Réponse du Dr SIDHOUM – Appel du général YALA

Posté par algeriedemocratie le 27 octobre 2012

Réponse du Dr SIDHOUM – Appel du général YALA

Réponse du Dr SIDHOUM – Appel du général YALA dans salah-eddine sidhoum(25) dr-sidhoum-300x223Mon absence momentanée ne m’a pas permis de participer dès le début au débat suscité par l’appel de notre compatriote MT. Yala.

Il est clair que le constat présenté par cet officier supérieur est celui de tout Algérien sincère et conscient de la grave situation nationale. Et ce constat a déjà été fait depuis des décennies bien avant l’accélération de la déliquescence sociale et de la faillite politique. A l’époque ceux qui osaient dénoncer cette triste réalité nationale, en dehors des discours ronflants des thuriféraires larbins de l’imposture totalitaire, étaient traités de réactionnaires, contre-révolutionnaires, quand ils n’étaient pas carrément étiquetés de fils de harkis.

Il est encourageant de voir aujourd’hui d’ex-serviteurs du système, civils et militaires tenir le même discours que ces opposants « ennemis de la Révolution » et tirer les mêmes conclusions sur la nécessité impérieuse d’un changement radical du système.

Il est clair aussi que la faillite de ce système honni est le résultat de 50 ans d’illégitimité du pouvoir (je dis bien 50 années). Un pouvoir pris par la force des armes, entretenu par les coups d’Etats, les intrigues et « légitimé » par des mascarades électorales à la Neagelen.

J’aurais voulu connaitre le point de vue de Mr Yala sur le devenir de la sinistre police politique, dans l’Etat de Droit de demain auquel nous aspirons tous. Cette police politique, colonne vertébrale d’un régime illégitime, responsable par sa politique de terreur, de nombreux drames depuis 62 et qui continue à « gérer » sans partage tous les espaces de la vie publique, sociale et politique.

Sinon sur le plan des propositions, il y a beaucoup de points de convergences avec d’autres initiatives dont celles du FCN (changement radical et pacifique, respect des valeurs civilisationnelles de la Nation, démocratie, droits de l’homme, alternance véritable, Constituante….). Mr Yala avance l’idée d’un « pacte national de citoyenneté » comme creuset à toutes les forces politiques réelles et comme base d’action pour le changement. Au FCN et bien avant avec l’Appel du 19 mars 2009, nous avons déjà proposé de nous entendre sur un « compromis politique historique ».

Je crois que le moment est venu de fédérer sérieusement toutes ces volontés sincères, loin de tout calcul politicien et de visions idéologiques ou partisanes étroites, autour de ces principes et valeurs communes clairement énoncées qui constitueront le socle de notre pacte national ou compromis politique pour pouvoir lancer ce vaste et solide mouvement populaire pacifique du changement radical.

Il est certain que ce mouvement fédérateur en vue d’une action bien définie qu’est le changement de système politique (et non un changement dans le système) ne doit en aucun cas être un assemblage de partis et autres associations hétéroclites mais un véritable front réunissant des volontés sincères et engagées sans exclusion ni exclusive, débarrassées de leurs oripeaux idéologiques stérilisants.

En aucun cas, ce mouvement rassembleur ne doit être l’otage d’un quelconque esprit zaïmiste. Une direction collégiale doit piloter ce projet fédérateur.

Il est important de rappeler aux adeptes du grenouillage boulitique le fait que nul n’a le monopole du changement, de la démocratie, de la religion ou de l’identité nationale. Le changement doit être l’œuvre de toutes et tous ceux qui sont engagés sur le terrain à SERVIR et à SAUVER l’Algérie de ce chaos programmé et non l’œuvre de prétentieux qui voudraient déjà se positionner pour une quelconque prise de pouvoir alors que le bateau Algérie risque de couler.

Tout comme nous devons insister sur le fait que dans l’Etat de Droit de demain, auquel nous aspirons tous, aucune institution de l’Etat, quelle qu’elle soit, ne peut et ne doit se prévaloir d’être au-dessus de la souveraineté du peuple, seule source de légitimité.

Sommes-nous capables d’avancer dans ce sens et de passer des multiples initiatives à une œuvre nationale unificatrice salvatrice qui nous permettra de passer d’un régime illégitime perdurant depuis 50 ans à un véritable Etat de Droit avec ses institutions stables démocratiquement élues ?
La question reste posée.

Amicalement.
Salah-Eddine SIDHOUM.
Alger 26 10 2012

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire

Posté par algeriedemocratie le 13 janvier 2012

L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire  dans salah-eddine sidhoum(25) Sidhoum-Lesoir.be_Interview accordée par le Dr Salah-Eddine SIDHOUM au quotidien LE SOIR de Belgique

lesoir.be

BAUDOUIN LOOS

mercredi 11 janvier 2012, 12:14

Alors que les révoltes arabes célèbrent leur premier anniversaire ce mois, il y a tout juste vingt ans ce 11 janvier, l’Algérie se réveillait avec un coup d’État militaire interrompant le processus électoral.
« L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire »

 

Pour parler de cet événement qui nous rappelle que les islamistes avaient déjà pu vaincre à travers les urnes il y a deux décennies, nous avons interrogé un homme, Salah-Eddine Sidhoum, chirurgien orthopédiste de son état, qui incarne la résistance à la dictature militaire algérienne par le combat pour le respect des droits de l’homme. Un combat qui lui coûta la prison, neuf ans de clandestinité, une grève de la faim et finalement un procès qui s’est soldé par un acquittement en 2003. Il anime un site, www.lequotidienalgerie.org.

Pouvez-vous résumer le coup d’État de 1992 ?

Les premières élections législatives pluralistes qui ont eu lieu le 26 décembre 1991 ont été les plus libres depuis l’indépendance. Le peuple venait de signifier au régime politique illégitime imposé par la force des armes sa retraite définitive. Il venait de légitimer et de mandater les trois fronts : FIS (islamiste), FLN rénové (nationaliste) et le FFS (social-démocrate) pour diriger l’Algérie. Cette sanction populaire a provoqué un séisme au sein de l’oligarchie militaro-financière qui, voyant déjà ses privilèges s’évaporer, s’appuiera sur les leaders de micro-partis qu’elle avait créés dans ses laboratoires, sur sa clientèle affairiste et rentière et sur ses « intellectuels » de service, comme vitrine politique du pronunciamiento qu’elle préparait. Toute une campagne de désinformation fut menée dès le lendemain du 1er tour, créant un véritable climat de psychose. Il faut reconnaître que certains dirigeants du FIS, par leurs discours incendiaires et populistes facilitèrent ce travail de propagande.

Le 2e tour des élections fut annulé, les blindés sortis dans les rues et plus de 10.000 citoyens déportés dans les camps de concentration de l’extrême Sud. La terrible machine répressive venait de se mettre en marche. Et nous connaissons l’effroyable bilan de cet acte avec la première violence du régime et la contre-violence d’une jeunesse sans présent ni avenir : plus de 250.000 morts, plus de 10.000 disparitions, plus de 30.000 torturés, 500.000 exilés.

L’armée se disait soutenue par « la société civile »…

Ce n’est pas l’armée en tant qu’institution nationale mais l’oligarchie militaro-financière, une poignée de putschistes, qui porte l’entière responsabilité d’avoir entraîné l’armée dans cette « sale guerre ». Pour revenir à votre question, cet hypothétique « soutien » faisait partie de la propagande du régime. Si le régime était soutenu par la société civile, il n’aurait pas eu besoin de mener une véritable guerre contre une bonne partie de son peuple. Le régime était par contre soutenu par sa « société servile », cette minorité sans ancrage populaire, de syndicalistes véreux, d’intellectuels de service et autres opportunistes rentiers qui papillonnaient autour du système, qui craignaient eux aussi de perdre leurs privilèges mal acquis. Le temps a permis de démystifier cette fausse image du drame algérien : de méchants intégristes qui allaient abattre la République et la démocratie pour instaurer un régime moyenâgeux et menacer l’Europe ! Ce scénario des services de l’action psychologique de la police politique, soutenu par la minorité élitiste éradicatrice fut malheureusement pris pour argent comptant par de nombreux médias occidentaux durant assez longtemps avant que cette imposture ne soit mise à nu.

Ce régime a-t-il évolué ?

Le pouvoir n’a pas évolué dans le fond, il change seulement de maquillage. Il pense continuer à gérer la société par la violence politique et la corruption de pans entiers de la société. Tout n’est qu’illusions : fausses institutions, faux partis politiques, fausses élections, réconciliation factice avec impunité assurée aux criminels de tous bords, fausse presse libre à quelques très rares exceptions près… Pour prévenir un éventuel « printemps algérien », le régime procède à un ravalement de façade avec des réformettes. Vingt ans après l’arrêt du semblant de processus démocratique, le constat est amer : des centaines de boat-people qui fuient en bravant une mort quasi certaine, une économie agonisante perfusée par l’argent du pétrole, un enseignement en déperdition, une aggravation des maux sociaux, une corruption généralisée du sommet à la base, une violence politique persistante, etc. Ce régime autiste ne peut évoluer dans le sens du véritable changement. Sa nature même ne le lui permet pas. L’Algérie n’a jamais été pour lui une patrie à défendre et à développer mais un butin de guerre à se partager.

Pourquoi l’Algérie a-t-elle échappé au « printemps arabe » ?

L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire. Il est vrai que la guerre subie par le peuple durant plus d’une décennie avec son lot de malheurs et son flot de sang et de larmes n’est pas étrangère à cette léthargie observée, alors que le Maghreb et le Machrek sont en ébullition. Mais il y a aussi un autre facteur retardant : la faillite de la classe dite politique qui n’a pas été à la hauteur des espérances et des aspirations de la population, pour présenter une alternative crédible. On a trompé le peuple au nom du nationalisme, du socialisme, de la question identitaire, de la démocratie, puis de l’islam. Autant de fonds de commerce utilisés par cette faune politicienne pour se servir au lieu de servir. La population ne croit plus aux discours creux de cette classe dite politique discréditée. Comme en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Syrie, c’est la jeunesse qui décidera, dans la rue, de son destin et avec tous les risques que cela comportera.

Le phénomène de l’islamisme est-il encore aussi prégnant en Algérie qu’il ne le fut ?

L’islamisme est une réalité sociale et politique indéniable en Algérie. Ni la propagande du régime, ni ses lois politico-juridiques scélérates n’effaceront cette réalité du terrain. Cela s’est vérifié en Tunisie, en Libye et en Egypte. La terrible répression subie par cette tendance durant des décennies dans ces trois pays n’a pas du tout modifié la carte politique réelle. Il faudrait que l’opinion publique occidentale comprenne que chaque Nation a sa propre voie pour construire son État de droit et sa démocratie, en s’inspirant de ses valeurs culturelles et identitaires propres et de son Histoire. C’est le chemin emprunté par toutes les démocraties avancées. Pourquoi pas nous ? La société réelle a tiré les leçons des supercheries de son système. Par la rue ou par un compromis politique entre la véritable opposition et ce qui reste comme éléments lucides du pouvoir réel, le changement se fera inéluctablement et ce régime en fin de cycle est appelé à disparaître.

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

Réponse de S.E Sidhoum à un internaute dans un forum

Posté par algeriedemocratie le 15 août 2010

Salah-Eddine SIDHOUM dit :

Au frère signant sous le pseudo Cherifi,
El Hamdou Lillah, vous avez l’honnêteté et la franchise de reconnaître que ce système politique « est bâti sur du faux par des analphabétes qui se sont appropriés et l’histoire et les richesses du pays ». Nous sommes sur ce point sur la même longueur d’ondes et c’est ce que je vous avais dit hier dans ma réponse et de manière claire et fraternelle.
Vous dites, mon cher frère, que vous avez été exclu du FLN en 1980 pour avoir dénoncé le mensonge. Mais vous avez tardé et attendu 18 ans pour le faire car le FLN était basé dès 62 sur le mensonge. Sa mission, grâce aux sacrifices de tout un peuple s’était terminée le 03 juillet 62 à minuit, date réelle de l’indépendance. Le peuple algérien sous la direction de ce Front avait libéré l’Algérie du joug colonial. Le FLN de l’après-indépendance était devenu un appareil de contrôle administratif et policier de la population sous la coupe du système militaro-bureaucratique qui se mettait en place et qui allait confisquer une indépendance chèrement acquise. Au nom de quelle légitimité des bravaches venus d’Oujda et de Ghardimaou ont imposé au peuple algérien un système politique étranger à ses valeurs et à ses traditions ? Au nom de quelle légitimité, un groupe d’imposteurs et d’aventuriers analphabètes avaient droit de vie ou de mort sur le peuple algérien ? Au nom de quelle légitimité, l’armée des frontières allait écraser ce qui restait de notre vaillante armée de libération nationale, laissant sur son passage, plus de 2000 cadavres de civils et de maquisards qui avaient échappé aux balles de l’armée coloniale ? Au nom de quelle légitimité, les sinistres Hamadache et Salah Vespa torturaient des algériens dans d’anciens centres de torture de Massu et Bigeard ? Au nom de quelle légitimité, Boudiaf a été kidnappé à Hydra par d’anciens collaborateurs de l’armée coloniale pour être déporté dans l’extrême-Sud ? Au nom de quelle légitimité, la justice aux ordres avait condamné Hocine Aït Ahmed à la peine capitale ? Au nom de quelle légitimité des aventuriers avaient assassiné lâchement Khemisti, Chabani, Khider, Krim et des dizaines d’autres algériens dignes qui s’étaient opposés à la dictature des analphabètes ? Au nom de quelle légitimité, un pantin politique allait priver de liberté Mohamed El Bachir El Ibrahimi, président de l’association des Oulémas ? Au nom de quelle légitimité, on avait nationalisé les terres d’Algériens pour les donner à de faux paysans pour jouer aux dominos ? Et la liste est longue, mon cher monsieur des méfaits de ce système au nom d’un faux FLN dont ils usaient et abusaient de la gloire pour dilapider les richesses de la Nation. Ne me dites surtout pas que ce sont les « barbus » et les « kabylistes » qui sont responsables de ces méfaits criminels !
Le résultat est là, un demi-siècle plus tard. Une Algérie à 2 collèges : celle des beggarines et haggarines de « l’Algérie utile » du Club des Lapins et des quartiers résidentiels interdits au « ghachi » et celle des bidonvilles et des cités dortoirs des « gueux », des « terroristes » et des harragas de « l’Algérie inutile ».
Le résultat est là, criard : une faillite sanglante qui a mené à un conflit fratricide avec son cortège de heurts et de malheurs et ses centaines de milliers de victimes.
Non, mon cher Monsieur, cette dramatique situation est le résultat d’une politique criminelle qui est à l’origine de la déliquescence de la société qui a perdu ses repères et qui s’est réfugiée dans une contre-violence multiforme en réponse à une violence du régime qui se confond avec l’Etat qui lui n’existe pas. L’extrémisme religieux est le résultat de la manipulation de la religion par ce pouvoir illégitime pour asseoir son pouvoir. N’est-ce pas les prêches officiels du vendredi à coups de versets et de Hadits qui nous disaient que le socialisme (importé de l’URSS) et la révolution agraire étaient d’essence islamique ? N’avaient-ils pas mobilisé des imams-CCP à la télévision pour nous expliquer tout cela ?
L’extrémisme berbériste ou ce que vous appelez le « Kabylisme » est le résultat du déni identitaire par des analphabètes qui voulaient imposer au peuple algérien une autre idéologie d’importation. Et il est naturel que l’extrémisme des uns provoque l’extrémisme des autres. Il est ahurissant aujourd’hui d’entendre une ultraminorité d’excités appeler à « jeter les arabes à la mer » et insulter l’Islam et notre Prophète. Même Lavigerie et sa perfide politique de division n’avait pu diviser les Algériens durant la nuit coloniale. Avez-vous oublié la propagande du régime en avril 80 et travers son organe télévisuel de propagande distiller le venin de la fitna en disant que les kabyles avaient déchiré le Coran et brûlé le drapeau national ? Une politique criminelle qui a donné l’extrémisme actuel qui n’aura, tout comme les autres extrémismes aucune chance d’aboutir, car les Algériens dignes qui constituent notre « ghachi » savent séparer le bon grain de l’ivraie. Et ce peuple que l’on traite de tous les noms est hélas en avance par rapport à ses « élites » fidèles à leur trahison historique depuis 54.
Vous dites, cher frère que « le combat ne se limite pas à des idées et à des écrits venus d’Outre-Mer ». Non nous sommes ici sur le terrain et nous ne quitterons jamais la terre de nos ancêtres pour la laisser à ces voyous sans foi ni loi. Et nous ne « résistons » pas à partir du Club des Lapins ou des « hôtels 5 étoiles ». Nos sœurs et frères qui ont été exilés par la médiocrité et la terreur sont partie prenante de notre lutte politique commune pour le changement. Et il n’est pas question de les dissocier de nous. Et ils participent, chacun (e) à sa manière à l’éveil des consciences. Ceux qui font de la politique à partir des « palaces » sont ceux qui « trainent dans leur for intérieur le complexe du colonisé ». ليسو منّا
« Le grand combat » nécessite une implication sans faille pour la lutte contre le système politique actuel et son pouvoir illégitime, cause de tous les malheurs de l’Algérie. Le changement radical et pacifique et l’instauration d’un Etat de Droit permettront à toutes les compétences dignes du pays et de tous les horizons politiques, sans exclusion, de construire une Algérie épanouie, apaisée et fraternelle comme l’ont souhaité nos dignes ainés de 54. Et Là tous les extrémismes s’évaporeront et toutes les institutions démocratiquement élues et issues de la volonté de notre brave « ghachi » œuvreront, lentement mais sûrement à l’édification d’une Algérie libre, ancrée dans ses valeurs civilisationnelles et ouverte sur l’Universel.
Un dernier point, si vous le permettez, cher frère. Vous dites « Peut-etre, un jour on se réveillant, nous trouverons le metro en marche ainsi que le tramway,les cités propres,aucun mendiant dans nos rues, une administration au service du citoyen,une justice équitable,une assemblée représentative et un président democratiquement élu »
Non, il ne faut pas rêver. Si nous persistons dans ce statu quo, nous continuerons à nous réveiller dans une Algérie de plus en plus cauchemardesque. Il faut agir, lutter et se sacrifier pour changer les choses. Dieu est certes capable de tout (ان الله على كل شيء قدير ) Mais « Dieu Ne Modifie l’état d’un peuple avant que celui-ci se soit transformé lui-même ».
Fraternellement.

