• Accueil
  • > Recherche : abdelhamid brahimi

Résultats de votre recherche

Réponse d’Abdelhamid Brahimi à Khaled Nezzar

Posté par algeriedemocratie le 1 novembre 2009

Abdelhamid Brahimi

Réponse d’Abdelhamid Brahimi à Khaled Nezzar

M. Khaled Nezzar m’accuse de tous les maux et prétend que j’ai ruiné l’Algérie au cours des années 1980 en tant que ministre du Plan puis en tant que Premier Ministre.

Son intervention au forum de « Chourouk el Youmi » est pleine d’insultes, de mensonges et d’amalgames en inversant les rôles et en falsifiant la réalité.

Mon propos, aujourd’hui, ne consiste pas à le suivre dans son style trop bas et vulgaire. En effet, je me refuse de l’attaquer sur le plan personnel en évoquant des faits et actes au-dessous de la ceinture. Il s’agit pour moi de me situer plutôt sur le plan politique. Car, c’est sur ce plan que se situe mon interview accordée à la télévision Aljazeera, dans son programme « Ziarah Khassah », à laquelle M. Khaled Nezzar a réagi au cours de ce forum.

Cette interview, diffusée par Aljazeera, se présente comme une contribution modeste pour permettre aux Algériens de disposer d’éléments objectifs pour lever le voile sur la confusion et l’amalgame entretenus par la mouvance « Hizb França » depuis les événements tragiques d’octobre 1988. Notre approche part d’un triple constat :

— la volonté politique de cette mouvance d’imposer le modèle occidental au peuple algérien, notamment en renforçant l’influence française multiforme en Algérie ;

— les tentatives de mettre en œuvre une politique économique libérale au détriment des intérêts supérieurs de l’Algérie ;

— l’hostilité à l’égard de l’Islam, du monde arabe et à l’égard de la construction du Maghreb. Dans ce cadre trois exemples concernant M. Nezzar suffisent :

1— L’hostilité à l’égard de l’Islam est masquée par des déclarations stéréotypées telles que « je suis musulman, je fais la prière, je pratique le jeûne etc. ». Rappelons que l’Islam est un tout et ne saurait se limiter à certains de ses aspects en reniant le reste. L’Islam offre précisément un ensemble de principes et un système de valeurs qui permettent de dégager, en dehors de la violence et du verbiage creux, des solutions adaptées dans la voie du savoir, du progrès, du développement, de la solidarité et de la paix. Ce que « Hizb França » rejette précisément.

2— S’agissant du Maghreb, il suffit de rappeler la déclaration de M. Nezzar à El Watan en 2002, lorsqu’il a été interrogé sur l’ancien Président Chadli, il a affirmé que : « Je ne pardonnerai jamais au Président Chadli d’avoir signé le traité portant création de ‘‘l’Union du Maghreb Arabe’’ en 1989 ».

3— Concernant le monde arabe, il ne suffit pas de dire qu’il a été en Egypte après l’agression d’Israël, parce qu’en fait il a été envoyé par le Président Boumediene, qui avait alors publiquement déclaré la guerre à Israël.

Par ailleurs, en mars 2002, M. Nezzar traite publiquement l’ancien Président Ali Kafi d’intégriste et d’agent des services égyptiens. Il l’a fait en bon élève dans les mêmes termes que ses aînés, les dirigeants français qui traitaient certains dirigeants de la Révolution algérienne d’agents égyptiens durant la guerre de libération.

A cet égard, cette mouvance pratique la politique politicienne fondée sur la désinformation, la déformation des faits, la provocation et le mépris. A cela s’ajoutent l’hostilité, la suspicion et la méfiance à l’égard des intellectuels honnêtes et intègres.

Notre approche consiste donc à contribuer précisément à entreprendre un travail de clarification pour permettre notamment aux jeunes Algériens de prendre conscience des vraies dimensions de la crise dramatique qui secoue notre pays.

C’est pourquoi, avant de répondre aux insultes de M. Nezzar, il importe de donner une idée globale sur les résultats des politiques de développement mises en œuvre au cours des décennies 1970, 1980 et 1990.

Rappelons à cet égard quelques faits essentiels enregistrés au cours des trois décennies 1970 (sous le Président Boumediene), 1980 et 1990 (lorsque les ex-officiers de l’armée française ont accédé au sommet de l’Etat algérien).

I— La stratégie de développement mise en œuvre au cours de la décennie 1970 a été fondée sur la priorité absolue du secteur industriel

1— Le secteur industriel, considéré comme le moteur du développement, a bénéficié de 60% de l’ensemble des investissements en Algérie entre 1967 et 1978. Pourtant, la plupart des sociétés nationales industrielles étaient asphyxiées et frappées de paralysie en 1978.

2— Au lieu de dégager des bénéfices pour contribuer au développement comme devrait être leur rôle, ces sociétés nationales faisaient appel pour la plupart à des ressources budgétaires de l’Etat pour combler leur déficit chaque année.

3— Sur le plan du commerce extérieur, non seulement les sociétés nationales étaient incapables d’exporter leurs produits hors hydrocarbures, comme elles étaient censées le faire, mais au contraire elles importaient les produits qu’elles étaient supposées produire pour répondre aux besoins de consommation interne.

4— La dette intérieure et extérieure (c’est-à-dire en dinars et en devises) de ces sociétés nationales avaient atteint 179 milliards de dinars en 1978, soit près de 40 milliards de dollars, représentant le double de la production intérieure brute de la même année.

5— En 1978, les sociétés nationales industrielles tournaient en moyenne à 40% de leur capacité installée. Ce taux d’utilisation est monté à 80% entre 1980 et 1985 pour descendre dramatiquement par la suite au-dessous de 20% entre 1996 et 1999.

6— Ces sociétés nationales étaient connues pour le recours excessif à l’assistance technique étrangère. En effet, entre 1973 et 1978, il a été signé 4.912 contrats d’assistance technique (bureaux d’études et sociétés d’engineering) dans le secteur industriel pour un montant de 79,4 milliards de dinars, soit 18 milliards de dollars représentant 90% de l’ensemble de l’assistance technique étrangère en Algérie.

Ainsi, au lieu d’être le moteur du développement, le secteur industriel était devenu plutôt une charge pour l’Algérie.

Il convient de rappeler, par ailleurs, que cette approche s’est accompagnée par la négligence des secteurs de l’agriculture, des travaux publics avec l’aggravation de la crise du logement ainsi que des secteurs sociaux. Concernant le seul secteur de l’agriculture, cela a abouti à l’importation massive des produits alimentaires essentiels tels que, par exemple, la pomme de terre et la tomate ainsi que la viande rouge, le poulet et les œufs.

II— Résultats des politiques de développement : l’évolution des principaux paramètres socio-économiques (1970 – 2000)

1— Evolution de la Production Intérieure Brute (PIB)

La PIB est passée de 86,7 milliards de dinars, soit 19,3 milliards de dollars en 1978 à 248,4 milliards de dinars, soit 55,2 milliards de dollars en 1985. La PIB a presque triplé en 6 ans. La PIB a atteint 261,8 milliards de dinars, soit 55,8 milliards de dollars en 1989 pour chuter à 41 milliards de dollars en 1998.

La PIB par tête d’habitant est passé de 360 dollars en 1970 à 850 dollars en 1975. Elle a atteint 2 560 dollars en 1985 et 2 270 dollars en 1989. Ensuite, la PIB par tête d’habitant a baissé à 1 200 dollars en 1995 et à 1 376 dollars en 1998, soit 54% de son niveau en 1985.

2— Le chômage

Entre 1979 et 1988, 1.030.000 emplois ont été créés. Le chômage est passé de 1.141.276 en 1988 avec un taux de 20% à plus de 3.000.000 en 1998 avec un taux de 34%. Le nombre de chômeurs a presque triplé en 10 ans, période au cours de laquelle les ex-officiers de l’armée française ont accédé au pouvoir.

3— La balance commerciale

La balance commerciale des biens et services de l’Algérie a été déficitaire de 53,24 milliards de dinars, soit 12 milliards de dollars entre 1967 et 1978.

Par contre, la balance commerciale des biens et services a été excédentaire entre 1979 et 1988 en dégageant un excédent de 73,35 milliards de dinars, soit 16,3 milliards de dollars au cours de cette période.

4— La dette extérieure

La dette extérieure de l’Algérie était de 19,4 milliards de dollars en 1979, représentant 100% de la Production Intérieure Brute (PIB). Grace à des mesures d’assainissement économiques prises par le gouvernement, cette dette a été réduite à 12,7 milliards de dollars en 1984 soit 25% de la PIB, pour remonter à 21 milliards de dollars en 1989, soit 37,6% de la PIB. La dette extérieure est ensuite passée à 26 milliards de dollars en 1991 et à 40 milliards de dollars en 1998, si l’on inclut la dette militaire.

5— L’habitat

Entre 1967 et 1978, seulement 379 000 logements ont réalisés, soit 31 000 logements en moyenne par an.

Par contre, 434 000 logements ont réalisés entre 1980 et 1984, soit près de 87 000 logements par an en moyenne avec plus de 117 000 logements pour la seule année 1983. Autrement dit, en 5 ans il a été réalisé plus qu’en 12 ans. Tout le monde sait que l’activité du secteur du bâtiment et de la construction a considérablement baissé au cours de la décennie 1990, avec l’arrivée au pouvoir des ex-officiers de l’armée française, puisque l’on enregistre la réalisation de 40 000 logements seulement par an, rendant la crise du logement explosive.

6— Crise sociale

La crise sociale s’est aggravée depuis 1990 par le dysfonctionnement de l’économie et a non seulement pénalisé les titulaires de bas revenus, mais a fini par laminer la classe moyenne.

D’autre part, l’aggravation des tensions sociales alimentée en particulier par l’inflation (qui a atteint 45% en 1994, niveau jamais atteint depuis l’indépendance), le chômage, la répartition inégale des revenus et des richesses, a exaspéré les tensions sociales.

La classe moyenne, fort importante jusqu’en 1986 et garante de la cohésion et de la paix sociales a commencé à s’éroder depuis 1992 pour s’évanouir à partir de 1995-1996.

D’ailleurs, des sources officielles algériennes reconnaissent que la pauvreté absolue frappe plus de 14 millions d’Algériens en 1999 et s’est aggravée depuis.

7— Crise morale

La corruption, les détournements de fonds publics, les gains illicites, la bureaucratie (elle-même génératrice de la corruption), des privilèges et des faveurs défiant la loi et la justice, l’accumulation des richesses par une minorité, non par l’effort mais par toutes sortes de combines et de procédés illicites ainsi que l’impunité ont contribué à affaiblir la cohésion sociale et à accroitre l’hostilité à l’égard des autorités qu’ils tiennent pour responsables de l’aggravation de leurs conditions économiques et sociales. L’ensemble de ces facteurs expliquent la crise de confiance entre gouvernants et gouvernés.

S’agissant de la corruption, M. Nezzar déclare que celle-ci estimée par mes soins à 26 milliards de dollars en 1990 n’est pas du tout fondée et va jusqu’à nier l’existence de la corruption en Algérie. Pourtant, aujourd’hui, tout le monde reconnait l’ampleur de ce cancer. D’ailleurs, en 1996, le ministre de l’industrie avait estimée publiquement la corruption à 2 milliards de dollars par an. Il a été aussitôt relevé de ses fonctions.

Par ailleurs, la presse algérienne va jusqu’à avancer le chiffre de 36 milliards de dollars en 1999 et évoque même l’éventualité d’une amnistie fiscale alors en préparation à la Présidence de la République pour le blanchissement en Algérie des fonds ainsi détournés.

8— Crise politique

La crise politique a certes ses origines dans la nature même du régime. Mais, cette crise politique a été aggravée par le coup d’état de janvier 1992 avec l’annulation des élections législatives, l’établissement de l’état d’urgence, le renforcement des mesures de répression (définies par le décret du 30 septembre 1992, copie aggravée du décret français du 14 août 1941 pris par le gouvernement de Vichy) ainsi que la violation de la Constitution et des droits de l’homme : arrestations arbitraires massives, enlèvements, exécutions extrajudiciaires, torture, etc.

III— Des attaques personnelles haineuses fondées sur des mensonges

Les faits, rappelés ci-dessus, montrent à l’évidence que la situation économique et sociale au cours de la décennie 1980, contrairement à ce que prétend M. Nezzar, est loin d’être pire que celle des décennies 1970 et 1990 après l’accession au pouvoir des ex-officiers de l’armée française.

S’agissant des événements d’octobre 1988, il existe suffisamment de preuves qui témoignent de l’implication de certains déserteurs de l’armée française, alors au sommet de l’Etat, notamment Larbi Belkheir et Khaled Nezzar, dans l’organisation et la supervision de ces émeutes. Ils ont organisé ces émeutes pour ensuite suggérer au Chef de l’Etat de profonds changements dans les hautes fonctions de l’Etat et du parti unique FLN ainsi que dans les orientations de la politique intérieure et extérieure de l’Algérie. Ils ont obtenu ce qu’ils voulaient. J’ai fait état de ces preuves, dans le détail, dans mon ouvrage « Aux origines de la tragédie algérienne, 1958 – 2000) », paru en français et en arabe, comme j’ai rappelé cela dans l’interview accordée à Al-Djazair News à leur demande le 4 octobre 2009.

Concernant les mensonges de M. Nezzar sur mon rôle dans l’ALN, il suffit de rappeler les faits suivants.

C’est à Constantine, où j’exerçais comme maître d’internat au lycée franco-musulman, que j’ai adhéré en 1955, à l’âge de 19 ans, au FLN sous la direction du frère si Mostafa Boughaba, encore en vie. En 1956, je rejoins l’ALN dans la wilaya 2 où j’ai côtoyé le frère dirigeant Lakhdar Bentobbal et où j’avais fait la connaissance des dirigeants historiques défunts comme Zighoud Youcef, Salah Boubnider (connu sous le nom de Sawt el Arab) et d’Ali Kafi, toujours en vie. En 1957, j’étais aux frontières algéro-tunisiennes en compagnie du frère Yazid Benyezzar pour procéder à l’acheminement de l’armement et des munitions vers la wilaya 2. De là, j’ai été envoyé par le frère colonel Ouamrane à l’Ecole Militaire de Syrie à Homs et non pas à Alep comme le prétend M. Nezzar. Nous étions uniquement cinq Algériens à avoir fréquenté cette Ecole Militaire qui formait des officiers d’active sur la base du programme de Saint Cyr. J’y étais en compagnie des frères (par ordre alphabétique) Hocine Benmallem, Abderrezzak Bouhara, Kamal Ouarsti et Larbi Si Lahcène.

En 1959, après notre sortie de l’Ecole Militaire, nous avons rencontré au Caire le frère Krim Belkacem, alors ministre de la Guerre. Il nous a demandé de rejoindre l’Ecole des cadres, située dans la région du Kef en Tunisie, comme instructeurs. Le frère Bouhara et moi-même avions insisté pour rejoindre les unités de combat et de rentrer à l’intérieur. Il nous a répondu qu’il était d’accord, mais que nous devions d’abord aller à l’Ecole des cadres pour une période de 3 à 4 mois. Nous avons accepté ce deal. Au cours de l’été 1959, j’ai rencontré aux frontières le frère Ali Kafi qui venait de l’intérieur pour se rendre à Tunis pour participer à la réunion historique des 10 colonels qui avait duré plus de 3 mois, en préparation de la réunion du Conseil de la Révolution qui s’est tenue par la suite à Tripoli. Il m’a demandé de l’accompagner à Tunis pour l’assister dans la traduction des documents rédigés en français. J’ai accepté. Cela m’a permis d’apprendre beaucoup de choses inédites et ceci a contribué à m’éclairer sur les aspects cachés de la crise que couvait la Révolution et à améliorer ainsi ma formation politique.

Après la réunion des colonels, je reviens aux frontières, où je tentais avec le frère Yazid Benyezzar de franchir les lignes électrifiées Challe et Morice. Après plusieurs tentatives, le frère Yazid est tombé au champ d’honneur, alors que je n’étais pas loin de lui. Je poursuivais mes tentatives de rentrer à l’intérieur en compagnie du frère Mohammed Atailia, jusqu’au jour où au cours d’une tournée de reconnaissance en plein jour, nous avons été repérés et attaqués par l’aviation et l’artillerie françaises. Le frère Atailia réussit à abattre un avion de reconnaissance avec son fusil Mass 49. Les combats deviennent plus violents et c’est ainsi que le frère Atailia a été gravement blessé au bras, un autre djoundi est tombé au champ d’honneur, un autre a eu la jambe coupée, deux autres djounouds furent légèrement blessés. Nous avons réussis à les évacuer à dos de mulet jusqu’au PC de la Zone Nord où le frère Abderrahmane Bensalem mit à notre disposition une Land Rover pour l’hôpital à Ghardimaou puis à Béja.

En janvier 1960, le frère Boumediene, fraîchement nommé chef d’état major général me convoque à Ghardimaou et m’interdit de tenter désormais de traverser les lignes électrifiées, m’informe de sa stratégie et me propose de l’assister dans la formation de nouveaux bataillons avec le concours de 3 autres ex-officiers de l’armée française : le capitaine Zerguini, le capitaine Boutella et le lieutenant Slimane Hoffman. A la fin de cette mission, le colonel Boumediene me confie le commandement de la 7ème CLZN et désigne Khaled Nezzar à la tête de la 3ème CLZN. J’étais ainsi sur la ligne du front et je crois avoir dignement rempli mon devoir dans les différentes attaques que nous menions contre les troupes coloniales françaises jusqu’à l’indépendance « oul Hamdou li Allah ». Et Khaled Nezzar le sait bien, puisque nos unités respectives intervenaient dans la même zone.

Les attaques personnelles haineuses et indignes de Khaled Nezzar sont sans fondement et ce ne sont pas les témoins patriotes et sincères qui manquent pour confirmer ce que je dis.

Force est de constater que depuis 1992, la violence est devenue une politique délibérée du régime semant la haine, la discorde et la terreur parmi les fils d’un même peuple, peuple épris de dignité, de liberté et de justice sociale. C’est dans cette optique que se situe l’intervention médiatique de M. Nezzar selon laquelle il se présente comme le porte-parole et le défenseur des ex-officiers de l’armée française.

En conclusion, ni les scoops, ni les mensonges, ni la désinformation, ni l’amalgame, ni les discours brumeux, ni le monologue ne sauraient sortir l’Algérie de la situation dramatique actuelle.

Bien au contraire, comme en témoignent les faits quotidiens, la misère, le chômage, le désespoir rongent les jeunes Algériens (les jeunes âgés de moins de 29 ans représentent plus de 73% de la population algérienne). C’est ce qui explique les tentatives d’évasion des jeunes vers l’extérieur par route ou par mer, appelés « harraga ».

L’Algérie est devenue semblable à une marmite en pleine ébullition, prête à exploser, comme en témoignent les émeutes fréquentes dans les quatre coins du pays, du Nord au Sud et d’Est en Ouest.

Seul un dialogue national global et sincère et le retour à la souveraineté populaire dans la transparence et dans la démocratie sans fraude, ni falsification des faits et des réalités, sont en mesure de sortir l’Algérie de la crise multidimensionnelle actuelle.

Il est temps que la raison et la sagesse prévalent sur la violence, l’arrogance, la haine et la discorde.

Abdelhamid Brahimi
26 octobre 2009

source: hoggar.org

Publié dans vive l'algerie(128) | 2 Commentaires »

BD: Renouveau algérien

Posté par algeriedemocratie le 31 octobre 2009

faïza Ghozali

Renouveau algérien

Unique vignette de Zina sans le voileUnique vignette de Zina sans le voile© SlimLa BD algérienne, qui pleurait depuis plus de vingt ans son âge d’or révolu des années 1960-1970, refait des bulles. Une dizaine d’albums (dont une adaptation d’un roman policier de Yasmina Khadra, Le Dingue au bistouri) ont été publiés cette année, alors qu’aucune création n’avait vu le jour depuis… 1987. Signe annonciateur de ce renouveau : en 2003, l’Enag, maison d’édition publique, avait réédité une quarantaine d’anciens albums (Les Aventures de Sindbad le marin, de Mahfoud Aïder, La Boîte à chique, de Slim…) qui ont fait cet âge d’or.

Ce réveil est en grande partie lié au Festival international de la bande dessinée d’Alger (Fibda), qui a vu le jour l’an dernier, et dont la deuxième édition s’est tenue du 14 au 18 octobre. « Nous voulons créer une dynamique et relancer l’industrie de la BD », explique Dalila Nadjem, commissaire de l’événement et directrice de la maison d’édition Dalimen. Surtout, « ce festival veut réconcilier l’ancienne génération avec la nouvelle, très prometteuse ». Les Slim, Haroun, Melouah, Aïder, Le Hic… semblent, en effet, avoir trouvé une relève avec Tahar Aidaoui, Amine Benabdelhamid, alias « Nime » (tous deux lauréats du concours Jeunes talents du Fibda 2009), Samir Toudji, alias « Togui »… Une nouvelle génération qui a été « trop longtemps inexistante », commente Slim, auquel le Fibda a rendu hommage via une exposition de ses dessins, dont une première version, inédite, de l’inénarrable Bouzid et de sa dulcinée Zina.

Pourquoi cette éclipse ? « Il y a des circonstances atténuantes », explique Dalila Nadjem. Façon pudique de désigner la montée de l’islamisme à la fin des années 1980 et la décennie noire qui a ensanglanté ensuite le pays. Du coup, la plupart des signatures reconnues se sont effacées, les unes dans l’exil, les autres abandonnant la partie faute de support. « La diffusion est un gros problème », insiste Slim, qui a d’ailleurs trouvé la parade. Il s’est associé à un éditeur sur Internet, lulu.com, qui lui permet de rééditer ses albums sur commande (pour un prix compris entre 11 et 15 euros).

Trop frileux, les éditeurs algériens ? L’avis fait consensus. Et Slim d’enfoncer le clou : « Ce pays n’aime pas la BD ! » Pourtant, nuance Dalila Nadjem, « les choses bougent. Aujourd’hui, quelques éditeurs prennent des risques et ont plus d’audace ». Et d’autres émergent, comme la jeune maison Z-Link, lancée par Salim Brahimi, qui édite Laabstor, une revue consacrée aux jeux vidéo et… au manga algérien. De son côté, le Fibda publie le numéro zéro d’un fanzine, El Bendir, appelé à devenir mensuel. Des initiatives salutaires et à encourager .

 

BD: Renouveau algérien dans vive l'algerie(128) 029102009175959000000zinacopie2

Vignette extraite de Zid Ya Bouzid, première histoire de Bouzid, de Slim (1969)

source:jeune afrique

Publié dans vive l'algerie(128) | 1 Commentaire »

Réflexions sur le Congrès de la Soummam

Posté par algeriedemocratie le 18 août 2009

Tiré d’un article de feu benyoucef BEN KHEDDA Rabi Yerahmou

Réflexions

sur le Congrès

de la Soummam (partie1)

Benyoucef BEN KHEDDA

Rappelons brièvement le contexte historique de l’époque.

Rappel historique

On sait que l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action) tous issus de l’OS (Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions : Comité central et Messali.

La direction de la Révolution passe alors aux «6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous l’appellation du FLN (Front de libération nationale).

Le partage des responsabilités entre eux, après leur réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine (ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :

Zone 1, Aurès-Némencha, Mustapha Ben Boulaïd,
Zone 2, Nord-Constantinois, Mourad Didouche,
Zone 3, Kabylie, Belkacem Krim,
Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,
Zone 5, Oranie, Mohammed Larbi Ben M’hidi.
(Les zones seront remplacées par les wilayate après le Con-grès de la Soummam).

Quant à Boudiaf, désigné par ses pairs «coordonna-teur», il s’envole pour le Caire porteur de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er Novembre 1954 par Ben Bella.

Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis dans la ca-pitale égyptienne où ils représentaient la délégation exté-rieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du FLN.

Avant de se séparer à Bologhine, les premiers s’étaient donnés rendez-vous au 12 janvier 1955 pour faire le point de la situation, malheureusement les événements surgis de la guerre ne leur ont pas permis de se rencontrer.

Didouche meurt le 12 janvier dans un combat face à l’ennemi.

Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la fron-tière tuniso-libyenne, en se rendant au Caire afin d’activer l’entrée des armes promises.

Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter les armes et organiser leur acheminement en Algérie.

Abbane libéré le…janvier 1955, après 6 ans de dé-tention, regagne son village natal, où il est rejoint par Krim et Ouamrane.

Bitat est arrêté le…mars 1955. Ouamrane lui suc-cède à la tête de la zone 4 et confie, en accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.

Le PCA (Parti communiste algérien) a éclaté, à cause de sa composition mixte formée d’Européens et de Musulmans et de sa sujétion au PCF (Parti communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO au sein du Front républicain qui votera la loi sur «les pouvoirs spéciaux» destinés à renforcer l’armée de répression en Algérie. Le PCA sortira discrédité aux yeux des masses algériennes.

Les messalistes sont majoritaires en France où une lutte sanglante et meurtrière est engagée entre leur parti : le MNA et le FLN, dont l’enjeu est l’émigration algérienne forte de 300 000 et d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis, actifs en Kabylie, au Sud et à Alger-ville.

Mais le gros problème demeure la minorité euro-péenne, forte d’un million d’habitants (sur 10) qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et où ils tiennent les leviers de commande. La Révolution grandissante inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer. Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions catholique, protestante et juive (catholique sur-tout), émus par les massacres des civils musulmans prennent position contre la répression. Cependant, la grande majorité fait confiance à l’armée et au gouvernement de Paris.

Sur le plan politique

En dehors des tracts et des communiqués paraissant occasionnellement, le FLN n’avait pas de journal pour s’affirmer sur le plan public, faire connaître ses positions politiques, relater les exploits de l’ALN, les massacres et tortures de la police et de l’armée françaises.

