L’AFFAIRE MATOUB SELON LE MAOL

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009

L’affaire MATOUB

 

L'AFFAIRE MATOUB SELON LE MAOL dans matoub(18) matoubcd2]

En début d’après midi du jeudi 25 juin 1998, la radio Algérienne annonçait l’assassinat du chanteur kabyle LOUNES MATOUB par un groupe de terroristes appartenant au GIA.

L’été s’annonçait chaud car le bras de fer entre les généraux de l’état major de l’ANP et ceux des services de la DRS (Mohamed LAMARI, Mohamed TOUATI, Fodil CHERIF, Mohamed GHENIM, Mohamed MEDIENE et Smain LAMARI) d’un côté, et le clan de la présidence dirigé par ZEROUAL et BETCHINE, de l’autre, avait pris une tournure dramatique, et les pressions et les marchandages habituels,  autrefois à peine perceptibles,  avaient cédé la place aux menaces et aux insultes par presse interposée avec une véracité sans précédent.

Les généraux du clan LAMARI voulaient à tout prix la tête de « BETCHINE »  l’ancien patron des services et l’ami personnel du président Liamine ZEROUAL devenu ministre conseiller, qu’ils soupçonnaient de préparer avec d’autres officiers (parmi lesquels, on retrouve un ex-commandant du CPMI/Ben Aknoun,  le lieutenant-colonel Haddad Abdelkader alias colonel Abderrahmane; surnommé le « Tigre » à cause de son professionnalisme), une nuit des longs couteaux.
En effet, dès son arrivée au siège de la présidence, Betchine avait rappelé à ses côtés, des officiers issus de la DRS (mis à l’écart et en froid avec Toufik depuis le départ de Betchine du service) pour constituer le bureau des affaires de sécurité nationale. Le bureau dirigé principalement par Betchine, secondé par le lieutenant-colonel Zoubir et le « Tigre » était en charge des questions relatives à la sécurité de l’état et avait des sources d’informations diverses à l’intérieur de l’armée et dans le milieu civil. Le traitement et l’exploitation des informations récoltées par le bureau de Betchine offrait au président Zeroual la liberté de prendre des décisions touchant des domaines sensibles comme celui de la défense.

Un des grands coups réalisés par le bureau de Betchine est le limogeage du général AbdelMadjid Taghit pour cause de corruption ou celui du général Said Bey pour cause de négligence grave. La présidence a exigé et obtenu le départ du général SAID BEY patron de la première région militaire et très proche du clan LAMARI-TOUFIK (désigné par la suite, par Mohamed Lamari comme représentant de l’ANP à l’OTAN) suite à sa passivité coupable avant et après les grands massacres de 97.
L’image de la présidence Algérienne a été bien plus que secoué à cette période étant donné que les coupables des massacres sont restés à ce jour dans une totale impunité. Pour le président ZEROUAL, le responsable principal de la situation catastrophique en Algérie était évidemment Mohamed LAMARI, le chef de l’état major de l’ANP, qui a ordonné quelques jours avant les massacres aux troupes de ne pas quitter les garnisons à partir de 22heures sous peine  de graves représailles envers les contrevenants.
A l’intérieur de ces même casernes très proches des lieux de massacres et contraintes à l’immobilité, les soldats entendaient les cris et les appels au secours des centaines de victimes, pire encore les rares survivants qui ont réussi à arriver aux portes des casernes pour demander de l’aide ont été refoulés par des soldats qui obéissaient à des ordres qu’ils ne comprenaient pas et qui les mettaient dans une perdition totale.

Presque au même moment, le gouvernement OUYAHYA peaufinait  la loi d’arabisation générale (maintes fois annoncée puis ajournée), sous le la direction du président ZEROUAL.
C’est dans ce climat glauque qu’une réunion décisive de haute importance a regroupé dans une villa proche de la capitale appartenant aux services de la DRS, des officiers supérieurs de l’ANP et des représentants du RCD.

Les officiers qui ont été dépêchés par les responsables du cabinet  noir, sont en l’occurrence le général Mohamed TOUATI, tête de fil de la nouvelle mouvance au sein de l’ANP (Après la mouvance arabo-revolutionnaire issue de l’ALN, c’est la mouvance laïque constituée d’ex-officiers de l’armée française qui a pris la tête de l’ANP) et le colonel M. Fergani Alias MERZAK un des anciens éléments de la DRS et personnage très introduit dans les milieux Kabyles et officier traitant de plusieurs sources (agents) au sein du MCB et du RCD  (Merzak est l’un des rares hommes de confiance de Toufik en charge exclusive du dossier Kabyle).

Du côté du RCD, KHALIDA MESSAOUDI une activiste bèrbère très acquise aux thèses érradicatrices de TOUATI pour la lutte anti-terroriste et Noureddine AIT HAMMOUDA chef d’une des plus importantes milices du pays.

Après les formalités d’usage entres les personnes présentes qui se connaissaient du reste très bien, puisque cette rencontre n’était pas la première du genre , la séance est officiellement ouverte et c’est Noureddine Ait Hammouda qui prend en premier la parole pour exprimer avec beaucoup d’émotion l’inquiétude de la composante BERBERE de la population face aux risques d’explosion que générera la mise en pratique du projet de loi relatif à la généralisation de la langue arabe. Ait Hammouda spécifie bien que pour tous les Kabyles, le synonyme d’arabisation est islamisation et terrorisme, il évoque même les pires scénarios si ce projet est conduit à son terme.

En réponse le général TOUATI suggère aux représentants du RCD une mobilisation des artistes et des intellectuels surtout kabyles avant toute chose même à l’échelle internationale, et passer ensuite à la mobilisation de la rue (Manifestations, grèves, boycottages) pour contrer le gouvernement et l’obliger à revoir son projet.

KHALIDA MESSAOUDI fait remarquer au général TOUATI que le temps presse et que la population kabyle est lasse des grèves et des slogans devenus classiques, et que de toute façon la division du MCB (avec ses deux tendances, la coordination proche du RCD et la commission proche du FFS) d’un côté, et la lutte entre le RCD et le FFS rendent la mobilisation populaire, une chose tout à fait impossible : » l’expérience, disait-elle, nous a démontré que les conservateurs n’entendent pas raison lorsqu’il s’agit de mobilisation pacifique comme pour l’abrogation du code de la famille alors que les intégristes ont réussi a nous imposer avec la violence, leurs représentants au sein même du gouvernement .

AIT HAMMOUDA avec des mots à peine couverts  fait comprendre aux représentants du MDN que beaucoup de Kabyles déterminés n’hésiteront  pas à retourner leurs armes contre le pouvoir central dans le cas limite et que les intégristes ne manqueront pas de profiter de cette situation et de l’exploiter en leur faveur.

Le colonel MERZAK qui connaît assez bien ce dernier lui  réplique que la région est truffée de maquis du « GIA » dont la plupart des chefs sont originaires de la région même de Tizi Ouzou.
Puis dans un long monologue sur la situation du pays, une phrase prononcée par le colonel Merzak  fait l’effet d’une bombe « le haut commandement de l’armée prendra ses responsabilités au cas où des troubles éclateraient à grande échelle ».
L’armée ne restera jamais les bras croisés. De toute façon la société civile ne soutient pas assez l’armée dans la lutte contre les intégristes d’après le colonel Merzak.

KHALIDA MESSAOUDI réfute les arguments du colonel, mais  profite de son intervention pour demander au général TOUATI  des explications sur le mutisme de l’armée et ses cadres modernistes sur la fraude qui a entaché les élections  de 1997 au profit du RND le parti de BETCHINE. Elle se demande même  « pourquoi est ce qu’ils ne prennent pas les choses en main ?  » et pourquoi les démocrates républicains ne retrouvent pas des places de choix dans les institutions du pays. Elle prend pour exemple le cas de la Turquie et le succès remporté par son armée dans la gestion du phénomène intégriste malgré les risques de voir  ses chances de rejoindre l’Europe réduites.

Le général TOUATI reprend la parole pour dire: « Au cas où la situation devient incontrôlable, l’armée prendra le pouvoir et décrétera l’état d’exception pour une courte période mais suffisante pour mener à bien son projet d’éradication des groupes armés et leurs relais politiques. C’est la seule façon d’arriver à nos objectifs,  mais il faut absolument éliminer par la même occasion, les secteurs du conservatisme au sein des appareils de l’état, le pouvoir sera rendu ensuite aux civils ». Et à TOUATI de conclure: « Nous sommes prêts de toute façon, on attendaient juste que les conditions soient réunies, nous avons la conviction qu’un état républicain verra le jour incessamment dans notre pays.

Le colonel MERZAK répète que le commandement de l’armée n’est pas pour la loi d’arabisation, mais ce n’est pas a l’institution militaire de s’y opposer  de façon visible ; la contestation doit venir des politiques et de la rue plus précisément. Il rappelle même la formidable mobilisation des kabyles en 1994 pendant la grève et lors de l’enlèvement de MATOUB.

« La mobilisation des kabyles, c’est mon affaire »  dit AIT HAMMOUDA en guise de promesse .
Le colonel MERZAK  donne rendez-vous à ce dernier le lendemain dans les bureaux des services, au siège du MDN, et la réunion a ainsi pris fin après un échanges de salutations.

Voilà ce qu’on appelle dans le jargon des services secrets « la mise en condition » ou la préparation psychologique du sujet. En fait la guerre entre la présidence et les généraux de l’état major de l’armée battait son plein et ces mêmes généraux voulaient profiter de l’erreur que ZEROUAL allait commettre en appliquant la loi de généralisation de l’arabisation. En réalité les généraux de l’armée projetaient un coup d’état et pour arriver à leurs fins tous les moyes allaient être utilisés.

Cette réunion qui a été organisée par les services secrets (la DRS) avec la bénédiction des autres généraux a été bien sûr enregistrée et réécoutée par la suite par Mohamed LAMARI, TOUFIK, Smain LAMARI, TOUATI et le colonel MERZAK, et pendant cette réunion des « chefs » de graves décisions ont été prises.
L’enregistrement audio de la rencontre a été classé  » TRES SECRET « par un procès verbal avec la transcription intégrale et archivé sous la référence: PVRQ/12/5/8/MDN/DRS. Nous l’avons reproduit fidèlement en guise d’introduction à « l’affaire MATOUB », pour comprendre que l’assassinat de MATOUB ne doit rien au hasard  mais qu’il a été savamment orchestré par le cabinet noir.

 

Le choix de la cible

Après la rencontre avec les généraux, les chefs du RCD étaient sûrs que l’heure du changement et de la rupture avait sonné, et ont ainsi imaginé et étudié pour la circonstance plusieurs plans d’actions affin de contribuer à leur façon et de manière active à cette micro-révolution.
Parmi les plans évoqués, la désobéissance civile et la grève illimitée. Les deux options ont été rejetées après une discutions houleuse à cause du haut risque de l’échec, surtout que le FIS avait laissé des plumes en utilisant ces mêmes options auparavant, alors qu’il était bien implanté au niveau national. Plus important encore, le FFS n’aurait jamais marché dans une telle aventure nécessitant une mobilisation semblable à celle du printemps bèrbère.

