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Entretien avec Lounis Aggoun (1/2)

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

Entretien avec Lounis Aggoun (1/2)
Algérie : Les années de sang et les complicités de la France

par Silvia Cattori*

L’indépendance n’a pas permis à l’Algérie de sortir de la violence. Loin s’en faut. Le pouvoir n’a pas été rendu au peuple, mais a été accaparé par un groupe, initialement choisi par la France pour protéger ses intérêts. Pour se maintenir, ce groupe n’a pas hésité à manipuler des islamistes et à plonger le pays dans un nouveau cycle de violence. Dans un ouvrage documenté, « La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable », Lounis Aggoun dénonce un système élaboré par des Algériens avec le soutien de la France, puis des Etats-Unis, au détriment de tout un peuple.




Entretien avec Lounis Aggoun (1/2) dans vive l'algerie(128) 1-2380Silvia Cattori : Votre ouvrageAlgérie. 200 ans d’inavouable » [1] est très impressionnant. 600 pages, denses, captivantes, s’appuyant sur une ample documentation, qui parlent avec empathie d’un peuple maltraité, mis à genoux. On comprend que c’est là le récit d’un homme meurtri par la souffrance de son peuple, résolu à se confronter à cette réalité brutale, à la vérité. Est-ce comme cela que vous le vivez ? « La colonie française en

Lounis Aggoun [2] : Je ne souhaite pas mêler mes écrits au flot intarissable de contresens et de contrevérités qui font office de littérature sur l’Algérie. Comment ne pas être meurtri lorsqu’on est le témoin permanent du spectacle de son peuple martyrisé ? Comment ne pas être révolté ensuite de voir le tyran se draper de vertu et se présenter comme le garant de la liberté, le meurtrier, le violeur, le voleur, le voyou, en somme tout ce qui fait l’Etat algérien, venir quotidiennement nous asséner ses leçons de morale ? Il n’y a pas de juste milieu dans le drame algérien. Il y a d’un côté le territoire des colons (les nouveaux s’entend) et de l’autre celui des colonisés, qui vivent une réalité affreuse. Une fois que l’on a pris conscience de cela, pouvons-nous simplement vaquer à nos occupations ? J’ai beau essayer, je n’y arrive pas.

Silvia Cattori : L’histoire récente de l’Algérie, de ses relations avec la France, relève du mensonge permanent, dites-vous dans votre livre. La France, voulant préserver coûte que coûte ses intérêts stratégiques en Algérie, a-t-elle vraiment œuvré de façon à ce que, après 1962, l’Algérie ne puisse pas accéder à la pleine possession de sa souveraineté ? L’Algérie comptait-t-elle davantage pour la France, que d’autres anciennes colonies ?

Lounis Aggoun : Les choses ne se présentent pas de façon aussi manichéenne. Cela dit, l’œuvre faussement libératrice du général de Gaulle en Afrique est connue. Comment croire qu’il ait conçu en AlgérieAlgériens. Loin s’en faudrait. Mais entre son projet, d’une Algérie indépendante entre les mains d’un pouvoir garant des intérêts français (cela, ce sont ses propres propos qui l’attestent) et la concrétisation (une dictature abominable qui a exacerbé toutes les turpitudes de l’ancien colon), il y a une marge et un fleuve de sang. Les dérives du pouvoir après le cessez-le-feu du 19 mars 1962 sont de la responsabilité des Algériensalgérienne. Après, c’est une trivialité de dire que l’apprenti-sorcier a perdu le contrôle de sa créature diabolique. C’est tout cela que j’ai souhaité documenter dans cet ouvrage, en m’appuyant non pas sur des racontars mais sur les déclarations des plus hauts responsables concernés au sein de l’Etat français et du pouvoir algérien. La vérité est là, écrite par bribes. J’ai simplement réuni les bribes et la vérité émerge, aveuglante. Il suffit de vouloir la regarder en face, pour tenter de reconstruire le futur sur des assises saines ; ou détourner les yeux et continuer à fonder les relations entre les deux pays sur des sables mouvants. Les faiseurs d’opinion pourront continuer (je ne me fais aucune illusion) à prétendre que la France n’est pour rien dans le désastre algérien après l’indépendance et que ceux qui affirment le contraire ne sont que des excités immatures ; les faits sont accablants et la démonstration restera. le projet contraire à celui qui était le sien dans le reste du continent ? Cela ne revient pas à dire qu’il souhaitait le malheur des (quelles que soient les influences extérieures, qui sont réelles). Mais le mensonge originel (et il est colporté par ceux-là mêmes qui prétendent militer pour la vérité et l’histoire) consiste, un demi-siècle après, à nier qu’au départ il y a une volonté du pouvoir français de noyauter l’administration

Silvia Cattori : L’affirmation que l’Indépendance a été suivie « d’une première décennie d’élimination des élites et de noyautage » met à mal la vision romantique qui avait cours dans les années 60-70, d’une Algérie socialiste triomphante, admirable, toute engagée dans le soutien des mouvements de libération, dotée de brillants diplomates, forte d’une remarquable politique étrangère ? Etait-ce une vision totalement erronée ? Pouvez-vous expliciter ?

Lounis Aggoun : Entre les envolées lyriques de Houari Boumédiène [3] sur la scène internationale et la réalité qu’il imposait au peuple algérien, il y a la différence entre le jour et la nuit. Et comme dans toute illusion, les déconvenues sont d’autant plus douloureuses que le rêve était beau. Quant aux brillants diplomates (et il n’est pas question de dire qu’il n’y en eut pas), ils n’ont servi que de caution à des politiques qui relèveraient du crime contre l’humanité si une justice internationale pouvait se pencher sur la question. Au demeurant, la réponse à votre question est simple : la qualité de cette administration peut aisément se mesurer au fait que l’un de ses plus éminents membres, Abdelaziz Bouteflika, est devenu président en 1999, près de quarante ans après avoir jeté les jalons de la dictature algérienne ; et qu’il poursuit son œuvre dévastatrice en ce moment même. Il faut toujours se méfier des histoires romantiques. C’est la vocation de l’élite de ne pas y sombrer. Or, des observateurs et les commentateurs de tous ordres continuent de colporter des sornettes qui justifient le maintien d’un pouvoir dont ils se prétendent les opposants.

Silvia Cattori : Vous avez sans doute des raisons qui vous permettent d’associer Ahmed Ben Bella à Boumediene et Bouteflika. Ben Bella, invité à la tribune de grands rassemblements, et fort applaudi, comme je l’ai constaté au Forum social européen (FSE) à Florence en Italie, en novembre 2002, demeure très estimé. Qu’a-t-il en commun avec eux ?

Lounis Aggoun : Ben Bella, c’est l’homme qui a confisqué la liberté aux Algériens. À ce titre, il endosse la plus lourde responsabilité dans le malheur de son peuple. Depuis qu’il a été déchu, je ne crois pas avoir entendu dans sa bouche un début d’autocritique. Au contraire, chaque fois qu’il intervient, c’est pour accabler les meilleurs cadres politiques de la Révolution et pour justifier le sort qui leur a été réservé (souvent leur meurtre). Qu’il fasse illusion dans les forums mondiaux est significatif de l’efficacité du travail des historiens et des journalistes. Quant aux organisateurs de ces forums, ils sont souvent ceux-là mêmes qui ont été bercés par l’aventure romantique que vous évoquez ; et ils ne souhaitent pas plus que les autres qu’on détruise leurs idoles. Ils sont nombreux dans la mouvance communiste qui, après s’être trompés en 1938 en soutenant Staline (avant de se ressaisir – une fois n’est pas coutume – dans la Résistance), puis en 1956 en votant les pouvoirs spéciaux à l’armée (ils soutiendront de la même façon une autre sale guerre en 1992, en prétendant vouloir sauver les Algériens d’eux-mêmes, et en relayant une politique proprement génocidaire, baptisée sans complexe « éradication »), ont cru se refaire une virginité en soutenant le pouvoir totalitaire qui s’installait en Algérie. Ils ont fait de ce soutien l’œuvre positive de leur vie. On aura alors beau les mettre aujourd’hui face à l’évidence, ils préféreront détourner les yeux.

Mais votre question mérite d’être élargie. Lorsqu’on découvre les affres du pouvoir actuel, les crimes du précédent paraissent en comparaison véniels (les 200 000 morts de la décennie 1990 sont un crime de masse ineffaçable, mais les menées destructrices à l’œuvre en ce moment auront à long terme des conséquences plus graves encore). Au vu de la décennie 1990, celle de 1980 avec Chadli paraît avec le recul somme toute assez douce. Et si l’on tient compte des affres de la décennie 1980 de Chadli, le règne de Boumediene paraît relever de l’âge d’or de l’indépendance algérienne. Connaissant les abominations du régime de Boumediene, l’ère de Ben Bella (où s’est pourtant fondée la dictature) paraît donc relever d’une époque de rêve. Outre que le temps apaise les malheurs engendrés par les pouvoirs successifs, cela traduit la descente inexorable aux enfers des Algériens. C’est cette réalité que j’ai aussi voulu retracer dans ce livre. Quant aux organisateurs de forums sociaux, il n’est jamais trop tard pour sortir de l’univers onirique où ils se complaisent et l’on peut espérer qu’ils cesseront de mêler leur énergie à celle des extrêmes qu’ils prétendent combattre…

Silvia Cattori : Tous les chapitres de votre livre sont passionnants et méritent débat. J’aimerais m’entretenir avec vous en particulier de ces événements que vous décrivez avec précision et qui, dès 1988, préparent le pire. Je crois que peu de gens savent ce qui s’est réellement passé tout au long de ces « années de sang ». Tout cela est terriblement accablant. Jusqu’à quel point le visage de l’Algérie a-t-il été bouleversé à jamais ? Quand pourra-t-on dire que tout cela appartient au passé ?

Lounis Aggoun : Un peuple en cage ; voilà ce que sont les Algériensalgérien aujourd’hui. Pour s’en échapper, des hommes et des femmes liquident tous leurs biens pour s’acheter un hypothétique passage en Europe. Sur des barques délabrées qui coulent sitôt en haute mer, ou sur des bateaux en courant le risque d’être jetés par-dessus bord par des équipages qui ne souhaitent pas avoir des ennuis avec les services d’immigration des pays où ils accostent. Si l’âme du peuple s’échine à échapper à la furie, le paysage dans lequel évolue la population a été quant à lui totalement abîmé.

Les Algériens souhaitaient la liberté ; on les a plongés dans la dictature. Ils ont voulu imposer la démocratie en 1988 ; on les a plongés dans l’horreur. Aujourd’hui, ils ne connaissent que des ennemis : ceux-ci se bousculent devant chez eux pour s’accaparer les richesses (pétrole, gaz, minerais, …) que recèle leur sous-sol. Il y a aussi ceux qui vendent des armes au régime qui les assassine. Ceux qui voudraient les sauver de leur prétendue propension à la barbarie et qui viennent expérimenter sur eux l’arsenal de la terreur. Ceux qui les accusent de tous les malheurs du monde et qui, au nom de cela, s’arrogent le droit de les piller. N’oublions pas les médias et les élites occidentales qui désinforment à leur sujet quand elles s’expriment sur eux et qui se volatilisent lorsqu’il devient impératif de les défendre. Dans dix ans, on découvrira que les opérations qui se mènent aujourd’hui – par un gouvernement qui est reçu en grande pompe dans les salons occidentaux – relèvent de crimes contre l’humanité. Et l’on assistera alors non pas à la condamnation de ces crimes, mais à l’élaboration de nouveaux crimes plus abominables encore, qui empêcheront l’opinion occidentale de s’appesantir sur ceux d’aujourd’hui. Et aujourd’hui donc, naturellement, pour éviter que soient traités les crimes de la décennie 1990, le pouvoir est en train de tenter de corrompre la population dans ce qu’elle a de plus intime, ses ressorts sociaux. Et ce pays que je vous décris est dépeint dans les colonnes des médias français comme un Eldorado économique, un exemple de démocratie.

Silvia Cattori : Aujourd’hui, il est devenu clair pour vous que le Groupe islamique armé (GIA) était une émanation de la Sécurité militaire algérienne, une « organisation écran ». Cela était-il déjà clair pour vous dans les années 90 ?

Lounis Aggoun : Cela était clair pour les rescapés des massacres à l’instant même où ils enterraient leurs proches. Mais que vaut la parole d’un supplicié quand personne ne consent à l’écouter, et même à l’entendre ? Il suffit de ne pas se départir de ce qui est le propre de l’homme, la faculté à raisonner, pour savoir que si certains attentats étaient bien l’œuvre des islamistes radicaux, les plus emblématiques, ceux qui ont eu le plus grand retentissement en Occident, étaient bien trop bénéfiques pour le régime, et pour lui seul, pour ne pas être suspects : il était essentiel que l’on ne s’interroge pas sur l’identité de leurs véritables commanditaires. Mais que vaut de savoir, que vaut même que tout le monde sache si les seules paroles que l’on entende dans les médias français, aujourd’hui, 10 ou 20 ans après les faits, ressassent la même rengaine falsificatrice. Ceux qui, il y a quinze ans, affirmaient déjà que les émirs les plus sanguinaires, Djamel Zitouni et Ali Touchent par exemple, étaient des agents du DRS (Département du renseignement et de la sécurité) comptent parmi les grands responsables des services de sécurité français. C’est l’un de ces secrets de Polichinelle. Cela n’empêche pas les médias de faire comme si personne ne savait et de débiter des contresens à longueur de journal.

Silvia Cattori : Ceux qui sont au courant de ces pratiques secrètes relevant de la « stratégie de la tension », utilisées par les États à l’insu de leurs citoyens, [4] savent, ou peuvent immédiatement comprendre, que tout ce que vous décrivez et qui paraît appartenir à l’inimaginable est malheureusement bien réel, à savoir qu’une poignée de généraux algériens ont délibérément plongé leur propre pays dans le chaos dans le but d’en accuser le Front Islamique du Salut (FIS), [5], et que la « guerre d’éradication » contre les islamistes avait des mobiles cachés. Mais le grand public, qui est désinformé, qui ignore tout de ces stratégies machiavéliques, comment pourrait-il imaginer que les coupables ne sont pas les islamistes mais les généraux qui les manipulent ? Le peuple algérien sait-il ce qui se trame véritablement ?

1-2378 dans vive l'algerie(128)Lounis Aggoun : D’abord, pour être viable, un gros mensonge doit se fonder sur une part de vérité. Des islamistes radicaux, il y en a eu en Algérie et il y en a toujours. Des islamistes désireux de plonger le pays dans la terreur, il y en a. Des islamistes qui souhaitent rééditer contre le colon intérieur les « exploits » de la génération de 1954, il y en a. Mais, comme dans toute société, ils sont une ultra-minorité, que les ressorts démocratiques existant auraient pu cantonner dans cette dimension marginale. Le pouvoir, dont les desseins détestables sont avérés, a planifié (il s’agit d’une préméditation et non pas d’une dérive) de se greffer sur cette minorité, qu’il a grossie de ses propres effectifs, pour pousser les islamistes non pas à la modération mais à la radicalisation. À titre d’exemple, le « majliss echoura » du FIS, son instance dirigeante, est passé à un moment sous le contrôle absolu du DRS ; certains de ses dirigeants sont aujourd’hui des ministres de Bouteflika ou des députés et offrent leur pays au pillage international. De tous les leaders de premier rang, seul Ali Benhadj était sans doute un homme sincère.

Comment échapper à la désinformation ? Les Algériens savent et ne sont pas dupes. Je ne parle évidemment pas des Algériens que les journalistes et les entrepreneurs français croisent dans les bars de l’Alleti ou l’Aurassi et pour qui la vie est belle. Je parle de l’AlgérieAlgérie du troisième collège. Quant aux Français qui souhaitent échapper à l’aveuglement, ils savent qui il faut lire et qui il faut écouter. J’ajouterais que « les Français de la France profonde » subissent aujourd’hui les mêmes coups de boutoirs de la part de l’Etat français et sont victimes au même titre que les Algériens. C’est pour cela que dire la vérité, entière, quand on la connaît, partout où l’occasion se présente, est une opération de salubrité publique, qui dépasse le cadre de l’Algérie. Car le monde entier prend un bien mauvais chemin, et ce qui est devenu le quotidien des Algériens risque fort de se « globaliser ». Et l’on accusera ensuite les Français de ne pas avoir été assez courageux pour parer des offensives contre lesquelles ils seront alors devenus impuissants…
Mais votre question doit être examinée avec plus de recul. Dans une manipulation, il ne faut pas confondre manipulateur et manipulé(s), tout comme il faut distinguer le désinformateur des personnes qu’il abuse. Il ne faut pas retomber dans ce travers algérien qui consiste à accuser la victime d’être victime. Une société reste complexe. Et si la grande masse consacre le peu d’énergie dont elle dispose pour s’en sortir, se dépêtrer de la glu où on l’a piégée, elle ne peut pas être accusée d’être mal informée, d’être mal avisée. Le tort en revient à ceux dont la vocation est de l’informer et de l’aviser. Je ne crois pas que le peuple aime qu’on lui mente. En tout état de cause, tous ceux que j’ai croisés à la suite de mes interventions m’ont demandé, sitôt leur lecture achevée, de leur en dire davantage et m’ont même parfois sermonné d’avoir atténué l’âpreté d’une information. Aucun parmi eux ne m’a jamais accusé d’en avoir trop dit. En revanche, la plupart des « gardiens des lignes éditoriales » qui m’ont sollicité pour écrire se sont empressés de me poser des garde-fous. M’ont reproché d’en dire trop, de décrire une vérité trop crue. En somme, ils me demandent de maquiller la vérité pour, pensent-ils, ne pas effaroucher le lecteur. Ignorent-ils que la moindre brèche dans une vérité empoisonne cette vérité et la tue ?
profonde, l’

Silvia Cattori : Durant ces années de répression sauvage, François Mitterrand était au pouvoir en France. Vous ne semblez pas avoir apprécié les implications de son gouvernement dans ce dossier. Celui-ci a-t-il favorisé la politique de ces généraux algériens qui multipliaient les opérations sanglantes contre leur peuple ? Les a-il réellement considérés comme « le rempart contre l’islamisme radical du FIS » ?

Lounis Aggoun : L’alibi du « rempart contre le terrorisme » est commode. C’est une grosse ficelle pour masquer des rapts à grande échelle. La responsabilité de François Mitterrand est monumentale. Je l’ai démontrée. Mais Mitterrand est un homme et la politique est œuvre collégiale. Il a présidé des gouvernements de gauche, et des gouvernements de droite. De tous les hommes politiques qui l’ont entouré, ils ne sont pas nombreux à pouvoir se targuer d’avoir montré un sens de l’honneur concernant les relations avec l’Algérie. Si la responsabilité est partagée, celle de François Mitterrand crève tous les plafonds en ce sens qu’il avait le pouvoir d’agir dans un sens noble et il a systématiquement agi de façon détestable. Il y aurait des livres entiers à écrire sur la question…

Cela étant, les dangers de l’islamisme radical ne doivent pas être minimisés. Et bien des anciens leaders du FIS (ceux qui aspiraient à redonner au peuple algérien sa dignité, même au prix de contorsions culturelles discutables) endossent une lourde responsabilité pour avoir, par inadvertance, contribué à plonger le pays dans le chaos. Pire, 20 ans après les faits, ils se murent encore dans le silence et refusent d’apporter le témoignage qui pourrait aider les observateurs à comprendre mieux l’histoire récente de leur pays. En d’autres mots, ils refusent délibérément d’aider leur peuple à connaître la vérité qui lui permettrait de s’affranchir des tyrannies qu’il subit. Exemple parmi d’autres, il est plus qu’évident qu’Abassi Madani, leur chef, travaillait main dans la main avec le DRS. Ils sont nombreux à pouvoir apporter leur témoignage. Ils ne le font pas. Cette faute est encore plus mortelle que les conséquences de leur amateurisme d’il y a 20 ans.

Silvia Cattori : L’Elysée ne pouvait pas ignorer que les attentats qui faisaient des milliers de morts étaient contrôlés par les services secrets algériens. Quel intérêt avait la France à mettre un terme au processus de démocratisation en Algérie et à se servir de l’instrumentalisation de la menace islamiste ?

