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entretien avec l’écrivain Djamal Arezki sur le receuil de nouvelle en tamazight Akal d wawal

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2012

“Passer à l’ecriture pour preserver la langue”

entretien avec l'écrivain Djamal Arezki sur le receuil de nouvelle en tamazight Akal d wawal dans tamazight(65)

Djamal Arezki, écrivain d’expression amazighe, vient d’éditer aux éditions Tira un recueil de nouvelles intitulé Akal d wawal (Terre et parole) qui est une production de pas moins de onze nouvelles en tamazight. Pour Djamal Arezki, le passage à l’écriture est un moyen de préserver et de garder une empreinte de sa propre culture.

La Dépêche de Kabylie : Parlez-nous un peu de vous ?

Djamal Arezki : je suis né à Tazmalt en 1966, enseignant de tamazight et inspecteur de français à Bouira depuis 1998. Je suis titulaire d’un Master 2 en sciences de l’éducation et d’une maîtrise en lettres modernes que j’ai obtenus à l’université Paris 8. En plus de Akal d wawal, j’ai également publié Contes et légendes de Kabylie, chez Flies France, à Paris en 2010.

Votre livre s’intitule Akal d wawal (Terre et parole). Qu’évoque ce titre?

Et bien comme son nom l’indique, c’est l’enracinement de la parole dans un terreau qui est le nôtre, celui d’Imazighen. Tamazight est une civilisation de parole. La parole est le pouvoir dans notre société. On dit en kabyle: Bu yiles, medden akk ines! Celui qui a la parole a le pouvoir, a de l’influence. C’est dans ce contexte que j’ai rédigé ce recueil de nouvelles où j’ai repris la sagesse d’antan, les belles paroles, les jeux de mots, les histoires anciennes en les contextualisant, en les «habillant», en les rendant vivantes avec des personnages de ma création, tout en gardant le fond, parfois sa moralité.

Lors de votre conférence à Aokas, vous avez évoqué le passage de la culture de l’oralité à celle de l’écriture pour sauver notre patrimoine intellectuel et culturel. Pensez-vous qu’il est vraiment possible, à l’heure où le lectorat est en déperdition ?

D’abord je remercie l’association Rahmani Slimane qui m’a donné l’occasion de rencontrer des lecteurs, des amis, de pouvoir m’exprimer. D’ailleurs, je la félicite pour l’excellent travail qu’elle entreprend. Ensuite, pour répondre à votre question, je dirai que le passage à l’écriture est inévitable si on veut sauvegarder encore ce qui reste de notre culture, guettée malheureusement par la disparition si on n’agit pas. Un long travail de sauvegarde et de transcription est nécessaire, voire vital. Je crois fermement qu’on pourra, non seulement, sauvegarder notre patrimoine culturel mais le développer aussi par des créations nouvelles : romans, nouvelles, théâtre…par de la recherche. Taqbaylit se trouve partout : dans les champs, dans les villages, dans les comportements de tous les jours, dans la façon de penser et d’agir, etc.

Quel rôle joue l’école pour la promotion de la langue Amazighe?

L’école est une arme à double tranchant. Par le passé récent, elle a joué un rôle des plus néfastes dans le reniement de la langue et de la culture amazighes. Aujourd’hui, qu’elle prend en charge de façon parcellaire, incomplète et facultative cette langue, elle pourra la promouvoir si certaines conditions sont réunies. Je crois que ce n’est pas encore le cas aujourd’hui. Beaucoup de choses restent à faire à commencer par l’abrogation du caractère facultatif de son enseignement, un des principaux obstacles à sa généralisation et à sa prise en charge sérieuse. L’école est, par définition, un instrument entre les mains de l’idéologie officielle, son prolongement, je dirai. Et l’idéologie officielle inclut, dans sa vision, juste du bout des lèvres, la culture et l’identité amazighes du peuple algérien…

Akal d wawal est édité en langue amazighe. Pensez-vous qu’une littérature d’expression amazighe a encore sa place en Algérie ?

Bien évidemment, sinon je ne l’aurais probablement pas écrit ! Non seulement elle a sa place mais nous devons la développer, il y va de notre devoir, de notre identité aussi. Si on ne le fait pas nous-mêmes, je ne crois pas qu’il puisse y avoir quelqu’un pour le faire à notre place. Comme quoi, on n’est mieux servi que par soi-même.

Quel regard portez-vous sur la littérature d’expression amazighe ?

Ces dix dernières années ont vu un élan formidable en matière de production et de création littéraires. Ce n’est pas négligeable pour une langue frappée d’ostracisme officiel durant des millénaires. Des langues et des cultures prestigieuses contemporaines de Tamazight ont complètement disparu. Je crois qu’il convient de relativiser «la chose». En dépit de l’absence de la qualité de la production escomptée, la littérature d’expression renait de ses cendres au grand dam de ses détracteurs (et ils sont nombreux malheureusement). Editer une centaine de romans, de nouvelles, des pièces de théâtres, des traductions tous azimuts ne peut être qu’encourageant.

Quels sont les problèmes que rencontre le monde de l’édition en langue amazighe ?

L’édition, la distribution et l’absence d’une véritable politique du livre (pas seulement Amazigh, je suppose) sont des freins, des obstacles à sa promotion. En outre, la lecture tout comme l’écriture, est une activité sociale qui n’a pas sa place chez nous. Très peu de gens lisent. L’école n’a pas su ni pu installer cette culture du livre. Il est vrai qu’elle est fortement concurrencée par l’image certes mais la lecture est irremplaçable, comme l’a si bien confirmé Mouloud Feraoun : «Le seul moyen d’être et de devenir cultivé est la lecture». L’histoire lui donne raison. On ne pourra jamais faire l’économie du livre.

Comment est née votre passion de l’écriture ?

En évoquant Feraoun justement, c’était l’un des tous premiers auteurs que j’avais lus. Son écriture, son style, les sujets qu’il aborde m’ont grandement aidé à aimer la lecture. Par la suite, ma curiosité m’a poussé à lire autre chose, à diversifier ma lecture. Enfant, je ne comprenais pas tout ce que je lisais. Mais avec le temps, j’ai acquis la bonne habitude de lire. Ensuite, j’ai eu la chance d’évoluer dans un milieu favorable. J’ai eu des amis qui avaient des livres et qui lisaient beaucoup aussi. D’ailleurs nous sommes toujours restés en contact et nous échangeons toujours des livres. Nous avons créé une sorte de réseau où circulait toute sorte de livres (du moins ceux qui étaient disponibles), y compris ceux écrits clandestinement en tamazight. L’interdit, loin de nous dissuader, était un vrai tremplin. Quel plaisir de lire un livre interdit ! C’était à cette époque-là que je commençais à rédiger des histoires, des contes, à transcrire des poèmes anciens… que je garde toujours. J’ai pu recueillir un important corpus de poèmes inédits.

Que vous inspire le mot Tira (écriture) ?

Tira, l’écriture avant d’être une passion, est d’abord un moyen d’expression privilégié. Je crois qu’il n’existe nulle part une civilisation sans écriture. L’écriture c’est aussi une façon de réfléchir à tête reposée, un moyen de création, de conservation et de transmission des idées. En littérature, elle permet de rêver, de donner libre cours à son imaginaire, à son génie créateur…L’écriture, tout comme le reste s’apprend par la pratique surtout et se développe.

Quels sont vos projets futurs ?

Je viens de finir, en collaboration avec mon ami Bellil Yahia, un livre sur un poète résistant du XIXème siècle, en l’occurrence Mohand Saïd Amlikech des At Sidi Ali Ou Abdellah, du village d’Iaggachen, à At Mlikech (Béjaïa). Pour son bicentenaire (il était né en 1812, mort en 1877), l’association culturelle qui porte son nom lui organise un festival culturel qui aura lieu conjointement à Tazmalt, Boudjellil et At Mlikech, du 01 au 04 juillet 2012. J’ai aussi un autre recueil de nouvelles en Kabyle que j’ai intitulé Inig aquccah (un voyage inachevé) qui paraîtra bientôt j’espère, un essai, en français, sur Taos Amrouche et des traductions du français au kabyle dont certains extraits ont déjà paru dans diverses revues, notamment dans ayamun.com consultable en ligne.

Un mot à vos lectrices et lecteurs ?

J’espère qu’ils trouveront bien du plaisir à me lire. Un auteur n’existe que par ses lecteurs. J’attends leurs échos qui me permettront d’aller toujours de l’avant, d’affiner davantage mon style d’écriture.

Entretien réalisé par Reda Senoune

source: dépêche de kabylie

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Interview

Posté par algeriedemocratie le 29 décembre 2011

Interview dans tamazight(65)

«Tatabatata», est le titre d’un recueil de nouvelles de Mohamed Arab Aït Kaci. Riche en couleurs, M. Aïit Kaci s’est adonné à un jeu littéraire des plus subtiles. Il évoque l’amour, les étudiants, la mort, la prostitution et plein d’autres sujets. Il évoque dans cet entretien le monde de la littérature amazighe, ses défis, ses obstacles et son avenir, qu’il décrit avec optimisme.

La Dépêche de Kabylie : Vous venez de publier un recueil de nouvelles intitulé «Tatabatata», chez les éditions Mehdi. Pouvez-vous donner à nos lecteurs un bref aperçu sur les sujets traités ?

Mohamed Arab Ait Kaci : C’est des nouvelles qui ont été écrites, il y a bien longtemps. Elles parlent en général de la vie et des gens qui la vivent. Un peu d’amour, un peu de haine, beaucoup d’incompréhension et des défis.

Vous avez apporté un nouveau style dans le monde littéraire amazigh, consistant à écrire simple, direct et parfois humoristique, est-ce une rupture avec les différents écrits publiés auparavant par d’autres écrivains ?
Aucun écrivain ne peut se targuer d’être la « rupture », car on est vraiment le produit de ce qui a été avant. La littérature est comme une baguette de barbe à papa, elle tourne en rond en se remplissant de plus en plus. On ne peut pas imaginer un Camus absurde sans un Dostoïevski nerveux et épileptique et un Nietzsche demi-fou, demi génie, ou un Kateb Yacine sans Faulkner et Joyce. Et même un Ait Menguellet ne peut exister sans les Baudelaire et autres Slimane Azem. Les influences sont multiples pour chaque auteur et la vie qu’il va mener lui donnera une sorte de nuance à ce qu’il va écrire, sinon c’est le même refrain poétique qui revient de Shakespeare à Nezzar Kebani. Chacun essaye de le traduire à sa manière et dans sa langue. Et c’est ce que j’essaye de faire en tamazight. Aussi, pour notre cas, ou notre langue n’a presque jamais été écrite avant le siècle dernier, on avait besoin d’un choc psychologique pour passer à l’écrit et ce choc était un Mouloud Mammeri besogneux et amoureux et un génial Muhya et des dizaines de rêveurs comme Aliche, Mezdad, Ben Mohamed, Ait Ighil …

Vous avez, dans plusieurs de vos nouvelles, évoqué la vie des étudiants, pourquoi revenir à cette étape dans un travail littéraire, pourtant les sujets traités, l’amour, en l’occurrence, peut être vécu même en dehors de la fac ?
Non, je ne crois pas que j’ai traité de la vie des étudiants plus que d’autres. Car il n’y a que la nouvelle Tatabatata qui traite de ce sujet, sinon les autres nouvelles parlent du mariage, du tremblement de terre de 2003, du vol et de la prostitution, de la torture, du terrorisme et même d’un chien qui a perdu l’amour de sa vie (rire).

Tamazight a besoin de plus d’efforts, comment se présente le monde de l’édition pour cette langue ?
Je suis la preuve vivante qu’il y a un vrai problème d’édition en Algérie, surtout dans le cas de tamazight. Presque 30 ans d’écriture et je n’ai réussi, tant bien que mal, qu’à placer 2 ou 3 paragraphes dans les revues en tamazight depuis les années 90. En plus, elles ne se sont même pas vendues. (Rire) C’est vrai qu’il y a quelques maisons d’éditions qui viennent de voir le jour et je leur souhaite de la réussite car on a vraiment besoin d’elles pour fixer tamazight une fois pour toute sur papier. Mais est-ce que ça va suffire et …durer ? Sans oublier l’effort fourni par les «chevaliers» de l’ombre qui sont au HCA, qui malgré un environnement très hostile, ont réussi à publier 150 livres en tamazight. Je sais que c’est peu par rapport à la floraison dantesque et phénoménale du nombre d’auteurs. On croit deviner que ce siècle sera dans la littérature algérienne celui des écrivains en tamazight. Je ne suis pas sûr de moi, mais je crois que le nombre d’écrivains en tamazight, en rapport au nombre de locuteurs, sont plus nombreux que ceux qui écrivent en arabe et en français. Et si vous me le permettez, je profite de l’occasion pour remercier mes deux sœurs (Baya et Lynda) qui ont donné beaucoup d’elles-mêmes pour la mise sur ordinateur de mes écrits et les nombreuses corrections qu’elles ont apportées et aussi un grand remerciement à mon ami et frère Hadj Saïd Abdennour.

Propos recueillis par M. Mouloudj

source: dépêche de kabylie

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tidiwnit d umyaru Ait kaci Mohamed Arab

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2011

tidiwnit d umyaru Ait kaci Mohamed Arab dans Littérature(2)

Sebɛa n tulisin ɛnant  tayri. Tayri d aḥulfu ur nelli d ṭaṭabaṭaṭa. Rnu, slid “Znezla”, tullisin keffunt s leḥzen. Acimi ihi “Ṭaṭabaṭaṭa”?
ilaq ad tezreḍ a gma belli tugti n tullisin-agi ttwarant ger  mraw(10) d mraw semmus(15) iseggasen. Llant kra uriɣ azgen seg-sent meqbel mraw (10) iseggasen, azgen nniḍen kemmeleɣ uriɣ-t iseggasen-agi ineggura. U ṭaṭabaṭaṭa d aḥulfu-nni iḥulfa usaḍ(héros) n tullist I lehduṛ imeddukal-is ɣef tayri, yeqqar-as kan d ashetref i shetrifen, ziɣ netta i t-yettraǧun d yiwet n tedyant n tayri i t-yessawḍen (ɣas mači aṭas n wakud) ɣer tilisa n tiselbi d timuhbelt. Ma d leḥzen…Nek ɣur-i ur ḥzinent ara tmucuha-nni ugar n wayen ttidiren medden maṛṛa imi ḥkant-ed ɣef tudert amek tella u yal yiwet deg-sent tekfa s usirem d laman deg uzekka i d-iteddun. Ula d asufri tekfa s usirem di llufan i d-ilulen.

Neḥulfa  yella umaynut i d-tewwiḍ (di tira ).  Amzun akken tefɣeḍ i wabriḍ d-wwin wiyaḍ ?
Ur zmireɣ acu ara ad d-iniɣ  ɣef yiman-iw neɣ ɣef tira-w. D kenwi s ineɣmasen aaked d lɣaci I ilaq ad d-inin tura. Nek lemmer ttafeɣ ad ilin xerṣum 100 warrac i wumi ara sḥemleɣ s tira-w tutlayt n tmaziɣt, imi nesɛa zher nekni yesɛan tutlayt yettwanṭaqen asmi tettwanṭaq tseryanit, tegrigit, tṛumanit,d tmaṣrit… U tutlayin-agi mmutent i maṛṛa, mazal-ed ḥala tamaziɣt teckenteḍ s kra isefra d cwiṭ idurar di tmacint i d-yewwin amdan ɣer lqarn-agi n lanternet d tilifun ufus. Ma yella neḥrec u ncemmeṛ I yiɣallen-nneɣ akken ma nella yark nezmer ad tt-nessiweḍ ɣer tisutwin i d-iteddun. Mulac Llah ɣaleb, akken qqaren imezwura…

Tira inek tcuba tira n zimu (di tezlatin), cwiṭ n teḍsa…?
Zimu d yiwen umeddakel ameqran d wumi cerkeɣ ula d tirga. Aṭas n tɣawsiwin d tektiwin i nemyemmal. Neddukel ugar n 15 aya, ahat d aya i d-yefɣen di tira-nneɣ. Daɣen ilaq ad ẓren warrac-nneɣ belli nesɛa yiwen uleɣluɣ am mass Zimu i d-yesnulfan s waṭas deg aṭas n yeḥricen n tẓuri, a ma di tira n tsekla, wala deg isefra neɣ di lmuziga. Ula d ṛṛadyu iǧǧa-d later-is am yiwen udinuzuṛ. U mazal-it d yiwen ara d-yefken aṭas I tmetti akked tmaziɣt seg igerujen yeffer wul-is.

Amek i d ak-d-tban, tura, tira s teqbaylit ? Amek i tt-tettwaliḍ ar zdat ? 
Yeččur usirem mara waliɣ nesɛa: amar mezdad, meziane kezzar (nek ɣur-I, tira-ines d ayen izaden), aumar Ulamara, linda Kuddac,habib-allah mansuri, remdan abdenbi,kamal buɛmara, muḥend ait iɣil, brahim tazaɣart, salem zenia, akli kebaili, buɛlam rabia, Abdellah Hamane, slimane zamouche, ḥamid ubaɣa, awmar mufeq, ǧamal benɛuf d waṭas nniḍen ttuɣ akka tura. Ahat Mulud Mameri s yiman-is ur yurga yara ad ilin wanect-a n yemyura ara yettarun s tmaziɣt 20 iseggasen kan umbeɛd tamettant-is, ad fell-as yaɛfu Ṛebbi. U si tama nniḍen tura iɣerbazen n tmurt n leqbayel la d-ssufuɣen aṭas n warrac d tullas i yettweniɛen tira n teqbaylit. Anect-agi ḥala asirem i yellan deg-s, ɣas ma neẓra tudert tatrart yettazalen mači d tin ara ɣ-iṛeḥmen. Mebla ma ttuɣ atmaten-nneɣ n lmeṛṛuk akked Libya ixeddmen yiwen cɣel ameqran deg usnarni d wesnefli n tutlayt-nneɣ.

Yesteqsa-t Mouloudj.M

source: dépêche de kabylie

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9

Posté par algeriedemocratie le 15 janvier 2011

S E C R E T ALGIERS 001077 

SIPDIS 

E.O. 12958: DECL: 12/06/2019 
TAGS: PREL PGOV PTER PBTS KPAL KWBG US IR IZ IS
AF, XA 
SUBJECT: BOUTEFLIKA TO WARD: WE WANT A STRATEGIC 
RELATIONSHIP 

Classified By: Charge d'Affaires a.i. William Jordan; 
reasons 1.4 (b) and (d). 

Summary 
------- 

1. (C) U.S. Africa Command (AFRICOM) Commander General 
William Ward met Algerian President Abdelaziz Bouteflika 
November 25, during Ward's first visit to Algeria since 
assuming command of AFRICOM. Ward said AFRICOM's strategy 
was to assist African nations in providing for their own 
security needs, not do the job for them. The U.S. recognized 
Algeria's leadership in the region, and AFRICOM was prepared 
to assist Algeria and its neighbors combat terrorism. 
Bouteflika said Algeria wanted to be a strategic partner, not 
an adversary. Our military relationship already included 
training and technical cooperation. End-use-monitoring 
requirements infringed on Algeria's national sovereignty and 
therefore imposed some limits on military engagement. But 
the U.S. and Algeria shared a common goal in combating 
terrorism. Terrorism in the region had taken a dangerous 
form, and Sahel countries were prepared to address the 
problem jointly. More needed to be done to ensure the 
participation and commitment of Mali's political leadership 
in the regional struggle. Bouteflika told Ward the Malian 
president needed to understand he could not be friends with 
both the thieves and their victims at the same time. 
Trans-Sahara heads of state still planned to convene a 
security and development summit in Bamako but had yet to set 
a firm date. Bouteflika also reviewed Egyptian-Algerian 
tensions in the aftermath of a World Cup qualifying match, 
Western Sahara, the negative repercussions of Israeli 
settlement activities, Iran, Iraq and Afghanistan. On the 
soccer issue, he made a point of telling Ward that the king 
of Morocco -- in contrast to the strain with Egypt -- had 
sent him a very warm congratulatory message after the game. 
At the end of the meeting, Bouteflika invited Ward to return 
to Algeria in the near future. End summary. 