Salah-Eddine.
Alger

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | 2 Commentaires »

Salah-Eddine SIDHOUM — « En Algérie, on assassine l’intelligence ». mars 2003

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2010

Salah-Eddine SIDHOUM

Algeria-Watch, mars 2003A la mémoire de mon Ami, le regretté Cheikh Benyoucef Benkhedda, président du GPRA, qui m’a appris la valeur et le sens de l’Ethique politique.
C’est par la vérité qu’on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu’on connaît la vérité.
Emir Abdelkader El Djazaïri
La société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil.
E. Zola.

« En Algérie, on assassine l’intelligence ».
Que de fois n’avons-nous pas entendu ce slogan clamé durant les années de braise, de part et d’autre de la Méditerranée, concernant les assassinats d’intellectuels algériens. Tel un leitmotiv, il était ressassé et martelé tant par les services de propagande du régime d’Alger et leurs plumitifs que par leurs relais en France dans un concert médiatique assourdissant d’une ampleur jamais égalée.
Par intellectuels, on entendait par-là seulement une minorité qui s’était ralliée par peur ou par calcul au régime militaire et s’était abritée derrière les blindés qui venaient de renverser l’urne de la «piétaille », des «gueux » et des «va-nu-pieds » qui avaient mal voté.
C’est cette malheureuse minorité élitiste, hautaine et méprisante, autoproclamée «intelligence du pays » qui sera utilisée par les services de l’action psychologique de la police politique dans la vaste campagne de manipulation et de désinformation, pour travestir la réalité du drame algérien et déverser inepties, insultes et mensonges, à travers, plus particulièrement une partie de la presse privée nationale et les plateaux de la télévision française.

N’est-ce pas feu Rachid Mimouni qui écrivait (1), s’adressant à l’opinion française:
« C’est la première fois dans l’histoire qu’on voit un mouvement terroriste se proposer d’éradiquer toute l’intelligentsia d’un pays, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une maladie. Le projet consiste à décerveler le pays. »

Et c’est un intellectuel français, François Burgat (2) de lui répondre :
« Les islamistes, nous ont longtemps expliqué en effet les plus médiatisés des analystes, avaient décidé de «décerveler » un pays où s’affrontaient «le camp des terroristes et celui des militaires », sous les yeux impuissants de la population. Est-ce vraiment de cela qu’il s’est agi ? Et si entreprise de «décervelage » il y a eu, qui en ont été réellement les acteurs et les victimes ? »

N’est-ce pas aussi un certain Rachid Boudjedra, se proclamant sans rougir «continuateur de Flaubert et de Proust » (sic) (3) qui traitera de «conglomérat de rats enragés et pestiférés» et de «charlatans de basse lignée et d’ignares semi-alphabétisés » (4), des citoyens, militants et sympathisants du parti que le suffrage universel venait de désigner première majorité politique en Algérie. Cette «hogra intellectuelle » n’est pas sans nous rappeler celle de certains colons, à l’image d’un Michel Morel, à l’encontre des «indigènes » traités de «huit millions de ratons sales et illettrés qui narguent la France » (5)
Plus de trois millions de citoyens algériens avaient voté pour des «rats enragés et pestiférés». ! Quel respect de la dignité et de la citoyenneté de la part de notre «élite » ! !

La propagande du régime et de ses troubadours médiatiques «omettra » de signaler que bien avant que certains intellectuels tombent sous les balles des islamistes, des centaines d’autres intellectuels avec des milliers d’autres citoyens, étaient embarqués de nuit et déportés dans les camps de concentration de l’extrême-sud, là où la France coloniale expérimentait ses armes chimiques et nucléaires (6). Ils étaient parmi les plus chanceux. D’autres moins chanceux, connaîtront les affres de la torture, mourront sur les tables d’«exploitation » du renseignement, seront exécutés sommairement et arbitrairement ou disparaîtront à tout jamais. Leur crime était d’appartenir à un courant politique à qui le suffrage universel venait d’accorder, pour la première fois depuis l’indépendance la légitimité de diriger le pays pour une période déterminée. De toutes ces victimes, personne n’en parlera. Ni en Algérie ni en Europe. De véritables parias ! L’esprit des deux collèges de la nuit coloniale qui resurgit. Triste recommencement de l’histoire !

Cette histoire revisitée nous rappellera cruellement que l’intellectuel algérien – le véritable intellectuel – hier comme aujourd’hui a payé, au coté de ses concitoyens, un lourd tribu dans les conflits qu’aura connu l’Algérie contemporaine. Nous sommes en droit de nous interroger si cette élimination de l’intelligence n’avait pas sa tradition dans notre guerre de libération ? Ce qui se passe aujourd’hui n’est-il pas la continuité de ce qui s’est passé hier durant la révolution et au lendemain de l’indépendance et de cette haine viscérale qu’avaient certains chefaillons vis-à-vis des intellectuels (purges sanglantes de la « bleuite » dans les maquis, assassinats de Abane, Allaoua Abbas, Chaabani, Khemisti, Mécili….) ?

Il serait honnête de rétablir avant tout la vérité en précisant que les intellectuels tués par les islamistes ne l’ont pas été en tant que tels mais pour leur prise de position en faveur du coup d’Etat et pour avoir accepté d’assurer, pour certains d’entre eux, la couverture idéologique de la répression sauvage qui s’était abattue au lendemain du pronunciamiento sur une partie de la population. Cette importante clarification ne signifie nullement que cela était une raison pour les assassiner.
Tout comme les intellectuels de « l’autre bord » ont été kidnappés, torturés et/ou exécutés dans le cadre de la politique planifiée d’éradication du courant islamique, porteur d’un projet constituant une alternative au pouvoir et qui avait, de par son ancrage populaire, sérieusement menacé les fondements du régime en place.
Les intellectuels des deux bords ont été victimes de ce qu’ils ont fait et non de ce qu’ils ont été.
Il est certain que durant les premières années de la guerre, la puissante campagne de désinformation menée par le régime et ses relais de part et d’autre de la Méditerranée a grandement désorienté l’opinion publique qui n’arrivait pas à s’expliquer certains assassinats. La faiblesse criarde du mouvement politique islamique sur le plan de l’information, a également grandement participé à la production de cette confusion. Cela facilitera le travail des services de l’action psychologique pour lui faire endosser tous les assassinats.

Tous ces facteurs ont permis, un certain temps, de mettre sous le boisseau une réalité : la volonté du pouvoir, sous couvert de la lutte « anti-terroriste », d’éliminer tout ce que comporte la société comme intelligence qui ne s’insère pas dans son projet diabolique d’éradication. Avec le recul, nous constatons que beaucoup d’intellectuels officiellement tués par les présumés islamistes étaient certes de farouches opposants au projet islamique, mais ne cautionnaient pas non plus les pratiques terroristes du pouvoir. Or, les véritables intellectuels et théoriciens de l’éradication, ceux qui lui ont donné une solide assise idéologique et s’en sont fait les ambassadeurs, ont été, en très grande partie épargnés. Ils se permettront même de s’accaparer des morts dont ils sont en partie responsables, en les transformant en leurs propres martyrs. Cela a été, avouons-le, doublement intelligent de la part des « cerveaux » de l’éradication : éliminer les voix critiques et en même temps imposer le silence aux amis et parents des victimes, puisque les « coupables » sont des ennemis, des « islamistes ».

Cette guerre a vu naître, au nom d’une certaine conception des droits de l’homme et de la démocratie, le honteux concept de l’indignation sélective. Une frange de notre élite, instrumentalisée par un quarteron de putschistes ignares et sans scrupules, pataugeait dans les marais du manichéisme, de l’imposture et de la déraison. Et en face, le monde dit libre, avalait les couleuvres de la désinformation et s’enfermait dans un silence affligeant.
Nous ne pouvons parler de cette indignation sélective sans évoquer le rôle joué par une poignée d’intellectuels français et l’éphémère comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA), dans la campagne de désinformation de l’opinion publique. Bien avant d’apprécier à nos dépens l’élasticité de la notion des droits de l’homme dans certains cercles intellectuels et politiques de l’Hexagone et naïfs que nous étions, nous avions adressé, dès la naissance de ce comité, une lettre à son président (7) pour attirer son attention sur la situation d’une dizaine d’intellectuels algériens, torturés et arbitrairement incarcérés dans les geôles des «sauveurs de la démocratie et de la République ». Cette lettre, ainsi qu’une seconde adressée en 1995 (8), resteront sans réponse. En réalité ce silence en lui-même était une réponse : ce comité ne soutenait pas les intellectuels qui refusaient la soumission culturelle.
Nous n’étions pas les seuls à nous interroger sur les véritables desseins de ce comité. Des citoyens français qui refusaient de s’inscrire dans cette infâme campagne de désinformation, se poseront la même question et jugeront choquant ce soutien partiel et partial. C’est le cas de Ginette Scandrani (9) :
« Pourquoi faut-il soutenir uniquement les intellectuels alors que c’est le peuple qu’on assassine ?
Je me sens concernée lorsqu’on assassine des intellectuels, des journalistes ou des artistes mais pas plus que lorsqu’on assassine des ouvriers, des enseignants, des commerçants, des ménagères ou des chômeurs.
Pourquoi faire un catalogue des soutiens ?
Pourquoi ne soutenir qu’une partie des intellectuels alors que d’autres, ceux du FIS, sont soit en prison ou dans des camps ?
Pourquoi faut-il aller trier à l’intérieur de la société algérienne pour désigner les bons et les mauvais ? Ne sont-ils pas tous Algériens ? »

Pierre Guillard (10) écrivait en 1993 :
« J’ai écrit au CISIA : puisque le sort des intellectuels vous interpelle, demandez-vous la libération d’un prisonnier d’opinion, Abdelkader Hachani ? J’attends bien sûr toujours la réponse. A. Hachani n’est en effet qu’ingénieur en pétrochimie, francophone et arabophone, président du parti majoritaire d’un pays de 27 millions d’hommes, et docteur en Islam : autant dire une m….
Abdelkader Hachani n’obtiendra pas le label « intellectuel » délivré de professo par le CISIA. Car seuls seront reconnus «intelligence du pays » les hommes du 11 janvier et de la rébellion armée contre la démocratie ».

Non contents de se transformer en zélés propagandistes intellectuels de l’éradication, cette forme de barbarie à l’algérienne, certains membres de ce comité feront la chasse à tous ceux, qui en France, allaient à contre-courant de l’establishment intellectuel et de sa «pensée dominante » concernant la tragédie algérienne. Nous avons été abasourdis d’apprendre en 1996 d’un ami intellectuel français, qu’il avait été licencié à deux reprises de son emploi sur injonction du CISIA pour avoir dénoncé à travers ses prises de position et ses écrits, la politique de désinformation et les méfaits de ce comité.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article (11) et nous ne cesserons de le répéter, il n’est pas question pour nous de verser dans cette immonde indignation sélective, catégorielle ou dans un quelconque corporatisme en matière de droits de l’homme. Hier et sous d’autres cieux, c’était au nom de l’histoire, aujourd’hui, c’est au nom d’une certaine conception dévoyée de la démocratie et des droits de l’homme qu’on se permet de choisir les bonnes et les mauvaises victimes. La dignité humaine est une et nous ne pouvons admettre une telle classification ignoble tant pour la tragédie algérienne qu’ailleurs. C’est avec un profond respect que nous nous inclinons devant la mémoire de toutes les victimes du drame national provoqué par la politique criminelle d’un régime qui a voulu dresser des algériens contre d’autres algériens pour préserver son pouvoir illégitime et ses privilèges. Paix et miséricorde à leurs âmes !
Mais il est un devoir moral de lever le voile sur une partie de la vérité en affirmant haut et fort qu’à côté des intellectuels tués par les islamistes, il y a eu aussi d’autres intellectuels enlevés, torturés et exécutés arbitrairement par le terrorisme d’Etat qui s’était abattu sur l’Algérie au lendemain du coup d’Etat de 1992 et qu’on avait voulu cacher à l’opinion.

Cette étude n’a pas l’intention de tenir une comptabilité macabre ou la prétention d’énumérer les centaines d’intellectuels victimes de cette guerre, mais seulement de démystifier les menteries du régime et de ses commandos médiatiques de part et d’autre de la Méditerranée qui ont prévalu durant des années. Toute mystification a ses limites. Par des exemples précis et documentés, nous apportons sereinement des preuves irréfutables que le terrorisme d’Etat a amplement participé à la liquidation des hommes de culture et de science. Et cela n’est que justice pour celles et ceux qu’on a voulu effacer des tablettes du drame national.

Il est vrai qu’au début de la sale guerre, beaucoup de monde fut trompé par l’impressionnante machine de désinformation mise en branle par le régime dans le cadre d’une vaste stratégie de manipulation digne des Jacquin, Trinquier et Godard, de triste mémoire. Mais avec le temps, le lourd silence imposé sera rompu et des brèches seront courageusement ouvertes dans cet épais mur de mystification par quelques rares intellectuels, militant(e)s des droits de la personne humaine et officiers qui refusaient cette barbarie mais aussi cette défense des droits de la personne humaine à deux vitesses, aidés en cela par le courageux et admirable travail de témoignage des victimes et familles de victimes, malgré les malheurs et la terreur qui s’étaient abattus sur elles.

Les camps de concentration

Dès les premières heures du coup d’Etat, une vaste campagne d’arrestations fut menée par les services de sécurité et la police politique contre les cadres et élus du parti sorti vainqueur des premières élections législatives libres. Beaucoup d’entre eux étaient des universitaires. Ils seront déportés dans les camps de concentration du Sud.
Pour la seule année 1992, on comptait officiellement 1224 enseignants détenus dans les camps et geôles du régime.
Au camp de concentration de Reggane, situé à 1400 km d’Alger, on comptait en mars 1992 (12) :
· 45 ingénieurs.
· 600 enseignants d’écoles, collèges et lycées.
· 1 enseignant d’Université.
· 11 médecins.
· 5 pharmaciens.
· 4 avocats.