Lounis Aggoun : La réponse à votre question peut tenir en un livre. C’est même celui que je viens de faire publier. L’intérêt de la France et de François Mitterrand n’est pas de ces choses auxquelles on peut répondre ponctuellement par un oui ou un non. C’est affaire de dynamiques, d’engrenages, de realpolitik, de prédations économiques, de chantages, de préjugés, d’esprits de revanche mal consommé, de peur parfois, etc. Il ne faut d’ailleurs pas confondre l’intérêt de la France et celui de ses gouvernants. Chaque jour qui passe montre qu’ils sont mêmes antinomiques.

Silvia Cattori : Pour n’avoir pas accepté la poursuite du processus démocratique en Algérie, et avoir approuvé l’interruption par la force de l’accès au pouvoir du Front Islamique du Salut (FIS), les puissances occidentales ont donc permis aux généraux algériens d’ouvrir les portes de l’enfer ?

Lounis Aggoun : Encore une fois, les dynamiques et les engrenages à l’œuvre s’étalent sur des années, des décennies. Si l’on avait expliqué aux dirigeants français que l’interruption de la démocratie en Algérie en 1991 engendrerait la décennie morbide que l’on a connue, sans nul doute qu’ils auraient réfléchi à deux fois. Mais l’art d’un manipulateur est de faire que les décisions et les actes qu’il demande d’entériner ou de soutenir masquent les conséquences qui en découleraient. Une fois que les conséquences se révèlent, il est trop tard, il faut faire avec le réel, et éviter que les choses empirent, et donc soutenir une dictature qu’il suffit de présenter comme un rempart contre le pire.

Mais avant d’aller plus loin, je voudrais rétablir un fait. On prétend depuis 20 ans que la démocratie en Algérie va porter les islamistes au pouvoir. Il n’y a rien de plus faux. Les islamistes, au plus fort de leur mobilisation, c’est-à-dire à un moment où le régime a neutralisé toutes les forces démocratiques et aidé le FIS à se structurer, n’ont pas joui d’une popularité dépassant 30 %. En juin 1991, des élections législatives auraient dû porter au pouvoir une coalition démocratique. Les généraux algériens ont simulé une guerre civile qui a duré une nuit pour mettre fin au processus démocratique et éliminer le seul gouvernement qui ait œuvré dans l’intérêt du peuple algérien, le gouvernement Hamrouche. Sitôt le processus électoral interrompu (avec les applaudissements du pouvoir français), le DRS a désigné un gouvernement avec pour objectif de lancer un autre processus électoral dont l’objectif était de faire gagner le FIS et de justifier la fin de la démocratie que le peuple ne méritait pas. Six mois d’une gigantesque manipulation après, le général Larbi Belkheir, maître d’œuvre de cette opération, annonce cette victoire soigneusement planifiée des islamistes. On connaît la suite.

Silvia Cattori : Qu’en est-il, depuis la disparition de Larbi Belkheir et Smaïn Lamari, des relations entre le régime de Bouteflika et l’Elysée ? Et des actes que l’on attribue à Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) ? Qui se cache derrière ce nom ?

Lounis Aggoun : La réponse à votre question tient en une phrase : L’AQMI et le DRS sont une même organisation. Le reste est littérature. Les déboires de la France avec le pouvoir algérien viennent de ce que ses plus fidèles agents (Larbi Belkheir et Smaïn Lamari) sont décédés respectivement en 2010 et en 2007. La France se retrouve donc avec un interlocuteur qui n’est pas dans les mêmes dispositions à leur égard. Le maître actuel du régime, Toufik Mediene, préfère jouer d’autres cartes, américaine, chinoise, etc. C’est cette guerre souterraine qui se traduit sur le terrain par des enlèvements, et des humiliations à répétition infligées par l’AQMI (le DRS) à la France. Le pire, c’est que ni les hommes politiques, ni les journalistes, qui ont pratiqué le mensonge permanent, ne peuvent expliquer les vrais dessous. Et ce sont les experts-imposteurs habituels que l’on retrouve sur tous les plateaux de télévision. Des manipulateurs pour qui la vie des otages compte pour quantité négligeable.

Silvia Cattori : Vous revenez à maintes reprises sur le rôle de Jack Lang, Hubert Védrine, Jean-Louis Bianco, Jacques Attali. Pourquoi ces personnages-là, si prisés par nos médias encore aujourd’hui, sont-ils plus particulièrement blâmables ?

Lounis Aggoun : Ces hommes sont quelques-uns des bons conseillers du pouvoir de l’ombre en Algérie, autour de Larbi Belkheir. Ils sont donc, à des degrés divers, les architectes de l’œuvre de cet homme : la destruction de l’Algérie et le renvoi de son peuple dans les affres d’une colonisation pire que la colonisation, et qui n’ose pas dire ce qu’elle est…

A suivre…

source: voltairenet.org

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La mise à l’écart de la scène politique du plus ancien chef des services de renseignements serait-elle imminente ?

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

La mise à l’écart de la scène politique du plus ancien chef des services de renseignements serait-elle imminente ?

Le général Mohamed « Toufik » Mediène est engagé dans une lutte avec le président Bouteflika.

Septembre 2010 marque le vingtième anniversaire de la prise de fonction du plus ancien « chef des services de renseignement » en poste dans le monde. L’homme en question est le général Mohamed « Toufik » Mediène, directeur du département du renseignement et de la sécurité (DRS) algérien.

Il a été nommé à la tête du DRS en septembre 1990, 15 mois avant que les « généraux algériens  » ou le « Groupe » comme on les appelait à l’époque, et dont Mediène, alors colonel, faisait partie, annulent les élections qui auraient permis de porter au pouvoir le premier gouvernement islamique jamais élu démocratiquement.

Être le chef des services de renseignements et de la sécurité de l’un des régimes les plus impitoyablement répressifs et corrompus au monde pendant 20 ans relève de l’exploit. Felix Dzerzhinsky, le fondateur de la Tcheka qui deviendra plus tard le KGB, a dans les faits « contrôlé » l’Union Soviétique pendant neuf ans (1917-1926) ; Lavrenti Beria, chef du NKVD, l’a terrorisée pendant 15 ans (1938-1953) ; le chef de la police d’Hitler, Heinrich Himmler, s’est suicidé au bout de 11 ans (1934-1945), quant au général Hendrik van den Bergh, il a dirigé le Bureau of State Security (BOSS), les services de renseignement du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, pendant 11 ans (1969-1980). Mediène les a tous surpassés.

Pourquoi alors, juste au moment où Mediène atteint ce jalon extraordinaire, entend-on des rumeurs concernant sa mise à l’écart imminente de la scène politique ?

La réponse tient en quelques mots : lorsque le chef du renseignement et de la sécurité d’un pays fait la une de l’actualité, il y a fort à parier qu’il a fait son temps. Au cours des neuf derniers mois, on a beaucoup parlé de Mediène, principalement à cause de la lutte qui l’oppose à Abdelaziz Bouteflika depuis l’élection de ce dernier pour un troisième mandat présidentiel en avril 2009.

« L’homme fort » de l’Algérie

Pour comprendre cette lutte, il faut revenir quelques années en arrière. Mediène a gravi les échelons de la hiérarchie sur un « tapis rouge » [i] : il a été formé par le KGB en 1961 et soutenu par les chefs du premier service secret algérien.

Pendant les années 90, lorsque l’Algérie était plongée dans sa « sale guerre  » contre les islamistes, l’homme le plus puissant du pays était le général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée algérienne. Mais lorsque le pays a renoué avec la paix et que les chars ont regagné les casernes, c’est Mediène qui est devenu «  l’homme fort  » du pays.

La transition de la « guerre » à la « paix » et l’ascension de Mediène ont coïncidé avec la période entourant l’élection de Bouteflika à la présidence de la République en 1999.

Les faiblesses personnelles de ses semblables, telles que la propension à la corruption et les penchants sexuels, ont été des éléments fondamentaux dans la manière dont Mediène a exercé le contrôle. Il n’est donc pas surprenant que l’élément qui a décidé Mediène à accorder son soutien à Bouteflika en 1999 ait été la condamnation de ce dernier en 1983 dans le cadre d’un détournement de fonds des chancelleries algériennes, pour un montant total correspondant à 23 millions de dollars actuels, pendant qu’il était ministre des Affaires étrangères entre 1965 et 1978.

Mediène est devenu « l’homme fort  » incontesté de l’Algérie après les élections présidentielles d’avril 2004 et le limogeage inattendu de Mohamed Lamari qui a eu lieu quatre mois plus tard. Le complot qui a conduit à la mise à l’écart de Lamari comprenait un accord entre Bouteflika et Mediène visant à donner une nouvelle image de l’Algérie en écartant le général le plus haï à cette époque.

Une fois Lamari parti, Bouteflika et Mediène se sont effectivement partagé le pouvoir pendant que le général Smaïn Lamari (aucun lien de parenté avec Mohamed), l’adjoint de Mediène et chef de la Direction du contre-espionnage (DCE) faisait le « sale boulot  ».

Des ambitions grandioses

Mediène est un homme extrêmement secret. Une seule photo de lui a été publiée et quasiment aucune de ses paroles n’ont été enregistrées. On suppose donc que son ambition de prendre le contrôle effectif du pays, si c’est bien de cela dont il s’agit, remonte à l’époque du départ de Lamari.

Il existe toutefois un enregistrement de Mediène qui laisse à penser qu’il avait déjà un sens très développé de sa propre importance et de son pouvoir bien avant le « départ à la retraite  » de Lamari.

C’était en 1999, lorsque Fouad Boulemia a été interrogé et torturé par le DRS qui prétendait qu’il avait assassiné le leader du Front islamique du salut (FIS) Abdelkader Hachani.

Au cours de son procès très controversé qui a duré une journée en avril 2001, Boulemia a rapporté qu’après avoir été torturé par des agents du DRS, Mediène est entré et lui a dit : « C’est moi le patron (ana rabha). Tu vas voir ce que je vais te faire. Si tu avoues que tu as tué Hachani, tu écoperas de 15 ans de prison et tes parents pourront te rendre visite. Si tu n’avoues pas, je vais t’emmener chez ta mère et je vais l’éviscérer sous tes yeux. Je suis le général Toufik, le dieu de l’Algérie (Rab Edzayer). »

En dehors de son pouvoir de vie ou de mort sur de simples mortels, les autres attributs divins de Mediène semblent plus relever de l’aspect matériel que spirituel, comme en témoigne l’ampleur de ses participations et investissements dans les ressources naturelles et le secteur immobilier en Algérie.

Signal d’avertissement

Les difficultés actuelles du « dieu de l’Algérie  » ont commencé avec l’élection de Bouteflika pour un troisième mandat en avril 2009. En effet, un troisième mandat présidentiel exigeait d’amender la Constitution, mesure que le DRS a soutenue à contrecœur.

Mais les conséquences de l’élection n’ont pas été celles que Mediène avait prévues. A peine Bouteflika a-t-il été installé dans le fauteuil de son troisième mandat que son « clan », conscient du mauvais état de santé du président, a commencé à planifier sérieusement sa succession qui devait être assurée par son frère cadet, Said Bouteflika.

Bien que considéré par beaucoup comme un incapable, Said Bouteflika était néanmoins en train d’établir une base de pouvoir politique. Il était devenu le « portier » du président, assurait des fonctions de ministre-sans-portefeuille et rassemblait des soutiens parmi l’élite économique du pays. On parlait même d’un nouveau parti politique qui allait être créé pour lui.

La perspective d’une telle succession dynastique n’était pas exactement ce que le chef des renseignements et de la sécurité avait en tête lorsqu’il avait donné son feu vert au troisième mandat de Bouteflika.

Mediène observait l’avancée de Said sur le devant de la scène avec dégoût. Bien que le DRS se sente tout à fait capable de gérer le « problème de succession », Mediène était conscient du risque que Bouteflika essaye de se débarrasser de lui au cours de son troisième mandat comme il l’avait fait avec Lamari au début de son deuxième mandat. Le signal d’avertissement est parvenu à Mediène lorsque Said Bouteflika s’est adjoint pour sa campagne les services de l’ancien chef de la sécurité, le général Mohamed Betchine.

La corruption comme moyen de contrôle

Bouteflika a été élu président de la République algérienne pour un troisième mandat en 2009

Betchine avait été le chef des services de renseignement du pays et patron de Mediène dans les années 80, avant la création de la DRS en 1990, lorsqu’il a en apparence pris sa retraite.

A la suite de leur coup d’État de janvier 1992, les généraux ont gouverné pendant les deux années suivantes par l’intermédiaire du Haut Comité d’État (HCE). Au moment de la dissolution du HCE en janvier 1994, les généraux ont désigné un de leurs hommes au poste de président, Liamine Zeroual.

Déterminé à ne pas être le pantin des généraux, Zeroual a nommé, en tant que conseillers, les deux généraux Saidi Fodil et Mohamed Betchine.

En 1996, Zeroual avait décidé que Mediène était devenu trop puissant et avait programmé de le remplacer par Fodil. La réaction de Mediène ne s’est pas fait attendre : Fodil meurt dans un « accident de la route ».

Un an plus tard, Zeroual a de nouveau tenté sa chance, en décidant cette fois de nommer Betchine ministre de la Défense afin de se débarrasser de Mediène. Les représailles de Mediène furent de nouveau rapides et catégoriques. Il a organisé des massacres de civils à grande échelle, à Raïs, Bentalha, Beni-Messous et ailleurs, amenant l’horreur et la psychose jusqu’aux portes d’Alger. Au même moment, il a mis la machinerie du DRS en œuvre pour détruire les affaires et la réputation de Betchine, poussant ainsi un homme brisé à la démission. Zeroual a suivi le mouvement.

La réaction de Mediène à la perspective de voir Betchine ramené au pouvoir par Said Bouteflika a été dévastatrice. Sa stratégie a consisté à détruire toutes les personnes liées à Said Bouteflika en utilisant la bonne vielle combinaison « corruption – chantage ». En effet, l’une des raisons qui avait poussé Mediène à soutenir Bouteflika en 1999 et qui a fait que la corruption est devenue si répandue au cours des dix dernières années est que le DRS l’a encouragée et l’utilise comme moyen de contrôle.

Chasse aux sorcières

Mediène a commencé par dévoiler la corruption touchant le projet d’autoroute est-ouest, d’un montant de 12 milliards de dollars, à laquelle furent mêlés le ministère des travaux publics et son ministre Amar Ghoul, un ami de Said Bouteflika. L’avertissement n’a pas été entendu. L’attaque de Mediène, qui rappelle son opération de « destruction » de Betchine en 1998, est donc passée à la vitesse supérieure et s’est dirigée à la fois contre la Sonatrach, le géant du gaz et du pétrole algériens appartenant à l’État et source de 98 % des rentrées de devises de l’Algérie, et contre Chakib Khelil, ministre de l’Énergie et des Mines, ami proche du président et « symbole » de l’ère Bouteflika.

Le « scandale de la Sonatrach », qui a éclaté en janvier 2010 avec l’arrestation du PDG de la société, de quatre de ses cinq vice-présidents ainsi que d’autres cadres supérieurs a très rapidement conduit l’économie et le gouvernement dans un état de quasi paralysie. Bouteflika n’est presque plus apparu en public tandis que la chasse aux sorcières menée par le DRS, sous couvert de l’enquête sur la corruption au sein de la Sonatrach, a fait perdre le sommeil à de nombreux membres des élites économiques et politiques du pays.

A un moment donné, il a semblé que Bouteflika parviendrait à retourner la situation contre Mediène en désignant une « Commission de sécurité indépendante  » destinée à enquêter sur certains dossiers non résolus datant d’époques antérieures.

La commission a notamment cherché à déterminer le rôle joué par le DRS dans les assassinats de Mohamed Boudiaf, le premier président du HCE, et de Saidi Fodil.

Deux témoins de haut rang, l’un étant membre d’une unité spéciale du DRS impliquée dans les assassinats de Boudiaf et Fodil et l’autre, officier militaire de haut rang qui a confirmé l’existence de cette unité secrète du DRS, ont confirmé dans leurs déclarations que cette unité, sous le commandement des généraux Mediène et Smaïn Lamari, avait organisé « l’accident de voiture  » qui a coûté la vie à Fodil.

Nous ne saurons probablement jamais quels sortilèges ont été jetés sur Bouteflika après la publication de ces témoignages mais il suffit de dire que l’on n’a plus jamais entendu parler de cette commission.

Le remaniement ministériel opéré par Bouteflika en mai 2010 portait en filigrane la trace du scénario vainqueur de Mediène. Chakib Khelil et le ministre de l’Intérieur Nouredine « Yazid » Zerhouni, les deux principaux appuis de Bouteflika au sein du gouvernement, de même que d’autres ministres de moindre importance, ont été limogés. La proposition de donner la succession à Said Bouteflika est devenue de l’histoire ancienne.

Victoire à la Pyrrhus

Le fait que Mediène ait réussi à réduire le troisième mandat de Bouteflika à une présidence factice aurait pu lui procurer une certaine satisfaction personnelle, mais cette victoire est une victoire à la Pyrrhus pour au moins deux raisons.

Premièrement, le scandale de la Sonatrach et l’exposition médiatique qui en a découlé ont coûté très cher à l’économie et à la réputation internationale de l’Algérie. Deuxièmement, un certain nombre d’autres révélations inattendues au cours des deux derniers mois ont été la cause de problèmes particulièrement malvenus pour Mediène.

Ces révélations proviennent essentiellement d’entretiens récents accordés à Quds Press par l’ancien agent du DRS, Karim Moulay. Non seulement Moulay a rappelé aux algériens et au monde entier l’implication des services de sécurité du pays dans les massacres de 1990, mais, pire encore pour Mediène, il a témoigné publiquement que Mediène en personne avait non seulement ordonné le massacre de Beni Messous du 5 septembre 1997, dans lequel quelques 200 personnes vivant dans des baraques de chantier ont été abattues, mais qu’il s’agissait en fait d’une opération « immobilière » visant à récupérer du terrain au profit de sa propre famille.

Moulay a également déclaré que le DRS, sous les ordres de Mediène, a planifié et exécuté l’attaque « terroriste » d’août 1994 contre l’hôtel Asni à Marrakech au Maroc, dans lequel deux touristes espagnols ont trouvé la mort et un troisième a été blessé. Reste à savoir si l’Espagne a prévu de rouvrir le dossier et comment le Maroc réagira.

Les relations entre l’Algérie et le Maroc risquent de se dégrader encore davantage avec les activités d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Le Maroc connaît l’implication du DRS dans l’établissement d’AQMI au Sahara et au Sahel. Maintenant que l’on sait qu’Omar Ahmed Ould Sidi Ould Hama, le ravisseur des trois travailleurs humanitaires espagnols enlevés en Mauritanie en novembre dernier, est un membre du Front Polisario, qui est géré de près par le DRS, les protestations du Maroc affirmant que le Front Polisario est instrumentalisé par l’Algérie, ou du moins par le DRS, à des fins « terroristes » sont soudainement prises au sérieux.

En outre, le nombre croissant d’articles indiquant qu’AQMI au Sahel a été créé de toutes pièces par le DRS suscite un certain malaise à Washington. Là encore, le blâme revient à Mediène.

Sur le plan intérieur, on estime que le DRS est mis sous pression, peut-être par des éléments au sein de l’armée et de ses propres rangs, par le fait que le « terrorisme » dans le nord du pays est susceptible d’empirer, et non de régresser comme le prétend le gouvernement, et que les troubles civils à travers le pays atteignent des niveaux alarmants.

Des rumeurs indiquent que des tierces parties intermédiaires auraient parlé avec Mediène et Bouteflika et conclu un accord selon lequel Mediène « prendrait sa retraite  » suivi de près par Bouteflika pour raisons de santé, et le pays serait gouverné jusqu’aux élections de 2014 par un ou des vice-président(s) nommé(s) quelques temps avant le départ de Bouteflika.

L’Algérie vit au rythme des rumeurs et celle-ci ressemble étrangement à celle du printemps 2001 selon laquelle les troubles berbères mettraient fin à la carrière de Mediène.

Mais en 2001, Mediène a été sauvé, à deux reprises, par les attentats du 11 septembre. La première fois parce qu’en ce jour fatidique, il se trouvait dans la partie du Pentagone qui n’a pas été touchée. La seconde fois parce qu’il est immédiatement devenu un allié incontournable de Washington dans sa « guerre globale contre le terrorisme  ».

