Ferhat Mehenni: « Le policier tunisien m’a dit : nous ne voulons pas de problème avec l’Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2009

Ferhat Mehenni. Président du Mouvement pour l'autonomie de la Kabylie : « Le policier tunisien m'a dit : nous ne voulons pas de problème avec l'Algérie »

Ferhat Mehenni. Président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie : « Le policier tunisien m’a dit : nous ne voulons pas de problème avec l’Algérie »

-  Vous venez d’être refoulé de Tunisie où vous vous rendiez pour y rencontrer votre mère. Pouvez-vous nous raconter les circonstances de votre refoulement ? Quel est l’argument avancé pour vous empêcher d’entrer dans ce pays ?

J’étais très heureux d’arriver à Tunis où, jusque-là, je n’avais jamais mis les pieds. Pour des raisons de sécurité, je n’avais avisé personne en dehors d’un neveu qui devait se débrouiller pour me ramener ma mère, très âgée, jusqu’à cette capitale d’un pays « frère ». Une fois sur place, je me suis dirigé vers un guichet et j’ai attendu mon tour pour les formalités policières d’entrée en territoire tunisien. L’opération a semblé déstabiliser quelque peu le policier ayant pris mon passeport. En introduisant mon nom dans le fichier de la police tunisienne des frontières, une information codée s’est affichée sur l’écran de son ordinateur. Il a demandé de l’aide à un de ses collègues, qui a appellé un chef hiérarchique en civil. Ce dernier me demande de le suivre, loin de la sortie des voyageurs. Là, il me demande de rester derrière l’enceinte d’un lieu qui fait office de bureau, où il appelle ses supérieurs.

D’un supérieur hiérarchique à un autre, il me pose des questions sur mon métier de chanteur auquel visiblement il ne voulait pas croire. Cela ne devait peut-être pas correspondre aux informations en sa possession. Au bout de 25 minutes, je lui demande ce qui ne va pas. La réponse ultime vient enfin : « Désolé, mais nous sommes au regret de vous remettre dans l’avion dans lequel vous êtes arrivé. » Il ajoute discrètement : « Nous ne voulons pas de problème avec l’Algérie ! » Une réservation est immédiatement faite et je fus le dernier passager à entrer dans l’avion du retour. J’ai passé, en tout, une demi-heure à l’aéroport Tunis-Carthage. Ma mère, qui s’apprêtait à prendre la route le lendemain, a éclaté en sanglots en apprenant par téléphone qu’à 84 ans, elle ne pourra pas m’embrasser. Et tout cela s’est passé le jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ! Devrais-je en déduire que Bouteflika et son régime auraient fait de la petite et charmante Tunisie une république bananière ? Je ne me le permettrais pas.

-  Si on a bien compris, vous êtes également interdit d’accès en Algérie. Pourquoi ? Qu’est-ce que vous risquez si vous revenez au pays et est-ce que les autorités algériennes vous ont notifié que vous ne pouvez plus y revenir ?

Il n’y a pas d’interdiction officielle émise contre ma rentrée au pays. Mais le mandat d’amener lancé à mon encontre, dont la presse algérienne avait fait part en janvier dernier, n’est pas de nature à me rassurer sur mon sort si je venais à rentrer en Algérie. Des fuites m’ont également averti sur un scénario catastrophe selon lequel mon éventuelle arrestation serait suivie d’un attentat « terroriste » dans lequel je perdrais la vie. Je prends tout cela non pas pour de la vérité mais pour des vraisemblances. Je ne suis ni paranoïaque ni naïf. Il est certain que je rentrerai un jour chez moi. Ce sera quand je le déciderai.

Pour le moment, au vu des graves accusations portées contre moi, particulièrement par la presse arabophone faisant de moi l’ennemi public numéro un, le sioniste par excellence, le va-t-en-guerre de je ne sais quelle folie, je ne peux m’en remettre qu’à un dépôt de plainte symbolique auprès des tribunaux algériens pour diffamation, à partir de mon exil. Je ne me fais aucune illusion sur son aboutissement. Dès lors que la commission rogatoire dépêchée à Azazga ne pourra pas m’entendre, un PV de carence sera établi et le non-lieu prononcé. En Algérie, nous ne sommes pas dans un Etat de droit. Je ne peux oublier l’injustice faite à Benchicou ou les poursuites contre El Watan, Dilem, Belhouchet, Alilat… Les hommes et les femmes politiques qui font face à un pouvoir illégitime et terroriste savent tous les risques qu’ils encourent à chaque bravade de leur part.

-  Que comptez-vous faire pour reprendre votre droit de vous rendre dans votre propre pays ?

Je compte, en Algérie, sur le soutien de la Kabylie et des démocrates même si, chez ces derniers, la valeur solidarité a perdu de sa chaire. Ils ne sont plus nombreux à protester devant l’infamie. A l’assassinat de mon fils, aucun communiqué de quelque parti que ce soit ne fut rendu public. Je compte sur les instances internationales pour faire condamner un pouvoir qui fait de la liberté et des droits de l’homme son cauchemar. La sortie de M. Zerhouni, ministre de l’Intérieur, le 24 novembre dernier, à la conférence des ministres de l’Intérieur de la Méditerranée occidentale, est on ne peut plus claire. Pour lui, le danger en Algérie, ce ne sont pas les terroristes islamistes mais, en faisant les déductions qui s’imposent, les démocrates. Il rejoint en cela son inspirateur, Bouteflika qui, à la télévision, disait aux terroristes encore en 2005 « si j’avais votre âge, j’aurais été des vôtres ! ». Tirer sur de jeunes et pacifiques manifestants kabyles est plus courageux que d’aller éradiquer le terrorisme islamiste !

-  Le dernier match Algérie-Égypte a donné suite à une crise politique entre les deux pays, mais il a aussi réussi à susciter une prise de conscience des Algériens qui se sont mis à revendiquer leur identité berbère. Qu’en pensez-vous ?

Cette crise politique est avant tout un problème interne à l’Egypte. Il n’y a qu’elle qui, un mois plus tard, n’arrête pas de gesticuler. Elle considérait probablement jusque-là l’Algérie comme relevant de sa politique intérieure et non de ses affaires étrangères. Après le somnifère idéologique de la « oumma arabe » du nassérisme, le réveil est brutal. Toutefois, en Algérie comme en Egypte, on confère à un match de football une dimension qui lui est étrangère. On prend le sport pour de la politique là où la politique devrait faire valoir l’esprit sportif. Ceci dit, je ne crois pas en ce réveil des consciences par lequel les Algériens se mettraient à revendiquer une identité amazighe. Il n’y a que les Kabyles qui y croient. L’Algérie se décrète arabe et tous ses ténors officiels n’ont pas arrêté de le rappeler en répétant que cette victoire footballistique acquise sur l’équipe égyptienne était « avant tout une victoire arabe ! ». Là aussi, dur sera le réveil pour les Kabyles dont les repères ont été brouillés par l’euphorie, le temps d’une jubilation. Les problèmes sociopolitiques qui sont les nôtres ne peuvent être occultés par des victoires sportives. Et puis, tout cela va retomber à la première défaite qui ne manquera pas de survenir.

-  N’est-il pas le début d’une prise de conscience générale qui pourrait être un élément déclencheur pour une officialisation de la langue amazighe et la promotion de l’identité amazighe en Algérie ?