AIT HAMMOUDA a proposé à SAID SAADI d’occuper le champ médiatique en ALGERIE d’abord, en faisant remarquer que les milieux proches du RCD dans la capitale française prendraient le relais ensuite; « la mobilisation on verra  plus tard » disait-il.
« Avait-il une idée derrière la tête? il parlait en tous les cas avec une assurance qui a dérouté tous le monde » affirme une personne présente dans la réunion.
AIT HAMMOUDA était certain que la  région kabyle serait le tombeau du projet OUYAHIA et du pouvoir de Zeroual. Cette assurance AIT HAMMOUDA la détenait de sa rencontre avec le colonel MERZAK, au siége du ministère de la défense et c’est durant cette réunion que le sort de certains éléments gênants pour le tandem de l’état major s’est décidé.

AIT HAMMOUDA savait que MATOUB voulait visiter Tizi Ouzou depuis un bout de temps, et n’a pas hésité à l’appeler pour demander soi disant de ses nouvelles, durant la conversation Matoub a demandé des nouvelles de la région, et c’est à ce moment que Ait Hammouda a commencé à se vanter du bon travail qu’il a entrepris avec ses amis et du bon résultat qu’ils ont obtenu; la région était devenu selon lui plus sûre qu’Alger. Presque instinctivement Matoub a exprimé son désir de rentrer mais il était hésitant à cause de ses appréhensions envers le pouvoir suite a la sortie de son nouvel album où il parodiait l’hymne national. Ait Hammouda ne s’est pas ménagé pour convaincre Matoub qu’il n’avait absolument rien à craindre, même de la part des autorités. Ait Hamouda a même promis à Matoub une protection rapprochée digne d’un chef d’état, depuis sa descente d’avion jusqu’au jour de son départ. Face à ces promesses Matoub avait déclaré que suite à cela sa visite à Tizi Ouzou ne saurait tarder.

C’est le chef d’antenne de la DRS à Paris, le colonel Smain Seghir de son vrai nom Ali Benguedda (très intime à Smain Lamari qui l’a nommé à ce poste après le décès du lieutenant-colonel Souames Mahmoud alias colonel Habib), qui a annoncé à Toufik et Smain Lamari l’imminence du voyage de Matoub à Alger avant même que Matoub ne prenne son billet d’avion.

MATOUB savait que de nouvelles menaces ont été proférées contre lui par le groupe armé auteur de son enlèvement du 25 septembre 1994, surtout après la sortie de son livre; il faut dire que ce kidnapping n’avait rien d’un coup monté par les officines de Smain, mais bel et bien une opération organisée par un groupe islamiste de la région même de Tizi Ouzou, sa libération par contre s’est faite grâce à l’intervention d’une taupe (un des agents de la DRS travaillant sous couvert avec les islamistes dans le maquis) et qui a empêché son exécution depuis le sommet du commandement du GIA sous prétexte que l’assassinat de Matoub ferait baisser la popularité du GIA dans la région.
Matoub était amère en se sachant sous la menace de gens qu’il avait déjà rencontré une fois ; d’un autre côté la sortie imminente de son album qui avait bénéficié d’une large publicité n’arrangeait pas les choses, surtout qu’il tournait au ridicule certains dirigeants du RCD favorables à Zeroual.

Presque au même moment à Alger, Une intervention troublante de la part d’AIT HAMMOUDA  auprès de certaines connaissances a fait capoté l’obtention d’un visa pour madame MATOUB qui lui aurait permis de rejoindre son mari en France, et la question reste posé à Ait Hammouda sur les vrais motifs de cette intervention soutenue de très prés par le général Mohamed Touati.

A Paris MATOUB a été mis sous surveillance, par une équipe jour et nuit, et malgré les difficultés et les risques d’une telle opération à l’étranger, le général Toufik n’a pas hésité à employer tous les moyens disponibles pour le suivi de cette affaire. Toufik était informé  grâce aux rapports (Bulletin de Renseignement Quotidien ou BRQ) envoyés quotidiennement par le colonel Ali.
Le dossier Matoub devenait lourd et coûteux à cause des moyens engagés et c’est le listing de Air Algérie qui a donné la confirmation finale de la date du retour de MATOUB à Alger.

Le choix de MATOUB était devenu cyniquement naturel. Les stratèges du MDN et des services connaissaient l’importance du crédit de sympathie que MATOUB avait auprès des jeunes en Kabylie et même à l’étranger, ils savaient que l’onde de choc qui suivrait sa mort pourrait ébranler très fortement le clan de la présidence, il suffisait juste à ce moment là de souffler sur la braise pour que tout l’édifice constitutionnel s’écroule .
Le parcours de MATOUB suscite beaucoup d’admiration mais aussi des interrogations parmi ses propres amis qui doutaient de son calvaire (comme il a été décrit dans son livre en 1994). Mais contrairement aux scénaristes, les services algériens, partant d’une fiction, ont écrit une histoire vraie dans laquelle Toufik et Touati avaient distribué des rôles bien précis à tout un chacun ; le but était d’abattre Zeroual et Betchine d’un côté et de donner le coup de grâce aux islamistes de l’autre.

La décision de liquider MATOUB a été prise au plus haut niveau de la hiérarchie militaire dans le bureau même du chef des services de la DRS le général TOUFIK (situé au rez-de-chaussée du bâtiment C, au MDN). Le département d’infiltration  et de manipulation de la DRS a rappelé  pour la circonstance un officier infiltré dans un groupe armé dans les monts de Sidi  Ali BOUNAB qui répondait au pseudonyme de capitaine RIADH alias « ABOU DOUDJANA ».
Pour les islamistes du groupe il se faisait passer pour un déserteur de la gendarmerie, il est devenu grâce à ses connaissances militaires et à son aide,  le conseiller « manipulateur » de H.HATTAB dans le domaine militaire et le choix des actions et des cibles!
Une fois le capitaine Riadh mis au courant de sa nouvelle mission, il est reparti avec le plan et l’ordre de l’exécution du chanteur, mais un imprévu s’est produit lors de la dernière ligne droite: Hassan Hattab ne voulait rien savoir et a refusé d’écouter son conseiller militaire sur la nécessité d’une telle liquidation. Devant l’entêtement de Hattab, ABOU DOUDJANA  informe son commandement (selon un procédé de communication pré-établi) que le chef du groupe ne voulait pas céder après de nombreuses discussions.

C’est à ce moment là que la deuxième équipe (plan de secours) a pris le relais deux jours avant le crime. La gendarmerie locale avait reçu de la part du commandement régional de tutelle l’ordre de stériliser la route qui mène au village de Taourirt moussa, et un groupe de trois individus membre de l’auto-défense de la région a été surpris entrain de faire du repérage, interrogés par les gendarmes les trois individus ont prétendu que leur chef Ait HAMOUDA leur avait donné l’ordre de faire le trajet pour le sécuriser. Cette rencontre a été cité par les gendarmes dans le rapport quotidien de fin de mission.

Quelques semaines après la mort de MATOUB les gendarmes en question ont reçus un avis de mutation, et les trois miliciens sont morts dans une embuscade tendue par le groupe de ABOU DOUDJANA!

L’assassinat de MATOUB  a mis la région en émoi, les premières violences éclatèrent dans la ville de TIZI OUZOU et quelque part à ALGER  les instigateurs du crime attendaient que leurs agents attisent les flammes, pour passer à l’action.
ZEROUAL qui a compris grâce à son conseiller BETCHINE  la manouvre de ses adversaires (suite à une fuite organisée par TOUFIK) a demandé au dernier moment un sursis à TOUFIK et TOUATI qu’il a obtenu sous conditions.

La famille de MATOUB par son sens de la responsabilité a appelé au calme et a demandé aux autorités à ce que justice soit faite, cette initiative a calmé la population malgré la mort tragique d’un jeune manifestant touché par balle par un provocateur proche de AIT HAMMOUDA !

ALI MECILI (une autre victime des services algériens) disait que « derrière l’assassinat d’un kabyle, il y a toujours un kabyle ».

Le sort de MATOUB a été scellé dans une villa près d’Alger à la suite d’une rencontre entre des officiers manipulateurs, et certains responsables politiques qui n’ont ni le sens de la fidélité ni celui de l’honneur dont le fils d’un illustre révolutionnaire algérien mais qui ne lui a pas légué le gène de l’honneur, et qui a vendu son âme à un officier traitant contre une situation et un pouvoir éphémère, l’orgueil et la jalousie sont à l’origine de sa compromission.

       *Pourquoi  des égorgeurs d’enfants ont-ils laissé la vie sauve à madame MATOUB ?

       *Quelle est la nature exacte de la relation entre AIT HAMMOUDA  et la femme de MATOUB ?

       *MATOUB avait-il des informations sur la relation trouble de sa femme avec AIT HAMMOUDA ?

       *Qui a informé MATOUB des liens de sa femme avec les services (Plusieurs membres de sa famille gravitent autour de la DRS).

       *Pourquoi certains journaux proches du RCD ont-ils relié l’intox des services selon laquelle les assassins de MATOUB ont été abattus ? alors que la pseudo- enquête en était à ses débuts ?

       *Qui a déplacé la voiture de MATOUB, et pour quels motifs ?

       *Qui a intérêt à détruire la première version du rapport balistique, faite par la gendarmerie et qui a mis à jour les contradictions dans les déclarations de Madame MATOUB ?

       *Qui a ordonné la mutation des gendarmes chargés de l’enquête ?

       *Pourquoi a-t-on assassiné les trois miliciens ? (information donnée par plusieurs quotidiens algériens quelques semaines après la mort de MATOUB).

       *On laisse le soin à AIT HAMMOUDA  de répondre à toutes ces questions.

aithamou dans matoub(18)

Un proverbe kabyle dit: «la vérité flotte comme un bouchon de liège»!