Il est peu probable que Washington essaie de lui venir en aide aujourd’hui. Après tout, c’est en grande partie grâce aux erreurs du DRS que nous avons été en mesure de dire que le front du Sahara-Sahel dans la « guerre globale contre le terrorisme » est une création américano-algérienne.

Jeremy Keenan

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Comment Toufik a voulu bloquer Said Bouteflika : L’analyse d’un spécialiste britannique

Posté par algeriedemocratie le 22 janvier 2011

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Anthropologue britannique, professeur et chercheur associé à la “School of Oriental and African Studies” (École des études orientales et africaines) de l’Université de Londres, spécialiste reconnu de la zone sahélienne, Jeremy Keenan raconte dans cet article (dont nous reproduisons des extraits), la guerre qu’a livrée  le DRS du général Médiène, dit Toufik, au clan Bouteflika afin d’empêcher Saïd Bouteflika, le jeune frère du président, d’arracher la succession.

Selon lui, la guerre aurait peut-être débouché sur un accord selon lequel Mediène « prendrait sa retraite » suivi aussitôt  par Bouteflika pour raisons de santé, et le pays serait gouverné jusqu’aux élections de 2014 par un ou des Vice-président(s) nommé(s) quelque temps avant le départ de Bouteflika.

Auteur du livre « The Dark Sahara: Americas War on Terror in Africa » (Sombre Sahara: la guerre de l’Amérique contre le terrorisme en Afrique), Jermy Keenan a notamment affirmé, il y a quelques mois,  que c’est la Sécurité militaire algérienne qui a conduit la France dans le fiasco de son opération militaire du 22 juillet au Mali, destiné à sauver l’otage Michel Germaneau.

…………………………………………………………

Septembre 2010 marque le vingtième anniversaire de la prise de fonction du plus ancien « chef des services de renseignement » en poste dans le monde. L’homme en question est le Général Mohamed « Toufik » Mediène, Directeur du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) algérien.

Il a été nommé à la tête du DRS en septembre 1990, 15 mois avant que les « Généraux algériens » ou le « Groupe » comme on les appelait à l’époque, et dont Mediène, alors colonel, faisait partie, annulent les élections qui auraient permis de porter au pouvoir le premier gouvernement islamique jamais élu démocratiquement.

Être le chef des services de renseignement et de la sécurité de l’un des régimes les plus impitoyablement répressifs et corrompus au monde pendant 20 ans relève de l’exploit. Felix Dzerzhinsky, le fondateur de la Tcheka qui deviendra plus tard le KGB, a dans les faits « contrôlé » l’Union Soviétique pendant neuf ans (1917-1926); Lavrenti Beria, chef du NKVD, l’a terrorisée pendant 15 ans (1938-1953); le chef de la police d’Hitler, Heinrich Himmler, s’est suicidé au bout de 11 ans (1934-1945), quant au Général Hendrik van den Bergh, il a dirigé le Bureau of State Security (BOSS), les services de renseignement du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, pendant 11 ans (1969-1980). Mediène les a tous surpassés.

Pourquoi alors, juste au moment où Mediène atteint ce jalon extraordinaire, entend-on des rumeurs concernant sa mise à l’écart imminente de la scène politique ?La réponse tient en quelques mots : lorsque le chef du renseignement et de la sécurité d’un pays fait la une de l’actualité, il y a fort à parier qu’il a fait son temps. Au cours des neuf derniers mois, on a beaucoup parlé de Mediène, principalement à cause de la lutte qui l’oppose à Abdelaziz Bouteflika depuis l’élection de ce dernier pour un troisième mandat présidentiel en avril 2009. « L’homme fort » de l’Algérie

Pour comprendre cette lutte, il faut revenir quelques années en arrière. Mediène a gravi les échelons de la hiérarchie sur un « tapis rouge »[i] : il a été formé par le KGB en 1961 et soutenu par les chefs du premier service secret algérien.
Pendant les années 90, lorsque l’Algérie était plongée dans sa « sale guerre » contre les islamistes, l’homme le plus puissant du pays était le Général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée algérienne. Mais lorsque le pays a renoué avec la paix et que les chars ont regagné les casernes, c’est Mediène qui est devenu « l’homme fort » du pays.
La transition de la « guerre » à la « paix » et l’ascension de Mediène ont coïncidé avec la période entourant l’élection de Bouteflika à la Présidence de la République en 1999.

Les faiblesses personnelles de ses semblables, telles que la propension à la corruption et les penchants sexuels, ont été des éléments fondamentaux dans la manière dont Mediène a exercé le contrôle. Il n’est donc pas surprenant que l’élément qui a décidé Mediène à accorder son soutien à Bouteflika en 1999 ait été la condamnation de ce dernier en 1983 dans le cadre d’un détournement de fonds des chancelleries algériennes, pour un montant total correspondant à 23 millions de dollars actuels, pendant qu’il était ministre des Affaires étrangères entre 1965 et 1978.

Mediène est devenu « l’homme fort » incontesté de l’Algérie après les élections présidentielles d’avril 2004 et le limogeage inattendu de Mohamed Lamari qui a eu lieu quatre mois plus tard. Le complot qui a conduit à la mise à l’écart de Lamari comprenait un accord entre Bouteflika et Mediène visant à donner une nouvelle image de l’Algérie en écartant le général le plus haï à cette époque. Une fois Lamari parti, Bouteflika et Mediène se sont effectivement partagé le pouvoir pendant que le Général Smaïn Lamari (aucun lien de parenté avec Mohamed), l’adjoint de Mediène et chef de la Direction du contre-espionnage (DCE) faisait le « sale boulot ».

Des ambitions grandioses. Mediène est un homme extrêmement secret. Une seule photo de lui a été publiée et quasiment aucune de ses paroles n’ont été enregistrées. On suppose donc que son ambition de prendre le contrôle effectif du pays, si c’est bien de cela dont il s’agit, remonte à l’époque du départ de Lamari. (…)

Signal d’avertissement

Les difficultés actuelles du « Dieu de l’Algérie » ont commencé avec l’élection de Bouteflika pour un troisième mandat en avril 2009. En effet, un troisième mandat présidentiel exigeait d’amender la Constitution, mesure que le DRS a soutenue à contrecœur.
Mais les conséquences de l’élection n’ont pas été celles que Mediène avait prévues. A peine Bouteflika a-t-il été installé dans le fauteuil de son troisième mandat que son « clan », conscient du mauvais état de santé du Président, a commencé à planifier sérieusement sa succession qui devait être assurée par son frère cadet, Said Bouteflika. Bien que considéré par beaucoup comme un incapable, Said Bouteflika était néanmoins en train d’établir une base de pouvoir politique. Il était devenu le « portier » du Président, assurait des fonctions de ministre-sans-portefeuille et rassemblait des soutiens parmi l’élite économique du pays. On parlait même d’un nouveau parti politique qui allait être créé pour lui.

La perspective d’une telle succession dynastique n’était pas exactement ce que le chef des renseignements et de la sécurité avait en tête lorsqu’il avait donné son feu vert au troisième mandat de Bouteflika.

Mediène observait l’avancée de Said sur le devant de la scène avec dégoût. Bien que le DRS se sente tout à fait capable de gérer le « problème de succession », Mediène était conscient du risque que Bouteflika essaye de se débarrasser de lui au cours de son troisième mandat comme il l’avait fait avec Lamari au début de son deuxième mandat.
Le signal d’avertissement est parvenu à Mediène lorsque Said Bouteflika s’est adjoint pour sa campagne les services de l’ancien chef de la sécurité, le Général Mohamed Betchine.
Betchine avait été le chef des services de renseignement du pays et patron de Mediène dans les années 80, avant la création de la DRS en 1990, lorsqu’il a en apparence pris sa retraite.
A la suite de leur coup d’État de janvier 1992, les Généraux ont gouverné pendant les deux années suivantes par l’intermédiaire du Haut Comité d’État (HCE). Au moment de la dissolution du HCE en janvier 1994, les Généraux ont désigné un de leurs hommes au poste de Président, Liamine Zeroual. Déterminé à ne pas être le pantin des Généraux, Zeroual a nommé, en tant que conseillers, les deux Généraux Saidi Fodil et Mohamed Betchine.
En 1996, Zeroual avait décidé que Mediène était devenu trop puissant et avait programmé de le remplacer par Fodil. La réaction de Mediène ne s’est pas fait attendre : Fodil mourut dans un « accident de la route »(…)
La réaction de Mediène à la perspective de voir Betchine ramené au pouvoir par Said Bouteflika a été dévastatrice. Sa stratégie a consisté à détruire toutes les personnes liées à Said Bouteflika en utilisant la bonne vielle combinaison « corruption – chantage ». En effet, l’une des raisons qui avait poussé Mediène à soutenir Bouteflika en 1999 et qui a fait que la corruption est devenue si répandue au cours des dix dernières années est que le DRS l’a encouragée et l’utilise comme moyen de contrôle.

Chasse aux sorcières

Mediène a commencé par dévoiler la corruption touchant le projet d’autoroute est-ouest, d’un montant de 12 milliards de dollars, à laquelle furent mêlés le ministère des travaux publics et son ministre Amar Ghoul, un ami de Said Bouteflika. L’avertissement n’a pas été entendu. L’attaque de Mediène, qui rappelle son opération de « destruction » de Betchine en 1998, est donc passée à la vitesse supérieure et s’est dirigée à la fois contre la Sonatrach, le géant du gaz et du pétrole algérien appartenant à l’État et source de 98 % des rentrées de devises de l’Algérie, et contre Chakib Khelil, ministre de l’Énergie et des Mines, ami proche du Président et « symbole » de l’ère Bouteflika.

Le « scandale de la Sonatrach », qui a éclaté en janvier 2010 avec l’arrestation du PDG de la société, de quatre de ses cinq vice-présidents ainsi que d’autres cadres supérieurs a très rapidement conduit l’économie et le gouvernement dans un état de quasi paralysie. Bouteflika n’est presque plus apparu en public tandis que la chasse aux sorcières menée par le DRS, sous couvert de l’enquête sur la corruption au sein de la Sonatrach, a fait perdre le sommeil à de nombreux membres des élites économiques et politiques du pays.

A un moment donné, il a semblé que Bouteflika parviendrait à retourner la situation contre Mediène en désignant une « Commission de sécurité indépendante » destinée à enquêter sur certains dossiers non résolus datant d’époques antérieures.
La commission a notamment cherché à déterminer le rôle joué par le DRS dans les assassinats de Mohamed Boudiaf, le premier Président du HCE, et de Saidi Fodil.
Deux témoins de haut rang, l’un étant membre d’une unité spéciale du DRS impliquée dans les assassinats de Boudiaf et Fodil et l’autre, officier militaire de haut rang qui a confirmé l’existence de cette unité secrète du DRS, ont confirmé dans leurs déclarations que cette unité, sous le commandement des Généraux Mediène et Smaïn Lamari, avait organisé « l’accident de voiture » qui a coûté la vie à Fodil.
Nous ne saurons probablement jamais quels sortilèges ont été jetés sur Bouteflika après la publication de ces témoignages mais il suffit de dire que l’on n’a plus jamais entendu parler de cette commission. Le remaniement ministériel opéré par Bouteflika en mai 2010 portait en filigrane la trace du scénario vainqueur de Mediène. Chakib Khelil et le ministre de l’Intérieur Nouredine « Yazid » Zerhouni, les deux principaux appuis de Bouteflika au sein du gouvernement, de même que d’autres ministres de moindre importance, ont été limogés. La proposition de donner la succession à Said Bouteflika est devenue de l’histoire ancienne.

Victoire à la Pyrrhus

Le fait que Mediène ait réussi à réduire le troisième mandat de Bouteflika à une présidence factice aurait pu lui procurer une certaine satisfaction personnelle, mais cette victoire est une victoire à la Pyrrhus pour au moins deux raisons.
Premièrement, le scandale de la Sonatrach et l’exposition médiatique qui en a découlé ont coûté très cher à l’économie et à la réputation internationale de l’Algérie. Deuxièmement, un certain nombre d’autres révélations inattendues au cours des deux derniers mois ont été la cause de problèmes particulièrement malvenus pour Mediène. Ces révélations proviennent essentiellement d’entretiens récents accordés à Quds Press par l’ancien agent du DRS, Karim Moulay. (…)

En outre, le nombre croissant d’articles indiquant qu’AQMI au Sahel a été créé de toutes pièces par le DRS suscite un certain malaise à Washington. Là encore, le blâme revient à Mediène.

Sur le plan intérieur, on estime que le DRS est mis sous pression, peut-être par des éléments au sein de l’armée et de ses propres rangs, par le fait que le « terrorisme » dans le nord du pays est susceptible d’empirer, et non de régresser comme le prétend le gouvernement, et que les troubles civils à travers le pays atteignent des niveaux alarmants.

Des rumeurs indiquent que des tierces parties intermédiaires auraient parlé avec Mediène et Bouteflika et conclu un accord selon lequel Mediène « prendrait sa retraite » suivi de près par Bouteflika pour raisons de santé, et le pays serait gouverné jusqu’aux élections de 2014 par un ou des Vice-président(s) nommé(s) quelque temps avant le départ de Bouteflika. L’Algérie vit au rythme des rumeurs et celle-ci ressemble étrangement à celle du printemps 2001 selon laquelle les troubles Berbères mettraient fin à la carrière de Mediène.

Mais en 2001, Mediène a été sauvé, à deux reprises, par les attentats du 11 septembre. La première fois parce qu’en ce jour fatidique, il se trouvait dans la partie du Pentagone qui n’a pas été touchée. La seconde fois parce qu’il est immédiatement devenu un allié incontournable de Washington dans sa « guerre globale contre le terrorisme ».

Il est peu probable que Washington essaie de lui venir en aide aujourd’hui. Après tout, c’est en grande partie grâce aux erreurs du DRS que nous avons été en mesure de dire que le front du Sahara-Sahel dans la « guerre globale contre le terrorisme » est une création américano-algérienne.

Jeremy Keenan

Source : Al-Djazira

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L’enjeu Said Bouteflika : 2. Pourquoi Jeremy Keenan a sans doute vu juste

Posté par algeriedemocratie le 22 janvier 2011

Dans son article «’General Toufik: ‘God of Algeria’  », dont nous avons reproduit les principaux extraits, l’anthropologue britannique, Jeremy Keenan, spécialiste reconnu de la zone sahélienne, soutient que la guerre entre le général Médiene et le clan Bouteflika a commencé dès l’élection de Bouteflika pour un troisième mandat en avril 2009, élection dont les conséquences «  n’ont pas été celles que Mediène avait prévues » puisque, «  à peine Bouteflika a-t-il été installé dans le fauteuil de son troisième mandat que son « clan », conscient du mauvais état de santé du Président, a commencé à planifier sérieusement sa succession qui devait être assurée par son frère cadet, Said Bouteflika. »

La perspective d’une telle succession dynastique n’était pas exactement ce que le chef des renseignements et de la sécurité avait en tête lorsqu’il avait donné son feu vert au troisième mandat de Bouteflika.
Jeremy Keenan insiste sur le fait que  Mediène était conscient du risque que Bouteflika essaye de se débarrasser de lui au cours de son troisième mandat comme il l’avait fait avec Lamari au début de son deuxième mandat et observait avec inquiétude l’avancée de Said  en train de se donner « une base de pouvoir politique » et rassemblant « des soutiens parmi l’élite économique du pays » nonobstant  « le nouveau parti politique qui allait être créé pour lui. »

Mais alors, en quoi une telle succession dynastique gênerait-elle le système-DRS ? En quoi la nouvelle « base politique » serait-elle compromettante pour le DRS ?
Keenan confirme, avec son regard extérieur, la nature du vrai problème de pouvoir entre le DRS et le clan Bouteflika, une thèse qui a été développée sur ce site (06 Juin, 2009 ),  il y a deux ans et qui se résume en un point capital : la « nouvelle base politique » de Saïd Bouteflika exclut les partis-Etat (RND et FLN)  et intègre les islamistes.

Autrement dit, elle exclut les bras politiques du système tel qu’il a vécu jusque-là, et les remplace, en partie, par les ennemis déclarés de Toufik.
Pour comprendre cela, il faut un retour sur la stratégie du clan Bouteflika.

« Nouvelle légitimité »

Le calendrier était tout tracé pour Saïd Bouteflika : créer le nouveau parti avant les législatives de 2012 !
Dans la stratégie de Said Bouteflika  les législatives de 2012 marqueront la mort du FLN et du RND, remplacés par le nouveau parti de Said Bouteflika Rassemblement pour la Concorde Nationale, qui deviendrait le nouveau parti-Etat, « reposant sur la société civile ». Les législatives de 2012 seront en même temps la date de (re) naissance du futur parti islamiste qui remplacera le FIS et qui sera l’autre pendant de la coalition.
La société civile d’abord.

L’idée de s’appuyer sur la société civile date de cinq ans et sert de ligne directrice à tous les « héritiers », heureux légataires de «  tawrîth al sulta », l’héritage du pouvoir : ils veulent sauver le système de papa en lui donnant une nouvelle « légitimité » ! Ils ont compris que le monde a changé et que les fausses républiques arabes, les joumloukias archaïques et sclérosée, n’ont plus d’avenir : les sociétés civiles s’organisent et se renforcent alors que le discours et les anciennes structures d’encadrement des joumloukia sombrent dans le ridicule et l’impuissance.
Sans doute, cette démarche bénéficie-t-elle de l’aval américain et européen !
Le chef de file de cette école semble être Seif El Islam Kadhafi, le fils de son père, qui fut le premier à déclarer vouloir « se consacrer désormais au développement de la société civile et de l’économie en  Libye.» , Seif El Islam Kadhafi s’est « retiré » de la vie politique pour revenir avec une « nouvelle légitimité ». Il veut toujours accéder au pouvoir, mais dans une « Lybie démocratique », adaptée à son époque, et avec une nouvelle « légitimité », sans rien devoir au passé !
Il sera chef « légitime » d’une Libye rénovée et non pas l’héritier d’un père putschiste ! C’est pourquoi il s’appuiera sur la « société civile » !
Peu d’entre nous ont prêté attention à la récente visite à Alger,  de Seif El Islam Kadhafi. Dommage ! On se serait bien instruit à la liste des contacts secrets qu’a eus le rejeton promis  à la succession en Libye. De quoi a-t-on parlé ? Mais du pouvoir, pardi ! Du prochain pouvoir, pas celui de papa, non, l’autre, celui qui va s’installer, au Maghreb, sur les décombres de l’ancien et dont il va être la continuité. Ses têtes nouvelles ? Seif El Islam Kadhafi, Gamal Moubarak, Said Bouteflika, congénères de Mohamed VI ! Les nouveaux leaders de la « société civile » !
Bien entendu, tout cela ne sera que duperie. Dans l’esprit des nouveaux maîtres, il s’agit de se servir de la société civile, pas de la libérer. Les rejetons qui vont s’emparer du pouvoir dans les pays arabes, ne changeront rien dans le fond. Ils ne reconnaîtront pas les pouvoirs sociaux, les syndicats, les entrepreneurs, les associations, etc. Ils n’encourageront  pas les libertés pourtant garanties par la Constitution et n’iront pas jusqu’à la séparation des pouvoirs : exécutif, législatif et judiciaire. Demain comme hier, il n’y a aucun Etat arabe qu’on pourrait qualifier d’Etat de droit. Dans tous les Etats arabes, c’est le pouvoir exécutif qui va continuer à primer.
En Algérie, d’ici 2014, va se déployer un plan de « racolage » de la société civile, dont la pseudo-ouverture de l’ENTV sous l’impulsion de Nacer Mehal, n’est qu’un premier aperçu. D’autres parties d’esbroufes vont suivre.
Mais l’essentiel, n’est-ce pas, c’est de se donner, à bon marché, une base politique.
Différente de l’ancienne.
Said Bouteflika ne va donc pas s’appuyer sur les anciennes structures discréditées, le FLN ou le RND, mais sur les forces qui, pense-t-il, vont donner au système une nouvelle « légitimité » : une coalition impliquant la société « civile » et les islamistes !
Les islamistes…
Alors, sur conseil d’Abdelaziz, Said Bouteflika va associer le islamistes à la « construction d’une « société civile forte » capable de participer à la prise de décision et à même de constituer une force de dissuasion à tout dérapage au sommet de l’Etat », une espèce de « contrat social » qui « organisera la vie de tous les citoyens »
Le fondement de la nouvelle « légitimité » du système reposerait ainsi sur la « rénovation » et la paix. La « rénovation » par une nouvelle classe politique qui remplacerait les anciennes structures discréditées et sur lesquelles il n’a pas de prise ; la paix par une concession politique majeure aux islamistes radicaux : le retour sur la scène politique ! Bouteflika veut la « solution finale », comme le disent les chefs du FIS, le retour à 1992. L’unique moyen, selon lui, pour garantir la paix et assurer à son frère Saïd un règne dans la tranquillité.
Selon le plan défini par le grand  frère, Said Bouteflika doit apparaître comme un « homme nouveau », chef de file de la « société civile », délié des contentieux de l’ancien système, et ne doit pas  traîner de casseroles de ce même ancien système.
Ce serait la mort de l’Etat-DRS.
D’où la colère de Toufik.
Ce que, sans doute, Jeremy Keenan a bien vu.

