot ; nous étions tous plongés dans la stupeur. L’adjudant insistait pour me faire venir en France. Je me méfiais. L’adjudant André F. était celui qui m’avait cassé les dents et torturé à 13 ans. Chargé du renseignement, il torturait tous les prisonniers avec sadisme, jouissait, lèvres serrées, à la vue du sang et tournait très vite la manivelle jusqu’à la mort. Plus tard, affecté à Epinal, il se montrera un homme respectable, toujours prêt à rendre service. Il finira sa carrière la poitrine couverte de décorations, dont la Légion d’honneur. Avant mon départ, le capitaine, pied-noir d’origine, m’expliqua avec tristesse que vu ma capture et le tour qu’on m’avait joué… il était préférable que je ne reste pas en Algérie, même si la vie en métropole ne serait pas très rose. Sur le quai du port, nous avons croisé des soldats algériens qui rentraient de leur service en France. Ils nous ont traités de « traîtres, vendus » et tout se termina en bagarre générale. Après ? Après, rien… Pendant quinze ans, en France, j’ai vécu mécaniquement. Manger, boire, dormir. Sans aucune notion de bien ou de mal. Sans aucun souvenir. Et puis, un jour, tout est revenu, d’un coup. Mes nuits étaient blanches, pleines de questions et d’affreux cauchemars. Je revoyais tout… Tous les ans, pendant deux à trois mois, je suis allé à l’hôpital psychiatrique de Bercy. Je sortais un peu mieux pour le reste de l’année. Et tout recommençait. J’ai fini par écrire un livre (1). Cela m’a soulagé pendant quelque temps. J’ai eu mes premières relations sexuelles à l’âge de 35 ans. Je me suis marié, j’ai eu une fille : un bonheur. Mais quand elle a eu 8 ans, l’angoisse m’a repris : « Mon Dieu, dans quel monde l’ai-je envoyée ? » En 1982, j’ai essayé, plein d’espoir, de retourner voir l’Algérie, vingt ans après : on m’a refoulé dès mon arrivée à Bône. J’y suis allé en vacances en 1992 ; j’ai vu les islamistes, les troubles… j’ai fui. J’écoute la radio : un geste humanitaire me donne de l’espoir ; une mauvaise information sur une guerre me fait sombrer. J’aurais préféré mourir avec les autres, là-bas. Parfois, j’ai envie d’aller vivre dans la montagne, seul, loin des humains. Je ne vois pas le bout de tout ça. Dites-moi, est-ce moi qui suis fou ? Ou les autres autour de moi ?

Propos recueillis par Jean-Paul Mari

(1) « Un enfant dans la guerre », Points Seuil, 206 p.

4. COMMENT LA BLEUITE A EMPOISONNÉ LE FLN

A la fin des années 50, une opération de manipulation montée par les services français a déclenchéune purge dévastatrice au sein de l’Armée de Libération nationale. Dans son livre « Il faut abattre la Lune », Jean-Paul Mari raconte cet épisode, l’un des plus tordus de la guerre d’Algérie. Extraits


Toute la zone rebelle de la willaya III est intoxiquée par la « bleuite ». Ce nom étrange vient des bleus de chauffe arborés en guise d’uniforme par les spécialistes de la guerre contre-insurrectionnelle dirigée par le capitaine Paul-Alain Léger. L’homme est redoutable : fin, cultivé, brun, un regard noir et perçant, le nez aquilin, les lèvres minces, avec à la fois quelque chose de féminin et de prédateur dans le visage. Parachuté en France en juillet 1944, rompu au combat dans les rizières d’Indochine et les djebels, il n’ignore rien des méthodes des services secrets français, de l’action psychologique et de la manipulation. Quand il débarque à Alger, des bombes viennent d’exploser dans la capitale, dont la Casbah est aux ordres directs du FLN. Le capitaine Léger décide de noyauter l’organisation. Son supérieur hiérarchique, le colonel Godard, lui-même ancien de la Résistance, des troupes du 11e choc et du renseignement en Indochine, approuve son projet. Le GRE (Groupe de Renseignement et d’Exploitation) est né. Le principe de la bleuite est simple et diabolique. Quand un rebelle est identifié et arrêté, il est interrogé, souvent torturé, toujours compromis ou piégé. On lui offre de changer de camp. Brisé, retourné ou acquis à sa nouvelle cause, il rejoint les Bleus. Une fois remis en liberté, il reprend le chemin de sa willaya, où on l’aide en secret à gravir un à un les échelons de l’Armée de Libération nationale. Le jeu est terriblement dangereux. De son bureau à Alger, le capitaine Léger met à profit le moindre renseignement et document saisi, confectionne de faux cachets et rédige des lettres signées des « frères d’Alger » qu’il fait parvenir par des boîtes aux lettres clandestines aux vrais « frères du maquis ». Au fil des mois, ses hommes s’infiltrent, le renseignent et tissent une vaste toile d’araignée. Un soir, quand un de ses émissaires revient de la montagne en lui mettant sous les yeux une lettre officielle surchargée de cachets du FLN, le capitaine Léger se frotte les yeux : « Le porteur de cet ordre de mission est habilité au nom de la willaya III à représenter l’armée et le Front de Libération nationale au sein de la zone autonome d’Alger. » En clair, ce sont désormais les services français qui ont pris la direction politico-militaire de la région d’Alger, toute une partie du maquis. Et c’est le capitaine Léger qui décide du choix des armes et du lieu des attentats antifrançais ! Evidemment, les nuits d’Alger redeviennent calmes et il ne se passe plus grand-chose en dehors d’une voiture brûlée et d’une escarmouche sans conséquences. L’opération « double jeu » va durer six mois, pendant lesquels le FLN se demandera, stupéfait, pourquoi les activités terroristes des « frères d’Alger » sont quasi nulles. Fin 1958, la manipulation se transforme en intoxication meurtrière quand Léger introduit au sein du maquis le virus de la bleuite, qui va progressivement gagner toute la willaya III du redoutable Amirouche. La méthode consiste à déceler un authentique maquisard, rétif, impossible à retourner, et à faire mine de lui proposer de rejoindre les Bleus. Le capitaine Léger lui explique alors à quel point le maquis est infiltré, lui cite les noms des « traîtres », lui fait lire des faux documents et entendre des pseudo-messages radio à destination de ses soi-disant complices de la willaya III. Il suffit ensuite de faire semblant d’envoyer l’homme en mission non loin d’un maquis FLN pour qu’il s’empresse de s’évader et d’alerter ses chefs sur l’étendue des dégâts présumés. Dans la montagne, le doute s’installe, renforcé par la découverte de cadavres algériens tués dans un simulacre bruyant d’embuscade. Sur les corps abandonnés, les vrais fellaghas accourus découvrent de petits papiers soigneusement roulés, faux ordres de mission français cousus dans la doublure des treillis. Le syndrome aigu de paranoïa politico-militaire va gagner, s’étendre en cercles concentriques à toute la willaya et déboucher sur un nettoyage façon Khmers rouges. [...] Dans la willaya III, Amirouche, son chef, est connu comme un homme intraitable, psychorigide et brutal. Puisqu’il est persuadé que le corps de la rébellion est gangrené, il décide de traiter le mal à sa manière. Son lieutenant Hacène Mayhouz fait installer chaque soir un kanoun, sorte de barbecue à même le sol, et suspendre les premiers suspects par les chevilles et les poignets… C’est la technique de l’« hélicoptère », où le supplicié monte et descend le ventre offert aux braises du kanoun. Au petit matin, ceux qui n’ont pas parlé sont morts ; les autres, atrocement brûlés, ont fini par avouer n’importe quoi et à donner d’autres noms. Ils sont exécutés comme le méritent les « traîtres ». Fort de ces renseignements, Amirouche ordonne aussitôt d’élargir le champ des investigations. Et l’« hélicoptère » fonctionne à plein régime. Le 3 août 1958, Amirouche adresse une longue mise en garde aux commandants des autres willayas : « Cher frère, j’ai le devoir de vous informer en priant Dieu pour que ce message vous parvienne à temps de la découverte en notre willaya d’un vaste complot ourdi depuis de longs mois par les services français contre la révolution algérienne. Grâce à Dieu, tout danger est maintenant écarté, car nous avons agi très rapidement et énergiquement. Dès les premiers indices, des mesures draconiennes étaient prises en même temps : arrêt du recrutement et contrôle des personnes déjà recrutées, arrestation des goumiers et soldats « ayant déserté », arrestation de toute personne en provenance d’autres willayas, arrestation de tous les djounoud [soldats] originaires d’Alger, arrestation de tous les suspects, de toutes les personnes dénoncées de quelque grade qu’elles soient et interrogatoire énergique de ceux dont la situation ne paraissait pas très régulière. » On estime à 2000 hommes le nombre de « suspects » suppliciés. Dans sa circulaire, Amirouche précise que les traîtres sont surtout des personnes instruites, intellectuels, étudiants, collégiens, médecins et enseignants. L’« hélicoptère » a sans doute brûlé jusqu’à la mort le ventre d’une partie de l’intelligentsia algérienne.

J.-P. M.

© NIL Editions 2001

5. FLN CONTRE MNA : LA GUERRE DANS LA GUERRE

Par Edgar Morin « L’Affaire Bellounis », publiée en 1998 par un adjoint du chef de guerre messaliste, jette une lumière crue sur les divisions sanglantes du mouvement national algérien


