ENTRETIEN AVEC SALAH-EDDINE SIDHOUM? LE MILITANT DES DROITS DE L’HOMME

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

En Algérie, la guerre perdure

Entretien avec Salah-Eddine Sidhoum

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Un an et demi après le référendum sur la « charte pour la paix et la réconciliation » proposant aux combattants islamistes ayant déposé les armes l’abandon des poursuites judiciaires, et l’indemnisation des familles de victimes du terrorisme, chaque jour apporte aux Algériens son lot de morts, de blessés et de désolation. Dans l’indifférence générale. Témoignage exceptionnel d’une figure historique de l’opposition au régime, militant des droits humains depuis plus de vingt ans.


ENTRETIEN AVEC SALAH-EDDINE SIDHOUM? LE MILITANT DES DROITS DE L'HOMME dans DROITS DE L'HOMME(22) sidhoum-72504Dix-sept mois après le référendum sur la « charte pour la paix et la réconciliation », quel bilan pouvez-vous établir ?

Lors d’un débat sur la chaîne Al-Jazira consacré à la « réconciliation » dans notre pays et à la veille du carnaval référendaire et plébiscitaire fin septembre 2005, je qualifiais la charte imposée par le régime de « charte de l’impunité et de la supercherie nationale ». J’aurais souhaité, malgré ma connaissance de ce régime « politique » sans scrupules, me tromper dans mon analyse. Dix-sept mois après, les faits confirment malheureusement mes dires. Depuis cette mascarade référendaire, plus de 400 Algériens sont morts et près de mille autres ont été blessés suite aux violences politiques, selon le décompte des journaux et des agences de presse. Et nous savons que cette comptabilité macabre est nettement en deçà de la triste réalité. Nos compatriotes de l’intérieur du pays assistent quotidiennement à des mouvements de troupes dans plusieurs régions, à des ratissages, à des pilonnages et à des bombardements des maquis par des hélicoptères de combat. Chaque jour apporte son lot de morts, de blessés et de désolation dans nos foyers. Nos enfants, civils et militaires, continuent de mourir pour une cause qui n’est pas la leur. Quand on utilise tous ces moyens militaires, je crois qu’il s’agit bel et bien d’une guerre qui perdure et non d’opérations de « maintien de l’ordre » de sinistre souvenir – et encore moins de « terrorisme résiduel », concept si cher à certains mercenaires politiques. Mais le pouvoir, déconnecté des réalités et enfermé dans sa tour d’ivoire, son « Algérie utile », crie à la victoire (contre ses propres enfants !), à la réconciliation et à la paix… factices. Tout comme la « concorde » initiée par les responsables de la police politique a échoué, la charte dite de la « réconciliation » est vouée à un échec cinglant, car les véritables causes politiques de la crise n’ont jamais été abordées et la nation n’a jamais été consultée. Feignent-ils d’oublier que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets et que toute solution qui n’emprunte pas le chemin du dialogue et de la concertation et qui ne s’appuie pas sur la volonté populaire est vaine ? Élaborée dans les ténébreuses boutiques de la police politique et exécutée par le pouvoir de façade, cette « charte » était d’emblée verrouillée. Aucun débat contradictoire n’était permis. La machine de l’action psychologique, bien rôdée depuis quatre décennies, était là pour « mobiliser » le peuple et lui faire approuver, malgré lui, le texte à la quasi-unanimité. Cette « charte » est venue consacrer la politique d’éradication et d’exclusion en cours depuis plus d’une décennie et la sacraliser. Éludant les causes profondes de la crise et de la tragédie qui en a découlé, l’oligarchie, sous couvert de son pouvoir apparent, a décidé de régler de manière partiale et partielle les conséquences de ce drame national. Une véritable offense à la mémoire des victimes et une insane tentative de corruption de leurs familles. Ce texte « plébiscité » par un peuple sans souveraineté et sans voix (l’Algérie des paradoxes !) et transformé en nouveau Coran, consacre l’impunité totale des responsables de tous bords du drame national et de leurs exécutants. Les putschistes qui ont plongé le pays dans une mer de sang et de larmes, tout en s’auto-amnistiant, s’autoproclameront « artisans de la sauvegarde de la République ». Effectivement, ils auront sauvé leur République bananière et des containers, pour plonger l’Algérie et son peuple dans les abysses de la terreur et de la misère. Ceux qui, hier, s’étaient dressés contre cette politique sanglante et avaient appelé, lors des années de braise, à une véritable réconciliation et à la paix des cœurs avaient été qualifiés de « traîtres ». Demain, ceux qui se dresseront contre cette supercherie nationale, cette paix des cimetières et cette amnésie générale seront criminalisés et passibles de trois à cinq années d’emprisonnement ! On aurait parlé de blague si la situation n’était pas tragique. Une véritable imposture ! Même les sinistres dictateurs latino-américains n’avaient pas osé cela. Comment voulez-vous qu’avec toutes ses tares et ses inepties, cette dite « charte » puisse réussir à réconcilier les Algériens et ramener la paix dans leurs cœurs meurtris ? Je crois en réalité et pour reprendre une journaliste que, faute de pouvoir réconcilier les Algériens, cette farce référendaire a permis seulement à ce régime de se réconcilier avec ses vieilles pratiques totalitaires.

Quel est le processus à suivre pour aboutir à une véritable réconciliation ?

Il y a deux faits avant tout qu’il faudra préciser :
- La crise algérienne est avant tout une crise éminemment politique et sa solution ne peut être que politique. Cela doit être clair ;
- Le régime actuel, juge et partie, responsable en premier lieu et en grande partie du drame national, est disqualifié pour résoudre sérieusement la crise. De ce fait, la véritable réconciliation nationale passe inéluctablement par une large consultation, franche et sincère, des principales forces et personnalités intellectuelles et politiques représentatives de la Nation, afin d’aboutir à une solution politique globale, après avoir cerné sans complaisance et en toute sérénité les causes réelles et profondes de la crise qui remontent en réalité à l’indépendance. Cela permettra de baliser le terrain politique sur des bases démocratiques, en vue de l’édification d’un véritable État de droit et de mettre définitivement un terme à cette violence politique initiée au lendemain de l’indépendance par ce régime et qui a fini par gangrener la société toute entière. C’est ce que j’ai appelé la Moussaraha nationale, qui aboutira à un véritable compromis politique historique. C’est le volet politique du processus. Ce n’est qu’après cela qu’on pourra résoudre définitivement les conséquences humanitaires et sociales de la guerre provoquée par l’acte irréfléchi qu’a été le coup d’État de janvier 1992. Le second volet est celui de la vérité et du droit. Il est impératif que les Algériens sachent ce qui s’est réellement passé durant ces années de sang et de larmes, durant lesquelles ont été commises les pires atrocités contre un peuple sans défense. À l’instar des pays qui ont vécu des drames internes, il est nécessaire de mettre en place une commission nationale pour la vérité et la justice. Soyons clairs sur ce point : vérité et justice ne signifient aucunement règlement de comptes ou vengeance. Et ce n’est qu’après cela que pourra éventuellement intervenir l’amnistie par l’autorité politique légitime. Car comme le disait mon ami le sociologue Lahouari Addi : « Un assassin jugé et amnistié se comportera différemment d’un criminel innocenté. » La découverte de la vérité sur le drame national n’est pas seulement un droit pour les victimes et leurs familles, mais aussi un droit pour tous les Algériens afin de tirer les leçons en vue d’éviter d’autres tragédies à l’avenir et de mettre un terme aux ardeurs criminelles des aventuriers de tous bords. Car ce qui s’est passé comme horreurs durant plus d’une décennie, ce ne sont pas de simples faits banals à verser dans la rubrique des faits divers. La torture institutionnalisée, les exécutions sommaires, les disparitions, les viols et les horribles massacres sont des crimes contre l’humanité, imprescriptibles sur le plan du droit international et que nul décret ou référendum ne peut effacer. Des atteintes gravissimes aux droits de l’homme qui ne sont pas sans nous rappeler, dans beaucoup de cas, les crimes commis durant la guerre de libération nationale ne peuvent être occultés par une politique d’amnésie collective ni par la répression pour faire taire les témoins du drame.

Après le référendum, le pouvoir a convoqué le corps électoral en vue des élections législatives. Quelle analyse faites-vous de la situation du pays à la veille de cette échéance ?

La situation politique qui prévaut actuellement est la même que celle d’hier et d’avant-hier. C’est un statu quo mortel. La violence politique persiste, même si elle a nettement diminué. Les foyers d’opposition armée restent actifs. L’injustice, la corruption et la misère alimentent et entretiennent ces foyers de révolte armée. Nous sommes entrés depuis 1992 dans une logique extrêmement dangereuse pour le pays. À la violence permanente du régime, qu’il a imposé au lendemain de l’indépendance comme moyen de gestion politique, répond maintenant une violence devenue endémique d’une jeunesse sans présent ni avenir, à travers les maquis et les émeutes. Les tensions entre le système obsolète et arrogant et la société poussée au désespoir par des décennies d’injustice et de mépris risquent de mener droit vers des lendemains plus chaotiques. Pour revenir aux « élections » législatives prochaines, il est difficile de parler d’élections dans un système perverti comme le système algérien, quand nous savons que toutes les élections depuis l’indépendance (à l’exception de celles de 1991) ont été traficotées par les « services » et leur administration. De véritables mascarades ! Encore une fois, le pouvoir va mobiliser sa clientèle larbine et rentière pour renouveler sa chambre d’enregistrement, dont la facticité et la vacuité ne sont plus à démontrer. Peut-on parler de vie politique quand nous savons que l’écrasante majorité des « élus » est désignée en réalité par les officines et selon des quotas bien définis dans le cadre d’une fausse carte politique adaptée à la conjoncture du moment et des « équilibres internes » ? Peut-on parler de vie politique avec un multipartisme de façade, des partis préfabriqués servant de faire-valoir, un syndicalisme de service et des élections truquées en permanence ? Peut-on parler de vie politique avec un état d’exception qui date pratiquement de l’indépendance et officialisé depuis 1992 et dont la prorogation n’est qu’un grossier stratagème pour détourner l’attention de la population des problèmes sociaux inextricables ? Le fossé ne fait en réalité que se creuser entre les citoyens et ce pouvoir honni, ce qui approfondi et aggrave un peu plus la crise politique. Mais le régime n’en a cure. Pour les citoyennes et citoyens honnêtes de ce pays, s’inscrire dans la stratégie du pouvoir en participant à cette vie politique factice, c’est participer à leur propre destruction et à celle du pays.

Des observateurs politiques relèvent que les élections n’ont pas réussi à résoudre la crise dans notre pays, tandis que d’autres soutiennent que l’exercice de la politique n’est possible qu’au sein des institutions. Quel est votre avis ?

De quelles élections et de quelles institutions parlez-vous ? Il est certain que les élections truquées et manipulées de bout en bout depuis l’indépendance ne pouvaient et ne pourront résoudre la grave crise politique que connaît notre pays, tout comme l’exercice de la politique, au sens noble du terme, est impossible au sein des institutions factices.

Est-ce que vous partagez l’avis selon lequel le pouvoir est en dehors des institutions ?

Là aussi il faudrait clarifier les choses. De quelles institutions parlez-vous ? S’il s’agit de véritables institutions, démocratiquement élues, elles n’existent pas. C’est pour cela que je persiste à dire qu’il n’y a pas d’État dans notre pays, pour la simple raison qu’il n’y a pas d’institutions issues de la volonté populaire. Quant aux institutions existantes, tout le monde sait qu’il s’agit d’institutions factices issues des laboratoires de la police politique et qui n’ont aucun pouvoir. Un décor en trompe-l’œil ! Donc le régime d’Alger est bel et bien dans ses « institutions », taillées sur mesure pour le servir et constituer la fausse vitrine d’un régime « démocratique » aux yeux de l’opinion publique internationale – laquelle est loin d’être dupe pour avaler de telles couleuvres.

Croyez-vous à l’existence d’une classe politique dans notre pays ? Ou partagez-vous l’avis selon lequel les partis ne sont que des machines électorales ?

Il existe quelques individualités politiques de valeur, mais il n’existe pas de classe politique à proprement dite. À cela, il existe des raisons objectives et historiques. Nos élites ont toujours brillé par leur trahison, du moins en grande partie. Regardez un peu ce qui s’est passé durant la guerre de libération : seule une minorité avait rejoint d’emblée le combat libérateur et beaucoup ont été tués par leurs propres frères – le malheureux Abbane Ramdane en est un exemple frappant. Quant aux autres, ils avaient campé au carrefour des vents pour rejoindre tardivement Tunis ou les intrigants des frontières. C’est cette lâche « désertion » qui a permis à des bravaches et autres aventuriers de prendre en main la révolution depuis 1962, avec les dérives que nous connaissons. Après 1962, le pouvoir a su phagocyter très tôt la majeure partie de notre « élite », tant intellectuelle que politique. Cette dernière a bradé le principe pour le gagne-pain. C’est ce que certains historiens ont appelé la « socialisation des élites ». Il faut avoir l’honnêteté de dire que l’Algérie n’est pas seulement malade de ses dirigeants corrompus, mais aussi et surtout de ses élites lâches ! Le constat est déplorable. Les valeurs et les idéaux qui avaient fait la force de notre Nation durant la nuit coloniale ont pratiquement disparu, laissant place à la kfaza [aptitude à magouiller], à l’opportunisme, à la médiocrité affligeante et au trabendo politico-intellectuel. Les quelques partis représentatifs du début des années 1990 ont été pratiquement éliminés. Nous savons dans quel piège mortel est tombé stupidement le FIS en 1991, comment le FLN rénové d’Abdelhamid Mehri a été brisé en 1996 par le régime suite au « complot scientifique » organisé par d’ignares intrigants et comment votre propre parti, le FFS, qui reste l’un des rares espaces de liberté et de démocratie, si ce n’est pas le seul, est l’objet de manœuvres déstabilisatrices depuis plus d’une décennie. Le régime ne veut pas de classe politique réelle. Il a totalement perverti l’action politique en façonnant des partis et des pantins politiques de service (et contrôlés par les « services »). De véritables troubadours politiques qu’on agite à l’occasion des mascarades électorales et référendaires. Malek Bennabi disait à ce sujet : « La politique est une réflexion sur la manière de servir le peuple. La boulitique est une somme de hurlements et de gesticulations pour se servir du peuple. » C’est ce à quoi nous assistons depuis la supercherie démocratique de 1988.