Pour le seul camp de Aïn M’Guel, on notait en mars 1994 (12) :
· 26 professeurs de lycée et de collège
· 5 enseignants universitaires.
· 7 ingénieurs.
· 1 médecin spécialiste, enseignant à la faculté de médecine d’Alger.
· 1 pharmacien.

Deux cas illustrent cette politique de déportation.
· Ouziala Messaoud, docteur en médecine, spécialiste en néphrologie et en transplantation rénale à l’hôpital universitaire Mustapha d’Alger, déporté au lendemain du coup d’Etat de janvier 1992 au camp de concentration d’Aïn M’Guel où il séjournera jusqu’en 1995. Il sera ensuite kidnappé le 8 juillet 1998 à la sortie de l’hôpital Mustapha par des civils armés de la police politique et séquestré durant quinze jours en un lieu secret. A sa libération, il s’exilera en Europe.

· Gahmous Abderrahmane, professeur d’université et chercheur, titulaire d’un PHD aux Etats-Unis, directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’El Harrach. Déporté au lendemain du coup d’Etat au camp de concentration de Reggane durant plusieurs mois. Il sera contraint, lui aussi à l’exil.

La terreur des escadrons de la mort

En 1993, apparurent deux escadrons de la mort : l’OSSRA (organisation secrète de sauvegarde de la république algérienne) et l’OJAL (organisation de la jeunesse algérienne libre), éphémères branches de la police politique. Leur but était de terroriser le camp islamique. C’était la mise en pratique de la sinistre devise : »la peur doit changer de camp ». L’une d’elles, l’OJAL, se spécialisera dans la chasse et la liquidation des intellectuels du courant islamique. De nombreux universitaires recevront des menaces de mort, seront torturés ou exécutés par cette organisation terroriste. Parmi ses victimes, nous citerons :

· Boudjelkha Mohamed Tidjani, professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar d’Alger, avait reçu une lettre de menace de mort de cette organisation puis avait été kidnappé à son domicile en novembre 1993 par trois civils armés se présentant comme éléments de l’OJAL. Il sera séquestré en un lieu secret puis torturé durant plusieurs jours avant d’être libéré avec un message destiné aux intellectuels du courant islamique: la mort. Il sera contraint de s’exiler à sa libération.

· Mohamed Lahbib Haddam, docteur en médecine, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital universitaire Mustapha et maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger recevra lui aussi une lettre de menace de mort de l’OJAL. Le 11 novembre 1993 à 20 heures, deux civils armés et cagoulés feront irruption à son domicile. Le chirurgien sera ligoté ainsi que son épouse et sa fille. Les deux hommes armés lui affirmeront qu‘ils appartenaient à l’OJAL, qu’ils lui avaient adressé une lettre le condamnant à mort et qu’ils venaient exécuter la sentence. Après avoir enfermé leurs trois victimes dans une pièce, et pris de doute sur l’identité de la cible, ils quitteront les lieux en emportant les clés de l’appartement, en volant une importante somme d’argent et en promettant de revenir durant la nuit. Le chirurgien et sa famille arriveront miraculeusement à se libérer et à fuir le domicile pour aller se réfugier chez des amis avant le retour des deux criminels. Il sera contraint lui aussi à s’exiler.

· Mohamed Saïd Moulay, professeur et doyen de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab Ezzouar, recevra lui aussi en mars 1993 une lettre de menace de mort de l’OJAL. En décembre 1993, deux civils armés feront irruption à son bureau à l’Institut de mathématiques. Devant les menaces, il se mettra à protester à haute voix afin d’attirer l’attention des secrétaires et des directeurs-adjoints de l’Institut. Affolés par l’attroupement des fonctionnaires et des étudiants devant le bureau du Doyen, les deux criminels prendront la fuite. Ce n’était que partie remise. En effet, cet universitaire sera kidnappé avec ses deux enfants en bas âge le 19 juin 1994 par des civils armés sur l’autoroute d’El Harrach puis séquestré durant 30 jours et torturé au commissariat central d’Alger (voir chapitre tortures).

· Ahmed Hambli, professeur à la faculté de droit de l’université de Tizi Ouzou est tué par balles le 2 octobre 1993 à l’entrée de l’université par des hommes armés qui réussiront à prendre la fuite. Ses proches amis accuseront l’OJAL de son assassinat.

· Necib Mohamed Arezki, maître de conférences à la faculté de Droit de Ben Aknoun, recevra à son tour en novembre 1993, une lettre de l’OJAL le menaçant de mort. Quelques mois plus tard, des hommes armés se présenteront à son domicile pour l’assassiner. Il réussira à leur échapper.

· Mohamed Bouslimani, homme de culture et théologien, président de l’association caritative El Irshad Oual Islah, enlevé à son domicile le 26 novembre 1993. Son enlèvement sera revendiqué simultanément par l’OJAL et le GIA (probablement une absence de coordination entre les deux organisations criminelles issues de la même officine). Son corps, en état de décomposition avancée, sera découvert dans la région d’El Affroun (Blida) le 28 janvier 1994.

La Torture

Les intellectuels comme des dizaines de milliers d’autres citoyens, ne seront pas épargnés par la torture, cette pratique dégradante et inhumaine qui sera institutionnalisée après l’annulation des élections législatives, dans l’ensemble des centres de détention. Nous citerons à titre d’exemple les cas de :

· Moulay Mohamed Saïd, professeur d’université et doyen de l’Institut de Mathématiques, kidnappé sur l’autoroute le 19 juin 1994 par des civils armés alors qu’il était à bord de son véhicule avec ses deux enfants. Gardé au secret durant 30 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il s’en sortira avec un traumatisme crânien, un traumatisme de la main et une baisse de l’acuité visuelle.

· Sari Ahmed Mahfoud, docteur en médecine, professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire de Baïnem (Alger-ouest), arrêté le 2 mai 1993 alors qu’il assurait sa consultation de cardio-pédiatrie. Séquestré durant 12 jours au commissariat de Cavaignac d’Alger où il sera sauvagement torturé avant d’être arbitrairement incarcéré durant 6 mois à la prison d’El Harrach.

· Brahami Mostafa, enseignant de physique à l’université de Bab Ezzouar, titulaire d’un magistère en physique quantique et doctorant en management, arrêté la première fois en octobre 1992 et sauvagement torturé durant une semaine au commissariat central d’Alger. Arrêté une seconde fois en avril 1993 et séquestré durant un mois au centre de Châteauneuf où il sera à nouveau torturé avant d’être libéré, sans retenir aucune charge contre lui. Devant ces harcèlements et les menaces de liquidation physique adressées par les escadrons de la mort de l’OJAL, il sera contraint à s’exiler en Europe fin 1993.

· Lafri Khaled, docteur en médecine, chirurgien orthopédiste, ex-maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté à son domicile dans la nuit du 7 juin 1994. Gardé au secret durant 40 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il présentera un traumatisme des jambes laissé sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois ans à la prison d’El Harrach puis de Serkadji.

· Lamdjadani Noureddine, docteur en médecine, épidémiologue, maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté au commissariat central d’Alger le 17 mai 1994. Gardé au secret durant 60 jours à Châteauneuf puis au commissariat central d’Alger où il sera torturé. A présenté lors de sa séquestration de graves problèmes de santé restés sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois années à la prison d’El Harrach.

· Kerkadi Ahcène, chirurgien-dentiste, demeurant à Larbaâ (Blida), arrêté la première fois à son domicile, en avril 1993 par des parachutistes. Torturé à la caserne de Bouzaréah puis de Ben Aknoun durant une semaine avant d’être jeté sur la route. Il en sortira avec une perforation du tympan. Arrêté une seconde fois en novembre 1993, il sera séquestré durant sept jours au centre de Blida où il sera à nouveau torturé. A sa libération et devant les menaces d’assassinat, il décidera de quitter l’Algérie.

· Hammoudi Nadir, architecte, arrêté dans la nuit du 9 octobre 1992 à son domicile. Séquestré durant 28 jours au commissariat de Bab El Oued où il sera atrocement torturé. Arbitrairement incarcéré durant 5 ans à la prison de Serkadji et d’El Harrach.

· Thamert Hocine, professeur au lycée de Dellys (Boumerdés), kidnappé le 24 avril 1994 dans la rue à Alger par des civils armés de la police politique. Séquestré durant 26 jours successivement au commissariat central d’Alger, au centre de Châteauneuf et à Haouch Chnou de Blida où il subira d’abominables tortures. Selon son témoignage l’un des tortionnaires de Châteauneuf tentera de lui sectionner les doigts avec des ciseaux de tailleur.

Les exécutions sommaires

Les hommes de savoir ne seront pas épargnés, à l’instar de milliers d’autres citoyens, par les exécutions sommaires.
Dans une étude réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat (13) nous avions répertorié sur une liste non exhaustive de 1100 exécutions sommaires :
· 42 enseignants (primaire, collège et lycée).
· 11 universitaires.
· 07 médecins.
· 02 avocats.
· 02 ingénieurs.

Quelques cas illustrent cette politique planifiée de liquidation physique
· Azizi Abdelkrim, professeur de langue arabe, demeurant à El Harrach (Alger), a été torturé dans la salle de bain de son domicile le 22 septembre 1993 sous les yeux de son épouse et de ses trois filles par des policiers dirigés par le commissaire de Bourouba. Il sera ensuite embarqué avec son fils de 18 ans, Abdessamad au dit commissariat où ils seront séquestrés durant plusieurs semaines avant d’être exécutés sommairement selon le témoignage d’un officier de police adressé en 2000 au président de la République.

· Bouchelaghem Moussa Fouad, Maître de conférences à l’université de Blida, titulaire d’un doctorat en physique, arrêté à son domicile à Alger le 3 juin 1994 par des éléments cagoulés de la police politique. Il sera localisé, suite à des témoignages concordants d’ex-détenus, au centre de Châteauneuf (cellule n°9) où il sera affreusement torturé. Le 8 septembre 1994, sa mère trouvera son nom sur le registre de la morgue de Bologhine où il aurait été transféré le 20 juillet. Selon la version officielle, il aurait été abattu suite à une «tentative de fuite ». Des ex-détenus, ses amis et sa famille sont formels : cet universitaire avait été sorti de sa cellule et exécuté sommairement.

· Bouhadida Seghir, journaliste et maître-assistant à l’Institut de journalisme de l’université d’Alger, a été kidnappé dans la rue le 11 juin 1995 par des agents de la police politique. Il sera localisé dans un premier temps selon le témoignage de sa famille au commissariat de Bourouba. En 1996, sa famille apprendra par le biais d’Amnesty international qu’il avait été abattu «suite à un accrochage avec un groupe terroriste » selon la correspondance adressée par les autorités à cette ONG des droits de l ‘homme.

· Boularas Ahmed, physicien, maître de conférences à l’université de Blida, arrêté en septembre 1994 à son domicile à Larbaâ (Blida) par la police politique. Selon le témoignage de ses proches, il aurait été affreusement torturé avant d’être exécuté. Son cadavre sera retrouvé quelque temps après à la morgue. Un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader exerçant au CTRI de Blida et réfugié détenu en Thaïlande confirmera dans une interview à l’AFP en août 2000, qu’effectivement, cet universitaire avait été exécuté sommairement par la sécurité militaire. (14)

· Chenafa Djillali, avocat, demeurant à Sidi Ali (Mostaghanem) arrêté le 3 novembre 1994 par la police politique selon le témoignage de ses proches. Son cadavre sera retrouvé à la décharge de Beni Haoua, quelques jours plus tard.

· Dahab Omar, ingénieur en électronique, demeurant à El Oued, enseignant à l’école de formation professionnelle, arrêté en mars 1994 ainsi que dix de ses élèves. Il sera remis dans un cercueil à sa famille. Il avait été exécuté ainsi que les dix élèves du centre de formation professionnelle.

· Taleb Abderrahmane, docteur en médecine, demeurant à Larbaâtache (Boumerdés), précédemment arrêté en avril 1993, séquestré et torturé au commissariat Cavaignac d’Alger puis arbitrairement incarcéré durant 07 mois à la prison d’El Harrach, sera exécuté sommairement le 19 juin 1994 à son domicile par des militaires selon le témoignage de sa famille.

· Haddoum Kouider, docteur en médecine, demeurant à Hassasnia (Aïn Defla), arrêté par des gendarmes en janvier 1994 et exécuté ainsi que trois autres citoyens en février 1994 dans la forêt de M’Ghazi, selon le témoignage de sa famille.

· Rosli Mohamed, doyen de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Blida, arrêté le 30 octobre 1993 par la police politique à l’université et devant ses collègues universitaires et ses étudiants. Deux ans après son enlèvement, il adressera un message à ses parents par l’intermédiaire d’un codétenu libéré signalant qu’il avait été sauvagement torturé et qu’il était séquestré à la prison militaire de Blida. Sa famille n’aura jamais l’occasion de le voir. En août 2000, un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader, réfugié en Thaïlande et dans une interview à l’AFP, affirmera que cet universitaire avait été exécuté. (14)

· Boucherit Lotfi, 28 ans, demeurant au quartier Belle Vue de Constantine est docteur en médecine. Enlevé le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile de sa tante (11, rue El Kadi, Casbah, Constantine) par les services de sécurité. Ces derniers auraient dérobé, selon le témoignage de sa famille, une veste en cuir neuve, un poste radio, des livres de médecine, des livres de théologie, une somme de 50 000 DA, un appareil photo et une médaille d’ancienne combattante de la guerre de libération nationale de sa tante. Mort sous la torture et enterré le 30 septembre 1995 au cimetière central de Constantine.

Les «disparitions »

Parmi les milliers de citoyens «disparus», nous notons un nombre non négligeable d’enseignants, médecins, avocats, ingénieurs et autres hommes de science.
Dans une étude (15) réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat, nous relevions sur un échantillon de 1000 cas :
57 enseignants (primaire, secondaire, universitaire)
08 Médecins
13 Ingénieurs
03 Architectes
04 Avocats et juristes
04 Journalistes

Dix cas illustrent cette politique d’enlèvements touchant cette catégorie de citoyens :· Allalou Sidali, demeurant à Alger, Ingénieur d’Etat en hydraulique a été arrêté le 19 février 1995 à 18 heures par des civils armés sur le tronçon Bir Mourad Raïs-Birkhadem alors qu’il circulait à bord de son véhicule de type Renault Super Cinq. Il sera localisé aux centres de la sécurité militaire de Châteauneuf et de Haouch Chnou ( CTRI de Blida) par sa famille grâce aux témoignages de citoyens rescapés de ces centres. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Aouifer Sebti, père de 6 enfants, demeurant à Taher (Jijel), ingénieur d’Etat en agronomie, directeur de la coopérative agricole de Chekfa (Jijel), arrêté le 12 septembre 1995 à la brigade de gendarmerie de Chekfa. Cet ingénieur et responsable était connu pour ses compétences et sa probité. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Bellahrèche Chérif, docteur en médecine, professeur agrégé en rhumatologie et chef de service de rhumatologie à l’hôpital universitaire de Constantine. Membre de plusieurs sociétés scientifiques internationales. Il a été arrêté le 8 novembre 1994 par quatre hommes armés se réclamant des services de sécurité, alors qu’il était en consultation médicale dans son service. Sa famille l’aurait localisé au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf en février 1995, sur la base de témoignages de rescapés de ce centre. Aucune information sur ce médecin depuis neuf années.

· Benabid Belkacem, père de 4 enfants, docteur en médecine, demeurant à Sétif. Arrêté dans la matinée du 14 novembre 1994 près de son cabinet médical situé au faubourg des 5 fusillés à Sétif par 3 civils armés se présentant comme des agents des services de sécurité qui l’ont forcé à monter à l’arrière de sa propre voiture de type R25. L’arrestation s’est faite devant près de 25 personnes dont l’infirmier du cabinet, les patients qui attendaient le praticien et les voisins. Il aurait été localisé dans un premier temps au commissariat de police de Sétif. Les policiers de ce commissariat refuseront d’enregistrer la plainte du père pour enlèvement. Aucune nouvelle depuis neuf ans.