Il me semble que vous faites preuve d’un excès d’optimisme que j’aurais aimé partager avec vous et avec tous ceux qui y croient. Je refuse d’être naïf à ce point ! Par ailleurs, en ce qui me concerne, la reconnaissance officielle de l’amazighité, bien qu’elle aurait pu constituer un pas pour nous avant le Printemps noir de 2001, participe au contraire de nos jours à la dissolution de l’identité kabyle, travaille à la perte de nos repères identitaires. Or, c’est notre « kabylité » qui nous garantit autant notre amazighité que notre algérianité et non l’inverse. Les Algériens arabophones qui admettent leur dimension amazighe ne le font que du bout des lèvres, puisque de toutes les façons, ils sentent qu’au fond d’eux-mêmes ils l’ont perdue depuis toujours.

-  Cela fait longtemps qu’on ne vous a pas entendu parler du MAK. Que devient le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie ?

Le MAK est et demeure le seul espoir de la Kabylie et du peuple kabyle. Le MAK et le projet d’autonomie de la Kabylie sont les faveurs d’une refondation démocratique de la République. Il sort dans la rue quand il estime devoir le faire. Il appelle ainsi toute la jeunesse kabyle à participer aux marches qui auront lieu le jour de Yennayer, à Vgayet et Tizi Ouzou.

Par Madjid Makedhi

source el watan

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Ahmed Ait-Bachir : « le MAK doit cesser de donner l’image d’un mouvement extrêmiste et xénophobe »

Posté par algeriedemocratie le 11 juillet 2009

Afin d’informer les kabyles de France de la genèse de la pensée autonomiste, nous avons rencontré Mr Ahmed AIT-BACHIR, qui a bien voulu répondre à nos questions, sans concession. Dans un soucis de pédagogie et sans langue de bois.
Ahmed AIT-BACHIR est né dans le village d’Ath l’vachir, dans l’arch des Ath-Itsouragh (ex-commune mixte du Djurdjura-Michelet).
Grâce à des rencontres avec des militants de la première heure, pour le combat identitaire, il a vite pris conscience à son tour de la lutte qu’il fallait mener pour la reconnaissance de l’identité amazighe de l’Algérie.
Depuis, il a été un militant infatigable de cette juste cause, ce qui l’a amené à participer à la création du RCD en 1989 et devenir le premier président du conseil régional RCD de Tizi-Ouzou. Parti qu’il quittera deux années plus tard (1991) avec d’autres militants : Mokrane Ait-Larbi, Akli Berkani, Hamou Boumedine, Mahiou Faredj, Mehdi Siam, Idir Ounoughene, Malek Amrani, Idir Ahcène, Hamid Lefgoun, Salah Chaballah, Arezki Ait-Larbi et beaucoup d’autres…
En 2001, on le retrouve membre fondateur du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), représentant du mouvement en Kabylie jusqu’en 2007, ou il fut contraint de quitter l’Algérie pour s’installer à l’étranger.
Le connaissant, militant de conviction, désintéressé et discret, nous avons voulu le faire parler de son parcours de militant et de son passage d’un parti nationaliste à un mouvement autonomiste régional mais aussi pour nous expliquer comment l’idée d’autonomie à émergé.

Ahmed Ait-Bachir :

Arezki Bakir : Qu’est-ce qui a précipité ton départ du RCD en 1991 ?
Ahmed Ait-Bachir : On s’est investi corps et âme dans ce parti, on en a fait plus qu’un parti, pour nous, c’était une seconde famille. Mais, au fur et à mesure que nous avancions, on s’est aperçu que l’espace du débat démocratique se réduisait davantage, le pouvoir décisionnel nous échappait complètement.
Cela nous a conduit à initier une pétition interne réclamant plus de clarté dans la gestion du parti. La direction, au lieu de provoquer un débat dans ce sens, a fait une toute autre lecture et mené une campagne de désinformation concernant notre initiative :
- « que nous n’étions qu’un petit groupe de Michelet, mené par Mokrane Ait-Larbi pour prendre la tête du RCD »,
- « que notre place n’était naturellement qu’au FFS et non au RCD compte-tenu du fait que nous étions majoritairement originaires de Michelet »…
Je voudrais rajouter qu’avant nous, deux secrétaires nationaux ont quitté le parti pour les mêmes raisons. Ce sont le Docteur Malika Baraka et Youcef Ait-Chellouche.


Le RCD défend des thèses nationales. Comment en es-tu venu à défendre des thèses autonomistes en faveur de la Kabylie ?

Lorsqu’on a crée le RCD, nous avons sincèrement cru pouvoir changer le cours des choses en Algérie. D’autant plus que, dans les années 1989-1990, il y avait une petite « récréation », le pouvoir nous ayant fait croire qu’il avait changé. Une petite porte s’était ouverte à la télévision pour les partis d’opposition, une presse écrite en apparence trés libre, des meetings et des conférences organisées par l’opposition un peu partout dans le pays. Comme tous les partis, le RCD s’est donc mis à organiser des meetings et conférences à travers le territoire national.
En dehors de la Kabylie, notre discours ne passait pas, bien que notre projet était plutôt bien perçu, moderne et progressiste. Mais le fait qu’il soit porté par des kabyles posait problème…
Dans beaucoup d’endroits, on nous signifiait clairement que nous n’étions pas les bienvenus.
Ajoutez à cela le boycott scolaire, l’assassinat de Lounès Matoub et une analyse sur le mouvement national, construit et porté par les kabyles, qui ont vu la nation algérienne se bâtir sans eux et contre eux. Cela nous a amené à penser que seule une solution régionale pouvait convenir à la Kabylie.

Nafa Kireche : C’est à ce moment là que vous décidez de créer le mouvement autonomiste kabyle (MAK) ?
Avant la création du MAK, je dois dire que beaucoup de personnes ont pensé et théorisé sur l’autonomie, le fédéralisme ou la régionalisation.
En 1978, le FFS, dans sa plate-forme politique a inscrit dans son programme l’autonomie des régions.
En 1992, Mr Hocine Ait-Ahmed est revenu à la charge en parlant de fédéralisme mais il a rapidement été pris à partie par les islamistes et les arabo-baathistes, qui criaient au séparatisme.
Abdenour Abdeslam, dans une longue réflexion dans les colonnes du journal « Liberté », a dessiné les contours du fédéralisme.
Après l’assassinat de Lounès Matoub en 1998, le professeur Salem Chaker, le Docteur Malika Baraka, Saïd Doumane et Rachid Behlil ont initié une pétition demandant l’autonomie linguistique de la Kabylie. Cette pétition a été signée par des personnalités comme Idir, Ait-Menguellet, Ferhat, Hassan Hirèche, Ali Sayad et beaucoup d’autres.
Mohamed Talmatine, Akli Kebaili, Kamel Nait-Zerrad, Hassan Hireche ont, chacun, par leurs différents écrits, contribué à alimenter l’idée de l’autonomie de la Kabylie.

