temoignage de ahmed cherbi dans l’affaire de l’assassinat de matoub lounes

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

Observatoire des droits
humains en Algérie (ODHA),
Témoignage recueilli en
février 2005

samedi 25 juin 2005
Résumé :
Ahmed Cherbi, enlevé et torturé en 2002 pour confirmer la version officielle de l’assassinat de Lounès Matoub

Je travaillais dans un parking de voitures tout à côté de lhôpital à Tizi-Ouzou. Le 27 février 2002 à 11h 30 jai vu une voiture arriver. Lami qui travaillait avec moi a vu trois voitures. Deux hommes encivil en descendent et se dirigent vers moi. Chacun me prend par un bras et ils mordonnent de lessuivre. A ce moment je ne sais pas qui sont ces hommes, sont ils des policiers, des gendarmes, des hommes de la Sécurité militaire … Ils ne mont rien dit dautre, ne mont pas annoncé que jétais enétat darrestation. Ils ne mont même pas demandé si jétais bien M. Cherbi. Ils memmènent vers lavoiture, me mettent un sac noir sur la tête et placent des menottes. Ils essaient de mapaiser :
t’inquiète pas Mohamed, il faut être correct avec nous, tu es en sécurité avec nous, rien ne tarrivera. Je pensais que jétais arrêté en raison des évènements en Kabylie auxquels javais participé.Là où je travaille, le secteur militaire nest pas loin et le central de police non plus. Le trajet a duréquelques minutes. En fait cinq minutes après larrestation, je me trouvais dans un bureau. Je pensaisque jétais au Central. On ma enlevé la cagoule. Les trois qui mont arrêté sont dans la pièce, lundentre eux sappelle Kader, il est de Ain-Defla. C’est un agent du DRS et cest lui qui me torturera.Un monsieur entre avec un gros dossier entre les mains. Il ferme la porte derrière lui et cest là queje vois que derrière cette porte est accrochée une tenue militaire de combat. Et je comprends que jeme trouve au secteur militaire.Lhomme qui est entré maborde e disant : « sois avec nous, viens avec nous, naie pas peur ». Jeréponds que je nai rien fait, que je travaille et cest tout, il rétorque : « je sais que tu na rien fait maissois correct avec nous, sois un homme, tinquiète pas. » A ce moment ils ne mont toujours pas dit pourquoi jai été arrêté. Ils mont complètement déshabillé et mis tout nu dans une toute petitecellule. Ils mont laissé pendant trois heures tout nu, puis Kader est venu et ma remis mes habits.Puis ils mont amené dans le bureau dun certain commandant Nahal Rachid (Ce nest plus tard que
je saurai son nom). Ils me montre des petites cassettes vidéo, et il me dit : « ce sont des cassettes de Matoub, veux tu les voir … ». Je réponds : « que vais-je faire avec … ». Il me dit : « Je vais tenvoyer àAlger, tu as du travail avec les gens dAlger, sois un homme. Tu collabores avec eux, ensuite ils terelâcheront et tu reprendras ton travail ». Je répète que je nai rien fait, que je veux rentrer à la maison. » Mais rien à faire, ils ont décidé de memmener à Alger. On me ramène dans la cellule où jesuis enfermé pendant trois jours. Je nai pas eu à manger, ni à boire. Ce nest que le samedi matinque Kader men sort. Il me bande les yeux mais je vois un peu par en haut et en bas. Quand il sen
rend compte il me met un sac noir sur la tête. Ils mont transféré dans une voire noire. Ils étaient quatre. Jétais entre les deux homes assisderrière, ils mont couvert de vestes pour ne pas quon me voie de lextérieur. Je pensais quilsmemmenaient à Alger, en fait je suis arrivé à Blida.
En réalité je me trouve au CTRI de Blida à Haouch Chnou. Ils me font entrer dans une pièce et me « cuisinent ». Le colonel Mhenna Djebbar y est. A ce moment je ne sais pas qui est cet officier. Jeraconterai plus tard comment jai su quil sagissait de lui. Il veut que javoue avoir vu les assassinsde Lounès Matoub. Les militaires me montrent les photos de cinq personnes : Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri Djamel, Deux sont en prison, les autres ont été abattus. Ils veulent me faire dire que le jour de lassassinat, mon père et moi nous nous trouvions sur place et quà 13h13mn on aurait entendu des coups de feu et vu comment ces cinq personnes avaient tué Matoub. Jenavais jamais vu Chenoui, je lai rencontré pour la première fois plus tard en prison. Jai dit que jene pouvais dénoncer des gens que je ne connaissais pas du tout, je ne pouvais pas faire un fauxtémoignage. Ils ont prétendu que mon père avait donné cette version. A lépoque jétais mineur. Maisje ne pouvais pas dire une chose pareille, dans ce cas, comment justifier que je nen avais pas parléauparavant aux autorités … Matoub avait été tué en juin 1998, on était en avril 2002. Ils memenacent : « Tu sais que des gens qui entrent ici, rares sont ceux qui en ressortent ». Je réponds, queje préfère mourir que de dire des mensonges. Ils me mettent dans une cellule dans laquelle je resteenviron une semaine – 10 jours sans en sortir. La cellule est toute petite, je ne peux pas métendre etil y a des gouttes qui tombent du plafond. Cest insupportable. Tous les matins à 6h environ, on mesort pour aller aux toilettes qui sont extrêmement sales. Je nai pas le droit dy rester plus duneminute et demi et ce menotté.Il y a des cellules à côté de la mienne. Et je sais quil y a des prisonniers. Nous ne pouvons pascommuniquer mais nous nous manifestons en frappant avec nos menottes au mur, en fait pour nousréconforter les uns les autres. Un jour, tous ont été emmenés, je ne sais où. Je restais seul mais peuaprès ils mont emmené au bureau. Djebbar y est, en civil. Il y a un autre civil qui savèrera être undéputé du RCD, Nourredine Ait-Hammouda, mais à ce moment, je ne sais pas qui il est. Il me parleen kabyle. Il me demande « pourquoi tu ne dis pas ce quon te dit de dire, tu sais que ceux qui entrentici nen ressortent pas. Si tu veux sortir, tu dis ce quils veulent, tu fais un témoignage, il y a desjournalistes ici, tu leur parles et leur fais comprendre, ils répercuteront ce que tu as dit. Tu passerasdevant la justice, tu leur dis la même chose et il narrivera rien. Ensuite on te donnera ce que tuveux. Tu veux un visa, on te le donnera, tu veux une maison, on te la donnera, enfin tout ce que tuveux, tu lauras. » Je lui répond : « pourquoi tu me demandes ça … On est tous les deux Kabyles, aidemoi à sortir de là. » Il me regarde : « Tu ne sortiras que si tu leur dis ce quils veulent, sinon tu nesortiras dici. » Il est parti.Ils mont ramené dans une cellule. Trois jours après, en pleine nuit, ils sont venus me chercher, medisant quil y a un concert auquel je devais assister. Ils memmènent dans une grande salle. Il y ades matériaux de construction, des ordinateurs, une échelle en bois. Je ne savais pas que cétaitune salle de torture. Ils mont attaché à léchelle et mont fait tomber dun côté puis de lautre, ils lontfait au moins 4 ou 5 fois. Ensuite, ils mont détaché et mont plongé la tête dans une grande bassinedans laquelle il y avait de leau nauséabonde et savonneuse. Cela a bien duré une heure. Leau merentrait dans les oreilles. Je suffoquais, je pensais ne pas tenir. Ceux qui mont torturé étaientappelés Babay, Mounir et Zaatout. Quand ils mont ramené dans la cellule, tout bruit retentissaitdans mes oreilles comme des explosions. Il y avait des gouttes deau qui tombaient du plafond etcétait à chaque fois un choc dans mes oreilles. Je me les bouchais des deux mains mais cétaitinsupportable.Le lendemain, il mont ressorti de la cellule vers 21h et emmené dans la même salle. Ils étaient àtrois, en tenue militaire mais pas cagoulés. Cette fois-ci ils mont roué de coup de rangers et depoings, sur tout le corps. Babay ma dit : « Ma femme accouche aujourdhui et à cause de toi je nepeux pas laccompagner, je tarrache la peau ! ». Ils ont repris la torture de la bassine. Puis ils montremis dans la cellule. Je suis tombé malade, jétais incapable de me lever. A midi et le soir on medonnait un petit morceau de pain, pas plus.Cela faisait 17 jours que jétais chez eux quand ils mont emmené dans une salle où il y avait descanapés. Il y avait une femme médecin qui ma examiné et fait une piqûre. Djebbar était là. Lelendemain ils mont mis dans une cellule qui faisait deux m2. Je pouvais au moins mallonger,marcher un peu et il y a une couverte militaire crasseuse par terre. Au mur, il y avait comme unefente qui me permettait de regarder dehors. Je voyais la forêt et jentendais le chemin de fer.Quelques heures après avoir été transféré dans cette cellule, ils ont fait entré un tuyau dans lacellule par le biais dune petite ouverture par laquelle entrait de la lumière. Il y a de la fumée quienvahit la cellule et jai des hallucinations mais tout en étant absolument persuadé que cest laréalité. Je vois ma mère, mon père, je me vois à Tizi, à Alger. Je suis persuadé que ce que je vois sepasse réellement. Ce nest que des heures plus tard que je me rends compte où je suis, je narrivepas y croire tant je suis convaincu que ce que jai halluciné est vrai.Le lendemain quand ils mont sorti de ma cellule, il mont présenté à Djebbar, la médecin est venue,elle ma refait une piqûre et de retour dans ma cellule, ils ont de nouveau introduit cette fumée. Jeme voyais avec ma mère, mon père, mes cousins, à loued, je suis un peu partout. Sur le tuyau il yavait comme un petit micro. Je ne sais pas si dans cet état je parlais. Ils mont emmené de nouveauchez Nourredine Ait-Hammouda, Djebbar aussi était là. Dans la pièce il y avait deux journalistes etune caméra. Je leur dis que je veux partir : « cela fait 30 jours que je suis là, je ne peux pas faire defaux-témoignage, pourquoi ne me laissez-vous pas partir … » Ils répondent « il ny a que toi qui peutfaire ça, il ny a que toi et ton père qui peuvent le faire. Et puis cela ne fait pas trente jours que tu eslà, cela fait une semaine, tu comptes les jours et les nuits ou quoi … et encore tu es en forme ! »Ait-Hammouda sadresse en moi en kabyle : « Quest ce que je tai dit … Si tu avais témoigné, si tuavais fait la cassette, tu serais rentré à la maison. Tu nas pas besoin davoir peur, on contacte lesgens de Tizi-Ouzou, tu travailles avec eux. »ai refusé et ils mont ramené dans la cellule où jai eu droit à une nouvelle séance de gaz. Je ne saispas ce qui se passait avec moi, javais limpression de ne plus avoir de volonté.En face de ma cellule il y avait une salle dans laquelle se retrouvaient les militaires. Il y en avait un qui de temps en temps me donnait un verre de lait ou de coca. Il ma dit : « Vous êtes chez la Sécuritémilitaire, Haouch Chnou à Blida. je vous donne mon numéro et quand vous sortirez, vous mappelez.Les gens qui viennent ici nen sortent pas mais si tu sors un jour contacte moi. » Jai perdu son numéro de téléphone et je ne me souviens pas de son prénom.Toujours est-il que jétais dans un état second, je ne sais pas si cest leffet de la piqûre ou de lafumée mais je faisais ce quon me disait de faire, on me demandait de me déshabiller, de me lever, de masseoir, je le faisais sans résistance. Jétais comme dans un état second. Deux jours plus tardenviron ils mont fait entrer dans une pièce dans laquelle il y a un rideau avec une chaise devant.Sont présents Djebbar et deux journalistes. Lun des hommes qui se fait appeler Mohamed me dit ceque jai à faire. Il mexplique quils vont enregistrer deux cassettes, lune en arabe et lautre en kabyle. Et il me dit exactement ce que je dois dire et il me menace de ne pas sortir de là dans le cascontraire. Lun des journalistes prend la parole : « les forces de larmée ont procédé à larrestation dususpect Ahmed Cherbi. Il avoue ce qui suit… » Et cest à moi de parler. Je dis sans problèmes : « oui, jétais avec mon père, à Tala Bounane, nous rassemblions des pierres sur notre terrain quand nousavons entendu des coups de feu. En nous retournant nous avons vu que Matoub avait été tué et cinqpersonnes que nous avons pu identifier. Il sagit de Medjnoun, Chenoui, Boudjelah, Moufouk, Djebiri,
Djamel. » Puis les journalistes me posent des questions : »Pourquoi tu nas pas été à la gendarmerie pour dénoncer les coupables … » Je réponds : « Javais peur parce que mon père ma interdit de lefaire. » Puis le commentaire du journaliste : « Après quatre année dinvestigation, les forces de sécuritéont enfin pu trouver ces témoins qui confirment la culpabilité des suspects » En fait cétait un scénario pour dédouaner larmée et faire porter la responsabilité de lassassinat de Lounès Matoub auxterroristes.Jai donc fait la cassette en arabe et en kabyle. Cest cet homme appelé Mohamed qui mordonne ce que je dois dire. Il y a aussi deux autres militaires qui mettent la pression. Puis une fois l’enregistrement achevé, ils me ramènent dans la cellule. Et là, cest Ait-Hammouda qui vient, mefélicite et me remet une table de chocolat. Il me conseille de dire la même chose devant la justice. Ace moment, je ne sais pas ce que veut dire justice, je ne sais pas ce quest un procureur de laRépublique, un juge dinstruction.
En fait je me demande si jétais dans mon état normal en faisant cet enregistrement. Je suis tout à fait conscient sur le moment mais je métonne de mêtre laissé commander, de navoir opposéaucune résistance, de ne pas avoir refusé. Cest ce qui me fait croire que jai été drogué avec unesubstance provenant soit de la piqûre, soit de la fumée.
Après 3 ou 4 jours, jai entendu la voix de mon père. A lendroit du guichet où les militaires regardent dans la cellule il y a une petite fente qui me permettait de regarder dans le couloir sur le côté, et jevois mon père. Il est dans un état lamentable, tous ses habits sont déchirés, il pleure. Je nen croispas mes yeux. Ils lenferment dans une cellule en face de la mienne pour len sortir dix minutes plus tard. En fait mon père a été arrêté environ un mois après moi, le 25 mars. Il avait déposé plainte auniveau de la gendarmerie en raison de ma disparition. Mon père me cherchait partout. Comme jenapparaissais pas, mon ami avec lequel je travaillais est allé à la police pour dire que javais été enlevé par leurs hommes et que sil métait arrivé quelque chose cétaient les forces de sécurité quien étaient responsables. Dans laprès-midi de ce jour, il a été arrêté et devant les menaces il a ditquil navait rien vu. Le 25 mars cest une voiture qui sarrête à côté de mon père, un homme en civil laborde et luidemande sil cherche son fils. Il approuve et linconnu lui dit que je me trouve chez eux. Il lui proposede laccompagner pour me voir. Et cest ainsi quil se retrouve au secteur militaire de Tizi-Ouzou. En fait il a été enlevé en plein centre ville. Il est resté enfermé pendant huit jours dans un conteneur ausecteur militaire de Tadmait sur la route dAlger. Là, il a été torturé, on a lâché les chiens sur lui et enplus il a subi aussi cette fumée hallucinogène. Mais contrairement à moi, ce quil a vécu cétait l’enfer. Il a vu une scène où jétais égorgé devant lui. Une fois à Blida, après avoir donc passé huitjours dans ce conteneur, Djebbar lui a parlé, mon père lui a demandé pourquoi javais été tué.Djebbar lui a dit que je nétais pas mort, que jétais chez eux. Ils lont emmené dans la salle où se trouvaient les ordinateurs. Ils my ont emmené aussi. Quand il ma vu, il a chancelé et a affirmé queje nétais pas son fils. « Mon fils est mort, ne tapproche pas de moi ». Ils mont torturé devant monpère, je ne peux pas raconter ce quils mont fait. Et le fait de voir mon père dans cet état ma énormément choqué. Ils mont ramené à la cellule et un peu plus tard jai demandé au gardien si jene pouvais pas voir mon père juste pour cinq minutes qui se trouvait dans une cellule voisine. Il myautorise. Je parle avec lui et jarrive à le persuader que je suis bien son fils. Il me dit que toute notre famille est massacrée. Quil a vu comment tous y étaient passés. Je lui dis de mon côté dobéir àleurs ordres sil veut sortir vivant de cet endroit. Ils lont amené dans un bureau où se trouvait Djebbar et il a fait le même témoignage que moi.La veille de notre départ, je vois Djebbar qui me dit quon part le lendemain, que je resterai trois joursen prison et quensuite je passerai devant la justice. Il fallait juste que je répète ce que je leur avais dit, en fait que je témoigne avoir vu Medjoun et Chenoui. Ils mont fait signer des PV en arabe. Monpère aussi a signé. Ils nous ont emmené faire une visite médicale. En entrant dans la salle, lamédecin en me voyant dit : « Celui-là, cela ne fait pas longtemps que je lai vu, je lai vu chez le colonel Djebbar ». Et en fait cest ainsi que jai appris que cet homme que javais vu souvent,notamment en compagnie de Ait-Hammouda était Mhenna Djebbar. Ils mont sorti et ont fait entrermon père. On a quitté ensemble Blida le 6 avril pour aller Tizi-Ouzou. Chacun était dans une voiture blindée, il yavait dans chaque voiture trois agents armés jusquaux dents. On aurait cru quils transportaientHassan Hattab ! A la sortie de Blida ils nous enlevé les bandeaux. Jétais extrêmement choqué, je
voyais un autre monde, des gens, des voitures, cétait comme dans un film.
A Tizi-Ouzou ils nous ont tout de suite présentés au procureur général. Ce dernier ma demandé pourquoi je navais pas déclaré plus tôt avoir vu les assassins de Matoub. Je répondais que jétaistrop jeune, que mon père mavait conseillé de ne rien dire. Il me questionne si je les avais vus, jeconfirme. On doit passer devant le juge dinstruction. Mon père qui avait déjà été interrogé par le procureur me dit en sortant en Kabyle de refuser de parler sans la présence dun avocat.Je demande au juge dinstruction si le fait davoir un avocat change quelque chose au fait quilsmenvoient en prison. Il me répond quavec ou sans, je passerai par la prison. Je décide donc de ne parler quen présence dun avocat. Il avait les cassettes enregistrées sur son bureau. Les agents dela SM nous transfèrent en prison. Je mattendais à un lieu comme Haouch Chnou à Blida. Je leurdemandais sur le chemin dintervenir pour quils ne nous battent pas en prison. Arrivés devant la
prison, il savère que celle-ci est fermée. On nous place donc dans deux cellules et on a pu parler toute la nuit, mon père et moi. Il ma raconté comment il avait été arrêté. Il me raconte de nouveauque toute la famille a été assassinée et moi je le crois. Même à ce moment, je ne suis pas vraimentdans mon état normal, par moment cest comme si je me fichais de la mort des miens. Je me dis parfois que comme il sest trompé à mon sujet, peut être que notre famille aussi est vivante, etparfois, je le crois. Et en plus je suis persuadé à ce moment que je serai remis en liberté dans troisjours comme me la affirmé le colonel Djebbar. Le lendemain on nous emmène dans une grande salle de prison. Il y a des gens que je connais. Ilfaut dire que jusquà ce moment notre famille ne sait rien de nous, ni de mon sort, ni de celui de monpère. Ils sont dans une grande angoisse, dailleurs tout le village se terre dès 18h craignant que ses habitants soient eux aussi victimes de ces enlèvements. Mon père est emmené dans un autre bloc,je suis dans une salle avec 60 à 65 prisonniers. Les prisonniers sont très sympathiques avec moidès quils apprennent que je suis arrêté dans laffaire Matoub. Ils sont gentils, me font parvenir des
objets de première nécessité. Cest parce que personne ne croit à la version officielle et que tout le monde sait que mon père et moi sommes victimes dune machination. Je nai même pas eu besoinde leur raconter toute mon histoire, tous compatissent avec moi. Je me demande toujours ce quisest passé avec ma famille, jen parle à dautres. Lun des prisonniers doit être libéré quelques jours plus tard. Il va tout de suite rendre visite à ma mère. Elle et mes frères et soeurs sont en vie. Et poureux cette visite est très importante puisquenfin ils apprennent où mon père et moi, nous nous trouvons. Et dailleurs, ensuite, ils sont venus nous rendre visite.On ma présenté trois fois au juge dinstruction, Abbassi Mohamed, le 6 avril 2002, le 18 mai, le 16juin. Jétais inculpé pour « non dénonciation de lassassinat de Lounès Matoub ». Quand je lui ai raconté quon mavait séquestré pendant 40 jours, torturé et forcé de faire de faux aveux, il ma ditde ne pas raconter cela, de répéter ce que les gens de la SM exigeaient de moi. Il essayait de mepersuader que jétais jeune, que si je ne faisais pas un faux témoignage je resterai 10 ans en prison.
Mais jétais décidé de ne pas faire de faire de faux témoignage.
Il a fallu que je change davocat parce que celui qui devait me défendre me poussait aussi àconfirmer mon faux témoignage. Finalement jai été placé en liberté provisoire. Jai repris mon travailmais je me cachais. Jétais dans le quartier dans lequel en raison des évènements de Kabylie lapolice nentrait pas. Je nallais que rarement voir ma mère pour ne pas mexposer au danger.
On devait passer en justice le 10 novembre. La veille je suis allé voir mon avocat. Il ne voulait plussoccuper de laffaire parce que le juge avait changé et quil craignait que celui devant lequel nousdevions passer mon père et moi nous condamnerait à de très fortes peines de prison. Il nous aconseillé de faire reporter le procès. Je suis donc passé devant le tribunal le 21 mars 2004. Jai raconté ce qui sétait passé : lenlèvement, la torture, les faux aveux. En plus, mon père et moinétions pas sur les lieux du crime. Javais des témoins, je me trouvais au travail. Jai été acquittémais mon père malheureusement a été condamné à trois ans de prison. Pourtant il travaillait à ce moment à lhôpital, ses collègues et son supérieur ont témoigné quau moment du meurtre il setrouvait à lhôpital. Mais il fallait que lun dentre nous soit condamné car sinon toute leur machination concernant lassassinat de Lounes Matoub tombait à leau. Et sans ce mensonge, il aurait peut être même fallu libérer les deux suspects Chenoui et Medjnoun.Deux semaines après le procès jai quitté le pays. Javais déjà fait une demande de visa etheureusement cest allé très vite. Je suis en France maintenant.
article de « Algeria-Watch »

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assassinat de Matoub-extrait de l’ouvrage de L.Aggoun & J-P Rivoire (francalgerie, crimes et mensonges)

Posté par algeriedemocratie le 15 décembre 2008

La carte kabyle contre Zeroual
En organisant les terribles massacres de l’été 1997, le « clan éradicateur » visait notamment, on l’a vu, à déstabiliser le clan présidentiel et empêcher le général Betchine d’accroître son pouvoir. Selon le MAOL, le conflit entre les deux clans atteint son apogée au printemps 1988. L’urgence pour le « clan français » devient critique lorsque le général Betchine est soupçonné « de préparer avec d’autres officiers [...] une « nuit des longs couteaux ». [...] Un des grands coups réalisés par le bureau de Betchine est le limogeage du général Abdelmadjid Taright pour cause de corruption ou celui du général Saïd Bey [...] suite à sa passivité coupable avant et après les grands massacres de 1997 . » La situation est donc sérieuse pour le « clan Belkheir » et celui-ci est désormais décidé à se débarrasser du général Zéroual, président trop indocile. Encore faut-il lui trouver un remplaçant crédible. Abdelaziz Bouteflika, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Boumediene, marginalisé des allées du pouvoir depuis de longues années, est alors discrètement approché. Selon l’ex-colonel B. Ali, « Bouteflika savait qu’il allait être président bien avant le départ de Zéroual. Des contacts avaient été pris en Suisse (réunions à Genève et aux Émirats, sous le patronage de cheikh Zaïd) dès mars 1998 ». Voilà pour la relève… Il reste à provoquer son enfantement. Mais que faire lorsque les massacres de masse de l’année 1997 n’ont pas réussi à faire plier le duo Zéroual-Betchine ? La solution, quand rien ne marche, consiste à jouer la « carte kabyle ». Les « décideurs » envisagent ainsi de mobiliser la Kabylie pour contrer le projet d’ »arabisation totale » promu par le gouvernement Ouyahia , mais cela ne constitue pas en soi une nouveauté susceptible de justifier une explosion à même de fragiliser le pouvoir présidentiel… Fin juin, c’est l’assassinat du très populaire chanteur Lounès Matoub qui va faire basculer la région dans la violence et provoquer finalement la chute du président Zéroual.

L’assassinat de Lounès Matoub

Le jeudi 25 juin 1998, vers 13 h 30, alors qu’il aborde un virage serré si route le ramenant de Tizi-Ouzou à Béni-Douala, son village, la voitun Lounès Matoub essuie des rafales de mitraillette provenant d’un talus plombant la route. Le chanteur meurt sur place. Quelques jours plus tard, la Kabylie tout entière s’embrase contre le régime, en protestation contre l’assassinat de son chanteur fétiche. Quelques semaines après Liamine Zen annoncera sa démission.

