Islam, terrorisme, fetwas

Posté par algeriedemocratie le 29 août 2009

Les vérités de Tariq Ramadan

Islam, terrorisme, fetwas

Les vérités de Tariq Ramadan

Connu pour ses sorties médiatiques controversées, l’intellectuel Tariq Ramadan est l’un des islamologues les plus influents à l’heure actuelle. Il revient dans cet entretien accordé à El Watan Week-end sur le terrorisme et les fetwas en Algérie et sur sa vision de l’Islam face au monde actuel. Le petit-fils de Hassan El Banna remet également les pendules à l’heure quant à sa rupture avec la municipalité et l’université Erasmus de Rotterdam, aux Pays-Bas.

En Occident, on vous appelle « l’intellectuel musulman » ou le « porte-parole de l’Islam de France des communautés ». A quelle étiquette vous répondez le plus ?

C’est en France que l’on m’appelle ainsi, pas en Occident. Les qualificatifs changent selon les pays : la France a un problème avec ce que je représente et cela est dû en partie au traumatisme non dépassé de sa relation avec l’Algérie colonisée, les Arabes et l’Islam qui résistent à l’assimilation. Quant à moi, j’essaie de penser l’Islam en étant fidèle à son essence tout en faisant face à l’époque contemporaine. Je n’envisage pas non plus ma fonction de professeur d’université sans un engagement pour la dignité, l’égalité et la justice : un intellectuel engagé en somme.

Que pensez-vous de la vague des nouveaux penseurs de l’Islam. Où vous situez-vous au juste ?

C’est encore la France qui les définit ainsi et je n’aime pas les qualificatifs distribués par ceux qui veulent nous imposer « le bon Islam » avec un regard sur les textes qui soit dénie au Coran son statut de « Parole révélée », soit promeut un « soufisme new look » où le corps du rituel est dissous dans une spiritualité sans exigence. Je ne participe pas à cette entreprise et je suis dans un débat critique avec certains de ces « nouveaux penseurs » qui nous présentent, sur la question de l’interprétation du Coran, des choses soi-disant « nouvelles » et qui ont été dites il y plus de sept siècles. Ce qui est « nouveau » s’apparente parfois à l’ignorance de traditions anciennes et très riches dans le commentaire du Coran, des fondements du droit et de la jurisprudence (usûl al fiqh).

Quelle distinction faites-vous entre Islam et islamisme ?

L’Islam est la religion à laquelle adhèrent les musulmans. Il y a un seul Islam et plusieurs interprétations, écoles et courants qui sont acceptés car ils respectent les fondements immuables de l’Islam. L’islamisme est un courant qui met en avant la dimension sociale et politique des enseignements islamiques : il y a différents courants islamistes également, des réformistes légalistes aux littéralistes, non violents ou violents.

En Algérie, un nouveau phénomène consiste à demander une fetwa comme approbation à un imam avant d’entreprendre chaque projet, qu’il soit d’ordre professionnel ou même privé. Comment expliquez-vous cela ?

C’est une mauvaise compréhension de l’Islam doublée d’une obsession du droit, du « halal » et du « haram ». Tout cela dénote un manque de confiance et de connaissance de plus en plus répandu parmi les musulmans. On verse dans une superstition malsaine où l’on pense se protéger avec des techniques et des avis sans vivre avec son cœur l’essence de la foi.

L’Algérie, d’après vous, est-elle sortie d’affaire après les épreuves du terrorisme qu’elle a vécues ou est-elle encore menacée ? Et qu’a-t-elle de particulier par rapport aux pays qui souffrent de l’avancée de l’islamisme violent ?

Votre histoire récente a été traumatisante. Il faudra du temps mais la société algérienne a fait preuve d’une force et d’un sens de l’honneur que son histoire avait déjà révélés. Aucune société n’est à l’abri de l’extrémisme violent auquel il faut évidemment s’opposer. L’Algérie doit continuer à travailler sur les causes du processus de radicalisation violente : plus d’éducation (notamment des femmes) et plus de transparence démocratique avec une armée qui doit savoir respecter les institutions de la nation.

Qu’est-ce qui a réellement changé dans le monde après les attentats du 11 septembre 2001 ?

L’image de l’Islam et des musulmans a changé. Nous sommes devenus « internationalement » sur la défensive, en mode « justification ». Nous devons sortir de ce piège et nous réconcilier avec l’essence de l’Islam et son message universel.

Quelle est la motivation qui conduit aujourd’hui des musulmans radicaux à commettre des attentats suicide (« opérations martyr ») ? Quelle est la responsabilité des communautés musulmanes face à ces développements ?

La motivation affichée est de frapper « l’ennemi » sur son terrain et d’espérer pousser l’Occident à changer de politique vis-à-vis des sociétés majoritairement musulmanes. Ce que les musulmans doivent faire, en Occident ou ailleurs, c’est d’affirmer qu’on ne peut justifier le meurtre des innocents : les résistances à l’injustice sont légitimes mais les moyens utilisés doivent répondre à une éthique stricte.

Comment peut-on surmonter cette crise ? Quel rôle pourraient y jouer les musulmans d’Europe ou d’Amérique ?

Les musulmans doivent tenir un discours clair et audible. Non pas pour « faire plaisir » à l’Occident mais par cohérence personnelle et sens de la responsabilité. Il s’agit de comprendre, d’expliquer et de mettre en perspective : les condamnations ne sont pas de même nature et il ne faut pas accepter les généralisations. La résistance palestinienne est légitime même si on n’est pas d’accord sur les moyens utilisés et cela n’a rien à voir avec les actions de ceux que l’on identifie sous « al Qaïda ». Il faut comprendre, expliquer et déconstruire, sans justifier. Comprendre n’est pas justifier : il faut nécessairement comprendre pour dépasser alors que justifier c’est au contraire adhérer.

On parle de moderniser l’Islam. Quelle est votre position ?

Dans mon dernier livre, La Réforme radicale, éthique islamique et libération, j’ai consacré un chapitre au concept de réforme. L’Islam n’a pas à « se réformer », c’est l’esprit et l’intelligence des musulmans qu’il faut faire évoluer et réformer.

L’Islam a-t-il une place dans le monde ? Est-il susceptible d’expansion ?

Bien sûr. L’Islam a toute sa place dans le monde. Il importe que les musulmanes et les musulmans en deviennent les témoins confiants et responsables. L’expansion n’est pas importante : c’est la qualité qui doit prévaloir pas la quantité. L’intention et la bonté des cœurs valent davantage que le nombre des corps.

Y a-t-il un avenir pour le mouvement féministe dans le monde musulman ?

Depuis vingt ans, je me bats pour l’émergence d’un mouvement de femmes et d’hommes qui, au nom de l’Islam, luttent contre les interprétations réductives des littéralistes et les projections machistes de ceux qui confondent religion et culture. On peut l’appeler « féminisme islamique » ou « émancipation des femmes musulmanes », il convient de définir les termes. Ce qui est clair, c’est que les communautés musulmanes à travers le monde ne garantissent pas les droits légitimes des femmes musulmanes et qu’on ne peut accepter ces discriminations.