Addressing Common Challenges 
---------------------------- 

2. (C) Visiting Africa Command (AFRICOM) Commander General 
William Ward met with Algerian President Abdelaziz Bouteflika 
November 25 at the presidential residence. With Bouteflika 
were Chief of Staff of the Algerian National Popular Army 
(ANP) Lieutenant General Ahmed Gaid-Salah, Ministry of 
National Defense (MND) Director of External Relations and 
Cooperation General Nourredine Mekri, ANP Chief of 
Organization and Logistics Major General Abdelhamid Ghriss 
and a translator. The Ambassador, General Ward's foreign 
policy advisor, Dr. Raymond Brown, the DATT and Poloff 
(notetaker) accompanied General Ward to the meeting, which 
lasted two hours. Ward emphasized that his visit to Algiers 
was symbolic of our countries' growing bilateral 
relationship. Africa Command's mission was to assist African 
nations address their own security challenges, not to do it 
for them. The purpose of his visit, Ward said, was to listen 
to Algeria's perspective on enhancing our cooperation as we 
seek ways to work together to address common challenges in 
Africa. Ward recognized that these challenges were complex 
and required development and political solutions, not just 
military intervention. Going forward, we sought to cooperate 
in areas that Algeria determines are priorities. AFRICOM 
welcomed the regional counterterrorism efforts Algeria has 
engaged in with neighboring Sahel countries. Algeria is 
leading the effort; we will work with Algeria and its 
neighbors to assist in eliminating the terrorist threat in 
the region. 

3. (C) President Bouteflika said that the United States and 
Algeria shared a common objective and the will to work 
cooperatively in the fight against terrorism. Bouteflika 
noted the U.S. and Algeria started to work more closely 
together during the Clinton administration when both sides 
came to realize they were fighting the same problem. 
Bouteflika underscored that after 9/11, Algeria was the first 
Arab and Muslim country to send a message of solidarity to 
President Bush. Subsequently, despite the unpopularity of 
some Bush policies, political and economic relations between 
our countries improved. Today, relations were excellent, he 
said, noting that Algeria was the United States' second 
largest trading partner in the Middle East after Saudi Arabia 
and our largest trading partner in Africa. President Obama's 
new approach to U.S. foreign policy was "a breath of fresh 
air" and well regarded by developing world countries. But 
this meant there were also high expectations for his 
administration. Bouteflika predicted that our bilateral 
relationship would continue in a positive direction. He 
commented that the U.S. and Algeria were moving forward with 
cooperation, recognizing the value of dialogue across all 
leadership levels. In this regard, Bouteflika declared he 
was ready to assist Ward and invited him to visit Algeria 
again. 

Military Cooperation 
-------------------- 

4. (S) Bouteflika attached importance to Algeria's 
military-military cooperation with the United States but 
noted that U.S. end-use monitoring requirements contravened 
Algeria's national sovereignty. Nonetheless, we had made 
progress on training and technical cooperation. Bouteflika 
said the capabilities of U.S. and Algerian forces were well 
understood in the region. Bouteflika argued that frank, 
direct talks were the key to a successful military dialogue, 
as well as recognizing that, in some cases, there would be 
limits on the extent of cooperation. "Tell us what you want, 
and we will tell you what we can do." Algeria, he continued, 
wanted to be a strategic partner for the U.S. in the region, 
not an adversary. 

5. (S) General Ward thanked Bouteflika for his candid 
assessment of our mil-mil relationship. He said the 
President, secretaries of State and Defense, and US Joint 
Chiefs of Staff, all recognized the value of the US-Algeria 
partnership. Bouteflika responded that he would help us to 
consolidate that partnership. Ward argued that to enhance 
our partnership, Algeria needed to tell us how we can 
contribute best to achieve mutual objectives. Despite the 
bad things sometimes said about AFRICOM, Ward said with a 
smile, his command had not been created to take over Africa. 
Without missing a beat, Bouteflika replied with an even 
bigger smile that he had been unsure about this himself until 
Ward came. Ward said that, as we continue our military 
dialogue, we want to do the things Algeria tells us are 
important. Ward affirmed Algeria had long recognized the 
challenge of extremism and demonstrated its ability to fight 
back. AFRICOM would do its part to support Algeria and its 
neighbors in this effort. Addressing Bouteflika's point on 
end-use-monitoring requirements, Ward suggested focusing our 
efforts in areas where cooperation was possible, i.e., 
training and equipping. He acknowledged that some U.S. laws 
and regulations may preclude for now Algeria's participation 
in other forms of engagement. 

Civil-Military Relations 
------------------------ 

6. (S) Bouteflika underscored that Algeria's military 
"absolutely" respected the authority of civilian leadership. 
"This is not at all like Turkey," he said. Bouteflika 
asserted that the army was forced to take drastic measures 
during the violence of the 1990s in order to save the 
country. This was a difficult period, but constitutional 
rule had been restored. "The house is now in order," he 
stressed, "and I can tell you that the army obeys the 
civilians. There is one constitution and all obey it." 
Bouteflika acknowledged, however, that the problems of the 
past still haunted the country. He cited foreign press 
reports referring to Algeria as a dictatorship and argued 
that the term was sometimes used carelessly. The Algerian 
constitution had established the rule of law. In 2004 it was 
decided that there was no more historical "revolutionary 
legitimacy". The only legitimacy was the constitution. 
"Anyone can be a candidate for election, in accordance with 
the constitution, even a general." He paused, then grinned 
and said, "but the generals realize the difficulties and none 
has been a candidate yet." 

Counterterrorism 
---------------- 

7. (C) Bouteflika said terrorism in Africa had taken a 
dangerous form. The situation in Somalia was hopeless, he 
commented. Meanwhile, the Sahel region presented a complex 
set of issues. Fortunately, most Sahel countries were 
determined to cooperate and have the capability to fight the 
threat if they work together. Mauritania expressed a clear 
commitment as did Niger, although Bouteflika recognized U.S. 
concerns with President Tandja. Mali's full cooperation 
remained elusive, however. Mali's policies have failed to 
create stability in the north. The result is a lawless 
environment in which smuggling, along with arms and drug 
trafficking, enable terrorism. Bouteflika said the region 
was prepared to tackle this problem, and bilateral and 
regional efforts were already underway. In this regard, 
Algeria was closely monitoring U.S. military assistance to 
Mali and Niger. 

8. (S) Ward told Bouteflika that he planned to visit Bamako 
after Algiers and would encourage Mali's leaders to cooperate 
in the region's counterterrorism efforts. The U.S. was 
providing military assistance to Mali, and we hoped it 
complemented the work Algeria was doing. Ward emphasized 
that, ultimately, defeating terrorism was the responsibility 
of the region. Bouteflika expressed his appreciation for 
U.S. assistance to Mali and said Algeria also provided aid, 
including some equipment. Bouteflika urged the U.S. to tell 
Malian President Amadou Toumani Toure that "he cannot be a 
friend to the thieves and victims at the same time." Many in 
Mali's security services shared the same concern, Bouteflika 
asserted. In the past, he said, Algeria has waited for the 
chance to debrief terrorist suspects held in Mali, only to 
find out later that Malian officials were conducting 
negotiations for the terrorist's release back to the 
terrorist organizations at the same time. "It is difficult 
to cooperate in these conditions," he said. Despite 
difficulties, Bouteflika said regional leaders still planned 
to convene a security and development summit in Bamako. All 
agreed on the need for the summit, he said, but there was 
still no set date. Bouteflika said that Algeria would be 
open to sharing information with the U.S. regarding Algeria's 
cooperation with its neighbors. General Ward said AFRICOM 
would do the same for Algeria regarding U.S. initiatives in 
the region. 

XXXXXXXXXXXX

16. (S) The Ward-Bouteflika meeting was significant in a 
number of respects. The Algerian president spoke repeatedly 
of his readiness to build a strategic relationship with the 
US. He transmitted clear readiness for closer coordination 
and contact on Sahel counter-terrorism issues. The simple 
fact of the meeting with the president was itself a green 
light to the military bureaucracy on stepped-up bilateral 
military cooperation. Not least, the warm and high-level 
official reception provided a powerful antidote to the 
persistent negative mythology about Africa Command since the 
command's rollout. It was also noteworthy that, in the 
presence of three generals, including the chief of staff, 
Bouteflika spoke assertively to Ward about civilian control 
of the military. He described the revolutionary origins of 
military influence in Algeria, said this so-called 
revolutionary legitimacy ended in 2004, and the military now 
obeys the civilians and they all obey the constitution. In 
the course of his regional political review, Bouteflika 
delivered Algeria's views on Western Sahara in familiar 
terms. But in doing so, he also struck an unusually 
positive note about Morocco and the king's message. Clearly, 
in the context of the high emotions stirred in Algeria over 
the controversial World Cup contest with Egypt, Mohammed VI's 
message of congratulations struck a chord with Bouteflika. 
JORDAN

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L’assassinat d’Abane : une dérive révolutionnaire.

Posté par algeriedemocratie le 15 janvier 2011

L’assassinat d’Abane : une dérive révolutionnaire. Abane-RamdaneL’assassinat d’Abane : une dérive révolutionnaire.

«Si…les juges n’arrivent pas à une certitude, leur devoir absolu est de l’acquitter…Le doute doit toujours entraîner l’acquittement», René Floriot, «Les erreurs judiciaires.» (1)

Cette règle universelle, s’elle avait été appliquée pendant la révolution algérienne, elle aurait épargné la vie d’un grand patriote, Abane Ramdane. Qui fut alors ce grand homme ? Bien qu’il ait été absent lors du déclenchement de la guerre d’Algérie, le 1er novembre 1954, et ce afin qu’il purge une peine de prison de cinq ans pour ses activités politiques nationalistes, il n’en reste pas moins qu’il rejoignit les rangs de la révolution dés sa sortie de prison, intervenue le 18 janvier 1955. En effet, loin d’être un handicap, cette absence plaça celui-ci en homme neuf susceptible de rassembler l’ensemble des forces vives de la nation. Car à la même époque, les luttes fratricides, suite à la scission du PPA-MTLD, rendirent les acteurs, de l’une ou de l’autre courant, suspects et incapables de rassembler sous leur bannière. Or, pour Abane, il ne pouvait y avoir que deux antagonistes. Selon Khalfa Mameri, «Pour lui [Abane] il y a d’un coté la France avec son énorme puissance et, de l’autre, non pas les Algériens avec leurs contradictions, leurs luttes intestines et fratricides mais l’Algérie et son peuple, lourdement handicapés et affaiblis par rapport à l’ennemi extérieur.» (2) Plus explicite fut le témoignage de l’un des dirigeants centralistes, Abderrahmane Kiouane. Pour ce dernier, Abane ne cherchait nullement à vexer ou à gêner son interlocuteur à propos de la scission du seul parti nationaliste prônant ouvertement l’indépendance nationale. Bien plus que ça, Abane essaya de faire des nouveaux venus au FLN des dirigeants à part entière. Erreur tactique ou naïveté de la part d’Abane, ces nouvelles adhésions ne furent pas accueillies avec joie par des éléments professant l’hostilité à l’égard de ces modérés. Pour Khalfa Mameri, «Cette hostilité s’est transformée chez certains en oppositions larvée et feutrée lorsque les leaders des formations modérées ont été placées ou ont acquis d’eux-mêmes des postes de responsabilités au sein des rouages de la révolution. Qu’on leur ouvre les portes de la révolution, c’était déjà énorme. Qu’ils deviennent des chefs au même titre, voire même au dessus de ceux qui ont eu le redoutable honneur d’allumer le feu de la libération, c’était déjà trahir en quelque sorte cette même révolution.» (3) A ce titre, la détermination d’Abane de faire de la révolution algérienne l’œuvre de tout le peuple ne fut jamais appréciée. Son intransigeance à faire valoir des valeurs universelles le conduisit indubitablement vers la mort. Mais avant cela, il a consolidé le socle de la révolution. Jusqu’à sa déchéance, il resta digne et courageux. Hélas! Le dernier mot revient toujours aux plus forts et non pas aux plus justes.

I) Un engagement sans faille en faveur de l’indépendance.

Abane Ramdane, pour des raisons qui ne dépendaient pas de lui, ne fit pas partie de ce que l’histoire retient comme «les allumeurs de la flamme». Mais s’il était en liberté à ce moment-là, il ferait indubitablement partie du groupe ayant déclenché l’action armée. Car, dés son jeune âge, il avait adhéré au parti du peuple algérien luttant pour l’indépendance nationale. D’ailleurs, dés qu’il sortit de prison, il ne tarda pas nouer le contact avec les dirigeants du FLN. Bien qu’il ait été en liberté provisoire, Abane n’hésita pas à rencontrer, à Azouza, son village natal, l’adjoint du colonel de la zone III, le colonel Ouamrane. Ce dernier le convainquit d’assumer un rôle de haut responsable en zone IV, l’Algérois. Et dans quelques jours, il rejoignit Alger. Selon Khalfa Mameri, «A Alger nous retrouvons la trace de Abane Ramdane auprès d’un autre militant du PPA: Rebbah Lakhdar dont chacun se plait à souligner le rôle si efficace qu’il va jouer en tissant comme une araignée besogneuse le tissu compliqué et impénétrable des relations de celui qui deviendra tout à la fois son chef, son ami et son pensionnaire.» (4)
Cependant, l‘activité politique de l’enfant d’Azouza put être située vers début mars 1955, soit cinq mois après le déclenchement de la guerre d’Algérie. La plupart des militants qu’il rencontra furent ses anciens camarades au sein du PPA-MTLD. Cependant, ce parti qui avait lutté pendant trente ans pour la libération du pays se retrouva bloqué à cause des luttes intestines stériles. Heureusement qu’une partie de ses militants, la branche activiste notamment, engagea avec audace le combat pour le recouvrement de l’indépendance nationale. Cependant, les initiateurs de l’action armée ne furent pas pour autant certains quant à l’aboutissement de leur combat. De son coté, Abane fut réellement coqué de l’improvisation qui avait entouré la préparation du passage à l’action armée. Il fut davantage plus offusqué en apprenant le manque flagrant de moyens et d’armement des maquis. Le colonel Ben Aouda, cité par Khalfa Mameri, relate l’état d’esprit qui prévalut à ce moment-là: «Nous n’avons que très peu de chance de nous en sortir, mais d’autres nous remplaceront. Il faut que nous donnions le départ de la révolution, que l’on sache que notre pays n’est plus amorphe! Les premières actions contre la colonisation ne seront pas grand’ chose, ne vous faites pas d’illusions, mais elles auront une grande importance psychologique. Il faut que les Français se disent: «Ils ont osé!» C’est cela l’important! Il faut allumer la mèche.» (5) En effet, plusieurs historiens confirment que, peu après le 1er novembre 1954, la lutte avait tendance à s’atténuer. Bien que le combat ait continué sans relâche dans les zone I et zone III, cela ne fut possible que grâce à la géographie et à la nature du relief contribuant au maintien des maquis dans l’une ou dans l’autre, argue Khalfa Mameri. En revanche, au moment où Abane prit les hautes responsabilités au sein du FLN, les zones fonctionnèrent au ralenti. Sur les six chefs historiques, écrit encore Khalfa Mameri, qui reçurent un commandement à la veille du déclenchement de la lutte armée; y compris Boudiaf qui devait assurer la coordination entre les zones, mais qui n’a pas pu rejoindre l’Algérie depuis son départ à l’extérieur pour annoncer la Révolution du 1er novembre 1954. (6) Ainsi, le moins que l’on puisse dire c’est que la nouvelle direction avait quand même du pain sur la planche afin de redonner un second souffle à la révolution.
II) La réorganisation de la Révolution.

La première entrée sur la scène politique de Ramdane Abane fut inaugurée le 1er avril 1955. Son appel au peuple algérien restera à jamais indélébile. Ce fut digne de l’appel du 18 juin 1940, prononcé, à partir de Londres, par le général de Gaulle en vue de résister à l’occupation nazie. Que l’on juge alors sa teneur: «Depuis cinq mois, ton armée de libération nationale combat pour que l’Algérie recouvre sa dignité, sa liberté et sa souveraineté…Algériens ! Venez en masse renforcer les rangs du FLN. Sortez de votre réserve et de votre silence. Elargissez chaque jour le champ de votre action. Ainsi, vous vous acquitterez envers votre conscience et votre pays d’une lourde dette.» (7) En effet, bien que qu’il ait été éloigné de la vie politique pendant cinq longues années, Abane n’a rien perdu du sens de l’organisation. Et ce fut dans cette démarche qu’il contacta les responsables des partis nationalistes dits modérés. En tout cas, il eut sa première rencontre avec Ferhat Abbas, président de l’UDMA, le 26 mai 1955. Ce dernier n’hésita pas à apporter l’aide matérielle au front, combien précieuse en ces moments d’indigence. Toutefois, bien qu’ils ne se soient pas revus pendant 8 mois, leur prochaine rencontre aboutit sans ambages à la formule suivante: «Les adhésions doivent se faire à titre individuel et les anciens appareils devront être dissous.» (8)
Les Ouléma, comme les Udmistes, adhérèrent au FLN, sans grands anicroches, à l’issue de leur assemblée générale à Alger, le 7 janvier 1956. Ces adhésions ne furent pas entachées de heurts particuliers dans la mesure où ils ne faisaient pas partie de la même famille politique. En revanche, les centralistes avaient du mal, dans le premier temps, à dissoudre le comité central. Selon Khalfa Mameri: «Au cours de l’une de ces réunions[centralistes] qui se tenaient la plupart du temps chez Bouda au Ruisseau[Hamma] il s’était dégagé, au fil des discussions et des hypothèses , deux tendances: celle défendue par Ben Khedda qui préconisait la dissolution du comité central et celle de Kiouane qui, tout en étant partisan de la lutte armée, estime que par ce principe que le comité central doit être maintenu.» (9) Là aussi, il fallut tout le talent d’Abane, aidé en cela par Ben Khedda, afin que le comité central soit dissous à l’automne de 1955.
Toutefois,  les centralistes songèrent, à un moment donné, à créer une formation politique, le RDA (Rassemblement Démocratique Algérien), en vue d’exister à côté du FLN. Trois dirigeants centralistes rencontrèrent à San Remo, en Italie, Ahmed Ben Bella pour lui faire part de leur projet. Gilbert Meynier, dont le travail sur la révolution algérienne est capital, rend compte de cette rencontre en notant à juste titre: «En fait, les dirigeants centralistes –Ben Khedda, Louanchi et Temam- dépêchés à San Remo pour prendre langue avec les extérieurs, se retrouvèrent face à Ben Bella, mandaté par la délégation extérieure. Il est possible que, à San Remo, les trois centralistes aient implicitement joué de l’appui qu’ils avaient pu trouver chez Abbane quant à la réalisation d’une organisation politique légale.» (10) Cette volonté des centralistes d’exister politiquement, ne choqua pas dans le premier temps Abane. Cette attitude fut d’ailleurs reprochée à Abane. Car les centralistes furent taxés d’emblée de tièdes. L’un des adversaires virulents d’Abane, sur ce terrain, fut le membre de la délégation extérieure, Ahmed Ben Bella. Or, plusieurs décennies plus tard, Ben Bella avoue dans une émission sur la télévision qatarie que «Les Français ont pris attache avec nous et étions en négociation quand il y a eu l’affaire de l’arraisonnement de l’avion…Cela fait faisait sept mois qu’on négociait..» (11) Comme quoi, même les nationalistes radicaux n’excluaient pas le recours à la négociation. En tout cas, cet épisode ne freina pas pour autant la volonté d’Abane de réaliser le grand rassemblement de l’ensemble des courants nationalistes au sein du seul FLN. Et la dissolution des partis ne fut qu’une étape. L’adhésion de leurs militants au FLN scella cette union nationale tant convoitée par le passé. Sur le terrain militaire également, il fallait aussi définir une stratégie commune. En effet, avant le congrès de la Soummam, il y avait eu six zones différentes avec des stratégies différentes. Bien que le but poursuivi ait été le même pour ces régions, force est de reconnaître qu’une grande autonomie avait été laissée à chaque chef de zone. Voilà comme résume Khalfa Mameri la ligne politique défendue par Abane: «Dans le cas de la guerre d’Algérie, il était chaque jour plus urgent de l’organiser, de l’encadrer et de la conduire comme une guerre nationale et non plus comme des soulèvements locaux vite étouffés par la réaction de l’adversaire.» (12) Tout compte fait, cette stratégie fut entérinée lors du congrès de la Soummam où les congressistes s’assignèrent comme objectifs deux choses essentielles: Renforcer la lutte armée et donner une direction nationale à la Révolution. Deux principes primordiaux furent aussi adoptés afin d’encadrer l’action des dirigeants. Il s’agissait de la primauté du politique sur le militaire et de la suprématie de l’intérieur sur l’extérieur. Par ailleurs, les critiques qui suivirent l’adoption de ces deux principes furent injustes dans la mesure où ces principes n’étaient pas étrangers au mouvement national. Ainsi, à propos du premier principe cité, Khalfa Mameri écrit ceci: «Ce principe n’est pas nouveau car ses origines lui viennent de l’époque de l’OS où il a été admis, sans controverse apparemment, que ce sont les considérations politiques qui l’emportent sur les considérations militaires ou, si l’on préfère, ce sont les organes dits politiques qui ont la primauté sur les organes militaires au cas où une question importante aurait à être tranchée.» (13) La décision qui mérite d’être citée fut aussi l’interdiction de la condamnation à mort, et ce quel que soit le motif. Il fut décidé en effet que toute peine prononcée devait être examinée au préalable par un tribunal. Du coup, vers la fin de l’année 1956, on peut dire que la Révolution fut encadrée par des principes et unifiée dans son ensemble. Mais pour combien de temps? Hélas! Ces principes ne survécurent pas longtemps.