Arezki Bakir : Revenons au MAK…
Ahmed Ait-Bachir : C’est en plein milieu des évènements dramatiques d’avril 2001 qu’a connu notre région, ou la peur et la terreur se sont installées, le terrain déserté par les politiques que, avec des amis militants, notamment Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine, Malek Amrani, nous nous sommes réunis  le 24 avril 2001 pour discuter de la manière de répondre à l’urgence et combler le vide politique ou était plongé la Kabylie. Une période ou l’on assistait, impuissants, à l’assassinat de nos enfants.
C’est ainsi que nous avons décidé de créer le Mouvement  pour la Kabylie Libre (MKL), dont le premier tract, « appel au peuple kabyle », est sorti le lendemain, le 25/04/2001, diffusé et distribué dans toute la Kabylie.
Trés vite, d’autres militants nous ont rejoint. Parmi eux, Akli Berkani, Farid Hamladji, Mourad Bouzidi, Mohamed Dellah, Yacine Belabes, Achour Bensalem et beaucoup d’autres.
En 2001, Ferhat Mehenni, alors président du MCB-Rassemblement National, voulait lancer un mouvement autonomiste et a donc pris contact avec Abdenour Abdeslam, qui nous a fait part du projet de Ferhat et de son souhait de nous unir afin d’éviter qu’il y ait plusieurs mouvements autonomistes.
Après avoir rencontré Ferhat il a été convenu ce qui suit : de notre côté, nous nous engagions à dissoudre le MKL, et de son côté, Ferhat faisait de même avec le MCB-RN.
Le 5 juin 2001, Ferhat a donné une conférence de presse à la maison des droits de l’homme à Tizi-Ouzou, conférence au cours de laquelle il a rendu public le projet autonomiste pour la Kabylie, en ma présence et celle d’Abdenour Abdeslam. Le dernier tract du MKL a donc été tiré le 20 juin 2001.
C’est ainsi que nous avons initié la première pétition « pour l’autonomie de la Kabylie », dans la perspective d’un état fédéral, pétition qui a recueilli des dizaine de milliers de signatures.
Quant au sigle « M.A.K. », c’est au cours d’un meeting à Makouda qu’un jeune dans la salle scandait « MAK, MAK, MAK ! »… Ce jeune a été applaudi par l’assistance et les responsables du mouvement présents (Ferhat, Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine, Salah Hassan…) ont adopté et approuvé ce sigle sur le champ ! Le lendemain, cet épisode faisait la une de certains journaux.

Nafa Kireche : Donc on peut dire que le MKL est l’ancêtre du MAK ?
Ferhat l’a trés bien résumé dans son livre en disant que : « Le MAK est né des cendres du MKL et du MCB-Rassemblement National ».

Arezki Bakir : Ahmed, tu es acteur du mouvement autonomiste depuis sa gestation. Peux-tu nous dresser un tableau objectif de l’avancement du projet autonomiste, mené par le MAK ?
Tout d’abord, je dois dire que le MAK a le mérite d’avoir brisé un tabou. Parler et revendiquer l’autonomie l’autonomie de la Kabylie dans une Algérie « une et indivisible » est un sacré courage. Il faut rendre hommage à tous ces militants qui ont bravé cet interdit et qui l’ont payé trés cher pour certains d’entre eux. Nous avons réussis à instaurer un débat quasi quotidien autour de cette question et je peux dire que le MAK, sans prétention aucune, a fait un sacré bon bout de chemin en solo.
Maintenant, je pense que le MAK est arrivé à la croisée des chemins : pour aller de l’avant, il doit se défaire de ses éléments qui confondent :
- l’islam et l’islamisme,
- l’arabe et l’arabisme,
- l’autonomie et l’indépendance.
En un mot, il doit cesser de donner l’image d’un mouvement extrêmiste et xénophobe.
Le MAK doit faire des rapprochements et prendre langue avec tous ceux qui partagent l’idée régionale de la Kabylie avec tous les autonomistes libres, y compris ceux qui défendent une Algérie Fédérale, une régionalisation modulable ou positive. Car en décortiquant tous ces projets, nous nous apercevons vite que nous voulons la même chose pour la Kabylie : son bien !
L’autonomie, la régionalisation, le fédéralisme, ne peuvent être l’oeuvre d’une personne ou d’un parti : cela ne peut être que le résultat d’un consensus et d’une majorité de kabyles. Et ce n’est que dans une action unie que le pouvoir algérien prendra peur et se pliera à nos revendications.

Arezki Bakir : j’ai l’impression que tu rêves un peu… non ?
Ca peut te sembler effectivement ainsi et certains de vos lecteurs le penseront certainement mais, pour ma part, je reste convaincu que c’est la solution, il suffit pour cela que chacun d’entre nous laisse son égo de côté pour que cela se réalise.

Nafa Kireche : le mot de la fin ?
Ce sera pas un mot mais des mots.
Tout d’abord je vous remercie de m’avoir fait parler. Je voudrais dire, que si j’ai accepté de parler de mon départ du RCD, je n’ai aucune rancune, ni animosité envers ce parti et toute sa composante, et surtout pas en ce moment ou il traverse une crise interne. Bien au contraire, le RCD a été pour moi une véritable école, j’y ai passé d’excellents moments et j’en garde un trés bon souvenir. Si j’ai tenu à répondre à votre question sur cette période, c’est pour que le MAK en tire les leçons et les enseignements et ne sombre pas dans ces pratiques, qui commencent à le ronger et doit évacuer trés rapidement l’esprit de complotite et de flicomanie qui commence à faire des « saignées » dans ses rangs.
Et puis nous sommes en pleine commémoration de l’assassinat de Lounès Matoub. Je voudrais rendre hommage à l’un de ses compagnons, présent à ses côtés lorsque les gendarmes de Michelet l’ont mitraillé et qui a passé des moments pénibles dans les géoles de la SM à Bouzareah. Ce grand militant s’appelle Mehdi SIAM, qu’un cancer du colon a terrassé et l’a ravi aux siens quelques mois après l’assassinat de Lounès. Il a laissé une femme et trois petites filles. Que tous ceux qui l’ont connu aient une pensée pour lui.

Entrevue réalisée par Arezki Bakir et Nafa Kireche de l’Association des kabyles de France : www askaf.fr

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L’Autonomie est trop sérieuse pour être confiée ou supportée par une seule personne ou un seul mouvement

Posté par algeriedemocratie le 11 juillet 2009

source:kabyle.com

Mouvements autonomistes

En l’espace de deux mois, deux expressions se sont faites jour sur Kabyle.com à propos de l’ Autonomie des Kabyles, l’un des rares médias kabyles non partisan ou se confrontent les idées !
Il va de soi que parfois les analyses ou commentaires turbulents paraissent quelque peu éloignés de la réalité du terrain. Ce n’est qu’une impression sur internet qui ne vaut pas une parole d’Evangile.

Mais chez nous , elle est devenue une habitude d’exhiber son savoir, avec la prétention, en chacun de nous de détenir un morceau de vérité, sans jamais l’associer à d’autres parts, parce qu’il faut le reconnaître, nous les Kabyles , sommes des individualistes perfectionnistes : nous excellons, malheureusement, pour servir les autres , mais de ne jamais nous servir, en défendant notre cause autonomiste dans le cadre d’un concept nouveau et révolutionnaire pour encadrer et faire émerger une région, même si des milliers de ses habitants assaiment, depuis des années, les autres régions d’Algérie. Et pour cause ?

L’Autonomie est trop sérieuse pour être confiée ou supportée par une seule personne ou un seul mouvement

L’Algérie  compte quelques 34 millions d’habitants, dont environ  4 millions d’entre eux prétendent qu’ils sont « arabes ». Le reste est réparti entre Kabyles et communautés berbèrophones, réparties à travers les territoires de l’Est , et surtout , de l’Ouest algérien. Ce n’est pas rien.

A Alger, siège d’un pouvoir jacobin, un premier ministre d’origine Kabyle inamovible s’exprime depuis l’assemblée nationale en Kabyle alors que la langue tamazight reste non-officielle ?

Les décideurs des SR  comptent  parmi d’autres Kabyles  (Gaïd et Médienne, notamment sont de Guenzet) , et cela n’empêchera  pas le massacre de 121 innocents , ni l’assassinat de Massinissa Guermah, un des meilleurs élèves d’Ath Douala.

