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Lounis Aït Menguellet. Poète, chanteur, compositeur***El Watan 19 juillet 2010

Posté par algeriedemocratie le 20 juillet 2010

Lounis Aït Menguellet. Poète, chanteur, compositeur« Mon histoire avec Matoub Lounès n’était pas aussi dramatique… »

El Watan 19 juillet 2010

Lounis Aït Menguellet ou l’accueil des plus chaleureux : « L’interview, nous la ferons chez moi, à Ighil Bwammas, je vous y invite pour lundi. Cela vous va-t-il ? », nous dit-il tout de go. Ighil Bwammas via Larbaâ Nath Irathen, Aïn El Hammam puis Yatafen. Un trajet, fort agréable, qui fait le rappel des descriptions pointues d’un Feraoun dans Jours de Kabylie, ou de Fadhma n’Ath Mansour dans Histoire de ma vie. Des villages attachés les uns aux autres sur les cimes à redents, tels que chantés si bien par le poète Lounis : « Tamourtiw dizurar ghaf idurar. » Avant d’arriver chez lui, une poignée de jeunes villageois regroupés devant une épicerie semblent nous attendre. « Voyez-vous, nous avertit-il, mes deux couleurs préférées : le noir et le blanc. » Cette dualité qu’on retrouve dans le yin et yang, un joli tableau accroché au mur, deux faces opposées d’un monde à déchiffrer. Deux objets, cependant, captent tout particulièrement notre attention : des arcs, dont l’un est magnifiquement taillé dans un bois rare et sculpté avec un raffinement d’orfèvre. « Arc de chasse, précise-t-il. Peu de gens savent que je suis archer. » Comme dans Ulysse, il faut de la force, du savoir-faire et du doigté pour le tendre. Alors, Aït Menguellet se plaît-il à décocher des flèches empoisonnées ? Pas forcément !

-  Qui est Lounis Aït Menguellet dans la vie de tous les jours ?

Dans la vie de tous les jours, je suis un citoyen ordinaire qui s’occupe de sa famille, de ses soucis familiaux surtout, et Dieu sait qu’il y en a ! Chacun de nous a des problèmes et je ne fais pas exception. J’essaye d’organiser ma vie, c’est-à-dire je fais tout pour que ma vie familiale soit harmonieuse, et pour cela il faut des ingrédients. Disons que je suis quelqu’un qui essaye d’utiliser son temps à bon escient, entre la vie familiale, les enfants et les loisirs qui me permettent un équilibre physique et mental.

-  Quels rapports entretenez-vous avec les habitants de votre village, Ighil Bwammas ?

D’excellents rapports ! Il ne pourrait en être autrement, parce que je suis né à Ighil Bwammas, je connais tout les villageois et tous les villageois me connaissent. J’apprécie tout le monde et je peux dire que, globalement, tous m’apprécient et c’est aussi parce que je ne suis pas venu d’ailleurs pour m’intégrer à la vie du village, bien au contraire, tous les villageois me considèrent, à juste titre, comme un des leurs.

-  C’est ce qui explique votre attachement au village…

Absolument, il faut aussi savoir une chose, c’est qu’à Ighil Bwammas, j’en arrive à oublier que je suis un personnage public, un chanteur. On me le fait oublier tellement je ne suis considéré que comme un citoyen du village.

-  Pendant que d’autres artistes ont choisi d’émigrer, d’évoluer ailleurs, vous, vous avez préféré rester parmi les vôtres. Pourquoi ?

J’ai préféré rester ici parce qu’à mon sens, je dois tout au village. Je dois tout à ma naissance dans ce village, je dois tout à ma vie parmi les miens, chose qui ne m’a jamais empêché de m’enrichir de la culture universelle par mes nombreux voyages. Cela dit, mon port d’attache, mon véritable port d’attache reste mon village et c’est ce qui fait ma force.

-  Malgré le danger de mort qui vous guettait ? Je fais allusion aux années de terrorisme…

Il n’y a absolument aucun danger qui me ferait quitter les miens. La seule chose qui pourrait le faire, c’est la déception, c’est une déception qui émanerait du village ; c’est de découvrir par exemple que je me suis trompé dans mes considérations, dans mes jugements, et là, je crois que ce serait la déception de ma vie ; et donc, dans ce cas-là seulement, je partirai sans me retourner. Enfin, j’espère que ça n’arrivera pas, et je suis sûr que ça n’arrivera jamais. Maintenant, les dangers, je ne pense pas qu’il y en ait un qui me ferait quitter mon bercail, j’ai vécu ces moments les plus durs où tout le monde voulait quitter l’Algérie.

-  Que répondez-vous à ceux qui disent qu’Aït Menguellet doit sa survie à un compromis avec les groupes armés ?

Vous conviendrez que ce sujet a été rabâché et n’attendez pas de moi de m’étaler là-dessus. Ceci dit, si c’était le cas, le dernier des terroristes capturé aurait donné mon nom. Quant à ceux qui ont propagé ce genre d’accusations, je ne daigne même pas les mépriser, car Dieu sait, je n’aime pas mépriser les gens, et je leur laisse ce réconfort si c’en est un de vouloir excuser leur incapacité d’affronter la situation en accusant de trahison ceux qui ont eu le courage de l’affronter. La voilà ma réponse.

-  Des partis politiques ont toujours recherché vos opinions. Que leur répondez-vous, et quelle est votre position politique si vous en avez une ?

Franchement, je n’ai pas de position politique, je ne suis pas partisan et je ne l’ai jamais été, parce que j’estime que si on se mettait à étudier chaque programme de chaque parti, on y trouvera du bon comme du mauvais. Certainement, vous me diriez que c’est un peu trop facile de prendre tout ce qui est bon de chaque parti politique… N’appartenant à aucun d’entre eux, j’ai cette prétention… je me sens libre d’avoir mes opinions. Alors, d’un coup, je pourrais être d’accord avec tel parti, et d’un coup, je paraîtrai d’accord avec un autre. En fait, ce n’est ni un changement d’opinion ni de l’hypocrisie politique, allant du principe que je n’ai aucun parti pris.

-  Vous venez de signer récemment une pétition que les journaux ont reprise ; n’est-ce pas là une position politique ?

Non, ce n’est pas une position politique que de défendre ceux qui se sont sacrifiés pour que nous vivions libres aujourd’hui. Je les défendrai quel que soit le prix. Je ne considère nullement cela comme une attaque envers quiconque, je considère que c’est une opinion que je me dois d’exprimer et que j’exprimerai toujours. Je suis un nationaliste dans l’âme, parce que je suis un enfant de la guerre. J’ai vécu la révolution de notre pays dans une très mauvaise condition, c’est-à-dire une position où un enfant comprend tout, se souvient de tout, mais n’a aucun moyen de se défendre, d’agir ou de faire quoi que ce soit. D’ailleurs, on oublie souvent de parler des enfants de la révolution parce qu’au moment où un adulte pouvait prendre son parti, il pouvait soit prendre les armes et aller rejoindre le maquis, soit, ma foi, si telle était sa conviction, s’allier avec le colonialiste. Par contre, un enfant n’avait même pas ce choix, il subissait tout simplement. Et c’est dans cette situation que j’ai vécu la guerre, je l’ai subie, et je m’en souviens. Alors, quiconque s’attaquerait à des gens qui ont fait que nous soyons libres, je m’élèverai contre lui.

-  Que pensez-vous de l’autonomie de la Kabylie ?

Alors là ! Cela ne fait pas du tout partie de ma façon de voir. La Kabylie est une parcelle de l’Algérie, comme le dit si bien cette expression devenue un cliché : « Il n’y a pas de Kabylie sans l’Algérie, comme il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie ». Me concernant, je considère que nos chouhadas ne se sont pas sacrifiés pour qu’aujourd’hui on s’isole. Ils se sont sacrifiés pour l’Algérie entière, pour libérer tout le territoire. Tout le territoire algérien nous appartient.