III) Les désaccords entre les dirigeants

Le rejet de la plate-forme de la Soummam, dans le fond et dans la forme, par Ben Bella élargit indubitablement le fossé séparant les antagonistes et les partisans des résolutions de la Soummam. Le colonel Ouamrane fut en effet chargé par le CCE de réduire la contestation de Mahsas, un proche de Ben Bella, en Tunisie. En tout cas, Ben Bella contesta la ligne soummamienne en remettant en cause et le texte et la représentativité des congressistes. Mais est ce que c’est son absence au congrès qui a fait qu’il réagisse comme ça? Une chose est sûre, la délégation extérieure fut informée de l’imminence de l’organisation d’une réunion nationale. La publication du livre de Mabrouk Belhocine lève les derniers doutes sur la soi-disant volonté d’Abane d’écarter la délégation extérieure. La lettre du 13 avril 1956, envoyée par Abane à la délégation extérieure est la preuve irréfutable de la volonté des dirigeants de l’intérieur d’associer les délégués du Caire aux travaux du congrès. L’invitation fut ainsi formulée: «Les deux délégués qui rentreront du Caire devront être choisis parmi le comité des six (Khider, Ait Ahmed, Lamine, Ben Bella, Boudiaf et Ben Mhidi). Envoyez de préférence Ben Bella et Ait Ahmed ou Ben Bella et Khider.» (14) Dans ce fameux comité des six, il est aisé de remarquer que le colonel de la zone V, Larbi Ben Mhidi, se trouva à ce moment-là au Caire. A la Soummam, ce fut lui qui présida les travaux du congrès. Comme quoi, les portes furent ouvertes à tous. Partant, on peut affirmer qu’il n’y avait aucune velléité d’exclure quiconque de la plus importante réunion que la Révolution ait organisée.
Toutefois, la nouvelle direction, le CCE en l’occurrence, rencontra des embûches dés son installation à Alger. La violence des ultras de la colonisation obligea les membres du CCE à opter pour des mesures radicales. La grève des huit jours, défendue notamment par Ben Mhidi, provoqua une répression inouïe sur la population d’Alger. La stratégie de ces promoteurs, selon Khalfa Mameri, fut d’inciter la France à tomber dans le piège de la répression afin que le peuple bascule définitivement du coté du FLN. En effet, en 1956, le basculement n’a pas encore eu lieu. Saad Dahlab, un des membres du CCE issu du congrès de la Soummam, cité par Khalfa Mameri, rendit compte des tergiversations qui existèrent: «Il ne se passait rien à Alger. Il y avait même une certaine collaboration entre Algériens et Français.» (15)

Au printemps 1957, en pleine bataille d’Alger, la répression fut telle que les membres du CCE, moins Ben Mhidi arrêté quelques jours plus tôt  par les paras, se trouvaient dans la cruelle alternative de quitter le sol national. Selon Gilbert Meynier, ce repli fut diversement interprété. Il note à ce propos: «Pour Abane, les replis sur Tunis ou le Caire n’étaient que provisoires. Le principe soummamien de la suprématie de l’Intérieur sur l’Extérieur faisait partie d’une vraie ligne politique, puisée dans l’histoire des mouvements de libération dont ses innombrables lectures l’avaient rendu familier.» (16) Ainsi, les quatre survivants du CCE décidèrent de se scinder en deux groupes. L’un emprunta la voie orientale (Krim et Ben Khedda). L’autre passa par le Maroc (Abane et Dahlab) pour rejoindre Tunis. Pour Khalfa Mameri, le sort d’Abane lui joua le détour. Il étaye cette thèse en écrivant: «L’itinéraire emprunté par celui-ci [Abane] contribuera à lui creuser sa tombe car déjà, à l’époque, on ne va pas au Maroc comme on se rend en Tunisie…non pas à cause de l’autorité légale du pays mais plutôt à cause du pouvoir de fait qui s’y est établi parallèlement à elle. Ce pouvoir c’est celui d’Abdelhafid Boussouf qui règne en maître absolu sur sa partie frontalière avec l’Algérie.» (17) En tout cas, le moins que l’on puisse dire c’est qu’Abane, en constatant ce qui se passait en wilaya 5 ou plutôt sur la frontière algéro-marocaine, ne voulut pas avaler sa langue. Il reprocha d’emblée à Boussouf de ne pas être au combat au milieu de ses hommes. Il exigea ensuite, selon Gilbert Meynier, la dégradation de Boumediene, devenu commandant à l’âge de 25 ans. Mais ce qui causa sa mort fut son doute le différend qui l’opposait à Krim Belkacem. La tension fut palpable entre les deux hommes à chaque réunion du CCE. Ces réunions eurent lieu le plus souvent chez Gaid Mouloud, responsable de l’UGTA. La rivalité a été telle que l’élimination de l’un ou de l’autre de la direction fut inéluctable. Le témoignage de Ferhat Abbas, en vue de réconcilier les deux hommes, est à ce titre édifiant: «En dernier ressort, je me suis rendu chez Cheikh El-Bachir El-Ibrahimi prendre conseil. Ta mission est de concilier Krim et Abane, me dit-il. Le reste est sans importance. Quand deux kabyles sont en conflit, il arrive que l’un d’eux meure. C’est cela qu’il faut éviter.» (18)
Toutefois, l’isolement d’Abane commença bien avant la convocation du CNRA, instance suprême, censée aplanir les difficultés. Mais, en Tunisie déjà, bien avant la réunion du CNRA, les colonels tinrent des réunions informelles sans la présence des civils. Selon Gilbert Meynier, «la réunion du CCE fut doublée non loin de là par une autre, informelle, au centre logistique du FLN à Montfleury. Y siégèrent les 3B, les colonels Ouamrane et Mahmoud Cherif, ainsi que les principaux chefs militaires dans la capitale tunisienne… A Montfleury, l’élimination du CCE de Ben Khedda et de Dahlab fut sans doute d’ores déjà programmée. Une motion avait été rédigée à destination du CNRA qui demandait le remplacement de Ben Mhidi par Boussouf, la désignation des historiques emprisonnés au CCE et de Ben Tobbal, Ouamrane, Lamine Debaghine et Abbas. La motion demandait l’élargissement immédiat du CNRA par le CCE qui serait désigné au Caire.» (19) Pendant ce temps là, Abane prépara, avec sérieux et abnégation, son dossier à défendre au CNRA. Le jour J, son rapport fut adopté sans bruit. Quant à la désignation de la nouvelle équipe dirigeante, Abane ignora que les dés avaient été jetés bien avant la réunion. En effet, lors des réunions informelles, les colonels décidèrent de revenir sur les principes arrêtés à la Soummam. Saad Dahlab qualifia la réunion du CNRA du Caire de «premier coup d’Etat». D’ailleurs, il ne suffisait que quelques heures au CNRA pour entériner toutes les décisions dans la journée du 27 aout 1957. Selon Gilbert Meynier, l’allégation selon laquelle il y eut une semaine de travaux du CNRA, du 20 au 27aout 1957, est fausse. Toutefois, bien qu’Abane ait été maintenu au CCE, la tension entre les colonels et Abane alla crescendo. Ils cherchèrent le moment opportun pour l’écarter des organismes dirigeants. Et pour le discréditer, toutes les méthodes furent bonnes à employer.

IV) Floraison d’accusation contre Abane

Il est difficile d’expliquer comment un homme qui a réussi à rassembler toutes les forces vives de la nation puisse tomber en disgrâce aussi rapidement. Pour y parvenir à leur fin, les colonels proférèrent des accusations, mensongères il faut le dire, afin de le discréditer. Et ces accusations furent légion. La plupart des accusations furent sans fondement car colportées par des personnes souhaitant sa chute. Cependant, tant que l’accusation ne se transforme pas en peine, on peut dire que chacun a le droit d’avoir une opinion, négative soit-elle, sur une autre personne. Or, dans le cas d’Abane, ces accusateurs ne tardèrent pas à se placer en juges afin de châtier un patriote ayant consacré sa vie à la libération de son pays. Les interrogations de Khalfa Mameri méritent d’être posées et reposées jusqu’à ce que la vérité soit admise par tous: «Quel est au juste le verdict? Au nom de quoi et de qui a-t-il été prononcé? Est-il fondé sur des règles établies, des exigences morales ou tout simplement sur impératifs du moment?» (20)
Toutefois, quoi qu’on ait pu épiloguer sur cette tragédie, il va de soi que le mis en cause n’a pas bénéficié d’un procès équitable, disant même d’un procès tout court, et ce bien qu’à la Soummam les tribunaux à l’échelle de secteur et zone aient été chargés de juger les civils et les militaires. Plus grave encore, les colonels ne saisirent ni le CNRA ni le CCE d’un danger qui guetta la révolution, nommé Abane. Dans une lettre écrite par Krim Belkacem, citée par Khalfa Mameri, le chef des forces armées du CCE avoua que «ce sont les cinq colonels membres du CCE [qui ont eu] à se constituer en tribunal de salut public. Etrange manière d’écarter les autres membres du CCE, commente Khalfa Mameri, «ceux qu’on appelle habituellement les civils (Abbas, Debaghine et Mehri) par opposition aux militaires.» (21) Plus tard, en 1959, les colonels dissident, Mohamed Amouri, bénéficia de la directive de la Soummam enjoignant aux dirigeants de juger les fautifs dans un tribunal. Ce dernier a eu l’occasion de se défendre et même d’avoir un avocat, le colonel Slimane Dehiles.
Cependant, cet aréopage de militaires accusa notamment Abane de dictateur. Quelle contre vérité. En effet, pour qu’un homme politique parvienne à instaurer la dictature, il faudrait qu’il contrôle des effectifs militaires importants en vue d’affermir son pouvoir et de pouvoir aussi anéantir les forces de l’opposition, si besoin s’en faisait sentir. Par ailleurs, bien qu’il ait été respecté par les maquisards, Abane n’a pas exercé de pouvoir direct sur les soldats de l’ALN. Dans ce cas là, comment peut-on croire les colonels qui accusèrent Abane de vouloir marcher sur Tunis dans le but de détrôner l’équipe dirigeante. D’ailleurs, même les éventuelles forces sur lesquelles il se serait appuyé furent imaginaires. Toutefois, le nom d’un officier fut avancé. Il s’agissait du commandant Hadj Ali. Or ce dernier, selon des versions concordantes, ne fut pas un homme de terrain. En effet, en 1956, le commandant Hadj Ali avait été chargé d’une mission de ravitaillement de la wilaya I. En aucun cas, il ne disposa de troupes susceptibles de renverser le CCE. Par ailleurs, les colonels ne se contentèrent pas d’isoler Abane. Ils décidèrent de le mettre en quarantaine. Le témoignage d’Allal Taalbi est hallucinant. En effet, Boussouf lui demanda carrément de ne plus adresser la parole à Abane. Quelques jours plus tard, son responsable hiérarchique, Krim Belkacem, lui tint le même discours. Dans les derniers mois de sa vie, Abane ne fut même pas invité aux réunions du CCE bien qu’il ait été membre à part entière. Selon Khalfa Mameri, «Il est vrai qu’au sein de cet organe se dessine déjà un pouvoir de fait qui sera monopolisé par trois de ses membres, tous anciens chefs de wilaya.» (22) Tout compte fait, cet isolement ne put en rester là car Abane ne se laissa pas faire.

V) La déchéance

Le rubican fut franchi lorsque la décision d’emprisonner Abane fut prise sans qu’il ait eu la possibilité de se défendre. Pire encore, il ignorait tout de la sentence. A partir de là, on peut affirmer que ses adversaires pouvaient se permettre tout, y compris la liquidation physique. Pour Khalfa Mameri, «Le scénario imaginé pour sa fin prochaine est largement connu et n’a jamais été, si peu que ce soit, démenti.  Abane fut attiré dans un traquenard. Sa présence au Maroc avait été déclarée nécessaire pour régler avec Mohamed V un litige qui aurait opposé les forces du Royaume à celle de l’ALN.» (23) En agissant de la sorte, le premier président du GPRA, Ferhat Abbas, qualifia le comportement des colonels, responsables de la mort d’Abane, de dignes héritiers des Beni Hillal pour qui la légitimité se fonde sur la raison du plus fort.
Cependant, en dépit de son isolement, Abane continua à critiquer à outrance ces adversaires. Sa cible fut Krim Belkacem. Selon Khalfa Mameri: « Abane, qui ne peut se contrôler dans une situation qui ne cesse de se détériorer et qui est propice aux surenchères, ne perd rien de son esprit caustique. Il redit à qui veut l’entendre que si la France avait fait de Krim un garde champêtre, il n’aurait jamais pris les armes et qu’il serait même prêt à les abandonner si jamais elle lui offrait à présent d’être Caïd.» (24) Cet excès de langage ne fut pas de nature à apaiser les tensions. Son langage direct le mena du coup droit à la tombe. Et celle-ci allait être arrivée à plusieurs reprises.  Lors de la rencontre de la Soummam, écrit Khalfa Mameri, ce langage franc et direct allait lui être fatal en 1956: «Amirouche, pas encore chef de la wilaya III mais déjà sous la ferme autorité de Krim, aurait envisagé de liquider l’organisateur du congrès de la Soummam au moment où la rencontre se tenait dans sa zone, excédé qu’il était par l’expansionnisme et les injonctions de Abane qui voulait s’occuper de tout et de tout le monde.» (25)
Cependant, bien que l’ambassade du royaume chérifien ait démenti l’information selon laquelle il y aurait eu les accrochages sur le territoire marocaine, Abane, après une hésitation, décida de se rendre au Maroc. De cette journée maudite, Khalfa Mameri écrit: «Ce jour-là, 25 décembre 1957, il est plus nerveux que d’ordinaire. Pressentiment d’un drame qui allait le faucher ou nervosité extrême, il hésitera à répondre à un appel qui le trouble, lui pourtant qui n’a jamais timoré. Il se fait accompagner par Gaid Mouloud dans la propre voiture de celui-ci, un service insignifiant lorsqu’on sait qu’Abane loge chez lui depuis prés de huit mois. La conversation roule sur les ambiguïtés de la mission et sur ses possibles dangers. Il se laisse convaincre sans résistance à rebrousser chemin. A peine revenu au domicile du responsable de l’UGTA, il éclate en colère. La pression est très forte sur ses nerfs et il ne cesse de répéter: «Je ne veux pas être considéré comme un dégonflé. Qui peut toucher à Abane? Je ne veux pas être détourné de mon devoir.» (26) La suite fut extrêmement violente et douloureuse. Abane fut ccompagné de Krim et de Mahmoud Cherif. Ils arrivèrent à Tétouan le 27 décembre 1957. Ils furent accueillis à l’aéroport par Boussouf et quelques uns de ses subalternes. D’emblée, Boussouf s’assura que ses hôtes n’avaient pas d’armes. D’après Khalfa Mameri, «Arrivés sur place, deux villas attendaient les trois voyageurs de Tunis. Abane est conduit dans une villa alors que Krim et Mahmoud Cherif sont déposés dans une deuxième, apparemment mitoyennes ou proches l’une de l’autre. Boussouf et un certain Abdeljalil ont fait quelques va-et-vient entre les deux villas. Jusqu’au moment où Boussouf est venu dire à Krim et à Mahmoud Cherif: «Venez constater Abane est mort.» Il avait été ceinturé dés son entrée dans la première villa par les deux accompagnateurs de Boussouf, puis étranglé à l’aide d’une corde.» (27) Ainsi, avec la mort d’Abane, la révolution algérienne opta pour le camouflage patriotique du meurtre, explique Gilbert Meynier.
En guise de conclusion, il va de soi que cet épisode fut en quelque sorte la plus grave dérive pendant la Révolution algérienne. D’où l’interrogation de Khalfa Mameri: «Où sont-elles cette noblesse, cette souplesse, cette générosité, cette magnanimité des premiers chefs de la Révolution…?» (28)  En effet, au début de la révolution, la préoccupation des responsables fut la réalisation de l’unité nationale. Avec le temps, les appétits pour le pouvoir firent que des dirigeants pensaient à l’après guerre et au pouvoir. Abane ne voulut pas être témoin de cette déviation. Ce refus lui couta la vie. En tout cas, un assassinat ne servant pas la révolution, pourrait-on dire. Car aucune preuve sérieuse ne fut présentée par les colonels pour justifier son assassinat. En effet, Abane était un pur qui «est entré dans la révolution algérienne comme on entre en religion», écrit Khalfa Mameri. Et s’il y avait un procès digne d’une grande Révolution, il y aurait, avant le jugement, la confrontation. Mais, comme le souligne Khalfa Mameri, «Le CNRA ignoré, CCE réduit à 5 membres tous détenteurs de forces militaires, alors qu’il en comptait 9, absence de l’accusé, absence d’un défenseur, même commis d’office, élasticité incompréhensible et jamais vue nulle part de la peine: prison ou exécution, blanc seing donné au geôlier, libre de décider (seul?) De la peine finale.» (29) On peut dire in fine que l’histoire retiendra surtout d’Abane qu’il fut un homme ne fuyant jamais ses responsabilités ni son devoir envers sa patrie.
Par Ait Benali Boubekeur

Notes de renvoi:
1) Khalfa Mameri, « Le faux procès », page 70,
2) Khalfa Mameri, « Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie », page 133,
3) Id, page 155,
4) Id, page 95,
5) Id, page 100,
6) Id, page 139,
7) Id, page 112,
8) Id, page 165,
9) Id, page 168,
10) Id, page 185,
11) Khalfa Mameri, « Le faux procès », page 45,
12) Khalfa Mameri, « Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie », page 197,
13) Id, page 213,
14) Khalfa Mameri, « Le faux procès », page15,
15) Khalfa Mameri, « Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie », page 255,
16) Gilbert Meynier, « Histoire intérieure du FLN », page345,
17) Khalfa Mameri, « Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie », page 273,
18) Ferhat Abbas, « Autopsie d’une guerre », page 212,
19) Gilbert Meynier, id, pages 341, 342,
20) Khalfa Mameri, « Abane Ramdane, héros de la guerre d’Algérie », page 292,
21) Id, page 293,
22) Id, page 289,
23) Id, page 297,
24) Id, page 289,
25) Id, page 272,
26) Id, page 297,
27) Khalfa Mameri, « Le faux procès », page 87,
28) Khalfa Mameri,  » Abane Ramdane. héros de la guerre d’Algérie », page 297,
29 Khalfa Mameri,  » Le faux procès », page 75

source: le quotidien d’algérie

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Salah-Eddine SIDHOUM — « En Algérie, on assassine l’intelligence ». mars 2003

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2010

Salah-Eddine SIDHOUM

Algeria-Watch, mars 2003A la mémoire de mon Ami, le regretté Cheikh Benyoucef Benkhedda, président du GPRA, qui m’a appris la valeur et le sens de l’Ethique politique.
C’est par la vérité qu’on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu’on connaît la vérité.
Emir Abdelkader El Djazaïri
La société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil.
E. Zola.

