Les enfants perdus de Kabylie

Posté par algeriedemocratie le 9 juin 2012

In Liberation
04.06.2012

grand angle Une vague de suicides de jeunes à Tizi-Ouzou bouleverse une communauté qui oscille entre la honte et la crainte d’être stigmatisée par le pouvoir.

Par JEAN-LOUIS LE TOUZET Envoyé spécial à Tizi-Ouzou, Algérie

Au mois de mars, l’air est sec, froid et souvent d’un bleu très dru à 900 mètres d’altitude à Adrar, un petit village de Kabylie, au nord-est de Tizi-Ouzou, en Algérie. A Adrar il n’y a rien, mis à part des locaux commerciaux qui n’ont jamais ouverts mais le gaz de ville et l’éclairage public sont pour bientôt. Quand le temps est dégagé, on peut voir la mer et la baie d’Azeffoun.

Le 18 mars dernier, aux alentours de 19 h 30, l’alerte est donnée dans tout Adrar. Le jeune Mohamed Douzen, onze ans, élève de 5e (l’équivalent du CM2), dernier d’une famille de treize enfants, a disparu. Ce soir-là les choses n’allaient pas comme d’habitude. Le petit Mohamed avait tourné autour de ses sœurs dans l’après-midi comme une guêpe, les sollicitant pour un câlin, pour un oui pour un non, se pelotonnant comme un chat sur leur lit, leur demandant avec insistance ce qu’elles étaient en train de faire.

Arezki, agent de l’autorité villageoise, se souvient ce soir-là, quand la nouvelle de la mort du petit Mohamed est tombée, du vacarme de chaises, de pieds, et de tabourets renversés. Mohamed était encore une heure auparavant dans les jambes de sa mère partie «chercher des légumes chez la voisine», raconte-t-il. C’est le frère aîné de Mohamed, Makhlouf, maçon comme son père, qui a retrouvé le petit pendu accroché avec un nœud coulant à la branche noueuse d’un olivier sur la parcelle du voisin, distante de trois cents mètres de la maison familiale. Le petit avait pris l’habitude de «jouer sous les oliviers». Pour son père, «c’était son refuge».

Le corps n’avait pas la moindre oscillation et était «encore chaud» quand Makhlouf et Amine, un des cadets, maçon tout comme les autres, ont décroché leur petit frère qu’ils ont éclairé avec des torches et des lampes à gaz. Amine raconte aujourd’hui, en s’essuyant les yeux avec le revers de sa manche, qu’il ne manquait «pas cinq centimètres», en montrant l’écart entre le pouce de l’index, pour que les pieds en flèches, chaussés «de petites tennis blanches», touchent les deux briques rouges que le petit avait transportées du dernier étage du domicile familial, toujours en chantier, pour se hisser et en finir.
«Je me suis suicidé»

La maison des Douzen ne possède ni Internet ni parabole. Elle a deux étages dont le dernier est hérissé de fers à béton. Au rez-de-chaussée, il y a un café tenu par le père, Ali, et ses fils. Un café de village avec des viennoiseries sous plastique sur des présentoirs métalliques. La télé, qui diffuse uniquement les chaînes nationales, est aujourd’hui en sourdine. Les consommateurs en terrasse sirotent, silencieux, des expressos et du thé. Ils ont vue sur la route, les nids de poule et la volée de marches de la mosquée.

Le père, après avoir porté en tremblant une cigarette à la bouche, trouve un semblant d’équilibre pour dire : «C’était un gentil garçon, rêveur qui passait du temps avec nous dans le café à écouter les adultes sans rien dire. Puis il partait d’un coup se cacher sous les oliviers…» Les voisins se consultent du regard, l’écoutent parler sans l’aider d’une parole, d’un geste. Ses mains sont énormes et tavelées par le ciment. Il porte une salopette en denim nouée jusqu’au dernier cran à la taille par un ceinturon de cuir.

Le soir du drame, il se souvient qu’il suivait péniblement ses aînés en montant le mamelon caillouteux éclairé à la lueur d’une torche. Puis alerté par les cris des frères déjà sur place, il a voulu accélérer mais le cœur lui sortait de la poitrine. Il est arrivé hors d’haleine, mâchoire tremblante, et a vu le corps posé sur la mousse qui lui faisait comme un édredon. Il a alors pris le corps de Mohamed dans ses bras en sanglotant attendant que la Sécurité civile monte de Tizi-Ouzou qui ne pourra que constater le décès. La gendarmerie ne s’est pas déplacée sur les lieux mais a gardé le corps à la brigade «pour examens complémentaires».

Par le sentier de chèvres qui mène aux oliviers du voisin, pendant que la sécurité civile emportait le corps par la route, Amine, rentre vers la maison, le visage mangé de larmes. Il tombe, dit-il, sur «un bout de papier» coincé dans une branche de figuier fraîchement cassée : «Je m’appelle Mohamed Douzen et je me suis suicidé.» La maman de Mohamed ne fut prévenue que dans la nuit de la mort de son dernier : «Pour la ménager», souffle le père. Depuis, elle ne sort plus de la maison de la voisine. L’explication, on la lit dans une contribution écrite en 2008 par les professeursBadra Moutassem-Mimouni et Mostefa Mimouni intitulée : Tentatives de suicide et suicide des jeunes à Oran, entre désespoir et affirmation de soi. «En plus de la honte qu’il leur fait subir en se supprimant, cet acte peut être vécu [par les parents] comme une négation de leur existence et de leur place dans la vie. Comme s’ils ne comptaient pas à ses yeux, comme une preuve du manque d’amour et de respect qu’il leur doit de façon inconditionnelle car la culture musulmane est basée sur le respect absolu des parents et de leur autorité» (1).

Le voisinage est venu témoigner de sa compassion à la famille mais pour certains, dit Arezki, le chef du comité de village, les paroles réconfortantes n’arrivaient pas à sortir «comme si la foudre était tombée». Le quotidien arabophone d’Alger, Ennahar, qui n’a pas dépêché de journaliste sur place, a brodé les jours suivants sur une querelle de voisinage qui serait à l’origine du suicide du petit, laissant entendre au passage une faiblesse supposée des parents qui ne savent pas tenir leurs enfants. Le père s’effondre en larmes et dit que jamais il n’a porté la main sur son gosse. Ni jamais grondé «parce qu’il n’avait pas de bonnes notes et puis pourquoi faire ? Il aurait fait maçon, comme ses frères, c’est tout ce qu’on peut espérer ici, maçon…» Deux jeunes psychologues ont été envoyées de Tizi-Ouzou pour accompagner la famille dans leur deuil. Le père qui n’a pas «d’instruction», comme il dit, a vu «tout de suite» qu’il s’agissait de stagiaires «qu’on n’a jamais revues à la maison depuis».
«Poids des traditions»

Pour le seul mois de mars, outre Mohamed, deux autres garçons se sont pendus dans la wilaya de Tizi-Ouzou, en Kabylie. Le 19 mars, en fin de journée, sur la commune d’Irjen, à 18 km de Tizi-Ouzou, le jeune Azdin (prénom modifié) s’est pendu avec la ceinture de son kimono. Il allait avoir 13 ans.

«Ces enfants ne se connaissaient pas. Il s’agit d’un pur hasard. Ils se sont pendus. Ils ne se sont pas donnés la moindre chance de s’en sortir», insiste le médecin psychiatre Mahmoud Boudarene, ancien député du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie, un parti laïc bien implanté en Kabylie). Il souligne qu’«il n’y a jamais d’enquêtes sérieuses concernant les suicides mais on peut avancer que ces passages à l’acte découlent de problèmes psychologiques sévères et d’immenses difficultés pour ces enfants à contrôler leurs émotions. La pendaison est un huis clos contrairement aux immolations qui sont une sorte de mise en scène sacrificielle : je souffre et je me sacrifie au nom des autres.»

Le taux national de 4 suicides pour 100 000 habitants est le pourcentage «officiellement» avancé à Alger mais il«ne correspond pas à la réalité» et serait, selon Mahmoud Boudarene,«beaucoup plus élevé». Un hiatus qui s’expliquerait par «des erreurs statistiques et la dissimulation du suicide en accident ou en mort naturelle dans un pays où le poids des traditions et de la religion est important.»

«En l’absence de statistiques fiables et sérieuses , poursuit-il, il faut en parler car les difficultés auxquelles sont confrontés les Algériens sont des facteurs précipitant le passage à l’acte.»

Un voisin de la famille de Mohamed, qui ne veut pas être cité, s’indigne : «Les journaux en arabe font leurs choux gras sur les suicides et disent que les Kabyles ne sont pas de pas de bons parents, qu’ils battent leurs enfants et qu’ils ne sont pas de bons croyants…» Dans son livre L’action politique en Algérie, un bilan, une expérience et le regard du psychiatre, Mahmoud Boudarene note pour sa part que«la comptabilité morbide égrenée par les médias concernant le suicide en Kabylie a amené les acteurs de la vie politique à interpréter le suicide comme le résultat d’une carence de la foi dans cette région du pays. Les sujets sont alors stigmatisés, blâmés et parfois excommuniés.»
Le corps exposé dans la classe

Exceptionnellement, les obsèques du petit Mohamed eurent lieu le surlendemain du drame. Les prières rituelles furent conduites par l’iman qui s’est bien gardé de rappeler à la famille que le suicide était un acte de désobéissance à Dieu. Mohamed a été porté en terre. Auparavant, son corps avait été placé dans la salle de classe, selon les souhaits des deux jeunes psys. Le directeur de l’école, Monsieur Ramdane, a trouvé cela «traumatisant» pour les enfants mais, dit-il, «j’imagine que les psychologues savent mieux ces choses-là que nous.» Le docteur Mahmoud Boudarene, lui, a jugé l’initiative déplacée : «Personnellement je n’aurais pas pris une telle décision. Ses camarades de classe auraient tout à fait pu aller lui rendre une dernière visite au domicile mortuaire. Une démarche qui s’inscrit dans les usages et qui aurait été un élément précurseur pour le travail de deuil chez les enfants.»

Pour le directeur de l’école primaire, Mohamed «n’était pas intéressé par l’école» : «Ses notes étaient moyennes, parfois en dessous mais il n’y avait pas de pression des parents. L’enfant était turbulent comme tous les gosses de cet âge.» Le jour où il s’est pendu, ajoute Ramdane, Mohamed a blessé d’une pierre le poignet d’une camarade dans la cours de récréation «mais ce n’était pas méchant». Trois jours avant de se pendre, le garçon avait lancé à sa mère dans la cuisine : «Toi aussi, un jour, tu porteras mon cartable dans la rue comme la folle.» Il faisait allusion à un fait-divers qui s’est déroulé deux ans plus tôt dans la commune des Aghribs. Un écolier de CM2, comme lui, s’était pendu en fin d’année scolaire. La mère, folle de douleur, marche depuis, hébétée, dans les rues, avec le cartable de son fils sur le dos. Le père est assis dans un coin sombre de la terrasse, fume cigarette sur cigarette, et répète inlassablement le prénom de son fils.

(1) Editée par le Crasc (Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle) d’Oran.