Nos gouvernants ont-ils pris la meilleure température politique que les autonomistes?  Non, assurément ! Ce sont des mal-aimés, même de la part de ceux qui vivent ou survivent à l’ombre de l’administration.  Ceci interdit quand même à toute personne, la prétention de parler au nom de la Kabylie, alors que  dans nos villes et campagnes, rien n’est fait pour essayer de convaincre ses habitants de la nécessité de vivre et se développer par  et pour soi-même.

Les efforts pédagogiques dans cette direction sont absents à Bgayet, Tizi-Ouzou , Boghni , Draa ElMizan , Sidi- Aïch , Akbou , Guenzet , Bouira  , etc…

Dans ces conditions, personne ne peut aussi prétendre au monopole politique d’en parler, de crier , mais de défendre plus sérieusement ce concept de l’Autonomie.

Comme exemples , nous pouvons citer Ferhat Mehenni , dont le courage de la parole n’est pas à démontrer mais insuffisant pour convaincre nos campagnes et nos villes . Insuffisant pour – dans son  cas spécifique – déléguer des responsabilités aux autres : il doit se rendre moins visible et moins monopolistique , alors que ses compagnons de route s’effacent malgré eux .

De plus, et sans rancune, le site du Mak-info  ressemble plus à un blog personnel de notre ami Ferhat , qu’un véritable lieu d’expression solidaire et militante des adeptes de ce mouvement . Il semble que le leader du MAK reprend, malgré lui, les défauts du parti qu’il a quitté, et où la tendance au pouvoir personnel, l’emporte sur tout le reste. Il faut savoir déléguer  ses prérogatives  quand on est sûr de soi. Dans ce cas, il sera difficile d’être sur les chantiers, en même temps, et surtout, que la réalisation d’un projet autonomiste ne peut être la résultante d’une déclaration ou d’un verbiage, vite emporté par les courants d’air.

L’Autonomie est trop sérieuse pour être confiée ou supportée par une seule personne . La notion de groupe est dominante , qui élit obligatoirement , un ou deux co-présidents. De cette opacité et ce sentiment désabusé de leader hérité par nos habitudes et nos façons de penser, d’agir sont intervenus les propos de Aït- Bachir .

Il dit bien les choses quand il confirme que l’Autonomie ne peut être l’œuvre d’une personne, voire d’un parti . Mais il n’est pas question par contre de le suivre quand il faut flatter le RCD et le FFS, avec qui il suppose qu’il va falloir faire  des « rapprochements » : ce sont des partis politiques à base régionale certes,  mais qui ont opté depuis longtemps , pour un programme national . S’il existe des autonomistes libres , comme il le déclare, ce ne sont que ceux d’Ecancourt et d’autres ,et dont on parle le moins.

L’islam et l’autonomie : antinomiques

Je ne peux également suivre Aït -Bachir, quand il met en garde le MAK d’une dérive fascisante et que, selon lui, il existerait une confusion des thèmes régissants Islam et Islamisme, l’arabe et l’arabisme, l’autonomie et l’indépendance.

Un moment, il faut quand même  réfléchir un tant soit peu, que ces « défauts » n’existent que dans l’esprit d’Aït- Bachir. Nulle part, je n’ai trouvé trace de ces affirmations. Quant aux rapports avec l’Islam, mon point de vue est que l’Autonomie de la Kabylie et l’Islam sont ANTINOMIQUES.

D’ailleurs le pouvoir actuel d’Alger fera tout pour contrer toute action dans ce sens en se servant de la religion islamique et en utilisant comme agents les quelques familles maraboutiques assaimées en Kabylie.

La récupération pour excercer une exercer une certaine visibilité

Deux mois auparavant, ce fut Hacène Hirèche, qui relata les « printemps clairs-obscurs » : ce serait mieux « obscurs-clairs », dans la mesure où le rappel de ces évènements douloureux permet à une catégorie de personnes d’exercer une certaine visibilité, au lieu d’une commémoration festive , encore absente des rendez-vous traditionnels de la société kabyle .

Quand Hacène écrit que le printemps berbère a enfanté le RCD et le MAK , il se trompe d’histoire  . On vient de découvrir que le MAK est né à …Makouda  , et qui n’est que le prolongement du …MKL…Quant au RCD , il faut être honnête d’admettre qu’il a été crée pour tout simplement contrer le FFS . Pour preuve  de cette volonté , la non-décision de ses dirigeants de retirer ses députés de l’APN , comme suggéré par le FFS , en gage de bonne volonté politique et de constitution d’une véritable opposition au régime .

S’agissant des jeunes, quand bien même il existerait une rupture définitive avec les gouvernants rien pour autant n’est fait pour les mobiliser au service de l’Autonomie, attitude tempérée il est vrai par l’intérêt matériel qui anime une frange importante de cette population.

Si Hacène Hirèche a raison de parler d’«autodidactes de la politique » et de dénoncer ces « mêmes comportements » qui donnent les « mêmes résultats » , il fait allusion , je suppose un peu à tout un chacun de ce milieu autonomiste parisien où le problème d’égo ne se mesure à aucun autre . Mais la faute à qui ?

Se donner d’autres chances

Il faudrait peut-être constituer une Assemblée Consultative élective souveraine qui dégagerait un exécutif et un vrai projet politique portant l’Autonomie avant de la crier ici et là en Europe : pour ce faire au lieu de citer  des personnalités « neutres »  issues des partis traditionnels et qui n’existent  d’ailleurs pas, Hacène Hirèche pourrait rappeler au souvenir exclusif de ceux et celles qui activent et s’expriment au nom de la Kabylité .

Entre temps , chacun d’entre nous aura réécouté Matoub Lounès et relu Mohand Arab Bessaoud, le fondateur de l’Académie Berbère qui osa nous montrer ce qu’est l’activisme  politique et pédagogique au service de la Berbérité, et surtout de la Kabylité .

Pour résumer :

1. L’Autonomie n’est pas une bataille de slogans et de personnes à partir de l’extérieur, sous forme de contestation permanente au régime d’Alger .C’est le rôle ici d’une opposition politique, qui, malheureusement, n’existe pas.

2. L’objectif autonomiste suppose une adhésion pleine et entière des Kabyles. A leur endroit, et en Kabylie, intensifier les efforts de pédagogie politique pour les convaincre et les mobiliser.

3. Rien ne sert de mettre sur pied des structures d’organisation comme des coquilles vides, au seul avantage de faire croire qu’il existerait un mouvement de masse en faveur de cette autonomie, à l’image des pyramides d’Egypte plantées en plein désert culturel, intellectuel et politique .

4. Ce ne sont pas les pétitions, ni les commentateurs anonymes sur la toile, qui me contrediront, ni l’association des Kabyles sans papiers, ni les taxieurs parisiens .

5. La société Kabyle reste majoritairement  imperméable à ce concept parce qu’il a été mal expliqué. Et ce ne sont pas les quelques personnalités connues depuis longtemps , qui ne chantent qu’à l’arrivée du printemps  ou qui voyagent et s’expriment avec des gens , ne sachant même pas où se trouve la Kabylie !

6. Faisons une auto-critique. Remettons-nous en cause, pour s’occuper d’abord et avant tout de notre chère Kabylie, en créant un vaste réseau de solidarité, aussi interne qu’externe.

7. «Par et  pour la Kabylie », tel pourrait être le nouveau slogan. Les Kabyles parlent en Europe pendant que Boutef visite la Kabylie, avec la complicité d’une dizaine de « notables » locaux  animés d’un esprit mercantile que d’autre chose. Ce genre de trahison  ne date pas d’aujourd’hui puisqu’il est lié à l’Histoire de nos aieux  et de la Numidie .