-  Et le gouvernement provisoire du MAK ?

N’étant pas d’accord avec le principe, je ne vois pas comment je serais d’accord avec tout ce que cela peut générer.

-  On vous a beaucoup critiqué lors de la campagne présidentielle de 1999 où vous avez applaudi le discours de Bouteflika à la salle Saïd Tazrout de Tizi-Ouzou. Que répondez-vous aujourd’hui à tête reposée ?

Depuis 1962, il y a eu en Algérie des militants contre la dictature, contre l’interdiction de la parole, d’attitude… et ce qui est curieux, c’est qu’aujourd’hui on a abouti, soi-disant, car je n’y crois pas trop à cause de tout cela à un semblant de démocratie et qu’est-ce qu’on me demande, ou plus exactement, qu’est-ce qu’on exige de moi ? On exige de moi d’être sous contrôle, on m’interdit d’être libre, et personne n’a fait état de cela. Tout le monde journalistique m’a tiré dessus, sans faire cette remarque qu’on voulait empêcher un citoyen d’agir à sa guise, sans faire de mal à quiconque et sans entraîner qui que ce soit avec lui. J’aurais compris si j’avais organisé une campagne pour dire aux gens : « Venez, on va applaudir Bouteflika ». Là, j’aurais compris, là j’aurais assumé en tant que partisan ou partisan d’une idée, mais moi, j’avais tout simplement agi en tant que citoyen et on a voulu m’empêcher d’avoir une attitude que j’avais envie d’avoir. Je répète que je ne devais ni ne dois d’explication à personne au nom de cette même démocratie qu’ils disent défendre. Malheureusement, nos journalistes de l’époque n’avaient pas assez de maturité pour penser à ça, et ceci est grave et ça fait peur, hélas.

-  Vous avez refusé une tournée lors de la campagne présidentielle passée, qu’elle en était la raison ?

Une tournée à connotation culturelle, c’est honorer la culture et honorer mon pays, mais une tournée à connotation politique ne fait partie ni de mes ambitions ni de ma façon de voir les choses.

-  Parlez-nous de votre relation avec le regretté Matoub Lounès ?

Je crois que j’avais brossé l’essentiel du tableau dans l’interview que j’avais accordée à la chaîne de télévision Berbère TV, disons que j’avais dit l’essentiel. Matoub était un ami, au contraire de ceux qui se prétendent maintenant amis et qui ne l’ont en fait jamais été. Il est vrai qu’on avait des différends du moment qu’il avait sa personnalité et que j’avais la mienne. Qu’il y ait eu des divergences entre nous, cela n’est vraiment pas exceptionnel. Le fait qu’on soit fâchés aussi ne l’est pas. Peut-être que s’il était encore de ce monde, aujourd’hui nous serions redevenus de bons amis. Ce sont des choses qui arrivent, et c’est la vie. Seulement, les gens prennent les choses à leur façon et malheureusement de la mauvaise. Ils construisent donc des tas d’histoires qui n’ont pas lieu d’être.

-  Cette gêne, cette mésentente qui ressort en filigrane dès qu’on parle de vous deux est-elle justifiée ?

Justifiée, certainement, en ce sens où deux amis ont des différends et se sont fâchés par la suite. Il y a toujours une raison à cela et c’est toujours justifié. Matoub et moi étant tous deux des personnages publics, les gens ont interprété les choses à leur guise et nous ont mélangés à toutes les sauces. C’est parfaitement injuste, mais c’est dans l’ordre des choses, et on n’y peut rien. Sous d’autres cieux, cela aurait pu être un prétexte à l’enrichissement même de la culture. Il est dommage que chez nous on y voit que le côté négatif des choses. Si par contre on nous avait confronté Matoub et moi d’une autre manière, c’est-à-dire d’une manière plus saine, je crois que cela aurait donné quelque chose d’enrichissant. Mais les auteurs de ce genre de supputations ne sont pas sains eux mêmes dans leur tête et donc ils donnent des connotations malsaines. Sinon, mon histoire avec Matoub n’était pas aussi dramatique que le laissaient supposer les gens.

-  Peut-on dire qu’Aït Menguellet vit de son art ?

Oui, oui, chanter m’a fait vivre. Il est vrai qu’avec ce phénomène du piratage de haute volée, l’industrie du disque connaît une crise, mais à côté de cela, il y a les galas, les droits d’auteur, et comme je ne mène pas une vie sur un grand pied… Je mène en fait une vie simple qui ne me demande pas de grands moyens.

-  Donc, on peut dire qu’Aït Menguellet vit de son art…

Oui, j’ai cette chance-là, je crois que beaucoup d’artistes ne pourront pas en dire autant malheureusement, car j’estime que c’est une chance. Maintenant, est-ce qu’elle durera ? Je n’en sais rien. J’en vis décemment, je n’ai pas l’habitude de faire des folies, donc cela me permet de vivre dans une aisance relative.

-  Que pensez-vous du statut de l’artiste dans notre pays ?

Le statut de l’artiste, c’est très délicat d’en parler. Je crois que les pouvoirs publics renvoient dos à dos les propositions de l’artiste avec ce que le ministère concerné pourrait faire. C’est-à-dire que l’Etat conditionne ce statut à l’organisation préalable des artistes, en associations, en syndicats… ; les artistes, quant à eux, placent le statut avant toute organisation ! Convenez que c’est un cercle vicieux. Sincèrement et sérieusement, un statut on en a besoin, car jusqu’à présent l’artiste pratique son art en dilettante, il n’est ni assuré ni n’a de reconnaissance légale réelle. Là, on parle spécialement de la chanson. Spécialement, car la chanson a participée à tous les mouvements qui ont fait avancer les choses dans notre pays, depuis l’ère sombre de la colonisation jusqu’à nos jours. L’artiste a toujours eu une place prépondérante et un mérite dans l’évolution positive du pays, alors cela ne serait que justice que de le respecter en mettant sur pied un statut qui puisse le valoriser et le reconnaître en tant que tel.

-  Que pensez-vous de la situation actuelle de la chanson kabyle ?

A mon sens, la chanson kabyle est toujours allée en dents de scie, un coup ça va, un coup ça ne va pas, ça descend et ça remonte, mais globalement, on peut dire qu’elle se porte bien en ce sens qu’il y a un foisonnement de chanteurs et de genres. D’ailleurs, cela a toujours été ainsi, la décantation se fera. Il y aura ceux qui seront abandonnés en chemin et ceux qui vont perdurer ; donc, le tri se fera de lui-même, car ceux qui écoutent savent apprécier et finissent par élire. Me concernant, j’aime bien le fait qu’il y ait foisonnement, qu’il y ait justement de la matière pour que le choix se fasse. Et il me semble qu’il y a aujourd’hui une pléiade de jeunes promis à un bel avenir dans le monde de la chanson kabyle.

-  Par exemple ?

Si Moh, Zimou, Ali Amran, Djamel Kaloun… pour ne citer que ceux-là. Mais il y a tant d’autres, et à mon sens, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour l’avenir de la chanson kabyle. Je citerai aussi Djafer, et ce n’est pas parce que c’est mon fils, mais c’est parce qu’il est bourré de talent.

-  Qu’auriez-vous été si vous n’étiez pas chanteur ?

Si je n’étais pas chanteur, je crois que j’aurais fini par embrasser finalement ma première vocation, celle d’ébéniste. J’ai toujours adoré travailler le bois.

-  Quelle place occupe le sport dans votre vie ?

Le sport occupe une place prépondérante dans ma vie, mais disons que j’ai toujours été contre la compétition, bien que je ne tire pas sur ceux qui aiment la compétition, car ce sont des gens qui veulent s’affirmer et c’est tout à fait légitime. De mon point de vue, le sport, je l’ai adopté beaucoup plus pour un équilibre physique et mental.

