»Un peuple d’artistes habite Haïti » André Malraux

Posté par algeriedemocratie le 27 janvier 2010

Les arts du monde »Un peuple d’artistes habite Haïti » André Malraux''Un peuple d’artistes habite Haïti'' André Malraux 2334_81745

Haïti est la 2e plus grande île des Antilles après Cuba. C’est aussi l’un des pays le plus pauvre des Amériques. Lors de son accession à l’indépendance, le 1er janvier 1804, Haïti était la partie la plus riche, la plus puissante et la plus peuplée de l’Ile d’Hispaniola ainsi  nommée par Christophe Colomb. Après  avoir été gouvernée par des dictatures successives parsemées de terreur, corruption et  répression militaire auxquels les fruits amers  laissés par l’Occident, ce pays s’est retrouvé dans le désastre. Une grande partie de sa population survit dans des conditions précaires.

La beauté de cette île a inspiré beaucoup d’artistes étrangers et haïtiens.

Le séisme effroyable qui a ravagé le pays n’a pas laissé indifférent l’un de ses artistes les plus connus dans le monde. Il a pour mission de distribuer de la nourriture et d’organiser des activités pour les jeunes des quartiers défavorisés de Port- au -Prince. Wyclef Jean est né le 17 octobre 1972 à Croix des Bouquets en Haïti. A 10 ans il émigre avec sa famille au états- unis où il apprend à jouer de la guitare et étudier le jazz. Il créé son propre groupe, multiplie des titres à succès et devient célèbre. Il a, en 2005, fondé l’organisation « Yélé Haiti » pour venir en aide à la population de son pays. Ce chanteur de reggae et de rap est devenu le porte parole des causes haïtiennes dans le monde. Pendant le terrible séisme qui a secoué son pays, il était sur le terrain  pour apporter son secours au milieu des décombres. Il a usé de tous les moyens de communication pour faire entendre sa voix en faisant appel aux dons. Ses amis Angélina Jolie et Brad Pitt ont répondu présents avec un million de dollars à “Médecins sans frontières” pour l’envoi des chirurgiens et d’un hôpital sous tente gonflable.

 

Et Haïti chantait….

La musique chez les Haïtiens est une forme d expression artistique qui trouve ses origines au temps de l’esclavage à partir des rythmes et danses divers. C’est un instrument de communication élaboré par les esclaves pour  revendiquer leurs racines, leurs identités et résister ainsi à l’aliénation culturelle. La musique haïtienne est le fruit d’un brassage culturel et d’influences africaines européennes et américaines avec la présence dominante des rythmes ancestrales rapportés d’Afrique comme une consolation sur le chemin qui le mènent vers des terres inconnues.

 

Les Haïtiens vivent de rythmes et de couleurs

 Pour jouer le  » funana « , chant d’esclaves et de révolte, le nostalgique » sodate  » ou le  » pandjabel  » qui rythme la coupe de la canne à sucre ou encore le célèbre compas, musique de bal inspirée de la salsa brésilienne, toutes les occasions pour interpréter ces chants et danser, sont bonnes pour les Haïtiens qui ont le rythme dans la peau. Avec la guitare, l’accordéon ou le violon, le verre que l’on frappe avec un couteau jusqu’à la boite d’allumettes remplie de sable, on se rassemble dans n’importe quel endroit, en fin de semaine, pour faire la fête. De la plus lente à la plus rapide des musiques, les Haïtiens se déhanchent au son de la  » funana « , la  » morna  » ou le batuka. Chaque musique exprime l’amour, la mélancolie ou la fête populaire. Les Haïtiens ont une profonde connaissance des styles ; c’est ainsi qu’ils perpétuent la tradition musicale qui est leur transmise par leur ancêtres à travers la culture vodou. Le vodou plus qu’un rite est considéré comme une religion qui célèbre  » legba « , le maître des portes qui garde le passage des dieux et celui des humains. Il est assimilé à Saint Pierre qui détient les clés du paradis et de l’enfer. Les cérémonies vodou fascinent par leurs rituels magiques et leurs danses effrénées. C’est le viatique  que les esclaves ont emporté avec eux dans leur exil, pour rester attachés à leurs croyances et traditions. Parmi les artistes qui pratiquent le vodou, les membres du groupe  » racine Mapou  » revendiquent la préservation de leur attachement aux racines et prônent un retour en Afrique. C’est le groupe de musique traditionnelle le plus populaire .Le chanteur du groupe, Azor, désire  maintenir le contact avec la tradition et le sacré ; avec ses six (6) percussionnistes et un chœur de femmes, il célèbre le culte vodou en chantant sans arrangement ni instruments électriques . Il a réussi à faire connaître sa musique au grand public.

 

La peinture haïtienne, les couleurs pour conjurer la misère

La peinture haïtienne est imprégnée de spiritualité lié au culte vodou.C’est un monde magique où se côtoient l’imaginaire, les esprits, les animaux, la nature et la vie quotidienne. Tout le monde peint à Haïti et c’est grâce à cet art que survit une partie de la population. La peinture haïtienne s’est imposée par sa naïveté et sa simplicité.

L a parole interdite s’exprime à coup de couleurs et de lumière, elle trouve son chemin dans le cœur et l’inspiration des gens. Toute la misère d’un peuple est voilée par une harmonie visuelle née des tons qui enchantent. Intenses et chargées de lumière, elles entretiennent l’enthousiasme et l’illusion. Le métissage des styles,le renouvellement incessant des formes,la plénitude qui s’en dégage,les branches tordues par le vent,les scènes animées du marché,les vapeurs qui montent de la mer,l’éclat de la nature,la sensualité,la liberté,le bonheur qui y reflète, sont le miroir de la joie de vivre qui anime chaque Haïtien et l’espoir qu’il entretient avec ce pouvoir d’éclabousser la misère au moyen d’une boule de soleil et du bleu de la mer.

La vivacité des teintes est une tonne d’optimisme et de douceur. La peinture naïve, art populaire crée hors des normes académiques œuvre des pauvres, des paysans et des chômeurs et qui défie l’exclusion par la couleur, est aujourd’hui très recherchée par les spécialistes de la peinture du monde entier. En effet, c’est dans les années 40 que les Américains ont commencé à être impressionnés par cet art naïf avec l’arrivée en Haïti d’un professeur d’anglais peintre et fils de peintre. Dewitt Peters rencontre plusieurs artistes haïtiens et décide avec eux de fonder un « Centre d’art » destiné à enseigner et faire connaître l’art pictural haïtien. En 1970, deux intellectuels haïtiens, Maud Robart et Jean Claude Garoute dit Tiga achètent un terrain dans la montagne et y construisent un atelier. Ils invitent les ouvriers et paysans du coin et mettent à leur disposition le nécessaire pour peindre.

Le résultat est impressionnant. Saint soleil est né. De passage à Haïti, André Malraux rendit visite à ces artistes autodidactes. Il écrit dans son ouvrage « l’Intemporel » un chapitre qui a fait le tour du monde et dans lequel il dit : « un peuple d’artistes habite Haïti » et aussi « l’expérience la plus saisissante de la peinture magique du 20e siècle ».

 

Haïti chérie

Les premières salles de cinéma a Haïti ont été créees à Port-au-Prince.

Si la première projection a bien eu lieu, le 14 décembre 1899, quatre ans après la naissance du cinéma, on attendra les années 50 et 60 pour enfin voir des acteurs haïtiens sur le grand écran .Ces films traitent des conditions difficiles de la population, ils témoignent, presque tous, de la vie quotidienne de ce peuple avec son chapelet de misères. Raoul Peck est l’un des réalisateurs haïtiens les plus connus. Il a réalisé entre autres « L’homme sur les quais » qui raconte Haiti dans la terreur et la tourmente des tontons macoutes dans les années 60, « Lumumba » un film sur le père de l’indépendance congolaise et « Quelques jours en Avril » une fiction qui raconte le terrible génocide rwandais. Le dernier très poignant film ,  » Haïti chérie « ,est sorti le 28 mai 2008 est réalisé par l’italien Claudio Del Punta .Il raconte le drame des milliers d’haïtiens  travailleurs clandestins quittant leur pays pour fuir la violence politique et économique de leur pays. Ils s’entassent dans des bidonvilles en république dominicaine. Ces  » braceros  » exploités, trahis et violentés vivent dans des conditions choquantes. Ce film rend compte de la misère vécue par une partie de la population haïtienne pour que l’autre vive dans la quiétude et l’opulence au regard d’un tourisme florissant.