Comment peut-on encourager l’ijtihad ou la recherche face au radicalisme religieux ?

Mon livre La Réforme radicale traite exactement de ce sujet. Je pense que nous n’arriverons à rien si nous ne réunissons pas les uléma des textes et les uléma du contexte (sciences exactes, expérimentales et humaines) dans des plateformes où ils peuvent produire une éthique appliquée spécifique à chaque domaine. Dans mon livre, je parle de la médecine, des arts, de la culture, de l’économie, de l’écologie, des femmes, de la politique, etc. Les défis sont importants et nombreux.

Pensez-vous que votre intervention sur Press TV est la seule cause de votre limogeage de Rotterdam ?

Ce n’est qu’un prétexte. Comme on peut le lire sur mon site (www.tariqramadan.com), plus de trente professeurs et chercheurs ont critiqué cette hypocrisie dans les medias néerlandais. La société hollandaise va mal et le mouvement politique qui est en passe de devenir le premier pôle politique du pays a à sa tête Geert Wilders qui compare le Coran au Mein Kampf de Hitler. Je ne me laisserai pas faire, c’est une question d’honneur.

Bio Express
Tariq Saïd Ramadan est un intellectuel et universitaire suisse d’origine égyptienne né le 26 août 1962 à Genève. Son grand-père n’est autre que Hassan Al Banna, fondateur des Frères musulmans égyptiens. Ramadan a fait ses études à l’université de Genève (littérature française -philosophie) et est docteur ès lettres en islamologie-arabe. Il a poursuivi et approfondi ses études en sciences islamiques au Caire (1992-1993). Il a occupé plusieurs postes dont professeur d’islamologie au Classic Department de l’Université de Notre Dame (Indiana, Etats-Unis) et Luce Professor au Kroc Institute. Il est engagé depuis plusieurs années dans le débat concernant l’Islam en Europe et dans le monde. Il est actuellement Senior Research Fellow à l’université d’Oxford (St Antony’s College, Grande-Bretagne).

Par lamia tagzout
source: el watan

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Tariq Ramadan limogé de son poste de conseiller auprès de la ville de Rotterdam. (+ réponse de Tariq Ramadan)

Posté par algeriedemocratie le 21 août 2009

Tariq Ramadan limogé de son poste de conseiller auprès de la ville de Rotterdam. (+ réponse de Tariq Ramadan)

tariq_ramadan3 L’information circule sur le net. L’universitaire d’origine égyptienne, Tariq Ramadan, petit-fils de Hassan Al-Banna, le fondateur des « Frères musulmans », aurait été « limogé de son poste de « conseiller » auprès de la ville de Rotterdam (Pays-Bas) ».

C’est le journaliste algérien, Mohamed Sifaoui, qui se présente comme « spécialiste » des mouvements islamistes, qui, sur son blog, donne la nouvelle, mais sur le ton partisan qu’on lui connaît. « Ce sont des journalistes néerlandais qui viennent de m’annoncer la nouvelle qui a fait l’objet d’une dépêche de l’agence néerlandaise. Cette décision aurait été prise en raison des liens entretenus par Tariq Ramadan avec une télévision iranienne contrôlée par le régime des mollahs. Il animait une émission sur cette même chaîne et ses accointances avec un média iranien, proche du pouvoir d’Ahmadinejad, enlevaient à l’intéressé toute crédibilité, selon des sources proches de la ville de Rotterdam  » peut-on lire sur son blog. Des blogs pro-israéliens ont également repris cette information.

Par ailleurs, selon le site d’information presseurop « Trois partis politiques néerlandais ont exigé la démission de l’islamologue suisse, conseiller à l’ntégration pour la municipalité de Rotterdam et « visiting professor » à l’Université Erasme de la même ville ». Ils estiment que « ses fonctions seraient incompatibles avec son émission « Islam and Life » sur PressTV » qui serait financée par le régime iranien« , ajoute la même source.

L’intéressé, en l’occurrence Tariq Ramadan, n’a fait pour le moment aucun commentaire qui confirmer ou infirmer son limogeage.

algerie-focus.com

Lettre ouverte à mes détracteurs aux Pays Bas

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Une nouvelle polémique a commencé aux Pays-Bas. Au mois de mai-juin, on m’accusait de « double discours », d’homophobie et de propos inacceptables à l’égard des femmes. Après vérification, la municipalité de Rotterdam a précisé que ces accusations étaient infondées. Aujourd’hui on affirme que je serais lié au régime iranien et que je soutiendrais la répression qui a suivi les dernières élections. N’est-il pas étonnant que cette dernière accusation ne soit apparue qu’aux Pays-Bas ? Tout se passe comme si j’étais utilisé (avec l’islam) pour régler des comptes politiques dans la course aux voix alors que les élections approches. L’ombre de Geerd Wilders n’est pas loin, lui qui gagne des voix en comparant le Coran au « Mein Kampf » de Hitler. Je suis devenu l’épouvantail et le prétexte au défoulement de passions politiques pas très saines : au fond, cette polémique dit davantage sur l’évolution inquiétante des Pays-Bas que sur ma personne.

Les attaques sur mon engagement ont été très violentes et il faut répondre clairement aux accusations. Quand j’ai accepté d’animer une émission en avril 2008, j’avais pris trois mois de réflexion en discutant avec des amis iraniens ainsi qu’avec des spécialistes. J’ai moi-même suivi de près l’évolution du pays et les tensions internes. Je fus l’un des premiers penseurs musulmans, en Occident, à prendre position contre la fatwa à l’encontre de Salman Rushdie. Depuis vingt cinq ans, tout en relevant que comparativement aux pays arabes, l’Iran avait avancé en matière du droit des femmes et de l’ouverture démocratique, j’ai critiqué le manque de liberté d’expression en Iran, l’imposition du foulard, ou plus récemment la conférence sur l’holocauste de 2006 (qui entretenait une dangereuse confusion entre la critique de la politique israélienne et l’antisémitisme). J’ai bien sûr condamné la répression et les tirs sur les manifestants à la suite des élections.

J’ai toujours gardé cette ligne critique, et constructive. Je passe du temps à étudier la vraie nature des dynamiques internes et je ne me laisse pas influencer par les campagnes de propagande, ni de l’intérieur du système iranien, ni celle d’Israël (qui affirme, pour s’innocenter de façon inacceptable, que l’Iran serait le principal obstacle à la paix), ni celle des Etats-Unis ou de pays européens qui défendent des intérêts stratégiques. Les rapports entre les forces religieuses et politiques sont très complexes en Iran. Une vision binaire, qui opposerait deux camps – les conservateurs fondamentalistes aux réformateurs démocrates – témoigne d’une profonde ignorance des réalités du pays. En sus, les évolutions vers la transparence démocratique ne se feront pas par les pressions occidentales : le processus sera interne, long et douloureux. En acceptant d’animer un show télévisé autour de débats sur l’islam et la vie contemporaine, j’ai fait le choix du débat critique. On ne m’a jamais rien imposé et j’ai pu inviter des athées, des rabbins, des prêtres, des femmes, voilées ou non, pour débattre de sujets tels que la liberté, la raison, le dialogue interreligieux, le sunnisme et le chiisme, la violence, le jihad, l’amour, l’art, etc. Qu’on regarde donc ces émissions et que l’on me dise si on y trouve une seule seconde de soutien au régime iranien. Le programme est une opportunité d’ouverture sur le monde et je le mène dans le respect de tous mes interlocuteurs. En ces temps de crise en Iran, je veux prendre une décision sereine et juste : je dois considérer les faits et déterminer la meilleure stratégie pour accompagner le processus interne vers la transparence et le respect des droits humains. La polémique et les débats passionnés comme aux Pays Bas aujourd’hui ne sont pas de bons conseils et je veux y voir clair avant de me déterminer.