Alors que faire ? Ce n’est pas en dénonçant , à tous vents la dictature d’Alger qu’on fera avancer surtout en France le projet  autonomiste. Mohand Arab Bessaoud a payé de son courage, obligé de s’expatrier en Grande-Bretagne ! Ce n’est pas servir le même projet , en se positionnant sur des sujets d’actualité régionale ou mondiale ! Et d’ailleurs, au nom de quelle entité aurions-nous à nous exprimer de la sorte?

8. Une fois de plus, certains de nos frères se sont empressés pour créer des sigles et s’exprimer en leur nom, d’une façon qui rappelle toute la tradition politique très passéiste de chez nous. Mais plus grave, cette agitation inutile juste pour accentuer une plus grande visibilité , à l’exemple d’un cirque , ne tient absolument pas compte des expériences autonomistes de par le monde. Elles sont très souvent citées mais jamais prises en considération ou en leçon dans une  démarche qui oblige désormais à …renverser la pyramide ! C’est-à-dire élargir la base sociale et politique de cet objectif autonomiste , pour atteindre solidement le sommet.

Dans ces conditions le combat n’a même pas commencé que déjà les quelques personnes qui en parlent se disputent la question du leadership, ignorant que demain d’autres rassemblements autonomistes verraient le jour.

Dans cette voie , je le répète , il n’existe aucun monopole d’idées ou de projets sauf à créer ,en Kabylie cette assemblée consultative souveraine élargie s’exprimant au nom du peuple Kabyle et à vocation de prendre sérieusement en charge le projet hautement politique de l’Autonomie régionale .

A l’extérieur  nous ne serions que les ambassadeurs de cette cause dûment accrédités et non des porte-voix de nous-mêmes.

Tassadit AMEROUCHE

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Présidentielles, entretien avec Ferhat Mehenni, leader du MAK

Posté par algeriedemocratie le 4 juillet 2009

Présidentielles, entretien avec Ferhat Mehenni, leader du MAK

Pour Ferhat Mehenni, le rendez-vous électoral du 9 avril est une mascarade. Dans l’entretien qui suit, il explique le point de vue du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie ( le MAK), dont il est le fondateur, et défend son idée d’une Algérie fédérale. Une idée qui ne fait pas l’unanimité…

Rappel : Chers lecteurs vous pouvez poser vos questions et apporter la contradiction à notre invité en bas de cette page, dans le respect et la bienséance. Les commentaires irrespectueux et diffamatoires sont proscrits de cet espace.

Annonce:
Chers lectrices, chers lecteurs,

la rédaction de algerie-focus.com vous prie de bien vouloir l’excuser du fait que notre invité Ferhat Mhenni ne pourra pas pas répondre aux questions des lecteurs, car la rédaction n’arrive plus à le joindre.

Merci pour votre compréhension

La rédaction

Questions :


1-Que pensez-vous de la campagne électorale en Algérie, et qu’elle est, dans ce cadre, la position du MAK? Que pensez-vous des réactions de l’opposition à ce propos ?

5f9-ferhat-mehenniFerhat : Ce semblant de campagne électorale pour des présidentielles jouées d’avance est une mascarade. Les candidats contre Bouteflika sont sans envergure, triés sur le volet par la hiérarchie militaire pour servir de décor pluraliste à une élection à la « soviétique ». C’est une tartufferie de plus que le régime a commencé à mettre en œuvre le 12 novembre 2008 avec la révision constitutionnelle déplafonnant le nombre de mandat successifs pour Bouteflika. Personne n’en est dupe et la communauté internationale, aux prises avec des conflits sanglants ailleurs, sait qu’elle a affaire à un Etat voyou mais préfère fermer les yeux sur les pratiques anti-démocratiques et liberticides de nos gouvernants.

La position du MAK vis-à-vis de cette échéance est rendue publique le 29 novembre 2008 lors d’une conférence animée dans les locaux de l’association « Tamazgha » à Paris, où j’ai personnellement annoncé la couleur du boycott. Les raisons pour lesquelles ce que vous appelez « opposition » boycotte cette présidentielle sont peut-être différentes d’un acteur politique à un autre ou d’un parti à un autre. Mais vous aurez remarqué qu’elle est globalement kabyle et l’ignorer c’est faire la politique de l’autruche, ou tenter de cacher le soleil derrière un tamis.

2- Le passage de Bouteflika en Kabylie s’est déroulé dans le calme et avec un relatif succès, selon l’entourage du président. En tant que leader d’un mouvement Kabyle, cela vous inspire quoi ?

Ferhat : Ce « passage» comme vous le dites s’est fait plutôt à la sauvette, à la manière d’un voleur, avec :

1) des bus amenant des populations d’ailleurs que de Kabylie pour remplir les rues de Vgayet et de Tizi-Ouzou.

2) des discours bâclés en un quart d’heure chacun. Il était là plus par défiance que par empathie. Il était venu insulter la mémoire de nos enfants assassinés au Printemps noir en couvrant leurs bourreaux. Bouteflika est un provocateur. Il l’a prouvé encore une fois.

La Kabylie le lui rend bien en lui tournant ostensiblement le dos, en l’ignorant. D’ailleurs, il le reconnait lui-même en lâchant à notre endroit « vous nous boudez !». Son déplacement en pays kabyle est un tel fiasco qu’il ne reste à son entourage que la méthode Coué pour s’en consoler.

3- Le MAK prône l’instauration d’un système fédéral en Algérie, avec entre autres une autonomie politique pour la Kabylie. Pouvez-vous nous dire un peu plus sur le programme de votre mouvement et ce qui motive ses choix politiques?

Ferhat : Le MAK prône une autonomie régionale pour la Kabylie. Il n’a pas pour ambition de prendre en charge le combat des autres régions, des autres identités, des autres peuples d’Algérie en dehors de celui du peuple kabyle. Nous avons un programme qui est contenu dans deuxdocuments adoptés lors de notre Congrès Constitutif du 14 août 2007 à Ighil Ali : Le Projet d’Autonomie de la Kabylie (PAK) et la Charte des Droits du peuple kabyle et de la Kabylie.

Il serait bon que chacun aille les découvrir sur notre site officiel www.makabylie.info. Nous militons pour la mise sur pied d’un Etat régional en Kabylie à la manière de celui de la Catalogne en Espagne. Dès lors que le pouvoir algérien ne veut pas de tamazight comme langue nationale et officielle, de la laïcité comme système de valeurs, de l’identité kabyle comme une donnée positive du pays, il ne nous reste qu’à prendre notre destin en main pour bâtir à nos enfants un avenir de paix et de liberté, loin de la répression, des barricades, de l’agitation permanente, de l’insécurité, de l’humiliation et des vexations auxquelles nous sommes soumis depuis l’indépendance de l’Algérie.

4- Pour beaucoup d’algériens, le MAK représente un mouvement régionaliste, marqué par un repli identitaire, voire dans certains cas, qualifié de raciste, si l’on en croit les déclarations et les prises de position de certains sympathisants du MAK qui s’expriment sur internet par exemple. Que répondez-vous à ces critiques ?