Haïti la meurtrie, Haïti la belle, les esprits protègeront-ils les survivants ?

Les couleurs auront-elles raison de tes larmes ?

Les chants dansants arriveront-ils à bout de tes cris ?

Haïti chérie…

H. O.

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egypte

Posté par algeriedemocratie le 6 décembre 2009

2009-12-06 

 

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la suisse et les minarets

Posté par algeriedemocratie le 6 décembre 2009

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Le règne chaotique d’El Gueddafi

Posté par algeriedemocratie le 1 septembre 2009

Le règne chaotique d'El Gueddafi

Il est au pouvoir en Libye depuis 40 ans

Le règne chaotique d’El Gueddafi

La Libye d’El Gueddafi fête aujourd’hui son 40e anniversaire, non pas pour célébrer sa libération du joug colonial, mais pour commémorer le coup d’Etat en vertu duquel le guide s’est intronisé roi incontesté – et peut-être même incontestable – d’une Libye aseptisée. De 1969 à 2009, l’histoire cahoteuse de ce pays voisin se confond avec son chef, qui valse allégrement entre l’apparence d’un chef d’Etat aux accents extravagants et celle d’un homme courageux, capable de faire un bras d’honneur public aux puissants de ce monde. Mais c’est toujours pour amuser la galerie.

Derrière cette image d’El Gueddafi, fantasque et spectaculaire, se cache celle d’un homme tout près de son pouvoir. Pour s’y maintenir, il a su délier les cordons de sa bourse débordante de pétrodollars pour acheter civils et militaires qui n’en demandaient pas plus. C’est ainsi qu’El Gueddafi a assis son pouvoir personnel sur la Libye, en s’appuyant sur les fameux comités populaires qui constituent la parfaite négation de la notion d’Etat moderne. Au plan international, le guide aura alterné attaque et défense en fonction du contexte.

ParHassan Moali

el watan

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Encore des cadavres de harraga à repêcher

Posté par algeriedemocratie le 17 août 2009

Encore des cadavres de harraga à repêcher

Urgence d’une vraie politique socioéconomique 

46 jeunes ont tenté encore ce week-end de tenter l’aventure de la harga à partir de la wilaya de Annaba. Hélas, cette tentative a fini tragiquement : un mort et 18 blessés, dont un dans un état grave. C’est le dernier bilan d’un acte qui ne peut être considéré que comme un suicide collectif, ultime appel au secours on ne peut plus pathétique.

C ar ce qui c’est passé à Annaba dénote une fois de plus les aspects terribles de cette situation. La première est que le phénomène de la harga a pris de graves dimensions au point où les harraga sont prêts à affronter les forces de l’ordre pour aller au suicide de leur propre gré.

Deuxième aspect, les pouvoirs publics n’ont toujours pas trouvé le vrai remède pour mettre fin à ce fléau.

Car ni la loi qui incrimine les réseaux de trafic de personnes, ni la politique de l’emploi ni même les dernières mesures annoncées dans le cadre de l’ordonnance portant loi de finances complémentaire  et portant promotion de l’emploi de jeunes ne sont la vraie solution.

Dans la nuit du week-end dernier,  les gardes-côtes de Annaba ont pris en chasse près de 46 harraga qui se trouvaient sur deux embarcations de fortune. La première contenait 24 jeunes et l’autre 22. Ces harraga auraient refusé de se plier aux injonctions des éléments de la Marine nationale.

Ils ont foncé sur les unités des gardes-côtes. La collision a fait 8 blessés sur les 22 et tous ont été évacués vers l’hôpital de Annaba. Ainsi, 19 personnes ont été hospitalisées, 26 incarcérées et malheureusement, un jeune a trouvé la mort.

Depuis juin 2009, 222 candidats à l’émigration clandestine ont été interceptés au large de Annaba, ce qui explique que les différentes mesures prises par les pouvoirs publics n’ont  pas eu les effets souhaités. C’est à partir de là qu’il est plus qu’urgent de redéployer la politique socioéconomique du pays pour qu’un Algérien voit le paradis dans son pays et non au-delà de la mer. 

Les  jeunes  se cotisent pour acheter un zodiac. Ils ont entre vingt et quarante ans , paient 150 000 dinars (1 500 euros) le droit de passage vers l’Espagne, munis d’un simple gilet de sauvetage. Parfois, ce sont des jeunes d’un même quartier qui se cotisent pour acheter un zodiac avec moteur, des vivres et de l’eau pour prendre la mer.

Urgence d’une vraie politique socioéconomique

Il y a lieu de souligner que ce phénomène qui a fait son apparition durant l’année 2006 dans l’ouest algérien, plus proche des côtes espagnoles, prend une ampleur anormale. Depuis le début de l’année, 42 cadavres de jeunes ont été repêchés en haute mer, d’autres ont échoué sur les plages oranaises. Les gardes-côtes algériens, qui sont intervenus plus d’une trentaine de fois en 2006, ont secouru 386 candidats à l’immigration, dont 373 de nationalité algérienne. Selon des statistiques officielles, les harraga sont 66% originaires de l’ouest algérien, alors que ce taux ne dépasse pas les 33% à l’est du pays, et que 775 d’entre eux ont été expulsés d’Europe ces deux dernières années.

Côté social, certains expliquent ce phénomène par les difficultés d’obtention d’un visa depuis que l’Europe a fermé ses frontières, par la mal-vie et le chômage. En matière de législation, le gouvernement avait introduit dans le cadre du code pénal, l’année dernière,  la criminalisation de ceux qui quittent le territoire national d’une manière illégale, comprenant des peines de prison à l’encontre des harraga qui tenteraient l’aventure de l’émigration clandestine. A l’époque, les députés qui ont demandé l’amendement ou le retrait de cette disposition considèrent que ces mesures sont loin de répondre de manière efficiente à un phénomène qui mérite d’être sérieusement pris en charge. Car, selon ces députés, la meilleure prise en charge de ce phénomène est de chercher ses vraies raisons et d’essayer d’apporter des solutions, notamment la création de postes de travail.  De son côté,  le ministère de la Justice explique que l’article 175 bis relatif à la criminalisation de quelques actes contraires à la législation et la réglementations relatives au fait de quitter le territoire national a été proposé dans l’objectif de combler le vide juridique existant, ajoutant que cette disposition générale et abstraite ne concerne pas une catégorie spécifique mais englobe toutes les personnes sans distinction. Il a été précisé que  les migrants sont des victimes et n’ont aucune responsabilité pénale. A ce titre, il a été indiqué que le déplacement hors du territoire national d’une manière illégale est un phénomène interne grave qui demande une criminalisation avec des réglementations indépendantes. A souligner que ladite loi évoque les infractions aux lois et règlements relatives à la sortie du territoire national, l’article 175 bis prévoit une peine d’emprisonnement de 2 à 6 mois et d’une amende de 20 000 à 60 000 dinars ou l’une de ces deux peines seulement à l’encontre de tout Algérien ou étranger résidant qui quitte le territoire national de façon illégale. A rappeler que le chef de l’Etat avait ordonné au gouvernement d’installer une commission pour examiner ce phénomène et se pencher sur ses causes et les solutions qui pourraient y être apportées, et jusqu’à présent, rien n’a été rendu public au moment ou le phénomène est en hausse et que des trafiquants organisés en réseaux profitent de la détresse des jeunes.

Par Nacera Chenafi

source:les débats

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Saddam et l’idée de sa mort

Posté par algeriedemocratie le 17 août 2009

Saddam et l’idée de sa mort puce Le procès de Saddam

Saddam et l’idée de sa mort

Le procès de Saddam Hussein a eu lieu à Baghdad même, là où il a régné d’une manière absolue sur toute l’Irak, ce grand pays, symbole avec les Abbassides, de la civilisation musulmane, à présent occupé par les Américains, quasi détruit,  livré à l’anarchie et au terrorisme.