Le verrouillage des champs politique et médiatique, dans notre pays, est un secret de polichinelle. Mais est-ce que cela suffit pour expliquer le manque de dynamisme au niveau des partis politiques et de la société en général ?

Le début du verrouillage politique et médiatique remonte à l’indépendance et à la prise sanglante du pouvoir par les imposteurs d’Oujda et de Ghardimaou. Il ne date pas du coup d’État de janvier 1992. Il fait partie de la stratégie de gestion politique du pays pour empêcher toute velléité politique autonome de s’organiser et de s’exprimer. Cela est un fait indéniable. Il y a aussi ce laminage par la violence, l’intrigue et l’infiltration des partis politiques représentatifs dont nous avons parlé précédemment et leur remplacement par des partis maison corvéables et malléables à merci. Mais cela est de bonne guerre de la part du régime immoral dont on connaît la nature totalitaire et qui s’agrippe par tous les moyens au pouvoir. À quoi devons-nous nous attendre d’un système aussi véreux ? Mais à mes yeux, la lâcheté de nos « élites » intellectuelles et politiques est en grande partie, responsable de cette anesthésie politique. C’est ce vide sidéral qui permet à ce pouvoir de se mouvoir avec une aisance déconcertante. En réalité, la force du régime réside en notre faiblesse criarde à nous entendre sur des principes démocratiques communs et à nous organiser. Et le dernier drame national l’a éloquemment montré. Nous avons été sidérés par le comportement de nombreux « intellectuels » et « politiques » devant la tragédie de notre peuple. Beaucoup se sont trompés de cible et certains… de société ! Je cite souvent le cas de la résistance des intellectuels tchécoslovaques, avec à leur tête Vaclav Havel, qui avaient à affronter non seulement la redoutable police politique de leur pays, mais aussi la tristement célèbre machine répressive soviétique. Ces consciences libres et incorruptibles n’ont pas eu peur de faire de la prison et de perdre leurs privilèges sociaux pour défendre leurs idéaux et servir leur peuple. Ils ont été ces minces lueurs qui ont éclairé leur société plongée dans les ténèbres du totalitarisme communiste, qui se sont transformées en une lumière éblouissante au lendemain de la chute du mur de Berlin, pour la guider sur la voie de la révolution de velours. J’entends déjà des « intellectuels » me dire : « Oui, mais la conjoncture internationale était différente. » Tous les prétextes sont bons pour se débiner et se soustraire à la lutte politique ! Avons-nous une élite de cette trempe pour sortir la nation algérienne des ténèbres de l’imposture politique ? La question reste posée…

Alors quelle est selon vous, la démarche à suivre pour aider à l’émergence d’une représentation politique et sociale, capable d’engager le pays dans une construction démocratique ?

La crise politique qui a provoqué le drame sanglant de la décennie écoulée persiste et s’aggrave, n’en déplaise aux propagandistes du pouvoir, à leurs thuriféraires et aux services de l’action psychologique qui essaient de faire croire à l’opinion publique internationale que la crise est derrière nous et que le pays a retrouvé sa quiétude. Elle est annonciatrice, à Dieu ne plaise, d’autres séismes beaucoup plus destructeurs que ce que nous avons vécu durant les années 1990. Il est plus que certain qu’il n’y a plus rien à attendre de ce régime, atteint d’une malformation politique congénitale incurable et qui, malgré son état de déliquescence avancé et la faillite sanglante qu’il a provoqué, refuse obstinément de partir. La situation peu reluisante du pays – qui n’a rien à voir avec la vitrine présentée par le régime – doit susciter en nous un véritable examen de conscience. Devons-nous rester impassibles devant la dramatique dégradation de la situation politique, économique et sociale et la pérennisation de la violence ? Il est impératif de mettre un terme à cette logique d’autodestruction dans laquelle le régime a enfermé la société, en imposant la paix des cœurs et de la raison qui doit être la priorité des priorités. Tout comme il est impératif de sortir du champ politique artificiel, fécondé in vitro, pour entrer dans le champ politique authentique, qui reflète les réalités nationales et qui tienne compte des forces politiques véritables ancrées dans la société et imprégnées de ses valeurs culturelles. Il faudrait avoir le courage de briser la stratégie du pouvoir qui consiste à imposer les termes et les limites du débat et se projeter vers un changement radical et pacifique de système. S’inscrire dans sa stratégie, c’est être complice de cette faillite sanglante. Il est, enfin, plus que nécessaire de briser le cercle vicieux dans lequel est enfermée l’Algérie depuis 1962, à savoir celui d’un peuple sans souveraineté et d’un pouvoir sans légitimité. L’ère des tuteurs en col blanc ou en képi a provoqué assez de dégâts. Il est temps de mettre fin à l’usurpation du pouvoir qui dure maintenant depuis plus de 40 ans et de rendre la parole aux citoyennes et citoyens pour qu’ils puissent choisir souverainement et librement les institutions qui reflètent leurs réalités socioculturelles. C’est à ces conditions fondamentales et seulement à ces conditions qu’on pourra espérer un véritable changement. Pour cela, il faudra œuvrer à ce que les volontés intellectuelles et politiques sincères se rassemblent et s’organisent dans un cadre autonome, un forum de réflexion et d’action, en vue d’une construction démocratique réelle. Nous devons prendre l’initiative de réunir autour d’une table toutes ces volontés sans exclusion aucune, pour mettre à plat sans complaisance et dans un climat empreint de paix et de sérénité, tous les problèmes qui nous ont divisé, le plus souvent artificiellement pour ouvrir la voie à la construction d’un État de droit. Nous devons cesser de subir dans notre propre pays pour devenir les acteurs de notre propre histoire et les maîtres de notre destin. Cela demandera le temps qu’il faudra, mais il est impératif de réhabiliter la pratique politique et d’aboutir au compromis politique historique dont j’ai parlé précédemment et à une alternative politique crédible à présenter à notre peuple en vue de ce changement radical et pacifique de régime. Nous avons une immense responsabilité historique dans cette phase cruciale de rétablissement du dialogue entre Algériens. Je crois que le peuple mauritanien d’une manière générale, et ses élites politiques et militaires d’une manière particulière, sont en train de nous donner une leçon exemplaire de réalisme politique et de démocratie. Avec beaucoup d’exigence morale et intellectuelle et une bonne dose de courage politique, faisons tous ensemble que le drame de ces années de sang et de larmes se transforme en une véritable résurrection d’une Algérie de dignité, de justice et de libertés démocratiques et que le sacrifice des dizaines de milliers de victimes ne soit pas vain.

L’Algérie a signé la convention internationale pour la protection contre les disparitions forcées. Est-ce une avancée ?

Non, c’est une blague ? !

Quels sont les mécanismes à mettre en place pour aboutir à un dénouement juste et équitable de la question des disparus ?

Il est vrai que la question des disparitions forcées est une question très sensible. Le régime semble avoir tranché dans sa charte de l’impunité et de la supercherie nationale en les considérant comme morts. J’avais évoqué ce triste sort lors d’une interview à un quotidien il y a deux années de cela, ce qui avait provoqué une réaction chez certaines mères de disparus, réaction entretenue par certaines personnes qui ont fait de ce douloureux problème un fonds de commerce très juteux, plus particulièrement Outre-Méditerranée. Je ne suis pas un adepte en politique de l’entretien des illusions, de l’hypocrisie et du mensonge. Il faut avoir l’honnêteté et le courage de dire la vérité à son peuple, même si cela vous fait perdre des plumes politiquement. Car notre modeste conception de la politique est d’être franc et de servir son peuple et non de lui plaire et de le desservir. Je considère en mon âme et conscience que les planificateurs de cette éradication d’une partie de la population ont commis, concernant les victimes de disparitions forcées, un double crime contre l’humanité. En les enlevant puis en les exécutant sommairement, probablement après d’horribles tortures. Tôt ou tard, les langues de délieront et la vérité éclatera. C’est le droit absolu, non seulement pour les familles mais aussi pour toute la nation, de savoir qui a planifié et commandité ces enlèvements d’Algériens puis leur exécution sommaire et connaître les lieux secrets où ils ont été ensevelis. Donc je crois que même si la question des disparitions est délicate, nous ne devons pas la dissocier des autres crimes contre l’humanité commis durant cette guerre. Et ce sera le rôle d’une Commission Vérité et Justice à créer, d’enquêter sur tout cela et d’éclairer l’opinion publique et la Justice. Mais encore une fois, tout cela ne pourra être réalisé en toute liberté et équité que lorsque les Algériens se seront définitivement débarrassés de ce régime et auront posé les jalons d’un État de droit.

Des militants des droits de l’homme se plaignent de l’absence d’un cadre de lutte. Votre avis ?

Là aussi, il faudrait clarifier les choses. De quels militants des droits de l’homme parlez-vous ? De salon ou de terrain ? Je sais une chose (car j’étais et je suis toujours sur le terrain) : durant la guerre subie par notre peuple, lorsque des dizaines de citoyens étaient enlevés, torturés, exécutés sommairement ou tués dans les coins de rue et à l’époque où des dizaines de têtes sans corps et de corps sans têtes étaient jetés dans les rues, le nombre des militants des droits de l’homme se comptaient à peine sur les doigts des deux mains. L’occasion se présente pour rappeler le travail admirable fourni par mon frère de lutte, Me Mahmoud Khelili, durant la sale guerre et au prix de sa vie. Un travail qui a permis en grande partie au monde de connaître la réelle et dramatique situation des droits de l’homme dans notre pays. Comme cette poignée de militants impénitents, Mahmoud n’avait pas besoin d’un « cadre de lutte » pour déchirer le voile du mensonge et de la désinformation à l’époque de la terreur institutionnalisée. Je reviens là aussi à Vaclav Havel et à la « charte 77 » pour le respect des droits de l’homme. Cette initiative, qui fut initialement une association « non agréée » (pour reprendre la phraséologie officielle algérienne) n’avait comme « cadre de lutte » que la prison et les minuscules appartements de la poignée d’intellectuels tchèques, avant de se transformer en un vaste mouvement politique libérateur du joug communiste. Il est vrai que maintenant, avec la condamnation par l’opinion publique et les ONG internationales du régime d’Alger pour ses atteintes massives à la dignité humaine – ce qui a tempéré un tant soit peu les ardeurs criminelles des exécutants du pouvoir –, nous assistons à une prolifération de militants ès droits de l’homme se bousculant aux portillons de certaines officines étrangères plus que suspectes, venues en Algérie pour leur « apprendre » les « droits de l’homme » et comment « voter », dans les salons feutrés de certains hôtels algérois… Le militantisme pour la dignité humaine n’est ni une fonction ni un service rendu. C’est un devoir pour tout citoyen d’une manière générale et de tout intellectuel et politique d’une manière particulière. Et il n’a besoin ni de « leçons » particulières ni de « cadre de lutte ». C’est un combat quotidien. Nos convictions et les valeurs civilisationnelles auxquelles nous croyons nous ont interpellés lors d’une période tragique que traversait notre pays, et nous avons pris nos responsabilités. Nous avons été les témoins acharnés des erreurs et des horreurs de ce régime. Nous avons témoigné de la triste et dramatique réalité algérienne. Et nous continuerons à témoigner aujourd’hui et demain pour faire éclater la Vérité, toute la vérité sur le drame vécu par notre peuple, quel qu’en soit le prix, en faisant nôtre le propos de feu le journaliste Robert Barrat : « La vérité et la justice ont aujourd’hui besoin de témoins. Des témoins qui sachent au besoin souffrir le martyre sans mot dire. »

 

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DROITS DE L’HOMME EN ALGERIE- CAS SALAH-EDDINE SIDHOUM

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Lettre ouverte à l’opinion publique et aux organisations non gouvernementales des droits humains

Salah-Eddine SIDHOUM

 

Mes cher(e)s Ami(e)s,

Le pouvoir d’Alger semble persister dans son harcèlement contre ma modeste personne.

En effet aujourd’hui, 05 juin 2005, deux civils munis de talkies-walkies, venus à bord d’une voiture banalisée bleue de type Renault R19 se sont présentés à mon domicile aux environs de 10 heures. N’ayant trouvé personne chez moi, ils remirent une convocation me concernant à un employé d’un taxiphone voisin, non sans avoir relevé ses coordonnées personnelles et lui avoir demandé de me la remettre en mains propres. Ce sont des voisins qui m’appelèrent à la clinique où j’exerce pour m’informer des faits.

Cette convocation est la troisième depuis ma libération en octobre 2003.

En effet, cette dernière convocation (n° 5892755) émane encore une fois de la 14e brigade mobile de la police judiciaire (BMPJ) de Birkhadem et le motif invoqué est « l’étude de mon cas » !!!!! Un cas pathologique peut-être ?

Cette convocation fait suite à une filature de près de 15 jours, durant le séjour de la délégation d’Amnesty International en Algérie que j’avais reçu à deux reprises à mon domicile et qui a eu à écouter des familles de disparus de mon quartier et à prendre connaissance de cas de citoyens torturés par la police politique durant les années 2004 et 2005. Trois voitures banalisées (205, 306 et une Peugeot Partner grise conduite par un « barbu », accompagné de deux autres jeunes personnes) se relayaient devant mon domicile et me suivaient dans mes déplacements. Ce stupide manège a pris fin avec le départ de la délégation d’Amnesty International le 28 mai dernier.

Ce harcèlement survient aussi une semaine après que deux individus se réclamant de la police se soient présentés au Bâtonnat d’Alger pour remettre une convocation à mon fils Abderrahmane Amine, jeune avocat et militant des Droits Humains, suite à une plainte du ministère de la « justice » contre lui pour avoir critiqué la détention préventive abusive concernant l’un de ses mandants, dans une interview réalisée il y a plusieurs mois de cela par le quotidien Echourouk El Yaoumi.