Il y avait un vide syndical dû à la faillite de la CGT (Confédération générale des travailleurs) d’obédience communiste.

Les étudiants et les quelques intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions d’ordre idéolo-gique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme agraire, problèmes sociaux, etc.

Abbane créa alors une commission dont le résultat se traduira dans le Projet de la «Plate-forme de la Soummam». Parallèlement se poursuivait grâce à un noyau de militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une infrastructure spécifique : la zone autonome d’Alger avec deux volets politique et militaire.

Sur le plan militaire

Les maquis avaient fini par faire leur jonction. Ce-pendant des conflits frontaliers éclataient à l’exemple de la zone 2 s’opposant à la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière.

Dépassements, encadrement déficient, structures dif-férentes d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait étroitement de l’armement et les pro-messes faites à l’extérieur ne se réalisaient pas. Les armes manquaient terriblement. Ce fut la cause principale de l’arrestation de Ben Boulaid, et c’est pour armer les djou-noud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août 1955.
En France

En France l’Algérie est devenue la première préoc-cupation du gouvernement et de l’opinion publique.

En mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» qui lui furent votés par la nouvelle assemblée, le gouvernement de gauche augmente le poten-tiel de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière va s’élever à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il «négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire.

Pour le FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.

Sur le plan international

A l’ONU, lors de la 10e session, les délégués arabes ont tenté d’inscrire la «question algérienne» à l’ordre du jour. Elle a été repoussée par la majorité acquise à la France et ses alliés.

L’attitude des gouvernements arabes, bien que favo-rable à l’Algérie, particulièrement de l’Egypte, est sujette à des fluctuations sous la pression de la France qui monnaie l’aide économique et financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab, libre jusque là, est censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne instrumentalisée par Djamel Abd-Ennasser qui jouit d’un immense prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique.

Le colonel Fethi Dhib, chef des services spéciaux égyptiens, manœuvre dans ses rapports avec les membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella s’ingérant directement dans les affaires du groupe, créant animosité et disputes entre eux.

Un gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et le Caire, celui des positions offi-cielles devant tel ou tel événement, telle ou telle question pesant sur le cours de la Révolution : ainsi l’ouverture des négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et semer la division, cette maladie mortelle des révolu-tions. Jusqu’ici, l’identité de formation des dirigeants issus tous du même parti : le PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir devant les initiatives de la France.

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de l’indépendance algérienne», pen-dant que de son côté Khider au Caire parlait d’«Assemblée nationale constituante».

La France ne se privait pas d’exploiter ces contradic-tions. Et quand les journalistes posaient aux officiels fran-çais la question des «négociations», ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui ? », et parlaient de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en réalité à noyer le FLN dans un magma de partis sans représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités musulmans et européens.

S’il existait des commandements à l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec plus ou mois de bonheur la représentation du FLN, par contre il n’existait pas une direction centrale coordonnant les activi-tés du FLN, politiques et militaires, nationales et internatio-nales constituant une autorité en mesure de se poser en in-terlocuteur valable vis à vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du peuple algérien.

A un moment donné il fut question d’une direction de «12» membres : six de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat, Abbane, Ouamrane) et six de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).

Un des sujets de discorde qui ne cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les éléments en-voyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène interna-tionale et qui étaient contestés par ceux du Caire : Ferhat Abbas, Tewfik El Madani, Kiouane.

Dans chaque lettre adressée au Caire, Abbane revient à la charge sur la question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner la direction offi-cielle du FLN absente de la scène politique depuis 2 ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim (Kabylie), Ouamrane (Algérois) ; il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955. A Youcef Zighoud (Nord –Constantinois) il délègue Saâd Dahlab ; et c’est ainsi que le futur négociateur d’Evian inaugure son activité diplomatique au FLN. Zighoud adhère pleinement à l’idée. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont également tou-chés. Seul Ben M’hidi rentrera à Alger en mai 1956. Je ne connais pas exactement les motifs pour lesquels les membres de la délégation extérieure n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. Ceux d’entre eux qui sont encore ne vie peuvent nous éclairer.
Le Congrès et ses décisions

Le Congrès se réunit, comme chacun sait, dans la maison forestière d’Ighbal, à Ifri, non loin d’Ighzer Amo-krane, sur la rive gauche de la Soummam, à quelques kilo-mètres d’Akbou, le 20 août 1956.

Le procès-verbal de la première séance donne la liste des membres présents.

« Les membres présents étaient :
- BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie (prési-dent de Séance),
- ABBANE, représentant le F.L.N. (secrétaire de séance),
- OUAMRANE, représentant de l’Algérois,
- KRIM, représentant de la Kabylie,
- ZIROUT, représentant le Nord-Constantinois,
- BENTOBBAL, adjoint de Zirout.

Membres absents :
- BEN BOULAID, représentant des Aurès-Nemenchas,
- SI CHERIF, représentant le Sud (excusé après avoir adressé son rapport à la réunion). »

Les congressistes n’avaient pas la certitude absolue de la mort de Ben Boulaid, qui remontait à cinq mois, ce qui explique que son nom figure dans cette liste.

Comme on le voit, le Congrès se réduit à six membres. En dehors des séances, ceux-ci se retrouvaient chacun avec d’autres membres de sa zone : Ali Kafi et Mos-tefa Ben Aouda avec Zirout et Ben Tobbal, Saïd Moham-medi et Aït Hamouda Amirouche avec Krim (zone 3), Déhi-lès, Si M’hammed Bouguerra et Ali Mellah avec Ouamrane (zone 4). Chaque chef de zone présenta un état de la situa-tion : effectif des moudjahidine, armement, état d’esprit des combattants et de la population.

Les décisions organiques

Les zones furent remplacées par six wilayate décou-pée chacune en zone (mintaka), secteurs (nahia), région (kisma), chacune d’entre elles dirigée par quatre membres selon le principe de la direction collective.

Le Conseil de wilaya comprenait un colonel politico-militaire assisté de trois commandants : militaire, politique, liaisons et renseignements. Le secteur sanitaire était rattaché au Conseil de wilaya.

Pour les unités, elles allaient depuis le demi-groupe composé de 4 hommes commandés par un caporal jusqu’au bataillon de 350 hommes commandés par un colonel. Al-lergiques au culte de la personnalité qu’ils venaient de vivre récemment dans le conflit Messali-Comité central, les con-gressistes décidèrent qu’il n’y aura pas de grade de «géné-ral» jusqu’à la libération.

A la tête de chaque douar fut désignée l’assemblée du peuple de 4 membres avec un Président s’occupant de l’état-civil, de la justice, des finances, du ravitaillement et de la police. En réalité cette infrastructure subira des trans-formations au cours de la guerre mais le cadre général sera maintenu.

Le problème crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats, et le bilan de la délégation extérieure à ce sujet fut jugé négatif. Le congrès se résolut à la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles sont, c’est à dire chez l’ennemi.

CNRA et CCE

Le Congrès procéda à la désignation des organes de direction : CNRA (Conseil national de la Révolution algé-rienne) et le CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le CNRA, parlement du FLN, joue le rôle de direction su-prême du mouvement. Il prend des décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale, en même temps que celle d’une assemblée législative, symbole de la souve-raineté nationale. Il désigne l’exécutif : CCE. Il engage des négociations avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix.

Le CNRA, désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres : 17 titulaires et 17 suppléants :
Membres titulaires Membres suppléants
1 – Mostefa Ben Boulaïd 1 – L’adjoint de Ben Boulaïd
2 – Youcef Zirout 2 – Lakhdar Ben Tobbal
3 – Belkacem Krim 3 – Saïd Mohammedi
4 – Amar Ouamrane 4 – Slimane Dhiles
5 – Med Larbi Ben M’hidi 5 – Abdelhafid Boussouf
6 – Rabah Bitat 6 – Ali Mellah
7 – Mohammed Boudiaf 7 – Saâd Dahlab
8 – Ramdane Abbane 8 – Salah Louanchi
9 – Ahmed Ben Bella 9 – Mohammed Ben Yahia
10 – Mohammed Khider 10 – Abdelhamid Mehri
11 – Hocine Aït Ahmed 11 – Tayeb Thaalibi
12 – Med Lamine Debba-ghine 12 – Mohammed Lebdjaoui
13 – Idir Aïssat 13 – Ahmed Francis
14 – Ferhat Abbas 14 – UGTA à désigner par le CCE
15 – M’hamed Yazid 15 – Aïssa …
16 – Benyoucef Ben Khedda
17 – Ahmed Tewfik El Ma-dani

Si l’on examine la liste du CNRA, titulaires et sup-pléants, 34 membres, elle est composée des
- 6 chefs de wilaya et leurs adjoints sauf la wilaya 6 sans adjoint (11),
- Abbane : représentant du «FLN» (cf. le PV),
- Les membres de la délégation extérieure : Aït Ahmed, Ben Bella, Boudiaf, Khider (4),
- Les «centralistes» : Ben Khedda, Dahlab, Aïssat, Yazid, Louanchi, Mehri (6),
- L’UDMA : Abbas, Francis (2),
- L’association des oulama : Tewfik El Madani, Mezhoudi (2).

Le congrès de la Soumama parPrésident BEnyoucef BEN KHEDDA Rahimahou allah

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème des négociations et les condi-tions de cessez-le-feu qui serviront de base, cinq ans plus tard, aux négociations d’Evian :
1 – Reconnaissance de la Nation Algérienne une et indivisible (opposée à la fiction coloniale de «l’Algérie française» et à toute idée de partage ethnique ou confessionnel).
2 – Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté pleine et entière, dans tous les domaines, y compris la Défense nationale et la diplomatie (contre le principe de l’autonomie interne concédé par la France à la Tunisie et au Maroc).
3 – Libération de tous les Algériens et Algériennes emprisonnés, internés ou exilés pour activité po-litique ou armée.
4 – Reconnaissance du FLN comme seul représen-tant du peuple algérien et seul habilité à toute négociation. En contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom du peuple algérien.
«Seul le CNRA est habilité à ordonner le cessez-le-feu dans le cadre fixé par la Plate-forme». Proclame la Plate-forme de la Soummam.
L’étude d’un «gouvernement provisoire» et sa proclamation fut laissée à l’initiative du CCE.

Face à la propagande de la France qui accusait le FLN d’être au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam définit ainsi la Révolution : «La Ré-volution algérienne est un combat patriotique dont la base est incontestablement de caractère national, politique et so-cial. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou, ni a Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur de la Révolution algérienne».

Certes il n’y a pas eu de doctrine mais un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce n’était qu’une plate-forme : Elle ne pouvait que fixer les objectifs stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, no-tamment les conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des repères d’orientation clairs et fermes pour la poursuite du combat.

Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb arabe, fut solennellement proclamé.

Vis à vis de la minorité européenne et juive le droit d’opter pour la nationalité algérienne est reconnu à titre individuel et sur demande de l’intéressé.

Ce qui a honoré la Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom anti juif. Le boycott des com-merçants juifs fomenté par des provocations fur étouffé dans l’œuf par le FLN dès 1956. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la participation active d’éléments juifs et chrétiens à la répression.

La Plate-forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux non-musulmans, tournée vers l’avenir.

On a reproché au Congrès de la Soummam de n’avoir pas approfondi l’idéologie de la Plate-Forme, no-tamment son côté social. Le problème qui se posait alors n’était pas d’ordre idéologique mais une question de survie pour le peuple algérien ; le problème était : «colonialisme» ou «indépendance».
On a reproché aussi au Congrès de ne pas s’être pro-noncé pour le «socialisme». Le problème n’était pas dans l’alternative «colonialisme» ou «socialisme» mais encore une fois dans l’alternative «colonialisme» ou «indépendance».

Des islamistes, aujourd’hui, ont reproché de leur côté au Congrès de ne pas s’être prononcé pour «Etat islamique». S’il en avait été ainsi, le Congrès se serait séparé entre pro-islamiques et anti-islamiques, entraînant l’éclatement du FLN, pour la plus grande joie du colonialisme, les armes se seraient retournées entre frères ennemis.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amar Bouglez. Le conflit opposant ce dernier à la wilaya 2 pour le contrôle de cette route des armes va s’en trouver aggravé.

Boussouf, l’adjoint de Ben M’hidi à la tête de la wi-laya 5 et pratiquement le chef, contesta les décisions du Congrès et reproche à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya pour des questions «engageant l’avenir du pays», alors qu’il aurait été délégué pour «des questions d’ordre organique et de coordination».

Pour Boudiaf, le Congrès de la Soummam fut un vé-ritable «magma». Ben Bella contestera la présence de «cer-taines personnalités» au CNRA («centralistes», UDMA, les oulama), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la pri-mauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par Mahsas.

Le point de la situation militaire ne fut pas fait. L’on se contenta de dresser le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances sans tenter d’évaluer l’ensemble des forces en présence, algérienne et françaises, d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. Certes, la force de l’ALN c’était la connaissance du terrain, les unités légères, la mobilité, l’appui de la population, mais il n’y avait pas une stratégie pour la simple raison qu’il n’y avait pas encore de commandement militaire unifié. La grande préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie militaire dans ces conditions était une impossibilité ; les congressistes n’avaient pas une claire vision des étapes à parcourir.

? ? ? ? ? ? ? ? ? ?
à mort par l’armada française et la multitude de ses services de renseignement et d’espionnage, d’accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en peine guerre, au milieu de mille dangers, et d’avoir fondé une légalité révolutionnaire qui durera jusqu’à l’indépendance. Le Congrès a doté la Révolution d’une autorité nationale : le CNRA et d’un organe d’exécution : le CCE ; il a tranché le conflit intérieur-extérieur par deux décisions capitales :
- Primauté de l’intérieur sur l’extérieur,
- Primauté du politique sur le militaire,
Deux décisions qui furent reprochées par les membres de la délégation extérieure au Congrès et à Abbane et qui conti-nuent, jusqu’à maintenant à alimenter les polémiques chez les moudjahidine et dans la classe politique.

Et là, il nous faut nous étendre un peu plus sur la personnalité de Abbane et l’œuvre qu’il a accomplie dans la Révolution. En plus du rôle d’architecte du Congrès de la Soummam, il a été le coordinateur du CCE et le bâtisseur de la zone autonome d’Alger, véritable maquis urbain, qui a été entre 1956 et 1957 la capitale de l’Algérie en guerre.

ZONE AUTONOME D’ALGER
A. Historique
Au lendemain du 1er Novembre 1954 Alger et sa banlieue étaient comprises dans la zone dite de «l’Algérois» confiée à Rabah Bitat au cours de la réunion des «6», et qui fera partie peu à peu de la wilaya 4.

Bitat, arrêté le … mars 1955, Amar Ouamrane prendra la succession, remplacé ensuite par Ramdhane Ab-bane. Se développent alors les premiers réseaux du FLN.

Une «direction» de fait s’impose avec Abbane, qui en était l’âme, Krim chef de la zone de la Kabylie et Oua-mrane, chef de l’Algérois ; j’étais l’assistant de Abbane dès le début de 1956.

Abbane lui impulse un souffle nouveau, elle devient la véritable direction nationale de l’Algérie, un centre de coordination entre les chefs de l’intérieur d’une part, entre ces derniers et ceux de l’extérieur d’autre part ; les premiers se consultent mutuellement assez souvent.

Abbane la transforme en plaque tournante du FLN, vitrine de la lutte pour l’indépendance. Par les tracts qu’il rédige, il lance des mots d’ordre et des proclamations qui ont des répercussions au-delà des frontières. «L’indépen-dance de l’Algérie, dira-t-il dans un de ses écrits, sera l’œuvre de tous les Algériens, et non pas celle d’une fraction d’entre eux».

Autour de lui se forme une équipe qui réalise un tra-vail de mobilisation et de propagande remarquable en direc-tion de la population musulmane, comme des libéraux et des progressistes de la population européenne.

Vis à vis de la population musulmane, il déclenche une dynamique d’union nationale qui se solde entre l’au-tomne 1955 et le printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du Comité central du PPA-MTLD et de leurs par-tisans (les «centralistes») , de l’UDMA de Ferhat Abbas, enfin de l’Association des Oulama de Bachir Brahimi, ce qui élargit les assises du Front et son champ d’intervention et culbute les messalistes.

Alger servira de base logistique non seulement à l’Algérois et la Kabylie toutes proches, mais à toute l’Algérie : médicaments, argent, effets militaires y sont collectés et acheminés dans toutes les régions.

L’on assiste alors à une accélération de l’intégration des catégories socioprofessionnelles : 24 février 1956 créa-tion de l’UGTA, appel à la grève des étudiants lancé par l’UGEMA pour rejoindre le maquis le 19 mai 1956…

En juin 1956, paraît EI-Moujahid, organe central du FLN, entièrement composé, tiré et diffusé par des militants d’Alger. Il sera diffusé non seulement en Algérie, mais par-mi l’émigration algérienne en France, en Tunisie, au Maroc et au Caire. Il fera connaître les positions du FLN dont il augmentera l’audience.

L’appel à la grève des étudiants lancé le 19 mai 1957 par l’UGEMA mobilise la jeunesse des lycées et de l’Université en faveur du maquis et contribue à l’enrichir.

A Alger défilent les journalistes internationaux pour leur reportage en ville ou vers les maquis de l’intérieur.

Vient s’ajouter à cette dimension médiatique Kassa-mene l’hymne du grand poète nationaliste Moufdi Zakaria qui va galvaniser les moudjahidine et le peuple dans le combat pour l’indépendance.

Lorsque le Congrès de la Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la Révolu-tion. Sur 700 000 habitants, plus de la moitié était d’origine algérienne embrigadée dans les structures du FLN. La Cas-bah à elle seule comptait 80 000 musulmans.

B. Les structures organiques de la zone autonome

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son importance stratégique sur l’échiquier na-tional, de part la portée psychologique nationale et interna-tionale de ses interventions, de par son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya du CCE lui-même.

Jusqu’à début 1956, l’organisation FLN d’Alger était structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se che-vauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravi-taient autour de Krim, mais surtout d’Ouamrane et d’Ab-bane, ce dernier étant secondé par Ben Khedda.

Parmi les plus importants de ces réseaux, il faut citer :

- les réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara,

- le réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,

- le réseau Ahcène Laskri et Ben Mohammed Hammada,

- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), 1

- le réseau Chérif Debbih,

- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed Ghermoul,

- le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.

Toutes les têtes de file de ces réseaux ont été des ad-joints de Abbane.

A partir de mars-avril 1956, l’organisation d’Alger est restructurée en trois régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres intégrés au sein de ces régions. L’opération de restructuration, confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu’à août-septembre 1956.

En septembre 1956, l’organisation algéroise du FLN prend la nouvelle dénomination de «zone autonome d’Al-ger», avec toutes les prérogatives d’une wilaya.
Siège du CCE, la ZAA est sous l’autorité statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent les activités : Abbane, Ben M’hidi et Ben Khedda.

Sur le plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes, mais complémentaires :

La branche militaire, dont le suivi des activités est confié à Ben M’Hidi : formée de groupes et de commandos de fidaïne, auxquels s’ajouteront à partir de l’été 1956 les «réseaux bombes».

La branche militaire a été dirigée successivement par :
• Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956),
• Belkacem Bouchafa (avril1956- août1956),
• Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).

Avant le Congrès de la Soummam, la branche mili-taire activait sous l’autorité directe d’Ouamrane lequel était, de la sorte, le responsable hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.

A la fin 1956, l’état-major de la branche militaire était constitué comme suit :
- Responsable : Yacef Saâdi ;
Adjoint: Ali Amar (La pointe)
- Région I : Abderrahmane Arbadji,
Adjoint/Hadj Othmane (Kamel)
- Région Il : Hammoud Ader,
Adjoint : Ahcène Ghandriche,

- Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),
Adjoint : Boualem Benabderramane (Abaza).

La branche politique. Confiée à Brahim Chergui, elle était sous la supervision directe d’Abbane et de Ben Khedda ; grosso modo, elle couvrait trois types d’activités :
le travail politico-idéologique : diffusion des mots d’ordre du FLN, de sa littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham », c’est-à-dire la toute puissance de l’Organisation en tant que symbole et autorité morale du FLN,
- le travail politico-administratif : encadrement «physique» de la population, sa sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases minimales d’un contre-pouvoir et d’une contre-administration permettant la symbiose permanente entre le peuple et l’organisation, col-lecte de l’impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,
- enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique, ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce terme.

La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE, disposait de ses propres groupes de fidaïne (on les appelait aussi «groupes d’intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes armés») qui, eux, relevaient de la branche militaire.

A la veille de la grève des huit jours (29 janvier – 5 février 1957), l’état-major de la branche politique se compo-sait comme suit :

- Responsable : Brahim Chergui

- Région I : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hammoud (Si Hocine),
Adjoints : Sadek Kéramane et Abderrah mane Naït ¬Merzouk,

- Région II : Hachem Malek,
Adjoints : Mahmoud Messaoudi et Toufik Bensemane.

- Région III : Bellouni Si El-Mahfoud,
Adjoints : Rachid Benrahmoune et Mohammed Sahraoui.

Les membres des réseaux «bombes», une quaran-taine, formaient les unités d’élite dans ce dispositif.

Après la grève des huit jours, les deux branches dé-mantelées de la ZAA sont reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone. Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu’à son arrestation en septembre 1957.

L’épopée de la première zone autonome prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où s’était barricadé Ali Amar et ses derniers compagnons.

Construite sur le modèle pyramidal la ZAA était composée d’environ 12 000 hommes repartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et politique.

La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. Les fidaïne, sans attache à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d’une cinquan-taine d’hommes par région.

Branche militaire et branche politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens, marquait une pré-sence percutante où chaque action perpétrée à Alger avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement médiatisé et les actions particulièrement dévasta-trices au plan psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits, formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD.

C’était l’ALN de la ville différente de l’ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul, qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de l’en-nemi et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part à Alger (en réalité à 5 minutes de marche du Gouvernement général) était un gage de garantie et de con-fiance pour les combattants.

Par leurs actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain, les moudjahidine jetaient le dis-crédit sur les autorités et leur crédibilité et révélaient l’im-puissance de la France à maintenir l’ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome de l’isolement, la poussant à un repli sur elle¬-même, en vérité vers son origine, en direction de la métropole.

Le personnage de Abbane

Comme tous les grands personnages de l’histoire Abbane a eu ses détracteurs, traité tantôt de «régionaliste», tantôt d’ennemi de l’arabo-islamisme, d’ «autoritariste», voire par certains d’ «agent de l’ «ennemi», de «traître».

Régionaliste Abbane ?

Au cours de son itinéraire de militant, que cela soit au PPA-MTLD où il a été membre du Comité central après avoir été chef de wilaya, que cela soit au FLN dont il a diri-gé les destinées, il a toujours fait preuve de nationalisme et de patriotisme, condamnant sévèrement toute tentative de division ethnique ou régionale, défendant la ligne officielle arabo-islamique de ces deux formations d’un même parti.

Abbane était laïc et n’éprouvait aucun complexe de-vant qui que ce soit, très respectueux envers les croyances de ses frères connus pour leur piété musulmane. Ce qui lui importait avant tout, c’était l’unité de tous les Algériens sans distinction, qui seule pouvait libérer l’Algérie de la domination coloniale. Si la victoire de l’indépendance a été possible c’est grâce précisément à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à l’adversaire.

S’il a insisté avec vigueur, lui et le Congrès sur le principe de la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, c’était par crainte de voir la Révolution algérienne instru-mentalisée par des puissances étrangères, même frères.

Autoritarisme ?

Quel chef, en pleine guerre, ne s’est pas comporté, plus ou moins, en autoritaire ? Mais Abbane savait écouter, discuter, réfuter, lorsqu’il n’était pas convaincu. Il était très perméable aux idées et ouvert aux suggestions et aux propo-sitions qui lui étaient faites.

Quant à ceux qui l’ont traité d’ «agent de l’ennemi», voire de «traître», et lorsque ces accusations viennent d’un haut responsable de la Révolution, qui a eu à gérer les charges de l’Etat, cela est grave. C’est toute la confiance dans la Révolution qui est ébranlée, le discrédit auprès des jeunes qui risquent de s’en détourner, surtout que ce per-sonnage dans son livre, en dehors d’une conversation rap-portée par lui, Abbane lui aurait proposé de faire partie d’un complot contre la direction du FL N ; à l’appui de ce qu’il avance, aucun témoin n’est cité, aucun écrit n’est produit, seule une lettre d’un chef de wilaya mettant en cause Ab-bane et l’accusant d’avoir semé la division entre combat-tants.

Est-ce faire preuve de «division» que de défendre des idées qui n’emportent pas l’assentiment de tous ?

Les idées de Abbane sur la primauté du politique sur le militaire sont connues. L’histoire ne lui a-t-elle pas donné raison pour la période antérieure à 1962 comme pour celle qui lui a succédé ?

Cependant, quelles que soient ses qualités, Abbane ne doit pas faire l’objet d’un culte lorsqu’on voit ses admi-rateurs lui ériger une statue, on risque là de tomber dans le culte de la personnalité contraire à nos traditions et à nos valeurs islamiques.

 

 

Publié dans Abane(19) | Pas de Commentaires »

Salah-Eddine Sidhoum répond à vos questions sur le blog *http://ffs1963.unblog.fr*

Posté par algeriedemocratie le 14 juillet 2009

Je tiens tout d’abord à remercier les responsables de ce blog et les organisateurs de ce forum qui m’ont fait l’insigne honneur de m’inviter à discuter avec mes très chers compatriotes de la situation politique de notre malheureux pays en proie à une très grave crise politique.