· Beneddine Allel, avocat, demeurant à Oran, arrêté le 22 novembre 1994 à minuit à son domicile par une vingtaine d’hommes armés de la Sécurité militaire venus à bord de véhicules banalisés après avoir défoncé la porte de son appartement. A disparu depuis.

· Benkara Mustapha, père de deux enfants, chirurgien et chef de service à l’hôpital de Médéa, arrêté le 31 mars 1994 à 12 heures par des militaires sur son lieu de travail, en présence de ses confrères et du directeur de l’établissement hospitalier. Selon le témoignage de sa famille, il aurait été séquestré durant 25 jours à la gendarmerie de Médéa puis aurait été transféré par des éléments de la Sécurité militaire vers la prison de Camera située à Ksar Boukhari. Selon le témoignage d’un technicien en radiologie, ce chirurgien aurait été ramené de nuit aux urgences de l’hôpital de Médéa, la tête recouverte d’un drap, pour ne pas être reconnu par ses collaborateurs. Il présentait un traumatisme de l’avant-bras et de la jambe, suite aux tortures. Depuis, personne n’a plus eu de ses nouvelles.

· Bouabdallah Abdelaziz, journaliste au quotidien El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils porteurs d’armes à vision infra-rouge selon le témoignage de sa famille. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Des témoins auraient affirmé l’avoir vu au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. Aucune nouvelle de ce journaliste depuis sept ans.

· Fahassi Djamal Eddine, journaliste à la radio nationale (chaîne 3), père d’un enfant, demeurant à El Harrach (Alger) est kidnappé le 6 mai 1995 par des éléments de la sécurité militaire venus à bord de deux véhicules banalisés à El Harrach, près de l’Institut d’agronomie. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. D’autres témoignages concordants confirmeront ces dires. En 1992, ce journaliste avait été déporté durant 45 jours au camp de concentration de Aïn Salah.

· Goumri Tayeb, professeur au lycée de Salah-Bey (Sétif), demeurant à Maafeur, commune de Salah-Bey, arrêté le 23 janvier 1995 par des gendarmes alors qu’il se rendait au lycée. Localisé par des témoins à la gendarmerie de Salah-Bey. Aucune nouvelle depuis de cet enseignant.

· Saâdoun Djamel, polytechnicien, maître-assistant à l’Ecole polytechnique d’El Harrach, doctorant en mécanique, demeurant à El Biar (Alger), enlevé le 7 mars 1996 à son domicile par des gendarmes de Bouzaréah puis remis aux militaires de la caserne de Blida avant d’être transféré à Béchar le 14 mars 1996 à partir de l’aéroport de Boufarik, puis à Abadla selon le témoignage de sa famille. A disparu depuis cette date.

Nous ne terminerons pas cette douloureuse énumération de quelques dizaines de victimes citées à titre d’exemple, sans l’évocation de la mémoire de nombreux intellectuels dont l’assassinat n’a jamais été élucidé et dont les proches, amis et observateurs continuent à s’interroger sur les véritables commanditaires de leur élimination physique, malgré l’étiquette «GIA » officiellement collée aux auteurs de ces crimes. Comme pour des milliers d’autres victimes de cette guerre, aucune enquête sérieuse n’aura été diligentée et aucun procès équitable ne prouvera la culpabilité des malheureux citoyens inculpés. L’opinion se suffira parfois d’un communiqué laconique de presse annonçant que «les auteurs de l’assassinat de tel intellectuel ont été abattus au cours d’un accrochage avec les services de sécurité » et le dossier était ainsi clos. Ailleurs on présentera souvent à cette même opinion, lors d’ «aveux » télévisés, de malheureux citoyens, le visage tuméfié et déformé par la torture, ‘’reconnaissant’’ avoir tué tel ou tel intellectuel. Des «aveux » d’un autre âge qui ne trompent personne.
Les observateurs avertis se sont toujours demandés si, dans le cadre de l’action psychologique qui sous-tendait le diabolique plan d’éradication, certains meurtres catégoriels et ciblés n’étaient pas destinés à semer la terreur dans une classe moyenne frileuse afin de la jeter sous le burnous mité des janviéristes.

Quatre cas illustrent cette catégorie de victimes :
· Youcef Fethallah, juriste et président de la ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), tué le 18 juin 1994 devant la porte de son cabinet professionnel, à la rue Larbi Ben M’hidi (Alger). Ses amis nous apprendront que cet humaniste venait de revenir de Berlin où il avait assisté à une conférence organisée par Amnesty International. Il avait très tôt dénoncé la répression qui s’était abattue sur les jeunes citoyens et l’ouverture des camps de concentration. Le 8 mai 1994, il participait à Alger, à la marche nationale pour le dialogue et la réconciliation nationale, ce qui lui valut des attaques virulentes de la part de la minorité éradicatrice et de sa presse attitrée. Membre de la commission «d’enquête » sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf, des informations à l’époque avaient fait état de réserves émises par le défunt quant au rapport final.

· Embarek Mahiout, économiste, militant des droits de l’homme et membre (trésorier) de la direction du Front des Forces Socialistes, tué ainsi que son neveu le 4 novembre 1995, à Kouba (Alger) à quelques jours des «élections » présidentielles, mascarade électorale à laquelle le FFS et d’autres partis politiques appelaient au boycott. Cet universitaire, était connu pour son infatigable combat pour les droits de la personne humaine et la démocratie. Là aussi, officiellement, le «GIA » était responsable de ce crime. Lors du procès intenté par l’ex-«ministre» de la Défense du régime d’Alger contre le sous-lieutenant Souaïdia, Aït Ahmed cité comme témoin par la défense déclarera à l’audience, concernant le regretté Mahiout : « Non seulement on confisque le pouvoir, ses richesses, la mémoire, mais aussi quand «ils» veulent régler leurs problèmes internes, ils s’envoient des messages en ciblant des personnalités. On a ciblé notre trésorier, on l’a tué en pleine campagne électorale » (16)

· Abdelkader Hachani, ingénieur en pétrochimie, membre de la direction politique du Front Islamique du Salut, arbitrairement incarcéré durant cinq ans et demi au bagne de Serkadji (1992 – 1997) pour avoir appelé les militaires à respecter le choix du peuple souverain. Mis sous filature serrée par la police politique depuis sa libération, il sera froidement exécuté le 22 novembre 1999 par un homme armé dans un cabinet dentaire où il se soignait. L’auteur présumé du crime, membre du «GIA » selon la version officielle, sera rapidement arrêté, quelques jours après le forfait, se promenant à Alger, selon la presse avec l’arme du crime et….les papiers de la victime ( ! ! ?). La famille du défunt dénoncera la parodie de procès où persisteront de larges zones d’ombre. « Il est demandé aux instances suprêmes du pays d’en faire toute la vérité. Rien que la vérité. L’histoire ne pardonnera pas » déclarera son frère, après ce procès (17).

· Tahar Djaout, journaliste et écrivain, victime d’un attentat le 26 mai 1993 près de son domicile dans la banlieue ouest d’Alger, succombera quelques jours plus tard à ses blessures. Le 30 mai, l’AFP, citant une source sécuritaire annonçait que deux des auteurs de l’assassinat de ce journaliste avaient été abattus. Le 1er juin, un citoyen, Abdallah Belabassi, faisait des «aveux » à la télévision, affirmant être le conducteur du véhicule des assassins du journaliste et que le meurtre avait été commandité par un certain Layada. Quatre groupes de citoyens se retrouveront devant la justice, accusés d’être responsables de l’attentat. Layada, «émir » du «GIA » et présenté par certains titres de presse et par le malheureux Belabassi lors de ses «aveux » télévisés comme étant le commanditaire du meurtre sera acquitté par le tribunal d’exception d’Alger dans cette affaire. Les amis du journaliste créeront un comité pour la vérité sur sa mort. Deux membres de ce comité (Boucebci et Mekbel) seront à leur tour assassinés quelque temps après. Son ami, Arezki Aït Larbi, journaliste, écrira à ce propos : « Malgré toutes ces manœuvres, il reste toutefois une certitude : huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, restera une énigme ». (18). Beaucoup d’observateurs continueront là aussi à s’interroger sur les commanditaires de ce meurtre (19).

Encore une fois, il ne s’agit nullement de remuer le couteau dans la béante et profonde plaie du drame national qui n’est pas prête d’être cicatrisée mais seulement de remuer les arguments fallacieux et ignobles de ceux qui ont transformé une immense espérance de changement en une tragédie abyssale et qui n’ont pas hésité, pour sauver leur république des privilèges, à mener une guerre contre une partie de leur propre peuple tout en essayant vainement, le temps d’un mensonge, de tromper l’opinion publique sur la réalité du drame et d’une partie des victimes.
Après avoir joué sur la désinformation et la manipulation et après que la baudruche se soit en partie dégonflée, les maîtres du royaume de la terreur et de l’arbitraire, troublés par leur mauvaise conscience pensent jouer sur le temps et donc sur l’amnésie pour effacer les traces de toutes les horreurs qu’ils ont fait subir – et qu’ils continuent à faire subir – directement ou indirectement à leur propre nation durant plus d’une décennie de crimes et de non-châtiments.
Ils pensent, ainsi, par ces stratagèmes éculés, échapper au tribunal de l’Histoire. Grossière erreur !
La page sanglante de cette tragédie qui perdure ne pourra être tournée tant que toute la Vérité n’aura pas éclaté et que la Justice n’aura pas apposé son sceau.
Ce modeste travail est une contribution que nous versons au dossier de l’Algérie meurtrie qu’aura à traiter la future commission nationale de Vérité et l’Histoire inéluctablement jugera, n’en déplaise aux criminels de tous bords qui pensent pouvoir, par la force, l’argent sale, le mensonge et l’intrigue, échapper à son tribunal !

Références :

(1) Rachid Mimouni, Le Monde, 18 mai 1994, p.2.
(2) François Burgat, Algérie : L’islamisme contre les intellectuels ? In L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 58.
(3) Rachid Boudjedra, militant de l’ex-parti stalinien algérien du PAGS et éradicateur devant l’Eternel, témoin à charge lors du procès qu’intentait Khaled Nezzar contre le sous-lieutenant Souaïdia, déclarera, toute honte bue, le 03 juillet 2002 devant la 17e chambre du tribunal de Paris être le «continuateur de Proust et de Flaubert ». Cette ‘’blague’’ provoquera l’hilarité de la salle. Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 248.
(4) Rachid Boudjedra, Le FIS de la haine, Editions Denoel, Paris, 1992.
(5) Michel Morel, Lettre à l’hebdomadaire l’Express, N° 407, 02 avril 1959.
(6) Oued Namous et Reggane.
(7) Citée par Jacques Vergés, in : Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Editions Albin Michel, 1993, p. 62.
(8) Salah-Eddine Sidhoum, Lettre ouverte à Pierre Bourdieu, président du CISIA, septembre 1995, publiée in : Livre blanc sur la répression en Algérie, T3, Les complicités, Editions Hoggar, Suisse 1996, p. 288.
(9) Ginette Scandrani, L’Algérie, quel dialogue ? L’appel du CISIA in : L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 41.
(10) Pierre Guillard, Que se passe-t-il dans la tête de M. Pierre Bourdieu ? in : Jusqu’à quand la désinformation à propos du pays d’Algérie. Textes polycopiés. 13 novembre 1993. Pierre Guillard est l’auteur d’un ouvrage sur la tragédie algérienne : Ce fleuve qui nous sépare. Editions Lyosel, Paris, 1994.
(11) Salah-Eddine Sidhoum, L’autre versant de la tragédie, Algeria-Watch, décembre 2001, www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/versant_tragedie.htm
(12) Témoignages adressés par des déportés à l’auteur.
(13) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1100 exécutions sommaires, in : Algeria-Watch, 11 janvier 2002, http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm
(14) Voir aussi son interview : Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM, Nord-Sud Export, n°427, 21 septembre 2001.
(15) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1000 cas de disparitions forcées. In Algeria-Watch. 11 janvier 2002. http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1000_disparitions/1000_disparitions_A.htm
(16) Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 382.
(17) Kamel Hachani. Rétablir la vérité. In hebdomadaire El Borhane, semaine du 25 août au 1er septembre 2001.
(18). Arezki Aït-Larbi. L’assassinat de Tahar Djaout : un crime sans coupables. Le Matin 26 mai 2001. www.algeria-watch.de/farticle/presse/tahar_djaout.htm
(19) Lire aussi, concernant les interrogations sur l’assassinat de feu Djaout :
- Ghania Mouffok : « Qui a tué Tahar Djaout ? » in Etre journaliste en Algérie. RSF. Paris 1996. p.91-94.
- Le rapport de Reporters sans frontières (mars 1997) : Algérie : la guerre civile à huis-clos. Chapitre : « Qui a tué Tahar Djaout ? », in Algérie Le livre noir, p.16. Editions La Découverte 1997,
- L’article du journaliste et ami du défunt, Arezki Aït Larbi dans le Figaro du 9 janvier 1997.

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

Algeria-Watch, mars 2003

Posté par algeriedemocratie le 1 août 2010


Algeria-Watch, mars 2003 dans salah-eddine sidhoum(25) dictature-alg%C3%A9rienneSuite aux révélations faites par l’ex-agent de la police politique, Karim Moulaï quant aux crimes contre l’Humanité commis par les « sauveurs de la République….des privilèges », je me permets de reproduire une contribution que j’avais publié en mars 2003 sur le site Algeria-Watch, à un moment où j’étais moi-même pourchassé par ces ordures criminelles pour avoir dénoncé, documents et témoignages à l’appui,  leurs abominables crimes contre notre Peuple. Pour l’Histoire !

Salah-Eddine SIDHOUM

Algeria-Watch, mars 2003

A la mémoire de mon Ami, le regretté Cheikh Benyoucef Benkhedda, président du GPRA, qui m’a appris la valeur et le sens de l’Ethique politique.  
  C’est par la vérité qu’on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu’on connaît la vérité.
Emir Abdelkader El Djazaïri
  La société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil.
E. Zola.

« En Algérie, on assassine l’intelligence ».
Que de fois n’avons-nous pas entendu ce slogan clamé durant les années de braise, de part et d’autre de la Méditerranée, concernant les assassinats d’intellectuels algériens. Tel un leitmotiv, il était ressassé et martelé tant par les services de propagande du régime d’Alger et leurs plumitifs que par leurs relais en France dans un concert médiatique assourdissant d’une ampleur jamais égalée.
Par intellectuels, on entendait par-là seulement une minorité qui s’était ralliée par peur ou par calcul au régime militaire et s’était abritée derrière les blindés qui venaient de renverser l’urne de la «piétaille », des «gueux » et des «va-nu-pieds » qui avaient mal voté.
C’est cette malheureuse minorité élitiste, hautaine et méprisante, autoproclamée «intelligence du pays » qui sera utilisée par les services de l’action psychologique de la police politique dans la vaste campagne de manipulation et de désinformation, pour travestir la réalité du drame algérien et déverser inepties, insultes et mensonges, à travers, plus particulièrement une partie de la presse privée nationale et les plateaux de la télévision française.

N’est-ce pas feu Rachid Mimouni qui écrivait (1), s’adressant à l’opinion française:
« C’est la première fois dans l’histoire qu’on voit un mouvement terroriste se proposer d’éradiquer toute l’intelligentsia d’un pays, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une maladie. Le projet consiste à décerveler le pays. »

Et c’est un intellectuel français, François Burgat (2) de lui répondre :
« Les islamistes, nous ont longtemps expliqué en effet les plus médiatisés des analystes, avaient décidé de «décerveler » un pays où s’affrontaient «le camp des terroristes et celui des militaires », sous les yeux impuissants de la population. Est-ce vraiment de cela qu’il s’est agi ? Et si entreprise de «décervelage » il y a eu, qui en ont été réellement les acteurs et les victimes ? »

N’est-ce pas aussi un certain Rachid Boudjedra, se proclamant sans rougir «continuateur de Flaubert et de Proust » (sic) (3) qui traitera de «conglomérat de rats enragés et pestiférés» et de «charlatans de basse lignée et d’ignares semi-alphabétisés » (4), des citoyens, militants et sympathisants du parti que le suffrage universel venait de désigner première majorité politique en Algérie. Cette «hogra intellectuelle » n’est pas sans nous rappeler celle de certains colons, à l’image d’un Michel Morel, à l’encontre des «indigènes » traités de «huit millions de ratons sales et illettrés qui narguent la France » (5)
Plus de trois millions de citoyens algériens avaient voté pour des «rats enragés et pestiférés». ! Quel respect de la dignité et de la citoyenneté de la part de notre «élite » ! !