Le Nouvel Observateur. – L’extraordinaire, avec « l’affaire Bellounis », est qu’elle ouvre le dossier méconnu d’une lutte acharnée au sein du nationalisme algérien… Edgar Morin. – Oui. Et dès le début de la guerre d’Algérie. Il y a un conflit entre Messali Hadj, fondateur du nationalisme algérien, et son comité central, qui lui reproche son culte de la personnalité. Un groupe clandestin, le CRUA (Comité révolutionnaire d’Unité et d’Action), futur FLN, décide de réconcilier les uns et les autres… en lançant une insurrection armée, le 1er novembre 1954. Du coup, Messali décide que ses hommes vont prendre le maquis. Et quand le FLN veut absorber ses forces, il refuse. Rapidement, les combattants du FLN attaquent les maquis de Messali et les éliminent. Sauf un, le plus dur, celui que dirige Bellounis. Des officiers français nouent alors des contacts avec Bellounis pour l’utiliser contre ses frères ennemis du FLN. C’est l’année du massacre de Melouza, où des combattants de l’ALN-FLN vont tuer plus de 300 habitants d’un village favorable à Messali. Pris entre deux feux, Bellounis n’a plus le choix. Il est urgent pour lui de conclure un accord de fin des hostilités avec les Français. Il réussit à les bluffer sur l’importance de ses forces, pose ses conditions et réclame des armes et du matériel. Qu’il obtient. En contrepartie, les Français lui demandent de ne plus utiliser le drapeau algérien, de ne pas prélever d’impôt et de ne pas mobiliser. Ce qu’il ne respectera pas. N. O. – Pour Bellounis, cet accord est une trêve armée, en attendant le jour où, une fois liquidé le FLN, il se retournera contre l’« armée colonisatrice » ? E. Morin. – Exactement. D’ailleurs, il écrit à Messali pour lui demander sa caution : « Donnez-moi votre bénédiction… Nous allons libérer l’Algérie ! » Sauf que le vieux leader est persuadé – à tort – qu’il y a des accords secrets entre Bellounis et les Français. Il ne les obtient pas et refuse de reconnaître Bellounis. N. O. – Se bat-il vraiment contre le FLN ? E. Morin. – Pendant toute une année. Son maquis s’étend et ses troupes bien armées, atteignent 8000 hommes ! Au point que les Français finissent par s’en inquiéter. N. O. – Après le 13 mai 1958, les Français lui demandent de se rallier. Il refuse. Le 23 juillet, les commandos du 11e Choc lui tendent un guet-apens… E. Morin. – … et Bellounis est tué. Après sa mort, son état-major est très divisé. Les uns pensent qu’il faut rallier le FLN ; d’autres, qu’il faut continuer seuls le combat. Une partie du maquis se perd dans la nature… N. O. – Comment avez-vous rencontré Chems Ed Din – c’est un pseudonyme –, l’auteur du texte que vous avez préfacé (1) ? E. Morin. – Il faisait partie de l’état-major de Bellounis. A sa mort, il décide de se rendre en bus à Alger. Arrêté à un contrôle, il est interrogé par les Services psychologiques, à qui il dit tout. On le libère et il gagne la France où il trouve un emploi… de vendeur au BHV. J’habitais à côté, rue des Blancs-Manteaux, où j’avais caché un temps un fugitif, un parent à lui. Mis en confiance, il vient me voir avec ce manuscrit : il veut témoigner. N. O. – Qu’est-ce qui vous pousse à accepter ? E. Morin. – Le souvenir de la honte. J’étais scandalisé par la campagne de calomnie contre les messalistes, les faisant passer pour des traîtres, des espions, des collabos de la police. Et j’avais en tête la campagne de diffamation menée pendant la guerre contre les trotskistes accusés d’être des agents de Hitler. A l’époque, j’étais communiste et je n’avais rien dit. Et j’avais honte de m’être tu. En 1955, les amis du FLN, Francis Jeanson et André Mandouze, veulent faire passer l’idée que Messali est le Pierre Laval d’Algérie. Il y a même des gens des « Temps modernes » qui affirment que le FLN est l’avant-garde du prolétariat mondial. Il y a quand même eu, à cette époque, une débauche de conneries exprimées ! N. O. – Evidemment, l’affaire Bellounis est présentée comme la « preuve » de la trahison de Messali… E. Morin. – Pardi ! Sauf que je sais, moi, que Bellounis n’a pas la caution de Messali. Que celui-ci est resté un nationaliste. Contre cette hystérie fanatico-sectaire, je suis prêt à défendre son honneur. N. O. – Pour publier ce texte, vous vous adressez à Jérôme Lindon. Sa réponse ? E. Morin. – « Ce n’est pas le moment ! » Combien de fois ai-je entendu cela dans ma vie ! J’ai donc gardé le manuscrit. N. O. – Pourquoi le faire publier en 1998 ? E. Morin. – J’ai rencontré une jeune femme d’origine algérienne, une actrice, dont le père était militant messaliste. Elle m’a dit qu’elle avait beaucoup souffert de l’étiquette de « traître » accolée à sa mémoire. Alors j’ai envoyé le manuscrit, un peu comme une bouteille à la mer. N. O. – Quelle a été la réaction des critiques ? E. Morin. – Nulle. Pas un mot dans la presse. Les gens n’ont pas compris… Ils n’ont pas lu ! N. O. – Aujourd’hui encore, vous ne pouvez pas dire qui est Chems Ed Din ? E. Morin. – Hé non ! L’auteur est toujours en Algérie, et cette affaire n’est pas encore purgée. La lutte entre le FLN et le MNA, en France et en Algérie, a fait plus de 10000 morts. Ces frères se sont entre-tués. Rien n’est plus horrible. « L’affaire Bellounis » montre ce qu’on a voulu cacher : la complexité de cette guerre. Il y avait plusieurs voies vers l’indépendance. Reste que la liquidation des messalistes est un des péchés originaux du FLN. Qui nous dit que, parmi les massacres actuels, il n’y pas le souvenir de ces villages messalistes et FLN qui ont tellement souffert de cette féroce guerre entre frères ?

Propos recueillis par JEAN-PAUL MARI

(1) « L’Affaire Bellounis », par Chems Ed Din, préface d’Edgar Morin (« Retour sur la guerre d’Algérie »), Editions de l’Aube.

6. LES DISPARUS D’ORAN

Par Benjamin Stora Dans l’inconscient pied-noir, le 5 juillet 1962, jour de l’indépendance, est à jamais lié au souvenir des tueries et enlèvements qui eurent lieu dans la capitale de l’Ouest algérien. Récit


Le 5 juillet 1962, à Alger, c’est la photo que l’on croyait impossible : le drapeau algérien flotte sur le balcon de la préfecture où va s’installer le GPRA (le Gouvernement provisoire de la République algérienne). Les résultats du référendum donnent une majorité écrasante pour l’indépendance et la foule algérienne est en liesse. Mais, à plus de 400kilomètres de là, à Oran, ce jour-là, c’est le drame. Vers 11heures du matin, des milliers de manifestants venant des quartiers musulmans envahissent la ville européenne. Les premiers coups de feu éclatent et jettent une population prise de panique dans toutes les directions. On ignore les causes de la fusillade, on parle d’une provocation des derniers commandos de l’OAS ou de tireurs isolés appartenant à la communauté européenne, exaspérés devant les manifestations de joie pour l’indépendance. Immédiatement apparaissent des civils musulmans dont certains sont munis d’armes blanches, d’autres de pistolets et de fusils-mitrailleurs. Certains appartiennent à la force locale mise en place après le cessez-le-feu du 19mars 1962. Dans les rues soudain vides commence une chasse aux Européens, ceux que l’on appellera plus tard, en France, les « pieds-noirs ». Ils lèvent les bras, tentent de se réfugier dans des écoles, des églises, comme en témoigne Gérard Israël, dans son ouvrage « le Dernier Jour de l’Algérie française » : « On criait partout : « Les Arabes arrivent, ils arrivent en masse vers le centre-ville ! » Des Oranais affolés avaient frappé aux portes du journal, criant leur angoisse, désignant les émeutiers qui se rapprochaient en hurlant. […] Dehors, les hurlements, les coups de feu, les cavalcades de la foule en furie continuent. Personne ne peut voir ce qui se passe à l’extérieur. On entend un hélicoptère. » En l’espace d’une heure, vingt et un Européens sont tués et une cinquantaine d’autres blessés, selon un bilan officiel de l’armée française. Vers midi, la grande poste est envahie, des employés français sont enlevés, d’autres sont tués, certains arrivent à se réfugier au deuxième étage et à envoyer un appel radio demandant du secours. Ils seront entendus par des navires étrangers et parviendront à s’enfuir vers le port deux heures plus tard. Les reporters de « Paris Match » présents sur place, Serge Lentz et le photographe Jean-Pierre Biot, font un récit haletant des événements : « 12h50 : autour de nous, des soldats musulmans embusqués dans les porches tirent à l’aveuglette. 12h55 : nous embouchons le boulevard du 2e-Zouave. Une mitrailleuse lourde se déchaîne, puis une autre. Nous restons paralysés. […] 13h20 : nous avons trouvé refuge dans une caserne de zouaves. On nous offre à manger, mais nous sommes incapables d’avaler quoi que ce soit. Un cadavre est affaissé devant la porte de la caserne. C’est un musulman [NDLR : vraisemblablement un harki] que d’autres civils musulmans ont poursuivis jusqu’ici. Avant même que les zouaves aient le temps d’intervenir, le malheureux a été abattu d’une balle de revolver, puis achevé à coups de crosse et à coups de couteau. Le corps n’a plus rien d’humain. La tête est à moitié arrachée. […] 14heures : vers le quartier Saint-Eugène, un vacarme énorme se déclenche. Mortiers, grenades, mitrailleuses lourdes, tout y passe. […] 15h15 : je vois une longue colonne d’Européens qui remontent la rue ; plus de 400. Les visages sont durs, fermés, certains sont tuméfiés. La colonne est silencieuse. C’est un spectacle poignant. 15h30 : après plus de trois heures de fusillade, les tirs se sont tus. » S’agissaient-ils de tirs d’unités de l’ALN ? De membres de commandos de l’OAS encore présents dans la ville ? Ou encore d’éléments de l’armée française, comme l’affirmera plus tard le général Katz, responsable à l’époque de la ville d’Oran, dans son ouvrage « l’Honneur d’un général » ? Les enquêtes ultérieures ne permettront jamais de l’établir. Vers le boulevard de l’Industrie, des coups de feu sont tirés sur des conducteurs, dont l’un, touché, s’affaisse au volant, tandis que sa voiture s’écrase contre un mur. Sur le boulevard du Front-de-Mer, on aperçoit plusieurs cadavres. Une Européenne qui sort sur son balcon est abattue. Près du cinéma Rex, on peut voir une des victimes européennes de ce massacre pendue à un croc de boucher. Les Français, affolés, se réfugient dans les locaux du journal « l’Echo d’Oran » ou s’enfuient vers la base française de Mers el-Kébir. Pendant ce temps, le général Joseph Katz, que les Français d’Oran n’apprécient guère, déjeune à la base militaire de la Sébia. Averti des événements, il aurait, selon l’historien Claude Paillat, répondu à un officier : « Attendons 17heures pour aviser. » Les troupes françaises restent l’arme au pied – ce que contestera vigoureusement le général Katz. Précisément à 17heures, la fusillade se calme. Dans les jours qui suivent, le FLN reprend progressivement la situation en main. Il procède à l’arrestation et à l’exécution d’émeutiers comme le chef de bande Attou Mouckdem, qui mettait en coupe réglée le quartier du Petit-Lac et celui de Lamur-Medioni. Pourquoi une telle tragédie à Oran ? La ville est majoritairement peuplée d’Européens, même si, après 1945, les quartiers musulmans se sont étendus. Oran possède une vieille tradition d’accueil des militants politiques de toutes sortes, en particulier les républicains espagnols, communistes ou anarchistes opposés au régime de Franco. Les militants de gauche ou syndicalistes y sont également très actifs. L’extrême-droite aussi est bien implantée, notamment depuis les années30, avec le célèbre abbé Lambert, un moment maire de la ville. Mais, dans l’engrenage cruel de la guerre d’Algérie, les différences idéologiques ou sociales s’effacent progressivement, et la majorité de la population européenne va peu à peu basculer en faveur des thèses de l’OAS. Cette Organisation armée secrète, qui entend livrer au nom de l’Algérie française un combat sans merci au général de Gaulle, dispose de nombreuses complicités dans l’ensemble de l’administration. Elle semble agir en toute impunité, multipliant les attentats, les hold-up, les vols d’armes. A l’approche des négociations d’Evian, l’OAS multiplie les actions spectaculaires à Oran afin de creuser un fossé sanglant entre Algériens et pieds-noirs. Le 28février 1962, un véhicule piégé explose en plein cœur de la Ville-Nouvelle, le quartier musulman le plus important d’Oran. L’attentat – le plus meurtrier de la guerre d’Algérie à cette date – fait 35morts et une centaine de blessés. D’autres actions sanglantes se succèdent, comme le 3mars où une vingtaine d’Algériens sont tués. Le 19mars, l’OAS organise une grève générale dans toute l’Algérie pour protester contre les accords d’Evian. Le 25mars, l’arrestation à Oran du général Edmond Jouhaud, l’un des fondateurs de l’OAS, provoque la fureur des activistes de l’Algérie française, bien décidés à transformer Oran, comme Alger, en un « nouveau Budapest ». Mais l’échec du soulèvement de Bab el-Oued, à Alger, au début d’avril, quand l’armée française ouvre le feu et fait donner l’aviation contre le quartier pied-noir insurgé, brise le moral des Européens : ils décident de fuir la ville d’Oran transformée en enfer. Les commandos de l’OAS multiplient alors le harcèlement des gendarmes, des soldats du contingent, et assassinent jusqu’aux femmes de ménage algériennes. Le 2mai, une voiture piégée explose sur le port d’Oran, faisant de nombreuses victimes musulmanes. L’historien algérien Fouad Soufi note que la ville est « tellement coupée en deux qu’aucune inhumation ne peut plus se faire au cimetière chrétien de Tamashouët entre le 2 et le 18mai. Le cimetière est mitoyen du quartier Lamur, fief de la zone4 du FLN ». Oran est submergée par la haine et le désir de vengeance. L’OAS locale, à la différence de la direction d’Alger, rejette les accords passés le 17juin entre le FLN et Jean-Jacques Susini, l’un des principaux dirigeants de l’OAS. La lutte doit être frontale, totale. C’est la politique de la terre brûlée. Le lundi 25juin 1962, en fin de journée, le ciel d’Oran prend des couleurs d’apocalypse. Les réservoirs à mazout de la British Petroleum ont été plastiqués et 50millions de litres de carburant brûlent. Sur toute la surface des installations, tout est carbonisé et tordu. Les flammes s’élèvent à plus de 100mètres au-dessus de la ville. Pendant plusieurs heures, un énorme nuage noir se déploie jusqu’à la base maritime de Mers el-Kébir et recouvre la région d’un voile crépusculaire. L’éclipse durera deux jours. Dans le port, cargos et paquebots appareillent en toute hâte. C’est le dernier épisode de l’opération « terre brûlée » lancée par les commandos de l’OAS. Pendant que les pompiers tentent d’éteindre l’incendie, les derniers « desperados » partisans de l’Algérie française continuent de tirer à la mitrailleuse. Du 19mars au 1erjuillet 1962, on dénombre à Oran comme victimes de l’OAS : 32 membres des forces de l’ordre tués et 143 blessés, 66 civils européens tués et 36 blessés, 410 Algériens tués et 487 blessés. L’historien Charles-Robert Ageron écrira à ce propos : « On comprend dès lors pourquoi le jour de l’indépendance fut ressenti par la population européenne avec terreur. Abandonnée par les commandos de l’OAS, elle redouta à tort un massacre général. » Dans les premiers jours de juillet 1962, les quartiers européens se vident peu à peu, les magasins sont éventrés et les ordures s’amoncellent au milieu des rues. Oran est devenue cette ville de la peste que décrivait Albert Camus. Plus de la moitié des Européens, près de 100000 personnes, ont déjà quitté la ville. Les départs s’intensifient au rythme de 8000 par jour, tandis que de jeunes Algériens, membres du FLN, distribuent des tracts où il est affirmé que le Coran interdit la vengeance… ce qui n’interdira pas le massacre du 5juillet. Son bilan est lourd : 95 personnes dont 20 Européens ont été tuées – 13 à coups de couteau – et 161 blessées, selon les chiffres donnés par le docteur Mostéfa Naït, directeur du centre hospitalier d’Oran. Les Européens racontent des scènes de torture, de pillages et surtout d’enlèvements. Dans son livre « l’Agonie d’Oran », Geneviève de Ternant établira une liste nominale de 144 personnes mortes ou disparues pour la seule journée du 5juillet. Le 8mai 1963, le secrétaire d’Etat aux Affaires algériennes déclare à l’Assemblée nationale qu’il y avait 3080 personnes signalées comme enlevées ou disparues, dont 18 ont été retrouvées, 868 libérées et 257 tuées essentiellement dans l’Oranie. Cette page honteuse de l’histoire française, moment épouvantable de massacres et de disparitions d’Européens, n’a jamais cessé d’habiter l’imaginaire pied-noir dans les douleurs de l’exil, au lendemain de l’indépendance. Comme une marque ineffaçable. Ce souvenir sera aussi mal vécu par de nombreux officiers de l’armée française, déjà hantés par un autre massacre, celui des harkis et de leurs familles. Le 12juillet 1962, Ah-med Ben Bella pénètre dans Oran sous les youyous des femmes musulmanes. Une autre bataille commence, celle pour le pouvoir en Algérie.