Le jour de l’embuscade mortelle, criblé de balles, le chanteur agoni en se vidant de son sang. Également présentes dans la voiture, son épouse Nadia et les deux sœurs de celle-ci sont légèrement blessées. Après s’être approchés de la voiture pour s’assurer de la mort du chanteur, les tueurs quittent les en criant ostensiblement des « Allah akbar ! » caractéristiques des islamistes.
Dans les minutes qui suivent l’opération, Noureddine Aït-Hamouda, député local du RCD et chef des « patriotes » (miliciens) de Kabylie, appelle frénétiquement les télés françaises. Manifestement bien renseigné sur ce qui vient de se produire, il annonce la mort de Lounès Matoub et martèle un message : « Les tueurs sont des islamistes du GIA. » La plupart des médias français relaient la version d’Aït-Hamouda pendant plusieurs jours, contribuant ainsi à accréditer dans le monde entier l’idée que Matoub a bien été victime de la « barbarie islamiste ».
Mais la population kabyle, elle, n’en croit pas un mot : au cri de « Pouvoir assassin ! », des milliers de jeunes persuadés que leur idole a été assassinée sur ordre du DRS se mettent à manifester. Dans les semaines précédant l’opération, les habitants de Tala-Bounane, le hameau où s’est déroulé l’attentat, ont en effet surpris des militaires en train d’effectuer d’étranges repérages sur la route : « La Sécurité militaire a étudié le terrain pendant des mois, raconte ainsi un habitant. Chaque jour, un officier de Tizi-Ouzou venait faire son petit footing le long de la route »

Choqués, les habitants racontent également les harcèlements que leur ont fait subir des civils armés se déplaçant manifestement en toute impunité : « Ils rôdaient dans les alentours de Tala-Bounane depuis plusieurs mois, raconte ainsi une habitante. Ils cognaient aux portes vers 9 ou 10 heures du soir, comme pour nous effrayer. Ils se faisaient passer pour des islamistes. Ils portaient barbes et perruques, ils étaient sales, mais nous savions qu’il s’agissait de gens de l’État, de la Sécurité militaire ]. »

Préoccupés, les habitants tentent d’alerter les autorités : « On a prévenu la gendarmerie, on leur a signalé la présence d’étrangers armés se promenant en plein jour dans le secteur. Mais les gendarmes nous ont répondu que ces individus ne nous avaient rien fait et qu’il fallait leur foutre la paix », ajoute un autre habitant .
Le 22 juin 1998, soit trois jours avant l’attentat, très inquiets de la passivité des autorités et persuadés qu’un massacre est en préparation dans la région, les habitants de Tala-Bounane alertent par fax les autorités algériennes, plusieurs médias français et Amnesty International.
Le matin du 25 juin, la menace se précise : sur la route qui descend vers Tizi-Ouzou, plusieurs voitures banalisées immatriculées à Alger se postent sous les arbres ou au détour des virages. À bord, des civils munis de taïkieswalkies. En fin de matinée, prétextant un ratissage en préparation dans la zone, les gendarmes ordonnent aux habitants de Tala-Bounane de ne pas sortir de chez eux. Vers midi, alors que Matoub déjeune avec son épouse et ses deux belles-sœurs au restaurant Le Concorde de Tizi-Ouzou, les gendarmes dévient la circulation vers la route passant par le centre de Tala-Bounane. Seule la Mercedes noire de Lounès sera autorisée à emprunter la route principale sur laquelle elle sera mitraillée.

Quelques instants avant que le véhicule arrive à la hauteur du lieu de l’embuscade, un habitant aperçoit le commando de tueurs, des hommes manifestement étrangers à la région : « J’ai entendu un grésillement de taïkie- walkie. Je me suis retourné, et j’ai vu sept hommes descendre de l’oliveraie. J’ai fait semblant de ne pas les voir… Ce qui était bizarre, c’est que les terroristes de la région ne passent jamais par la forêt. Ils empruntent la route normale. Si c’était les GIA du coin, j’en aurais au moins reconnu un ou deux, on les connaît . » D’autant plus curieux que cela se passe en plein jour, dans une zone infestée de militaires et de gendarmes. Vers 13 h 30, Matoub arrive à la hauteur de Tala-Bounane… C’est l’embuscade. On relèvera plus de soixante-dix-huit impacts de balles sur la carrosserie de sa Mercedes.
Occupés à ramasser des cailloux sur la route, deux gamins assistent à la scène : « Après avoir tué Matoub, ils l’ont sorti de la voiture et ils l’ont filmé », affirmera l’un d’eux. « Un peu plus tard, je les ai vus revenir avec des tenues militaires », dira son camarade. « II y avait un camion de l’armée sur la route », confirme une femme habitant en contrebas du lieu de l’attentat. « Après l’assassinat, les assaillants sont repartis en longeant ma maison. Ils sont descendus sous la route et là [peu après], ils sont remontés habillés en tenue militaire . » Quelques jours après l’attentat, les gendarmes locaux, qui avaient été impliqués dans la sécurisation du secteur sous prétexte de ratissage, sont mutés et l’affaire Matoub est classée.
Dès le 25 juin, les plus hauts dirigeants du RCD déploient une énergie considérable pour convaincre le monde entier que, contrairement à ce que dénoncent les jeunes manifestants kabyles, l’opération a bien été par des islamistes : dans les heures qui suivent l’attentat, certains de ses dirigeants appellent Malika Matoub, en région parisienne, et l’incitent à raconter à la télévision française que son frère a été assassiné « par le GIA » – thèse qu’elle relaiera pendant longtemps. En Kabylie, le RCD édite et distribue 10 000 exemplaires un tract dénonçant un assassinat « islamiste ». Il est placardé sur les façades de Tizi-Ouzou dans l’heure qui suit le meurtre.

La campagne lancée par le RCD produit son effet : en quelques jours, la communauté internationale et une partie de l’opinion algérienne se laissent convaincre que Lounès a été tué par des islamistes. Une fois encore, un assassinat commandité par l’un des clans du pouvoir est donc faussement attribué au GIA. Reste à comprendre qui avait intérêt à éliminer l’un des plus grands chanteurs kabyles et pourquoi.

Assassins DRS et complicités locales

L’assassinat de Lounès Matoub compte parmi les affaires qui ont fait couler le plus d’encre et donné lieu à de nombreux documents télévisés et divers procès. Elle est à la mesure du personnage, controversée, riche en ramifications et en manipulations. En Kabylie, chaque habitant ou presque est en mesure de donner son propre détail croustillant sur les circonstances de cette mort. Tous mettent en cause le régime et la plupart impliquent les milices locales dans l’exécution. Dès le début, le zèle des responsables du RCD à mettre tout de suite le meurtre sur le dos du « GIA » en a intrigué plus d’un. Le jour de l’enterrement, Saïd Sadi, qui met lui-même en cause des « complicités locales » – dans sa dialectique, il faut les chercher au sein du FFS -, est pris à partie par la population.

Faute de commission d’enquête indépendante du régime – on peut comprendre ses réticences à la réunir – et ne pouvant jouir des libertés et de la sécurité nécessaires pour enquêter et faire le tri parmi toutes les versions qui circulent, ne pouvant exposer les multiples témoins que nous avons entendus sans mettre leur vie en péril, nous avons choisi de ne retenir ici que l’essentiel. Un récit détaillé du « complot » qui serait derrière la mort du chanteur a été présenté en 2002 par le MAOL sur son site web. Souvent confus (à la différence de la plupart des dossiers publiés antérieurement par les officiers dissidents), il est impossible de confirmer ce récit, faute de témoignages de l’ »intérieur » du pouvoir permettant les recoupements que dicte une enquête sérieuse. Nous ne donnerons pas davantage écho aux aspects graveleux de l’affaire (évoqués aussi sur le site du MAOL), qui expliqueraient le choix de Lounès Matoub comme victime expiatoire, comme « allumette » de l’incendie qui secouera la Kabylie.

En septembre 2000, l’ex-colonel B. Ali, du MAOL, nous a en tout cas confirmé que le « clan éradicateur » au sein du pouvoir cherchait à l’époque à provoquer des révoltes en Kabylie pour justifier un coup d’État contre le président Zéroual et aurait imaginé pour cela d’éliminer le chanteur : « II fallait mettre la région à feu et à sang, la mobiliser quels que soient les moyens . « À notre connaissance, il y avait trois ou quatre types en couverture et cinq tueurs », précisera l’ancien porte-parole du MAOL. Parmi les tueurs, fidèles à leur stratégie, les agents du DRS ont sans doute pris le soin de dépêcher sur les lieux de l’attentat des « terroristes islamistes » dont le rôle consistera à accréditer la thèse d’un acte des GIA. Depuis, le régime se perdra d’ailleurs dans les invraisemblances des boucs émissaires présentés à la télévision algérienne – comme pour tous les autres attentats spectaculaires, notamment celui de Kasdi Merbah – et avouant être les auteurs de l’assassinat.
En l’état actuel des informations disponibles, il est impossible de savoir dans quelle mesure certains responsables du RCD auraient été impliqués, comme cela a été dit, dans l’opération. Car le motif, en effet hautement probable, de soulever la Kabylie par cet assassinat, n’explique pas pourquoi des responsables du RCD auraient consenti à prêter main-forte à la liquidation d’un homme qui comptait selon eux parmi leurs amis – ce qui d’ailleurs constitue l’un des rares arguments qu’ils invoquent pour nier leur implication.

Sans qu’on puisse en déduire qu’ils étaient informés de l’assassinat qui se préparait, il est en tout cas établi que certains de ces responsables ont joué un rôle dans les préliminaires de l’opération. Ainsi, il fallait amener Lounès Matoub sur les lieux de l’attentat, ce à quoi collabora efficacement le RCD en le faisant revenir de Paris au motif de l’aider à obtenir le visa de son épouse qu’il comptait emmener avec lui en France. Selon le MAOL, « c’est le chef d’antenne du DRS à Paris, le colonel Smaïn Seghir, de son vrai nom Ali Benguedda (très intime de Smaïl Lamari qui l’a nommé à ce poste après le décès du lieutenant-colonel Mahmoud Souamès), qui a annoncé à Toufik et Smaïl Lamari l’imminence du voyage de Matoub à Alger avant même que celui-ci ne prenne son billet d’avion ».

Le 18 juin, l’ambassade de France à Alger avertit le RCD que le visa est accordé. Mais Matoub n’en saura rien. Le 25 juin, c’est l’embuscade mortelle. Depuis quelques jours, on l’a vu, la gendarmerie de Béni-Douala avait sécurisé la zone, aidée des miliciens locaux et aussi, d’après certains témoignages, de la milice de Bougie.

| Un documentaire dévoilant les dessous de cette affaire sera diffusé le 31 octobre 2000 sur Canal Plus, dans le cadre de l’émission « 90 minutes ». Quelques semaines après une première diffusion cryptée, Alain de Greef, le directeur des programmes de Canal Plus, acceptera une rediffusion exceptionnelle en clair. Gravement mis en cause par cette enquête, Saïd Sadi et Noureddine Aït-Hamouda n’engageront aucune procédure en justice contre Canal Plus. Seule la cellule « Immigration » du RCD intentera un procès à la chaîne mais elle sera déboutée en raison d’une erreur de procédure.

La chute du duo Zéroual-Betchine

Au plan politique, l’assassinat de Lounès Matoub est un véritable cataclysme pour le président Zéroual. À dix jours de l’entrée en vigueur de sa loi d’arabisation, il provoque en Kabylie de très graves émeutes qui déstabilisent l’ensemble du clan présidentiel. Le 1er juillet, alors qu’il est très gravement contesté dans toute la Kabylie, Zéroual lance une mise en garde contre tous ceux qui « portent la haine en Algérie ».
Le calcul du « clan Beikheir » était bien que le meurtre du chanteur kabyle provoque une poussée de fièvre dans sa région, suffisante pour mettre l’armée en situation d’intervenir dans le cadre d’un état d’exception (pour cela, les généraux pouvaient se passer de l’aval du président, puisque le chef d’état-major Mohamed Lamari disposait d’une délégation de signature au titre de ministre de la Défense) et pour enclencher le mécanisme habituel émeutes-répression-suspension des institutions-reprise en main du pouvoir par Larbi Beikheir et ses acolytes. Mais cela sera inutile : « Le soir de la mort de Matoub, nous a affirmé l’ex-colonel B. Ali, Zéroual a accepté de quitter le pouvoir. Ses adversaires n’ont même pas eu à appliquer l’état d’exception. Ils lui ont par contre demandé de ne pas partir dans la chaleur de l’action, son éviction aurait été trop flagrante. »

Suite à cet épisode, les généraux éradicateurs orchestrent une violente campagne de presse contre le général Betchine, visant à l’empêcher d’être candidat à la prochaine élection présidentielle… Fin août, le président tente encore de défendre son ami et conseiller, dénonçant dans un discours les « manœuvres politiciennes, rumeurs et atteintes à l’ordre public ». Mais à la fin de l’été, la campagne de presse prend une tournure encore plus violente : alors que L’Authentique, journal proche de Betchine, accuse le directeur du Matin d’avoir le visage « lavé à l’urine », celui-ci réplique au journaliste de L’Authentique en l’accusant de se « complaire dans le rôle de la favorite dans le harem de Betchine « .
Le 1er septembre 1998, répondant aux attaques contre Betchine, le clan Zéroual lance dans Demain l’Algérie des accusations gravissimes : un article, intitulé « Qui est Mister Jeannot et Chapôt ? » – que nous avons déjà cité (voir supra, chapitre 13) -, accuse sans le nommer le général Larbi Belkheir, le patron du « clan éradicateur », d’avoir longtemps été un « indicateur de l’Elysée » et d’avoir créé des « escadrons de la mort », ce qui dans le contexte de l’époque revient à accuser les généraux proches de Belkheir d’être derrière certains massacres. La ligne rouge est franchie. Le 9 septembre, convoqué par ses collègues les généraux Mohamed Lamari, Toufîk Médiène et Smaïl Lamari, Liamine Zéroual accepte de précipiter son départ .
Le 11, il annonce dans un discours radiotélévisé sa démission et l’organisation d’une élection présidentielle anticipée avant février 1999 (elles seront ensuite repoussées à avril). Comme pour rassurer ses collègues du « clan éradicateur », il garantit qu’il ne sera pas candidat. Mais, comme s’il était également désireux de montrer qu’on lui a forcé la main, il ne donne aucune justification à ce départ précipité. Début octobre, la campagne de presse contre le général Betchine, qui n’a toujours pas démissionné, s’accentue : le 12, Hichem Aboud, ancien membre de la Sécurité militaire, publie une lettre ouverte accusant le conseiller de Liamine Zéroual d’être impliqué dans les tortures de 1988 (ce qui, on l’a vu au chapitre 5, est parfaitement exact). Le même jour, El-Watan met gravement en cause Mohamed Adami, ministre de la Justice et proche de Betchine. Le 14, le quotidien d’Omar Belhouchet ajoute que le ministre est impliqué dans un trafic de voitures. Le 15, Kamel Rezzag-Bara, directeur de l’ONDH, enfonce encore un peu plus l’ami du général Betchine en le mettant en cause à propos d’une bavure pénitentiaire survenue un an auparavant.

Le 17 octobre, excédé par cette campagne de la presse éradicatrice le gouvernement ordonne aux imprimeries d’État de ne plus imprimer El-Watan ni Le Matin sous prétexte de dettes. Mais le 19 octobre, Adami est contraint de démissionner. Le lendemain, Mohamed Betchine est à son tour contraint de quitter son poste de ministre conseiller du président de la République. Grâce au soulèvement de la Kabylie et au relais d’une partie de la presse, le « clan éradicateur » a donc obtenu la chute du clan présidentiel. Il ne lui reste alors qu’à organiser l’élection d’Abdelaziz Bouteflika, un nouveau paravent destiné à conférer au haut commandement militaire une vitrine civile de nature à faire à nouveau oublier qui détient le vrai pouvoir en Algérie…

Bouteflika, le nouveau paravent

Mais si la « solution Bouteflika », on l’a vu, est dans les tablettes de Larbi Belkheir depuis déjà quelques mois, ce choix risque de rencontrer des résistances au sein de l’État français. Lorsque son nom avait été évoqué début 1994 pour succéder au HCE à la tête de l’État (voir supra, chapitre 19), le Quai d’Orsay avait émis ses réserves à la perspective de voir l’ancien second de Boumediene reprendre du service. Mais de l’eau a coulé sous les ponts et Bouteflika a eu le temps de comprendre que la main qu’il n’a pas pu mordre, mieux valait l’embrasser.

Selon Le Canard enchaîné, c’est le général Larbi Beikheir lui-même qui se charge dès la fin 1998 de « vendre » la candidature Bouteflika aux dirigeants politiques français : « Au mieux avec les proches de Charles Pasqua, comme avec l’entourage de François Mitterrand, notamment Hubert Védrine et Jack Lang, Belkheir peut aussi compter à Paris sur l’aide de quelques hommes d’affaires algériens. Le plus proche, Abdeikader Koudjeti, [...] francophone séduisant, qui a conservé de nombreuses relations chez Thomson et Total, n’a pas son pareil pour vanter l’amitié franco-algérienne autour d’un alcool fort dans son hôtel particulier du 16e arrondissement . »
Le 15 avril 1999, Abdelaziz Bouteflika est finalement « élu », mais dans des conditions plus que douteuses : constatant que le DRS faisait pression sur les administrations pour organiser la fraude en sa faveur, les six autres candidats (Hocine Aït-Ahmed, Mouloud Hamrouche, Ahmed Taleb Ibrahimi, Abdallah Djaballah, Mokdad Sifi et Youcef Khatib) ont en effet décidé de se retirer du scrutin au dernier moment . Du coup, Bouteflika apparaît comme le « candidat unique » de l’armée et peu d’électeurs se déplacent, ce qui ne déplaît pas à ses soutiens militaires, dont le souci principal est qu’il ne tente pas de s’émanciper. Alors que l’armée ne voulait lui allouer que 53 % des suffrages pour raccourcir la bride par laquelle ils le tiennent, Bouteflika fera pression auprès de cette institution tutrice pour qu’il soit crédité d’un meilleur score que son prédécesseur Zéroual en 1995 . Il recueille donc officiellement 73,79 % des suffrages exprimés, pour un taux de participation flatteur de 60,25 %, moyennant une fraude effectivement massive (que des « sources militaires » s’empressent de confirmer à la presse internationale – témoin d’un scrutin à bureaux déserts , en précisant que le taux de participation ne dépasse pas 25 % ). Le 16 avril 1999, les dissidents du MAOL publient un communiqué détaillant les « vrais résultats des élections » : pour eux, seuls 23,03 % des électeurs se sont déplacés pour voter. « Si le gouvernement n’a pas démenti nos chiffres, c’est parce qu’il sait que nous avons la disquette informatique des résultats », assurera plus tard l’ex-colonel B. Ali .

Extrait de l’ouvrage : Lounis AGGOUN et Jean-Baptiste RIVOIRE, Françalgérie, crimes et mensonges d’États. Histoire secrète, de la guerre d’indépendance à la « troisième guerre » d’Algérie, éditions La Découverte, Paris, 2004. Collection « Cahiers libres »

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Rachid Mimouni par Reda Benkirane

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Une chance perdue pour l’Algérie

Il n’aura pas eu le temps d’achever sa tâche. Mais il nous laisse une trilogie qui restera un chef-d’oeuvre de la littérature. Il ne mit pas longtemps à chercher sa voie ou son style, car il eut l’insigne privilège de se révéler d’emblée comme un très grand écrivain. Il n’était pas simplement un écrivain algérien d’expression française, ou un homme de lettres arabe, la réalité sociale qu’il décrivait concernait nombre de pays de l’Europe de l’Est, des régimes militaires d’Amérique Latine et aussi des Etats arabes « progressistes ». Derrière le personnage modeste et quelque peu timide, régnait un maître de l’écriture, capable d’une audace inouïe pour dénoncer la mise à sac d’un pays promis à la plus belle embellie. Car Rachid Mimouni eut une mission bien précise dans la littérature algérienne : conter aux générations la terrible dérive d’une grande révolution, pour annoncer, comme il se plaisait à dire, les tempêtes qui s’accumulaient à l’horizon. En ce sens, il fut le grand visionnaire du chaos actuel.

Son écriture ne défendait aucune thèse, il n’en ressortait aucun point de vue particulier si ce n’est celui du sort inconfortable d’un peuple contraint de se taire. Tirant sa source de la mémoire algérienne, son écriture établissait le lien charnel avec les humbles dont il était issu. De 1982 à 1990, ce professeur des questions de développement rompait le silence des intellectuels algériens imposé par le parti unique. Rachid Mimouni eut le courage et le talent de raconter l’autre Algérie, celle que préférait ignorer à l’époque les chancelleries et les médias occidentaux. Il y avait fort à faire avec la Révolution iranienne et l’Algérie apparaissait au sud de la Méditerranée comme une économie avancée et un régime politique stable. Mais l’écrivain ne pouvait accepter cette image de carte postale. Il lui fallait exorciser la colère froide des dépossédés de leur révolution. Comme si, habité par une vision funeste, il prédisait que les hommes brimés et bafoués sous les errements de l’Etat FLN se réveilleraient pour déchaîner une violence immense, à la mesure de la trahison qui leur fut imposée.

« L’Administrateur prétend que nos spermatozoïdes sont subversifs. Je ne partage pas cette opinion, au moins pour ce qui me concerne ». Par ces deux phrases, Rachid Mimouni débutait son premier roman publié hors d’Algérie, et prévenait du péril qu’il y aurait à détourner le grand fleuve algérien. Dix années plus tard, le fleuve est en crue et personne ne sait comment l’endiguer.

Son style consistait en une langue qui, finement instruite et travaillée, cherchait la clarté et la concision qui créeraient tour à tour l’effet de trouble ou de stupeur, la sensation d’écoeurement, puis le sentiment de tendresse ou d’apitoiement. Sa francophonie était paisible, il ne la maudissait pas et il ne s’en prévalait pas outre mesure comme certaines franges de l’élite intellectuelle algérienne. Dans un genre désabusé qui lui permettait d’oser en permanence des transgressions et de narguer les censeurs, il se voulait esthète de la lucidité. Il faisait mal, car il écrivait la vérité, avant que celle-ci n’explose en plein jour. Aucun lyrisme dans ses narrations amplies de férocité, violence sourde, rire, chaleur et grandeur d’âme des gueux condamnés à trente années de « modernisation » socio-politique. Ce qu’il dépeignait de façon kafkaïenne anticipait sur le séisme social d’octobre 1988 lorsque l’ordre militaire algérien chancela sur ses bases. Le lettré avait rempli son rôle, aux côtés des masses, encore inconnu des feux de la rampe, il incarnait la conscience collective. Il faut lire et relire ses trois romans Le fleuve détourné, Tombeza, L’honneur de la tribu pour comprendre comment un pays sorti vainqueur du colonialisme, soumis au régime militaire et converti à la rente pétrolière aboutit à l’acculturation et à l’automutilation actuelles.

Rachid Mimouni accéda à l’universalité parce qu’il fut aussi l’écrivain qui ne se satisfit pas de la couleur « socialiste » de la tyrannie. Il pressentait la mystification du tuteur éclairé du peuple, il fouillait son intimité, même s’il éprouvait parfois pour lui sympathie ou commisération, pour en dresser l’anatomie et la livrer aux sarcasmes de la société informelle. Il disséqua le despote pour sonder ses derniers retranchements, et découvrit, ô stupeur, qu’au-delà de la barbarie, il cultivait un jardin secret et fragile. Dans Une Peine à vivre, Rachid Mimouni expertise l’implacable réalité de l’autocrate tout en déjouant les pièges du manichéisme.

Rachid Mimouni connut, depuis 1991, une période tourmentée. A la mesure de la violence qui s’instaurait dans son pays, l’écrivain prit le risque de s’engager. Constamment sollicité par les médias français, il était à chaque fois sommé de prendre position, en direct sur les ondes, sur des événements difficiles à dénouer. A chaque passage télévisé, il fallait, pour rassurer le téléspectateur français, que l’écrivain non seulement commente l’actualité sanglante, mais qu’il désigne les responsables d’une réalité complexe que ses romans décrivaient si bien. Rachid Mimouni s’en sortait très mal dans ce genre d’exercice, ce qui prouve à quel point cet homme était voué à la littérature. Il s’était résigné à publier un essai pamphlet contre l’intégrisme qui avait obtenu le prix Albert Camus. Largement soutenu en France, Rachid Mimouni pour la première fois s’était écarté d’une partie de l’opinion publique algérienne. Il confessait en outre que sa mère ainsi que d’autres membres de sa famille étaient de chauds partisans de l’ordre fondamentaliste. En s’attaquant à l’islamisme algérien, pour ses excès canoniques, son allure violente et son discours simpliste, au moment où il fut privé de sa victoire électorale par un coup d’Etat et par la dissolution du principal parti d’opposition, le FIS, Rachid Mimouni s’impliquait dangereusement dans un débat passablement miné. Il le fit toujours avec respect et civilité, ce qui ne fut pas souvent le cas avec les « intégristes laïcs ». Se sentant menacé au sein d’une cité populaire d’Alger, il différa son exil jusqu’à ce qu’il accepta de guerre lasse pour ses enfants de s’installer provisoirement au Maroc. L’écrivain n’était aucunement un « éradicateur », bien au contraire il prônait le dialogue avec toutes les sensibilités politiques algériennes pour un retour à la paix.

Rachid Mimouni n’est pas mort sauvagement exécuté, comme ces journalistes, écrivains et autres intellectuels algériens qui payent un prix exorbitant pour la liberté d’expression. Sa disparition ne sera pas récupérée ni revendiquée. Pas d’emblème sur sa dépouille, pas de communiqués politiques. Seulement le regret que cette voix de l’Algérie profonde n’écrira plus, qu’elle ne participera pas à la reconstruction de la nation. Il est parti, jeune et trop vite, affecté par une maladie qu’il n’a pas su ou voulu guérir. L’Algérie perd sa meilleure plume. Un génie s’est éclipsé à l’improviste.

Réda BENKIRANE

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Rapport Issad sur les evenements de kabylie avril 2001

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

 

Rapport Issad sur les événements de kabylie

Rapport préliminaire de la Commission, dirigée par le professeur Issad, mise en place par l’Etat algérien pour enquêter sur les “événements” de Kabylie du Printemps 2001.

 

Rapport préliminaire de la Commission nationale d’enquête sur les événements de Kabylie. (Juillet 2001) Publié par Algeria Interface, 27 juillet 2001

I – Introduction II – Les dégâts humains III – Les événements déclenchants IV – L’utilisation des munitions de guerre V – Les mises en garde VI – Les témoignages VII – La presse Conclusion

I – Introduction

Le 18 avril 2001, un jeune lycéen de 19 ans, Guermah Massinissa, reçoit dans le corps, à l’intérieur des locaux de la Brigade de gendarmerie de Béni-Douala, et d’après le rapport d’autopsie, trois des six balles de kalachnikov tirées en rafale par le gendarme Mestari. L’une des balles tirées a blessé un autre gendarme qui se trouvait à proximité.

Le jeune Guermah fut admis à la polyclinique de Béni-Douala, puis à l’hôpital de Tizi-Ouzou pour les premiers soins. Devant la gravité de ses blessures, il fut transféré à l’hôpital Mustapha à Alger. Il devait y décéder le 20 avril 2001 à 8h15.

Le 22 avril 2001, à Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, trois membres d’un groupe de collégiens, se dirigeant vers le stade en compagnie de leur professeur de gymnastique, sont interpellés par les gendarmes, dans des conditions irrégulières.

L’inhumation du jeune Guermah Massinissa, le 23 avril, devait donner lieu à des émeutes en série. Entre-temps, la gendarmerie rend public un communiqué dans lequel elle déclare que le défunt avait été interpellé “suite à une agression suivie de vol”. Le ministre de l’Intérieur reprend la fausse information et déclare que la victime était un “délinquant de 26 ans” ; mais lors d’une conférence de presse le ministre reçoit un bulletin scolaire duquel il résulte que le jeune Guermah était en fait un lycéen.