« En Algérie, on assassine l’intelligence ».
Que de fois n’avons-nous pas entendu ce slogan clamé durant les années de braise, de part et d’autre de la Méditerranée, concernant les assassinats d’intellectuels algériens. Tel un leitmotiv, il était ressassé et martelé tant par les services de propagande du régime d’Alger et leurs plumitifs que par leurs relais en France dans un concert médiatique assourdissant d’une ampleur jamais égalée.
Par intellectuels, on entendait par-là seulement une minorité qui s’était ralliée par peur ou par calcul au régime militaire et s’était abritée derrière les blindés qui venaient de renverser l’urne de la «piétaille », des «gueux » et des «va-nu-pieds » qui avaient mal voté.
C’est cette malheureuse minorité élitiste, hautaine et méprisante, autoproclamée «intelligence du pays » qui sera utilisée par les services de l’action psychologique de la police politique dans la vaste campagne de manipulation et de désinformation, pour travestir la réalité du drame algérien et déverser inepties, insultes et mensonges, à travers, plus particulièrement une partie de la presse privée nationale et les plateaux de la télévision française.

N’est-ce pas feu Rachid Mimouni qui écrivait (1), s’adressant à l’opinion française:
« C’est la première fois dans l’histoire qu’on voit un mouvement terroriste se proposer d’éradiquer toute l’intelligentsia d’un pays, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une maladie. Le projet consiste à décerveler le pays. »

Et c’est un intellectuel français, François Burgat (2) de lui répondre :
« Les islamistes, nous ont longtemps expliqué en effet les plus médiatisés des analystes, avaient décidé de «décerveler » un pays où s’affrontaient «le camp des terroristes et celui des militaires », sous les yeux impuissants de la population. Est-ce vraiment de cela qu’il s’est agi ? Et si entreprise de «décervelage » il y a eu, qui en ont été réellement les acteurs et les victimes ? »

N’est-ce pas aussi un certain Rachid Boudjedra, se proclamant sans rougir «continuateur de Flaubert et de Proust » (sic) (3) qui traitera de «conglomérat de rats enragés et pestiférés» et de «charlatans de basse lignée et d’ignares semi-alphabétisés » (4), des citoyens, militants et sympathisants du parti que le suffrage universel venait de désigner première majorité politique en Algérie. Cette «hogra intellectuelle » n’est pas sans nous rappeler celle de certains colons, à l’image d’un Michel Morel, à l’encontre des «indigènes » traités de «huit millions de ratons sales et illettrés qui narguent la France » (5)
Plus de trois millions de citoyens algériens avaient voté pour des «rats enragés et pestiférés». ! Quel respect de la dignité et de la citoyenneté de la part de notre «élite » ! !

La propagande du régime et de ses troubadours médiatiques «omettra » de signaler que bien avant que certains intellectuels tombent sous les balles des islamistes, des centaines d’autres intellectuels avec des milliers d’autres citoyens, étaient embarqués de nuit et déportés dans les camps de concentration de l’extrême-sud, là où la France coloniale expérimentait ses armes chimiques et nucléaires (6). Ils étaient parmi les plus chanceux. D’autres moins chanceux, connaîtront les affres de la torture, mourront sur les tables d’«exploitation » du renseignement, seront exécutés sommairement et arbitrairement ou disparaîtront à tout jamais. Leur crime était d’appartenir à un courant politique à qui le suffrage universel venait d’accorder, pour la première fois depuis l’indépendance la légitimité de diriger le pays pour une période déterminée. De toutes ces victimes, personne n’en parlera. Ni en Algérie ni en Europe. De véritables parias ! L’esprit des deux collèges de la nuit coloniale qui resurgit. Triste recommencement de l’histoire !

Cette histoire revisitée nous rappellera cruellement que l’intellectuel algérien – le véritable intellectuel – hier comme aujourd’hui a payé, au coté de ses concitoyens, un lourd tribu dans les conflits qu’aura connu l’Algérie contemporaine. Nous sommes en droit de nous interroger si cette élimination de l’intelligence n’avait pas sa tradition dans notre guerre de libération ? Ce qui se passe aujourd’hui n’est-il pas la continuité de ce qui s’est passé hier durant la révolution et au lendemain de l’indépendance et de cette haine viscérale qu’avaient certains chefaillons vis-à-vis des intellectuels (purges sanglantes de la « bleuite » dans les maquis, assassinats de Abane, Allaoua Abbas, Chaabani, Khemisti, Mécili….) ?

Il serait honnête de rétablir avant tout la vérité en précisant que les intellectuels tués par les islamistes ne l’ont pas été en tant que tels mais pour leur prise de position en faveur du coup d’Etat et pour avoir accepté d’assurer, pour certains d’entre eux, la couverture idéologique de la répression sauvage qui s’était abattue au lendemain du pronunciamiento sur une partie de la population. Cette importante clarification ne signifie nullement que cela était une raison pour les assassiner.
Tout comme les intellectuels de « l’autre bord » ont été kidnappés, torturés et/ou exécutés dans le cadre de la politique planifiée d’éradication du courant islamique, porteur d’un projet constituant une alternative au pouvoir et qui avait, de par son ancrage populaire, sérieusement menacé les fondements du régime en place.
Les intellectuels des deux bords ont été victimes de ce qu’ils ont fait et non de ce qu’ils ont été.
Il est certain que durant les premières années de la guerre, la puissante campagne de désinformation menée par le régime et ses relais de part et d’autre de la Méditerranée a grandement désorienté l’opinion publique qui n’arrivait pas à s’expliquer certains assassinats. La faiblesse criarde du mouvement politique islamique sur le plan de l’information, a également grandement participé à la production de cette confusion. Cela facilitera le travail des services de l’action psychologique pour lui faire endosser tous les assassinats.

Tous ces facteurs ont permis, un certain temps, de mettre sous le boisseau une réalité : la volonté du pouvoir, sous couvert de la lutte « anti-terroriste », d’éliminer tout ce que comporte la société comme intelligence qui ne s’insère pas dans son projet diabolique d’éradication. Avec le recul, nous constatons que beaucoup d’intellectuels officiellement tués par les présumés islamistes étaient certes de farouches opposants au projet islamique, mais ne cautionnaient pas non plus les pratiques terroristes du pouvoir. Or, les véritables intellectuels et théoriciens de l’éradication, ceux qui lui ont donné une solide assise idéologique et s’en sont fait les ambassadeurs, ont été, en très grande partie épargnés. Ils se permettront même de s’accaparer des morts dont ils sont en partie responsables, en les transformant en leurs propres martyrs. Cela a été, avouons-le, doublement intelligent de la part des « cerveaux » de l’éradication : éliminer les voix critiques et en même temps imposer le silence aux amis et parents des victimes, puisque les « coupables » sont des ennemis, des « islamistes ».

Cette guerre a vu naître, au nom d’une certaine conception des droits de l’homme et de la démocratie, le honteux concept de l’indignation sélective. Une frange de notre élite, instrumentalisée par un quarteron de putschistes ignares et sans scrupules, pataugeait dans les marais du manichéisme, de l’imposture et de la déraison. Et en face, le monde dit libre, avalait les couleuvres de la désinformation et s’enfermait dans un silence affligeant.
Nous ne pouvons parler de cette indignation sélective sans évoquer le rôle joué par une poignée d’intellectuels français et l’éphémère comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA), dans la campagne de désinformation de l’opinion publique. Bien avant d’apprécier à nos dépens l’élasticité de la notion des droits de l’homme dans certains cercles intellectuels et politiques de l’Hexagone et naïfs que nous étions, nous avions adressé, dès la naissance de ce comité, une lettre à son président (7) pour attirer son attention sur la situation d’une dizaine d’intellectuels algériens, torturés et arbitrairement incarcérés dans les geôles des «sauveurs de la démocratie et de la République ». Cette lettre, ainsi qu’une seconde adressée en 1995 (8), resteront sans réponse. En réalité ce silence en lui-même était une réponse : ce comité ne soutenait pas les intellectuels qui refusaient la soumission culturelle.
Nous n’étions pas les seuls à nous interroger sur les véritables desseins de ce comité. Des citoyens français qui refusaient de s’inscrire dans cette infâme campagne de désinformation, se poseront la même question et jugeront choquant ce soutien partiel et partial. C’est le cas de Ginette Scandrani (9) :
« Pourquoi faut-il soutenir uniquement les intellectuels alors que c’est le peuple qu’on assassine ?
Je me sens concernée lorsqu’on assassine des intellectuels, des journalistes ou des artistes mais pas plus que lorsqu’on assassine des ouvriers, des enseignants, des commerçants, des ménagères ou des chômeurs.
Pourquoi faire un catalogue des soutiens ?
Pourquoi ne soutenir qu’une partie des intellectuels alors que d’autres, ceux du FIS, sont soit en prison ou dans des camps ?
Pourquoi faut-il aller trier à l’intérieur de la société algérienne pour désigner les bons et les mauvais ? Ne sont-ils pas tous Algériens ? »

Pierre Guillard (10) écrivait en 1993 :
« J’ai écrit au CISIA : puisque le sort des intellectuels vous interpelle, demandez-vous la libération d’un prisonnier d’opinion, Abdelkader Hachani ? J’attends bien sûr toujours la réponse. A. Hachani n’est en effet qu’ingénieur en pétrochimie, francophone et arabophone, président du parti majoritaire d’un pays de 27 millions d’hommes, et docteur en Islam : autant dire une m….
Abdelkader Hachani n’obtiendra pas le label « intellectuel » délivré de professo par le CISIA. Car seuls seront reconnus «intelligence du pays » les hommes du 11 janvier et de la rébellion armée contre la démocratie ».

Non contents de se transformer en zélés propagandistes intellectuels de l’éradication, cette forme de barbarie à l’algérienne, certains membres de ce comité feront la chasse à tous ceux, qui en France, allaient à contre-courant de l’establishment intellectuel et de sa «pensée dominante » concernant la tragédie algérienne. Nous avons été abasourdis d’apprendre en 1996 d’un ami intellectuel français, qu’il avait été licencié à deux reprises de son emploi sur injonction du CISIA pour avoir dénoncé à travers ses prises de position et ses écrits, la politique de désinformation et les méfaits de ce comité.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article (11) et nous ne cesserons de le répéter, il n’est pas question pour nous de verser dans cette immonde indignation sélective, catégorielle ou dans un quelconque corporatisme en matière de droits de l’homme. Hier et sous d’autres cieux, c’était au nom de l’histoire, aujourd’hui, c’est au nom d’une certaine conception dévoyée de la démocratie et des droits de l’homme qu’on se permet de choisir les bonnes et les mauvaises victimes. La dignité humaine est une et nous ne pouvons admettre une telle classification ignoble tant pour la tragédie algérienne qu’ailleurs. C’est avec un profond respect que nous nous inclinons devant la mémoire de toutes les victimes du drame national provoqué par la politique criminelle d’un régime qui a voulu dresser des algériens contre d’autres algériens pour préserver son pouvoir illégitime et ses privilèges. Paix et miséricorde à leurs âmes !
Mais il est un devoir moral de lever le voile sur une partie de la vérité en affirmant haut et fort qu’à côté des intellectuels tués par les islamistes, il y a eu aussi d’autres intellectuels enlevés, torturés et exécutés arbitrairement par le terrorisme d’Etat qui s’était abattu sur l’Algérie au lendemain du coup d’Etat de 1992 et qu’on avait voulu cacher à l’opinion.

Cette étude n’a pas l’intention de tenir une comptabilité macabre ou la prétention d’énumérer les centaines d’intellectuels victimes de cette guerre, mais seulement de démystifier les menteries du régime et de ses commandos médiatiques de part et d’autre de la Méditerranée qui ont prévalu durant des années. Toute mystification a ses limites. Par des exemples précis et documentés, nous apportons sereinement des preuves irréfutables que le terrorisme d’Etat a amplement participé à la liquidation des hommes de culture et de science. Et cela n’est que justice pour celles et ceux qu’on a voulu effacer des tablettes du drame national.

Il est vrai qu’au début de la sale guerre, beaucoup de monde fut trompé par l’impressionnante machine de désinformation mise en branle par le régime dans le cadre d’une vaste stratégie de manipulation digne des Jacquin, Trinquier et Godard, de triste mémoire. Mais avec le temps, le lourd silence imposé sera rompu et des brèches seront courageusement ouvertes dans cet épais mur de mystification par quelques rares intellectuels, militant(e)s des droits de la personne humaine et officiers qui refusaient cette barbarie mais aussi cette défense des droits de la personne humaine à deux vitesses, aidés en cela par le courageux et admirable travail de témoignage des victimes et familles de victimes, malgré les malheurs et la terreur qui s’étaient abattus sur elles.

Les camps de concentration

Dès les premières heures du coup d’Etat, une vaste campagne d’arrestations fut menée par les services de sécurité et la police politique contre les cadres et élus du parti sorti vainqueur des premières élections législatives libres. Beaucoup d’entre eux étaient des universitaires. Ils seront déportés dans les camps de concentration du Sud.
Pour la seule année 1992, on comptait officiellement 1224 enseignants détenus dans les camps et geôles du régime.
Au camp de concentration de Reggane, situé à 1400 km d’Alger, on comptait en mars 1992 (12) :
· 45 ingénieurs.
· 600 enseignants d’écoles, collèges et lycées.
· 1 enseignant d’Université.
· 11 médecins.
· 5 pharmaciens.
· 4 avocats.

Pour le seul camp de Aïn M’Guel, on notait en mars 1994 (12) :
· 26 professeurs de lycée et de collège
· 5 enseignants universitaires.
· 7 ingénieurs.
· 1 médecin spécialiste, enseignant à la faculté de médecine d’Alger.
· 1 pharmacien.

Deux cas illustrent cette politique de déportation.
· Ouziala Messaoud, docteur en médecine, spécialiste en néphrologie et en transplantation rénale à l’hôpital universitaire Mustapha d’Alger, déporté au lendemain du coup d’Etat de janvier 1992 au camp de concentration d’Aïn M’Guel où il séjournera jusqu’en 1995. Il sera ensuite kidnappé le 8 juillet 1998 à la sortie de l’hôpital Mustapha par des civils armés de la police politique et séquestré durant quinze jours en un lieu secret. A sa libération, il s’exilera en Europe.

· Gahmous Abderrahmane, professeur d’université et chercheur, titulaire d’un PHD aux Etats-Unis, directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’El Harrach. Déporté au lendemain du coup d’Etat au camp de concentration de Reggane durant plusieurs mois. Il sera contraint, lui aussi à l’exil.

La terreur des escadrons de la mort

En 1993, apparurent deux escadrons de la mort : l’OSSRA (organisation secrète de sauvegarde de la république algérienne) et l’OJAL (organisation de la jeunesse algérienne libre), éphémères branches de la police politique. Leur but était de terroriser le camp islamique. C’était la mise en pratique de la sinistre devise : »la peur doit changer de camp ». L’une d’elles, l’OJAL, se spécialisera dans la chasse et la liquidation des intellectuels du courant islamique. De nombreux universitaires recevront des menaces de mort, seront torturés ou exécutés par cette organisation terroriste. Parmi ses victimes, nous citerons :

· Boudjelkha Mohamed Tidjani, professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar d’Alger, avait reçu une lettre de menace de mort de cette organisation puis avait été kidnappé à son domicile en novembre 1993 par trois civils armés se présentant comme éléments de l’OJAL. Il sera séquestré en un lieu secret puis torturé durant plusieurs jours avant d’être libéré avec un message destiné aux intellectuels du courant islamique: la mort. Il sera contraint de s’exiler à sa libération.

· Mohamed Lahbib Haddam, docteur en médecine, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital universitaire Mustapha et maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger recevra lui aussi une lettre de menace de mort de l’OJAL. Le 11 novembre 1993 à 20 heures, deux civils armés et cagoulés feront irruption à son domicile. Le chirurgien sera ligoté ainsi que son épouse et sa fille. Les deux hommes armés lui affirmeront qu‘ils appartenaient à l’OJAL, qu’ils lui avaient adressé une lettre le condamnant à mort et qu’ils venaient exécuter la sentence. Après avoir enfermé leurs trois victimes dans une pièce, et pris de doute sur l’identité de la cible, ils quitteront les lieux en emportant les clés de l’appartement, en volant une importante somme d’argent et en promettant de revenir durant la nuit. Le chirurgien et sa famille arriveront miraculeusement à se libérer et à fuir le domicile pour aller se réfugier chez des amis avant le retour des deux criminels. Il sera contraint lui aussi à s’exiler.

· Mohamed Saïd Moulay, professeur et doyen de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab Ezzouar, recevra lui aussi en mars 1993 une lettre de menace de mort de l’OJAL. En décembre 1993, deux civils armés feront irruption à son bureau à l’Institut de mathématiques. Devant les menaces, il se mettra à protester à haute voix afin d’attirer l’attention des secrétaires et des directeurs-adjoints de l’Institut. Affolés par l’attroupement des fonctionnaires et des étudiants devant le bureau du Doyen, les deux criminels prendront la fuite. Ce n’était que partie remise. En effet, cet universitaire sera kidnappé avec ses deux enfants en bas âge le 19 juin 1994 par des civils armés sur l’autoroute d’El Harrach puis séquestré durant 30 jours et torturé au commissariat central d’Alger (voir chapitre tortures).

· Ahmed Hambli, professeur à la faculté de droit de l’université de Tizi Ouzou est tué par balles le 2 octobre 1993 à l’entrée de l’université par des hommes armés qui réussiront à prendre la fuite. Ses proches amis accuseront l’OJAL de son assassinat.

· Necib Mohamed Arezki, maître de conférences à la faculté de Droit de Ben Aknoun, recevra à son tour en novembre 1993, une lettre de l’OJAL le menaçant de mort. Quelques mois plus tard, des hommes armés se présenteront à son domicile pour l’assassiner. Il réussira à leur échapper.

· Mohamed Bouslimani, homme de culture et théologien, président de l’association caritative El Irshad Oual Islah, enlevé à son domicile le 26 novembre 1993. Son enlèvement sera revendiqué simultanément par l’OJAL et le GIA (probablement une absence de coordination entre les deux organisations criminelles issues de la même officine). Son corps, en état de décomposition avancée, sera découvert dans la région d’El Affroun (Blida) le 28 janvier 1994.

La Torture

Les intellectuels comme des dizaines de milliers d’autres citoyens, ne seront pas épargnés par la torture, cette pratique dégradante et inhumaine qui sera institutionnalisée après l’annulation des élections législatives, dans l’ensemble des centres de détention. Nous citerons à titre d’exemple les cas de :

· Moulay Mohamed Saïd, professeur d’université et doyen de l’Institut de Mathématiques, kidnappé sur l’autoroute le 19 juin 1994 par des civils armés alors qu’il était à bord de son véhicule avec ses deux enfants. Gardé au secret durant 30 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il s’en sortira avec un traumatisme crânien, un traumatisme de la main et une baisse de l’acuité visuelle.

· Sari Ahmed Mahfoud, docteur en médecine, professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire de Baïnem (Alger-ouest), arrêté le 2 mai 1993 alors qu’il assurait sa consultation de cardio-pédiatrie. Séquestré durant 12 jours au commissariat de Cavaignac d’Alger où il sera sauvagement torturé avant d’être arbitrairement incarcéré durant 6 mois à la prison d’El Harrach.

· Brahami Mostafa, enseignant de physique à l’université de Bab Ezzouar, titulaire d’un magistère en physique quantique et doctorant en management, arrêté la première fois en octobre 1992 et sauvagement torturé durant une semaine au commissariat central d’Alger. Arrêté une seconde fois en avril 1993 et séquestré durant un mois au centre de Châteauneuf où il sera à nouveau torturé avant d’être libéré, sans retenir aucune charge contre lui. Devant ces harcèlements et les menaces de liquidation physique adressées par les escadrons de la mort de l’OJAL, il sera contraint à s’exiler en Europe fin 1993.

· Lafri Khaled, docteur en médecine, chirurgien orthopédiste, ex-maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté à son domicile dans la nuit du 7 juin 1994. Gardé au secret durant 40 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il présentera un traumatisme des jambes laissé sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois ans à la prison d’El Harrach puis de Serkadji.

· Lamdjadani Noureddine, docteur en médecine, épidémiologue, maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté au commissariat central d’Alger le 17 mai 1994. Gardé au secret durant 60 jours à Châteauneuf puis au commissariat central d’Alger où il sera torturé. A présenté lors de sa séquestration de graves problèmes de santé restés sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois années à la prison d’El Harrach.