Benjamin Stora

(*) Professeur d’histoire du Maghreb à l’Inalco, Paris. Dernier ouvrage paru : « Histoire de la guerre d’Algérie », coll. « Repères », La Découverte, 2001.

A lire Sur la ville : « Oran », par Jean-Jacques Gonzalez, Séguier, 1998. Sur la tragédie : « Oran, 28 février et 5 juillet 1962, deux événements pour l’histoire », par Fouad Soufi, dans « la Guerre d’Algérie au miroir des décolonisations françaises », Société française d’Histoire d’Outre-Mer, 2000.

7. ETÉ 62 : ET L’ARMÉE S’EMPARA DU POUVOIR…

Par Mohammed Harbi* Après la liesse de l’indépendance, la bataille continue au sein du FLN. Pour éliminer ses adversaires, Ben Bella s’appuie sur les militaires. Qui finissent par le dévorer

Le Nouvel Observateur. – Nous sommes le 5juillet 1962, jour de l’indépendance, le FLN triomphe. Est-ce l’état de grâce ? Mohammed Harbi. – Non, au contraire, nous sommes en pleine bataille interne ! N’oubliez pas que le FLN s’est constitué à partir de la scission d’un parti. Le FLN est un mouvement de résistance beaucoup plus qu’un parti politique. Au départ, il y avait une direction improvisée. Quand les problèmes concrets se sont posés – pourvoi en armes, alliances, etc. –, il a bien fallu constituer une direction nationale. Au passage, on a éliminé une partie des pères fondateurs – Ben Bella, Aït-Ahmed, Boudiaf –, au profit d’une direction constituée autour de l’Algérois et de la Kabylie. Dès 1956, il existe donc un contentieux entre les dirigeants. N. O. – Un contentieux qui va jusqu’à l’élimination physique ? M. Harbi. – A partir de 1957, Aban Ramdane, libéré des prisons françaises, est marginalisé politiquement puis étranglé dans une ferme au Maroc par des hommes de main de Boussouf. Dès lors, un triumvirat s’impose – Krim Belkacem, Boussouf, Bentobbal –, qui décide de façon consensuelle. A vrai dire, les trois hommes n’ont pas de divergences politiques, mais déjà, à cette époque, un réel problème de partage du pouvoir. N. O. – Qu’est-ce qui, le jour de l’indépendance, oppose les vainqueurs ? M. Harbi. – D’un côté, il y a l’état-major de l’armée extérieure, à Tunis, avec 20000 hommes installés aux frontières. De l’autre, la résistance intérieure, forte autrefois de 30000 combattants et réduite à 9000 hommes très éprouvés par le choc frontal avec l’armée française. Entre les deux, pendant la guerre, les Français ont érigé la « ligne Morice », ligne de défense quasi infranchissable. Ce qui explique le ressentiment de la résistance intérieure, qui a manqué de renforts, d’armes, et qui accuse Tunis de son isolement : « Vous nous avez laissés seuls ! » Mais le nœud du problème est la décision, lors des négociations à Evian, de créer, pendant la période transitoire en Algérie une force locale, une armée de 40000 hommes. Du coup, l’état-major de l’armée extérieure craint d’être mis à l’écart. Dans cette logique de crise, d’autres différends politiques vont se greffer. Mais l’essentiel du conflit est bien là. N. O. – C’est une bataille pour la légitimité ? M. Harbi. – Féroce ! Au sein du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), Krim Belkacem veut même traduire l’état-major extérieur devant un tribunal ! Ceux qui ont mené la guerre de l’intérieur ont une autorité certaine sur les chefs de willaya, qu’ils considèrent comme leurs clients. D’ailleurs, une partie des willayas, la Kabylie et le Nord-Constantinois, se range derrière le GPRA. N. O. – On est loin d’un FLN monolithique et uni dans la victoire. M. Harbi. – Bien loin. Ce sont ces fractures, y compris à l’intérieur des willayas, qui vont apparaître au grand jour au cours de l’été 1962. D’autant que les Français finissent par libérer le groupe de ministres – Ben Bella, Aït-Ahmed, Boudiaf, Khider et Bitat – emprisonnés depuis six ans en France après que leur avion vers la Tunisie eut été détourné. Tout le monde espère alors qu’ils vont régler la crise au sein du FLN. Sauf que Ben Bella et Boudiaf ne s’adressent plus la parole et que chacun, en se greffant sur des forces déjà existantes, va amplifier les divergences ! Le 30 juin 1962, le GPRA démet de ses fonctions l’état-major extérieur. C’est la guerre ouverte et l’armée des frontières, soutenue par Ben Bella, réplique en investissant le terrain. Mais entre la résistance intérieure, quasiment écrasée dans les années 59-60 par le rouleau compresseur de l’armée française, et la force de frappe d’une armée des frontières presque intacte, la lutte est inégale. L’état-major dispose de matériel mécanisé et de blindés. Il casse d’abord militairement le Nord-Constantinois en s’appuyant habilement sur une fracture interne. Il ne touche pas à la Kabylie, par souci tactique, pour ne pas régionaliser le conflit. Mais ses troupes attaquent l’Algérois de front. Après deux à trois jours de combats, qui font entre 200 et un millier de morts, les maquis de l’intérieur sont brisés. N. O. – Nous sommes en septembre 1962, trois mois après l’indépendance… Au même moment éclatent d’autres combats dans la Casbah ! M. Harbi. – Combats dus, là aussi, à des fractures internes… A Alger, les forces de Yacef Saadi s’opposent à celles de la willaya IV. Entre-temps, la population réagit. Spontanément, les habitants des quartiers populaires lancent d’imposantes manifestations aux cris de « Sept ans de guerre, ça suffit ! ». Fin septembre, les adversaires de Ben Bella cèdent, acceptent un bureau politique et la révision des listes électorales d’où tous les opposants sont exclus. La bataille est terminée, Ben Bella et l’armée des frontières ont gagné. Le visage de l’Algérie s’en est trouvé profondément changé. Il existait une « société de contacts », ceux forgés par la colonisation avec une grande partie de l’intelligentsia. Elle a été soit mise sous tutelle, soit éliminée. Tous les ministres, les députés exclus des listes électorales étaient ceux qui avaient négocié les accords d’Evian. Du coup, ces accords – déjà fragiles – vont devenir plus fragiles encore ! A cela s’ajoute l’exode massif des Européens et surtout – entre mars et juin 62 – l’action de l’OAS, qui a cassé toute autorité possible de l’exécutif provisoire, fait voler en éclats un début d’administration et empêché la mise en place de la force locale. Que restait-il, sinon de simples rapports de force ? Et là, c’est l’armée des frontières qui était le mieux placée. Je suis convaincu que sans l’OAS l’armée des frontières n’aurait pas gagné. Et Ben Bella n’aurait été qu’un acteur du pouvoir parmi d’autres. Le gouvernement algérien aurait disposé d’une police, d’une force locale prévue de 40000 hommes, encadrés par des officiers algériens de l’armée française et entraînés par des officiers français… Jamais l’état-major extérieur n’aurait eu cette voie royale. N. O. – Et quelles conséquences sur le futur à long terme de l’Algérie ? M. Harbi. – Le fait militaire, élément déjà hégémonique dans la résistance, va devenir hégémonique dans la société. N. O. – Nous n’aurions pas ce gouvernement au pouvoir aujourd’hui en Algérie ? M. Harbi. – Peut-être pas… Les forces civiles auraient eu un tout autre impact dans la société. D’ailleurs, quand Ben Bella a voulu constituer un parti politique, il n’a pas réussi et s’est heurté d’emblée à l’armée. Ensuite, quand Aït-Ahmed a lancé son insurrection FFS en Kabylie, les militaires ont immédiatement et de nouveau occupé le terrain. L’accord entre Ben Bella et Aït-Ahmed n’est survenu que le 15 juin 1965. Trop tard. Le 19 juin, le coup d’Etat portait Boumediene au pouvoir. N. O. – L’été 62 aurait provoqué la confiscation du pouvoir par les militaires ? M. Harbi. – Cela a été un jalon important dans un long processus. Ben Bella a choisi de s’appuyer sur l’armée pour éliminer ses adversaires de l’intérieur. Et l’armée a fini par le manger.