Quand j’ai accepté l’offre de PressTV Ltd à Londres (je n’ai eu aucun contact avec des autorités iraniennes mais avec des producteurs de télévision qui offraient un service à la chaine), je l’ai fait en étant clair sur mes conditions quant aux choix des sujets et à mon indépendance dans le cadre d’une émission traitant de religion, de philosophie et de questions contemporaines. J’ai tout rendu public et mes émissions sont aussi sur mon site depuis le début. J’ai fait le choix d’accompagner l’évolution des mentalités sans jamais avoir à soutenir le régime ni à me compromettre. C’est un choix que beaucoup d’amis iraniens ont non seulement compris mais encouragé. Je ne fais pas ce travail pour l’argent et une autre chaine de télévision d’informations internationales m’a proposé jusqu’au triple des honoraires. J’ai refusé au nom de mes principes. Si je le voulais, en changeant de discours politique et religieux, je pourrais aujourd’hui amasser des fortunes : tous ceux qui suivent mon travail le savent. Mais flatter les rois, les princes, les régimes et les fortunes n’est pas ma philosophie de vie. Mes prises de position m’ont amené à payer le prix fort et je n’ai jamais cédé : je ne peux me rendre en Egypte, en Arabie Saoudite, en Tunisie, en Lybie, en Syrie car j’ai critiqué ces régimes qui étaient anti-démocratiques et ne respectaient pas les droits de l’homme. Les Etats-Unis ont révoqué mon visa à cause de mes virulentes critiques contre les guerres en Afghanistan et en Irak et le soutien unilatéral à Israël. Ce dernier pays m’a fait savoir que je n’y serai jamais le bienvenu. Un conseiller de l’ambassade de Chine m’avait murmuré un rien menaçant, il y a vingt ans, que mon engagement auprès des Tibétains ne passeraient pas inaperçu auprès les autorités de son pays.

J’ai toujours assumé mes choix, je n’ai jamais soutenu une dictature ou une injustice dans les sociétés majoritairement musulmanes comme dans tout autre société. Quant à ceux qui me reprochent « le principe » de présenter un programme de télévision dans une chaine iranienne, je réponds que travailler pour une chaine de télévision n’impose pas de soutenir un régime. Si l’acte politique était si simple, il faudrait d’urgence que mes détracteurs, si férus d’éthique en politique, demande au gouvernement néerlandais de mettre immédiatement un terme aux relations politiques et économiques avec l’Iran, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, Israël ou la Chine. Curieusement, je n’entends pas ces voix. Comme je ne les ai pas entendues quand la municipalité de Rotterdam m’a lavé des fausses accusations de « double discours » ou « d ‘homophobie » ou encore quand la Cours fédérale américaine à inverser en ma faveur le jugement du tribunal de première instance concernant la révocation de mon visa. Pourquoi ce silence ? Pourquoi ces accusations à géométrie variable ? Parce que ces campagnes ne sont que des prétextes destinés à attaquer un « intellectuel musulman visible » et ainsi de gagner des voix sur la peur et le rejet de l’islam. Tous les moyens sont bons pour gagner des électeurs, même les moins dignes, même les moins honnêtes. Je respecte les principes, mais je ne plierai pas devant la propagande malsaine. Non pas seulement pour mon honneur mais également pour celui de notre humanité et de notre avenir.

mardi 18 août 2009, par Tariq Ramadan

source:algerie-focus.com

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Affaire Tariq Ramadan: deux poids, deux mesures par Mona Chollet

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

Affaire Tariq Ramadan: deux poids, deux mesures
par Mona Chollet, Le Courrier, Genève

FRANCE - La publication d’un texte de l’intellectuel musulman genevois Tariq Ramadan a provoqué une importante polémique en France. On constate que d’autres propos de ses contradicteurs, bien plus virulents, ne suscitent pas les mêmes critiques.

« L’encombrant M. Ramadan » (Le Nouvel Observateur), « Des relents d’antisémitisme sur la toile altermondialiste » (Libération)… Diffusé par ses soins sur une liste de discussion consacrée à la préparation du Forum social européen (FSE) de Saint-Denis, le texte de Tariq Ramadan « Critique des (nouveaux) intellectuels communautaires« , dans lequel il met en cause certains intellectuels juifs français (Le Courrier du 8 octobre), a déclenché en France une polémique prévisible. Le climat y est en effet explosif: au printemps dernier, déjà, une campagne de presse un rien malhonnête avait réduit les énormes manifestations anti-guerre aux actes antisémites d’une infime minorité.

Depuis, le mouvement altermondialiste, ainsi que les partis de gauche et d’extrême gauche faisaient l’objet d’une surveillance étroite de la part de nombre d’observateurs, qui traquaient le moindre de leurs faux pas – réel ou perçu comme tel: en septembre, le reporter de Proche-Orient.info trouvait le moyen de s’indigner de la vente de sandwiches halal à la Fête de l’Humanité… Alors, un article d’un orateur musulman déjà controversé, s’en prenant à des intellectuels juifs, vous pensez…!

Antisémite, ce texte? Pour le moins maladroit, c’est certain. M. Ramadan néglige le fait que se dessine aujourd’hui une alliance idéologique inédite: pour les « nouveaux réactionnaires », les cultures chrétienne et juive seraient les détentrices naturelles des lumières, de la civilisation, de la démocratie, de l’égalité des sexes…, alors que l’islam, devenu, selon l’expression de l’historienne Sophie Bessis, le « tiers exclu de la révélation monothéiste », se voit rejeté dans les ténèbres du terrorisme, du fanatisme, de la misogynie, de l’antisémitisme…Up

Cette thèse, plus ou moins implicite selon les idéologues, suscite des adhésions diverses: certes, on sait depuis longtemps que leur rapport à leur judéité et leur soutien inconditionnel – quoi qu’ils en disent- à Israël peuvent pousser certains intellectuels juifs à la promouvoir. Mais elle séduit également, à des degrés divers, des personnalités d’origine chrétienne – comme Alexandre Del Valle, penseur phare de la « nouvelle droite », ou Eric Marty, auteur de Bref séjour à Jérusalem – voire musulmane, comme Malek Boutih, ancien président de SOS Racisme aujourd’hui en charge des questions de société au Parti socialiste. De même, elle se voit opposer des démentis catégoriques par des penseurs des trois confessions.