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Les droits linguistiques des berbérophones

Posté par algeriedemocratie le 19 janvier 2011

 Les droits linguistiques des berbérophones dans kabylie(60) algdrap

Algérie

 Les droits linguistiques des berbérophones

1 L’opposition des masses berbérophones

En plus des arabophones, l’Algérie comprend aussi quelque cinq millions de berbérophones, soit 14 % de la population. Les Berbères sont traditionnellement musulmans, mais ont toujours été réfractaires à l’arabisation. Depuis l’indépendance, l’Algérie a maintenu une politique d’occultation ou d’exclusion explicite du berbère (ou tamazight), alors que l’arabisation reste encore le fondement de la politique linguistique du pays, une arabisation qui tend à exclure toute autre langue

berberes-carte2 dans kabylie(60) Depuis 1989, toute une série d’actions de masse spectaculaires ont confirmé l’affirmation identitaire des Berbères d’Algérie: plusieurs grèves générales en Kabylie, des manifestations d’une grande ampleur à Tizi-Ouzou, Bougie et Alger, le boycott scolaire général de septembre 1994. Ainsi, la loi no 05-91 sur la généralisation de l’utilisation de la langue arabe a fait l’effet d’une bombe chez les Berbères d’Algérie, notamment les Kabyles et les Tamazights. En 1991, l’adoption de cette loi a fait descendre dans la rue des dizaines de milliers de Berbères pour la plus grande manifestation que la capitale ait jamais vue. Leurs mots d’ordre étaient: «Halte à l’intolérance» et «Non au racisme». En Algérie, comme au Maroc et en Tunisie, le pouvoir politique semble tout aussi incapable d’intégrer la dimension berbère dans l’arabité.

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, des députés berbères ont même présenté régulièrement des projets de loi visant à faire reconnaître le berbère (en l’occurrence, le tamazight) comme langue nationale au même titre que l’arabe. Évidemment, ces projets de loi n’ont jamais eu une seule chance d’être adoptés, mais le geste demeure significatif. Beaucoup d’opposants au régime accusent le gouvernement de vouloir museler les Berbères en interdisant à leurs partis politiques d’employer les autres «langues du peuple algérien» (dont le berbère et le français). D’ailleurs, les chefs berbères sont convaincus que la loi sur l’arabisation a été conçue avant tout pour faire taire les Berbères et qu’elle n’a rien changé aux prérogatives du français. Les Berbères ont tout fait pour demander l’abrogation de la loi de 1991 sur l’arabisation, en vain. Pour eux, cette loi constitue une attaque contre la diversité culturelle algérienne et contre le droit des citoyens de s’exprimer dans la langue de leur choix et de la manière dont ils le souhaitent.

2 Le Haut-Commissariat à l’amazighité

L’année 1995 marqua cependant un certain assouplissement vis-à-vis de la langue berbère, même si l’arabisation demeurait le fondement de la politique linguistique. À la suite du boycott scolaire de 1994 massivement suivi en Kabylie, le gouvernement algérien engagea, en mars-avril 1995, des négociations avec certains leaders berbères. Un Haut-Commissariat à l’amazighité auprès de la présidence de la République fut créé par le décret du 28/05/1995. Ce nouvel organisme instauré par le «président de l’État», le 7 juin 1995, fut chargé notamment de prendre diverses initiatives et de formuler des propositions en matière d’enseignement du berbère.

On pourrait croire que par ce geste les autorités ont enfin admis la légitimité des demandes des berbérophones, particulièrement au sujet de l’enseignement de cette langue. Toutefois, il ne faut pas oublier que la création du Haut-Commissariat à l’amazighité découle d’une mesure strictement politico-administrative et non d’une reconnaissance de jure, de nature constitutionnelle ou législative. Elle demeure donc fragile et surtout révocable en tout temps.

Dès la rentrée scolaire de 1995, le Haut-Commissariat à l’amazighité avait pris plusieurs initiatives en faveur de l’enseignement du berbère, dont des stages de formation d’enseignants et des cours de berbère dans plusieurs lycées. Mais les autorités algériennes ont continué à ignorer le berbère et ont refusé de reconnaître cette langue comme l’une des langues nationales du pays avec enseignement généralisé dans les régions berbérophones. Dans les faits, l’arabe reste la seule langue officielle, mais le berbère pourra être introduit comme langue d’enseignement dans certains établissements secondaires (les lycées) du pays.

Selon les associations berbères, les activités du Haut-Commissariat à l’amazighité semblent avoir été très limitées, surtout depuis 1997, aussi bien au plan de la réhabilitation que de la promotion de l’amazighité. Certains considèrent que cette institution apparaît comme «une simple façade» destinée à apaiser les revendications berbères avec des «fausses promesses».

3 Les droits linguistiques réels des Berbères

Dans les faits, quels sont les droits linguistiques actuels des Berbères algériens? Il faut bien admettre que ces «droits» ne sont reconnus dans aucune loi et qu’il ne s’agit donc que de pratiques politico-administratives ou des tolérances destinées à calmer les Berbères devant la montée des islamistes. Par exemple, le 4 juillet 1976, l’Algérie a adopté la Déclaration universelle des droits des peuples. Le texte ne mentionne aucune langue en particulier, ni aucun peuple. Les articles 13, 19, 20 et 21 portent précisément sur la langue:

Article 13

Tout peuple a le droit de parler sa langue, de préserver, de développer sa culture, contribuant ainsi à l’enrichissement de la culture de l’humanité.

Article 19

Lorsqu’un peuple constitue une minorité au sein d’un État, il a droit au respect de son identité, de ses traditions, de sa langue et de son patrimoine culturel.

Article 20

Les membres de la minorité doivent jouir, sans discrimination, des mêmes droits que les autres ressortissants de l’État et participer avec eux à la vie publique, à égalité.

Article 21

L’exercice de ces droits doit se faire dans le respect des intérêts légitimes de la communauté prise dans son ensemble et ne saurait autoriser une atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité politique de l’État, dès lors que celui-ci se conduit conformément à tous les principes énoncés dans la présente Déclaration.

Une affiche trilingue (arabe, tamazight, français)
Source: Vermondo, Wikipedia

En lisant ces dispositions adoptées sous le régime de Boumédiène, n’importe quel individu normal pourrait croire que le texte fait sûrement référence aux Berbères et à la langue berbère, mais tel n’est pas le cas. Il s’agit là de beaux principes qui ne valent que pour la langue arabe classique. Le «peuple» dont il est question est celui qui parle l’arabe classique, non pas l’arabe algérien ni le berbère.  La «minorité» est ici un concept vide de sens, à moins qu’il ne s’applique qu’à la toute petite minorité arabophone parlant l’arabe classique. Les langues parlées par le «peuple algérien» sont ici complètement ignorées.

Cela étant dit, il demeure possible de communiquer en berbère avec l’administration dans les zones berbérophones, lorsque le fonctionnaire algérien connaît la langue, c’est-à-dire quand il est lui-même berbère. Il est aussi toléré que certaines affiches soient rédigées en tamazight avec l’écriture tifinaghe en plus de l’arabe et du français, notamment dans les wilayas et les établissements d’enseignement, comme l’Université de Tizi-Ouzou.

3.1 Progression de l’enseignement du berbère

L’existence légale d’associations culturelles berbères n’est devenue réalité qu’à la fin de 1988 et au début de 1989, dans la foulée des changements politico-juridiques d’octobre 1988. Depuis, ces associations se sont multipliées et il en existerait aujourd’hui quelques centaines. La plupart d’entre elles ont un caractère strictement local et se consacrent à la promotion d’un élément du patrimoine d’un village ou d’une petite région: poètes, chanteurs nationalistes, sites archéologiques, traditions artisanales particulières, organisation de festivals, de galas, de concerts, de conférences, etc. D’autres associations sont scolaires, pédagogiques et parfois scientifiques: elles essaient généralement d’intervenir dans le domaine de l’édition, de l’enseignement de la langue berbère et de l’organisation de colloques.

D’ailleurs, c’est uniquement grâce à ces associations qu’il y a eu un investissement régulier dans l’enseignement de la langue berbère en Algérie, notamment au moyen de cours d’alphabétisation en berbère. Évidemment, l’enseignement officiel du berbère dans les écoles demeure encore interdit, bien qu’en 1991 un Département de langue et de culture tamazighe (berbère) ait été créé à l’université de Tizi-Ouzou.

3.2 L’absence de prise de position des partis politiques

Il faut reconnaître que les leaders berbères sont en partie responsables de cette situation si anémique de leur langue, le tamazight. Alors qu’ils peuvent compter sur une région, la Kabylie, fortement et durablement mobilisée pour la reconnaissance de sa langue, il n’existe pas vraiment de parti politique berbère formé autour de cette revendication linguistique. Les partis politiques existants, les partis dits «kabyles» comme le Parti de la Révolution socialiste (PRS), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ou le Front des forces socialistes (FFS), s’en sont parfois fait l’écho, mais ils ont toujours refusé d’en faire l’axe principal de leur action politique. Le seul parti d’opposition à se manifester formellement à propos de la langue berbère fut le PRS, qui critiquait sévèrement le pouvoir algérien qui reste silencieux sur la question berbère dans les textes de la Charte nationale de 1976.

Sur la question berbère, la Charte ne dit pas un mot. Voilà donc un texte qui se présente comme national et qui évacue complètement un problème auquel sont sensibles des millions d’Algériens. [...] Or, la langue berbère existe. C’est la langue maternelle d’une partie des Algériens. Elle doit être reconnue, préservée et développée comme partie intégrante de notre patrimoine national. Son enrichissement, son passage à la forme écrite, son enseignement, sa diffusion doivent être garantis.

Mais le PRS allait éclater lors du «printemps berbère» de 1980. L’un des derniers nés de ces organisations, le RCD fondé en 1989, s’affirme avant tout comme une formation «démocrate et républicaine», «algérienne», non pas comme un «parti berbère» et insiste que son implantation est «nationale». Pourtant, le RCD demeure un parti laïc, anti-islamique et berbériste. Mais tous les partis politiques de l’Opposition craignent de «s’enfermer dans le ghetto kabyle». Autrement dit, la langue n’est pas vraiment devenue un instrument de combat politique pour les Berbères. Dans la «Plate-forme San Egidio» signée à Rome, le 13 janvier 1995, par un ensemble de partis politiques d’opposition, on peut lire ce qui suit:

Les éléments constitutifs de la personnalité algérienne sont l’islam, l’arabité et l’amazighité ; la culture et les deux langues concourant au développement de cette personnalité doivent trouver dans ce cadre unificateur leur place et leur promotion institutionnelle, sans exclusion ni marginalisation.

Il faut rappeler aussi que, avant 1989, aucune association berbère, même culturelle, n’a jamais pu fonctionner légalement en Algérie. Depuis lors, les associations culturelles se sont multipliées : il en existe quelques centaines pour la seule Kabylie. Malheureusement, les résultats concrets demeurent décevants, car la plupart de ces associations ne connaissent qu’une existence éphémère ou cyclique, le temps par exemple d’un gala ou d’un festival annuel. Généralement, ces associations sont très démunies tant matériellement qu’intellectuellement.

La politique linguistique algérienne à l’égard du berbère semble plutôt une politique de temporisation face à la montée islamiste. Étant donné que le gouvernement avait besoin de «calme» en Kabylie, il a compris que certains gestes à l’égard des Berbères lui permettraient peut-être d’atteindre cet objectif. Il faut admettre que, à cause de la conjoncture politique, il y a désormais en Algérie une certaine tolérance, et même un début de prise en charge institutionnelle de la langue et de la culture berbères.

Néanmoins, la situation sociopolitique est tellement dégradée dans ce pays qu’elle ne peut favoriser une solution définitive au problème berbère. À long terme, les droits des minorités berbérophones ne sauraient être garantis sans une réorganisation fondamentale des bases constitutionnelles et institutionnelles de l’État. Avant tout, l’Algérie doit se débarrasser de son idéologie arabo-islamique selon laquelle la diversité linguistique est un danger pour l’unité nationale et un germe de division, et que seul l’unilinguisme peut être garant de cette unité nationale. Autrement dit, la «question berbère» ne sera réglée qu’au prix de la reconnaissance du berbère comme seconde langue officielle du pays le statut de seconde langue nationale ne saurait durer longtemps et de la reconnaissance de la spécificité linguistique des régions berbérophones. Or, compte tenu de l’attachement à l’arabité et de l’anti-berbérisme, tant de la part des autorités politiques que des forces armées, la recherche d’une solution risque d’emprunter la voie de la confrontation plutôt que celle du compromis.