Ce harcèlement survient aussi et enfin après la publication la semaine dernière en Europe d’un ouvrage collectif (Quelle réconciliation pour l’Algérie ? http://www.hoggar.org/modules.php?name=Books&op=ReadBook&id=12 ) d’intellectuels algériens de tous bords auquel j’ai participé par une interview.

Encore une fois, ce ne sont pas ces campagnes périodiques d’intimidation qui ébranleront mes profondes convictions et freineront mon combat pour le respect de la dignité humaine et le changement radical et pacifique de régime.

Bien au contraire, ces méthodes éculées des reliques staliniennes drapées dans une pseudo-démocratie plus que douteuse et qui gouvernent mon malheureux pays ne font que renforcer mes certitudes dans la longue lutte pour la vérité et la justice quant à la tragédie vécue et dans la construction d’une Algérie de toutes et de tous, sans exclusion ni exclusive, profondément ancrée dans ses valeurs civilisationnelles et grandement ouverte sur l’Universel.

La seule convocation à laquelle je répondrais sera celle du TRIBUNAL PENAL INTERNATIONAL, en tant que témoin et qui aura à juger les criminels contre l’humanité qui ont mis notre Algérie à feu et à sang, les mêmes qui essaient encore et vainement aujourd’hui, après leurs méfaits sanglants de la décennie écoulée, d’instrumentaliser justice et police pour faire taire les consciences libres qui refusent la réconciliation factice, la paix des cimetières et l’amnésie générale que tentent de faire passer les putschistes pour s’auto-amnistier.

J’en appelle encore une fois à l’opinion publique nationale et internationale et aux ONG pour dénoncer cette mesquine campagne d’intimidation d’un autre âge et d’apporter leur soutien à toutes les consciences libres de mon pays dans leur lutte pour la dignité et le changement face à ce régime corrompu et criminel.

 

Alger le 05 juin 2005

Salah-Eddine SIDHOUM

Chirurgien
Militant des Droits Humains.

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SALAH-EDDINE SIDHOUM

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Salah-Eddine Sidhoum : Un juste en

danger de mort

mardi 7 octobre 2003.

 

Il fait partie des justes. De ce noyau d’Algériennes et d’Algériens qui, tout au long de la « sale guerre » ouverte par le coup d’Etat de janvier 1992, se sont battus pour la vérité, contre le mensonge d’Etat.

Ce juste s’appelle Salah-Eddine Sidhoum. Ce chirurgien orthopédiste de 56 ans, militant de longue date pour les droits de l’homme, est l’un des rares à avoir échappé aux exécutions dont tant de ses pairs ont été victimes (exécutions systématiquement « attribuées aux islamistes »), à avoir résisté aux chantages et aux pressions de l’omniprésente police politique (la sinistrement fameuse SM, sécurité militaire, devenue DRS).

Il ne s’est pas laissé gagner par le découragement que peut provoquer l’atroce constat d’une société algérienne en pleine déréliction. Et il n’a pas renoncé à convaincre une « communauté internationale » jusqu’à présent résolument sourde aux cris des dizaines de milliers de torturés, aux pleurs des mères et femmes des milliers de « disparus » dans les geôles de la police politique, à la révolte des familles dont les proches ont été sauvagement massacrés, « au nom de l’islam », par des groupes armés dont beaucoup ont été manipulés ou créés par le DRS.

Déjà, lors de la répression du « printemps berbère », en 1980, le docteur Sidhoum avait dénoncé les abus des forces de sécurité – ce qui lui avait valu une première incarcération. En 1988, après les manifestations dramatiques d’octobre, il a créé avec d’autres médecins un comité médical contre la torture et alerté l’opinion publique internationale à propos de l’utilisation de balles explosives et de l’emploi systématique de la torture par les services de sécurité.

Le 11 janvier 1992, un coup d’Etat militaire déguisé mit fin aux balbutiements démocratiques, instaurant l’état d’urgence et l’ère de la lutte antiterroriste, menée à la « gégène » et au napalm. La Constitution bafouée, les institutions républicaines assujetties, toute contestation populaire, islamiste ou autre, fut dès lors farouchement combattue par une « sale guerre » qui perdure jusqu’à ce jour.

Salah-Eddine Sidhoum a été de ceux qui, courageusement, ont rendu publiques les graves violations des droits de l’homme commises par les services de sécurité, les milices et les groupes armés : « internement administratif » pendant des mois et des années de milliers d’hommes – simples suspects – dans des camps au sud du pays ; torture massive et systématique dans pratiquement tous les centres de l’armée, de la police et la gendarmerie ; « disparitions », exécutions sommaires et massacres ; manipulation, au-delà de l’entendement, de la violence islamiste…

Alors que l’heure de l’ »éradication » de toute voix discordante avait sonné, Salah-Eddine Sidhoum n’a pas hésité à prendre contact avec les médias étrangers et à leur présenter des victimes ou leurs parents. A la suite de la diffusion par Canal+ d’un documentaire de la BBC sur la violence en Algérie, où il intervenait, le 14 décembre 1994, trois hommes armés d’un escadron de la mort du DRS surgirent chez lui, sans le trouver. Il décida alors d’entrer dans la clandestinité, sans renoncer à ses activités de défenseur des droits de l’homme.

En 1996, pour tenter de le faire taire, la police politique l’a faussement accusé, avec d’autres, de la prétendue création d’un « réseau terroriste ». En février 1997, la justice aux ordres l’a condamné, par contumace, à vingt ans de réclusion.

La cabale lancée contre lui par la sécurité militaire, la justice et certains quotidiens de la « presse indépendante » algérienne ne l’a pas empêché

de poursuivre son combat : dans les conditions difficiles de la clandestinité, il a conduit un travail absolument remarquable de recueil de milliers de témoignages de victimes, établissant, presque seul, une série de rapports accablants ( publiés notamment sur le site Internet ) sur les effroyables « produits » de la machine de mort conçue par les généraux algériens.

Le 29 septembre 2003, désireux d’en finir avec une clandestinité qui dure depuis neuf ans, Salah-Eddine Sidhoum a décidé de se présenter à la justice de son pays pour faire opposition au jugement prononcé contre lui en 1997 et pour en obtenir la révision. Il a été immédiatement incarcéré dans une cellule d’isolement à la prison de Serkadji, à Alger (pendant la guerre d’indépendance, elle s’appelait prison Barberousse, de sinistre mémoire), dans des conditions de détention déplorables : cachot humide en sous-sol, lumière artificielle vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sans lit ni matelas, rats, etc. Le docteur Sidhoum a alors choisi de commencer aussitôt une grève de la faim totale (sans eau) pour la reconnaissance de ses droits de détenu politique et pour obtenir un procès rapide, équitable et public.

Sa santé s’est brutalement détériorée, et sa vie, aujourd’hui, ne tient plus qu’à un fil. Avec beaucoup d’autres, Algériens et Français, nous soutenons son combat courageux. C’est pourquoi nous demandons instamment aux autorités algériennes de lui accorder sans délai la liberté provisoire, dans la perspective d’un procès conforme aux règles du droit international.

Lahouari Addi est sociologue, François Gèze est éditeur, Mohammed Harbi est historien, Salima Mellah est journaliste, Véronique Nahoum-Grappe est ethnologue, Pierre Vidal-Naquet est historien

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QUI CONTRÔLE LES HYDROCARBURES EN ALGERIE?

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Qui contrôle les hydrocarbures en

Algérie ? Qui craint le débat ?

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Les algériens ont une relation ambivalente avec leurs ressources en hydrocarbures qu’ils considèrent depuis leur nationalisation en 1971 comme des bijoux de famille mais dont ils n’apprécient le véritable enjeu qu’en situation de crise. Ils se soucient très peu de leur gestion car le discours officiel est d’une telle technicité qu’il décourage toute velléité de compréhension. Ils réalisent qu’ils n’ont aucune influence sur la politique énergétique de leur propre pays mais on leur a inoculé l’illusion qu’ils agissent sur le cours mondial du pétrole et apprennent en conséquence à s’accommoder de l’alternance des périodes d’aisance financière et de pénurie.

La 151ème réunion de l’OPEP intervient dans ce contexte pour être présentée à l’opinion publique comme un événement majeur dans un pays ou le secteur de l’énergie s’est érigé en un Etat de substitution .Pourtant avec une production de 1.4 millions de barils jour l’Algérie n’est que le poussin de l’OPEP ( 32 m b/j ) qui ne produit elle-même que 40% du brut mondial. A ce titre quel pourrait être notre poids réel dans la fixation du prix du baril devenu insensible même aux conflits armés mais plutôt réactif à la croissance des économies chinoise et indienne et à la spéculation. Pour notre part nous n’avons pas été capables de nous inscrire dans aucune des deux démarches par excès de prudence ou par défaut d’anticipation et d’ambition pour le pays. Il faut alors espérer que cette effervescence passagère profite au moins à l’hôtellerie et à l’artisanat d’Oran.

Ce secteur étant entouré d’une opacité qui renseigne sur les intérêts qui le portent il ne reste plus que les sources ouvertes étrangères comme l’OPEP, les clients de Sonatrach ou encore le bon sens pour nous en révéler les paradoxes les plus apparents. Ainsi depuis 10 ans le conseil d’administration et l’assemblée générale de Sonatrach ou encore le Conseil supérieur de l’énergie sont inopérants et seuls le chef de l’Etat et son ministre de l’énergie et des mines Chakib Khelil décident de 60% de la production annuelle de richesse nationale.

Une observation des principaux indicateurs l’énergie renseigne sur le degré de désinformation destinée à produire une sorte d’exaltation nationale par les hydrocarbures et maquiller la réalité d’un état des lieux inquiétant.

Primo : La production algérienne de pétrole est certes passée de 909.000 b/j en 1998 à 1. 371.000 b/j en 2007 mais cette augmentation représente la part des associés étrangers, celle de Sonatrach seule ayant stagné puis chuté ces dernières années. C’est évidemment dans la même proportion que les étrangers ont réalisé de super profits ces 5 dernières années. Si nous prenons l’exemple de l’Angola sa production de 1998 (712.000b/j) a été multipliée par deux en moins de 10ans (1 694 000 b/j).

Secundo : Nos capacités de raffinage ont chuté à 19 millions de tonnes en 2006 et ne sont même pas au niveau ou elles étaient il y a 30 ans (21 millions de tonnes) c’est pourquoi notre pays a fini par importer une partie de ses besoins en essence et en gasoil. Le gouvernement – à supposer qu’il dispose d’un droit de regard sur les hydrocarbures – aura attendu que les coûts des raffineries se multiplient par 3 en raison du renchérissement prévisible des matières entrant dans leur fabrication (cuivre, aciers spéciaux, étain..) et de la forte demande en raffineries pour se lancer dans l’hypothétique programme 2008-2012 qui couvrira à peine les besoins nationaux dans 10 ans si nous tenons compte de l’évolution actuelle de la demande globale du marché algérien . Un mémoire de fin d’études d’ingéniorat en commerce international dans un institut de gestion à Alger avait anticipé en 2003 le scénario catastrophe de la politique nationale de raffinage. Les 2 étudiants n’avaient pas 23 ans.

Tertio : Notre production de gaz à l’exportation a stagné à son niveau de 1999 puisqu’elle est de 59 milliards de m3 ce qui représente à peine la consommation nationale dans 10 ans selon les prévisions de la Commission de régulation de l’électricité et du gaz ( CREG ), si par malheur les 3 méga projets de complexes d’aluminium (AAOLA ) et d’ammoniac et d’urée ( EBF et ORASCOM ) très gros consommateurs en gaz, venaient à se concrétiser. Il s’agira par ailleurs tout simplement d’une exportation déguisée de gaz financée de surcroit en grande partie sur des fonds publics.

Pour ce qui est de l’exportation de Gaz Naturel Liquéfié, l’Algérie qui a toujours opté pour une stratégie médiane 50% par pipe et 50% par méthanier est otage aujourd’hui des engagements avec l’Italie et l’Espagne pour 50 milliards de m3 par gazoduc ce qui réduit sa flexibilité et fait perdre des positions de marché spot autrement plus rentable notamment sur le continent américain. Pour être valable l’option construction de nouveaux gazoducs imposée par Chakib Khelil aurait dû être consolidée par des acquisitions stratégiques en Italie où par exemple la Libye est déjà présente dans l’aval depuis au moins 20 ans et en Espagne où le groupe russe Lukoil cherche à acheter une partie de Repsol notre principal client qui à défaut d’être notre associé est engagé en justice contre Sonatrach dans un litige dont l’issue est incertaine et les causes obscures.

Sur le plan stratégique il se pose un double problème : le premier réside dans l’entêtement des dirigeants à considérer les hydrocarbures comme un simple produit marchand alors qu’il est depuis 60 ans un des outils de la souveraineté des nations et un levier de choix dans les relations internationales . A ce titre on devrait impliquer chez nous les opérateurs de politique étrangère et de défense nationale dans l’élaboration de toute stratégie en la matière. Le second problème est représenté par le très faible niveau d’internationalisation du secteur énergétique réduit depuis 10 ans à une insignifiante participation dans une installation gazière en Amazonie péruvienne et dans quelques menus projets avec une participation minime qui n’autorise aucune synergie avec les intérêts de Sonatrach à l’international.