La propagande du régime et de ses troubadours médiatiques «omettra » de signaler que bien avant que certains intellectuels tombent sous les balles des islamistes, des centaines d’autres intellectuels avec des milliers d’autres citoyens, étaient embarqués de nuit et déportés dans les camps de concentration de l’extrême-sud, là où la France coloniale expérimentait ses armes chimiques et nucléaires (6). Ils étaient parmi les plus chanceux. D’autres moins chanceux, connaîtront les affres de la torture, mourront sur les tables d’«exploitation » du renseignement, seront exécutés sommairement et arbitrairement ou disparaîtront à tout jamais. Leur crime était d’appartenir à un courant politique à qui le suffrage universel venait d’accorder, pour la première fois depuis l’indépendance la légitimité de diriger le pays pour une période déterminée. De toutes ces victimes, personne n’en parlera. Ni en Algérie ni en Europe. De véritables parias ! L’esprit des deux collèges de la nuit coloniale qui resurgit. Triste recommencement de l’histoire !

Cette histoire revisitée nous rappellera cruellement que l’intellectuel algérien – le véritable intellectuel – hier comme aujourd’hui a payé, au coté de ses concitoyens, un lourd tribu dans les conflits qu’aura connu l’Algérie contemporaine. Nous sommes en droit de nous interroger si cette élimination de l’intelligence n’avait pas sa tradition dans notre guerre de libération ? Ce qui se passe aujourd’hui n’est-il pas la continuité de ce qui s’est passé hier durant la révolution et au lendemain de l’indépendance et de cette haine viscérale qu’avaient certains chefaillons vis-à-vis des intellectuels (purges sanglantes de la « bleuite » dans les maquis, assassinats de Abane, Allaoua Abbas, Chaabani, Khemisti, Mécili….) ?

Il serait honnête de rétablir avant tout la vérité en précisant que les intellectuels tués par les islamistes ne l’ont pas été en tant que tels mais pour leur prise de position en faveur du coup d’Etat et pour avoir accepté d’assurer, pour certains d’entre eux, la couverture idéologique de la répression sauvage qui s’était abattue au lendemain du pronunciamiento sur une partie de la population. Cette importante clarification ne signifie nullement que cela était une raison pour les assassiner.
Tout comme les intellectuels de « l’autre bord » ont été kidnappés, torturés et/ou exécutés dans le cadre de la politique planifiée d’éradication du courant islamique, porteur d’un projet constituant une alternative au pouvoir et qui avait, de par son ancrage populaire, sérieusement menacé les fondements du régime en place.
Les intellectuels des deux bords ont été victimes de ce qu’ils ont fait et non de ce qu’ils ont été.
Il est certain que durant les premières années de la guerre, la puissante campagne de désinformation menée par le régime et ses relais de part et d’autre de la Méditerranée a grandement désorienté l’opinion publique qui n’arrivait pas à s’expliquer certains assassinats. La faiblesse criarde du mouvement politique islamique sur le plan de l’information, a également grandement participé à la production de cette confusion. Cela facilitera le travail des services de l’action psychologique pour lui faire endosser tous les assassinats.

Tous ces facteurs ont permis, un certain temps, de mettre sous le boisseau une réalité : la volonté du pouvoir, sous couvert de la lutte « anti-terroriste », d’éliminer tout ce que comporte la société comme intelligence qui ne s’insère pas dans son projet diabolique d’éradication. Avec le recul, nous constatons que beaucoup d’intellectuels officiellement tués par les présumés islamistes étaient certes de farouches opposants au projet islamique, mais ne cautionnaient pas non plus les pratiques terroristes du pouvoir. Or, les véritables intellectuels et théoriciens de l’éradication, ceux qui lui ont donné une solide assise idéologique et s’en sont fait les ambassadeurs, ont été, en très grande partie épargnés. Ils se permettront même de s’accaparer des morts dont ils sont en partie responsables, en les transformant en leurs propres martyrs. Cela a été, avouons-le, doublement intelligent de la part des « cerveaux » de l’éradication : éliminer les voix critiques et en même temps imposer le silence aux amis et parents des victimes, puisque les « coupables » sont des ennemis, des « islamistes ».

Cette guerre a vu naître, au nom d’une certaine conception des droits de l’homme et de la démocratie, le honteux concept de l’indignation sélective. Une frange de notre élite, instrumentalisée par un quarteron de putschistes ignares et sans scrupules, pataugeait dans les marais du manichéisme, de l’imposture et de la déraison. Et en face, le monde dit libre, avalait les couleuvres de la désinformation et s’enfermait dans un silence affligeant.
Nous ne pouvons parler de cette indignation sélective sans évoquer le rôle joué par une poignée d’intellectuels français et l’éphémère comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA), dans la campagne de désinformation de l’opinion publique. Bien avant d’apprécier à nos dépens l’élasticité de la notion des droits de l’homme dans certains cercles intellectuels et politiques de l’Hexagone et naïfs que nous étions, nous avions adressé, dès la naissance de ce comité, une lettre à son président (7) pour attirer son attention sur la situation d’une dizaine d’intellectuels algériens, torturés et arbitrairement incarcérés dans les geôles des «sauveurs de la démocratie et de la République ». Cette lettre, ainsi qu’une seconde adressée en 1995 (8), resteront sans réponse. En réalité ce silence en lui-même était une réponse : ce comité ne soutenait pas les intellectuels qui refusaient la soumission culturelle.
Nous n’étions pas les seuls à nous interroger sur les véritables desseins de ce comité. Des citoyens français qui refusaient de s’inscrire dans cette infâme campagne de désinformation, se poseront la même question et jugeront choquant ce soutien partiel et partial. C’est le cas de Ginette Scandrani (9) :
« Pourquoi faut-il soutenir uniquement les intellectuels alors que c’est le peuple qu’on assassine ?
Je me sens concernée lorsqu’on assassine des intellectuels, des journalistes ou des artistes mais pas plus que lorsqu’on assassine des ouvriers, des enseignants, des commerçants, des ménagères ou des chômeurs.
Pourquoi faire un catalogue des soutiens ?
Pourquoi ne soutenir qu’une partie des intellectuels alors que d’autres, ceux du FIS, sont soit en prison ou dans des camps ?
Pourquoi faut-il aller trier à l’intérieur de la société algérienne pour désigner les bons et les mauvais ? Ne sont-ils pas tous Algériens ? »

Pierre Guillard (10) écrivait en 1993 :
« J’ai écrit au CISIA : puisque le sort des intellectuels vous interpelle, demandez-vous la libération d’un prisonnier d’opinion, Abdelkader Hachani ? J’attends bien sûr toujours la réponse. A. Hachani n’est en effet qu’ingénieur en pétrochimie, francophone et arabophone, président du parti majoritaire d’un pays de 27 millions d’hommes, et docteur en Islam : autant dire une m….
Abdelkader Hachani n’obtiendra pas le label « intellectuel » délivré de professo par le CISIA. Car seuls seront reconnus «intelligence du pays » les hommes du 11 janvier et de la rébellion armée contre la démocratie ».

Non contents de se transformer en zélés propagandistes intellectuels de l’éradication, cette forme de barbarie à l’algérienne, certains membres de ce comité feront la chasse à tous ceux, qui en France, allaient à contre-courant de l’establishment intellectuel et de sa «pensée dominante » concernant la tragédie algérienne. Nous avons été abasourdis d’apprendre en 1996 d’un ami intellectuel français, qu’il avait été licencié à deux reprises de son emploi sur injonction du CISIA pour avoir dénoncé à travers ses prises de position et ses écrits, la politique de désinformation et les méfaits de ce comité.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article (11) et nous ne cesserons de le répéter, il n’est pas question pour nous de verser dans cette immonde indignation sélective, catégorielle ou dans un quelconque corporatisme en matière de droits de l’homme. Hier et sous d’autres cieux, c’était au nom de l’histoire, aujourd’hui, c’est au nom d’une certaine conception dévoyée de la démocratie et des droits de l’homme qu’on se permet de choisir les bonnes et les mauvaises victimes. La dignité humaine est une et nous ne pouvons admettre une telle classification ignoble tant pour la tragédie algérienne qu’ailleurs. C’est avec un profond respect que nous nous inclinons devant la mémoire de toutes les victimes du drame national provoqué par la politique criminelle d’un régime qui a voulu dresser des algériens contre d’autres algériens pour préserver son pouvoir illégitime et ses privilèges. Paix et miséricorde à leurs âmes !
Mais il est un devoir moral de lever le voile sur une partie de la vérité en affirmant haut et fort qu’à côté des intellectuels tués par les islamistes, il y a eu aussi d’autres intellectuels enlevés, torturés et exécutés arbitrairement par le terrorisme d’Etat qui s’était abattu sur l’Algérie au lendemain du coup d’Etat de 1992 et qu’on avait voulu cacher à l’opinion.

Cette étude n’a pas l’intention de tenir une comptabilité macabre ou la prétention d’énumérer les centaines d’intellectuels victimes de cette guerre, mais seulement de démystifier les menteries du régime et de ses commandos médiatiques de part et d’autre de la Méditerranée qui ont prévalu durant des années. Toute mystification a ses limites. Par des exemples précis et documentés, nous apportons sereinement des preuves irréfutables que le terrorisme d’Etat a amplement participé à la liquidation des hommes de culture et de science. Et cela n’est que justice pour celles et ceux qu’on a voulu effacer des tablettes du drame national.

Il est vrai qu’au début de la sale guerre, beaucoup de monde fut trompé par l’impressionnante machine de désinformation mise en branle par le régime dans le cadre d’une vaste stratégie de manipulation digne des Jacquin, Trinquier et Godard, de triste mémoire. Mais avec le temps, le lourd silence imposé sera rompu et des brèches seront courageusement ouvertes dans cet épais mur de mystification par quelques rares intellectuels, militant(e)s des droits de la personne humaine et officiers qui refusaient cette barbarie mais aussi cette défense des droits de la personne humaine à deux vitesses, aidés en cela par le courageux et admirable travail de témoignage des victimes et familles de victimes, malgré les malheurs et la terreur qui s’étaient abattus sur elles.

Les camps de concentration

Dès les premières heures du coup d’Etat, une vaste campagne d’arrestations fut menée par les services de sécurité et la police politique contre les cadres et élus du parti sorti vainqueur des premières élections législatives libres. Beaucoup d’entre eux étaient des universitaires. Ils seront déportés dans les camps de concentration du Sud.
Pour la seule année 1992, on comptait officiellement 1224 enseignants détenus dans les camps et geôles du régime.
Au camp de concentration de Reggane, situé à 1400 km d’Alger, on comptait en mars 1992 (12) :
· 45 ingénieurs.
· 600 enseignants d’écoles, collèges et lycées.
· 1 enseignant d’Université.
· 11 médecins.
· 5 pharmaciens.
· 4 avocats.

Pour le seul camp de Aïn M’Guel, on notait en mars 1994 (12) :
· 26 professeurs de lycée et de collège
· 5 enseignants universitaires.
· 7 ingénieurs.
· 1 médecin spécialiste, enseignant à la faculté de médecine d’Alger.
· 1 pharmacien.

Deux cas illustrent cette politique de déportation.
· Ouziala Messaoud, docteur en médecine, spécialiste en néphrologie et en transplantation rénale à l’hôpital universitaire Mustapha d’Alger, déporté au lendemain du coup d’Etat de janvier 1992 au camp de concentration d’Aïn M’Guel où il séjournera jusqu’en 1995. Il sera ensuite kidnappé le 8 juillet 1998 à la sortie de l’hôpital Mustapha par des civils armés de la police politique et séquestré durant quinze jours en un lieu secret. A sa libération, il s’exilera en Europe.

· Gahmous Abderrahmane, professeur d’université et chercheur, titulaire d’un PHD aux Etats-Unis, directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’El Harrach. Déporté au lendemain du coup d’Etat au camp de concentration de Reggane durant plusieurs mois. Il sera contraint, lui aussi à l’exil.

La terreur des escadrons de la mort

En 1993, apparurent deux escadrons de la mort : l’OSSRA (organisation secrète de sauvegarde de la république algérienne) et l’OJAL (organisation de la jeunesse algérienne libre), éphémères branches de la police politique. Leur but était de terroriser le camp islamique. C’était la mise en pratique de la sinistre devise : »la peur doit changer de camp ». L’une d’elles, l’OJAL, se spécialisera dans la chasse et la liquidation des intellectuels du courant islamique. De nombreux universitaires recevront des menaces de mort, seront torturés ou exécutés par cette organisation terroriste. Parmi ses victimes, nous citerons :

· Boudjelkha Mohamed Tidjani, professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar d’Alger, avait reçu une lettre de menace de mort de cette organisation puis avait été kidnappé à son domicile en novembre 1993 par trois civils armés se présentant comme éléments de l’OJAL. Il sera séquestré en un lieu secret puis torturé durant plusieurs jours avant d’être libéré avec un message destiné aux intellectuels du courant islamique: la mort. Il sera contraint de s’exiler à sa libération.

· Mohamed Lahbib Haddam, docteur en médecine, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital universitaire Mustapha et maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger recevra lui aussi une lettre de menace de mort de l’OJAL. Le 11 novembre 1993 à 20 heures, deux civils armés et cagoulés feront irruption à son domicile. Le chirurgien sera ligoté ainsi que son épouse et sa fille. Les deux hommes armés lui affirmeront qu‘ils appartenaient à l’OJAL, qu’ils lui avaient adressé une lettre le condamnant à mort et qu’ils venaient exécuter la sentence. Après avoir enfermé leurs trois victimes dans une pièce, et pris de doute sur l’identité de la cible, ils quitteront les lieux en emportant les clés de l’appartement, en volant une importante somme d’argent et en promettant de revenir durant la nuit. Le chirurgien et sa famille arriveront miraculeusement à se libérer et à fuir le domicile pour aller se réfugier chez des amis avant le retour des deux criminels. Il sera contraint lui aussi à s’exiler.

· Mohamed Saïd Moulay, professeur et doyen de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab Ezzouar, recevra lui aussi en mars 1993 une lettre de menace de mort de l’OJAL. En décembre 1993, deux civils armés feront irruption à son bureau à l’Institut de mathématiques. Devant les menaces, il se mettra à protester à haute voix afin d’attirer l’attention des secrétaires et des directeurs-adjoints de l’Institut. Affolés par l’attroupement des fonctionnaires et des étudiants devant le bureau du Doyen, les deux criminels prendront la fuite. Ce n’était que partie remise. En effet, cet universitaire sera kidnappé avec ses deux enfants en bas âge le 19 juin 1994 par des civils armés sur l’autoroute d’El Harrach puis séquestré durant 30 jours et torturé au commissariat central d’Alger (voir chapitre tortures).

· Ahmed Hambli, professeur à la faculté de droit de l’université de Tizi Ouzou est tué par balles le 2 octobre 1993 à l’entrée de l’université par des hommes armés qui réussiront à prendre la fuite. Ses proches amis accuseront l’OJAL de son assassinat.

· Necib Mohamed Arezki, maître de conférences à la faculté de Droit de Ben Aknoun, recevra à son tour en novembre 1993, une lettre de l’OJAL le menaçant de mort. Quelques mois plus tard, des hommes armés se présenteront à son domicile pour l’assassiner. Il réussira à leur échapper.

· Mohamed Bouslimani, homme de culture et théologien, président de l’association caritative El Irshad Oual Islah, enlevé à son domicile le 26 novembre 1993. Son enlèvement sera revendiqué simultanément par l’OJAL et le GIA (probablement une absence de coordination entre les deux organisations criminelles issues de la même officine). Son corps, en état de décomposition avancée, sera découvert dans la région d’El Affroun (Blida) le 28 janvier 1994.