Je me réjouis après ces années de léthargie, de la multiplication depuis quelques temps de sites et blogs algériens libres et de l’intérêt que portent nos compatriotes à ces derniers. C’est un signe d’éveil des consciences qui ne trompe pas, malgré la politique diabolique d’anesthésie générale de la société. C’est le début In Cha Allah d’une véritable résurrection qui permettra d’abord aux Algériens de dialoguer sereinement dans un profond respect des différences, puis de se rassembler et s’organiser autour d’un compromis politique historique en vue d’un changement radical et pacifique de régime et de la remise du pouvoir aux représentants authentiques du peuple élus démocratiquement.

NB: les questions sont écrites en rouge

Arezki 15 octobre 2007

M. Sidhoum, j’ai lu dans ce blog que la LADDH est divisée en clans. Lequel des clans vous soutenez. Sinon, que pensez-vous des revirements de la LADDH et notamment de son président d’honneur Ali Yahia? Merci

Mon cher Arezki, ce qui se passe actuellement à la LADDH est lamentable et désolant.

J’écrivais le 8 octobre 2007 comme commentaire sur ce blog et suite à l’article : LADDH : la guerre des clans :

« C’est triste de voir des militants des droits de l’Homme théoriquement unis pour défendre la Dignité Humaine s’entre-déchirer sous les yeux amusés des criminels contre l’Humanité qui ont mis le pays à feu et à sang.
J’en appelle à la sagesse de tous les protagonistes de ce conflit d’un autre âge.
L’Algérie meurtrie a besoin aujourd’hui du rassemblement de tous ses enfants sincères pour venir à bout de ce régime criminel. »

La seule ligue des droits de l’Homme autonome qui est née au milieu des années 80 dans la douleur est en train, à Dieu ne Plaise, d’imploser. Tout cela est le fruit de sérieux dysfonctionnements qui ne datent pas d’aujourd’hui. Des militantes et militants de valeur dont mon ami le regretté Mahmoud Khelili, Rahimahou Allah, avaient depuis plusieurs années quitté cette structure en raison justement de ces dysfonctionnements. Je sais que de nombreux militants sincères sont outrés par ce qui se passe. L’un d’eux, membre du bureau directeur me disait dernièrement : « qu’on laisse les militants de base travailler. Qu’ils ne nous paralysent pas l’activité de la ligue. Leur conflit de za’ama (leadership) ne nous intéresse pas ».

Personnellement je n’ai jamais été membre de la ligue. J’ai toujours été un militant libre et indépendant. Tout comme je suis allergique au clanisme ravageur qui a fait tant de mal au pays. Donc je m’interdis de soutenir, mon cher Arezki, un quelconque « clan ». Ce n’est pas ma nature de soutenir des Algériens contre d’autres Algériens. Nous avons toujours tenté humblement de rassembler mais jamais de diviser. Abdenour Ali Yahia et Hocine Zahouane sont des amis pour lesquels j’ai beaucoup d’estime et de respect, mais je ne cache pas ma colère et ma révolte de les voir, à leur âge dans cette situation de lutte fratricide. J’en appelle encore une fois et avec insistance à la sagesse de tous les protagonistes afin de se réunir autour d’une table et de mettre à plat tous leurs problèmes pour permettre à la ligue, débarrassée des luttes intestines et des conflits de personnes, de redémarrer sur des bases saines au service des Droits de l’Homme.

Mouloud 15 octobre 2007-10-15

  1. M. Sidhoum, en Algérie l’ordre de droit est confronté a l’ordre de force, une telle situation conjuguée au marasme social génère inéluctablement une situation de conflit et de désespoir du fait que le pouvoir ne donne pas de signes réel de faiblesses, d’une part, d’autre part, les organisations sociopolitiques n’arrivent pas à renforcer leurs liens pour faire face à la stratégie de nihilisme et de dislocation sociale, mais aussi les partis et outres organisations (ceux qui sont avec le peuple) n’arrivent pas a maintenir l’osmose social-organisation politique, pour élargir le camps d’oppositions.

  2. Rejoindriez-vous l’initiative du trio Ait Ahmed-Mehri-Hamrouche?
    Pensez-vous qu’une telle initiative si elle ne s’arrête pas au stade des dires est porteuse d’espoir pour les jeune algérien en leur permettant de renouer avec le politique et le combat comme alternative à la peur handicapante, le désespoir qui est a son apogée, la morosité de laquelle naquit les fléaux sociaux les plus dévastateur, et le paroxysme qui a atteint ses limites

  3. Dans la nouvelle structure des Nation Unis a savoir le conseil des droits de l’Homme l’Algérie et d’autre pays qui violent systémiquement les droit de l’Homme sont accepté en qualité de membre, cela veut-il dire que cette organisation est vidée de sa substance vitale a savoir ses principes fondateurs?

  4. L’ Organisation International des Travailleur a accepté L’UGTA dans sont commando comme membre alors que le pouvoir algérien ne reconnaît que cette organisation et encore plus grave ce pouvoir interdit tout autre organisation syndicale ne connaissent-il pas la réalité algérienne?

  5. Chakib Khalil prendra la tête de l’OPEP, ultralibéraliste qu’il est et pro Américain, dans une conjoncture ou les Etat Unis d’Amérique envisagent de se déployer militairement dans les pays producteurs sous prétexte de lutte antiterroriste (Qui terrorise Qui) pour ainsi asseoir son hégémonie et faire face a une éventuelle dépendance chronique, en terme énergétique, des pays en voie de développement mais producteur de pétrole, exemple édifiant l’ouverture du capitale de Sonatrach et possession de 70% des réserve des gisement exploité PAR LES opérateur étranger (la maladie de boutef nous a permis de revenir au point de départ dieu merci mais que nous prépare les décideurs, d’autre plus pire que boutef?) Est-ce que cette “nomination” est une autre façon de nous dilapider nos richesses?

  6. Qu’est-il de la sensibilisation internationale sur la question des Droit de l’Homme en Algérie en tenant compte du prix du baril de pétrole.

    Je vous remercie vivement et ceux qu’ont organisé ce débat.

  1. Vous dites que le pouvoir ne donne pas de signes réels de faiblesse. Oui, en apparence. Mais en réalité il est miné par ses contradictions internes et ses luttes claniques souterraines. Malheureusement en face il y a un vide politique sidéral, ce qui lui donne l’apparence de force et de solidité. C’est pour cette raison que je répète toujours tel un leitmotiv que le régime n’est fort que de par notre faiblesse. Tôt ou tard ce régime s’effondrera de par ses propres contradictions. C’est une question de temps car il a atteint ses limites naturelles après avoir utilisé tous les stratagèmes criminels pour tenter de se pérenniser. Mais y-a-il au stade actuel une force politique réelle et une alternative crédible pour combler ce vide ? NON.

Pourquoi ce vide ? Le pouvoir n’a jamais voulu de forces politiques représentatives des différents courants qui traversent la société. Au lieu d’une représentation réelle, il a préféré une représentation factice, folklorique tant sur le plan politique que syndical. La police politique qui reste la colonne vertébrale du système a préfabriqué des partis-maison animés par des pantins, tout comme elle a apprivoisé le syndicat des travailleurs pour en faire à la fois un appareil de surveillance de ces derniers et un pompier des conflits sociaux. Et en parallèle, les syndicats autonomes sont réprimés et non « agréés » et le seul parti politique autonome qui reste sur le terrain, le FFS, est miné par des dissensions internes encouragées et amplifiées par les laboratoires de la police politique.

A cette action du régime s’ajoute un 2e facteur qui est celui de la trahison d’une grande partie des élites phagocytée par la politique de corruption. Ces « élites », hautaines, larbines et lâches qui traitent leur peuple de « ghachi » et de piétaille, ignorant par là même et dans leur orgueil démesuré qu’ils appartiennent à ce même peuple et qu’ils s’insultent eux-mêmes. Ils méprisent leur peuple mais se mettent au garde-à-vous pour ne pas dire se prostituent devant les ignares criminels au pouvoir. Quelle « grandeur » et quelle……… décadence !

Comment voulez-vous, mon cher Mouloud qu’il y ait osmose (comme vous le dites) politico-syndicale et une opposition efficiente avec un régime de kleptocrates criminels, une vie politique virtuelle et une société en voie de décomposition avancée ?

La vie boulitique algérienne actuelle se résume à 3 pôles : un pouvoir occulte et réel des « services », un pouvoir apparent de service et des satellites boulitico-syndicaux décoratifs. C’est cette donne que nous devons changer par notre combat politique. C’est pour cette raison que je dis que nous devons sortir de la stratégie du pouvoir et nous organiser en dehors des règles de ce système.

  1. Je n’ai pas encore vu d’initiative du trio précité. Il y a eu le communiqué de quelques lignes du 14 septembre 2007 où les trois personnalités ont exprimé leur affliction devant la détérioration de la situation sécuritaire, leur condamnation de la violence politique et leur disposition à contribuer à la recherche de solutions de sortie de crise. Peut-on appeler cela une initiative ?

« L’initiative » semble plutôt venir de certains organes de la presse privée qui reviennent à chaque fois à la charge.

Deux hypothèses viennent à l’esprit :

    1. L’initiative existe effectivement (au stade préparatoire) et des fuites ont eu lieu.

    2. L’initiative est sortie des laboratoires des services de l’action psychologique pour mettre en selle l’ancien chef du gouvernement, présenté dans certains cercles comme étant le candidat potentiel d’un clan du pouvoir à la Présidence en cas de défaillance de l’actuel locataire d’El Mouradia. Et les deux figures historiques de la Révolution Algérienne serviraient de caution à cette investiture à travers l’éventuelle « initiative » entrainant ainsi dans leur sillage, les sympathisants de ces deux personnalités historiques et les militants du plus vieux parti d’opposition.

    Rappelons-nous que c’est cette même presse « bien informée » qui avait distillé juste avant le 4e Congrès du FFS, la grossière information du remplacement de Hocine Aït Ahmed par l’ancien chef du gouvernement à la tête du parti !!!! Ces informations tendancieuses et répétitives qui consistent à coller le nom de ce dernier aux basques du FFS me paraissent plus que suspectes. L’avenir nous permettra de voir plus clair.

  1. Je crois que le Général De Gaulle avait bien décrit l’ONU en la qualifiant de « machin ». Elle a été mise en place par les vainqueurs de la 2e guerre mondiale et à un moment où de très nombreux pays étaient sous le joug colonial et n’avaient pas droit à la parole. Elle a été fondée par 51 états (dont 4 pays arabes et 03 pays africains), alors qu’actuellement il existe 195 pays reconnus. C’est une organisation devenue stérile et qui ne répond plus aux nouvelles exigences mondiales. Ses principes universels fondateurs ont été piétinés par certaines puissances et plus particulièrement par les Etats-Unis. Elle est devenue depuis la chute du Mur de Berlin un moyen de légalisation internationale de la politique expansionniste américaine. Elle a besoin d’une refonte totale.

Le pseudo-conseil des Droits de l’Homme est une vaste fumisterie. Un conseil des Droits de l’Homme où siègent des Etats qui bafouent les Droits de l’Homme ! Une insulte à la Dignité Humaine !

Tout un travail de concertation doit être fait par les Etats du Tiers-Monde pour imposer un Ordre International Juste basé sur les Principes Universels respectés par tous et une ONU efficiente, impartiale et adaptée aux nouveaux équilibres mondiaux. Mais cela ne peut être réalisé que lorsque ces pays se seront libérés des régimes illégitimes.

  1. La nature de ce régime totalitaire est ainsi. Toute vie politique ou syndicale réelle est verrouillée. Seuls les partis des officines et le syndicat-maison sont autorisés. Ces organisations internationales n’ignorent pas la réalité algérienne mais ferment les yeux, intérêts stratégiques des puissances obligent. Depuis fort longtemps, les valeurs éthiques universelles ont déserté ces structures. L’intérêt a pris le dessus sur la Morale. Et c’est ainsi que des organisations tiers-mondistes non représentatives sont acceptées en leur sein. N’avons-nous pas vu en 93 l’Union Parlementaire Internationale admettre en son sein les « députés » potiches du Conseil National Transitoire (CNT) créé de toutes pièces par les janvièristes factieux ? Donc il n’y a rien d’étonnant, mon cher Mouloud. Ces puissances et ces organisations appliquent la devise : « démocratie chez nous et intérêts chez eux ». Il ne sert à rien de se focaliser sur ces organisations internationales au service des stratégies des puissances expansionnistes et néocoloniales. Le plus important pour nous Algériens, c’est de susciter et de renforcer cette forte volonté de lutte pour changer les choses. Lutter pour un changement pacifique mettant fin à ce régime destructeur et permettre à nos concitoyens de s’autodéterminer librement et de choisir leurs représentants authentiques tant dans les structures syndicales que les institutions politiques locales et nationales. Les instances internationales et les puissances s’adapteront à la nouvelle réalité nationale pour peu que nous soyons sérieux et crédibles.

  1. Concernant l’individu qui prendra la présidence de l’OPEP et ses répercussions sur la politique énergétique du pays (si politique il y a), je vous renvoie à l’excellente analyse de notre compatriote Hocine Malti (ex-vice-président de la Sonatrach) : Les américains en Algérie: Pétrole, magouilles et terrorisme du 13 septembre 2007 publié par Algeria-Watch.

  1. Le travail de sensibilisation que réalise la poignée de militants algériens sur la question des Droits de l’Homme se fait vers l’opinion publique internationale et les ONG. Il ne faut pas se faire d’illusions sur le rôle des Etats occidentaux. Comme je vous l’ai dit précédemment leur devise est claire. Le baril de pétrole passe avant le respect de la dignité humaine. Et nous l’avons appris à nos dépends au cours des années de braise lorsque nos concitoyens de tous bords étaient assassinés par centaines chaque jour. Rappelez-vous de la fumisterie du Panel Onusien, du comportement indigne du sieur André Soulier qui présidait la commission adressée par l’Union Européenne, de l’interdiction de la diffusion d’un livre blanc sur la répression par Louis Debré à Paris……

Et là aussi, mes chers compatriotes, nous devons tirer les leçons de notre drame. C’est à nous de nous prendre en charge et de lutter pour l’instauration d’un Etat de Droit, respectueux de la dignité de ses concitoyens. Nous avons les volontés et les compétences tant intellectuelles que politiques pour réaliser cet objectif. Avec un peu de courage et beaucoup d’honnêteté nous y parviendrons In Cha Allah. Nous fermerons les portes à ces officines donneuses de leçons Outre-Méditerranée, très mal placées pour nous les donner d’ailleurs et qui font de la détresse de notre peuple un fonds de commerce. Et je sais, en tant que modeste militant des droits de la personne humaine qui a vécu les affres subis par son peuple, de quoi je parle.

C’est à moi à vous remercier.

Tayeb a dit:
15 octobre 2007 à 20:40

Docteur SIDHOUM.

J’ai l’honneur de m’adresser à une personnalité douée d’un courage exceptionnel, et je vous remercie pour votre travail qui mérite une grande considération. J’ai lu vos écrits, depuis de nombreuses années et je dois avouer que vos analyses sont très pertinentes et vous avez un esprit très vif et très lucide : Vous faites honneur aux Algériens et aux intellectuels.

J’aimerais cependant attirer votre attention que les Algériens qui veulent un changement pacifique , tournent en rond et mis à part les constats que tout le monde connait , il n’y a aucune solution en vue et le pourrissement actuel risque de nous conduire à une situation pire que celle vécue durant les 15 dernières années .
Quelle sont selon vous les modalités pratiques et techniques pour amorcer ce début de changement ?

Certaines personnalités parlent d’une conférence nationale, mais sera-t-elle efficace?
Messieurs Aït AHMED, MEHRI et HAMROUCHE ont rendu une déclaration (06 paragraphes) sur la nécessité de changement, pour l’instauration d’une seconde république, avec une constituante. Que pensez-vous de cette démarche ?

Si les décideurs décident de ne pas lâcher prise, que faut-il faire ? La solution viendra-t-elle de l’étranger ? Les Algériens accepteront-ils une ingérence étrangère ? Dans tous les pays du monde les sociétés bougent, sauf chez nous, il y’a comme une paralysie généralisée et un coma profond.
Docteur SIDHOUM, donnez-nous votre diagnostic !

Très fraternellement et bon courage.

———————–

Abdelkader DEHBI Date: 16 oct. 2007 13:12

Mon cher Si Salah-Eddine !

Je voudrais quant à moi, profiter de ce forum pour te demander quelles sont les voies et moyens que vous préconisez pour “fédérer” et coordonner l’action de toutes les oppositions – qu’il s’agisse de personnalités prises individuellement ou d’Associations – qui se proposent de lutter d’une manière efficiente pour abattre le régime politique illégitime et mafieux, criminel et corrompu qui règne sur notre pays depuis des décennies.

Ce forum, je souhaite qu’il puisse se transformer, l’espace de deux ou trois mois, en une sorte de “plate-forme rédactionnelle” chargée de recueillir et de collationner fidèlement, les nombreuses informations et propositions qui ne manqueront pas de se faire connaître, de la part de milliers patriotes intellectuels, qui bouillonnent intérieurement, mais qui n’en peuvent mais, devant l’étendue des trahisons morales et de l’incompétence d’un pouvoir foncièrement corrompu qui a mis le pays en coupe réglée, pour son propre compte, comme pour celui de ses suppôts, intérieurs et extérieurs.

Une telle “plate-forme rédactionnelle” pourrait ainsi faire une synthèse loyale des propositions les plus pertinentes qui pourraient servir à l’élaboration d’un Texte de référence qui doit énumérer sans ambiguïté: les principes au nom desquels les patriotes s’engagent à lutter contre ce régime, ainsi que les moyens auxquels les patriotes se proposent de recourir pour l’abattre.

Cette lutte doit tirer toute sa légitimité de la justesse de nos principes, de la non-violence de nos moyens de lutte et du caractère criminel, corrompu et antinational du pouvoir en place.

Voilà cher Si Salah-Eddine, ma première réaction. Amicalement vôtre. Abdelkader DEHBI.

J’ai volontairement joint le message du frère Tayeb et l’e-mail de Si Abdelkader Dehbi car ils traitent pratiquement de la même question. Cela m’évitera de me répéter et de fatiguer nos cher (e)s lectrices et lecteurs.

En réponse à mon cher compatriote Tayeb que je remercie pour ses encouragements, je dirais qu’effectivement nous tournons en rond et nous continuerons à tourner en rond tant qu’on n’aura pas vaincu cette peur inculquée depuis des décennies par la police politique de ce régime honni et tant que les véritables élites intellectuelles et politiques n’auront pas pris leurs responsabilité en cette phase critique que traverse le pays, pour guider le processus pacifique de changement radical de régime et la transition vers une République démocratique et sociale dans le cadre de nos valeurs civilisationnelles, cette AMANA que nous ont laissé les Hommes Libres de novembre 54 et que les imposteurs d’Oujda et de Ghardimaou et une multitude de bravaches ont honteusement trahi dès l’indépendance acquise.

Jusqu’à quand allons-nous continuer à avoir peur de cette sinistre police politique, de ces « Dieux de l’Algérie » et de ces « Messies » psychopathes qui ont transformé l’Algérie en une MAZRA’A privée ?

Et je suis d’accord avec vous quand vous dites que « le pourrissement actuel risque de nous conduire à une situation pire que celle vécue durant les 15 dernières années ». A Dieu ne Plaise, la prochaine explosion risque d’être un véritable tsunami populaire qui emportera tout le pays. Le régime n’a pas tiré un seul iota de leçon du drame que nous avons vécu (et qui perdure malheureusement). La hogra a repris de plus belle, la corruption s’est institutionnalisée, la misère devient criarde et les valeurs morales ont déserté la société. Tous les ingrédients d’une explosion populaire sont là. Et cette fois-ci ni les chars ni les « nindjas », ni les escadrons de la mort ni les milices n’arrêteront la colère de ce peuple écrasé par plus de quatre décennies d’injustices. Le pays risque d’être réduit en cendres. Un véritable suicide collectif.

Essayons donc tous ensemble d’éviter ce scénario catastrophe qui risque de devenir réalité. Notre DEVOIR est d’œuvrer au rassemblement (sans exclure quiconque) de toutes les volontés intellectuelles et politiques réelles, sincères qui sont nombreuses, contrairement à ce que l’on pense mais qui ont été disloquées, éparpillées, marginalisées ou exilées par la politique de division du régime durant plusieurs décennies.

Ces volontés doivent se réunir autour d’une table et mettre à plat tous les différents qui les ont divisés parfois artificiellement. C’est ce que j’ai appelé la Moussaraha.

Il est temps que certains frères du courant islamique comprennent que la démocratie est seulement un système de gestion pacifique de la société. Elle ne peut en aucun cas être en contradiction avec nos convictions religieuses. C’est, pour reprendre Churchill, le « moins mauvais des systèmes » utilisés et rien d’autre.

Il est temps que nos frères du courant laïc admettent la place de l’Islam dans la société et dans la vie politique nationale. Cela ne signifie en aucun cas l’instauration d’un Etat théocratique. Ignorer la place et la force de notre religion dans notre société, c’est ignorer les réalités socioculturelles de notre propre Nation. En appelant le 1er novembre 54 à l’instauration d’un Etat démocratique et social dans le cadre des principes islamiques, Ben Boulaïd, Didouche, Ben M’hidi et leurs compagnons, appelaient-ils à l’instauration d’un Etat théocratique ? Etaient-ils des « intégristes » ? Que non ! Ils étaient seulement en harmonie avec les aspirations et les convictions profondes de leur peuple. Nos parents qui avaient pris les armes contre les hordes coloniales et qui se sont proclamés « moudjahidines » étaient-ils (pour reprendre la phraséologie actuelle de quelques intellectuels déracinés atteints du syndrome de la « colonisabilité ») des extrémistes et des fanatiques religieux? J’ouvre une parenthèse pour dire que je suis attristé de voir certains de nos hommes politiques et intellectuels, citant la proclamation du 1er novembre 54 l’amputer du « cadre des principes islamiques ». Ont-ils honte des valeurs civilisationnelles de leur peuple ou est-ce, à leurs yeux, politiquement incorrect vis-à-vis des occidentaux de citer ces principes ? Ces derniers ont-ils honte de se référer à leurs valeurs chrétiennes ? Les israéliens ont-ils honte de se référer à leurs valeurs judaïques ?

Il est temps aussi de régler définitivement la question de la culture nationale tamazight, opprimée depuis l’indépendance. Nul courant et nulle région n’ont le monopole de cette culture nationale millénaire. Elle appartient à toutes et à tous. Nous devons « libérer » cette culture à la fois de l’oppression du pouvoir et de l’extrémisme de la minorité berbériste et de la faire sortir de l’isolement dans laquelle elle a été confinée depuis des décennies. Laissons la société et les hommes de culture la prendre en charge librement sans interférences politiciennes douteuses. Cela coupera l’herbe sous les pieds des aventuriers politiques qui l’utilisent comme fond de commerce et du régime qui l’exploite et la manipule pour diviser les Algériens. Cette culture millénaire, tout comme l’Islam et l’Arabité, est un facteur d’Unité et non de division.

Il est temps aussi que le rôle de l’institution militaire soit définitivement clarifié.

Son instrumentalisation lors du Coup d’Etat de 92 par la poignée d’officiers factieux a été une erreur monumentale qui a provoqué une profonde césure entre elle et le peuple.

Jusqu’à quand les intérêts de notre armée nationale, institution de la République et de la Nation continueront-ils à se confondre avec les intérêts mercantiles d’une poignée de factieux ? Jusqu’à quand nos enfants continueront-ils à servir de boucliers à l’oligarchie militaro-financière pour préserver ses privilèges ?

Il est du DEVOIR des officiers probes et ils constituent la majorité, de participer avec toutes les volontés patriotiques à la résolution de la grave crise qui secoue les fondements de notre Nation. Il y va de leur honneur et du destin de l’Algérie.

Cette institution devra être comme toutes les institutions de notre futur Etat démocratique et social, une institution de la Nation Algérienne avec des prérogatives claires qui sont celles de toutes les Nations civilisées. L’institution militaire n’est tenue de servir ni une oligarchie, ni un clan mais l’Algérie, Etat et Nation, dans le cadre de ses prérogatives constitutionnelles. Elle doit cesser d’être instrumentalisée à des fins claniques et d’être la source du pouvoir.

Et dans ce cadre, nous devons mettre fin à cette sinistre police politique au dessus des lois militaires et civiles et qui échappe au contrôle du politique. Jusqu’à quand les services de la police politique continueront-ils à régenter le peuple par la terreur et la manipulation et au nom du prétexte fallacieux de la défense des intérêts supérieurs de la Nation ?

Voila grosso- modo les grands sujets qui nous ont divisés et que nous devons résoudre sereinement dans le cadre de la MOUSSARAHA pour aboutir enfin à cette paix des cœurs et à la véritable MOUSSALAHA entre Algériens après que ce régime illégitime et criminel de par ses intrigues et ses manipulations nous a poussés dans le gouffre d’une guerre fratricide avec la complicité d’extrémistes de tous bords et après nous avoir enfermé durant des décennies dans un champs de divisions (kabyles contre arabes, arabophones contre francophones, islamistes contre gauchistes, nationalistes contre sociaux-démocrates, l’est contre l’ouest, « laïcs » contre « intégristes »…..).

A partir de là et je rejoins mon Ami Si Abdelkader Dehbi, nous devons sortir avec ce qu’il appelle un « texte de référence » et que j’appellerais « MANIFESTE de la DIGNITE et du CHANGEMENT » qui sera un véritable COMPROMIS POLITIQUE HISTORIQUE mettant en exergue les principes fondamentaux de l’Etat de Droit, acceptés et respectés par tous :

  • Le respect et la promotion des droits de la personne humaine.

  • Le respect des Valeurs civilisationnelles de la Nation Algérienne.

  • Le respect de la souveraineté populaire, le peuple étant la seule source de pouvoir et de légitimité.

  • Le respect des libertés individuelles et collectives.

  • L’alternance au pouvoir à travers le suffrage universel.

  • Le respect et la promotion de nos cultures nationales.