TERRAIN MALSAIN

En expliquant tout par l’appartenance religieuse, M. Ramadan adopte une logique douteuse et prend de surcroît le risque de se tromper: il pourfend ainsi Pierre-André Taguieff, qui n’est pas juif – « on rougit d’avoir à le préciser », écrit Bernard-Henri Lévy. Oui, on rougit, car M. Ramadan nous entraîne, même malgré lui, sur ce terrain malsain où l’on se demande qui est juif, qui ne l’est pas… Son texte a également des allures de théorie du complot (BHL, par exemple, diaboliserait le Pakistan pour mieux mettre en valeur l’ennemi naturel de celui-ci, l’Inde, et ainsi appuyer les accords diplomatiques d’Israël avec ce pays) et prête donc fâcheusement le flanc aux soupçons d’antisémitisme.

Cela dit, il faut souligner que son discours n’a habituellement rien d’antisémite, au contraire: c’est à raison qu’il affirme au Monde qu’il « n’a eu de cesse de combattre toutes les dérives antisémites parmi les musulmans ». Il écrivait l’été dernier dans Le Courrier (28 juin) et dans Politis: « Si l’on prête l’oreille au discours dominant de la société arabe, une chose paraît claire: la cause de tous les maux est « Israël ». [...] Or, il faut répéter que si la question palestinienne est effectivement centrale, elle ne saurait servir d’alibi ». Il est d’autant plus dommage que son texte contribue aujourd’hui à communautariser encore davantage le débat, comme en atteste cette réplique d’Alexandre Adler, lui aussi mis en cause, et qui déclare à Proche-Orient.info: « Je suis effectivement dominé par un point de vue juif, et le point de vue juif, aujourd’hui, passe par le sionisme. Tariq Ramadan, lui, est habité par l’islam. Il y a chez lui une part de fidélité aux siens et de fanatisme [sic] que je partage. Ce ne sont pas [ses attaques] qui me choquent le plus: je suis bien plus choqué par des traîtres juifs comme [Rony] Brauman et autres ».

LE FEU DANS LES ESPRITS

Pour le reste, les ennemis de M. Ramadan, pour qui l’occasion est trop belle, se déchaînent en propos outranciers: « Ce qui est étonnant, ce n’est pas que monsieur Ramadan soit antisémite, mais qu’il ose désormais se revendiquer comme tel », écrit André Glucksmann dans Le Nouvel Observateur. Pour BHL, « Le Protocole des Sages de Sion n’est pas loin » (Le Point); quant à Jean-Yves Camus, sur Proche-Orient.info, il assène carrément que M. Ramadan remet en cause « le droit à l’existence même de l’Etat juif ». Il estime même qu’il pourrait, grâce à cela, trouver un surcroît d’influence au sein de la gauche altermondialiste! Les vannes sont ouvertes. Et l’on constate qu’il y a deux poids, deux mesures. BHL adjure ses « chers amis altermondialistes » de prendre leurs distances « avec un personnage qui ne fait que jeter le feu dans les esprits et ouvrir la voie au pire ».

Or on voit au moins un autre intellectuel dont la virulence et l’extrémisme sont, pour le coup, franchement avérés, sans pour autant que quiconque juge nécessaire de prendre ses distances avec lui: Alain Finkielkraut, qui n’avait pas craint d’estimer qu’Oriana Fallaci, dans La rage et l’orgueil, son pamphlet ordurier comparant les musulmans à des animaux, « regardait la réalité en face » (Le Point, 24 mai 2002). Dans son dernier livre, Au nom de l’Autre, réflexions sur l’antisémitisme qui vient (Gallimard), il déplore que les progressistes persistent à voir dans le jeune descendant d’immigrés arabo-musulmans la figure de « l’Autre », et non de l’ennemi enragé, agressif, barbare et antisémite qu’il est. Tout cela, s’afflige-t-il, parce qu’aux yeux de ces naïfs, « le ventre encore fécond d’où a surgi la Bête immonde ne peut, en aucun cas, accoucher de l’Autre ». Si cela, ce n’est pas « jeter le feu dans les esprits »…

Mona Chollet, Le Courrier, Genève, 16 octobre 2003.

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Rencontre avec Dieudonné et Alain Soral

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

Rencontre avec Dieudonné et Alain Soral

mardi 14 avril 2009, par Tariq Ramadan

J’étais présent au 26ème congrès de l’Union des Organisations Islamiques de France (UOIF), les samedi et dimanche 11 et 12 avril 2009. J’ai rencontré le public et signé des livres à l’un des stands.

Alors que je signais des ouvrages, Dieudonné et Alain Soral sont passés devant le stand : ils se sont arrêtés et nous avons eu un échange de quelques minutes. Beaucoup de personnes présentes m’ont reproché de les avoir salués alors qu’il y avait des caméras et des appareils photos qui les accompagnaient et qui « immortalisaient » cette rencontre comme d’autres pendant la durée du congrès. Au moment de notre rencontre, je ne savais pas, au demeurant, que Dieudonné et Soral avaient choisi le congrès du Bourget pour lancer la campagne européenne du « Parti antisioniste ».

Il importe ici de clarifier les choses. J’ai défendu, et je continuerai à défendre, le droit de Dieudonné à s’exprimer. En 2005, j’ai dit et répété publiquement que l’on ne pouvait pas accuser Dieudonné d’antisémitisme alors que, procès après procès, il était blanchi de ces accusations. Ma position, il y a quatre ans déjà, était claire déjà : je n’étais pas d’accord ni avec le contenu ni avec la forme de certaines interventions de Dieudonné mais je m’opposais – et je m’oppose aujourd’hui encore – à toute forme de diabolisation qui empêcherait le débat et la confrontation d’idées. A tous ceux qui me reprochent de rencontrer Dieudonné et Soral (samedi dernier ou auparavant), je réponds que, sur le plan des idées, le rejet, l’ostracisme et la mise au ban définitive ne font pas partie de ma philosophie et de ma compréhension du débat démocratique.

Je refuse néanmoins de la même façon les potentielles instrumentalisations de ma personne ou de ma pensée. J’ai dit et répété que rien, jamais, ne peut justifier un rapprochement avec l’extrême droite dont l’idéologie et les projets politiques sont à l’antithèse de ce que je défends. Je l’avais dit à des militants d’extrême droite comme à Marine Le Pen. Lors de notre courte rencontre au Bourget, c’est ce que j’ai dit et répété à Dieudonné et à Soral. Je n’adhère pas à cette stratégie et je ne partage pas (et ne partagerai jamais) ce type d’alliances politiques quelles que soient les circonstances et les conditions. Je ne crois pas, par ailleurs, que le fait d’être « antisioniste » suffise à déterminer le programme d’un parti à l’échelle de l’Europe : ma critique de la politique de l’Etat d’Israël est ferme, et connue, et elle s’inscrit dans une vision large et cohérente du respect des droits et de la dignité des peuples. 