M.B.

source:matin-dz

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Germaneau : la main de l’Algérie dans le fiasco militaire français

Posté par algeriedemocratie le 22 janvier 2011

Germaneau : la main de l’Algérie dans le fiasco militaire français

Selon l’anthropologue spécialiste du Sahel, l’Algérie savait que l’opération du 22 juillet au Mali ne sauverait pas l’otage français.

Une journaliste lit un article sur Michel Germaneau, à la mairie de Marcoussis, le 26 juillet 2010 (Gonzalo Fuentes/Reuters).

Anthropologue britannique, spécialiste reconnu de la zone sahélienne, Jeremy Keenan affirme dans cet article que c’est la Sécurité militaire algérienne qui a conduit la France dans le fiasco de son opération militaire du 22 juillet au Mali, destiné à sauver l’otage Michel Germaneau.

Selon lui, l’armée algérienne a participé à l’une des deux opérations conduites ce jour-là, tout en sachant que l’otage français ne s’y trouvait pas ou plus.

Les accusations portées par Jeremy Keenan contre la Direction du renseignement et de la sécurité (DRS) d’Algérie rejoignent les doutes exprimés par certains responsables français pour qui Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) « avance au gré des intérêts du pouvoir algérien ». Ce qui n’a pas empêché, selon l’auteur, le gouvernement français de tomber dans un piège lourd de conséquences.

Nous avons traduit cet article, initialement diffusé par le site anglophone d’Al Jazeera, avec son autorisation, car il apporte de nombreux éléments d’information, et pose de sérieuses questions sur une opération toujours entourée de beaucoup de mystère.

Le raid français au Mali, le 22 juillet, en vue de libérer l’otage français capturé dans le nord du Niger en avril, et qui était détenu par Al Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi), a été un désastre absolu. Il est clair, depuis cette date, que la France, la Mauritanie et l’Algérie, ont tout fait pour camoufler ce qui s’est réellement passé.

Après le silence initial de la France, une série de communiqués et d’informations de presse ont donné une version de plus en plus trompeuse de ce qui s’est réellement passé. La version officielle « aseptisée », ou « mauritanisée » des faits ressemble à une œuvre de fiction.

Elle affirme que la Mauritanie a été informée par des services de renseignement occidentaux du fait que l’Aqmi se préparait à une attaque de son territoire le 28 juillet. Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz aurait alors prévenu Paris qu’il préparait une opération au-delà de ses frontières contre l’Aqmi, et il se trouvait à l’Elysée le 13 juillet [à l'occasion d'une rencontre franco-africaine, ndlr] au lendemain d’un ultimatum de l’Aqmi à la France, jurant de tuer Germaneau le 26 juillet si ses demandes (jamais spécifiées) n’étaient pas satisfaites.

Les Mauritaniens, aidés par les Français, affirment avoir découvert un campement jusque-là inconnu d’une cellule de l’Aqmi, dans le désert malien, à 150 km de la frontière mauritanienne. Des sources franco-mauritaniennes affirment que des photos indiquent que Germaneau pourrait s’y trouver. La France décide alors d’envoyer vingt ou trente de ses forces spéciales (commandement des opérations spéciales, COS), y compris des agents du renseignement, pour accompagner les groupes spéciaux d’intervention mauritaniens pendant l’attaque.

Toujours selon cette version, la force franco-mauritanienne serait partie d’une base près de la frontière entre le Mali et la Mauritanie. L’attaque a eu lieu à l’aube, et il n’y avait aucune trace de Germaneau. Six « terroristes » de l’Aqmi ont été tués et l’opération a été conclue.

La version « officielle » souligne qu’il n’y a pas eu d’opération aérienne, que cela ne concernait pas la localité de Tessalit, et qu’aucune assistance américaine en renseignement n’a été apportée comme cela a pu être dit par ailleurs.

Mais, une source mauritanienne fiable m’a indiqué par la suite que le camp attaqué n’était pas une base de l’Aqmi, mais seulement un bivouac de trafiquants.

Un « nuage de fumée » pour une opération politiquement sensible

Que s’est-il réellement passé ? Il devient de plus en plus évident que ce qui s’est passé a non seulement été embelli, mais a servi de leurre à une opération bien plus sérieuse et politiquement sensible près de Tessalit.

De fait, peu après le raid du 22 juillet, une dépêche AFP de Bamako a indiqué que l’opération contre le camp de l’Aqmi dans le nord-ouest du Mali n’était qu’un « nuage de fumée… Quelque part dans le vaste désert, une autre opération est en cours », ajoutant que des forces d’autres pays de la région y participaient.

Les premières informations que j’ai reçues de la région, de sources régionales bien placées, peu après midi le 22 juillet, m’indiquaient qu’il y avait eu une intense activité aérienne autour de Tessalit pendant la nuit et la matinée, et que les Algériens, appuyés par les COS français, avaient conduit une attaque dans les montagnes voisines de Tigharghar en vue de libérer Germaneau.

Tessalit est une ancienne base militaire française modeste de l’époque coloniale. Son aéroport est toujours opérationnel, qui a même été utilisé récemment par les forces spéciales américaines et pour des vols militaires ou privés. Mes sources m’ont indiqué qu’on avait pu entendre des tirs, que six « terroristes » avaient été tués, quatre mis en fuite ou blessés, et que Germaneau pourrait avoir été exécuté par ses ravisseurs au début de l’assaut.

Des sources fiables à Tessalit m’ont confirmé qu’en contradiction avec le récit franco-mauritanien, des avions et des hélicoptères ont bien été actifs sur l’aéroport de Tessalit, et qu’il n’y avait aucun signe de présence mauritanienne.

Le 14 mai, dernière « preuve de vie » de Michel Germaneau

Cette information peut être nuancée de deux manières. L’affirmation selon laquelle les Algériens « conduisaient » l’attaque peut simplement signifier que l’Algérie a fourni les hélicoptères de combat, leurs équipages, et tout le soutien logistique au sol, et pas nécessairement les troupes. […]

La seconde nuance concerne le moment et les circonstances de la mort de Germaneau. Il y a des raisons de croire que l’otage français pourrait ne pas avoir été exécuté comme l’a affirmé l’Aqmi, mais pourrait avoir trouvé la mort plusieurs semaines auparavant. Il avait 78 ans, était fragile et dépendant de médicaments qui ne lui étaient pas fournis. La dernière « preuve de vie » reçue par les autorités françaises date du 14 mai. Selon des sources dans la région, il pourrait avoir trouvé la mort peu de temps après.

Le seul témoignage concernant son exécution provient d’un dignitaire local qui a été impliqué dans des négociations antérieures dans des affaires d’otages, et qui est totalement discrédité. De plus, la nature très vague des demandes qui accompagnaient la menace d’exécuter Germaneau, le 26 juillet, ajoutée au fait qu’aucun négociateur n’a été mobilisé côté malien, comme pour des affaires précédentes, ont dû alerter les autorités françaises sur le doute possible à propos du sort de Germaneau.

Le renseignement algérien « au cœur d’Aqmi »

Cela me ramène à la question de savoir comment la France a eu des renseignements aussi erronés. Il est invraisemblable que les services de renseignement français n’aient pas été en contact avec la Sécurité militaire algérienne, le Département du renseignement et de la sécurité (DRS), à propos de l’opération projetée. Les deux services, français et algérien, ont des relations suivies, et on sait que le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, a rencontré le général Mohamed (Toufik) Mediène, le chef du DRS, le 20 juin à Alger.

Des informations fournies par les satellites américains ont pu aider à localiser les bases de l’Aqmi à Tigharghar. Mais les informations sur leur emplacement précis, les environs, les effectifs, ainsi que l’endroit où aurait pu se trouver Germaneau, ne pouvaient venir que du DRS.

La zone frontalière juste au nord de Tigharghar est survolée quotidiennement par les hélicoptères de l’armée algérienne, et régulièrement par deux Beechcraft 1900 de l’armée de l’air algérienne, équipés de matériel de surveillance. De plus, il existe des contacts étroits entre la cellule d’Abdelhamid Abou Zaïd d’Aqmi et le DRS, Zaïd étant lui-même considéré comme un agent du DRS.

Pour cette raison, les habitants de la région, de plus en plus remontés contre les soi-disantes activités d’Al Qaeda, se réfèrent souvent à l’Aqmi comme « Aqmi/DRS ». Ainsi, les derniers mots attribués au colonel Lamana Ould Bou, du service malien de la sécurité d’Etat, peu avant son assassinat à Tombouctou le 10 juin 2009, étaient :

« Au cœur d’Aqmi, il y a le DRS. »

Sarkozy a réuni son conseil de défense le 19 juillet au matin. La décision d’intervenir au Sahel n’a donc pas été prise à la légère, et a très certainement pris en compte une évaluation du point de vue de la Sécurité militaire algérienne.

Si Germaneau était déjà mort, comme cela a été suggéré, le DRS doit l’avoir su. S’il était vivant et détenu ailleurs, il l’aurait également su. S’il avait été vivant et détenu à Tigharghar, alors il faut demander qui a prévenu Zaïd de l’imminence de l’attaque militaire, de telle sorte que Germaneau et lui ne s’y trouvaient pas lors de l’assaut ?

L’Algérie tient la France

Quelles sont les conséquences ? Tout indique que le DRS algérien a conduit Sarkozy et la France au désastre. L’opération n’a pas seulement été un échec militaire dans la mesure où elle n’a pas permis de trouver, et encore moins de libérer, Germaneau, mais elle aura des conséquences à long terme pour la France, pour l’Algérie, et pour le Sahel.

Le silence initial, et la chape de plomb qui a suivi de la part de la France, ne sont donc pas surprenants. Les services de renseignement français sont assurément en état de choc en se demandant comment ils ont pu faire de telles erreurs de calcul, qui plus est dans leur « arrière-cour » traditionnelle.

Ce qui est encore plus dur pour la France, c’est que ses relations particulières avec l’Algérie, et leur niveau actuel particulièrement bas, sont telles qu’elle n’est pas en mesure de répondre. Si l’information devient connue, en particulier en Algérie, que les militaires français et algériens ont collaboré pour tuer des musulmans, et dans un pays tiers, les conséquences politiques pourraient être sérieuses. Pour le moment, l’Algérie et le DRS tiennent la France.

L’Aqmi peut recruter au-delà des « musulmans en colère »

La perception d’une France se comportant comme un cowboy néo-colonial endommagerait sa stature dans la région. Pour Sarkozy, dont la décision de choisir cette option à haut risque était sans doute une manière de contrer l’impact de l’affaire Bettencourt-Woerth, il y a désormais le danger que cette opération puisse être comparée à la tentative de Jimmy Carter en 1980 de libérer les otages en Iran, ou pire, au fiasco de l’opération des services français contre le Rainbow Warrior en 1985.

Pour les pays de la région, cela démontre leur incapacité à détruire Al Qaeda et à assurer leur propre sécurité, tout en démontrant que la seule puissance régionale capable d’assurer ce rôle est l’Algérie. Tout la stratégie du DRS en créant l’Aqmi dans la région sahélienne en 2006, a été de convaincre les Occidentaux, et en particulier les Etats-Unis, du rôle indispensable de l’Algérie comme gendarme régional.

A côté du DRS, l’autre vainqueur est, bien sûr, son complice, l’Aqmi. L’épisode lui a offert une victoire de propagande qui relance son impact dans la région, et sa capacité à recruter au-delà du cercle initial des « musulmans en colère ».

L’insécurité dans la région s’est assurément aggravée. Plusieurs leaders d’Aqmi ont menacé de représailles les intérêts occidentaux, comme l’a clairement indiqué une mise en garde du Département d’Etat américain.

Photo : une journaliste lit un article sur Michel Germaneau, à la mairie de Marcoussis, le 26 juillet 2010 (Gonzalo Fuentes/Reuters)

source:rue89.com

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Le Général Toufik ou le « Dieu de l’Algérie »: Le scandale de la Sonatrach était l’arbre qui cachait la forêt

Posté par algeriedemocratie le 22 janvier 2011

La mise à l’écart de la scène politique du plus ancien chef des services de renseignement au monde serait-elle imminente ?

Jeremy Keenan

Le Général Toufik ou le « Dieu de l’Algérie »: Le scandale de la Sonatrach était l'arbre qui cachait la forêt dans DRS(39) h-20-2323196-1291111572

Le Général Mohamed « Toufik » Mediène est engagé dans une lutte avec le Président Bouteflika. Photo [GALLO/GETTY]
Septembre 2010 marque le vingtième anniversaire de la prise de fonction du plus ancien « chef des services de renseignement » en poste dans le monde. L’homme en question est le Général Mohamed « Toufik » Mediène, Directeur du Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS) algérien.

Il a été nommé à la tête du DRS en septembre 1990, 15 mois avant que les « Généraux algériens » ou le « Groupe » comme on les appelait à l’époque, et dont Mediène, alors colonel, faisait partie, annulent les élections qui auraient permis de porter au pouvoir le premier gouvernement islamique jamais élu démocratiquement.

Être le chef des services de renseignement et de la sécurité de l’un des régimes les plus impitoyablement répressifs et corrompus au monde pendant 20 ans relève de l’exploit. Felix Dzerzhinsky, le fondateur de la Tcheka qui deviendra plus tard le KGB, a dans les faits « contrôlé » l’Union Soviétique pendant neuf ans (1917-1926); Lavrenti Beria, chef du NKVD, l’a terrorisée pendant 15 ans (1938-1953); le chef de la police d’Hitler, Heinrich Himmler, s’est suicidé au bout de 11 ans (1934-1945), quant au Général Hendrik van den Bergh, il a dirigé le Bureau of State Security (BOSS), les services de renseignement du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, pendant 11 ans (1969-1980). Mediène les a tous surpassés.

Pourquoi alors, juste au moment où Mediène atteint ce jalon extraordinaire, entend-on des rumeurs concernant sa mise à l’écart imminente de la scène politique ?

La réponse tient en quelques mots : lorsque le chef du renseignement et de la sécurité d’un pays fait la une de l’actualité, il y a fort à parier qu’il a fait son temps. Au cours des neuf derniers mois, on a beaucoup parlé de Mediène, principalement à cause de la lutte qui l’oppose à Abdelaziz Bouteflika depuis l’élection de ce dernier pour un troisième mandat présidentiel en avril 2009.

« L’homme fort » de l’Algérie

Pour comprendre cette lutte, il faut revenir quelques années en arrière. Mediène a gravi les échelons de la hiérarchie sur un « tapis rouge »[i] : il a été formé par le KGB en 1961 et soutenu par les chefs du premier service secret algérien.

Pendant les années 90, lorsque l’Algérie était plongée dans sa « sale guerre » contre les islamistes, l’homme le plus puissant du pays était le Général Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’armée algérienne. Mais lorsque le pays a renoué avec la paix et que les chars ont regagné les casernes, c’est Mediène qui est devenu « l’homme fort » du pays.

La transition de la « guerre » à la « paix » et l’ascension de Mediène ont coïncidé avec la période entourant l’élection de Bouteflika à la Présidence de la République en 1999.

Les faiblesses personnelles de ses semblables, telles que la propension à la corruption et les penchants sexuels, ont été des éléments fondamentaux dans la manière dont Mediène a exercé le contrôle. Il n’est donc pas surprenant que l’élément qui a décidé Mediène à accorder son soutien à Bouteflika en 1999 ait été la condamnation de ce dernier en 1983 dans le cadre d’un détournement de fonds des chancelleries algériennes, pour un montant total correspondant à 23 millions de dollars actuels, pendant qu’il était ministre des Affaires étrangères entre 1965 et 1978.

Mediène est devenu « l’homme fort » incontesté de l’Algérie après les élections présidentielles d’avril 2004 et le limogeage inattendu de Mohamed Lamari qui a eu lieu quatre mois plus tard. Le complot qui a conduit à la mise à l’écart de Lamari comprenait un accord entre Bouteflika et Mediène visant à donner une nouvelle image de l’Algérie en écartant le général le plus haï à cette époque.

Une fois Lamari parti, Bouteflika et Mediène se sont effectivement partagé le pouvoir pendant que le Général Smaïn Lamari (aucun lien de parenté avec Mohamed), l’adjoint de Mediène et chef de la Direction du contre-espionnage (DCE) faisait le « sale boulot ».

Des ambitions grandioses

Mediène est un homme extrêmement secret. Une seule photo de lui a été publiée et quasiment aucune de ses paroles n’ont été enregistrées. On suppose donc que son ambition de prendre le contrôle effectif du pays, si c’est bien de cela dont il s’agit, remonte à l’époque du départ de Lamari.

Il existe toutefois un enregistrement de Mediène qui laisse à penser qu’il avait déjà un sens très développé de sa propre importance et de son pouvoir bien avant le « départ à la retraite » de Lamari.

C’était en 1999, lorsque Fouad Boulemia a été interrogé et torturé par le DRS qui prétendait qu’il avait assassiné le leader du Front Islamique du Salut (FIS) Abdelkader Hachani.

Au cours de son procès très controversé qui a duré une journée en avril 2001, Boulemia a rapporté qu’après avoir été torturé par des agents du DRS, Mediène est entré et lui a dit : « C’est moi le patron (ana rabha). Tu vas voir ce que je vais te faire. Si tu avoues que tu as tué Hachani, tu écoperas de 15 ans de prison et tes parents pourront te rendre visite. Si tu n’avoues pas, je vais t’emmener chez ta mère et je vais l’éviscérer sous tes yeux. Je suis le Général Toufik, le Dieu de l’Algérie (Rab Edzayer). »

En dehors de son pouvoir de vie ou de mort sur de simples mortels, les autres attributs divins de Mediène semblent plus relever de l’aspect matériel que spirituel, comme en témoigne l’ampleur de ses participations et investissements dans les ressources naturelles et le secteur immobilier en Algérie.

Signal d’avertissement

Les difficultés actuelles du « Dieu de l’Algérie » ont commencé avec l’élection de Bouteflika pour un troisième mandat en avril 2009. En effet, un troisième mandat présidentiel exigeait d’amender la Constitution, mesure que le DRS a soutenue à contrecœur.

Mais les conséquences de l’élection n’ont pas été celles que Mediène avait prévues. A peine Bouteflika a-t-il été installé dans le fauteuil de son troisième mandat que son « clan », conscient du mauvais état de santé du Président, a commencé à planifier sérieusement sa succession qui devait être assurée par son frère cadet, Said Bouteflika.

Bien que considéré par beaucoup comme un incapable, Said Bouteflika était néanmoins en train d’établir une base de pouvoir politique. Il était devenu le « portier » du Président, assurait des fonctions de ministre-sans-portefeuille et rassemblait des soutiens parmi l’élite économique du pays. On parlait même d’un nouveau parti politique qui allait être créé pour lui.

La perspective d’une telle succession dynastique n’était pas exactement ce que le chef des renseignements et de la sécurité avait en tête lorsqu’il avait donné son feu vert au troisième mandat de Bouteflika.

Mediène observait l’avancée de Said sur le devant de la scène avec dégoût. Bien que le DRS se sente tout à fait capable de gérer le « problème de succession », Mediène était conscient du risque que Bouteflika essaye de se débarrasser de lui au cours de son troisième mandat comme il l’avait fait avec Lamari au début de son deuxième mandat.
Le signal d’avertissement est parvenu à Mediène lorsque Said Bouteflika s’est adjoint pour sa campagne les services de l’ancien chef de la sécurité, le Général Mohamed Betchine.