4 Les revendications des berbérophones

Pour l’essentiel, les leaders berbères demandent que la langue berbère, le tamazight, soit reconnue comme la langue propre des régions berbérophones qui le souhaitent (comme en Kabylie), et ce, dans le cadre d’une autonomie linguistique et culturelle. Ils demandent également que la langue tamazight soit reconnue comme «l’une des langues nationales et officielles de l’Algérie», ce qui impliquerait le droit pour tout citoyen d’utiliser la langue berbère, dans toutes les circonstances de la vie publique, y compris hors des régions berbérophones. Depuis 2002, le tamazight est reconnue comme «langue nationale», mais non comme langue officielle, ce qui demeure un statut moindre.

À l’occasion de sa campagne pour le référendum (du 16 septembre 1999) sur «la concorde civile», le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, avait déclaré, le 3 septembre 1999, à Tizi-Ouzou, en Kabylie, que le «tamazight ne sera jamais langue officielle et, si elle devait devenir langue nationale, c’est tout le peuple algérien qui doit se prononcer par voie référendaire». Évidemment, le Congrès mondial amazigh fut «consterné par une telle provocation émanant d’un chef d’État, qui démontre ainsi son irresponsabilité, son arrogance et le mépris qu’il cultive vis-à-vis de son peuple». Depuis son élection en avril 1999, le président algérien a toujours écarté l’éventualité de reconnaître officiellement le berbère, sauf à l’issue d’un référendum national. 

4.1 La reconnaissance du tamazight

Le 4 juillet 1976, l’Algérie avait adopté la Déclaration universelle des droits des peuples. Le texte ne mentionnait aucune langue en particulier, ni aucun peuple. Les articles 13, 19, 20 et 21 portent précisément sur la langue. On peut croire qu’il s’agit sans doute du berbère, puisque les articles 19, 20 et 21 concernent les «Droits des minorités».

Article 13

Tout peuple a le droit de parler sa langue, de préserver, de développer sa culture, contribuant ainsi à l’enrichissement de la culture de l’humanité.

Section VI - Droits des minorités

Article 19

Lorsqu’un peuple constitue une minorité au sein d’un État, il a droit au respect de son identité, de ses traditions, de sa langue et de son patrimoine culturel.

Article 20

Les membres de la minorité doivent jouir, sans discrimination, des mêmes droits que les autres ressortissants de l’État et participer avec eux à la vie publique, à égalité.

Article 21

L’exercice de ces droits doit se faire dans le respect des intérêts légitimes de la communauté prise dans son ensemble et ne saurait autoriser une atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité politique de l’État, dès lors que celui-ci se conduit conformément à tous les principes énoncés dans la présente Déclaration.

Ce sont là de beaux principes qui ne valaient que pour la langue arabe classique, car le berbère et ses variétés resteront complètement ignorés. Malgré les proclamations solennelles du régime algérien, l’usage du berbère fut complètement nié. Plus encore: les autorités algériennes ont tout fait pour refouler  et limiter cet usage. Lorsqu’elles parlent du «peuple algérien», les autorités comprennent «arabo-musulman», c’est-à-dire l’ensemble des musulmans d’Algérie et uniquement les arabophones.

En janvier 2002, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé que la langue tamazight (berbère) allait devenir «langue nationale en Algérie» et qu’une modification de la Constitution allait être nécessaire. Finalement, le 8 avril 2002, le Parlement algérien a reconnu le tamazight «comme langue nationale à côté de l’arabe». Ce fut la loi no 02-03 du 10 avril 2002 proclamant que le tamazight est également langue nationale:

Article 1erIl est ajouté un article 3 bis ainsi conçu :

«Art. 3 bis. – Le tamazight est également langue nationale.

L’État œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national.»

Sur les 484 parlementaires présents, dont 20 par procuration, 482 ont voté pour la modification constitutionnelle; seuls deux députés ont opté pour l’abstention. Cependant, cette modification constitutionnelle ne consacre pas le tamazight langue comme «nationale et officielle» telle que revendiquée par la coordination interwilayas des comités de villages et des arouch (comités de coordination villageoise). De plus, beaucoup s’interrogent sur le fait que la constitutionnalisation du tamazight était en même temps accompagnée d’une révision du Code électoral accordant au chef de l’État des pouvoirs élargis. Évidemment, la constitutionnalisation du tamazight ne saurait suffire à elle seule sans la mise en place d’un dispositif juridique, institutionnel et financier adéquat afin de garantir sa promotion et sa généralisation. La Constitution reconnait maintenant la langue tamazight, mais la loi 91-05 du 16 janvier 1991 sur l’arabisation interdit son usage, de la même façon qu’elle interdit aussi l’usage des langues étrangères.

Dans un discours prononcé le 4 octobre 2005 à Constantine, le président Abdelaziz Bouteflika a encore une fois déçu la Kabylie en déclarant que le tamazight ne sera pas officialisé et que la langue arabe restera seule langue officielle en Algérie: «Il n’y a aucun pays au monde possédant deux langues officielles et ce ne sera jamais le cas en Algérie où la seule langue officielle, consacrée par la Constitution, est l’arabe.» N’en déplaise à M. Bouteflika, qui se trompe lourdement, il existe actuellement 40 États souverains bénéficiant de deux langues officielles (voir le tableau 3), dont seize en Afrique, huit en Asie, sept en Europe, sept en Océanie et deux en Amérique. 

Depuis la modification constitutionnelle de 2002, aucune mesure n’a été prise par les autorités algériennes pour la valorisation du tamazight. En réalité, cette disposition constitutionnelle est devenue une finalité en elle-même, destinée sans doute à calmer les Berbères.

4.2 Pendant ce temps, ailleurs…

Pour sa part, lors de la session du 21 juin 2006, le Parlement espagnol a ratifié avec quelques modifications, un projet de loi sur la reconnaissance de la culture et de la langue de la communauté amazigh de Melilla, cette petite enclave espagnole située sur la côte méditerranéenne du Maroc et rattachée administrativement à la province de Málaga. Le projet de loi se lit comme suit (traduit de l’espagnol):

Article 1erLe Congrès des députés reconnaît l’identité «amazigh», son histoire, sa langue et sa culture comme une partie fondamentale de l’identité des villes autonomes Ceuta et de Melilla.

Article 2

Le Congrès des députés incite le gouvernement espagnol à :

a) reconnaître la nécessité que, dans le cadre des futurs Statuts d’autonomie de Ceuta et de Melilla soient déclarés comme co-officielles les langues tamazight et arabe.

b) développer, par l’action du ministère de l’Éducation, la révision des programmes scolaires à cette fin et introduire l’enseignement des langues tamazight et arabe dans les écoles d’enseignement primaire et dans les instituts d’enseignement moyen.

Cela signifie que l’espagnol, l’arabe et le tamazight seraient les trois langues officielles de Ceuta et Melilla. Est-ce une façon de faire la leçon à l’Algérie et au Maroc? Peut-être bien.

4.3 L’enseignement du tamazight : un début

Cependant, le nouveau statut de «langue nationale» du tamazight ne semble pas lui avoir permis de s’établir de façon convaincante dans les établissements scolaires publics, même là où le tamazight est déjà enseigné. Selon les statistiques en provenance du secrétaire général du Haut Commissariat amazigh (HCA), le nombre des élèves inscrits dans les cours de tamazight est seulement de 150 à Alger, mais atteint les 66 000 à Tizi-Ouzou, ce qui témoigne du déséquilibre dans la répartition de l’enseignement du tamazight confiné dans les régions berbérophones. L’enseignement du tamazight concernait à l’origine 16 wilayas, alors qu’elle n’est enseignée aujourd’hui que seulement dans 10 wilayas. Trois wilayas regroupent à elles seules  96 % des élèves du tamazight : Bouira, Béjaïa et Tizi-Ouzou. Les 4 % des autres élèves sont répartis sur sept autres wilayas. L’un des responsables du HCA, Bilek Hamid, affirme: «La capitale, qui devait être une grande wilaya pilote, dispose seulement de deux enseignants au moment où, de nombreux étudiants licenciés en langue et culture amazighe issus des universités de Béjaïa et de Tizi-Ouzou pataugent dans le chômage.» Selon le HCA, seules les variétés kabyle, chaouïa et touareg sont enseignées. Les autres variantes, telles le chleuh, le chenoui et le mozabit, ne sont pas enseignées. En réalité, le Haut-Commissariat amazigh semble être une coquille vide, sans pouvoirs ni moyens, totalement contrôlé par les autorités algériennes et dont l’action porte demeure plutôt insignifiante.

Dans l’ensemble, les responsables berbérophones ne semblent pas très satisfaits de l’enseignement du tamazight. Des difficultés majeures empêchent la généralisation du tamazight, même dans les régions berbérophones. D’abord, certaines directions d’école tardent à appliquer les rares circulaires ministérielles autorisant l’enseignement du tamazight: la circulaire no 446 du 6 novembre 2006 et la circulaire no 426 de juillet 2007. Ainsi, la circulaire no 446 du 6 novembre 2006 précise que les enseignants en tamazight sont redevables de dix-huit heures par semaine et ne doivent pas donc prendre au-delà de six «divisions pédagogiques». La même circulaire énonce aussi que, pour qu’un poste budgétaire soit ouvert dans un établissement surtout du moyen, il faut que le nombre d’heures supplémentaires soit égal ou plus à dix heures. Pour d’autres matières, telles le français, l’anglais, l’arabe, les mathématiques, etc., les directions d’école font appliquer les programmes officiels, mais pour ce qui est de la discipline du tamazight, ces mêmes responsables ont tendance à «oublier» l’existence des circulaires. C’est que l’ouverture des postes budgétaires destinés à l’enseignement du tamazight semble se faire de manière anarchique et entourée du plus grand secret, comme si prévoir des enseignants pour cette matière relevait d’une affaire d’État.

Des directeurs refusent de refaire les horaires ou les emplois du temps pour tenir compte de l’enseignement du tamazight. Des autorisations parentales sont exigées aux élèves désirant apprendre le tamazight dans des wilayas, alors que des dispenses des cours de tamazight sont acceptées dans certains établissements. C’est ce qui fait dire à M. Bilek Hamid: «Je suis déçu et je regrette le fait que la langue tamazight soit enseignée d’une façon facultative.» De plus, l’enseignement du tamazight ne doit commencer qu’au cycle moyen, alors qu’il faudrait commencer au primaire. Dans les faits, la plage horaire réservé à l’enseignement du tamazight semble insatisfaisante. En effet, le tamazight est dispensé à raison de trois heures par semaine dans les écoles, c’est-à-dire la même tranche horaire que les langues étrangères.

L’un des problèmes réside aussi dans la pénurie d’enseignants bien formés. Le secrétaire général du ministère de l’Éducation, M. Aboubaker Khaldi, évoque ainsi le problème du manque d’enseignants en langue tamazight: «On ne peut pas recruter un enseignant qui parle deux ou trois phrases en kabyle pour enseigner la langue amazighe à nos élèves, ce n’est pas sérieux.» Il ajoute: «Il faut que l’enseignant soit titulaire d’un diplôme universitaire en langue amazighe.»