Ferhat : Le MAK défend la Kabylie et le peuple kabyle. Il en assume avec fierté l’identité et le projet politique d’autonomie régionale. Si, pour d’aucuns, le fait de défendre son peuple et son territoire, son identité et sa langue, est un crime en soi, qu’ils prennent alors pour des « racistes » tous les peuples de par le monde qui luttent pour leurs droits. Le raciste n’est pas celui qui revendique son identité kabyle mais celui qui refuse aux Kabyles d’être ce qu’ils sont, des Kabyles.
Quant aux forums sur le net, s’il se trouve des excès condamnables, on ne peut imputer au MAK que ses actes et ses positions officielles et non celles de « sympathisants » parmi lesquels interviennent des non Kabyles pour leur faire endosser des propos qui ne sont pas ceux de la majorité d’entre eux. Mais avez-vous été sur d’autres forums antikabyles et qui sont mille fois plus nombreux que ceux fréquentés par les nôtres ? Vous verrez-là, ce qu’est le vrai racisme. Si vous voulez que nous osions une réflexion concernant le net, disons qu’il est tout simplement le lieu où sont visibles, en grandeur nature, les véritables clivages, quand ce ne sont pas les fractures réelles, qui traversent l’Algérie. Le MAK arrive à point pour prévenir le pire et non pour le précipiter.

5- Pourquoi l’action du MAK se limite-t-elle uniquement à la seule composante kabyle de la société algérienne. Ne risquez-vous pas d’être ostracisé par le gouvernement- ce qui peut se comprendre. Mais surtout par la majorité des algériens qui se sent exclue de votre action ?

at : L’action du MAK se limite à la composante kabyle de l’Algérie car cette dernière n’est prise en charge par personne. Elle est diabolisée par l’ensemble des institutions de l’Etat. Elle n’existe officiellement ni en tant qu’identité, ni en tant que région.

Elle n’existe que comme une « menace » sur le régime despotique qui est en place et que l’on assimile à tort à la « nation ». Elle est enfoncée par tout le système de valeurs auquel adhère la majorité des Algériens et qui fait du Kabyle l’abcès de fixation et le bouc-émissaire de tous les malheurs du pays.

D’ailleurs, il n’est point besoin d’être le MAK pour être ostracisé. Le fait d’être kabyle suffit. Je n’en veux pour preuve que l’isolement du FFS et du RCD qu’on ne peut accuser de s’occuper uniquement de la composante kabyle de l’Algérie.

Pourquoi sont-ils désertés par les non Kabyles ?

Le problème fondamental de l’Algérie est moins celui de sa bonne gouvernance, de son projet de société au sens occidental du terme que celui de son pluralisme identitaire. Celui-ci fait du pouvoir le moyen par excellence d’une domination des identités par l’une d’entre elles. Que pour en camoufler la réalité on recourt à des hommes-lige jouant les potiches nationales, rien d’étonnant. Tant que l’accession au pouvoir se fait pour les hommes politiques sur cette base, comme on vient de le constater avec cette mascarade des présidentielles, on continuera de désigner le Kabyle du doigt par diversion machiavélique.

6- Pensez-vous que l’Algérie est un pays adapté aux idées avancées par le MAK, particulièrement l’idée de créer un système fédéral, basé sur des critères identitaires ou culturels ? N’y voyez-vous pas par exemple un risque d’atomisation de la société algérienne, déjà bien fragilisée ?

Ferhat : Si l’Algérie n’est pas adaptée aux idées que défend le MAK, notamment celles des autonomies politiques territoriales basées sur des critères identitaires et culturels, c’est qu’elle est déjà condamnée à imploser. Le jacobinisme est déjà mort.

Pourquoi le prôner chez nous alors qu’il a échoué chez lui, en France ? La seule solution à la coexistence des identités au sein d’un même pays est celle des autonomies régionales ou des fédéralismes. Là où même la Chine monolithique trouve des vertus à la gestion des identités par elles-mêmes, l’Algérie y aurait forcément intérêt. Sa stabilité et son avenir en dépendent. Ce qui fragilise l’unité nationale est davantage le déni identitaire que sa valorisation. Cultivez les identités et leur respect et vous aurez la paix et la prospérité. Cultivez le déni et vous aurez, au bout du compte, le chaos et la guerre. Osez la différence et le respect de chaque peuple qui composent l’Algérie et vous aurez le paradis sur terre.

7- Dans un article qu’on peut lire sur le site du MAK, vous annoncez qu’un mandat d’amener, qui serait délivré par un tribunal de Bouira, est lancé contre vous. Pouvez-vous nous en dire plus sur cette affaire ?

Ferhat : Un collectif d’avocats est en train de se constituer pour en étudier les termes.

8- un mot pour conclure ?

Le MAK est la dernière colombe en Algérie. L’alliance de Bouteflika avec les islamistes nous mènera droit dans le mur. Celui-ci sera fait de dictature théocratique et de guerre civile fanatisée contre la Kabylie, le M’Zab, les Aurès et les Touaregs. Je lance un appel aux consciences éclairées du pays pour éviter le pire. Le MAK reste disponible pour toute solution allant dans le sens du respect des peuples, de leurs identités et de leur droit à s’autogouverner dans un cadre solidaire.

entretien réalisé par Fayçal Anseur

Ferhat Mehenni (bio express)

Chanteur algérien et militant kabyle

Né le 5 mars 1951 à Illoula en Grande Kabylie (Algérie), Ferhat Mehenni perd très jeune son père mort pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Il a été admis tardivement à l’école primaire des enfants de Martyrs à Alger où il a recontré un problème linguistique.

Devenu un chanteur kabyle célèbre en Algérie, Ferhat Mehenni a fondé, en août 2001, le MAK (Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie), qui défend une Algérie fédérale

source:algere focus

ALGERIE FOCUS

 

 

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INTERVIEW DE FERHAT MHENNI

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

ARTICLE TROUVE DANS LE SITE DE WWW.PRIMO-EUROPE.ORG

Interview Primo de Ferhat Mehenni
Président du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie

Partie 1 : l’histoire du mouvement autonome

Ferhat Mehenni, bonjour. Rentrons dans le vif du sujet. Depuis combien de temps ce combat pour l’autonomie de la Kabylie est-il mené ?

Ferhat Mehenni : Le combat pour l’autonomie de la Kabylie est relativement récent. Nous n’étions qu’une poignée à l’assumer le, 5 juin 2001, lors d’une conférence de presse tenue à la « Maison des droits de l’homme » de Tizi-Ouzou. C’était au plus chaud des événements qui secouaient le pays kabyle et que l’on commençait déjà à appeler le « printemps noir » en référence aux dizaines de morts que les tirs des gendarmes sur nos jeunes manifestants avaient occasionnés. Nous n’y sommes venus qu’une fois édifiés que, pour protéger nos enfants de la violence armée de l’État, nous ne pouvions compter sur la solidarité des autres Algériens.

En effet, aucune association, aucun parti ou syndicat algériens n’avait exprimé, ne serait-ce que du bout des lèvres, de la compassion pour nos morts. Nous venions de réaliser à notre grande détresse que nous n’étions pas des Algériens comme tous les autres.

Nous venions subitement de reprendre conscience qu’en tant que Kabyles, nous étions un peuple distinct et dont la première patrie est la Kabylie.

Et avant 2001 ?

Ferhat Mehenni : Avant 2001, si l’on excepte la guerre, qualifiée alors de « sécession » par le pouvoir algérien, menée au lendemain de l’indépendance de l’Algérie par Hocine Ait Ahmed, du 29 septembre 1963 à avril1964, la Kabylie n’avait de revendications que culturelles : identitaires et linguistiques. Même celles-ci étaient diluées dans un générique « berbère » qui n’assumait pas expressément notre kabylité.

C’était le temps du Mouvement culturel berbère (MCB), né de la révolte pacifique d’avril 1980, et qui a servi de base idéologique et humaine aux deux partis politiques Kabyles autorisés à partir de 1989 : le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) dont, au passage, j’étais un membre fondateur, et le Front des forces socialistes (FFS) qui venait de renaître de ses cendres.