 

 

 

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Lounès ou le chant inachevé

Posté par algeriedemocratie le 13 juillet 2009

L a poésie est toujours un
acte de paix. Le poète naît
de la paix comme le pain
naît de la farine. Les
incendiaires, les guerriers,
les loups, cherchent le poète pour le
brûler, pour le tuer, pour le mordre. Mais la
poésie ne meurt pas, la poésie a la vie dure.
On la malmène, on la traîne dans la rue, on
la couvre de crachats et de quolibets, on la
confine pour l’étouffer, on l’exile, on l’emprisonne,
on tire trois ou quatre fois sur elle,
et elle ressort de tous ces épisodes le visage
bien lavé, avec un sourire éclatant d’espoirs
fertiles.
En tuant le chantre des lendemains prometteurs,
ses bourreaux, tous ses bourreaux ont
raté leur coup, ancrant à jamais sa voix dans
l’histoire.
Il reste le verbe et la
note des compagnons
des jours
sombres. Des mots orphelins, s a n s p a r e n t é ,s a n s parenthèse, c o u rent toujours sur les lèvres des siens et sefont un sang d’encre. Des mots qui invententun chemin dans la neige, un ciel sur laterre. Ils enlèvent les barreaux à l’escalierdu coeur. Ils réchauffent les mains nues. Ilsaccolent affamés les lettres de la faim auxsyllabes du pain.Il y a et il y aura toujours dans la chansonde Matoub quelque chose de poignant. Unerencontre entre un destin de martyr et unesincérité jamais démentie.
Très tôt et indépendent de toute couleur
politique, le poète s’est engagé, au nom de
l’esprit et du coeur, à défendre les parias de
la société, sur deux fronts omniprésents
dans son oeuvre : le combat pour l’identité
algérienne et le combat contre la misère.
Pour cela, Matoub n’a pas pratiqué la rhétorique
politique de son temps. Il inventera un
verbe recherché et accessible, des
métaphores sauvées des tréfonds
de sa langue. Tout
au long de sa vie, il
mettra son art de provocateur
et de briseur
de tabous au service
de ses combats.
Ils ont terrassé mon
honneur
Ils ont piétiné ma
dignité;
Mais toi, mon aimé,
prends la fuite;
Voici tout mon être
agonisant.
Et mon coeur saisi de
rage
Implore mes forces dernières;
Ma beauté en est dévastée.
Si ma jeunesse jamais ne s’est épanouie,
Par toi, mes rêves fleurissent
Si aujourd’hui, Matoub
a pris une telle importance
dans l’imaginaire
algérien de
la résistance,
exerce une telle fascination, c’est qu’il s’est
intégralement matérialisé dans sa fin tragique.
Et pourtant, ce n’est pas une simple
vignette à coller sur sa richissime oeuvre.
C’est plutôt un homme qui a fait preuve tout
au long de sa vie, jusqu’à son horrible «
meurtre » d’une détermination impressionnante
à rester du bon côté, à ne rien céder.
Et qui dans ce supplice apothéose, gagne
une auréole de saint révolutionnaire. Le
poète assassiné ne meurt pas, ses vers
gagnent en puissance. Comme l’a écrit
Pablo Neruda, une autre icône d’une autre
révolution : « J’avoue que j’ai vécu » :
Tels que nous fûmes, nous serons,
Si des luttes se déclarent,
Le fils succédera à son père succombant.
Hommes du pouvoir, pourquoi ce supplice ?
Voyez, nous ne sommes pas un troupeau:
Les fondations de notre patrie sont visibles.
Tamazight épanchera ses richesses
Et nous crèverons l’abcès funeste:
Il n’est pas d’être qui n’ait de racines.
Le malheur dit-on est propice à l’inspiration
poétique. Celle du poète maudit l’a hissé au
rang des grands persécutés de l’Histoire et
de se constituer un immense capital d’infortunes
qu’il sut magnifiquement gérer
jusqu’à sa mort »
La puissance d’émotion des oeuvres de
l’Artiste est immédiate : elles nous proposent
d’habiter des oeuvres où la violence et
la sérénité se cotoient, où l’Algérien et son
pays à la fois se séparent et se lient. Sang,
sève, ombre, sueurs, sont autant de « matériaux
» que ce maître contemporain rassemble
dans des oeuvres grandioses.
Grâce à ces émotions et ces questionnements,
Matoub éclaire les fondements de
notre condition jusque dans ses plus sombres
errements historiques. Refusant l’amnésie,
l’artiste trouve dans de fulgurantes
visions des ressources nouvelles pour faire
face à l’irreprésentable et nous engage à
reconstruire le fil de la mémoire et de la raison.
Tu as trouvé le pays soumis aux ravages:
Il est déchiré, parti en lambeaux.
Les uns s’exaltent: nous sommes arabes,
Et nul ne nous a ici précédés.
Quant aux obscurantistes et à leurs comparses,
Ils ont juré de ne jamais renoncer.
Ils aiguisent le Jugement dernier
Contre ceux qui affrontent leurs desseins.
Hélas ! Hélas ! Tristes veuves !
Nous sont arrachés des hommes qui ne
méritaient pas la mort.
Plaçant l’auditeur au lieu même de ses
déboires, de sa mémoire et de son avenir et
c’est ainsi qu’il emporte l’adhésion par sa
force d’expression et sa profonde humanité.
Son oeuvre picturale et ses étonnantes sculptures
puisent à la source tragique des grands
drames de l’Algérie pour en exorciser le
mal et la brutalité
L’artiste prend à bras-le-corps la complexité
de la situation politique culturelle et sociale
des siens pour en offrir une représentation
bouleversante.
La reconstruction permanente de de
l’Algérie alimente son travail jusque dans
ses heures les plus sombres pour lutter avec
toute la vitalité de son verbe contre les
méandres de l’oubli.
J’ai levé les yeux au ciel
Pour voir mon étoile bannie;
Si au moins c’était l’hiver, nous aurions dit
Que c’est là une condition échue à tous.
Mais c’est à moi seule que Dieu bat froid;
Pour moi il n’éprouve que rancune,
Qui me voue d’irrémissibles supplices.
Viens, voile de la honte, et tourmente-moi:
De la sagesse proscris jusqu’à la langue.
Les chansons- cris de Lounès resteront un
éternel rappel pour les générations à venir
et un mémorial pour chaque algérien.
Son martyre correspond aujourd’hui à la
naissance d’un mythe. Ses derniers instants
sont devenus célèbres à travers le monde il
est sûrement mort en murmurant :
« Aujourd’hui, nous les avons vaincus:
Le toit de l’adversité a croulé. »
Ahmed Ammour

source:l’euthentique

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in memoriam

Posté par algeriedemocratie le 13 juillet 2009

C’ ela fait 11 années, jour pour jour que Matoub nous
a quittés dans les circonstances tragiques que tout
le monde connaît. C’était un jeudi 25 juin que la
mort l’a attendu au détour d’un virage au lieudit Tala-
Bouinan. Lounès se savait menacé. Il vivait pratiquement en
intimité avec l’idée de la mort – très présente dans ses
textes-, toutefois, il n’en voulait pas comme issue fatale d’un
mal rongeant ses tripes du dedans qui viendrait le
surprendre dans son lit, mais comme ultime chant
parachevant son itinéraire singulier d’amant toujours fidèle, à
ses amours pas toujours enchantées. Le Rebelle n’a-t-il pas
dit qu’il ne « voudrait pas mourir de vieillesse ou de maladie
dans son lit , mais pour (ses) idées » ? « Si je venais à
être assassiné, qu’on couvre mon corps du drapeau national
et que les démocrates m’enterrent dans mon village. Ce jourlà
j’entrerai définitivement dans l’éternité. » Et il a été
exaucé.
Est-ce à dire que l’artiste recherchait le martyre pour le
panthéon qu’il présuppose outre vie ou est-ce la résultante
de son combat sur tous les fronts qui lui faisait imaginer, à
juste titre la proximité de la faucheuse ? Matoub a beaucoup
souffert et ses tourments ne sont pas seulement d’ordre
éthique entre son boulot de poète au service de son peuple
et les tentatives de récupérations comme faire-valoir de
moult chapelles politiques. Du reste, il le dit clairement six
mois avant sa mort : « Je suis artiste et non politicien. Je
draine des foules et je ne voudrais, à aucun prix, canaliser
ceux qui m’aiment vers des impasses (…). Il a aussi trop
souffert dans sa chair d’où, en fait, la fécondité singulière de
sa muse. « Guerre ou cancer du sang chacun sa mort (…)
», écrivait Kateb Yacine.
Matoub était musicalement parlant un des chantres
majuscules de la musique « chaabie ». Il avait une
admiration sans bornes pour El Hadj el Anka et El Hasnaoui
, toutefois sa particularité à lui était de charger ses « qsaïd
» de poudre. Même ses amours ont été une suite de
blessures portées comme un étendard au vent brisant a
priori et tabou et déclinant dans toute sa nudité la douleur à
fleur de peau qui le poursuivait comme une ombre tenace.
Chaque strophe chantée présentait tel un puzzle le portrait
tourmenté de l’artiste dont le « je » n’a rien de fictionnel. De
sa voix tanguant entre baryton et alto, chevrotante à souhait,
il servait son texte d’un surcroît de trouvailles tant musicales
que vocales avec un art consommé de l‘interprétation.
Lounès, tant l’artiste, l’homme que le militant, a marqué le
siècle par son engagement et sa popularité et surtout par sa
mort. Il n’en demeure pas moins, cependant, que son
sacrifice restera dans les annales du martyrologe du pays
comme un repère réservé aux élus de la prospérité qui sont
entrés dans la légende et auxquels la légende a ouvert les
bras.
Sadek Aït Hamouda

source:l’authentque

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«Les poèmes de Matoub sont traduits en italien»

Posté par algeriedemocratie le 28 juin 2009

SAID CHEMAKH
«Les poèmes de Matoub sont traduits en italien»
28 Juin 2009 – Page : 20
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Dans cet entretien, Saïd Chemakh, adjoint du chef de département des langue et culture amazighes de l’université de Tizi Ouzou, docteur d’Etat en linguistique amazighe, écrivain en tamazight mais surtout encadreur de plusieurs étudiants ayant réalisé des travaux de recherche de fin d’études sur la poésie de Matoub, notamment sur le thème de la déshérence et la dimension féminine dans la poésie du Rebelle, explique pourquoi Matoub est tant différent des autres poètes.

L’Expression: Pouvez-vous résumer les raisons qui font de Matoub un poète exceptionnel qui n’arrête pas de séduire toutes les générations malgré une absence physique et médiatique?
Saïd Chemakh: Il ne s’agit pas d’une poésie anonyme. Matoub écrivait ses propres poésies. Il l’a médiatisée grâce à son omniprésence sur la scène publique et à ses cassettes et CD. Ce n’est qu’après sa mort qu’il y a eu une médiatisation par écrit.

Peut-on retrouver une variété aussi riche en matière de thèmes chez d’autres poètes?
Non! Matoub a battu tous les records en matière de variété thématique. Par exemple, si l’on prenait le thème de la mère aucun autre poète ne l’a appréhendé comme lui. Amar Mezdad et Benmohamed ont écrit chacun un seul poème sur la mère. Mais chez Matoub, on retrouve la récurrence. On retrouve chez lui tout un répertoire dédié à la mère. Il y a une profusion de poèmes portant sur la mère sous différents aspects: la mère comme gardienne des valeurs, la mère souffrant pendant la guerre de Libération, la liberté de la femme…

Matoub a beaucoup écrit sur un thème qu’aucun autre poète n’avait évoqué, à savoir Nnger (la déshérence). N’est-ce pas?
Effectivement, aucun artiste ne l’a chanté comme Lounès. Il n’y a que lui qui a abordé ce sujet très délicat dans une société comme la nôtre. Matoub, il le dit et il l’assume. Pourtant, avant lui beaucoup de poètes étaient touchés par ce problème, à l’instar de Slimane Azem, Si Moh Ou Mhand, Chikh Mohand Oulhocine. Aucun d’eux n’a osé en parler. Matoub évoque la déshérence dans au moins douze chansons. Quand on sait à quel point est mal perçue la déshérence dans la société kabyle traditionnelle, on peut vite mesurer la grandeur de Matoub.