De plus, l’enseignement du tamazight se fait en Algérie avec l’alphabet latin jugé moins performant que l’alphabet tifinagh utilisé au Maroc. Certains plaident pour écrire la langue berbère en latin, pendant que d’autres veulent qu’elle soit écrit en arabe, mais tous se sont mis d’accord sur la réhabilitation du tifinagh qui est encore en usage chez les Touaregs. Pour tous les Berbères, cet alphabet particulier témoigne de l’enracinement profond de l’identité berbère.

Pour sa part, le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement du tamazight (CNPLET) croit que l’enseignement du tamazight se fait essentiellement sur la base de la maîtrise de la langue (généralement le kabyle), mais sans aménagement préalable de la langue, sans outil didactique adéquat et sans formation des enseignants. Rappelons que la mission du CNPLET est de prendre en charge
toutes les questions liées à la spécificité de la langue tamazight ainsi que les études et les recherches relatives à la formation des enseignants et aux moyens didactiques.

De son côté, le secrétaire général du ministère de l’Éducation, M. Aboubaker Khaldi, a déclaré que l’enseignement de la langue tamazight se faisait graduellement selon les moyens et outils pédagogiques existants. En 2007, le ministre de l’Éducation, Boubekeur Benbouzid, affirmait que que la langue amazighe était enseignée, pour le moment, dans onze wilayas et qu’elle ne pouvait être une matière obligatoire que
lorsque les moyens appropriés et les mécanismes nécessaires à son enseignement seront mis en place.

Bref, de là à penser que tous ces blocages administratifs sont voulus et qu’ils sont destinés à décourager les élèves et parents afin de faire échouer le «stade expérimental, il n’y a qu’un pas vite franchi.

En 2007, le Conseil de gouvernement de l’Algérie a approuvé la création de l’Académie de la langue amazighe et du Conseil supérieur de la langue amazighe. Ces deux institutions ont pour objectif d’encourager la promotion et la recherche sur cette langue. C’est une histoire à suivre.

5 Les médias

La constitutionnalisation de la langue amazighe en avril 2002, en tant que «langue nationale», n’a eu aucune répercussion institutionnelle, notamment dans les médias. Théoriquement, le droit à l’information est garanti en Algérie à tous les citoyens, quelle que soit leur langue d’usage. Dans les faits, les Berbères n’ont droit qu’à fort peu de moyens, car la langue amazighe n’est pas très développée dans les médias électroniques. Elle ne bénéficie pas de nombreuses radios locales. La station Chaîne II, une radio kabyle dont l’existence avait été menacée à plusieurs reprises dans les années soixante-dix, a vu sa place et son rôle fortement élargis et consolidés. Généralement, les nouvelles stations radiophoniques voient le jour en pleine campagne électorale.  La télévision, quant à elle, présente quotidiennement une brève version berbère (en kabyle et en chaoui) du journal télévisé, mais il n’y a pas encore d’émission en langue berbère. Des projets en ce sens dorment sur les tablettes depuis longtemps: on parle d’une «tranche horaire berbère» ou même de la création d’une seconde chaîne de télévision (un projet à l’étude depuis plusieurs années déjà). Cela étant dit, la chanson kabyle «engagée» est censurée en Algérie; plusieurs chanteurs ont été interdits de séjour et même arrêtés. 

Aucune initiative des secteurs publics n’est venue encourager l’écriture de la langue amazighe dans les médias écrits. Depuis 1989, il est possible d’éditer des livres en tamazight sans se faire poursuivre par la police. Mais les incertitudes de la vie politique algérienne n’ont pas vraiment permis à l’édition berbère de prendre son essor. En ce qui a trait à la presse, plusieurs tentatives de création de périodiques ont échoué. Quelques journaux régionaux et nationaux font néanmoins l’expérience d’une «page berbère» dans leur édition régulière. Dans le domaine de la radiodiffusion, l’amélioration de la situation semble plus sensible. C’est en France qu’il existe plusieurs stations de radio et de télévision en berbère.

6 La bataille de l’arabisation

En fait, les deux dernières législations pro-arabisation de 1991 et de 1996 constituent sans nul doute les lois linguistiques les plus importantes de l’histoire de l’Algérie moderne. Il va sans dire que l’intention à l’origine de la mise en forme de la loi, c’est la défense et la promotion de la langue nationale comme l’une des composantes de l’identité algérienne. Nul ne conteste que l’arabe soit la «langue nationale», mais peu d’Algériens maîtrisent cet arabe classique, tant à l’oral qu’à l’écrit. L’enjeu dissimule un choix de société d’une population profondément divisée.

S’il veut se maintenir en Algérie, le pouvoir politique doit restaurer le statut de la langue arabe en tant que langue nationale légitime. C’est la raison fondamentale de l’adoption de la loi sur l’arabisation de 1996. La classe moyenne, celle des petits salariés, des commerçants, des agriculteurs, etc., profite de l’arabisation et appuie ses dirigeants politiques. À l’opposé, la grande bourgeoisie technocratique, c’est-à-dire les industriels, les financiers, les grands propriétaires terriens, l’élite des carrières libérales, et les employés de l’État dont le pouvoir est solidement établi depuis longtemps, tirent profit du bilinguisme franco-arabe; leur pouvoir a même tendance à se renforcer avec la poursuite du développement économique.

L’expérience des vingt dernières années montre que la forte résistance de ces milieux à l’arabisation rapide et totale n’est pas près de s’atténuer, au contraire. D’ailleurs, les fonctionnaires et les cadres supérieurs des entreprises n’entendent pas être relégués aux oubliettes parce qu’ils sont incapables de rédiger un rapport en arabe classique. De grands commis de l’État ont affirmé publiquement qu’ils ne paieraient jamais les amendes prévues et qu’il est impossible de mettre un gendarme derrière chaque fonctionnaire. De nombreux fonctionnaires se disent persuadés que cette «loi stupide» restera inappliquée, comme toutes les précédentes.

Pour leur part, les intégristes musulmans (appelés dérisoirement les barbus par les occidentalistes) promettent aux masses arabophones qu’ils extirperont toute référence à l’ancienne puissance coloniale lorsqu’ils prendront le pouvoir. Pour eux, l’oeuvre d’indépendance n’est pas achevée tant que le français subsiste et, pour qu’elle le soit totalement, il faut que le français soit réduit au rôle d’une simple langue étrangère enseignée comme telle dans les établissements de la République. Assez curieusement, ils proposent aussi de faire de l’anglais la langue seconde de l’Algérie.

La bataille de l’arabisation n’est peut-être pas nouvelle en Algérie, et elle n’est pas près de se terminer non plus. L’intolérance à l’égard du berbère et le nationalisme revendicateur des arabisants trahissent l’incapacité partielle du pouvoir algérien à construire la nation en tenant compte de son triple héritage arabe, berbère et occidental. Les parlers berbères sont en régression parce que les politiques d’arabisation finissent par se transformer en politique de discrimination, d’interdiction et même de répression. Les cinq millions de Berbères, qui avaient accepté le français comme compromis en attendant que l’on décerne à leur langue le statut de langue officielle risquent de se révolter. Étant donné qu’au 5 juillet 1998 (date d’entrée en vigueur de la loi) le gouvernement algérien a refusé la demande des Berbères de geler la nouvelle loi sur l’arabisation et de consacrer le berbère comme langue nationale et officielle au même titre que l’arabe, on peut s’attendre encore à des affrontements majeurs. Les émeutes de juin 2001 sont là pour le prouver.

Dans les faits, le but n’est pas atteint et il n’est pas certain que l’interdiction des autres langues réussira à faire de l’arabe un instrument de promotion sociale et de développement économique. Pour le moment, l’arabisation en Algérie semble davantage un moyen de calmer les frustrations des intégristes islamistes et de réduire l’utilisation du berbère. Enfin, pour certains opposants, l’arabisation est une concession faite au courant islamo-conservateur sur lequel s’appuyait auparavant le régime du président Liamine Zéroual. Pour eux, c’est une décision imposée, qui ne reflète pas la diversité linguistique de l’Algérie, où le français et le tamazight (langue berbère) restent parlés par des millions de personnes. De toute façon, on peut douter du succès véritable des politiques d’arabisation depuis 35 ans. Tous niveaux confondus, la population sachant s’exprimer en français était estimée à 49 % en 1993 (sur un total de 27,3 millions d’habitants). Or, elle est censée passer à 67 % en l’an 2003, sur un total d’environ 47 millions d’habitants.

glohorsa

En somme, derrière toutes ces lois linguistiques d’arabisation, les dirigeants algériens semblent se servir d’un sentiment anti-français primaire afin de jouer sur le nationalisme de la population arabophone. Si l’Algérie de 1962 était totalement francisée, celle des années 2000 est devenue grandement arabisée, mais par une langue arabe que personne ne parle. Autrement dit, les Algériens se sont toujours fait imposer une politique linguistique: celle de la France avec le français, celle de l’arabe classique après l’indépendance. Pourtant, la société algérienne semble plus multiforme et pluraliste que ne le laissent croire ses dirigeants. Il semble que l’«algérianité» devrait passer davantage par les «véritables langues du peuple», soit l’arabe algérien et le berbère (tamazight), que par l’arabe classique ou le français. Or, l’arabe algérien n’a aucun statut et le berbère vient de se voir reconnaître un statut de «langue nationale», qui risque d’être plus symbolique que réel. La politique linguistique impose l’arabe classique — la langue qu’utilise le pouvoir — à l’exclusion de toute autre langue, que ce soit l’arabe algérien, le berbère (tamazight) ou le français. 

Pour beaucoup d’Algériens, l’arabe algérien, le berbère, l’arabe classique et le français sont des langues faisant toutes partie de leur patrimoine culturel. La grande majorité des Algériens résistent à la politique d’arabisation autoritaire et refusent de changer leurs pratiques linguistiques, mais pour le moment ils restent encore prisonniers d’un régime quelque peu pourri, qui les empêche d’évoluer.

Il reste à espérer que la politique linguistique s’oriente un jour vers une attitude qui reflèterait mieux la pluralité idéologique de la société algérienne, et créerait un espace de tolérance et d’ouverture, qui constitue des bases plus solides de la démocratie. Dans l’état actuel des choses, toutes les langues utilisées depuis longtemps en Algérie portent une connotation négative. L’arabe algérien n’est pas une langue de culture, le berbère n’est qu’une langue de «second plan», l’arabe classique est devenu le symbole de l’échec scolaire et économique, le français demeure la langue colonisatrice. C’est difficile de réussir une politique linguistique dans ces conditions. L’ex-chroniqueur au Quotidien d’Oran, Sid Ahmed Bouhaïk, a raison de conclure ainsi sur la situation linguistique en Algérie: «Si donc, nous nous sommes brouillés avec la culture, c’est que nous nous sommes d’abord brouillés avec nous-mêmes en nous tirant à qui mieux mieux la langue!»

La réconciliation linguistique n’est probablement pas pour demain, mais elle sera nécessaire pour libérer les Algériens d’une voie sans issue. Les faits semblent démontrer que le peuple algérien tient à toutes ses langues et que, contrairement à ses dirigeants, il n’est pas prêt à en sacrifier une seule d’entre elles. Jamais dans l’histoire du pays, les Algériens n’ont-ils parlé autant l’arabe classique et le français. La seule langue avec laquelle tout le monde est d’accord: ajouter l’anglais langue seconde à l’arabe algérien, au berbère, à l’arabe classique et au français. Loin de s’enfoncer dans une voie rectiligne, les Algériens semblent très majoritairement préférer une plus grande ouverture sur le monde.

source: /www.tlfq.ulaval.ca

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Le patrimoine ancestral en voie de disparition en Kabylie : Le dernier moulin à eau de l’Akfadou

Posté par algeriedemocratie le 21 février 2010

Le patrimoine ancestral en voie de disparition en Kabylie : Le dernier moulin à eau de l’Akfadou

Pour ses services, le meunier n’exigeait pas d’argent ; il prélevait un quart de « guelva », le double décalitre.