-  Et à part le sport, que faites-vous de votre temps libre ?

Oh, mon Dieu ! Il y a tellement de choses à faire ! D’abord, gérer sa famille ; je crois que les pères de famille ne me contrediront pas, pour gérer sa famille on a besoin de tout le temps qu’on a. Principalement, mon temps, je le consacre à mes enfants, à ma famille. Le reste ? D’aucuns pensent que le travail d’artiste dégage un temps libre… Peut-être oui, quand on est célibataire ! Mais là, en étant père, j’avoue qu’il ne m’en reste pas beaucoup. Entre la chanson, mes occupations familiales et mes loisirs, je mène une vie assez bien remplie.

-  Je vois ici deux beaux arcs, des sabres, le fameux Yin et Yang et une série d’objets que je présume être des souvenirs de vos nombreux voyages. Parlez-nous un peu de ce petit musée autour de nous ?

Un musée ? Non ! Ce sont en fait des choses que j’aime, et comme nous sommes là à faire l’interview dans mon studio, là où je passe beaucoup de temps, j’aime être entouré de ces objets. J’ai mes arcs et peu de gens savent que je suis archer depuis 1978. Je pratique le tire à l’arc, mais en tant qu’amateur ; d’ailleurs, je pratique tout en tant qu’amateur. Le sport pour moi doit faire partie de l’hygiène de vie, de la vie même, parce qu’il est d’une utilité incontestable, aussi bien pour rester en forme que pour rendre visite le moins possible au médecin. Le sport fait partie de ma vie et j’essaye de varier de façon à ce que cela fasse aussi partie de mes loisirs. Je n’aurais pas pu faire du sport si je n’y prenais pas plaisir avant tout, c’est important.

-  Etes-vous intéressé par d’autres formes d’expression artistique ; si oui, lesquelles ?

Intéressé en tant qu’amateur, oui. J’aime l’art en général. J’apprécie les belles peintures ; d’ailleurs, j’en possède une belle collection. La sculpture également, le théâtre aussi… Bref, j’apprécie tout ce qui est beau, tout ce qui est bien exécuté.

-  Et quelle place faites-vous à la lecture ?

La place qu’occupe la lecture est au moins aussi importante que celle qu’occupe le sport. Je ne peux pas vivre sans la lecture, cela veut tout dire. Vous me demanderez peut-être ce que j’aime lire. Je suis un lecteur plutôt éclectique, je m’intéresse à tout, je suis curieux de tout et je passe ma vie à chercher des réponses à tout. (Rires). Vous avez des préférences pour certains auteurs, certains livres J’avoue que j’ai un faible pour la science-fiction, le polar, mais j’ai lu et aimé tous les genres, je vous ai dit que j’étais éclectique. J’ai par exemple tout lu de Yasmina Khadra, que j’ai eu le grand plaisir de le rencontrer.

-  Quel est votre livre de chevet ?

En ce moment, c’est le livre de Mammeri Yennayas El Cheikh Mohand, j’adore aussi bien le personnage de Cheikh Mohand que celui de Mammeri qui a été à la hauteur pour appréhender ce personnage. Mais bon, je dois avouer que mes livres de chevet changent périodiquement (rires) : Nietzsche, Machiavel, Jostein Gaarder qui m’a fait revisiter mes cours de philosophie…

-  Le dernier roman que vous avez lu…

C’est en cours, je me suis attaqué au roman de Stieg Larsson, un Suédois. Il a écrit trois tomes volumineux qu’il a intitulés Millenium. En fait, dans le roman, Millenium est une revue. Je trouve l’histoire géniale, car c’est un bon thriller en même temps, très agréable à lire, avec beaucoup de suspense et d’action. Il est très instructif aussi. Malheureusement, l’auteur, qui était également journaliste, est mort d’une crise cardiaque au moment où il remettait ses trois volumes à l’éditeur, ce qui est bien triste. En restant toujours dans le registre suédois, j’apprécie beaucoup un écrivain de romans policiers, Hening Mankell. J’adore sa façon d’écrire car, comme je viens de le dire, je me suis beaucoup frotté au monde du roman policier, je trouve que c’est le summum dans le genre.

-  Etes-vous tenté par l’écriture ?

Euh, pas vraiment… D’ailleurs, je ne sais pas si j’en suis capable. Peut-être ? Si un jour l’envie d’écrire me prend, je serai dans l’obligation de m’associer avec quelqu’un qui a une belle plume pour que je puisse exprimer mes idées.

-  Qu’en est-il de Passerelles ?

Eh bien, Passerelles est une revue que nous avons créée dans un but purement culturel. C’est une revue qui nous a apporté beaucoup de satisfaction, qui nous a demandé également énormément d’efforts, mais qui a tout fait, sauf nous enrichir, quoi qu’en pensent certaines gens. Il y avait des moments où nous puisions de nos poches, aussi bien mon associé que moi, mais c’était un plaisir de dépenser pour voir une aussi belle revue paraître. Malheureusement, cette revue, tant que nous disposions de l’argent de la publicité pour couvrir les frais de sa publication, nous la publiions chaque mois ; donc, c’est une revue mensuelle, mais à présent la publicité faisant défaut, nous nous retrouvons obligés de ne la faire paraître qu’occasionnellement, cela veut dire que ce que nous faisons maintenant, c’est ramasser des miettes, petit à petit, jusqu’à ce que nous arrivions à rassembler la somme qu’il faut pour pouvoir l’éditer.

-  Votre film préféré. ..

Franchement, je n’ai pas de film préféré, je ne pense pas être un grand cinéphile, même si je sais apprécier un bon film.

-  Et en tamazight ?

J’aime beaucoup le film de Belkacem Hedjadj, Machaho, je le trouve bien fait à tous égards

-  Puis-je revenir à votre vie « un peu plus privée » ?

Vous n’y êtes pas déjà ? Allez-y !

-  Djaffar, enfant, a eu un accident, pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, c’est vrai, mon fils Djaffar a eu un accident qui a failli lui être fatal. Il a été électrocuté à 30 000 volts ! Ceci pour dire qu’il a eu de la chance ! C’était une période que j’ai très très mal vécue et que j’ai affrontée avec la force du désespoir parce qu’il fallait le sauver. D’ordinaire, je suis quelqu’un de plutôt calme et lent, mais dès qu’il s’agit de ma famille, je deviens plus efficace. J’ai heureusement tout fait pour faire face à cette situation et Dieu merci, il a été sauvé. Je n’aurais jamais cru goûter à ce plaisir de tenir sur mes genoux ce fils Djaffar et le voir grandir aujourd’hui. C’est pour moi un immense bonheur.

-  Beaucoup de choses ont été dites sur la condamnation de votre fils Ribouh en France, pourriez-vous nous livrer la vraie version des faits ?

Pour répondre à cette question, il y a trois versions : la version longue, la version courte et la version très courte. Je vais vous raconter la version très courte. Mon fils a été victime d’une machination et je lui en ai voulu parce qu’il n’a pas su m’écouter et voir le piège qui lui a été tendu. Je l’ai averti qu’il allait lui arriver quelque chose de fâcheux, qu’il avait affaire à des gens qui allaient se servir de lui, qu’il serait le bouc émissaire parfait, qu’il serait condamné sans que personne ne puisse lui venir en aide et que moi-même je serais dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit. Je l’ai aidé à se déconnecter de cette situation mais lui, en voulant faire le Don quichotte, parce que mon fils aime jouer les justiciers, il l’a appris à ses dépens qu’on ne peut pas tout le temps jouer aux justiciers impunément. Et c’est pour ça qu’il est tombé dans le piège contre lequel je l’avais averti. Un piège bien préparé, et les gens qui l’ont préparé ont eu tout le temps de le faire.

-  Est-ce que par ce piège on voulait toucher à votre personne ?