Le département de l’énergie s’implique par contre localement dans des domaines qui ne relèvent ni de sa vocation ni de ses missions institutionnelles : dessalement d’eau, suivi de la construction de la nouvelle ville de Hassi messaoud et financement d’un palais des congrès à Oran, d’une piscine olympique à Hydra ou encore le sponsoring financier d’un mouvement associatif de circonstance et de clubs de foot entrainés pour certains à se transformer tous les 5 ans en comités de soutien …

L’histoire enseigne qu’un Etat qui possède la majorité des ressources économiques dans la société détient le pouvoir. Chez nous au lieu de servir à réduire la dépendance alimentaire, valoriser la ressource humaine elles deviennent un enjeu de pouvoir et un obstacle à la démocratisation d’un pays parce que gagner les élections veut dire se perpétuer au pouvoir pour conserver la rente. Nous n’aurons pas échappé à cette malédiction qui veut que dans le Tiers monde les ressources représentent paradoxalement un obstacle pour la stabilité et ne favorisent pas l’alternance dans l’exercice du pouvoir. Dans cet esprit, les plus gros scandales financiers et de corruption de l ‘histoire de l’Algérie affectent les secteurs les plus opaques et les plus rentiers chez nous, les banques publiques les hydrocarbures et leurs interconnexion avec les politiques

Par exemple, Brown Root & Condor (BRC) forte de l’implication de son associé le géant américain Haliburton, lobbyiste attitré à Washington du Président Bouteflika pour son deuxième mandat notamment, aurait bien pu continuer à surfacturer, diversifier ses services de management des projets en passant de l’infrastructure militaire à la piscine à la spéculation immobilière sans rendre compte à personne BRC s’est permis de violer les règles les plus élémentaires des finances publiques parce que ses dirigeants savent que les hydrocarbures ne sont pas soumises aux exigences de transparence et que le contrôle de la rente pétrolière en Algérie est centralisé au niveau de quelques personnes.

A défaut d’un système démocratique, les algériens ne peuvent pas réclamer avec la force légale requise l’exercice d’un contrôle direct ou indirect sur cette richesse provisoire de la nation .Ils prennent alors le risque de vivre de dramatiques situations comme celle dans laquelle notre Président de la République reconnaît publiquement en 2006 avoir retiré sur les conseils avisés du bolivarien Hugo Chavez la loi antinationale sur les Hydrocarbures de mars 2005, la plus libérale de l’histoire de l’OPEP . En résumé le pays a perdu en si peu de temps une autonomie de décision en cédant aux pressions des uns et aux avis des autres sans en référer à sa propre intelligence ni à son peuple seul habilité à exercer une souveraineté sur ses ressources naturelles. Quelle belle leçon de patriotisme économique pour un pouvoir appartenant à une génération supposée être encore portée par une légitimité révolutionnaire.

Enfin pourquoi produire aujourd’hui pour des recettes de 67 milliards de dollars alors que le rythme de développement n’a pas réclamé plus de 25 milliards dollars et que les crédits d’équipements ont été consommés seulement à concurrence de 37% ces 5 dernières années ? Faut –il produire plus uniquement pour répondre aux besoins de consommation de l’Union Européenne toujours plus urgents et plus importants ? Pourquoi hypothéquer des réserves stratégiques déjà controversées et qui nous sont seulement prêtées par les générations futures ? Si seul un système de gestion transparent est de nature à répondre à ces questions il reste à espérer que les quelques personnes qui décident en Algérie détiennent le secret de l’adéquation entre les ressources disponibles, la satisfaction des besoins nationaux à long terme et la mobilisation immédiate de devises pour acheter la paix sociale.

Abdelaziz Rahabi

ARTICLE DU MATIN-DZ

Publié dans Non classé(13), vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

CENSURE EN ALGERIE

Posté par algeriedemocratie le 19 décembre 2008

Pensée critique et censure en Algérie stdClass Object ( [codcontent] => 1956 [occhiello] => [sottotitolo] => [titolo] => Pensée critique et censure en Algérie [abstract] => S’il est difficile de parler du thème «Islam et Occident» en si peu de temps, il est tout aussi difficile de traiter de la «censure et la pensée en Algérie» en 10 minutes.
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Tout le monde est plus ou moins au courant des problèmes liés à la censure de la presse privée en Algérie. Il y a deux jours, c’était la journée internationale de la liberté de la presse et ce sujet a été assez largement abordé par les médias. Je ne tiens pas à faire ici une énumération des harcèlements que subissent les journaux algériens. Ce serait un peu trop facile. Je préfère éviter de vous lire une simple dépêche qui dirait: «200 journalistes, condamnés pour délit de presse, ont été graciés le 2 mai par le président et il y en a encore des dizaines qui sont toujours poursuivis devant les tribunaux».
Pour l’honnêteté de mon exposé, je souhaiterais tracer un cadre plus général, et ce, afin que la situation de la «pensée critique», en Algérie et, plus généralement, dans les pays dits «en développement», ne soit pas abordée comme une situation spécifique, unique.
Le premier point de ce cadre général est celui du recul de la pensée critique dans le monde entier. Il y a aujourd’hui une certaine unanimité sur le fait que, partout, elle tend à être minorée, rejetée dans la marge. La place de la pensée critique dans les médias de tous les pays de la planète se rétrécit. On a vu comment les médias américains ont pu couvrir la guerre contre l’Irak. On a pu voir, à l’occasion de cette guerre, comment beaucoup d’entre eux ont pu être enrégimenté pour devenir des soldats de l’information, des officiers d’action psychologique de l’armée US.
On voit également que, partout dans le monde, y compris dans les pays industriels, il y a une «censure invisible» de plus en plus forte qui frappe les médias, notamment les médias de masse. Le critère de l’audimat prime sur tous les autres critères dans le choix des informations à diffuser et dans la façon de les traiter. Les émissions télévisées intéressantes, dans lesquelles peuvent êtres développées des visions critiques des événements et des sujets en débat dans la société, sont rarement diffusées à des heures de grande écoute. Souvent même, elles sont diffusées à minuit et ne durent jamais plus d’une heure. Elles sont évidemment entrecoupées, comme toutes les émissions télé, d’interminables pages de publicité.
Le deuxième point du cadre général que je voudrais exposer avant d’aborder la question de la censure et de la pensée critique en Algérie est celui-ci : partout dans le monde, même dans les pays industrialisés (ce qui est surprenant et décevant), on constate des retours de bâton autoritaires. Le renforcement des tendances autoritaires dans les pays dits «développés» sert, dans des pays comme l’Algérie, de justification à l’autoritarisme du gouvernement et à ses politiques répressives. Le régime algérien ne s’est jamais senti aussi à l’aise qu’après les attentats du 11 septembre et ce qu’ils ont pu justifier, en Amérique comme en Europe, comme «Patriotic Acts» et autres lois scélérates. Avec les lois anti-terroristes américaines et britanniques, des gens peuvent être arrêtés et incarcérés pendant des mois, voire des années, sans avoir le droit d’être jugé ni d’être relâchés. Pareilles lois ne peuvent que favoriser les tendances autoritaires dans des pays comme l’Algérie. Elles les couvrent de la légitimité des «vieilles démocraties».
Avant d’évoquer les formes que prend la censure en Algérie, je crois qu’il faut relever que ce pays sort à peine d’une guerre civile larvée qui a duré presque une dizaine d’années et qui a commencé après l’annulation des élections législatives du 27 décembre 1991, remportées par un parti islamiste radial, le Front islamique du salut. A la faveur de l’ouverture démocratique qui a suivi la révolte populaire d’octobre 1988, est né, dès 1990, une presse privée qui s’est qualifiée d’«indépendante» pour se distinguer de la presse publique, entièrement à la dévotion du gouvernement. Cette presse privée est donc venue au monde dans un climat politique très tendu, marqué par une grande agitation politique due notamment à la montée de l’islamisme. Elle s’est développée dans un contexte de guerre civile qui a causé quelques dizaines de milliers de victimes. On peut dire, de ce point de vue, que, depuis sa naissance, elle vit dans une situation d’exception.
Une bonne partie de cette presse privée se montre critique envers le régime en place. Elle dénonce son opacité, ses manœuvres, son système de trucage des élections, etc. Si pendant la guerre civile, dans le contexte d’équilibre fragile entre les différentes fractions du pouvoir, une pareille possibilité de critique était plus ou moins possible, elle est aujourd’hui très difficile. Pour utiliser une formule lapidaire, le régime – au sein duquel la présidence de la république est redevenue un vrai centre de pouvoir – «n’a plus besoin de la presse» qui a été un de ses soutiens indéfectibles contre la menace de l’islamisme politique, et ce dès 1989, date de la fondation du Front islamique du salut. Aujourd’hui, il accepte de moins en moins d’être l’objet de ses critiques.
Le président algérien a récemment promulgué une «loi sur la réconciliation nationale» qui, sous prétexte de tourner la page de la guerre civile, a offert l’amnistie aux islamistes armés ainsi qu’aux corps de sécurité. Cette loi interdit formellement toute évocation des drames de cette période trouble et des responsabilités des deux camps en conflit dans les multiples drames qu’elle a connus (attentats, disparitions). La transgression de cet interdit est même passible de poursuites pénales qui ne tarderont pas à être précisées.

Comment s’exerce la censure sur la presse algérienne?
Il y une censure visible, un peu normative si je puis dire : la suspension d’un journal pour avoir publié des «informations qui portent atteinte à l’intérêt national». Il y a également l’interdiction de son impression sous prétexte de créances impayées (les imprimeries étant encore un quasi-monopole public). Certes beaucoup de journaux ne se montrent pas empressés de régler leur note chez leur imprimeur mais ce dernier, qui reçoit ses ordres du gouvernement, ne se montre pas aussi avide de recouvrer ses créances sur d’autres mauvais payeurs, qui se trouvent être, en fait, des journaux favorables à la politique du président.
Il y a aussi d’autres moyens de faire pression sur les journaux privés, comme le harcèlement judiciaire. Depuis 2001, il existe dans le code pénal algérien un article qui punit d’ «une peine de 3 mois à 12 mois d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 à 250 000 dinars (entre 5 000 et 25000 euros), toute personne qui offense le président de la République par une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclaration ou de toute autre support de la parole ou de l’image». En application de cet article, des dizaines de journalistes ont été poursuivis devant les tribunaux. Certains d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme, d’autres à de fortes amendes. Beaucoup de ces journalistes condamnés ont été graciés par le président de la République le 2 mai dernier. Ainsi, c’est le prince qui les a mis en prison, et c’est lui qui leur rend la liberté !!! La justice condamne et gracie sur ses ordres.
La menace de suspension et de poursuites pénales pousse les journalistes à pratiquer l’autocensure. Et s’ils ne se plient pas eux même aux recommandations implicites de sagesse qui sont celles du code pénale, les directions des journaux, craignant d’être condamnées à de fortes amendes qui rendraient précaire leur situation financière, se chargent de les en convaincre. On n’a ainsi plus vraiment besoin de convoquer les journalistes au commissariat pour les inviter à être plus «responsables». Il suffit juste de leur dire, en réunion de rédaction: «Voilà la situation, essayez de vous adapter».
La presse privée algérienne subit de plus en plus, une autre forme de censure, invisible, indirecte, plus perfide qui ne s’exerce pas par les biais coercitifs classique (imprimatur, suspension) mais par le biais du chantage à la publicité. On n’a presque plus le droit, dans certains journaux, de critiquer certains annonceurs privés, car ce sont leurs principaux fournisseurs de publicité. Là aussi, les journalistes sont invités à pratiquer l’autocensure. L’autocensure peut aller, parfois, jusqu’à la complaisance dans la couverture des activités de ces annonceurs. Certains articles sur les opérateurs de la téléphonie mobile (un marché en pleine expansion), par exemple, ressemblent davantage à des publireportages qu’à des articles d’information.
Je voudrais, avant de conclure sur la censure que subit la presse privée, ajouter quelque chose qui me paraît important. Entre 1990 et 1992, cette presse était considérée comme une des plus libres du monde arabe et du tiers monde. Tous les sujets pouvaient être abordés et où il n’y avait pas de sujets tabous (même pas en ce qui concerne le président de la République, et ce, jusqu’à l’amendement du code pénal en juin 2001). Pendant la guerre civile, la presse privée a refusé la censure étatique sur les informations liées à la sécurité… Malheureusement, elle a elle-même passé sous silence un certain nombre d’informations importantes sur le déroulement de la guerre civile. Pendant de longues années, peu de journaux ont abordé les centaines d’enlèvements de supposés militants islamistes par les services de sécurité. En refusant d’évoquer les travers de la «lutte antiterroriste» et son lot de drames, ces journaux se sont fragilisés face à l’Etat et ont discrédité leur discours sur la liberté de presse et la liberté d’expression aux yeux de la population. La liberté d’informer est une et indivisible. On ne peut refuser la censure d’un article sur les attentats islamistes et censurer soi-même des articles traitant de disparitions forcées ou d’exécutions sommaires. Il y là, à l’évidence, une insoutenable contradiction.