La corruption comme moyen de contrôle

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Bouteflika a été élu Président de la République algérienne pour un troisième mandat en 2009 [GALLO/GETTY]

Betchine avait été le chef des services de renseignement du pays et patron de Mediène dans les années 80, avant la création de la DRS en 1990, lorsqu’il a en apparence pris sa retraite.

A la suite de leur coup d’État de janvier 1992, les Généraux ont gouverné pendant les deux années suivantes par l’intermédiaire du Haut Comité d’État (HCE). Au moment de la dissolution du HCE en janvier 1994, les Généraux ont désigné un de leurs hommes au poste de Président, Liamine Zeroual.

Déterminé à ne pas être le pantin des Généraux, Zeroual a nommé, en tant que conseillers, les deux Généraux Saidi Fodil et Mohamed Betchine.

En 1996, Zeroual avait décidé que Mediène était devenu trop puissant et avait programmé de le remplacer par Fodil. La réaction de Mediène ne s’est pas fait attendre : Fodil mourut dans un « accident de la route ».

Un an plus tard, Zeroual a de nouveau tenté sa chance, en décidant cette fois de nommer Betchine ministre de la Défense afin de se débarrasser de Mediène. Les représailles de Mediène furent de nouveau rapides et catégoriques. Il a organisé des massacres de civils à grande échelle, à Raïs, Bentalha, Beni-Messous et ailleurs, amenant l’horreur et la psychose jusqu’aux portes d’Alger. Au même moment, il a mis la machinerie du DRS en œuvre pour détruire les affaires et la réputation de Betchine, poussant ainsi un homme brisé à la démission. Zeroual a suivi le mouvement.

La réaction de Mediène à la perspective de voir Betchine ramené au pouvoir par Said Bouteflika a été dévastatrice. Sa stratégie a consisté à détruire toutes les personnes liées à Said Bouteflika en utilisant la bonne vielle combinaison « corruption – chantage ». En effet, l’une des raisons qui avait poussé Mediène à soutenir Bouteflika en 1999 et qui a fait que la corruption est devenue si répandue au cours des dix dernières années est que le DRS l’a encouragée et l’utilise comme moyen de contrôle.


Chasse aux sorcières

Mediène a commencé par dévoiler la corruption touchant le projet d’autoroute est-ouest, d’un montant de 12 milliards de dollars, à laquelle furent mêlés le ministère des travaux publics et son ministre Amar Ghoul, un ami de Said Bouteflika. L’avertissement n’a pas été entendu. L’attaque de Mediène, qui rappelle son opération de « destruction » de Betchine en 1998, est donc passée à la vitesse supérieure et s’est dirigée à la fois contre la Sonatrach, le géant du gaz et du pétrole algérien appartenant à l’État et source de 98 % des rentrées de devises de l’Algérie, et contre Chakib Khelil, ministre de l’Énergie et des Mines, ami proche du Président et « symbole » de l’ère Bouteflika.

Le « scandale de la Sonatrach », qui a éclaté en janvier 2010 avec l’arrestation du PDG de la société, de quatre de ses cinq vice-présidents ainsi que d’autres cadres supérieurs a très rapidement conduit l’économie et le gouvernement dans un état de quasi paralysie. Bouteflika n’est presque plus apparu en public tandis que la chasse aux sorcières menée par le DRS, sous couvert de l’enquête sur la corruption au sein de la Sonatrach, a fait perdre le sommeil à de nombreux membres des élites économiques et politiques du pays.

A un moment donné, il a semblé que Bouteflika parviendrait à retourner la situation contre Mediène en désignant une « Commission de sécurité indépendante » destinée à enquêter sur certains dossiers non résolus datant d’époques antérieures.

La commission a notamment cherché à déterminer le rôle joué par le DRS dans les assassinats de Mohamed Boudiaf, le premier Président du HCE, et de Saidi Fodil.

Deux témoins de haut rang, l’un étant membre d’une unité spéciale du DRS impliquée dans les assassinats de Boudiaf et Fodil et l’autre, officier militaire de haut rang qui a confirmé l’existence de cette unité secrète du DRS, ont confirmé dans leurs déclarations que cette unité, sous le commandement des Généraux Mediène et Smaïn Lamari, avait organisé « l’accident de voiture » qui a coûté la vie à Fodil.

Nous ne saurons probablement jamais quels sortilèges ont été jetés sur Bouteflika après la publication de ces témoignages mais il suffit de dire que l’on n’a plus jamais entendu parler de cette commission.

Le remaniement ministériel opéré par Bouteflika en mai 2010 portait en filigrane la trace du scénario vainqueur de Mediène. Chakib Khelil et le ministre de l’Intérieur Nouredine « Yazid » Zerhouni, les deux principaux appuis de Bouteflika au sein du gouvernement, de même que d’autres ministres de moindre importance, ont été limogés. La proposition de donner la succession à Said Bouteflika est devenue de l’histoire ancienne.

Victoire à la Pyrrhus

Le fait que Mediène ait réussi à réduire le troisième mandat de Bouteflika à une présidence factice aurait pu lui procurer une certaine satisfaction personnelle, mais cette victoire est une victoire à la Pyrrhus pour au moins deux raisons.

Premièrement, le scandale de la Sonatrach et l’exposition médiatique qui en a découlé ont coûté très cher à l’économie et à la réputation internationale de l’Algérie. Deuxièmement, un certain nombre d’autres révélations inattendues au cours des deux derniers mois ont été la cause de problèmes particulièrement malvenus pour Mediène.

Ces révélations proviennent essentiellement d’entretiens récents accordés à Quds Press par l’ancien agent du DRS, Karim Moulay. Non seulement Moulay a rappelé aux algériens et au monde entier l’implication des services de sécurité du pays dans les massacres de 1990, mais, pire encore pour Mediène, il a témoigné publiquement que Mediène en personne avait non seulement ordonné le massacre de Beni Messous du 5 septembre 1997, dans lequel quelque 200 personnes vivant dans des baraques de chantier ont été abattues, mais qu’il s’agissait en fait d’une opération « immobilière » visant à récupérer du terrain au profit de sa propre famille.

Moulay a également déclaré que le DRS, sous les ordres de Mediène, a planifié et exécuté l’attaque « terroriste » d’août 1994 contre l’hôtel Asni à Marrakech au Maroc, dans lequel deux touristes espagnols ont trouvé la mort et un troisième a été blessé. Reste à savoir si l’Espagne a prévu de rouvrir le dossier et comment le Maroc réagira.

Les relations entre l’Algérie et le Maroc risquent de se dégrader encore davantage avec les activités d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). Le Maroc connaît l’implication du DRS dans l’établissement d’AQMI au Sahara et au Sahel. Maintenant que l’on sait qu’Omar Ahmed Ould Sidi Ould Hama, le ravisseur des trois travailleurs humanitaires espagnols enlevés en Mauritanie en novembre dernier, est un membre du Front Polisario, qui est géré de près par le DRS, les protestations du Maroc affirmant que le Front Polisario est instrumentalisé par l’Algérie, ou du moins par le DRS, à des fins « terroristes » sont soudainement prises au sérieux.

En outre, le nombre croissant d’articles indiquant qu’AQMI au Sahel a été créé de toutes pièces par le DRS suscite un certain malaise à Washington. Là encore, le blâme revient à Mediène.

Sur le plan intérieur, on estime que le DRS est mis sous pression, peut-être par des éléments au sein de l’armée et de ses propres rangs, par le fait que le « terrorisme » dans le nord du pays est susceptible d’empirer, et non de régresser comme le prétend le gouvernement, et que les troubles civils à travers le pays atteignent des niveaux alarmants.

Des rumeurs indiquent que des tierces parties intermédiaires auraient parlé avec Mediène et Bouteflika et conclu un accord selon lequel Mediène « prendrait sa retraite » suivi de près par Bouteflika pour raisons de santé, et le pays serait gouverné jusqu’aux élections de 2014 par un ou des Vice-président(s) nommé(s) quelque temps avant le départ de Bouteflika.

L’Algérie vit au rythme des rumeurs et celle-ci ressemble étrangement à celle du printemps 2001 selon laquelle les troubles Berbères mettraient fin à la carrière de Mediène.

Mais en 2001, Mediène a été sauvé, à deux reprises, par les attentats du 11 septembre. La première fois parce qu’en ce jour fatidique, il se trouvait dans la partie du Pentagone qui n’a pas été touchée. La seconde fois parce qu’il est immédiatement devenu un allié incontournable de Washington dans sa « guerre globale contre le terrorisme ».

Il est peu probable que Washington essaie de lui venir en aide aujourd’hui. Après tout, c’est en grande partie grâce aux erreurs du DRS que nous avons été en mesure de dire que le front du Sahara-Sahel dans la « guerre globale contre le terrorisme » est une création américano-algérienne.


Jeremy Keenan est professeur et chercheur associé à la “School of Oriental and African Studies” (École des études orientales et africaines) de l’Université de Londres et auteur du livre « The Dark Sahara: Americas War on Terror in Africa » (Sombre Sahara: la guerre de l’Amérique contre le terrorisme en Afrique).
Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale d’Al Jazeera.

source:lepost.fr

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Posté par algeriedemocratie le 15 janvier 2011

S E C R E T SECTION 01 OF 04 ALGIERS 001806 

SIPDIS

SIPDIS 

E.O. 12958: DECL: 12/17/2027 

SUBJECT: AN AILING AND FRAGILE ALGERIAN REGIME DRIFTS INTO
2008 

REF: A. ALGIERS 1704
     B. ALGIERS 1618
     C. ALGIERS 1237
     D. ALGIERS 1658 

Classified By: Ambassador Robert Ford; reasons 1.4 (b) and (d). 

1. (C) SUMMARY: Recent discussions with former government
officials, long-term opposition leaders and journalists paint
a picture of an Algerian regime that is fragile in ways it
has not been before, plagued by a lack of vision,
unprecedented levels of corruption and rumblings of division
within the military rank and file.  Our Algerian contacts are
often a grumpy lot, but we now hear more than the ordinary
amount of concern about the GOA's inability or unwillingness
to address political, economic and security problems.  The
December 11 suicide bombings in Algiers, carried out by two
men amnestied under the Charter for Peace and National
Reconciliation, have ignited heated debate about the ability
of President Bouteflika's reconciliation program to protect
the country.  The debate pits proponents of an urgent and
aggressive approach to the terrorist threat against those
aligned with Bouteflika who still believe that amnesty has a
role to play.  The picture of an isolated president, a
stagnant reform process and an uncertain approach towards
terror comes at a time when efforts within the government to
engineer a third term for Bouteflika are gathering steam.  We
do not sense an explosion coming right away.  Instead, we see
a government drifting and groping for a way forward.  END
SUMMARY. 

SHIP OF STATE ADRIFT
-------------------- 

2. (C) On December 3, opposition Rally for Culture and
Democracy (RCD) leader Said Sadi presented a somber overview
of the Algerian regime, saying it insisted on continued
control but lacked vision and capacity.  Sadi warned that in
the context of current stagnation in economic and political
reform, Algeria's institutions were corroding from within,
losing many of their best cadres of workers and civil
servants.  The former leader of the Islamist al-Islah party,
Abdallah Djaballah, who was ousted from the party's
leadership with active help from the Interior Ministry,
pointed out to us on December 17 that the harraga phenomenon
(ref A), in which youth flee on makeshift crafts to Europe,
was no longer limited only to poor, unemployed youth.
Djaballah viewed Algerian youth as having a choice "between
death at sea and a slow, gradual death at home" given the
profound lack of opportunities in the country's stagnant
economy.  Sadi told us he was shocked to find so many
educated, middle-class Algerians in Quebec and parts of the
U.S. on a recent visit.  "Those people are the future of
Algeria," Sadi said. 

3. (C) XXXXXXXXXXXX, told us
December 17 that when it came to national reconciliation, the
December 11 bombings had polarized the debate within the
Algerian security services, with an increasing number of
voices favoring a tougher approach.  XXXXXXXXXXXX said that the
regime had no single, clear approach to fighting terror, a
fact proven by its indecisiveness on how to handle
high-profile amnesty cases such as that of Hassan Hattab (ref
B).  According to Sadi and XXXXXXXXXXXX ordinary Algerians, who
have already lost confidence in the economic and political
reform agenda, are now losing faith in the ability of the
regime to protect them.  Laila Aslaoui, a former minister,
women's rights activist and writer, told Ambassador at dinner
December 18 that much of Algerian society was demobilizing
against the terror threat.  It was scandalous that the
Interior Ministry knew the Supreme Court was a target and did
nothing to improve the building's security or warn the
public, she claimed.  She was caustic about the Interior
Minister's comment that it was impossible to provide complete
protection against bomb attacks, wondering why the GOA does
not more vigorously pursue terrorist suspects.  The GOA had
asked Ms. Aslaoui on December 17 to help organize a march
condemning terrorism.  In the 1990s, she said she would not
have hesitated.  Now, she remarked bitterly, she would do
nothing that helps the Algerian government justify its
approach to security.  XXXXXXXXXXXX 

XXXXXXXXXXXX 

XXXXXXXXXXXX, told Ambassador December 17
that there is a growing gap between what ordinary Algerians
see as their key needs and what they perceive the government
is offering in terms of wages and quality of life.  As a
result, he said, fewer Algerians are willing to help the
government.  The word on the street, he said, is that if you
have to do business in a government office, go but then leave
promptly and stay out of the way. 

4.  (C)  On the other hand, Djaballah told us that widespread
disenchantment about the government's willingness to share
power with Islamists ultimately prompted Algerian Islamists
to heed calls by his and other Islamist parties to boycott
the November 29 local elections.  They understand, he said,
that the new electoral law (ref C) was designed to
marginalize them and perpetuate the ruling coalition's grip
on power.  Closing out political space will merely spur more
extremism, he warned.  The Ambassador told Djaballah that the
U.S. favors political liberalization in Algeria but we also
understand that this may have to be done gradually.  The U.S.
does not want to see a return to the violence of the 1990s
and is working with the GOA against those who actively seek
it.  He welcomed Djaballah's effort to play in the legal
political system.  The important point, the Ambassador
underlined, is that while political evolution might be slow
it needs to be in a steady direction of liberalization.
Djaballah accepted the point and appreciated our having
raised election process problems with the GOA. 

A RULING "GANG FROM TIKRIT"
--------------------------- 

5. (C) Commenting on the stability of the country, XXXXXXXXXXXX
stressed that Algerians "have been through far worse than
this," and that internal divisions should not be mistaken for
instability.  The regime, XXXXXXXXXXXX pointed out, values
stability above all else, and is consequently both fragile
and stable at the same time.  XXXXXXXXXXXX agreed with an analogy
made by Sadi both to us and publicly in the press, comparing
the Bouteflika government to "a gang from Tikrit" in which a
disproportionate number of cabinet ministers and generals
came from the same region in the western province of Tlemcen
as President Bouteflika.  (Indeed, many in the inner circle
come from the small town of Nedrumah.)  The loyalty of this
"gang," according to XXXXXXXXXXXX and Sadi, is key to maintaining
stability, just as it did in Saddamn Hussein's Iraq. 

SADI: "STAND UP FOR OUR YOUTH"
------------------------------ 

6. (C) Sadi warned of the long-term dangers of the U.S.
remaining silent on what he perceived as the deterioration of
Algerian democracy, as evidenced by the local elections.  In
Sadi's view, outside support is critical to the survival of
democracy and the productive engagement of Algerian youth --
70 percent of the population -- in political and economic
life.  If the U.S. is seen to be complicit in meaningless
elections and the process of amending the constitution to
allow Bouteflika to run for a third term, he warned, it risks
losing the youth demographic for the future. 

7. (C) The Ambassador reminded Sadi of our fruitless efforts
to maintain a National Democratic Institute program in
Algeria that the Interior Ministry consciously shut down; few
political parties had pushed hard to save it.  Ambassador
told Sadi we had raised on multiple occasions problems with
the election process and its credibility.  He noted to Sadi
that we had heard other parties ask for more public U.S.
support, and urged the RCD and other Algerian parties to make
their voices heard.  The U.S. would be credible in raising
obstacles to liberalization only if the Algerian political
parties themselves spoke out loudly.  Given the absence of an
international election monitoring commissions in the 2008
legislative and local elections, the Ambassador advised Sadi
to consider sooner rather than later generating public
requests for international observers for the 2009
presidential elections. 

STABILITY IN THE HANDS OF A DIVIDED MILITARY...
--------------------------------------------- -- 

8. (S) Sadi, who maintains contacts with elements of the 

ALGIERS 00001806  003 OF 004 

Algerian military and security services, told us that the
army was no longer as unified as it had been even a few years
ago.  Two splits were emerging, he said.  The first is among
younger officers who know Algeria is not well and blame the
old guard for neglect and mismanagement.  These officers,
Sadi said, want change and feel an increasing sense of
urgency that the country is adrift.  The second split
identified by Sadi lies within the senior ranks of the
military, between officers who favor a tougher approach to
security and counter-terrorism (the "eradicateurs") and those
still aligned with Bouteflika's national reconciliation
policy.  XXXXXXXXXXXX, whose brother
is an army officer, said on December 17 that there are
colonels in the Algerian military who think the current drift
cannot continue.  The question, XXXXXXXXXXXX whispered, is whether
they can organize themselves. 

9. (S) Sadi told us of at least one conversation he has had
recently with General Toufik Mediene, the head of Algeria's
DRS (military intelligence apparatus) who is widely viewed as
the key figure in ensuring regime control and survival.  He
said Mediene acknowledged that all was not well with the
health of Bouteflika and Algeria writ large.  However,
according to Sadi, Mediene said that he needed some kind of
reassurance that any political alternative "would be viable"
and, by implication, would not destabilize the country.  Sadi
said that many senior officers were beginning to wonder if
they could get the army out of politics altogether, without
fear of public retribution for past abuses during the civil
war. 

...WHILE CORRUPTION AND OIL PRICES REACH NEW HEIGHTS
--------------------------------------------- ------- 

10. (S) Sadi, Djaballah, XXXXXXXXXXXX and numerous other
contacts have told us that corruption has reached
unprecedented levels in the current regime.  As we reported
in ref D, the ruling FLN party, intent on laying the
groundwork for a Bouteflika third term, has sought to install
local officials through electoral wrangling based on loyalty
even at the expense of competence.  With oil prices at record
highs, former Finance and Prime Minister Benbitour told
Ambassador in November, there was less incentive for the
regime to carry out much-needed reforms.  High oil prices are
bringing incredible wealth into the country, Benbitour told
us, but ordinary people are not seeing any impact on their
daily lives.  (Indeed, Benbitour publicly coined a term we
see often in the media now:  Algeria is rich, but the people
are poor.  Islamist leader Djaballah used it with us often on
December 17.)  Corruption, XXXXXXXXXXXX, has reached epic
proportions, even within the military.  He cited Lieutenant
General Ahmad Gaid Salah, commander of Algerian military
forces, as perhaps the most corrupt official in the military
apparatus, something other contacts have told us as well.
When Sadi mentioned the corruption problem to General
Mediene, Sadi said, Mediene acknowledged the problem.
Motioning silently to the portrait of Bouteflika that hung
over their heads, he indicated to Sadi that the extent of the
problem went all the way to the top.  (Comment:  many embassy
contacts think President Bouteflika himself is not
particularly corrupt, but they readily finger the President's
brothers, Said and Abdallah, as being particularly rapacious.
 The Algerian military, meanwhile, has launched an
anti-corruption program that is ambitious by Algerian
standards but has left the senior leadership relatively
untouched.  End Comment.) 