Propos recueillis par Jean-Paul Mari

(*) Historien, ancien membre du FLN.

La bataille des archives

Après les combats sur le terrain, il y a eu la bataille des chiffres. Combien de morts du côté algérien ? 1,5 million, a dit le FLN. 250 000, disent les historiens

La France officielle a mis près de quarante ans à reconnaître qu’elle avait mené, entre 1954 et 1962, une « guerre » en Algérie. On sait ce que cache cette longue dénégation : un lourd passé, qui a toujours « du mal à passer », et dont l’histoire au jour le jour dort encore, en grande partie, dans les cartons des archives. Comment y accéder ? Ce n’est plus impossible, mais cela reste un parcours du combattant. Les règles du jeu ont été fixées par la loi du 3 janvier 1979 : les archives publiques sont accessibles au bout de trente ans. Pour la guerre d’Algérie, le délai est donc largement dépassé. Mais la loi prévoit deux exceptions de taille : les dossiers contenant des informations sur les individus, et ceux qui touchent aux intérêts de la défense nationale et de la sûreté de l’Etat. Il faut alors respecter des délais allant de soixante à cent ans. Or la plupart des documents concernant la guerre d’Algérie peuvent entrer dans l’une de ces catégories. L’objectif premier du chercheur sera donc d’obtenir des dérogations. La pression de l’opinion publique peut les y aider. Après ce que Benjamin Stora a appelé l’« explosion mémorielle » qui a suivi les témoignages de ces dernières années sur la torture, le gouvernement s’est engagé à faciliter l’accès aux dossiers et à rendre plus démocratique la procédure de dérogation. Voici quelles sont aujourd’hui les principales sources : – Le Service historique de l’Armée de Terre (SHAT), au fort de Vincennes, qui a réalisé un gros travail d’inventaire et de codification des archives de la guerre proprement dite : localisation des unités militaires, rapports, journaux de marche et d’opérations, etc. – Le Centre des Archives d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence, qui regroupe tous les fonds provenant d’Algérie, depuis le début de la présence française jusqu’en 1962. – Les archives photographiques et cinématographiques des armées (ECPA) réunies au fort d’Ivry. – Les archives de l’Elysée, de Matignon, et surtout celles des trois ministères les plus concernés : l’Intérieur, la Défense et la Justice. Celles-ci sont loin d’être toutes déposées, et encore moins codifiées, donc accessibles aux chercheurs. Mais si certaines armoires s’ouvrent difficilement, le temps du « mensonge organisé et du silence complice » des autorités semble aujourd’hui en grande partie révolu.

François Schlosser

Sous le drapeau français

Le terme a fini par désigner tous les musulmans engagés aux côtés des soldats français. En réalité, harki vient de harka, « mouvement » en arabe, et ne concerne qu’une partie des supplétifs armés lors de la guerre d’Algérie. Au sein de ces forces, on trouvait alors : – Les harkis proprement dits, la majorité des supplétifs armés. Engagés volontaires, ils forment à partir de 1956 des unités, encadrées par des officiers français, qui livrent combat au FLN sur le terrain. Ce sont eux, le plus souvent, qui poursuivent les fellaghas dans les montagnes et ratissent les djebels. Certaines unités, comme le « commando Georges », deviendront célèbres. Un harki est engagé pour la durée d’un contrat renouvelable ; il touche 7,50 francs par jour, plus une indemnité en mission, une autre en cas de blessure (ou sa famille en cas de décès) ; il a droit aux congés payés, mais doit se nourrir à ses frais. Equipés au début de simples fusils de chasse, les harkis recevront ensuite des armes de guerre. En février 1961, au plus fort des effectifs, on en recensera 61600. – Les moghaznis. Créés en 1955 par Jacques Soustelle, recrutés par contrat de six mois renouvelables, ils ont surtout pour tâche de protéger les SAS (sections administratives spécialisées) chargées de maintenir l’ordre et d’assurer des fonctions sociales auprès de la population musulmane. Les moghaznis, regroupés en maghzen, peuvent à l’occasion participer à des opérations militaires. Leurs effectifs atteindront 20000 hommes. – Les GAD. Ce sont des groupes d’autodéfense constitués spontanément, souvent par des anciens combattants, pour défendre leur douar ou leur village, et équipés d’armes diverses distribuées par les Français. En avril 1960, on comptait 47634 membres des GAD, dont 24000 armés (10000 de simples fusils de chasse). Ils ne sont pas rétribués. – Les GMPR, Groupes mobiles de Protection rurale, devenus ensuite les GMS, Groupes mobiles de Sécurité. Ce sont des civils, recrutés par la police et chargés de surveiller essentiellement les zones forestières. On trouve parmi eux des Européens. En tout 8000 à 10000 hommes. – Les assès. Simples sentinelles, ex-territoriaux, au nombre de 2000, ils n’auront pas un rôle essentiel. A la date du 19 mars 1962, jour du cessez-le feu en Algérie, harkis, moghaznis, GAD, GMS et assès représentaient, d’après le ministère de l’Intérieur, 152000 musulmans engagés en armes aux côtés de la France en Algérie. A quoi il faut ajouter 20000 militaires d’active et 40000 appelés du contingent.

J.-P. M.

POUR EN SAVOIR PLUS

« La Guerre d’Algérie », en deux tomes : 1954-1957 et 1958-1962, par Yves Courrière (Fayard, 2001). Un récit complet et passionnant. Une somme réeditée.

« Histoire de la guerre d’Algérie », par Benjamin Stora (La Découverte/Repères, 1992). Récit historique. Parmi les incontournables.

« Histoire de l’Algérie contemporaine : 1830-1968 », par Charles-Robert Ageron (PUF, 1990). La référence. Du même auteur, deux articles à signaler : « Les pertes humaines de la guerre d’Algérie » (dans « la France en guerre d’Algérie », BDIC, 1992) ; et « Complots et purges dans l’armée de libération algérienne, 1958-1961 » (dans « Revue du xxe siècle », juillet-septembre 1998).

« De Gaulle et l’Algérie », par Jean Daniel (Seuil, 1986). Recueil des articles publiés dans « l’Express » entre 1958 et 1962, avec un retour sur les « événements » vingt-cinq ans après.

« Face à la raison d’Etat. Un historien dans la guerre d’Algérie », par Pierre Vidal-Naquet (La Découverte/Essais, 1989). Recueil d’articles rédigés par l’auteur entre 1959 et 1988.

« Pour comprendre la guerre d’Algérie », par Jacques Duquesne (Perrin, 2001). L’ancien envoyé spécial de « la Croix » revisite l’histoire de l’Algérie en guerre. Fort et lucide.

« Une vie debout. Mémoires politiques », tome 1 : 1945-1962, par Mohammed Harbi (La Découverte, 2001). Mémoires d’un ancien militant et responsable FLN devenu historien, qui éclaire l’histoire de son pays.

« La Gangrène et l’Oubli : la mémoire de la guerre d’Algérie », par Benjamin Stora (La Découverte/Poche, 1998). Les mécanismes de fabrication de l’oubli en France comme en Algérie.

« Un journaliste au cœur de la guerre d’Algérie », par Robert Barrat (Editions de l’Aube, 2001). Un reportage inédit, de 1954 à 1962, et une réflexion sur l’engagement. Ouvrage publié après la mort de l’auteur.

« La Torture et l’armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962 », par Raphaëlle Branche (Gallimard, 2001). Une analyse des mécanismes de la torture pendant le conflit algérien. Très fouillé.

« La Question », par Henri Alleg (Editions de Minuit, 1958). Le premier grand témoignage dénonçant la pratique de la torture publié pendant la guerre. Un livre-événement.

« Le Livre blanc de l’armée française en Algérie » (Contretemps, 2001). Manifeste de 510 officiers généraux. Toute l’armée n’a pas eu un comportement inhumain et déshonorant. Un contrepoint utile.

« On a torturé en Algérie », témoignage recueilli par Jean-Pierre Vittori (Ramsay, 2000). Confessions d’un professionnel de la torture en Algérie. Réédition. Inédit à l’époque.

« Appelés en Algérie, la parole confisquée », par Claire Mauss-Copeaux (Hachette Littératures, 1999). Des appelés font face pour la première fois à leur passé douloureux. Témoignages forts.

« Algérienne », par Louisette Ighilahriz, récit recueilli par Anne Nivat (Fayard/Calmann-Lévy, 2001). Récit autobiographique d’une militante pour l’indépendance, son engagement, son arrestation et la torture subie.

« Journal : 1955-1962 », par Mouloud Feraoun (Seuil, 1962). Ami de Camus, l’auteur, instituteur et écrivain, sera assassiné par l’OAS le 15 mars 1962.

« L’Ennemi intime », par Patrick Rotman (Seuil, 2002). Des appelés, harkis et officiers retracent la manière dont ils ont vécu la guerre. Riche en témoignages.

« Un enfant dans la guerre », par Saïd Ferdi (Seuil, 2002). Arrêté et torturé par les Français à l’âge de 13 ans, l’auteur deviendra harki. Poignant.

« Et ils sont devenus harkis », par Mohand Hamoumou (Fayard, 2001). Histoire de ces Français musulmans victimes d’un piège historique. Un plaidoyer.

« Harkis, un crime d’Etat », par Hazni Boussad (Ramsay, 2002). Ou comment la France, à la fin de la guerre, a lâché ceux qu’elle avait compromis.

« Il faut abattre la lune », par Jean-Paul Mari (NiL, 2001). L’auteur, enfant, a grandi dans l’Algérie d’avant l’indépendance, le reporter revient trente ans après dans un pays aux prises avec les islamistes .