Je voudrais avant de finir ce court exposé dire un mot sur la censure religieuse, qui est bel et bien de retour. Je rappelle, à ce propos qu’en même temps que cet l’article punissant sévèrement l’offense à la personne du président, on a inséré dans le code pénal un autre article qui «punit d’une peine de 3 à 5 ans d’emprisonnement et d’une forte amende, ou d’une des deux peines seulement, quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu (les autres prophètes), ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclarations ou de toute autre support de la parole ou de l’image».
Pareil amendement du Code pénal est à n’en pas douter une concession symbolique aux pressions des partis islamistes et ce, pour une raison simple : la critique de la pensée religieuse n’est pas encore l’activité favorite des intellectuels algériens. Le renforcement de la censure religieuse est, de ce point de vue, réellement sans objet véritable. Il n’est autre chose qu’une façon, pour le régime, d’acquérir une plus grande légitimité populaire en se mettant au diapason d’une nouvelle vague de religiosité que connaît tout le monde musulman. Cette censure religieuse n’est pas forcément mal accueillie au niveau populaire. Dans ce climat mondial où des pays musulmans, l’Irak et l’Afghanistan, sont occupés par des puissances étrangères, elle est assimilée à une forme de «retour aux sources», de recouvrement de l’identité musulmane, dont on prête à l’Occident la volonté d’anéantir. Les partis religieux exploitent cette situation de conquête du monde musulman par l’Amérique et ses alliés pour affirmer: «Afin de lutter contre la politique des Etats-Unis, nous devons nous unir sous la bannière de l’islam, nous devons combattre tout ce qui peut lui paraître étranger». Les agressions que subit le monde arabo-musulman ont un effet négatif évident sur la pensée critique dans cette région du monde. Elles favorisent le repli identitaire et légitiment les discours favorables à la censure religieuse.
[testo5] => Le 5 mai 2006
Yassin Temlali [testo6] => ________________________________________________________________
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CENSURE EN ALGERIE dans vive l'algerie(128) x_yassin
Yassin Temlali

S’il est difficile de parler du thème «Islam et Occident» en si peu de temps, il est tout aussi difficile de traiter de la «censure et la pensée en Algérie» en 10 minutes.
Tout le monde est plus ou moins au courant des problèmes liés à la censure de la presse privée en Algérie. Il y a deux jours, c’était la journée internationale de la liberté de la presse et ce sujet a été assez largement abordé par les médias. Je ne tiens pas à faire ici une énumération des harcèlements que subissent les journaux algériens. Ce serait un peu trop facile. Je préfère éviter de vous lire une simple dépêche qui dirait: «200 journalistes, condamnés pour délit de presse, ont été graciés le 2 mai par le président et il y en a encore des dizaines qui sont toujours poursuivis devant les tribunaux».
Pour l’honnêteté de mon exposé, je souhaiterais tracer un cadre plus général, et ce, afin que la situation de la «pensée critique», en Algérie et, plus généralement, dans les pays dits «en développement», ne soit pas abordée comme une situation spécifique, unique.
Le premier point de ce cadre général est celui du recul de la pensée critique dans le monde entier. Il y a aujourd’hui une certaine unanimité sur le fait que, partout, elle tend à être minorée, rejetée dans la marge. La place de la pensée critique dans les médias de tous les pays de la planète se rétrécit. On a vu comment les médias américains ont pu couvrir la guerre contre l’Irak. On a pu voir, à l’occasion de cette guerre, comment beaucoup d’entre eux ont pu être enrégimenté pour devenir des soldats de l’information, des officiers d’action psychologique de l’armée US.
On voit également que, partout dans le monde, y compris dans les pays industriels, il y a une «censure invisible» de plus en plus forte qui frappe les médias, notamment les médias de masse. Le critère de l’audimat prime sur tous les autres critères dans le choix des informations à diffuser et dans la façon de les traiter. Les émissions télévisées intéressantes, dans lesquelles peuvent êtres développées des visions critiques des événements et des sujets en débat dans la société, sont rarement diffusées à des heures de grande écoute. Souvent même, elles sont diffusées à minuit et ne durent jamais plus d’une heure. Elles sont évidemment entrecoupées, comme toutes les émissions télé, d’interminables pages de publicité.
Le deuxième point du cadre général que je voudrais exposer avant d’aborder la question de la censure et de la pensée critique en Algérie est celui-ci : partout dans le monde, même dans les pays industrialisés (ce qui est surprenant et décevant), on constate des retours de bâton autoritaires. Le renforcement des tendances autoritaires dans les pays dits «développés» sert, dans des pays comme l’Algérie, de justification à l’autoritarisme du gouvernement et à ses politiques répressives. Le régime algérien ne s’est jamais senti aussi à l’aise qu’après les attentats du 11 septembre et ce qu’ils ont pu justifier, en Amérique comme en Europe, comme «Patriotic Acts» et autres lois scélérates. Avec les lois anti-terroristes américaines et britanniques, des gens peuvent être arrêtés et incarcérés pendant des mois, voire des années, sans avoir le droit d’être jugé ni d’être relâchés. Pareilles lois ne peuvent que favoriser les tendances autoritaires dans des pays comme l’Algérie. Elles les couvrent de la légitimité des «vieilles démocraties».
Avant d’évoquer les formes que prend la censure en Algérie, je crois qu’il faut relever que ce pays sort à peine d’une guerre civile larvée qui a duré presque une dizaine d’années et qui a commencé après l’annulation des élections législatives du 27 décembre 1991, remportées par un parti islamiste radial, le Front islamique du salut. A la faveur de l’ouverture démocratique qui a suivi la révolte populaire d’octobre 1988, est né, dès 1990, une presse privée qui s’est qualifiée d’«indépendante» pour se distinguer de la presse publique, entièrement à la dévotion du gouvernement. Cette presse privée est donc venue au monde dans un climat politique très tendu, marqué par une grande agitation politique due notamment à la montée de l’islamisme. Elle s’est développée dans un contexte de guerre civile qui a causé quelques dizaines de milliers de victimes. On peut dire, de ce point de vue, que, depuis sa naissance, elle vit dans une situation d’exception.
Une bonne partie de cette presse privée se montre critique envers le régime en place. Elle dénonce son opacité, ses manœuvres, son système de trucage des élections, etc. Si pendant la guerre civile, dans le contexte d’équilibre fragile entre les différentes fractions du pouvoir, une pareille possibilité de critique était plus ou moins possible, elle est aujourd’hui très difficile. Pour utiliser une formule lapidaire, le régime – au sein duquel la présidence de la république est redevenue un vrai centre de pouvoir – «n’a plus besoin de la presse» qui a été un de ses soutiens indéfectibles contre la menace de l’islamisme politique, et ce dès 1989, date de la fondation du Front islamique du salut. Aujourd’hui, il accepte de moins en moins d’être l’objet de ses critiques.
Le président algérien a récemment promulgué une «loi sur la réconciliation nationale» qui, sous prétexte de tourner la page de la guerre civile, a offert l’amnistie aux islamistes armés ainsi qu’aux corps de sécurité. Cette loi interdit formellement toute évocation des drames de cette période trouble et des responsabilités des deux camps en conflit dans les multiples drames qu’elle a connus (attentats, disparitions). La transgression de cet interdit est même passible de poursuites pénales qui ne tarderont pas à être précisées.

Comment s’exerce la censure sur la presse algérienne?
Il y une censure visible, un peu normative si je puis dire : la suspension d’un journal pour avoir publié des «informations qui portent atteinte à l’intérêt national». Il y a également l’interdiction de son impression sous prétexte de créances impayées (les imprimeries étant encore un quasi-monopole public). Certes beaucoup de journaux ne se montrent pas empressés de régler leur note chez leur imprimeur mais ce dernier, qui reçoit ses ordres du gouvernement, ne se montre pas aussi avide de recouvrer ses créances sur d’autres mauvais payeurs, qui se trouvent être, en fait, des journaux favorables à la politique du président.
Il y a aussi d’autres moyens de faire pression sur les journaux privés, comme le harcèlement judiciaire. Depuis 2001, il existe dans le code pénal algérien un article qui punit d’ «une peine de 3 mois à 12 mois d’emprisonnement et d’une amende de 50 000 à 250 000 dinars (entre 5 000 et 25000 euros), toute personne qui offense le président de la République par une expression outrageante, injurieuse ou diffamatoire, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclaration ou de toute autre support de la parole ou de l’image». En application de cet article, des dizaines de journalistes ont été poursuivis devant les tribunaux. Certains d’entre eux ont été condamnés à des peines de prison ferme, d’autres à de fortes amendes. Beaucoup de ces journalistes condamnés ont été graciés par le président de la République le 2 mai dernier. Ainsi, c’est le prince qui les a mis en prison, et c’est lui qui leur rend la liberté !!! La justice condamne et gracie sur ses ordres.
La menace de suspension et de poursuites pénales pousse les journalistes à pratiquer l’autocensure. Et s’ils ne se plient pas eux même aux recommandations implicites de sagesse qui sont celles du code pénale, les directions des journaux, craignant d’être condamnées à de fortes amendes qui rendraient précaire leur situation financière, se chargent de les en convaincre. On n’a ainsi plus vraiment besoin de convoquer les journalistes au commissariat pour les inviter à être plus «responsables». Il suffit juste de leur dire, en réunion de rédaction: «Voilà la situation, essayez de vous adapter».
La presse privée algérienne subit de plus en plus, une autre forme de censure, invisible, indirecte, plus perfide qui ne s’exerce pas par les biais coercitifs classique (imprimatur, suspension) mais par le biais du chantage à la publicité. On n’a presque plus le droit, dans certains journaux, de critiquer certains annonceurs privés, car ce sont leurs principaux fournisseurs de publicité. Là aussi, les journalistes sont invités à pratiquer l’autocensure. L’autocensure peut aller, parfois, jusqu’à la complaisance dans la couverture des activités de ces annonceurs. Certains articles sur les opérateurs de la téléphonie mobile (un marché en pleine expansion), par exemple, ressemblent davantage à des publireportages qu’à des articles d’information.
Je voudrais, avant de conclure sur la censure que subit la presse privée, ajouter quelque chose qui me paraît important. Entre 1990 et 1992, cette presse était considérée comme une des plus libres du monde arabe et du tiers monde. Tous les sujets pouvaient être abordés et où il n’y avait pas de sujets tabous (même pas en ce qui concerne le président de la République, et ce, jusqu’à l’amendement du code pénal en juin 2001). Pendant la guerre civile, la presse privée a refusé la censure étatique sur les informations liées à la sécurité… Malheureusement, elle a elle-même passé sous silence un certain nombre d’informations importantes sur le déroulement de la guerre civile. Pendant de longues années, peu de journaux ont abordé les centaines d’enlèvements de supposés militants islamistes par les services de sécurité. En refusant d’évoquer les travers de la «lutte antiterroriste» et son lot de drames, ces journaux se sont fragilisés face à l’Etat et ont discrédité leur discours sur la liberté de presse et la liberté d’expression aux yeux de la population. La liberté d’informer est une et indivisible. On ne peut refuser la censure d’un article sur les attentats islamistes et censurer soi-même des articles traitant de disparitions forcées ou d’exécutions sommaires. Il y là, à l’évidence, une insoutenable contradiction.

Je voudrais avant de finir ce court exposé dire un mot sur la censure religieuse, qui est bel et bien de retour. Je rappelle, à ce propos qu’en même temps que cet l’article punissant sévèrement l’offense à la personne du président, on a inséré dans le code pénal un autre article qui «punit d’une peine de 3 à 5 ans d’emprisonnement et d’une forte amende, ou d’une des deux peines seulement, quiconque offense le prophète et les envoyés de Dieu (les autres prophètes), ou dénigre le dogme ou les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrits, de dessins, de déclarations ou de toute autre support de la parole ou de l’image».
Pareil amendement du Code pénal est à n’en pas douter une concession symbolique aux pressions des partis islamistes et ce, pour une raison simple : la critique de la pensée religieuse n’est pas encore l’activité favorite des intellectuels algériens. Le renforcement de la censure religieuse est, de ce point de vue, réellement sans objet véritable. Il n’est autre chose qu’une façon, pour le régime, d’acquérir une plus grande légitimité populaire en se mettant au diapason d’une nouvelle vague de religiosité que connaît tout le monde musulman. Cette censure religieuse n’est pas forcément mal accueillie au niveau populaire. Dans ce climat mondial où des pays musulmans, l’Irak et l’Afghanistan, sont occupés par des puissances étrangères, elle est assimilée à une forme de «retour aux sources», de recouvrement de l’identité musulmane, dont on prête à l’Occident la volonté d’anéantir. Les partis religieux exploitent cette situation de conquête du monde musulman par l’Amérique et ses alliés pour affirmer: «Afin de lutter contre la politique des Etats-Unis, nous devons nous unir sous la bannière de l’islam, nous devons combattre tout ce qui peut lui paraître étranger». Les agressions que subit le monde arabo-musulman ont un effet négatif évident sur la pensée critique dans cette région du monde. Elles favorisent le repli identitaire et légitiment les discours favorables à la censure religieuse.

 
 
Le 5 mai 2006
Yassin Temlali

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AIT MENGUELLET

Posté par algeriedemocratie le 17 décembre 2008

AÏT MENGUELLET ENTAME SA TOURNÉE EN FRANCE
Le poète exporte son verbe
27 Octobre 2008 Aït Menguellet sur scène

«Je ne suis ni savant, ni philosophe, ni amusnaw. J’essaie de dire les choses qui me tiennent à coeur. Je les dis de la manière que je connais le mieux, par le verbe et par la chanson», confie-t-il.

Après une longue éclipse due aux propositions et à l’organisation de spectacles, le chanteur Lounis Aït Menguellet a renoué avec son public, hier à l’occasion d’un concert qu’il a donné dans la prestigieuse salle de l’Olympia, à Paris.
L’artiste avait l’habitude de s’y retrouver régulièrement dans le passé. Déjà 41 années de carrière et de présence sur la scène artistique au compteur, mais le chanteur ne regrette pas son parcours. «C’est une carrière que je n’ai nullement planifiée. Je pense avoir fait ce qu’il fallait faire, honnêtement et professionnellement. Si c’était à refaire, je ferais le même parcours», affirme Aït Menguellet. Se défendant d’une quelconque autosatisfaction, il estime que son bilan est «très positif» et dit qu’il en est fier. Dans l’oeuvre du chanteur, c’est le verbe qui prime, la mélodie n’est là que pour accompagner musicalement le texte. En «cisailleur de mots», le verbe retrouve tous ses sens et toute sa force pour devenir plus percutant et frapper les esprits. Les qualificatifs ne manquent pas pour désigner Aït Menguellet: poète, chanteur, philosophe, savant et amusnaw (le Sage). Le chanteur ne se laisse pas griser par toutes ces bonnes intentions.
«Franchement, je me méfie de ces qualificatifs qui me flattent et qui me font plaisir. Je ne suis ni savant, ni philosophe, ni amusnaw. J’essaye de dire les choses qui me tiennent à coeur. Je les dis de la manière que je connais le mieux, par le verbe et par la chanson», confie-t-il. Le chanteur explique également qu’il a une autre vision de l’engagement, pas dans le sens où les gens le définissent généralement. «Je m’inspire de la société, de ce qui m’entoure, de notre vécu. Quand le quotidien nous interpelle pour dénoncer des situations, pour exprimer des préoccupations, je le fais mais pas dans le but d’être enfermé dans une catégorie quelconque. Je n’aime pas être catalogué. Je n’aime pas les étiquettes. J’essaye de dépeindre ma société et même de déborder de ce cadre en traitant de sujets universels. Ne dit-on pas que la planète est devenue un grand village?», dit-il.
Aït Menguellet reconnaît aussi qu’il n’ambitionnait pas de s’adresser à un public particulier. «Mes chansons s’adressent à qui veut les écouter. Je ne choisis pas mon public, tout comme je ne fais de choix dans mes chansons. Elles viennent comme cela, toutes seules. Je me contente de les écrire seulement sans me soucier de la catégorie de gens qui va les écouter», précise-t-il. L’artiste estime que «la chanson algérienne en général et kabyle, en particulier, se portent bien». «Comme pour tous les genres musicaux, la chanson kabyle connaît des hauts et des bas. Il y a de beaux textes, de belles voix et de bons et de moins bons chanteurs. Actuellement, la tendance est au rythme et à la chanson d’ambiance. C’est un phénomène mondial. Je pense qu’il faut donner à nos jeunes ce genre musical pour éviter qu’ils n’aillent chercher ailleurs ce dont ils ont besoin», considère-t-il.
En revanche, Aït Menguellet s’insurge contre le phénomène de la reprise. «Des chanteurs naissent et ne vivent que de reprises. Ils s’approprient, toute honte bue, les oeuvres des anciens. Ils n’apportent aucune nouveauté. Nul ne peut interpréter une chanson aussi bien que son premier créateur», selon l’artiste, qui voit en ce phénomène un moyen d’appauvrir le patrimoine musical national et «un obstacle» pour la création. «Pourtant des compositeurs et des auteurs talentueux existent chez nous. Ils sont prêts à proposer leurs oeuvres aux autres chanteurs. Pourquoi ne les sollicite-t-on pas? Pourquoi cette facilité à pirater des oeuvres d’autrui?», s’interroge-t-il. Pour lui, «l’Onda tente, par ses moyens, d’endiguer ce phénomène. Il fait ce qu’il peut. Mais c’est une question qui interpelle toutes les instances qui doivent s’impliquer dans cette tâche de longue haleine: défendre et protéger la création et les créateurs». Après son spectacle parisien, le chanteur se produira, à la fin de ce mois, à Saint-Etienne, puis, en décembre, à Amiens, au nord de la France.