COMMENT: AN AILING REGIME, AN AILING PRESIDENT
--------------------------------------------- - 

11. (S)  Our Algerian contacts are often a grumpy lot, but we
now hear more than the ordinary amount of concern about the
GOA's inability or unwillingness to address political,
economic and security problems.  The bombings and the debate
about how to handle Islamist extremism also are starting to
remind of the ferocious arguments within Algerian society
during the worst of 1990s violence.  These contacts agree
that while the 1990s showed most Algerians can withstand lots
of pain, the December 11 bombings laid bare the regime's lack
of vision and inability to manage the pressures.  We are
starting to hear echoes of a debate within some circles of
the military establishment of an increasingly polarized 

ALGIERS 00001806  004 OF 004 

debate over national reconciliation has become a discussion
about the viability of Bouteflika's government itself.
According to our contacts, stability remains the top priority
even among officials on opposite sides of the debate,
although they see stability as flowing not from Bouteflika's
leadership but from a military apparatus that appears to
realize that the buck stops with them.  The new element is
the push from Prime Minister Belkhadem and the FLN apparatus,
probably with impetus from Bouteflika's brothers if not
President Bouteflika himself, to arrange a constitutional
amendment and a third term.  Sadi, a medical doctor, said
that both Bouteflika and Algeria itself were in critical
condition and fading.  According to Sadi (who may or may not
know), Bouteflika suffers from terminal stomach cancer, and
the regime lies on the operating table, slipping towards a
point of no return as "untrained surgeons" stand by.
Meanwhile, the government's seeming inability to jump-start
the stagnant economy has Algerians, especially youth, feeling
gloomy and grim about the fate of their country as it drifts
into the new year.
FORD

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Bouteflika subissant le châtiment de la tombe

Posté par algeriedemocratie le 4 novembre 2009

Acte I

Bouteflika subissant le châtiment de la tombe

Par : Geoffroy Idouassem

 

Il fait noir, froid et étroit dans la tombe. Mais soudain, la lumière jaillit et des bruits de pas se font entendre. Bouteflika ouvre ses yeux et se voit tout nu au milieu d’une grande salle blanche, devant une créature robuste, tenant une massue de bois massif.

 

Azraël : (ricanant) – Bienvenu dans la demeure de la vérité et de la justice !

Boutef : (tremblant, mais essayant tout de même d’impressionner son hôte) – Salam, khouya, je suis le président de TOUS les Algériens.

Azraël : (serrant déjà ses mâchoires à tel point que ses dents produisent des craquements) – Oui, oui, c’est noté sur le registre des bonnes actions : élu à 99% des voix dans un suffrage propre, honnête et transparent comme du cristal !

Boutef : (croyant encore en le fonctionnement de ses farces) – Et mon peuple m’a réélu pour trois mandats consécutifs, eh !

Azraël : (tournoyant sa grosse massue dentée) – Autrement dit à vie ; tu étais vraiment inchangeable ! L’Algérie manquait affreusement d’homme de ton genre. Je te comprends bien !

Boutef : (redoublant d’effort pour séduire et repousser ainsi le malheur de lui) – Mais ma plus grande réalisation reste la Grande Mosquée d’Alger ; une merveille ! Elle possède le plus haut minaret du monde après celui de la mosquée de la Mecque !

Azraël : (Avançant et de plus en plus menaçant) – Oh oui, un méga projet qui a englouti des millions de dollars, alors que ton peuple est réduit à fouiller dans des poubelles pour trouver quoi mettre sous la dent !

Boutef : (perdant de plus en plus espoir de s’en sortir et maintenant coincé dans un coin à force de reculer sous l’avancée de Azraël) – Mais c’est un sacrifice consenti par mon peuple croyant ; il avait préféré famine et paradis que prospérité et enfer !

Azraël : (de plus en plus près et agitant de plus en plus fort sa massive massue) – Ah oui ! Et pourquoi donc toi, tes proches et tes complices aviez-vous choisi la jouissance de la vie terrestre ?

Boutef : (bouche bée, les yeux écarquillés) – Je … je …

Azraël : (Tenant sa massue de deux mains et la levant au dessus de sa tête) – Alors, à court d’arguments ?

Boutef : (tout pâle et tremblant sur une mare de pipi et de caca comme un petit enfant) – Je … je …    

 

Puis voyant Azraël prendre son élan, Bouteflika ferme ses yeux et pousse un cri si puissant que certains locataires du cimetière d’El-Alia ont fait pipi dans la culotte. Le cri est immédiatement suivi par le crash de la terrible massue sur le crâne du nain dont le corps est devenu si compressé qu’il ressemble à une boîte de conserve écrasée.

 

Azraël : (satisfait) – Au suivant !

Acte II

Bouteflika au jugement dernier

 

Soudain, c’est le réveil de nouveau et Boutef se retrouve à poil, seul, dans une immense salle blanche ; il tient derrière son dos un registre et il fait face à une lumière éblouissante.

 

Dieu : (invisible) – Lis ton livre !

Boutef : (secoué par la voix qui semble venir de partout) – Yaaaawayliiiiiiiiiiiiiiii !

Dieu : (insistant et en colère) – LIS TON LIVRE !

Boutef : (présentant son livre et l’ouvrant en tremblant) – Chapitre I : Les Grands Péchés

1-     Durant les années 70, alors que j’étais ministre des affaires étrangères, j’ai détourné 25 millions de dollars qui appartenaient au peuple.

2-     En 1999, les généraux de la DAF m’ont appelé et je suis revenu au pouvoir comme président élu frauduleusement avec 86 % des voix.

3-     À chaque inauguration de mon mandat, je prête serment, la main sur le Saint Coran, que je respecterai la constitution algérienne et je défendrai les intérêts des Algériens, mais après je me mis à blanchir les mains de la maffia et en 2008 j’ai violé la constitution pour m’accaparer du troisième mandat dans le seul but d’assurer la pérennité du système maffieux qui affame et terrorise le peuple.   

4-     En 2005, j’ai coopéré avec les généraux de la DAF pour concocter le plan dit de réconciliation qui absout les généraux assassins et corrompus et leurs marionnettes islamistes de tout crime commis contre le peuple innocent.

5-     Durant mon règne, j’ai méprisé les intellectuels et je n’ai fait construire aucun établissement scolaire ni centre de recherche, car je voulais que mon peuple devienne davantage ignorant et abruti afin qu’il soit une proie facile aux farces de la maffia aux commandes du pays.

6-     Pendant la période de ma gouvernance, j’ai dépensé les fonds publiques à ma guise (achat d’un Airbus privé, financement de mes campagnes électorales, achat du soutien des députés, etc.) sans jamais me tenir compte des besoins de mon peuple.

7-     Aux fêtes religieuses, je vais à la mosquée avec mes ministres comme en temps des Khalifats afin de jouer à l’Émir des Croyants et tromper le peuple pour gagner son allégeance.

8-     En …

 

Dieu : (d’une voix pleine de dégoût) – Ça suffit ! Ça suffit ! C’est amplement suffisant pour qu’on te condamne au pire des châtiments. Garde ! Tirez-le par les pieds jusqu’à la porte de l’enfer et confiez-le aux gardiens des feux !

Boutef : (regardant de tous les côtés les bras déployés pour garder l’équilibre pendant que les deux robustes anges le traînent par la pointe des pieds sur le dos) – Saïd khoyaaaaaa ! Toufiiiiiiiiq ! Belkhiiiiiiiir ! Nezzaaaaar ! Zarhouniiiiiiiiii ! Tounsiiiiiiiiiii ! Sauvez-moiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii ! 

Acte III

Bouteflka en enfer

 

Gardien de l’enfer : (se tenant debout au milieu des flammes, face à la porte d’entrée, une chaîne devenu rouge de chaleur dans les mains) – Bienvenu dans la maison des pires supplices, frère de Satan !

Boutef : (tenu debout par les deux anges sur le seuil de la porte, le corps déjà rosâtre de chaleur) – On … on a dû se tromper sur mon compte !

Gardien de l’enfer : (ouvrant l’une des maillons de la chaîne et la mettant au cou de boutef) – Ah, là tu dépasses toutes les bornes ! Dieu se trompe de jugement ! Ce n’est pas toi qui as toujours trompé ton peuple ?

Boutef : (criant de douleur) – Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh, mon dieuuuuuuuuuuuuuuuuu ! Pitiéééééééééééééé !

Gardien de l’enfer : (tirant boutef vers les flammes) – Tu implores le Seigneur d’avoir pitié de ton âme ! As-tu eu la moindre compassion envers ton peuple qui a souffert de toutes les misères auxquelles toi, tes ministres et tes généraux que voilà l’avez exposé ?

Boutef :(oubliant pour un moment sa propre souffrance en regardant s’agiter dans les flammes un tas de militaires et de civils ayant servi dans le régime algérien) – Ce sont ces démons de généraux qui m’ont ramené au pouvoir et obligé de gérer le pays ainsi. Je jure que c’est vrai !

Gardien de l’enfer : (tournoyant sa chaîne et s’approchant de Boutef que les généraux tentaient de repousser loin d’eux) – Tes serments n’ont aucune valeur ! N’as-tu pas déjà juré la main sur la parole de Dieu que tu ferais tout le bien pour ton pays et que tu as fait tout le contraire ?

Boutef : (pointant du doigt les généraux) – Ce sont eux qui commandaient et je ne faisais qu’exécuter de crainte d’être liquidé comme Boudiaf, je te jure !

Gardien de l’enfer : (virevoltant sa chaîne de plus en plus fort pour enfin la lancer de sorte qu’elle balaie tous les suppliciés sur son passage en commençant par Boutef) – Nul parmi vous ne servira d’alibi pour l’autre ; vous êtes tous pareils et vous goûterez tous au même châtiment ! Tenez !

Les suppliciés : (en l’air) – Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh !

Boutef : (atterrissant sur les hanches dans un endroit rocailleux encore en fumée, bouche écumante) – hhhhhh !

Gardien de l’enfer : (saisissant une longue lance et s’approchant des suppliciés tombant un à un encore étouffés sous l’effet du coup) – Vous étiez la vermine qui avait empoisonné la vie de tout un peuple ! Vous lui aviez détruit toutes ses valeurs ; vous aviez attenté jusqu’à sa dignité sans aucune crainte de Dieu, alors goûtez aux pires des châtiments !

Les suppliciés : (tentant de se lever pour fuir, mais leurs pieds pesant très lourds les en empêchent) – Seigneur, aie pitié de noussssssssssssssssssssssssssssssssssss !

Gardien de l’enfer : (maintenant arrivé devant Boutef et arborant sa lance) – Qui avait commandité la fusillade des 126 kabyles innocents pendant ton règne, eh ?

Boutef : (pointant du doigt) – C’est Zarhouni !

Zarhouni : (pointant du doigt) – C’est le général Toufik !

Général Toufik : (pointant du doigt) – C’est Bouteflika ! C’est lui le chef suprême du pays !

Gardien de l’enfer : (ricanant et se préparant à frapper) – Vous êtes tous des meurtriers ! Tiens ! Tiens ! Tiens !

Les suppliciés : (enfilés dans la lance mais toujours vivants) – Seigneuuuuuuuur ! Pitiéééééééééééééé !

Gardien de l’enfer : (s’approchant avec sa lance d’une flamme ressemblant à celle du chalumeau) – Dieu n’écoute pas les pleurnichements des assassins ! Vous êtes condamnés à tout jamais à souffrir en enfer ! Goûtez-y cette flamme-ci, criminels !

Les suppliciés : (les yeux écarquillés et le corps égouttant comme celui du poulet rôti) – Ahhhhhhhhhhhhhhh !

 

Un milliard d’années sont déjà passées et les suppliciés sont toujours sous une torture de plus en plus intense.

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Les révélations du colonel Mohamed Samraoui de la DRS à Al Jazeera

Posté par algeriedemocratie le 31 octobre 2009

Les révélations du colonel Mohamed Samraoui de la DRS à Al Jazeera

L’autre version de la  » république  »

Nasreddine Yacine, algeria-watch, 6 août 2001

Que va-t-on trouver au colonel Mohamed Samraoui dit Habib pour le descendre en flamme ? La presse algérienne n’a pas encore été briefée pour fournir des  » éléments  » biographiques sur cet ex-officier supérieur des services spéciaux algériens (DRS). Dans quelques jours probablement, les Salima Tlemçani, Mounir Boudjemaâ, Nacer Belhadjoudja, N. Sebti… et autres Anis Rahmani, honorables correspondants du colonel hadj Zoubir (chargé de l’information à la DRS), vont  » sévir  » à coup d’ » infos  » pour tenter de discréditer l’auteur des témoignages accablants sur la guerre qui a lieu en Algérie depuis 1992.
L’émission Bila Houdoud de la chaîne de télévision satellite Aljazeera, diffusée mercredi dernier en début de soirée, n’est pas passée inaperçue. Ils étaient certainement des millions d’algériens à l’avoir suivie. Le lendemain, elle était le sujet de discussion numéro un dans les cafés et dans les longues chaînes interminables pour l’acquisition du fameux formulaire de demande de logement locatif.
C’est que les révélations de ce colonel de la DRS ont de quoi choquer les  » âmes sensibles  »  » foncièrement républicaines « . Mohamed Samraoui se dit prêt à témoigner devant le tribunal pénal international (TPI) et ramener les preuves de ce qu’il avance. En attendant cet heureux événement, ici les principaux extraits de l’intervention du colonel Mohamed Samraoui :

L’arrêt du processus électoral et la répression du FIS

 » Le 29 décembre 1991, je m’étais rendu à Blida pour rencontrer le colonel Abdelmalek Bendjedid (frère du président Chadli Bendjedid) pour lui faire part des rumeurs et des bruits qui circulent à propos de l’imminence d’un coup d’Etat contre le président. Abdelmalek me fait part à son tour, en me demandant de garder cela pour moi tout seul, des décisions qui allaient être prises par Chadli en l’occurrence le limogeage des généraux Toufik (patron de la DRS) et de Khaled Nezzar (ministre de la Défense) et leur remplacement respectivement par le général Kamel Lahrache et Dib Makhlouf « .

 » Larbi Belkheir est derrière l’idée des camps du Sud, de la dissolution du FIS et l’assassinat de Boudiaf « .

 » Après les résultats du premier tour des élections législatives, nous avons rencontré plusieurs chefs de partis politiques, dont des petits partis que je ne citerai pas, pour connaître leur avis sur la situation « .

 » Mahfoud Nahnah, que j’ai rencontré le 27 décembre en compagnie du commandant Guettouchi Amar, a exprimé son refus des résultats et était favorable à l’arrêt du processus électoral « .

 » D’autres contacts ont été entrepris avec la société civile dont Benhamouda de l’UGTA pour connaître leurs avis sur cette nouvelle situation et leur demander de bouger en faveur de l’annulation des résultats des élections « .

 » Nous, les officiers, étions également favorables pour l’arrêt du processus électoral. Et pour cause, les hauts responsables de l’armée (généraux) nous ont dressé un tableau noir du FIS en prédisant des lendemains apocalyptiques en cas de l’accession de ce dernier au pouvoir. Ce n’est que plus tard que j’ai compris qu’ils avaient monté tout cela pour leur propre bien et non celui de l’Algérie, et de peur d’être jugés « .

 » Le président Chadli Bendjedid a rencontré Abdelkader Hachani et lui a promis la poursuite du processus électoral. A la suite de cette rencontre, une conclave entre les généraux a eu lieu au commandement des forces terrestres à Aïn Naâdja. C’est là qu’a été décidé l’arrêt du processus électoral « .

 » Le 1er janvier 1992, le général Smaïn (qui était colonel à l’époque) m’a chargé de contacter le général Mohamed Lamari. Contact pris, ce dernier m’ordonne de choisir 7 ou 8 de mes proches collaborateurs en qui j’ai totale confiance et de les ramener le 4 janvier pour « une opération secrète », me dit-il « .

 » Le lundi 4 janvier, je suis arrivé avec les dossiers de tous les membres du FIS. La séance de travail était présidée par le général Aït Mesbah Sadek. Nous avions décidé d’arrêter les éléments dangereux du FIS (membres du Majlis Echoura, présidents d’APC, députés élus et les candidats au 2e tour). En tout 1100 personnes devaient être arrêtés à Alger. L’opération n’a pas eu lieu comme prévu. Un ordre d’annulation a été donné, tard dans la soirée, par le général Smaïn. Plus tard, le nombre des personnes à arrêter a été revu à la hausse. Il est passé à 12 500 entre militants et sympathisants du FIS sur le territoire national. Ils ont raflé à l’aveuglette pour radicaliser le mouvement et pousser à la haine de l’Etat « .

 » Les camps du sud étaient programmés pour permettre aux gens de différentes régions de se connaître entre eux « .

 » Entre temps, les généraux cherchaient une solution politique à la destitution de Chadli. Benhabylès, président du Conseil Constitutionnel, n’a pas voulu entrer dans la combine. Ils ont pensé à Ben Bella, mais ils ne l’ont pas contacté de peur qu’il ne se retourne contre eux. Aït Ahmed a été contacté, mais n’a pas accepté. En démocrate, il n’aurait jamais toléré d’être une marionnette entre les mains des militaires. Ils ont également pensé à Ahmed Taleb Ibrahimi, mais Sid-Ahmed Ghozali a refusé en le qualifiant d’ »imam en cravate ». C’est de Ali Haroun qu’est venue l’idée de contacter Mohamed Boudiaf « .

 » Le 10 janvier 1992, le général Khaled Nezzar a proféré des menaces contre Chadli, lorsque celui-ci voulait revenir sur son engagement précédent de démissionner « .

 » Au mois de mai 1992, au cours d’une réunion à Chateauneuf (poste de commandement de la police et caserne des forces spéciales d’Alger, dans laquelle des disparus sont morts sous la torture) à laquelle j’avais assisté en compagnie du capitaine Ahmed, les officiers de police Ouaddah et Tahar Kraâ, le général Smaïn avait déclaré devant d’autres témoins : « je suis prêt à sacrifier 3 millions d’algériens pour rétablir l’ordre « .

L’assassinat de Mohamed Boudiaf

 » Les premiers litiges entre Boudiaf et les généraux étaient relatifs au Sahara Occidental, à l’affaire du général Belloucif, et au changement du chef du gouvernement. Boudiaf voulait limoger Sid-Ahmed Ghozali pour le remplacer par Amine Abderrahmane ou Saïd Sadi. Il voulait également déterrer l’affaire Belloucif, mais les généraux n’en voulaient pas de peur que le dossier ne remonte jusqu’à eux « .

 » Informé d’une pseudo tentative d’insurrection, le 5 mars 1992, qu’aurait dirigé le capitaine Ahmed Chouchène, commandant des forces spéciales à l’académie de Cherchell, Boudiaf s’est étonné de voir que dans la liste qu’on lui présente le grade le plus élevé d’une telle opération est celui de capitaine. Il a donc ordonné le relèvement de ses fonctions et la mise aux arrêts du général Mohamed Lamari, et la nomination du général Khelifa Rahim à sa place. D’ailleurs, je défie quiconque de me montrer un document signé par Mohamed Lamari entre le 29 mars 1992 jusqu’à la mort de Boudiaf « .

 » La grenade offensive dont se servit Boumaârafi lors de l’assassinat de Boudiaf était dans mon bureau. Elle y a été déposée après l’opération de Télemly dans laquelle sont morts le sous-lieutenant Tarek et le commandant Guettouchi Amar. Je ne l’ai plus revue depuis « .

 » Boumaârafi est l’assassin de Boudiaf. Il a été ajouté à la liste des éléments du GIS partant pour Annaba par le général Smaïn Lamari après une entrevue des deux hommes dans le bureau de ce dernier. Smaïn a chargé le commandant Hamou de signer l’ordre de mission individuel de Boumaârafi « .

 » Après l’assassinat de Boudiaf, Boumaârafi devait être abattu à son tour par deux de ses collègues. Doué d’une grande intelligence, il a sauté un mur de deux mètres et s’est livré à la police « .

 » Le 29 juin 1992, juste après l’assassinat de Boudiaf, nous (responsables des services de sécurité de l’armée) eûmes une réunion avec Khaled Nezzar qui nous a déclaré d’emblée, sans qu’aucune enquête ne soit menée, que « le commandant Hamou est innocent ». Il a ensuite réclamé le soutien des services de sécurité pour continuer sa mission « .

 » Même condamné à mort, Boumaârafi ne sera pas exécuté « .

 » Le 1er instigateur de l’assassinat de Boudiaf est le général Smaïn Lamari « .

La naissance du GIA

 » J’ai assisté à la naissance du GIA. Il a été créé pendant l’été 1991 par le commandant Guettouchi Amar, mort au cours d’une opération anti-terroriste à Télemly. Il était secondé par le capitaine Djaâfar chargé d’éditer les communiqués et de les transmettre aux journalistes « .

 » Chebouti, fondateur du MIA, circulait dans une voiture des services, une R9 couleur crème « .