· Kerkadi Ahcène, chirurgien-dentiste, demeurant à Larbaâ (Blida), arrêté la première fois à son domicile, en avril 1993 par des parachutistes. Torturé à la caserne de Bouzaréah puis de Ben Aknoun durant une semaine avant d’être jeté sur la route. Il en sortira avec une perforation du tympan. Arrêté une seconde fois en novembre 1993, il sera séquestré durant sept jours au centre de Blida où il sera à nouveau torturé. A sa libération et devant les menaces d’assassinat, il décidera de quitter l’Algérie.

· Hammoudi Nadir, architecte, arrêté dans la nuit du 9 octobre 1992 à son domicile. Séquestré durant 28 jours au commissariat de Bab El Oued où il sera atrocement torturé. Arbitrairement incarcéré durant 5 ans à la prison de Serkadji et d’El Harrach.

· Thamert Hocine, professeur au lycée de Dellys (Boumerdés), kidnappé le 24 avril 1994 dans la rue à Alger par des civils armés de la police politique. Séquestré durant 26 jours successivement au commissariat central d’Alger, au centre de Châteauneuf et à Haouch Chnou de Blida où il subira d’abominables tortures. Selon son témoignage l’un des tortionnaires de Châteauneuf tentera de lui sectionner les doigts avec des ciseaux de tailleur.

Les exécutions sommaires

Les hommes de savoir ne seront pas épargnés, à l’instar de milliers d’autres citoyens, par les exécutions sommaires.
Dans une étude réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat (13) nous avions répertorié sur une liste non exhaustive de 1100 exécutions sommaires :
· 42 enseignants (primaire, collège et lycée).
· 11 universitaires.
· 07 médecins.
· 02 avocats.
· 02 ingénieurs.

Quelques cas illustrent cette politique planifiée de liquidation physique
· Azizi Abdelkrim, professeur de langue arabe, demeurant à El Harrach (Alger), a été torturé dans la salle de bain de son domicile le 22 septembre 1993 sous les yeux de son épouse et de ses trois filles par des policiers dirigés par le commissaire de Bourouba. Il sera ensuite embarqué avec son fils de 18 ans, Abdessamad au dit commissariat où ils seront séquestrés durant plusieurs semaines avant d’être exécutés sommairement selon le témoignage d’un officier de police adressé en 2000 au président de la République.

· Bouchelaghem Moussa Fouad, Maître de conférences à l’université de Blida, titulaire d’un doctorat en physique, arrêté à son domicile à Alger le 3 juin 1994 par des éléments cagoulés de la police politique. Il sera localisé, suite à des témoignages concordants d’ex-détenus, au centre de Châteauneuf (cellule n°9) où il sera affreusement torturé. Le 8 septembre 1994, sa mère trouvera son nom sur le registre de la morgue de Bologhine où il aurait été transféré le 20 juillet. Selon la version officielle, il aurait été abattu suite à une «tentative de fuite ». Des ex-détenus, ses amis et sa famille sont formels : cet universitaire avait été sorti de sa cellule et exécuté sommairement.

· Bouhadida Seghir, journaliste et maître-assistant à l’Institut de journalisme de l’université d’Alger, a été kidnappé dans la rue le 11 juin 1995 par des agents de la police politique. Il sera localisé dans un premier temps selon le témoignage de sa famille au commissariat de Bourouba. En 1996, sa famille apprendra par le biais d’Amnesty international qu’il avait été abattu «suite à un accrochage avec un groupe terroriste » selon la correspondance adressée par les autorités à cette ONG des droits de l ‘homme.

· Boularas Ahmed, physicien, maître de conférences à l’université de Blida, arrêté en septembre 1994 à son domicile à Larbaâ (Blida) par la police politique. Selon le témoignage de ses proches, il aurait été affreusement torturé avant d’être exécuté. Son cadavre sera retrouvé quelque temps après à la morgue. Un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader exerçant au CTRI de Blida et réfugié détenu en Thaïlande confirmera dans une interview à l’AFP en août 2000, qu’effectivement, cet universitaire avait été exécuté sommairement par la sécurité militaire. (14)

· Chenafa Djillali, avocat, demeurant à Sidi Ali (Mostaghanem) arrêté le 3 novembre 1994 par la police politique selon le témoignage de ses proches. Son cadavre sera retrouvé à la décharge de Beni Haoua, quelques jours plus tard.

· Dahab Omar, ingénieur en électronique, demeurant à El Oued, enseignant à l’école de formation professionnelle, arrêté en mars 1994 ainsi que dix de ses élèves. Il sera remis dans un cercueil à sa famille. Il avait été exécuté ainsi que les dix élèves du centre de formation professionnelle.

· Taleb Abderrahmane, docteur en médecine, demeurant à Larbaâtache (Boumerdés), précédemment arrêté en avril 1993, séquestré et torturé au commissariat Cavaignac d’Alger puis arbitrairement incarcéré durant 07 mois à la prison d’El Harrach, sera exécuté sommairement le 19 juin 1994 à son domicile par des militaires selon le témoignage de sa famille.

· Haddoum Kouider, docteur en médecine, demeurant à Hassasnia (Aïn Defla), arrêté par des gendarmes en janvier 1994 et exécuté ainsi que trois autres citoyens en février 1994 dans la forêt de M’Ghazi, selon le témoignage de sa famille.

· Rosli Mohamed, doyen de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Blida, arrêté le 30 octobre 1993 par la police politique à l’université et devant ses collègues universitaires et ses étudiants. Deux ans après son enlèvement, il adressera un message à ses parents par l’intermédiaire d’un codétenu libéré signalant qu’il avait été sauvagement torturé et qu’il était séquestré à la prison militaire de Blida. Sa famille n’aura jamais l’occasion de le voir. En août 2000, un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader, réfugié en Thaïlande et dans une interview à l’AFP, affirmera que cet universitaire avait été exécuté. (14)

· Boucherit Lotfi, 28 ans, demeurant au quartier Belle Vue de Constantine est docteur en médecine. Enlevé le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile de sa tante (11, rue El Kadi, Casbah, Constantine) par les services de sécurité. Ces derniers auraient dérobé, selon le témoignage de sa famille, une veste en cuir neuve, un poste radio, des livres de médecine, des livres de théologie, une somme de 50 000 DA, un appareil photo et une médaille d’ancienne combattante de la guerre de libération nationale de sa tante. Mort sous la torture et enterré le 30 septembre 1995 au cimetière central de Constantine.

Les «disparitions »

Parmi les milliers de citoyens «disparus», nous notons un nombre non négligeable d’enseignants, médecins, avocats, ingénieurs et autres hommes de science.
Dans une étude (15) réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat, nous relevions sur un échantillon de 1000 cas :
57 enseignants (primaire, secondaire, universitaire)
08 Médecins
13 Ingénieurs
03 Architectes
04 Avocats et juristes
04 Journalistes

Dix cas illustrent cette politique d’enlèvements touchant cette catégorie de citoyens :· Allalou Sidali, demeurant à Alger, Ingénieur d’Etat en hydraulique a été arrêté le 19 février 1995 à 18 heures par des civils armés sur le tronçon Bir Mourad Raïs-Birkhadem alors qu’il circulait à bord de son véhicule de type Renault Super Cinq. Il sera localisé aux centres de la sécurité militaire de Châteauneuf et de Haouch Chnou ( CTRI de Blida) par sa famille grâce aux témoignages de citoyens rescapés de ces centres. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Aouifer Sebti, père de 6 enfants, demeurant à Taher (Jijel), ingénieur d’Etat en agronomie, directeur de la coopérative agricole de Chekfa (Jijel), arrêté le 12 septembre 1995 à la brigade de gendarmerie de Chekfa. Cet ingénieur et responsable était connu pour ses compétences et sa probité. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Bellahrèche Chérif, docteur en médecine, professeur agrégé en rhumatologie et chef de service de rhumatologie à l’hôpital universitaire de Constantine. Membre de plusieurs sociétés scientifiques internationales. Il a été arrêté le 8 novembre 1994 par quatre hommes armés se réclamant des services de sécurité, alors qu’il était en consultation médicale dans son service. Sa famille l’aurait localisé au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf en février 1995, sur la base de témoignages de rescapés de ce centre. Aucune information sur ce médecin depuis neuf années.

· Benabid Belkacem, père de 4 enfants, docteur en médecine, demeurant à Sétif. Arrêté dans la matinée du 14 novembre 1994 près de son cabinet médical situé au faubourg des 5 fusillés à Sétif par 3 civils armés se présentant comme des agents des services de sécurité qui l’ont forcé à monter à l’arrière de sa propre voiture de type R25. L’arrestation s’est faite devant près de 25 personnes dont l’infirmier du cabinet, les patients qui attendaient le praticien et les voisins. Il aurait été localisé dans un premier temps au commissariat de police de Sétif. Les policiers de ce commissariat refuseront d’enregistrer la plainte du père pour enlèvement. Aucune nouvelle depuis neuf ans.

· Beneddine Allel, avocat, demeurant à Oran, arrêté le 22 novembre 1994 à minuit à son domicile par une vingtaine d’hommes armés de la Sécurité militaire venus à bord de véhicules banalisés après avoir défoncé la porte de son appartement. A disparu depuis.

· Benkara Mustapha, père de deux enfants, chirurgien et chef de service à l’hôpital de Médéa, arrêté le 31 mars 1994 à 12 heures par des militaires sur son lieu de travail, en présence de ses confrères et du directeur de l’établissement hospitalier. Selon le témoignage de sa famille, il aurait été séquestré durant 25 jours à la gendarmerie de Médéa puis aurait été transféré par des éléments de la Sécurité militaire vers la prison de Camera située à Ksar Boukhari. Selon le témoignage d’un technicien en radiologie, ce chirurgien aurait été ramené de nuit aux urgences de l’hôpital de Médéa, la tête recouverte d’un drap, pour ne pas être reconnu par ses collaborateurs. Il présentait un traumatisme de l’avant-bras et de la jambe, suite aux tortures. Depuis, personne n’a plus eu de ses nouvelles.

· Bouabdallah Abdelaziz, journaliste au quotidien El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils porteurs d’armes à vision infra-rouge selon le témoignage de sa famille. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Des témoins auraient affirmé l’avoir vu au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. Aucune nouvelle de ce journaliste depuis sept ans.

· Fahassi Djamal Eddine, journaliste à la radio nationale (chaîne 3), père d’un enfant, demeurant à El Harrach (Alger) est kidnappé le 6 mai 1995 par des éléments de la sécurité militaire venus à bord de deux véhicules banalisés à El Harrach, près de l’Institut d’agronomie. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. D’autres témoignages concordants confirmeront ces dires. En 1992, ce journaliste avait été déporté durant 45 jours au camp de concentration de Aïn Salah.

· Goumri Tayeb, professeur au lycée de Salah-Bey (Sétif), demeurant à Maafeur, commune de Salah-Bey, arrêté le 23 janvier 1995 par des gendarmes alors qu’il se rendait au lycée. Localisé par des témoins à la gendarmerie de Salah-Bey. Aucune nouvelle depuis de cet enseignant.

· Saâdoun Djamel, polytechnicien, maître-assistant à l’Ecole polytechnique d’El Harrach, doctorant en mécanique, demeurant à El Biar (Alger), enlevé le 7 mars 1996 à son domicile par des gendarmes de Bouzaréah puis remis aux militaires de la caserne de Blida avant d’être transféré à Béchar le 14 mars 1996 à partir de l’aéroport de Boufarik, puis à Abadla selon le témoignage de sa famille. A disparu depuis cette date.

Nous ne terminerons pas cette douloureuse énumération de quelques dizaines de victimes citées à titre d’exemple, sans l’évocation de la mémoire de nombreux intellectuels dont l’assassinat n’a jamais été élucidé et dont les proches, amis et observateurs continuent à s’interroger sur les véritables commanditaires de leur élimination physique, malgré l’étiquette «GIA » officiellement collée aux auteurs de ces crimes. Comme pour des milliers d’autres victimes de cette guerre, aucune enquête sérieuse n’aura été diligentée et aucun procès équitable ne prouvera la culpabilité des malheureux citoyens inculpés. L’opinion se suffira parfois d’un communiqué laconique de presse annonçant que «les auteurs de l’assassinat de tel intellectuel ont été abattus au cours d’un accrochage avec les services de sécurité » et le dossier était ainsi clos. Ailleurs on présentera souvent à cette même opinion, lors d’ «aveux » télévisés, de malheureux citoyens, le visage tuméfié et déformé par la torture, ‘’reconnaissant’’ avoir tué tel ou tel intellectuel. Des «aveux » d’un autre âge qui ne trompent personne.
Les observateurs avertis se sont toujours demandés si, dans le cadre de l’action psychologique qui sous-tendait le diabolique plan d’éradication, certains meurtres catégoriels et ciblés n’étaient pas destinés à semer la terreur dans une classe moyenne frileuse afin de la jeter sous le burnous mité des janviéristes.

Quatre cas illustrent cette catégorie de victimes :
· Youcef Fethallah, juriste et président de la ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), tué le 18 juin 1994 devant la porte de son cabinet professionnel, à la rue Larbi Ben M’hidi (Alger). Ses amis nous apprendront que cet humaniste venait de revenir de Berlin où il avait assisté à une conférence organisée par Amnesty International. Il avait très tôt dénoncé la répression qui s’était abattue sur les jeunes citoyens et l’ouverture des camps de concentration. Le 8 mai 1994, il participait à Alger, à la marche nationale pour le dialogue et la réconciliation nationale, ce qui lui valut des attaques virulentes de la part de la minorité éradicatrice et de sa presse attitrée. Membre de la commission «d’enquête » sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf, des informations à l’époque avaient fait état de réserves émises par le défunt quant au rapport final.

· Embarek Mahiout, économiste, militant des droits de l’homme et membre (trésorier) de la direction du Front des Forces Socialistes, tué ainsi que son neveu le 4 novembre 1995, à Kouba (Alger) à quelques jours des «élections » présidentielles, mascarade électorale à laquelle le FFS et d’autres partis politiques appelaient au boycott. Cet universitaire, était connu pour son infatigable combat pour les droits de la personne humaine et la démocratie. Là aussi, officiellement, le «GIA » était responsable de ce crime. Lors du procès intenté par l’ex-«ministre» de la Défense du régime d’Alger contre le sous-lieutenant Souaïdia, Aït Ahmed cité comme témoin par la défense déclarera à l’audience, concernant le regretté Mahiout : « Non seulement on confisque le pouvoir, ses richesses, la mémoire, mais aussi quand «ils» veulent régler leurs problèmes internes, ils s’envoient des messages en ciblant des personnalités. On a ciblé notre trésorier, on l’a tué en pleine campagne électorale » (16)

· Abdelkader Hachani, ingénieur en pétrochimie, membre de la direction politique du Front Islamique du Salut, arbitrairement incarcéré durant cinq ans et demi au bagne de Serkadji (1992 – 1997) pour avoir appelé les militaires à respecter le choix du peuple souverain. Mis sous filature serrée par la police politique depuis sa libération, il sera froidement exécuté le 22 novembre 1999 par un homme armé dans un cabinet dentaire où il se soignait. L’auteur présumé du crime, membre du «GIA » selon la version officielle, sera rapidement arrêté, quelques jours après le forfait, se promenant à Alger, selon la presse avec l’arme du crime et….les papiers de la victime ( ! ! ?). La famille du défunt dénoncera la parodie de procès où persisteront de larges zones d’ombre. « Il est demandé aux instances suprêmes du pays d’en faire toute la vérité. Rien que la vérité. L’histoire ne pardonnera pas » déclarera son frère, après ce procès (17).

· Tahar Djaout, journaliste et écrivain, victime d’un attentat le 26 mai 1993 près de son domicile dans la banlieue ouest d’Alger, succombera quelques jours plus tard à ses blessures. Le 30 mai, l’AFP, citant une source sécuritaire annonçait que deux des auteurs de l’assassinat de ce journaliste avaient été abattus. Le 1er juin, un citoyen, Abdallah Belabassi, faisait des «aveux » à la télévision, affirmant être le conducteur du véhicule des assassins du journaliste et que le meurtre avait été commandité par un certain Layada. Quatre groupes de citoyens se retrouveront devant la justice, accusés d’être responsables de l’attentat. Layada, «émir » du «GIA » et présenté par certains titres de presse et par le malheureux Belabassi lors de ses «aveux » télévisés comme étant le commanditaire du meurtre sera acquitté par le tribunal d’exception d’Alger dans cette affaire. Les amis du journaliste créeront un comité pour la vérité sur sa mort. Deux membres de ce comité (Boucebci et Mekbel) seront à leur tour assassinés quelque temps après. Son ami, Arezki Aït Larbi, journaliste, écrira à ce propos : « Malgré toutes ces manœuvres, il reste toutefois une certitude : huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, restera une énigme ». (18). Beaucoup d’observateurs continueront là aussi à s’interroger sur les commanditaires de ce meurtre (19).

Encore une fois, il ne s’agit nullement de remuer le couteau dans la béante et profonde plaie du drame national qui n’est pas prête d’être cicatrisée mais seulement de remuer les arguments fallacieux et ignobles de ceux qui ont transformé une immense espérance de changement en une tragédie abyssale et qui n’ont pas hésité, pour sauver leur république des privilèges, à mener une guerre contre une partie de leur propre peuple tout en essayant vainement, le temps d’un mensonge, de tromper l’opinion publique sur la réalité du drame et d’une partie des victimes.
Après avoir joué sur la désinformation et la manipulation et après que la baudruche se soit en partie dégonflée, les maîtres du royaume de la terreur et de l’arbitraire, troublés par leur mauvaise conscience pensent jouer sur le temps et donc sur l’amnésie pour effacer les traces de toutes les horreurs qu’ils ont fait subir – et qu’ils continuent à faire subir – directement ou indirectement à leur propre nation durant plus d’une décennie de crimes et de non-châtiments.
Ils pensent, ainsi, par ces stratagèmes éculés, échapper au tribunal de l’Histoire. Grossière erreur !
La page sanglante de cette tragédie qui perdure ne pourra être tournée tant que toute la Vérité n’aura pas éclaté et que la Justice n’aura pas apposé son sceau.
Ce modeste travail est une contribution que nous versons au dossier de l’Algérie meurtrie qu’aura à traiter la future commission nationale de Vérité et l’Histoire inéluctablement jugera, n’en déplaise aux criminels de tous bords qui pensent pouvoir, par la force, l’argent sale, le mensonge et l’intrigue, échapper à son tribunal !

Références :

(1) Rachid Mimouni, Le Monde, 18 mai 1994, p.2.
(2) François Burgat, Algérie : L’islamisme contre les intellectuels ? In L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 58.
(3) Rachid Boudjedra, militant de l’ex-parti stalinien algérien du PAGS et éradicateur devant l’Eternel, témoin à charge lors du procès qu’intentait Khaled Nezzar contre le sous-lieutenant Souaïdia, déclarera, toute honte bue, le 03 juillet 2002 devant la 17e chambre du tribunal de Paris être le «continuateur de Proust et de Flaubert ». Cette ‘’blague’’ provoquera l’hilarité de la salle. Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 248.
(4) Rachid Boudjedra, Le FIS de la haine, Editions Denoel, Paris, 1992.
(5) Michel Morel, Lettre à l’hebdomadaire l’Express, N° 407, 02 avril 1959.
(6) Oued Namous et Reggane.
(7) Citée par Jacques Vergés, in : Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Editions Albin Michel, 1993, p. 62.
(8) Salah-Eddine Sidhoum, Lettre ouverte à Pierre Bourdieu, président du CISIA, septembre 1995, publiée in : Livre blanc sur la répression en Algérie, T3, Les complicités, Editions Hoggar, Suisse 1996, p. 288.
(9) Ginette Scandrani, L’Algérie, quel dialogue ? L’appel du CISIA in : L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 41.
(10) Pierre Guillard, Que se passe-t-il dans la tête de M. Pierre Bourdieu ? in : Jusqu’à quand la désinformation à propos du pays d’Algérie. Textes polycopiés. 13 novembre 1993. Pierre Guillard est l’auteur d’un ouvrage sur la tragédie algérienne : Ce fleuve qui nous sépare. Editions Lyosel, Paris, 1994.
(11) Salah-Eddine Sidhoum, L’autre versant de la tragédie, Algeria-Watch, décembre 2001, www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/versant_tragedie.htm
(12) Témoignages adressés par des déportés à l’auteur.
(13) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1100 exécutions sommaires, in : Algeria-Watch, 11 janvier 2002, http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm
(14) Voir aussi son interview : Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM, Nord-Sud Export, n°427, 21 septembre 2001.
(15) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1000 cas de disparitions forcées. In Algeria-Watch. 11 janvier 2002. http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1000_disparitions/1000_disparitions_A.htm
(16) Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 382.
(17) Kamel Hachani. Rétablir la vérité. In hebdomadaire El Borhane, semaine du 25 août au 1er septembre 2001.
(18). Arezki Aït-Larbi. L’assassinat de Tahar Djaout : un crime sans coupables. Le Matin 26 mai 2001. www.algeria-watch.de/farticle/presse/tahar_djaout.htm
(19) Lire aussi, concernant les interrogations sur l’assassinat de feu Djaout :
- Ghania Mouffok : « Qui a tué Tahar Djaout ? » in Etre journaliste en Algérie. RSF. Paris 1996. p.91-94.
- Le rapport de Reporters sans frontières (mars 1997) : Algérie : la guerre civile à huis-clos. Chapitre : « Qui a tué Tahar Djaout ? », in Algérie Le livre noir, p.16. Editions La Découverte 1997,
- L’article du journaliste et ami du défunt, Arezki Aït Larbi dans le Figaro du 9 janvier 1997.