Non ! Effectivement, beaucoup de gens ont pensé que c’est un complot qui me visait moi ; en fait, c’est faux ! C’est une situation qui s’est créée indépendamment de moi, mais dont je connaissais l’origine, dont je voyais les ficelles. Simplement, mon fils a été aveuglé par sa bonté, il a été victime par son esprit de sacrifice.

-  Où en est l’affaire à présent ?

Ribouh est quelqu’un qui se comporte très bien. Il est très bien considéré, donc il bénéficie de grâces régulièrement, j’espère qu’il sortira bientôt.

-  Il a été dit que l’Etat français vous a proposé la légion d’honneur, pourquoi l’avoir refusée ?

La seule légion d’honneur que j’accepterai sera celle de mon pays, si un jour elle existe.

-  Vous avez également refusé l’invitation de Zidane lors de sa visite à Béjaïa, pourquoi ?

Vous savez, on m’a invité à plusieurs événement soi-disant grandioses ; je n’aime pas trop me montrer, je n’aime pas me servir de la popularité des autres pour briller. Sans être prétentieux, je brille déjà assez comme ça. Cette lumière me suffit largement. C’est la lumière des humbles qui m’intéresse. Donc, briller aux côtés d’un Zidane que j’admire, que j’adore – Zidane m’a fait aimer le football – donc briller à côté de lui ne m’intéresse pas, tout simplement parce que c’est bien à lui de briller étant donné que moi j’avais ma place ailleurs.

-  Revenons à votre actualité ; votre album est-il fin prêt ?

Pratiquement. Jeff s’occupe des dernières retouches

-  Etes-vous satisfait du travail ?

Oui, je suis satisfait car c’est un travail réalisé en famille, j’ai écrit mes chansons comme d’habitude et Djaafar les a embellies avec des arrangements que seul lui peut réussir pour la simple raison qu’il ne peut y avoir dans le monde un arrangeur qui me comprendrait mieux que lui ; ajoutons à cela qu’il est talentueux, donc je lui fais entièrement confiance. Je vous apprends encore autre chose, la conception de la maquette a été faite par mes deux enfants Tarik et Hayat qui se sont attaqués à la conception de la jaquette à partir des photos qui ont été prises par ma fille Hayat qui est une ancienne artiste de l’école des beaux-arts et qui se révèle être aussi excellente photographe. La traduction de mes textes en français a été assurée par mon fils Tarik, et comme il est aussi infographe, il a aidé sa sœur dans la conception de la jaquette. L’enregistrement, je le fais conjointement avec mon fils Djaffar. Donc, comme vous le voyez, c’est un travail en famille et j’en suis très fier. Vous avez évoqué dans la presse « des bonus » en annexe… Oui, cette fois-ci, à côté de mes nouvelles créations, six chansons, j’ai traduit en kabyle la chanson mythique de Bob Dylan Blowing in the wind. En fait, depuis que je l’avais interprétée en duo avec Hugues Aufrey, c’était à Bercy en 2003, l’idée de l’enregistrer n’a pas quitté mon esprit. Maintenant que l’occasion s’est présentée, c’est chose faite. Vous avez parlé aussi d’une reprise du chanteur Akli Yahiatene… Oui, en effet, j’allais adjoindre à mes chanson un duo que j’ai interprété avec Akli Yahyaten sur sa célèbre chanson Ya l’menfi, lors du gala qui nous a associés il y a quelques jours au Palais des sports à Paris. Malheureusement, lui n’étant pas disponible en Algérie pour placer sa voix en studio, j’ai dû surseoir, et la chanson ne sera pas présente dans l’album.

-  Donc, l’album ne comptera que sept chansons…

Exact.

-  Est-il prévu des tournées pour la promotion de votre album ?

Des tournées, s’il y en a, ça ne sera certainement pas pour la promotion de l’album. Vous m’avez demandé tout à l’heure si je vivais de mon art, donc c’est tout simplement une affaire de travail pour moi, parce qu’il faut vivre, il faut travailler. J’ai un travail bien agréable, les tournées me permettent de retrouver les gens que j’aime et ce n’est pas de la démagogie, car si je ne les aimais pas, j’aurais certainement fait autre chose. Donc, faire une tournée c’est pour moi le plaisir de retrouver les gens, un plaisir qui m’assure également mon quotidien, alors je me consacre à ce plaisir de chanter, d’être écouté, d’être acclamé, de vivre des moments de parfaite symbiose avec mon public.
Le nouvel album Tawriqt le 24 juillet

- Selon son fils Djaffar, Tawriqt de Lounis Aït Menguellet paraîtra le 24 juillet prochain. Un nouvel album, tant attendu par un public impatient de retrouver son idole après une longue absence, qui a duré cinq ans après son album Yennad umghar. Cet album comportera six chansons : Amenugh, Sserh i waman adelhun, Tawriqt iguevgha uliw, Tagara n’tezwara, Ghas ma nruh et Lejwab g wadu. Cette dernière chanson est une traduction de la chanson mythique Blowing in the wind de Bob Dylan.

Publié dans AÏT MENGUELLET(54) | 2 Commentaires »

Les sentiers du pouvoir et de la citoyenneté Par Amar Naït Messaoud

Posté par algeriedemocratie le 4 février 2010

Quelques jalons de l’histoire des idées politiquesLes sentiers du pouvoir et de la citoyenneté Les sentiers du pouvoir et de la citoyenneté Par Amar Naït Messaoud dans vive l'algerie(128) 2341_82102

Après l’introduction dans la Constitution de février 1989 du principe du pluralisme politique, les autorités politiques du pays, les élites universitaires et même les partis nés de cette ‘’césarienne’’ post-octobre n’ont pas fait l’effort intellectuel et pédagogique nécessaire pour accompagner ce formalisme juridique d’une réflexion, d’une littérature et d’une ‘’exégèse’’ qui rendraient les idées et les principes politiques familiers aux Algériens.

n Par Amar Naït Messaoud

 

 

Le peu de réflexion accompli dans ce sens se trouve réduit à quelques articles de journaux écrits par des universitaires qui ne trouvent pas d’autres tribunes d’expression.

Le résultat des courses est que- combinés à l’ ‘’allergie’’ pluraliste légendaire du pouvoir au pluralisme, d’une part, et au terrorisme islamiste armé qui a considérablement contribué à l’effritement de la société politique, d’autre part-, la carence intellectuelle et le déficit culturel ont grandement consacré le discrédit des idées politiques.

Et pourtant, dans le cas spécifique de la culture kabyle, une forme de ‘’littérature politique’’ a pris naissance au sein de la poésie chantée à partir des années 1970.

Dans une étude relative à ce domaine précis publiée il y a quelques années dans notre journal, nous écrivions :  » Il est indéniable que le corpus littéraire que constitue le texte de la chanson kabyle a atteint un tel degré de maturité, un tel stade d’influence dans la société- en tant qu’élément culturel et artistique formateur d’opinion- et un tel volume de production qu’il appelle nécessairement un examen critique par le moyen d’études qui peuvent prendre la forme de thèses académiques, de mémoires ou de simples analyses comme celles qu’on rencontre habituellement dans des revues périodiques ou dans la presse généraliste. Réellement, sous les différentes formes citées, le travail a déjà commencé. Sur Slimane Azem, Aït Menguellet et Matoub, nombre de livres, opuscules et articles de presse ont été déjà publiés. En tant qu’aspect essentiel de l’anthropologie culturelle ou en tant que travail  sur un matériau littéraire d’une extraordinaire vitalité, ces études- dispersées dans le temps et n’ayant pas encore établi définitivement les outils didactiques ou méthodologiques idoines- ont le mérite de tracer les premières esquisses d’un domaine qui ne manquera pas, dans un avenir proche, de fasciner les chercheurs de toutes les spécialités des sciences humaines (linguistique, histoire, sociologie, anthropologie) « .