« L’Affaire Bellounis, histoire d’un général fellagha », par Chems Ed Din (Editions de l’Aube, 1998). L’extraordinaire aventure d’un chef de maquis du MNA qui avait passé un accord avec l’armée française.

« Services spéciaux, Algérie : 1955-1957 », par Paul Aussaresses (Perrin, 2001). Un général revendique la torture et les exécutions. Controversé et condamné par la justice.

« La Villa Susini, tortures en Algérie. Un appelé parle. Juin 1961-1962 », par Henri Pouillot (Tirésias, 2001). Dix mois dans l’enfer du plus grand centre de tortures d’Alger. Accablant.

Bibliographie établie par Nébia Bendjebbour

28 février 2002

Par jean-paul mari

source:grands-reporters.com

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Rapport de Abane Ramdane au CNRA (1956)

Posté par algeriedemocratie le 16 août 2009

Rapport de Abane Ramdane au CNRA (1956)

 

Les frères qui prirent la décision de déclencher l’insurrection du Ier Novembre 1954 se séparèrent en se donnant rendez-vous dans trois mois. Ce rendez-vous devait leur permettre de faire le point de la situation, d’étudier ensemble les besoins de la Révolution et de désigner une direction.

A. La situation avant le Congrès du 20 Août 1956
La rencontre n’eut pas lieu. Trois sur cinq des responsables qui étaient à l’intérieur devaient tomber soit entre les mains de l’ennemi soit au champ d’honneur (Bitat, Ben Boulaïd Mustapha et Didouche). Les responsables qui étaient à l’extérieur n’ont pas pu se rencontrer à l’intérieur à cause du danger que présentait à l’époque un tel déplacement. La liaison inter-zonale 2 n’existait pas. Les 2/3 du territoire national n’avaient pas bougé, ce qui rendait impossible la jonction des groupes armés existants. La Révolution faute de cette rencontre restera donc sans autorité nationale reconnue. A cela il y a lieu d’ajouter un vide politique effrayant. Le FLN en tant qu’organisation n’était pas encore né. Les quelques responsables qui avaient échappé à la mort et à l’arrestation hésitaient dans leur isolement à prendre des décisions sur les grands problèmes.

Cette situation terrible ne devait heureusement durer que quelques mois.

Petit à petit la Révolution progressait dans tous les domaines. Difficilement la liaison se rétablissait entre les zones Alger-Kabylie, Alger-Oranie, Alger-Paris, Alger-extérieur, et plus tard Alger-Nord constantinois, Cependant la répression interrompait fréquemment cette liaison. Par ailleurs, le FLN commençait à se populariser, d’abord à Alger et ensuite dans le reste du pays. Le mythe de «I’Algérie française» était démoli. Les maquis prenaient de l’ampleur et s’implantaient solidement chaque jour davantage. Le problème algérien était enfin clairement posé.

Devant la poussée insurrectionnelle, les anciennes formations politiques classiques (MTLD, Oulémas, UDMA) s’intégrèrent dans le FLN. Le PCA s’obstina à suivre mais n’ayant aucune base populaire solide, il ne tarda pas à être emporté par la tourmente.

Le rassemblement au sein du FLN de toutes les énergies vives du pays devait faciliter l’union dans le feu de la lutte de tout le peuple algérien.

L’esprit FLN qui avait banni le sectarisme des anciens partis politiques a été pour beaucoup dans cette union du peuple algérien. A ce stade de la lutte, il était indispensable que tous les responsables de l’insurrection se rencontrassent pour confronter les points de vue et se définir dans tous les domaines.

La rencontre eut lieu le 20 août 1956 dans la vallée de la Soummam.

B. Le Congrès du 20 Août 1956
On a beaucoup parlé et encore plus écrit sur le Congrès du 20 Août 1956. Certes le Congrès du 20 Août n’a jamais eu la prétention d’être une panacée à tous nos maux, cependant, tout homme de bonne foi est obligé de reconnaître que le Congrès du 20 Août a été la plus belle victoire remportée sur l’ennemi depuis le ler Novembre 1954. Au milieu de difficultés sans nombre (alertes, ratissages, embuscades, accrochages), la plupart des responsables de l’Oranais, de l’Algérois et Constantinois ont délibéré 15 jours durant. De ces délibérations devaient sortir :

a. Les organismes dirigeants de la Révolution CNRA et CCE.
On a critiqué la composition du CNRA, pourtant cet organisme reflète l’union nationale réalisée au sein du peuple. Le CNRA, qu’on le veuille ou non, est un organisme représentatif pouvant valablement engager l’avenir du pays.

b. Le principe de la primauté du politique sur le militaire
Ce principe que d’aucuns ont aussi contesté est un principe universel valable dans tous les pays et dans toutes les révolutions car il affirme le caractère essentiellement politique de notre lutte à savoir : l’indépendance nationale.

c. Le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur
Là encore on a trouvé à redire. Pourtant ce principe est encore valable pour une foule de raisons dans la moindre est qu’une révolution comme la nôtre ne peut être dirigée que par des hommes qui la vivent et indiscutablement on ne peut vivre la Révolution algérienne qu’à l’intérieur des frontières de l’Algérie.

d. La structure de l’ALN
La structure conçue le 20 Août a permis à l’ALN de devenir une véritable armée avec sa personnalité propre. Les grades, les insignes, la composition des unités, etc. furent uniformisés.

e. Les Assemblées du peuple
Innovation heureuse qui répond à un sentiment profond chez notre peuple : l’amour de la démocratie. Les Assemblées du peuple permettent à nos populations de faire leur apprentissage dans l’art de se gouverner elles-mêmes et au FLN de consolider et d’élargir ses assises populaires.

C. La crise Mahsas
Mis au courant de la réunion dès le mois de février 1956, les frères de l’extérieur n’ont pu venir assister au Congrès pour des raisons indépendantes de notre volonté. Il en a été d’ailleurs de même des frères des Aurès-Nemmenchas. Néanmoins, les congressistes décidèrent de retarder la publication des décisions en attendant de recueillir les voux et suggestions des frères absents. Les décisions du Congrès furent d’une part remises aux frères Zirout et Amirouche chargés de les communiquer respectivement aux Nemmenchas et aux Aurès et d’autre part, envoyées au Caire par un agent de liaison spécial. Ce dernier rencontra Ben Bella à Tripoli et les lui a remises en mains propre en lui demandant de les communiquer aux trères de l’extérieur. Malheureusement, il se produisit l’épisode de l’avion que tout le monde connaît et qui se termina par l’arrestation des cinq et la saisie de tous les documents en leur possession. Ainsi, les décisions du Congrès qui étaient encore secrètes tombèrent entre les mains de l’ennemi.

Devant cette nouvelle situation, le CCE ne pouvait plus retarder la publication des décisions du Congrès parce que :

a. Les Français pouvaient d’un moment à l’autre les rendre publiques ce qui n’aurait pas manqué de provoquer des réactions très vives et justifiées de la part des militants.

b. L’ennemi criait à qui voulait l’entendre que le FLN était décapité et le moral du peuple et de nos troupes commençait à être atteint. C’est alors que le CCE prit sur lui la responsabilité de faire paraître les décisions du Congrès du 20 Août dans le n° spécial du Moujahid daté du1er Novembre 1956.

La publication des décisions provoqua un échange de lettres entre le CCE et les frères de la Santé. Ces derniers reprochaient au Congrès son manque de représentativité, sa conception du FLN qui a été le principal critère dans le choix des hommes composant les organismes dirigeants de la Révolution, le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, le principe de la primauté du politique sur le militaire et enfin que la République algérienne devait à leur sens revêtir un caractère nettement islamique.

Nous avons exposé plus haut les arguments qui militent en faveur de la conception du FLN des congressistes et du choix des hommes devant siéger aux organismes dirigeants de la Révolution. Nous avons aussi développé les arguments qui militent en faveur des principes : primauté du politique sur le militaire et primauté de l’intérieur sur l’extérieur.

Il nous reste à examiner la non-représentativité du Congrès, le caractère islamique de la République Algérienne.

Toute l’Algérie était présente au Congrès exception faite des responsables de l’ex-zone Aurès-Nemmenchas qui ne sont pas arrivés à temps à cause des ratissages et des luttes intestines qui ravageaient cette partie du territoire algérien. Quant à Souk Ahras, pour tous les congressistes elle faisait partie de l’ex- zone Nord constantinois qui avait envoyé au Congrès ses cinq principaux responsables.

L’Oranie était représentée par son principal responsable. Quant à l’extérieur nous avons dit qu’ils étaient avisés plusieurs mois à l’avance.

Pour ce qui est du caractère islamique de la future Republique algérienne, le CCE considère que c’est-là un argument démagogique auquel ne croient même pas ses auteurs. Les frères de la Santé n’ont pas été les seuls à contester les décisions du congrès. Il y aurait aussi Mahsas qui avait été désigné par Ben Bella comme responsable de la base de Tunis.

Le congrès avait désigné Mezhoudi et Benaouda pour se rendre à Tunis afin de clarifier la situation et activer l’envoi des armes. Dès leur arrivée, ils se heurtèrent à Mahsas qui était déjà maître de la situation. Ce dernier non seulement conteste les décisions du congrès mais entreprend un travail de sape et dresse les éléments des zones frontalières (Souk Ahras, Aurès-Nemmanchas) contre le Congrès et le CCE. Le résultat est que les armes sont bloquées. Il s’ensuit une lutte anarchique entre algériens. Ces agissements atteignent dangereusement le prestige du FLN auprès des autorités tunisiennes qui tiennent compte de la situation à leurs frontières.

La réaction de la délégation à l’extérieur tant au Caire qu’à Tunis, une lettre officielle du CCE au gouvernement tunisien et enfin l’arrivée de Ouamrane devaient isoler Mahsas qui parvint cependant à fuir. La situation est aujourd’hui complètement rétablie et un tribunal militaire vient de clore la crise Mahsas en prononçant 13 condamnations à mort dont deux par contumace (Mahsas et Ben Boulaïd Omar).

D. La sortie du CCE
L’idée remonte à plusieurs mois. Elle émane du chef de la wilaya d’Oran qui était à la frontière algéro-marocaine et de ce fait à même de sentir le malaise qui existait entre les éléments de l’intérieur et de l’extérieur. D’autres raisons devaient précipiter la sortie du CCE, les principales en sont :

a. La situation confuse en Tunisie et aux zones frontalières (Souk-Ahras, Aurès-Nemmamchas).

b. La crise d’autorité qui sévissait au sein de la délégation extérieure dont le chef était contesté par les quatre de la Santé.

c. L’entrée des armes en Algérie.

d. L’indispensabilité de réunir le CNRA pour faire le point.

e. Et enfin l’atmosphère quasi-irrespirable à Alger après la féroce répression qui a suivi la grève de huit jours.

II. Le point de la situation
A. Nos forces
1. A l’intérieur
a. Le FLN
Exception faite de quelques douars qui se sont ralliés à l’armée française et qui habitent autour des camps militaires (leur chiffre est d’environ 4 à 5 par wilaya) et d’une partie de la population de certains villages et villes qui échappent à notre contrôle, tout le peuple algérien est embrigadé dans le FLN. Tous les algériens sont membres du FLN . L’immense majorité par conviction, une infime minorité par crainte. Il nous est impossible de donner le chiffre exact des militants du FLN.