C’est une petite bicoque en pierre de grès au milieu de jardins en terrasses, à l’ombre des frênes, des chênes et des figuiers séculaires. Cette vieille masure pittoresque qui surplombe un torrent de montagne gonflé par les eaux de la fonte des neiges est un moulin à eau. Un moulin à eau comme on n’en trouve plus aujourd’hui alors qu’ils étaient très nombreux dans la région, il y a encore un demi siècle. Et c’est un véritable miracle que cette antiquité soit encore en activité. Da Tayev, son propriétaire, est un fringant jeune homme de 78 printemps au ton jovial et à l’esprit aussi vif que le pas.

C’est avec beaucoup d’entrain qu’il remplit encore son office de meunier, accomplissant les mêmes gestes et les mêmes rituels depuis 1953, année de la fondation du moulin. Tout est encore aussi rustique qu’authentique dans ce moulin mis à part, peut être la roue à palettes qui est aujourd’hui en fer alors qu’elle était en bois comme l’ensemble de l’engrenage qui compose ce moulin hydraulique. « C’est parce que le bois pourrit en été quand le moulin s’arrête que j’ai opté pour une roue en métal », nous explique Da Tayev en nous montrant les mécanismes qui font tourner les meules. Nous sommes au village d’Imaghdassen, pratiquement au sommet de l’Akfadou, à plus de 1 100 mètres d’altitude. C’est une journée d’hiver très printanière et le panorama qui se déroule à nos pieds est tout simplement sublime. Déclinant en altitude les villages descendent en cascade jusqu’à se perdre dans le bleu de l’horizon au fond des vallées brumeuses.

« Ici, c’est le pays du gland et du sanglier »

Il y a encore quelques années une vingtaine de moulins activaient dans la région. Chaque moulin était la propriété d’une dizaine ou d’une quinzaine de paysans associés pour la circonstance. Il servait à moudre le blé, l’orge, les fèves, les pois chiches, les glands, le maïs, le café et même des épices. Il servait également à la préparation de ce fameuse farine dénommée « arkoul » ou « adhemine », faite à base d’orge, de pois chiches et de maïs grillés.

Cette farine était indispensable au paysan et constituait son ordinaire quand il partait travailler aux champs. Mélangée à de l’huile d’olive et accompagnée d’une poignée de figues sèches, elle était souvent le principal et très consistant repas qui agrémentait le dur labeur de la terre. Pour ses services, le meunier n’exigeait pas d’argent. Il prélevait un quart de « guelva », le double décalitre. « Aujourd’hui, les gens ne mangent plus d’orge », dit Da Tayev comme à regret. Pour la confection de la galette et du couscous, tout le monde s’est rabattu sur les semoules industrielles présentes en force dans le commerce même si personne ne sait précisément de quoi elles sont faites.

Assis au bord d’un talus, Da Tayev sculpte à coups de hache une nouvelle pièce pour l’engrenage de son moulin qu’il fait surgir d’un tronc de chêne. Tout donnant des petits coups précis, il nous parle de ce temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, comme dit la chanson. Avant, à Imaghdassen, on vivait du bois de la forêt, principale richesse de la région. Bois de chauffage ou de construction, il était vendu dans les vallées par les habitants qui s’improvisaient bûcherons ou menuisiers. Chaque tribu kabyle avait sa spécialité et ses produits spécifiques. L’Akfadou fournissait le bois de ses forêts et faisait ainsi vivre ses hommes.

Celui qui n’arrivait pas à subvenir aux besoins de sa famille prenait son baluchon et émigrait en France. « S’il n’y avait pas l’émigration, il y a longtemps qu’on serait tous morts de faim », dit Djamel, son fils qui ajoute avec une pointe d’humour : « Ici, c’est le pays du sanglier ». Il est vrai que seule cette force de la nature qu’est le sanglier arrive à survivre dans cette contrée aussi belle que rude, aussi altière que pauvre. Djamel ne sait pas encore s’il reprendra un jour le travail de son père. Il possède une petite boutique et taille la pierre de grès pour la revendre à ceux qui ont les moyens de se construire une villa. Da Tayev, lui, possède un petit lopin de terre, un moulin, deux vaches, un mulet et surtout, cette volonté de perpétuer le mode de vie hérité de ses ancêtres. Sa petite retraite glanée des quatre ans passés en France lui suffit à peine à boucler les fins de mois difficiles.

La montagne ne nourrit plus son homme

Aujourd’hui, il n’y plus de moulins et si peu d’eau dans les ruisseaux. Les hivers sont moins féconds et la plupart des sources de montagnes ont été captées et versées dans le réseau AEP qui alimente les villages. Avant, l’eau du torrent était réglementée selon un usage bien établi. Du vendredi soir, après la prière du Maghreb jusqu’à mardi matin, elle servait à faire tourner les moulins. Le reste de la semaine elle s’en allait en rigoles sinueuses irriguer les jardins nourriciers. Ainsi allait la vie. Aujourd’hui il en va autrement. La montagne ne nourrit plus son homme. Les nouvelles générations ne travaillent plus la terre. Les vieilles traditions et les vieux métiers se perdent. Ceux qui ont font le choix de rester au village se sont tourné vers l’élevage bovin quand ils ne vivotent pas en vendant des cartes de recharge téléphoniques ou des babioles chinoises.

Un patrimoine à sauvegarder

Au départ, Da Tayev n’avait le droit de faire tourner son moulin qu’en hiver lorsque l’eau abondait. Et pour cause, il était le dernier arrivé dans une corporation jalouse de son métier et qui veillait à ne pas admettre d’intrus. Puis, petit à petit, les meuniers se sont mis à disparaître les uns après les autres et les moulins à tomber en ruines. Les temps ont changé mais ils n’ont pas eu de prise sur Da Tayev qui continue vaille que vaille à maintenir une tradition beaucoup plus pour par plaisir que par rentabilité commerciale.

En plus de cette joie du paysan obstiné à faire tourner de vieilles meules usées par le temps, il y a également autre chose que notre meunier ne dit pas mais que l’on devine dans ses gestes et son regard. Il y a cette notion d’utilité publique par le service rendu à ses vieilles grands-mères qui continuent de lui ramener du grain à moudre. Quand on les voit, le port altier, gravir les sentiers pentus du village avec leurs vieilles robes défraîchies avec des sacs de 30 kilos que de fragiles cordelettes maintiennent sur le dos, on se dit que rien n’a vraiment changé et que le temps est immuable dans ce coin de montagne.

On se dit aussi que le meunier qui nourrit les hommes de farine et les bêtes de son est un beau et noble métier qui gagnerait à être sauvegardé. Aujourd’hui quand les gens viennent voir Da Tayev, ce n’est pas forcément pour moudre leurs grains. Ils sont de plus en plus nombreux à venir le voir avec une caméra ou un appareil photo numérique afin d’immortaliser des gestes et un métier qui appartiennent à un autre siècle et qu’il faudrait peut être songer à préserver comme une part de notre patrimoine ancestral.

|Comment ça marche ?

Pour faire tourner un moulin, il faut, bien entendu, de l’eau, beaucoup d’eau. L’eau du torrent est détournée en amont par un petit canal qui aboutit au-dessus du moulin. Un bief la ramène alors jusqu’en bas. Le bief, une sorte de tuyau qui se rétrécit progressivement tout le long de sa longueur, amène l’eau dans la partie souterraine du moulin. Tombant presque à pic d’une hauteur de 15 mètres, l’eau est naturellement sous pression et fait tourner une roue à palettes qui entraîne l’engrenage qui fait tourner les meules. Une merveille de simplicité, d’efficacité et d’ingéniosité. L’énergie renouvelable était connue de nos ancêtres depuis des temps immémoriaux. Les moulins hydrauliques étaient en usage à travers toute la Kabylie, principalement dans les régions qui disposent d’un cours d’eau plus ou moins pérenne. Quelle est l’origine exacte de ces moulins ? Ont-ils été introduits par les romains ou par les agriculteurs andalous fuyant la reconquista ? Nul ne semble le savoir.|

Par Djamel Alilat

source: el watan

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Chaâbet El Ameur : Irezzouguen isolé

Posté par algeriedemocratie le 14 février 2010

Chaâbet El Ameur : Irezzouguen isolé

Le village Irezzouguen, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de chef-lieu de la commune de Chaâbet El Ameur, est dans l’isolement.

Ce village est parmi les plus démunis de la région, il est une véritable poche de précarité. Il est pourtant situé entre deux grands villages, Aït Boudoukhane et Aït Bougaba. La seule route menant à ce hameau est accessible depuis Aït Boudoukhane, elle n’est pas bitumée depuis son ouverture par les services forestiers. L’effondrement d’un pont sur cette route a accentué le calvaire des villageois. « Notre route est une piste, elle n’a jamais été goudronnée depuis plus de 20 ans. En hiver, tous les habitants sont coincés dans leurs maisons », nous dira un habitant de village. La région est connue par son rude hiver. « Il y a deux ans, le village était complètement isolé suite à d’importantes chutes de neige », dit un autre villageois. Un autre problème qui frappe de plein fouet les villageois est celui de l’absence d’eau potable et ce, en dépit du raccordement du village au réseau d’AEP. Ce problème se pose avec acuité, surtout en été. « Nos multiples requêtes auprès des autorités locales, notamment l’APC, n’ont pas été entendues », déclare un représentant des villageois qui ajoute que « les dernières intempéries ont causé d’énormes dégâts sur la route, notamment au niveau de l’ouvrage effondré et nous risquons de revivre l’expérience des années précédentes, surtout que l’hiver approche. »

ParM. Z

source: el watan

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Commune de Tadmaït : Hidoussa dans l’isolement

Posté par algeriedemocratie le 14 février 2010

Commune de Tadmaït : Hidoussa dans l’isolement

Les habitants de Hidoussa, un village situé à environ 30 km du chef-lieu de la commune de Tadmaït, vivent dans l’isolement total. Perché sur les hauteurs du mont Sidi Ali Bounab, le village Hidoussa est, avec les sept hameaux qui le composent, l’un des villages les plus éloignés de Tadmaït.

En plus de l’éloignement géographique, les habitants de ce village coupé du monde, souffrent de multiples problèmes qui rendent encore plus difficile leur quotidien fait de privations de tous genres qui ont transformé leur vie en un véritable calvaire. Une situation qui a contraint plusieurs villageois à quitter leurs terres pour venir s’installer en ville à la recherche de meilleures conditions de vie pour eux et pour leurs enfants, laissant tout derrière eux la mort dans l’âme. Selon un ex-habitant de ce village, ce dernier comptait par le passé plus 1500 habitants, mais il n’en reste actuellement qu’environ quelque 400 âmes. Les villageois qui y vivent encore, et à défaut d’avoir les moyens financiers pour acheter une maison en ville, continuent de lutter contre les conditions intenables qui rythment leur vie quotidienne, nous a déclaré aussi cet ex-habitant de Hidoussa qui a fui les lieux en compagnie de sa famille au milieu des années 1990. Le nombre d’écoliers, qui ne cesse de diminuer, est le meilleur exemple de cet exode qui a vidé Hidoussa de plusieurs centaines de ses habitants, comme c’est le cas d’ailleurs dans plusieurs autres villages de la Kabylie.