Idir AMMOUR

L’EXPRESSION

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HACHEMI ASSAD-ANIMATEUR AMAZIGH

Posté par algeriedemocratie le 17 décembre 2008

Entretien avec Hachemi Assad, commissaire du Festival du film amazigh“Nous nous engageons à faire de la 9e édition un succès retentissant”HACHEMI ASSAD-ANIMATEUR AMAZIGH dans kabylie(60) 1993_64317

Hachemi Assad, commissaire du Festival du film amazigh, revient dans cet entretien sur le festival consacré au cinéma amazigh. Il a souligné que les festivités seront placées «sous le slogan de l’Unesco. “Pour une libre circulation des idées par le mot et par l’image.» M. Assad a, aussi, abordé la 9e édition du festival qui aura lieu du 12 au 15 janvier prochain dans la capitale de Mekirra, Sidi Bel Abbés.

La Dépêche de Kabylie : L’édition de Sétif (8e) a- t-elle atteint les objectifs escomptés ?

Hachemi Assad : Tous les commentaires de la presse le confirment fort bien.

A Sétif, la barre a été relevée de quelques crans  et bien entendu cette 8e édition s’est terminée en apothéose après cinq jours d’intenses et riches activités, marquées par un niveau de qualité supérieure à tous les plans, du fait de la conjonction d’un certain nombre de facteurs dont principalement la mise en place d’un jury international composé d’éminentes personnalités, l’ouverture de la compétition aux cinéastes maghrébins, la collaboration étroite avec les ateliers d’initiation et de formation à l’image des encadreurs étrangers et nationaux de haut niveau, la participation effective d’associations de professionnels du 7ème art (telles l’ARPA et Lumière), l’organisation d’activités connexes (telle la tenue d’un colloque international) auquel ont pris part d’éminentes personnalités.

Quels sont les volets pris en considération en vue de la prochaine édition de Sidi Bel Abbès ?

Fort du soutien du ministère de la Culture, des professionnels du cinéma, des cinéphiles amis du Festival du film amazigh, nous  nous engageons à faire de la 9e édition un succès retentissant. Nous avons préparé sereinement cette édition dans le calme absolu.

Le rythme d’évolution très rapide et l’ampleur grandissante de la manifestation nécessitent davantage de moyens humains, matériels et financiers. Notre festival depuis son institutionnalisation est considéré comme l’événement culturel cinématographique phare.

Q’en sera-t-il concernant les films qui seront en compétition et hors compétition ?

Côté programme cinématographique, nous avons cette fois aussi la chance de voir beaucoup de films.

Au titre des films en compétition, nous avons visionné avec le comité de sélection soixante-trois (63) films et seulement dix-neuf (19) sont retenus dont neuf courts métrages, quatre documentaires, quatre longs métrages et deux films d’animation.  C’est pour vous dire que la rigueur était de mise. Toutefois, nous regrettons de ne pas disposer de beaucoup de films en pellicule comme en 2007 avec l’événement exceptionnel de «Alger, capitale de la culture arabe.» En ce qui concerne les films en hors compétition, on dénombre vingt-quatre (24) films classés sous quatre registres : Panorama amazigh avec six (06) films, films par le biais des cinébus six (06) et en fin films de nationalités étrangères avec douze (12) réalisations. A ce propos, il nous sera donné de voir des films iraniens, turcs, français, suisses, etc., pour certains en présence de leurs réalisateurs/et ou auteurs d’œuvres adaptées comme le Gone de chaâba, Un Amour à Istanbul, etc.

On dit que le cinéma national souffre de bureaucratie et du manque de moyens, qu’en pensez-vous ?

Ecoutez nous vivons aujourd’hui les prémiceses d’une vraie relance du secteur cinématographique national. Un travail de fond est entamé depuis quelques années par  Khalida Toumi, ministre de la Culture. Les premiers fruits sont là, il suffit seulement d’ouvrir grands ses yeux. Nos jeunes ont préféré aller de l’avant, tracer des pistes et redonner au cinéma national un nouvel essor. Ils donnent la preuve qu’il est possible de trouver en Algérie, un certain nombre de talents qui ne demandent qu’à se perfectionner et à s’épanouir. C’est la raison pour laquelle nous nous investissons, en tant que Festival du film amazigh, sur le volet formation. Pour répondre à votre question, je crois que le meilleur moyen d’avancer c’est d’écrire des scénarios et de faire des films. Au lieu de cultiver regret et nostalgie sur les heures de gloire du cinéma national, il faut faire confiance au présent et au futur.

Quels sont les objectifs de l’édition de Sidi Bel Abbès ?

Ce sont les mêmes objectifs pour toutes les éditions : présenter la production filmique nationale et internationale sous une optique culturelle, artistique et sociologique ; refléter les expressions nationales dans leur diversité de mosaïques, conquérir d’autres espaces festivals en intégrant la cinématographie nationale. Nous avons choisi l’itinérance pour dire le plus simplement du monde, via le 7e art, que la promotion de la diversité linguistique, composante essentielle de sa diversité culturelle, passe par le partage des valeurs communes, au premier rang desquelles se trouvent l’ouverture et le respect des autres langues et des autres cultures.

Un mot pour conclure ?

Aujourd’hui le festival a arraché ses galons et s’impose comme un espace d’expression cinématographique incontournable en Algérie, mais aussi depuis peu au Maghreb. Je suis fier de cette réalisation qui fait honneur à l’Algérie. Pour terminer je peux affirmer que Sétif a été l’escale de la professionnalisation, Sidi Bel Abbès sera celle de la maturité ! 

Entretien réalisé par Kahina Idjis

DEPECHE DE KABYLIE 18 DECEMBRE 2008

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AMDJAHED HAMID PAR ABDENOUR ABDESSALAM

Posté par algeriedemocratie le 17 décembre 2008

Hamid Medjahed , l’excellence musicaleAMDJAHED HAMID PAR ABDENOUR ABDESSALAM dans MUSIQUE ALGERIENNE(35) 1564_43161

En musicien chanteur compositeur de renommée, Hamid Medjahed , tout au long d’une carrière humble, discrète et effacée, s’est plutôt consacré à la promotion de la musique kabyle. Toute son attention s’est portée sur l’équilibre indispensable qui s’impose entre la voix, la musique et la thématique. Son répertoire personnel témoigne d’un travail fourni avec beaucoup d’adresse. Medjahed s’est distingué à ses débuts particulièrement par sa chanson combinée avec la voix de Taous Amrouche sur le rythme d’une berceuse. En effet, le compositeur, après une introduction distinctive, fait glisser dans une agréable continuité la voix majestueuse de la diva de la chanson kabyle. Il conclut le chant avec le célèbre appel d’un vieux conte de chez nous qui fait implorer la roche de s’élever encore plus haut pour voir apparaître la maison des parents de l’égarée. La sollicitation à l’élévation est en fait le symbole permanent dans notre culture toujours à la recherche invariant des horizons élancés vers la liberté. Tout au long du répertoire Medjahed domine justement cette quête de la liberté de toujours aller plus loin dans la perfection  dans l’harmonie et les harmoniques. La plupart de ses chansons sont restées des enregistrements radio diffusées sur des intervalles par la Chaîne II. Une fois devenue à son tour le principal animateur de la célèbre émission radiophonique “Les Chanteurs de demain” “Icennayen uzekka”, après le maître Chérif Kheddam, Medjahed se fait intraitable et non complaisant. Il sait, lui, que la chanson est un domaine où on ne trompe pas où l’olifant n’a pas cours. Tout en mettant à l’aise les nombreux prétendants à une carrière artistique, Hamid n’hésite pas à stopper net un bruitage musical, non sans prodiguer les conseils d’arrangement et de redressement nécessaires. Grâce à cette attitude clairvoyante, nous disposons aujourd’hui d’une pléiade de bons chanteurs kabyles.  Pour l’année 2007, Medjahed nous revient avec son unique album enfin mis sur le marché. L’engouement du public, ancien et nouveau, qui s’est rué sur cette œuvre musicale et artistique est l’expression de toute l’admiration qui lui est portée.

Ecouter ou réécouter Hamid Medjahed , c’est le plaisir d’entendre la très belle chanson kabyle.

 

Abdenour Abdessalam

DEPECHE DE KABYLIE LE 18 DECEMBRE 2008

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AIT AHMED SAISIT KOFI ANNAN POUR LA LIBERATION DE SALAH-EDDINE SIDHOUM

Posté par algeriedemocratie le 17 décembre 2008

INCARCERATION DE SALAH-EDDINE SIDHOUM

Aït-Ahmed saisit Kofi Annan

L’Expression, 6 octobre 2003

L’homme, en grève de la faim depuis quatre jours, risque de trépasser dans l’indifférence.

Le président du FFS, Hocine Aït-Ahmed, a adressé, samedi, une lettre ouverte au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, à propos de la détention du professeur Salah-Eddine Sidhoum, éminent défenseur des droits de l’Homme en Algérie. L’homme, rappelle Aït-Ahmed, a mené un combat acharné en faveur des droits de l’Homme durant les terribles années. Il est l’un des principaux artisans de la liste des «disparus forcés» remise à la commission onusienne des droits de l’Homme. Il rappelle aussi que «le pouvoir a décidé en
1997 de le condamner par contumace à 20 ans de réclusion criminelle pour soutien à activités subversives et atteinte à la sécurité de l’Etat».

Après plusieurs années de clandestinité et suite aux« appels de menace contre sa famille», il a décidé de se livrer à la justice en date du 29 septembre dernier. Le jour même, un véritable calvaire a commencé pour lui, comme nous l’avaient confirmé dans une précédente édition ses défenseurs. Il a été placé dans une cellule humide dans les sous-sols de Serkadji, sans lit ni matelas, privé de tous ses effets personnels et même de son eau minérale, avec une lampe allumée H24. Sa grève de la faim totale, entamée au lendemain de son incarcération, le 30
septembre, menace sa vie, aucun secours médical ne lui a été administré, alors que les autorités carcérales semblent se refuser à améliorer ses conditions de détention. Aït-Ahmed, dans sa lettre à Annan, tire la sonnette d’alarme.

« Aujourd’hui, son état physique (Salah-Eddine Sidhoum. Ndlr) s’est considérablement détérioré. Aucun médecin n’est venu l’examiner et l’administration pénitentiaire refuse de le placer sous surveillanceà l’infirmerie». Il est demandé au secrétaire général de l’ONU «d’intervenir le plus rapidement possible auprès des autorités algériennes pour que Sidhoum – qui bénéficie de la présomption d’innocence et qui a montré qu’il est prêt à se soumettre à la justice». Sa mise en liberté provisoire est donc requise en attendant son jugement, comme le stipule la loi.

De son côté, la Laddh que préside Ali-Yahia Abdennour, a rendu public un communiqué abondant dans le même sens. Il est, notamment précisé que «le docteur Salah-Eddine
Sidhoum, qui est connu pour être un militant des droits de l’Homme depuis de nombreuses années, s’est vu refuser le statut de détenu politique». La Ligue apporte ainsi «son soutien au combat que mène le Dr Sidhoum et fait appel à la solidarité des organisations nationales et internationales». Des nombreuses ONG, figures de proue internationales, ainsi que SOS disparus, avaient déjà apporté leur soutien à cet infatigable militant. De son côté, la Laddh exige que soient assurées «sa sécurité et l’intégrité physique durant sa détention, que sa
dignité comme sa présomption d’innocence soient respectées, que le statut de détenu politique lui soit accordé et (enfin) la tenue d’un procès rapide,é quitable et public conforme aux normes internationales».

On apprend, aux dernières nouvellesé manant de son collectif d’avocats, que le prévenu se
trouve en phase précomateuse. Une plainte est en préparation contre le directeur de la prison pour non-assistance à personne en danger. L’affaire n’en finit pas de faire des vagues.