En effet, dans ces chansons à texte, c’est toute la population kabylophone qui s’est formée politiquement dans un moment de patente adversité où la clandestinité et la répression étaient la règle. Revendication identitaire berbère, revendications sociales, appel à la liberté d’opinion et d’expression, demande de l’instauration d’un État de droit et d’autres thèmes socio-politiques étaient portés par une belle poésie qui tire sa substance des valeurs d’authenticité culturelle et de la légendaire soif de liberté.

 » La liberté de penser signifie que la raison ne se soumette à aucune autre loi que celle qu’elle se donne à elle-même « . Cette assertion d’Emmanuel Kant, tout en hélant le règne de la liberté, porte dans ses attributs la nécessité d’un ordre qui viendrait de cette raison même qui s’épanouit dans la liberté. Ainsi, la maxime antique qui fait de l’homme un  » citadin par nature  » (habitant de la cité avec ses semblables) y trouve non seulement sa justification, mais aussi son ‘’mode de gouvernance’’ du fait qu’il est fait appel à l’ordre et à la raison.

Cependant, c’est dans la mise en œuvre de ce ‘’contrat social’’ que les hommes trouvent les plus grandes difficultés du fait que les intérêts des uns et les appétits des autres tanguent généralement au gré des rapports de force. Ce sont ces frictions, ces conflits permanents-débouchant parfois sur une tragique instabilité ou sur des guerres féroces-qui ont donné lieu à la réflexion politique. Des hommes se sont saisis de ces états de luttes perpétuelles pour chercher la formule, le terrain et le mode d’entendement qui ferait coexister, le plus pacifiquement possible, les hommes en société.

‘’La théorie politique du Contrat social[élaboré par Jean Jacques Rousseau est donc bien l’analyse du rapport entre la notion du souverain et celle du gouvernement (…) La démocratie directe serait le seul régime qui correspondrait au juste rapport entre le souverain et le gouvernement’’, écrit le professeur Michel Coz dans son ouvrage‘’Jean Jaques Rousseau’’, éditions Vuibert, 1997. Il ajoute, un peu plus loin :  » Tous les grands réformateurs de la société ont puisé dans Le Contrat social des arguments susceptibles de soutenir leurs projets « .

 

Évolution des idées et nouveaux apports

L’histoire de ces réflexions constitue l’histoire des idées politiques. Depuis la Cité grecque jusqu’à la fin de la guerre froide, des monuments de la littérature politique ont été consacrés aux rapports entre les hommes, aux explications de conflits et aux propositions de ‘’solutions’’. Au fur et à mesure de l’avancée de la pensée politique, le parcours des idées s’enrichit des résultats de recherche des autres disciplines : économie, histoire, psychologie, sociologie,…etc. 

L’un des exemples de cette évolution des idées politiques est cette appréhension marxiste de la société et des conflits qui la traversent. Marx le consacre dans son matérialisme dialectique et il en annonce la philosophie dès la première phrase de son Manifeste de 1848 :  » L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes « . Il ajoute :  » homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte « .

L’agrégation des idées et l’interaction des disciplines des sciences sociales et humaine au cours du 20e siècle ont fait que la politique a reçu la définition suivante :  » la connaissance de ce qui a trait à l’État et à son gouvernement « . La réflexion du philosophe allemand Max Weber a fait évoluer cette définition en  » la science du pouvoir en général « .

Dans son ouvrage Introduction à la politique, Maurice Duverger apporte une forme encore plus élaborée en déclarant : « Même ceux qui définissent la politique comme la science du pouvoir en général reconnaissent qu’il atteint dans l’État sa forme la plus achevée, son organisation la plus complète, et qu’on doit surtout l’étudier dans ce cadre « .

Le professeur Marcel Prélot, revient, dans un article de l’Encyclopédia Universalis, sur le sort peu enviable de la définition de la science politique.  » Vieille de près de vingt-cinq siècles, la science politique devrait offrir aujourd’hui des traits propres, aisément discernables et définissables, faciles à présenter en termes clairs et précis.

Or, il n’en est rien. Si l’introduction, il y a vingt-cinq ans, de la science politique dans l’enseignement universitaire de la plupart des pays d’Europe a marqué « la fin d’une extraordinaire carence », elle n’a pas été, comme on aurait pu le penser, la fin des controverses. Déclarée « introuvable », considérée comme une innovation, voire tenue pour une découverte, la science politique, devenue « la science à la mode », a vu son objet propre discuté et même nié; d’autre part, sa nature « scientifique » a été admise dans la seule mesure où elle se montrait susceptible d’être une connaissance empirique et positive « .

 

Un legs historique d’idées et d’analyses politiques

Le fonds culturel maghrébin nous a légué une œuvre monumentale dans la discipline des sciences sociales et politiques. Le père de la sociologie, Ibn Khalddoun, dont certaines idées se retrouveront plusieurs siècles après sa mort chez des penseurs, théoriciens et philosophes européens (Auguste Comte, Marx, Th. Hobbes, Max Weber,…) n’a pas malheureusement été prophète en son pays ; tout en sachant que son pays allait de Grenade au Caire, en passant par Tiaret et Bougie. Ses manuscrits, longtemps restés dans de vieux et obscurs tiroirs d’archives, seront plus explorés et mieux exploités par les chercheurs européens que par les doctes de l’aire arabo-musulmane pour qui notre penseur ‘’sentait le fagot’’.

En effet, jusqu’à l’ère de la renaissance littéraire arabe entamée après la campagne de Bonaparte en Égypte, la plupart des esprits critiques de l’héritage culturel de l’âge classique de l’islam étaient vus comme des hérétiques par une certaine pensée d’une excessive rigidité et d’une orthodoxie douteuse.

En tout cas, la renommée établie d’un Ibn Khaldoun ne sera effective qu’après les travaux de traduction et d’ ‘’exégèse’’  dont bénéficieront ses écrits de la part des orientalistes. Pour les pays maghrébins, le travail de vulgarisation et de critique d’Yves Lacoste, ancien professeur de géographie à Alger, sera d’un apport considérable pour la connaissance et la réhabilitation de la pensée khaldounienne.

En tout cas, dans la majorité des pays de l’aire culturelle arabo-musulmane, les sciences humaines en général- en tant qu’ensemble de disciplines participant à la préparation des cadres de la nation pour prendre en charge, demain, les questions économiques et sociales du pays, et en tant que domaine faisant partie de la culture de la citoyenneté et de la formation des élites-, sont, à dessein, dévalorisées par les décideurs et subissent, à tous les niveaux, le poids d’un ostracisme castrateur.

C’est, en quelque sorte une conséquence logique- voire même un axe fondamental- du travail de soumission des peuples à la volonté des princes, travail qui exige l’anéantissement de toute pensée critique et de réflexion citoyenne.

N’est-ce pas que c’est fort significatif cette façon d’inhiber la fonction critique et d’éveil d’un certain nombre de disciplines scientifiques en les arabisant au rabais ? L’arabisation est vécue, dans ce cas de figure, comme une mesure de répression.

De même, les autres matières enseignées au collège et au lycée n’ont jamais permis l’accumulation d’un background culturel qui aurait permis à l’étudiant universitaire d’aborder avec assurance les modules plus élaborés qu’on lui présente. Sur ce plan, le seul regard jeté sur l’enseignement de l’histoire et de la géographie nous renseigne amplement sur le désastre pédagogique provoqué dans les sciences humaines.

En effet, comment pourra-t-on aborder les thèmes de la gestion de la Cité, de la gouvernance, de la représentation politique, de la volonté générale, des élections, de la division internationale du travail, de la genèse et l’évolution des conflits sociaux, des rapports entre la croissance et le développement, de mobilité sociale, du chômage,…etc., lorsque, pendant toute sa scolarité, l’élève ou l’étudiant n’a eu droit qu’au ronronnement d’une chronologie à apprendre par cœur qui exclut la société sous toutes ses facettes (luttes d’intérêt, crises économiques, production culturelle,…).