On dit aussi que Matoub a poussé les choses très loin dans la chanson revendicative et même dans les chansons politiques. Il est allé jusqu’à corriger l’histoire en invoquant des sujets qui fâchaient non seulement le pouvoir à l’époque mais aussi les Kabyles. Ce qu’il a fait est très audacieux. Ne le croyez-vous pas?
Evidemment! Lorsque nous écoutons ses chansons politiques, on est frappé par exemple par la récurrence du mot tamazight. Cet état des choses, on ne le retrouve chez aucun autre poète aussi engagé soit-il. Matoub est allé aussi loin que possible dans la défense de la langue berbère. Il a réécrit l’histoire.
Très tôt, il s’est rendu compte qu’on nous a expropriés de notre mémoire. On retrouve cette réécriture particulièrement dans la chanson fleuve Regard sur l’histoire d’un pays damné.
C’est le premier qui a parlé publiquement de la bleuite et du coup d’Etat de Boumediene. Matoub était aussi un chroniqueur de la vie quotidienne en abordant des sujets comme la crise économique et les pénuries de produits alimentaires de première nécessité des années quatre-vingt. Il a transformé tous les maux sociaux en vers et en métaphores. Ceci explique en partie sa popularité.

Sa poésie d’amour est aussi unique?
Là aussi, Matoub a dévoilé l’autre face de l’amour, à savoir la mort. Il n’ y a que Matoub qui a perçu l’amour de cette façon. Chez Matoub, l’expression de la douleur amoureuse est exacerbée.

Matoub a aussi composé des poèmes sous forme d’épopées…
Effectivement, il a composé de longues chansons sous forme d’histoires. Ce sont généralement des histoires d’amour où l’amour vainc la haine comme dans le poème La vengeance où la fille demande à son amoureux de ne pas tuer son père et de le laisser vivre face à ses remords.

Sur le plan du langage, on constate chez Matoub une richesse lexicale inouïe.
Sur le plan formel, Matoub a utilisé un langage très recherché. C’est très rare dans la poésie kabyle. C’est ce qui fait d’ailleurs que ses textes sont étudiés dans les universités, à Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira mais aussi à l’université de Naples grâce au chercheur Vermondo Brugnatelli qui a traduit ses poèmes en italien. Ce dernier est professeur de langue et de littérature berbères. Il y a un autre aspect. Matoub s’est éloigné de l’érotisation de la poésie d’amour comme l’ont fait ses prédécesseurs. Lui, il est allé plus loin et plus profondément. Il a chanté sur sa vie privée sans craindre ni les représailles de la société ni celles de la famille.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

source:l’expression

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11 ans après son assassinat

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source:liberte 

11 ans après son assassinat

Le parcours de Matoub revisité

Par : S. Yermèche

Commémorant le 11e anniversaire de l’assassinat du chanteur kabyle Lounès Matoub, le 25 juin 1998 à Tala Bounane, un lieu-dit non loin de Béni Douala, sa région natale, au sud du chef-lieu de la wilaya de Tizi Ouzou, la fondation portant le nom du Rebelle a organisé, pendant une semaine (du 22 au 26 juin), une exposition sur la vie et l’œuvre du poète dans l’enceinte de la maison de la culture Mouloud-Mammeri. À cette occasion, des ventes-dédicaces ont été tenues dans l’enceinte de la Maison de la culture. C’est le cas notamment du jeune Massinissa Lounès (24 ans), qui a mis en vente deux titres (un recueil de poésie en tamazight, édité en 2008, et un autre en tamazight également avec une partie en français), édité à compte d’auteur en mars dernier et relatant quelque peu la vie du chanteur assassiné. Le premier s’intitule Lasel mebla izerfan (les origines sans droits) et le second Tighri u grawliw (l’appel du révolutionnaire) – Le Rebelle a parlé après sa mort. Dans ce dernier, l’auteur imaginait une scène du disparu parlant à sa famille quarante jours… après sa mort. Dans le programme de la Fondation-Matoub, il y a eu également l’interprétation des chants du poète par la chorale Thafsouth (le Printemps), une table ronde autour de l’œuvre du Rebelle, un spectacle théâtral sur la vie et le combat de Lounès, présenté par la troupe Aghbalu, une projection vidéo d’un film inédit sur le chanteur, puis une conférence-débat dans la salle du Petit-Théâtre de la Maison de la culture, animée par M. et Mme Ahmed Zaïd autour du thème “La thématique de tamurt (le pays) dans la poésie de Matoub”. Aujourd’hui, jeudi, un rassemblement grandiose et un recueillement avec des bougies allumées se sont déroulés à Taourirt-Moussa-Ouamar, avec dépôt de gerbes de fleurs sur la tombe du Rebelle, à la placette Matoub et à Thala Bounane, l’endroit où il a été assassiné le 25 juin 1998. Demain, vendredi, c’est le 4e prix de la résistance Matoub Lounès qui sera attribué au cours d’une cérémonie dans la ville Draâ El-Mizan (50 km au sud de la ville de Tizi Ouzou). D’innombrables jeunes venant de diverses régions du pays (Bouira, Béjaïa, Boumerdès, Alger…), et pour lesquels Matoub Lounès restera l’incontestable idole, ont rallié la région pour rendre un hommage appuyé et se recueillir à la mémoire du poète disparu, il y a 11 ans. Cette multitude de fans de Matoub, venue pour effectuer une sorte de pèlerinage dans la plupart de ces lieux du souvenir, demeure toujours en quête de quelque lumière sur le lâche assassinat, le jugement de ou des auteurs du crime contre l’emblématique icône qu’était et restera Matoub Lounès. La meilleure preuve de l’attachement de la population juvénile, voire de tous les âges, à l’œuvre du regretté génie chanteur est la persistance d’écoute religieuse, plus d’une décennie après sa mort, de la musique de ce véritable troubadour de la chanson populaire (châabi) à la voix sublime.

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Regard sur la poésie du barde

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

Regard sur la poésie du bardeRegard sur la poésie du barde dans matoub(18) 2153_72456

Il y a quelques années, la critique saluait le renouvellement qui s’est produit en poésie kabyle. Cette dernière, pour reprendre la thèse de Mouloud Mammeri, est entrée dans une phase de stagnation liée à la rigidité des structures socio-économiques. Le renouvellement est, lui aussi, lié à l’évolution de ses structures et surtout aux grands bouleversements qu’a connus la société kabyle dans cette dernière moitié du XXe siècle.

Par Saîd Chemakh

La poésie de Lounès Matoub, tout comme celle de Ben Mohamed, Mezdad, Ferhat, Aït Menguellat… représente un bel exemple de ce renouvellement tant sur le plan thématique que stylistique. Un court survol de cette œuvre permet de confirmer ce propos.

  

Chronique du présent

  

L’une des caractéristiques de la poésie de Matoub est d’être inscrite dans le temps. Le poète est devenu un chroniqueur de son temps. Certes Yusef U Qasi, Smaïl Azikyu sont aussi des chroniqueurs de leurs siècles respectifs, mais pas autant que Matoub ne l’est du sien. Matoub situe les événements dans le temps et dans l’espace. Il donne les propositions des protagonistes et analyse leurs actions. On peut relire l’histoire de l’Algérie depuis la Guerre de l’indépendance rien qu’en décortiquant la poésie de Matoub. Mieux que cela, pour expliquer le présent, le poète recourt à l’histoire d’un pays damné (1991). Voilà l’exemple le plus pertinent. Les événements politiques comme la situation économique sont décrits avec précision. Plusieurs exemples peuvent être donnés, dont le plus important est le Printemps berbère (1980). Ainsi dans Yeh’zen Lwed Aysi (1981/2-5), Matoub décrit la prise d’assaut de l’université de Tizi-Ouzou par les CNS qui, dit-il, étaient appelées de Skikda. Il décrit l’arrivée des manifestants de Ouaguenoun le 21 avril. Les accords de Londres (1985), les événements d’octobre 1988, l’assassinat de Boudiaf (1991), le terrorisme islamiste (1992-1997)… sont autant d’exemples figurants dans l’œuvre de Matoub.

  

Réécriture de l’Histoire

  

L’Histoire des Berbères, des Algériens, des Kabyles est écrit par d’autres, dont les pouvoirs en place qui ne servent pas les intérêts des Berbères, des Algériens ou des Kabyles. Elle est donc travestie. Matoub s’est fixé comme but de la dépouiller des habits qui ne sont pas des siens, de le réécrire. Chaque fait historique qui lui semble important est rétabli. Ainsi, il ne se gênera pas pour dénoncer l’assassinat de Abane Ramdane au Maroc en 1957. Il précise même que c’est son frère (Krim) qui l’a attiré dans le guet-apens. Il dénoncera aussi l’assassinat de ce dernier à Francfort en 1970. Comme il dénoncera l’assassinat des étudiants qui ont rejoint le maquis du FLN. Pendant la période de la bleuïte et lors de l’opération montée par le capitaine Léger. Il contera comment Ben Bella a utilisé l’armée pour écraser la révolte kabyle de 1963 dans Regards… Dans une autre chanson, il reviendra sur cet événement et précise que Muhand Oulhadj s’est rendu. Dans Imazighen (1980/2), Matoub nous fait redécouvrir deux jalons importants dans l’histoire des Berbères, à savoir la fondation de l’Etat par Massinissa et la résistance de la Kahina.  La revendication berbère : un des thèmes les plus récurrents dans la poésie de Matoub demeure la défense de la langue et de la culture berbères. En partant du constat de l’éternelle blessure de cette langue dans Ay Adrar nat Yiraten (1981/2), Matoub espère qu’elle bénéficiera d’une reconnaissance officielle dans Asirem (1989). Mais, il dénoncera la folklorisation dans laquelle le pouvoir tente de l’enfermer dans Iluh’q-d zzhir (1998). Cette défense de la langue maternelle s’accompagne de la dénonciation de la politique d’arabisation, des agents de celle-ci, de surcroît quand ils sont kabyles. Elle s’accompagne de la démystification du caractère sacré de l’arabe dans Allah Wakbar (1993).

  

Autres thèmes

  

Outre ces thèmes cités, Matoub en a développé de nombreux autres. Il est l’un des rares à chanter la femme. Il ne verse pas dans l’érotisation de son corps mais casse un tabou et lui offre la liberté. Mais surtout, il est l’un des rares  à rendre hommage à la mère (et par là à toutes les mères) dans de nombreuses pièces. Il a aussi décrit des amours impossibles, affligeantes ou contrariées. Il a abordé à maintes reprises le thème de la mort. Non que Vénus et Tanathos soient jusque-là absents de la poésie kabyle, mais avec Matoub, on a une autre vision du monde, une vision triste comparable à celle de Baudelaire. Mais sans verser dans le pessimisme. Dans d’autres vers, Matoub offre une vision du monde, celle de l’amour et de la vie. Il dénoncera la violence et surtout la guerre, la souffrance des mères ayant perdu leurs enfants. Ce n’est donc pas étonnant que Matoub ait adapté le Dormeur du val d’Arthur Rimbaud en kabyle (Aâsekri, 1986/2).