Mais le procès de Saddam, quel procès ! Un tribunal érigé par les Américains, dont les juges sont désignés et contrôlés par les Américains, censuré, orienté, dirigé par les occupants américains, à leur guise, sans ce minimum de droits dont un inculpé, accusé, condamné par avance, aurait pu jouir s’il avait été jugé en Amérique même, en étranger, en ennemi de cette nation. Tout cela filmé en permanence par des télévisions arabes, qui n’ont d’arabes que l’argent et le nom de leurs journalistes, entièrement régis et là aussi dirigés, orientés, instrumentalisés au détail près par des Américains et leurs alliés israéliens, selon des scénarios hollywoodiens bien rodés destinés à fait croire aux pauvres dupes que nous sommes qu’elles sont libres. Good morning Baghdad ! La télé de la base américaine du Qatar s’adresse à vous ! Quel est l’Arabe d’ailleurs qui ne s’y laisserait pas prendre ? Saddam Hussein lui-même, on ne l’a jamais dit, a été piégé par El Djazira lors de son arrestation. Parce qu’on faisait passer sur cette chaîne des K.7 audio où il enregistrait ses déclarations, ou qu’on y lisait ses tracts, ce mégalo avait fini par croire qu’il disposait ainsi d’un espace libre, d’une possibilité de s’adresser aux Irakiens, et même aux Arabes en général… Le naïf et redoutable Saddam, aussi bête que méchant ! Victime du spectacle américain de bout en bout, il ne s’est pas rendu compte que ce n’était là qu’un moyen entre les mains de ses ennemis pour organiser sa capture.

 Le piège s’est refermé sur lui définitivement. Broyé par la machine, il continue à vouloir lutter, sans accepter l’idée pourtant simple que tout ce qui lui est permis en matière d’expression doit exactement correspondre, selon la volonté de ses geôliers, à l’enfoncer indéfiniment dans son trou. Le postulat est simple : lorsque Saddam fait ou dit quelque chose qui nous parvient à travers les médias, c’est précisément ce que veulent les Américains qu’il fasse ou qu’il dise, et c’est ce qu’ils veulent aussi que nous entendions. Saddam est devenu un porte-voix, une coquille vide, un être vidé de sa substance, un fantôme, une apparence derrière laquelle se dissimulent ceux qui nous parlent. Un garagouz qui n’aurait pas pour tâche de nous divertir, mais de nous persuader de bien d’autres choses, dieu seul sait quoi, toutes issues des esprits tordus au service d’un système pervers. Il faut tout déconstruire, reprendre image par image, scène par scène, tout ce que nous savons de Saddam, puis espérer reconstruire les messages cachés. Car, à vrai dire, il n’y a pas un message mais plusieurs selon le destinataire : la coquille vide s’adresse tantôt aux Irakiens, c’est-à-dire au peuple irakien dans son ensemble, ou à la résistance irakienne, aux membres d’El Qaïda, aux sunnites, aux chiites, tantôt aux Arabes du Proche- Orient, aux Arabes en général, aux Iraniens, tantôt aux Américains, aux Européens, aux Occidentaux… C’est la voix de l’Amérique, dans toute son extraordinaire complexité, et toute sa «splendeur». C’est aussi, va savoir, un laboratoire d’expérimentations pour les experts militaires et politiques en matière de communication. A elle seule, l’image de Saddam dans le box des accusés remplit mille fonctions dont l’idée de ramener la résistance irakienne à un soubresaut bâathiste n’est pas des moindres.

Il ne faut pas chercher d’autres raisons au procès de Saddam, à sa nature ; et avec sa lenteur, sa durée, sa médiatisation ou sa censure – à ce propos, les séances du tribunal n’étaient pas retransmises en différé de quelques minutes seulement, le temps d’opérer des coupures sur des révélations que l’inculpé pourrait faire à propos de certains aspects obscurs de la politique américaine dans la région, mais parfois un intervalle beaucoup plus long se passe avant la télédiffusion. En tout état de cause, le bon usage que les gouvernements américains ont fait de Saddam Hussein a atteint un degré sans précédent dans l’histoire humaine; il passionnera les futurs chercheurs – forcément occidentaux, ce sont eux qui ont la matière, les moyens, les circuits, les compétences…

La personnalité de l’ex-dictateur est intrigante. Sans cette personnalité, rien de ce qui est fait aujourd’hui n’aurait pu l’être naturellement. Longtemps, je me suis posé la question suivante : pourquoi cet homme, dictateur de son état, se laissait-il donc sans cesse manipuler ? Cela revient à se demander pourquoi il donnait des prétextes à ses ennemis de venir bombarder son pays et sa population, sachant comme tout le monde, et mieux que tout le monde, qu’il était dans la ligne de mire – il me paraît extraordinaire qu’il n’ait pas compris en 1990 que l’annexion du Koweit ne pouvait le servir en aucune façon ; que si l’Amérique était décidée à abattre son régime, il n’y avait pas lieu de lui donner des argument supplémentaires pour légitimer, ou faciliter (ce qui revient au même) son action. Pourquoi se laissait-il prendre au piège du blocus, pourquoi laissait-il son pays être envahi et occupé militairement, pourquoi se laissait-il capturer, pourquoi se laissait-il interroger et pourquoi se laissait-il juger, sachant, là aussi mieux que tout le monde, qu’il serait exécuté, et que de différentes manières, tout ce qu’il dirait ou ferait ne pouvait qu’aller dans le sens de ce que voulaient ses ennemis, puisqu’il était entre leurs mains ? Une question, on le voit, qui renvoie à de multiples autres questions. Puis, je suis tombé sur cette information qui demande à être vérifiée comme tout ce qui concerne Saddam : de 1991 à 2003, c’est-à-dire pendant douze années, ce dernier n’aurait donné que trois coups de téléphone. La crainte d’être localisé via des satellites, et donc tué, en est la raison essentielle. On sait que durant cette période, il n’a pas cessé de construire des «palais», les fameux «palais présidentiels», à Baghdad, en fait des abris, des bunkers, dans l’espoir de brouiller les pistes pouvant mener à sa localisation. Saddam avait peur de mourir, voilà donc toute l’histoire. Ce personnage tragique n’avait pas peur de la mort comme chacun d’entre nous, il en était obsédé, hanté, pour reprendre le mot d’un psychiatre américain qui dit avoir eu accès à une partie importante de son interrogatoire. Au point qu’il n’a aucun doute sur sa survie. Il ne tombe même pas malade, moralement je veux dire ; on lui connaît, paraît-il, un cancer des poumons. Tant qu’il vit encore, il se sent bien, frais, prêt à batailler avec son juge sur des points de procédures, dans un tribunal qui n’a aucun sens, absurde, dans un procès qui n’a d’intérêt, de «légitimité», que par sa présence dans le box des accusés, jour après jour, peu importe les conditions, quelles qu’elles soient, au fond d’un trou, dépouillé de tout, de son pouvoir, de ses richesses, de son peuple, de ses deux fils morts, de sa liberté, et même de la paix et la solitude auxquelles tout prisonnier a droit d’aspirer avant d’être fusillé ou pendu. Il se bagarre, c’est un battant, jusqu’au bout, jamais le désespoir n’a de prise sur lui. Il a été pendu, un rire sarcastique à la bouche, à l’instant même de sa mort, comme s’il la niait encore au moment où elle venait enfin le prendre. Il répondait aux cris d’une bête anonyme, surgie du fond de la salle obscure qui servait de scène à la pendaison, qui scandait : Moktada Sadr ! Moktada Sadr ! Il riait, sarcastique, Saddam : Moktada Sadr ? La bonne blague, le petit jeunot, le rejeton de son père, laissez-moi rire… Voilà ce que voulait dire son rire. Puis il se reprend, sous ses pieds la trappe qui s’ouvre et la mort au-dessous de lui prête à l’avaler, il se reprend et commence, sans la finir, sa chahada. Sous l’œil d’un portable en guise de caméra. Je témoigne qu’il n’y a de Dieu que…

Que lui, Saddam ? Le portable qui le retrouve sous la trappe, pendu pour de bon. La mort ne s’était pas contentée de le prendre, elle lui a cassé le cou. La mort fut aussi méchante que lui.  

Voilà donc un homme que l’idée de mort a hanté, probablement jusqu’à son exécution. Voilà le secret d’un personnage que les Américains semblent avoir bien «compris» et dont ils ont usé jusqu’à l’extrême, sachant que Saddam acceptera tout, absolument tout sauf la mort. S’ils ne lui demandent pas de se mettre à genoux, de les supplier, de pleurer devant les caméras – ils doivent s’en être donné à cœur joie dans sa geôle, pendant les interrogatoires – c’est parce que de telles images ne les serviront probablement pas – Notons que Saddam Hussein ne s’agenouillerait, ne pleurerait, ne se dénuderait que contraint et forcé physiquement, il résisterait sur chaque séquence, protesterait sur chaque vêtement, sur chaque larme, sur chaque posture, mais aussitôt tout cela fini, il se relèverait, sècherait ses larmes, et très digne, reprendrait sa plaidoirie. Les Américains, experts en bon cinéma hollywoodien, ne voudront pas humilier de cette manière l’ancien dictateur, d’ailleurs leur dessein n’est pas d’humilier, gratuitement pour ainsi dire, un adversaire qui n’est pas de leur taille, mais de l’utiliser, répétons-le, pour des objectifs autrement plus gratifiants. lesquels ? On pourrait en recenser sans fin, et cela ne servirait à rien.