L’école et l’université algériennes ont besoin d’immerger dans la profondeur de la pensée politique telle qu’elle est enseignée dans les autres pays du monde. C’est en revisitant les territoires de la réflexion politique que seront mises au jour les évolutions des systèmes de gouvernement, la marche inexorable des sociétés vers plus de progrès et de liberté et les différents modes de gestion de la cité sur lesquels se base le contrat social. Il ne peut y avoir de culture politique par le seul fait d’adhérer à un parti.

La réflexion et la pensée politiques ont connu un florissant destin dans l’Antiquité gréco-romaine. ‘’La République’’ de Platon, à elle seule, constitue, pour l’époque considérée, un monument. Au Moye-âge, la pensée politique a souvent subi une confusion avec le mysticisme et la pensée religieuse, phénomène renforcé par les Croisades. C’est avec Ibn Khaldoun qu’un début de pensée rationaliste émergera du bassin méditerranéen.

Un siècle plus tard, un autre méditerranéen d’Italie abordera à sa façon la ‘’science du sérail’’. Machiavel aura profité de toutes les idées qui ont été produites au sujet de la société, des classes sociales et du gouvernement pour se lancer dans un thème qu’il a serré au maximum autour de la royauté, du prince et des relations et enjeux qui se nouent entre eux.

Le siècle des Lumières a pu tirer les leçons des luttes sociales, de la transformation du Clergé, des découvertes scientifiques pour annoncer une autre vision qui fait privilégier la notion de représentation politique. Avec Rousseau, naîtra le concept de Contrat social et s’affinera la notion de volonté générale.    

 

Ambition politique et science du sérail

Un peu plus d’un siècle après la magistrale ‘’Muqaddima’’ d’Ibn Khaldoun, le monde méditerranéen a produit l’une des premières et inaltérables œuvres de sociologie politique qui allait bouleverser les connaissances en la matière fondées jusque-là davantage sur des bases mystico-théologiques que sur des canons rationnels, comme elle allait jeter les premiers jalons des règles de gouvernement dans leurs rapports dialectiques avec la gestion de la Cité.

Comme le pérégrin andalou, inventeur des notions de ‘’Aâçabia’’ et de ‘’citadinité/bédouinité’’ émises dans une période où le monde islamique plongeait dans une déchéance historique caractérisée par le repli sur soi et la soumission aux puissants du moments, le prince florentin avait connu les délices ouatées du sérail et la méchante ingratitude des décideurs pour qui le diplomate n’aurait été qu’un sous-fifre bon aux missions commandées et dont il fallait se débarrasser dès qu’il manifeste des désirs d’autonomie morale et intellectuelle.

Le parcours du fils du Maghreb était plein de dures péripéties sous les règnes successifs des Hafsides de Tunis, des Abdalwadides de Tlemcen et des Mérinides de Fès. Le parcours du Prince florentin n’en fut pas moins houleux avec les services rendus et les sévices subis sous César Borgia, Louis XII, Maximilien 1e et la dynastie des Médicis.

La réédition des ‘’Oeuvres’’  de Machiavel chez Robert Laffont en 2005, dans la collection ‘’Bouquins’’, fait partie d’une entreprise non seulement de  vulgarisation d’un travail accompli dans la difficulté dans les années les moins glorieuses de l’Europe déchirée entre un Moyen-ge finissant et une Renaissance à peine balbutiante, mais aussi d’une volonté de réhabiliter une pensée moderne souvent mal comprise ou, pire, sciemment dévoyée.

‘’Pour la première fois, les secrets du pouvoir sont révélés au monde’’, fait remarquer l’analyste Philippe Sollers à propos des thèses et écrits de Machiavel.

Nicolo Machiavelli, en italien ; Nicolas Machiavel, en français, est né en 1469. Secrétaire de la seconde chancellerie de Florence, il accomplit plusieurs missions diplomatiques. Après la bataille de Prato (en Toscane, dans la province de Florence) en 1512, les troupes françaises se replièrent et la République de Florence s’effondra.

Le retour au pouvoir de la dynastie des Médicis annoncera la disgrâce de Machiavel qui perdra ses fonctions, sera fait prisonnier après avoir été impliqué dans un complot. C’est pendant son exil à Casciano qu’il se mit à écrire l’œuvre de sa vie, celle qui le fera connaître de la postérité, ‘’Le Prince’’. Il y écrit aussi un autre livre historique ‘’Discours sur la première période de Tite-Live’’ et une ‘’Histoire de Florence’’.

La fin et les moyens

Ce n’est qu’en 1526, une année avant sa mort et pendant la guerre contre les Impériaux, qu’il reprend des fonctions officielles. Il mourut en 1527, l’année où la dynastie des Médicis fut renversée et la république proclamée.

‘’Liberté ! bien précieux et désiré, qu’on n’apprécie que lorsqu’on la perdu !’’. Tel est le commencement d’une des dernières odes composées par le poète et humaniste italien Pétrarque quelques années avant qu’il mourût, en 1374, au milieu de la plus effroyable anarchie. Désespéré par la situation sociale et politique régnant en Italie, le poète n’invoquait maintenant que la pitié du ciel en faveur de ce beau pays, de cette chère patrie dont la parole ne pouvait plus guérir les blessures : ‘’Dieu seul était capable de guérir les cœurs et d’arrêter le sang qui coulait à flot sous l’épée de l’étranger’’, écrivait-il.

Les troubles politiques et sociaux des seigneuries de la région de Florence amenèrent Machiavel- qui a  pu suivre de près et avec un sens aigu de l’observation les machinations des rouages du pouvoir pour diviser et annihiler toute forme de contestation- à analyser la psychologie et les ambitions des prétendants au pouvoir politique ainsi que les voies qu’ils empruntent pour accéder au pouvoir. Il parvint à cette conclusion, devenue par la force des choses une sorte d’apophtegme : La fin justifie les moyens. Un préfacier français d’une vieille édition du ‘’Prince’’ résume cela dans ‘’une casuistique de l’ambition’’. Écrire de la politique se ramène ainsi à rédiger un manuel de la réussite.

Dans une lettre datant du 9 avril 1513, il écrit : ‘’Le sort a fait que, ne sachant raisonner ni de l’art de la soie, ni de l’art de la laine, ni de gains, ni de pertes, il me faut ou me taire, ou raisonner des affaires de l’Etat’’.  Inventeur de la notion d’Etat au sens moderne, ‘’c’est donc l’Etat, mais l’Etat du Prince et, dans l’Etat, le Prince d’abord qui intéressent Machiavel’’, écrivent Marcel Prélot et Georges Lescuyer dans ‘’Histoire des idées politiques’’ (Dalloz, 1986).

Quelles sont les qualités d’un souverain, appelé indifféremment ‘’prince’’ dans l’ouvrage ?  ‘’Vaut-il mieux être aimé que craint, ou craint qu’aimé ?’’ se demande Machiavel. ‘’Je réponds que les deux seraient nécessaires ; mais comme il paraît difficile de les marier ensemble, il est beaucoup plus sûr de se faire craindre qu’aimer, quand on doit renoncer à l’un des deux. Car des hommes on peut dire généralement ceci : ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs (…) Tant que tu soutiens leur intérêt, ils sont tout à toi, ils t’offrent leur sang, leur fortune, leur vie et leurs enfants, pourvu que, comme j’ai dit, que le besoin en soit éloigné ; mais, s’il se rapproche, ils se révoltent. Le prince qui s’est fondé entièrement sur leur parole, s’il n’a pas pris d’autres mesures, se trouve nu et condamné. Les  hommes hésitent moins à offenser quelqu’un que de se faire aimer d’un autre qui se fait craindre ; car le lien de l’amour est filé de reconnaissance : une fibre que les hommes n’hésitent pas à rompre, parce qu’ils sont méchants dès que leur intérêt personnel est en jeu. Mais le lien de la crainte est filé par la peur du châtiment, qui ne les quitte jamais’’.