Entre la diabolisation et l’instrumentalisation potentielles des uns et des autres, ma position reste claire : rencontrer, écouter, débattre, critiquer. Cela veut dire refuser les atteintes (très sélectives) à la liberté d’expression (et donc défendre le droit de Dieudonné ou Soral à s’exprimer ou à se produire en France) mais également m’autoriser des critiques claires et fermes (et j’espère constructives) quand les idées et les stratégies défendues me paraissent inacceptables, ou simplement erronées.

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Le journal Le Monde et la tentation de la propagande

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

Le journal Le Monde et la tentation de la propagande

vendredi 15 mai 2009, par Tariq Ramadan


Il est toujours amusant de voir comment la presse française rapporte (ou ne rapporte pas) mes activités dans les autres pays du monde. On a affaire à une couverture pour le moins sélective et il faut dire que peu de journaux ou de magazines font exception. Hormis quelques journalistes courageux, tout porte à croire que les articles – pour être acceptés – doivent correspondre au schème préétabli dans le paysage médiatique national : en parlant de « Tariq Ramadan » on doit rappeler et faire apparaître qu’il est « le petit fils du fondateur des Frères Musulmans », « controversé », « adepte du double langage », « accusé d’être un fondamentaliste », « opposé aux droits des femmes », « soupçonné d’être antisémite », « homophobe », et tout à l’avenant. Bref, maintenir vivante la figure du diable, du paria ou de la « crapule intellectuelle » pour citer la belle formule dont M. Bernard Kouchner m’avait affublé il y a quelques années quand je lui reprochais d’être un « humanitaire sélectif » (ce qui fut bien illustré depuis). Amusant, et surtout surfait.


Dans un article récemment publié par Le Monde (mardi 28 avril) sur la situation à Rotterdam, le journaliste Jean-Pierre Stroobants accumule quelques-uns des éléments de caricature cités ci-dessus, les vérités partielles et, plus gravement, l’information tronquée et mensongère. La bassesse de la manœuvre est simplement pathétique.


Au-delà de ces tristes manipulations, voilà ce que Le Monde ne dit pas et qu’il serait bon que l’on retienne :

1. Le journal Gay Krant (prioritairement destiné aux homosexuels) qui m’a accusé de double discours et de propos homophobes au Pays-Bas s’est appuyé quasi exclusivement sur les propos rapportés par Caroline Fourest, dans son « Frère Tariq » : sur son site – en reprenant les termes de l’article de Jean-Pierre Stroobants, Caroline Fourest se présente, entre autres titres, comme une journaliste au… Monde.


2. Après enquête (traduction et analyse des cassettes et des propos que j’ai tenus depuis 15 ans), le Conseil exécutif de la municipalité dans son ensemble a fait savoir par la voix du maire-adjoint Rik Grashoff – lors d’une conférence de presse tenue à Rotterdam le 15 avril – que les propos rapportés par le Gay Krant (donc par Caroline Fourest… du journal Le Monde) étaient partiels, tronqués, voire totalement faux (parfois « exactement contraire à ce que dit Tariq Ramadan »). Contrairement à ce qu’affirme le journaliste du Monde, le contrat avait déjà été signé et il était simplement reconfirmé car les allégations étaient infondées ! De plus, je ne suis pas un conseiller aux « affaires islamiques » mais j’occupe une chaire universitaire et suis engagé dans un projet social traitant de la citoyenneté, l’identité et le sentiment d’appartenance  : trois rapports ont été rendus sur L’éducation, Le marché de l’emploi et Les médias. Le journaliste n’en dit rien, n’en sait rien.

3. Le journaliste ne dit rien non plus des manœuvres politiciennes entre les partis politiques qui se disputent la droite et l’extrême-droite de l’électorat. M. Frits Bolkestein, du parti libéral, fut le premier à lancer une attaque contre moi le 11 septembre 2008. Il s’appuyait lui aussi exclusivement sur le livre de Mme Fourest (11 sur 12 citations) et sa conseillère est celle-là même qui a constitué le dossier du Gay Krant ! La prestation de M. Bolkestein peut être visionnée sur mon site   : il fut pitoyable, beaucoup le lui ont fait remarqué. Par ailleurs, l’éditeur en chef du Gay Krant, Henk Krol, fut lui-même le collaborateur personnel de Bolkestein… et membre du parti libéral.


4. Il s’agit donc de basses manœuvres politiciennes qui déjà commencent, à une année des élections, en attaquant les symboles visibles de l’islam (dont je fais partie) et cela fait recette dans l’électorat. Le parti libéral a vu Gerd Wilders quitter ses rangs il y a quelques années parce ce dernier estimait que le parti libéral n’était pas assez tranché et dur sur les questions de l’islam et de l’immigration. Les statistiques montrent désormais que le parti du dissident Wilders est en passe de devenir le premier parti du pays, lequel penche dangereusement donc vers la droite extrême et raciste, alors que le parti libéral, en perte de vitesse, verse lui dans la surenchère.

5. Au lieu de rendre compte de ces réalités complexes, graves et dangereuses pour l’avenir des Pays-Bas et de l’Europe, le journaliste du Monde fait dans le propos simple, simpliste, réducteur et parfois clairement mensonger. On est à la limite de la propagande dont on peut se demander ce qui en constitue le facteur le plus dangereux : le copinage malhonnête, la stigmatisation bête ou l’aveuglement profond.

Un certain nombre de chercheurs ou de journalistes se sont empressés de reprendre à leur compte ces critiques. « Tariq Ramadan a des problèmes partout où il passe… c’est la preuve que nous, Français, nous avions raison ! » Sauf que ce sont toujours les mêmes allégations… venues de France… répétées jusqu’à l’overdose encore et encore… Quand elles sont vérifiées, comme ici par la municipalité de Rotterdam, il apparaît qu’elles sont fausses et infondées.


Sourions. Mon engagement demeure, la municipalité affirme avec force et après enquête que je n’ai pas de double discours, les deux élus du parti libéral (à la source de cette polémique) ont quitté leur fonction, le parti d’extrême droite Leefbaar a vu son ultime motion contre ma présence rejetée… Sourions… les basses manœuvres politiciennes et les couvertures médiatiques propagandistes n’ont pas toujours raison de la force des faits.


Enfin, j’aimerais tant – mon dernier souhait – que M. Jean-Pierre Stroobants, ou tout autre journaliste « libre » du Monde, enquête et écrive un article simplement « objectif » sur « le double discours » de leurs intellectuels-ressources, collègues et amis : Caroline Fourest et Philippe Val qui défendent avec grandiloquence la liberté d’expression en France et vont en Belgique expliquer qu’il est juste que je sois interdit de parole à Bruxelles (). Ou encore Gilles Kepel, comme Bernard Henri-Lévy, expliquant au Département d’Etat américain et aux responsables politiques de l’administration Bush, qu’il est préférable de m’interdire l’accès au territoire américain. Grands penseurs, grands intellectuels, grands journalistes, en vérité. A en rester coi !


C’est ce que Le Monde, malheureusement, ne couvrira pas.