Les deux bavures, aggravées par les fausses déclarations des autorités, que les populations considèrent comme diffamatoires pour la victime décédée, devaient donner lieu à une série d’émeutes dans les wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaïa, et atteignent les wilayas limitrophes de Bouira, Sétif et Bordj Bou Arréridj.

Le mercredi 2 mai 2001, le professeur Mohand Issad était chargé par Monsieur le Président de la République d’entreprendre une enquête sur ces événements et lui donne toute latitude pour composer une commission ad hoc, mener les investigations comme il l’entendait, demander tout document et entendre toute personne qu’il jugera utile.

Le professeur Issad se mit en devoir de constituer la Commission d’enquête, pour une mission qui s’annonçait extrêmement difficile. Il entreprit des contacts. Il sollicita les uns, reçut l’offre spontanée d’autres. Il essuya quelques refus. Au bout d’une quinzaine de jours, une commission d’enquête était constituée, dont la liste est jointe en annexe, composée essentiellement d’avocats, d’enseignants de droit, de magistrats et de membres de la société civile, issus de toutes les régions du territoire national.

Une première réunion plénière fut tenue le 16 mai 2001 dans les locaux aménagés pour la Commission au siège de la cour suprême, à l’effet de dégager les axes d’investigations.

Immédiatement, se sont imposés les axes de recherche suivant :

  • déplacement sur le terrain et audition de témoins,
  • exploitation de la presse,
  • exploitation de documents que le président devait solliciter des services concernés, soit le ministère de l’Intérieur, le ministère de la Justice, la Direction générale de la Sûreté nationale, la Gendarmerie nationale, le Département des renseignements et sécurité du ministère de la Défense nationale, des wilayas concernées et groupements de gendarmerie de Tizi Ouzou et Béjaïa.

Deux groupes furent constitués à l’effet de se rendre, l’un dans la wilaya de Tizi-Ouzou, sous la direction du bâtonnier Mahi Ghouadni, l’autre dans la wilaya de Béjaïa, sous la direction du bâtonnier Abdelwahab Benabid. Un troisième groupe devait rester à Alger, sous la responsabilité du professeur Issad.

Les groupes de Tizi-Ouzou et de Béjaïa ont accompli leur mission et rédigé des rapports. Le groupe resté à Alger réceptionna les documents qu’il a reçus des ministères de la Justice et de l’Intérieur, des wilayas de Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira, Bordj Bou Arréridj et Sétif, de la Direction générale de la Sûreté nationale etu du Commandement de la Gendarmerie nationale.

Au retour des groupes qui se sont déplacés à l’intérieur du pays, cinq groupes de travail devaient de nouveau être constitués pour une exploitation plus poussée des données et des documents recueillis. Ces groupes furent placés sous la responsabilité respective de MM. Zekri, Ghouadni, Meziane, Benabid et Issad.

II – Les dégâts humains

1) – Dans un état nominatif des citoyens décédés, dressé par le ministère de l’Intérieur pour la période du 22.04.2001 au 28.04.2001, il ressort les chiffres suivants : 13 décès pour la wilaya de Béjaïa, 26 pour la wilaya de Tizi-Ouzou, 1 pour la wilaya de Sétif et 1 pour Bouira.

Dans un autre état global, arrêté au 12 mai 2001, le ministère de l’Intérieur donne les chiffres suivants :

  • wilaya de Tizi-Ouzou : 30 décès, 147 blessés par balles, 77 “autres blessés”
  • wilaya de Béjaïa : 13 décès, 29 blessés par balles, 220 “autres blessés”
  • wilaya de Sétif : 01 décès, 3 blessés par balles, 3 “autres blessés”
  • wilaya de Boumerdès : 05 blessés par balles, 01 “autre blessé”
  • wilaya de Bouira : 01 décès, 06 blessés par balle. Total : 45 décès, 190 blessés par balles, 301 “autres blessés”.

Pour les fonctionnaires de police, le même état donne 56 “autres blessés” à Tizi-Ouzou, 224 à Béjaïa, un à Boumerdès et 6 à Bouira.

Pour la gendarmerie nationale :

  • wilaya de Tizi-Ouzou : 78 “autres blessés”
  • wilaya de Béjaïa : 81 “autres blessés”
  • Wilaya de Sétif : 13 “autres blessés”
  • Wilaya de Bouira : 08 “autres blessés”. Aucun gendarme n’a été touché par balle ou autre munition.

Soit un total de :

  • 45 décès et 491 blessés parmi la population.
  • 287 blessés dans les rangs de la police et 180 blessés dans les rangs de la gendarmerie. Si l’on reprend l’état nominatif des citoyens décédés au 12 mai 2001, on constate :
  • Que le décès du jeune Guermah Massinissa le 20 avril 2001, non mentionné, porte le nombre des victimes dans la wilaya de Tizi-Ouzou à 31.
  • Qu’à Tizi-Ouzou, le plus grand nombre de victimes est enregistré seulement sur deux jours, les 27 avril (8) et 28 avril (17), et à Béjaïa sur trois jours, soit les 25 avril (3), 26 avril (6) et 28 avril (4).
  • Que ces décès ont eu lieu dans plusieurs localités différentes :
  • wilaya de Tizi-Ouzou : 14 localités
  • wilaya de Béjaïa : 8 localités
  • wilaya de Sétif : 1 localité
  • wilaya de Bouira : 1 localité Soit 24 localités différentes, réparties sur 4 wilayas de Kabylie, et plus précisément 22 localités réparties sur les deux wilayas de Tizi-Ouzou et Béjaïa.
  • D’après un autre état nominatif du même ministère de l’Intérieur, arrêté au 11 juin 2001, le dernier chiffre passait à 27 localités touchées (16 à Tizi-Ouzou et 11 à Béjaïa). Le nombre des décès passait à 34 à Tizi-Ouzou, 17 à Béjaïa, tandis qu’on enregistrait un 2e décès à Bouira et un décès à Alger. Mais il résulte de cet état, arrêté au 11 juin 2001, que le dernier décès est survenu le 29 mai à Tizi-Ouzou, le 27 mai à Béjaïa, le 26 mai à Bouira, tandis que le jeune Haniche Hamid, blessé le 31 mai lors des manifestations d’Alger, succombait à ses blessures le 6 juin 2001.

Au 11 juin 2001, le nombre de décès s’élevait à 55 parmi la population et un parmi les gendarmes, mort accidentellement par électrocution.

En revanche, et du 11 mai au 11 juin 2001, le nombre de blessés par balles passait pour les cinq wilayas (Tizi-Ouzou, Sétif, Boumerdès et Bouira) de 190 à 305. Le nombre des “autres blessés”, qui était de 301 au 12 mai, n’est pas indiqué dans l’état établi au 11 juin.

  • Pour les services de sécurité, le nombre de blessés, dont aucun par balle, passait de 467 (287 pour la police et 180 pour la gendarmerie) à 1579.

On peut s’étonner de ce bond dans le nombre des blessés, et du nombre plus important dans les rangs de la police que dans ceux de la gendarmerie. L’explication pourrait se trouver, d’une part dans le fait que la police n’a pas tiré par balles là où elle a eu à intervenir, ce qui l’a rendue plus exposée, d’autre part dans le fait que la gendarmerie elle-même a moins tiré par balles à partir du 11 mai, date du premier état global, ce qui l’a rendue plus vulnérable.

2) Des blessés par balles et des morts, du 18 au 28 avril 2001, en Kabylie (document arrêté au 3 juillet 2001)

Les données traitées ont pour source exclusive des documents officiels, communiqués par les services des ministères de la Justice, de l’Intérieur, de la Santé. Le 18 avril 2001 Guermah Massinissa

  • 19 ans, est blessé en fin d’après-midi dans les locaux de la Gendarmerie de Béni-Douala.
  • Il est blessé aux deux membres inférieurs par une rafale tirée d’un kalachnikov.
  • Provoquées par une munition de guerre, les blessures sont gravissimes aux deux cuisses, avec lésions complexes du fémur droit et plaies vasculaires, notamment à la face postérieure du genou gauche.
  • Il sera finalement transféré et opéré à Alger, durant la nuit.
  • Le décès survient le 20 avril à 8h15.

Il est évident que la mort de Guermah Massinissa est la conséquence des blessures par balles reçues aux deux membres inférieurs. Les blessures présentaient d’emblée un caractère “d’urgence extrême”, c’est-à-dire que le pronostic vital était immédiatement mis en jeu.

Le pronostic a été aggravé par les délais imposés au traitement. Les constatations nécropsiques ne font état d’aucune autre lésion, fermée ou ouverte, que celles provoquées par les balles et les traitements médico-chirurgicaux consécutifs. En particulier, la recherche d’ecchymose et de rupture traumatique d’organe interne est restée sans résultat.

1 – DGSN : état numérique par qualité des personnes décédées et blessées lors des manifestations du 22 au 28 avril 2001. Annexe La page comporte trois tableaux intéressant les wilayates d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif, Boumerdès et Bouira. Nous ne travaillerons ici que sur le total des blessés par balles de l’ensemble des wilayas concernées.

1.1. premier tableau : Ce tableau montre que 50 + 217 = 267 citoyens ont été atteints par balles. La proportion des citoyens morts par balles serait donc : 50/267* 100 = 18,7 %, soit environ un mort pour cinq ou six blessés.

1.2. deuxième tableau : Il compte, sur la même page, pour la même période et les mêmes lieux, les pertes des fonctionnaires de police. S’il signale un total de 416 blessés, dont aucun ne l’est par balle, le nombre des décès est chiffré à zéro. Ce tableau indique donc que les fonctionnaires n’ont subi aucun tir par arme à feu.

1.3 – troisième tableau Il comporte les pertes des gendarmes. Il indique : Décédé : 001 (Béjaïa) Blessé par balle : 001 (Tizi-Ouzou) Autres blessés : 180 La mort du gendarme à Béjaïa n’est pas imputée à une blessure par balle. Le compte rendu de nécropsie rapporte la mort à une électrocution. Ce tableau indique donc qu’un seul fonctionnaire a été blessé par arme à feu. Le blessé par balle l’a été sur le territoire de la wilaya de Tizi-Ouzou, sans autre détail.

  • Il apparaît donc que, sur l’ensemble des wilayas d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif, Boumerdès et Bouira, deux cent soixante sept citoyens ont été blessés par balles.
  • parmi eux, cinquante sont morts.
  • Le taux global de mortalité serait donc de 18,7 % sur l’ensemble des wilayate d’Alger, Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif, Boumerdès et Bouira.

Rapporté à chacune des wilayas où il a été constaté des décès par balle (Tizi-Ouzou, Béjaïa, Sétif et Bouira), les chiffres deviennent : Tizi-Ouzou : total blessés par balles : 157, Béjaïa : 86, Sétif : 4, Bouira : 16 Total morts par balles : Tizi-Ouzou : 31, Béjaïa (16), Sétif (1), Bouira (2). Pourcentages Tizi-Ouzou (19,75, Béjaïa (18,6), Sétif (20), Bouira (12,5). Compte tenu de l’absence totale de pertes graves parmi les forces de l’ordre (un seul blessé par balle, dans des conditions non-précisées) en face de proportions de civils tués par balles qui apparaissent considérables, l’utilisation d’armes et de munitions de guerre pourrait apparaître largement excessive.

2- DGSN : état numérique global des personnes décédées et blessées lors des manifestations du 22 au 28 avril 2001. Annexe 2. Ce document comporte deux tableaux, reproduits ci-dessous : En ne prenant en compte que le total des blessés par balles de l’ensemble des wilayas concernées, Total décédés : 51 Total blessés par balles : 218 Total autres blessés : 900

Citoyens, total décédés : 50 Citoyens, total blessés par balles : 217 Policiers, total blessés : 416 Gendarmes, total blessés : 181 Citoyens, total autres blessés : 304 Gendarmes, total décédés : 001 (électrocution) Policiers, total décédés : 000

Ces deux tableaux confirment les impressions précédentes : L’étude plus fine, en cours, par wilaya et par nature des lésions accentuerait l’impression d’une utilisation excessive des armes à feu par les fonctionnaires chargés du maintien de l’ordre.

Il apparaîtrait que le nombre des civils blessés par balles présente une proportion de morts, variant selon les lieux et les jours, de un sur dix, à un sur trois.

Cette proportion, portant sur des blessés civils dépourvus d’armes à feu, paraît effrayante. Elle n’est comparable qu’avec les pertes militaires, lors des combats réputés les plus durs en temps de guerre. les forces de l’ordre, aux mêmes lieux et moments ne présentent aucun blessé par balles, à fortiori aucun mort par balle.

3. Evaluation de l’importance et de la localisation des blessures. . Elle ne porte donc que sur une partie de l’ensemble des décès répertoriés. Cependant, le nombre des dossiers exploitables (44) par rapport à l’ensemble des décès (51) permet une appréciation significative. Cette évaluation n’a été possible qu’à partir des comptes-rendus de nécropsies exploitables. Analyse des impacts : 44 dossiers exploitables

3.1 – siège

  • Tête et cou 17 dont 2 impacts occipitaux
  • Thorax : 21 incluant 6 impacts dorsaux.
  • Abdomen : 5 dont un impact postéro-inférieur. Les cadavres montrent une prépondérance des impacts sur la tête, le cou et la moitié supérieure du thorax. Il y a beaucoup moins d’impacts abdominaux ou thoraco-abdominaux. La répartition de ces localisations paraît difficilement imputable au hasard statistique.

3.2 – blessures

  • Les orifices d’entrées sont petits, de l’ordre du centimètre.
  • Ils sont toujours dans les normes d’aspect et de dimensions des munitions de guerre, arrivant sur la cible avec toute leur stabilité.
  • Les descriptions dont nous disposons ne permettent pas d’évaluer avec précision la distance de tir, en particulier nous n’avons aucun élément suffisant qui permettrait d’affirmer un tir à “bout touchant”. Cette éventualité n’est jamais mentionnée dans les rapports de nécropsie mis à notre disposition.
  • Les orifices de sortie sont le plus souvent de l’ordre de plusieurs centimètres.
  • Ils correspondent à ce que l’on rencontre habituellement dans les blessures par munition de guerre.
  • Les trajets à l’intérieur des corps montrent, là encore, des lésions malheureusement banales dans ce type de blessures.

3.3 – nature des projectiles. L’analyse des comptes-rendus de nécropsie, en excluant trois dossiers inexploitables, révèle que :

3.3.1 – Les plaies décrites portent toujours les stigmates des lésions causées par des projectiles à haute vélocité (supérieure à 800 m/s). Ces blessures, provoquant des dégâts considérables dans certaines configurations de direction d’impact et de nature de la cible (crâne, squelette etc.), ont pu faire évoquer par certains l’utilisation de balles “explosives”.

3.3.2 – N’ayant pu disposer d’aucun échantillon de projectile ou de fragments (exception faite du cas Guermah). Dans ce cas particulier, personne n’a évoqué l’éventualité de l’utilisation de projectiles non réglementaires. Il s’agissait de munitions de guerre, tirées par un AK 47, ni des radiographies des victimes avant l’extraction des agents vulnérants, aucun commentaire ne peut être exprimé à ce propos. Cependant, nous ne pouvons, à partir des éléments à notre disposition, dire si les blessures résultent de projectiles tirés par des fusils classiques ou d’armes de précision, ou de AK 47.

Cependant, les débris de projectiles qui ont pu être aperçus sur certaines chaînes de télévision, évoquent – malgré la brièveté des images – la probabilité de fragments de la chemise en laiton des projectiles ordinaires des armes de guerre en usage. D’autres ont soupçonné l’utilisation d’armes de grande précision (fusils à lunette). Ces armes font naturellement partie de l’arsenal des forces spéciales, destinées notamment à la neutralisation des preneurs d’otages. Elles ont pu être observées dans notre pays, en particulier sur les lieux de certains barrages de contrôle. Mais les soupçons exprimés par certains de l’utilisation de ces armes et de leurs munitions spéciales ne peuvent être, à ce jour, ni infirmées ni confirmées. Nous ne disposons en effet d’aucun témoignage précis, ni d’aucun élément de preuve matérielle.

3.4 – des munitions de guerre

  • Nous ne disposons d’aucun document ou pièce ni rapport d’expertise balistique, exception faite du cas Guermah. Dans ce cas particulier, personne n’a évoqué l’éventualité de l’utilisation de projectiles non réglementaires. Il s’agissait de munitions de guerre, tirées par un AK 47.
  • Nous n’avons pas obtenu les dossiers radiologique ni des morts, ni des blessés par balles ayant survécu. Leur examen serait très important :
  • Les images des projectiles, examinées sur les radiographies faites au moment de la première consultation hospitalière, seraient peu suspectes de “montage”.
  • L’analyse de ces images permettrait l’éventuelle identification de différents types de projectiles, ou, au contraire, un modèle unique.
  • Cette analyse porterait autant sur les fragments de “chemise” que sur le contenu de cette enveloppe.
  • Nous avons cependant une expertise balistique (Guermah) qui dit que les orifices de sortie des balles AK47 peuvent faire plus de six centimètres de diamètre.
  • Les munitions de guerre réglementaires pour armes légères, type “OTAN” et type “russe” sont bien connues.
  • Elles ne sont pas discutées quant à leur conformité avec les traités internationaux.
  • Elles sont cependant construites pour effectuer les délabrements les plus importants possibles. Elles sont construites pour :
  • Effectuer leur trajectoire avec une vitesse “subsonique”, entre 850 et 950 m/s
  • Une stabilité (et donc précision) maximale jusqu’à atteindre une cible distante de 300 et même 400 mètres.
  • Pour se déstabiliser au maximum, dès le contact avec elle.
  • Du fait de cette déstabilisation, les mouvements du projectile, à l’intérieur du corps de la cible, provoquent des cavités d’un diamètre supérieur à 10 fois la longueur du projectile.
  • Cette cavité est soumise à une pression qui atteint N fois celle de la pression atmosphérique.
  • La rencontre de tissus denses (os) aggrave les dégâts . Au niveau du crâne, les lésions décrites sont considérables : liquéfaction du cerveau et “éclatement” de la boîte crânienne sont couramment observés.
  • Le fusil d’assaut AK47 est réputé avoir une bonne précision jusqu’à 100 mètres.
  • Le fusil “séminov” est réputé avoir une bonne précision jusqu’à 300 mètres, et plus dans de bonnes conditions de réglage et de tir. Ses projectiles peuvent provoquer des lésions mortelles jusqu’à près de mille mètres.
  • Les balles “modernes” ont été créées pour remplacer les balles “full metal jacket” de la fin du siècle dernier : ces projectiles en effet, restaient stables au cours de leur traversée de la cible. Et, sauf à provoquer une hémorragie foudroyante par déchirure de gros vaisseaux, elles n’entraînaient que “peu” de dégâts… Les blessés pouvaient rapidement redevenir des soldats opérationnels…
  • Certains auteurs vont jusqu’à dire que les munitions modernes, normalement agréées par les règles internationales, sont très proches, par leurs effets, de ce qui était attendu des balles fabriquées pour se fragmenter au maximum, et dites “explosives”.
  • Conclusion :
  • Toutes les blessures que nous avons eu à connaître sur documents nécropsiques sont compatibles avec les effets qui sont observés “normalement” lors des blessures occasionnées par des munitions de guerre.
  • Nous ne disposons d’aucun élément permettant de pousser plus loin nos conclusions.

Conclusion générale

1 – Pendant la période considérée, les blessés par balles l’ont été par des munitions de guerre. 2 – Les blessures infligées correspondent à ce que l’on attend de ce type de munition. 3 – L’absence de tout document d’expertise (autre que celui de Guermah), d’indice matériel ou d’image radiologique, ne permet – eu aucun cas – de définir avec précision le type exact de l’agent vulnérant. 4 – Nous avons une expertise balistique (Guermah) qui affirme que les orifices de sortie des balles AK 47 peuvent avoir un diamètre de plus de six centimètres. 5 – Le nombre des morts paraît considérable, par rapport au nombre total des blessés par balles dans les mêmes conditions de lieu et de temps. 6 – Les morts ont été le plus souvent immédiates ou très rapides. 7 – La plupart des morts ont été touchés dans les parties vitales les plus fragiles, situées dans la partie haute du corps humain (au-dessus du sixième espace intercostal) et qui laissent peu de chances à une thérapeutique, fut-elle pratiquée d’extrême urgence. 8 – La grande proportion de ces localisations mortelles paraît difficilement imputable au hasard de la dispersion des projectiles. 9 – Moins grande est la proportion des blessés au ventre, la mort survenant alors malgré les efforts thérapeutiques. 10 – L’importance des morts civiles par armes à feu resterait considérable s’il s’était agi d’un combat opposant deux belligérants combattant à armes égales.

III – Les événements déclenchants

I – Affaire Guermah Massinissa :

1) Le 18 avril 2001 à 18h30 quatre jeunes gens se présentent à la brigade de gendarmerie de Béni-Douala pour y déposer plainte à l’encontre d’un groupe d’autres jeunes gens pour agression et vol à hauteur du lycée situé à 200 m de la Brigade.

  • Selon un télégramme du 19 avril 2001, envoyé par la brigade de Béni-Douala au chef du groupement de gendarmerie de Tizi-Ouzou, quatre gendarmes se sont déplacés à bord du véhicule des plaignants, et à leur retour, en compagnie de Guermah Massinissa et Merakeb Koceila, sont entrés directement dans la salle d’attente en attendant d’informer le chef de brigade “qui était dans son bureau où il notifiait à la famille Matoub des convocations judiciaires”. Au retour des gendarmes, il devait être 19h, la “famille Matoub” habite à Tizi Hibel, à plusieurs kilomètres de la brigade. Dans la salle d’attente, le gendarme Mestari Merabet actionne, “par inadvertance” son arme, un kalachnikov, dont la sûreté était désactivée, et une rafale de 6 coups est sortie, dont trois devaient aller vers le sol et trois autres toucher un autre gendarme, Benferdi Mounir, et le jeune Guermah Massinissa.

L’identité des plaignants ne sera pas relevée sur l’instant, ceux-ci ayant quitté la brigade immédiatement après l’incident.

  • Dans une lettre du 21 avril 2001 (n° 140/2001) adressée à Monsieur le ministre de l’Intérieur, le commandant de la gendarmerie nationale reprend la version du tir “par imprudence” et d’une “rafale de 6 coups”. A cette lettre, étaient joints un tract du RCD et une “requête” d’un groupe de “citoyens de Béni-Douala” , à Monsieur le commandant du groupement de wilaya de gendarmerie de Tizi-Ouzou.

Le tract du RCD demande “un rappel à l’ordre des darkis qui .. ; se défoulent sur nos jeunes et les exemples sont nombreux”, et “l’installation d’une sûreté de daïra, car Béni-Douala n’est plus un petit bourg des années 70, mais un lieu de vie pour 35.000 personnes qui méritent d’être encadrées civilement”.

L’appel du “groupe de citoyens” dénonce, notamment, “les actes irresponsables de certains darkis…”, “la légèreté avec laquelle ces mêmes éléments font usage de leurs armes”, “les bastonnades… dont nos jeunes font l’objet”, et demande, entre autres, “d’interdire les brutalités envers les citoyens de tous âges et de n’appliquer que la loi, toute la loi à tout contrevenant”, “de moraliser les actions de l’ensemble des éléments…”. Ils ajoutent que “un darki a exigé sous la menace de son arme du personnel médical de la polyclinique d’abandonner les soins prodigués au jeune , victime de la rafale et d’une hémorragie, pour s’occuper de son collègue, touché au talon et jouissant de toutes ses facultés”.

  • Le lieutenant-colonel Hellal, auteur d’un rapport du 3 mai 2001, reprend la version de l’accident par imprudence et déclare que, dans l’attente du chef de brigade qui se trouvait dans son bureau, le darki Mestari Merabet “alors qu’il tenait de sa main droite son arme non sécurisée et armée balle au canon alors qu’il l’ignorait, a soudain pressé sur la détente et une rafale s’est déchargée et a atteint Guermah Massinissa, qui était assis, et le darki auxiliaire Benferdi Mounir.. ;”. Le gendarme Mestari Merabet persiste à déclarer “qu’il a appuyé sans (se) rendre compte sur la détente d’où une rafale de 6 balles…”.

Devant le juge d’instruction militaire de Blida, le gendarme Mestari Merabet déclare s’être rendu, lui et ses collègues, à bord du véhicule des plaignants, au motif qu’il leur était interdit de se déplacer à bord du véhicule de la brigade en dehors des heures de service.

Interrogé , le commandant régional de Tizi-Ouzou répond par écrit qu’il n’y avait aucune instruction quant à l’interdiction d’utiliser le véhicule de la brigade en dehors de certaines heures, et que le chef de brigade a ordonné aux gendarmes de se déplacer à pied, compte tenu de la proximité des lieux.

  • Les conditions de l’interpellation ne sont pas élucidées. Alors que le rapport du lieutenant colonel Hellal du 3 mai 2001 déclare qu’à la vue des gendarmes le groupe (des agresseurs) s’était “dispersé et fui vers la forêt”, et que les éléments de la brigade n’ont pu en arrêter qu’un seul, qui a été conduit vers la brigade à pied, tandis que les autres éléments ont appréhendé un second garçon qui a été conduit à la brigade à bord d’un véhicule.

Le père de Guermah Massinissa, Guermah Khaled, déclare que son fils était à la maison en train de réviser ses cours lorsqu’il est descendu dans la rue après avoir entendu du vacarme, et qu’il a été arrêté par les gendarmes qui passaient. Le jeune Merakeb Koceïla déclare avoir été battu par le gendarme Benferdi Mounir, qui aurait réservé le même traitement à Guermah Massinissa.

Merakeb Koceïla est le seul à avoir parlé de 2 rafales, ce qui sera confirmé par l’expertise balistique. Toujours devant le juge d’instruction militaire, le gendarme Mestari Merabet déclare avoir appuyé sur la détente “sans se rendre compte”, et qu’il tenait de sa main droite son arme non sécurisée et armée, balle au canon, “alors qu’il l’ignorait”.

Toujours devant le juge d’instruction militaire, le gendarme Mourad Fouad déclare que “le pistolet-mitrailleur du gendarme Mestari Merabet a glissé de son épaule et au moment où il tentait de le récupérer, il a appuyé sur la détente, d’où la rafale…”.