D’ailleurs, il n’y a pas pire humiliation que de le conduire dans un tribunal qui n’en est pas un et de lui demander de jouer avec conviction le rôle d’un accusé qui se défend devant un juge irakien sorti tout droit d’une caserne GI. Saddam n’est pas dupe de cette mascarade de procès, lui qui de son temps en avait tant organisés contre ses adversaires. Mais en échange de la plus vague des promesses qu’il vivrait encore quelques jours, quelques heures ou quelques minutes, il est donc prêt à tout, y compris à faire semblant de se défendre.

La mort est au centre de sa vision du monde. Les guerres dévastatrices dans lesquelles il s’était engagé volontiers, celle de l’Iran ayant occasionné un million de tués, ou encore la première guerre du golfe qu’il avait provoquée par l’annexion du Koweit, ainsi que la deuxième qu’il aurait pu tenter d’éviter par la reddition, sa reddition personnelle et non celle de l’Irak, le suicide ou tout autre moyen, illustrent avec éloquence le rapport complexe que Saddam entretient avec la mort. Il la donne à autrui, cette mort, d’autant plus volontiers qu’il la refuse pour lui-même, et toujours à n’importe quel prix. Si la moindre des raisons peut, semble-t-il, s’avérer suffisante pour le décider à tuer les autres, en gros comme en détail, il n’en existe aucune sur terre, à ses yeux, aucune qui peut l’amener à accepter de mourir : ni sur le plan du principe ou de l’honneur, ni pour éviter ou atténuer le malheur qui frappe son pays tout entier ; ni sur aucun plan. En se protégeant ainsi, en s’accrochant à la vie ou en refusant de mourir dans la cellule même où il était enfermé, quotidiennement battu et humilié – il a proposé candidement au juge de lui montrer les traces sur son corps, des tortures qu’on lui inflige «arbitrairement», comme si la question de l’arbitraire avait encore un sens à ce stade – utilisé pour toutes sortes de manœuvres médiatico-juridiques au profit de ses ennemis, et tout en sachant que sa lutte est vaine, il réussit, malgré tout cela, à incarner de manière tragique et paradoxale son peuple et son pays.

Après tout, c’est l’Irak et l’Irakien, ou une certaine image de l’Irak et de l’Irakien, qui demeurent ainsi vivants. Si Saddam refuse de mourir, n’est-ce pas aussi parce que c’est avec son pays qu’il se confond, ce pays que lui-même a contribué à mettre dans la situation où il se trouve à présent ?

Pour aussi vaine et absurde qu’elle apparaisse, la pauvre résistance de Saddam se confond avec celle d’un pays déjà divisé, menacé par la guerre civile et l’anarchie, héroïque et pathétique à la fois, et dont les analyses les plus sûres montrent qu’il ne jouit encore de ce semblant d’existence que par le maintien en activité du responsable de tous ses malheurs.

Que le bourreau parte, et on ne sait plus de quoi sera fait demain. Quelle tragédie pour ce grand peuple irakien, et pour ce dictateur, Saddam Hussein – dont la tyrannie est si familière à tant de pays arabes – qui l’a gouverné. Le bourreau est parti à présent, et les bourreaux du bourreau, qui sont aussi les bourreaux du peuple irakien, toujours victimes d’un bourreau ou d’un autre, ont eux aussi commencé leur retrait pour aller guerroyer ailleurs, en Afghanistan. On se demande bien quelle morale peut avoir toute cette stratégie.

Par Aïssa Khelladi

source: les debats

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assassinat de chaabani-chadli en parle

Posté par algeriedemocratie le 23 décembre 2008

Chadli l’a ressuscité jeudi à El Tarf

La trouble exécution du colonel Chaâbani

Il avait à peine 30 ans lorsqu’il a été exécuté par ses frères d’armes. En cette matinée du 3 septembre 1964, le plus jeune colonel de la Révolution algérienne, Mohamed Chaâbani, chef de la Wilaya VI (Grand Sahara) n’est (déjà) plus.

La « première » exécution de l’Algérie indépendante venait d’avoir lieu. Dans les bas-fonds de la prison militaire d’Oran. Condamné la veille au soir à la peine de mort par une cour martiale qui avait siégé dans l’enceinte même de cette prison, le « dissident » à Ben Bella est passé froidement par les armes. Le verdict était sans appel. Immédiatement exécutoire. 44 ans après, l’affaire Chaâbani hante toujours, tourmente protagonistes, acteurs actifs ou passifs et témoins, et interpelle bien des consciences. Accusé de tentative de sécession, de « traîtrise », le colonel Chaâbani a eu droit à un simulacre de procès. Il a été jugé, sans avocat, sans témoin et exécuté comme tant d’autres avant et après lui. Sommairement.

De sa ville natale, El Tarf, l’ancien président de la République, Chadli Bendjedid, évoquait jeudi dernier le nom de ce révolutionnaire, disciple d’Ibn Badis, qui avait remplacé le colonel Si Haouès à la tête de la Wilaya VI, région pétrolifère et gazière, en 1958. Chadli Bendjedid faisait partie avec les colonels Bencherif (Gendarmerie), Saïd Abid, Bensalem Abderrahmane et Draïa Ahmed, du tribunal désigné par Ben Bella avec un magistrat civil (Zertal) pour rendre une seule sentence. Une sentence sans appel et immédiatement exécutoire contre Chaâbani. « Boumediène m’a informé que Ben Bella avait demandé de le condamner à la peine de mort », déclarait l’ancien Président. « Nous avons tout fait pour que le Président revienne sur sa décision. Saïd Abid s’est fait insulter comme un malpropre lorsqu’il y est retourné une seconde fois. Avant même que nous finissions de nous entendre, il y a eu des mouvements impressionnants de la gendarmerie. Nous avons compris l’acharnement et l’empressement pour le mettre à mort que par la nécessité de taire des révélations compromettantes », ajoutait-il. De la culpabilité du premier président de l’Algérie indépendante, Ahmed Ben Bella, dans l’exécution de Chaâbani, le commandant Amor Sakhri, un des plus fidèles collaborateurs du colonel Chaâbani, en est persuadé. Néanmoins, l’assassinat serait l’œuvre, selon lui, de la « troisième force », des transfuges de l’armée française qui ont forcé la main à Ben Bella et à Boumediène.

La main de Boumediène

Dans une interview accordée au journal Le Soir d’Algérie du 25 janvier 1993, Sakhri déclare : « Chaâbani était précisément contre ces éléments (DAF) qui n’ont rien à voir avec la Révolution et qui se sont empressés de prendre le pouvoir (…). Se sentant en position de force et avec la complicité des autres forces politiques opportunistes, ils (les éléments de cette troisième force) ont exercé une pression sur Ben Bella et Boumediène pour les convaincre de la nécessité de se débarrasser de Chaâbani. En 1962, Chaâbani, tout comme les autres cadres de la Wilaya VI, était benbelliste et j’ajouterai pour l’histoire qu’il l’était plus que nous autres. Profitant de cette situation, Boumediène avait mobilisé tous ses alliés militaires et politiques pour exercer une pression sur Ben Bella, à telle enseigne que ce dernier est arrivé jusqu’à douter de la loyauté de Chaâbani. Celui-ci était accusé de tentative de sécession. Une accusation grave et sans aucun fondement dans le seul but d’étiqueter Chaâbani pour justifier sa liquidation à l’égard de l’opinion publique. »

La déclaration du colonel Tahar Zbiri en 1990, colonel de la Wilaya I (les Aurès) conforte cette thèse : « Chaâbani, qui avait une vaste culture, refusait de voir des officiers de l’armée française à des postes de responsabilité autres que techniques. C’est l’une des raisons du différend qui l’opposa à Boumediène. En fait, Chaâbani, en prenant la parole au congrès du FLN en avril 1964, a déclaré qu’il fallait procéder au nettoyage de l’armée des éléments infiltrés connus pour leur appartenance à la France coloniale. » L’historien Gilbert Meynier disculpe Ben Bella et atteste, dans Histoire intérieure du FLN-1954-1962, que le colonel Chaâbani a été « arrêté, jugé et exécuté à la demande insistante de Boumediène, après que Ben Bella eut refusé sa grâce ». Le colonel Chaâbani, natif d’Oumache, un village de la région de Biskra, rejoindra après des études secondaires, l’institut Ben Badis à Constantine. Etudiant, il ne tarda pas à abandonner ses études pour rejoindre les rangs de l’ALN et devenir le compagnon et collaborateur du colonel Si El Haouès jusqu’à sa mort. Selon Gilbert Meynier, « il fut arrêté, jugé et exécuté à la demande insistante de Boumediène après que Ben Bella eut refusé sa grâce ». Fethi Dib, patron des moukhabarate (services de renseignement égyptiens), révèle dans ses Mémoires une tout autre version. Une version aux couleurs de coup d’Etat.