La Torture

Les intellectuels comme des dizaines de milliers d’autres citoyens, ne seront pas épargnés par la torture, cette pratique dégradante et inhumaine qui sera institutionnalisée après l’annulation des élections législatives, dans l’ensemble des centres de détention. Nous citerons à titre d’exemple les cas de :

· Moulay Mohamed Saïd, professeur d’université et doyen de l’Institut de Mathématiques, kidnappé sur l’autoroute le 19 juin 1994 par des civils armés alors qu’il était à bord de son véhicule avec ses deux enfants. Gardé au secret durant 30 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il s’en sortira avec un traumatisme crânien, un traumatisme de la main et une baisse de l’acuité visuelle.

· Sari Ahmed Mahfoud, docteur en médecine, professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire de Baïnem (Alger-ouest), arrêté le 2 mai 1993 alors qu’il assurait sa consultation de cardio-pédiatrie. Séquestré durant 12 jours au commissariat de Cavaignac d’Alger où il sera sauvagement torturé avant d’être arbitrairement incarcéré durant 6 mois à la prison d’El Harrach.

· Brahami Mostafa, enseignant de physique à l’université de Bab Ezzouar, titulaire d’un magistère en physique quantique et doctorant en management, arrêté la première fois en octobre 1992 et sauvagement torturé durant une semaine au commissariat central d’Alger. Arrêté une seconde fois en avril 1993 et séquestré durant un mois au centre de Châteauneuf où il sera à nouveau torturé avant d’être libéré, sans retenir aucune charge contre lui. Devant ces harcèlements et les menaces de liquidation physique adressées par les escadrons de la mort de l’OJAL, il sera contraint à s’exiler en Europe fin 1993.

· Lafri Khaled, docteur en médecine, chirurgien orthopédiste, ex-maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté à son domicile dans la nuit du 7 juin 1994. Gardé au secret durant 40 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il présentera un traumatisme des jambes laissé sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois ans à la prison d’El Harrach puis de Serkadji.

· Lamdjadani Noureddine, docteur en médecine, épidémiologue, maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté au commissariat central d’Alger le 17 mai 1994. Gardé au secret durant 60 jours à Châteauneuf puis au commissariat central d’Alger où il sera torturé. A présenté lors de sa séquestration de graves problèmes de santé restés sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois années à la prison d’El Harrach.

· Kerkadi Ahcène, chirurgien-dentiste, demeurant à Larbaâ (Blida), arrêté la première fois à son domicile, en avril 1993 par des parachutistes. Torturé à la caserne de Bouzaréah puis de Ben Aknoun durant une semaine avant d’être jeté sur la route. Il en sortira avec une perforation du tympan. Arrêté une seconde fois en novembre 1993, il sera séquestré durant sept jours au centre de Blida où il sera à nouveau torturé. A sa libération et devant les menaces d’assassinat, il décidera de quitter l’Algérie.

· Hammoudi Nadir, architecte, arrêté dans la nuit du 9 octobre 1992 à son domicile. Séquestré durant 28 jours au commissariat de Bab El Oued où il sera atrocement torturé. Arbitrairement incarcéré durant 5 ans à la prison de Serkadji et d’El Harrach.

· Thamert Hocine, professeur au lycée de Dellys (Boumerdés), kidnappé le 24 avril 1994 dans la rue à Alger par des civils armés de la police politique. Séquestré durant 26 jours successivement au commissariat central d’Alger, au centre de Châteauneuf et à Haouch Chnou de Blida où il subira d’abominables tortures. Selon son témoignage l’un des tortionnaires de Châteauneuf tentera de lui sectionner les doigts avec des ciseaux de tailleur.


Les exécutions sommaires

Les hommes de savoir ne seront pas épargnés, à l’instar de milliers d’autres citoyens, par les exécutions sommaires.
Dans une étude réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat (13) nous avions répertorié sur une liste non exhaustive de 1100 exécutions sommaires :
· 42 enseignants (primaire, collège et lycée).
· 11 universitaires.
· 07 médecins.
· 02 avocats.
· 02 ingénieurs.


Quelques cas illustrent cette politique planifiée de liquidation physique
· Azizi Abdelkrim, professeur de langue arabe, demeurant à El Harrach (Alger), a été torturé dans la salle de bain de son domicile le 22 septembre 1993 sous les yeux de son épouse et de ses trois filles par des policiers dirigés par le commissaire de Bourouba. Il sera ensuite embarqué avec son fils de 18 ans, Abdessamad au dit commissariat où ils seront séquestrés durant plusieurs semaines avant d’être exécutés sommairement selon le témoignage d’un officier de police adressé en 2000 au président de la République.

· Bouchelaghem Moussa Fouad, Maître de conférences à l’université de Blida, titulaire d’un doctorat en physique, arrêté à son domicile à Alger le 3 juin 1994 par des éléments cagoulés de la police politique. Il sera localisé, suite à des témoignages concordants d’ex-détenus, au centre de Châteauneuf (cellule n°9) où il sera affreusement torturé. Le 8 septembre 1994, sa mère trouvera son nom sur le registre de la morgue de Bologhine où il aurait été transféré le 20 juillet. Selon la version officielle, il aurait été abattu suite à une «tentative de fuite ». Des ex-détenus, ses amis et sa famille sont formels : cet universitaire avait été sorti de sa cellule et exécuté sommairement.

· Bouhadida Seghir, journaliste et maître-assistant à l’Institut de journalisme de l’université d’Alger, a été kidnappé dans la rue le 11 juin 1995 par des agents de la police politique. Il sera localisé dans un premier temps selon le témoignage de sa famille au commissariat de Bourouba. En 1996, sa famille apprendra par le biais d’Amnesty international qu’il avait été abattu «suite à un accrochage avec un groupe terroriste » selon la correspondance adressée par les autorités à cette ONG des droits de l ‘homme.

· Boularas Ahmed, physicien, maître de conférences à l’université de Blida, arrêté en septembre 1994 à son domicile à Larbaâ (Blida) par la police politique. Selon le témoignage de ses proches, il aurait été affreusement torturé avant d’être exécuté. Son cadavre sera retrouvé quelque temps après à la morgue. Un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader exerçant au CTRI de Blida et réfugié détenu en Thaïlande confirmera dans une interview à l’AFP en août 2000, qu’effectivement, cet universitaire avait été exécuté sommairement par la sécurité militaire. (14)

· Chenafa Djillali, avocat, demeurant à Sidi Ali (Mostaghanem) arrêté le 3 novembre 1994 par la police politique selon le témoignage de ses proches. Son cadavre sera retrouvé à la décharge de Beni Haoua, quelques jours plus tard.

· Dahab Omar, ingénieur en électronique, demeurant à El Oued, enseignant à l’école de formation professionnelle, arrêté en mars 1994 ainsi que dix de ses élèves. Il sera remis dans un cercueil à sa famille. Il avait été exécuté ainsi que les dix élèves du centre de formation professionnelle.

· Taleb Abderrahmane, docteur en médecine, demeurant à Larbaâtache (Boumerdés), précédemment arrêté en avril 1993, séquestré et torturé au commissariat Cavaignac d’Alger puis arbitrairement incarcéré durant 07 mois à la prison d’El Harrach, sera exécuté sommairement le 19 juin 1994 à son domicile par des militaires selon le témoignage de sa famille.

· Haddoum Kouider, docteur en médecine, demeurant à Hassasnia (Aïn Defla), arrêté par des gendarmes en janvier 1994 et exécuté ainsi que trois autres citoyens en février 1994 dans la forêt de M’Ghazi, selon le témoignage de sa famille.

· Rosli Mohamed, doyen de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Blida, arrêté le 30 octobre 1993 par la police politique à l’université et devant ses collègues universitaires et ses étudiants. Deux ans après son enlèvement, il adressera un message à ses parents par l’intermédiaire d’un codétenu libéré signalant qu’il avait été sauvagement torturé et qu’il était séquestré à la prison militaire de Blida. Sa famille n’aura jamais l’occasion de le voir. En août 2000, un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader, réfugié en Thaïlande et dans une interview à l’AFP, affirmera que cet universitaire avait été exécuté. (14)

· Boucherit Lotfi, 28 ans, demeurant au quartier Belle Vue de Constantine est docteur en médecine. Enlevé le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile de sa tante (11, rue El Kadi, Casbah, Constantine) par les services de sécurité. Ces derniers auraient dérobé, selon le témoignage de sa famille, une veste en cuir neuve, un poste radio, des livres de médecine, des livres de théologie, une somme de 50 000 DA, un appareil photo et une médaille d’ancienne combattante de la guerre de libération nationale de sa tante. Mort sous la torture et enterré le 30 septembre 1995 au cimetière central de Constantine.


Les «disparitions »

Parmi les milliers de citoyens «disparus», nous notons un nombre non négligeable d’enseignants, médecins, avocats, ingénieurs et autres hommes de science.
Dans une étude (15) réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat, nous relevions sur un échantillon de 1000 cas :
57 enseignants (primaire, secondaire, universitaire)
08 Médecins
13 Ingénieurs
03 Architectes
04 Avocats et juristes
04 Journalistes


Dix cas illustrent cette politique d’enlèvements touchant cette catégorie de citoyens :
· Allalou Sidali, demeurant à Alger, Ingénieur d’Etat en hydraulique a été arrêté le 19 février 1995 à 18 heures par des civils armés sur le tronçon Bir Mourad Raïs-Birkhadem alors qu’il circulait à bord de son véhicule de type Renault Super Cinq. Il sera localisé aux centres de la sécurité militaire de Châteauneuf et de Haouch Chnou ( CTRI de Blida) par sa famille grâce aux témoignages de citoyens rescapés de ces centres. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Aouifer Sebti, père de 6 enfants, demeurant à Taher (Jijel), ingénieur d’Etat en agronomie, directeur de la coopérative agricole de Chekfa (Jijel), arrêté le 12 septembre 1995 à la brigade de gendarmerie de Chekfa. Cet ingénieur et responsable était connu pour ses compétences et sa probité. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Bellahrèche Chérif, docteur en médecine, professeur agrégé en rhumatologie et chef de service de rhumatologie à l’hôpital universitaire de Constantine. Membre de plusieurs sociétés scientifiques internationales. Il a été arrêté le 8 novembre 1994 par quatre hommes armés se réclamant des services de sécurité, alors qu’il était en consultation médicale dans son service. Sa famille l’aurait localisé au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf en février 1995, sur la base de témoignages de rescapés de ce centre. Aucune information sur ce médecin depuis neuf années.

· Benabid Belkacem, père de 4 enfants, docteur en médecine, demeurant à Sétif. Arrêté dans la matinée du 14 novembre 1994 près de son cabinet médical situé au faubourg des 5 fusillés à Sétif par 3 civils armés se présentant comme des agents des services de sécurité qui l’ont forcé à monter à l’arrière de sa propre voiture de type R25. L’arrestation s’est faite devant près de 25 personnes dont l’infirmier du cabinet, les patients qui attendaient le praticien et les voisins. Il aurait été localisé dans un premier temps au commissariat de police de Sétif. Les policiers de ce commissariat refuseront d’enregistrer la plainte du père pour enlèvement. Aucune nouvelle depuis neuf ans.

· Beneddine Allel, avocat, demeurant à Oran, arrêté le 22 novembre 1994 à minuit à son domicile par une vingtaine d’hommes armés de la Sécurité militaire venus à bord de véhicules banalisés après avoir défoncé la porte de son appartement. A disparu depuis.

· Benkara Mustapha, père de deux enfants, chirurgien et chef de service à l’hôpital de Médéa, arrêté le 31 mars 1994 à 12 heures par des militaires sur son lieu de travail, en présence de ses confrères et du directeur de l’établissement hospitalier. Selon le témoignage de sa famille, il aurait été séquestré durant 25 jours à la gendarmerie de Médéa puis aurait été transféré par des éléments de la Sécurité militaire vers la prison de Camera située à Ksar Boukhari. Selon le témoignage d’un technicien en radiologie, ce chirurgien aurait été ramené de nuit aux urgences de l’hôpital de Médéa, la tête recouverte d’un drap, pour ne pas être reconnu par ses collaborateurs. Il présentait un traumatisme de l’avant-bras et de la jambe, suite aux tortures. Depuis, personne n’a plus eu de ses nouvelles.

· Bouabdallah Abdelaziz, journaliste au quotidien El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils porteurs d’armes à vision infra-rouge selon le témoignage de sa famille. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Des témoins auraient affirmé l’avoir vu au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. Aucune nouvelle de ce journaliste depuis sept ans.

· Fahassi Djamal Eddine, journaliste à la radio nationale (chaîne 3), père d’un enfant, demeurant à El Harrach (Alger) est kidnappé le 6 mai 1995 par des éléments de la sécurité militaire venus à bord de deux véhicules banalisés à El Harrach, près de l’Institut d’agronomie. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. D’autres témoignages concordants confirmeront ces dires. En 1992, ce journaliste avait été déporté durant 45 jours au camp de concentration de Aïn Salah.

· Goumri Tayeb, professeur au lycée de Salah-Bey (Sétif), demeurant à Maafeur, commune de Salah-Bey, arrêté le 23 janvier 1995 par des gendarmes alors qu’il se rendait au lycée. Localisé par des témoins à la gendarmerie de Salah-Bey. Aucune nouvelle depuis de cet enseignant.

· Saâdoun Djamel, polytechnicien, maître-assistant à l’Ecole polytechnique d’El Harrach, doctorant en mécanique, demeurant à El Biar (Alger), enlevé le 7 mars 1996 à son domicile par des gendarmes de Bouzaréah puis remis aux militaires de la caserne de Blida avant d’être transféré à Béchar le 14 mars 1996 à partir de l’aéroport de Boufarik, puis à Abadla selon le témoignage de sa famille. A disparu depuis cette date.

Nous ne terminerons pas cette douloureuse énumération de quelques dizaines de victimes citées à titre d’exemple, sans l’évocation de la mémoire de nombreux intellectuels dont l’assassinat n’a jamais été élucidé et dont les proches, amis et observateurs continuent à s’interroger sur les véritables commanditaires de leur élimination physique, malgré l’étiquette «GIA » officiellement collée aux auteurs de ces crimes. Comme pour des milliers d’autres victimes de cette guerre, aucune enquête sérieuse n’aura été diligentée et aucun procès équitable ne prouvera la culpabilité des malheureux citoyens inculpés. L’opinion se suffira parfois d’un communiqué laconique de presse annonçant que «les auteurs de l’assassinat de tel intellectuel ont été abattus au cours d’un accrochage avec les services de sécurité » et le dossier était ainsi clos. Ailleurs on présentera souvent à cette même opinion, lors d’ «aveux » télévisés, de malheureux citoyens, le visage tuméfié et déformé par la torture, ‘’reconnaissant’’ avoir tué tel ou tel intellectuel. Des «aveux » d’un autre âge qui ne trompent personne.
Les observateurs avertis se sont toujours demandés si, dans le cadre de l’action psychologique qui sous-tendait le diabolique plan d’éradication, certains meurtres catégoriels et ciblés n’étaient pas destinés à semer la terreur dans une classe moyenne frileuse afin de la jeter sous le burnous mité des janviéristes.

Quatre cas illustrent cette catégorie de victimes :
· Youcef Fethallah, juriste et président de la ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), tué le 18 juin 1994 devant la porte de son cabinet professionnel, à la rue Larbi Ben M’hidi (Alger). Ses amis nous apprendront que cet humaniste venait de revenir de Berlin où il avait assisté à une conférence organisée par Amnesty International. Il avait très tôt dénoncé la répression qui s’était abattue sur les jeunes citoyens et l’ouverture des camps de concentration. Le 8 mai 1994, il participait à Alger, à la marche nationale pour le dialogue et la réconciliation nationale, ce qui lui valut des attaques virulentes de la part de la minorité éradicatrice et de sa presse attitrée. Membre de la commission «d’enquête » sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf, des informations à l’époque avaient fait état de réserves émises par le défunt quant au rapport final.