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Tariq Ramadan : « La vie du Prophète est une bonne introduction à l’islam »

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

Tariq Ramadan : « La vie du Prophète est une bonne introduction à l’islam » dans Tariq Ramadan(7) arton2196-90aa3

jeudi 19 octobre 2006 – par Ian Hamel


Ecrire une biographie du Prophète, n’est-ce pas mission impossible en 2006 ? L’auteur risque d’abord d’être comparé, sinon opposé, aux plus célèbres savants musulmans à travers l’histoire, qui se sont longuement penchés sur la vie de Muhammad. D’autant que Tariq Ramadan n’est pas un historien.

Ensuite, la personne même du Prophète est au centre de violentes polémiques depuis des mois. Sans revenir sur l’affaire des caricatures, rappelons le texte signé par Robert Redecker dans « Le Figaro ». Ce professeur de philosophie oppose Jésus « maître d’amour » à Muhammad « maître de haine ». Il le décrit comme un « pillard, massacreur de juifs et polygame ». Tariq Ramadan s’est expliqué récemment dans « Le Point » sur les menaces de mort dont Robert Redecker fait l’objet. « Ma condamnation de l’appel au meurtre est absolue, comme elle le fut dans le cas de Salman Rushdie ». Mais l’islamologue ajoute : « Je suis néanmoins en droit de dire que son texte est approximatif, grossier, par moments haineux et raciste, bref très mauvais ».

Certes, les critiques ne sont pas toutes aussi grossières. Il n’empêche, l’islam est de plus en plus souvent présenté en Europe comme une religion guerrière. Et sa figure centrale, Muhammad, comme un combattant, n’hésitant pas à occire ses ennemis au nom de la « guerre sainte ». Même Benoît XVI, dans son discours de Ratisbonne, semble penser que les textes de la période médinoise (quand le Prophète est au pouvoir), jugés « belliqueux », ont pris le pas sur les versets d’avant l’exil, considérés, eux, comme « pacifistes ».

Il fallait donc une certaine dose de courage (certains diront d’inconscience) à Tariq Ramadan pour proposer à la fois aux musulmans et aux non musulmans une vie du prophète (*). « Le Coran n’est pas simple d’accès, je pense que découvrir d’abord les évènements de la vie de Muhammad est une bonne introduction à l’islam », pense l’islamologue.

N’est-ce pas un peu présomptueux de proposer une vie de Muhammad ?

Non. La vie du Prophète fait partie des sciences islamiques que j’ai étudiées. Pour écrire ce livre, je m’en suis tenu aux faits reconnus par la tradition, aux textes de référence, aux sources fondamentales. C’est la grande maison d’édition britannique Penguin qui m’a commandé cet ouvrage. Il sort simultanément en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. En France et dans les pays francophones, le livre est publié aux éditions du Châtelet. Ajoutez des traductions en espagnol, en italien, et bientôt en néerlandais.

Certaines biographies parlent du Prophète comme d’un magicien. D’autres affirment qu’il serait venu au monde circoncis naturellement. Son cordon ombilical aurait été tranché par l’ange Gabriel.

Ces faits ne sont ni reconnus, ni attestés. Je rappelle que lorsqu’on lui demandait des miracles et des preuves, le Prophète répondait inlassablement : « Je ne suis qu’un messager ».

En Occident, on reproche à Muhammad d’être polygame. Certains textes parlent de 15 épouses, et rappellent que l’un d’entre elles, Aïsha, n’avait pas huit ans.

La pratique de la polygamie était la règle à cette époque en Arabie. Pendant 25 ans, le Prophète n’a eu qu’une seule épouse, Khalidja, décédée en 619 de l’ère chrétienne. Ensuite, sa situation a changé et ses mariages successifs ont souvent correspondu à des alliances que les musulmans passaient avec certaines tribus. Quant à Aïsha, je le précise dans mon livre : si elle est devenue officiellement la seconde femme de Muhammad, le mariage n’a été consommé que quelques années plus tard.

Autre reproche : l’hostilité du Prophète vis-à-vis des tribus juives qui peuplaient alors l’Arabie.

Ce sont souvent des tribus juives qui ont le plus attaqué les musulmans, qui se sont montrées le moins fidèles à leurs paroles. Mais il ne faut pas systématiser. Muhammad a aussi maintenu des relations très étroites, basées sur la reconnaissance et le respect mutuel, avec d’autres tribus juives.

Vous décrivez parfois un homme belliqueux, qui demande que les traîtres soient passibles de mort.

C’est malheureusement le sort réservé aux traîtres dans toutes les guerres. S’ils ne s’étaient pas défendus, les musulmans auraient été exterminés par leurs ennemis. Quand le Prophète décide d’intercepter une caravane, c’est d’abord pour récupérer l’équivalent des biens pris aux Musulmans. Il s’agit aussi d’une démonstration de force afin d’impressionner les habitants de La Mecque qui ne cessaient de menacer Médine. Muhammad a toujours cherché à éviter les conflits, à trouver des solutions négociées. Il n’est allé au combat que contraint et forcé.

Pensez-vous, comme certains, qu’il faudrait supprimer du Coran les textes guerriers ?

Non. Il y a dans le Coran des textes immuables, notamment sur la façon de prier. Mais il existe aussi d’autres textes qu’il faut replacer dans leur contexte historique. Cette vie du Prophète doit être lue à la lumière de notre vie contemporaine. Dans ce livre, je fais un travail d’approche contextuelle, similaire à l’enseignement que je dispense depuis plus de quinze ans à des milliers de musulmans. Je m’adresse également aux non musulmans, sachant que le Coran n’est pas simple d’accès : Découvrir d’abord la vie de Muhammad est une bonne introduction à l’islam.

Qu’en est-il de votre avenir professionnel ?

J’ai été recruté comme « visiting professor » au Saint Antony’s College, à Oxford, l’année dernière. Mon contrat a été prolongé. Par ailleurs, je suis « senior research fellow » à la Lokahi Foundation, à Londres, une association de dialogue intercommunautaire qui organise séminaires et conférences. Je reste donc en Grande-Bretagne avec ma famille. Je m’y sens d’autant mieux que les principaux éditeurs me submergent de propositions de livres.

Désertez-vous la France ?

Absolument pas. Je suis très libre dans mon travail, ce qui me permet de me déplacer souvent. Je maintiens mes conférences et mes formations dans l’Hexagone. Je prépare un texte sur le débat politique en France un an après les émeutes. Un texte assez sévère sur l’état de ce pays.

Contrairement à la Grande-Bretagne, une bonne partie de la classe politique française continue à vous diaboliser.

Si vous saviez le nombre de politiciens français qui cherchent à me rencontrer… Mais c’est vrai, ils ne souhaitent toujours pas que ça se sache.

Propos recueillis par Ian Hamel

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Biographie de Tariq Ramadan

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

Tariq Saïd Ramadan est un intellectuel et universitaire suisse né le 26 août 1962 à Genève. Son œuvre s’articule sur une réflexion philosophique et politique influencée par la religion musulmane.