Le 20 août 1964, F. Dib a rencontré Ben Bella à Alger pour lui rendre compte des résultats de l’entretien qu’il avait eu avec Khider, dont la demande de grâce au profit des opposants emprisonnés. Ben Bella aurait dit à F. Dib : « Concernant les chefs emprisonnés, ils seront jugés par un tribunal et s’il sont condamnés à mort, ils seront exécutés car ils sont accusés d’avoir tenté un coup d’Etat dans lequel Khider lui-même est impliqué. » Dans un discours prononcé le 5 juillet 1964, Ben Bella avait qualifié le colonel Chaâbani « d’apprenti bachagha Bengana, de vice-roi des dunes et de réactionnaire ». Le colonel Bencherif accuse le colonel Chaâbani de « dissidence et de crimes de guerre ». Selon l’ex-patron de la Gendarmerie, ancien de l’armée française, Chaâbani était entré en dissidence dans la région de Bou Saâda jusqu’au cessez-le-feu. La Wilaya VI a été dissoute, d’après lui, juste après la mort de Si Haouès et rattachée à la Wilaya IV. Il accusera aussi Chaâbani d’avoir ordonné le massacre de 700 djounoud (soldats) messalistes à Charef (Djelfa).

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Posté par algeriedemocratie le 23 décembre 2008

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QUI CONTRÔLE LES HYDROCARBURES EN ALGERIE?

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Qui contrôle les hydrocarbures en

Algérie ? Qui craint le débat ?

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Les algériens ont une relation ambivalente avec leurs ressources en hydrocarbures qu’ils considèrent depuis leur nationalisation en 1971 comme des bijoux de famille mais dont ils n’apprécient le véritable enjeu qu’en situation de crise. Ils se soucient très peu de leur gestion car le discours officiel est d’une telle technicité qu’il décourage toute velléité de compréhension. Ils réalisent qu’ils n’ont aucune influence sur la politique énergétique de leur propre pays mais on leur a inoculé l’illusion qu’ils agissent sur le cours mondial du pétrole et apprennent en conséquence à s’accommoder de l’alternance des périodes d’aisance financière et de pénurie.

La 151ème réunion de l’OPEP intervient dans ce contexte pour être présentée à l’opinion publique comme un événement majeur dans un pays ou le secteur de l’énergie s’est érigé en un Etat de substitution .Pourtant avec une production de 1.4 millions de barils jour l’Algérie n’est que le poussin de l’OPEP ( 32 m b/j ) qui ne produit elle-même que 40% du brut mondial. A ce titre quel pourrait être notre poids réel dans la fixation du prix du baril devenu insensible même aux conflits armés mais plutôt réactif à la croissance des économies chinoise et indienne et à la spéculation. Pour notre part nous n’avons pas été capables de nous inscrire dans aucune des deux démarches par excès de prudence ou par défaut d’anticipation et d’ambition pour le pays. Il faut alors espérer que cette effervescence passagère profite au moins à l’hôtellerie et à l’artisanat d’Oran.

Ce secteur étant entouré d’une opacité qui renseigne sur les intérêts qui le portent il ne reste plus que les sources ouvertes étrangères comme l’OPEP, les clients de Sonatrach ou encore le bon sens pour nous en révéler les paradoxes les plus apparents. Ainsi depuis 10 ans le conseil d’administration et l’assemblée générale de Sonatrach ou encore le Conseil supérieur de l’énergie sont inopérants et seuls le chef de l’Etat et son ministre de l’énergie et des mines Chakib Khelil décident de 60% de la production annuelle de richesse nationale.

Une observation des principaux indicateurs l’énergie renseigne sur le degré de désinformation destinée à produire une sorte d’exaltation nationale par les hydrocarbures et maquiller la réalité d’un état des lieux inquiétant.

Primo : La production algérienne de pétrole est certes passée de 909.000 b/j en 1998 à 1. 371.000 b/j en 2007 mais cette augmentation représente la part des associés étrangers, celle de Sonatrach seule ayant stagné puis chuté ces dernières années. C’est évidemment dans la même proportion que les étrangers ont réalisé de super profits ces 5 dernières années. Si nous prenons l’exemple de l’Angola sa production de 1998 (712.000b/j) a été multipliée par deux en moins de 10ans (1 694 000 b/j).

Secundo : Nos capacités de raffinage ont chuté à 19 millions de tonnes en 2006 et ne sont même pas au niveau ou elles étaient il y a 30 ans (21 millions de tonnes) c’est pourquoi notre pays a fini par importer une partie de ses besoins en essence et en gasoil. Le gouvernement – à supposer qu’il dispose d’un droit de regard sur les hydrocarbures – aura attendu que les coûts des raffineries se multiplient par 3 en raison du renchérissement prévisible des matières entrant dans leur fabrication (cuivre, aciers spéciaux, étain..) et de la forte demande en raffineries pour se lancer dans l’hypothétique programme 2008-2012 qui couvrira à peine les besoins nationaux dans 10 ans si nous tenons compte de l’évolution actuelle de la demande globale du marché algérien . Un mémoire de fin d’études d’ingéniorat en commerce international dans un institut de gestion à Alger avait anticipé en 2003 le scénario catastrophe de la politique nationale de raffinage. Les 2 étudiants n’avaient pas 23 ans.

Tertio : Notre production de gaz à l’exportation a stagné à son niveau de 1999 puisqu’elle est de 59 milliards de m3 ce qui représente à peine la consommation nationale dans 10 ans selon les prévisions de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz ( CREG ), si par malheur les 3 méga projets de complexes d’aluminium (AAOLA ) et d’ammoniac et d’urée ( EBF et ORASCOM ) très gros consommateurs en gaz, venaient à se concrétiser. Il s’agira par ailleurs tout simplement d’une exportation déguisée de gaz financée de surcroit en grande partie sur des fonds publics.

Pour ce qui est de l’exportation de Gaz Naturel Liquéfié, l’Algérie qui a toujours opté pour une stratégie médiane 50% par pipe et 50% par méthanier est otage aujourd’hui des engagements avec l’Italie et l’Espagne pour 50 milliards de m3 par gazoduc ce qui réduit sa flexibilité et fait perdre des positions de marché spot autrement plus rentable notamment sur le continent américain. Pour être valable l’option construction de nouveaux gazoducs imposée par Chakib Khelil aurait dû être consolidée par des acquisitions stratégiques en Italie où par exemple la Libye est déjà présente dans l’aval depuis au moins 20 ans et en Espagne où le groupe russe Lukoil cherche à acheter une partie de Repsol notre principal client qui à défaut d’être notre associé est engagé en justice contre Sonatrach dans un litige dont l’issue est incertaine et les causes obscures.

Sur le plan stratégique il se pose un double problème : le premier réside dans l’entêtement des dirigeants à considérer les hydrocarbures comme un simple produit marchand alors qu’il est depuis 60 ans un des outils de la souveraineté des nations et un levier de choix dans les relations internationales . A ce titre on devrait impliquer chez nous les opérateurs de politique étrangère et de défense nationale dans l’élaboration de toute stratégie en la matière. Le second problème est représenté par le très faible niveau d’internationalisation du secteur énergétique réduit depuis 10 ans à une insignifiante participation dans une installation gazière en Amazonie péruvienne et dans quelques menus projets avec une participation minime qui n’autorise aucune synergie avec les intérêts de Sonatrach à l’international.