Il constituera l’ACTE FONDATEUR de la vaste dynamique populaire du changement radical et pacifique de régime.

Pour ce qui est de la question sur l’initiative des trois personnalités, j’y ai répondu dans le 2e message du frère Mouloud.

Il est clair que ce régime ne lâchera prise que lorsque la pression populaire pacifique le contraindra. Mais il essayera de fomenter les troubles et de manipuler sa base d’opportunistes et de khobzistes. Il n’hésitera pas, si le peuple ne répond pas à ses provocations, à déclencher un conflit armé avec nos frères marocains en remuant la question du Sahara occidental.

Mais quelque soit la situation, nous devons toujours agir pacifiquement et intelligemment, sans répondre aux provocations et aux manipulations. Avec le recul et la triste et sanglante expérience vécue, les Algériens ont appris à ne pas se tromper de cible. Cette dernière est claire : le régime illégitime et criminel. Le but est aussi clair : L’instauration d’un Etat de Droit.

Je suis contre toute ingérence étrangère. Tout le monde sait que je ne suis pas un abonné des ambassades américaine et française à Alger comme le sont certains « hommes politiques ». La crise politique nationale ne sera résolue qu’en Algérie et par les Algériens. La seule chose que nous demandons à ces puissances « tutélaires » auprès desquelles le régime d’Alger quémande la légitimité en contrepartie du bradage de nos richesses nationales c’est de lui ôter leur soutien diplomatique et rien d’autre.

Entièrement d’accord avec Si Abdelkader Dehbi pour ses propositions.

Fraternelles et respectueuses salutations à tous deux.

_________________________________________________________________________________________

ayaniw a dit:

15 octobre 2007 à 22:43

M. Sidhoum est ce que les instances dirigeantes des droits humaines étrangères prennent elles en considération vos rapports? Sinon, qu’elles sont les mesures de sanction que risquent les décideurs algériens par rapport à vos rapports établis à ces instances. Merci.

Les rapports que nous avons rédigé durant les années de sang et de larmes et que nous continuons à rédiger sont destinés, certes à la commission des droits de l’Homme de l’ONU, aux organisations non gouvernementales des droits de l’homme et à l’opinion publique nationale et internationale mais serviront surtout comme documents de base à la future Commission Vérité et Justice que l’Etat Algérien démocratique et social de demain instaurera pour lever le voile sur les crimes contre l’Humanité commis par tous les protagonistes de ce drame contre notre peuple. C’est un véritable travail de mémoire que nous essayons de réaliser. Mais encore une fois nous ne devons compter que sur nous-mêmes car il ne faut pas se faire d’illusions sur un éventuel TPI. Nous savons tous sur quelles bases ont été créés les différents TPI à travers le monde, pour quelles raisons et sur injonction de quelles puissances. L’Algérie ne figure pas actuellement sur l’agenda de ces puissances en raison de l’Eldorado saharien que leur offre le régime algérien. Réalisons ce qu’ont fait nos amis Sud-Africains et réglons nos problèmes entre nous, sereinement mais fermement pour éviter d’autres tragédies.

Il ne faudrait pas cependant que ce régime se fasse d’illusions en pensant se protéger par des « chartes », des lois d’auto-amnistie et des cures d’amnésie générale à travers des référendums truqués. Les dictatures chilienne et argentine ont utilisé les mêmes méthodes pour se prémunir de poursuites et s’autoamnistier, mais en vain. Les régimes démocratiques instaurés après la chute de Pinochet et de Videla ont rouvert les dossiers et les authentiques représentants des peuples de ces deux pays ont déclaré caducs ces lois iniques protégeant les criminels. Le régime d’Alger, ses « juristes » et ses droit-de-l’hommistes de service ne sont pas sans ignorer que ces crimes sont IMPRESCRIPTIBLES. L’heure arrivera inéluctablement. Soyons patients.

Mais encore une fois, vérité et justice ne signifient pas vengeance. Les Algériens sont en droit de savoir ce qui s’est réellement passé et qui a fait quoi. Les commanditaires et exécutants de tous bords doivent être identifiés publiquement et la justice impartiale libérée du joug de la police politique aura à juger ces crimes en son âme et conscience. Ce n’est qu’après cette étape fondamentale de vérité et de justice que les futurs responsables du pays et représentants du peuple, issus du suffrage universel libre, auront à décider d’une éventuelle amnistie pour tourner définitivement cette page sale de notre histoire contemporaine.

_______________________________________________________________________________________

A.S a dit:
15 octobre 2007 à 23:44

Salaam aleykum,

Partagez-vous la même impression que nous autres : Le régime vit ses dernières semaines et ses appuis a l’étranger a Paris ou ailleurs sont ébranlés par des luttes intestines ? Ou comme d’autres pensez vous que le régime tirera son baroud d’honneur en déclenchant une quatrième guerre d’Algerie ?

Depuis le mois de mars 2007, les clans (les pays devrions nous dire, France USA, UK) se battent à nouveau sur la place d’Alger, mais plusieurs signes visibles donnent des signes contradictoires si l’on analyse au niveau de la grille de lecture locale ?

Quel est votre décryptage de la situation ?

Avec tout le respect que l’on vous doit mon frère.

Barak Allah fik pour votre réponse.

A.S

Oua Alaykum Essalam

Je ne sais si le régime vit ses dernières semaines ou mois mais ce qui est sûr c’est qu’il est à la phase terminale de son cycle de vie. Il est miné par des luttes intestines et claniques et par ses contradictions internes qui s’exacerbent au fil du temps. Il est vrai que jusqu’à maintenant, les différents clans retrouvaient vite leur « unité » quand le « koursi » de leur système était ébranlé. Mais dès qu’il est stabilisé par des deals internes douteux, ces clans reprennent, comme des bêtes sauvages, le dépeçage de leur proie qu’est notre malheureuse Algérie et le partage du butin. Mais cela ne va pas durer.

Il est certain que les puissances étrangères et plus particulièrement la France et les Etats Unis participent à cette braderie de nos richesses du Sahara. Ils ont une stratégie nationale et une politique énergétique à défendre et ils ont trouvé des ressources à moindre coût. C’est de bonne guerre. Notre régime n’a de stratégie que celle de survivre quitte à brader le pays. Faute d’avoir une légitimité de ses concitoyens, il la cherche chez les reliques coloniales de la France officielle ou chez l’administration américaine. Et ces derniers profitent de cette faiblesse du régime politique algérien et de son illégitimité pour faire main basse sur le pétrole et le gaz. Je vous invite encore une fois à lire la brillante analyse de notre compatriote Hocine Malti (ex-vice président de la Sonatrach) intitulée : Les américains en Algérie : pétrole, magouilles et terrorisme, publiée par Algeria-Watch le 13 octobre 2007. Des luttes internes à mort pour renforcer leurs positions claniques au détriment du pays. Yukharibouna buyutahum bi aydihim. Effarant !

Comment voulez-vous, mon cher A.S qu’un pays avec un peuple sans souveraineté et un régime sans légitimité puisse être respecté sur le plan international ? Il n’y a que certains plumitifs et thuriféraires pour nous font croire que l’Algérie a repris sa place dans « le concert des Nations ». Quelle blague ! Un pays ne peut être respecté à l’extérieur que s’il est fort et soudé à l’intérieur. Et les analystes occidentaux ne sont pas des crétins congénitaux pour croire à cette propagande éculée.

Fraternellement.

________________________________________________________________________________________

belaid a dit:
16 octobre 2007 à 9:04

La police politique est forte, elle a de l’argent et même beaucoup .Pensez vous qu’un jour elle sera dissoute ?
Elle gouverne depuis le temps du GPRA (MALG) à ce jour et même bien plus tard.
Saha aid ek une seconde fois.

Aïdek Moubarak oua kulu ‘Am oua anta bikheir,

Dans tous les pays totalitaires, la police politique constitue la colonne vertébrale du régime politique. En Algérie, elle a, comparativement aux anciennes polices politiques des pays de l’Est, des prérogatives plus larges.

Sur le plan répressif, elle surveille le citoyen, l’empêche de s’organiser et de s’exprimer. Elle a droit de vie ou de mort sur lui.

Sur le plan politique, elle désigne le Président de la République, les ministres, les « hauts fonctionnaires » des ministères, de la « justice », des universités, les « députés », les directeurs de banque……..Elle désigne même les correspondants en Algérie des chaînes satellitaires !

Elle « prépare » les élections à l’Algérienne (à la Naegelen) et grâce à ses brillants « mathématiciens » elle calcule avec une précision déconcertante les quotas de strapontins des différents partis factices dans les institutions locales et à la chambre d’enregistrement nationale bien avant le déroulement du scrutin.

Elle infiltre les partis, les syndicats, les associations et ….. les maquis.

Elle repère dans les amphis des universités de potentiels « agents honorables » parmi certains étudiants « affamés » pour en faire demain des mercenaires politiques et des « personnalités » chargées des sales besognes.

Elle organise périodiquement (tous les cinq ans) des « carnavals fi dechra » (appelés pompeusement ELECTIONS) et fait sortir ses troubadours politiques pour amuser « el ghachi ». Elle organise à l’occasion d’évènements conjoncturels des « marches spontanées » pour soutenir le régime.

Vous voyez mon cher Belaïd que son champ d’action est vaste, très vaste.

Mais cette police politique disparaitra inéluctablement avec l’instauration d’un Etat de Droit comme cela s’est passé avec les sinistres Securitate roumaine, Dina chilienne, Stasi allemande, etc.…..

Mais d’ici là……..

Respectueuses salutations.

————————————————————————————————————————————————-

dalia a dit:
16 octobre 2007 à 10:45

Salamou allahi alayka cher compatriote et militant des droits de l’homme,
je vous encourage pour ce que vous faites et le combat que vous menez. J’ai une simple question pourquoi on parle de la crise économique (problèmes socio-économiques) alors que le prix de baril est a 70 dollar ou sont passes nos richesses ? Et pourquoi ce passage brutal à une économie de marché (capitalisme sauvage) sans qu’il y a une préparation ou bien la crise politique est un pont pour cette mutation socio-économique ?
Allah maak et bon courage.

Une algérienne soucieuse de l’avenir de ce beau pays.
d.n

Oua Alayki Essalam,

Merci pour vos encouragements. J’en suis très touché.

La rente pétrolière et les réserves de change qui frôlent les 100 milliards de dollars sont là pour masquer la faillite économique et tenter de tromper l’opinion. Nous n’avons malheureusement ni économie ni stratégie économique. Il suffit que le baril de pétrole chute pour que notre « économie » s’asphyxie. Tout le monde se rappelle, après le socialisme folklorique de Boukharouba et le libéralisme hybride de Bendjedid, qu’il a suffit de la chute brutale du prix du baril en 86, pour que les Algériens découvrent que l’économie algérienne était une vaste fumisterie, perfusée par le pétrole. Le même scénario se répète actuellement. Notre économie n’a aucune capacité productive. Elle dépend des hydrocarbures et de la …météo. Le pétrole qui devait être une source de développement s’est transformé en rente servant à nourrir et à acheter la paix sociale d’un côté et de l’autre à engraisser une oligarchie insatiable. Cette vaste gabegie érigée en mode de gestion économique, aggravée par un ultralibéralisme sauvage de ces dernières années, s’est traduite par la montée inexorable de la misère avec tous les fléaux sociaux qui en découlent. Et ce n’est ni la manipulation des chiffres par les « économistes » de service, ni les indices macro-économiques ni les satisfécits béats de la banque mondiale et du FMI qui démentiront la triste réalité.

Nous n’avons pas d’économie de marché (au sens universel du terme) mais une économie de souk (au sens tribal du terme) entre les mains de trabendistes mafieux issus du pouvoir occulte qui se sont partagé les monopoles des différents secteurs commerciaux. Cette économie de souk se réduit à l’importation de toute la « khourda » du monde par des importateurs sans foi ni loi. N’avons-nous pas vu des trabendistes importer du fer à béton irradié d’Ukraine, des médicaments périmés et des aliments avariés. Le dernier exemple en est la pomme de terre initialement destinée aux porcs …… importée du Canada pour notre « ghachi » à l’occasion du mois sacré du Ramadhan et exemptée de TVA !!! Et certains de ces trabendistes à l’image de Khalifa et d’autres ont été promus managers de l’année.

Vous avez raison de parler de capitalisme sauvage et il est vrai aussi que durant la décennie de la terreur, des lois économiques scélérates ont été promulguées et de très nombreuses fortunes se sont constituées à l’ombre de cette économie de souk et de la lutte « antiterroriste ». L’ex-père de « l’industrie industrialisante » (qui fut berné dans les années 70 par De Bernis) reconnait lui-même que sous son « règne » de chef du gouvernement en 93, des « hommes d’affaires » avaient pompé dans les caisses des banques algériennes en toute impunité.

—————————————————————————————————————————————-

Tazmalt-mounadhiloun bila aounwan a dit:

16 octobre 2007 à 14:59

M. Sidhoum;

Saha aidek

1. croyez-vous que le temps de “HADA AL ALAM GHIR ETHAOURA DEZ EL GOUDAM POUR ASSURER LE VERITABLE CHANGEMENT EN ALGERIE, EST VRAIMENT DEPASSE ????

2. croyez vous que Mr Mouloud Hamrouche peut oublier et se soustraire des reflexes du parapluie et adopté le rôle des ailes de la colombe comme deuxième nature????

Merci pour vos vœux. Aïd El fitr Moubarak oua kulu ‘Am oua anta bikheir, In Cha Allah.

  1. Il est vrai que si cette situation politique perdure nous allons, à Dieu ne Plaise, vers un tsunami populaire qui n’emportera pas seulement le régime mais tout le pays. Je pense en avoir déjà parlé plus haut en réponse à un compatriote. Mais je ne pense pas que la violence soit la solution pour venir à bout de cette kleptocratie criminelle. Nous avons vu ce que la violence politique des années 90 a donné. Une tragédie difficile à effacer de nos mémoires et de celles de nos enfants. La jeunesse du courant islamiste s’est faite piégée par les janvièristes factieux. Ces derniers avaient préparé depuis fort longtemps leur PLAN GLOBAL D’ACTION pour sauver leurs privilèges au cas où le peuple voterait mal. Et nous avons vu le résultat. Ils sont passés maîtres en matière de violence. Ce régime est né dans la violence. En 1962 il avait lâché les bataillons de l’armée des frontières cantonnés dans les régions d’Oujda et de Ghardimaou pour massacrer ce qui restait de notre glorieuse armée de libération nationale et prendre la capitale. 2000 moudjahidines et civils sont morts sous les balles de ces bravaches qui n’avaient pas, durant la guerre de libération, tiré une seule balle contre l’armée coloniale.

    Il s’est développé et à grandi dans la violence (complément de coup d’Etat de juin 65 : des dizaines de morts à Annaba, manipulation du 5 octobre 88 : 600 enfants et adolescents fauchés à la mitrailleuse, la guerre contre les civils de 92 à nos jours : plus de 200 000 morts, événements de Kabylie en 2001 : plus de 100 morts).

    Un ami me disait dernièrement : « ce régime est né dans la violence, il a grandi dans la violence et va périr dans la violence ». Sincèrement je ne le souhaite pas. N’ayant aucun scrupule, il risque d’entraîner avec lui une grande partie de la population.

    Donc mon cher « militant sans adresse »…..de Tazmalt, évacuons la violence comme moyen de changement. Nous désarmerons ce régime violent par la volonté et l’intelligence politique. Et je crois que le boycott du 17 mai 2007 en a été un exemple éloquent. Et ce n’est qu’un début.

  1. Pour ce qui est de votre 2e question, je crois à ma connaissance que notre pays n’est pas stérile en matière de compétences politiques. L’Algérie qui a enfanté Ben M’Hidi, Abane, Ben Boulaïd, Didouche, Malek Bennabi et Mouloud Mameri peut également enfanter de véritables Hommes d’Etat qui n’ont rien à voir avec les Pantins de la Boulitique qui ont défilé depuis l’indépendance et qui ont mené le pays vers la faillite sanglante. L’Algérie de demain a besoin, quitte à me répéter de sang frais et de visages nouveaux. On ne peut pas faire du neuf avec du vieux. Notre pays n’a point besoin de Messies ou de Sauveurs tombés du ciel mais de tous ses enfants sincères.

—————————————————————————————————————————————-

—From : Utilisateur1 <YAZ5@wanadoo.fr>
Date: 12 sept. 2007 18:49
Subject: bsr
To:
elmouhtarem2007@gmail.com

g pas de questions juste du respect pour ce gars

Merci mon cher frère. Le respect est réciproque.

______________________________________________________________________________________

Moukawim a dit:

17 octobre 2007 à 12:45

Salam Wa Rahma,

Merci et bravo pour ce site intéressant et surtout qui donne la parole, chose si rare dans notre contrée. Je salut le Docteur Sidhoum et me permet de lui demander ; En ces temps de’ repli militant dû essentiellement aux très dures conditions d’actions politiques, comment devrait on faire pour mobiliser la population à ces droits SURTOUT quant le Monde regarde plus vert les champs de pétrole que vers les conditions de Vie des populations issus du Sud de notre planète ? Merci de me répondre, de nous répondre sans langue de bois AUCUNE.
Encore bravo et bon vent au site et a tous les militants des Droits Humains.

Ai-je l’habitude, mon cher Moukawim d’utiliser la langue de bois dans mes interventions ?

Ce que vous appelez le repli militant ne date pas d’aujourd’hui. La formidable mobilisation populaire qu’il y a eu après la diabolique et tragique manipulation d’octobre 88 a été mal exploitée par les partis politiques, tous les partis politiques. Ces derniers se sont inscrits dans la stratégie du régime dont l’ouverture dite démocratique n’était qu’une supercherie pour gagner du temps et stabiliser ses assises ébranlées par les dissensions claniques et le dérapage de la manipulation de cette jeunesse qui leur avait échappé. Les querelles de chapelles interpartisanes ont grandement affaibli l’opposition qui s’est présentée divisée face à ce pouvoir. Les islamistes ont monopolisé l’Islam, les sociaux-démocrates la démocratie, le FLN le nationalisme. Puis est survenu l’acte irréfléchi de janvier 92 qui a mis un terme à la récréation pseudo-démocratique avec le désastre humain qui s’en est suivi, entrainant une démobilisation de la population, dont le seul souci est le retour de la paix et rien d’autre. Tout le monde s’est trompé de cible faisant le jeu du régime. Des erreurs monumentales ont été faites. Et toute la classe dite politique est responsable de ce fiasco. Tous doivent avoir le courage de faire aujourd’hui et avec le recul leur autocritique, voire pour certains, leur mea-culpa. Il n’est pas facile aujourd’hui de remobiliser les foules terrorisées par les années sanglantes et qui ont perdu confiance en cette classe politique factice. Mais avec un peu de courage et beaucoup d’honnêteté et d’abnégation, nous pourrons arrêter cette hémorragie et redonner confiance à notre jeunesse réduite à prendre le maquis, à se faire exploser ou se jeter dans les flots de la Méditerranée.

D’où le rôle des véritables élites intellectuelles et politiques de prendre leurs responsabilités pour créer une dynamique politique qui puisse donner espoir à ce peuple désemparé et le remobiliser. Pour cela il faut du sang frais et des visages nouveaux. Des femmes et des hommes sincères prêt (e)s à servir et non se servir avec la même ardeur et le même patriotisme que ceux de nos aînés de novembre 54 afin de libérer pacifiquement la Nation de cette colonisation indigène et œuvrer à la reconstruction du pays.

Pour les grands axes de cette dynamique, je pense en avoir esquissé les grandes lignes lors de mes réponses à nos frères Tayeb et Abdelkader Dehbi.

Merci pour vos mots d’encouragements.

________________________________________________________________________________

Tiga Malek

Date: 18 oct. 2007 08:39

Assalam Aleikoum Mr Sidhoum,

1) Avez vous entendu parler du mouvement Rachad? Et qu’est ce que vous pensez de ce mouvement?

2) Les droits de l’homme et la justice sont le socle et la base d’une nation saine et fraternelle, pourquoi d’après vous tous ces “Oulémas”, “imams”, “vizirs” des pays arabes, pour rester dans le contexte de l’Islam, ne dénoncent pas les milliers de prisonniers torturés et martyrisés dans tous les geôles et les sous sols de ces “dictatures musulmanes” en signalant au passage qu’Abou Ghraieb est un paradis à côté de toutes ces prisons arabes.

Et dés que des gens révoltés s’opposent contre cet état de fait, ce sont ces “oulémas” et “imams” à un des exceptions prés qui montent au créneau comme des chiens enragés pour traiter de “terros”, “d’égarés de la OUMA”,de “barbares” ces jeunes, alors que tous les préceptes de l’Islam soulignent et insistent sur la dignité le respect et la protection de l’individu, et le meilleur exemple est illustré par notre prophète (PPSL) qui a reproché à un bédouin le mauvais traitement infligé à un chameau (il lui donnait pas assez à manger et le faisais travailler bcp) sans parler de ces positions par rapport à la dignité de l’Homme?

3) Quel est selon vous la meilleure méthode dans le contexte actuelle de s’opposer à la destruction et le bradage par une bande d’assassins (DRS/Généraux et affairistes) de l’Algerie?

Avec mes salutations les meilleurs.

 

Malek

Oua Alaykum essalam, cher Malek

  1. Oui je connais le mouvement Rachad et la majorité de ses membres fondateurs qui sont d’authentiques patriotes, exilés par la médiocrité et la terreur. Tout comme j’ai lu leur plate-forme politique cohérente et réaliste. Trois critiques cependant à mes frères de Rachad qui connaissent ma franchise :

    • D’abord la constitution du mouvement à partir de l’étranger. Il aurait fallu le créer au cœur du pays avec la participation de nos compatriotes exilés. L’expérience a montré que tous les mouvements d’opposition des pays arabes créés à l’étranger (Syrie, Irak, Tunisie….) n’ont jamais pu assurer ce travail de mobilisation dans les profondeurs populaires.

    • Il aurait fallu s’ouvrir à des personnalités d’horizons différents et à d’autres courants politiques.

    • Cette notion de BONNE GOUVERNANCE utilisée pour désigner leur mouvement. Ce terme représente à mes yeux un concept postcolonial imposé plus particulièrement par la France officielle pour permettre aux dictatures de ses ex-colonies africaines de se pérenniser sous des apparences de bonne gestion.

Ceci dit, le mouvement peut et doit participer avec les autres forces politiques internes à cette dynamique politique pour un changement radical et pacifique.

  1. Ces « Oulémas » de service sont en réalité des OUMALA du régime ou ce qu’on appelle « Oulémas elbalat ». Ils ont fait beaucoup de mal à l’Islam et à nos pays. De véritables « chaouchs » utilisés par les pouvoirs arabes dans le cadre de la politique d’instrumentalisation de l’Islam car notre religion a toujours été utilisée par ces pouvoirs comme un instrument pour manipuler les foules et jamais comme un substrat à leur politique pour servir de manière équitable et juste leurs peuples. Ces « chaouchs » ont vendu leur dignité et leur honneur pour servir les Maîtres illégitimes. Et nous avons de nombreux exemples en Algérie et dans les pays arabes. De parfaits Mounafiquines ! L’exemple le plus éloquent est le sieur Tantaoui d’El Azhar. L’autre exemple que je garde toujours à l’esprit est celui d’El Bouti, ce ‘Alem syrien qui était intervenu à la télévision algérienne quelques jours après la signature du Contrat de Rome en 1995. Il avait vilipendé des personnalités politiques algériennes de la stature d’un Abdelhamid Mehri et d’un Aït Ahmed pour avoir signé ce Contrat « sous l’hospice des……chrétiens » ! Quelle insanité de la part d’un dit ‘Alem qui ignore tout des réalités politiques algériennes et qui accepte d’être corrompu par les services de l’action psychologique du régime.

Le système a laminé les véritables compétences religieuses de la trempe de Mohamed El Bachir El Ibrahimi, d’Abdelatif Soltani, d’Omar Larbaoui ou d’Ahmed Sahnoun qui avaient su dire NON, au prix de leur liberté, aux dérives post-indépendance de Ben Bella et Boukharouba et de dire une parole de vérité à un gouvernant injuste.

C’est pour cela qu’il faudrait réfléchir dès maintenant et pour notre Etat de demain, à une instance religieuse indépendante constituée de véritables Oulémas compétents et à la conscience libre qui aura à se prononcer sur toutes les questions religieuses qui se posent à la Nation pour mettre fin à ce larbinage religieux mais aussi aux aventuriers qui s’érigent en Oulémas et Muphtis et qui nous importent des théories qui n’ont rien avoir avec notre rite.

  1. Pour ce qui est de votre 3e question je pense avoir répondu déjà plus haut à d’autres compatriotes, car c’est une question qui revient souvent chez nos compatriotes : Que faire ?

Fraternelles salutations.

_________________________________________________________________________________

SLIMANE HAMOUCHE a dit:

18 octobre 2007 à 8:23

Désolé docteur,

Mais les droits de l’homme ne sont que des palabres de salon!

Jamais les droits de l’homme ne sont venus à bout : d’une dictature ni d’une junte encore moins d’un dictateur fut-il le plus sanguinaire!

Les exemples foisonnent : Chili, Nicaragua, Bolivie, Afrique du Sud, Algérie, Lybie, Maroc, Somalie, Palestine….
C’est les peuples qui font et défont leurs destins: Des Peuples mûrs et mobilisés, pas des affamés ou des calculateurs en quête de survie ou d’intéressements!

Mon cher Slimane, vous tenez exactement le même langage que certains dirigeants et militants du FIS qui nous disaient en 90 et 91 que les droits de l’Homme c’était de la « foutaise ». Mais cela ne les a pas empêchés, lorsqu’ils ont été sauvagement torturés dans les commissariats et les centres de la police politique par la suite et que leur dignité ait été bafouée, de nous adresser des lettres et des témoignages décrivant les horribles persécutions subies et nous demander d’intervenir auprès des ONG et d’alerter l’opinion publique internationale.