Pourquoi la création du GIA ?  » Afin de justifier les assassinats qu’ils commettaient pour se débarrasser notamment de certains officiers, comme le colonel Salah, le commandant Boumerdès Farouk dit Rabah, le commandant Djaber, le commandant Hicham (assassiné à Blida)… Les assassinats de plusieurs officiers restent inexpliqués « .

 » Le GIA a été créé pour servir des desseins, mais ses créateurs ont vite été débordés par d’autres groupes islamiques armés. C’est pour cela que nous utilisions l’appellation « des GIA » « .

Intervention téléphonique pendant l’émission du capitaine Ahmed Chouchène, accusé de tentative d’insurrection en mars 1992

 » J’ai été kidnappé le 3 mars de la caserne. Mais, lorsque cela a été découvert, ils ont dû me présenter devant le tribunal militaire de Béchar et me condamner à 3 années de prison « .

 » En novembre 1994, une tentative d’insurrection a été provoquée dans la prison de Berrouaghia. Un groupe d’intervention rapide (GIR) numéro 80 de la gendarmerie nationale a tiré et blessé 1200 prisonniers. Par la suite, un autre groupe de la gendarmerie, je répète, un autre groupe cagoulé, est entré pour décapiter 51 parmi les 1200 prisonniers et les brûler. Les corps ont été enterrés dans une fosse commune dans un champ d’exécution de la prison de Berrouaghia. Si des gens ont le courage d’aller vérifier, les corps y sont toujours « .

Le colonel Semraoui ajoute :  » A sa sortie de prison en 1995, le général Kamel Abderrahmane, patron de la DCSA (Direction Centrale de la Sécurité des Armées), avait demandé à Chouchène d’être l’adjoint de Djamel Zitouni l’émir du GIA « .

Missions spéciales

 » En 1995, le général Smaïn est venu à Cologne en compagnie du général Hacène Beldjelti dit Abderrezak (cet unique général issu du sud algérien était chargé de la sécurité à la présidence de la République sous la présidence de Liamine Zeroual – ndlr) et plusieurs autres officiers dont les commandants Merabet Omar et Benguedda Ali, et le colonel Benabdellah (un homme d’action). Ils voulaient assassiner des responsables du FIS comme Abdelbaki Sahraoui et Rabah Kébir. Je me suis opposé à ces opérations « .

 » Le colonel Benabdellah Mohamed m’a avoué avoir commis des massacres dans la région de Blida « .

source:algeria-watch.org

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L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

Posté par algeriedemocratie le 28 août 2009

L’apport de Ramdane Abbane à la Révolution

43ème Anniversaire du Congrès de la Soummam

Benyoucef Ben Khedda La tribune/ Mercredi 18 Août 1999

Abbane Ramdane a toujours constitué une énigme dans notre histoire
nationale : plus particulièrement celle de la guerre de libération.
Cette particularité est due au caractère exceptionnel de cet homme qui
a su marquer la révolution. Elle est due aussi à la manière avec
laquelle les gardiens de la mémoire officielle ont orienté l’écriture
de cette page de notre histoire. Beaucoup de choses n’ont pas encore
été dites sur la période 1954-62; des zones d’ombre subsistent et
menacent à chaque fois cette mémoire officielle de s’écrouler. C’est
ainsi : les totems finissent toujours par tomber et le temps en est
le plus grand ennemi. Mais cette chute n’est pas sans danger si notre
histoire n’est pas assumée dans la sérénité et par le débat
démocratique. Sans préjugés ni a priori.L’affaire Abane, qui nous
hante depuis l’indépendance, a rejailli cette fois-ci à la faveur de
la publication des Mémoires de Ali Kafi. Les passages qu’il a
consacrés dans son livre à Abane Ramdane ont soulevé un tollé général
dont nous espérons qu’il se traduise en un débat fécond sur la guerre
de libération et les tragédies qui l’ont accompagnées. La réponse de
Benyoucef Benkhedda aux écrits de Kafi sont à ce titre fort louables
et permettent de mieux saisir la personnalité exceptionnelle de celui
qui fut l’un des grands stratèges de larévolution. La Tribune

Chaque année la date du 20 août vient nous rappeler l’un des
moments-charnières de notre guerre de libération: le Congrès de la
Soummam, c’est-à-dire les premières assises de la jeune révolution
algérienne, en 1956. Un tel événement-fondateur a imprimé à
l’histoire de notre lutte un tournant majeur par la plate-forme qui en
est issue et qui trace les contours de l’édifice institutionnel de la
Révolution. On y retrouve, explicités, les trois éléments clés qui
identifient la nature du mouvement de libération et sous-tendent sa
cohérence idéologique et politique : une légitimité révolutionnaire
articulée sur un programme et une stratégie structurée; un statut
organique définissant les rouages de la Révolution et leur mode de
fonctionnement; une direction unique et homogène.Le nom du Congrès de
la Soummam reste intimement lié à celui d’un personnage d’une trempe
peu commune: Ramdane Abbane. Homme de conviction et de caractère, il
a été l’un des principaux promoteurs de l’idée de ce Congrès, comme il
a été à la fois l’inspirateur avisé de ses orientations et l’artisan
déterminé de sa préparation et de son succès.

Un homme de passion

Tout autant, le souvenir de Abbane demeure également associé à une
autre ‘uvre maîtresse pour la réussite de laquelle il s’est dépensé
avec passion: la promotion de la Zone autonome d’Alger -la fameuse
ZAA- en un fer de lance d’une redoutable efficacité. C’est sous ses
auspices, en effet, que l’organisation FLN/ALN d’Alger a pris un essor
fulgurant. Si elle s’est transformée en vitrine éloquente de la
Révolution en marche, l’élan incisif qu’il a su lui communiquer y est
certainement pour beaucoup.Abbane n’avait de cesse de hisser Alger au
rang de capitale de l’Algérie en armes. Avec l’installation en
septembre 1956 de l’Exécutif suprême du FLN dans cette agglomération,
il trouva en Ben M’hidi le compagnon idéal qui nourrissait des
ambitions identiques. Ensemble désormais, ils s’acharneront à mettre
Alger au diapason d’une ville symbole d’une fière citadelle où se
développait dans le vacarme des bombes, l’expérience inédite des
maquis urbains. Le triumvirat que nous formions alors avait reçu du
CCE mandat de superviser l’organisation algéroise. A leurs côtés, et
tout en y contribuant de mon mieux, j’ai pu apprécier combien leur
rôle avait été déterminant pour insuffler une âme au combat de la ZAA.
En améliorant et en renforçant les capacités de ses deux branches,
politique et militaire, en l’impliquant chaque jour davantage dans une
confrontation exacerbée avec l’ennemi, ils ont permis à la Zone
autonome de conquérir ses lettres de noblesse. En peu de temps, ils
ont réussi à faire de cet appareil révolutionnaire de premier ordre,
un outil offensif doté d’une force d’impact considérable. Les deux
chapitres qui suivent, consacrés successivement au Congrès de la
Soummam et à la Zone autonome d’Alger, font partie d’un livre en
chantier devant paraître prochainement (plaise à Dieu). Je profite de
l’occasion du 20 août pour en livrer la première mouture et apporter
ensuite mon témoignage sur le personnage Abbane, l’un des plus grands
acteurs de l’histoire du mouvement national. Un événement ne saurait
être saisi et compris que s’il est replacé dans son contexte
historique . a) Le contexte historique En Algérie: On sait que
l’insurrection algérienne a été déclenchée par les éléments du CRUA
(Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action), tous issus de l’OS
(Organisation Spéciale) branche armée du PPA-MTLD, à la suite de
l’éclatement de la direction de ce parti en deux factions: Comité
central et Messali.La direction du Mouvement national révolutionnaire
assurée jusque-là par le Comité central du PPA-MTLD passe alors aux
«6» du CRUA qui sort au grand jour le 1er Novembre 1954 sous le sigle
du FLN (Front de libération nationale).Le partage des responsabilités
entre les «6» , après la réunion du 23 octobre 1954 à Bologhine
(ex-Saint-Eugène), s’était fait ainsi :Zone 1, Aurès-Némencha,
Mustapha Ben Boulaïd,Zone 2, Nord-constantinois, Mourad Didouche,Zone
3, Kabylie, Belkacem Krim,Zone 4, Algérois, Rabah Bitat,Zone 5,
Oranie, Mohammed-Larbi Ben M’hidi. (Les zones seront remplacées par
les wilayate après le Congrès de la Soummam).Boudiaf, quant à lui,
désigné «coordonnateur» par ses pairs, s’envole pour Le Caire porteur
de la Proclamation du 1er Novembre 1954 qui sera lue sur les ondes de
Sawt-El-Arab, la Radio du Caire, dans la nuit du 31 octobre au 1er
Novembre 1954. Ben Bella, Aït Ahmed et Khider, établis déjà depuis
deux ou trois ans dans la capitale égyptienne où ils représentaient la
délégation extérieure du PPA-MTLD avaient entre-temps opté pour le
CRUA et avec les «6» ils constituaient à «9» la première direction du
FLN.Avant de se séparer à Bologhine, les «6» s’étaient donné
rendez-vous à la mi-janvier 1955, semble-t-il, pour une évaluation de
la situation ; les événements surgis de la guerre ne leur permirent
pas de se rencontrer.Didouche meurt le 12 janvier 1955 dans un combat
face à l’ennemi. Ben Boulaïd est arrêté le 12 février 1955 à la
frontière tuniso-libyenne, alors qu’il se rendait au Caire pour hâter
l’entrée des armes promises.Boudiaf et Ben M’hidi se déplacent entre
le Maroc et l’Egypte en vue de prospecter le marché des armes et
organiser leur envoi en Algérie.Abbane, libéré en janvier 1955 après 5
ans de détention, regagne son village natal de Azzouza en Kabylie.
Là, il est contacté par Krim et Ouamrane.Bitat est arrêté le 23 mars
1955. Ouamrane prend la relève à la tête de la zone IV et confie, en
accord avec Krim, la responsabilité d’Alger à Abbane.Une «direction»
de fait s’impose avec Abbane, qui en devient l’âme, Krim, chef de la
zone de la Kabylie et Ouamrane, chef de l’Algérois ; Ben Khedda est
l’un des assistants de Abbane au début de 1956.Abbane impulse à cette
direction un souffle nouveau ; elle devient la véritable direction
nationale de l’Algérie, un centre de coordination entre les chefs de
l’intérieur et entre ces derniers et ceux de l’extérieur.

Une mobilisation considérable

Abbane la transforme en plaque tournante du FLN, vitrine de la lutte
pour l’indépendance. Par les tracts qu’il rédige, il lance des mots
d’ordre et des proclamations qui ont des répercussions au-delà des
frontières. Sa devise était : «La libération de l’Algérie sera
l’oeuvre de tous les Algériens, et non pas celle d’une fraction du
peuple algérien quelle que soit son importance.» Autour de lui se
forme une équipe qui réalise un travail de mobilisation et de
propagande considérable aussi bien en direction de la population
musulmane qu’envers les libéraux et les progressistes de la population
européenne.Vis-à-vis de la population musulmane, il déclenche une
dynamique d’union nationale qui se solde entre l’automne 1955 et le
printemps 1956 par l’adhésion au FLN des membres du Comité central du
PPA-MTLD et de leurs partisans (les «centralistes») , de l’UDMA de
Ferhat Abbas, de l’Association des Ulémas de Bachir Brahimi, ce qui
élargit les assises du Front, son champ d’intervention et isole les
messalistes avant de les marginaliser totalement sur le territoire
national ; cependant, ils restaient majoritaires en France où une
lutte sanglante et meurtrière était engagée entre leur parti : le MNA
et le FLN ; l’enjeu en est l’émigration algérienne forte de 300 000
âmes, d’où ils envoient fonds et instructions à leurs maquis encore
actifs à Alger-ville, en Kabylie et dans le Sud du pays. Le PCA
(Parti communiste algérien) a éclaté à cause de sa composition mixte
formée d’Européens et d’Algériens et de sa sujétion au PCF (Parti
communiste français) allié au parti socialiste de la SFIO de Guy
Mollet au sein du Front républicain qui accédera au gouvernement en
mars 1956.Alger servira de base logistique non seulement à l’Algérois
et à la Kabylie toute proche, mais à toute l’Algérie : médicaments,
argent, effets militaires y sont collectés et acheminés dans toutes
les régions sans distinction.On assiste alors à une accélération de
l’intégration des catégories socioprofessionnelles : juillet 1955,
création de l’UGEMA, 24 février 1956, création de l’UGTA qui vient
remplir le vide laissé par la CGT (Confédération générale des
travailleurs) d’obédience CGT française, l’UGCA (Union générale des
commerçants), 19 mai 1956, appel à la grève des étudiants lancée par
l’UGEMA qui mobilise la jeunesse des lycées et de l’université
contribuant ainsi à enrichir le maquis.Les étudiants et les quelques
intellectuels qui avaient adhéré au Front posaient déjà des questions
d’ordre idéologique : nature de l’Etat algérien indépendant, réforme
agraire, problèmes sociaux et économiques, stratégie de la guerre,
etc.En dehors des tracts et des communiqués paraissant
occasionnellement, le FLN ne disposait pas encore d’un journal pour
propager ses idées, s’affirmer sur le plan public, faire connaître son
point de vue sur les événements, relater les exploits de l’ALN,
dénoncer les massacres et les tortures de la police et de l’armée
françaises.Abbane créa d’abord une commission dont le résultat se
traduira par l’élaboration du «Projet de la Plate-forme de la
Soummam».En juin 1956, paraît El Moujahid, organe central du FLN,
entièrement composé, tiré et diffusé par des militants d’Alger. Il
sera diffusé non seulement en Algérie, mais parmi l’émigration
algérienne en France, en Tunisie, au Maroc et au Caire. Il fera
connaître les positions officielles du FLN dont il augmentera
considérablement l’audience.Vient s’ajouter à cette dimension
médiatique, Kassamene, l’hymne du grand poète nationaliste Moufdi
Zakaria, qui va galvaniser les moudjahidine et le peuple dans le
combat pour l’indépendance.A Alger commencent à défiler alors les
journalistes internationaux pour leur reportage aussi bien en ville
que dans les maquis.Parallèlement, se poursuivait, grâce à un noyau de
militants d’Alger l’encadrement de la population, dans une structure
spécifique : la Zone autonome d’Alger avec ses deux volets :
politique et militaire. Mais l’obstacle majeur dans la lutte pour
l’indépendance demeure la minorité européenne forte d’un million
d’habitants sur les 10 que comptait alors le pays , ce qui avait fait
de l’Algérie une colonie de peuplement « l’Algérie française » dont
ils détenaient les rênes du pouvoir. La Révolution grandissante
inquiète ce bloc raciste et colonialiste qui commence à se fissurer.
Des individus et des groupuscules appartenant aux trois confessions
catholique, protestante et juive (catholique surtout), émus par les
massacres de civils musulmans, prennent position contre la répression.
Cependant, la grande majorité reste fidèle à l’armée et au
gouvernement de Paris.En FranceEn France, l’Algérie est devenue la
première préoccupation du gouvernement et de l’opinion publique.En
mars 1956, le Front républicain socialo-communiste a remporté les
élections législatives et Guy Mollet, chef de la SFIO, est porté au
pouvoir. Grâce aux «pouvoirs spéciaux» votés par la nouvelle
Assemblée, le gouvernement de gauche augmente le potentiel répressif
de son armée. De 200 000 hommes en 1956, l’effectif de cette dernière
va être doublé et porté à 400 000. En même temps, Guy Mollet lance
son triptyque : cessez-le-feu, élections, négociations. Son idée
était d’obtenir la reddition de l’ALN. Après quoi, il organiserait
des élections en vue de dégager des «élus» avec lesquels il
«négocierait». Un moyen d’imposer une solution militaire. Pour le
FLN, il n’y avait pas d’autres perspectives que la guerre.Les maquis
avaient fini par faire leur jonction. Cependant des conflits
frontaliers éclataient à l’exemple de celui de la zone II s’opposant à
la base de l’Est pour le contrôle de la bande frontalière de
Tunisie.Dépassements, encadrement déficient, structures différentes
d’une zone à l’autre caractérisaient l’ALN. Son extension dépendait
étroitement de l’armement et les promesses faites de l’extérieur ne se
réalisaient pas. C’est en se rendant au Caire que Ben Boulaïd fut
arrêté à la frontière tuniso-libyenne, et c’est pour armer les
djounoud que Zighoud Youcef lança sa fameuse opération du 20 août
1955.A l’ONU, lors de la session de 1955, les délégués arabes ont
tenté d’inscrire la «Question algérienne» à l’ordre du jour. Elle fut
rejetée par la majorité acquise à la France et ses alliés.L’attitude
des gouvernements arabes, bien que favorable à l’Algérie,
particulièrement de celui de l’Egypte, est sujette à des fluctuations
sous la pression de la France qui monnaie son aide économique et
financière. Le porte-parole du FLN à la radio Sawt el Arab
Abderrahmane Kiouane, libre jusque-là dans ses interventions, est
censuré. Le danger est grand de voir la Révolution algérienne
instrumentalisée par Djamel Abd-Ennasser qui jouit d’un immense
prestige auprès des masses arabes du Golfe à l’Atlantique et dont il
ambitionne le leadership.Le colonel Fethi Dhib, l’un des responsables
des services spéciaux du Raïs, man’uvre dans ses rapports avec les
membres de la délégation extérieure où il privilégie Ben Bella. Un
gros problème se posait à la direction du FLN partagée entre Alger et
Le Caire, celui des positions officielles sur telle ou telle question
pesant sur le cours de la Révolution: ainsi l’ouverture des
négociations qui pouvaient ébranler la cohésion politique du FLN et
semer la division, cette maladie mortelle des révolutions. Jusqu’ici,
l’identité de formation des dirigeants tous issus du même parti : le
PPA-MTLD, avait empêché l’éclatement. Mais le danger pouvait survenir
devant les initiatives de la France.