Quelles sont les raisons qui ont fait que la Kabylie ne redécouvre sa singularité qu’en 2001 ?

Ferhat Mehenni : Il y a eu perte de mémoire en cours de route. L’investissement de la Kabylie pour recouvrer son honneur à travers le combat pour l’indépendance de l’Algérie était tel qu’elle avait oublié qu’elle se mobilisait d’abord pour elle-même. Ensuite, le fait que son entreprise armée au nom du FFS se termina en fiasco contre le pouvoir algérien avait castré chez elle toute velléité d’affirmation de sa personnalité, surtout dans un climat de terreur politique stalinienne qui a duré jusqu’en 1990.

Ses prudentes revendications postindépendance sont donc le fait de son histoire, puis de l’idéologie de ses élites. La Kabylie qui avait achevé la formation de sa personnalité au Moyen-âge, vers le XIIe siècle de notre ère, avec l’édification d’un État confédéral, vivait en intelligence avec son environnement. L’Empire ottoman (1516-1830) n’avait jamais réussi à l’entamer.

Par contre, du traumatisme subi après ses deux défaites face à la France (1857 et 1871), ses élites ont gardé une volonté de revanche chevillée aux tripes, au point de partir à la recherche de n’importe quelle alliance avec ses voisins, dans le but de recouvrer coûte que coûte son indépendance.

Ce sont ces mêmes élites, réalisant tout de suite la méfiance de son voisinage envers tout ce qui est kabyle, qui vont, à partir de 1926, redoubler d’efforts et de zèle pour convaincre de leur bonne foi ceux qu’elles démarchaient, faire comprendre qu’elles n’étaient pas à la recherche de l’intérêt de la Kabylie, mais de toute l’Algérie.

C’est à force de vouloir se disculper de leur kabylité, de vouloir apporter la preuve de leur engagement désintéressé dans leur combat pour l’indépendance de l’Algérie que les Kabyles ont hypothéqué leur liberté postindépendance.

La mise en parenthèse volontaire de leur être collectif et de leur identité s’est muée, les idéologies jacobine et stalinienne faisant, en leur négation avant d’être leur enterrement. C’est vous dire combien a été dur et laborieux le chemin de notre retour à la vie, de notre résurrection. Pour éviter l’échec, pour ne pas tomber de nouveau à terre, comme ce fut le cas avec la défaite armée du FFS (1963-65), tels des malvoyants, nous avons avancé prudemment, par tâtonnements.

C’est ce qui explique, entre autres raisons, notre enracinement dans des revendications purement culturelles pendant des décennies. En arriver à la re-prise de conscience de notre existence en tant que peuple et revendiquer notre autonomie régionale tient presque du miracle.

Ce combat a-t-il des répercussions en Algérie, parmi la population ? Rejet ? Sympathie ?

Ferhat Mehenni : Le combat identitaire a eu des répercussions sur l’ensemble du monde berbère. Tous les peuples amazighs ont fini par revendiquer dans le sillage de la Kabylie et de son printemps de 1980, la langue amazighe comme langue nationale et officielle (Algérie, Maroc et, dans une moindre importance en Libye). En Algérie, en plus de la Kabylie, il y a au moins six régions berbérophones : l’extrême Sud touareg, le Mzab, les Aurès, le Chenoua à l’ouest d’Alger, l’Adrar et la bande de Bechar, frontalière du Maroc. Sur toutes ces aires linguistiques, le combat kabyle a eu un impact plus ou moins important.

Par contre dans les régions arabophones nous n’avons jamais réussi à avoir l’adhésion ou la sympathie recherchée, si ce n’est à titre marginal, chez des individualités dont la plus illustre était sans conteste l’écrivain Kateb Yacine. La méfiance, quand ce n’est pas la défiance, vis-à-vis de la Kabylie est toujours une donnée qui se rencontre çà et là. La classe politique algérienne impliquée dans la gestion du Système nourrit volontairement la haine envers la Kabylie et ses revendications.

Pendant trois décennies (1970-2000), nous nous disions que nos compatriotes arabophones allaient un jour, par nos efforts permanents d’explications, prendre conscience de leurs origines amazighes et finir par fraterniser avec nous, être plus sensibles à nos attentes. La désillusion s’est produite au printemps noir 2001.

Nous nous sommes rendu compte qu’une prise de conscience identitaire amazighe chez eux est, pour des décennies au moins, du domaine de l’utopie. En fait, le rejet de l’amazighité n’était en réalité que celui de la kabylité. Il était le prélude à la diabolisation de sa revendication d’un statut de large autonomie.

Cela dit, il n’y a pas que les autres Algériens qui nous sont hostiles; il y a aussi des nôtres qui nous combattent toujours aussi farouchement qu’au premier jour de notre apparition, notamment les partis kabyles (FFS et RCD) qui voient en le MAK non seulement un rival, mais surtout la preuve de leur maladie honteuse : le séparatisme, dont l’opinion algérienne les accuse sans cesse et contre laquelle ils déploient, à longueur d’année, de vains trésors d’efforts.

Ainsi, la revendication d’une autonomie pour la Kabylie n’est rien d’autre que leur mise à nu, le flagrant délit de mensonge par lequel on les a piteusement confondus, responsabilité collective oblige ! Malgré leur attitude négative à notre endroit, le MAK ne leur garde pas rancune. La plupart de leurs militants sont de vrais autonomistes.

Quant à la population kabyle, réticente au départ, elle n’a cessé, depuis 7 ans, de venir grossir les rangs des convaincus de notre projet, et ce, malgré la désinformation de l’opinion par tous les acteurs politiques (à commencer par l’État) qui, tous en chœur, essaient de faire passer l’autonomie pour ce qu’elle n’est pas : du séparatisme !

Mais même si le MAK n’a pour lui que sa conviction d’aller dans le sens des exigences de l’Histoire, et malgré les moyens colossaux déployés contre lui, il a réussi à convaincre l’écrasante majorité des Kabyles du bien-fondé de sa revendication. Notre congrès constitutif du 14 août 2007, au cœur de la Vallée de la Soummam, en une preuve concrète.

Êtes-vous combattu par les médias algériens ?

Ferhat Mehenni : Au début, probablement prise de court, la presse indépendante francophone n’avait pas encore de position arrêtée et l’information sur la demande d’une autonomie régionale kabyle était passée de manière factuelle. Ensuite, nous avons eu de l’hostilité de la part de la quasi-totalité des rédactions. Il s’est même trouvé un quotidien qui avait mis ma photo à la « une » avec en grosse manchette, comme un avis de recherche contre un criminel : « CET HOMME EST DANGEREUX ! », ce que personne n’avait jamais fait jusque-là contre les plus sanguinaires des terroristes islamistes.

Quant à la presse arabophone, en sept ans d’existence, il n’y a eu qu’un seul article favorable pour nous en 2002. À ce jour, elle ne cesse de diaboliser et le MAK et surtout ma personne. Je reste pour cette presse-là l’ennemi public nº 1.

À la lire, les terroristes islamistes seraient, à côté de moi, de sages enfants de chœur. Plusieurs journaux francophones ont fini par modérer leur attitude et par lever le pied de temps en temps sur notre censure. Enfin, les médias publics, eux, nous sont entièrement hermétiques et, à la limite, je préfère ce black-out total au lynchage médiatique auquel je suis régulièrement soumis dans les journaux arabophones dits « indépendants ».

Comment voyez-vous l’avenir politique de l’Algérie ?