Petit-fils par sa mère d’Hassan el Banna, fondateur de l’association égyptienne des Frères musulmans et fils de Saïd Ramadan, fondateur de la branche palestinienne de ce mouvement, Tariq Ramadan naît à Genève en 1962. Au cours de ses études il obtient une licence ès Lettres (en Philosophie) puis un doctorat ès Lettres (Langue, Littérature et Civilisation arabes). Tariq Ramadan voit en el Banna un des artisans du renouveau musulman et lui a consacré une partie de sa thèse doctorale, intitulée Aux sources du renouveau musulman : d’al-Afghānī à Hassan al-Bannā, un siècle de réformisme islamique. Ramadan se définit lui-même comme un réformiste de tendance salafiste, à savoir quelqu’un qui cherche à retrouver un islam des premiers temps, dénué de toute trace culturelle étrangère[1]. Puis Tariq Ramadan étudie les sciences islamiques à l’université islamique d’al-Azhar au Caire entre 1992 et 1993.

À partir de 1994, il vient en France et y donne des conférences. Proche de l’UOIF, il participe chaque année à ses congrès. Il signe l’Appel des indigènes de la république, qui dénonce la France comme un État n’assumant pas son passé colonial.

En Suisse, il enseigne au collège de Saussure à Genève. Il est également chargé de cours d’islamologie à l’université de Fribourg de 1996 à 2003. L’université catholique de Notre-Dame à South Bend dans l’Indiana lui offre au début de l’année 2004 une chaire d’un an financée par le Joan B. Kroc Institute pour enseigner sur « les relations entre les religions, les conflits et la promotion de la paix »[2]. En août de la même année, le gouvernement américain lui refuse un visa de travail sans fournir d’explication. À la suite de ce refus, de nombreux intellectuels américains, tels Noam Chomsky ou Edward Saïd, signent une pétition pour dénoncer cette entrave à la liberté académique. Pendant l’été 2005, Tariq Ramadan obtient une invitation de visiting scholar à l’université d’Oxford et est invité à participer à un groupe de réflexion fondé par Tony Blair sur le problème de l’islamisme au Royaume-Uni.

Tariq Ramadan est marié et père de quatre enfants, dont l’un suit les cours du collège musulman Brondesbury, réservé aux garçons et dirigé par Yusuf Islam (Cat Stevens). Son épouse est française et convertie à l’Islam depuis leur mariage. Hani Ramadan, le frère de Tariq Ramadan, est un activiste musulman. Il réside à Genève où il enseigne le français et dirige le Centre islamique de Genève. En novembre 2006, le magazine EuropeanVoice lui a remis le prix d’Européen de l’année dans la catégorie des personnalités n’étant pas citoyens d’un pays membre de l’Union Européenne.

Tariq Ramadan se fait connaître en France en 1994, après la publication d’un ouvrage intitulé Les musulmans dans la laïcité. Il plaide pour que les musulmans vivant en Occident ne se considèrent plus comme des étrangers, ou comme des résidents temporaires mais comme des citoyens à part entière. Selon lui, ce changement de mentalité doit éviter toute aliénation : il réclame le droit d’« être musulman européen » (titre d’un autre de ses livres), demandant aux parents immigrés de ne pas confondre culture et religion. Il insiste en parallèle pour que la seconde génération née dans les pays occidentaux continue à respecter strictement le Coran et les hadiths, tout en composant avec les normes culturelles du pays d’accueil, au lieu de perpétuer celles du pays natal de leurs parents. En particulier, il considère que les musulmans devraient être des citoyens actifs, et agir contre l’injustice dans le cadre des différentes associations (syndicats, parents d’élève etc). Il ressent une sympathie avec certaines des analyses de Karl Marx (« Je n’arrête pas de dire qu’on a trop vite fait d’enterrer Marx »[2]).

Ramadan déclare ne voir aucun conflit entre « être musulman » et « être un citoyen à part entière » dans les pays occidentaux. Il préconise aussi que les intellectuels musulmans occidentaux soient versés dans les manières occidentales, et non uniquement dans des études religieuses provenant de pays musulmans.

Tariq Ramadan enseigne un respect du Coran, lui-même entendu selon une lecture qui d’abord respecte la tradition et son sens fondamental, pour la distinguer d’une autre lecture, rationaliste, et qui pourrait s’accorder avec la tradition du rationalisme occidental et chercherait à s’accorder avec celle-ci. Pour lui le plus important, c’est l’effort d’interprétation – Ijtihad – que doivent accomplir les musulmans, ne pas avoir une lecture du Coran littéral, mais au contraire, prendre compte du contexte historique et actuel des lois et traditions islamiques.[3] En effet, il déclare par exemple, en novembre 2003 sur la radio Beur FM : « Il y a la tendance réformiste rationaliste et la tendance salafie au sens où le salafisme essaie de rester fidèle aux fondements. Je suis de cette tendance-là, c’est-à-dire qu’il y a un certain nombre de principes qui sont pour moi fondamentaux, que je ne veux pas trahir en tant que musulman.»

Dans son livre Les Musulmans dans la laïcité (éd. Tawhid), il écrit : « Un musulman, résident ou citoyen, doit se considérer sous l’effet d’un contrat à la fois moral et social avec le pays où il séjourne. En d’autres termes, il se doit d’en respecter les lois. » Il est notamment critiqué par la journaliste et essayiste Caroline Fourest qui, dans son ouvrage Frère Tariq, rapporte que Tariq Ramadan, dans une cassette intitulée Vivre en Occident, estime qu’un musulman doit observer les lois du pays où il habite seulement dans la mesure où celles-ci ne s’opposent pas à un principe de l’islam. Tariq Ramadan soutient à ce sujet qu’il précise ultérieurement, dans la même cassette, que c’est le cas des démocraties occidentales.

Ses écrits et déclarations sont très soigneusement observés par ceux qui s’intéressent à la place de l’islam et au devenir de l’intellectuel suisse. Tariq Ramadan est entre autres vivement critiqué par des intellectuels et hommes politiques et organisations de droite comme de gauche. On peut citer pour représenter l’arc politique qui va de l’extrême-gauche à la droite : Lutte Ouvrière, Bernard Cassen (Attac), Max Gallo, Manuel Valls (élu PS), Alexandre del Valle (UMP), des organisations féministes comme Pro-choix, etc.. Il fut également interdit de séjour en France pour quelques mois à partir de novembre 1995 jusqu’à début 1996, pour « menace à l’ordre public ».

Tariq Ramadan est défendu par d’autres personnalités, comme Vincent Geisser ou François Burgat[4] qui estiment qu’il n’est ni sexiste, ni antisémite, ni islamiste. Le journaliste Ian Hamel dans un article paru sur le site oumma.com estime en janvier 2005 qu’il existe en France une campagne anti-Ramadan[5]. Il explique également : « J’ai interrogé des spécialistes des services secrets français, des hauts fonctionnaires du ministère de l’Intérieur, ils sont tous unanimes pour dire que Tariq Ramadan n’est pas Frère musulman, encore moins leur grand chef pour l’Europe.»