Le gendarme Merzoug Youcef déclare n’avoir pas vu l’arme glisser de l’épaule du gendarme Mestari Merabet. Le gendarme Rouabah Rabah non plus n’a pas vu “le mouvement de chute de l’arme”. Mestari lui-même ne donne pas cette version. C’est seulement le 20 juin 2001 devant les experts en balistique que le gendarme Mestari fait sienne la version de la chute de l’arme :

“Mon arme était accrochée à mon épaule droite et la bouche du canon était pointée vers le sol. En conduisant la victime vers le banc qui se trouve en face de l’entrée de la salle, subitement l’arme s’était glissée (sic) de mon épaule. Lorsque j’ai voulu la réajuster une rafale de 6 cartouches s’était déclenchée dont 3 ont occasionné des blessures sur mon collègue qui se trouvait à la droite .. ; et les 3 autres sur la victime qui était à ma gauche”.

  • Mais d’après les experts, il y a eu 2 rafales. On lit ainsi en page 3 du rapport, et au paragraphe : “C. reconstitution de la scène du crime” :

“En résumé, il résulte de cette reconstitution que le prévenu et la victime faisaient face au comptoir. L’arme, accrochée à son épaule droite, s’était glissée (sic) au moment où il conduisait la victime vers le banc de la salle de permanence : une rafale de 3 cartouches avait été tirée, causant 3 impacts sur le sol et blessant ainsi le gendarme qui se trouvait à proximité du comptoir. Surpris par le recul de la culasse et voulant maîtriser son arme, le prévenu avait, par inadvertance, dévié l’arme de sa direction vers la gauche, ce qui avait déclenché une seconde rafale de 3 cartouches, causant les blessures à la victime au niveau des membres inférieurs”.

Pour vérifier l’état de fonctionnement de l’arme, les experts ont procédé à un tir d’essai de plusieurs cartouches. Ils déclarent (p.5 du rapport) : “aucun incident de tir n’a été enregistré”.

En “conclusion”, ils déclarent, entre autres (p.6) :

  • Si on n’actionne pas la détente, l’arme incriminée ne provoque aucun tir lorsqu’elle tombe de l’épaule. 7. La chute de l’arme sur le sol ne peut déclencher la détente et engendrer les tirs”.
  • Il résulte ainsi de cette conclusion que la chute de l’arme n’est pas la cause des tirs, qu’il a fallu, par deux fois, actionner la détente pour faire partir d’abord 3 balles, puis 3 autres.

Il faut un hasard singulier pour que, par deux fois et dans un mouvement de chute incontrôlé, le doigt du gendarme se pose sur la détente et appuie involontairement. On peut, semble-il, expliquer la seconde rafale par le doigt resté crispé sur la détente après la première rafale, mais les experts n’envisagent pas cette hypothèse qui est sans doute hors de leurs attributions.

  • Indépendamment de ces supputations, des conditions de l’interpellation des deux jeunes gens qui restent non élucidées, de la question de savoir si le tir a été volontaire ou non, ce qui sera déterminé par la juridiction de jugement, il reste la gravité même du comportement du gendarme, qui garde à l’intérieur de la brigade, et face à plusieurs personnes, le cran de sûreté levé, et balle au canon. Se peut-il qu’un gendarme “ignora” que son arme était non sécurisée et armée ? On peut à tout le moins parler de ce que les juristes appellent en droit civil, la “faute lourde équipollente au dol” , qui assimile alors l’acte involontaire à l’acte volontaire.
  • Trois membres de la Commission ont assisté à la procédure judiciaire complémentaire de reconstitution des faits dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Béni-Douala en date du 1er juillet 2001. Cette reconstitution n’a pas apporté d’élément nouveau significatif sinon que les déclarations du gendarme Mestari et celles de son collègue Benferdi Mounir se rejoignent sur l’idée de l’arme qui glisse de l’épaule de Mestari avant le déclenchement du tir de six balles en deux rafales de trois balles chacune. Ces déclarations faites le 1er juillet 2001 sont en contradiction avec certaines de leurs déclarations consignées antérieurement.

Il reste que les explications apportées tant par le prévenu que par le témoin Benferdi et même les conclusions des services de la police scientifique s’agissant de la trajectoire des tirs, ne concordent pas et ne sont pas satisfaisantes. En prenant en considération le fait que l’arme n’a pas présenté de défection mécanique lors de son examen par les experts en balistique, et la conclusion de ces derniers, il est possible de déclarer que le tir n’a pas été provoqué par la chute de l’arme, mais par une pression sur la détente de Mestari, dans des conditions qui n’ont pas encore été élucidées de façon satisfaisante par l’information judiciaire en cours.

  • Le témoignage de Merakeb Koceila eut été capital dans la mesure où ses déclarations font état de brutalités exercées sur sa personne et sur celle de Guermah Massinissa. Malheureusement les services de gendarmerie affirment avoir été dans l’impossibilité d’acheminer sa convocation à assister à la reconstitution.
  • Lors de celle-ci, les membres de la Commission ont eu à constater la présence, en nombre, de gendarmes confinés dans des locaux et dans des conditions d’hygiène déplorables, avec l’absence complète de contact avec l’environnement immédiat. Cette situation risque d’entraîner des conséquences néfastes sur le moral des éléments, et des comportements de nature à amener à une nouvelle confrontation avec les jeunes de la région.

Le rapport d’autopsie et l’examen de ce rapport indiquent que les balles sont parties de haut en bas. Alors qu’une arme du type de celle que détenait le gendarme Mestari, qui échappe au contrôle de son détenteur, a plutôt tendance à bondir de bas en haut… Le rapport d’autopsie relève que les balles qui ont atteint la victime décrivent une trajectoire oblique de la droite vers la gauche et du haut vers le bas. C’est une trajectoire contraire au mouvement de l’arme : le FA Kalachnikov est une arme d’assaut dont l’angle d’incidence important l’entraîne naturellement du bas vers le haut. Le mouvement contraire observé par le médecin légiste n’est pas convaincant.

2 – le jeune Guermah Massinissa est décédé le 20 avril 2001 à l’hôpital Mustapha des suites de ses blessures.

Dans un rapport du lendemain 21 avril 2001 (n° 140/2001) adressé par le commandement de la gendarmerie nationale à Monsieur le ministre de l’Intérieur, il est signalé “un mouvement de mécontentement et d’indignation … au sein de la population de Béni-Douala, se traduisant par l’envoi d’une requête au commandant du groupement de la wilaya de Tizi-Ouzou…”. Le rapport croit devoir ajouter que les habitants du village de Béni-Douala sont de tendance FFS et ont de tout temps “manifesté une hostilité envers le Pouvoir et les services de sécurité, et particulièrement la gendarmerie nationale”.

Voilà donc l’explication : le décès du jeune Guermah est imputable à l’hostilité de Béni-Douala au Pouvoir et à ses sympathies FFS !

Mais on relève dans les “documents additifs” transmis par le ministère de l’Intérieur, une résolution de l’APW de Tizi-Ouzou du 30 avril 2001 et transmise directement au ministre de l’Intérieur. Cette résolution rappelle l’appel lancé le 22 avril 2001 par lequel l’APW attirait l’attention des autorités sur les dépassements des brigades de gendarmerie.

  • Dans un “rapport additif” du 24 avril 2001 (n°145/2001), le même commandement de la gendarmerie porte à la connaissance du ministre de l’Intérieur “l’évolution de la situation à travers la circonscription de la commune de Béni-Douala”. Il signale que dès le 21 avril à 8h30 des manifestants ont contraint les directeurs des établissements scolaires et les commerçants à cesser toute activité. A 9 h, une foule “estimée à environ 300 personnes” s’est rassemblée devant le siège de la brigade locale, lançant des projectiles et scandant des slogans hostiles au pouvoir.

Cette même foule, à laquelle se sont joints d’autres personnes, s’est scindée en deux groupes ; le premier s’est introduit à l’intérieur de la cour de la brigade où il a mis le feu à des pneus usagés apportés à cet effet, “pour ensuite incendier l’emblème national” et tenter d’investir les locaux administratifs après avoir détruit le mur d’enceinte de l’unité et arraché le portail de l’entrée secondaire. Les gendarmes ont fait usage de bombes lacrymogènes.

Le second groupe s’est dirigé vers le siège du détachement de la garde communale, mitoyen de la brigade, d’où il a été repoussé par des tirs de sommation. La foule fut dispersée par l’intervention des unités du GIR 12 de Tizi-Ouzou dépêchées sur les lieux.

  • En prévision de l’enterrement du défunt Guermah Massinissa, prévu pour le 23 avril 2001, deux escadrons d’intervention du GIR de Tizi Ouzou ont été acheminés et positionnés à Béni-Douala, un escadron d’intervention renforcé d’une section du GIR de Réghaïa fut prépositionné à Tizi-Ouzou. Trois escadrons d’intervention relevant des GIR de Bouira, Chéraga et Zéralda ont été mis en état d’alerte.

Le 22 avril 2001 à 19h45, la dépouille mortelle de Guermah Massinissa arrive au domicile mortuaire, sis à Tizi Hibel, commune de Aït Mahmoud, daïra de Béni-Douala.

Le 23 avril 2001 à 11h30, 300 personnes, toujours selon les chiffres du rapport additif, se sont rassemblées devant le siège de la brigade locale de Béni-Douala et ont lancé des pierres en direction l’édifice. Cet attroupement a été dispersé par les gendarmes.

A 13 h, le défunt est inhumé au cimetière de Tizi-Hibel et une foule estimée à 4000 personnes assiste aux obsèques. A l’issue des funérailles, le père de la victime “a invité l’assistance à observer le calme et à laisser la justice suivre normalement son cours”. Toutefois, selon le même rapport, 500 personnes environ se sont dirigées vers Béni-Douala, distante de 7 km, dans l’intention d’organiser une marche. Quatre cents manifestants se seraient livrés par intermittence à des jets de pierres en direction des membres des forces de l’ordre et tenté d’investir et de détruire la porte principale de la Recette des postes et télécommunications. Ils ont été refoulés.

Ces mêmes manifestants ont tenté de s’introduire à l’intérieur du siège du détachement local de la garde communale, laquelle aurait tiré des coups de feu en l’air. Les unités d’intervention sont intervenues pour rétablir l’ordre.

Le même jour, 23 avril 2001, aux environs de 16h, des manifestants se sont introduits à l’intérieur du siège de la recette des contributions diverses où après avoir fait sortir le mobilier et les documents, y ont mis le feu et se sont dispersés aux environs de 20 heures.

Le rapport précise que les suites judiciaires concernant le gendarme Mestari Merabet, de la brigade de Béni-Douala et auteur d’un homicide, que le rapport qualifie d’involontaire, sur la personne du nommé Guermah Massinissa, seront rendues publique par voie de presse.

Ainsi donc, et malgré ce qu’on a pu déclarer ici et là sur le “calme relatif” qui aurait régné après l’accident du 18 avril, les mouvements de foule ont commencé dès le 20 avril 2001, jour du décès du jeune Guermah et les autorités alertées.

3. – Affaire de Oued Amizour : Le dimanche 22 avril 2001, à 10h30 trois collégiens de Oued Amizour, faisant partie d’un groupe conduit par leur moniteur de sport, sont interpellés et conduits à la brigade de gendarmerie locale, motif pris d’outrage à l’encontre des gendarmes de la brigade.

Ceci devait entraîner, dès 14 h, des manifestations accompagnées de jets de pierres devant la brigade, la sûreté de daïra, le siège de l’APC et la daïra. Les manifestants mirent le feu au véhicule appartenant au sergent chef Sersoub, auteur de l’interpellation des 3 collégiens. Le même jour à 15 heures, le wali de Béjaïa, accompagné des membres de la Commission de sécurité de wilaya, s’est rendu sur les lieux, mais ne semble pas avoir calmé les esprits.

Dans un rapport du 23 avril 2001 (n°142/2001) adressé par le commandement de la gendarmerie nationale au ministre de l’Intérieur, on relève que vers 19h30, la foule a mis le feu à des bureaux du siège de la daïra ; qu’à 21h45 et, après avoir été dispersée, elle se réunit une 2e fois pour se rendre au siège de la daïra où elle a incendié un véhicule appartenant à cette administration, qui était à l’intérieur de la cour.

Toujours le même jour, à 23h45 et d’après le même rapport du 23.4.2001, un tract “à caractère tendancieux”, émanant du bureau local du FFS a été placardé sur les lieux. Le 23 avril 2001 une foule nombreuse effectue une marche au centre-ville, en direction de l’APC, lançant au passage des projectiles en direction des sièges de la brigade de gendarmerie et de la sûreté de daïra ;

On apprend d’après le même rapport, qu’indépendamment du dispositif déjà mis en place, des renforts constitués de deux escadrons d’intervention de Jijel et Bordj Bou-Arréridj ont pris position respectivement à Souk El Thenine et Sidi Aïch. Une commission d’enquête est annoncée par ce rapport.

Le tract du FFS, joint à ce rapport, décrit autrement les incidents. Il indique que les trois collégiens ont été enlevés en plein cours par la gendarmerie, que l’enseignant devant qui ces faits ont eu lieu, a subi une pluie d’injures et de menaces avec des klachs. Que les collégiens ont été séquestrés et passés à tabac dans l’enceinte de la brigade. Le tract, daté du 22 avril 2001 parle “d’une opération planifiée” pour faire basculer la région “dans une spirale de violence”. Il parle de l’impunité qui a “ouvert la voie aux atteintes systématiques aux droits de l’homme, aux libertés démocratiques et à la liberté d’expression”. La section locale du FFS prévient et dénonce “ce plan diabolique concocté dans les laboratoires”, et appelle la population ” à demeurer vigilante, à ne pas répondre à la provocation et à déjouer tous les complots d’où qu’ils viennent”.

Il est significatif de mesurer la distance qui sépare le rapport de la gendarmerie et le texte du FFS. Alors que dans le premier, le sergent Sersoub Mouloud n’a interpellé les trois collégiens qu’à l’effet “d’aviser leurs parents sur leur comportement pour ensuite les relâcher”. Dans le tract du FFS, d’une demi-page, il est fait successivement mention d’une “opération planifiée”, d’un “plan diabolique” et de “complots”.

Deux jours après le premier rapport, le commandement de la gendarmerie nationale adresse au ministre de l’Intérieur un second rapport, du 25 avril 2001 (n° 146/2001), dans lequel il mentionne dès le premier paragraphe que les incidents se sont étendus à Béjaïa, Aokas, Tichy, Akbou, Oued Ghir, Sidi Aïch, Akfadou, Chemini, Adekar, Berbacha, Sémaoune Feraoun, Sedouk, Béni Maouche, Tizi-Ne Barbar et Ouzelaguène … soit 16 localités.

Force est de déduire que, soit il y a eu effectivement un plan, soit que la provocation était tellement grave qu’elle a entraîné des perturbations dans 16 localités. Des marches et des saccages sont signalés ; le même rapport fait état des moyens engagés pour rétablir l’ordre : 6 escadrons venant d’autres localités, et un 7e de Annaba, “prépositionné pour une interventions éventuelle”.

L’enquête ordonnée plus haut est effectuée le 23 avril 2001 par le lieutenant colonel Taallah Omar. Il signale le comportement du sergent-chef Sersoub Mouloud, en ce que ce chef de patrouille “a répondu à la provocation en conduisant au siège de la brigade 3 adolescents qui ont proféré des propos outrageants…”, “qu’il a manqué de maîtrise et de sang froid”, que des sanctions disciplinaires suivies de la relève immédiate de ses fonctions ont été prises à son encontre.

Dans le premier rapport de gendarmerie, du 23 avril 2001 (n° 142/2001) et dans le rapport d’enquête du lieutenant colonel Taallah Omar, les trois collégiens auraient été relâchés par le sergent chef Sersoub. Dans une annexe à une lettre du 6 mai 2001 (n° 115/2001) du wali de Béjaïa adressée à Monsieur le ministre de l’Intérieur, intitulée “faits saillants ayant marqué le mois d’avril 2001, on lit : “22 avril 2001-10h30 ” “Interpellation par la brigade de gendarmerie nationale d’Amizour de trois élèves du CEM Emir Abdelkader au moment où le professeur les conduisait vers le stade pour u ne séance de sport”. “Libérés aussitôt par le commandant de compagnie de la gendarmerie nationale sur intervention de Messieurs le chef de daïra, le commandant de compagnie de la gendarmerie nationale et le président de l’APC d’Amizour”.

A la même page on lit : “A 15 heures : déplacement de Monsieur le wali et tenue d’une réunion au siège de la daïra d’Amizour en présence du chef de sûreté de wilaya adjoint, du commandement de groupement de gendarmerie nationale, du procureur général, du chef de daïra et du président d’APC, pour tenter de calmer les esprits…”. Les esprits ne se sont pas calmés … :

  • le wali s’est rendu le jour même sur les lieux, accompagnés des autorités mentionnées ci-dessus :
  • le chef de brigade a été immédiatement relevé, six escadrons ont été engagés et un septième “prépositionné”
  • seize localités se sont embrasées dans les deux jours qui ont suivi l’incident. Tout cela n’est pas habituel, et il fallait que l’incident fut particulièrement grave, et ressenti comme une provocation ou l’expression d’un “complot”’. Ici, aussi les autorités ont été alertées.

IV – L’utilisation des munitions de guerre

I – Les faits Dans un message du 25 avril 2001 (2001/363), émanant du chef de la division de la Sécurité publique/Commandement Gendarmerie nationale, et adressé aux commandants régionaux de la 1 et 5 « pour action », et aux commandants des groupements de wilaya de la sécurité de Tizi Ouzou et Béjaia « pour action » également, et signé du colonel Maameri Ahmine, on lit :

« Dans le cadre des opérations de rétablissement de l’ordre public qui se déroulent dans vos circonscriptions respectives, il est rappelé que les munitions de guerre doivent être retirées aux personnels agissant en opération de maintien de l’ordre. Ces mesures doivent être strictement observées ».

Ce message semble être un rappel d’instructions antérieures. Il est adressé selon toute vraisemblance à 21h 15. S’il avait été immédiatement exécuté compte tenu de son caractère impératif et de son urgence, cet ordre aurait permis d’éviter les sept morts survenues le lendemain 26 avril dans la wilaya de Béjaïa, très certainement les 8 morts constatées dans la wilaya de Tizi Ouzou le 27 avril 2001, et les 16 autres constatées le 28 avril toujours dans la wilaya de Tizi Ouzou.

Cette instruction est à rapprocher des déclarations faites par le commandant régional de la Gendarmerie de Tizi Ouzou lors d’une conférence de presse tenue le 2 juin 2001 à Tizi Ouzou, reprise par le quotidien El Moudjahid dans son édition du 3 juin 2001, page 9. Cet officier supérieur de l’Arme déclare qu’il avait lui-même retiré le 15 avril les cartouches aux gendarmes.

Ce quotidien rapporte que ce même officier jure à cette occasion que pour l’affaire Guermah, il s’agit d’un accident et que celui-ci revêt aucun caractère inavoué, pas plus qu’il ne constitue une manœuvre visant à soulever la région. Cette déclaration, lourde de sens, constitue une tentative de réponse à une interrogation qui traverse les esprits, s’agissant d’un événement faisant l’objet d’une information judiciaire en cours et ayant entraîné beaucoup d’autres.

Ainsi donc, le 15 avril, le commandant de l’Arme dans la wilaya de Tizi Ouzou retire les munitions, ce qui n’empêchera pas, trois jours plus tard, un de ses éléments, dans les locaux d’une brigade de Gendarmerie à Béni-Douala d’affirmer qu’une ou deux rafales, suivant les déclarations, seraient sorties accidentellement de son arme. Curieuse manière d’exécuter les ordres !

Un second message en date du 21 mai 2001 (01/304/M B.S.P.R.) émanant du commandant du groupement de la wilaya de Béjaïa et destiné, à titre de compte-rendu, au commandant du 5ème commandement régional de Constantine, au Chef de division sécurité publique/CGN, chef du centre opérationnel CGN, et chef du centre opérationnel de la 5e/CTRGN Constantine, et « pour exécution », à tous les commandants de compagnie, commandants de l’ESR et commandants des Escadrons 532 GIR Bordj Bou-Arréridj et 563 GIR Jijel, est ainsi conçu :

« Dès réception des instructions ci-après qui doivent être appliquées par tous les Chefs d’unité et responsables des opérations du maintien de l’ordre. « A – Il est rappelé qu’il est strictement interdit à tout militaire quel que soit son grade d’avoir sur lui des munitions de guerre. La responsabilité du chef est entièrement engagée en cas de défaillance ou non-exécution de cet ordre. « B – Chaque responsable à tout échelon doit veiller à l’application de ces instructions et procéder personnellement à la fouille à corps de tout militaire avant tout déplacement ou déploiement et ce, à l’unité. « C. L’usage de lacrymogènes se fera rationnellement et à bon escient ; j’insiste à ce que le premier tir soit effectué par l’officier directeur des opérations. « D…………… « E…………… « F. N’intervenir que pour rétablir l’ordre en collaboration avec les éléments de la Sûreté nationale et ce, quand le besoin s’en fait sentir. « G. Mettre un dispositif dissuasif pour assurer la protection des casernes et personnels en délimitant un périmètre de sécurité. « H……….. Le caractère contraignant de ces instructions suscite nombre d’interrogations quant aux modalités d’intervention des éléments de la Gendarmerie depuis le 15 avril 2001. Tout donne à penser que le commandement de la Gendarmerie avait pris des dispositions pour parer à l’éventualité de manifestations à l’occasion de la célébration du « Printemps berbère ». Or il n’a pas été obéi.

II – Le droit Aux termes de l’article 99 de la loi 90/09 du 7 avril 1990, « le wali peut, lorsque des circonstances exceptionnelles l’exigent, faire intervenir les formations de police et de Gendarmerie nationale implantées sur le territoire de la wilaya par voie de réquisition ». Les dispositions édictées par l’article sus-visé n’ont fait l’objet d’aucune modification dans leur exécution après la promulgation du décret présidentiel 92/44 du 9 février 1992 portant instauration de l’état d’urgence, en vigueur à ce jour.

La référence à ce texte réglementaire est nécessaire au vu du document en date du 22 mai 2001 émanant du commandement de la Gendarmerie de wilaya de Béjaïa qui informe ses supérieurs hiérarchiques du refus du wali de Béjaïa de délivrer des réquisitions écrites « en dépit de l’insistance » du commandant de Gendarmerie de la wilaya.

Interrogé verbalement, le wali de Tizi Ouzou, affirme n’avoir jamais délivré de réquisition, ni avoir jamais été sollicité pour ce faire, par quelque autorité du ressort de la wilaya.

Les observations qui précèdent amènent à s’interroger sur les motivations qui sous-tendent la protestation du commandant de Gendarmerie de la wilaya de Béjaïa, soudainement soucieux, le 22 mai 2001, soit plus de un mois après le déclenchement des troubles, de mettre le comportement de son Arme en conformité avec la réglementation en vigueur.

Pour mémoire, il y a lieu de rappeler que le décret 83/373 du 28 mai 1983 précisant les pouvoirs du wali en matière de sécurité et de maintien de l’ordre public fait obligation de recourir à des réquisitions écrites et motivées. Sur le plan juridique, les actions menées en dehors du cadre réglementaire sus-visé revêtent donc le caractère d’une voie de faits mettant en cause la responsabilité directe des structures en cause.

La commission d’enquête n’a pu accéder aux actes des commissions de sécurité des wilayas concernées tels que prévu par le décret 83/373 du 28 mai 1983 en son chapitre 4, et mises en application par l’instruction interministérielle (ministère de l’Intérieur et ministère de la Défense nationale) du 9 juillet 1983.

Ce qui précède ne constitue que l’un des aspects des dysfonctionnement de l’Arme, qui apparaissent, par exemple dans la façon souvent contradictoire, dont les faits sont rapportés à propos des affaires aussi sensibles que celles de Béni-Douala et Oued Amizour et dans l’inexécution des ordres, donnés par écrit et réitérés.

V – Les mises en garde

Dans un message du 27 avril 2001 (N°) 153/2001) le commandant de groupement de wilaya de Tizi Ouzou, s’adresse à sa hiérarchie d’Alger et de Blida, ainsi qu’à M. le wali de Tizi Ouzou, et rend compte de la gravité de la situation et de l’hostilité montante contre les gendarmes, et estime. « Impérieux d’impliquer et en urgence les autres services de sécurité et d’entreprendre d’autres actions destinées à dissuader les appels de ces manifestations hostiles par les partis politiques ».

A. à défaut, il prévient : « Dans le cas contraire les unités isolées ne peuvent répondre que par l’usage des armes… ». Il ne semble pas que cet appel et que cet avertissement aient été entendus, puisque le recours aux armes était devenu courant, se soldant par le nombre de décès et de blessés indiqué plus haut.

Cela est devenu tellement inquiétant que dans un message du 21 mai 2001, reproduit plus haut, le commandant de Gendarmerie de Béjaïa rappelle l’interdiction à tout militaire d’avoir sur lui des munitions de guerre, que la responsabilité du chef est entièrement engagée, et que : « B/ Chaque responsable à tout échelon doit veiller à l’application de ces « instructions et procéder personnellement à la fouille à corps de tout « militaire avant tout déplacement ou déploiement, et ce à l’unité. Stop ».

Cette fouille à corps doit être la suite de la désobéissance à une précédente prescription du commandement de Blida, et sans doute de tous les commandements régionaux, du 26.04.2001, répercutant apparemment un message du Commandement de la Gendarmerie nationale du 25.04.2001, n° 363, également reproduit plus haut, qui rappelle :

« Dans le cadre des opérations de rétablissement de l’ordre public qui se déroulent dans vos circonscriptions respectives, il est rappelé que les « munitions de guerre doivent être retirées au personnel agissant en opérations de maintien de l’ordre. Ces mesures doivent être strictement observées ». Ou bien que le commandement de la Gendarmerie est parasité et que d’autres forces -internes ou externes au corps- donnent des ordres contraires.

  • La brigade de gendarmerie de Beni-Douala s’est particulièrement distinguée, elle a fait l’objet d’une pétition signée du 2.08.1999 adressée au commandant de Gendarmerie de Tizi Ouzou. Cette pétition fait état de la situation alarmante qui prévaut à Taguemount Azouz, dans la daira de Béni-Douala : vols, vente de drogue, vente illégale de vin, lieux de débauche, insultes de la part des gendarmes, intimidation à coup de rafales. Les signataires demandent « le changement radical de tout le corps de cette brigade qui, actuellement, n’honore pas nos services de sécurité… ».