Mohamed ABDOUN

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notes de Dilem Ali sur facebooook

Posté par algeriedemocratie le 17 décembre 2008

Dilem President

Na Fatma, sa défunte mère – qu’elle repose en paix – me racontait les traits
de génie qu’elle « diagnostiquait » chez son fils dès les premières manifestations de
son espièglerie : « Depuis qu’il était enfant, il était déjà précoce. Il avait quelque
chose qui le distinguait de ses frères. C’était un mokh, un cerveau. Il était très
éveillé. Il dessinait sans cesse, il n’épargnait aucun mur du quartier. Il dessinait
partout, où qu’il se trouvait.

Pour revenir à ce fameux dessin « initiatique », Ali en garde plutôt un
mauvais souvenir. Et pour cause : « J’avais copié donc un dessin de Haroun sur
mon cahier de classe aux feuilles tramées. C’était le dessin d’un type « ancienne
génération », genre belda. Mais j’ai modifié la bulle. J’avais mis : « Toutes les
femmes sont des putes, sauf ma mère par respect ». Crois-moi si je te dis qu’en
écrivant ça, je ne savais pas ce que voulait dire le mot « pute ». Je ne sais plus où
est-ce que j’avais recopié ce mot. Je me souviens qu’il y avait une surveillante dans
la classe qui passait dans les rangs. A un moment donné, elle était debout audessus
de ma tête. Elle a vu le dessin et s’est écriée : « Vous n’avez pas honte ! »
J’en étais mort de gêne. Je n’étais pas fier de ce que j’avais fait. Ce n’est donc pas
un souvenir enchanteur que je garde de l’un de mes premiers dessins ».

octobre 88

- Tu étais où dans la nuit du 4 au 5 octobre 1988 ?
- Quand ça a éclaté, on est montés à Belfort en bande. On s’est mis à lancer
des pierres sur le commissariat de Belfort. On était à trente mètres, sur un
truc surélevé. Les flics commençaient à nous jeter des pétards, des lacrymos,
et pour un Oulid el Harrach à l’époque, voir un flic se barricader, c’était
énorme. A l’échelle d’un quartier, c’est voir un pouvoir totalitaire mettre un
genoux à terre. Nous étions dans un état d’excitation inexplicable. A
posteriori, je peux dire qu’il y avait un vent de révolte. Pas mûre, pas
réfléchie, car c’était aussi pour une question de touayeche (gags). On le

[...]

- Quelque part, la solution ne vient-elle pas de la Kabylie ?
- Non, je pense qu’il n’y a pas de tradition de révolte à proprement parler. La
Kabylie, c’est plutôt le phénomène des minorités. Quand une population est
parquée dans un milieu géographique et culturel donné et que tu l’enfermes,
elle se sent frustrée, et ça devient une cocotte-minute.
- Je veux dire que le fait d’occuper, de récupérer la rue en tant qu’espace
d’expression citoyenne par excellence, n’est-il pas un prélude au
changement ?
- Ça s’est exprimé un peu partout, pas qu’en Kabylie. La particularité de la
Kabylie vient du fait qu’elle a été martyrisée et niée. Et ça a décuplé de sa
force. Mais le danger, et ça arrangerait les généraux, c’est cette ombre de
séparatisme qui plane sur le mouvement en Kabylie.

Le 14 juin, [...] Mais quand un pouvoir est aussi
machiavélique, qui va jusqu’à monter des Algériens, des gens de la Capitale,
contre ceux de la Kabylie, c’est un pouvoir qui ne va reculer devant rien.
Bouteflika est allé jusqu’à remercier les gens d’Alger d’avoir repoussé les Kabyles.
Si c’était pas un âne, ça m’aurait étonné de lui, mais comme il n’en est pas à sa
première connerie. Qui écoute Boutef, franchement, aujourd’hui ? Qui prend au
sérieux Bouteflika ? Un président qui dit ce qu’il dit par rapport à un tas de sujets
sans que personne ne réagisse ! D’ailleurs, même les grands de ce monde ont
compris qu’ils ont affaire à un petit rigolo. L’Algérie est une affaire trop sérieuse
pour être confiée à des gens comme Bouteflika. »

Said Mekbel

« C’était un lundi, je me souviens, j’avais bossé toute la nuit pour présenter
quelque chose à Mekbel. On rentre à la Maison de la Presse et je découvre un
monsieur avec des lunettes comme ça qui flirtaient avec le bout de son nez. Il
me regarde par-dessus ses lunettes. Il faisait genre…intimidé lui aussi. Entre
temps, Martinez m’avait briefé sur Mekbel. Il m’avait prévenu que j’avais
affaire à un Monsieur. Saïd me fait : « Alors, comme ça, tu dessines ! » Il me
demande de m’asseoir et de dessiner. J’ai fait un truc sur Chadli. Il le regarde
et me dit : « Ça, j’aime bien. On va le publier dans l’édition de demain ». Le
lendemain, je trouve effectivement mon dessin sur le journal. Pour la première
fois, on croquait un Président en exercice. »

Toufik expliqué à ma mère

Combien de fois je parle des généraux ? Une fois peut-être.
Ils ne me fascinent pas. Je parle du quotidien des Algériens et il n’est pas toujours
beau. C’est pourquoi mes dessins semblent cruels. Je n’ai pas la capacité de créer
des évènements. Je dessine le drame du peuple algérien. Le quotidien des Algériens
est fait de ce drame-là. De cette tragédie-là. Et cette tragédie a un nom, des noms :
Toufik, Larbi Belkheir, Lamari, Nezzar, Bouteflika…Ce n’est pas de ma faute.
Qu’est-ce que j’aurais aimé dessiner sur les fleurs et les oiseaux ! Mais ce serait
berner les Algériens, ce serait insulter l’intelligence de ceux qui chaque matin
donnent 10 DA pour le journal. Un couple vient de se faire égorger à Alger et le
pouvoir reste de marbre. Rien n’a changé. Ils ne veulent ni éliminer les terroristes,
ni modifier l’avenir des Algériens. Comment épargner des dirigeants qui ne
respectent pas la vie de leur peuple ? Cent morts en Kabylie et tous les chefs sont
encore en poste. Qui a été démissionné ? Il y a eu mille morts dans une capitale et
personne ne répond de quoi que ce soit. Le Président qui met trois jours pour aller
à Bab El Oued…La vie humaine, pour eux, c’est peut-être quelque chose de
virtuel. Peut-être ne savent-ils pas ce que c’est qu’un mort…Je cherche à
comprendre…Je n’ai rien à foutre de ce qu’ils pensent de mes dessins. Je
n’accorde pas de noblesse à ce que je fais. L’actualité est comme ça, elle est
méchante, elle est terrible. J’essaye donc de faire des dessins terribles et méchants.
Le seul hommage qu’on peut rendre à nos morts, c’est de ne pas tricher, c’est de ne
pas mentir. »

Elections en algerie

« Je pense que ça
relève du misérabilisme de parler d’élections dans un pays comme l’Algérie. Un
pays où les généraux t’imposent un président. Je suis contre cette constitution déjà.
A part le premier article qui dit que l’Algérie est une république démocratique et
populaire et encore, je conteste tout le reste. Non. Je ne me sens pas concerné par
les élections. Je n’ai pas un minimum de garanties sur l’organisation d’élections
libres. Déjà, celui qui décide de l’élection est quelqu’un d’illégitimement porté à la
responsabilité. Comme si un voleur te donne le code du coffre-fort. Tu ne peux pas
tenir des élections crédibles organisées par des institutions et des responsables pas
crédibles. Wech idjik men oulid el kelba ! (Qu’attendre du fils de la chienne?) » Et
de renchérir: « Tu te sens représenté, toi ? Est-ce que tu connais un seul Algérien
qui se sente représenté ? On est en plein dans une crise institutionnelle, on la vit
depuis 1962. Une crise institutionnelle vient du fait que la représentation n’est pas
le fruit de la proportionnelle populaire. Soit tu as un Parlement qui n’est pas
représentatif, soit tu as un régime qui ne l’est pas, qui fraude. Aujourd’hui, dismoi
: où est la majorité et où est l’opposition ? »

Il a dit d’eux…

Toufik ?
- Toufik c’est l’incarnation du mal. Toufik est derrière toutes les merdes, du
fait même qu’on pense, à tort ou à raison, qu’il est à l’origine de tous les
maux du pays. Toute l’Algérie attend que Toufik foute le camp…

Lamari ?
- Pareil. Toufik, c’est un peu le Goebbels. Le chef de la propagande. Lamari,
c’est son éternel complice. Dans le haut de la hiérarchie, chacun est le
dauphin de l’autre…

Un mot sur Boudiaf ?
- Je suis tombé dessus vingt-quatre heures avant sa mort. Je l’avais croqué
juste avant…Je peux dire que c’est plus notre sentiment de culpabilité au
lendemain de son assassinat qui lui vaut notre affection à titre posthume.
Quand on regarde un petit peu ce qu’il a fait, on voit qu’il était dans la
posture du père de famille qui est venu pour mettre un peu d’ordre dans la
maison. Et je pense qu’il l’a fait honnêtement.

Chadli ?
- Je suis sûr qu’il est d’une bêtise innée. Maintenant, dire qu’il a ça dans ses
gènes, ce serait méchant pour ses parents. Il porte en tout cas sa bêtise en lui.

Zeroual ?
- Il est de loin, de loin, de loin, le plus correct. J’ai beaucoup de respect pour
ce qu’il est humainement. Manque de pot, il est tombé avec ces rapaces. Je
pense que c’est le seul qui a eu une réelle volonté de sortir l’Algérie de la
crise…

Mohamed Betchine ?
- Il y a un mot qui n’a pas son égal dans la langue de Shakespeare, c’est
« âdayssi ». C’est vraiment le type vulgaire, gras. Betchine, c’est l’exercice
vulgaire du pouvoir. Il a pratiqué le pouvoir d’une manière animale.

Fella Ababsa ?
- Je persiste à dire qu’elle était la maîtresse de Bétchine. Je considère qu’il est
parfaitement normal dans les us d’un pouvoir de corrompus et de goujats
d’avoir des maîtresses. Pour moi, Fella était la maîtresse la plus populaire du
pays et je voulais sortir un peu de cette hypocrisie.

Ahmed Ouyahia ?
- C’est quelqu’un elli ma ândou la din, la mella. Il n’a ni foi, ni loi. Ce n’est
pas méchant ce que je dis. C’est un politique dans le sens inhumain du
terme. C’est quelqu’un qui n’a pas d’adjectif. C’est une machine politique.

Ait Ahmed
S’aventurer aujourd’hui à discuter du patriotisme d’Aït-Ahmed, voilà une chose que je ne ferai jamais ! Bien que je pense que c’estun type qui a tout raté. C’est le looser type. Mais c’est quelqu’un quand
même qui a porté l’Algérie pendant longtemps, et qui a participé à l’édifice
contestataire, en termes politiques, de ce pays. Ça, c’est un truc sur lequel je
ne reviendrai jamais. Ça ne m’empêche pas de dire que c’est quelqu’un qui a
fait rater aux démocrates algériens plusieurs fois le coche.

les « démocrates »…
A eux d’être assez intelligents pour accepter mes critiques. Force est de
reconnaître qu’ils se sont prêtés au jeu sans rechigner. Ils n’ont jamais eu à
discuter mes dessins. Je n’ai jamais eu de problèmes, ni avec mes amis du
PT, ni ceux du MDS, ni ceux du RCD. Une seule fois, le FFS a failli

Un petit mot sur Boutef ?
- Boutef, c’est l’exercice pervers du pouvoir. C’est quelqu’un qui a un compte
à régler. Je t’assure que c’est très freudien, ce qui se passe avec Boutef. C’est
quelqu’un qui traite l’Algérie comme une pute ! Un jour, il lui fout une gifle,
le lendemain, il se pointe avec des fleurs.

« Tentation » de suicide

- As-tu déjà essayé de te suicider ?
- Oui, c’est normal.
- Ça s’est passé à quel âge ?
- J’ai fait deux tentatives : une fois j’étais jeune, une autre fois j’étais moins
jeune.
- Tu as utilisé quoi ?
- Des trucs.
- Quels trucs ?
- Des trucs, ça ne peut être que des cachets. Quand je dis des trucs, ça ne peut
pas être des gaz.
- Peut-on savoir pourquoi ? Pourquoi tu l’as fait ? Comment en étais-tu arrivé

[...]

- Crois-tu au Mektoub ?
- C’est de la merde !
- Es-tu attaché à ton matériel de travail ? Es-tu, disons…fétichiste ?
- Non, d’ailleurs j’adore offrir mes feutres…Ce truc, je dessine avec depuis
deux mois, et si je vois une gamine qui flashe dessus, je le lui donne. Je n’ai
pas de rapport affectif à ça. Je ne m’attache jamais au matériel. Comme ça,
quand je m’en sépare, je suis moins déçu. Mais ça, c’est le fruit d’un travail
sur moi-même, je ne suis pas né comme ça.
- C’est quoi ton matériel de tous les jours ?
- Une feuille blanche si possible. Un bidule qui laisse des traces noires…
à une telle extrémité, Ali ?
- C’était un tout.
- Après, on t’a fait un lavage d’estomac j’imagine.
- Non, non. J’ai dormi. J’ai dormi, mais j’ai prononcé la Chahada avant de
dormir.
- Et la deuxième tentative ?
- Ça remonte à pas très loin.
- Tu étais sous pression ?
- Justement, je fais tout pour ne pas être sous pression. Je préfère encore
speeder parce qu’il faut que je rende un dessin. J’obéis plus à ce genre de
pression.
- Ta deuxième tentative, c’était à Paris ?
- Je pense que ce serait bien si je crevais maintenant. Tu sais, la géographie, ça
n’a pas d’importance.
- C’est beau de mourir à Paris, et en même temps, c’est un gâchis de mourir à
Paris. Sacré dilemme !
- C’est de la merde ! En entreprenant de se suicider, on pense autant à ce qui
nous pousse à mettre fin à nos jours – sans se l’expliquer, parce que si on se
l’expliquait, on comprendrait tout de suite qu’on allait faire les cons – qu’à
l’après. Je ne pense pas qu’il y ait de candidat au suicide qui n’ait pas
imaginé la tête de sa mère apprenant sa mort.
m’attaquer en justice.