Parmi les aléas de la vie auxquels ces villageois doivent faire face au quotidien, l’insécurité qui règne sur les lieux en raison de la situation sécuritaire précaire que traverse notre pays depuis maintenant presque deux décennies. Depuis les années 1990, les gens de Hidoussa ont pris l’habitude de vivre avec la présence des terroristes qui traversent leur village souvent soit pour rejoindre leurs grottes, soit pour se rendre dans les autres villages environnants, nous dit cet interlocuteur qui a à maintes fois croisé des terroristes dans le village. En plus de la présence des terroristes aux abords de leur village, les habitants sont obligés de supporter les bombardements des forces de sécurité avec la peur d’être atteints par des bombes que les militaires lancent lors des pilonnages que subit le mont Sidi Ali Bounab assez souvent, témoigne-t-il. Le manque chronique d’eau potable, qui ne coule, selon notre interlocuteur, qu’une fois par mois dans les robinets, figure aussi parmi les contraintes de leur quotidien. Et pour assurer leur alimentation en eau potable, les villageois continuent à s’approvisionner dans les fontaines du village avec les risques qui pèsent sur leur santé si l’eau, non contrôlée, de ces fontaines venait à être contaminée, indique ce dernier.

En plus du manque d’eau, les habitants de Hidoussa et de ses sept hameaux continuent à utiliser le gaz butane et le bois pour se réchauffer en hiver et pour la cuisine, en attendant, à l’instar de beaucoup d’autres villages, le raccordement de leur village au réseau du gaz de ville. L’état défectueux des routes et des ruelles du village fait aussi partie des difficultés rencontrées par les villageois, surtout lors de la période hivernale où ces routes se dégradent sensiblement en raison des pluies, ce qui perturbe la circulation de ces derniers, nous dit notre interlocuteur. En plus de ces problèmes récurrents, les habitants de Hidoussa, et en particulier la frange juvénile, souffrent de l’absence de lieux de loisirs qui leur permettraient de fuir la monotonie et le chômage qui ronge les jeunes livrés à la léthargie et l’oisiveté. Cependant, les nouveaux plans communaux de développement destinés aux villages contribueront peut-être à améliorer les conditions de vie des villageois et encourageront ces derniers à rester dans leurs villages et ainsi limiter l’exode rural qui est en train de vider les villages de leurs habitants. Ils préserveront par conséquent le milieu urbain de la prolifération des bidonvilles qui sont en train, à leur tour, de ruraliser les villes et qui sont aussi la source de plusieurs fléaux sociaux.

Par L. Rachid

source: el watan

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At Waggag: Un village en voie de disparition

Posté par algeriedemocratie le 14 février 2010

Ath Ouaga (BORDJ BOU ARRÉRIDJ)

Un village en voie de disparition

Le village d’Ath Ouagag, dans la commune de Harraza (Bordj Bou Arréridj), ne compte pas plus de 200 habitants aujourd’hui, alors que pendant la guerre de Libération nationale, on y dénombrait plus de 5000 âmes.

Lorsque, avec notre guide, nous y parvenons à pied par une piste poussiéreuse, en l’absence de moyen de transport, il nous a semblé remonter le temps, tant tout semble figé à l’époque coloniale. Au détour d’un virage, au milieu d’une vaste forêt de pins, le village apparaît soudainement, plaqué à quelque 1000 m d’altitude contre le flanc des impressionnantes montagnes des Bibans. Le silence est pesant. Un troupeau de chèvres et de moutons paît tranquillement dans une clairière, pendant que le berger barbote avec quelques garnements dans le bassin de Tahemamt, une source captée et dont le bassin est aménagé en lavoir par les femmes du village, comme en témoignent les restes de paquets de lessive jonchant les lieux. « Avec les généreuses précipitations de ces deux dernières années, le débit des sources est satisfaisant, même les ruisseaux coulent sans arrêt », affirme notre accompagnateur pendant que nous entamons la visite du village. Près des deux tiers des maisons sont en ruine. A certains endroits, les ruelles sont obstruées par la chute de murs entiers. Les figuiers verdoyants, qui sont encore en vie dans les cours de certaines demeures abandonnées par leurs propriétaires depuis très longtemps, n’arrivent pas à atténuer le spectacle de désolation qui s’offre au visiteur. « Certaines de ces maisons ont été détruites par les raids de l’armée coloniale en 1955 qui ont vu s’enfuir la moitié des habitants vers Constantine et Alger. Si certains parmi eux reviennent se ressourcer en été, d’autres en revanche ont tiré définitivement un trait sur leur mémoire », constate amèrement un septuagénaire à la retraite, revenu de la capitale spécialement pour retaper la maison ancestrale et qui se plaint que les autorités aient contribué à la mort lente du village. Une accusation pas du tout facile à démentir tant les équipements publics, dont le rôle est de sédentariser les populations rurales, font cruellement défaut ; il n’y a ni routes, ni dispensaire, ni moyens de transport, ni réseau d’AEP…

Maisons en ruine

L’unique école du village, construite en 1970, fonctionne avec seulement 30 élèves regroupés dans une classe jumelant tous les paliers. « Avec un nombre d’élèves qui diminue chaque année, l’établissement court inexorablement à sa fermeture », nous confie un instituteur. Le comble pour un village dont la toponymie désigne le savoir en tamazight (aggag = homme cultivé). Pour se ravitailler en denrées alimentaires, les habitants se rendent à El Mehir, bourgade située à 40 km. À bord d’une vieille camionnette louée pour la circonstance par un villageois, on s’y rend un jeudi, jour de marché, afin d’acheter les précieuses victuailles pour au moins deux semaines. Pour ce qui est de l’eau, sa disponibilité dépend de « la providence », ironise une vieille femme de retour de Slouka, une source autour de laquelle naquit le village il y a quatre ou cinq siècles. La vallée d’Assif Lekhmis, principal grenier du village dont les vergers alimentaient jadis en fruits et légumes tout le village, n’est plus qu’un confluent aux berges dégarnies. Il ne reste rien de ce passé luxuriant. La forêt pins et broussailles recouvre ses espaces d’antan au détriment des figuiers et autres grenadiers. Les hommes, une trentaine, encore en âge de travailler, sont soit patriotes ou gardes communaux, les autres rêvassent sur les dalles fraîches et polies de Tajmaat, à partir de laquelle on peut admirer au loin la ville de M’chedallah. « Les deux cents habitants présents encore ici ont tous pour projet d’aller grossir les rangs des Ath Ouagag installés en grande majorité dans la banlieue est d’Alger, formant une importante communauté estimée à 4000 personnes à travers laquelle ils perpétuent les us et coutumes du village. Cette idée de quitter cette montagne qui les a vu naître leur tient tellement à cœur qu’ils y travaillent inlassablement », raconte Salah dont la famille est installée dans la capitale depuis cinq générations. De l’aveu d’un patriote, qui a déjà acquis un lot de terrain dans une importante ville de l’est du pays « les choses se sont précipitées en 1995, date de la première incursion terroriste. Depuis, le village enregistre en moyenne deux ou trois départs par an, et si aujourd’hui cette tendance s’est estompée cela n’est dû qu’à l’état d’indigence dans lequel se trouvent ceux y qui sont restés. » Selon lui, dans dix ans, le village aura complètement disparu.

Par A. Arab

source: el watan

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Algérie, l’explosion kabyle

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

Algérie, l’explosion kabyle

La révolte de la jeunesse kabyle, qui a fait plus de 60 morts en deux semaines, a surtout révélé l’échec d’un homme, Abdelaziz Bouteflika, élu en 1999 pour «tout changer» et incapable de guérir l’Algérie de ses plaies : corruption, terrorisme islamiste, crise économique, omniprésence de l’armée, absence de démocratie. Dossier de Farid Aïchoune et René Backmann, avec Benjamin Stora et Tassadit Yacine.

C’est une fois encore de Kabylie, vieille terre d’insoumission, qu’est partie l’étincelle. Mais la colère qui a embrasé la jeunesse de Tizi Ouzou, Bejaïa, Sidi Aïch, avant de gagner Alger, n’était pas seulement une fronde identitaire, une intifada berbère exprimant la révolte d’une région ulcérée de recevoir si peu de l’Etat après lui avoir tant donné. C’est aussi, c’est surtout contre la misère, la corruption, le chômage, la crise du logement, la violence des forces de l’ordre, l’absence de démocratie que les jeunes Kabyles sont descendus dans la rue. Et comme en octobre 1988, ce sont des symboles du pouvoir central – bureaux de poste, succursales des banques d’Etat, mairies, sous-préfectures, perceptions, sièges des partis politiques – que les émeutiers ont incendiés ou mis à sac.

Deux ans après son élection à la présidence, Abdelaziz Bouteflika se retrouve face à un peuple qui attendait beaucoup de lui et qui ne lui pardonne ni ses mensonges, ni ses promesses trahies, ni la violence d’une répression qui a fait plus de 60 morts en deux semaines. Car le fond de cette révolte est là, dans le dépit explosif d’un pays une fois encore trompé par ses dirigeants.

« Il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie, j’ai pris bonne note de la dictature de l’administration », avait déclaré, peu après son élection, le nouveau président en visite à Tizi Ouzou. Dénonçant la corruption et les gros bonnets du « trabendo », fustigeant la « gendarmerie défaillante » et l’omniprésence des militaires, Abelaziz Bouteflika parcourait le pays en répétant, d’Oran à Constantine, le même discours : « Je vous ai entendus, tout va changer. » Pour rétablir la paix dans un pays déchiré par plus de dix ans de terreur islamiste, il avançait un projet de « concorde civile » fondé sur la reddition volontaire des combattants et l’amnistie des repentis.Ces bonnes intentions hélas ! n’ont pas résisté à l’épreuve du temps. Au terme d’un bref état de grâce, Abdelaziz Bouteflika s’est retrouvé confronté à la « mafia politico-financière » qui avait déjà eu raison de ses prédécesseurs. Ses principaux projets de réforme – laïcisation de l’enseignement, abrogation du Code de la Famille, modernisation de l’économie – ont buté sur une majorité de députés « islamo-conservateurs » peu disposés à remettre en question un système dont ils sont les bénéficiaires depuis l’indépendance. Quant à la « concorde civile », non seulement elle n’a pas ramené la paix mais, au désespoir des familles de victimes, elle a permis de recycler en hommes d’affaires prospères des émirs dont les mains étaient couvertes de sang.