Une deuxième pétition, adressée aux autorités civiles et militaires, arrivée au cabinet du wali de Tizi Ouzou le 11 décembre 1999, réitère ces griefs, rappelle un crime non élucidé, en date du 5.03.1999 et dénonce « le comportement indécent de certains éléments de la brigade de Gendarmerie de Béni-Douala ».

Ces pétitions ne semblent avoir abouti qu’à la mutation et au remplacement du chef de brigade de Béni-Douala à compter du mois de janvier 2000 (lettre de M. le wali de Tizi Ouzou à la Commission nationale d’enquête du 16 juin 2001 – n° 19/CAB/2001).

Dans une lettre du 21 avril 2001 (n°531/2001) le président de l’APC de Beni-Douala lançait encore à M. le wali de Tizi Ouzou un appel dramatique. Il signale que « la situation prend des proportions inquiétantes », qu’il y a lieu de prendre les mesures nécessaires, « notamment avec les groupes de Gendarmerie nationale, de manière à interpeller les éléments de la Brigade de Béni-Douala, de surseoir aux tirs de sommation et l’utilisation de bombes lacrymogènes qui ne peuvent conduire qu’à des conséquences fâcheuses ».

Dans une lettre du 5 mai 2001 (n° 421/2001), adressée à M. le wali de Tizi Ouzou, le président de l’APC de Tadmaït rend compte du comportement de certains éléments de la Brigade de Gendarmerie de sa localité. Il écrit entre autres : « Nous ne comprenons pas ces agissements et nous nous posons des questions encore une fois quant aux objectifs de ces provocations ». « Nous constatons avec regret qu’au moment où des voix s’élèvent pour appeler au calme, ces gens continuent à attiser le feu en allant chercher des jeunes chez eux pour les massacrer ».

  • Dans une note de synthèse du 15/05/2001, le centre des opérations du commandement de la Gendarmerie nationale fait état d’une plainte pour vol de son kiosque, émanant du nommé Yacoubi Akli, commerçant à Azzeffoun, mettant en cause « des éléments de renfort ».

Les premiers éléments de l’enquête ouverte par la brigade de la Gendarmerie locale « ont permis la découverte d’objets signalés volés auprès de certains gendarmes (éléments de la Brigade locale et de GIR d’Oran) ».

  • Dans une lettre du 26 avril 2001 (n° 2592) adressée au ministre de l’Intérieur, le directeur général de la Sûreté nationale rend compte de la situation et de l’évolution du mouvement, dans les wilayas de Tizi Ouzou et Béjaïa. Il signale la grogne qui règne, le rôle des partis politiques et associations, et prévient : « Aussi, il est clair que tous ces appels et les lectures partisanes qui sont faites de la situation, sont susceptibles d’influencer le cours des évènements et de provoquer un embrasement, pouvant prendre la forme d’une insurrection ».

Dans une autre lettre, non datée mais portant le n°3131, le même haut fonctionnaire fait parvenir à son ministre, copie de quatre communiqués, émanant de syndicats locaux et écrit : « Aux termes de ces écrits, il est réitéré la plate-forme de certaines revendications, portant sur l’injustice, l’impunité, les revendications démocratiques et socio-économiques », et appellent à une « grève générale, marche et meetings », pour le samedi 19 mai 2001 à Béjaïa. La revendication identitaire n’était plus la préoccupation première.

  • On relève d’autres messages de Chefs de daïra, notamment de Draa El Mizan et de Tizi Ouzou, Boghni, Ouzellaguen, Larbaâ Nath Iraten, Ouaguenoun et Beni Yenni. Le dernier fait état d’une situation alarmante. Les autorités étaient mises au courant et prévenues.

VI – Les témoignages

Les membres de la Commission qui se sont déplacés à Tizi Ouzou et à Béjaïa ont entendu, malgré la réserve exprimée à l’encontre de toute commission d’enquête, des autorités, des élus, des universitaires et de simples citoyens dans chacune de ces deux villes et alentour.

Jughurta et Ali, de Béni-Douala, Slimane, étudiant, Nacéra étudiante, Hamid, commerçant, Rachid, Djazira et Hocine, Nourredine. Ils sont de Beni Douala, Aïn El Hammam, Tizi Rached, Mekla, Maâtkas.

Ali, de Beni Douala, déclare que le jeune Massinissa avait été « embarqué » par un gendarme et deux civils dans une voiture Laguna, et qu’il a été torturé. Les personnes qui étaient autour de lui confirment la version.

A Tizi Ouzou, le jeune Boughrara, sortie de chez lui pour rejoindre un groupe qui était en face des CNS, à une distance de 200 m environ, s’écroule, touché de 2 balles. La 3e est allée se loger dans le mur du bâtiment.

A Aïn El Hammam, dit Djazira, 33 ans, un gendarme tire délibérément sur une femme à son balcon. Elle en meurt.

Deux jeunes gens de Tizi Rached, et dans une longue déposition, rapportent ce qui se passe chez eux. S’agissant du corps de la gendarmerie dans sa globalité, il lui est reproché :

  • sous le vocable de « hogra », de nombreuses exactions
  • de manière plus précise, la gendarmerie serait un corps corrompu avec la base un véritable système fondé sur une répartition des rôles. C’est ainsi que certains gendarmes se seraient spécialisés dans les cartes du service national, d’autres seraient les « parrains » du transport du sable, d’autres enfin « exploiteraient » les documents afférents aux véhicules automobiles.
  • le 3e grief a trait aux mauvaises mœurs et à la débauche puisqu’à Sidi Rached, localité rurale, existent 2 lieux de débauche, débit de boissons et cabaret, fréquentés par les gendarmes, qui par ailleurs, en garantiraient le maintien. Ceci est très mal accepté par la population.

Ils reprochent à un gendarme en particulier un certain Nabil, d’avoir délibérément commis un véritable meurtre le samedi 28 avril vers 13h. Ce gendarme, connu sous le sobriquet de Van Damme, aurait profité de ces graves évènements pour opérer un règlement de compte en assassinant Ahmane Mourad, 38 ans, marié, 2 enfants. Les relations entre le gendarme et ce citoyen s’étaient particulièrement dégradées lorsque ledit gendarme, jeune et célibataire, s’était montré irrespectueux à l’égard des jeunes filles de la localité. Selon les 2 témoins, ce gendarme qui se trouvait sur la terrasse de l’édifice de la Gendarmerie le samedi 28 avril à 13h, a froidement mis en joue Ahmane, qui était debout à proximité de son lieu d’habitation, situé à plus de 100 m de l’édifice, et l’a abattu d’une balle de Séminov, tirée dans le crâne. Ce fait serait à l’origine d’une escalade de violence puisque les jeunes de Tizi Rached essayèrent à trois reprises de forcer le portail du siège de la Gendarmerie au moyen de 3 véhicules lourds, propriété de la commune.

Les griefs qui reviennent toujours et dans la bouche de tous, seront résumés par Noureddine, de Maâtkas : « La hogra, la corruption, les passe-droits sont la règle dans la wilaya de Tizi Ouzou ».

S’y ajoutent l’absence de sanction à l’encontre des responsables, l’absence de réaction des autorités politiques, et l’ordre de tirer, qui est bien venu de quelque part… dans des cas qui ne sont pas tous des cas de « légitime défense ».

Un haut responsable de l’Etat, exposant les faits qui se sont déroulés dans la wilaya de Tizi Ouzou, laisse percer son dépit : « On n’a pas le droit de faire subir à la région pareilles choses… « On n’a pas le droit de sacrifier la région… On n’a pas le droit d’exploiter pareillement la mort de Maâtoub Lounès… Aujourd’hui c’est… qui s’exprime, mais demain ce sera le simple citoyen qui s’exprimera… ».

Cinq universitaires, (deux sociologues, deux linguistes et un économiste) font un large exposé devant les membres de la commission.

Ils brossent un large panorama des problèmes de la région, qui vont de la sensibilité culturelle et identitaire au chômage et à la misère qui sévissent dans la région. Les corps de l’Etat sont accusés d’encourager la délinquance et la corruption. Le corps de la gendarmerie est soupçonné de complicité agissante et impunie avec des réseaux de trafic de sable, de proxénétisme et de circulation de la drogue jusque dans les établissements scolaires. Il semble, d’après ces témoins, que la situation de lutte contre le terrorisme ait donné des pouvoirs exorbitants à certains gendarmes, qui semblent échapper de fait au contrôle de leur hiérarchie et au contrôle social de la population puisqu’ils ne sont généralement pas originaires de la région (contrairement aux autres corps de police dont le recrutement serait plus local).

Les témoins se déclarent consternés par l’ampleur de la répression.

Trois membres de la commission se sont rendus le mardi 22 mai 2001, au siège de l’ONM, où ils ont rencontré le secrétaire général, son adjoint et le secrétaire général de l’ONEM.

Ils brossent un tableau général de la situation en Kabylie. Ils donnent des faits précis :

  • Le chef de brigade de Mekla a ordonné à ses gendarmes de ne pas tirer sur les manifestants et qu’il abattrait quiconque enfreindrait ses ordres,
  • Par contre, un autre chef de brigade est surnommé Ringo
  • A Larba Nath Irathen, ils ont appris que la police a tiré sur la stèle de Abane Ramdane
  • A Oued Aissi, des meurtres relatifs aux affaires de sable n’ont pas été élucidés.

Interrogés sur l’éventualité d’un complot, ils répondent par l’affirmative et ajoutent que « la cause amazigh est trahie ». Ils ne donnent pas plus de précisions. Les avocats de Tizi Ouzou, auxquels deux confrères membres de la Commission ont rendu visite, marquent leur réticence, mais parlent quand même. Les réticences sont expliquées par l’inefficacité des précédentes commissions, par le fait qu’elles ne sont destinées qu’à « anesthésier l’opinion et enterrer les problèmes ».

L’un d’eux résume et ironise : « le pouvoir tue et le pouvoir enquête ».

Ils attendent un signe fort des autorités politiques par exemple, et en premier des sanctions contre ceux qui ont donné l’ordre de tirer car, ajoute l’un d’eux « les gendarmes n’auraient jamais tiré sans l’ordre de leur hierarchie ». Ils donnent des informations, soit sur un ton affirmatif, soit au conditionnel. Ainsi, « les assassins de manifestants sont clairement identifiés par les citoyens et les comités de village ».

« Les rapports d’autopsie démontrent l’intention de tuer. Pour quelle raison utiliser des balles explosives ? Pourquoi tirer dans le dos ? Pourquoi l’absence de sanctions ? »

« La mort des 8 policiers de Tigzirt » ne serait pas le fait du GIA. « La population pense plutôt qu’il s’agit d’une vengence des gendarmes sur ces policiers, tous natifs de la région et qui avaient exprimé leur sympathie à cette même population ».

Il y aurait eu des échanges de tirs entre les gendarmes et les policiers. C’est ainsi qu’à Larba Nath Irathen, les manifestants ont saccagé le siège de la brigage sans toucher le commissariat de police mitoyen.

Un avocat ajoute : « Les gens s’interrogent sur la non-intervention de l’Armée, il s’agit donc d’une lutte de clans au sein du pouvoir ou chacun essaye de pousser l’autre à l’erreur, la population civile faisant les frais de toutes ces luttes intestines ».

Un autre avocat précise : « Nous ne sommes pas contre les gendarmes, mais contre le responsable qui a donné l’ordre de tirer sur les manifestants ».

« Le colonel de la gendarmerie, le commandant du secteur militaire sont toujours en place.

« Une victime transportée par Maître Fellahi, a été arrachée de ses mains par les gendarmes de la brigade de Mekla qui l’ont achevée ».

A Azazga, ajoute un autre, « un gendarme a tué quatre personnes par ailleurs, les criminels sont identifiés, les présidents des comités de village ont la liste de tous les auteurs de ces crimes, qui sont malheureusement toujours en liberté.

« Le résultat des travaux de la commission doit être publié dans la presse ».

Le groupe dit de Béjaïa, sous la responsabilité du bâtonnier Abdelwahab Benabid, se rendit dans cette ville le 21 mai 2001. Mais dès le 7 mai des contacts ont été entrepris avec les localités de Amizour, Sidi Aïch, Seddouk, Akbou, Ighzar Amokrane et Souk El Thenine pour recueillir des témoignages.

Le 21 mai 2001, le groupe rencontra M. le wali de Béjaïa. Celui-ci fit un tableau général de la situation. Il établit le bilan au 21 mai 2001 : 13 tués par balles et 82 blessés par balles. Le nombre total de blessés serait à cette date de 511 dont 87 gendarmes. Il signale la perte d’un œil de la petite fille d’un gendarme, ainsi que l’incendie des sièges des partis FFS et RCD à Amizour. Il attribue « ces évènements » aux éléments « trotskistes, du PST et notamment ceux activant au sein de l’éducation ».

Quant à l’incident d’Amizour, le wali reprend la version diffusée par les gendarmes. Il considère celui-ci comme pure coïncidence avec celui de Béni Douala, que les opérations de contrôle et de saisie des marchandises auprès des commerçants, qui avaient menacé de faire grève, entraient dans le cadre des attributions classiques du Darak. Mais le wali précise que les marchandises saisies ont été restituées, qu’il n’était pas au courant de cette initiative et qu’aucun ordre n’a été donné par lui. Qu’une réunion avait été organisée avec les services concernés et qu’il avait donné ordre « de ne plus entreprendre de telles démarches sans son accord préalable ».

Le wali donne les causes, économiques et sociales, qui ont influé sur les évènements. Il « n’a pas exclu une main cachée des gros commerçants concernés par l’import » ni une implication « de mains étrangères derrière tout cela ». Ce sont donc les « gros commerçants », et des « mains étrangères », qui auraient saisi, puis restitué, les marchandises, fait interpeller les trois collégiens d’Amizour et fait tirer sur Guermah Massinissa !

Les membres de la commission continuèrent leurs investigations. Les responsables de la santé leur parlèrent des morts et des blessés. Les enquêteurs essayèrent de récupérer les balles extraites des corps. En vain, les autorités invoquant tour à tour l’absence de telle ou telle personne, ou simplement l’erreur ou l’oubli.

A Tichy, Aokas, où le groupe est arrivé au milieu des échauffourées, les membres de la commission entendirent ce qu’ils avaient déjà entendu ailleurs : provocations, tirs à balles réelles, pillages et casse. Un président d’APC précise que « les dépassements sont programmés », et que les manifestations sont dues « aux provocations de darkis ». Les diverses autorités de Béjaia donnent, soit des versions déjà mises au point, soit des sanctions prises… tout ceci déjà entendu ailleurs.

VII – La presse

Les constats et les témoignages rapportés par la presse algérienne sont trop nombreux, trop précis et trop pleins de certitudes pour ne pas être relevés. Les témoignages de seconde main ne sont pas des preuves au sens juridique, mais la presse a occupé une place si grande et marqué si fortement l’opinion qu’elle ne peut pas laisser indifférent. Les sondages opérés dans la lecture des quelques quotidiens permettent de constater que sur plus de deux mois les dépassements continuent…

Le quotiden Le Matin du 23 mai 2001 rapporte (p.3) les témoignages déposés devant la délégation du Parlement européen, et plus précisément devant Mme Hélène Flautre, députée européenne, et son assistant Claude Taleb.

Le mari de Nadia Aït Abba, enseignante tuée à Aïn El Hammam, le 28 avril, déclare, tel que rapporté par le journal : les gendarmes ont violé les franchises scolaires. Ils ont saccagé de nuit l’école où enseignait la défunte avant d’écrire sur sa blouse : « Vive la gendarmerie nationale et à bas Tamazight ». Le journal rapporte que les gendarmes ont tiré sur des gens qui voulaient secourir des blessés. Ainsi, de M. Ouidir Salah, blessé au genou le 28 avril à Aïn El Hammam, qui dit avoir vu les gendarmes « empêcher les manifestants de secours les blessés ». Ce serait le cas de Aït Amar Omar « tué parce qu’il était venu secourir ».

Le père de Belhouane Azzedine, 25 ans, tué lors des émeutes qui ont éclaté à Larbaâ Nath Irahen, dira : « Le visage de mon fils a complètement sauté, preuve qu’il a été tué par des balles explosives. Il était méconnaissable ».

Les incendiaires continuent . La presse du jeudi 24 mai 2001 rapport à la une :

  • Kabylie : c’est l’escalade (Le Matin)
  • Liberté : Kabylie : dangereuse escalade
  • El Watan : Poursuite des émeutes à Béjaïa
  • Le Quotidien d’Oran : La situation s’aggrave à Béjaïa. C’est l’embrasement dans la région du Sahel à l’est de Béjaïa.
  • Le Soir : Excédée, la Kabylie se rallume.

Le même jour, les télévisions étrangères (TF1 et France 2) montrent la manifestation de 10.000 femmes à Tizi Ouzou.

Le quotidien Le Matin du 24 mai 2001 rapporte : « Hier vers 19h 30 des gendarmes ont fait usage de leurs kalachnikovs, en tirant sur les murs des maisons et des locaux commerciaux à Souk El Tenine. Ils ont même, selon des témoins oculaires, procédé à la destruction de pharmacies, de kiosques et de cabines téléphoniques au moyen de bulldozers et autres engins de travaux publics ». Le même journal rapporte qu’à El Kseur « les CRS ont violé plusieurs domiciles et quelquefois défoncé des portes ».

Le journal ajoute que « en réaction à la répression de plus en plus incontrôlée exercée par les forces de sécurité dans plusieurs localités de Béjaïa, les manifestants ont multiplié les destructions ces dernières vingt-quatre heures. Dans la seule ville de Kherrata, qui relève de la wilaya de Sétif, une station d’essence Naftal a été incendiée ainsi que la recette des Impôts ».

Le même journal rapporte (P.3) qu’à Tigzirt on continue à tirer à balles réelles.

La Nouvelle République, du même jour jeudi 24 mai 2001, rapporte (p.3) qu’à Maâtkas, un jeune manifestant « a été tabassé et déshabillé avant d’être jeté dehors. Cette même gendarmerie a, par ailleurs, proféré des obscénités et porté atteinte à l’honneur des habitants ». El Watan du même jour, rapporte (P.3) qu’à Tizi Ouzou des échauffourées nocturnes continuaient entre la population et les CNS. Il signale que « la résidence du commandant du groupement de Tizi Ouzou a failli être la proie des flammes. ».

Le même journal annonce (p. 23) un nouveau commandant de groupement à Tizi Ouzou. Plus d’un mois après le début des troubles qui ont éclaté dans la région !

Liberté du même jour, jeudi 24 mai 2001, signale l’attaque par des gendarmes d’un bar à Tizi Ouzou et les mauvais traitement infligés aux consommateurs que l’on a fait sortir.

Le même journal ajoute à la même page (3) l’attaque de la brigade de Tizi Ouzou à 22h 30 par une dizaine de jeunes gens qui, à l’aide de cocktails Molotov, ont incendié la brigade. Les gendarmes sortis, « ont décidé de s’en prendre aux premiers passants ». Et le journaliste déclare avoir vu de son bureau en direct « le passage à tabac de trois individus », l’un portant un cartable, les deux autres « d’un âge très avancé ».

Les CRS (sic) ne seraient arrivés qu’à 23h 15, mais à 00h55, les émeutiers « pas disposés à rentrer chez eux », auraient allumé un grand feu au niveau de la rue « menant vers l’hôpital Nedir ». Le journaliste ne donne pas la suite.

  • La presse du 19 juin 2001 fait état de troubles qui perdurent depuis maintenant deux mois et ne semblent pas devoir s’arrêter.

Un quotidien du 19 juin 2001 donne même le titre suivant à l’un de ses articles, à propos de Tizi Rached : « Des gendarmes pillent la ville ». L’article commence ainsi : « Après l’expédition punitive organisée récemment à Tizi Rached, les gendarmes viennent de franchir une étape dangereuse pour la survie-même de l’Etat en tant qu’Etat et Nation, en saccageant, pillant et brûlant pratiquement tout le chef-lieu de la commune de Tizi Rached »

Un quotidien du même jour affiche le titre suivant : « la tension demeure vive en Kabylie et s’étend à l’Est ». Il fait état de trois morts à Akbou, 40 blessés à Aïn M’lila et deux autres par balles à Draâ Ben Khedda et Ath Yenni. Annaba, Tebessa, Aïn M’lila, Batna, Khenchela, Guelma, El Tarf et Oum El Bouaghi sont touchées.

L’émeute semble être l’unique langage entre la société et le pouvoir.

Sous la plume de son reporter, Yahia Harkat, le quotidien Le Matin du mardi 26 juin revient sur les fusillades qui ont eu lieu à Draa El Mizan le jeudi d’avant (21 juin). Le journaliste se rend à l’hôpital Krim Belkacem de la localité et interroge les blessés.

Hakim raconte : « J’étais à 300 m de la brigade lorsque à partir de la bâtisse de la gendarmerie, un gendarme m’a tiré deux balles dans le dos ». (tir à balles et à grande distance).

A 10h 30 les premières rafales font les premières victimes : Didouche Ferhat (14 ans) décède au cours de son transfert vers un hôpital d’Alger, alors que Khalfouni Kamel (28 ans) rendra l’âme juste après son admission à l’hôpital. Ali (27 ans) a été touché par six balles dans les parties génitales. Il reconnaît avoir pris part à la « manif » de mardi où cinq jeunes gens ont été blessés par balles, mais ce jeudi, c’est au moment où il est sorti de la maison qu’il a été touché par les tirs d’un gendarme (tir à balles et à grande distance et sans motif de légitime défense).

Belabiod Hakim (29 ans) « était ce jeudi noir loin du siège de la brigade… mais il n’a pas échappé puisque Hakim a été touché par une balle dans le dos… : « jeudi, j’étais à 500 m de la brigade, à côté de la Casoral. Un jeune de Draâ El Mizan est blessé à l’œil par une bombe lacrymogène. J’accours pour le secourir, mais un gendarme qui a suivi mes mouvements, a tiré 4 balles dans ma direction dont une m’atteindra dans le dos. Son copain, Saïd Benzahi (21 ans), a été lui, touché à la cuisse : « c’est vers 14h qu’un gendarme m’a visé avec un séminov. Même les secouristes « n’ont pas été épargnés ».

M. Amrani Noureddine, n’est pas un émeutier. Père de famille, il travaille comme gardien à l’hôpital Krim Belkacem. Il témoigne : « Il devait être midi, ce jeudi, lorsque les gendarmes ont mis le feu à un champ de blé non loin de la brigade. Au moment où je suis intervenu en les interpellant sur le danger d’un tel acte, un des gendarmes n’a pas trouvé mieux que de me tirer dessus. La balle qui m’a atteint à la cuisse m’a transpercé le fémur. » Les gendarmes auraient même « tiré des balles et des bombes lacrymogènes en direction de l’hôpital », poursuit Noureddine.

Si Yahia Dahmane, commerçant, a eu les doigts tailladés lors des affrontements de jeudi. Pour lui « les gendarmes ont fait dans la provocation ». Mais, poursuit le journaliste, c’est jeudi que l’irréparable a failli se produire. 16 blessés par balles et des dizaines d’autres par des bombes lacrymogènes ont été enregistrés.

Améziane Mourad, 19 ans, a été touché par balles loin de la brigade à côté de l’hôpital. Pour lui, c’est la preuve que les gendarmes ont fait dans la provocation. Son collègue, Menas, 27 ans, tient, lui aussi, à témoigner : la balle qui l’a atteint lui a transpercé le bassin. C’était jeudi à 12h 30. Comme les autres blessés, il a été touché loin du siège de la brigade :

« J’étais un peu isolé de la foule quand j’ai vu un gendarme en position de tir dans ma direction. J’ai essayé d’esquiver mais la balle m’a atteint au bassin ». Aziz, 20 ans, a été l’un des premiers à être blessé, jeudi dernier à 10h. « Le gendarme m’a pourchassé d’une rafale de balles dont une m’a fracassé le péroné. Je suis donc tombé à terre, le gendarme a poursuivi sa course folle vers moi, sans doute pour m’achever. C’est grâce à des manifestants qui m’ont évacué à l’hôpital que j’ai eu la vie sauve ». Son état reste néanmoins critique.

Le journaliste signale que des manifestants avaient remis un chargeur de balles aux autorités locales, récupéré à Tizemrin, après qu’un gendarme eut tiré sur un mulet.

Conclusion

  • La réaction violente des populations a été provoquée par l’action non moins violente des gendarmes, laquelle, pendant plus de deux mois, a nourri et entretenu l’événement : tirs à balles réelles, saccages, pillages, provocations de toutes sortes, propos obsènes et passage à tabac. La commission n’a pas relevé de démenti.
  • Au commencement ce ne sont pas les foules qui ont été l’agresseur. Elles ne sont pas à l’origine des deux événements déclenchants (Guermah et Amizour). Si quelqu’un a forcément donné l’ordre de tirer à balles réelles, en revanche personne n’a donné l’ordre de cesser le feu.
  • Les gendarmes sont intervenus sans réquisition des autorités civiles comme la loi le stipule. Les ordres de la gendarmerie de ne pas utiliser les armes n’ont pas été exécutés, ce qui donne à penser :
  • Où que le commandement de la gendarmerie a perdu le contrôle de ses troupes.
  • Où que la gendarmerie a été parasitée par des forces externes à son propre corps, avec forcément des complicités internes, qui donnent des ordres contraires, et assez puissantes pour mettre en mouvement la gendarmerie avec une telle rudesse pendant plus de deux mois et sur une étendue aussi vaste.
  • La Gendarmerie nationale a été isolée et impliquée seule. Son appel (du mois celui d’un groupement régional) à impliquer les autres services de sécurité, et ses mises en garde, n’ont pas reçu d’écho.
  • La violence enregistrée contre les civils est celle d’une guerre, avec usage de munitions de guerre.
  • La légitime défense, notion juridique, est corrigée par l’opportunité politique. Au demeurant c’est une autorité tierce, en droit pénal, les tribunaux, qui apprécie l’état de légitime défense, et non l’une des parties.
  • Comparativement la manifestation sans précédent, du 14 juin 2001 à Alger, a pu être contenue sans usage d’armes à feu, et 20 ans auparavant, en Kabylie, la répression n’a pas engendré de morts. Les troubles qui ont affecté certaines localités de l’Est du pays ont cessé aussi vite qu’ils sont apparus, ce qui peut signifier que derrière les troubles qui ont secoué les wilayas de Kabylie, puis les autres localités, il y a volonté de l’homme.
  • Aucune force du paysage politique algérien n’est capable de soulever une région, sur une telle étendue et en si peu de temps, ni étendre les troubles à plusieurs localités de l’Est du pays et y mettre fin en quelques jours.
  • La mort de Guermah et l’incident d’Amizour ne sont que les causes immédiates des troubles constatés. Les causes profondes résident ailleurs : sociales, économiques, politiques, identitaires et abus de toute sorte. Les responsabilités sont situées en amont.
  • Les autorités et les institutions ont été averties dans des délais raisonables et le directeur général de la Sûreté nationale a même laissé prévoir une insurrection. Cela n’a reçu aucun écho et donne la désagréable impression que personne ne s’était senti concerné.
  • La Commission nationale d’enquête s’est heurtée à des réticences et des refus déguisés dans ses demandes de renseignements, documents, balles extraites et radiographies. Des « sachants » se sont manifestés, par téléphone ou par intermédiaire, mais déclarent ne pouvoir témoigner dans la conjoncture actuelle.
  • On ne peut justifier le laxisme et les négligences, comme on ne peut expliquer les dépassements, par l’insuffisance de la formation et ainsi justifier l’impunité des responsables, qui restent à identifier.
  • Les meneurs, les « récupérateurs » et les télévisions étrangères sont intervenus en aval. Ils n’ont pas déclenché les événements, qui ont commencé à Béni Douala pour s’étendre à 16 localités, puis Amizour pour gagner finalement 11 autres localités.
  • Si une « main » quelconque peut, aussi rapidement et aussi facilement, soulever une région du pays, loin des côtes, des ports et des aéroports, cela signifierait que l’Algérie est dangereusement vulnérable et que la République n’est pas capable de prévoir, déceler et contenir.
  • Ce sont là les conclusions provisoires de la Commission Nationale d’Enquête. Elle continuera les investigations lorsque les langues seront déliées, la peur disparue et les éventuels témoins sécurisés.