Pour information, le mouvement initié dans les années 70 en Tchécoslovaquie par Vaclav Havel et ses compagnons connu sous le nom de « charte 77 » était à ses débuts un mouvement de défense des droits de l’Homme avant de se transformer en un vaste mouvement politique qui a assuré la transition pacifique vers un régime démocratique et que le monde connait sous l’appellation de « révolution de velours ».

C’est le combat des militants des droits de l’Homme, des familles de victimes de la répression en Argentine et plus particulièrement des mères de disparus qui a permis l’incarcération de Videla, Massena et autres criminels de la junte, même si cela s’est passé plusieurs années après leurs crimes.

C’est le combat des militants des droits de l’Homme et des familles de victimes de la dictature chilienne qui a permis l’inculpation du sinistre Pinochet et qui ne fut sauvé de la condamnation que par sa défaillance cardiaque. Et le combat de ces militants et des familles de victimes continue pour juger ses proches collaborateurs auteurs des crimes contre l’Humanité.

Défendre et préserver la dignité humaine, dénoncer ses atteintes par les régimes totalitaires est un DEVOIR.

Et selon ma modeste conception de l’action politique, la préservation et la défense des droits de la personne doivent être des axes essentiels du programme de tout homme politique digne qu’il soit au pouvoir ou dans l’opposition.

Dans les pays développés et démocratiques, l’Etat se charge de cette question et respecte la dignité et les droits de l’Homme et ces pays n’ont pratiquement pas besoin de militants de droits de l’Homme.

Dans les pays sous-développés sous le joug de la dictature, les régimes (faute d’Etat) bafouent la dignité humaine et c’est le rôle des défenseurs des droits de l’Homme de dénoncer (au prix de leur liberté et parfois de leur vie) ces atteintes.

Œuvrons tous à l’instauration d’un Etat de Droit et cette question des atteintes aux droits de l’Homme se réglera d’elle-même.

Je suis d’accord cependant avec vous quand vous dites, dans le dernier paragraphe de votre message que ce sont les peuples qui font et défont leurs destins. J’ajoute seulement une précision si vous me le permettez, ces peuples doivent être guidés par leurs élites (les véritables élites). Et quand les élites se débinent, ce sont les aventuriers et les charlatans qui s’en chargent pour plonger leurs peuples dans les ténébres. Et je pense pouvoir dans les messages suivants développer le tragique problème des élites dans notre pays.

Fraternelles salutations.

__________________________________________________________________________________

Idir a dit:
18 octobre 2007 à 15:08

Bonjour Doc

Je vous tire chapeau pour votre courage et votre abnégation.
Je crois que vous étiez membre du Mouvement El Oumma initié par un grand Monsieur le regretté BEN KHEDDA avec l’aide de plusieurs amis nationalistes tel que KIOUANE, LAHOUAL, KADDACHE,et autres..
Pouvez-vous nous relater votre expérience aux côtés de ces hommes illustres clairvoyants? et la tentative de faire la jonction entre les nationalistes honnêtes et les jeunes du mouvement islamique. Je crois que tous le monde a eu peur de la réussite de ce mouvement aussi bien les militaro trabendistes du pouvoir que les émirs du trabendos du mouvement islamiste.

Bon courage

Mon cher Idir,

Oui, effectivement j’ai eu l’honneur de faire partie, et dès sa création, du mouvement El Oumma dirigé par mon Ami, le Président Benyoucef Benkhedda, Rahimahou Allah, une figure historique de la Révolution Algérienne et très proche collaborateur du regretté Abane Ramdane lors de l’unification des rangs de la résistance sous la bannière du FLN et de la préparation du Congrès de la Soummam. Je connaissais Cheikh Benyoucef depuis 1984. C’était un homme pieux, d’une grande sagesse et d’une grande modestie et que certains politicards fascistes et déracinés avaient traité « d’intégriste ». Une insulte à l’Histoire ! L’Algérie indépendante n’a pas pu profiter de son expérience, tout comme de celle de nombreux patriotes marginalisés ou exilés, hélas par les bravaches qui avaient confisqué notre indépendance.

Au niveau du mouvement El Oumma, il y avait aussi des personnalités de valeur comme Ahmed Bouda, Hocine Lahouel, Mahfoud Kaddache, Zahir Ihaddadène, Tahar Gaïd, Abderrahmane Benhamida…. Des personnalités probes qui faisaient honneur à l’Algérie. Il y avait aussi de jeunes militants sincères, universitaires, pleins de volonté et d’ardeur qui voulaient se frotter à ces figures historiques et participer à ce vent de changement.

Mon expérience avec El Oumma n’a pas duré longtemps, à peine une année. De jeunes agitateurs ignares, disciples des imams-DRS d’Appreval et de Belcourt et qui avaient rejoint le mouvement, s’amusaient à douter de l’islamité de certaines personnalités du mouvement et à porter atteinte à leur dignité. Ils furent les principaux responsables de la paralysie d’El Oumma. Tout le monde se rappelait de cette époque où de petits délinquants reconvertis jouaient aux muphtis. Devant cette ambiance inquisitoire et les hésitations du Président Benkhedda à trancher, des personnalités comme Kaddache, Ihaddadène, Gaïd et Benhamida décidèrent de se retirer sur la pointe des pieds et sans tapage. Lahouel et Bouda gelèrent leurs activités. Quelques semaines plus tard je décidais de me retirer à mon tour et reprendre mon indépendance. D’autres universitaires quittèrent le mouvement par la suite. J’ai gardé des contacts fraternels avec Cheikh Benyoucef jusqu’à l’année 94, date de mon passage à la clandestinité. En 1993, il m’avait appelé pour me présenter le journaliste anglais Robert Fisk et son épouse qui préparaient un article sur la répression en Algérie après le Coup d’Etat et à qui j’avais présenté un jeune citoyen de mon quartier torturé au sinistre centre de Châteauneuf.

Effectivement, comme vous le dites, ce fut une expérience qui aurait pu réussir à l’image de la démocratie chrétienne en Europe, car ce mouvement regroupait des islamo-nationalistes démocrates intègres. Mais hélas, l’immaturité politique de certains et leur agitation stérile ont fait capoter l’expérience. Un véritable gâchis !

Ayons le courage et l’intelligence de faire notre autocritique et de tirer les leçons de nos erreurs pour ne pas les répéter.

Fraternellement.

____________________________________________________________

saadia a dit:

20 octobre 2007 à 8:54

essalamou alaykoum

Une question que me tourmente toujours, vu le nombre important des élites qu’a produit l’Algérie sont des spectateurs de cette pièce théâtrale. Ne pensez-vous pas cher docteur, que les élites tant intellectuelles que politiques ont, une part de responsabilité dans cette situation dramatique du pays et plus particulièrement après l’arrêt du processus démocratique? Merci et bon courage dans ton combat.

J’ai toujours dit que notre pays n’était pas seulement malade de son régime politique criminel et corrompu mais aussi de ses élites lâches. Une grande partie des intellectuels et des politiques a eu un comportement odieux durant les moments tragiques qu’a connu notre pays.

Certains d’entre eux ont traité ce peuple de gueux, de piétaille ou de « ghachi ». D’autres ont proposé un collège électoral pour empêcher justement ces « gueux » de voter.

Ils se sont abrités derrière les blindés qui ont renversé les urnes et confisqué la volonté populaire un certain janvier 92. Ils ont cautionné la répression sauvage qui s’est abattue sur une partie de la population et ont servi de commandos médiatiques en France plus particulièrement, pour désinformer l’opinion publique sur les réalités du drame national.

Nous avons vu des « opposants » circuler en voitures blindées et loger au « club des lapins » au même titre que les criminels qui ont mis le pays à feu et à sang. C’est ce qu’on appelle Djazaïr El ‘Adjaïb.

Ces intellectuels et politiques se réclamaient tous de la démocratie mais peu la pratiquaient ce qui m’avait amené à dire lors d’une conférence, qu’en Algérie il y avait beaucoup de démocrates non pratiquants et peu de démocrates pratiquants.

Cette tragédie nous a permis de constater aussi qu’en place et lieu d’une véritable société civile, les officines nous ont préfabriqué une « société servile » corvéable et malléable à merci.

Une poignée de directeurs de journaux privés autoproclamés « indépendants » et une minorité de « journalistes » se sont mis au service du département de l’action psychologique de la police politique, se transformant en véritables mercenaires de la plume. Certains lançaient de véritables appels au meurtre contre des citoyens et que les escadrons de la mort se chargeaient de cueillir et d’éliminer quelques temps après. Je parle en connaissance de cause car j’ai été personnellement victime de cette odieuse machination. Je connais de nombreux cas qui n’ont pas eu cette chance d’échapper à la mort et qui ont été exécutés sommairement ou portés « disparus » après des articles délateurs de cette presse. Dieu merci la majorité des jeunes journalistes est restée digne et n’a pas participé à cette œuvre criminelle. Quelques journalistes trompés par la propagande des « services » ont eu le courage et l’honnêteté de se ressaisir, de reconnaitre leurs erreurs par la suite et de faire leur mea-culpa. C’est tout à leur honneur. Quand aux plumitifs des basses œuvres, ils ont été grassement récompensés. Allez voir sur quelles fortunes roule cette poignée de directeurs de journaux privés qui s’étaient mis au service des généraux factieux ?

Mais en réalité cette trahison remonte à longtemps, aux premières années de l’indépendance. Les tragiques événements survenus depuis 92 n’ont fait que rendre les choses plus voyantes et criardes.

N’avons-nous pas vu des universitaires, hauts cadres, prostituer leurs épouses et leurs filles dans des orgies de la nomenklatura pour obtenir une promotion sociale ? La décence ne nous permet pas de nous étaler sur cette pratique. N’avons-nous pas vu un « professeur » en médecine se faire coopter dans les années 80 par un proxénète faisant fonction de directeur central à la présidence de la République pour accéder au poste de chef de service ? Les exemples sont nombreux et connus de tous.

Autre exemple du trabendo et du larbinage intellectuels. Bientôt, apparaitrons sur les écrans de notre « Yatima-TV » certains « professeurs » et autres « constitutionnalistes » de service de notre malheureuse faculté de Droit pour nous expliquer les bienfaits de la révision constitutionnelle (si révision il y a) et de la ‘Ouhda Ethalitha (3e mandat) pour renforcer la démocratie de notre Mazra’a algérienne. Triste et lamentable intelligentsia au service des ignares au pouvoir !

Certains compatriotes disent souvent que le peuple n’a que les élites et les dirigeants qu’il mérite. Je ne partage pas leur point de vue. Ce n’est pas du populisme ou de la démagogie que d’inverser l’équation et de dire que notre malheureux peuple est à l’image de ses élites et de ses dirigeants.

Que les élites véritables prennent leurs responsabilités et qu’ils participent au changement de régime pour mettre les compétences et l’intelligence au pouvoir et vous verrez ce dont est capable ce peuple !

Voilà, chère sœur, ma modeste réponse à la question qui vous (et nous) tourmente.

Respectueusement.

______Boukhalfa a dit:

16 octobre 2007 à 19:46

Salut docteur

Gloire à vous et à votre courage.

Que dieu le tout puissant puisse vous aider dans votre grande tâche.
Ma question est la suivante: vue la situation que traverse le pays depuis l’arrêt du processus électoral les partis politiques tournent en rang autour d’un noyau inébranlable pour le moment, qu’est le pouvoir dictateur. Pensez-vous que cette boulitique (mot cher à Malek Bennabi) disparaitra et fera place à une vraie alternative démocratique qui pourra sortir le pays de ce marasme?

Peut-on continuer à espérer que “les prochains votes” seraient fatals pour ce pouvoir?

Peut-on rêver un jour d’une véritable séparation de pouvoir?

Merci de tout mon cœur

Un militant de l’EX-FIS

Toutes mes excuses d’abord à notre frère Boukhalfa pour avoir omis d’envoyer par inadvertance les réponses à ses questions.

Cette politique factice (la BOULITIQUE) pratiquée par un pouvoir occulte mais réel qui manipule les marionnettes du pouvoir apparent et les partis décoratifs disparaîtra lorsque les véritables élites nationales décideront de se rassembler autour d’un minimum de principes et de valeurs, à prendre leurs responsabilités pour libérer le pays de cette oligarchie criminelle et corrompue et à servir l’Etat démocratique et social de demain, ancré dans ses valeurs culturelles et ouvert sur l’universel. La solution ne viendra ni de l’étranger ni d’un Messie venu du ciel. La solution est entre nos mains et arrêtons d’être fatalistes. Les élites militaires, intellectuelles et politiques mauritaniennes nous ont donné une leçon de lucidité politique et de démocratie. Sommes-nous incapables de faire ce qu’ont fait pacifiquement et courageusement nos frères mauritaniens ?

C’est la mobilisation de toutes et de tous autour de principes démocratiques et leur volonté de changement pacifique qui sera fatale au pouvoir. L’abstention massive aux « carnavals fi dechra » (élections) n’est qu’un moyen parmi tant d’autres de lutter pacifiquement et intelligemment contre ce pouvoir.

La séparation des pouvoirs viendra avec l’instauration de l’Etat de Droit.

Fraternellement.

_____________________________________________________

En conclusion

Mes chers compatriotes,

Notre Algérie meurtrie va entrer dans quelques mois dans sa 17e année de violences politiques avec son bilan provisoire effroyable de plus de 200 000 morts.

Ce régime criminel responsable de cette faillite sanglante refuse l’alternative démocratique et la légitimité populaire et préfère pour sa survie la fuite en avant et une alternance clanique suicidaires pour notre patrie.

Le drame que vit encore notre pays doit susciter en nous, politiques et intellectuels un véritable examen de conscience.

Sommes-nous condamnés à subir cette dramatique et misérable situation quarante cinq ans après que nos parents aient chèrement arraché une indépendance vite confisquée ?

La situation est grave et la Nation est au bord d’un suicide collectif.

J’en appelle :

Aux citoyennes et citoyens,

Nous devons cesser de subir dans notre propre pays pour devenir les acteurs de notre propre histoire et les maîtres de notre destin. L’Algérie appartient à toutes les Algériennes et à tous les Algériens sans exclusion ni exclusive. Nous avons le devoir, en tant que citoyennes et citoyens libres, de la libérer de cette horde de destructeurs. Aucune barrière infranchissable ne sépare les Algériens entre eux malgré les discours haineux de tous bords servis à profusion par les sirènes de la division et de la discorde.

Le très fort taux d’abstention à la dernière consultation électorale, malgré la manipulation des chiffres, traduit la prise de conscience des Algériens et de leur refus de continuer à s’inscrire dans la stratégie du pouvoir qui fabrique des pantins politiques et des institutions factices qui ne représentent pas la société.

J’en appelle au cœur et à la raison de toutes et de tous pour s’unir et œuvrer ensemble, sans exclusion aucune et dans la sérénité, à éteindre les flammes de la haine et de la rancœur, afin d’atteindre les rivages de la paix et de la véritable réconciliation nationale. Mobilisons-nous et puisons dans nos ressources patriotiques afin de contribuer, chacun avec ses moyens, à la résolution de la crise qui ébranle notre pays et qui passe inéluctablement par un changement radical et pacifique de régime.

Aux intellectuels et Oulémas,

Il devient une nécessité impérieuse à tous les intellectuels et Oulémas, sans exclusion, d’apprendre à se respecter, se parler et à s’accepter les uns les autres, avec leurs différences idéologiques et politiques. Les stratégies de division et d’asservissement du pouvoir ont provoqué assez de ravages dans nos rangs avec les dramatiques résultats que tout le monde connaît.

Nous devons contribuer à la construction d’une société d’ouverture et de tolérance, libérée notamment du joug de la violence politique et des injustices. Nous devons nous impliquer pleinement pour l’avènement d’une société qui gère les conflits d’intérêt par les seuls moyens de la politique. Nous avons une immense responsabilité historique dans cette cruciale phase de rétablissement du dialogue entre Algériens.

Nous devons œuvrer aux côtés des forces politiques, au rassemblement de toutes les volontés nationales sincères, à la conclusion du compromis historique et à la réussite de la phase de transition qui jetteront les bases d’une Algérie fraternelle, réconciliée avec elle-même, et de son Etat démocratique et social dans le cadre de ses valeurs civilisationnelles.

Aux politiques

Le jeu de substitution des forces politiques réelles par des forces préfabriquées dans les laboratoires de l’intrigue et de la manipulation s’est avéré un lamentable fiasco.

L’Histoire nous a enseigné encore une fois, et le drame national que nous vivons en est un exemple, que toute solution qui n’emprunte pas le chemin du dialogue et de la concertation et qui ne s’appuie pas sur la volonté populaire est vaine.

La véritable classe politique a subit, consciemment ou inconsciemment et à ses dépens, les conséquences des stratégies de violence, de division et d’intrigues utilisées comme moyens de régulation de la vie politique, ce qui a abouti à sa dévaluation aux yeux de notre opinion. Nationalistes, islamistes, sociaux-démocrates et autres courants sont appelés à s’accepter mutuellement. Et pour cela, l’instauration d’un dialogue respectueux de tous les courants politiques est fondamentale.

Il est impératif de sortir du champ politique artificiel, fécondé in vitro, pour entrer dans le champ politique authentique, qui reflète les réalités nationales et qui tienne compte des forces politiques véritables ancrées dans la société et imprégnées de ses valeurs culturelles.

Il est tout aussi impératif de briser la stratégie du pouvoir qui consiste à imposer les termes et les limites du débat et se projeter vers un changement radical et pacifique de système.

La lourde tâche de réconciliation, de changement de régime et de reconstruction du pays ne peut être assumée par un seul parti ou courant politique, quel que soit son ancrage. C’est une lourde responsabilité qui incombe à toutes les forces politiques et intellectuelles réelles et sincères réunies autour d’un minimum de principes et de valeurs.

Œuvrons ensemble à ce rassemblement de toutes et de tous dans le cadre d’un FORUM de la DIGNITE et du CHANGEMENT.

Mes chers compatriotes,

Avec beaucoup d’exigence morale et intellectuelle et un peu de courage politique, faisons, tous ensemble que cette tragédie puisse se transformer en une véritable résurrection d’une Algérie de dignité, de justice et de libertés démocratiques.

A toutes les volontés sincères du pays je dis : AKKER AMIS OUMAZIGH ! (Levez-vous, Hommes Libres !)

Fraternelles et respectueuses salutations.

source:http://ffs1963.unblog.fr(l’un des meilleur blog sur l’Algérie)

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaires »

Chadli Bendjedid

Posté par algeriedemocratie le 13 juillet 2009

Chadli bendjedid, nous manque, la période cataloguée comme noire pour bouteftifa et ses compères, fut la période du « koul et wakel » et de la franche rigolade, hlima, toufik, h’zem et khlifa nous amusaient, ils nous ont fait pleurer aussi.
En l’espace d’une décade, chadli aurait réussi son défi, prendre la place de Djeha. Aucun chef d’état algérien n’as autant que lui agrémenter les soirées du petit peuple algérien. Le vieux bougre blanc était la coqueluche du châab. Les blagues du genre, « il était une fois chadli » abondaient.
Il est né en 1929 à bouteldja (Taref, annaba), un petit village pas loin de la frontière tunisienne. Il a actuellement 72 ans, il se repose et se restaure dans sa villa a Oran à l’extrême ouest algérien.
A l’indépendance, il commande la région militaire de Constantine, pour prendre en charge celle d’Oran en 1964. en 1969, il est promu au plus haut  grade de l’époque, a savoir colonel.
Son entourage était sans aucun doute avarié et pourri. Les algériens ont connu avec chadli, l’économie de marché, le pluralisme politique et une liberté de ton et de presse jamais atteinte dans aucun pays arabe et qui n’avait rien a envier aux démocraties occidentales.
Son accession au pouvoir, a été facilité par kasdi merbah, responsable des services secrets et par un conclaves de militaires qui avaient décider d’en finir avec boumediene. Donc en avril 1979, il est nommé par cette clique (lors d’un réunion à l’école marine militaire de Tamenfoust) secrétaire général du FLN, candidat unique du parti unique à la succession du feu houari.
Ce fut la période la plus ardue de sa régence, chadli, a du évincer tous les anciens caciques du régime qui risquaient de lui faire de l’ombre. Il a gérer l’opération déboumédiennisation en véritables artiste, les soit disant génies de la période boumediène ont été mis à la porte ou au pas avec une facilité déconcertante. Chadli, a mis a la porte, bouteflika, yahiyaou, belaid abdesslam,  et consort sans qu’il y’ait le moindre remous dans les appareils de l’état.
Le plus spectaculaire aussi, c’est que chadli à réussi à mettre dehors, ceux là même qui l’ont mis et qui ont penser pouvoir le manipuler à leurs guise. Tant mieux pour ces larbins courtisans devenu ses ennemies. Chadli leurs disait vraiment qu’il n’était pas fait pour présider aux destinées de l’état algérien mais usant de l’artifice du militaires le plus ancien et le plus gradé ils prirent le risque de  l’instaurer quand même  sur la chaire, au détriment de bitat, yahiyaoui et de bouteftifa ou d’autres.
Le plus dur des hommes a éliminer fut sans nul doute, kasdi merbah, il a mis pratiquement dix ans pour le mettre à la porte. Chadli avait une peur bleu d’une nuit des long couteaux.
Il a été le père de l’affaiblissement volontaire des appareils répressif de l’état. Il a tout fait pour normaliser les relations avec hassan II pour ne plus avoir besoin d’une armée forte.  Il a affaibli le pouvoir de la DGSN, qui était aussi important que celui de la sécurité militaire pendant l’ère boumédiene (faut se remémorer le sinistre salah vespa), après avoir éloigner kasdi en le nommant comme ministre, il divise la fameuse sécurité militaire en trois, ce qui amoindrit fortement le pouvoir de cette structure. Cette opération fut difficile car elle souleva la contestation au seins de la hiérarchie militaire de l’époque, de même pour la mise en place du projet de restructuration des forces militaires qui a essuyé le refus et la démission de zeroual (chadli l’avait trop grondé devant l’état major de l’armée). Personne ne se doutait qu’en fait le soit disant « hmar blanc » avait une stratégie bien défini et assez efficace en tête.
Diviser pour mieux régner tous simplement. Cette stratégie à parfaitement fonctionné si ce n’est l’inefficacité des services a évaluer certaines danger non apparent a l’époque, dont le phénomène FIS. Chadli, à fomenter les évènements d’octobre 1988, pour pouvoir définitivement se débarrasser des récalcitrants du régime, ceux qui s’opposaient à sa personne et à ses réformes. Il a failli perdre sa chemise, mais finalement le « hmar blanc » à manipuler et jouer de tous, très finement.
Sa régence a permis aussi l’émergence d’une nouvelle race d’homme politiques algériens, les trabendistes et haut fonctionnaire véreux. Les scandales affluaient et abondaient sur la scène algéroise a son époque, on en citeras quelque unes, l’affaire des vingt six milliard de dollars, argent soit disant sorti des caisses de l’état divulgués par son premier ministre Abdelhamid brahimi, l’affaire toufik (fils de chadli) et du pauvre mouhouche, l’affaire de snoussi/belkheir et l’onref , l’affaire belloucif et les caisses du MDN, la collusion hlima belkheir…etc.
Il est le père géniteur de ceux
qui tiennent l’Algérie actuellement à savoir, larbi belkheir (on dirait qu’il est né pour être secrétaire général de la présidence celui la),  khaled nezzar le général à la retraite, messadia le revenant. Sans parler de ceux qui se sont bien engraissés pendant son règne (et qui le font toujours d’ailleurs) comme elhadi elkhediri.
c’est grâce à chadli si le hizb frança à eu sa consécration, c’est  grâce à lui aussi que tous  les anciens officier de l’armée française ont eu le vent en poupe (belkheir, nezzar, ..etc).