Pour tenter de masquer son impuissance en politique intérieure, Abdelaziz Bouteflika a multiplié les initiatives en politique étrangère. En vain. Son seul et modeste succès diplomatique a été la conclusion à Alger d’un accord de paix entre l’Ethiopie et l’Erythrée. Ces gesticulations ont contribué à créer l’image d’un homme indécis et velléitaire, otage de ceux-là mêmes dont il disait vouloir s’affranchir. Incapable, malgré les ressources fournies par l’augmentation du prix du pétrole, de tirer le pays du marasme économique, prisonnier de la cohabitation avec des militaires qui entendent régler seuls le problème de la guérilla islamiste, désarmé face à la corruption, Abdelaziz Bouteflika a été placé par l’« intifada kabyle » dans la situation périlleuse qu’avait connue avant lui Ahmed Ben Bella : il a perdu la confiance du peuple et s’est exposé pour longtemps à la rancoeur des Kabyles. L’un des principaux slogans des manifestants qui parcouraient les rues d’Alger la semaine dernière était « Oulèche smah ! » : « Pas de pardon ! »

FARID AïCHOUNE et RENE BACKMANN

1. Pourquoi la Kabylie a explosé ?

Comment vivre quand on n’a que des olives et des pierres ?  » Cette interrogation résume l’une des composantes majeures de la révolte kabyle. Certes, la revendication identitaire berbère, le refus de l’humiliation, l’exaspération face aux abus de pouvoir répétés de la gendarmerie ont joué leur rôle dans une région fière d’avoir été l’un des foyers de la lutte de libération. Mais c’est surtout la profondeur de la crise économique et sociale qui explique le rejet explosif du régime exprimé par la jeunesse. Malgré son poids historique et le nombre de cadres civils et militaires qu’elle a fournis au pays, la Kabylie,  » pays d’insoumission « , a depuis longtemps le sentiment d’être oubliée du pouvoir. Dans ces montagnes arides où nombre de villages ne survivent que grâce aux mandats envoyés par les immigrés de l’intérieur et de l’étranger, la  » malvie  » est plus insupportable encore que dans les villes où les petits trafics du  » trabendo  » entretiennent l’illusion d’une débrouille possible. Malgré la fin de l’économie étatisée, rien n’a changé en Kabylie, comme dans le reste du pays. Là aussi, malgré les moeurs austères, la misère et la résignation conduisent parfois aujourd’hui jusqu’à la prostitution. Là aussi se multiplient les suicides de jeunes. Lourde de frustrations et de colère contenue, la révolte couvait depuis trop longtemps.

Et c’est ce baril de poudre que la mort suspecte d’un lycéen dans la gendarmerie de Béni Douala, le 18 avril, a fait exploser.  » Du travail, des logements, halte à l’humiliation, halte à la corruption  » : les slogans des manifestants de Tizi Ouzou ou de Bejaïa montraient clairement que les revendications régionalistes et identitaires ont été éclipsées dans la rue par la condamnation d’un régime dont les Kabyles, comme nombre d’autres Algériens, n’attendent plus rien.

2. Deux ans après l’élection de Bouteflika à la présidence, que reste-t-il de son crédit ?

Même s’il a été élu dans des conditions discutables, avec le soutien actif de l’état-major, Abdelaziz Bouteflika, a incarné un espoir de changement. Ce changement reposait largement sur la politique de  » réconciliation nationale  » destinée à mettre un terme à la violence et à  » restaurer les grands équilibres économiques et sociaux « . En appelant à son gouvernement des islamistes modérés comme Mahfoud Nahnah, des laïques appartenant au Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) de Saïd Sadi et quelques anciens FLN passés au Rassemblement national démocratique (RND), il semblait disposé à pratiquer enfin la politique d’ouverture attendue par la majorité des Algériens. Mais cette intention s’est heurtée à des obstacles infranchissables chaque fois qu’une réforme fondamentale a été envisagée. Les  » islamo-conservateurs  » ont barré la route au nouveau statut de la femme, à la modernisation de l’école et à la reconnaissance officielle de tamazight, langue parlée par les Berbères (Kabyles, Chaouïa, Mozabites et Touareg) qui constituent 30% de la population algérienne.

Quant au projet de réconciliation nationale, il a buté sur le refus d’une bonne partie des islamistes et les réticences de l’armée. L’une des seules réformes menées à son terme a été celle du Code pénal, qui alourdit les peines frappant les auteurs de diffamation envers le chef de l’Etat et les corps constitués. Ulcérés par cette succession d’espoirs déçus, les Algériens reprochent aussi à leur président d’avoir fait preuve de désinvolture en négligeant les innombrables problèmes intérieurs et en multipliant les voyages à l’étranger. Au point que le quotidien  » Al Khabar « , le plus gros tirage de la presse algérienne, demandait, il y a quelques mois, si Abdelaziz Bouteflika avait l’intention de faire un jour une visite officielle en Algérie

3. Quels ont été les résultats de la politique de  » concorde civile  » ?

Fondée sur un projet d’amnistie, approuvé par référendum en septembre 1999, cette stratégie de  » réconciliation nationale  » avait été amorcée par le prédécesseur de Bouteflika, le général Liamine Zeroual. Dès 1997, deux officiers supérieurs, le général Fodil Chérif, chef des forces spéciales, et le général Smaïn Lamari, numéro deux de la Direction du Renseignement et de la Sécurité (DRS), avaient pris contact avec l’émir national de l’Armée islamique du Salut (AIS), Merzag Madani, pour proposer aux islamistes armés une trêve suivie d’une reddition sans condition. Proposition qui avait été acceptée, malgré les réticences du numéro trois du Front islamique du Salut (FIS), Abdelkader Hachani. Lequel a payé de sa vie, en novembre 1999, son opposition à ce qu’il tenait pour un  » marché de dupes « .

Après son élection, Abdelaziz Bouteflika a endossé cette politique qui a abouti au retour à la vie civile de 2 000 combattants amnistiés. Ce qui a provoqué la colère des familles de victimes et, surtout, les représailles des jusqu’au-boutistes contre les  » impies  » qui s’étaient ralliés au  » taghout « , le  » tyran « . Aujourd’hui, la guerre contre les islamistes armés et les massacres de civils sont loin d’être terminés : les deux principaux chefs des Groupes islamistes armés, Antar Zouabri qui contrôle une bonne partie de l’Algérois et l’Oranais et Hassan Hattab implanté surtout en Kabylie et dans les Aurès, ont refusé la proposition du pouvoir. A la tête d’environ 8 000 desperados de l’islamisme radical, Zouabri et Hattab, qui continuent à recruter parmi les laissés-pour-compte des grandes villes, sont responsables de ce terrorisme que le gouvernement persiste à considérer comme résiduel mais qui a tué près de 5 000 civils en deux ans.

4. Quels sont les rapports entre Abdelaziz Bouteflika et les militaires ?

 » En cas de troubles sociaux avec débordements dans la rue, que le président ne compte pas sur nous pour les réprimer. Cette fois nous resterons dans nos casernes. Qu’il se débrouille avec sa police.  » C’est ce que déclarait devant quelques proches, peu avant les émeutes de Kabylie, un officier supérieur algérien. Sur le terrain, les témoins ont effectivement constaté que, malgré l’ampleur des manifestations, l’armée était restée absente à Tizi Ouzou comme à Bejaïa, le rétablissement de l’ordre étant assumé par la gendarmerie et les Compagnies nationales de Sécurité (CNS) de la police. A Draa el-Mizan, en Kabylie, les militaires sont même allés jusqu’à arrêter, le 28 avril, deux gardes communaux accusés d’avoir tué un jeune émeutier

En d’autres termes, la cohabitation entre le président et l’état-major traverse une nouvelle phase de crise. En octobre 1999, déjà, à la Foire d’Alger, devant un parterre d’invités étrangers, le nouveau président avait menacé de démissionner si les militaires continuaient d’intervenir dans la formation du gouvernement. En réalité et quels que soient les engagements pris à ce sujet par Abdelaziz Bouteflika, l’armée n’a jamais changé de position sur les conditions du rétablissement de la démocratie : pour l’état-major, l’état d’urgence ne pourra être levé que lorsque tous les combattants islamistes auront été éradiqués ou convaincus d’abandonner les armes.

La répression sanglante des émeutes en Kabylie place le président dans une position difficile : il lui est désormais impossible de maintenir qu’il n’a pas de sang sur les mains et de rejeter sur les seuls militaires la responsabilité de la violence d’Etat. Aux yeux des spécialistes, le discours du 30 avril, au cours duquel il a proposé la création d’une commission d’enquête sur les manifestations, était de ce point de vue un aveu d’impuissance et un appel à l’aide : la référence coranique à Moïse, invoquant la protection du Seigneur contre Pharaon (sourate 26, verset 13), était une claire allusion aux menaces que font désormais peser sur lui les généraux

5. Quelle est l’attitude de l’opposition ?

Depuis la formation du  » gouvernement pluriel  » d’Abdelaziz Bouteflika, l’opposition parlementaire se limite au Front des Forces socialistes (FFS) d’Aït Ahmed toujours en exil en Suisse et au Parti des Travailleurs (PT) trotskiste de Louisa Hanoun. A ces deux formations, il faudra peut être ajouter bientôt le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) du psychiatre kabyle Saïd Sadi, qui vient de claquer la porte du gouvernement pour protester contre la violence de la répression. Le FFS et le PT étaient favorables à une réconciliation nationale plus large que celle proposée par Bouteflika. Ils souhaitaient en effet que le Front islamique du Salut (FIS) en bénéficie et retrouve sa place dans le jeu politique national.

Ce que l’armée ne pouvait accepter. Aujourd’hui officiellement interdit, le FIS, dont les deux dirigeants historiques sont en prison ou en résidence surveillée, a conservé une bonne partie de ses militants et exerce encore son influence sur un grand nombre de mosquées. C’est d’ailleurs au cours des prêches du vendredi que les imams qui lui sont restés fidèles ont dénoncé la répression des émeutes en Kabylie par les forces de l’ordre.

Formation à vocation nationale mais d’origine kabyle, le FFS a prudemment mêlé les déclarations de solidarité avec les manifestants et de sympathie pour les victimes avec les appels au calme. Comme si, depuis son exil volontaire à Lausanne, le politicien roué qu’est Hocine Aït Ahmed avait perçu les multiples risques de dérapage que contenait l’intifada kabyle : récupération par le courant autonomiste radical qui prône l’autonomie de la Kabylie, surenchère islamiste de Hassan Hattab ou manipulations par les services spéciaux.

Le terrain de la revendication identitaire, il est vrai, est d’autant plus instable qu’il existe aujourd’hui en Kabylie trois mouvements culturels berbères : l’un rattaché au FFS, le deuxième proche du RCD et le troisième lié au chanteur Ferhat Meheni. A quoi il faut ajouter un quatrième mouvement, le Mouvement culturel Amazigh (MCA), implanté celui-là dans les Aurès. Inhabituelle dans le climat politique algérien, cette prudence des formations de l’opposition montre qu’à leurs yeux la crise actuelle est exceptionnellement grave.  » Le danger, aujourd’hui, c’est la yougoslavisation de l’Algérie « , a averti la semaine dernière, la députée trotskiste Louisa Hanoun.

6. Pourquoi l’économie algérienne est-elle en crise ?

Malgré la hausse constante, depuis dix-huit mois, du prix du pétrole, l’Algérie, qui tire pourtant plus de 97% de ses recettes à l’exportation de la vente des hydrocarbures, ne parvient pas à sortir de la crise économique et sociale qu’elle connaît depuis une dizaine d’années. Sept ans après le passage à l’économie de marché, surveillé par les experts du FMI, les réserves de change sont en hausse, l’inflation est jugulée, le service de la dette ne représente plus que 22% des recettes d’exportation, mais la population, dont le taux de croissance est six fois supérieur à celui de la France, est saignée à blanc par  » l’ajustement structurel « . Un actif sur trois est au chômage, le revenu par habitant s’est effondré de 3 600 dollars à 1 600 dollars en dix ans et les diplômés ingénieurs, informaticiens, médecins, dentistes s’exilent par milliers aux Etats-Unis, au Canada ou en Europe. Dans un pays où un habitant sur deux a moins de 20 ans, où le salaire minimum ne dépasse pas 550 francs, où les logements manquent cruellement, près de la moitié de la population vit au- dessous du seuil de pauvreté.  » La classe moyenne a disparu en Algérie « , constatait l’année dernière le ministre de la Solidarité Djamel Ould Abbès. Destinée en principe à assainir un secteur public  » obsolète « , la fermeture d’un millier d’entreprises d’Etat déficitaires a condamné au chômage près de 400 000 personnes. A Alger, la situation est devenue si difficile pour les chômeurs que certaines familles survivent avec les restes des marchés ou le contenu des poubelles. En dépit de cette médecine de cheval qui devait rendre l’économie algérienne compétitive, le pays est encore loin de l’autosuffisance alimentaire, la diversification de la production se fait attendre et les investisseurs étrangers ne se bousculent pas. Seul le secteur des hydrocarbures malheureusement très peu créateur d’emplois nouveaux semble les attirer.