Alger le 7 juillet 2001

Liste des membres de la Commissionnationale d’enquête

Issaâd Mohand (professeur de droit, avocat, président de l’ex-CNRJ),Ablaoui Mohamed Arezki (avocat, bâtonnier d’Alger, membre de l’ex-CNRJ),Allouache Driss (avocat, juriste-enseignant, membre de l’ex-CNRJ), AmmedMostapha (ancien parlementaire), Bahloul Mohamed (économiste), BakelliAbdelouahab (ancien ministre, ancien parlementaire), Belabid Ali(architecte), Benabid Abdelouahab (avocat, bâtonnier de Sétif, membre del’ex-CNRJ), Benchaâbane Redouane (avocat, bâtonnier de Blida, membre de l’ex-CNRJ), Benhizia Mounir (juriste-enseignant, membre de l’ex-CNRJ), Benmesbah Djaffar (journaliste), Bennadji Cherif (professeur en droit), Boudiaf Ahmed Réda (avocat, bâtonnier national, membre de l’ex-CNRJ), Chenaïf Fatima Zohra (magistrat, membre de l’ex-CNRJ), Cherif Amor (avocat, ancien bâtonnier adjoint), Djeghloul Abdelkader (sociologue), Djilali Ghalib (professeur de médecine), Foudil-Bendjazia Chafika (avocat, membre de l’ex-CNRJ), Ghouadni Mahi (avocat, bâtonnier d’Oran, membre de l’ex-CNRJ), Ghouma Brahim (ancien parlementaire), Lakhdari Saïd (juriste), Louaïl Mohamed Lamine (magistrat, membre de l’ex-CNRJ), Meziane Ali (avocat), Remaoun Hassen (sociologue), Yanat Abdelmadjid (juriste-enseignant), Zekri Abdelaziz (industriel, ancien membre du CNT).

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interview de SAS

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

SID-AHMED SEMIANE, chroniqueur et auteur de « OCTOBRE, ILS PARLENT », dans une Interview Interview publiée dans le quotidien El Watan du 05 Octobre 2008


 

Il est surtout connu sous ses initiales : S.A.S. Et pour ses chroniques au vitriol dont il a abreuvé nos tabloïds, de Sur la tête de ma mère à ses débuts à Algérie-Actualité jusqu’à « Tag âla man Tag », son billet sulfureux à la « der » du Matin. Il avait récidivé récemment avec de belles chroniques urbaines dans le quotidien La Tribune sous le titre générique : Des Nouvelles du Dehors. Même si ce statut l’agace, Sid-Ahmed Semiane est un symbole fort de ce qu’on a pris coutume d’appeler « la génération d’Octobre ». Il est d’ailleurs l’un des rares à avoir écrit sur l’intifada fondatrice, lui qui a commis un opus qui est en soi un morceau de bravoure : Octobre, Ils parlent (éditions Le Matin, 1998). « Ils », c’est les Khaled Nezzar, Larbi Belkheir, Mohamed Betchine et autre Mejdoub Lakhal-Ayat (excusez du peu…). Notre trublion féroce, à la bouille juvénile, allait ainsi, en dictaphone et baskets, acculer sans trembler les pontes de l’époque. Depuis, SAS a signé d’autres ouvrages, tous traversés peu ou prou par le souffle tellurique d’Octobre. Le dernier en date : Au refuge des balles perdues (La Découverte, 2005). Introuvable en Algérie.

 

La première question qui me vient à l’esprit c’est : comment avez-vous vécu personnellement les événements du 5 Octobre 1988 ? Quel souvenir précis en gardez-vous ?

Le premier souvenir d’Octobre qui me reste et qui surgit à mon esprit à chaque fois que j’y repense est celui des chars. Bien sûr, il y a les victimes, il y a surtout l’abjection de la torture, les arrestations arbitraires… Mais pour moi, le premier souvenir d’Octobre, celui qui donne le la à la symphonie du désastre, c’est d’abord les chars. Cette tragédie mécanique, cette force arrogante, phallique, méprisante, qui se met en place dans une parfaite théâtralité, qui occupe l’espace en un rien de temps, un peu comme des acteurs qui s’installent sur scène dans l’obscurité, très rapidement, avant le lever de rideau, et sans que l’on se rende compte de leurs mouvements, de leurs déplacements… Ils sont déjà là et vous, vous êtes presque déjà mort. Cette vision des chars m’obsède. J’avais l’impression que leur seule présence était déjà chaotique. Qu’il ne fallait pas en rajouter. Je les voyais pour la première fois en vrai… Nous étions nombreux à les voir pour la première fois. Et ce n’était plus du cinéma. Nous n’étions plus avec John Wayne dans un film de guerre à gros budget. C’est vraiment abominable, un défilé de chars ; des chars nerveux, avec des soldats armés qui s’accrochent au-dessus, fonçant aveuglément sur la ville pour faire la guerre à des enfants. Nous étions nombreux à les voir pour la première fois et nombreux à avoir cet étrange sentiment que la monstruosité de leurs canons nous était entièrement dédiée. On sentait qu’il y avait une volonté de tuer, de faire mal, une volonté d’avilir l’autre et l’autre c’était nous. Je disais que les chars étaient un élément constitutif de notre histoire. C’est vrai. C’est un peu le parfait symbole de notre propre décadence. Si l’on devait choisir un symbole pour raconter nos échecs, ce serait forcément celui du char. Chaque génération a eu droit à son lot de chars. Nos parents, avec ceux de la guerre de Libération, de la Bataille d’Alger… puis, dès l’indépendance, le char a été là, toujours là, prêt à tout moment à manifester sa puissance pour écraser les paroles dissonantes, discordantes, qui ne chantaient pas dans la même gamme que les ténors du parti-Etat. Les chars de 1962, de 1965, de 1967, de 1988, de 1991, et ça continue… Les chars, et certainement l’ENTV, sont les armes les plus efficaces du pouvoir. Maintenant reste à déterminer laquelle des deux armes est la plus efficace et la plus meurtrière ?

 

En 1998, à l’occasion du dixième anniversaire d’Octobre, vous aviez conçu un livre fort remarqué intitulé : Octobre, Ils parlent. Vous êtes, à ce titre, l’un des rares intellectuels algériens à avoir écrit sur Octobre. Pouvez-vous nous parler un peu de ce livre ? Avez-vous rencontré des difficultés à faire parler justement les acteurs de l’époque ?

Vous savez que tous les acteurs que j’ai pu rencontrer, hormis ceux qui étaient en dehors des sphères du pouvoir naturellement, n’avaient quasiment jamais parlé à un média, ne s’étaient jamais exprimé ni sur cette terrifiante question d’Octobre qui était encore toute fraîche ni sur une tout autre question. C’étaient des petits empereurs vivant dans une espèce de cité interdite, des traders avant l’heure qui spéculaient sur le destin d’une nation en toute impunité. Ce ne fut pas facile, parce que les principaux acteurs se connaissaient entre eux. Ils avaient partagé le pouvoir, ils savaient ce qui s’était réellement passé, ils avaient chacun une part de responsabilité, ils étaient liés par le secret, l’intrigue, les enjeux et des années de dictature… Et puis moi qui arrive avec mon dictaphone et mon sac à dos pour poser des questions… c’était un peu kafkaïen comme situation. Ils n’étaient pas habitués à ça. C’était comme un bug cérébral. Ils ne comprenaient pas qu’on vienne les chercher pour les faire parler. Ils ont difficilement accepté les entrevues. Mais dès que le premier d’entre eux, peut-être le plus influent à l’époque et certainement le plus bavard de tous, avait donné son accord, les autres se sont dit qu’il était possible de le faire. Le premier ne voulait pas que je l’enregistre, ce que j’ai refusé catégoriquement. Il voulait parler et que moi je prenne des notes comme un secrétaire. L’enregistrement était dangereux pour lui. Ce sont des hommes qui travaillent sans preuves. Sans écrits. Il a fini par accepter quand je lui ai expliqué les difficultés d’abord techniques de faire une entrevue de plusieurs heures sans enregistrement, puis, je lui ai expliqué l’avantage que lui-même pouvait en tirer. C’était une preuve juridique autant pour lui que pour moi en cas de litige. Il a accepté. Quelques jours plus tard, quand j’avais fini par retranscrire le tout, il m’avait appelé pour que je lui restitue les cassettes. Faisant l’idiot, je lui dis que j’allais dès le lendemain lui envoyer une copie, il me dit non, je veux l’enregistrement. L’original. Pas de copie pour vous. Je lui ai expliqué que je ne pouvais pas le faire. Que les cassettes m’appartenaient, qu’elles constituaient un document de travail, et qu’il ne servait à rien que je lui mente en lui disant que j’allais les lui envoyer sans faire de copies pour moi. C’était inconcevable. Je crois que là j’étais prêt à laisser tomber le livre. Mais il n’avait pas insisté plus que ça. Aujourd’hui qu’il y a prescription, je peux raconter tout ça, tous ces travers… J’avais l’impression que ces hommes puissants étaient finalement d’une grande fragilité. Leur puissance, c’était leur silence, leur mépris… Ils se téléphonaient constamment les uns les autres. Dès que je quittais l’un d’eux, ils essayaient de savoir si je posais les mêmes questions, dans quel ordre et dans quel but… L’un d’eux, le plus zélé, est même allé jusqu’à vérifier mon « pedigree » pour voir si je n’avais pas de sympathie particulière pour l’ancienne puissance coloniale ! Avant d’entamer l’entretien, il m’a dit : avez-vous vécu en France ? Je dis non, pourquoi ? Il me dit sans gêne aucune que dans sa tentative d’en savoir un peu plus sur moi, il y avait cette information et qu’il voulait la confirmer. Je n’en revenais pas ! Mais je m’en foutais un peu aussi. Il fallait faire le livre. Le reste, ma foi, c’était un vrai délire… A un moment, ils avaient même conclu que je tentais de les piéger quand ils se sont rendu compte qu’une bonne partie du questionnaire était identique. Ce qui était normal, puisque je leur posais des questions sur le même événement et que je tentais d’avoir le point de vue de chacun sur les mêmes points qui restaient obscurs. Ils se concertaient en permanence. Il fallait qu’ils accordent leurs violons sur le même mensonge, ce qui n’était forcément pas facile pour eux. Je crois qu’ils ne s’étaient jamais dit avant de me rencontrer qu’il était possible qu’un jour, quelqu’un puisse leur poser des questions en toute liberté sur ce qui s’était passé durant les journées d’Octobre. Ils ne s’étaient jamais préparés à ce cas de figure, je crois. Ils ne s’étaient jamais justifiés de rien. Moi, ce que je voulais, c’était qu’ils parlent, d’où le titre d’ailleurs. C’était presque mon seul objectif. La vérité, vous pensez bien, était une option aléatoire. Je ne pouvais tout de même pas tout avoir. Je voulais les faire parler, qu’on entende leurs voix, qu’on inscrive quelque part sur des supports non périssables leurs mots… Des mots que d’autres pourraient utiliser comme base de données pour aller plus en profondeur dans un travail de vérité historique recoupée et vérifiée. Vous rendez-vous compte, les quatre principaux responsables d’Etat durant les événements d’Octobre que j’avais interrogés, quand je leur parlais de la torture, me disaient tous, sans sourciller, avec des trémolos dans la voix, qu’ils n’étaient pas au courant de cette abomination. L’un d’eux m’a même avoué, sans que je le torture, presque les larmes aux yeux, comme un très médiocre acteur de télénovela, qu’il n’avait appris que des cas de tortures existaient que des semaines après les sanglantes journées d’Octobre, et seulement quand les premières lettres de citoyens dénonçant cette abominable pratique arrivaient sur son bureau à la Présidence. Il m’avait juré sur la tête de ses enfants qu’avant d’avoir lu ces lettres, il n’était au courant de rien. Je savais que c’étaient de gros mensonges ce que me racontait cet homme puissant. C’était presque risible. C’était pathétique. Mais je n’allais tout de même pas l’obliger à dire la vérité. Ça, c’est le travail des juges. De la justice. D’une vraie justice…

 

Au terme de vos entretiens, pouvez-vous nous livrer votre conclusion « intime » quant à l’interprétation d’Octobre. Laquelle des thèses l’a finalement remportée : « chahut de gamins » ou manipulation ?

« Chahut de gamins », sûrement pas. Et franchement, j’en ai marre de cette histoire de manipulation. Je ne supporte plus ce mot. Ça fait plus de vingt ans que l’on tente de savoir si oui ou non le pouvoir (ou une partie de ce pouvoir luttant contre une autre partie) a manipulé la rue. Encore une fois, le débat est biaisé. Parce que cette interrogation n’est pas la bonne. Même moi, croyant bien faire, je me la suis posée. Mais c’est totalement idiot. Parce que, une fois encore, c’est le pouvoir qui choisit les termes du débat. C’est lui qui donne le la, nous laissant nous engouffrer tête baissée dans une équation inextricable. Tous les pouvoirs manipulent de toutes les façons. C’est consubstantiel à leur raison d’être. A la raison d’être de la politique… Pourquoi alors abandonner l’essentiel pour perdre du temps dans des interrogations sans réponses précises ? Parce que l’essentiel, ce n’est pas de savoir s’il y eut manipulation ou pas, ça, c’est tout bénéf. pour tous les potentats qui nous observent en train de nous entre-déchirer dans des circonvolutions intellectuelles vaseuses et sans fin… L’essentiel n’est pas de savoir comment les gens sont sortis, mais pourquoi ils sont sortis. L’essentiel, ce sont plus de 600 morts, des milliers d’arrestations arbitraires et presque autant de cas de tortures pratiquées sur des adolescents qui restent totalement impunies sans qu’aucun juge ne se dise qu’il est temps d’ouvrir le dossier. Non pas pour se venger, pour punir ou châtier les coupables, mais surtout pour savoir. Pour la vérité. Pour que ça ne se reproduise plus. Au lieu de cela, nous avons eu une amnistie. Quel scandale ! Une amnistie ! Vous rendez-vous compte que l’Etat a pardonné au lieu de demander pardon. C’est le comble du cynisme. C’est-à-dire que l’Etat pardonne à ceux qu’il a torturés. Il leur pardonne de s’être fait torturer par lui… L’Etat pardonne à ceux qu’il a tués aussi. C’est surréaliste. C’est pour tout cela que je m’en fous un peu de ce discours sur la manipulation. En Octobre, il y avait des gens dans la rue qui ont affronté des chars à mains nues. Et eux, personne ne les a manipulés. Je pense que si les Algériens avaient le niveau de vie des Suédois, s’ils avaient leur liberté, leur police, leurs loisirs, leurs écoles et leurs hôpitaux, leurs salles de concerts et de cinéma, leur justice, leurs lois et le même respect de l’individu, vous auriez pu les manipuler à volonté ces Algériens, ils ne seraient jamais sortis. A la place, ils auraient sûrement préféré, au lieu d’affronter des militaires avec des armes de guerre, aller danser ou boire un verre de thé ou une bière avec des amis. Il est temps de sortir de la dialectique que nous impose le pouvoir. Cessons de répondre aux angoisses des puissants et occupons-nous de nos propres angoisses qui sont nombreuses. Si le pouvoir veut savoir qui a manipulé quoi, qu’il le fasse. Nous, on veut savoir qui a tué et qui a torturé. Il faut qu’on se crée nos propres questionnements et ne pas répondre aux questions sans réponses précises qui nous sont imposées par des gouvernants illégitimes.

 

Dans ce même ordre d’idées, que vous inspire la dernière déclaration d’Ouyahia qui niait que la rue ait été pour quelque chose dans les événements d’Octobre et les revendications démocratiques qu’ils véhiculaient ?

Nous sommes au cœur de ce que l’on disait il y a un instant. Pourquoi voudriez-vous que les propos de M. Ouyahia m’inspirent quoi que ce soit ? Pourquoi voudriez-vous que je réfléchisse à ce que dit le chef du gouvernement ? M. Ouyahia est dans son rôle, le rôle d’un Premier ministre qui a dit  » j’ai menti « , comme me le faisait rappeler un ami, en parlant du nombre des victimes du massacre de Bentalha. Sortons de l’esclavage de la pensée. Il faut qu’on arrive enfin à renverser ce schéma aliénant. Ce n’est pas à moi de penser, de réfléchir à ce que dit le chef du gouvernement. C’est au chef du gouvernement et à tous les autres dirigeants de penser et de réfléchir à ce que je dis moi, vous et toute la société. Quand ils nous écouteront et qu’ils réfléchiront un peu plus à ce qu’on dit, nous aurons certainement fait un pas important vers un ailleurs certainement meilleur.

 

Comment expliquez-vous le peu de contributions, journalistiques, universitaires, littéraires, autour d’Octobre ? Y a-t-il, selon vous, un vrai problème à écrire sur Octobre1988 comme on a des difficultés à écrire sur tout ce qui touche à l’histoire de ce pays ?

L’écriture de l’histoire a toujours été problématique. Que ce soit l’histoire lointaine ou contemporaine. On ne peut pas écrire l’histoire sous une dictature ni sous les auspices de ce simulacre de démocratie, pour abuser des euphémismes. Il y aura toujours quelqu’un pour dire que cette version des faits ne lui convient pas. Que ce soit l’histoire de la colonisation, l’histoire de l’Islam dans le Maghreb, l’histoire des mythes fondateurs, l’histoire des Berbères, l’histoires des Arabes, l’histoire de l’Emir Abdelkader, l’histoire de Tin-hinan, l’histoire de la Kahina, l’histoire de l’Eglise chrétienne en Algérie,de la Rome antique à nos jours, l’histoire des Oulémas, l’histoire des Frères musulmans, toutes les histoires sont problématiques, quoique vous fassiez. L’écriture de l’histoire a besoin de la sérénité démocratique d’une nation. Il faut qu’elle soit l’affaire d’historiens, de scientifiques, pas d’apparatchiks. L’histoire d’Octobre est encore plus compliquée, parce que les acteurs ne sont pas seulement en vie, mais pour beaucoup d’entre eux, encore en poste, preuve d’ailleurs de l’échec de cette révolution. D’où le malentendu historique. Ceux qui ont fait la dictature ne peuvent pas faire la démocratie. Ceux qui ont fait la gloire de la presse unique et de l’unicité de pensée ne peuvent pas non plus se mettre en pole position pour prétendre faire une presse libre. Malheureusement, nous sommes dans ce cas de figure unique.

 

Nous avons le sentiment, au jour d’aujourd’hui, qu’Octobre a été vidé de son contenu. Que c’est une date morte, qui n’inspire plus rien. Y aurait-il un malaise autour d’Octobre ? Que reste-t-il, de votre point de vue, de l’héritage d’Octobre, ses acquis, ses revendications et son souffle libertaire ?

Il a été vidé de son contenu pour toutes les raisons que l’on vient de citer et bien d’autres encore. Il reste une plaie pour les victimes qui font le pied de grue devant les rédactions et les sièges nationaux des partis politiques tous les ans à la même période. ` N’oubliez pas que toutes les victimes sont considérées aujourd’hui encore comme des victimes d’accidents de travail et non pas victimes de la répression. Ce qui, d’un côté, est tout à fait normal puisque le même pouvoir répressif est toujours en place. Mais d’un autre côté, c’est totalement absurde, parce qu’on fait payer les pensions à un organisme d’Etat qui n’a absolument rien à voir dans l’affaire. Le plus ridicule est que la plupart des victimes, handicapées à vie pour certains, n’étaient même pas en âge de travailler pour qu’on les considère comme victimes d’accidents de travail. Oui, octobre ne signifie plus grand-chose. Ceux qui sont nés en 1988 ont aujourd’hui 20 ans. Ils sont nés dans une autre guerre, nettement plus féroce.

 

SAS, en tant que chroniqueur sulfureux qui a longtemps « guerroyé » contre le système en place, vous êtes, bon gré, mal gré, le symbole de ce qu’on a pris l’habitude d’appeler « la génération d’Octobre ». Revendiquez-vous ce titre ?

Je ne suis le symbole de rien. Pis : j’ai horreur de cette appellation romantique de « génération d’Octobre ». D’ailleurs, nous ne sommes pas la génération d’octobre. Nous ne sommes pas ses enfants non plus. Nous sommes plutôt les bâtards d’octobre. Ça me semble plus juste. Nous serons les enfants d’octobre le jour où nos espoirs de liberté et de vie meilleure seront une réalité absolue. Pas avant.

 

Toujours est-il que vous représentez beaucoup pour les jeunes. Comment voyez-vous justement la place accordée à la jeunesse algérienne tant dans la société qu’au sein des institutions de ce pays ?

Je n’ai pas de constat spécial à faire sur les jeunes. Sauf à dire qu’il est criminel de laisser une magnifique énergie se transformer en bombes humaines, en harraga ou en gardiens de parkings, ces fameux « parkingueurs » qui vous guettent à chaque stationnement. Je crois que jamais un pays aussi riche n’a humilié sa jeunesse comme l’a fait avec une rigoureuse constance l’Algérie indépendante. Mais ce ne sont pas seulement les jeunes qui sont exclus et infantilisés, c’est encore plus grave. Nous sommes face à une oligarchie vieillissante qui se régénère en excluant, pas uniquement les jeunes, mais toute la société.

Par Mustapha Benfodil

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interview de hocine Ait Ahmed

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

interview de hocine Ait Ahmed dans FFS(13) arton1144-9bfe6doc dans FFS(13) 17/08/2008
Hocine Aït Ahmed à Toutsurlalgerie.com : « l’assassin de Mécili était porteur d’un ordre de mission signé par Hassani ».

Force est donc de constater que ce meurtre n’est pas une bavure ni un accident de parcours. C’est au contraire une constante depuis l’indépendance. C’est une volonté des tenants du régime de détruire le politique jusqu’à l’idée même de la politique. Au besoin, par l’exécution de ceux qui menacent les fondements de leur régime. C’est-à-dire, des personnes capables de penser et de mener des combats politiques autonomes pour les droits de l’homme et la démocratie.

Au moment où le refus de l’impunité gagne du terrain sur le plan international, comment la France pourrait-elle faire sur ce problème de l’impunité une discrimination exceptionnelle sur l’Algérie sans avouer clairement que la vie des Algériens ne vaut la vie des autres peuples ?




Vingt et un ans après l’assassinat de l’avocat Ali Mécili, Mohamed Ziane Hassani, commanditaire présumé de cet acte a été arrêté jeudi en France. Quelle est votre réaction ?

Je suis euphorique ! Ce réveil de la justice française après 21 ans de déni de justice est un véritable triomphe de la justice. J’espère maintenant que les choses iront jusqu’au bout. Pour moi, il n’y a pas de justice sans éthique de la justice. Au lieu de se gargariser de droits de l’Homme, il faut commencer par civiliser la politique et garantir l’indépendance de la justice des deux cotés de la Méditerranée.

Mohamed Ziane Hassani est-il le seul commanditaire de cet assassinat ou pensez-vous que d’autres personnes devraient être également convoquées par la justice française ?

C’est l’affaire de la justice française. Mais le dossier a établi sans ambages la complicité d’autres personnes dans ce dossier. Je fais confiance au juge en charge du dossier. Quant aux commanditaires politiques, c’est une autre histoire. C’est l’histoire d’une police politique qui a pris en otage la justice de notre pays depuis l’indépendance.

Pourquoi, selon vous, la justice française a-t-elle mis plus de 20 ans pour lancer des mandats d’arrêt contre des commanditaires et auteur présumés de cet assassinat ?

Vous savez, la lâcheté des deux États a réussi à effacer la mémoire de l’exécution de Mécili au point où son épouse, Annie Mécili, n’est même pas parvenue à faire publier le moindre texte dénonçant l’impunité du commanditaire de l’exécution de son mari. C’est précisément pour lutter contre cette amnésie érigée en mode de gouvernance et de gestion de la société qu’il m’a paru de salubrité publique, 20 ans après l’assassinat de Ali, de rééditer et étoffer le livre « L’affaire Mécili » que j’avais publié en 1989, avec de nouveaux éléments. Force est donc de constater que ce meurtre n’est pas une bavure ni un accident de parcours. C’est au contraire une constante depuis l’indépendance. C’est une volonté des tenants du régime de détruire le politique jusqu’à l’idée même de la politique. Au besoin, par l’exécution de ceux qui menacent les fondements de leur régime. C’est-à-dire, des personnes capables de penser et de mener des combats politiques autonomes pour les droits de l’homme et la démocratie.

Vous avez régulièrement dénoncé l’impunité accordée par la France aux commanditaires et auteur présumés de l’assassinat de M. Mécili. Comment peut-on expliquer cette attitude des autorités françaises ?

Dans cette affaire, il y a tous les ingrédients d’un vrai polar « barbouzo-totalitaire » qui se déroule derrière les murs de la raison d’Etat et des déraisons des contrats. Que dire notamment de M. Pasqua, qui avait envoyé à Alger le tueur alors que son implication ne faisait aucun doute puisqu’il était porteur d’un ordre de mission de la police politique signé précisément par le « sieur » Hassani qui vient d’être arrêté à Paris. Par ailleurs, plus significatif encore, le coup de téléphone de ce ministre de l’Intérieur français à l’ambassadeur d’Algérie à Paris rien que pour le rassurer sur le fait que l’Algérie n’avait rien à faire dans cette histoire. C’est de là qu’a commencé la connivence.