Sa famille a sévit fastueusement et a subit aussi les déboires de la déchéance. Khlifa bendjedid (frère de chadli) à réussi ce qu’aucun wali n’as pu à faire, provoquer des émeutes et des troubles dans pratiquement toutes les wilaya qu’il à eu à tenir, Constantine et Setif entre autres. Sa débilité mentale et son acharnement à profiter des « ressources naturelles » de la wilaya, ont poussé le peuple à la révolte comme en 1986.  L’autre frère à fait la même chose à annaba. Chadli à eu du mal à les tenir. Un deux tient une  « qahwa »  (bistrot) en France pour faire un peu de devise.
Ses enfant ont été choyé et chouchouté comme des princes, bourekba (de la belle famille, un archi milliardaire véreux) leurs a donnés ses filles, pour les faire divorcer quand chadli tombe, kaddour lahwel plaque la fille chadli (qui s’est remise avec son ancien chéri, le fils brerhi). Le seul couple qui a tenu suite à la démission de papa, c’est le fils chadli avec la fille mehri, il ont vécu un moment à Londres.
Suite aux évènements d’octobre 1988, et le scandale de l’affaire mouhouche toufik fut envoyé après quelques gifles paternels au Venezuela, pour se calmer et se mettre en sourdine pendant quelques temps chez l’ambassadeur d’algérie au Venezuela qui fait partie de la famille (ancien employé à air Algérie promu DG puis il se reconverti à la diplomatie grâce à tonton chadli)
Juste pour rafraîchir la mémoire du lecteur, rachid mouhouche un jeune homme de vingt deux ans (à l’ époque) petit affairiste du quartier populaire de la montagne fréquentait toufik chadli. Ils se sont connu en boite, au triangle de riadh elfeth, d’ailleurs senoussi connaissait bien mouhouche pour l’avoir aider et pour avoir bénéficier de ses services. Toufik qui s’emmerdait et ne faisait rien de bon, après avoir fait le lycée huppé d’elbiar , il ne faisait rien de bon a l’université de babez. Il voulait se lancer dans les affaires avec son ami rachid, tonton belkheir vas les aider et les introduire auprès d’un directeur d’agence de la banque extérieur d’algérie, juste par simple coup de fils  et sans aucun dossier de projet d’investissement sérieux, le fiston chadli  et ses compères, le directeur de l’agence de la BEA des pin maritimes, yazid taher (qui a fui en suisse) et rachid on tous bêtement vidé les caisses et  pris des millions de dollars (On parle de trente milliard de centimes algérien). Les petits jeunots (Rachid et toufik) frimaient en plus et jouaient les gros bonnets, en se pavanant au volant Ferrari rouge « très discrète » dans le quartier populeux de rachid (la montagne, à bachdjarrah, on est en 1987 donc les richesses exhibées ainsi n’était pas encore chose courante). L’histoire commençait à faire des remous  parce que rachid distribués des milliers de dinars à ses connaissances gracieusement, il a aidé sans compter, il était bon ce bougre de rachid. Le petit peuple comme aussi les apparatchiks du système ont eu vent du scandale avant même le président.  Pour se venger les anti-chadli bougent, en 1991 il y eut procès, ils ont quand même raté leur coup, chadli ne fut pas du tout touché, même si on cita abondamment son fils, belkheir le sauva en faisant pression sur les témoins et sur les magistrats (allant jusqu’as faire assassiner un des témoin a paris) à l’appel on cita pas toufik, qui se reposait au venezuela, mouhouche avec beaucoup de sous-fifres qui ont aidé à cette fuite de capitaux (une dizaine de personnes, principalement des gens du circuit bancaire, ils ont eu pleins de beau cadeaux, grosses voitures et grosses enveloppes) croupissent toujours en prison. Toufik l’as échappé belle grâce à papa et à tonton belkheir.
Les frasques de la famille chadli sont nombreuses, hlima n’avait rien à envier à la queen britannique, la seconde épouse de chadli qui était institutrice à oran, gérait le pays en véritable reine. Son influence était importante et aux conséquences considérables, les haut fonctionnaires et même les haut gradés de l’armée n’osaient pas lui déplaire car leur carrière dépendaient de son vouloir. Elle puisa de la vache algérienne pas mal de ressources. le procès belloucif et la polémique qui l’entourait ont dévoilé la manière dont hlima faisait ses courses (Quand elle allait faire ses emplettes à Paris, Bruxelles ou à Londres, on lui réservait les meilleurs suites, des appartements luxueux et des avions spéciaux pour affréter son paquetage, tous ça aux frais MDN et même pas sur les caisses noires de la présidence).
Hlima choisit des bonnes épouses pour ses rejetons en délaissant un peu les enfants de la première épouse, ce qui créait de temps à autres des remous dans la famille. D’ailleurs Belkheir le triste et piteux général a gagné ses galons pendant la décennie chadli pas en travaillant dur, mais en faisant de la « chitta » dur à hlima et en l’aidant dans sa recherches de bonnes dindes à marier pour les enfants.
Il est à l’origine de la liaison des familles chadli/bourrekba/louhibi. Ca lui a permis d’être le chouchou bien aimée des femmes les plus puissantes d’algérie. Le couple politique Belkheir/hlima à fait beaucoup de mal d’ailleurs.
kaddour lahouel qui est de la famille de hlima épouse la fille chadli (il l’as répudié d’ailleurs dès que chadli démissionne). Après avoir été chef de daira de boufarik, il est vite promu comme wali de tipaza. Les hauts cadres de l’état, comprennent vite la chanson, « Si tu veux évoluer et être promu, va voir hlima ».
La chitta à hlima et à ses proches a atteint un point inimaginable. Pour illustrer ce propos, même le fameux bouquin adapté au cinéma et devenu un grand film sur bouamama écrit par boualem bessaih, n’est en fait qu’une grosse chitta faite par l’ancien ministre du tourisme à la famille de hlima (elle avait un lien avec bouamama). Ca lui a très bien réussi d’ailleurs, Chadli l’as nommé comme ministre des affaires étrangères, tous simplement parce que « hlima l’aimait bien ». C’est hlima qui aida son ancienne copine de boulot leila tayeb à passer d’institutrice à secrétaire d’état chargé de l’éducation.
Le président ne s’en rendait pas compte, il avait mieux a faire, du footing et du tennis à Zeralda, du ski nautique et de la voile à la Perouse, plein de voyages officiels à gérer, overbooké il était. Chadli aimait la vie, et il savait s’éclater, au point ou il a failli perdre la vie un jour en « drivant so fast » son hors-bord à la plage de la Perouze. Il était dépensier (faut se remémorer le scandale de l’avion tristar qu’il voulait acheter) certes mais pas comme hlima et les rapaces qui l’entourait, c’est vraiment incomparable. Quand l’affaire toufik-mouhouche éclate, chadli éclate aussi et s’énerve gravement, il réalise l’étendu des dégâts occasionné par hlima et sa clique, depuis on entendra plus parler d’elle.
Quoi qu’en disent ses détracteurs, Chadli, reste un homme politique important pour comprendre l’algérie d’aujourd’hui., il a su gérer à l’inverse de boutef, nezzar et beaucoup d’autre son image tant bien que mal, depuis qu’il s’est retirée (il y a de cela presque dix ans), il n’est intervenu qu’une seule fois, il est assez stoïque. C’est lui qui a libéré Benbella, c’est lui aussi qui a libéré les opposants comme sadi, nahnah, belhadj et madani, comme il a ouvert le champs politiques à toutes les mouvances. La chose qu’il faut souligner, c’est que la majorité des personnes qui l’insultent et ceux qui dirigent le pays aujourd’hui lui doivent beaucoup. Chadli doit sûrement en savoir beaucoup sur eux, on espère qu’un jour il nous en dira un petit bout.

Publié dans DRS(39) | 1 Commentaire »

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Le Monde, 9 février 2008

L’Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?

Rien n’assure qu’il s’agisse d’Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu’ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu’Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.

Qu’il s’agisse ou non d’Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?

La solution n’est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c’est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d’une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J’ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m’a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l’Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu’il le fasse avec d’autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.

A qui pensez-vous ?

Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l’Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s’est accaparé toutes les richesses.

Si vous arriviez au pouvoir aujourd’hui, seriez-vous toujours favorable à la création d’un Etat islamique ?

Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l’injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d’intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.

A ce propos, j’ai été très choqué d’entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu’il soutenait ceux qui avaient commis le coup d’Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l’Algérie menaçait d’être dirigée par les talibans ! C’est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite – pays où l’on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n’a pas traité le roi Abdallah de taliban !

Beaucoup tentent d’assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n’avons pas le même cheminement.

Qu’est devenu votre fils Abdelqahar, âgé de 19 ans ? L’année dernière, vous soupçonniez la Sécurité militaire algérienne de l’avoir enlevé. Mais une vidéo circulant sur Internet le montre en armes, au maquis…

Il faudrait s’assurer de l’authenticité de cette vidéo. Mon fils a disparu en octobre 2006. Tous les scénarios sont possibles. Je n’exclus rien. Je ne sais même pas s’il est vivant. Mais s’il était vrai qu’il soit monté au maquis, j’en rendrais le pouvoir responsable, de façon directe ou indirecte. Les jeunes Algériens sont manipulables, en l’absence de perspectives. C’est le désespoir qui les pousse à prendre le maquis ou à mourir en traversant la mer à bord d’embarcations de fortune…

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution dont il est actuellement question en Algérie ?

La Constitution n’est pas un jeu. Ce n’est pas à une minorité dictatoriale de décider de sa révision, mais au peuple. Et le but doit être de renforcer le pouvoir de la population, non celui du président. Ceux qui poussent M. Bouteflika à faire un troisième mandat sont ceux qui dirigent le pays. Mais le peuple en a assez du « système ». Il faut d’urgence trouver une solution politique, sinon ce sera l’explosion. Et celle-ci débordera les frontières de l’Algérie.
Propos recueillis par Florence Beaugé

//

Publié dans FIS(11) | Pas de Commentaires »

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

Ali Benhadj, cofondateur du Front islamique du salut (FIS, dissous)

« Il faut trouver, d’urgence, une solution politique en Algérie »

Le Monde, 9 février 2008

L’Algérie est secouée depuis plusieurs mois par des attentats kamikazes revendiqués par Al-Qaida au Maghreb islamique. Comment réagissez-vous à ces attaques ?

Rien n’assure qu’il s’agisse d’Al-Qaida. Plusieurs membres du gouvernement algérien disent qu’ils ont eux-mêmes des doutes. Je crois, pour ma part, qu’Al-Qaida a une existence dans les médias en Algérie, non sur le terrain. Mais cela arrange le pouvoir de le faire croire, comme les Etats-Unis qui lui donnent une importance surdimensionnée.

Qu’il s’agisse ou non d’Al-Qaida, vous ne condamnez donc pas explicitement ces attentats kamikazes ?

La solution n’est pas de critiquer ou de condamner. Il faut régler le problème à la racine, c’est-à-dire trouver une solution politique. On ne peut pas se contenter d’une réponse strictement sécuritaire et transformer Alger en une gigantesque caserne. J’ai transmis des propositions au président Bouteflika. Il ne m’a pas répondu. Je suggère un congrès qui rassemblerait tous les partis politiques, FIS compris, pour discuter des problèmes de l’Algérie. Et si le pouvoir refuse de discuter avec moi, qu’il le fasse avec d’autres, des personnalités qui ont une dimension nationale ou historique.

A qui pensez-vous ?

Je pense à des figures comme Aït Ahmed (dirigeant du Front des forces socialistes, FFS), ou Taleb Ibrahimi (président du parti Wafa, non légalisé), Mouloud Hamrouche (ex-premier ministre, réformateur), Abdelhamid Mehri (ex-secrétaire général du Front de libération nationale, FLN, ancien parti unique), ou encore Ali Yahia Abdenour (avocat et ex-président de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme). Il y a des points communs entre ces hommes : ils appellent tous à une solution politique, et ce sont de vrais démocrates. Ils veulent que tous les partis et le peuple participent à la conduite de l’Algérie, et pas seulement un petit groupe qui s’est accaparé toutes les richesses.

Si vous arriviez au pouvoir aujourd’hui, seriez-vous toujours favorable à la création d’un Etat islamique ?

Nous croyons toujours à une république islamique, basée sur les préceptes du Coran et de la sunna du Prophète, selon lesquels le pouvoir doit être choisi par le peuple. Nous sommes pour le multipartisme et voulons combattre l’injustice sociale ainsi que les atteintes aux libertés. Quant aux relations avec les pays étrangers, elles doivent se faire sur la base d’intérêts réciproques, dans la transparence et le respect.

A ce propos, j’ai été très choqué d’entendre le président français déclarer, il y a quelques jours, qu’il soutenait ceux qui avaient commis le coup d’Etat de 1992 en Algérie, alors que le FIS (Front islamique du salut) avait gagné démocratiquement, par les urnes. Selon M. Sarkozy, l’Algérie menaçait d’être dirigée par les talibans ! C’est une insulte et de la provocation ! On ne peut pas transposer en Algérie ce qui se passe en Afghanistan. Le président français commet une ingérence dans les affaires intérieures algériennes et est mal renseigné sur le FIS : ceux qui ont été élus sous notre étiquette en 1990 et 1991 étaient des intellectuels, pas des talibans ! Quand il est allé en Arabie saoudite – pays où l’on coupe la main des voleurs -, M. Sarkozy n’a pas traité le roi Abdallah de taliban !

Beaucoup tentent d’assimiler le FIS à Al-Qaida. Mais le FIS a été créé en 1989, donc bien avant Al-Qaida, qui est né en 1998. Nous ne nous en sommes donc pas inspirés et n’avons pas le même cheminement.

Qu’est devenu votre fils Abdelqahar, âgé de 19 ans ? L’année dernière, vous soupçonniez la Sécurité militaire algérienne de l’avoir enlevé. Mais une vidéo circulant sur Internet le montre en armes, au maquis…

Il faudrait s’assurer de l’authenticité de cette vidéo. Mon fils a disparu en octobre 2006. Tous les scénarios sont possibles. Je n’exclus rien. Je ne sais même pas s’il est vivant. Mais s’il était vrai qu’il soit monté au maquis, j’en rendrais le pouvoir responsable, de façon directe ou indirecte. Les jeunes Algériens sont manipulables, en l’absence de perspectives. C’est le désespoir qui les pousse à prendre le maquis ou à mourir en traversant la mer à bord d’embarcations de fortune…

Que pensez-vous du projet de révision de la Constitution dont il est actuellement question en Algérie ?

La Constitution n’est pas un jeu. Ce n’est pas à une minorité dictatoriale de décider de sa révision, mais au peuple. Et le but doit être de renforcer le pouvoir de la population, non celui du président. Ceux qui poussent M. Bouteflika à faire un troisième mandat sont ceux qui dirigent le pays. Mais le peuple en a assez du « système ». Il faut d’urgence trouver une solution politique, sinon ce sera l’explosion. Et celle-ci débordera les frontières de l’Algérie.
Propos recueillis par Florence Beaugé

Publié dans FIS(11) | Pas de Commentaires »

PETITE BIO DE CHEIKH AHMED SAHNOUN(ALLAH IREHMOU) PAR MOSTAFA BRAHAMI

Posté par algeriedemocratie le 16 décembre 2008

Cheikh Ahmed Sahnoun
ou l’indépendance incarnée dans ses plus nobles dimensions

Dr. Mostafa Brahami, Mars 2004

PETITE BIO DE CHEIKH AHMED SAHNOUN(ALLAH IREHMOU) PAR MOSTAFA BRAHAMI dans FIS(11) moz-screenshot-2sahnoun dans FIS(11)

Sommaire
Préambule
1. À l’école de l’Association des Oulémas : la remise en valeur de l’identité algérienne
2. L’opposition à la dictature du parti unique et au socialisme importé
3. Cheikh Sahnoun, la référence obligée
4. Le rassemblement pacifique de 1982
5. Octobre 1988
6. La création du FIS
7. La création de la Ligue de la prédication islamique (Rabita da’wa islamya)
8. La grève du FIS de mai 1991
9. La fin

Préambule

Je voudrais livrer ici quelques pages d’histoire de Cheikh Ahmed Sahnoun que j’ai connu en 1972, et qui fut la dernière personne à Alger que j’ai saluée avant ma sortie du territoire algérien en novembre 1993. Il faut dire que ce n’est qu’à partir des années 1980 que mes visites chez lui sont devenues plus régulières et plus assidues. C’est en 1982 que j’ai eu l’insigne honneur de vivre, en compagnie d’un certain nombre de frères dont Cheikh Mohamed Saïd, Hadj Hami, Mohamed Tidjani et quelques autres, des moments d’histoire commune en participant sous la direction, la bienveillance, les conseils, les orientations de Cheikh Sahnoun à de grands projets.

La répression de novembre 1982 et notre arrestation en décembre de la même année avaient fini de sceller notre sort et notre chemin communs. Tous les évènements qui suivront nous rapprocheront d’avantage sur les plans humain, intellectuel et militant.
Si certains d’entre nous, qui lui étaient les plus proches, avaient aussi milité politiquement au sein d’un parti (le FIS en l’occurrence) sous la contrainte conjoncturelle, Cheikh Sahnoun, pour sa personne, ne pouvait et ne voulait être embrigadé sous aucun étendard partisan. Il jouissait certes d’un profond respect de la part des responsables du FIS et il me semble qu’il avait une plus grande inclination pour ce parti que pour d’autres mais il ne voulait en être membre sous quelque forme que ce soit et de quelque manière que ce soit. Il se voulait rassembleur et tout un chacun pouvait trouver chez lui conseil et assistance. Le politique, pour lui, était partie intégrante de son combat continu pour un meilleur avenir de la société musulmane et tout aussi important que les aspects éducationnel, culturel et spirituel inhérents à la globalité de l’Islam. Ce combat politique n’était pas nécessairement, à son niveau, partisan.

À cela, il avait ajouté une touche des belles lettres qu’il chérissait et qui émanaient , d’une sensibilité extrême, car il était aussi poète, comme son maître Cheikh Bachir Ibrahimi. Il fut pour moi et mon épouse un second père, plein de tendresse et d’attention.
Je ne peux relever dans ce modeste article, de manière bien imparfaite et incomplète, que l’un des aspects de sa vie, le militant. Et encore ! Car je ne l’ai accompagné qu’une vingtaine d’année sur une vie qui en a compté nonante quatre (94). Je peux témoigner que c’est un véritable don, une gratification d’Allah qu’Il m’ait permis de connaître et accompagner un saint homme, « waliyoullâh », tel que Cheikh Ahmed Sahnoun. Ces quelques pages ne sont qu’un témoignage parmi d’autres, sur celui qui vient de nous quitter alors que la crise algérienne n’est pas encore résorbée de la meilleure manière qui soit.

Et si j’écris ces quelques lignes, c’est par amour pour mon cheikh, par fidélité à son enseignement et engagement, c’est par témoignage et reconnaissance de ce qu’il a été pour moi, pour nous, pour l’Islam et l’Algérie.

1. À L’ÉCOLE DE L’ASSOCIATION DES OULÉMAS : LA REMISE EN VALEUR DE L’IDENTITÉ ALGÉRIENNE

La mort de cheikh Ahmed Sahnoun, qu’Allah l’agrée près de Lui, sonne comme un tocsin de l’avant-dernier représentant de l’illustre école de l’Association des Oulémas fondée en 1931, mais dont les membres fondateurs avaient activé bien avant cette date, de fait, dès les années 1924. Avec Cheikh Sahnoun, s’est éteint le dernier témoin de cette école de l’indépendance totale et intégrale, une indépendance civilisationnelle et culturelle, et non point seulement politique ou territoriale.

Car ceux qui ont pris et accaparé le pouvoir politique en Algérie dès l’indépendance politique en 1962, non seulement n’ont pas assuré l’indépendance complète du pays, ils n’en avaient ni les compétences ni les ambitions, mais ont permis et assuré la pérennité du pire des colonialismes européens. L’actuel ‘président’ algérien n’a-t-il pas reconnu que l’Algérie indépendante a fait plus pour la langue et la culture françaises que 130 ans de présence française ! Et ne parlons surtout pas , ni de la souveraineté nationale, ni de celle de la défense…

Cheikh Ahmed Sahnoun, ainsi que ses pairs, voulaient asseoir un véritable renouveau civilisationnel, en promouvant une identité algérienne, fière de ses origines, y puisant ses inspirations et ses valeurs, et ouverte sur le monde extérieur. Ce à quoi il va consacrer sa vie, dans la lignée de l’école des Oulémas.

En effet, cette école, dès sa fondation, avait œuvré pour la réalisation de trois grands objectifs:
· La remise en valeur de l’identité algérienne, face à la barbare et brutale entreprise coloniale d’effacer quatorze siècles d’imprégnation islamique, et d’appartenance à cette vaste Umma musulmane,
· La réappropriation de cette identité algérienne,
· Enfin le combat pour une Algérie libre et indépendante dans le cadre de l’Islam, de ses valeurs et institutions.
Après avoir vaincu militairement et dans le sang et la désolation toutes les révoltes populaires depuis 1830, la France coloniale s’était attelée à changer la face et les racines de l’Algérie par l’intermédiaire de deux politiques majeures :
· Un changement du rapport démographique de population, et cela par l’importation d’une population étrangère très diversifiée (France, Suisse, Malte, Espagne, Chypre, Grèce, Italie etc.) en leur octroyant la nationalité française et des terres agricoles expropriées aux ayants droits séculaires.
· Une destruction systématique et planifiée des composantes de la culture algérienne à travers l’effondrement des institutions socialisatrices et sociales, l’interdiction de l’enseignement religieux et de la langue arabe, la mise au ban des références algériennes.

Pour ce faire, les massacres de populations (estimée à plus de huit millions de victimes algériennes durant les 132 années du colonialisme français), les déportations (des dizaines de milliers de personnes en Calédonie, Cayenne…), les expropriations systématiques des meilleures terres, et des moins meilleures par la suite, le bannissement des chouyoukhs et des lettrés faisaient partie de la panoplie des moyens employés de manière systématique et institutionnelle.

C’est contre cette destruction de la personnalité algérienne et de la nation algérienne (on disait plutôt musulmane en ce temps !) que se sont rassemblés certains oulémas en créant en 1931 à Alger leur association.

Il faut dire que cette œuvre coloniale de décérébration et de déconnexion de la culture algérienne a quelque peu porté ses fruits durant la nuit coloniale. Le taux d’alphabétisation était pratiquement nul, les structures traditionnelles détruites, des Algériens, formés à et par l’école française, pouvaient alors dire et écrire : « l’Algérie n’existe pas » après l’avoir cherchée dans les cimetières, les montagnes et les livres d’histoire des Gaulois.

C’est alors que s’éleva le cri de Cheikh Ben Badis, et de son école : « Moi aussi, j’ai questionné les montagnes, les vallées, l’histoire et la géographie, et j’ai trouvé que l’Algérie existe, qu’elle a sa personnalité et son histoire, sa mentalité et sa culture. Et qu’elle n’est pas la France. Et qu’elle ne pourrait être la France ».
Il affirma alors : « l’Algérie est ma patrie, l’Islam est ma religion, et la langue arabe est ma langue » et il se faisait appeler Ben Badis Es Sanhadji, pour affirmer sa dimension amazigh.
Alors que la France fêtait spectaculairement son siècle de colonialisme en Algérie (1930), Ben Badis et ses compagnons créèrent l’association des Oulémas Algériens, en affirmant que l’identité algérienne à travers ses composantes amazigh, musulmane et arabe ne saurait se départir de sa culture, et cela en opposition avec la « religion » indiscutable de ce siècle (le 19e), le colonialisme, non décrié par les humanistes et démocrates.

L’association des Oulémas va s’atteler à la grande œuvre de réappropriation de cette identité en oeuvrant sur trois axes principaux :
· retour de la mosquée à ses fonctions d’éducation, de culturation et de conscientisation, en lui assurant son indépendance vis-à-vis de l’administration française,
· en essaimant un réseau d’écoles indépendantes et leur prise en charge par la communauté en y intégrant des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes,
· évacuer les séquelles accumulées durant la décadence et cent années de colonialisme, (dont la résultante, la colonisabilité, avait fait le lit du colonialisme) en redonnant à l’Algérien la confiance en soi et en ses capacités de résistance et de reconstruction civilisationnelle, au travers de cours, conférences, journaux, meetings…

C’est à cette école, et au contact des hommes tels Cheikh Ben Badis et surtout Cheikh Bachir Ibrahimi, dont il a été le disciple, le secrétaire et le confident, que Cheikh Sahnoun va se former et poursuivre la longue marche. C’est dans ce contexte de combat, de militantisme, d’activités incessantes que va grandir Cheikh Sahnoun, d’abord enfant, puis jeune homme.
Il va recueillir l’héritage de ce savant encyclopédique qu’était Cheikh Bachir Ibrahimi, vice-président puis président de l’Association des Oulémas après la mort de Cheikh Ben Badis en 1940. Et tout comme Cheikh Ibrahimi, il ne sera pas le diplômé d’une quelconque université, mais celui de la mosquée. Comme son cheikh, consacré par l’académie de la langue arabe au Caire qui le fera membre pour la beauté, l’excellence, l’érudition de son verbe arabe, Cheikh Sahnoun sera, lui aussi, consacré par les nombreux recueils de poésie qu’il publiera dans cette belle et si pure langue arabe, la langue du Coran qu’il avait mémorisé, étant encore enfant.

Cheikh Sahnoun va alors consacrer sa vie à la liberté et l’indépendance apprises à travers sa foi, le devoir de critique (naçiha), si cher à notre Prophète Mohamed (saws), l’indépendance de la fonction et l’indépendance du projet de société qui le faisait vivre et auquel il avait dédié sa vie. C’est ce que nous verrons dans les paragraphes qui suivent, et qui retraceront quelques pans de son militantisme musulman.

2. L’OPPOSITION À LA DICTATURE DU PARTI UNIQUE ET AU SOCIALISME IMPORTÉ

En Algérie, le régime brutal de Ben Bella s’était installé à la faveur du coup d’État contre le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) en juillet 1962. Débutait alors un long crépuscule fait de privation des libertés individuelles et publiques, d’emprisonnement brutal, de tortures et de règlements de comptes. Un régime qui, au nom d’une pureté révolutionnaire marxisante importée d’on ne sait où, va combattre les expressions diverses de l’Islam et permettre aux staliniens de tout bord de s’ancrer dans les centres de décision économique, syndicale et sociale du pays. Et qui va, après la France en 1940, emprisonner Cheikh Ibrahimi en 1964 (il mourra quelques semaines après sa libération) et prononcer l’interdiction de l’association des Oulémas, afin de donner des gages à ses soutiens « progressistes » et mieux asseoir son règne. Le pouvoir va aussi essayer de mettre au pas les oulémas encore vivants et fidèles à la ligne de Cheikh Ben Badis, en leur imposant de choisir entre la mosquée et l’enseignement; ou en domestiquer ceux qui voulaient rester à la mosquée. Une bonne partie des oulémas choisirent l’école, et délaissèrent la mosquée, à l’exception notable de Cheikh Sahnoun. Mais rapidement Cheikh Abdellatif Soltani, Cheikh Mosbah, Cheikh Omar Larbaoui le rejoignent. Avec Cheikh Soltani, il va s’opposer avec force à l’importation des différents « socialismes » de la part de Ben Bella d’abord et de Boumédiène ensuite. Ils prennent publiquement la parole dans les mosquées en dénonçant les déviations politiques, les atteintes aux libertés, le verrouillage de la société et les tentatives de déculturation entreprises par le régime en place. Ce qui leur vaut d’être expulsés des mosquées d’abord en 1964 puis en 1966.