Le département de l’énergie s’implique par contre localement dans des domaines qui ne relèvent ni de sa vocation ni de ses missions institutionnelles : dessalement d’eau, suivi de la construction de la nouvelle ville de Hassi messaoud et financement d’un palais des congrès à Oran, d’une piscine olympique à Hydra ou encore le sponsoring financier d’un mouvement associatif de circonstance et de clubs de foot entrainés pour certains à se transformer tous les 5 ans en comités de soutien …

L’histoire enseigne qu’un Etat qui possède la majorité des ressources économiques dans la société détient le pouvoir. Chez nous au lieu de servir à réduire la dépendance alimentaire, valoriser la ressource humaine elles deviennent un enjeu de pouvoir et un obstacle à la démocratisation d’un pays parce que gagner les élections veut dire se perpétuer au pouvoir pour conserver la rente. Nous n’aurons pas échappé à cette malédiction qui veut que dans le Tiers monde les ressources représentent paradoxalement un obstacle pour la stabilité et ne favorisent pas l’alternance dans l’exercice du pouvoir. Dans cet esprit, les plus gros scandales financiers et de corruption de l ‘histoire de l’Algérie affectent les secteurs les plus opaques et les plus rentiers chez nous, les banques publiques les hydrocarbures et leurs interconnexion avec les politiques

Par exemple, Brown Root & Condor (BRC) forte de l’implication de son associé le géant américain Haliburton, lobbyiste attitré à Washington du Président Bouteflika pour son deuxième mandat notamment, aurait bien pu continuer à surfacturer, diversifier ses services de management des projets en passant de l’infrastructure militaire à la piscine à la spéculation immobilière sans rendre compte à personne BRC s’est permis de violer les règles les plus élémentaires des finances publiques parce que ses dirigeants savent que les hydrocarbures ne sont pas soumises aux exigences de transparence et que le contrôle de la rente pétrolière en Algérie est centralisé au niveau de quelques personnes.

A défaut d’un système démocratique, les algériens ne peuvent pas réclamer avec la force légale requise l’exercice d’un contrôle direct ou indirect sur cette richesse provisoire de la nation .Ils prennent alors le risque de vivre de dramatiques situations comme celle dans laquelle notre Président de la République reconnaît publiquement en 2006 avoir retiré sur les conseils avisés du bolivarien Hugo Chavez la loi antinationale sur les Hydrocarbures de mars 2005, la plus libérale de l’histoire de l’OPEP . En résumé le pays a perdu en si peu de temps une autonomie de décision en cédant aux pressions des uns et aux avis des autres sans en référer à sa propre intelligence ni à son peuple seul habilité à exercer une souveraineté sur ses ressources naturelles. Quelle belle leçon de patriotisme économique pour un pouvoir appartenant à une génération supposée être encore portée par une légitimité révolutionnaire.

Enfin pourquoi produire aujourd’hui pour des recettes de 67 milliards de dollars alors que le rythme de développement n’a pas réclamé plus de 25 milliards dollars et que les crédits d’équipements ont été consommés seulement à concurrence de 37% ces 5 dernières années ? Faut –il produire plus uniquement pour répondre aux besoins de consommation de l’Union Européenne toujours plus urgents et plus importants ? Pourquoi hypothéquer des réserves stratégiques déjà controversées et qui nous sont seulement prêtées par les générations futures ? Si seul un système de gestion transparent est de nature à répondre à ces questions il reste à espérer que les quelques personnes qui décident en Algérie détiennent le secret de l’adéquation entre les ressources disponibles, la satisfaction des besoins nationaux à long terme et la mobilisation immédiate de devises pour acheter la paix sociale.

Abdelaziz Rahabi

ARTICLE DU MATIN-DZ

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CENSURE EN ALGERIE

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Pensée critique et censure en Algérie stdClass Object ( [codcontent] => 1956 [occhiello] => [sottotitolo] => [titolo] => Pensée critique et censure en Algérie [abstract] => S’il est difficile de parler du thème «Islam et Occident» en si peu de temps, il est tout aussi difficile de traiter de la «censure et la pensée en Algérie» en 10 minutes.
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Tout le monde est plus ou moins au courant des problèmes liés à la censure de la presse privée en Algérie. Il y a deux jours, c’était la journée internationale de la liberté de la presse et ce sujet a été assez largement abordé par les médias. Je ne tiens pas à faire ici une énumération des harcèlements que subissent les journaux algériens. Ce serait un peu trop facile. Je préfère éviter de vous lire une simple dépêche qui dirait: «200 journalistes, condamnés pour délit de presse, ont été graciés le 2 mai par le président et il y en a encore des dizaines qui sont toujours poursuivis devant les tribunaux».
Pour l’honnêteté de mon exposé, je souhaiterais tracer un cadre plus général, et ce, afin que la situation de la «pensée critique», en Algérie et, plus généralement, dans les pays dits «en développement», ne soit pas abordée comme une situation spécifique, unique.
Le premier point de ce cadre général est celui du recul de la pensée critique dans le monde entier. Il y a aujourd’hui une certaine unanimité sur le fait que, partout, elle tend à être minorée, rejetée dans la marge. La place de la pensée critique dans les médias de tous les pays de la planète se rétrécit. On a vu comment les médias américains ont pu couvrir la guerre contre l’Irak. On a pu voir, à l’occasion de cette guerre, comment beaucoup d’entre eux ont pu être enrégimenté pour devenir des soldats de l’information, des officiers d’action psychologique de l’armée US.
On voit également que, partout dans le monde, y compris dans les pays industriels, il y a une «censure invisible» de plus en plus forte qui frappe les médias, notamment les médias de masse. Le critère de l’audimat prime sur tous les autres critères dans le choix des informations à diffuser et dans la façon de les traiter. Les émissions télévisées intéressantes, dans lesquelles peuvent êtres développées des visions critiques des événements et des sujets en débat dans la société, sont rarement diffusées à des heures de grande écoute. Souvent même, elles sont diffusées à minuit et ne durent jamais plus d’une heure. Elles sont évidemment entrecoupées, comme toutes les émissions télé, d’interminables pages de publicité.
Le deuxième point du cadre général que je voudrais exposer avant d’aborder la question de la censure et de la pensée critique en Algérie est celui-ci : partout dans le monde, même dans les pays industrialisés (ce qui est surprenant et décevant), on constate des retours de bâton autoritaires. Le renforcement des tendances autoritaires dans les pays dits «développés» sert, dans des pays comme l’Algérie, de justification à l’autoritarisme du gouvernement et à ses politiques répressives. Le régime algérien ne s’est jamais senti aussi à l’aise qu’après les attentats du 11 septembre et ce qu’ils ont pu justifier, en Amérique comme en Europe, comme «Patriotic Acts» et autres lois scélérates. Avec les lois anti-terroristes américaines et britanniques, des gens peuvent être arrêtés et incarcérés pendant des mois, voire des années, sans avoir le droit d’être jugé ni d’être relâchés. Pareilles lois ne peuvent que favoriser les tendances autoritaires dans des pays comme l’Algérie. Elles les couvrent de la légitimité des «vieilles démocraties».
Avant d’évoquer les formes que prend la censure en Algérie, je crois qu’il faut relever que ce pays sort à peine d’une guerre civile larvée qui a duré presque une dizaine d’années et qui a commencé après l’annulation des élections législatives du 27 décembre 1991, remportées par un parti islamiste radial, le Front islamique du salut. A la faveur de l’ouverture démocratique qui a suivi la révolte populaire d’octobre 1988, est né, dès 1990, une presse privée qui s’est qualifiée d’«indépendante» pour se distinguer de la presse publique, entièrement à la dévotion du gouvernement. Cette presse privée est donc venue au monde dans un climat politique très tendu, marqué par une grande agitation politique due notamment à la montée de l’islamisme. Elle s’est développée dans un contexte de guerre civile qui a causé quelques dizaines de milliers de victimes. On peut dire, de ce point de vue, que, depuis sa naissance, elle vit dans une situation d’exception.
Une bonne partie de cette presse privée se montre critique envers le régime en place. Elle dénonce son opacité, ses manœuvres, son système de trucage des élections, etc. Si pendant la guerre civile, dans le contexte d’équilibre fragile entre les différentes fractions du pouvoir, une pareille possibilité de critique était plus ou moins possible, elle est aujourd’hui très difficile. Pour utiliser une formule lapidaire, le régime – au sein duquel la présidence de la république est redevenue un vrai centre de pouvoir – «n’a plus besoin de la presse» qui a été un de ses soutiens indéfectibles contre la menace de l’islamisme politique, et ce dès 1989, date de la fondation du Front islamique du salut. Aujourd’hui, il accepte de moins en moins d’être l’objet de ses critiques.
Le président algérien a récemment promulgué une «loi sur la réconciliation nationale» qui, sous prétexte de tourner la page de la guerre civile, a offert l’amnistie aux islamistes armés ainsi qu’aux corps de sécurité. Cette loi interdit formellement toute évocation des drames de cette période trouble et des responsabilités des deux camps en conflit dans les multiples drames qu’elle a connus (attentats, disparitions). La transgression de cet interdit est même passible de poursuites pénales qui ne tarderont pas à être précisées.