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Algeria-Watch, mars 2003

Posté par algeriedemocratie le 1 août 2010


Algeria-Watch, mars 2003 dans salah-eddine sidhoum(25) dictature-alg%C3%A9rienneSuite aux révélations faites par l’ex-agent de la police politique, Karim Moulaï quant aux crimes contre l’Humanité commis par les « sauveurs de la République….des privilèges », je me permets de reproduire une contribution que j’avais publié en mars 2003 sur le site Algeria-Watch, à un moment où j’étais moi-même pourchassé par ces ordures criminelles pour avoir dénoncé, documents et témoignages à l’appui,  leurs abominables crimes contre notre Peuple. Pour l’Histoire !

Salah-Eddine SIDHOUM

Algeria-Watch, mars 2003

A la mémoire de mon Ami, le regretté Cheikh Benyoucef Benkhedda, président du GPRA, qui m’a appris la valeur et le sens de l’Ethique politique.  
  C’est par la vérité qu’on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu’on connaît la vérité.
Emir Abdelkader El Djazaïri
  La société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil.
E. Zola.

« En Algérie, on assassine l’intelligence ».
Que de fois n’avons-nous pas entendu ce slogan clamé durant les années de braise, de part et d’autre de la Méditerranée, concernant les assassinats d’intellectuels algériens. Tel un leitmotiv, il était ressassé et martelé tant par les services de propagande du régime d’Alger et leurs plumitifs que par leurs relais en France dans un concert médiatique assourdissant d’une ampleur jamais égalée.
Par intellectuels, on entendait par-là seulement une minorité qui s’était ralliée par peur ou par calcul au régime militaire et s’était abritée derrière les blindés qui venaient de renverser l’urne de la «piétaille », des «gueux » et des «va-nu-pieds » qui avaient mal voté.
C’est cette malheureuse minorité élitiste, hautaine et méprisante, autoproclamée «intelligence du pays » qui sera utilisée par les services de l’action psychologique de la police politique dans la vaste campagne de manipulation et de désinformation, pour travestir la réalité du drame algérien et déverser inepties, insultes et mensonges, à travers, plus particulièrement une partie de la presse privée nationale et les plateaux de la télévision française.

N’est-ce pas feu Rachid Mimouni qui écrivait (1), s’adressant à l’opinion française:
« C’est la première fois dans l’histoire qu’on voit un mouvement terroriste se proposer d’éradiquer toute l’intelligentsia d’un pays, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une maladie. Le projet consiste à décerveler le pays. »

Et c’est un intellectuel français, François Burgat (2) de lui répondre :
« Les islamistes, nous ont longtemps expliqué en effet les plus médiatisés des analystes, avaient décidé de «décerveler » un pays où s’affrontaient «le camp des terroristes et celui des militaires », sous les yeux impuissants de la population. Est-ce vraiment de cela qu’il s’est agi ? Et si entreprise de «décervelage » il y a eu, qui en ont été réellement les acteurs et les victimes ? »

N’est-ce pas aussi un certain Rachid Boudjedra, se proclamant sans rougir «continuateur de Flaubert et de Proust » (sic) (3) qui traitera de «conglomérat de rats enragés et pestiférés» et de «charlatans de basse lignée et d’ignares semi-alphabétisés » (4), des citoyens, militants et sympathisants du parti que le suffrage universel venait de désigner première majorité politique en Algérie. Cette «hogra intellectuelle » n’est pas sans nous rappeler celle de certains colons, à l’image d’un Michel Morel, à l’encontre des «indigènes » traités de «huit millions de ratons sales et illettrés qui narguent la France » (5)
Plus de trois millions de citoyens algériens avaient voté pour des «rats enragés et pestiférés». ! Quel respect de la dignité et de la citoyenneté de la part de notre «élite » ! !

La propagande du régime et de ses troubadours médiatiques «omettra » de signaler que bien avant que certains intellectuels tombent sous les balles des islamistes, des centaines d’autres intellectuels avec des milliers d’autres citoyens, étaient embarqués de nuit et déportés dans les camps de concentration de l’extrême-sud, là où la France coloniale expérimentait ses armes chimiques et nucléaires (6). Ils étaient parmi les plus chanceux. D’autres moins chanceux, connaîtront les affres de la torture, mourront sur les tables d’«exploitation » du renseignement, seront exécutés sommairement et arbitrairement ou disparaîtront à tout jamais. Leur crime était d’appartenir à un courant politique à qui le suffrage universel venait d’accorder, pour la première fois depuis l’indépendance la légitimité de diriger le pays pour une période déterminée. De toutes ces victimes, personne n’en parlera. Ni en Algérie ni en Europe. De véritables parias ! L’esprit des deux collèges de la nuit coloniale qui resurgit. Triste recommencement de l’histoire !

Cette histoire revisitée nous rappellera cruellement que l’intellectuel algérien – le véritable intellectuel – hier comme aujourd’hui a payé, au coté de ses concitoyens, un lourd tribu dans les conflits qu’aura connu l’Algérie contemporaine. Nous sommes en droit de nous interroger si cette élimination de l’intelligence n’avait pas sa tradition dans notre guerre de libération ? Ce qui se passe aujourd’hui n’est-il pas la continuité de ce qui s’est passé hier durant la révolution et au lendemain de l’indépendance et de cette haine viscérale qu’avaient certains chefaillons vis-à-vis des intellectuels (purges sanglantes de la « bleuite » dans les maquis, assassinats de Abane, Allaoua Abbas, Chaabani, Khemisti, Mécili….) ?

Il serait honnête de rétablir avant tout la vérité en précisant que les intellectuels tués par les islamistes ne l’ont pas été en tant que tels mais pour leur prise de position en faveur du coup d’Etat et pour avoir accepté d’assurer, pour certains d’entre eux, la couverture idéologique de la répression sauvage qui s’était abattue au lendemain du pronunciamiento sur une partie de la population. Cette importante clarification ne signifie nullement que cela était une raison pour les assassiner.
Tout comme les intellectuels de « l’autre bord » ont été kidnappés, torturés et/ou exécutés dans le cadre de la politique planifiée d’éradication du courant islamique, porteur d’un projet constituant une alternative au pouvoir et qui avait, de par son ancrage populaire, sérieusement menacé les fondements du régime en place.
Les intellectuels des deux bords ont été victimes de ce qu’ils ont fait et non de ce qu’ils ont été.
Il est certain que durant les premières années de la guerre, la puissante campagne de désinformation menée par le régime et ses relais de part et d’autre de la Méditerranée a grandement désorienté l’opinion publique qui n’arrivait pas à s’expliquer certains assassinats. La faiblesse criarde du mouvement politique islamique sur le plan de l’information, a également grandement participé à la production de cette confusion. Cela facilitera le travail des services de l’action psychologique pour lui faire endosser tous les assassinats.

Tous ces facteurs ont permis, un certain temps, de mettre sous le boisseau une réalité : la volonté du pouvoir, sous couvert de la lutte « anti-terroriste », d’éliminer tout ce que comporte la société comme intelligence qui ne s’insère pas dans son projet diabolique d’éradication. Avec le recul, nous constatons que beaucoup d’intellectuels officiellement tués par les présumés islamistes étaient certes de farouches opposants au projet islamique, mais ne cautionnaient pas non plus les pratiques terroristes du pouvoir. Or, les véritables intellectuels et théoriciens de l’éradication, ceux qui lui ont donné une solide assise idéologique et s’en sont fait les ambassadeurs, ont été, en très grande partie épargnés. Ils se permettront même de s’accaparer des morts dont ils sont en partie responsables, en les transformant en leurs propres martyrs. Cela a été, avouons-le, doublement intelligent de la part des « cerveaux » de l’éradication : éliminer les voix critiques et en même temps imposer le silence aux amis et parents des victimes, puisque les « coupables » sont des ennemis, des « islamistes ».

Cette guerre a vu naître, au nom d’une certaine conception des droits de l’homme et de la démocratie, le honteux concept de l’indignation sélective. Une frange de notre élite, instrumentalisée par un quarteron de putschistes ignares et sans scrupules, pataugeait dans les marais du manichéisme, de l’imposture et de la déraison. Et en face, le monde dit libre, avalait les couleuvres de la désinformation et s’enfermait dans un silence affligeant.
Nous ne pouvons parler de cette indignation sélective sans évoquer le rôle joué par une poignée d’intellectuels français et l’éphémère comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA), dans la campagne de désinformation de l’opinion publique. Bien avant d’apprécier à nos dépens l’élasticité de la notion des droits de l’homme dans certains cercles intellectuels et politiques de l’Hexagone et naïfs que nous étions, nous avions adressé, dès la naissance de ce comité, une lettre à son président (7) pour attirer son attention sur la situation d’une dizaine d’intellectuels algériens, torturés et arbitrairement incarcérés dans les geôles des «sauveurs de la démocratie et de la République ». Cette lettre, ainsi qu’une seconde adressée en 1995 (8), resteront sans réponse. En réalité ce silence en lui-même était une réponse : ce comité ne soutenait pas les intellectuels qui refusaient la soumission culturelle.
Nous n’étions pas les seuls à nous interroger sur les véritables desseins de ce comité. Des citoyens français qui refusaient de s’inscrire dans cette infâme campagne de désinformation, se poseront la même question et jugeront choquant ce soutien partiel et partial. C’est le cas de Ginette Scandrani (9) :
« Pourquoi faut-il soutenir uniquement les intellectuels alors que c’est le peuple qu’on assassine ?
Je me sens concernée lorsqu’on assassine des intellectuels, des journalistes ou des artistes mais pas plus que lorsqu’on assassine des ouvriers, des enseignants, des commerçants, des ménagères ou des chômeurs.
Pourquoi faire un catalogue des soutiens ?
Pourquoi ne soutenir qu’une partie des intellectuels alors que d’autres, ceux du FIS, sont soit en prison ou dans des camps ?
Pourquoi faut-il aller trier à l’intérieur de la société algérienne pour désigner les bons et les mauvais ? Ne sont-ils pas tous Algériens ? »

Pierre Guillard (10) écrivait en 1993 :
« J’ai écrit au CISIA : puisque le sort des intellectuels vous interpelle, demandez-vous la libération d’un prisonnier d’opinion, Abdelkader Hachani ? J’attends bien sûr toujours la réponse. A. Hachani n’est en effet qu’ingénieur en pétrochimie, francophone et arabophone, président du parti majoritaire d’un pays de 27 millions d’hommes, et docteur en Islam : autant dire une m….
Abdelkader Hachani n’obtiendra pas le label « intellectuel » délivré de professo par le CISIA. Car seuls seront reconnus «intelligence du pays » les hommes du 11 janvier et de la rébellion armée contre la démocratie ».

Non contents de se transformer en zélés propagandistes intellectuels de l’éradication, cette forme de barbarie à l’algérienne, certains membres de ce comité feront la chasse à tous ceux, qui en France, allaient à contre-courant de l’establishment intellectuel et de sa «pensée dominante » concernant la tragédie algérienne. Nous avons été abasourdis d’apprendre en 1996 d’un ami intellectuel français, qu’il avait été licencié à deux reprises de son emploi sur injonction du CISIA pour avoir dénoncé à travers ses prises de position et ses écrits, la politique de désinformation et les méfaits de ce comité.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article (11) et nous ne cesserons de le répéter, il n’est pas question pour nous de verser dans cette immonde indignation sélective, catégorielle ou dans un quelconque corporatisme en matière de droits de l’homme. Hier et sous d’autres cieux, c’était au nom de l’histoire, aujourd’hui, c’est au nom d’une certaine conception dévoyée de la démocratie et des droits de l’homme qu’on se permet de choisir les bonnes et les mauvaises victimes. La dignité humaine est une et nous ne pouvons admettre une telle classification ignoble tant pour la tragédie algérienne qu’ailleurs. C’est avec un profond respect que nous nous inclinons devant la mémoire de toutes les victimes du drame national provoqué par la politique criminelle d’un régime qui a voulu dresser des algériens contre d’autres algériens pour préserver son pouvoir illégitime et ses privilèges. Paix et miséricorde à leurs âmes !
Mais il est un devoir moral de lever le voile sur une partie de la vérité en affirmant haut et fort qu’à côté des intellectuels tués par les islamistes, il y a eu aussi d’autres intellectuels enlevés, torturés et exécutés arbitrairement par le terrorisme d’Etat qui s’était abattu sur l’Algérie au lendemain du coup d’Etat de 1992 et qu’on avait voulu cacher à l’opinion.

Cette étude n’a pas l’intention de tenir une comptabilité macabre ou la prétention d’énumérer les centaines d’intellectuels victimes de cette guerre, mais seulement de démystifier les menteries du régime et de ses commandos médiatiques de part et d’autre de la Méditerranée qui ont prévalu durant des années. Toute mystification a ses limites. Par des exemples précis et documentés, nous apportons sereinement des preuves irréfutables que le terrorisme d’Etat a amplement participé à la liquidation des hommes de culture et de science. Et cela n’est que justice pour celles et ceux qu’on a voulu effacer des tablettes du drame national.

Il est vrai qu’au début de la sale guerre, beaucoup de monde fut trompé par l’impressionnante machine de désinformation mise en branle par le régime dans le cadre d’une vaste stratégie de manipulation digne des Jacquin, Trinquier et Godard, de triste mémoire. Mais avec le temps, le lourd silence imposé sera rompu et des brèches seront courageusement ouvertes dans cet épais mur de mystification par quelques rares intellectuels, militant(e)s des droits de la personne humaine et officiers qui refusaient cette barbarie mais aussi cette défense des droits de la personne humaine à deux vitesses, aidés en cela par le courageux et admirable travail de témoignage des victimes et familles de victimes, malgré les malheurs et la terreur qui s’étaient abattus sur elles.

Les camps de concentration

Dès les premières heures du coup d’Etat, une vaste campagne d’arrestations fut menée par les services de sécurité et la police politique contre les cadres et élus du parti sorti vainqueur des premières élections législatives libres. Beaucoup d’entre eux étaient des universitaires. Ils seront déportés dans les camps de concentration du Sud.
Pour la seule année 1992, on comptait officiellement 1224 enseignants détenus dans les camps et geôles du régime.
Au camp de concentration de Reggane, situé à 1400 km d’Alger, on comptait en mars 1992 (12) :
· 45 ingénieurs.
· 600 enseignants d’écoles, collèges et lycées.
· 1 enseignant d’Université.
· 11 médecins.
· 5 pharmaciens.
· 4 avocats.

Pour le seul camp de Aïn M’Guel, on notait en mars 1994 (12) :
· 26 professeurs de lycée et de collège
· 5 enseignants universitaires.
· 7 ingénieurs.
· 1 médecin spécialiste, enseignant à la faculté de médecine d’Alger.
· 1 pharmacien.

Deux cas illustrent cette politique de déportation.
· Ouziala Messaoud, docteur en médecine, spécialiste en néphrologie et en transplantation rénale à l’hôpital universitaire Mustapha d’Alger, déporté au lendemain du coup d’Etat de janvier 1992 au camp de concentration d’Aïn M’Guel où il séjournera jusqu’en 1995. Il sera ensuite kidnappé le 8 juillet 1998 à la sortie de l’hôpital Mustapha par des civils armés de la police politique et séquestré durant quinze jours en un lieu secret. A sa libération, il s’exilera en Europe.

· Gahmous Abderrahmane, professeur d’université et chercheur, titulaire d’un PHD aux Etats-Unis, directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’El Harrach. Déporté au lendemain du coup d’Etat au camp de concentration de Reggane durant plusieurs mois. Il sera contraint, lui aussi à l’exil.

La terreur des escadrons de la mort

En 1993, apparurent deux escadrons de la mort : l’OSSRA (organisation secrète de sauvegarde de la république algérienne) et l’OJAL (organisation de la jeunesse algérienne libre), éphémères branches de la police politique. Leur but était de terroriser le camp islamique. C’était la mise en pratique de la sinistre devise : »la peur doit changer de camp ». L’une d’elles, l’OJAL, se spécialisera dans la chasse et la liquidation des intellectuels du courant islamique. De nombreux universitaires recevront des menaces de mort, seront torturés ou exécutés par cette organisation terroriste. Parmi ses victimes, nous citerons :

· Boudjelkha Mohamed Tidjani, professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar d’Alger, avait reçu une lettre de menace de mort de cette organisation puis avait été kidnappé à son domicile en novembre 1993 par trois civils armés se présentant comme éléments de l’OJAL. Il sera séquestré en un lieu secret puis torturé durant plusieurs jours avant d’être libéré avec un message destiné aux intellectuels du courant islamique: la mort. Il sera contraint de s’exiler à sa libération.

· Mohamed Lahbib Haddam, docteur en médecine, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital universitaire Mustapha et maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger recevra lui aussi une lettre de menace de mort de l’OJAL. Le 11 novembre 1993 à 20 heures, deux civils armés et cagoulés feront irruption à son domicile. Le chirurgien sera ligoté ainsi que son épouse et sa fille. Les deux hommes armés lui affirmeront qu‘ils appartenaient à l’OJAL, qu’ils lui avaient adressé une lettre le condamnant à mort et qu’ils venaient exécuter la sentence. Après avoir enfermé leurs trois victimes dans une pièce, et pris de doute sur l’identité de la cible, ils quitteront les lieux en emportant les clés de l’appartement, en volant une importante somme d’argent et en promettant de revenir durant la nuit. Le chirurgien et sa famille arriveront miraculeusement à se libérer et à fuir le domicile pour aller se réfugier chez des amis avant le retour des deux criminels. Il sera contraint lui aussi à s’exiler.

· Mohamed Saïd Moulay, professeur et doyen de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab Ezzouar, recevra lui aussi en mars 1993 une lettre de menace de mort de l’OJAL. En décembre 1993, deux civils armés feront irruption à son bureau à l’Institut de mathématiques. Devant les menaces, il se mettra à protester à haute voix afin d’attirer l’attention des secrétaires et des directeurs-adjoints de l’Institut. Affolés par l’attroupement des fonctionnaires et des étudiants devant le bureau du Doyen, les deux criminels prendront la fuite. Ce n’était que partie remise. En effet, cet universitaire sera kidnappé avec ses deux enfants en bas âge le 19 juin 1994 par des civils armés sur l’autoroute d’El Harrach puis séquestré durant 30 jours et torturé au commissariat central d’Alger (voir chapitre tortures).

· Ahmed Hambli, professeur à la faculté de droit de l’université de Tizi Ouzou est tué par balles le 2 octobre 1993 à l’entrée de l’université par des hommes armés qui réussiront à prendre la fuite. Ses proches amis accuseront l’OJAL de son assassinat.

· Necib Mohamed Arezki, maître de conférences à la faculté de Droit de Ben Aknoun, recevra à son tour en novembre 1993, une lettre de l’OJAL le menaçant de mort. Quelques mois plus tard, des hommes armés se présenteront à son domicile pour l’assassiner. Il réussira à leur échapper.