Néanmoins les efforts de Cheikhs Sahnoun et Soltani ne vont pas s’arrêter là. Ce serait méconnaître l’école badissienne. Ils vont fonder, à côté d’autres compagnons (Hachemi Tidjani, Amar Talbi, Abassi Madani et d’autres), une nouvelle association en 1963, El Quiyam el islamya (les valeurs islamiques), qui va reprendre le travail de conscientisation du peuple algérien. Ils publient aussi une revue en langue arabe et française « Humanisme musulman « .À la suite de la dénonciation de la condamnation et de l’exécution de Sayid Quotb par l’autre régime brutal et policier de Gamal Abdel Nasser en Égypte en 1965, Boumédiène ordonne l’interdiction de l’association et de ses activités en 1966.
L’activité de Cheikh Sahnoun ne va cependant pas s’arrêter, puisqu’il reprend du service dans une autre mosquée, cette fois-ci indépendante du pouvoir en place.


3. CHEIKH SAHNOUN, LA RÉFÉRENCE OBLIGÉE

Cheikh Ahmed Sahnoun était en relation forte avec Malek Bennabi jusqu’à la mort de ce dernier en 1973. Ils s’étaient connus bien avant, dans les années 1940 lorsque Malek Bennabi fréquentait les cercles de l’Association des Oulémas aussi bien en Algérie qu’en France. De plus Malek Bennabi écrivait régulièrement dans le journal en français de l’Association des Oulémas (Le Jeune Musulman). Les deux personnalités avaient en commun l’admiration de Cheikh Bachir Ibrahimi et de son prédécesseur Cheikh Ben Badis. Malek Bennabi avait critiqué durement en 1936, l’initiative du Congrès musulman (coalition présidée par Ben Badis et formée par des partis et des personnalités algériennes ainsi que l’Association des Oulémas), qui se contentait de demander quelques droits politiques au gouvernement français de gauche d’alors, présidé par Léon Blum. Mais cela n’avait pas entaché les très bonnes et intenses relations entretenues par Malek Bennabi et ce mouvement, qui, tous, se rattachaient aux efforts entrepris pour assurer la nahda depuis Djamal Eddine El Afghani et ses disciples Mohamed Abdou et Raschid Rida. Tout ce passé de luttes avait raffermi les rapports entre Malek Bennabi et Cheikh Ahmed Sahnoun, d’autant plus que ce dernier exhalait une respectabilité et une spiritualité reconnues de tous.

Si les mêmes objectifs – la préoccupation du renouveau musulman, l’indépendance de l’Algérie et la lutte contre le colonialisme français- réunissaient les deux hommes, leur formation et leurs méthodes, et donc leurs productions intellectuelles, étaient fondamentalement différentes, tout en étant complémentaires à plus d’un titre.

En effet, Malek Bennabi posait le problème en termes de culture et d’efficacité (il disait qu’il ne s’agissait pas de faire découvrir au musulman sa foi, mais de lui faire retrouver son efficacité); le musulman devait donc se reforger une mentalité conséquente avec le message coranique, dont les interprétations et les compréhensions devaient être dépouillées des oripeaux de la longue décadence par un retour au salaf salih authentique. Cheikh Ahmed Sahnoun posait le problème des musulmans de manière bien plus classique, à savoir un retour aux sources (salaf salih) par un enseignement coranique, la purification du dogme et des pratiques religieuses de toute forme de superstitions et de syncrétisme, l’acquisition des connaissances nécessaires et un engagement dans la vie quotidienne. La complémentarité des démarches apparaît ainsi clairement. Les deux personnalités voyaient la nécessaire implication du musulman dans le combat politique, mais de manière différente.

De même, cheikh Mohamed Saïd comptait parmi les fidèles du séminaire hebdomadaire (tous les samedis) de Malek Bennabi de la fin des années 60 et début des années 70. Il sera lui aussi fortement influencé par les thèses et la méthodologie de ce dernier.

C’est dans cette période aussi que les liens de Cheikh Sahnoun avec certaines personnalités (Abassi Madani, Mohamed Saïd, Abdellatif Soltani) vont se raffermir et se pérenniser. Un grand projet (1971) est lancé en commun avec Abdellatif Soltani et Mohamed Saïd pour la construction de la Mosquée El Arkam. Un comité se met en place Pour le lancement et la réalisation de ce grand projet qui va renforcer les liens entre Cheikh Mohamed Saïd et Cheikh Ahmed Sahnoun.

Les vastes connaissances islamiques de Cheikh Mohamed Saïd, la beauté de son écrit, la puissance percutante de son verbe et sa mesure, son militantisme hors pair, ses hautes qualités morales, tout cela fera que Cheikh Ahmed Sahnoun le choisira, parmi des dizaines d’autres, comme son disciple, son secrétaire et son fils spirituel. C’est le début d’un long cheminement entre les deux personnes jusqu’au 11 janvier 1992, date du coup d’État qui va pousser Cheikh Mohamed Saïd dans la clandestinité jusqu’à son martyr en novembre 1995.
Cheikh Sahnoun, malgré son âge avancé et ses yeux qui faiblissaient, lisait tout, ou presque comme livres, journaux, revues. Il ne laisse pas une journée passer sans écouter les informations de plusieurs stations de radio et de plusieurs chaînes de télévision. Et sa maison ne se vide jamais des jeunes et des moins jeunes.

C’est cette proximité du cheikh avec l’actualité quotidienne à travers les journaux et revues, et ses visiteurs, les jeunes surtout, qui fera de lui ce qu’il a été, un cheikh non seulement au fait des évènements quotidiens, mais qui va s’impliquer à chaque fois que nécessité se fera sentir, et que le devoir l’y obligera. C’est cette prise avec le quotidien, en plus de son érudition et de son indépendance, qui feront de lui la référence en Algérie. Référence qui imposera à beaucoup de monde de passer par lui, afin d’obtenir qui, un aval, qui un conseil… Et pourtant il ne quittera que rarement son domicile et les mosquées dans lesquelles il officiait.
Son refus de se laisser domestiquer par le pouvoir en place, la mesure de ses positions, le pacifisme de son combat – il croyait fermement en la puissance du verbe et en le changement de l’homme – son indépendance vis-à-vis de l’administration algérienne (il avait à chaque fois refusé d’être pris en charge par l’État pour la fonction d’imam), sa modestie, un train de vie des plus modestes, tout cela et bien d’autres lui avaient donné ce statut de passage obligé sur bien des questions nationales.

Cheikh Sahnoun avait ce principe vital de ne pas faire de courbettes au prince, ni de solliciter une quelconque bienveillance de sa part pour sa propre personne. Il maintint ce cap jusqu’à sa mort. Et pourtant, Boualem Benhammouda (secrétaire général du FLN, proche du pouvoir) avait puisé chez lui l’essentiel de sa thèse de doctorat en lui prenant beaucoup de son temps. D’autres ministres le courtisaient pensant tirer profit de sa notoriété. À tout un chacun, il distribuait la bonne parole, l’abreuvait de ses connaissances, faisait profiter de son expérience, sans rien attendre en retour. Il connaissait trop les hommes pour en être ou en devenir dépendant. S’il pouvait conseiller, exhorter au bien, pousser au meilleur, il le faisait avec la plus grande énergie et le plus grand bonheur. S’il pouvait aider quelqu’un, c’est avec plein d’espoir qu’il le faisait. Mais il n’attendait rien de quiconque. Il chérissait sa liberté et son indépendance plus que tout au monde.

C’est cette liberté et son indépendance qui lui feront refuser de cautionner la sortie armée de Moustapha Bouyali venu lui demander son aval et une fatwa dans les années 80. C’est cette même indépendance de jugement et de position qui le tiendront éloigné de toute activité politique partisane.

Dans les années 80, la situation algérienne connut beaucoup de bouleversements. La légitimité « révolutionnaire » qui gouvernait l’Algérie s’essoufflait. L’alliance « critique » de Boumédiène avec la gauche prenait de l’aile avec la venue de Chadli. Les mouvements protestataires aussi bien sociaux que politiques commençaient à prendre de l’ampleur. En particulier la « çahwa » (Réveil) islamique s’ancrait aux niveaux populaire et estudiantin, et dérangeait la mainmise gauchiste dans les enceintes universitaires, en particulier.
Quelle n’a été la joie de Cheikh Sahnoun quand il fut invité, avec son compagnon Cheikh Soltani, à tenir conférence dans les enceintes universitaires (1980). En effet, l’université algérienne pouvait enfin inviter en son sein d’autres personnalités que les gauchistes, les pontes du FLN etc. Cheikhs Ahmed Sahnoun, Abdellatif Soltani vont être accueillis en héros et vont faire salles combles lors de mémorables conférences dans les cités universitaires. On y vient de partout pour écouter ces cheikhs reprendre leur place dans la société algérienne.

4. LE RASSEMBLEMENT PACIFIQUE DE 1982

Le pouvoir algérien va tenter de « nationaliser » les mosquées en y plaçant ses imams et en contrôlant les prêches. Mais des mosquées qualifiées de « libres » vont bientôt voir le jour pour plusieurs raisons. D’abord un peu partout dans le pays le nombre de mosquées était trop faible, ce qui poussa les croyants à prendre l’initiative de construire des mosquées, dont certaines vont échapper au contrôle de l’État. Ensuite, au vu de la main mise de l’État sur les mosquées, des croyants vont tout simplement transformer des lieux (hangars, usines désaffectées…), à l’origine non destinés à la prière (çalât), en mosquées libres. Les jeunes vont s’y investir pleinement et diffuser les valeurs musulmanes, reprenant en cela les moyens employés par l’Association des Oulémas pour se dégager du cadre colonial imposé aux mosquées et des muphtis nommés pour sa cause.

Dans tous les quartiers notamment populaires, l’on assistait à un grand bouillonnement, des mosquées libres se multipliaient où des jeunes imams officiaient, des cours d’appui scolaire étaient organisés et des manifestations culturelles islamiques apparaissaient un peu partout.
C’est dans ce cadre que Cheikh Sahnoun deviendra imam dans une de ces mosquées libres, la mosquée Oussama de Birmandreis (Alger), dans les années 70, après avoir officié dans celle de Bologhine (Alger). Le comité local de la mosquée Oussama va lui construire une demeure modeste et dans laquelle il va installer sa vaste bibliothèque qui ne cessera de s’agrandir.

Visiblement, le pouvoir militaire en Algérie ne pouvait laisser cette liberté dans le ton, l’expression et l’organisation prendre de l’ampleur et dépasser le cadre étriqué du parti unique et ses avatars d’organisations nationales et de publications. Le régime va attendre la moindre occasion pour « remettre » de l’ordre dans « sa maison Algérie ». Le recteur de l’université d’Alger, en octobre 1982 va lui donner cette occasion, en décidant de ne laisser entrer à la mosquée de l’université d’Alger, le vendredi, aux fins d’effectuer la prière, que les seuls étudiants, alors que, jamais, depuis l’ouverture de cette salle de prière en 1969 (ou 1968) cette interdiction n’avait été imposée.

Cette mosquée drainait, non seulement les très nombreux étudiants, mais de nombreuses autres personnes, car elle constituait l’un des hauts lieux de réflexion et de formation de jeunes musulmans épris de leur projet de société islamique. C’était un lieu de la contestation politique. Elle symbolisait du fait de son initiateur, Malek Bennabi, un foyer de rencontres entre universitaires, un lieu de l’élaboration de la pensée bennabienne, où les idées de la nahda se côtoyaient et se fructifiaient mutuellement. Cette mosquée était aussi visée pour son rôle de lieu de naissance d’un mouvement islamique universitaire clandestin (mouvement du Renouveau civilisationnel, El Binâ’i el hadârî) qui essaimait partout et dérangeait notamment l’ordre gauchiste dans l’université algérienne.

Il est d’ailleurs tout à fait remarquable que ce mouvement avait, dès ses débuts en 1972, comme référents l’Association des Oulémas Algériens et Malek Bennabi, alors que des mouvements islamiques qui verront le jour bien plus tard, renieront ce double héritage. Cependant il ne s’enfermera pas dans ce seul héritage, et puisera de partout et de tous les savants le meilleur de ce qu’ils avaient produit, comme l’avait d’ailleurs fait l’Association des Oulémas. Ce mouvement refusera cependant toute allégeance organique ou intellectuelle aux autres mouvements, en faisant sienne la spécificité algérienne. Et c’est parce que Nahnah Mahfoud avait fait allégeance au mouvement internationaliste des Frères musulmans, et que nous avions refusé de le faire, qu’il avait alors fabriqué le sobriquet de la Jaz’ara pour désigner ce mouvement qui ne se reconnaîtra jamais dans cette appellation. Il est d’ailleurs intéressant de remarquer que durant des années (en fait jusqu’au début de la guerre civile en 1992) Mahfoud Nahnah ne se référa jamais à l’Association des Oulémas, ni à son président Cheikh Ben Badis ou ses disciples, mais plutôt à Mahfoudi (de Blida) qui lui avait prodigué un enseignement dans une école créée à Blida (avant la guerre d’indépendance), l’école El Islah, qu’il citait volontiers publiquement.

Mais quelques années plus tard, Nahnah se ravisera, nécessité politique oblige, et commencera à citer Ben Badis, Malek Bennabi, Ibrahimi…Et il parlera alors volontiers de la spécificité algérienne dont il se moquait auparavant et dont il fit son cheval de bataille contre le mouvement du Renouveau civilisationnel.

Revenons aux incident de l’année 1982 : Le vendredi 29 0ctobre, le recteur de l’université d’Alger, Slimane Cheikh, ferme la porte extérieure de la mosquée de l’université, et ne laisse entrer par la grande porte de l’université que les seuls étudiants sous le contrôle de vigiles, en refoulant les non-étudiants. Un attroupement de plus en plus grand de fidèles venant à la prière se forme à l’extérieur de l’enceinte de l’université. Les voisins commencent alors qui, à amener des tapis, qui, à jeter des tapis et des draps de leurs balcons pour permettre aux hommes et femmes rassemblés d’effectuer leur prière. Et ils la feront sur la voie publique, sur les trottoirs.

En fait cet incident s’était greffé sur un autre, bien plus dramatique, qui avait eu pour lieu, la cité universitaire de Ben Aknoun où s’étaient tenus des élections pour le renouvellement du comité universitaire, en ce début du mois de novembre 1982 (le 2 novembre). Les élections avaient donné une écrasante victoire aux islamistes quelques jours plus tôt, ce que ne pouvaient digérer les berbéro-communistes qui avaient depuis de très longues années la haute main sur les affaires de la cité. Ces derniers vont alors mobiliser leurs troupes avec des complicités au sein des directions des cités universitaires et du CROUS (Centre régional des œuvres universitaires et sociales) leur permettant de drainer leurs troupes avec les cars de transports universitaires. Arrivés à la cité universitaire de Ben Aknoun, les vives discussions dégénérèrent et les berbéro-communistes en vinrent aux mains aux fins de reprendre « leur cité ». Il y eut malheureusement un mort, Amzal Kamel (militant trotskiste de la Quatrième Internationale SUQI) qui, non seulement, n’habitait pas dans cette cité, mais était venu de l’extérieur (de Boumerdès exactement) pour soutenir ses camarades et agresser les membres du comité de cité régulièrement élu. La police n’arrêta que des étudiants islamistes et d’autres personnes non-étudiantes, en laissant les autres protagonistes en liberté. Ces derniers reconnaîtront plus tard qu’ils avaient été instrumentalisés par le régime en place pour casser de l’islamiste. Ce parti pris flagrant de la police et des services de sécurité mit en émoi tout Alger. Et c’est sur ce fond que vint la deuxième provocation de la fermeture de la porte extérieure de la mosquée universitaire.

D’autres provocations vont avoir lieu, des mosquées seront souillées, certaines verront un début d’incendie (Leveilley, Alger). C’est dans contexte, créé par le régime militaire, que la machine répressive s’emballa.
Cheikh Abassi Madani, qui sillonnait Alger et ses environs, prit alors la décision d’organiser pour le vendredi 12 novembre 1982 un meeting pacifique, au sein de la mosquée de l’université d’Alger. Consultés après coup, Cheikhs Sahnoun et Soltani donnèrent leur accord de principe. Les trois se réunirent alors avec cheikh Tidjani et Mahfoud Nahnah dans la demeure de Cheikh Sahnoun. Cheikh Abassi proposa alors la rédaction d’un manifeste dont la responsabilité de la rédaction lui fut confiée. Cheikh Sahnoun donna ensuite délégation à Mohamed Saïd (en compagnie de Hadj Hami) de rejoindre cheikh Abassi et d’y apporter, en son nom, toutes les corrections nécessaires. Ce qui ne fut pas facile, Cheikh Abassi tenait fortement à son texte. Il en résulta, après de longues heures de discussion, un manifeste de 14 points.

Le rassemblement eut donc lieu le 12 novembre 1982. Plusieurs milliers de personnes firent la prière du vendredi, non seulement au sein de l’université d’Alger (le recteur étant entre temps revenu sur sa décision), mais aussi à l’extérieur. Cheikh Mohamed Saïd fit le prêche. Le manifeste des 14 points fut lu par le regretté Salim Kelalcha et distribué par la suite aux quatre coins du pays. Il faut dire que ce manifeste était incohérent, trop faible et n’avait pas grande envergure, à cause de divers facteurs et résistances rencontrées lors de sa correction. Mais c’était le plus grand rassemblement pacifique de l’Algérie indépendante, puisque plusieurs dizaines de milliers de personnes y participèrent pacifiquement, sous haute surveillance de la police. Le pouvoir interpréta cet évènement comme une démonstration de force. Effectivement il fallait compter dorénavant avec les aspirations islamiques.

Le pouvoir décida alors de frapper très fort. Après presque dix jours d’observation et de surveillance et d’autres provocations, il fit arrêter les Cheikhs Sahnoun, Soltani, Abassi, Mohamed Saïd, le comité de la mosquée universitaire, ainsi que diverses personnes qui n’avaient aucun lien avec le dit manifeste ou le rassemblement (en tout 21 personnes). Après une dizaine de jours passés dans les locaux de la Sécurité militaire de Bouzaréah (là où les Français avaient assassiné Larbi Ben Mhidi) pour certains, puis au Commissariat central d’Alger, ils furent traduits devant la Cour de Sûreté de Médéa.

Plusieurs frères furent torturés lors de ces arrestations, notamment Abdelhamid S., Mohamed T. A., Mostafa B., Brahim D., certains dans les locaux de la Sécurité militaire à Bouzaréah, et les autres au sein même du Commissariat central d’Alger. Le Dr. Mohamed T. A., à cause de coups portés sur sa tête, aura un hématome dans le crâne qui, tout au long des jours qui passèrent, enflera jusqu’à comprimer des parties essentielles de son cerveau. Les conséquences seront très graves. Il sera opéré chirurgicalement sous une fausse identité à l’hôpital Maillot (Alger) dans lequel une cellule prison fut aménagée dans laquelle il passa plusieurs mois.

Pendant les longues heures que dura le passage devant le procureur de la dite cour, nous avons pu voir les hautes vertus et qualités des cheikhs Sahnoun et Soltani, leur patience, leur assurance et leur certitude. Ils furent mis en résidence surveillée, et les autres furent incarcérés dans la prison de Berrouaghia.

Après 18 mois (en mai 1984) d’emprisonnement, tous furent libérés et graciés par le président Chadli. Cheikh Soltani entre-temps mourut durant son emprisonnement. Une foule immense se rassembla lors de son enterrement et suivit sa dépouille.
Cheikh Sahnoun, en retrouvant sa liberté, reprend son intense activité, dont l’un des pôles sera d’essayer d’unifier les rangs des différents mouvements islamiques, divisés en raison de leurs fortes compétitions et des volontés d’hégémonie totale de la part des représentants des Frères Musulmans en Algérie (Nahnah).

De manière succincte, la préoccupation islamique en Algérie était le fait d’individus et de groupes clandestins. Parmi ces personnalités, on relève bien sûr Cheikh Sahnoun et ses pairs de l’Association des Oulémas, Cheikh Soltani, Cheikh Abassi Madani, Ali Benhadj et d’autres.

Mais il y avait aussi d’autres organisations clandestines (nécessité oblige) constituées dans le but de porter cette préoccupation de la nahda, qui s’inscrivaient dans la lignée historique des tentatives de restauration de la société et civilisation islamique. La première de ces organisations, le mouvement du Renouveau civilisationnel (El Binâ’i el hadârî) est celle mentionnée plus haut. Deux autres mouvements ont par la suite vu le jour, tous deux se réclamant des Frères musulmans, la première étant la tendance internationaliste représentée par Mahfoud Nahnah, et la seconde représentée par Djaballah Abdallah. Une compétition sourde s’installa entre ces trois mouvements dans les années 80, au sein d’abord des mosquées universitaires, puis dans les autres mosquées. En même temps s’implantait petit à petit le mouvement salafiste avec ses diverses composantes et obédiences et entra lui aussi dans cette lutte d’influence.

5. OCTOBRE 1988

Les évènements d’octobre 1988 (5 octobre et jours suivants) vont voir les jeunes sortir dans la rue pour crier leurs ras-le-bol du système en place. Les commissariats de police, les permanences du parti unique le FLN, les symboles de l’État (en particulier les supermarchés) sont attaqués et beaucoup seront détruits. L’armée algérienne, sous le commandement de Khaled Nezzar, tire dans le tas, sur une jeunesse innocente et désarmée. Plus de 500 personnes trouveront la mort.

Le 5 octobre, Cheikh Mohamed Saïd rejoint Cheikh Sahnoun pour discuter de la conduite à tenir. Une cellule de crise se constitue de fait. Et le 6 octobre 1988, la cellule publie un communiqué signé par Cheikh Sahnoun. Ce communiqué s’élève contre la répression à outrance menée par le pouvoir en place, en insistant sur le fait que les causes du soulèvement ne sont pas fortuites ou une réaction localisée et temporaire, mais qu’elles relèvent du déficit de libertés, de la gabegie du pouvoir et de la corruption. Il ajoute que la solution ne réside point en une répression des jeunes, mais plutôt dans la prise en considération de leurs revendications de manière sérieuse, dont notamment un retour conséquent à l’Islam, une juste redistribution des richesses, des garanties sociales aux plus démunis, la sécurité et les libertés d’expression et de pensée, en cessant de considérer le peuple algérien comme mineur.

Le 9 octobre 1988, Ali Benhadj lance un appel à une grande manifestation pacifique pour le 10 octobre, qui doit partir de la mosquée sise au quartier de Sidi M’hammed (Alger). Les raisons de cet appel nous sont inconnues. Rapidement une consultation se tient dans la demeure de cheikh Sahnoun avec Mohamed Saïd et ses compagnons, ainsi que Bouslimani, le second de Nahnah (ce dernier était parti précipitamment à l’étranger).

L’avis qui se dégagea alors était de ne pas pousser les gens à la manifestation car l’armée avait quadrillé la capitale, les morts s’entassaient dans les hôpitaux et la torture était pratiquée systématiquement dans les commissariats et la gendarmerie. Le drame était que pour la première fois depuis l’indépendance, l’armée algérienne avait retourné ses armes aussi massivement contre la population civile désarmée. C’est ce qui explique cette prise de position de la part de Cheikh Sahnoun et de la cellule qui était avec lui. Ali Benhadj ne fut point consulté sur la décision d’annuler la marche à laquelle il avait appelé. Il faut dire aussi qu’il n’existait pas de cadre de consultation.

Cheikh Sahnoun se rend donc en compagnie de Mohamed Saïd , Bouslimani et Cheikh Cherrati à la mosquée Sidi M’hammed (Belcourt, Alger) dans le but de lire un bref communiqué résumant la décision prise de ne pas manifester. Après la lecture de ce communiqué, il demande aux manifestants de se disperser pacifiquement ,ce que fait la majorité des personnes présentes. C’est alors qu’un groupe important d’entre eux, en revenant à Bab El Oued, est intercepté par les policiers au niveau du Lycée Émir Abdelkader, face à la Direction générale de la sécurité algérienne (DGSN) qui tirent dans la foule désarmée. Trente-trois personnes trouvent la mort sous les balles assassines des policiers et des parachutistes de l’armée.

Des personnes présentes lors de ce carnage ont rapidement informé Cheikh Sahnoun du drame qui venait de se produire. Ce dernier, choqué par cette nouvelle, écrit, avec son fidèle Mohamed Saïd, une lettre de réprobation au président Chadli lui faisant endosser la responsabilité de cette tuerie, et demande l’ouverture d’une enquête sur ces morts ainsi que sur tous les évènements. Il envoie sa requête par l’intermédiaire de Mohamed Saïd et Mostafa B. à la présidence, où ces derniers rencontrent Larbi Belkheir (chef de cabinet de la présidence) ainsi que Abdelhamid Mehri. C’est la remise de cette lettre qui fera dire à de nombreuses personnes qu’il y a eu une rencontre entre Chadli et le trio formé par Cheikh Sahnoun, Ali Benhadj et Nahnah Mahfoud. Ce qui est absolument faux, Ali Benhadj était très malade ce jour-là et alité, quant à Nahnah, il était à l’étranger comme nous l’avions précisé plus haut.

Quelques jours après, et sur la foi de témoignages décrivant l’utilisation systématique de la torture de la part des services de sécurité, Cheikh Sahnoun et la cellule publient un communiqué dans lequel ils condamnent l’usage de la torture par les forces de sécurité contre les jeunes arrêtés lors de ces manifestants  du 28 octobre 1988).
La cellule de crise constituée ces jours-là, va continuer son suivi des évènements. Effectivement l’actualité en Algérie était chaque jour, porteuse de nouvelles, et l’on assistait à un changement important.


6. LA CRÉATION DU FIS

Les évènements d’octobre 1988 aboutirent à la récréation démocratique que l’on sait. Une nouvelle constitution verra le jour en mars 1989 qui reconnaîtra pudiquement le multipartisme (les partis étant considérés comme des associations à caractère politique !), les contraintes exercées sur la création d’associations seront levées, les publications périodiques libres autorisées. Un vent de liberté souffle, et l’on voit l’éclosion d’une multitude d’associations, de partis et de journaux.