 

Tu seras un prince !

Comme les résument, dans un souci pédagogique, Prélot et Lescuyer, les idées-forces de Machiavel peuvent se présenter de la façon suivante :

Le sens du réalisme : le Prince tient l’homme pour individuellement pour ce qu’il est, c’est-à-dire pour peu de chose et les hommes collectivement pour ceux qu’ils sont, c’est-à-dire pour moins encore que leur total. Il ne se préoccupe pas de ce qui devrait se faire, mais de ce qui se fait. Il est à l’affût de tout, mais ne croit pas aisément ce qu’on lui raconte, et ne s’effraie pas non plus d’un rien.

L’égoïsme, et aussi l’égotisme : le Prince a appris à ne pas être bon au milieu d’hommes qui sont mauvais. Il pratique le culte et la culture du ‘’moi’’, une gymnastique de la volonté, une discipline de la pensée, du sentiment et des nerfs.

Le calcul : le Prince préfère être craint qu’être aimé. Être craint dépend de lui, tandis qu’être aimé dépend des autres.

L’indifférence au bien et au mal : le Prince préfère le bien, mais il se résout au mal s’il y est obligé et il y est souvent contraint. Il en connaît plusieurs qui ont violé la foi jurée, mais qui l’ont emporté sur ceux qui ont respecté leur serment.

L’habileté : la qualité principale du Prince est l’adresse, l’énergie, la résolution et le ressort, car les qualités du Prince exigent une création continuelle, une tension sans relâche vers le but.

La simulation et la dissimulation : le Prince est connaisseur de l’occasion, collaborateur avisé de la Providence, mais aussi corrupteur audacieux de la Fortune, grand amateur de la ruse et grand adorateur de la force.

La grandeur : le Prince est au-dessus du commun. Ce qui l’autorise à échapper à la morale, c’est-à-dire au-dessus de la médiocrité ambiante. Il se situe au-delà du bien et du mal. Cupidité, rapacité, dol, vol, libertinage, débauche, fourberie, perfidie, trahison, qu’importe, puisque tout cela n’a pas pas à être jugé à la commune mesure des vies privées, mais selon l’idéal d’un Etat à faire ou à maintenir. Pourvu que le Prince arrive au résultat, il n’est pas de moyens qui soient considérés comme honorables.

Machiavel annonce ici l’argument-massue que développeront à volonté des théoriciens et des hommes politiques quelques siècles plus tard : la raison d’Etat, une nation que seul le souverain qui l’énonce est capable de lui donner un contenu et des contours flexibles, bien entendu, au gré des besoins du moment.

Ayant sondé la cupidité et la faiblesse des hommes, l’immoralité- sorte de mal nécessaire pour la fonction de Souverain- et les ambitions infinies du Prince, Machiavel a plus décrit et décrypté une situation que donné une ‘’recette’’ comme l’ont colporté ceux qui ont voulu donner de lui l’image d’un diable. ‘’Étrange destin d’avoir un nom qui devient un adjectif négatif’’, écrit Philippe Sollers dans ‘’Le Monde’’ du 27 septembre 1996.

La chanson ‘’Ammi’’ composée par Aït Menguellet en 1983 prend une partie de son inspiration du livre de Machiavel Le Prince. L’autre partie qui renforcera la seconde et donnera un caractère magistrale à la chanson politique kabyle et la situation d’un pays qui s’appelle l’Algérie, situation qui- sous le partie unique, la gestion clientéliste de la rente pétrolière et la négation totale des libertés- était l’antithèse des espérances de Novembre 1954 et l’antichambre de la déréliction humaine dans laquelle plongera l’Algérie une dizaine d’années plus tard.

A. N. M.

iguerifri@yahoo.f

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Ahmed Ait-Bachir : « le MAK doit cesser de donner l’image d’un mouvement extrêmiste et xénophobe »

Posté par algeriedemocratie le 11 juillet 2009

Afin d’informer les kabyles de France de la genèse de la pensée autonomiste, nous avons rencontré Mr Ahmed AIT-BACHIR, qui a bien voulu répondre à nos questions, sans concession. Dans un soucis de pédagogie et sans langue de bois.
Ahmed AIT-BACHIR est né dans le village d’Ath l’vachir, dans l’arch des Ath-Itsouragh (ex-commune mixte du Djurdjura-Michelet).
Grâce à des rencontres avec des militants de la première heure, pour le combat identitaire, il a vite pris conscience à son tour de la lutte qu’il fallait mener pour la reconnaissance de l’identité amazighe de l’Algérie.
Depuis, il a été un militant infatigable de cette juste cause, ce qui l’a amené à participer à la création du RCD en 1989 et devenir le premier président du conseil régional RCD de Tizi-Ouzou. Parti qu’il quittera deux années plus tard (1991) avec d’autres militants : Mokrane Ait-Larbi, Akli Berkani, Hamou Boumedine, Mahiou Faredj, Mehdi Siam, Idir Ounoughene, Malek Amrani, Idir Ahcène, Hamid Lefgoun, Salah Chaballah, Arezki Ait-Larbi et beaucoup d’autres…
En 2001, on le retrouve membre fondateur du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), représentant du mouvement en Kabylie jusqu’en 2007, ou il fut contraint de quitter l’Algérie pour s’installer à l’étranger.
Le connaissant, militant de conviction, désintéressé et discret, nous avons voulu le faire parler de son parcours de militant et de son passage d’un parti nationaliste à un mouvement autonomiste régional mais aussi pour nous expliquer comment l’idée d’autonomie à émergé.

Ahmed Ait-Bachir :

Arezki Bakir : Qu’est-ce qui a précipité ton départ du RCD en 1991 ?
Ahmed Ait-Bachir : On s’est investi corps et âme dans ce parti, on en a fait plus qu’un parti, pour nous, c’était une seconde famille. Mais, au fur et à mesure que nous avancions, on s’est aperçu que l’espace du débat démocratique se réduisait davantage, le pouvoir décisionnel nous échappait complètement.
Cela nous a conduit à initier une pétition interne réclamant plus de clarté dans la gestion du parti. La direction, au lieu de provoquer un débat dans ce sens, a fait une toute autre lecture et mené une campagne de désinformation concernant notre initiative :
- « que nous n’étions qu’un petit groupe de Michelet, mené par Mokrane Ait-Larbi pour prendre la tête du RCD »,
- « que notre place n’était naturellement qu’au FFS et non au RCD compte-tenu du fait que nous étions majoritairement originaires de Michelet »…
Je voudrais rajouter qu’avant nous, deux secrétaires nationaux ont quitté le parti pour les mêmes raisons. Ce sont le Docteur Malika Baraka et Youcef Ait-Chellouche.


Le RCD défend des thèses nationales. Comment en es-tu venu à défendre des thèses autonomistes en faveur de la Kabylie ?

Lorsqu’on a crée le RCD, nous avons sincèrement cru pouvoir changer le cours des choses en Algérie. D’autant plus que, dans les années 1989-1990, il y avait une petite « récréation », le pouvoir nous ayant fait croire qu’il avait changé. Une petite porte s’était ouverte à la télévision pour les partis d’opposition, une presse écrite en apparence trés libre, des meetings et des conférences organisées par l’opposition un peu partout dans le pays. Comme tous les partis, le RCD s’est donc mis à organiser des meetings et conférences à travers le territoire national.
En dehors de la Kabylie, notre discours ne passait pas, bien que notre projet était plutôt bien perçu, moderne et progressiste. Mais le fait qu’il soit porté par des kabyles posait problème…
Dans beaucoup d’endroits, on nous signifiait clairement que nous n’étions pas les bienvenus.
Ajoutez à cela le boycott scolaire, l’assassinat de Lounès Matoub et une analyse sur le mouvement national, construit et porté par les kabyles, qui ont vu la nation algérienne se bâtir sans eux et contre eux. Cela nous a amené à penser que seule une solution régionale pouvait convenir à la Kabylie.