Tariq Ramadan est rapidement devenu un prédicateur populaire parmi les jeunes musulmans, où ses discours sont diffusés sous la forme de cassettes audio. Il prône la stricte observance du Coran et des hadiths aux jeunes des banlieues, tout en voulant concilier l’appartenance musulmane avec la vie commune et les lois des sociétés européennes. Selon Ramadan, les musulmans devraient garder intacte leur propre communauté, et éviter les mariages avec des non-musulmans (sauf conversion à l’islam). Il est critiqué sur ce point dans l’article de Leila Babès « L’identité islamique européenne d’après Tariq Ramadan »[6].

Tariq Ramadan est accusé par Caroline Fourest, ainsi que notamment Soheib Bencheik, Antoine Sfeir et Mohamed Sifaoui, d’être un « maître du double langage » (taqiya) déclarant une chose au public non-musulman et une autre au public musulman[7]. Celle-ci publie en octobre 2004 Frère Tariq aux éditions Grasset[8] : elle y analyse la vingtaine d’ouvrages écrits par Tariq Ramadan, ainsi que la plupart de ses conférences enregistrées. Elle affirme que la pensée de Tariq Ramadan reste fondamentalement plus islamiste qu’ouverte à une adaptation à la culture politique démocratique[9] et une cohabitation avec la société occidentale. Tariq Ramadan a répondu[10] que Caroline Fourest interprétait librement ses discours en les sortant de leur contexte .Lors d’un procès qu’il perdit contre Antoine Sfeir, érudit libanais et directeur des Cahiers de l’Orient, il apparut que celui-ci le considérait comme un islamiste dangereux, militant contre l’intégration, un « fondamentaliste charmeur », un « spécialiste du double langage », ce que vinrent appuyer d’autres témoins, parmi lesquels le journaliste Mohammed Sifaoui, remarqué pour ses enquêtes sur les islamistes qui vint dire à la barre que « ce que dit Antoine Sfeir est en-deçà de la réalité ».

Ramadan a entretenu des liens avec certains altermondialistes, qui l’invitèrent au FSE (Forum social européen) en 2003. C’est notamment suite à la publication d’un texte intitulé Les (nouveaux) intellectuels communautaires[11] sur le site Web oumma.com, puis repris sur la liste de discussion Internet du Forum social européen, que Ramadan fut accusé d’antisémitisme par Alain Finkielkraut. Ce texte avait dans un premier temps été envoyé à la presse, notamment aux quotidiens Le Monde et Libération, qui en avaient refusé la publication. Ramadan y affirme que plusieurs intellectuels juifs en France (comme Alexandre Adler, Alain Finkielkraut, Bernard-Henri Lévy, André Glucksmann ou Bernard Kouchner) ne seraient plus des intellectuels universalistes défendant les droits de l’homme universels, mais développeraient des analyses communautaristes, ce qui les amènerait à prendre des positions contestables, comme le soutien à la guerre en Irak, et à ne s’intéresser qu’au soutien d’Israël. Il affirme également que Paul Wolfowitz, qu’il décrit comme « sioniste notoire » au sein de l’administration Bush, n’a jamais caché que la chute de Saddam Hussein servait les intérêts de l’État d’Israël. Établissant une équivalence entre terrorisme islamiste et politique d’Israël, il écrit « On perçoit clairement que leur positionnement politique répond à des logiques communautaires , en tant que juifs, ou nationalistes, en tant que défenseurs d’Israël. Disparus les principes universels (…) S’il faut exiger des intellectuels et acteurs arabes et musulmans qu’ils condamnent, au nom du droit et des valeurs universelles communes, le terrorisme, la violence, l’antisémitisme et les États musulmans dictatoriaux de l’Arabie saoudite au Pakistan ; on n’en doit pas moins attendre des intellectuels juifs qu’ils dénoncent de façon claire la politique répressive de l’État d’Israël. »

Cette dénonciation, sa forme, ce qu’il attribue à chacun des intellectuels cités, lui ont valu de vives critiques par plusieurs intellectuels et éditorialistes, dont Alain Finkielkraut[12], Bernard-Henri Lévy[13] et André Glucksmann, qui répond dans l’article « Une obsession antisémite » paru dans le Nouvel Observateur[14] : « Ce qui est étonnant, ce n’est pas que Monsieur Ramadan soit antisémite, mais qu’il ose désormais se revendiquer comme tel.»

Dans un article publié dans Politis, le journaliste Denis Sieffert écrit cependant:

« Mais que dit Ramadan de si extraordinaire ? Il accuse certains intellectuels « juifs français », ou « nationalistes », « de développer des analyses de plus en plus orientées par un souci communautaire qui tend à relativiser la défense des principes universels d’égalité ou de justice ». Il leur reproche une indignation sélective. Or, c’est un fait que l’on n’a pas souvenir d’avoir beaucoup entendu Finkielkraut, Adler, BHL ou encore Taguieff condamner la politique de répression de Sharon. Et lorsque Askolovitch s’indigne que l’on puisse décrire Finkielkraut comme « un défenseur de Sharon », on a envie de le mettre au défi de nous apporter la preuve du contraire. Depuis trois ans que le conflit au Proche-Orient exporte ses peurs et ses haines, nous n’en trouvons pas trace. »

Pour prendre juste un exemple en guise de précision sur ce point, il faut rappeler qu’Alain Finkielkraut, membre fondateur de mouvement « la Paix Maintenant » -dont l’action est favorable au droit des Palestiniens à un Etat, et condition de la paix-, n’a pourtant jamais été connu pour être un soutien de Sharon. La question lui a été posée, par l’hebdomadaire Marianne, dont on peut lire le compte-rendu avec les explications de Finkielkraut.

Peu après, Tariq Ramadan intervient dans les débats concernant la loi française sur les signes religieux : avant le vote de la dite loi, il engage ceux qui le suivent à s’opposer à cette loi, au nom de l’islamophobie supposée de celle-ci. Dans un texte paru sur oumma.com[16], il déclare : « La lutte que nous sommes en train d’entamer sera longue et elle exige une vision claire des enjeux globaux présents et futurs. (…) il faut se lever aujourd’hui et s’opposer à ce projet de loi discriminatoire et insensé ».

Au moment où ce débat a lieu dans le pays est organisée une rencontre télévisée entre lui et le ministre de l’Intérieur – à l’époque, Nicolas Sarkozy – lors de l’émission 100 Minutes pour convaincre. Sur le thème du voile islamique à l’école, lorsque Nicolas Sarkozy lui demande s’il peut demander que les élèves musulmanes portent seulement un signe discret d’appartenance, Tariq Ramadan répond « Un signe discret ? Oui, si la loi le dit, c’est OK.» Sur la laïcité, Tariq Ramadan déclarera ensuite, une fois la loi votée et appliquée: « Ma pensée a évolué. Je considère que la loi de 1905 convient parfaitement à l’intégration de l’islam. Il suffit de l’appliquer de manière simple et égalitaire.»

Sur le thème de la lapidation des femmes, il affirme : « Je demande un moratoire pour qu’on cesse l’application de ces peines-là dans le monde musulman. Ce qui compte, c’est de faire évoluer les mentalités. Il faut un discours pédagogique.» Il le rappelle en 2007, dans un débat avec Philippe de Villiers, dans l’émission française Ripostes

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