Des bruits de plus en plus insistants circulent sur la création d’un parti islamique. La demeure de Cheikh Sahnoun est le lieu de convergence des informations allant dans ce sens. À ma connaissance, aucun des fondateurs du Front Islamique du Salut ne tint à le consulter, ou à l’informer officiellement. Néanmoins nous parvinrent des informations insistantes sur certains préparatifs, dont nous fîmes part à Cheikh Sahnoun. Les noms de Abassi Madani, Ali Benhadj, circulaient. D’autres noms étaient cités comme éléments fondateurs de ce parti, éléments à propos desquels, nous, au sein du mouvement du Renouveau (bina’i hadârî), avions de très grandes réserves. La suite des évènements (lors de la grève du FIS de mai 1991et par la suite) nous donnera raison pleinement. Pourquoi Cheikh Sahnoun ainsi que notre mouvement (bina’i hadârî) n’avaient été ni consultés ni associés ? La question reste posée encore aujourd’hui.

Lorsque l’information de la réunion à la mosquée Sunna devant aboutir à la création du Front Islamique du Salut arriva chez Cheikh Sahnoun, sont réunis avec lui Mohamed Saïd, Hadj Hami et d’autres compagnons. Cheikh Sahnoun dépêche alors Mohamed Saïd au lieu de la réunion afin de demander aux promoteurs de l’idée d’attendre quelque peu afin que ce parti puisse être le fruit d’un travail plus consensuel et l’aboutissement d’efforts plus assidus et d’une choura plus large et plus profonde. Un tel parti ne saurait exclure un certain nombre de personnalités. La création d’un parti islamique, mais à une autre échéance et d’une autre envergure, était dans les projets de nombreuses personnes et notamment d’un noyau au sein du mouvement du Renouveau civilisationnel.

Mohamed Saïd se rend alors à la mosquée Sunna de Bab El Oued où il demande à prendre la parole en son nom et au nom de Cheikh Sahnoun. Il demande aux présents de patienter encore quelques jours afin d’étendre la consultation (choura) et de rassembler le plus d’énergies. Ceci lui fut refusé bien sèchement et publiquement de la part de Hachemi Sahnouni et d’autres présents. Il fut malheureusement presque hué, par ceux-là mêmes qui retourneront leurs vestes et travailleront main dans la main avec la Sécurité militaire algérienne pour casser le FIS, quelques dix huit mois plus tard (mai 1991), au moment de la grève du FIS.

7. LA CRÉATION DE LA LIGUE DE LA PRÉDICATION ISLAMIQUE (RABITA DA’WA ISLAMYA)

Le FIS créé, il fallait s’adapter à la nouvelle donne. D’autant plus que beaucoup d’associations musulmanes voient progressivement le jour. La nécessité d’élaborer un cadre unificateur pour ces mouvements islamiques ainsi que le nouveau parti devint encore plus impérieuse. C’est la raison pour laquelle la cellule de crise, constituée depuis octobre 1988 chez Cheikh Sahnoun, et qui comprenait ce dernier ainsi que Cheikh Mohamed Saïd et certains de ses proches collaborateurs, proposent un cadre formel où doivent se rencontrer les mouvements islamiques, le Front Islamique du Salut et des personnalités indépendantes connues pour leur influence sur le terrain, leur probité et leur préoccupation islamique. C’est ainsi que naquit ce cadre sous le nom de Ligue de la prédication islamique (Râbita da’wa islâmya).

Avec l’accord de cheikh Sahnoun, des contacts furent établis avec diverses personnalités. Toutes acceptèrent l’invitation. Le jour inaugural, il y avait, en plus de Cheikh Sahnoun et du frère Abdelkader B. qui l’aidait comme secrétaire :
· Cheikh Mohamed Saïd, Mostafa Brahami, Lahbib H., représentants du mouvement Renouveau civilisationnel (binâ’i hadârî),
· Nahnah et son second, Bouslimani, alors président et vice-président de l’association caritative et culturelle El Islah wal irchad créée par leurs soins,
· Abdallah Djaballah et son adjoint, président de l’association caritative et culturelle Nahda,
· la direction du FIS en les personnes de Cheikh Abassi Madani et Cheikh Ali Benhadj,
· Cheikh Tahar Aït Aldjât, membre de l’Association des Oulémas et ancien qadi de la willaya 3 (Kabylie, durant la guerre de libération sous la direction du colonel Amirouche)
· ainsi que d’autres personnes invitées à titre individuel.

De manière globale, la majorité des présents avaient vu d’un bon œil ce cadre unificateur, à l’exception notable de Nahnah qui était très méfiant. Il n’avait pas vu d’un bon œil la création du FIS, et ne concevait l’activité islamique qu’à travers des associations culturelles et caritatives. Il le dit d’ailleurs plusieurs fois publiquement, en insistant sur le fait que les conditions pour une activité politique partisane islamique n’étaient pas réunies.
Sa participation dans la Râbita fut surtout physique. Il refusa d’émettre le moindre avis, la moindre parole des mois durant, jusqu’à ce que Cheikh Sahnoun lui en fasse la remarque, ce qui ne changea rien d’ailleurs. Il faut souligner que Mahfoud Nahnah, comme ses amis des Frères Musulmans internationalistes en Algérie et dans certains pays, étaient prisonnier du schéma monopolistique de l’action islamique sous la seule bannière des Frères Musulmans, et que toute activité, tout mouvement ne pouvaient que se fondre dans ce qu’ils appelaient « la jama`a oumm » (le groupe–mère). Il nous avait proposé cela, ainsi qu’à Djaballah, à Constantine en 1986 lors des tentatives d’élaboration d’une plate-forme commune d’actions, et nous avions refusé cela catégoriquement, comme l’avait d’ailleurs fait aussi Djaballah. Nahnah visait le leadership du mouvement islamique en Algérie. Et c’est ainsi que le présentaient, et le présente encore aujourd’hui, les publications des Frères musulmans internationalistes, en Égypte, Koweït et en Europe.

Il faut franchement reconnaître franchement que l’idée première de la Râbita, la logistique déployée, les moyens mis en œuvre, les contacts établis étaient l’œuvre de Mohamed Saïd et du mouvement qu’il dirigeait à ce moment, et ce en accord avec Cheikh Sahnoun.

Mais il n’était nullement dans l’intention de ce mouvement de diriger ce cadre. En effet, si l’objectif final de la Râbita était clairement défini, à savoir unifier les rangs islamiques lors des grands évènements(votations, élections, pressions sur le pouvoir, les grands dossiers politique, économique et sociaux) et éviter d’aller en rangs dispersés, les buts intermédiaires, le processus de prise de décision, les moyens à engager, les décisions d’ouvrir encore plus ce cadre, tout cela devait être discuté et avalisé de manière consensuelle ou, du moins, majoritaire. Après ces premières rencontres de préparation des textes fondateurs et institutionnels, on devait préparer une assemblée générale. Liberté était aussi laissée à chaque organisation d’activer comme elle l’entendait. Il ne s’agissait pour la Râbita ni de chapeauter l’ensemble des activités, ni de se substituer à l’une des organisations, mais de promouvoir des canaux de consultation entre ces dernières, d’éviter des heurts qui étaient prévisibles (et qui avaient déjà eu lieu) et donc de remplir aussi un rôle d’arbitrage, en plus des missions mentionnées plus haut. Je me dois de souligner l’engouement de cheikh Ali Benhadj pour la Râbita.

La création de la ligue fut un grand moment et permit de grands espoirs, car elle représentait l’un des objectifs ultimes de la nation : l’unité des rangs islamiques. Cette unité, qui était l’un des leitmotivs des mouvements islamiques, semblait à portée de main, ou presque.

Cette unité va être vécue pleinement lors du grand rassemblement féminin islamique du 21 décembre 1989. En effet, depuis plusieurs semaines, des mouvements féministes laïques, tentaient vainement de mobiliser l’opinion publique contre toute référence islamique dans le code de la famille. Avec beaucoup d’efforts et de complicités, elles rassemblèrent quelques centaines de participantes et participants lors de manifestations près de l’assemblée nationale. La Râbita, sous la direction de Cheikh Sahnoun, lança alors un appel aux femmes, le premier du genre dans le monde musulman, appel à manifester leur attachement à l’Islam et à un code de la famille d’inspiration musulmane, et montrer que toute l’agitation laïco-communiste était insignifiante. Plus de cinq cents milles femmes défilèrent, et un podium devant le parlement algérien réunit notamment les représentants du FIS (Abassi Madani), du Renouveau civilisationnel (Mohamed Saïd), El Islah wal irchad (Bouslimani), Nahda (Djaballah) et d’autres individualités . Après le discours de Cheikh Sahnoun et la lecture du communiqué de la Râbita, la place fut laissée à un groupe de sœurs qui prirent la parole en arabe, français et berbère.

Une pétition fut ensuite remise au vice-président de l’assemblée nationale de l’époque.
Cette manifestation fut un moment très fort de la Râbita. Mais cette dernière va bientôt se trouver devant des intérêts trop contradictoires, et des volontés trop personnalisées pour déboucher sur des positions unitaires. En effet, El Islah wal irchad, association créée par Nahnah et son mouvement, et Nahda, association créée par Djaballah avaient d’abord affiché leurs préférences de rester dans le champ associatif, et n’avaient pas donné long feu au FIS. Les deux dirigeants estimaient qu’il n’était pas encore temps pour l’action politique, et se moquaient ouvertement du FIS. Ce qui ne les empêcha pas pourtant, en sous-main, de présenter des candidats lors des élections locales et régionales, sous forme de listes indépendantes en juin 1990. Mais une fois la victoire du FIS déclarée lors de ces élections, les appétits politiques surgirent, aiguisés par le régime militaire prêt à tout pour casser la suprématie du FIS sur le plan politique. Ces deux associations déclarèrent alors ouvertement leur volonté de créer leurs propres partis, encouragés discrètement par le pouvoir en place.
D’autres individualités, dérangées par le succès éclatant du FIS, jouèrent un rôle négatif dans la Râbita. Entre temps, le mouvement du Renouveau civilisationnel s’était aligné politiquement sur le FIS considérant que ce moment politique devait voir l’unification des rangs face à l’opposition constituée par le régime en place et la coalition laïco-communiste, en précisant toutefois un certain nombre de conditions. Parmi ces conditions figurait le fait que le FIS ne pouvait se considérer comme « jama`atoul mouslimin », c’est-à-dire le représentant de toute la communauté musulmane, qu’il devait s’ouvrir aux autres mouvements et personnalités qui le désiraient, ainsi que l’institution de la choura obligatoire …

Tout cela fit que le congrès qui devait se réunir pour désigner ses institutions n’eut jamais lieu. La Râbita se trouva bloquée. Ce qui explique que quatre de ses membres (Cheikh Sahnoun, Cheikh Tahar Aït Aldjat, Mohamed Saïd, Ykhlef Cherrati, publièrent un communiqué le 15 septembre 1990  dans lequel ils appellent à l’unité en relevant les difficultés rencontrées par la Râbita aux fins de tenir son congrès. Malgré quelques petits pas, quelques réalisations, la Râbita ne pût finalement réaliser ses objectifs ultimes.

8. LA GRÈVE DU FIS DE MAI 1991

Finalement, ce que voulait éviter la Râbita, à savoir aller aux élections parlementaires en rangs dispersés, se réalisa : les partis de Nahnah (Hamas) et Djaballah (Nahda) présentèrent des candidats aux élections parlementaires qui devaient avoir lieu en juin 1991. Je me dois de dire que la direction du FIS n’avait montré aucune souplesse dans ses positions au sein de la Râbita pour réaliser cette union des forces.

Mais les élections parlementaires prévues pour juin 1991 n’auront pas lieu car le FIS décida de les empêcher en lançant un appel à une grève générale illimitée à partir du le 25 mai 1991. En effet, le gouvernement avait procédé à un nouveau découpage des circonscriptions électorales sur la base des résultats des élections de juin 1990 faisant la part belle au parti du FLN, et s’était préparé pour l’organisation d’une fraude massive, en excluant la présence des partis politiques algériens durant le déroulement et pour le contrôle des élections. Ce qui avait conduit d’autres partis (le groupe des huit 8) à avancer la menace d’une grève. Mais ces derniers ne purent mettre leur menace à exécution faute de troupes. C’est le FIS qui reprit cette idée de grève avec l’objectif d’imposer un nouveau découpage électoral, un temps équitable dans l’utilisation de la radio et de la télévision, la présence et le contrôle effectif du déroulement des élections de la part des partis.

Le FIS n’a associé ni la Râbita, ni ses partenaires au sein du mouvement du Renouveau civilisationnel aux discussions sur les objectifs, les moyens et les modalités de la grève générale. Tous se trouvèrent devant le fait accompli. Néanmoins les militants politiques du Renouveau civilisationnel prirent part de façon très active à cette grève.

La grève commença dans une atmosphère bon enfant. Si des secteurs économique et sociaux très importants furent touchés par la grève, elle ne fut pas totale cependant. Néanmoins elle tint sa promesse d’une grève pacifique qui n’a vu sur tout le territoire national aucun débordement de la part des grévistes. Mais elle révéla la division au sein de la direction du FIS. En effet, ce parti vivait une grave crise interne, un certain nombre d’éléments fondateurs (Kerrar, Mérani, Sahnouni, Fqih …) voulaient faire sauter Abassi Madani de la direction du parti, afin d’atteler le parti à la sécurité militaire (le DRS, Département du renseignement et de sécurité qui a succédé à la Sécurité militaire).

Lorsque la grève dérape suite à l’agression de la gendarmerie (la nuit du mardi 28 au mercredi 29 mai 1991) contre les manifestants en voulant les déloger des places publiques d’Alger, Nahnah et Djaballah, en particulier, ainsi que certaines autres personnes au sein de la Râbita, voulurent utiliser cette dernière pour discréditer et stigmatiser le FIS et son « extrémisme » et prendre langue avec le pouvoir. Ils mirent une très grande pression sur Cheikh Sahnoun pour constituer une délégation aux fins d’aller à la présidence pour « montrer patte blanche » et se laver les mains des agissements du FIS. Ils voulurent utiliser la Râbita pour ce faire. Le pouvoir avait tout intérêt à isoler le FIS et négocier avec ceux qui voulaient s’afficher « modérés ».

Il faut dire que le FIS n’avait rien fait pour expliquer ses positions, sa stratégie, recueillir les avis des autres, encore moins les consulter. Une position que beaucoup comprirent comme du mépris. Cheikh Sahnoun, de guerre lasse, autorisa alors la formation d’une délégation qui se rendit chez Chadli aux fins de désamorcer la crise et lui porter un certain nombre de doléances (ne pas utiliser la violence, amorcer un dialogue avec le FIS et les autres parties, recherche d’une solution politique). Cette délégation comprenait Bouslimani (le second de Nahnah), Djaballah, et une ou deux personnes dont notamment M.S.. Le plus étrange est que Nahnah se trouvait déjà à la Présidence et nous passait des coups de téléphone impatient de ne pas voir la délégation J’étais personnellement présent à la rencontre à la Rabita avec le frère A.G., pour représenter notre mouvement qui s’opposait fermement à la création de la délégation, lorsque nous reçûmes les coups de téléphone de Nahnah. À ma grande surprise, Bouslimani nous informa que Nahnah les avait déjà précédés auprès de la présidence où il s’impatientait de les recevoir.

Personne de la délégation ne fit part à Chadli des doléances convenues. Mais selon le témoignage du Dr. MS, présent dans la délégation, Nahnah, Bouslimani et Djaballah profitèrent de leur présence pour discréditer et stigmatiser le FIS, et faire étalage de leur « modération », tolérance » et leur conformité avec la loi. À leur sortie de la présidence, les membres de la délégation, sous les efforts conjugués de Nahnah et Djaballah, pressèrent les autres membres de ne point dévoiler à Cheikh Sahnoun et aux autres membres de la Râbita le contenu de leur entrevue avec Chadli, et le fait qu’ils n’ont point porté les doléances convenues; tout cela au nom de « l’unité » disaient-ils.

C’est effectivement ce qui se passa, lorsqu’ils revinrent auprès de la Râbita pour exposer ce qui aurait été dit à la présidence ! Deux ou trois jours après, MS vint voir Cheikh Sahnoun et Mohamed Saïd et leur raconta la réalité des choses et des propos. Cheikh Sahnoun n’en crut pas ses oreilles. Avoir tout ce toupet et affronter les gens avec ce mensonge ! Il reçut, de ce fait, un coup terrible qui le rendit malade des jours entiers, et qui diminua encore plus sa confiance en les gens.

Ce coup signifia aussi la fin de la Râbita, ses espoirs, ses engagements, son projet audacieux.. Mais les positions partisanes et les allégeances étaient plus fortes que les principes déclamés et affichés. Les appétits personnels avaient aussi fait écran à cette unité.
Cheikh Sahnoun tentera encore une fois de dénouer la crise née de la grève du FIS et des agressions meurtrières des forces de sécurité contre les grévistes. Les évènements s’accéléraient et la crise s’exacerbait sans que nous en connaissions alors les finalités tragiques et dramatiques programmées par les généraux putschistes. Ayant appris l’arrestation de Abassi Madani et Ali Benhadj (30 juin 1991), nous suggérâmes à Cheikh Sahnoun de rencontrer, en sa demeure, le premier ministre d’alors, Sid Ahmed Ghozali) aux fins d’arrêter la spirale de la violence qui se dessinait. Il faut dire que Sid Ahmed Ghozali avait bien caché sa véritable personnalité qui n’apparaîtra réellement que des années plus tard.

Grâce à des connaissances personnelles, l’initiative fut communiquée à Ghozali qui accepta de se déplacer chez Cheikh Sahnoun. Il vint effectivement en compagnie de Ali Haroun, Belkaid et deux ou trois personnes, dans la semaine qui suivit l’arrestation des chefs du FIS. Ils firent assaut d’amabilité, mais ne s’engagèrent sur rien, à part la promesse de Belkaid de ne pas s’opposer à un congrès du FIS. Cheikh Sahnoun insista sur une sortie pacifique du conflit, et demanda avec force la libération des deux chouyoukhs, en précisant que le pas franchi était très dangereux pour le pays. Jamais, et j’en suis personnellement témoin, Cheikh Sahnoun n’a stigmatisé le FIS, mais au contraire à ses yeux, l’entière responsabilité des évènements incombait au pouvoir en place.

C’était le début de l’escalade voulue par le régime militaire en place, et nous ne voyions rien venir en ce temps. Le pouvoir avait osé, et avait franchi cette première limite, celle d’arrêter les deux chefs du plus grand parti politique algérien, car le FIS avait refusé de se laisser domestiquer, comme nombre d’autres partis. Le régime algérien en franchira allégrement et tragiquement celles qui suivront « sans aucun état d’âme » (Boudiaf dixit).
Des réunions informelles eurent lieu par la suite dans la demeure de Cheikh Sahnoun auxquelles participèrent diverses personnalités (notamment le regretté Benkhedda, A. Brahimi et d’autres) dans le but d’aider à la résolution du conflit qui, chaque jour, prenait de l’ampleur.

Mais les évènements se succédèrent très rapidement. La violence du pouvoir ne faisait que s’amplifier, les morts s’entassaient par dizaines chaque vendredi durant les mois suivants l’arrestation de Ali Benhadj et Abassi Madani, suite à la volonté de confiner les Algériens dans leurs quartiers pendant les prières, et celle du vendredi en particulier. Le fidèle disciple de Cheikh Sahnoun, Mohamed Saïd, en lequel il avait déposé son entière confiance, était en prison depuis le 7 juillet 1991. Cheikh Sahnoun n’avait que très peu d’espoir.

Cheikh Sahnoun resta en contact permanent avec nous, alors qu’une entreprise de reconstruction du FIS s’élaborait, après la réunion clandestine qui avait donné le jour à un bureau provisoire clandestin, la fin de la première semaine de juillet 1991.

Pourtant une lueur surgit lorsque le peuple algérien donna sa confiance au projet sociétal islamique sous la houlette du FIS en décembre 1991. Cela confirma le travail long, patient, méthodique, d’abord de Cheikh Abdelhamid Ben Badis et l’association des Oulémas, puis de ceux qui avaient repris le flambeau après l’indépendance, à leur tête Cheikhs Sahnoun et Soltani. Car le FIS n’est pas sorti du néant, il a continué une œuvre commencée bien auparavant, et par des milliers de personnes. Le FIS parvint à cristalliser un certain nombre de revendications, et parvint à mobiliser un très grand électorat grâce à la confiance déposée en certains responsables intègres au sein du FIS, ainsi que beaucoup de personnalités, non liées organiquement au FIS, qui avaient pourtant cautionné son projet, sachant faire la différence entre partis islamiques. Je n’en veux pour exemple que le mouvement du Renouveau Civilisationnel.

Cette victoire électorale redonna de la confiance au vieux patriarche algérien, le référent de plusieurs générations de musulmans. Mais plus pour longtemps. Ce qu’il avait craint par-dessus tout, la dépossession du peuple algérien de sa victoire et tous les dérapages qui s’ensuivraient, tout cela arriva. Quand les généraux algériens prirent directement le pouvoir en janvier 1992, sans passer par l’écran civil, il sut alors que le pays allait s’engouffrer dans un tunnel sombre pour plusieurs années. Il sera alors dépossédé de son ambitieux projet, la mosquée Dar El Arkam, qui sera « nationalisée » et dans laquelle officiera un imam du pouvoir.

9. LA FIN

Vieux, peu de gens de niveau et de confiance à consulter, ses plus proches compagnons morts, en prison ou en exil, il verra le pays aller à la dérive, une dérive de violence extraordinaire. Il s’isolera alors petit à petit des évènements, même s’il va continuer à diriger la prière dans sa mosquée Oussama (Birmandreis), et recevoir des fidèles. Un attentat contre sa personne, ordonné par le DRS va ébranler sa santé de plus en plus défaillante.
Son enterrement, suivi par plus de dix milles personnes, sera à la mesure de son aura et de l’influence prépondérante dont il aura imprégnée l’Algérie et son histoire récente. De sa génération, il ne reste que Cheikh Tahar Aït Aldjat qui lut le discours d’adieu.

Cheikh Sahnoun était une personnalité pacifique. Même s’il s’était engagé personnellement contre la présence coloniale française, dont il fit les frais en faisant deux années de prison. Cependant cet aspect pacifique ne signifiait pas pour lui la peur de la répression ou de la mort. La souffrance, la mort, il ne voulait en prendre la responsabilité que pour sa propre personne, pas pour celle des autres. C’est pour cela qu’il affronta directement Ben Bella et sa machine répressive du haut du minbar de la Grande Mosquée d’Alger et de celle de Ketchaoua. C’est ce qui explique aussi sa constance dans l’opposition face à l’illégitimité des gouvernants algériens qui se suivront. Il avait repris, ce faisant, la mission dévolue aux savants musulmans, depuis l’avènement de l’Islam. En effet, de tout temps, au sein de la société musulmane, les savants constituaient le contre-pouvoir nécessaire à la survie des nations, ils étaient la voix de la naçiha, de la critique, de la contestation. Cheikh Sahnoun citait toujours ces savants comme référents, les imâms Abû Hanîfa, Mâlik, Ahmed Ibn Hanbal, Ibn Taymiya…

Il suffit à Cheikh Sahnoun d’avoir été le continuateur de son maître Cheikh Ben Badis qui avait défié la puissance coloniale occupante en 1939, lorsqu’elle lui intima l’ordre de signer un chèque à blanc dans sa guerre contre l’Allemagne, lorsqu’il dit : « je ne signerai aucune déclaration de soutien à la France, même s’ils me coupaient la gorge ». Il lui suffit d’avoir été le disciple du grand Cheikh Bachir Ibrahimi que la France avait tenté de soudoyer (en 1940) face à l’intransigeance de Cheikh Ben Badis et qui lui avait valu l’exil. Il lui suffit d’avoir perpétué ces messages de résistance contre le colonialisme, ces prises de position courageuses contre la mégalomanie des présidents algériens successifs, quand bien d’autres avaient balayé d’un revers de la main les principes et leur dignité, et avaient été opportunistes jusqu’au bout des ongles.

Jamais Cheikh Sahnoun n’avait eu la moindre idée d’opportunisme. Cela contredirait son indépendance de mouvement et sa liberté de parole. Et il était jaloux de cette indépendance et de cette liberté.
Si jamais je ne l’avais entendu élever la voix face aux autres, cela ne l’empêchait pourtant pas de discuter de tout, d’avoir des positions et des avis bien à lui, et de rester sur des positions qu’il pensait être les meilleurs.
Je ne l’ai jamais vu fermer sa porte et refuser de recevoir quelqu’un, même s’il connaissait la duplicité du visiteur et son opportunisme.
Mais ceux qu’il aimait –ils n’étaient pas très nombreux- il leur faisait partager son intimité, ses émotions et ses sentiments, son goût jamais rassasié de la lecture, l’amour de la poésie qui l’habitait depuis son jeune âge et qui dépeignait sa sensibilité extrême. Il partageait avec eux et avec délectation les meilleurs moments de sa vie, et ses meilleurs souvenirs. Une grande tendresse se dégageait de lui.
Malgré le non accomplissement de certaines de ses œuvres telles la Râbita, ou la mosquée d’El Arkam, Cheikh Sahnoun aura rempli pleinement son contrat avec le peuple algérien, l’Islam et la langue arabe.
Qu’Allah l’agréé auprès de Lui, et lui fasse partager le voisinage des prophètes, messagers, des sincères, des martyrs et des pieux. Amin.


 

Publié dans FIS(11) | Pas de Commentaires »

 

The Soul of a Slayer |
AHL EL KSAR |
toutelactualite |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Halliburton Manufacturing &...
| Le Tallud 79200
| momema