Tous les algériens participent à la lutte. Les uns éduquent, les autres organisent, d’autres font de la propagande, ramassent des fonds, du ravitaillement, des médicaments, etc. D’autres encore prennent la garde, servent de guides dans leur douar, hébergent, renseignent et font à l’occasion le coup de feu. Ces millions d’êtres humains sont encadrés par quelques centaines de commissaires politiques (ex-militants des anciens partis politiques, jeunes lycéens et universitaires qui ont déserté les cours). Les commissaires politiques sont aidés dans leur tâche par tous les membres de l’ALN, officiers, sous-officiers et hommes de troupe qui, à l’occasion, tiennent des réunions aux militants, ramassent les cotisations, tranchent les litiges qui surgissent entre les habitants des douars et des villages. Depuis le Congrès du 20 Août la tâche des commissaires politiques est facilitée par l’élection des membres de l’Assemblée du peuple qui gèrent véritablement les affaires de leurs douars (police, état-civil, ravitaillement, garde, etc.) Les commissaires politiques, pour faire régner l’ordre, disposent de gendarmes ; de groupe de moussebline et éventuellement de groupes de l’ALN. Indiscutablement les résultats sont plus qu’encourageants.

L’administration française n’a jamais pu faire régner l’ordre qui existe aujourd’hui dans nos cam-pagnes. Dans les villes mêmes, les délits de droit commun ont diminué dans une proportion énorme.

b. Le peuple
Le peuple c’est, nous l’avons dit plus haut, le FLN Depuis bientôt trois années, il supporte tout le poids de la guerre. Une répression féroce s’abat sur lui. Les pertes sont lourdes. Elles sont de l’ordre de 250 à 300 000 individus (hommes, femmes, vieillards et enfants). A cela il faut ajouter quelques dizaines de milliers dans les prisons et les camps. Il est rare de trouver une famille algérienne qui ne soit pas touchée dans sa chair ou dans ses biens. Des familles entières ont disparu, massacrées par l’armée française, d’autres complètement ruinées ont quitté leur douar d’origine pour aller chercher refuge dans une autre région. La misère est le lot d’une fraction importante de la population. Les habitants de nombreuses régions dites (pourries) ou déclarées zones interdites suivent dans leur repli les groupes de l’ALN lors des opérations de ratissages. Ces populations sont considérées par les Français hors-la-loi et sont souvent mitraillées par l’aviation. Malgré une répression féroce et une misère effroyable, le moral demeure très bon. Tous les rapports des chefs de wilayas corroborent ce que les membres du CCE ont pu constater eux-mêmes lors de leur passage au maquis. A quoi cela est-il du ? A plusieurs raisons : il y a d’abord le caractère algérien qui ne se plie jamais à la force brutale. Il y a ensuite cette conviction profonde chez tous, que notre victoire est certaine. C’est un sentiment qui ne se raisonne pas chez nos masses.

Le peuple croit à l’indépendance comme il croit au paradis. Vouloir l’en dissuader est peine perdue. Certes il connaît parfois des moments d’abattement mais très vite il se ressaisit et reprend confiance à la vue d’une section de nos moujahidines qui vient de désarmer une unité française dans une embuscade ou un accrochage. De plus le fait de se trouver en pleine mêlée au milieu de tous ces jeunes moudjahidines venus des villes et des campagnes l’encourage et puis il ne faut pas craindre de le dire, il n’a pas le choix. Les Français n’ont plus confiance en lui, il ne lui reste plus qu’à lutter et à mourir au milieu des siens. Pour clore ce chapitre, nous dirons que le peuple est tout pour nous. De lui dépend la victoire ou la défaite. Le CNRA est invité à se pencher sur ses besoins qui sont de deux ordres : les armes et l’argent. Les armes lui permettront de se défendre et l’argent de se nourrir. Nous devons de l’extérieur envoyer des secours en nature et en espèces. Si nous arrivons à faire face à ces deux besoins notre victoire est certaine et à brève échéance.

c. L’A.L.N.
L’ALN est l’ensemble des moujahidines, fidaïnes et des moussebelines lorsque ces derniers sont armés. Les unités qui la composent sont, le groupe, la section, la compagnie et le bataillon. L’ALN ne ressemble en rien à une armée de métier. L’ALN est d’abord et surtout une armée populaire qui vit et combat au sein du peuple. Exception faite de certaines régions montagneuses de Souk Ahras, des Aurès Nemmamchas et du Sud-Oran les groupes de l’ALN sont constamment dans les douars au sein de nos paysans. L’emploi du temps d’un groupe armé peut être schématisé de la façon suivante: le groupe arrive dans une mechta le plus souvent de nuit et s’installe dans une ou deux pièces qui sont mises à sa disposition. Le chef de groupe établit un tour de garde et désigne le premier guetteur qui viendra réveiller son camarade une ou deux heures après. Lorsqu’aucun travail n’est prévu pour la journée du lendemain, les hommes dorment jusqu’au lever du jour. Puis ils passent la journée à laver leur linge et à nettoyer leurs armes. Si l’ennemi est signalé par les guetteurs qui montent une garde vigilante sur les crêtes, le groupe se met vite en tenue de combat. Dans le cas où il existe dans les environs une zone de repli (forêt, ou terrain accidenté) les moujahidines quittent la mechta et se camouflent. Dans le cas ou le terrain est plat, alors ils choisissent l’emplacement et se mettent en position de combat et attendent l’ennemi. Le combat est engagé et dure très souvent jusqu’à la tombée de la nuit. L’obscurité permet généralement aux nôtres de franchir les lignes ennemies et de sortir du cercle.

La guerre pour nos moujahidines ne consiste pas seulement à se défendre, très souvent ils prennent l’initiative et attaquent, c’est le cas par exemple de l’embuscade ou de l’attaque des postes ennemis. L’embuscade est l’opération la plus payante. Les nôtres choisissent le lieu de l’embuscade et attendent passionnément le passage de l’ennemi pour l’attaquer par surprise. L’effet de surprise est terrible et très souvent les nôtres arrivent à massacrer et à désarmer des unités françaises supérieures en nombre et en matériel. L’attaque des postes ennemis peut être un simple harcèlement ou une prise d’assaut lorsque des complicités existent à l’intérieur du camp ennemi. Les unités de l’ALN comprennent une proportion importante de fellahs. Seuls les cadres sont généralement citadins ce qui donne à l’ALN un caractère profondément populaire trait que nous ne devons jamais perdre de vue si nous voulons nous éviter des déboires dans l’avenir. Le moral de l’ALN malgré la vie dure qu’elle mène est excellent. Aucun moudjahid ne parle de négociations, le thème des conversations est toujours le même : l’indépendance et surtout le grand défilé de la libération à Alger.

Le CNRA ne doit pas se fier à cet optimisme. Certes l’enthousiasme est un atout puissant entre nos mains, cependant nous devons tout faire pour fournir à ces hommes qui ont tout sacrifié les moyens de se défendre et de vaincre.

L’effectif de l’ALN est de l’ordre de 50 000 moudjahidines et fidaïne qui se répartissent ainsi :

Base de Souk-Ahras : 4 000 ; wilaya n°l : 10 000 ; wilaya n°2 : 6 000 ;

wilaya n°3 : 12 000 ;

wilaya n°4 : 4 000 ;

wilaya n°5 :6 000 ;

wilaya n°6 : 2 000.

L’effectif des mousseblines est aussi d’environ de 40 à 50 000.

En gros nous pouvons dire que nous avons 100 000 hommes qui combattent. Ces hommes ne sont malheureuse- ment pas tous armés.

Environ 35 à 40 000 hommes sont armés d’armes de guerre, le reste de fusils de chasse et de révolvers ou sans armes du tout.

Le problème des armes sur lequel nous reviendrons plus loin reste posé.

d. Les finances
Jusqu’au Congrès du 20 Août, le FLN a pu non seulement subvenir aux besoins de la révolution à l’intérieur du pays mais à économiser environ 1 milliard. Depuis le Congrès du 20 Août, la répression allant en s’accentuant, les res- sources du FLN ont terriblement diminué. Les chefs de wilaya ont été obligés de prélever des sommes importantes sur leurs réserves. Aujourd’hui, seules trois wilayas ont encore un peu d’argent : la wilaya n°3 possède 300 millions (alors qu’elle en avait 500 le 20 Août 56), la wilaya n°2 possède 100 millions (alors qu’elle en avait 200 le 20 Août 56) et la wilaya n°S possède 600 millions. Les autres wilayas n’ont pas de sous. Le CCE est obligé de prélever des sommes importantes en Kabylie et en Oranie pour aider Souk Ahras et les Aurès-Nemmamchas. Le CCE attire l’attention du CNRA sur ce problème qui conditionne tous les autres. Les sources à l’intérieur sont taries. C’est à l’extérieur et à l’extérieur seulement que nous devons chercher de l’argent pour faire face aux énormes dépenses que nécessitent l’achat de grosses quantité d’armes, l’entretien d’une multitude de militants qui travaillent à l’extérieur et aussi et surtout aux besoins vitaux des populations à l’intérieur du pays qui se débattent dans une misère effroyable.

Tous les chefs de wilaya lancent un cri d’alarme. Si nous voulons maintenir et augmenter le niveau de lutte du peuple, nous ne devons pas le laisser mourir de faim.

Chacun de nous devra faire son examen de conscience. Des sommes énormes sont dilapidées par nous à l’extérieur. L’esprit d’économie n’existe chez aucun d’entre nous. Nous vivons dans des palaces et au moindre de nos déplacements, nous louons un taxi, des voyages inutiles et onéreux sont effectués par les nôtres. Tous les jours des millions sont ainsi gaspillés alors que le peuple dans certaines régions comme à Ténès par exemple mange de l’herbe. Nous reviendrons sur cette question dans les perspectives d’avenir.

e. Les syndicats
Nous avons pris l’initiative en mars 1956 de créer une centrale syndicale nationale : l’UGTA. L’enthousiasme rencontré au départ fut immense. En quelques mois l’UGTA comptait pour la seule agglomération algéroise plus de 100 000 adhérents. Malheureusement l’UGTA comme toutes les organisations nationales fut prise pour cible par l’ennemi. Des arrestations massives furent opérées. Des milliers de syndicalistes sont aujould’hui dans les camps de concentration. A neuf reprises le secrétariat national de l’UGTA a été renouvelé en moins d’un an. Aujourd’hui tous les dirigeants de l’UGTA sont arrêtés et les locaux occupés par la police et l’armée française. Seuls ont échappé trois secrétaires nationaux qui se trouvent aujourd’hui à l’extérieur sont en rapport avec la CISL et les syndicats qui composent cette centrale internationale. En outre, ils participent à l’élaboration du projet d’unification des 3 centrales nord-africaines (UGTT-UGTA-UMT). La délégation de l’UGTA à l’extérieur devra se fixer pour tâche la formation des cadres grâce aux stages gratuits organisés par le CISL, de ramasser des fonds auprès de leurs camarades ouvriers en Tunisie et au Maroc, en Europe occidentale et en Amérique afin de subvenir aux besoins des familles de syndicalistes algériens emprisonnés et enfin à faire de la propagande pour l’UGTA et la Révolution algérienne dans les congrès, les conférences syndicaux internationaux. A côté de l’UGTA, nous avons aussi créé l’UGCA qui se trouve dans une situation identique à celle de la centrale ouvrière.