L’incertitude politique et l’inquiétude provoquée par la persistance du terrorisme islamiste en sont largement responsables.

FARID AïCHOUNE et RENE BACKMANN

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Taγiwant n ccerfa

Posté par algeriedemocratie le 9 novembre 2009

ccerfa assaccerfa assa

Taγiwant n ccerfa 

                                     

    Ccerfa d yiwet n tadert i γef d-iεedda webrid aγelnaw wis 26, yeker atas n umeslay  γef amek ara nessuqel isem-agi-ines γer tefransist, lan wid is-yeqqaren Cheurfa, wiyad qaren-as Chorafa, llan wid s-yeqqaren Chorfa, d acu akken yebγu yilli ccerfa d yewet n taddert i yezgan tettimγur, lhasun akken d-qqaren imusnawen n umezruy-is tlul-d deg lqern wis 12 (1100 lsεl), imezdeγ-ines imezwura llan di yiwet n tiγilt i wumi neqqer tura tadert (isem-agi n taddert d win yellan akw di tmura leqbayel).

     Ma d tallalit tunsibt n tγiwant n ccefa s wazalis d taγiwant tella-d deg useggas n 1984, akal-is ass-a yesεa azal n 3063,91 ha, ma d imezdeγ-ines tesεa tura ugar n 16000 imezdeγ.  

 

تقع بلدية الشرفة في منطقة محاذية للطريق الوطني رقم 26، ولقد اختلف المترجمون بالفرنسية حول ترجمة هذه الكلمة هل هي من شرفاء أو من شرفة أو شورفة لكن الأكيد أن الشرفة هي تسمية لبلدية في اتساع  عمراني مستمر، ويُقدر بعض العارفين بتاريخها أنها تأسست حوالي القرن 12 ميلادي (1100 بعد الميلاد) و كان سكانها الأولون يقطنون بربوة تسمى إلى يومنا هذا بكلمة « ثادارث » وهي تسمية أغلب المواقع الرئيسية في قرى منطقة القبائل. 

يعود تأسيس بلدية الشرفة إداريا إلى سنة 1984 ومساحتها هي 3063,91 هكتار، ويقطنها خاليا أكثر من 16000 نسمة.

 

 

 

      Située sur la route nationale N26, Cheurfa, Chorafa ou Chorfa plusieurs dénominations d’une ville en pleine extension, d’après les estimations des historiens, son apparition est située vers le douzième siècle (1100 ap J.C), les premiers habitants étaient concentrés sur une collines qu’on appelle jusqu’à nos jours thaddarth, le cas de tous les villages kabyles.

     La création administrative de la commune de Chorfa revient à 1984 sur une surface de 3063,91 ha et d’une population qui dépasse actuellement les 16000 habitants.

source:http://adlis.jimdo.com

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La Kabylie à la lumière du jour par Abdenour Si Hadj Mohand

Posté par algeriedemocratie le 26 octobre 2009

La Kabylie à la lumière du jour


par Abdenour Si Hadj Mohand

 

Les villages de kabyles, depuis l’indépendance étaient gérés par trois pouvoirs qui se font concurrence :

- le pouvoir religieux

-le pouvoir économique- plus financier qu’autre

-le pouvoir administratif (étatique)

 

La mosquée : la domination : la gestion des villages par les religieux des villages se retrouvent dans les décisions prises au nom de la religion, de Dieu. Ainsi la mosquée était le lieu où » on légifère »et où on applique des lois et des répressions d’infractions (pécuniaires)  même si la djemaa était souvent le lieu  de joutes oratoires plus libres, d’ordre  socio économiques.

Les riches des villages : pouvoir financier consiste en la prédominance des membres dont l’aisance financière est notoirement avérée, dans les débats et par conséquent de l’issue des résolutions et donc des décisions prises de portée  économique et social qui dépend la plus part du temps des subventions et des dons des plus aisés. Sachant que l’état est absent dans les investissements et les budgets de fonctionnement des villages qui vivent de la collecte de ses membres

L’Etat (politique) : la tentative d’immixtion de l’Etat a travers la mise en place des structures  telles que la gendarmerie, et la présence de plus en plus remarquée de cet instrument du pouvoir y compris dans des endroits qui étaient jusque là interdits pour les étrangers va réveiller les vieux démons chez les kabyles qui tiennent à leur intimité et leur sacré gauche et sacré droit. C’est son existence en tant que peuple dans ses habitudes millénaires qu’il voit mettre en danger  par l’introduction du système  de valeurs citadines, hérité de la France métropolitaine et qui se trouve être en flagrante contradiction avec son style « bédouin » autarcique même,  je dirais.

De là va naître une concurrence dans les décisions prises, entre d’un coté l’Etat  et l’assemblée des villages qui parfois se sont retrouvés en conflit grave

Des frictions sont nées  et, la dégradation socio économique des populations montagnardes, va favoriser l’éclatement et la révolte qui sera suivi d’une répression aveugle. Contrairement à l’affirmation d’un sociologue appelé à la rescousse pour donner une explication à cette crise, il n y a pas d’un coté des “Rambo” en, mal d’aventure et de l’autre un Etat conscient du développement socio industriel  moderne de son peuple

L’Etat conçoit cette révolte comme une remise en cause de son autorité sur une partie du territoire national et vit dans la hantise d’une scission.

A contrario, les villageois sentant leur honneur bafoué, et leur sacré droit et sacré gauche en danger, vont saisir cette occasion pour exorciser cette domination et cet étouffement aux antipodes de leurs habitudes et us ancestraux et dont la langue tamazight est l’instrument oral, unique de pérennisation.

Cette contradiction fondamentale entre le style de  gouvernance d’un système post colonial et un répertoire de codes de conduite orale, va poser un problème de cohabitation de systèmes de valeurs qui se rejettent et se combattent .d’où les événements sanglants qui s’en sont suivis. Dés lors, une question d’une importance vitale va se poser  et qui va placer les autorités dans une situation de flou et d’incapacité à agir, en essayant de recourir à des palliatifs qui n’apportent aucune solution durable. La simulation pseudo scientifique, empirique et superficielle des Arouchs pour donner un relais à la machine administrante de l’Etat  va accentuer le marasme et le malentendu et pousser à l’exacerbation des revendications qui parfois dépassent les intentions des aînés. En attendant la descente aux enfers se poursuit sur tous les plans : immigration clandestine, évangélisation, suicides, banditisme, terrorisme, etc. de havre de paix qu’elle était, la Kabylie s’est vite transformée en un terrain de haute insécurité où il ne fait pas bon de vivre.

Devant le mutisme et l’inertie de l’Etat, d’autres sons de cloches seront bientôt entendus ça et là, y compris jusqu’à cette voix qui proclame haut et fort l’autonomie de la Kabylie. On se pose  une question, tout aussi légitime qu’opportune de savoir de quoi sera fait demain? En d’autres termes, quelle solution administrante pour la Kabylie  ?

* Ecrivain, auteur de plusieurs ouvrages édités en France, au Canada et prochainement en Algérie (chez l’auteur).

source:dépêche de kabylie

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Hommage à Mohammed Haroun

Posté par algeriedemocratie le 20 octobre 2009

Algérie / Kabylie : Hommage à Mohammed Haroun

Il a passé plus de onze ans à la prison du parti unique

Massin Uharun… une légende ! Il est natif du 13 avril 1949 à Tifrit, à Akbou, Mohamed, dit Massin Uharun, vaillant militant de la cause amazighe et identitaire qui sacrifia toute sa vie au service de ce combat. Il est l’un des poseurs de bombes de 1976 dans les locaux du journal El Moudjahid qui symbolisait l’Etat répressif incarné par la dictature inique de Boumediène. Fils de martyr de la Révolution, le jeune Mohamed entre à l’université pour des études techniques après le lycée de Dellys. Et c’est justement à cette période que le jeune militant, fondateur de l’Organisation des forces berbères, prit conscience de sa réalité culturelle et s’engage avec convictions dans la lutte, notamment en tant que militant de l’Académie berbère. Le 2 mai 1976, le tribunal militaire de Médéa le condamne, avec ses coéquipiers, à perpétuité dans l’affaire des poseurs de bombes. Il connaîtra les pires sévices dans les sinistres geôles sous le règne de Boumediène et ensuite celui de Chadli, témoignait, Ferhat Mehenni, un de ses proches amis qui l’a revu, en 1986 à Lambèse (Tazoult). Plus de onze ans de prison dans des conditions inhumaines, avec son lot de torture physique et morale que Massin subissait sans pour autant fléchir devant ses bourreaux [1]. Il était convaincu que seul le combat des hommes et des femmes engagés avec engouement peut aboutir. Il est parmi les rares militants à avoir accepté ce sort et se à donner corps et âme à ses convictions. Son geste était tellement symbolique que la jeunesse kabyle voyait en lui un héros que ni la répression, ni la terreur des services du pouvoir ne pouvaient faire plier. Massin Uharun est ce militant type qui n’avait pas peur d’affronter la police militaire de Boumediène. Il l’a fait et l’histoire des poseurs de bombes restera, à jamais témoin, d’abord de l’engagement de ces hommes pour reconquérir leur droit à l’expression dans leur langue et surtout l’engagement de la Kabylie pour abolir un système dictatorial pour, enfin instaurer une démocratie tant espérée ! Il n’était pas seulement ce militant engagé sur le terrain, mais il était aussi un poète et un chercheur. De nombreux poèmes ont été composés bien avant sa longue période d’emprisonnement, ainsi que des recherches dans la langue et culture amazighes. Il sera  » gracié  » le 5 juillet 1987. Depuis cette date, Massin redoublait d’effort et d’engagement en faveur de son digne combat, celui de l’amazighité. Même s’il a vécu une vie pleine de tourments et de peines, Massin restera ce digne fils de la Kabylie combattante et engagée. Il mourut le 22 mai 1996, sans avoir le temps d’accomplir sa mission, laissant derrière lui une veuve et deux orphelines, mais toute une histoire de bravoure et de dignité. Treize années se sont écoulées depuis sa disparition tragique, des suites d’une longue maladie qu’il a contractée en prison, mais sans pour autant que son nom soit oublié.

Des hommages lui ont été rendus partout en Kabylie, en souvenir d’un homme brave, honnête et qui s’est engagé avec abnégation et conviction. Par : M. Mouloudj Source : Dépêche de Kabylie, Édition du Dimanche 24 Mai 2009 Enrichi par : D.Messaoudi ____________________________________ N° 2125

1. « j’ai eu affaire à plus fort que vous et j’ai toujours fini par leur casser les reins. Mon erreur a été de vous éparpiller parmi les relégués, ce qui a facilité votre enquête. J’espère que vous avez fini par comprendre que j’ai les moyens de briser les fortes têtes, et j’ai le feu vert, surtout en ce qui vous concerne, toi et tes camarades. Regardez HAROUN Mohamed ; son état devrait vous donner à réfléchir ! Sachez que je peux vous faire disparaître à n’importe quel moment, et personne ne pourra témoigner pour vous, comme vous essayez de le faire pour les autres. Les accidents et les suicides, ça arrive dans toutes les prisons du monde ! » In Révélations d’un ancien détenu d’opinion : Lambèse : l’Acaltraz médiéval, par Arezki Aït Larbi.

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