Le changement de président en France, avec l’arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007, a-t-il contribué à débloquer ce dossier ?

Je crois que les choses ont été menées à son insu. Je crois que les initiatives viennent du nouveau juge Thouvenot qui a repris le dossier au juge Bruguière. Ce dernier avait refusé de faire aboutir les choses. A mon avis, le pouvoir politique français n’a pas joué un rôle déterminant dans cette évolution du dossier. Je crois qu’il a même été dépassé par l’initiative du juge Thouvenot. C’est pour cela que nous craignons pour l’avenir.

Craignez-vous que Mohamed Ziane Hassani quitte le territoire français avant la tenue de son procès ?

Cela pourrait évidemment bien se produire, sans exclure une planification préalable des deux cotés.

La justice française a décidé de lancer un mandat d’arrêt contre M. Hassani à la suite du témoignage en 2003 de Mohamed Samraoui, un ancien responsable des services secrets algériens aujourd’hui exilé en Allemagne.

Avez-vous d’autres éléments pouvant renforcer la thèse d’une implication de M. Hassani dans cet assassinat ?

J’ai tout écrit sur cette affaire. Déjà en 1989, dans « L’Affaire Mécili ». J’ai rajouté des choses dans mon livre, réédité récemment. C’était très clair. On a cité des noms, comment ils se sont réunis, etc. Mais je crois que l’élément qui a fondé la conviction du juge est le témoignage de Samraoui en 2003. Quand il a raconté comment il avait accompagné Hassani pour aller voir Amalou, le tueur et le convaincre d’accepter 800 000 francs pour son « boulot » en attendant le reste.

Qu’attendez-vous du procès de Mohamed Ziane Hassani ?

J’espère que ça sera la fin de l’impunité. Dans cette affaire, en tout cas. Que ça sera le succès de la justice. Au moment où le refus de l’impunité gagne du terrain sur le plan international, comment la France pourrait-elle faire sur ce problème de l’impunité une discrimination exceptionnelle sur l’Algérie sans avouer clairement que la vie des Algériens ne vaut la vie des autres peuples ?

Entretien réalisé par Lounes Guemache

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POLEMIQUE HICHEM ABOUD-MOHAMED BENCHICOU

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Mohamed Benchicou réagit
au dossier consacré à KHALIFA TV

Mohamed Benchicou, le Directeur du quotidien Le Matin a réagi au dossier consacré à la chaîne KHALIFA TV par la mise au point que je publie intégralement. Une mise au point par laquelle il m’offre l’occasion de dévoiler un pan de l’histoire de celui qui joue, aujourd’hui, au donneur de leçons de patriotisme, de morale et d’intégrité. Tant pis pour lui si je me vois contraint de dévoiler ce qu’il a toujours voulu cacher. Il ne doit s’en vouloir qu’à lui même. Je cite des faits réels qu’il ne peut nier et je me base sur des documents officiels signés de sa propre main.
Lisons d’abord sa mise au point :

A l’intention de M. Aboud Hicham

On vient de me faire part d’attaques gratuites que vous auriez commis à mon
égard sur votre site. J’ignore ce qui vous pousse à cultiver les calomnies
contre moi et contre le journal que je dirige et qui a eu à vous défendre
lorsque vous étiez inquiétés par le général Betchine. Nous y avons récolté sept procès intentés contre Betchine et qui sont toujours en cours contre Le Matin.

Je ne vous demande pas de faire preuve de gratitude, à l’impossible nul n’est tenu et nous n’avons pas besoin de gratitude pour faire notre devoir envers une injustice avérée même si de toute évidence vous n’êtes pas digne personnellement de la cause pour laquelle nous sommes traînés en justice.

Je ne vous demande pas de gratitude, nous continuerons à vous défendre à Constantine et à Alger contre les avocats de Betchine, et en votre absence puisque vous dites ne pas pouvoir venir en Algérie. Je ne vous demande aucune reconnaissance, mais juste de publier cette mise au point à l’intention de ceux qui vous lisent :

1) Je n’ai jamais reçu un euro ni un dinar de M. Khalifa ni du groupe Khalifa ni d’une quelconque personne en Algérie ou ailleurs. Le journal que je dirige n’a jamais reçu un centime de qui que ce soit depuis sa création, ce qui l’autorise à vous défendre contre le régime. Nous n’avons jamais troqué nos convictions contre de l’argent : si telle était notre voie, nous aurions pris le parti du général-milliardaire Betchine au lieu du vôtre, vous le capitaine démuni. Cela dit, comme de toute évidence vous êtes très mal informé, vous vous demandez s’il est vrai que ma fille travaille à KTV : je vous le confirme. Le cacher serait difficile : elle passe chaque soir à 18 heures sur la chaîne, elle s’appelle Nassima, elle est belle, talentueuse et son avenir est prometteur. Vous devriez vérifier vos sources, M. Aboud Hicham.

2) Vous avez donné une foule d’informations inexactes sur mes conditions de vie dans l’étrange but de me nuire. Je n’essaye pas d’en savoir la raison et ne vous en veux nullement : vous êtes sans doute forcé à le faire. Et je ne vous répondrai pas, ni étalerai dans mon journal ce qu’on colporte sur vous : je vous abandonne cette noble spécialité. Je ne vous traînerai même pas en justice : je ne peux à la fois affronter devant le juge la victime et son bourreau Betchine. Dans la vie, M. Aboud, il faut faire des choix et s’en tenir. Par ailleurs, je n’ai pas à me justifier sur mes ressources ni sur mes conditions de vie qui semblent vous obséder car cela ne regarde que moi. Mais sachez juste qu’en Algérie comme durant mon exil forcé, je n’ai jamais tendu la main à qui que ce soit parce que chez nous, quand on est directeur d’un journal algérien, c’est-à-dire d’un pays anciennement colonisé, on ne tend pas la main à l’ancienne colonie. Il nous suffit qu’elle soit une terre d’accueil, le temps d’une crise passagère. J’ai les moyens de vivre dignement sans solliciter la presse française, ni RSF, ni les ONG françaises. Cela me permet aujourd’hui de regarder la tête haute tous les journalistes de l’Hexagone chez qui les nouveaux harkis se précipitent pour dire du mal de leur pays. Et ce qui me permet, dans la foulée, d’envoyer balader le général Betchine et les pontes du régime quand je décide de publier les articles désespérés d’un certain Aboud Hicham qui porte, à partir de Paris, de courageuses accusations contre le régime algérien. C’est mon choix, je ne changerai pas, et l’adresse du Matin ne
changera pas non plus : j’attends que vous tapiez à notre porte quand le vent tournera. Tranquillisez vous : on vous ouvrira parce que nous, nous n’avons de comptes à rendre à personne.

Salutations

Mohamed Benchicou

Réponse :

Je n’userai pas de baratin pour vous répondre, mais par des faits réels qu’il vous serait impossible de réfuter. Je ne me base pas seulement sur ma connaissance du personnage mais surtout sur des documents officiels et de témoignages de personnes qui ne vous sont pas inconnues. Pour que les choses soient claires, et pour ne pas laisser place à la moindre des ambiguïtés, je reprends vos arguments un par un et je vous apporte la réponse phrase par phrase, point par point. Que voulez-vous de plus que ça ?

Vous écrivez :  » On vient de me faire part d’attaques gratuites que vous auriez commis à mon égard sur votre site. J’ignore ce qui vous pousse à cultiver les calomnies contre moi et contre le journal que je dirige et qui a eu à vous défendre
lorsque vous étiez inquiétés par le général Betchine. Nous y avons récolté sept procès intentés contre Betchine et qui sont toujours en cours contre Le Matin.
 »

En rédigeant cette mise au point sans avoir pris le soin de lire ce que j’ai écrit à votre sujet dans le dossier consacré à la chaîne KHALIFA TV, vous le journaliste chevronné ne pensez-vous pas que vous venez de commettre un manquement grave à l’éthique journalistique. Cela vous aurez permis d’éviter d’écrire au conditionnel. Je vous confirme que dans le dossier Khalifa, je vous ai bel et bien cité.

Ce que j’ai écrit ne constitue nullement des attaques gratuites comme vous le prétendez. Ce ne sont nullement des calomnies que je cultive et vous êtes bien placé que je n’ai aucun compte à régler avec vous pour chercher à vous nuire. Avant de vous citer dans l’article consacré au milliardaire énigmatique Rafik Khalifa, je n’ai pas manqué de vous appeler au journal tout en vous laissant mes coordonnées téléphoniques pour me rappeler. Vous n’avez pas jugé utile de le faire pour confirmer ou infirmer les informations que j’ai rapportées. Je ne cherche pas à comprendre s’il s’agit d’une simple arrogance ou d’une impuissance à me convaincre du contraire. Si vous vous interrogez sur ce qui me pousse à chercher la vérité et la révéler à l’opinion publique cela prouve, on ne peut mieux que vous avez l’habitude de n’écrire que lorsqu’on vous pousse à le faire. Cela est largement démontré dans vos écrits.

Vous avez une longue expérience journalistique et vous savez bien que lorsqu’on fait de l’investigation journalistique ce n’est nullement de nuire à quiconque si ce n’est que pour révéler la vérité. Une vérité qui ne dérange que ceux qui ont quelque chose à se reprocher.

Quand m’avez-vous défendu quand le général Betchine m’inquiétait ? Indiquez moi un seul numéro du Matin où vous aviez pris une seule position quand je fus dépossédé de mon journal El Acil en 1993? Un seul numéro de votre quotidien où vous avez exprimé la toute petite solidarité quand le quotidien Le Libre en 1994 fut suspendu au mépris des lois du pays? Allez chercher dans les archives de votre journal et sortez moi un seul numéro où vous m’aviez exprimé le moindre soutien lorsque j’ai été arrêté, placé en garde à vue, ensuite mis sous contrôle judiciaire et enfin traduit en justice sous la fallacieuse accusation de  » troubles à l’ordre public, la sécurité publique et atteinte aux intérêts supérieurs du pays « . Quand m’avez-vous soutenu lorsque je traînais dans les tribunaux et récoltais les condamnations à des peines de prison l’une après l’autre. Pas un seul mot de solidarité.. Trouvez moi un seul numéro de votre journal où vous aviez dénoncé le pouvoir des généraux qui a pris en otage ma famille en l’empêchant de me rejoindre dans mon exil en 1999. Et vous osez, aujourd’hui, toute honte bue prétendre m’avoir défendu ?

Quels sept procès avez-vous récoltés pour m’avoir défendu ? Le général Betchine a intenté un procès à tous les journaux qui ont publié la lettre ouverte que je lui ai adressée en novembre 1998. Comment et dans quelle conditions Le Matin a publié cette lettre ? Votre consœur, Ghania Hamadou ayant appris que je rédigeais une lettre ouverte à Betchine, était venue me voir à Paris pour que je la lui remette pour publication. Deux jours après lui avoir remis le texte et ne voyant rien venir je l’appelle au téléphone pour l’interroger sur le sort qui lui a été réservé. Elle me rassura qu’elle vous l’avait remise et que la lettre sera publiée incessamment. Deux jours plus tard, il n’y avait toujours rien. Mes tentatives de la joindre par téléphone seront infructueuses. Elle ne répondait plus à mes appels ni aux messages laissés sur son répondeur. J’avais compris que votre journal ne pouvait franchir la ligne rouge que dépassait largement ma lettre. J’ai fini par l’envoyer à El Watan et El Khabar qui l’ont publiée dès le lendemain de sa réception.

Ce n’est qu’après la publication de cette lettre que vous avez fini par daigner à publier quelques extraits commentés. Pouvez-vous avancez le contraire ? Les paroles s’envolent, mais les écrits restent. J’ai en ma possession toutes les coupures de presse. Si vous en avez d’autres qui puissent me contredire n’hésitez pas à les sortir.

Qu’avez-vous réservé comme reconnaissance
à la famille de Saïd Mekbel ?


Vous écrivez  » Je ne vous demande pas de faire preuve de gratitude, à l’impossible nul n’est tenu et nous n’avons pas besoin de gratitude pour faire notre devoir envers une injustice avérée même si de toute évidence vous n’êtes pas digne personnellement de la cause pour laquelle nous sommes traînés en justice. »

Vous êtes très mal placé pour parler de gratitude. Je ne vous suis redevable d’aucune gratitude. Et vous êtes mal placé pour en parler. Avez-vous manifesté la moindre gratitude à Saïd Mekbel à qui vous aviez confié la direction du journal pour partir faire du bizness en France d’où vous exportiez vers l’Algérie des macaronis ? Avez-vous pris au moins le soin de payer le billet d’avion à son épouse pour qu’elle puisse assister aux obsèques de son défunt époux ? Lui avez-vous apporté le moindre réconfort ne serait-ce que lui présenter vos condoléances par téléphone ? Saïd Mekbel l’un des plus illustres martyrs de la presse algérienne durant ces folles années de terrorisme qui ont profité aux commerçants du sang et des larmes, l’ avez-vous laissé dormir en paix en prenant soin de ses enfants et de son épouse ? Leur avez-vous versé le moindre centime comme indemnités pour les aider à surmonter les graves difficultés financières dans lesquelles les a plongés la disparition du chef de famille ? Au lieu d’aider sa famille ne lui avez-vous pas réclamé de vous rembourser une misérable somme de 30.000 Dinars et de rendre un micro qu’utilisait Saïd pour les besoins du journal ? Quelle honte ! Et vous osez encore parler de gratitude. Je préfère ne pas m’étaler sur le sujet. Mais, si vous le souhaitez, j’y reviendrais.

Et Ameur Ouaguenni et Saïd Tazrout deux autres journalistes du Matin assassinés alors que vous vous occupiez en France de votre librairie et de votre société d’exportation de macaronis vers l’Algérie, quelle gratitude leur avez-vous manifestée ? Tous les journaux qui ont perdu des journalistes morts la plume à la main ont continué à verses leurs salaires à leurs familles. Le faites-vous au Matin ? Répondez sans détours. Je connais votre réponse:le silence des coupables.

Vous êtes redevable envers celui qui vous faisait le chauffeur par amitié et qui transportait votre petite famille à Ain Naâdja en Fourgon en pleines inondations quand votre Lada était en panne. Dois-je vous rappeler ce que vous lui avez fait en signe de gratitude? Vous êtes redevable envers ces journalistes dont la rémunération ne dépassait pas les 2000 Dinars (quelle misère) qui ne leur permettaient même pas de manger à leur faim vos macaronis et qui vous ont permis de vous retrouver à la tête d’un journal à grande audience.

 » Je ne vous demande pas de gratitude, nous continuerons à vous défendre à Constantine et à Alger contre les avocats de Betchine, et en votre absence puisque vous dites ne pas pouvoir venir en Algérie. Je ne vous demande aucune reconnaissance  »

Je ne sais d’où sortez-vous tout ça pour dire que vous me défendez à Constantine et à Alger? Cela n’existe que dans votre imagination. Je n’ai nul besoin de votre défense. J’ai mes avocats tant à Alger qu’à Constantine et ils n’ont jamais coordonné avec les vôtres. Autant votre défense est basée sur les vices de procédure pour éviter le procès, autant la mienne persiste et signe dans les accusations que je porte contre le général Betchine. Et je ne cesse de demander un passeport pour rentrer en Algérie pour lui faire face à lui et aux autres généraux maffieux.

Je ne prétends pas ne pas pouvoir rentrer en Algérie, mais vous savez bien que je n’ai pas de passeport algérien et vous avez refusé de publier mes différents appels lancés aux autorités algériennes pour qu’elles me délivrent un passeport pour que je puisse rentrer faire face à mes adversaires. Il n’y a qu’ElKhabar, El Watan et Liberté qui ont publié mes appels. El Khabar avait titré à la une « Hichem Aboud lance un appel à Bouteflika pour lui délivrer un passeport ». Mais, pas Le Matin. Vous avez même refusé de publier un démenti à votre désinformation lorsque vous aviez écrit dans la rubrique  » confidentiel  » que les autorités m’avaient délivré un passeport. Vous savez très bien que ni moi ni mon épouse ni mes enfants n’ont de passeport algérien . Tout comme nous refusons de nous faire délivrer des documents de voyage étrangers. Je ne suis pas du genre d’hommes qui demande la nationalité française pour ses enfants et donner, en même temps, des leçons de patriotisme aux autres. Je pense que vous m’avez compris.

La solidarité des milliardaires énigmatiques

 » Je n’ai jamais reçu un euro ni un dinar de M. Khalifa ni du groupe Khalifa ni d’une quelconque personne en Algérie ou ailleurs. Le journal que je dirige n’a jamais reçu un centime de qui que ce soit depuis sa création, ce qui l’autorise à vous défendre contre le régime. Nous n’avons jamais troqué nos convictions contre de l’argent : si telle était notre voie, nous aurions pris le parti du général-milliardaire Betchine au lieu du vôtre, vous le capitaine démuni.  »

Vous répondez n’avoir reçu aucun euro de Khalifa mais vous ne dites pas combien de milliers d’exemplaires du Matin vous achète quotidiennement Khalifa. Vous ne dites pas, non plus, qu’est ce qui vous motive à consacrer votre temps  » généreusement  » à KHALIFA TV si ce n’est la solidarité des milliardaires énigmatiques. Vous ne dites pas non plus pourquoi votre journal fait le black out sur un crime économique tel celui de l’évasion de 2 millions d’Euros dans des mallettes. Vous ne dites pas pourquoi vous persistez à défendre des voleurs pris en flagrant délit. Vous ne dites pas pourquoi vous n’avez pas réagi à la censure que vous avez subi lors d’une table ronde organisée par KHALIFA TV. Les gens ne sont pas dupes. C’est pas parce que vous vous calfeutrez à Boulogne que vous n’entendez pas la réaction de ceux qui vous lisent ou qui ne vous lisent pas. Votre complicité avec Khalifa n’a pas besoin de commentaire. Ceux qui s’assemblent se ressemblent.

Quant à répéter à chaque fois que vous me défendez contre le régime, encore une fois, sortez moi un seul article où vous aviez pris ma défense contre le régime. Chiche ! Arrêtez votre baratin M. Benchicou. Citez des faits réels. Après avoir fait commerce du sang des autres (je reviendrai sur le sujet), ne venez pas vous approprier le combat des hommes libres. Ce n’est pas parce qu’on vous a intenté un procès pour avoir publié des extraits de ma lettre adressée à Betchine en les reprenant d’El Watan que vous vous permettez de jouer à l’héros. Je sais pourquoi vous le faites. Pour mieux faire passer vos articles favorables aux généraux, comme vous l’avez déclaré au juge d’instruction qui vous demandait pourquoi publiez-vous les chroniques de SAS. Les lecteurs du Matin savent aujourd’hui ce qu’il est advenu de SAS.

Oui, je suis démuni comme la majorité des Algériens

 » Capitaine démuni  » dites vous ? Oui, je le suis et j’en suis fier. Je suis démuni comme la majorité des Algériens qui n’ont pas volé. Je fais partie de cette majorité d’Algériens appauvris par des généraux maffieux que vous n’osez pas dénoncer nommément. Des Algériens plongés dans la misère par ces trabendistes en col blanc dont vous faites partie, qui font évader les deniers publics d’Algérie pour investir en France. Ainsi, vous faites, aujourd’hui, partie de la minorité des nantis. Vous étiez plus démuni que moi. Mais, vous avez suivi une voie que j’ai refusé de suivre. Celle de l’enrichissement rapide et illicite. Jusqu’avant l’ouverture du marché du commerce du sang vous étiez démuni autant que moi. Nous nous sommes connus en 1977 au bureau d’Alger de l’hebdomadaire El Hadef dont j’étais le coordinateur de la rédaction. Pour arrondir vos fins de mois vous faisiez de la pige dans cet hebdomadaire pour la somme de 500 Dinars par mois. Durant votre service national, j’ai fait tout ce qui était en mon possible pour vous faire affecter à la revue El Djeïch que je dirigeais en tant que rédacteur en chef. Vous vous souvenez des multiples visites que vous me rendiez pour que j’intervienne pour votre affection parce qu’à l’issue de votre instruction militaire à l’EFOR vous avez été affecté à Chlef au lendemain du séisme de 1980. Vous faisiez partie de la classe des démunis. Durant les années quatre-vingts vous habitiez un petit appartement à la cité SEGNA de Réghaïa, pas loin de chez moi qui habitais la cité DNC.

Vous avez été actionnaire avec six autres journalistes du MATIN en détenant au départ 30 pour cent des parts (avant qu’un actionnaire partant ne vous cède ses deux pour cent). Vous êtes resté à la tête du Matin 18 mois. Jusqu’à 1997, il n’y a pas eu de répartition de bénéfices. Vous partez en France en juin 1993 toujours démuni. Subitement vous avez une société d’exportation de macaronis, une librairie, une maison à Boulogne (quartier chic) etc. Vous menez grand train de vie à Paris. Subitement, vous devenez riche. En parler, semble vous nuire. C’est normal. Quand la fortune est mal acquise, on souhaite taire son origine. C’est ce qui m’a amené à conclure dans l’article que vous semblez mettre en cause, Benchicou-Khalifa : même combat. Auriez-vous honte de mener le même combat que Khalifa ?

Voici mes preuves. Qu’en pensez-vous M.Benchicou?

Vous écrivez  » Cela dit, comme de toute évidence vous êtes très mal informé, vous vous demandez s’il est vrai que ma fille travaille à KTV : je vous le confirme. Le cacher serait difficile : elle passe chaque soir à 18 heures sur la chaîne, elle s’appelle Nassima, elle est belle, talentueuse et son avenir est prometteur. Vous devriez vérifier vos sources, M. Aboud Hicham. « 

Je ne pense pas être mal informé en livrant des informations sur KHALIFA TV sur la base de documents officiels que ni vous ni Khalifa ne saurez réfuter. Quant à votre fille, elle n’était pas au centre de mes investigations. Et comme vous le dites si bien, c’est parce qu’il vous est difficile de le cacher que vous finissez par l’avouer. Que son avenir soit promoteur, tant mieux pour elle. Je souhaite la même chose à toutes les Algériennes de son âge. Que ces Algériennes puissent avoir un meilleur avenir que celui que leur réservent ceux qui ont appauvris l’Algérie en allant investir en France après avoir bradé le Dinar sur le marché parallèle pour leur envoyer des macaronis.

Vous écrivez  » Vous avez donné une foule d’informations inexactes sur mes conditions de vie dans l’étrange but de me nuire. Je n’essaye pas d’en savoir la raison et ne vous en veux nullement : vous êtes sans doute forcé à le faire. Et je ne vous répondrai pas, ni étalerai dans mon journal ce qu’on colporte sur vous : je vous abandonne cette noble spécialité. « 

Quelles sont ces informations inexactes que j’ai publiées sur vos conditions de vie en France ? Pouvez vous me démentir lorsque je vous dis que le 22 juillet 1994 vous avez crée la SARL NEGOCE EXPORT au capital de 150. 000 FF ? Je préfère ne pas entrer dans les détails pour ne pas étaler la vie privée de vos supposées associées. Des femmes que je ne connais pas et qui n’ont pas lieu d’être citées dans cet article. Elles n’ont servi que de prête-noms dans vos magouilles. Je crois que cela suffit pour vous faire comprendre que j’ai toutes les données et que je n’ai nul besoin de vérifier mes sources. Mes informations je les puise dans des documents officiels signés de votre main.

Pouvez-vous me démentir que votre registre de commerce porte le numéro : 397915158. Numéro de gestion 94B03841. Date d’immatriculation : le 03/08/1994 au greffe de Nanterre. Dois-je vérifier mes informations ou douter de mes sources qui sont des plus officielles ? Je suis prêt à publier tous ces documents sur le site, si vous le souhaitez.

Pouvez-vous me démentir que le siège de votre société se trouvait au , 1 allée D’Issy 92310 Issy les Moulineaux qui était votre adresse personnelle ? Pouvez-vous me démentir que le siège fut transféré ensuite au 16, rue Kleber 92310 Issy les Moulineaux ? Dois-je publier les bilans annuels de votre société? Vous n’ignorez pas que je ne parle pas dans le vide. Vous devez savoir que je détiens tous vos bilans et vous vous permettez de me demander de vérifier mes informations. Dois-je les publier sur le site ? Quel culot ! M. Benchicou.

Pouvez-vous me démentir que votre librairie papeterie presse (vente au détail) se trouvait au 24, rue Anatole France à Issy Les Moulineaux ? Non, M.Benchicou vous ne pouvez pas me démentir. Et si vous n’aviez rien à vous reprocher vous ne m’auriez jamais accusé de vous avoir calomnié ni chercher à vous nuire ? Depuis quand nuit-on à quelqu’un lorsqu’on évoque ses biens quand ils sont acquis honnêtement ? En quoi pourrai-je vous nuire en disant que vous aviez ouvert un fond de commerce en France en 1994 si cela s’était fait dans la légalité et avec des fonds acquis honnêtement ? Quel mal y a -t-il si je dis que le directeur du quotidien Le Matin est vendeur de journaux à Paris? Si vous le faisiez honnêtement, il n’y a aucun mal.

Quant à la maison achetée à Boulogne, c’est vous même qui me l’avez confirmé lors de notre dernier entretien téléphonique il y a une année de cela, en me précisant même le nombre des pièces de cette maison. Avec quel argent l’avez-vous achetée ? Je suis salarié en France depuis le 9 janvier 1998 (je peux vous montrer mes fiches de paie, ça ne me gêne pas) et je ne peux me permettre d’acheter ne serait-ce qu’un petit studio. Pour bénéficier d’un crédit bancaire, je ne pense pas que vous puissiez répondre aux exigences draconiennes des banques françaises, sauf si… A quel prix l’avez-vous payée cette maison ? Pas moins de 150 millions. Ce qui représente en dinars, un milliard et demi. Voilà, ça y est vous faites partie du club des milliardaires énigmatiques.

Vous constatez bien, M.Benchicou, qu’ils ne s’agit pas de rumeurs colportées. Mais des informations qui ne souffrent pas la moindre contestation. Quant à dire que vous vous refusez de colporter dans votre journal les rumeurs qui circulent sur mon compte, je prends à témoin l’opinion publique dont vous avez le devoir de servir en tant que journaliste, de vous mettre au défi, de publier tout ce que vous pouvez savoir sur moi.