  

Pour ne pas terminer

  

Pour mieux cerner l’apport de la poésie de Matoub au renouvellement de la poésie kabyle, des études plus longues, plus détaillées doivent êtres faites. Elles ne doivent pas uniquement toucher le corpus connu car publié, mais elles doivent être élargies à la poésie jusque-là, inédite. Toutes les approches du texte poétique doivent être sollicitées. Limiter l’étude à une seule approche, conduirait à tirer des conclusions partielles. Pour mieux aborder les thèmes de cette poésie, il serait judicieux dans un premier temps de recourir aux statistiques lexicales qui permettront d’avoir les fréquences des mots relatifs à chaque champ sémantique. Comme il serait aussi intéressant de comparer les façons avec laquelle Matoub abordait les thèmes, à celles des autres poètes kabyles. Ce travail est certe de longue haleine, mais il vaut la peine d’être fait.

S. C.

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Le treillis en ré majeur

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source: dépêche de kabylie 

Artiste, militant et enfant du peuple, Matoub était tout cela à la foisLe treillis en ré majeurLe treillis en ré majeur dans matoub(18) 2153_72453

On aurait tort de penser que l’œuvre de Lounès Matoub est exclusivement militante : il a été un très grand compositeur et auteur de chansons d’amour. Dans le paysage musical algérien, Lounès Matoub a une place unique.

Pourtant, et c’est ce qui donne de l’épaisseur à ses œuvres, et une portée magistrale à son produit, c’est que Lounès n’a jamais fréquenté une quelconque école de musique. Ses connaissances proviennent essentiellement, comme la majorité des chanteurs du terroir, de l’apprentissage dans le tas à l’aide d’instruments rudimentaires. 

Parfois, il se surprend à émettre des souhaits et à faire des confidences : « Je suis prêt à consacrer dix ans de ma vie pour maîtriser le chaâbi.  »

Sa musique était basée à la fois sur le folklore kabyle des montages, le chaâbi citadin d’Alger avec de la modernité. Il a été novateur également dans l’orchestration qui n’a pas cessé d’évoluer et de s’étoffer avec l’introduction du qanûn (la cithare). Matoub n’a pas cessé de mélanger instruments traditionnels et modernes,  comme la basse, les synthétiseurs… Enfin, l’autre innovation apportée par Lounès Matoub concerne le chant. Il a fait évoluer le chant dans sa technique, il faut dire qu’il avait une voix de bluesman, des khanate comme on les surnomme dans ce milieu  réservé aux seuls initiés, à donner la chair de poule. Et quand tout cela évoque un sujet aussi sensible que la séparation, l’amour ou la déchirure, le résultat est garanti.

De plus, celui qui n’a eu de cesse de se démarquer des habituelles mélopées, traditionnellement instaurées au fil du temps dans cet univers musical kabyle, ne s’encombre nullement des appréhensions quant à d’éventuels « dérapages ». Non, il le fait,  fait écouter à certains de ses proches, et fonce… Et le résultat n’a jamais manqué de faire mouche.

Ses chansons sont reprises partout. Dans les bus, les taxis. Partout où deux ou plusieurs personnes ont en commun cet amour pour la musique et de la sensibilité à partager.

Par ailleurs, il convient de mettre en exergue le fait que cet artiste qui chante l’amour comme Aragon et la lutte comme Ché-Guevara n’a pas de territoire précis et des garde-fous à respecter. Il est aussi bien écouté dans les chaumières que dans les cités universitaires.  Dans les bars comme dans les transports en commun. Dans les salons les plus huppés comme dans les endroits les malfamés.

C’est cela qui fait la force de cet artiste. Car lui-même, il se sent aussi bien à l’aise dans ces lieux.

On ne peut pas parler de Lounès Matoub sans évoquer son côté militant, son engagement dans diverses causes. Le militantisme est très important dans son œuvre. Il a chanté des textes très engagés. Il avait cette habitude de chanter sans détour, sans complaisance. Il n’utilisait pas trop de métaphores, le langage était clair et direct.

Quand il chante l’amour, tout le devient ; et quand il prône la séparation comme mode de relation, tout semble également lui ressembler.  

 En effet, et comment peut-il en être autrement quand on sait qu’une œuvre musicale comme celle où il communie avec son épouse, devenue son ex. pour des motifs inavoués, est devenue avec le temps la réponse aux questionnements divers et un repère pour toutes les âmes en peine.  Pour ces derniers, Lounès était non seulement un chef de file pour l’avoir vécu, parfois subi, mais un remède miracle pour oublier avant de sombrer. Rentabiliser l’échec pour mieux appréhender d’éventuels copies.

Et c’est pourquoi, disons-le sans risque de nous tromper,  que Matoub Lounès était l’artiste Au sens plein du terme. Avec des amis d’enfance ou des relations nouées à la hâte, autour d’un verre, en tout cas dès lors que l’amitié s’y est installée, il était prêt à tout.

Dépensier sans limité, généreux à souhait, Lounès était unique. Il était de ceux qui, pour un moment d’extase, ne comptait point. Et des exemples de ce comportement sont légion dans toute la Kabylie. Et la rumeur, bien entendu, se nourrissait pleinement de sa vie pour faire naître des supputations allant de  l’homosexualité (?) à de prétendues tares dont seuls ses proches avaient cette capacité de rire sous cape. Matoub n’est pas mort de cette mort stupide. De sénilité qu’il a de tout temps ridiculisée. De vieillesse qu’il voulait absolument éviter. Il est mort tel un héros, les armes à la main et le sourire comme dernier message à ceux et celles qui, par milliers étaient venus de partout lui faire les adieux. Tout doucement, les yeux fermés, ils chantaient comme on berçait un enfant, après une longue journée pour qu’il sourie en s’endormant…

Ferhat Za

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Matoub est entré dans la légende

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source:dépêche de kabylie 

BéjaïaMatoub est entré dans la légendeMatoub est entré dans la légende dans matoub(18) 2153_72450

Matoub Lounès, cet éternel symbole de la résistance peut-il mourir ? A Béjaïa comme ailleurs en Kabylie, voire au-delà, Matoub est toujours encensé. Pour les Kabyles, il est toujours vivant.

“On est tous des Matoub”, dit-on à chaque évocation de son nom. C’est dire que le combat de celui qui fut le porte-voix de toute une région réclamant, depuis des lustres, sous diverses formes de lutte, la reconnaissance à chaque anniversaire de son assassinat, la conscience collective. Le combat de Matoub est d’ailleurs celui des générations actuelles. Un original, pense-t-on, qui était toujours au-devant de la scène pour la défense des causes justes.

“Lounès Matoub, à l’instar d’autres artistes, était plus qu’un chanteur. On se souviendra toujours de lui, car il était non seulement un militant inconditionnel du MCB, mais également de toutes les causes justes”, nous a confié Kamel, fonctionnaire. Celui-ci estime que le travail musical de Matoub a complètement révolutionné le châabi, chanté en kabyle.

Mourad, quant à lui, estime que Matoub “est une légende et l’un des maîtres incontestés de la chanson kabyle”. Matoub, ajoute-t-il, était aussi un homme qui avait beaucoup donné pour la cause berbère. “Il était un militant engagé et un fervent défenseur de la cause berbère. Son nom reste, pour toujours, un exemple de militance”, observe-t-il.

Comme la date d’aujourd’hui coïncide avec le onzième anniversaire de l’assassinat de Matoub, des centaines de citoyens, pour ne pas dire, des milliers, vont se rendre à Taourirt Moussa, s’incliner à la mémoire du rebelle et lui rendre, comme à l’accoutumée, un hommage. D’ailleurs, son village est désormais un lieu de pélerinage. D’autres initiatives émanant du mouvement associatif visant à sauvegarder l’œuvre de Matoub et perpétuer son combat ont été aussi organisées durant ces derniers jours dans plusieurs régions de la wilaya de Béjaïa.

C’est le cas, notamment, de l’association culturelle Amazday adelsan inelmaden de la résidence universitaire, Targa Ouzemour, qui a élaboré un programme riche pour rendre hommage au rebelle. Ainsi, une exposition de coupures de presse retraçant l’initéraire du rebelle se tient, depuis mardi, dans l’enceinte de la résidence. Le même jour, une conférence-débat, avec la mère de Matoub, a été organisée. Hier à 21 h, des milliers de bougies devaient être allumées au niveau de la résidence universitaire de Targa Ouzemour et une virée à la tombe du rebelle, aujourd’hui

Force est de constater par ailleurs que Matoub n’a rien perdu de son aura et de sa popularité en défi des multiples campagnes de dénigrement orchestrées çà et là pour récupérer son nom et l’instrumentaliser à des fins politiques.

Dalil S.

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Lounès Matoub toujours dans son pays

Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

source: dépêche de kabylie 

11er anniversaire de sa tragique disparitionLounès Matoub toujours son paysLounès Matoub toujours dans son pays dans matoub(18) 2153_72449

La  Kabylie commémore aujourd’hui un événement qui lui est très particulier, un événement qui a marqué à plus jamais son histoire. Il s’agit du triste et lâche assassinat de son idole Matoub Lounès. Le 25 juin 1998 restera à plus jamais gravée dans la mémoire collective de la région.

C’est ce jour-là, qu’a été commis ce crime crapuleux, par qui ? On ne le sait toujours pas. Lounès doit certainement se retourner dans sa tombe car ses assassins ne sont pas encore connus, il peut par contre être fier de sa Kabylie qui le porte toujours aussi haut, 11 ans après avoir été ravi et lâchement assassine par ses criminels que l’Histoire condamnera tôt ou tard.