Ferhat Mehenni : L’Algérie va à sa perte. La situation n’a cessé de se dégrader depuis le premier jour de son indépendance. Les responsables des destinées du pays n’ont conscience ni des crimes qu’ils commettent contre celui-ci, ni de leurs graves conséquences pour demain. Il n’y a aucun signe avant-coureur d’un éventuel redressement de la situation.

Tout porte à croire que toute évolution dans le sens du respect des droits humains et de la démocratie demeure utopique. Les sphères décisionnelles sont si accaparées par la sourde lutte des clans visant le contrôle du pouvoir qu’il n’y a pas de place pour des préoccupations sur l’avenir des libertés de nos citoyens. Le seul avenir important pour chacun de ceux qu’on appelle les « décideurs » est celui de son clan.

Toutefois, j’ose espérer que le sens des responsabilités finisse par l’emporter et voir, dans la proposition d’une autonomie régionale que nous formulons, un début de solution, non seulement pour la Kabylie, mais pour l’ensemble des régions du pays.

Cela désamorcerait, peut-être à temps, les terribles tensions en train de se densifier entre Algériens livrés à la danse des couteaux des uns et à la cécité politique des autres. Dans tous les cas, j’en appelle d’ores et déjà à la prévention d’une nouvelle agression contre les Kabyles et la Kabylie dont les apprentis sorciers du régime veulent faire les boucs émissaires du chaos qui règne en Algérie depuis plus de 15 ans.

L’autonomie

Comment définiriez-vous l’éventuelle autonomie de la Kabylie ?

Ferhat Mehenni : L’autonomie régionale est un statut en vertu duquel une région devient un État aux prérogatives limitées, qui gère, néanmoins, l’essentiel de la vie de ses citoyens en dehors de la défense nationale, de la frappe de la monnaie et des affaires étrangères qui restent du domaine de l’État central.

L’autonomie n’est pas que, comme la France a tendance à en pervertir le sens, le transfert des charges à une région, mais aussi, et surtout le transfert de moyens pour répondre à l’ensemble des besoins de fonctionnement des institutions autonomes, de l’économie, de l’enseignement et de la culture, de la sécurité civile, des services sociaux, des transports, de la fiscalité et de la protection de l’environnement, de l’agriculture, de l’énergie et des infrastructures de bases qu’elles soient maritimes, terrestres ou aériennes…

Cela relève d’un contrat bilatéral après référendum régional. Politiquement, c’est en fait le droit reconnu à un peuple, sur un territoire limité, d’avoir un parlement et un gouvernement articulés sur l’État central.

Préconisez-vous les mêmes rapports qui existent entre le Pays Basque et l’Espagne ? La Corse et la France ?

Ferhat Mehenni : La Corse et le Pays Basque demandent leur indépendance et ont des rapports violents avec l’État central. Le type de rapports que nous souhaitons développer entre la Kabylie et l’Algérie est d’une autre nature : Nous voulons des rapports qui renforcent le dialogue et la complémentarité, conjuguent négociation et sens des responsabilités. Nous prenons pour exemples la Catalogne, l’Écosse, la Flandre et la Wallonie, le cas suisse ou québécois.

Toutefois, il n’est pas exclu qu’un jour, de désespoir, nous soyons débordés par une jeunesse excédée qui voudrait vite du concret, emploierait d’autres moyens et revendiquerait plus qu’une autonomie régionale. Le pouvoir algérien n’a vraiment pas intérêt à jouer avec le feu, mais en a-t-il au moins conscience ? Sait-il que nous sommes le dernier rempart contre le chaos, la dernière chance d’une évolution pacifique des rapports entre la Kabylie et le pouvoir algérien ? Pour le moment, je ne le pense pas.

En tout état de cause, nous voudrions qu’il sache que nous n’avons pour objectif ni de jouer aux pompiers en cas d’incendie, ni aux prolongations qui fatiguent l’espoir. Ou le MAK réalise son ambition, à court ou moyen termes, ou il passe la main. Dans les deux cas de figure, il doit quitter la scène politique.

Pourrions-nous parler d’une autonomie de responsabilité ?

Ferhat Mehenni : Il n’y a pas d’autonomie sans responsabilité, de part et d’autre. La Kabylie souffre le martyre depuis 1857. Elle n’aspire qu’à la paix et à la prospérité pour l’avenir de ses enfants. Sa démarche s’inscrit dans le sens de ses intérêts vitaux qui sont en harmonie avec ceux de son environnement et des règles de droit régissant ses relations avec ses partenaires officiels.

Cette autonomie est-elle transnationale ? Concerne-t-elle, dans votre projet, d’autres pays du Maghreb ?

Ferhat Mehenni : Tous les pays issus de la colonisation (PIC) sont des poudrières à ciel ouvert. Il suffit d’une étincelle, allumée par mégarde, pour y faire tout exploser. Les seuls paravents, à portée de la main de leurs autorités respectant la démocratie et les droits humains, sont l’autonomie régionale ou le fédéralisme. Mais on dirait que personne dans les instances internationales ne tire les leçons du Rwanda, de la Somalie, du Kenya et de la Côte d’Ivoire, de l’Afghanistan ou du Cachemire…

Je prépare une réflexion sur le sujet en espérant, le moment voulu, bénéficier de l’écoute nécessaire pour prévenir des guerres atroces dont le ciel du monde est en train de se charger.

Un dernier détail ! Nous rejetons l’appellation de « Maghreb » pour désigner notre terre dont le nom authentique est Tamazgha. Le nom de compromis que nous acceptons est celui d’Afrique du Nord.

Existe-t-il une aspiration à une Kabylie indépendante ? Est-ce souhaitable ?

Ferhat Mehenni : Il n’y a pas, à notre connaissance, de formulation officielle d’une demande d’indépendance. Aucune organisation revendiquant un tel objectif n’a, jusqu’ici, vu le jour. Cependant, la rencontre, sur le net, d’avis personnels préconisant l’indépendance de la Kabylie est le signe que l’idée, certes marginale, est quand même présente dans la société.

En cas d’échec du MAK à obtenir une autonomie régionale dans des délais raisonnables, la Kabylie ne manquera pas d’opter pour la solution de l’indépendance.

La suite partie 2 : Géopolitique et les Kabyles en France

© Primo, 31 mars 2008

Ferhat Mehenni, né le 5 mars 1951 à Mareghna Illoulen Oumalou en Kabylie dans l’actuelle Wilaya de Tizi Ouzou (Algérie), est un chanteur et homme politique algérien d’origine kabyle.

Diplômé en sciences politiques de l’université d’Alger, il commence alors sa carrière de chanteur contestataire, hostile à la fois au pouvoir algérien et aux islamistes. Arrêté en 1977, il le sera une douzaine de fois par la suite. Condamné à trois ans de prison ferme en 1985, torturé, il sera gracié en 1987.

Il est l’un des quatre fondateurs, avec feu Mustapha Bacha, Mokrane Ait Larbi et Said Sadi du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD). Il en a démissionné fin mai 1997.

En 2001, suite aux assassinats de jeunes du Printemps noir par la gendarmerie algérienne en Kabylie, il prôna comme solution à la sortie de crise dans laquelle se débat depuis l’Indépendance de l’Algérie, l’autonomie régionale. À cet effet, il a fondé le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK). L’assassinat de son fils aîné Améziane, le 19 juin 2004 à Paris, qui n’a pas été élucidé est lié à son engagement autonomiste.

Auteur d’un livre, Algérie : la Question kabyle, publié en 2004 à Paris aux éditions Michalon.

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