2. A l’extérieur.
a. Notre délégation
Notre délégation à l’extérieur représente indiscutablement une force par le nombre et par la qualité. C’est pour cela qu’elle n’a plus aucune excuse pour ne pas rendre. La crise d’autorité qui était un grand handicap a disparu. Le chef de la délé- gation aidé du responsable à la logistique devra procéder à une réorganisation de tout l’extérieur. Il serait souhaitable qu’il se choisisse un adjoint énergique chargé tout spécialement de veiller à l’application stricte d’une discipline de travail et un contrôle de toutes les dépenses du personnel de la délégation.

b. L’organisation du Maroc
L’organisation du Maroc est bien assise. L’effectif des militants est d’environ 6 000. Aucun Algérien habitant le Maroc n’échappe à notre contrôle. Tous contribuent, chacun dans la mesure de ses moyens, à l’effort de guerre. Les rentrées financières mensuelles sont de l’ordre de 20 à 25 millions. Cette puissante organisation nous permet de faire pression dans une certaine mesure sur les autorités marocaines et l’lstiqlal qui ne sont pas aussi bien disposés que les autorités tunisiennes et le destour à nous aider. L’ex-zone espagnole nous est très utile. Elle sert de refuge à nos éléments et là se trouvent les organismes vitaux de la Wilaya n°5. Avec un peu de bonne volonté les autorités marocaines pourraient nous faciliter l’installation de camps d’entraînement, d’écoles de cadres de tous genres, de centres de transmissions, etc. Il est à souhaiter qu’une imposante délégation aille rendre visite au sultan et au gouvernement marocain pour lui demander de nous aider plus efficacement.

c. L’organisation de Tunisie
Elle commence seulement à démarrer. Les crises successives ont mis par terre toute l’organisation qui, il est vrai, n’a jamais été bien solide. Les autorités tunisiennes à l’inverse des autorités marocaines sont beaucoup plus compréhensives à notre égard. Mais les possibilités sont ici limitées. Nous n’avons ni l’équivalent de l’ex-zone espagnole, ni la masse des jeunes algériens instruits qui habitent le Maroc ? Cependant, là encore, la formation de camps d’entraînement est possible à proximité des frontières. Si nous rencontrons au Maroc de très grandes diffcultés dans l’acheminement des armes, en Tunisie nous n’avons eu jusqu’ici aucune difficulté majeure. L’effectif des Algériens qui habitent la Tunisie et qui activent au sein du FLN est minime. Les éléments dynamiques vivent tous au maquis. Les rentrées financières sont très faibles ; 1 à 2 millions par mois. Il est vrai que les frais de la base de Tunis sont très élevés à cause de l’aide qu’elle apporte à la base de Souk Ahras et à la Wilaya n° 1 (traitement et soins aux malades et blessés, ravitaillement et habillement, etc.).

source:algeria-watch.org

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Lalla Fadhma N’Soumeur et Boubaghla. Du béguin aux…interdits

Posté par algeriedemocratie le 16 août 2009

Lalla Fadhma N’Soumeur et Boubaghla. Du béguin aux…interdits

Une histoire d’amour que d’aucuns rapportent mais sans donner plus de détails dans une société, il est vrai, régie par des dogmes et autres référents qui s’éloignent totalement des sentiments, pourtant, humainement nobles.

Au-delà de l’image guerrière que tout un chacun pourrait retenir à sa manière sur celle qui est convenu de surnommer « la Jeanne d’Arc du Djurdjura », n’en déplaisent à certains esprits étroits qui crieraient haro au néocolonialisme d’un nouveau genre.

Après tout, ce surnom lui est donné au lendemain de sa capture (11 juillet 1857) par le général Randon qui l’a crié à la face de ses officiers en signe de reconnaissance à une femme combattante qui lui a infligée plusieurs défaites et humiliations tout au long des huit années de combats armés qui les a opposés (1850-1857). C’est dire qu’il y a lieu de s’enorgueillir de ce qualificatif même si comparaison n’est pas raison.

Combien même on pourrait déceler une quelconque similitude entre ces deux femmes, il n’en demeure pas moins que l’histoire de la puritaine Jeanne d’Arc la Française ne peut en aucun cas être assimilée à notre héroïne nationale, Lalla Fadhma N’Soumeur. Ce n’est pas le même contexte historique encore moins culturel et/ou social.

Cela dit, Lalla Fadhma à laquelle Soumeur lui est associé à la faveur de son « exil » volontaire dans ce village habité, jadis, par son frère Si Tahar, représente à la fois une lueur d’espoir et une énigme non élucidée. De l’espoir, elle en a donné à volonté pour toutes les femmes Algériennes qui veulent s’émanciper et s’affranchir de la tutelle des hommes. D’abord par ses positions fermement constantes vis-à-vis de nombreuses sollicitations en mariage qu’elle réfutera de toutes ses forces. Ensuite quand elle sera sommée par son frère Si Mohand Tayeb d’épouser in petto son cousin Si Yahia n’Ath Ikhoulaf, Lla Fadhma se rebellera au domicile conjugal dans le but de ne pas consommer cette union forcée. Ce qui lui a value d’être « répudiée » un mois plus tard. Enfin, mise sous quarantaine, elle sortira de son « placard » quelques jours plus tard, certes, déprimée mais ne tardera pas à retrouver ses esprits en allant habiter chez son frère Si Tahar où le calme et l’harmonie conjugale régnait en maître des lieux.

L’énigme réside dans cette histoire d’amour que d’aucuns rapportent mais sans donner plus de détails dans une société, il est vrai, régie par des dogmes et autres référents qui s’éloignent totalement des sentiments, pourtant, humainement nobles. Vous l’aurez compris, il s’agit de sa relation privilégiée – si on peut présenter ainsi la chose – avec le chérif Boubaghla, littéralement l’homme à la mule. Ce chérif donc – non pas le justicier du Far West comme on en voit dans les films western américains mais plutôt une sorte de moine combattant – a, dés qu’il l’eut rencontré à Azazga, eu le béguin pour elle et vice-versa. Bien entendu, ce fut à un moment de guerre menée contre l’envahisseur français. Ce qui a eu pour effet immédiat la jonction de leurs troupes respectives. Les volontaires mobilisés, en effet, par Boubaghla associés à la soixantaine de guerrières de Lla Fadhma ont eu raison de la soldatesque du capitaine Wolf au cours de la bataille menée de front un certain 7 avril de l’an 1854 dans l’oued Sébaou.

Demande en mariage refusé

Un premier succès salué tel qu’il se doit par les populations kabyles dont l’espoir renaît et se cristallisa sur ces deux tourtereaux, suis-je tenté de dire, mais les interdits sociaux – ou si vous préférez les non dits – étant si pesants dans la balance que ceux qui ont esquissé quelque récits sur l’époque mettent l’accent davantage sur la ténacité et la résistance héroïque de Lalla Fadhma. C’est à peine si on évoque que Boubaghla de son vrai nom Mohamed Lamjad ben Abdelmalek, originaire de l’Ouest du pays qui plus est, s’est maintes fois déplacé à Ouerja (Iferhounen), village natal de Lla Fadhma pour demander sa main. Il butera sur le refus stupidement rancunier, non pas de celui des membres de sa famille mais sur celui de son ex époux. Eh oui ! Selon la tradition en vigueur à l’époque, ne pouvait prétendre épouser une répudiée que celui dont sa dulcinée s’entendra obligatoirement prononcé la sentence « Je te répudie » et à trois reprises s’il vous plait !

De guerre lasse, autant poursuivre la lutte armée qui, au moins les rapproche et leur fait goûter le bonheur évanescent. Lorsque Boubaghla sera blessé au cours de la bataille de Tachekirt, Lla Fadhma lui porta secours et ils allèrent se réfugier aux Ath-Yanni d’où ils appelèrent à la poursuite des combats…Mais comme dans les contes de fée, leur histoire d’amour – à relativiser certainement par rapport à une tradition orale qui dit ce qu’elle veut bien dire – prendra fin le 16 décembre de l’an 1854 date à laquelle Boubaghla sera exécuté suite à une dénonciation. Bien entendu, Fadhma Sid Ahmed de son vrai nom, à la tête d’un imposant contingent de confédérations poursuivra la lutte armée et remportera de nombreuses batailles avant d’être capturée au cours d’une «trêve» savamment orchestrée par le général Randon.

Pendant que celui-ci envisageait, en effet, une soi-disant paix avec le frère de l’héroïne si Mohand Tayeb, vingt solides gaillards furent conduits, à la tombée de la nuit, par un rallié au refuge de Lalla Fadhma ainsi prise par lâcheté en compagnie de ses guerrières. Beni Slimane, prés de Tablat sera définitivement sa résidence surveillée par le bach-agha Tahar ben Mahieddine.

Durant six années, elle consacra le meilleur de son temps au culte avant d’être terrassée par une hémiplégie selon les uns tandis que d’autres avancent de fortes présomptions portant à penser à un véritable camp de la mort à l’hitlérienne sans pour autant détenir la preuve. En septembre 1863, l’héroïne du Djurdjura rendit l’âme. Elle avait 33 ans. Ainsi prend fin l’épopée héroïque d’une femme vraiment pas comme les autres. Elle était très belle, raffinée, et surtout très intelligente. Des qualités mêmes si elles ne lui profitèrent guère au sens restrictif du terme pour des raisons que j’ai précédemment évoquées, lui ouvrèrent, fort heureusement, d’autres portes plus obscures, celles là, en ce sens que « Tamnafecqt » (la révoltée) a su comment mobiliser des femmes et des hommes qui lui vouèrent respect profond et craintes superstitieuses. D’une voix chaude et prenante, elle a pu capter un auditoire sur lequel elle avait un ascendant certain. C’est le fruit d’un travail assidu sur elle-même en apprenant à psalmodier des versets coraniques d’abord – une pratique pourtant réservée aux seuls mâles – à aménager en salle de consultation (El-Kheloua) ensuite. Et son pressentiment avéré sur le débarquement prochain de l’ennemi a fini par lui conférer le statut de « voyante » aux yeux de la population qui buvait insatiablement ses paroles…

Rabah DOUIK

*Ses restes seront réinhumés, le 3 juillet 1995, à El-Alia

Fadhma n'Soumeur


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المؤرخ الفرنسي بنجامين ستورا لـ »الخبر الأسبوعي »::يجب على الجزائر أن تفتح أرشيفها أيض

Posté par algeriedemocratie le 10 août 2009

ا يجب على الجزائر أن تفتح أرشيفها أيضا قال المؤرخ والباحث الفرنسي بنجامين ستورا إن الجزائر تمتلك أرشيفا خاصا بفترة الاستقلال، مؤكدا على أنه من غير المعقول أن نطالب فرنسا بفتح أرشيفها وإعادة الأرشيف للجزائر، في حين أن السلطات الجزائرية ترفض فتح الأرشيف الخاص بفترة الاستقلال· كما اعتبر أن السبب الذي يعرقل طي صفحة الماضي الاستعماري بين الجزائر وفرنسا هو أن الفرنسيين لم يهضموا بعد استقلال الجزائر، ويرفضون الاعتراف بسقوط نظرية الجزائر فرنسية·