Nafa Kireche : C’est à ce moment là que vous décidez de créer le mouvement autonomiste kabyle (MAK) ?
Avant la création du MAK, je dois dire que beaucoup de personnes ont pensé et théorisé sur l’autonomie, le fédéralisme ou la régionalisation.
En 1978, le FFS, dans sa plate-forme politique a inscrit dans son programme l’autonomie des régions.
En 1992, Mr Hocine Ait-Ahmed est revenu à la charge en parlant de fédéralisme mais il a rapidement été pris à partie par les islamistes et les arabo-baathistes, qui criaient au séparatisme.
Abdenour Abdeslam, dans une longue réflexion dans les colonnes du journal « Liberté », a dessiné les contours du fédéralisme.
Après l’assassinat de Lounès Matoub en 1998, le professeur Salem Chaker, le Docteur Malika Baraka, Saïd Doumane et Rachid Behlil ont initié une pétition demandant l’autonomie linguistique de la Kabylie. Cette pétition a été signée par des personnalités comme Idir, Ait-Menguellet, Ferhat, Hassan Hirèche, Ali Sayad et beaucoup d’autres.
Mohamed Talmatine, Akli Kebaili, Kamel Nait-Zerrad, Hassan Hireche ont, chacun, par leurs différents écrits, contribué à alimenter l’idée de l’autonomie de la Kabylie.

Arezki Bakir : Revenons au MAK…
Ahmed Ait-Bachir : C’est en plein milieu des évènements dramatiques d’avril 2001 qu’a connu notre région, ou la peur et la terreur se sont installées, le terrain déserté par les politiques que, avec des amis militants, notamment Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine, Malek Amrani, nous nous sommes réunis  le 24 avril 2001 pour discuter de la manière de répondre à l’urgence et combler le vide politique ou était plongé la Kabylie. Une période ou l’on assistait, impuissants, à l’assassinat de nos enfants.
C’est ainsi que nous avons décidé de créer le Mouvement  pour la Kabylie Libre (MKL), dont le premier tract, « appel au peuple kabyle », est sorti le lendemain, le 25/04/2001, diffusé et distribué dans toute la Kabylie.
Trés vite, d’autres militants nous ont rejoint. Parmi eux, Akli Berkani, Farid Hamladji, Mourad Bouzidi, Mohamed Dellah, Yacine Belabes, Achour Bensalem et beaucoup d’autres.
En 2001, Ferhat Mehenni, alors président du MCB-Rassemblement National, voulait lancer un mouvement autonomiste et a donc pris contact avec Abdenour Abdeslam, qui nous a fait part du projet de Ferhat et de son souhait de nous unir afin d’éviter qu’il y ait plusieurs mouvements autonomistes.
Après avoir rencontré Ferhat il a été convenu ce qui suit : de notre côté, nous nous engagions à dissoudre le MKL, et de son côté, Ferhat faisait de même avec le MCB-RN.
Le 5 juin 2001, Ferhat a donné une conférence de presse à la maison des droits de l’homme à Tizi-Ouzou, conférence au cours de laquelle il a rendu public le projet autonomiste pour la Kabylie, en ma présence et celle d’Abdenour Abdeslam. Le dernier tract du MKL a donc été tiré le 20 juin 2001.
C’est ainsi que nous avons initié la première pétition « pour l’autonomie de la Kabylie », dans la perspective d’un état fédéral, pétition qui a recueilli des dizaine de milliers de signatures.
Quant au sigle « M.A.K. », c’est au cours d’un meeting à Makouda qu’un jeune dans la salle scandait « MAK, MAK, MAK ! »… Ce jeune a été applaudi par l’assistance et les responsables du mouvement présents (Ferhat, Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine, Salah Hassan…) ont adopté et approuvé ce sigle sur le champ ! Le lendemain, cet épisode faisait la une de certains journaux.

Nafa Kireche : Donc on peut dire que le MKL est l’ancêtre du MAK ?
Ferhat l’a trés bien résumé dans son livre en disant que : « Le MAK est né des cendres du MKL et du MCB-Rassemblement National ».

Arezki Bakir : Ahmed, tu es acteur du mouvement autonomiste depuis sa gestation. Peux-tu nous dresser un tableau objectif de l’avancement du projet autonomiste, mené par le MAK ?
Tout d’abord, je dois dire que le MAK a le mérite d’avoir brisé un tabou. Parler et revendiquer l’autonomie l’autonomie de la Kabylie dans une Algérie « une et indivisible » est un sacré courage. Il faut rendre hommage à tous ces militants qui ont bravé cet interdit et qui l’ont payé trés cher pour certains d’entre eux. Nous avons réussis à instaurer un débat quasi quotidien autour de cette question et je peux dire que le MAK, sans prétention aucune, a fait un sacré bon bout de chemin en solo.
Maintenant, je pense que le MAK est arrivé à la croisée des chemins : pour aller de l’avant, il doit se défaire de ses éléments qui confondent :
- l’islam et l’islamisme,
- l’arabe et l’arabisme,
- l’autonomie et l’indépendance.
En un mot, il doit cesser de donner l’image d’un mouvement extrêmiste et xénophobe.
Le MAK doit faire des rapprochements et prendre langue avec tous ceux qui partagent l’idée régionale de la Kabylie avec tous les autonomistes libres, y compris ceux qui défendent une Algérie Fédérale, une régionalisation modulable ou positive. Car en décortiquant tous ces projets, nous nous apercevons vite que nous voulons la même chose pour la Kabylie : son bien !
L’autonomie, la régionalisation, le fédéralisme, ne peuvent être l’oeuvre d’une personne ou d’un parti : cela ne peut être que le résultat d’un consensus et d’une majorité de kabyles. Et ce n’est que dans une action unie que le pouvoir algérien prendra peur et se pliera à nos revendications.

Arezki Bakir : j’ai l’impression que tu rêves un peu… non ?
Ca peut te sembler effectivement ainsi et certains de vos lecteurs le penseront certainement mais, pour ma part, je reste convaincu que c’est la solution, il suffit pour cela que chacun d’entre nous laisse son égo de côté pour que cela se réalise.

Nafa Kireche : le mot de la fin ?
Ce sera pas un mot mais des mots.
Tout d’abord je vous remercie de m’avoir fait parler. Je voudrais dire, que si j’ai accepté de parler de mon départ du RCD, je n’ai aucune rancune, ni animosité envers ce parti et toute sa composante, et surtout pas en ce moment ou il traverse une crise interne. Bien au contraire, le RCD a été pour moi une véritable école, j’y ai passé d’excellents moments et j’en garde un trés bon souvenir. Si j’ai tenu à répondre à votre question sur cette période, c’est pour que le MAK en tire les leçons et les enseignements et ne sombre pas dans ces pratiques, qui commencent à le ronger et doit évacuer trés rapidement l’esprit de complotite et de flicomanie qui commence à faire des « saignées » dans ses rangs.
Et puis nous sommes en pleine commémoration de l’assassinat de Lounès Matoub. Je voudrais rendre hommage à l’un de ses compagnons, présent à ses côtés lorsque les gendarmes de Michelet l’ont mitraillé et qui a passé des moments pénibles dans les géoles de la SM à Bouzareah. Ce grand militant s’appelle Mehdi SIAM, qu’un cancer du colon a terrassé et l’a ravi aux siens quelques mois après l’assassinat de Lounès. Il a laissé une femme et trois petites filles. Que tous ceux qui l’ont connu aient une pensée pour lui.

Entrevue réalisée par Arezki Bakir et Nafa Kireche de l’Association des kabyles de France : www askaf.fr

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