Vous me connaissez de longue date. Si vous avez la moindre des choses sur ma carrière militaire ou de journaliste, publiez-la, sans la moindre hésitation. Si vous avez la moindre preuve que j’ai bénéficié d’un logement social en Algérie ou en France, d’un lot de terrain à bâtir, d’un commerce au nom d’une personne qui me servirait comme prête-nom, d’un quelconque acte contraire à la morale et aux idées que je défends, n’hésitez pas. Vous disposez d’un journal à grande audience, une arme redoutable, n’hésitez pas à l’utiliser pour me faire taire à tout jamais. Les rumeurs, par contre, pour vous éviter des procès en diffamation, je peux m’en charger. Le forum de mon site est ouvert à toutes les rumeurs qui circulent sur mon compte. Je ne les censure pas pour m’amuser en les lisant. Elles sont la meilleure preuve que mes adversaires qui se recrutent tant chez les généraux maffieux et leurs larbins que chez les commerçants du sang et des larmes qui jouent aux donneurs de leçons, n’ont pas le moindre argument pour me discréditer.

Je vous rappelle qu’à la suite de la parution de La Mafia des Généraux, qui n’était pas à votre goût, tous les généraux maffieux cités dans mon livre et leurs larbins ont remué ciel et terre pour me trouver la toute petite des compromissions pour me salir. En vain. Bien après eux, les cercles français qui font commerce du drame algérien menés par François Gèze et son orchestre ont tout fait dans le même objectif. Ils n’ont rien trouvé.

Vous avez perdu votre honneur pour riposter au démuni que je suis


Vous écrivez :  » Je ne vous traînerai même pas en justice : je ne peux à la fois affronter devant le juge la victime et son bourreau Betchine.  »

Non! Si vous avez la possibilité de le faire n’hésitez pas. Vous savez très bien que je détiens des preuves de ce que j’avance. Vous avez la certitude que mes preuves sont irréfutables et incontestables. Vous ne pouvez nullement m’accuser de vous avoir diffamé. Gardez votre baratin pour ceux qui ne vous connaissent pas encore. L’opinion publique, à la lecture de ces lignes, sait, maintenant, qui vous êtes et vous n’arriverez pas à l’induire en erreur par la magie des phrases.

 » Dans la vie, M. Aboud, il faut faire des choix et s’en tenir. Par ailleurs, je n’ai pas à me justifier sur mes ressources ni sur mes conditions de vie qui semblent vous obséder car cela ne regarde que moi  »

Oui, j’ai fait le choix de faire partie de cette majorité de démunis pour garder ma liberté de dénoncer tous les maffieux et leurs larbins. Dénoncer tous les opportunistes de votre éspèce et tous les commerçants du sang et des larmes du peuple algérien. Par contre, vous, M.Benchicou, vous avez fait le choix d’une voie honteuse qui permet, certes, l’enrichissement rapide, mais, vous avez perdu votre capacité de riposter aux démunis honnêtes qui vous interrogent sur l’origine de votre fortune. Vous avez perdu l’honneur qui permet de riposter au démuni que je suis. Assumez, donc, votre choix et taisez vous. Cachez vous quand on vous montre du doigt. C’est ça, votre choix.

Vos conditions de vie en France ne m’obsèdent pas. Seulement, je tiens à vous rappeler que lorsqu’on a honte de justifier ses ressources, on ne doit pas se permettre de donner des leçons de morales aux autres et notamment à ceux qui dénoncent les malfrats qui mènent une véritable entreprise de mise à mort de l’Algérie. La différence de nos choix réside dans le fait est que vous refusez de justifier vos ressources contrairement à moi qui ne trouve aucune gêne à publier ma déclaration d’impôts annuelle et de faire en public l’inventaire de tous mes revenus centime par centime.

 » Mais sachez juste qu’en Algérie comme durant mon exil forcé, je n’ai jamais tendu la main à qui que ce soit parce que chez nous, quand on est directeur d’un journal algérien, c’est-à-dire d’un pays anciennement colonisé, on ne tend pas la main à l’ancienne colonie. Il nous suffit qu’elle soit une terre d’accueil, le temps d’une crise passagère.  »

Pouvez-vous nous dire pourquoi êtes-vous parti vous installer en France en juin 1993 ? A quel titre vous êtes vous installé ? vous n’aviez ni l’asile politique ni l’asile territorial. Comment les autorités françaises vous ont-elles permis de séjourner sur le territoire français au-delà des trois mois du visa ? Pourquoi laissez-vous votre famille en France puisque vous affirmez que vous avez sollicité l’accueil de l’ancienne colonie le temps d’une crise passagère ? Vous Appelez à mener la guerre contre le terrorisme et à son éradication tout en mettant à l’abri votre famille à Boulogne ? Je ne suis pas naïf pour attendre une quelconque réponse de votre part à ces questions. Si vous le souhaitez, je peux répondre à votre place pour éclairer l’opinion publique.

Vous écrivez  » J’ai les moyens de vivre dignement sans solliciter la presse française, ni RSF, ni les ONG françaises « .

Sans avoir dévalué le Dinar Algérien chez votre ami de Bordj Bou Arreridj, sans avoir commis des délits économiques, je n’ai pas tendu la main à RSF ou à une quelconque ONG ni à un quelconque organe de la presse française . Si c’était le cas, François Gèze et son orchestre auraient été les premiers à me dénoncer. Quant à vous, M.Benchicou, les moyens dont vous disposiez pour ne pas tendre la main, vous les aviez obtenus de manière qui vous met dans la gêne pour en parler aujourd’hui. Pouvez-vous me dire pourquoi avez-vous refusé de désigner, en votre absence, un directeur de la publication du MATIN parmi les associés ? pourquoi vous avez mis tous les obstacles pour qu’aucun de vos associés ne puisse prendre connaissance de la gestion des deniers du journal et notamment les recettes des ventes du journal en France ? Pouvez-vous me dire pourquoi Le Matin a disparu du marché français en 1996 ? La Banque Extérieure d’Algérie ne vous a-t-elle pas interrogé sur le pourquoi du non rapatriement de ses recettes ? Le non rapatriement des recettes du Matin n’est-il pas un délit économique pour lequel vous deviez répondre devant les tribunaux si un échéancier ne vous a-t-il pas été accordé par la BEA sur intervention de Kéramane? Etes-vous en mesure de répondre à ces questions M.Benchicou ? Personnellement, je connais les réponses. Mais en votre qualité d’homme de communication, éclairez l’opinion publique sur la face cachée du Matin.

Vous écrivez  » Cela me permet aujourd’hui de regarder la tête haute tous les journalistes de l’Hexagone chez qui les nouveaux harkis se précipitent pour dire du mal de leur pays « .

Pouvez-vous regarder la tête haute l’épouse et les enfants de Saïd Mekbel ? Pouvez-vous regarder la tête haute certains de vos associés restés en Algérie, qui vous ont mis sur la table toutes vos magouilles lors de réunions houleuses. Pouvez-vous regarder la tête haute SAS qui a fait la grandeur de votre journal ? pouvez-vous regarder la tête haute, les journalistes que vous rémunériez à 2000 DA au moment où vous exportiez vers l’Algérie des macaronis et des spaghettis ? Qui sont-ils ces harkis qui se précipitent en France pour dire du mal de leur pays ? dénoncez-les. Sinon, vous êtes leur complice. Et si l’insinuation m’est adressée, au vu de cette gifle que je vous assène, vous ne devez pas hésiter une seconde pour me sortir un seul de mes écrits à travers lequel je dis du mal de mon pays. Un pays que tu as dépravé en participant à le dépouiller des miettes que lui ont laissé les généraux maffieux.

«  Et ce qui me permet, dans la foulée, d’envoyer balader le général Betchine et les pontes du régime quand je décide de publier les articles désespérés d’un certain Aboud Hicham qui porte, à partir de Paris, de courageuses accusations contre le régime algérien. « 

Je n’ai pas attendu 1998 pour envoyer balader Betchine en profitant d’une guerre de clans et en attendant le feu vert d’un clan maffieux qui m’assure la protection. Je vous renvoie aux archives du quotidien Le Libre pour vous rafraîchir la mémoire. A l’époque vous n’aviez pas le courage de reprendre ces écrits et leur donner l’écho qu’ils méritent. Les pontes du régime quand ils sont dénoncés nommément, vous avez été le premier à les défendre par des écrits tendancieux pour tirer sur mon livre  » La Mafia des Généraux  » que vous vouliez présenter comme un pamphlet contre l’armée, en titrant, le 18 février 2002,  » Encore un livre brûlot contre l’armée algérienne « . Le surlendemain vous revenez encore sur le sujet en faisant une lecture tronquée du livre, dans le but de le discréditer. Vous n’avez fait qu’entretenir l’amalgame entre l’armée algérienne et une poignée de généraux maffieux que je ne cesserai jamais de dénoncer jusqu’à leur jugement pour crime contre l’humanité.

Votre baratin ne passe plus, M.Benchicou, vous êtes démasqué. Quand avez-vous publié  » les articles désespérés d’un certain Aboud Hicham  » ? Indiquez moi les numéros ou les dates des éditions de votre journal pour que je les cherche dans les archives. Hormis un droit de réponse en juillet 1999 qui m’a été publié après trois rappels et menaces de recourir aux organisations internationales de la presse vous dénonçant de m’empêcher d’user de mon droit de réponse, un deuxième en réplique à votre attaque contre mon livre et un troisième droit de réponse au général Larbi Belkheir, dont certains de ses passages ont été censurés. Trouvez moi un seul de mes écrits où je me suis exprimé dans les colonnes de votre journal ou une seule interview.

Quant aux courageuses accusations portées contre le régime, je n’ai pas attendu le temps de m’exiler pour le faire. Je ne parle pas, comme vous, dans le vide. Je vous renvoie aux archives d’El Acil daté du 16 décembre1992 où j’accusais clairement les généraux maffieux de l’assassinat de Boudiaf. Celui du 1er avril 1993 où je dénonçais en termes sans équivoque les généraux en leur promettant que le peuple ira cracher un jour sur leurs tombes. Consultez le Quotidien le Libre du mois de mars 1994où je dénonçais les pratiques maffieuses de Betchine et les tortures qu’il avait fait subir aux manifestants d’octobre 1988. Le Libre du 29 juin 1994 que j’avais ouvert à Nacer Boudiaf pour dénoncer sans ambages les assassins de son père. Ce ne sont là que quelques exemples parmi tant d’autres. Je n’ai nul besoin de vous rappeler mon courage que vous avez eu l’honneur de vérifier quand vous étiez sous ma conduite à la revue El Djeïch. Vous reconnaissiez que sous ma conduite vous bénéficiez d’une liberté d’expression que vous n’aviez pas à EL Moudjahid. Vous reconnaissiez que je n’agissais pas sur instruction du commandement militaire. Vous étiez témoin des pressions que je subissais de la part du commandement militaire. Vous savez très bien que vous ne pouvez pas affirmer, aujourd’hui, le contraire. Des dizaines de journalistes de notre génération ont accompli leur service national à la revue El Djeïch peuvent apporter leur témoignage. C’est ce qui explique le respect dont je bénéficie auprès de mes confrères de la presse, et les rares larbins qui ont cherché à descendre en flammes mon livre ont été calmés par ceux qui connaissent mon passé journalistique et mon intégrité morale.


Vous terminez en concluant sur votre habituel ton démagogique « C’est mon choix, je ne changerai pas, et l’adresse du Matin ne changera pas non plus : j’attends que vous tapiez à notre porte quand le vent tournera. Tranquillisez vous : on vous ouvrira parce que nous, nous n’avons de comptes à rendre à personne.  »

Je vous ai répondu sur votre choix. Il ne sera jamais le mien. Quant à l’adresse du Matin, avec tous le respect que je dois à certains de ses journalistes honnêtes, je ne prendrai jamais le chemin qui mène vers elle tant que vous êtes à la tête de sa direction. C’est à vous de vous rassurer que je ne frapperai jamais à votre porte. Nous n’avons pas les mêmes principes ni les mêmes valeurs morales. Ce que je viens d’écrire le démontre amplement. Le vent tournera toujours en faveur de l’honnêteté. La preuve vous est apportée, aujourd’hui. Si vous étiez honnête, M.Benchicou, vous n’auriez jamais eu à subir ces vérités que je clame à votre face, en public, sans que vous soyez capable de répondre bien que vous disposez d’un journal à fort tirage. Un journal qui ne vous sert même pas à défendre votre malhonnêteté.

Je ne conclurai pas sans commenter la phrase que vous m’avez dédiée dans votre chronique du jeudi 20 mars.  » ce capitaine algérien exilé reconverti dans la délation de ses compatriotes, une façon comme une autre de gagner son pain à Paris, les Chouchou algériens ne manquant pas dans la douce France  » . Dites moi, Monsieur le journaliste professionnel, qu’entendez-vous par délation ? Est-ce le fait de dénoncer, preuves à l’appui, des maffieux qui font sortir les billets de banques dans des mallettes tout en jouant aux sauveurs de l’économie algérienne, qui relève de la délation ? Révéler à l’opinion publique leurs magouilles ce n’est pas de l’information? Est-ce le fait d’informer l’opinion publique des magouilles des agents de la mafia que vous appelez la délations des compatriotes ? Dois-je taire des vérités pour faire plaisir à ceux qui ont mis l’Algérie dans l’état qu’elle ne devait jamais connaître ? Dois-je taire les magouilles de petits trabendistes en col blanc qui jettent l’argent du peuple à Gérard Depardieu et autres starlettes de ce qu’on appelle la jet set ? Est-ce de la délation que de faire étalage de vos magouilles en faisant commerce du sang des Algériens avec lequel vous avez fait des centaines de une de votre journal et vous retrouver dans la caste des milliardaires aux fortunes dont l’origine est plus que douteuse? C’est quoi l’information selon vous, M. Benchicou? Vous savez ce que c’est la délation M.Benchicou? Souvenez-vous lorsqu’en septembre 1988 lors de la grève des ouvriers de la zone industrielle, vous m’aviez accosté à Rouiba pour me remettre un tract du PAGS croyant avoir affaire à un officier véreux de la SM. Je vous ai simplement dit que cela ne m’intéressait pas et que ce n’était pas mon rayon. Je vous ai fait comprendre que je n’avais rien à voir avec les services opérationnels. Hébété et balbutiant vous aviez fini par lâcher « non, non, c’est pour votre lecture. Gardez-le » C’est ça la délation, ya Si Benchicou !

Sachez, M.Benchicou, que mon pain je le gagne proprement et honnêtement. Je ne suis pas comme vous. Rien ne me gêne pour justifier mes ressources et d’exhiber mes fiches de paie. Il n’y a que les chouchou qui sont gênés de justifier leur revenu parce qu’on sait comment les obtiennent-ils ? Qui de nous deux fait le chouchou dans la douce France en refusant de justifier ses ressources ? Les lecteurs connaissent la réponse.

En conclusion, je ne manque pas de vous rappeler que j’ai pour habitude de défier les hommes. Si vous en êtes un, et s’il vous reste un gramme de dignité, répondez à cette gifle que je viens de vous assener par une semblable en me trouvant une toute petite tâche noire avec preuves comme je viens de le faire contre vous. Ils seront nombreux à vous applaudir et venir vous faire courbette pour avoir trouvé une toute petite tâche sur le front de l’homme qui ne cesse de clamer haut et fort : Je suis propre et blanc comme neige. Chiche !
Sinon, taisez-vous, M. Benchicou. Quand on se fait prendre la main dans le sac on doit s’imposer le silence. Taisez-vous et méditez sur ce vieux proverbe arabe qui s’applique bien pour vous  » Il n’y a pas plus éloquent qu’une pute pour parler d’honneur « .


Hichem Aboud
Le 24/03/03

Certains s’interrogeront, certainement, pourquoi consacrer tout cet éspace et tout ce temps pour répondre à quelqu’un qui ne saura riposter à cette salve de vérités qui risque de lui provoquer un malaise cardiaque. Je leur réponds qu’il s’agit tout simplement d’un chapitre d’un prochain livre consacré aux commerçants du sang et des larmes. Je n’ai, donc, pas perdu mon temps en répondant à Benchicou.

le 24/03/03

Publié dans DRS(39), Non classé(13), vive l'algerie(128) | Pas de Commentaire »

LES MEKBEL-HOMMAGE DU FILS NAZIM AU PERE SAID

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Voilà treize ans, le 3 décembre 1994, était assassiné Saïd Mekbel, l’âme du Matin. Il partit, Saïd, ce voleur qui…, il nous quitta en laissant plus de mille billets. Des chroniques : « El Ghoul », « A belles dents », « Mesmar J’ha », en passant par des interviews imaginaires, des écrits dans El Manchar, Baroud ou encore Rupture.
Son fils Nazim écrivit, en 2004, un hommage que nous reproduisons ici, car il n’en est pas de plus éloquent
.

De ses écrits, il dira : « Je ne comprends pas grand-chose à ce qui se passe… J’essaie de faire en sorte de ne pas être avec et pour ceux dont la vocation est de former puis dresser des troupeaux… dans le respect bien compris de cette liberté individuelle. » Ses billets abordaient tout ce qui touchait le pays, avec quelques rares allusions à son propre vécu, quand il écrit par exemple : « On a connu un DG qui, le jour où il devait quitter son fauteuil, régla ses comptes… en signant des décisions dont l’exécution était laissée à son successeur. Pour l’anecdote, cela se passa juste avant octobre 1988… » Mais c’est « Double Casquette », parue à la une du premier numéro d’Alger Républicain 1989, qui signe son retour à la presse, il demande alors à Chadli de choisir entre la présidence du FLN et celle de la République : « D’aucuns souhaitent que le président de la République abandonne la présidence du FLN. » Il reprend en 1991 : « De la stature de notre Président, ne retiendrons-nous donc que le côté Chadli mini ? » Pour le Premier ministre Hamrouche, il aura cette petite remarque : « Il apparaît avec un chapelet de prière à la main… qui pourrait bien annoncer… le ralliement… la complicité. » Puis il se demandera quelle différence il y a entre « Hachani disant : quand nous serons au pouvoir, les journalistes nous rendront des comptes…, et cette personnalité du pouvoir : dorénavant, les journalistes devront arracher la liberté de la presse ». Au cheikh du FIS, conseillant de se préparer à changer les habitudes vestimentaires et alimentaires, il répondra : « … Je vous incite en toute fraternité à aller… vous rhabiller. » A l’arrivée de Boudiaf, « le brasseur d’argile » pour certains, il note l’absence de ses compagnons de guerre, Aït Ahmed, Ben Bella, Bitat, en précisant : « Ce morceau de datte qui est recraché… signe qu’une certaine Algérie lui est restée en travers de la gorge. » De Bouteflika, il aura cette prémonition : « …. Avoir gardé le silence pendant quatorze années pour un homme politique de l’envergure de Bouteflika, c’est plus qu’une erreur, c’est une faute grave que nous risquons peut-être d’endosser, car après quatorze années d’abstinence verbale, s’il est désigné comme Président, il aura tellement de choses à raconter qu’il en oublierait peut-être notre envie de parler. » Concernant le passé de la presse, il écrira : « Nous avions montré beaucoup de générosité dans l’attaque contre certains hommes qui sont aujourd’hui devenus notre honneur… Pour que nous ne recommencions pas les mêmes erreurs. » Puis à certains qui proposent la création d’un comité d’éthique, il répondra : « Chacun de nous est libre de se baigner dans ce qu’il veut… mais je crains les moutons de notre profession… Ceux qui retournent la veste, ceux qui s’agenouillent et se prosternent, offrant aux nouveaux maîtres ce petit trou de balle qui leur sert de nombril et qui a déjà évacué ce qui leur restait de dignité. » Parlant de la torture, il propose de donner des cendriers aux agents de police, en leur expliquant qu’« ils sont à offrir à quelques-uns de leurs collègues, fumistes de profession, qui, dans certains commissariats, demandent aux détenus d’ouvrir la bouche pour l’offrir en guise de cendrier ». A qui profite le crime ? « …Tant ils sont faits pour arranger toutes les extrémités politiques qui veulent conquérir ou se maintenir au Pouvoir. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dérouler sur le chemin qui mène au fauteuil que ce macabre tapis fait de ces corps d’intellectuels… ? » De la destruction du pays, il prendra l’exemple de la cimenterie de Meftah « qui a été l’objet d’un sabotage terroriste… minimum trois mois d’arrêt, s’il appauvrit un pays de plus en plus touché, s’il touche un citoyen de plus en plus appauvri, il doit bien se trouver quelque part des salopards que cela doit enrichir ». Puis, il décrira l’enterrement de Hirèche : « … Son frère répétant sans cesse : “Khad’ouna“ – ils nous ont trahis. » « Sur le chemin du retour, on voit un bourgeois, qui, les mains dans les poches, constate d’un air satisfait l’état d’avancement des travaux de sa villa » et ajoutera en montrant du doigt ceux d’en haut : « Vous trouvez normal… qu’un simple citoyen n’ose même pas faire la chaîne pour acheter son pain, alors qu’un Nahnah, Mehri ou qu’un Ben Bella ou autres énergumènes politiques peut se permettre une flânerie tranquille en ville ? » Il se posera d’ailleurs la question de savoir qui va le tuer : « J’ai parfois grande envie de rencontrer les assassins et surtout les commanditaires » car, plus encore, « je voudrais bien savoir qui va ordonner ma mort ». A un avertissement du Haut Comité d’Etat (HCE), il répondra : « Mais il y en a d’autres aussi, des moins haut placés, qui risquent leur vie… gendarme, soldat, policier et, aujourd’hui, simple citoyen… Il faut aussi qu’on se souvienne que dans notre métier, on court aussi des risques pour sa vie. » De la jeunesse, il se demande « quelle espèce de mutants sont-ils en train de faire naître les trafiquants d’armes et de drogue, les escrocs de la finance, les escrocs de la religion… » Des femmes, il dira : « Combien d’hommes incompétents ont occupé un poste que des femmes compétentes n’ont pas occupé ? » Il raconte l’histoire de cet homme qui vient de recevoir une lettre anonyme lui ordonnant de fermer sa clinique : « Je ne dors plus car je ne sais quoi faire… » Il conseille : « Confiez donc la direction de votre clinique à une femme et partez tranquille. » Pour lui, l’intolérance, c’est cette lettre de ce « combattant anonyme » qui promet une Algérie islamique en condamnant à mort cet autre lecteur, « qui avait eu la lâcheté d’indiquer son nom, d’affirmer qu’il était algérien chrétien, assumant son identité, vivant sa foi, ses convictions et ses idées… » Il en parlera encore, lors de l’assassinat des deux religieuses espagnoles : « Comment peut-on tirer sur deux femmes ? Sur deux religieuses, deux créatures de Dieu… qui voulaient faire pencher la balance du côté de la paix et de miséricorde ? Vers quel monde de ténèbres allons-nous, nous qui ne rêvons que de lumière ? » L’avenir du pays ? Il constate : « Chaque jour qui passe vaut une année de perdue… au moins dix ans de retard sur les terrains… On a reculé, tellement reculé, que dans cet élan, on va sauter la transition et aller à la révolution… » Pour conclure, il laissera cette note : « C’est aux lecteurs, à eux en particulier, que je livre ces écrits du jour le jour, modestes traces laissées par un citoyen… car la vérité est comme la justice : elle a besoin de témoins… Même les tout petits témoins qui peuvent écrire des choses qui restent et qui durent. »

Nazim Mekbel (EW 4 décembre 2004)

Publié dans intellectuels algeriens(48), SAID MEKBEL(13) | Pas de Commentaire »

LES COMIQUES -BILLET DE S.MEKBEL PARU EN OCTOBRE 1991

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Les Comiques

On avait décidé de ne plus rien prendre d’elle. Non, plus rien de cette APN cuvée 88-92. Ça ne passe plus, ça ne peut même plus rester en travers de la gorge. Mais voilà que le Soir d’Algérie a réussi à nous faire passer la pilule, comme quelqu’un qui, sans le vouloir, vous fait avaler un bonbon en vous donnant une tape amicale dans le dos. C’est que l’information donnée par notre confrère est savoureuse. Devinez pourquoi la Commission juridique de l’APN a rejeté le droit de vote personnel et direct aux femmes ? Parce que ses honorables membres sont pour la paix des ménages, et se refusent de semer la discorde des conjoints en donnant à chacun la liberté de voter !

La belle intention ! Le noble prétexte ! La belle scène de ménage ! Le chef de famille voulant voter Belkhadem, la mère de famille préférant Aït Larbi ; le mari voulant coller une affiche FLN dans le couloir, son épouse refusant de lui dire où est caché le scotch ; l’homme vexé qui réduit sa moitié en répudiant sa femme, la famille de la femme qui vient lui demander réparation ; le village du mari qui vole au secours de l’un de ses fils, la wilaya de l’épouse qui court défendre sa fille ; la moitié du pays qui se range du côté de l’homme, l’autre s’armant pour la femme ; et tout là-haut, le pauvre Chadli qui se ronge les ongles, se demandant pourquoi le sort l’a mis dans les deux camps en même temps, cousin par alliance au troisième degré côté femme et fidèle de la base FLN pour la famille politique de l’homme !… Et si on parlait d’autre chose Khalida ? Le jour va se lever qui fait fuir le chacal vers le bois.

2 octobre 1991 – Le Matin

Publié dans intellectuels algeriens(48), SAID MEKBEL(13) | Pas de Commentaire »

LE DERNIER BILLET DE SAID MEKBEL

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Ce voleur qui, dans la nuit, rase les murs pour rentrer chez lui, c’est lui. Ce père qui recommande à ses enfants de ne pas dire dehors le méchant métier qu’il fait, c’est lui. Ce mauvais citoyen qui traîne au palais de justice, attendant de passer devant les juges, c’est lui. Cet individu, pris dans une rafle de quartier et qu’un coup de crosse propulse au fond du camion, c’est lui. C’est lui qui, le matin, quitte sa maison sans être sûr d’arriver à son travail et lui qui quitte, le soir, son travail sans être sûr d’arriver à sa maison. Ce vagabond qui ne sait plus chez qui passer la nuit, c’est lui. C’est lui qu’on menace dans les secrets d’un cabinet officiel,
le témoin qui doit ravaler ce qu’il sait, ce citoyen nu et désemparé… Cet homme qui fait le voeu de ne pas mourir égorgé, c’est lui. C’est lui qui ne sait rien faire de ses mains, rien d’autres que ses petits écrits. Lui qui espère contre tout parce que, n’est-ce pas, les rosés poussent bien sur les tas de fumier. Lui qui est tout cela et qui est seulement journaliste.

Publié dans intellectuels algeriens(48), SAID MEKBEL(13) | Pas de Commentaire »

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