Comment s’exerce la censure sur la presse algérienne?
Il y une censure visible, un peu normative si je puis dire : la suspension d’un journal pour avoir publié des «informations qui portent atteinte à l’intérêt national». Il y a également l’interdiction de son impression sous prétexte de créances impayées (les imprimeries étant encore un quasi-monopole public). Certes beaucoup de journaux ne se montrent pas empressés de régler leur note chez leur imprimeur mais ce dernier, qui reçoit ses ordres du gouvernement, ne se montre pas aussi avide de recouvrer ses créances sur d’autres mauvais payeurs, qui se trouvent être, en fait, des journaux favorables à la politique du président.
Il y a aussi d’autres moyens de faire pression sur les journaux privés, comme le harcèlement judiciaire. Depuis 2001, il existe dans le code pénal algérien un article qui punit d’ «une peine de 3 mois à 12 mois d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 à 250 000 dinars (entre 5 000 et 25000 euros), toute personne qui offense le président de la République par une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclaration ou de toute autre support de la parole ou de l’image». En application de cet article, des dizaines de journalistes ont été poursuivis devant les tribunaux. Certains d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme, d’autres à de fortes amendes. Beaucoup de ces journalistes condamnés ont été graciés par le président de la République le 2 mai dernier. Ainsi, c’est le prince qui les a mis en prison, et c’est lui qui leur rend la liberté !!! La justice condamne et gracie sur ses ordres.
La menace de suspension et de poursuites pénales pousse les journalistes à pratiquer l’autocensure. Et s’ils ne se plient pas eux même aux recommandations implicites de sagesse qui sont celles du code pénale, les directions des journaux, craignant d’être condamnées à de fortes amendes qui rendraient précaire leur situation financière, se chargent de les en convaincre. On n’a ainsi plus vraiment besoin de convoquer les journalistes au commissariat pour les inviter à être plus «responsables». Il suffit juste de leur dire, en réunion de rédaction: «Voilà la situation, essayez de vous adapter».
La presse privée algérienne subit de plus en plus, une autre forme de censure, invisible, indirecte, plus perfide qui ne s’exerce pas par les biais coercitifs classique (imprimatur, suspension) mais par le biais du chantage à la publicité. On n’a presque plus le droit, dans certains journaux, de critiquer certains annonceurs privés, car ce sont leurs principaux fournisseurs de publicité. Là aussi, les journalistes sont invités à pratiquer l’autocensure. L’autocensure peut aller, parfois, jusqu’à la complaisance dans la couverture des activités de ces annonceurs. Certains articles sur les opérateurs de la téléphonie mobile (un marché en pleine expansion), par exemple, ressemblent davantage à des publireportages qu’à des articles d’information.
Je voudrais, avant de conclure sur la censure que subit la presse privée, ajouter quelque chose qui me paraît important. Entre 1990 et 1992, cette presse était considérée comme une des plus libres du monde arabe et du tiers monde. Tous les sujets pouvaient être abordés et où il n’y avait pas de sujets tabous (même pas en ce qui concerne le président de la République, et ce, jusqu’à l’amendement du code pénal en juin 2001). Pendant la guerre civile, la presse privée a refusé la censure étatique sur les informations liées à la sécurité… Malheureusement, elle a elle-même passé sous silence un certain nombre d’informations importantes sur le déroulement de la guerre civile. Pendant de longues années, peu de journaux ont abordé les centaines d’enlèvements de supposés militants islamistes par les services de sécurité. En refusant d’évoquer les travers de la «lutte antiterroriste» et son lot de drames, ces journaux se sont fragilisés face à l’Etat et ont discrédité leur discours sur la liberté de presse et la liberté d’expression aux yeux de la population. La liberté d’informer est une et indivisible. On ne peut refuser la censure d’un article sur les attentats islamistes et censurer soi-même des articles traitant de disparitions forcées ou d’exécutions sommaires. Il y là, à l’évidence, une insoutenable contradiction.

Je voudrais avant de finir ce court exposé dire un mot sur la censure religieuse, qui est bel et bien de retour. Je rappelle, à ce propos qu’en même temps que cet l’article punissant sévèrement l’offense à la personne du président, on a inséré dans le code pénal un autre article qui «punit d’une peine de 3 à 5 ans d’emprisonnement et d’une forte amende, ou d’une des deux peines seulement, quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu (les autres prophètes), ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclarations ou de toute autre support de la parole ou de l’image».
Pareil amendement du Code pénal est à n’en pas douter une concession symbolique aux pressions des partis islamistes et ce, pour une raison simple : la critique de la pensée religieuse n’est pas encore l’activité favorite des intellectuels algériens. Le renforcement de la censure religieuse est, de ce point de vue, réellement sans objet véritable. Il n’est autre chose qu’une façon, pour le régime, d’acquérir une plus grande légitimité populaire en se mettant au diapason d’une nouvelle vague de religiosité que connaît tout le monde musulman. Cette censure religieuse n’est pas forcément mal accueillie au niveau populaire. Dans ce climat mondial où des pays musulmans, l’Irak et l’Afghanistan, sont occupés par des puissances étrangères, elle est assimilée à une forme de «retour aux sources», de recouvrement de l’identité musulmane, dont on prête à l’Occident la volonté d’anéantir. Les partis religieux exploitent cette situation de conquête du monde musulman par l’Amérique et ses alliés pour affirmer: «Afin de lutter contre la politique des Etats-Unis, nous devons nous unir sous la bannière de l’islam, nous devons combattre tout ce qui peut lui paraître étranger». Les agressions que subit le monde arabo-musulman ont un effet négatif évident sur la pensée critique dans cette région du monde. Elles favorisent le repli identitaire et légitiment les discours favorables à la censure religieuse.
[testo5] => Le 5 mai 2006
Yassin Temlali [testo6] => ________________________________________________________________
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CENSURE EN ALGERIE dans vive l'algerie(128) x_yassin
Yassin Temlali