  

La Kabylie se souvient

  

Les festivités de la commémoration du 11e anniversaire de cet assassinat ont commencé depuis presque une semaine et ce, à travers les différentes régions de la Kabylie qui atteste, si besoin est, qu’elle n’a pas oublié son enfant chéri. Tizi Ouzou, Draâ El Mizan, Azazga, Aïn El Hammam… vibrent en effet, depuis quelques jours au rythme de cette célébration. Les différentes festivités sont l’œuvre du mouvement associatif local. La fondation qui porte le nom du chantre de la chanson kabyle a choisi, pour sa part, la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de la ville des Genêts pour abriter les manifestations qu’elle a initiées, des manifestations qui ont débuté dimanche dernier avec au menu un programme riche et varié, qui a attiré des foules des grands jours, comme il fallait bien s’y attendre. Tout le monde a tenu à témoigner la sympathie pour la famille du chanteur et à travers elle à celui dont les chansons continuent à bercer encore des générations entières. La Maison de la culture ne disemplit pas, en effet, à l’occasion, comme le cas avant-hier, lors de notre virée.  Les lieux étaient envahis et il n’était que 10 h à peine. Au menu de cette journée, une exposition sur la vie et l’œuvre de Matoub et une projection vidéo qui a eu pour thème “Matoub Lounès la voix d’un peuple” ainsi qu’une table ronde et du théâtre. “Quel que soit le programme des festivités, j’ai tenu à être ici afin d’y assister, Lounès mérite tous les égards”, nous dit un homme d’un certain âge rencontré au niveau de la salle des expositions de la Maison de la culture. Il faut dire que l’exposition concoctée par les organisateurs était riche et a attiré d’ailleurs l’attention et l’admiration de tout le public, tout le monde voulait connaître le moindre détail de la vie et de l’œuvre de Lounès. “Je suis ici depuis le début des festivités, jusque-là je ne n’ai raté aucune manifestation, Lounès est toujours mon idole”, dira un autre citoyen. A mesure que le temps avance, l’ambiance prend de l’ampleur.  Il fallait pourtant quitter l’endroit pour aller tater l’ambiance de la veille de la célébration ailleurs. Il était 10h 30 passées, destination Ath Douala, la commune natale du rebelle. A cette heure-là, la ville des Genêts grouillait de monde à l’image de l’une de ses principales artères, la rue Lamali que nous avons empruntée pour nous rendre à la station de fourgons desservant la ligne Tizi-Beni Douala. Chemin faisant, on entendait des chansons de Matoub qui fusaient des voitures qui circulaient. Cela était loin d’être une nouveauté, en fait, Matoub reste l’une des rares voix qui concurrence celles de stars actuelles telles que Allaoua, Guerbas, Makhlouf… et ce même en cette période des fêtes.

  

Tizi au rythme des festivités

  

Au niveau de la station des fourgons menant vers Beni Douala, l’atmosphère était nettement moins animée. Nous prenons place dans l’un de ces véhicules et au bout de quelques petites minutes, il se remplit et prit le départ, on s’attendait un peu à la cassette qui sera enclenchée. Bien évidemment, c’était celle de Matoub, plus exactement son dernier album Ayen ayen, ce qui imposa un silence de mort dans le fourgon. Athamgharth fera de même. Au moment où on est arrivé à la hauteur de Tala Bounan, le lieu où a été commis le lâche assassinat, c’était la chanson Alayskar qui était diffusée, un regard sur le lieu du crime où fut installée une stèle à son éffigie était inévitable. “Repose en paix Lounès” semblaient dire les voyageurs installés dans le fourgon. “On ne peut pas ne pas avoir une pensée pour lui en arrivant dans cet endroit”, dira un de ces derniers. Devenue aussi célèbre que le rebelle, après cet assassinat, Tala Bounan semble en effet, interpellé chaque passant sur la vérité de cette attaque qui a ciblé l’enfant prodige d’Ath Douala, un certain 25 juin 1998. Anza de Lounès apppelé à chaque occasion pour savoir la vérité sur son assassinat. Des pensées telles celles-ci ont dû envahir les esprits des voyageurs. Il était 11h 30 tapantes lorsque nous arrivons à Beni Douala, la ville grouillait de monde sous les regards d’un autre martyr de la région Guermah Massinissa en l’occurrence dont l’effigie est installée au haut d’un mur. Là aussi les tubes de Matoub fusaient de partout. Sinon la localité ne connaissait pas une ambiance particulière. Cela à l’instar d’ailleurs du village natal du rebelle, Taourit Moussa où l’on se rendra une demi-heure plus tard. La maison de Matoub était notre destination directe. La tombe où repose l’enfant terrible du village était comme un passage obligé pour tout visiteur, plusieurs vissiteurs se sont succédé dans les lieux en l’espace du laps du temps que nous y avons passé. “Ça a été toujours le cas ainsi”, nous explique une animatrice de la fondation Matoub qui a élu domicile dans un étage de l’imposante construction du domicile de la famille de celui qui disait dans une de ses chansons : “Akham ameynouth n’van lahzene felas d’atas”. Dommage que notre Aldjia, la mère de Lounès était absente. Malika sa sœur l’était également, c’est ce qui nous a contraint à écourter notre visite. “Nna Aldjia est partie à Alger aujourd’hui, Malika est en France” nous a-t-on appris sur place. N’empêche que nous avons profité de ces moments pour visiter les lieux devant lieu de pélerinage pour les Kabyles. “Je viens de Draâ El Mizan. Je suis ici spécialement pour Matoub qui reste pour nous un symbole pour toute la région kabyle” dira un jeune bonne que nous avons interpellé à l’intérieur du bureau de la fondation. Il était accompagné d’une jeune femme, probablement son épouse : “Matoub, je ne l’oublierai jamais, je transmettrai son message et je raconterai son histoire à mes enfants et à mes petits-enfants si l’occasion le permettra” enchaîna cette dernière.

  

Thala Bounan on “l’Anza” de Lounès

  

Dehors le soleil “se déchaînait”. Mais le climat était quelque peu amadoué par la brise qui fouettait de temps à autre. A notre sortie des bureaux de la fondation, nous avons été vite intercepté par les chants de Matoub qui se dégageaient… de l’école primaire qui se trouve juste à côté. Une école qui renaît de nouveau desseins sur ses murs, œuvre de jeunes dessinateurs qui étaient accompagnés dans leur travail par les tubes du rebelle. Le garage où se trouvait “la Mercedès” du rebelle recevait toujours des curieux. Certains d’entre eux prennent des photos souvenir. “Incroyable le véhicule est complètement criblé de balles”, nous dit, ébahi, un jeune homme qui semblait analyser minutieusement la Mercedès. 78, c’est, en fait le nombre de balles qui ont transpercé la voiture gardée toujours comme “pièce à conviction” comme c’est indiqué sur son capot, pour une enquête qui n’avance pas. Questionné sur sa région, notre interlocuteur nous apprend qu’il habite juste à côté, à Ath Mesbah. “Je venais souvent ici, mais j’avoue que depuis quelques mois je ne viens plus”, dit-il. Matoub est pour moi plus qu’un symbole, j’ai la chair de poule chaque fois que je rentre ici.” De l’autre côté, un jeune couple continuait à scruter la voiture, mais aussi les différents photos posées là dans le garage.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les deux jeunes gens nous ont surpris en nous annonçant qu’ils étaient venus de Tazmalt de Béjaïa rien que pour visiter la maison de Matoub. “J’ai toujours voulu me rendre dans le domicile de Matoub qui reste pour moi une légende”, pour le jeune homme. La fille était, quant à elle, complètement émue. “Il n’y a rien à dire, Matoub restera immortel.” Comment se fait-il qu’autant de jeunes aiment Matoub à ce point ? avons-nous alors demandé. “Matoub n’appartient pas à une génération particulière. Tout le monde l’adore. Il est quelqu’un de singulier. A Tazmalt en tout cas, il est adulé par tout le monde. ça, je peux vous l’assurer”, déclare encore le jeune homme. C’est pendant ce temps-là qu’un autre couple plus âgé fit son entrée dans le local, puis un autre et un autre encore. «Décidément, les lieux ne désemplissent pas», nous nous sommes dit. Le premier couple était d’un certain âge, il était accompagné d’un petit garçon, les trois avaient des traits d’outre-mer. Effectivement, nous apprenons lorsque nous les avons approchés qu’ils venaient de France. L’homme était de nationalité française d’ailleurs marié à une Kabyle, l’enfant était leur fils. «Sincèrement j’ai beaucoup entendu parler de Matoub. Je sais que c’est un grand chanteur et poète respecté par tout le monde. J’ai profité de mon passage en Kabylie où nous comptons passer quelques jours de vacances, pour essayer de le découvrir davantage”, nous dit le mari, pour sa femme Matoub qui fait partie de sa génération, demeure le n°1 dans le domaine de la chanson kabyle.

  

La maison de Matoub : Un lieu de pèlerinage

  

“Dommage que son combat et la cause pour laquelle il a sacrifie sa vie sont aujourd’hui quelque peu ignorés” s’interposa un autre. Tout le monde a fait un tour dans le garage. Le couple “français” s’est longuement attardé autour de la voiture, avant de se recueillir sur la tombe du chantre. Il avait un appareil-photo avec lequel ils a immortalisé chaque moment. Nous quittâmes Taourirt Moussa qui semblait faire sa sieste vers 13h. Tout le monde parmi les visiteurs que nous avons rencontrés se sont donné rendez-vous pour aujourd’hui pour participer à la cérémonie de recueillement suivie du dépôt de gerbe de fleurs sur la tombe toujours aussi bien entretenue de Lounès Matoub et qui est prévue aujourd’hui. A notre retour, Tizi Ouzou avait déjà consommé une bonne partie de la journée, une journée aussi chaude que les précédentes. 

Ce qui a imposé aux Tizi Ouzéens de rester chez eux à ce moment de la journée. Il était presque 14h 30 mn. La Maison de la culture vibrait encore au rythme des chansons de Lounès et des incessants va-et-vient d’un public qui tient à rendre un vibrant hommage à son idole car Lounès Matoub est toujours dans les pensées et dans les cœurs des Kabyles à longueur d’année. “Ces festivités nous permettenttout simplement de nous retrouver et de nous rassembler car Matoub a une place particulière à l’intérieur de chacun de nous”, nous avait dit tout à l’heure, dans la maison du chanteur un des fans du regretté. Le moins que l’on puisse dire, en somme c’est que Matoub Lounès, l’éternel, est toujours prophète dans son pays, n’en déplaise  à ses assassins.

M.O.B

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Posté par algeriedemocratie le 25 juin 2009

Matoub Lounès : l’art, l’artiste et la sociétéDestins hélés, destins mêlés dépêche de kabylie:matoub  dans matoub(18) 2153_72465

On est en droit d’espérer une halte qui puisse permettre un regard lucide, franc et dénué de l’esprit exclusivement commémoratif sur le legs de Matoub Lounès. En d’autres termes, quand est-ce qu’on pourra célébrer l’artiste dans toute sa dimension et le sortir de cette tour d’ivoire de rebelle qui statufie le personnage plus qu’elle ne sert son image ? À bien y réfléchir, la position de rebelle se lit dans tout Matoub. Rebelle au silence, au texte trop facile, aux images redondantes qui revenaient souvent dans l’ancienne chanson ; rebelle à la manière consacrée et ritualisée d’accepter la fatalité.