· Embarek Mahiout, économiste, militant des droits de l’homme et membre (trésorier) de la direction du Front des Forces Socialistes, tué ainsi que son neveu le 4 novembre 1995, à Kouba (Alger) à quelques jours des «élections » présidentielles, mascarade électorale à laquelle le FFS et d’autres partis politiques appelaient au boycott. Cet universitaire, était connu pour son infatigable combat pour les droits de la personne humaine et la démocratie. Là aussi, officiellement, le «GIA » était responsable de ce crime. Lors du procès intenté par l’ex-«ministre» de la Défense du régime d’Alger contre le sous-lieutenant Souaïdia, Aït Ahmed cité comme témoin par la défense déclarera à l’audience, concernant le regretté Mahiout : « Non seulement on confisque le pouvoir, ses richesses, la mémoire, mais aussi quand «ils» veulent régler leurs problèmes internes, ils s’envoient des messages en ciblant des personnalités. On a ciblé notre trésorier, on l’a tué en pleine campagne électorale » (16)

· Abdelkader Hachani, ingénieur en pétrochimie, membre de la direction politique du Front Islamique du Salut, arbitrairement incarcéré durant cinq ans et demi au bagne de Serkadji (1992 – 1997) pour avoir appelé les militaires à respecter le choix du peuple souverain. Mis sous filature serrée par la police politique depuis sa libération, il sera froidement exécuté le 22 novembre 1999 par un homme armé dans un cabinet dentaire où il se soignait. L’auteur présumé du crime, membre du «GIA » selon la version officielle, sera rapidement arrêté, quelques jours après le forfait, se promenant à Alger, selon la presse avec l’arme du crime et….les papiers de la victime ( ! ! ?). La famille du défunt dénoncera la parodie de procès où persisteront de larges zones d’ombre. « Il est demandé aux instances suprêmes du pays d’en faire toute la vérité. Rien que la vérité. L’histoire ne pardonnera pas » déclarera son frère, après ce procès (17).

· Tahar Djaout, journaliste et écrivain, victime d’un attentat le 26 mai 1993 près de son domicile dans la banlieue ouest d’Alger, succombera quelques jours plus tard à ses blessures. Le 30 mai, l’AFP, citant une source sécuritaire annonçait que deux des auteurs de l’assassinat de ce journaliste avaient été abattus. Le 1er juin, un citoyen, Abdallah Belabassi, faisait des «aveux » à la télévision, affirmant être le conducteur du véhicule des assassins du journaliste et que le meurtre avait été commandité par un certain Layada. Quatre groupes de citoyens se retrouveront devant la justice, accusés d’être responsables de l’attentat. Layada, «émir » du «GIA » et présenté par certains titres de presse et par le malheureux Belabassi lors de ses «aveux » télévisés comme étant le commanditaire du meurtre sera acquitté par le tribunal d’exception d’Alger dans cette affaire. Les amis du journaliste créeront un comité pour la vérité sur sa mort. Deux membres de ce comité (Boucebci et Mekbel) seront à leur tour assassinés quelque temps après. Son ami, Arezki Aït Larbi, journaliste, écrira à ce propos : « Malgré toutes ces manœuvres, il reste toutefois une certitude : huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, restera une énigme ». (18). Beaucoup d’observateurs continueront là aussi à s’interroger sur les commanditaires de ce meurtre (19).

Encore une fois, il ne s’agit nullement de remuer le couteau dans la béante et profonde plaie du drame national qui n’est pas prête d’être cicatrisée mais seulement de remuer les arguments fallacieux et ignobles de ceux qui ont transformé une immense espérance de changement en une tragédie abyssale et qui n’ont pas hésité, pour sauver leur république des privilèges, à mener une guerre contre une partie de leur propre peuple tout en essayant vainement, le temps d’un mensonge, de tromper l’opinion publique sur la réalité du drame et d’une partie des victimes.
Après avoir joué sur la désinformation et la manipulation et après que la baudruche se soit en partie dégonflée, les maîtres du royaume de la terreur et de l’arbitraire, troublés par leur mauvaise conscience pensent jouer sur le temps et donc sur l’amnésie pour effacer les traces de toutes les horreurs qu’ils ont fait subir – et qu’ils continuent à faire subir – directement ou indirectement à leur propre nation durant plus d’une décennie de crimes et de non-châtiments.
Ils pensent, ainsi, par ces stratagèmes éculés, échapper au tribunal de l’Histoire. Grossière erreur !
La page sanglante de cette tragédie qui perdure ne pourra être tournée tant que toute la Vérité n’aura pas éclaté et que la Justice n’aura pas apposé son sceau.
Ce modeste travail est une contribution que nous versons au dossier de l’Algérie meurtrie qu’aura à traiter la future commission nationale de Vérité et l’Histoire inéluctablement jugera, n’en déplaise aux criminels de tous bords qui pensent pouvoir, par la force, l’argent sale, le mensonge et l’intrigue, échapper à son tribunal !

Références :

(1) Rachid Mimouni, Le Monde, 18 mai 1994, p.2.
(2) François Burgat, Algérie : L’islamisme contre les intellectuels ? In L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 58.
(3) Rachid Boudjedra, militant de l’ex-parti stalinien algérien du PAGS et éradicateur devant l’Eternel, témoin à charge lors du procès qu’intentait Khaled Nezzar contre le sous-lieutenant Souaïdia, déclarera, toute honte bue, le 03 juillet 2002 devant la 17e chambre du tribunal de Paris être le «continuateur de Proust et de Flaubert ». Cette ‘’blague’’ provoquera l’hilarité de la salle. Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 248.
(4) Rachid Boudjedra, Le FIS de la haine, Editions Denoel, Paris, 1992.
(5) Michel Morel, Lettre à l’hebdomadaire l’Express, N° 407, 02 avril 1959.
(6) Oued Namous et Reggane.
(7) Citée par Jacques Vergés, in : Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Editions Albin Michel, 1993, p. 62.
(8) Salah-Eddine Sidhoum, Lettre ouverte à Pierre Bourdieu, président du CISIA, septembre 1995, publiée in : Livre blanc sur la répression en Algérie, T3, Les complicités, Editions Hoggar, Suisse 1996, p. 288.
(9) Ginette Scandrani, L’Algérie, quel dialogue ? L’appel du CISIA in : L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 41.
(10) Pierre Guillard, Que se passe-t-il dans la tête de M. Pierre Bourdieu ? in : Jusqu’à quand la désinformation à propos du pays d’Algérie. Textes polycopiés. 13 novembre 1993. Pierre Guillard est l’auteur d’un ouvrage sur la tragédie algérienne : Ce fleuve qui nous sépare. Editions Lyosel, Paris, 1994.
(11) Salah-Eddine Sidhoum, L’autre versant de la tragédie, Algeria-Watch, décembre 2001, www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/versant_tragedie.htm
(12) Témoignages adressés par des déportés à l’auteur.
(13) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1100 exécutions sommaires, in : Algeria-Watch, 11 janvier 2002, http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm
(14) Voir aussi son interview : Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM, Nord-Sud Export, n°427, 21 septembre 2001.
(15) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1000 cas de disparitions forcées. In Algeria-Watch. 11 janvier 2002. http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1000_disparitions/1000_disparitions_A.htm
(16) Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 382.
(17) Kamel Hachani. Rétablir la vérité. In hebdomadaire El Borhane, semaine du 25 août au 1er septembre 2001.
(18). Arezki Aït-Larbi. L’assassinat de Tahar Djaout : un crime sans coupables. Le Matin 26 mai 2001. www.algeria-watch.de/farticle/presse/tahar_djaout.htm
(19) Lire aussi, concernant les interrogations sur l’assassinat de feu Djaout :
- Ghania Mouffok : « Qui a tué Tahar Djaout ? » in Etre journaliste en Algérie. RSF. Paris 1996. p.91-94.
- Le rapport de Reporters sans frontières (mars 1997) : Algérie : la guerre civile à huis-clos. Chapitre : « Qui a tué Tahar Djaout ? », in Algérie Le livre noir, p.16. Editions La Découverte 1997,
- L’article du journaliste et ami du défunt, Arezki Aït Larbi dans le Figaro du 9 janvier 1997.

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

le Docteur Sidhoum menacé de mort par le pouvoir algèrien

Posté par algeriedemocratie le 21 février 2010

le Docteur Sidhoum menacé de mort par le pouvoir algèrien dans salah-eddine sidhoum(25) sidhoum2

Ce jour, vendredi 19 Février 2010 à 08h45, le Dr Salah-Eddine SIDHOUM militant bien connu des Droits de l’Homme en Algérie – actuellement privé de sa connexion Internet – m’a informé, depuis son téléphone mobile qu’il a été appelé plusieurs fois la veille, entre 21h00 et Minuit, par un individu qui l’a, à chaque fois grossièrement insulté et menacé de mort. Le numéro du mobile d’où sont partis ces appels et ces menaces est : — 07 70 44 82 11 –.  Je porte cette grave information à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale, pour dénoncer les méthodes mafieuses des insatiables criminels, tenants du pouvoir politique – civil et militaire – en Algérie, qui n’ont pas eu assez de plus de 18 ans d’Etat d’Urgence de plus de 200.000 morts, de plus de 20.000 disparus et du pillage de dizaines de milliards de dollars volés au détriment du peuple et du patrimoine national algérien.

Signé : Abdelkader DEHBI.

PS: A signaler que le Docteur Sidhoum avait lancé, depuis quelques jours seulement, une vaste initiative pour enquêter sur les avoirs des barons du régime à l’étranger. Il avait sollicité la collaboration d’avocats et de groupes d’avocats, amis de l’Algérie, pour étudier les voies et moyens en vue de déposer plainte contre ces satrapes, et demander officiellement à la communauté internationale de geler ces comptes, ainsi que toutes les possessions de ces barons du régime, partout dans le monde, en attendant de les restituer au peuple algérien.

 

Salah-Eddine SIDHOUM dit :

Mes cher(e) compatriotes,
C’est d’un cybercafé que je m’adresse à vous pour vous remercier pour votre indéfectible soutien. Tous les commentaires que je viens de lire, tout comme les appels et les e-mails que je reçois régulièrement depuis hier matin me réconfortent dans mon combat contre cette voyoucratie agonisante mais féroce.Malgré ces apparences de défaitisme, de fatalisme et d’abattement de notre peuple, je reste persuadé et convaincu qu’il y a des hommes et des femmes qui sauront répondre à l’appel du DEVOIR, comme l’ont fait nos aînés en 54. Soyons mobilisés et vigilants.
Je voudrais vous informer que j’ai déposé hier matin à 9h une plainte au commissariat de mon quartier (Mouradia 15e). Je tiens à cette occasion à remercier nos jeunes inspecteurs de police qui m’ont reçu et qui connaissent depuis fort longtemps mon combat contre la hogra et au service des opprimés. Ils ont tenu à être à mes côtés et à me réconforter. Ils ont accompli dignement leur travail. Cela démontre encore une fois que l’Algérie n’est pas totalement gangrénée. Si la tête l’est, le corps ne l’ai pas totalement. Et c’est très important dans la suite de notre combat pacifique contre ce régime. Il est fort possible que l’individu auteur de ces menaces téléphoniques et du SMS soit identifié et qu’on nous dise qu’il s’agit d’un « drogué » ou d’un « malade mental » pour couvrir les commanditaires de ces intimidations. On connait la musique des « services ».
Je voudrais dire à cette voyoucratie en képi et en col blanc que ni vos intimidations, ni vos tentatives de liquidation physique (comme en décembre 94), ni votre prison (comme en 92 et 2003) ne viendront à bout de la volonté et des convictions des femmes et des hommes libres de ce pays. Vous êtes dans votre phase terminale d’un cycle naturel de vie. Les jours de ce régime déliquescent sont comptés. Que sont devenues les dictatures de ce monde (Shah, Videla, Pinochet, colonels grecs, Bokassa….)? Elles ont toutes inexorablement fini dans les poubelles de l’Histoire. Evitez encore une fois une autre aventure sanglante à notre peuple déjà exsangue. Partez avant qu’il ne soit trop tard. Car à ce rythme, un véritable tsunami populaire risque de balayer non seulement votre système, mais tout le pays. Et la décision échappera alors aux sages de ce pays. Elle reviendra alors à la rue. Et là, Rabi Yaltaf.
Fraternelles et respectueuses à toutes mes soeurs et tous mes frères en Algérie et en exil.
Salah-Eddine.

Publié dans salah-eddine sidhoum(25), vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

Un ex-général de la junte argentine (76-83) condamné à perpétuité.

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Un ex-général de la junte argentine (76-83) condamné à perpétuité.

Par Salah-Eddine SIDHOUM

Santiago Omar Riveros, ex-général de la junte argentine, auteur durant la « sale guerre » (1976-1983) de crimes contre l’Humanité, a été condamné hier, mercredi 12 août 2009 par un tribunal de la banlieue de Buenos Aires à la prison à perpétuité pour atteinte aux droits de la personne humaine. Il est accusé d’être responsable de l’exécution sommaire en 1976 et après d’horribles tortures d’un jeune adolescent de 15 ans, Floreal Avellaneda.
Ce sinistre officier putschiste criminel était le responsable du non moins sinistre camp de tortures et d’exécutions sommaires qu’était le « Campo de Mayo » qui a vu défiler près de 5000 prisonniers politiques que le régime du général Videla voulait « éradiquer » dans le cadre du « processus de réorganisation nationale » pour « sauver l’Argentine et la démocratie » du « péril rouge » (le « péril vert » n’existait pas encore !).
Ce camp constituait avec la tristement célèbre école de Marine (ESMA), un des « hauts-lieux » de la répression sauvage qui s’était abattue sur une grande partie de la population argentine au lendemain du coup d’Etat de 1976.
Trente ans après ce crime imprescriptible et malgré toutes les lois scélérates d’autoamnistie proclamées par les putschistes (« point final » et « désobéissance due » des années 86 et 87) qui interdisaient toute plainte contre les militaires et services de sécurité de la part des victimes ou familles de victimes de la « sale guerre », la justice indépendante argentine décidera de mettre fin à l’impunité. Trente ans après ses crimes contre l’Humanité, ce général criminel sera rattrapé par la Justice ! Et plus de 350 plaintes sont en attente d’être instruites par la justice pour les seules victimes du « Campo de Mayo ».
Pour rappel, la dictature argentine instaurée par le général Videla et qui dura plus de sept ans, se soldera par près de 30 000 disparitions forcées (victimes probablement torturées puis exécutées sommairement). Cette stratégie des « disparitions » sera empruntée à la sinistre « Ecole française » employée durant notre guerre de libération nationale. Cette dictature aura ses centres de torture et de liquidation, ses escadrons de la mort et ses « vols de la mort » pour terroriser une grande partie de la population. Elle aura aussi sa justice d’exception pour envoyer ses opposants, sur la base d’aveux extorqués sous la torture et de dossiers judiciaires préfabriqués, croupir dans les centres de détention.
Mais malgré sa « puissance » O combien éphémère, cette dictature connaitra indubitablement sa fin, grâce au combat de la société, de ses intellectuels et politiques dignes, des familles de victimes (dont les mères courageuses de disparus qui ont joué un très grand rôle dans l’éclatement de la vérité) et des militants des droits de l’homme.
La phase de transition démocratique, grâce à cette mobilisation populaire et des élites politiques se déroulera pacifiquement, malgré les menaces voilées de coups d’Etat des résidus militaires putschistes. L’Etat démocratique et le pouvoir législatif (démocratiquement élu) annuleront ces lois scélérates d’autoamnistie en 2003 avant que ces dernières ne soient totalement abolies en 2005 par la Cour Suprême.
Ce cas argentin doit servir de leçon aux apprentis dictateurs résiduels d’Afrique et du monde arabe qui pensent pouvoir, par la répression sauvage, se maintenir éternellement au pouvoir et par des lois d’autoamnistie se protéger à l’avenir de toutes poursuites judiciaires pour les crimes imprescriptibles qu’ils ont commis contre leurs peuples soumis.
Il doit servir également de leçon à tous les citoyens libres qui ne doivent pas mettre la charrue avant les bœufs. Seule l’instauration d’un Etat de Droit pourra permettre l’éclosion de la vérité sur les crimes commis par ces régimes et pas avant.
Œuvrons à un changement du système politique, à l’instauration de l’Etat de Droit et que la justice indépendante fasse alors son travail dans la sérénité pour que plus jamais, nos peuples ne soient les victimes expiatoires de ceux qui veulent se maintenir ou accéder au pouvoir par les coups d’Etat et les baïonnettes. Vérité et justice ne signifient nullement vengeance. Le cas argentin en est un exemple éloquent.