· Mohamed Bouslimani, homme de culture et théologien, président de l’association caritative El Irshad Oual Islah, enlevé à son domicile le 26 novembre 1993. Son enlèvement sera revendiqué simultanément par l’OJAL et le GIA (probablement une absence de coordination entre les deux organisations criminelles issues de la même officine). Son corps, en état de décomposition avancée, sera découvert dans la région d’El Affroun (Blida) le 28 janvier 1994.


La Torture

Les intellectuels comme des dizaines de milliers d’autres citoyens, ne seront pas épargnés par la torture, cette pratique dégradante et inhumaine qui sera institutionnalisée après l’annulation des élections législatives, dans l’ensemble des centres de détention. Nous citerons à titre d’exemple les cas de :

· Moulay Mohamed Saïd, professeur d’université et doyen de l’Institut de Mathématiques, kidnappé sur l’autoroute le 19 juin 1994 par des civils armés alors qu’il était à bord de son véhicule avec ses deux enfants. Gardé au secret durant 30 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il s’en sortira avec un traumatisme crânien, un traumatisme de la main et une baisse de l’acuité visuelle.

· Sari Ahmed Mahfoud, docteur en médecine, professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire de Baïnem (Alger-ouest), arrêté le 2 mai 1993 alors qu’il assurait sa consultation de cardio-pédiatrie. Séquestré durant 12 jours au commissariat de Cavaignac d’Alger où il sera sauvagement torturé avant d’être arbitrairement incarcéré durant 6 mois à la prison d’El Harrach.

· Brahami Mostafa, enseignant de physique à l’université de Bab Ezzouar, titulaire d’un magistère en physique quantique et doctorant en management, arrêté la première fois en octobre 1992 et sauvagement torturé durant une semaine au commissariat central d’Alger. Arrêté une seconde fois en avril 1993 et séquestré durant un mois au centre de Châteauneuf où il sera à nouveau torturé avant d’être libéré, sans retenir aucune charge contre lui. Devant ces harcèlements et les menaces de liquidation physique adressées par les escadrons de la mort de l’OJAL, il sera contraint à s’exiler en Europe fin 1993.

· Lafri Khaled, docteur en médecine, chirurgien orthopédiste, ex-maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté à son domicile dans la nuit du 7 juin 1994. Gardé au secret durant 40 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il présentera un traumatisme des jambes laissé sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois ans à la prison d’El Harrach puis de Serkadji.

· Lamdjadani Noureddine, docteur en médecine, épidémiologue, maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté au commissariat central d’Alger le 17 mai 1994. Gardé au secret durant 60 jours à Châteauneuf puis au commissariat central d’Alger où il sera torturé. A présenté lors de sa séquestration de graves problèmes de santé restés sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois années à la prison d’El Harrach.

· Kerkadi Ahcène, chirurgien-dentiste, demeurant à Larbaâ (Blida), arrêté la première fois à son domicile, en avril 1993 par des parachutistes. Torturé à la caserne de Bouzaréah puis de Ben Aknoun durant une semaine avant d’être jeté sur la route. Il en sortira avec une perforation du tympan. Arrêté une seconde fois en novembre 1993, il sera séquestré durant sept jours au centre de Blida où il sera à nouveau torturé. A sa libération et devant les menaces d’assassinat, il décidera de quitter l’Algérie.

· Hammoudi Nadir, architecte, arrêté dans la nuit du 9 octobre 1992 à son domicile. Séquestré durant 28 jours au commissariat de Bab El Oued où il sera atrocement torturé. Arbitrairement incarcéré durant 5 ans à la prison de Serkadji et d’El Harrach.

· Thamert Hocine, professeur au lycée de Dellys (Boumerdés), kidnappé le 24 avril 1994 dans la rue à Alger par des civils armés de la police politique. Séquestré durant 26 jours successivement au commissariat central d’Alger, au centre de Châteauneuf et à Haouch Chnou de Blida où il subira d’abominables tortures. Selon son témoignage l’un des tortionnaires de Châteauneuf tentera de lui sectionner les doigts avec des ciseaux de tailleur.


Les exécutions sommaires

Les hommes de savoir ne seront pas épargnés, à l’instar de milliers d’autres citoyens, par les exécutions sommaires.
Dans une étude réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat (13) nous avions répertorié sur une liste non exhaustive de 1100 exécutions sommaires :
· 42 enseignants (primaire, collège et lycée).
· 11 universitaires.
· 07 médecins.
· 02 avocats.
· 02 ingénieurs.


Quelques cas illustrent cette politique planifiée de liquidation physique
· Azizi Abdelkrim, professeur de langue arabe, demeurant à El Harrach (Alger), a été torturé dans la salle de bain de son domicile le 22 septembre 1993 sous les yeux de son épouse et de ses trois filles par des policiers dirigés par le commissaire de Bourouba. Il sera ensuite embarqué avec son fils de 18 ans, Abdessamad au dit commissariat où ils seront séquestrés durant plusieurs semaines avant d’être exécutés sommairement selon le témoignage d’un officier de police adressé en 2000 au président de la République.

· Bouchelaghem Moussa Fouad, Maître de conférences à l’université de Blida, titulaire d’un doctorat en physique, arrêté à son domicile à Alger le 3 juin 1994 par des éléments cagoulés de la police politique. Il sera localisé, suite à des témoignages concordants d’ex-détenus, au centre de Châteauneuf (cellule n°9) où il sera affreusement torturé. Le 8 septembre 1994, sa mère trouvera son nom sur le registre de la morgue de Bologhine où il aurait été transféré le 20 juillet. Selon la version officielle, il aurait été abattu suite à une «tentative de fuite ». Des ex-détenus, ses amis et sa famille sont formels : cet universitaire avait été sorti de sa cellule et exécuté sommairement.

· Bouhadida Seghir, journaliste et maître-assistant à l’Institut de journalisme de l’université d’Alger, a été kidnappé dans la rue le 11 juin 1995 par des agents de la police politique. Il sera localisé dans un premier temps selon le témoignage de sa famille au commissariat de Bourouba. En 1996, sa famille apprendra par le biais d’Amnesty international qu’il avait été abattu «suite à un accrochage avec un groupe terroriste » selon la correspondance adressée par les autorités à cette ONG des droits de l ‘homme.

· Boularas Ahmed, physicien, maître de conférences à l’université de Blida, arrêté en septembre 1994 à son domicile à Larbaâ (Blida) par la police politique. Selon le témoignage de ses proches, il aurait été affreusement torturé avant d’être exécuté. Son cadavre sera retrouvé quelque temps après à la morgue. Un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader exerçant au CTRI de Blida et réfugié détenu en Thaïlande confirmera dans une interview à l’AFP en août 2000, qu’effectivement, cet universitaire avait été exécuté sommairement par la sécurité militaire. (14)

· Chenafa Djillali, avocat, demeurant à Sidi Ali (Mostaghanem) arrêté le 3 novembre 1994 par la police politique selon le témoignage de ses proches. Son cadavre sera retrouvé à la décharge de Beni Haoua, quelques jours plus tard.

· Dahab Omar, ingénieur en électronique, demeurant à El Oued, enseignant à l’école de formation professionnelle, arrêté en mars 1994 ainsi que dix de ses élèves. Il sera remis dans un cercueil à sa famille. Il avait été exécuté ainsi que les dix élèves du centre de formation professionnelle.

· Taleb Abderrahmane, docteur en médecine, demeurant à Larbaâtache (Boumerdés), précédemment arrêté en avril 1993, séquestré et torturé au commissariat Cavaignac d’Alger puis arbitrairement incarcéré durant 07 mois à la prison d’El Harrach, sera exécuté sommairement le 19 juin 1994 à son domicile par des militaires selon le témoignage de sa famille.

· Haddoum Kouider, docteur en médecine, demeurant à Hassasnia (Aïn Defla), arrêté par des gendarmes en janvier 1994 et exécuté ainsi que trois autres citoyens en février 1994 dans la forêt de M’Ghazi, selon le témoignage de sa famille.

· Rosli Mohamed, doyen de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Blida, arrêté le 30 octobre 1993 par la police politique à l’université et devant ses collègues universitaires et ses étudiants. Deux ans après son enlèvement, il adressera un message à ses parents par l’intermédiaire d’un codétenu libéré signalant qu’il avait été sauvagement torturé et qu’il était séquestré à la prison militaire de Blida. Sa famille n’aura jamais l’occasion de le voir. En août 2000, un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader, réfugié en Thaïlande et dans une interview à l’AFP, affirmera que cet universitaire avait été exécuté. (14)

· Boucherit Lotfi, 28 ans, demeurant au quartier Belle Vue de Constantine est docteur en médecine. Enlevé le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile de sa tante (11, rue El Kadi, Casbah, Constantine) par les services de sécurité. Ces derniers auraient dérobé, selon le témoignage de sa famille, une veste en cuir neuve, un poste radio, des livres de médecine, des livres de théologie, une somme de 50 000 DA, un appareil photo et une médaille d’ancienne combattante de la guerre de libération nationale de sa tante. Mort sous la torture et enterré le 30 septembre 1995 au cimetière central de Constantine.


Les «disparitions »

Parmi les milliers de citoyens «disparus», nous notons un nombre non négligeable d’enseignants, médecins, avocats, ingénieurs et autres hommes de science.
Dans une étude (15) réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat, nous relevions sur un échantillon de 1000 cas :
57 enseignants (primaire, secondaire, universitaire)
08 Médecins
13 Ingénieurs
03 Architectes
04 Avocats et juristes
04 Journalistes


Dix cas illustrent cette politique d’enlèvements touchant cette catégorie de citoyens :
· Allalou Sidali, demeurant à Alger, Ingénieur d’Etat en hydraulique a été arrêté le 19 février 1995 à 18 heures par des civils armés sur le tronçon Bir Mourad Raïs-Birkhadem alors qu’il circulait à bord de son véhicule de type Renault Super Cinq. Il sera localisé aux centres de la sécurité militaire de Châteauneuf et de Haouch Chnou ( CTRI de Blida) par sa famille grâce aux témoignages de citoyens rescapés de ces centres. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Aouifer Sebti, père de 6 enfants, demeurant à Taher (Jijel), ingénieur d’Etat en agronomie, directeur de la coopérative agricole de Chekfa (Jijel), arrêté le 12 septembre 1995 à la brigade de gendarmerie de Chekfa. Cet ingénieur et responsable était connu pour ses compétences et sa probité. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Bellahrèche Chérif, docteur en médecine, professeur agrégé en rhumatologie et chef de service de rhumatologie à l’hôpital universitaire de Constantine. Membre de plusieurs sociétés scientifiques internationales. Il a été arrêté le 8 novembre 1994 par quatre hommes armés se réclamant des services de sécurité, alors qu’il était en consultation médicale dans son service. Sa famille l’aurait localisé au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf en février 1995, sur la base de témoignages de rescapés de ce centre. Aucune information sur ce médecin depuis neuf années.

· Benabid Belkacem, père de 4 enfants, docteur en médecine, demeurant à Sétif. Arrêté dans la matinée du 14 novembre 1994 près de son cabinet médical situé au faubourg des 5 fusillés à Sétif par 3 civils armés se présentant comme des agents des services de sécurité qui l’ont forcé à monter à l’arrière de sa propre voiture de type R25. L’arrestation s’est faite devant près de 25 personnes dont l’infirmier du cabinet, les patients qui attendaient le praticien et les voisins. Il aurait été localisé dans un premier temps au commissariat de police de Sétif. Les policiers de ce commissariat refuseront d’enregistrer la plainte du père pour enlèvement. Aucune nouvelle depuis neuf ans.

· Beneddine Allel, avocat, demeurant à Oran, arrêté le 22 novembre 1994 à minuit à son domicile par une vingtaine d’hommes armés de la Sécurité militaire venus à bord de véhicules banalisés après avoir défoncé la porte de son appartement. A disparu depuis.

· Benkara Mustapha, père de deux enfants, chirurgien et chef de service à l’hôpital de Médéa, arrêté le 31 mars 1994 à 12 heures par des militaires sur son lieu de travail, en présence de ses confrères et du directeur de l’établissement hospitalier. Selon le témoignage de sa famille, il aurait été séquestré durant 25 jours à la gendarmerie de Médéa puis aurait été transféré par des éléments de la Sécurité militaire vers la prison de Camera située à Ksar Boukhari. Selon le témoignage d’un technicien en radiologie, ce chirurgien aurait été ramené de nuit aux urgences de l’hôpital de Médéa, la tête recouverte d’un drap, pour ne pas être reconnu par ses collaborateurs. Il présentait un traumatisme de l’avant-bras et de la jambe, suite aux tortures. Depuis, personne n’a plus eu de ses nouvelles.

· Bouabdallah Abdelaziz, journaliste au quotidien El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils porteurs d’armes à vision infra-rouge selon le témoignage de sa famille. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Des témoins auraient affirmé l’avoir vu au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. Aucune nouvelle de ce journaliste depuis sept ans.

· Fahassi Djamal Eddine, journaliste à la radio nationale (chaîne 3), père d’un enfant, demeurant à El Harrach (Alger) est kidnappé le 6 mai 1995 par des éléments de la sécurité militaire venus à bord de deux véhicules banalisés à El Harrach, près de l’Institut d’agronomie. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. D’autres témoignages concordants confirmeront ces dires. En 1992, ce journaliste avait été déporté durant 45 jours au camp de concentration de Aïn Salah.

· Goumri Tayeb, professeur au lycée de Salah-Bey (Sétif), demeurant à Maafeur, commune de Salah-Bey, arrêté le 23 janvier 1995 par des gendarmes alors qu’il se rendait au lycée. Localisé par des témoins à la gendarmerie de Salah-Bey. Aucune nouvelle depuis de cet enseignant.

· Saâdoun Djamel, polytechnicien, maître-assistant à l’Ecole polytechnique d’El Harrach, doctorant en mécanique, demeurant à El Biar (Alger), enlevé le 7 mars 1996 à son domicile par des gendarmes de Bouzaréah puis remis aux militaires de la caserne de Blida avant d’être transféré à Béchar le 14 mars 1996 à partir de l’aéroport de Boufarik, puis à Abadla selon le témoignage de sa famille. A disparu depuis cette date.

Nous ne terminerons pas cette douloureuse énumération de quelques dizaines de victimes citées à titre d’exemple, sans l’évocation de la mémoire de nombreux intellectuels dont l’assassinat n’a jamais été élucidé et dont les proches, amis et observateurs continuent à s’interroger sur les véritables commanditaires de leur élimination physique, malgré l’étiquette «GIA » officiellement collée aux auteurs de ces crimes. Comme pour des milliers d’autres victimes de cette guerre, aucune enquête sérieuse n’aura été diligentée et aucun procès équitable ne prouvera la culpabilité des malheureux citoyens inculpés. L’opinion se suffira parfois d’un communiqué laconique de presse annonçant que «les auteurs de l’assassinat de tel intellectuel ont été abattus au cours d’un accrochage avec les services de sécurité » et le dossier était ainsi clos. Ailleurs on présentera souvent à cette même opinion, lors d’ «aveux » télévisés, de malheureux citoyens, le visage tuméfié et déformé par la torture, ‘’reconnaissant’’ avoir tué tel ou tel intellectuel. Des «aveux » d’un autre âge qui ne trompent personne.
Les observateurs avertis se sont toujours demandés si, dans le cadre de l’action psychologique qui sous-tendait le diabolique plan d’éradication, certains meurtres catégoriels et ciblés n’étaient pas destinés à semer la terreur dans une classe moyenne frileuse afin de la jeter sous le burnous mité des janviéristes.

Quatre cas illustrent cette catégorie de victimes :
· Youcef Fethallah, juriste et président de la ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), tué le 18 juin 1994 devant la porte de son cabinet professionnel, à la rue Larbi Ben M’hidi (Alger). Ses amis nous apprendront que cet humaniste venait de revenir de Berlin où il avait assisté à une conférence organisée par Amnesty International. Il avait très tôt dénoncé la répression qui s’était abattue sur les jeunes citoyens et l’ouverture des camps de concentration. Le 8 mai 1994, il participait à Alger, à la marche nationale pour le dialogue et la réconciliation nationale, ce qui lui valut des attaques virulentes de la part de la minorité éradicatrice et de sa presse attitrée. Membre de la commission «d’enquête » sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf, des informations à l’époque avaient fait état de réserves émises par le défunt quant au rapport final.

· Embarek Mahiout, économiste, militant des droits de l’homme et membre (trésorier) de la direction du Front des Forces Socialistes, tué ainsi que son neveu le 4 novembre 1995, à Kouba (Alger) à quelques jours des «élections » présidentielles, mascarade électorale à laquelle le FFS et d’autres partis politiques appelaient au boycott. Cet universitaire, était connu pour son infatigable combat pour les droits de la personne humaine et la démocratie. Là aussi, officiellement, le «GIA » était responsable de ce crime. Lors du procès intenté par l’ex-«ministre» de la Défense du régime d’Alger contre le sous-lieutenant Souaïdia, Aït Ahmed cité comme témoin par la défense déclarera à l’audience, concernant le regretté Mahiout : « Non seulement on confisque le pouvoir, ses richesses, la mémoire, mais aussi quand «ils» veulent régler leurs problèmes internes, ils s’envoient des messages en ciblant des personnalités. On a ciblé notre trésorier, on l’a tué en pleine campagne électorale » (16)

· Abdelkader Hachani, ingénieur en pétrochimie, membre de la direction politique du Front Islamique du Salut, arbitrairement incarcéré durant cinq ans et demi au bagne de Serkadji (1992 – 1997) pour avoir appelé les militaires à respecter le choix du peuple souverain. Mis sous filature serrée par la police politique depuis sa libération, il sera froidement exécuté le 22 novembre 1999 par un homme armé dans un cabinet dentaire où il se soignait. L’auteur présumé du crime, membre du «GIA » selon la version officielle, sera rapidement arrêté, quelques jours après le forfait, se promenant à Alger, selon la presse avec l’arme du crime et….les papiers de la victime ( ! ! ?). La famille du défunt dénoncera la parodie de procès où persisteront de larges zones d’ombre. « Il est demandé aux instances suprêmes du pays d’en faire toute la vérité. Rien que la vérité. L’histoire ne pardonnera pas » déclarera son frère, après ce procès (17).

· Tahar Djaout, journaliste et écrivain, victime d’un attentat le 26 mai 1993 près de son domicile dans la banlieue ouest d’Alger, succombera quelques jours plus tard à ses blessures. Le 30 mai, l’AFP, citant une source sécuritaire annonçait que deux des auteurs de l’assassinat de ce journaliste avaient été abattus. Le 1er juin, un citoyen, Abdallah Belabassi, faisait des «aveux » à la télévision, affirmant être le conducteur du véhicule des assassins du journaliste et que le meurtre avait été commandité par un certain Layada. Quatre groupes de citoyens se retrouveront devant la justice, accusés d’être responsables de l’attentat. Layada, «émir » du «GIA » et présenté par certains titres de presse et par le malheureux Belabassi lors de ses «aveux » télévisés comme étant le commanditaire du meurtre sera acquitté par le tribunal d’exception d’Alger dans cette affaire. Les amis du journaliste créeront un comité pour la vérité sur sa mort. Deux membres de ce comité (Boucebci et Mekbel) seront à leur tour assassinés quelque temps après. Son ami, Arezki Aït Larbi, journaliste, écrira à ce propos : « Malgré toutes ces manœuvres, il reste toutefois une certitude : huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, restera une énigme ». (18). Beaucoup d’observateurs continueront là aussi à s’interroger sur les commanditaires de ce meurtre (19).