Amar Naït Messaoud

  

Il était rebelle à l’ordre établi dans toutes ses variantes et catégories aussi bien dans le domaine artistique et esthétique que dans le domaine de l’engagement social et culturel. Si, aujourd’hui, le mot rebelle paraît quelque peu étroit pour la personne de Matoub, c’est par l’usage exclusivement politique qu’on en fait. L’opposition politique de Matoub contre la dictature du pouvoir et contre toute forme d’asservissement dont les conservateurs et les théocrates formaient le dessein ne souffre aucune équivoque. Par ces chansons et son combat quotidien, il en donné la preuve jusqu’à son ultime souffle. Cependant, l’énergie créatrice et démiurgique de l’artiste – qui lui permet justement cette forme d’élévation – est puisée en lui-même, dans ce regard qu’il jette sur la société, la montagne, les vallons, le labeur de l’homme de peine, l’amant grugé, le soupirant fatigué, l’éternel exilé, l’émigré recroquevillé sur lui-même, la femme de l’émigré – patiente mais toujours triste –, l’homme déchu dans la fange touché par une forme de déréliction humaine, le prisonnier, le condamné à mort, l’homme trahi par ses frères,… Il n’y a pas de situation sociale ou politique que l’œuvre de Matoub a oubliée ou évacuée.

Il semble que le véritable travail sur Matoub reste à faire. Plus de vingt ans d’une carrière fulgurante, vécue d’une façon exaltante à la ‘’vitesse de la lumière’’. Il fallait tout dire. C’est comme si l’artiste avait une forme de prémonition sur un destin qui sera écourté par la bêtise et la barbarie algériennes de la fin du XXe siècle.

Une analyse globale, sereine et méthodique de la poésie de Matoub devra nécessairement ‘’faire la lumière’’ sur cette conjonction heureuse entre la personne du chanteur, le contexte social et politique du pays et le destin de son peuple. Cette conjonction, Matoub l’a voulue présente dans la plupart de ses chansons et le tableau se déroule d’une façon si harmonieuse et si naturelle que l’on a de la peine à imaginer ces destins séparés ou racontés individuellement

  

Une esthétique de la rébellion

  

Trop rares sont les poèmes de Matoub Lounès où la vie privée du chanteur est assez éloignée des thèmes majeurs qu’il a eu l’occasion de traiter dans sa courte mais exaltante vie. Au cours d’une carrière artistique qui s’étale sur environ vingt ans – et que seul son destin tragique a pu arrêter à Tala Bounane un certain 25 juin 1998 –, Matoub a carrément bouleversé le cours de la chanson kabyle en lui apportant un souffle nouveau et novateur marqué par la fougue et le rythme de la jeunesse, l’esprit rebelle et une sensibilité à fleur de peau. Pourtant, en venant à la chanson, il n’a pas trouvé le terrain vierge. Au contraire, une génération post-Indépendance, pleine d’énergie et d’imagination, a pu s’imposer auprès d’un auditoire assoiffé des mots du terroir et des rythmes ancestraux, catégories artistiques niées et malmenées par la culture officielle imposée par le parti unique. Ainsi, Aït Menguellet, Ferhat Imazighène Imula et Idir ont pu se mettre au diapason des aspirations de la jeunesse de l’époque, et le cours des événements a fait d’eux – peut-être à leur corps défendant – des ‘’porte-parole’’ attitrés d’une population déçue par l’ère de l’après-indépendance faite d’arbitraire, de népotisme, de négation des libertés et de l’identité berbère. C’est dans ce contexte, dont le début de maturation peut être situé vers 1977, année du double trophée de la JSK (Coupe d’Algérie et championnat) qui a vu une jeunesse kabyle enthousiaste et déchaînée cracher les quatre vérités au président du Conseil de la révolution présent au stade du 5-Juillet à Alger. Pour punir la région pour une telle ‘’indiscipline’’, le gouvernement rebaptisa la JSK du nom de la JET (Jeunesse électronique de Tizi Ouzou), sujet qui fera l’objet d’une chanson de Matoub.

Sur ce terrain déjà abondamment fertilisé par une prise de conscience de plus en plus avancée, Matoub évoluera en apportant sa touche et son style personnels et qui se révéleront par la suite comme une véritable révolution dans la chanson kabyle en général.

Après les premières chansons où se mélangent amour, ambiance de fête et rébellion primesautière, thèmes bâtis sur des textes généralement courts et des rythmes vifs, Matoub Lounès épousera la ‘’courbe’’ des événements en s’en faisant parfois le ‘’chroniqueur’’, le commentateur et l’analyste.

Et le premier et le plus important événement que Matoub a eu à vivre dans sa région, alors qu’il était âgé d’un peu plus de vingt-cinq ans, était bien sûr le Printemps berbère d’avril 1980. Pour toute la population de Kabylie, et même pour l’ensemble du pays, Avril 1980 est considéré comme le premier mouvement sortant des entrailles de la population après l’indépendance du pays en 1962. Tout ce qui s’est passé avant cette date – fussent-elles des émeutes – était circonscrit aux luttes du sérail et était géré en tant que tel. Le Mouvement berbère de 1980, qui a commencé en mars et dont le plus gros des troubles s’est étalé sur quatre mois – en vérité, ce Mouvement n’a jamais pris fin et tout ce que vivra la Kabylie des décennies plus tard est frappé du sceau d’avril 80 –, allait constituer le bréviaire et le champ d’action de la poésie de Matoub. L’Oued Aïssi, Si Skikda i t n id fkène, et d’autres chansons aussi émouvantes et fougueuses les unes que les autres, sont le point de départ d’un parcours de chanson engagée que ne démentiront ni le temps ni les événements. ‘’Engagée’’, une épithète certes galvaudée, par le pouvoir politique d’abord – car il place et classe tous ses courtisans, artistes ou autres faux intellectuels, dans cette catégorie tant ‘’convoitée’’ – et ensuite par de médiocres chansonniers à la recherche d’une hypothétique gloire qui viendrait, si c’est possible, de la débordante générosité du sérail. Mais tel que défini initialement, Matoub répond parfaitement- et jusqu’au drame – aux canons de l’engagement.

Partant de ce constat irréfutable, il s’avère que c’est sans grande surprise que l’on découvre à quel point la vie personnelle, et même intime, du chanteur vient se mêler, s’imbriquer et parfois se confondre au destin collectif que Matoub met en scène dans ses poèmes. Et ce n’est pas par hasard que les chansons qui excellent dans se genre d’‘’amalgame’’ volontaire soient les plus volumineuse, les plus longues. Que l’on s’arrête sur Azrou n’Laghrib (1983), Ad Regmegh qabl imaniw (1982) et l’inénarrable A Tarwa n’Lhif (1986). Toutes les trois portent la marque d’une errance de l’auteur – où se mêlent éléments réels et quelques séquences de fiction poétique – associée à l’épopée de toute une région, un pays, une nation.

D’autres textes plus courts adoptent la même architecture : A y ammi aâzizène, ayn akka tghabedh ghef allan ?, Tkallaxm-iyi di temziw, xellasgh awen ayn ur d ughagh, Ugadegh ak Rwin…,

  

Parcours épique, vision lyrique

  

Dans le poème Ad Regmegh qabl imaniw (1982) par exemple, nous constatons clairement que presque la moitié du texte concerne la vie personnelle de l’auteur. Il en fait un prélude auquel il associe une mélodie et une musique bien spécifiques. Lorsqu’il prend l’élan pour aborder le joyau du thème du poème, il force la cadence, décrit le parcours et le destin du pays, s’attaque aux faussaires, aux tyrans et aux corrompus. Mais la trace de l’individu – de l’auteur doit-on dire – ne disparaît pas pour autant. L’on a l’impression que Matoub évite et abhorre même la description impersonnelle. Elle rendrait peut-être froid le portrait et moins persuasif l’argument. C’est pourquoi, en filigrane, le narrateur se met toujours en évidence et témoigne, prend acte, prend à témoin, déplore, dénonce, met à nu, fustige, ironise. Dans ce conglomérat d’événements et de situations, le narrateur prend une position clef dans le processus de décryptage.

Dans ce genre de pièces ressemblant à une grande épopée, le lyrisme et la touche personnelle semble dépasser le simple souci du décor littéraire. Il participe d’une vision où le destin personnel n’est pas un simple ‘’prolongement collatéral’’ du fatum collectif. Les deux situations fusionnent pour former une seule contingence conditionnée par l’histoire, la culture et la politique.

Dans son élan de sincérité ordinaire, il aspire à une justice immédiate et la réalise sur-le-champ. Il s’afflige des remontrances et des insultes avant de s’adresser à ses compatriotes pour leur reprocher leur comportement politiquement suicidaire et historiquement sans issue.

Il prend son courage à deux mains et dit avoir ‘’teinté sa figure avec la suie d’un brandon’’, pour signifier qu’il ne reculera devant aucune gêne factice ni aucun sentiment de pudeur mal placée. ‘’Lavons notre linge sale  hinc et nunc (ici et maintenant)’’, semble-t-il suggérer. L’audace et la bravoure de se regarder les yeux dans les yeux réclament d’aller jusqu’au fond des choses et parfois loin dans le temps.   

C’est ce que Matoub insinuait dans une autre chanson en déplorant que l’occupation de Fort-National en 1857 par l’armée française relevât, en partie, d’une traîtrise de quelques éléments de chez nous. 

Le sort de l’individu tel que décrit par Matoub dans le texte-prélude plonge dans la déréliction humaine : sur lui, le malheur tombe dru comme la pluie d’automne ; il est noirci par les épreuves de la vie et traîne dans la fange. Adverse fortune qui fait de lui un adepte involontaire du mal et un ennemi des belles choses. Errant pieds nus par les bois et maquis, il n’a su distinguer la lumière des ténèbres ; sans progéniture, il se voit déjà sans héritier. Brisant toutes les brides qui l’entravaient, il décide d’aller quêter la vérité sur le pays et ses héros injustement exilés ou assassinés. Ici, les allusions sont à peines voilées. Mais pour ceux qui ont suivi les événements des années 1960 et 1970, ce ne sont plus des allusions ; ce sont des repères spatiaux et chronologiques. Matoub prend son bâton de pèlerin et se rend à Madrid où fut tué Mohamed Khider, un héros de la révolution algérienne. De là, il compte révéler les lugubres scandales des autorités politiques algériennes qui ne savent réduire le rival politique qu’en le trucidant. Le périple conduit le narrateur en Suisse où est censé être déposé l’argent de la nomenklatura acquis par la rapine et la corruption. De là, il passe en Allemagne où le grand révolutionnaire Krim Belkacem, exilé dans ce pays, fut étranglé dans sa chambre d’hôtel par des ‘’inconnus’’.

Le texte se poursuit par un réquisitoire contre le régime du parti-État qui avait confisqué les libertés, la dignité et l’identité des Algériens. Les votes organisés par le FLN étaient des scrutins à la Naegelen, soit comme le dit la gouaille populaire de l’époque : ‘’un vote massif pour oui bessif’’. Mais Matoub ne ménagera personne. La désunion et les éternelles rivalités  entre les Kabyles ont fortement contribué à installer chez eux la débandade et la défaite.

Dans la veine du texte de Ad Regmegh qabl imaniw, Matoub a su élaborer d’autres chansons d’inégal volume tout au long des années 1980 et 1990. A chaque fois, le nouveau contexte enrichit le poème des nouveaux repères et événements lui servant de support : emprisonnement des leaders kabyles en 1985 (Ligue des droits de l’homme et enfants de chouhada), Journées d’Octobre 1988 où Matoub lui-même reçut une rafale de Kalachnikov, émergence de partis politiques islamistes – en particulier le FIS – et avènement du terrorisme islamiste dont il sera la victime (kidnappé en 1994).