حاوره في باريس مبعوث  »الخبر الأسبوعي »: كمال زايت

لماذا، في رأيك، لا تزال العلاقات الجزائرية ـ الفرنسية تراوح مكانها، ولماذا لا يزال الماضي الذي كان يجمع البلدين يلقي بظلاله على الحاضر؟

المسألة ليست بسيطة، لأن عام 2691 كان شاهدا على نهاية الاستعمار الفرنسي للجزائر·· قلعة ومعقل الإمبراطورية الفرنسية سقطت، الجيوش الفرنسية غادرت الجزائر ومعهم الأقدام السوداء، لقد أسدل الستار على أكثر من قرن ونصف من التاريخ المشترك· والمسألة إذا كانت تبدو بالنسبة إليكم في الجزائر عادية وبسيطة، إلا أنها ليست كذلك في فرنسا· لذلك، سمعنا ولا نزال كلاما عن خيانة ديغول، وعن النظام الجزائري غير الديمقراطي· ولكن، كل هؤلاء كنت أجيبهم بأنه بصرف النظر عن كل تلك الأمور، الجزائر اليوم دولة مستقلة، لها علمها ونشيدها ومكانها في الأمم المتحدة، وهي بكل المقاييس دولة قائمة بذاتها، مهما كانت نوعية النظام السياسي القائم فيها· وهذه المسائل التي تبدو من البديهيات، لا تزال جهات كثيرة ترفض الاعتراف بها وإقرارها، وهذا ما يعيق تقدم العلاقات بين البلدين وطي صفحة الماضي المشترك· ومن أجل تجاوز هذا الوضع، يجب أن يتم الاعتراف بالوطنية الجزائرية وبرموزها·

لكن، لماذا الولايات المتحدة، مثلا، استطاعت أن تتجاوز عقدة ماضيها في فيتنام واعترفت بما ارتكبته هناك؟

لكن فيتنام ليست الجزائر·· الولايات المتحدة لم يكن لها أي علاقة مع الأرض، بل كانت تقوم أساسا بقصف جوي من السماء، كما أن التواجد الأمريكي في فيتنام لم يكن استعمارا استيطانيا· أما في الجزائر، فقد كان هناك حوالي مليون مستوطن، الكنائس الصغيرة في القرى، النشيد والعلم الفرنسي الذي يرفرف في كل مكان، لقد كانت الجزائر فرنسية بكل ما تحمله هذه الكلمة من معنى· لذا، كفانا من هذه المقارنات التي لا أساس لها·
هناك من يتحدث عن تجربة المصالحة الفرنسية ـ الألمانية أيضا كنموذج؟
فرنسا كانت في طاولة المنتصرين بعد الحربين الأولى والثانية، ديغول جلس إلى الطاولة خلال مؤتمر يالطا إلى جانب تشرتشل وروزفلت وستالين، وفي 5491 دخلت فرنسا إلى مجلس الأمن كعضو دائم، وبالتالي من السهل أن نتصالح مع الآخر لما نكون في موقع قوة· ولكن في 2691 هل كانت فرنسا منتصرة؟ لا أعتقد·· فرنسا لا تحتفل بالخامس جويلية، لأنها لا تريد أن تتذكر انهزامها وخروجها من الحرب خاسرة، هي تتذكر في المقابل الحركى الذين قتلوا والجنود الذين سقطوا خلال حرب التحرير، وهذا أمر طبيعي·· ولكن قتلى الجزائريين من يتذكرهم؟ فرنسا قتلت مئات الآلاف من الجزائريين، على الأقل خلال الثورة، وأقول هذا حتى لا أدخل في الجدل بشأن المليون ونصف المليون شهيد· ولكن، حسب المؤرخين الفرنسيين الجديين، فإن عدد القتلى لا يقل عن 004 ألف قتيل، وصدقني لو قلت لفرنسي هذا الكلام سيصدم، ولن يصدق أن فرنسا قتلت مئات الآلاف من الجزائريين· الأمريكيون اعترفوا قبل إعادة العلاقات الدبلوماسية بأنهم قتلوا مليون فيتنامي وانتهى الأمر، أما بالنسبة للفرنسيين، فهذا أمر صعب· متى سنسمع مسؤول فرنسي يقول لقد قتلنا مئات الآلاف من الجزائريين، لأن الاعتراف بما حدث مرحلة ضروري قبل المرور إلى مرحلة الاعتذار· من الضروري أن نحترم قتلى الآخر حتى يستمع إلينا، لماذا يستمعون إليّ في الجزائر؟ لسبب بسيط، وهو أنني أحترم قتلاهم الذين سقطوا خلال حرب التحرير، هناك كثير من الجزائريين يتصلون بي ويعبرون لي عن تقديرهم لي، لأني أحترم قتلاهم وأتحدث عنهم·

السفير السابق الفرنسي، برنارد باجولي، تحدث لأول مرة عن مجازر 8 ماي 1945. ما هي القراءة التي تعطونها لهذه التصريحات؟

برنارد باجولي ذهب بعيدا مقارنة بسابقه هوبير كولين فرديار، وهذا التصريح أضعه في خانة الخطوات الصغيرة التي يتم القيام بها منذ فترة قصيرة، وهي بالقطع خطوات إيجابية·

هل كان تصريح باجولي بمبادرة شخصية منه؟

لا أعتقد ذلك، لأن باجولي إطار مهم في الدولة الفرنسية، بدليل المنصب الذي أضحى يحتله بعد مغادرته سفارة فرنسا في الجزائر، وبالتالي فهو لا يمكن أن يقدم على تصرف مثل هذا بطريقة ارتجالية، كما أنه ينتمي إلى فئة المسؤولين الذين يؤمنون بضرورة تطهير العلاقات الجزائرية ـ الفرنسية من شوائب الماضي الذي يعيق تقدمها· فالتصريح الذي أدلى به بشأن مجازر8 ماي 5491 يأتي في إطار سياسة الخطوات الصغيرة التي يتم القيام بها، ولكنه قام بذلك أيضا بقناعة شخصية· ولكن باجولي ليس لوحده، وإنما هناك أشخاص آخرون يرفضون تطهير العلاقات الجزائرية ـ الفرنسية من شوائب الماضي، وتضع الاعتراف والاعتذار في خانة الطابوهات·
عندما صدر قانون 32 فيفري الذي مجد الاستعمار الفرنسي، قلت لهم هل سألتم رأي الجزائريين؟ هل تأكدتم إن كانوا يرون هذه الجوانب الإيجابية؟ كيف تقررون مكانهم عن شيء لم يختاروه بل فرض عليهم؟ ولكن، للأسف، صدى كلامي عند الأوساط السياسية يظل ضعيفا، وهو أقوى عند الأوساط المثقفة، لأن الاتجاه الغالب هو رفض الاعتراف ورفض الاعتذار·

وما رأيك في تصريحات الرئيس الفرنسي نيكولا ساركوزي من الماضي الاستعماري لبلاده في الجزائر؟

ساركوزي تحدث عدة مرات وبطرق مختلفة عن الجزائر، كان ذلك في بداية خطابه القوي في تولون، والذي تضمن رفضا قاطعا لأي اعتراف، مؤكدا على أن فرنسا لم ترتكب شيئا لكي تعترف، ثم خطابه الآخر في داكار الذي تحدث فيه عن الحضارة والتمدن الذي حملته فرنسا إلى مستعمراتها في إفريقيا، ثم في الأخير خطابه في قسنطينة خلال زيارته للجزائر، والذي أدان فيه الاستعمار الفرنسي ووصفه بأنه  »استعباد »، وهي كلمة ثقيلة· لو كنت أنا الذي قلتها، لقامت علي الدنيا ولم تقعد·
أظن أن نيكولا ساركوزي بدأ منذ مدة يقوم بسياسة الخطوات الصغيرة، وتبع خطاب قسنطينة خطوات أخرى، مثل تسليم الأرشيف المصور الخاص بالمعهد الوطني للسمعي البصري الفرنسي للجزائر، وكذا تشكيل فوج عمل مشترك بشأن التجارب النووية في الجزائر، وكذا تسليم خرائط الألغام· ولكن، هناك شيء مهم أريد التركيز عليه، وهو أن خطاب ساركوزي في قسنطينة لم يذع على نحو واسع في فرنسا، ولم تقم الصحف الكبيرة والقنوات الفرنسية بإذاعته بشكل يعكس قوة ما جاء فيه، وهذا ما جعلني أستخلص أن هناك خطابين، الأول يخص السياسة الخارجية ويتضمن خطوات لبناء اعتراف، والثاني خطاب داخلي موجه إلى زبائن ـ ناخبين، يراعي وجود حساسيات تجاه كل ما هو اعتراف أو اعتذار بما وقع في الجزائر خلال فترة الاستعمار الفرنسي·
هناك رأي يرفض سياسة الخطوات الصغيرة ويطالب باعتراف شامل وكامل بكل ما حدث، إلا أني أفضل هذه الخطوات على لا شيء·
ألاحظ أيضا في مسألة الاعتذار والاعتراف أن الجزائريين لا يعرفون كيف يؤسسون ملفات مقبولة دوليا، فيما يتعلق باستعمال النابالم أو بالمجازر الجماعية· لذا، يجب على الجزائريين أن يؤسسوا ملفات صلبة مقبولة من الهيئات الدولية التي يمكن اللجوء إليها·

ما هو موقفك من القانون الفرنسي الجديد للأرشيف، وهل أنت مع فتح كل الأرشيف
أو مع الإبقاء على بعض الوثائق سرية؟

أنا أرفض فتح الأرشيف لمن هب ودب بطريقة فوضوية، لأن هناك معلومات شخصية إذا تم استعمالها بطريقة سيئة، يمكن أن تضر بأشخاص وتمس بحياتهم الخاصة، ولكن التحفظ الذي كان لي هو على فترات السرية المطبقة على بعض الوثائق، والتي أرى بأنها طويلة نوعا ما، وأنه كان بالإمكان مراجعتها نحو الأسفل·
ما أريد أن أقوله أيضا في هذه النقطة أنه ليس من المعقول أن نطالب فرنسا بفتح أرشيفها في حين أن الجزائر لا تفتح أرشيفها، الجزائر ليست فقط الفترة الاستعمارية، فعمر الجمهورية الجزائرية المستقلة يقترب من نصف قرن، وبالتالي، هناك كمية مهمة من الوثائق التي أضحت الآن جزءا من التاريخ·· من الضروري أن نعرف كيف كانت تسير الدولة في عهد أحمد بن بلة، وكيف كانت تسير في عهد هواري بومدين، وأشياء كثيرة وألغاز أخرى يمكن أن تساهم الوثائق الرسمية في حلها وتفسيرها وتقديم كثير من الإجابات·
لقد شهدت الجزائر تعديلا دستوريا مؤخرا، وقد ركز الجميع على العهدة الثالثة، لكن هناك مسألة أخرى جديرة بالاهتمام أيضا، وهي المادة المتعلقة بالتاريخ، وهذا دليل على أن التاريخ أضحى ملكا للدولة، وهذا أمر خطير، لأن الجزائر الرسمية التي انتقدت قانون 23 فيفري لم تكن أحسن من فرنسا في هذه الحالة·

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