Encore une fois, il ne s’agit nullement de remuer le couteau dans la béante et profonde plaie du drame national qui n’est pas prête d’être cicatrisée mais seulement de remuer les arguments fallacieux et ignobles de ceux qui ont transformé une immense espérance de changement en une tragédie abyssale et qui n’ont pas hésité, pour sauver leur république des privilèges, à mener une guerre contre une partie de leur propre peuple tout en essayant vainement, le temps d’un mensonge, de tromper l’opinion publique sur la réalité du drame et d’une partie des victimes.
Après avoir joué sur la désinformation et la manipulation et après que la baudruche se soit en partie dégonflée, les maîtres du royaume de la terreur et de l’arbitraire, troublés par leur mauvaise conscience pensent jouer sur le temps et donc sur l’amnésie pour effacer les traces de toutes les horreurs qu’ils ont fait subir – et qu’ils continuent à faire subir – directement ou indirectement à leur propre nation durant plus d’une décennie de crimes et de non-châtiments.
Ils pensent, ainsi, par ces stratagèmes éculés, échapper au tribunal de l’Histoire. Grossière erreur !
La page sanglante de cette tragédie qui perdure ne pourra être tournée tant que toute la Vérité n’aura pas éclaté et que la Justice n’aura pas apposé son sceau.
Ce modeste travail est une contribution que nous versons au dossier de l’Algérie meurtrie qu’aura à traiter la future commission nationale de Vérité et l’Histoire inéluctablement jugera, n’en déplaise aux criminels de tous bords qui pensent pouvoir, par la force, l’argent sale, le mensonge et l’intrigue, échapper à son tribunal !

Références :

(1) Rachid Mimouni, Le Monde, 18 mai 1994, p.2.
(2) François Burgat, Algérie : L’islamisme contre les intellectuels ? In L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 58.
(3) Rachid Boudjedra, militant de l’ex-parti stalinien algérien du PAGS et éradicateur devant l’Eternel, témoin à charge lors du procès qu’intentait Khaled Nezzar contre le sous-lieutenant Souaïdia, déclarera, toute honte bue, le 03 juillet 2002 devant la 17e chambre du tribunal de Paris être le «continuateur de Proust et de Flaubert ». Cette ‘’blague’’ provoquera l’hilarité de la salle. Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 248.
(4) Rachid Boudjedra, Le FIS de la haine, Editions Denoel, Paris, 1992.
(5) Michel Morel, Lettre à l’hebdomadaire l’Express, N° 407, 02 avril 1959.
(6) Oued Namous et Reggane.
(7) Citée par Jacques Vergés, in : Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Editions Albin Michel, 1993, p. 62.
(8) Salah-Eddine Sidhoum, Lettre ouverte à Pierre Bourdieu, président du CISIA, septembre 1995, publiée in : Livre blanc sur la répression en Algérie, T3, Les complicités, Editions Hoggar, Suisse 1996, p. 288.
(9) Ginette Scandrani, L’Algérie, quel dialogue ? L’appel du CISIA in : L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 41.
(10) Pierre Guillard, Que se passe-t-il dans la tête de M. Pierre Bourdieu ? in : Jusqu’à quand la désinformation à propos du pays d’Algérie. Textes polycopiés. 13 novembre 1993. Pierre Guillard est l’auteur d’un ouvrage sur la tragédie algérienne : Ce fleuve qui nous sépare. Editions Lyosel, Paris, 1994.
(11) Salah-Eddine Sidhoum, L’autre versant de la tragédie, Algeria-Watch, décembre 2001, www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/versant_tragedie.htm
(12) Témoignages adressés par des déportés à l’auteur.
(13) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1100 exécutions sommaires, in : Algeria-Watch, 11 janvier 2002, http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm
(14) Voir aussi son interview : Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM, Nord-Sud Export, n°427, 21 septembre 2001.
(15) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1000 cas de disparitions forcées. In Algeria-Watch. 11 janvier 2002. http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1000_disparitions/1000_disparitions_A.htm
(16) Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 382.
(17) Kamel Hachani. Rétablir la vérité. In hebdomadaire El Borhane, semaine du 25 août au 1er septembre 2001.
(18). Arezki Aït-Larbi. L’assassinat de Tahar Djaout : un crime sans coupables. Le Matin 26 mai 2001. www.algeria-watch.de/farticle/presse/tahar_djaout.htm
(19) Lire aussi, concernant les interrogations sur l’assassinat de feu Djaout :
- Ghania Mouffok : « Qui a tué Tahar Djaout ? » in Etre journaliste en Algérie. RSF. Paris 1996. p.91-94.
- Le rapport de Reporters sans frontières (mars 1997) : Algérie : la guerre civile à huis-clos. Chapitre : « Qui a tué Tahar Djaout ? », in Algérie Le livre noir, p.16. Editions La Découverte 1997,
- L’article du journaliste et ami du défunt, Arezki Aït Larbi dans le Figaro du 9 janvier 1997.

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Si Yusef U Qasi ɣer Meksa d Saɛid Iɛemrac

Posté par algeriedemocratie le 22 février 2010

Si Yusef U Qasi ɣer Meksa d Saɛid Iɛemrac

Di tallit ideg urk teglled tamurt-nneγ ddaw uzaglu-s akked d draɛ-is, At Jennad d amedya ger tudrin n Leqbayel i yuggin azaglu-a n urk. Ger yirgazen i yellan  sedduyen imenγi nutni d at Qasi yellan d lqeyyad n dewla taerkit di Lzzayer n lawan-nni Yusef u Qasi : Yusef u Qasi ilul γer lewhi n iseggasen n 1680 deg taddart n at Gurat. Ur d-cfin ara fell-as mi meẓẓiy armi kan i d-yufrar s tmedyazt-is. Qqaren beli d netta i ttawin wat Jennad mi ara yili yimenγi. Neγ d netta i ten-yettawin :

Kkert ad tewtem

Ay at Jennad ur neɛrif

Begset ulanda teffrem

Ttif Muend Azwaw lγir

Kra akka yedder ittuseggem

Ttif ma nekseb-it axir

 Ihi wagi d asefru d awezlan i swayes yessadaf1 tabγest2 i yijennaden akken  ad naγen nutni d at Qasi γef uaγer. Daγen deg usefru anda yenna:

Nekk d Ajennad men llasel-iw

Yettruun leɛdu.

Meyya d irekkben ur iris

D amnay nettɛud

Njebbed ddal s leris

Mi γ-yera weɛdaw yeknu.

 D acu kan wagi d amɛebber kan i d-yellan gar-as d Muend u Ʃebdellah n at Yiraten. Armi ten-yefra yiwen umrabbe i d-arsen γer laɛqel nsen.imi tikwal amɛebber yettuγal d amennuγ i d-igellun s twaγiyin meqqren imi ijebbed-iten nnif. Armi wezzaf.Dagi daγen yenna Yusef u Qasi :

 Nekkni nussa-d ad nrebbi arrac

Lemer ad slen laɛrac

Nennuγ γef tiγilt uerrac.

Yenna daγen :

Cwi nettɛeddi fell-as

A wi yebγan deg-s yimγur

Ma d aas ur t-nettaǧǧa

Amer wi iteddun meγrur.

Yemmut Yusef u Qasi. Yeǧǧa-d deffir-s agerruj. Maca tamedyazt deg wat Jennad ur tebis ara kan dina. γas akken  ɛelen u d-jban ara maca uγalen-d s wudem amaynut yessafaggen iqremyad.

Meksa Abdelqader, anwa ur nesli ara i tezlatin-is ? ladγa tina n : Massinissa, aner, au…

Ahu! Ahu! Yemma au yettsuu

Ahu! Ahu! Yemma yettnadi ad aγ-idum.

A yemma sel-d a yemma

γur-m kan ara nerzzeγ.

Ad am-mlleγ akk lbana

Au yettnadi ad aγ-idum.

 Ǧehden aas wawalen n Meksa. Acu  t-yeǧǧan ad yettwawet s ujenwi di Fransa. Dagi anda i d-igellem tamurt-is yenna :

Ay ul-iw meyyez ewwer

Adrar, iij, azaγer

Ʃeddant fell-asen lemayen.

Acal ideflawen i d-yewwten

Acal i d-mllen issafen

lameɛna ɛlay ur sen-zmmiren.

Deg tallit-agi  deg waydeg Meksa yesdenduy snitra-s. Yella waye wakkin  d imru umi yuggi ad yefk talwit. D amedya ger wid yebγan idles akked d umezruy i tmurt-is. Acku d netta akked yemddukkal-is am At Sliman amid d wiya i d-yebna lssas i tudukla n tmedyazt di Suq Led umi seman Yusef u Qasi. Wagi d Saɛid Iɛemrac. S isefra d ifsassen. Isenda alaγen n yemddanen.

Yemma dihya yemma

Tagrawlit deg yicawiyen

Asmi akken i d-yusa Ʃuqba

Deg wakal-iw d acu yexddem ?

Yewwi-d yid-s Kusayla

Гer dder ujedɛun yeqqen

S yis-s inuda Sera

S ssnesla i–t-id-urzzen

aɛid Iɛemrac yerra lwelha-as s amezruy alqayen n tmurt nneγ. Daγen yefka  leq-is i tfelsafit anda yenna :

 …Amek i d-luleγ

Amek i  ww

Amek i d-baneγ

Amek i d-sɛiγ tarwa

Tura meqqreγ

La ttebbireγ

 Yerna ugadeγ

Amek ara afeγ azekka

Amek ara mmteγ

Ayen ara reγ

Deffir  lemri i yella.

 Ghersem Abdenou

1)      Yessadaf: seg umyag adef( kcem) entrer

2)      Tabγest : courage.

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L’homme qui en savait trop

Posté par algeriedemocratie le 20 février 2010

C‘est un miraculé. L’homme d’affaires tunisien Ghazi Mellouli, 45 ans, n’aurait pas dû survivre à la tentative d’assassinat dont il a été victime, le 18 novembre 2009.C’était le jour du match de football Algérie-Egypte qualificatif pour la Coupe du monde 2010, qui se jouait au Soudan. Mellouli regarde la télévision dans le salon de la villa qu’il a louée dans un complexe résidentiel de Tripoli (Libye), en bord de mer. Il parle en même temps au téléphone avec un marchand d’avions français, Yves D., à Genève. « Soudain, j’ai entendu des cris aigus, raconte au Monde ce témoin. Je n’ai plus reconnu la voix de Mellouli. Ça a duré une quarantaine de secondes avant que la ligne soit coupée. Je n’ai pas compris ce qui se passait. »

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par-derrière, l’a ceinturé puis lui a porté plusieurs coups de poignard. L’agresseur, dit-il, n’est autre que son ancien chauffeur, un Tunisien qui a pris l’initiative inattendue de le rejoindre à Tripoli, quelques jours plus tôt.

Mellouli hurle : « Mais qu’est-ce que tu fais ? Tu es devenu fou ? » L’autre répond : « Ne bouge pas ou je te frappe encore. » L’agresseur relâche sa victime quelques secondes, le temps de sortir de sa poche une corde et de l’adhésif. « Il préparait une mise en scène pour faire croire à un cambriolage qui aurait mal tourné », pense Ghazi Mellouli.

L’homme d’affaires profite de ce bref répit pour reprendre l’avantage, malgré ses blessures. Dans le corps-à-corps qui va suivre, le poignard vole à l’autre bout de la pièce. Mellouli réussit à se relever. Il ouvre la porte de la villa et prend la fuite, chancelant, les entrailles à demi hors de l’abdomen. « Je les ai tenues, comme une boule sous ma chemise, jusqu’à l’arrivée des sauveteurs », se souvient-il.

Son agresseur, lui, s’enfuit vers la plage. Un complice l’attend, vraisemblablement dans une voiture. La frontière tuniso-libyenne n’étant qu’à une heure et demie de Tripoli par la route, il paraît plausible qu’il ait regagné la Tunisie, avant même que la police libyenne ait eu le temps de réagir.

Transporté aux urgences, Mellouli va passer cinq heures sur la table d’opération. L’estomac et le foie ont été sérieusement endommagés, mais aussi la vésicule biliaire, l’aine, la main, l’épaule… Le blessé reste plusieurs jours dans un état critique, mais, contre toute attente, il s’en sort. « On dit souvent le pire des médecins libyens, mais, ce jour-là, ils m’ont sauvé la vie ! », remarque-t-il.

Mi-décembre 2009, Mellouli est transféré en France, grâce à l’intervention de son frère qui a la nationalité française. Il subit une seconde opération. A présent, en convalescence à Paris, il s’apprête à faire une demande d’asile politique à la France. A intervalles réguliers, il reçoit sur son portable des coups de fil et des SMS de menace de mort, en provenance de Tunisie. « Ton heure est venue ! », « Adieu pour toi », ou encore : « Ta mère et ta soeur (restées en Tunisie) vont payer pour toi ! »

Qui en veut à sa vie et pourquoi ? Sur ordre de qui, surtout, son agresseur a-t-il agi, le 18 novembre à Tripoli ? « Il n’a pas l’âme d’un assassin. Pour qu’il en soit venu là, c’est qu’on l’a menacé, j’en suis convaincu », affirme Ghazi Mellouli.

Pas un instant, l’homme d’affaires tunisien ne met en cause la Libye. Il se voit, dit-il, plutôt au coeur d’un règlement de comptes politico-mafieux orchestré par l’un des clans au pouvoir à Tunis. Sollicitées par Le Monde à plusieurs reprises, les autorités tunisiennes n’ont pas souhaité réagir à cette affaire.

L’agresseur de Mellouli, en tout cas, est libre de ses mouvements, en Tunisie, en dépit de la plainte déposée contre lui auprès des autorités libyennes et tunisiennes. Pour Thibault de Montbrial, l’avocat français de M ; Mellouli, il est évident que son agresseur a bénéficié de « solides complicités », depuis la Tunisie, pour mener son opération. « Il a fallu notamment qu’il paye les 1 000 dollars de visa d’entrée en Libye et qu’il quitte le secteur, dissimulé au fond d’une voiture, couvert du sang de sa victime », souligne Me de Montbrial.

Ghazi Mellouli en saurait-il trop ? Depuis toujours, ce faux dilettante baigne dans le milieu tunisien des affaires. Il connaît mieux que personne les clans qui s’accaparent les richesses de la Tunisie depuis des années. Et pour cause : il a fait partie de ce marigot avant d’en être chassé.

Quand il se lance dans les affaires, sa bonne étoile s’appelle Moncef Ben Ali. C’est un ami. Il est en outre le frère cadet de Zine El-Abidine Ben Ali, à l’époque ministre de l’intérieur. Après que Zine El-Abidine Ben Ali eut accédé à la présidence de la République, en 1987, Mellouli s’associe avec Moncef Ben Ali pour importer des matières premières industrielles. Ils touchent des commissions florissantes. Et les démêlés de Moncef Ben Ali avec la justice française ne les dérangent pas trop. Impliqué dans un réseau de trafic de drogue, dit la « Couscous Connection », le frère du président est condamné par défaut, en novembre 1992, à dix ans de prison par un tribunal parisien. Pendant plusieurs années, le tandem Moncef Ben Ali-Ghazi Mellouli fonctionne bien. Le nom de Ben Ali ouvre toutes les portes.

Le vent va pourtant tourner. Leïla Trabelsi, que le chef de l’Etat a épousée en 1992, est bien décidée à asseoir son pouvoir. Au fil du temps, la nouvelle première dame va écarter tous ceux qui ne sont pas de son clan ou de sa fratrie. Kamel Eltaïef, ami intime du président, est mis sur la touche. Moncef Ben Ali ne tarde pas à découvrir que les Trabelsi – Moncef Trabelsi en particulier – ne sont pas ses alliés, bien au contraire. Quant à Slim Chiboub, l’époux d’une fille née du premier mariage du président – jusque-là considéré comme le gendre préféré du chef de l’Etat -, il tombe en disgrâce, de même que ses amis.

Florence Beaugé

source:lemonde.fr

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Timsirin n Lewnis At Mengellat

Posté par algeriedemocratie le 12 février 2010

Timsirin n Lewnis At Mengellat

Timsirin n Lewnis At Mengellat dans AÏT MENGUELLET(54) arton255

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Lewnis At Mengellat Timsirin n Lewnis At Mengellat

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Lewnis At Mengellat

07/02/2010 – 22:56 mis a jour le 08/02/2010 – 16:45 sɣur At Sliman Ḥamid

 

 

Tikwal kra n wawalen i d-nnan yakan yiḥeddaden n wawal, deg yiwet n tallit yezrin, ttafen tbut-nsen d yinumak-nsen deg tmetti Timetti
Timettiyin
Tmetti
Tmettiyin
Société(s)
mi εeddan yisagssen fell-asen. Akka dɣa, mi ara nezzi ass-a ɣer “Tibratin” i yura Lounis Ait Menguellet, ad naf belli kra d-yenna deg lawan-nni yesεa udem-ines deg tegnit n wass-a.

Ay iḥbiben-iw ad ken-ǧǧeɣS kunwi s wayen i nebda

Lεahed i yid-wen cerkeɣ

Ugadeɣ ur zmireɣ ara

Tebɣam taswiεt ad tbeddel

Tebɣam ad d-iban lefḥel

Tebdam teggulem ad tkemmel

Mennaɣ ad tawḍem

Ass-a d acu i d-yeggran di tcacit ? D acu i d-yeqqimen deg usirem i iḍefren tullya n tugdut Tugdut Démocratie deffir tidyanin n tuber 2008? Anda i d-ggran ikabaren i d-ilulen imiren ? Ikabaren yeggulen ur ḥniten ad qeddcen s lmun ɣef ugdud akken tamεict ad as-telhu, akken tudert n lisser akked lehna ad tuɣal d nṣib n yizzariyen merra ? Anda-t lεahed-nni fkan yimḍebbren n yikabaren-agi deg lawan n tefranin ? Anda akka i d-ggran yimeɣnasen-nsen deg tallit n tura ? Γaben la lḥess, la lmenṭeq! Yenna Lewnis :

Ǧǧiɣ lεahed-iw ifutEnɣ-it ugadeɣ ar tenɣam

Teggulem alamma d lmut

Lameεna ugadeɣ ad d-tbeddlem

Tidet ! Anda-t uḥerkel d useḥbiber ɣef tugdut-nni ? ɣef yizerfan n umdan ? ɣef tmaziɣt ? Acu-t waḍu n tguni i d-isuḍen akka, yessemzerwaε merra iɣallen iǧehden ? Ayen akka susmen ? Anda akka xemten? Ma d Lewnis yenna :

Ma d-tettmektim iḍelliTinim-as i txeddem temẓi

Nfaq tura ula d nekni

Nexḍa-yas i lhemm

Andala-tent tmesbaniyin ? Timlilyin akked d yemdanen ? Tiɣri d umeslay deg yiɣmisen mgal mgal contre, anti tamεict yellan tuɛer mačči d kra ɣef medden. Ay anda nerra tamuɣli ziɣ ulac-iten ? Anwa i d azabuq ideg belεen ? Ma d Lewnis yettkemil :

Lameεna ugadeɣ ad d-ttunAsmi ara wen-d-yessiwel uɣrum

Ala yid-s ara d-telhum

Ayen-nniḍen ad-teǧǧem

Tamuɣli n Lewnis i d-yekkan seg yixef n yiḍelli, tcerreg akud, tfal i zzerb n wussan akken ad d- tessenqeb ɣef wass-a. Yuɣal ziɣ mi ara nεiwed asmeḥses di tibratin-is, kra i d-yenna deg lawan-nni neffeɣ ɣur-s. Am wakken i d-as-yenna deg usefru-nniḍen :

S kra n urgaz s i nummenZiɣ isewweq-d i yiman-is

Wameg mi ara nner tamuɣli, werǧin teḥwaǧ tagnit irgazen ireznen, at tmusni akked tsertit am wakken i d-ten-teḥwaǧ tagnit n wass-a. Werǧin tufa-d agdud Agdud
Igduden
wegdud
yegduden
Peuple(s)
iman-is d tagujilit n wid ara s yeldin allen am taswiεt ideg nella. Zik i d-yenna Lewnis :

Ceɛlet-aɣ tafatNeffud ad nwali

Ad nẓer ɣer zdat

Amek ara nili.

Di tilawt, tafat tensa akken ur nettwali acu i aɣ-yeggunin, acu i aɣ-d-ttheggin wussan. D tidet awal n umedyaz igezzem tallit akked lawan akken tidet i d-yenna ass-a neɣ iḍelli ad d-tili d tidet n lebda werǧin ad d t-yeskideb zzman. Ameslay mi ara d yeṭṭerḍeq meεlum lǧil i t-yebɣan ad t-yaf. I limer ass-a ad nezzi ɣer wacu i d-nnan yimdyazen-nneɣ deg yiseggasen yakka yezrin ? Mebla cekk aṭas temsirin ara nelmed ɣef yiman-nneɣ !

source: tamurt.info

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