On remarque que, au-delà d’une certaine vision poétique ou de représentation des choses qui assimile destin collectif et destin individuel, Matoub a eu à vivre physiquement, dans moult situations, cette forme d’imbrication de destins. Privilège de poète rebelle et provocateur – au sens katébien du terme – ou simple et éblouissante contingence, le résultat étant, en tout cas, des plus délicieux. Lorsque la métaphore s’incarne dans le corps et le geste de la réalité, elle prend les dimensions de la geste et du verbe démiurgiques..

  

‘’Le bateau ivre’’  ou le destin collectif de l’individu

  

Le texte de A Tarwa L’hif est sorti en 1986 dans un album qui compte trois autres chansons. Il s’étale sur environ une demi-heure, occupant ainsi une face complète de la cassette. La sortie de l’album a eu lieu une année après les événements de 1985 que l’historiographie nationale n’a pas encore bien mémorisés. Pendant les jours torrides de l’été de  cette année où fut commémoré avec un faste indécent le 23e anniversaire de l’Indépendance, des militants politiques et associatifs activant dans la clandestinité imposée par le parti unique ont été arrêtés et emprisonnés dans le pénitencier de Berrouaghia. Ils furent des dizaines : fondateurs de la Ligue algérienne des droits de l’homme, membres de l’Association des enfants de chouhada, membres du parti clandestin le MDA,… Déjà, lors de la journée de l’Aïd El Adha, à l’aube, la caserne de police de Soumâa à Blida fut investie par les éléments islamistes appartenant à la branche de Bouyali et Chabouti. Ils emportèrent des armes et se replièrent par la suite sur les monts de l’Atlas blidéen entre Larbâa et Tablat. Les services de sécurité ne viendront à bout de ce groupe que quelques mois plus tard. De son côté, l’élite kabyle a été étêtée et la presque totalité des activistes a été arrêtée (Ali Yahia, Saïd Sadi, Hachemi Naït Djoudi, Ferhat Mehenni,…). Le 5 septembre, ce sera le tour du poète Lounis Aït Menguellet à qui – parce que faisant la collection de vieilles armes dans son domicile – il sera reproché de ‘’détenir des armes de guerre’’.  Le chanteur sera condamné à trois ans de prison.

A l’étranger, c’est grâce à la présence d’esprit de journalistes français venus couvrir le rallye Paris-Alger-Dakar qui, à l’époque passait par notre pays, que l’écho de la répression a pu franchir les frontières. Des équipes de journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision ont pu fausser compagnie à l’institution de Thierry Sabine à partir d’Alger pour se rendre en Kabylie afin de faire des reportages sur les manifestations de la population qui demandait la libération des prisonniers.    

Cinq ans après le grand réveil de la Kabylie, appelé Printemps berbère, toutes les tentatives d’exercice de la citoyenneté émanant de la société sont écrasées par la machine infernale de la répression de l’État-parti. Les espoirs et les ambitions de la partie la plus éclairée de la société se transformèrent en d’affligeants désenchantements et en de lourdes interrogations. Cette forme d’impasse politique et sociale aura pour terrain d’expression idéal la chanson. Chez Aït Menguellet (l’album Asefru) et Matoub (l’album Les Deux compères), les événements et les questionnements qu’ils charrient transparaissent ouvertement ou en filigrane selon le style de chacun de ces deux poètes.

C’est après Les Deux compères que Matoub produira A Tarwa L’hif. Le texte est bâti sur une logique mêlant la narration et la réflexion, le présent et le passé, le destin individuel et le destin collectif. L’on a rarement vu un texte aussi dense et aussi synthétique prendre des développements tentaculaires au point de mêler les détails de la vie privée du chanteur aux grandes préoccupations du pays, voire de l’homme en général.

Le désenchantement se lit de bout en bout tout au long de ce texte. L’auteur revient de ses illusions en mettant en relief le craquellement des amitiés militantes face aux appâts dressés par le pouvoir politique. Le jeu du sérail est vraiment serré ; il crée des déchirures et sème la zizanie dans le corps de la société qui lui paraît comme un ennemi en puissance, voire en acte. Suivent alors les échanges d’accusation, de calomnies et d’invectives. La méfiance règne en maître, et le maître de céans, le prince pour bien le nommer, se met en spectateur, jouissant de ces prouesses et jubilant d’ivresse de pouvoir.

  

Adverse fortune

  

Pour exprimer la complexité d’une telle situation, Matoub Lounès a eu recours à une voie de narration qui prend les allures d’une véritable épopée. Dans toutes les scènes qu’il a eu à présenter, il donne l’impression – voire une nette image – que sa personne est mêlée, parfois enfoncée jusqu’au coup, dans cette terrible aventure du pays. Infortune, exil, abandon de la famille, mobilisation forcée pour des causes étranges et étrangères par la volonté du prince, déréliction humaine. Tout cela suit la trame et les péripéties d’un récit d’un individu auquel s’identifie le chanteur.

On retrouve aisément les grandes préoccupations exprimées par Matoub dans d’autres chansons politiques antérieures, comme on retrouve aussi, émaillant le texte par-ci par-là, des thèmes développés par Aït Menguellet, Ferhat Imazighène Imula ou inspirés de la mémoire et de la culture populaires. Mais la verve et le mordant de Matoub ont donné à la chanson des couleurs et des accents particuliers.

La tendance prononcée de Matoub pour une rhétorique et une emphase kabyles insérées dans un contexte moderne est ici confirmée et consacrée. A partir d’éléments de la culture populaire, il construit une sentence telle que celle-ci : « La laine qui est blanche, si elle était portée par des lions et non des brebis, rares seraient ceux qui en porteraient la tunique. »

Le désillusionnement issu du non-aboutissement des luttes engagées par la société et son élite pour l’émancipation citoyenne et le recouvrement des droits culturels a entraîné avec lui des goûts d’amertume que l’on retrouve dans la plupart des chansons kabyles à partir de 1981 : Tivratin, Askuti, Arrac n’Ldzaïr de Lounis Aït Menguellet et toute une série de chansons de Matoub ont essayé de décrypter les tares et les failles de la société qui ont fait que ses luttent n’aboutissent pas. Intérêts personnels divergents, appât du gain, corruption et d’autres ‘’vices rédhibitoires’’ qui donnent une image peu flatteuse de soi. Aït Menguellet disait que «ce sont vos propres figures que vous redoutez de rencontrer (en vous regardant dans le miroir)».  Le mal, en quelque sorte, est en nous. Mais la critique du pouvoir tyrannique, ‘’corrompu et corrupteur’’ et se voulant éternel est plus que jamais argumentée et mise en avant.

Le mal se trouve plus généralisé et plus insidieux que l’on a tendance à le croire. Il ne se limite pas aux sphères du pouvoir. C’est l’organisation de la société et la culture dominante qui tracent les limites du ‘’raisonnable’’ et du ‘’politiquement correct’’. Là où le pouvoir de l’argent évince les valeurs ancestrales de vaillance et d’honnêteté, il ne reste que des caricatures de la morale.

  

‘’L’imposture mène notre monde’’

  

A la recherche de la vérité, le personnage de A Tarwa L’hif  se démène et se fourvoie. « C’est la vérité blanche comme suaire qui fait de moi que dans tous ces pièges je me perds », dit-il.

Le règne de la médiocrité et la marginalisation des compétences et des valeurs sûres sont un mal qui ronge la société depuis l’Indépendance du pays : « Ô malheur, ô désastre que la vie nous offre ! Les sots deviennent des astres et l’homme bon traîne encore. »

La reconnaissance des hommes de valeur ne vient, quand elle vient, qu’après leur disparition : « C’est après qu’il meurt qu’on accorde à l’homme sa valeur. » Mais, ajoute Matoub, à quoi cela va servir ?

  

 » Même si de son vivant

On le prenait pour un sot,

Aujourd’hui si on l’orne de beaux mots,

On sait qu’il est perdu à jamais.

Avec un amas d’ignominie

Semée de misère et d’infamie.

Il était à bord d’un vaisseau trouble,

Mit le pied dans une mer profonde.

Pris par l’onde ;

Son exploit devient proverbial. »

Le texte est plein de références à l’histoire politique récente de notre pays. Les allusions à certains faits réels sont très visibles : assassinats d’hommes politiques, marginalisation, vengeance… « Combien de ceux qu’ils ont étranglés à qui, vivants, ils devaient allégeance et vivats ! »

La verve et la rage de Matoub de vouloir dire, communiquer, exploser (ad ibbaâzaq !) sont sans doute contenues dans cette envolée courroucée :

  

« Écoutez-moi bien, ô vous que je connais :

Si vous voyez que je me trompe,

Sur ma tombe, vous pouvez cracher. »

Contrairement au style pondéré d’Aït Menguellet (« Si vous voyez que je me trompe, rendez-moi au droit chemin », dit-il dans Tivratin), Matoub enfourche une monture fougueuse chez laquelle le mors et la bride sont tous les deux lâchés. Ce style ‘’irrévérencieux’’ exprime en fait une très grande sensibilité du chanteur. Cela est valable pour toutes les parties de la chanson où la vie privée du ‘’protagoniste’’ se trouve mêlée de force à la philosophie et  l’architectonie du texte.

  

‘’Consolez-vous, chers parents,                                    

Puisque la vague du temps                                             

M’a ravi à vous.   

Ceux-là que nous supposions instruits,                              

Une belle fraternité,                                                                                                                      

Aujourd’hui me mettent à l’index.                                                                           

Ils se sont concertés sur mon nom                                      

À le souiller pour de bon                                                  

Qui l’entendra frémira.                                                           

Ainsi, la vie m’a réservé                                                       

Une place parmi les chiens                                                    

Qui me dévoreront à leur faim’’.

Et c’est en explorant la vie intérieure des personnages et leur statut social que Matoub fait l’usage le plus subtile et le plus étendu des figures de la rhétorique (métaphores, allégories, paraboles,…) au point de vouloir nous embarquer dans un périple romanesque où sont décrits les moments de l’assemblée de village où le personnage est rejeté et méprisé par ses pairs, le vaisseau imaginaire qui l’emportera  sur une mer en colère vers une destination inconnue, le message de divorce envoyée à sa femme…                                     

Avec A Tarwa L’hif, c’est à un véritable voyage que nous invite Matoub dans les dédales de l’organisation de la société, dans les arcanes souillés du pouvoir politique et du pouvoir de l’argent et, enfin, dans les labyrinthes et les tourments de la vie individuelle. Dans tous ces jeux d’intérêts et de guerre éternelle où l’homme est vu comme l’ennemi de l’homme, Matoub, comme Aït Menguellet dans Ammi, dresse l’amère sentence : « L’imposture mène notre monde. »

A. N. M.

iguerifri@yahoo.fr

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