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

واجب المقاومة

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009




صلاح الدين سيدهم   

إن الحقيقة الثابتة هي أنه عندما يستولي ويتحكم مغتصبون في قدر أمة، فإنهم لا يستطيعون البقاء في سدة الحكم إلا بالأساليب الغير الأخلاقية، المضللة والمفسدة.


ليس لهذه السلطة الغير الشرعية من خيار لفرض نفسها على الشعب إلا الاستيلاء على كل أوصاف الشرعية وهذا بعد إفراغها من محتواها فتكون كقوقعة فارغة، والهدف من هذا كله هو أن تخدمه هذه الواجهات وتخدم مصالحه بدلا من مصالح الأمة، مع المجازفة بإمكانية تخريب روح هذه الأمة وتماسكها وكذلك مبادئ العدل والمساواة أمام القانون الذين هما أساس تواجدها وضمان استمرارها.

إن مثل هذه الحالة لا يمكن أن تتطور مع مرور الزمن إلا نحو الأسوأ، وهذا هو الواقع الذي لا مفر منه، مهما كانت حجم الثروات الطبيعية للبلاد، أو الخطابات الرنانة والمضللة التي تمجد انتصارات السلطة.

وقد استطعنا التأكد من هذا الواقع، عندما ارتفع سعر البترول إلى مستويات قياسية وسمحت لبلدنا الحصول على مداخيل غير متوقعة. كل هذه الثروات التي كان بإمكانها التخفيف من بؤس وشقاء أكثرنا احتياجا، وتضع آليات لنهضة اقتصادية، ولكنها لم يكن لها من أثر إلا الزيادة من جشع الأقلية الحاكمة، ووضع خطط شبه اقتصادية، مرتجلة وباهظة التكاليف، ولم يكن لها من نتيجة إلا مثل تأثير الجراحة في ساق خشبية.

كان بإمكان كل هذه الأموال الغير منتظرة، أن ترجعنا إلى تسيير عقلاني وراشد لبلدنا، لأن هذه الأموال الضخمة كانت كافية لنهضة اقتصادية حقيقية، وبدلا من ذلك استعلمت وبدون حساب، لتجعل من بلدنا بازارا كبيرا للخردة، حيث أطلق العنان للاستهلاك الفاحش المبالغ فيه، الذي لا يستفيد منه إلا بارونات النظام.

اليوم وقبيل « الانتخابات » الرئاسية، التي تذكرنا بالعهد الستاليني والتي تحضر حسب الطريقة الفلكلورية المعروفة، والتي يجب أن يحمر منها خجلا بارونات النظام، هذا إذا بقيت لديهم ذرة حياء، وصرنا نرى تبذير أموال الشعب لغايات ديماغوجية وشعبوية، وفي نفس الوقت تنهب الأقلية الحاكمة وفروعها المافيوية كل ثرواتنا. ونلاحظ اليوم أن هذه السلطة الغير الشرعية وحتى لو انسلخت من جلدها وغيرت وجهها العدد الذي يلزمها من المرات، هي في طريقها كي تهوي بنا إلى وضع لا نستطيع الخروج منه أبدا، خاصة إذا تطورت الظروف الاقتصادية الحالية إلى الأسوأ. إنها سياسة الهروب إلى الأمام- والتي تعتبر انتحارية للبلاد- لنظام في مرحلته النهائية.

لا نستطيع أن نبقى متفرجين على انحطاطنا وعلى اغتيال أمّتنا ! و بل ليس لدينا الحق. و ستعتبر جريمة عدم تقديم يد المساعدة لأمة في خطر. أمتنا التي ضحى أوائلنا بأرواحهم من أجلها.

إنّ مقاومة تخريب وطننا هو حق مقدس.

ولا يستطيع أحد أن ينكر علينا هذا الحق.

لأن الجزائر ليست ملكية لأحد أو لجماعة. هي ملك للشعب الجزائري، لكل الجزائريين الذين من واجبهم المحافظة عليها من كل الأخطار.

حان الوقت لإنهاء الثرثرة والأحاديث المملّة، والعقيمة و في غرق أنفسنا في الشقاقات والاختلافات المعوقة، حان الوقت لطرح المشاكل الحقيقية ولإيجاد الحلول الصحيحة و الواقعية.

يجب أن تعود السلطة للشعب، وللشعب فقط. بدون أية ألاعيب أو حيل أو استغلال دنيء، يجب أن يرجع النهر المحوّل إلى مجراه ! نهر الكرامة الذي روي بدماء الكثير من أهالينا. ويبقى التغيير الجذري والسلمي للنظام السياسي هو الحل الوحيد لإنهاء أزمة الشرعية للسلطة المستمرة منذ 62.

حان الوقت لمبادرة سياسية، مبادرة سلمية وسياسية خالصة. سنوظف كل حقوقنا كمواطنين أحرار، كي ننطلق لإغاثة وطننا. تفرض هذه المبادرة نفسها كبديل ديمقراطي، والتي تضم كل القوات الحية للأمة، دون إقصاء أو احتكار، بعيدا عن أية ديماغوجية أو انتهازية.

الواجب ينادينا!

ليس لدينا الحق في التردد فكيف بالتراجع. لأنه يجب أن نعود إلى الحق وإلى العدالة. إلى جزائر كل الجزائريين، جزائر العدالة و الحرية و الديمقراطية، متأصلة بقيمها الحضارية ومتفتحة تماما على العالم.

وأسمح لنفسي باستعمال أبيات للشاعر أبو القاسم الشابي:

« إذا الشعب يوما أراد الحياة،
فلا بد أن يستجيب القدر،
ولابد لليل أن ينجلي،
ولابد للقيد أن ينكسر.. »

وفّقنا الله و سدّد خطانا.

صلاح الدين سيدهم
الجزائر مارس 2009

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

Le devoir de résistance

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009

Le devoir de résistance

Salah-Eddine Sidhoum   

Lorsque le destin d’une nation est capté indûment par des usurpateurs, ceux-ci ne peuvent se maintenir à sa tête qu’en usant de procédés immoraux et corrupteurs. C’est une vérité immuable.


Ce pouvoir illégitime n’a d’autre choix, pour s’imposer au peuple, que de s’approprier tous les attributs de la légitimité, en les dénaturant, en en faisant des coquilles vides, des façades de pure forme qui n’ont d’autre finalité que de le servir, aux dépens de la nation, et au risque d’altérer l’esprit même de cette dernière, sa cohésion, et les grands principes de justice et d’égalité devant la loi qui fondent son existence et sa destinée même.


Une telle situation ne peut qu’empirer. C’est une logique inexorable. De jour en jour, et quelles que soient les richesses naturelles du pays et quels que soient les discours triomphalistes et trompeurs du régime.

Nous avons pu mesurer cette logique dans toute son implacable réalité depuis que la flambée des prix des hydrocarbures ont permis à notre pays d’engranger des recettes inespérées. Toute cette richesse, qui aurait pu soulager la misère des plus démunis d’entre nous, et mettre en place des mécanismes rationnels de redressement économique, n’a eu d’autre effet que de décupler la voracité de l’oligarchie, et de servir à des plans pseudo économiques, improvisés et relativement exorbitants, qui n’auront d’autre résultat que ceux d’un cautère sur une jambe de bois.

Cet argent miraculeux, qui aurait pu servir à nous remettre sur la voie d’une gestion rationnelle et raisonnable du pays, puisque ces moyens colossaux étaient suffisants pour une réelle relance économique, a été utilisé, sans compter, pour faire de notre pays un immense bazar, une véritable khourda où la consommation débridée et démagogique en soi, ne profite réellement qu’aux barons du régime.

Aujourd’hui, à la veille des « élections » présidentielles, dignes de l’ère stalinienne et qui se sont préparées dans l’orchestration folklorique que nous savons tous, et qui devraient faire honte aux barons de ce régime, si tant est qu’ils sont susceptibles de ressentir la moindre pudeur, nous assistons à un usage immodéré de l’argent du peuple, à des fins démagogiques et populistes, alors que l’essentiel de nos richesses est pillé par une minorité et ses réseaux mafieux. Nous observons que ce pouvoir illégitime, même s’il a mué autant de fois que cela lui fut nécessaire, est en passe de nous précipiter dans une situation dont nous ne pourrons plus nous tirer, pour peu que la conjoncture économique mondiale s’aggrave un tant soit peu. Il s’agit d’une véritable fuite en avant – suicidaire pour le pays – d’un régime en phase terminale.

Nous ne pouvons plus continuer à assister en spectateurs à notre propre déchéance, et à l’assassinat de notre nation ! Nous n’en avons pas le droit. Ce serait un crime de non assistance à nation en péril. Notre propre nation. Celle pour laquelle nos aînés ont donné leur vie.

La résistance à la destruction de sa propre patrie est un devoir sacré.

Nul ne peut nous en dénier le droit.

Car l’Algérie n’est la propriété de personne, ni d’un quelconque clan. Elle est celle du peuple algérien, de tous les Algériens qui ont le devoir de la prémunir des périls.

Le moment est venu de cesser les palabres stériles et de nous enfoncer dans des zizanies paralysantes. Le moment est venu de poser les vrais problèmes et de trouver les véritables solutions.

Le pouvoir doit revenir au peuple, et au peuple seul. Sans manigances et sans récupérations sordides. Le fleuve détourné doit retrouver son lit ! Ce fleuve de la dignité qui a charrié le sang de tant des nôtres. Et seul un changement radical et pacifique du système politique permettra de régler définitivement la crise de légitimité du pouvoir qui perdure depuis 1962.

Le moment d’une action politique est venu. Une action pacifique et éminemment politique. Nous userons de tous nos droits en tant que citoyens libres, pour voler au secours de notre patrie.

Une action qui s’imposera en alternative démocratique, qui devra fédérer toutes les forces vives de la nation, sans exclusion ni exclusive, loin de toute démagogie et de tout opportunisme.

Le devoir nous appelle !

Nous n’avons pas le droit d’hésiter et encore moins de démériter. Parce que force doit revenir au droit et à la justice.

Pour une Algérie de toutes et de tous, de justice, de liberté et de démocratie, profondément ancrée dans ses valeurs et grandement ouverte sur l’Universel.

Qu’il me soit permis de faire miennes les paroles d’Aboulqacem Achabbi :

« Si le peuple, un jour, aspire à la Vie,
Force est au destin d’y répondre,
Force est aux ténèbres de se retirer,
Et force est au joug de se briser… »

Que Dieu Guide nos pas !

Salah-Eddine Sidhoum
Alger
5 mars 2009

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

La force du régime réside en notre faiblesse (4)

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009

La force du régime réside en notre faiblesse

Salah-Eddine Sidhoum





Repères : L’Algérie a signé la convention internationale pour la protection contre les disparitions forcées. Est-ce une avancée ?

Salah-Eddine Sidhoum : Non. C’est une BLAGUE !

Repères : Quels sont les mécanismes à mettre en place pour aboutir à un dénouement juste et équitable de la question des disparus ?

Salah-Eddine Sidhoum : Il est vrai que la question des disparitions forcées est une question très sensible. Le régime semble avoir tranché dans sa charte de l’impunité et de la supercherie nationale en les considérant comme morts. J’avais évoqué ce triste sort lors d’une interview à un quotidien il y a deux années de cela, ce qui avait provoqué une réaction chez certaines mères de disparus, réaction entretenue par certaines personnes qui ont fait de ce douloureux problème un fonds de commerce très juteux, plus particulièrement Outre Méditerranée. Je ne suis pas un adepte en politique de l’entretien des illusions, du nifaq et du mensonge. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de dire la vérité à son peuple, même si cela vous fait perdre des plumes politiquement. Car notre modeste conception de la politique est d’être franc et servir son peuple et non lui plaire et le desservir.

Je considère en mon âme et conscience que les planificateurs de cette éradication d’une partie de la population ont commis, concernant les victimes de disparitions forcées, un DOUBLE CRIME CONTRE L’HUMANITE. En les enlevant puis en les exécutant sommairement, probablement après d’horribles tortures.

Tôt ou tard, les langues de délieront et la vérité éclatera.

C’est le droit absolu non seulement pour les familles mais aussi pour toute la Nation de savoir qui a planifié et commandité ces enlèvements d’Algériens puis leur exécution sommaire et connaître les lieux secrets où ils ont été ensevelis.

Donc je crois que même si la question des disparitions est délicate, nous ne devons pas la dissocier des autres crimes contre l’Humanité commis durant cette guerre. Et c’est le rôle de la Commission Vérité et Justice d’enquêter sur tout cela et d’éclairer l’opinion publique et la Justice.

Mais encore une fois tout cela ne pourra être réalisé en toute liberté et équité, que lorsque les Algériens se seront définitivement débarrassés de ce régime et posé les jalons de l’Etat de Droit.

Repères : Des militants des droits de l’Homme se plaignent de l’absence d’un cadre de lutte. Votre avis ?

Salah-Eddine Sidhoum : Là aussi il faudrait clarifier les choses. De quels militants des Droits de l’Homme parlez-vous ? De salons ou de terrain ?

Je sais une chose (car j’étais et je suis toujours sur le terrain) : durant la guerre subie par notre peuple, lorsque des dizaines de citoyens étaient enlevés, torturés, exécutés sommairement ou tués dans les coins de rue et à l’époque où des dizaines de têtes sans corps et de corps sans têtes étaient jetés dans les rues, le nombre des militants des droits de l’Homme se comptaient à peine sur les doigts des deux mains. L’occasion se présente pour rappeler le travail admirable fourni par mon frère de lutte, Me Mahmoud Khelili, Rahimahou Allah durant la sale guerre et au prix de sa vie. Un travail qui a permis, en grande partie au monde de connaître la réelle et dramatique situation des droits de l’Homme. Comme cette poignée de militants impénitents, Mahmoud n’avait pas besoin d’un « cadre de lutte » pour déchirer le voile du mensonge et de la désinformation à l’époque de la terreur institutionnalisée. Je reviens là aussi à Vaclav Havel et au forum des 77. Ce forum qui fut initialement une association de défense des droits de l’Homme « non agréée » (pour reprendre la phraséologie officielle algérienne) n’avait comme « cadre de lutte » que la prison et les minuscules appartements de la poignée d’intellectuels tchèques, avant de se transformer en un vaste mouvement politique libérateur du joug communiste.

Il est vrai que maintenant, avec la condamnation par l’opinion publique et les ONG internationales du régime d’Alger pour ses atteintes massives à la Dignité Humaine, ce qui a tempéré un tant soit peu les ardeurs criminelles des exécutants du pouvoir, nous assistons à une prolifération de militants es-droits de l’homme se bousculant aux portillons de certaines officines étrangères plus que suspectes, installées en Algérie, venues leur « apprendre » les « droits de l’Homme » et comment « voter », dans les salons feutrés de certains hôtels algérois !

Le militantisme pour la Dignité Humaine n’est ni une fonction ni un service rendu. C’est un devoir pour tout citoyen d’une manière générale et de tout intellectuel et politique d’une manière particulière. Et il n’a besoin ni de « leçons » particulières ni de « cadre de lutte ». C’est un combat quotidien.

Nos convictions et les valeurs civilisationnelles auxquelles nous croyons, nous ont interpellés, à une période tragique que traversait notre pays, et nous avons pris nos responsabilités. Nous avons été les témoins acharnés des erreurs et des horreurs de ce régime. Et nous avons témoigné de la triste et dramatique réalité algérienne ! Et nous continuerons à témoigner aujourd’hui et demain pour faire éclater la Vérité, toute la vérité sur le drame vécu par notre peuple quel qu’en soit le prix, en faisant nôtre la citation de feu Robert Barrat : « La vérité et la justice ont aujourd’hui besoin de témoins. Des témoins qui sachent au besoin souffrir martyre sans mot dire ».


Salah-Eddine Sidhoum
Repères, Mars 2007

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaire »

123
 

The Soul of a Slayer |
AHL EL KSAR |
toutelactualite |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Halliburton Manufacturing &...
| Le Tallud 79200
| momema