Matoub Lounes

- Il y a un énorme incontournable dans ta vie, c’est Matoub Lounès. Comment
tu l’as rencontré ?
- C’était lors d’un concert à Paris, au début des années 90, au Palais des
Congrès. On s’est croisés dans les coulisses. Il passait. J’étais avec un ami.
Ça s’est passé normalement, on a été présentés : « C’est toi Dilem ? »,
« C’est toi Lounès ? » Moi, je ne le connaissais que de nom et, honnêtement,
tel qu’on me l’avait présenté, ce n’était pas un enchantement que de le
rencontrer. J’avoue que je ne connaissais pas trop sa musique à l’époque. Le
type, du moins si je devais m’en tenir à ce qu’on me disait de lui, me rebutait
chouiya. Le soir même, il y avait un dîner organisé par des amis, et on s’est
retrouvés face à face. On a discuté, et je l’ai trouvé excellent mais excellent
sous tout rapport. Il était d’une spontanéité, d’une authenticité,…Pour ça, il
fallait le connaître. Matoub, on ne peut pas en parler. Ni en bien, ni en mal. Il
faut le connaître. Point. C’est quelqu’un qui t’apporte forcément quelque
chose. C’est quelqu’un auprès de qui tu apprends beaucoup. Ce n’est pas
tellement par sa sagesse, il était d’une connerie monumentale. C’était
mais…putain ! C’était un type qui n’avait pas froid aux yeux. Il disait
toujours ce qu’il pensait. C’est l’une des rares personnes, c’est pratiquement
la seule personne que j’ai rencontrée jusqu’au jour d’aujourd’hui, qui ne
pouvait pas mentir.
- Vous êtes tous les deux des francs-tireurs…
- Franchement, je ne peux pas me comparer à lui. Matoub, c’est autre chose.
- Tu écoutais ses chansons par la suite ?
- Pas que écouter. Il les composait devant moi, ses chansons. Il me les
expliquait, on les commentait ensemble. Ça a fait plus que nous rapprocher.
On était amis dans la vie. C’est pas du tmenyik, ce qu’il y avait avec lui, c’est
pas du tout du tmenyik. Il connaissait mes amis, mes copines, il faisait partie
de mon univers le plus intime.
- Après l’assassinat de Mekbel, tu m’as dit que tu t’es réfugié chez lui, à
Thawrirth Moussa, c’est bien ça ?
- Oui. Je suis resté chez lui un peu plus d’un mois. Sa sœur Malika et sa mère
m’ont gâté. Elles me lavaient mon linge, elles s’occupaient de moi comme
de leur propre fils. C’est Mustapha Hammouche qui me l’a présenté, tiens !
- Tu penses que la colère suscitée par l’assassinat de Matoub n’est pas prête de
s’apaiser ?
- Si seulement la colère pouvait nous rendre des gens comme Matoub ! C’est
pour ça que je trouve qu’il y a un côté désespérant dans le martyre. Tu
moutes et tous ceux qui ont fait que tu moutes sont là. Pourquoi tu moutes
alors ?
- Tu ne lui en veux pas d’être rentré en Algérie ?
- Non, non, non.
- Mais il se savait condamné à mort…
- Il n’en était pas inconscient. Mais il voulait vivre cette vie. Il voulait avoir ce
vécu. Il ne pouvait pas vivre autrement que comme ça, il ne pouvait pas. Il
ne serait pas Matoub, sinon. Tu te rends compte du bien qu’il fait à tous ces
gens-là ? Ne serait-ce qu’en termes de prise de conscience ! C’est grégaire,
c’est tribal. Mais elle est là. C’est un type qui te fait sentir que tu existes.
- Tu n’écoutes plus ses chansons ?
- Non. Tu mettrais des cassettes de ton père –Allah yarhmou – pour l’écouter ?
C’est pareil.

d’autres personnes…

- Il y a aussi d’autres personnes, des gens plutôt connus, qui t’étaient proches,
je pense par exemple à Allalou.
- Allalou, c’est une référence. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, j’ai avec Allalou
un rapport des plus respectueux, et là, je m’incline bla Rabbi. Il a eu un rôle
novateur. Ce qu’il nous a fait gagner comme temps, Allalou, c’est terrible.
Ça nous aurait pris cinquante ans pour connaître la liberté de ton qu’il avait.
- Sid-Ahmed Semiane ?
- Lui, franchement, c’est l’artiste m’kawed par excellence. C’est l’artiste.
Point. C’est vraiment un artiste au sens fort du terme. Qu’est-ce que je
pourrais te dire de lui ? C’est SAS. Je ne sais pas comment te définir SAS.
SAS, normalement, dans le dictionnaire, si tant est qu’un jour, je ne le
souhaite pas à l’humanité, il entre dans le dictionnaire, on mettrait : SAS,
deux point, SAS.
- Djaout ?
- Tahar Djaout ikhachaâ. Il avait une telle aura ! Il inspirait la prosternation
rien que par l’immense sérénité qu’il dégageait. J’étais un misérable
Harrachi de merde, j’étais un morpion quand je l’ai connu. La dernière fois
où je l’avais vu, c’était moins d’une semaine avant son assassinat, plutôt
avant qu’on l’assassine, car, en fait, la formule « son assassinat », n’est pas
correcte en bon vieux français…Bref, je l’ai vu, je devais commencer avec
lui dans l’hebdomadaire Rupture. Le jour où il a été assassiné, ou la veille,
j’étais en train de bosser sur des dessins pour Rupture.

Le tombeur malgré lui

- Est-ce que la question : « Dilem, as-tu une copine ? » est une question
idiote ?
- Non. A partir du moment où tu me dis en quoi ça te regarde que je te le dise,
je peux te le dire.
- A partir du moment où tu es un grand artiste, beau gosse, classe, et que tu es
un cœur à prendre…
- C’est quoi ça, une copine ? C’est à dire, est-ce que je suis amoureux ?
- Si tu veux…
- Non, pas pour l’instant.
- Depuis combien de temps tu n’es pas amoureux, sachant que tu es un cœur
d’artichaut ?
- Depuis trois ou quatre jours. Ce qui m’embête, en fait, c’est que je ne peux
être amoureux que d’un amour caractériel. Je suis quelqu’un qu’on doit faire
souffrir pour qu’il aime. C’est un peu chiant, c’est un peu pervers.
- Il y a un type, un écrivain, Drieu la Rochelle pour ne pas le nommer, qui dit:
« La seule façon de posséder une femme, c’est de la faire souffrir ». Ça ne
s’applique pas un peu à toi ?
- C’est de la merde ! Ça n’a rien d’intelligent. Ça peut être vrai comme ça peut
être faux. Je pense qu’un truc est inintéressant à partir du moment où même
son contraire peut être juste. Moi aussi je peux te dire : la seule façon de
perdre une femme, c’est de la faire souffrir.
- C’est un écrivain pro-nazi qui le dit, ça s’explique.
- Moi je rejoins plutôt ceux qui disent : « Aimer, c’est ne faire qu’un mais
lequel ? » Ça, c’est beau !
- Pourtant, tu as la réputation d’être un bourreau des cœurs.
- Non, ce n’était pas voulu. Ce sont plutôt les nanas qui m’ont fait ça. J’ai une
conception très platonique de l’amour, tu sais ? En tout cas, les filles, je n’en
ai pas eu des masses, pas d’une manière excessive, je ne pense pas. Un de
ces quatre, il faut bien que j’en parle d’ailleurs avec quelqu’un sur le nombre
de nanas qu’il a aimées ou qui l’ont fait souffrir. Je ne pense pas avoir connu
plus de nanas qu’un Allalou par exemple. Il ne passe pourtant pas pour un
tombeur.
- Et toi, tu ne te considères pas comme un tombeur ? Tu es original, tu as du
bagou, tu as une belle gueule…
- Ça n’a rien à voir, ni avec le bagou, ni avec la belle gueule. Tu crois qu’une
nana va craquer pour quelqu’un simplement parce qu’il a du bagou et une
belle gueule ? Mes couilles !
- Est-ce que tu n’as pas l’impression que ton statut fausse parfois tes rapports
avec les filles ?
- Depuis quand un caricaturiste a un statut ya l khawa ? Non, je ne pense pas.
- Tu ne souhaiterais pas retomber dans l’anonymat et faire une vraie
rencontre ?
- Mais je suis un anonyme ya errab!
- Je suis désolé, tu es connu, Ali, sois un peu objectif. Dans la rue, Dilem, tout
le monde connaît.
- C’est pas vrai !
- Tu n’étais pas au courant ?
- Ça, je ne le savais pas.
- Alors, replonger dans l’anonymat, tu serais partant?
- Oui, oui, oui, oui !
- Tu ne serais pas un célibataire endurci ?
- Je vais te donner une réponse, et tu l’écris, et tu arrêtes de m’emmerder avec
ce sujet : JE VAIS ME MARIER QUAND JE N’AURAI QUE ÇA A
FOUTRE ! Je te jure que c’est vrai. Franchement, j’ai peur que ça me
bloque. Il ne faut pas se responsabiliser par rapport à ça ya l khawa. Un
mariage, c’est beaucoup trop sérieux pour qu’il soit confié à des
inconscients ! Il ne faut pas jouer avec ça. Si je me marie, ça serait pour
rendre heureuse une personne.
- Avec toi, ça risque d’être difficile : tu m’as l’air bouffé par ta passion.
- Pas que, pas que. Mais il y a des jours où j’ai envie par exemple de dormir
ici (sur le divan du salon), chose que je ne peux pas m’expliquer. Je ne peux
pas lui dire que j’ai envie de dormir seul. Je ne sais pas si tu vois ce que je
veux dire…Je prends ce sujet dans toute sa gravité, c’est pour ça qu’il faut
que je fasse un travail sérieux sur ma misérable personne. Putain, je ne suis
pas le genre d’hommes à divorcer, ça me tuerait. Quand j’aime, c’est à la vie,
à la mort. Je n’aime pas à moitié, je ne suis pas sérieux à moitié, je ne suis
pas dévoué à moitié…Même quand je déconne, je ne déconne pas à moitié.
Ma netmenyekche à moitié. Sur ce plan là, je suis entier jusqu’à tricher avec
ça, jusqu’à m’obliger à être entier. Si on revient à mon rapport à l’argent,
j’adorerais prendre des milliards et niquer tout avec mes milliards ! Ennique
edenya bel’mlayar ! Mais je rejette tout ça, avec un effort de rejet. Ce n’est
même pas naturel…Qu’est-ce que j’ai envie d’être riche putain ! Mais pas au
détriment de mon âme.
- Tu te sens seul ?
- Putain ! Il y a des moments où t’as envie de serrer une nana et dormir …On
revient toujours au choix que tu as fait. Personne ne m’oblige à faire ça.
Personne ! C’est vrai que ça aurait été plus facile si je faisais un autre métier
ou si j’étais…tant pis, je vais la lâcher !…moins l’objet d’autant d’intérêt,
alors qu’il n’y a pas lieu. C’est vrai que ça m’aurait facilité les choses. Et
puis, j’adore le confort. Je suis malheureux à l’idée que si je me mariais
aujourd’hui, j’aurais plus de cinquante ans quand ma fille ou mon fils en
auraient dix. Ça me fait flipper.
- Je vais te poser une dernière question et j’arrêterai de t’emmerder : est-ce
que tu te sens comblé ?
- Du tout ! Tu sais, quand on est comblé, on arrête de produire, on arrête
d’être créatif, on arrête tout. Je pense qu’il faut toujours douter. Il faut
toujours se dire qu’on n’est rien. Qu’on n’a rien fait. Que tout est à faire.
Quitte à se mentir. Il faut se dire tout est à bâtir. Plus rien n’est acquis
d’avance. Tout est à conquérir parce que rien n’est conquis d’avance.
- Je peux te dire un truc ?
- Un truc con ?
- Un truc que j’emprunte aux dédicaces que tu fais à tes fans.
- Vas-y !
- Merci d’exister.

Ils ont dit de lui…

Sa mère : « Je n’ai jamais eu peur pour mon fils. Il aime tout le monde et tout le
monde l’aime. Sa place est ici, dans son pays. C’est mieux quand il est ici. Il est
populaire et aime les gens. Je n’ai jamais vu aucun de ses dessins sur le journal. Je
n’ai jamais acheté le journal pour voir ses caricatures. Je n’apprends ce qu’il fait
que par le biais des gens qui viennent me dire Ali a fait ceci ou cela. Quand il a été
convoqué par la police, je ne me suis pas vraiment inquiétée pour lui. Je lui fais
confiance. Mon souhait, à présent, c’est qu’il se trouve une brave femme pour que
je voie ses enfants. »

Rachid Boudjedra : « Tous les matins, je lis Liberté à l’envers. Je commence par
la dernière page où la caricature de Dilem éclate, transgresse le cadre qui lui est
imparti ; dévore le papier, ravage tout sur son passage. Il y a cette férocité qui
bondit des personnages, jaillit du texte et nous frappe tel un coup de gong qui
résonne longtemps en nous.

Mohamed Benchicou: « Bouteflika-Atika, c’est lui. Khalida Lewinsky, c’est lui. La
caricature du général moche, bedonnant et corrompu qui ressemble étrangement à
Mohamed Lamari, c’est encore lui. Outrances incontrôlées, traits forcés d’un génie
pas comme les autres ou excès assumés ? Ali Dilem, le plus célèbre caricaturiste
du pays,

Hakim Laâlam : « D’une tête bien faite, respirant l’intelligence et la perspicacité
artistique, j’ai entendu dire un jour d’un dessin de Dilem : « Il exagère ! ». Tenté,
dans un premier réflexe empreint d’un mélange de colère et de furie
proportionnelle à mon gabarit, de corriger cette appréciation et son auteur, je me
suis finalement ravisé, mon côté Luthérien l’emportant sur mon côté Tysonien. Et
j’ai même fini par trouver que ce « Il exagère ! » sonnait comme le plus beau des
compliments que l’on pouvait lancer à un caricaturiste. Alors, exagère Ali,
exagère !… »

Publié dans DILEM(16), intellectuels algeriens(48) | Pas de Commentaire »

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