S’il est difficile de parler du thème «Islam et Occident» en si peu de temps, il est tout aussi difficile de traiter de la «censure et la pensée en Algérie» en 10 minutes.
Tout le monde est plus ou moins au courant des problèmes liés à la censure de la presse privée en Algérie. Il y a deux jours, c’était la journée internationale de la liberté de la presse et ce sujet a été assez largement abordé par les médias. Je ne tiens pas à faire ici une énumération des harcèlements que subissent les journaux algériens. Ce serait un peu trop facile. Je préfère éviter de vous lire une simple dépêche qui dirait: «200 journalistes, condamnés pour délit de presse, ont été graciés le 2 mai par le président et il y en a encore des dizaines qui sont toujours poursuivis devant les tribunaux».
Pour l’honnêteté de mon exposé, je souhaiterais tracer un cadre plus général, et ce, afin que la situation de la «pensée critique», en Algérie et, plus généralement, dans les pays dits «en développement», ne soit pas abordée comme une situation spécifique, unique.
Le premier point de ce cadre général est celui du recul de la pensée critique dans le monde entier. Il y a aujourd’hui une certaine unanimité sur le fait que, partout, elle tend à être minorée, rejetée dans la marge. La place de la pensée critique dans les médias de tous les pays de la planète se rétrécit. On a vu comment les médias américains ont pu couvrir la guerre contre l’Irak. On a pu voir, à l’occasion de cette guerre, comment beaucoup d’entre eux ont pu être enrégimenté pour devenir des soldats de l’information, des officiers d’action psychologique de l’armée US.
On voit également que, partout dans le monde, y compris dans les pays industriels, il y a une «censure invisible» de plus en plus forte qui frappe les médias, notamment les médias de masse. Le critère de l’audimat prime sur tous les autres critères dans le choix des informations à diffuser et dans la façon de les traiter. Les émissions télévisées intéressantes, dans lesquelles peuvent êtres développées des visions critiques des événements et des sujets en débat dans la société, sont rarement diffusées à des heures de grande écoute. Souvent même, elles sont diffusées à minuit et ne durent jamais plus d’une heure. Elles sont évidemment entrecoupées, comme toutes les émissions télé, d’interminables pages de publicité.
Le deuxième point du cadre général que je voudrais exposer avant d’aborder la question de la censure et de la pensée critique en Algérie est celui-ci : partout dans le monde, même dans les pays industrialisés (ce qui est surprenant et décevant), on constate des retours de bâton autoritaires. Le renforcement des tendances autoritaires dans les pays dits «développés» sert, dans des pays comme l’Algérie, de justification à l’autoritarisme du gouvernement et à ses politiques répressives. Le régime algérien ne s’est jamais senti aussi à l’aise qu’après les attentats du 11 septembre et ce qu’ils ont pu justifier, en Amérique comme en Europe, comme «Patriotic Acts» et autres lois scélérates. Avec les lois anti-terroristes américaines et britanniques, des gens peuvent être arrêtés et incarcérés pendant des mois, voire des années, sans avoir le droit d’être jugé ni d’être relâchés. Pareilles lois ne peuvent que favoriser les tendances autoritaires dans des pays comme l’Algérie. Elles les couvrent de la légitimité des «vieilles démocraties».
Avant d’évoquer les formes que prend la censure en Algérie, je crois qu’il faut relever que ce pays sort à peine d’une guerre civile larvée qui a duré presque une dizaine d’années et qui a commencé après l’annulation des élections législatives du 27 décembre 1991, remportées par un parti islamiste radial, le Front islamique du salut. A la faveur de l’ouverture démocratique qui a suivi la révolte populaire d’octobre 1988, est né, dès 1990, une presse privée qui s’est qualifiée d’«indépendante» pour se distinguer de la presse publique, entièrement à la dévotion du gouvernement. Cette presse privée est donc venue au monde dans un climat politique très tendu, marqué par une grande agitation politique due notamment à la montée de l’islamisme. Elle s’est développée dans un contexte de guerre civile qui a causé quelques dizaines de milliers de victimes. On peut dire, de ce point de vue, que, depuis sa naissance, elle vit dans une situation d’exception.
Une bonne partie de cette presse privée se montre critique envers le régime en place. Elle dénonce son opacité, ses manœuvres, son système de trucage des élections, etc. Si pendant la guerre civile, dans le contexte d’équilibre fragile entre les différentes fractions du pouvoir, une pareille possibilité de critique était plus ou moins possible, elle est aujourd’hui très difficile. Pour utiliser une formule lapidaire, le régime – au sein duquel la présidence de la république est redevenue un vrai centre de pouvoir – «n’a plus besoin de la presse» qui a été un de ses soutiens indéfectibles contre la menace de l’islamisme politique, et ce dès 1989, date de la fondation du Front islamique du salut. Aujourd’hui, il accepte de moins en moins d’être l’objet de ses critiques.
Le président algérien a récemment promulgué une «loi sur la réconciliation nationale» qui, sous prétexte de tourner la page de la guerre civile, a offert l’amnistie aux islamistes armés ainsi qu’aux corps de sécurité. Cette loi interdit formellement toute évocation des drames de cette période trouble et des responsabilités des deux camps en conflit dans les multiples drames qu’elle a connus (attentats, disparitions). La transgression de cet interdit est même passible de poursuites pénales qui ne tarderont pas à être précisées.

Comment s’exerce la censure sur la presse algérienne?
Il y une censure visible, un peu normative si je puis dire : la suspension d’un journal pour avoir publié des «informations qui portent atteinte à l’intérêt national». Il y a également l’interdiction de son impression sous prétexte de créances impayées (les imprimeries étant encore un quasi-monopole public). Certes beaucoup de journaux ne se montrent pas empressés de régler leur note chez leur imprimeur mais ce dernier, qui reçoit ses ordres du gouvernement, ne se montre pas aussi avide de recouvrer ses créances sur d’autres mauvais payeurs, qui se trouvent être, en fait, des journaux favorables à la politique du président.
Il y a aussi d’autres moyens de faire pression sur les journaux privés, comme le harcèlement judiciaire. Depuis 2001, il existe dans le code pénal algérien un article qui punit d’ «une peine de 3 mois à 12 mois d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 à 250 000 dinars (entre 5 000 et 25000 euros), toute personne qui offense le président de la République par une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclaration ou de toute autre support de la parole ou de l’image». En application de cet article, des dizaines de journalistes ont été poursuivis devant les tribunaux. Certains d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme, d’autres à de fortes amendes. Beaucoup de ces journalistes condamnés ont été graciés par le président de la République le 2 mai dernier. Ainsi, c’est le prince qui les a mis en prison, et c’est lui qui leur rend la liberté !!! La justice condamne et gracie sur ses ordres.
La menace de suspension et de poursuites pénales pousse les journalistes à pratiquer l’autocensure. Et s’ils ne se plient pas eux même aux recommandations implicites de sagesse qui sont celles du code pénale, les directions des journaux, craignant d’être condamnées à de fortes amendes qui rendraient précaire leur situation financière, se chargent de les en convaincre. On n’a ainsi plus vraiment besoin de convoquer les journalistes au commissariat pour les inviter à être plus «responsables». Il suffit juste de leur dire, en réunion de rédaction: «Voilà la situation, essayez de vous adapter».
La presse privée algérienne subit de plus en plus, une autre forme de censure, invisible, indirecte, plus perfide qui ne s’exerce pas par les biais coercitifs classique (imprimatur, suspension) mais par le biais du chantage à la publicité. On n’a presque plus le droit, dans certains journaux, de critiquer certains annonceurs privés, car ce sont leurs principaux fournisseurs de publicité. Là aussi, les journalistes sont invités à pratiquer l’autocensure. L’autocensure peut aller, parfois, jusqu’à la complaisance dans la couverture des activités de ces annonceurs. Certains articles sur les opérateurs de la téléphonie mobile (un marché en pleine expansion), par exemple, ressemblent davantage à des publireportages qu’à des articles d’information.
Je voudrais, avant de conclure sur la censure que subit la presse privée, ajouter quelque chose qui me paraît important. Entre 1990 et 1992, cette presse était considérée comme une des plus libres du monde arabe et du tiers monde. Tous les sujets pouvaient être abordés et où il n’y avait pas de sujets tabous (même pas en ce qui concerne le président de la République, et ce, jusqu’à l’amendement du code pénal en juin 2001). Pendant la guerre civile, la presse privée a refusé la censure étatique sur les informations liées à la sécurité… Malheureusement, elle a elle-même passé sous silence un certain nombre d’informations importantes sur le déroulement de la guerre civile. Pendant de longues années, peu de journaux ont abordé les centaines d’enlèvements de supposés militants islamistes par les services de sécurité. En refusant d’évoquer les travers de la «lutte antiterroriste» et son lot de drames, ces journaux se sont fragilisés face à l’Etat et ont discrédité leur discours sur la liberté de presse et la liberté d’expression aux yeux de la population. La liberté d’informer est une et indivisible. On ne peut refuser la censure d’un article sur les attentats islamistes et censurer soi-même des articles traitant de disparitions forcées ou d’exécutions sommaires. Il y là, à l’évidence, une insoutenable contradiction.

Je voudrais avant de finir ce court exposé dire un mot sur la censure religieuse, qui est bel et bien de retour. Je rappelle, à ce propos qu’en même temps que cet l’article punissant sévèrement l’offense à la personne du président, on a inséré dans le code pénal un autre article qui «punit d’une peine de 3 à 5 ans d’emprisonnement et d’une forte amende, ou d’une des deux peines seulement, quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu (les autres prophètes), ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclarations ou de toute autre support de la parole ou de l’image».
Pareil amendement du Code pénal est à n’en pas douter une concession symbolique aux pressions des partis islamistes et ce, pour une raison simple : la critique de la pensée religieuse n’est pas encore l’activité favorite des intellectuels algériens. Le renforcement de la censure religieuse est, de ce point de vue, réellement sans objet véritable. Il n’est autre chose qu’une façon, pour le régime, d’acquérir une plus grande légitimité populaire en se mettant au diapason d’une nouvelle vague de religiosité que connaît tout le monde musulman. Cette censure religieuse n’est pas forcément mal accueillie au niveau populaire. Dans ce climat mondial où des pays musulmans, l’Irak et l’Afghanistan, sont occupés par des puissances étrangères, elle est assimilée à une forme de «retour aux sources», de recouvrement de l’identité musulmane, dont on prête à l’Occident la volonté d’anéantir. Les partis religieux exploitent cette situation de conquête du monde musulman par l’Amérique et ses alliés pour affirmer: «Afin de lutter contre la politique des Etats-Unis, nous devons nous unir sous la bannière de l’islam, nous devons combattre tout ce qui peut lui paraître étranger». Les agressions que subit le monde arabo-musulman ont un effet négatif évident sur la pensée critique dans cette région du monde. Elles favorisent le repli identitaire et légitiment les discours favorables à la censure religieuse.

 
 
Le 5 mai 2006
Yassin Temlali

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