L’absence d’une direction nationale

Déjà des dissonances apparaissaient entre Abbane qui affirmait : «Pas
de négociations sans la reconnaissance préalable par la France de
l’indépendance algérienne», alors que de son côté Khider au Caire
parlait d’«Assemblée nationale constituante».La France ne se privait
pas d’exploiter ces contradictions. Et quand les journalistes
posaient aux officiels français la question des «négociations»,
ceux-ci répondaient invariablement «Avec qui?», se contentant de
parler de «fait national algérien», de «table ronde» destinée en
réalité à noyer le FLN dans un ensemble de partis sans
représentativité : MNA, PCA et autres formations et personnalités
musulmanes et européennes. S’il existait des commandements à
l’échelle zonale, si au Caire la délégation extérieure assurait avec
plus ou mois d’efficacité la représentation du FLN, par contre, il
n’existait pas une direction centrale coordonnant les activités du
FLN, politiques et militaires, nationales et internationales, obéie de
tous, constituant une autorité en mesure de se poser en interlocuteur
valable vis-à-vis de l’adversaire, porte-parole de la Révolution et du
peuple algérien.A un moment donné il fut question d’une direction de
«12» membres: 6 de l’intérieur (Ben Boulaïd, Zighoud, Krim, Bitat,
Abbane, Ouamrane) et 6 de l’extérieur (Ben M’hidi, Ben Bella, Aït
Ahmed, Khider, Debbaghine, Boudiaf).Un des sujets de discorde, qui ne
cessait de tendre les rapports entre Alger et Le Caire, c’était les
éléments envoyés d’Alger pour représenter le FLN sur la scène
internationale et qui étaient contestés par ceux du Caire :
Debbaghine, Ferhat Abbas, Kiouane, Tewfik El Madani.Cependant, dans
chacune de ces lettres au Caire, Abbane revient à la charge sur la
question des armes où il parle de «carence». C’est pour tenter de
régler tous ces problèmes politiques, militaires et autres et désigner
la direction officielle du FLN absente de la scène politique depuis 2
ans qu’Abbane finit par prendre l’initiative de s’adresser aux chefs
de maquis en vue d’une rencontre. Il avait déjà l’accord de Krim
(Kabylie), Ouamrane (Algérois); il n’arrive pas à joindre Ben Boulaïd,
évadé de la prison de Constantine depuis novembre 1955 et dont il
était sans nouvelles. A Youcef Zighoud (Nord Constantinois) il
délègue Saâd Dahlab pour en savoir davantage ; et c’est ainsi que le
futur négociateur d’Evian inaugure son activité «diplomatique» au FLN.
Concernant la réunion des chefs du FLN, il y avait identité de vue
entre Zighoud et Abbane. Les éléments qui étaient à l’extérieur sont
également touchés par ce dernier: Aït Ahmed, Ben Bella, Ben M’hidi,
Boudiaf. Seul Ben M’hidi qui avait déjà pris la décision de rentrer
le fera et sera à Alger en mai 1956. On ne connaît pas exactement les
motifs pour lesquels les autres membres qui étaient à l’extérieur
n’ont pas suivi l’exemple de Ben M’hidi. b) Les décisions du Congrès

CNRA et CCE

Le Congrès se réunit à Ifri-Ighzer Amokrane, sur la rive gauche de la
Soummam, à quelques kilomètres d’Akbou, le 20 août 1956. Le
procès-verbal de la première séance donne la liste des présents. «Les
membres présents étaient :- BEN M’HIDI, représentant de l’Oranie
(président de Séance),- ABBANE, représentant le FLN (secrétaire de
séance),- OUAMRANE, représentant de l’Algérois,- KRIM, représentant de
la Kabylie,- ZIROUd, représentant du Nord constantinois,- BENTOBBAL,
adjoint de Zirout.Membres absents :- BEN BOULAID, représentant des
Aurès-Nemenchas,- SI CHERIF, représentant du Sud (excusé après avoir
adressé son rapport à la réunion).» 1Comme on le voit, le Congrès se
réduit à six membres. En dehors des séances, chacun se retrouvait
avec d’autres éléments de sa zone : Ali Kafi, Mostefa Ben Aouda et
Brahim Mezhoudi avec Zighoud et Ben Tobbal ; Saïd Mohammedi et Aït
Hamouda Amirouche avec Krim (zone III) ; Déhilès, Si M’hammed
Bouguerra et Ali Mellah (Si Chérif) avec Ouamrane (zone IV). Chaque
chef de zone présenta un état de la situation : effectif des
moudjahidine, armement état d’esprit des combattants et de la
population.Le Congrès procéda à la désignation des organes de
direction de la Révolution : -CNRA (Conseil national de la Révolution
algérienne) et – CCE (Comité de coordination et d’exécution). Le
CNRA, direction suprême, joue le rôle de parlement du FLN : Assemblée
législative, symbole de la souveraineté nationale, elle prend les
décisions d’orientation politique, militaire, économique et sociale.
Elle désigne l’exécutif: le CCE. Le CNRA engage des négociations
avec l’adversaire, se prononce sur la guerre et la paix. Le CNRA
désigné par le Congrès de la Soummam se composait de 34 membres: 17
titulaires et 17 suppléants (voir tableau ci-dessous).Le problème
crucial de l’armement revenait sans cesse dans les débats et le bilan
de la délégation extérieure fut jugé négatif. Le Congrès se résolut à
la seule décision révolutionnaire : prendre les armes là où elles
étaient, c’est-à-dire chez l’ennemi.Des décisions importantes furent
prises concernant l’ALN: limites territoriales des wilayate,
hiérarchisation, organisation en unités depuis le demi-groupe composé
de 4 combattants dirigés par un caporal jusqu’au bataillon qui compte
350 combattants dirigés par le colonel de la wilaya.En vue d’humaniser
la guerre, furent strictement interdits l’égorgement, l’exécution des
prisonniers de guerre, la mutilation des cadavres. Deux principes
fondamentaux furent votés : primauté du politique sur le militaire et
primauté de l’intérieur sur l’extérieur.

La plate-forme de la Soummam

La plate-forme de la Soummam analyse la situation politique 20 mois
après le déclenchement de l’insurrection, fixe les objectifs à
atteindre et les moyens d’y parvenir. En outre, elle pose le problème
des négociations et les conditions de cessez-le-feu qui serviront de
base, cinq ans plus tard, aux négociateurs d’Evian :II) Cessez-le-feuC
o n d i t i o n s :a) politiques :1°) – Reconnaissance de la nation
algérienne indivisible.Cette clause est destinée à faire disparaître
la fiction colonialiste de «l’Algérie française». 2°) -
Reconnaissance de l’Indépendance de l’Algérie et de sa souveraineté
dans tous les domaines, jusque et y compris la défense nationale et la
diplomatie.3- Libération de tous les Algériens et Algériennes
emprisonnés, internés ou exilés en raison de leur activité patriotique
avant et après l’insurrection nationale du 1er Novembre 1954.4-
Reconnaissance du FLN comme seule organisation représentant le peuple
algérien et seule habilitée en vue de toute négociation. En
contre-partie le FLN est garant et responsable du cessez-le-feu au nom
du peuple algérien.b) militaires :Les conditions militaires seront
précisées ultérieurement.(Extrait de la Plate-forme du Congrès de la
Soummam.)Contre la propagande de la France qui accusait le FLN d’être
au service d’une puissance étrangère, la Plate-forme de la Soummam est
catégorique : «La Révolution algérienne est un combat patriotique
dont la base est incontestablement de caractère national, politique et
social. Elle n’est inféodée ni au Caire, ni à Londres, ni à Moscou,
ni à Washington». L’allusion au «Caire» déplut fortement à Fethi Dhib
et bien sûr à Abd-Ennasser qui voulait se faire passer pour le «tuteur
de la Révolution algérienne». Certes il n’y a pas eu de doctrine mais
un effort pour combler le vide idéologique et politique existant : ce
n’était qu’une plate-forme. Elle ne pouvait que fixer les objectifs
stratégiques de la guerre et les moyens d’y parvenir, notamment les
conditions du cessez-le-feu. Son mérite aura été d’avoir fourni aux
militants et aux cadres du FLN, à l’extérieur comme à l’intérieur, des
repères d’orientation clairs et précis pour la poursuite du combat.
Le principe de la nation algérienne, partie intégrante du Maghreb
arabe, fut solennellement rappelé.Vis-à-vis de la minorité européenne
le droit d’opter pour la nationalité algérienne fut reconnu à titre
individuel et sur demande de l’intéressé. Ce qui a honoré la
Révolution algérienne, c’est qu’il n’y a jamais eu de pogrom
anti-juif. Le boycott des commerçants juifs fomenté par des
provocateurs dès le début de la Révolution fut étouffé dans l’oeuf par
le FLN. Pas de profanation de synagogues, ni d’églises, ni de temples
protestants au cours des 7 années et demi de guerre, malgré la
participation active de la majorité d’entre eux à la répression. La
Plate-Forme de la Soummam a fait connaître au monde le visage d’une
Algérie luttant pour une cause juste, dépourvue de chauvinisme et de
haine raciale, ouverte à tous ses habitants, y compris aux
non-musulmans, tournée vers l’avenir.

Les insuffisances du Congrès

Il y a eu d’abord les absences : celle de la wilaya des
Aurès-Némencha et celle du chef de la base de l’Est, Amara Bouglez,
qui alimenteront l’opposition au Congrès. Boussouf, l’adjoint de Ben
M’hidi à la tête de la Wilaya V et qui en assurait l’intérim, reprocha
à Ben M’hidi d’avoir engagé la wilaya sur des questions impliquant
l’avenir du pays, alors qu’il aurait été délégué uniquement pour «des
questions d’ordre organique et de coordination».Ben Bella contestera
la présence de «certaines personnalités» au CNRA («centralistes»,
UDMA, les Ulémas), la primauté de l’intérieur sur l’extérieur et la
primauté du politique sur le militaire. Cet avis fut partagé par
d’autres membres de la délégation extérieure. L’évaluation précise de
la situation militaire n’a pas été faite. L’on se contenta de dresser
le bilan de chaque wilaya en armes, hommes, finances, sans étude de
l’ensemble des forces en présence, algériennes et françaises,
d’étudier le problème de la guérilla et son évolution. La grande
préoccupation des maquisards et du Congrès était de se procurer des
armes et d’étendre le conflit à tout le territoire. On était à la
veille d’une guerre d’extermination. L’élaboration d’une stratégie
militaire dans ces conditions était impossible ; les congressistes
n’avaient pas une vision claire des étapes à parcourir. On ne pouvait
exiger de ces maquisards poursuivis à mort par l’armada française et
la multitude de ses services de renseignements et d’espionnage
d’accomplir des prouesses. Leur mérite a été de se réunir en pleine
guerre, au milieu de mille dangers, et d’avoir fondé une légalité
révolutionnaire qui durera jusqu’à l’indépendance et qui servira par
la suite de fondement aux institutions de l’Etat algérien. Et le rôle
de Abbane a été là, il faut le reconnaître, prédominant. Le Congrès a
doté la Révolution d’une autorité nationale: le CNRA et d’un organe
suprême d’exécution: le CCE. Ce ne sont pas les congressistes de la
Soummam qui ont étudié et adopté le texte de la «Plate-forme de la
Soummam». Il en confièrent la tâche au CCE. Celui-ci lui consacra
plusieurs séances à Alger et procéda à sa publication le 1er novembre
1956 non sans avoir envoyé un exemplaire du procès-verbal à la
Délégation extérieure du FLN.L’éventualité du «gouvernement
provisoire» fut laissée à l’initiative du CCE.Lorsque le Congrès de la
Soummam définit à Alger le statut de «Zone autonome» il tient compte
de sa situation spécifique : zone du fait de son exiguïté
territoriale, wilaya à part entière de par son potentiel humain, la
qualité de ses cadres et les objectifs qui lui étaient assignés par la
Révolution. Sur 700 000 habitants que comptait le Grand-Alger, plus
de la moitié était d’origine algérienne embrigadées dans les
structures du FLN. La Casbah, à elle seule, comptait 80 000
habitants.

II La Zone autonome d’Alger

La ZAA a fonctionné comme telle. Aux yeux du CCE, de par son
importance stratégique sur l’échiquier national, de par la portée
psychologique nationale et internationale de ses interventions, de par
son rôle de caisse de résonance de la Révolution, elle était
considérée comme une wilaya, et même un peu plus, elle était la wilaya
du CCE lui-même.Jusqu’à début 1956, l’organisation FLN d’Alger était
structurée en réseaux politico-militaires qui, parfois, se
chevauchaient et se concurrençaient. Tous ces réseaux gravitaient
autour de Krim et surtout de Ouamrane et de Abbane, ce dernier secondé
par Ben Khedda.Parmi les plus importants de ces réseaux, citons :- les
réseaux Lakhdar Rebbah, Mohammed Ben Mokaddem et Rachid Amara, – le
réseau Hachemi Hammoud et Hachemi Touati,- le réseau Ahcène Laskri et
Ben Mohammed Hammada,- le réseau Ahmed Chaïb (Ahmed Loghrab), – le
réseau Cherif Debbih,- le réseau Arezki Bouzrina (Hdidouche) et Ahmed
Ghermoul, le réseau Mustapha Fettal et Belkacem Bouchafa.Toutes les
têtes de file de ces réseaux ont été des adjoints de Abbane. A partir
de mars-avril 1956, l’organisation d’Alger est restructurée en trois
régions ; les anciens réseaux étaient dissous et leurs membres
intégrés au sein de ces régions. L’opération de restructuration
confiée à Brahim Chergui à cette date durera jusqu’à août-septembre
1956.En septembre 1956, l’organisation algéroise du FLN prend la
nouvelle dénomination de «Zone autonome d’Alger», avec toutes les
prérogatives d’une wilaya.Siège du CCE, la ZAA est sous l’autorité
statutaire du CCE. Trois des membres de ce dernier en supervisent
désormais les activités : Abbane, Ben M’hidi et Ben Khedda.Sur le
plan organisationnel, la ZAA se composait de deux branches distinctes,
mais complémentaires : La branche militaire, dont le suivi des
activités est confié à Ben M’Hidi: formée de groupes et de commandos
de fidaïne, auxquels s’ajouteront à partir de l’été 1956 les «réseaux
bombes». La branche militaire a été dirigée successivement pa :
(Mustapha Fettal (octobre l 955-mars 1956), (Belkacem Bouchafa (avril
1956- août1956), (Yacef Saâdi (août1956- septembre 1957).Avant le
Congrès de la Soummam, la branche militaire activait sous l’autorité
directe d’Ouamrane, lequel était, de la sorte, le responsable
hiérarchique de Fettal, puis de Bouchafa.A la fin de 1956,
l’état-major de la branche militaire était constitué comme suit : -
Responsable : Yacef Saâdi ; Adjoint: Ali Amar (Ali La pointe)-
Région I: Abderrahmane Arbadji ; Adjoint: Hadj Othmane
(Kamel)-Région Il : Hammoud Ader,Adjoint : Ahcène Ghandriche,-
Région III : Omar Bencharif (Hadj Omar),Adjoint: Boualem
Benabderramane (Abaza).La branche politique, confiée à Brahim Chergui
était sous la supervision directe de Abbane et de Ben Khedda ; grosso
modo, elle couvrait trois types d’activités :Le travail
politico-idéologique: diffusion des mots d’ordre du FLN, de sa
littérature, de ses tracts ; encadrement psychologique des populations
afin de les rendre perméables à la «mystique du Nidham», c’est-à-dire
la toute-puissance de l’organisation en tant que symbole et autorité
morale du FLN, appuyée sur d’autres organisations à caractère social,
culturel, économique (UGTA, UGCA, UGEMA?).- Le travail
politico-administratif: encadrement «physique» de la population, sa
sensibilisation aux directives du FLN, mise en place des bases
minimales d’un contre-pouvoir et d’une contre-administration
permettant la symbiose permanente entre le peuple et l’organisation,
collecte de l’impôt patriotique, recensement des refuges, etc.,-
Enfin, une mission spéciale de renseignement et de police politique,
ce qui confère à la branche politique de la ZAA un caractère plutôt
politico-militaire que seulement politique, au sens traditionnel de ce
terme.La branche politique créée fin octobre 1956 par le CCE disposait
de ses propres groupes de fidaïne. On les appelait aussi «groupes
d’intervention» pour bien marquer la différence avec les «groupes
armés» qui, eux, relevaient de la branche militaire.A la veille de la
grève des huit jours (29 janvier – 5 février 1957), l’état-major de la
branche politique se composait comme suit :-Responsable: Brahim
Chergui-RégionI : Akli Ziane (Ouakli) ou encore Hachemi Hammoud (Si
Hocine), Adjoint :Sadek Keramane et Abderrahmane Naït Merzouk, -
Région II : Hachem Malek,Adjoints: Mahmoud Messaoudi et Toufik
Bensemane.-Région III : Bellouni Si El-Mahfoud, Adjoints: Rachid
Benrahmoune et Mohammed Sahraoui. Les membres des réseaux «bombes»,
une quarantaine, formaient les unités d’élite dans ce dispositif.Après
la grève des huit jours, les deux branches démantelées de la ZAA sont
reprises en main par Yacef qui deviendra, ainsi, seul chef de la zone.
Il rassemblera sous son autorité les deux branches et cela jusqu’à son
arrestation en septembre 1957. L’épopée de la première zone autonome
prendra fin, début octobre 1957, avec le dynamitage du réduit où
s’étaient barricadés Ali Amar et ses derniers compagnons. Construite
sur le modèle pyramidal, la ZAA était composée d’environ 12 000 hommes
répartis en 3 régions, chacune gérée par 2 branches : militaire et
politique.La branche militaire comportait 2 à 3 groupes par quartier,
hormis la Casbah avec ses 80 000 habitants qui, elle, servait de base
à une dizaine de groupes évoluant entre 40 et 50 éléments. C’était le
vivier où puisait constamment l’organisation pour le recrutement des
militants, des moudjahidine et des fidaïne. Ces derniers sans attache
à un groupe particulier, formaient une espèce de réserve d’une
cinquantaine d’hommes par région.Branche militaire et branche
politique formaient un outil qui, avec ses attentats quotidiens,
marquait une présence percutante où chaque action perpétrée à Alger
avait une portée décuplée par ses effets démoralisateurs sur la
population européenne : le moindre acte «terroriste» était fortement
médiatisé et les actions particulièrement dévastatrices sur le plan
psychologique et moral. On avait affaire à des militants instruits,
formés, issus pour la plupart des rangs du PPA-MTLD. C’était l’ALN de
la ville, différente de l’ALN de la montagne ou de la plaine. Le CCE
avait ouvert dans la guerre avec la France un front urbain, le seul
qui mobilisa dans la capitale une bonne douzaine de régiments de
l’ennemi et qui n’existe nulle part ailleurs dans le monde. La
présence du CCE, installé parmi la population musulmane, quelque part
à Alger (en réalité en plein quartier chic européen du Télemly) était
un gage de garantie et de confiance pour les combattants. Par leurs
actions individuelles et collectives dans un cadre strictement urbain,
les moudjahidine jetaient le discrédit sur les autorités et leur
crédibilité et révélaient l’impuissance de la France à maintenir
l’ordre en Algérie, fût-ce à sa porte, malgré une armée suréquipée et
plus nombreuse, provoquant chez la population européenne un syndrome
de l’isolement, la poussant à un repli sur elle-même, en vérité vers
son origine, en direction de la métropole. Telle fut la Zone autonome
d’Alger qui fit d’Alger dans les années 1956-1957 la capitale de
l’Algérie en guerre et où Abbane et son équipe jouèrent un rôle
déterminant.

III Le personnage de Ramdane Abbane

Comme tous les grands personnages de l’histoire, Abbane a eu ses
détracteurs, qualifié par eux, tantôt de «régionaliste», hostile à
«l’arabo-islamisme», tantôt d’«autoritariste», voire par certains
d’«agent de l’ennemi», de «traître» même. Avant de répondre à ces
accusations, disons un mot sur son itinéraire. Ayant obtenu son
baccalauréat en 1942 au Collège colonial de Blida (l’actuel lycée
Ibnou Rochd), Abbane trouva un emploi à Chelghoum El-Id (ex
Châteaudun-du-Rhumel) comme secrétaire de commune mixte. Il le
sacrifiera aussitôt pour s’engager résolument dans le PPA, le seul
parti à revendiquer l’indépendance. En 1950, chef de la wilaya d’Oran
et membre du Comité central du PPA-MTLD, il est arrêté pendant la
grande répression de l’OS, branche armée de ce dernier (le rôle du
chef de wilaya était de situer dans l’organisation politique les
éléments aptes à la lutte armée et de les verser à l’OS). Il est
transféré d’une prison à l’autre, en Algérie et en France, et libéré
après 5 ans de détention, en janvier 1955, souffrant d’un ulcère à
l’estomac consécutif à ses nombreuses grèves de la faim. Il a
beaucoup lu au cours de sa détention. Lorsque Krim et Ouamrane
viennent lui rendre visite à sa sortie de prison et lui exposer la
situation qu’ils vivaient, il est consterné par l’extrême faiblesse
des moyens de la Révolution et l’insuffisance des cadres maquisards
qui, malgré leur courage à toute épreuve et leur mépris de la mort
étaient marqués par l’illettrisme et l’analphabétisme, un sérieux
handicap pour mener la guerre et conduire des milliers d’hommes et de
femmes dans le chemin de l’indépendance. Mais cela ne le décourage
nullement et il se jette corps et âme dans la bataille, décidé à
offrir le meilleur de lui-même. D’où sa démarche d’ouvrir les portes
du FLN à tout Algérien désireux de servir la patrie et de rechercher
des militants formés et compétents qui manquaient cruellement à la
Révolution. Il s’était vu confier la responsabilité d’Alger-ville par
Krim et Ouamrane. Fidèle à sa politique d’union nationale, il fit
appel aux «centralistes» et aux éléments de l’UDMA et de l’Association
des Ulémas dont certains seront désignés par le Congrès de la Soummam
au CNRA. Il s’agit de la présence à cet organisme des «Centralistes»
(Aïssat, Dahlab, Ben Khedda, Yazid, Mehri, Louanchi, Temmam), des
éléments de l’UDMA (Abbas, Francis) et de l’association des Ulémas (
Tewfik el Madani et Brahim Mezhoudi).Dans une lettre au CCE, Ben Bella
écrit:«Ces décisions (celles générales du Congrès de la Soummam) ont
été en outre, assorties d’autres décisions consacrant la présence
d’éléments au sein des organismes dirigeants du Front, qui sont une
véritable aberration des principes les plus intangibles de notre
Révolution, et qui, si on y prend garde, finiraient, je pèse les mots,
à lui faire tordre une fois pour toutes le cou.» (Mohammed Harbi, Les
archives de la Révolution, page 168).Dans l’esprit de Abbane et des
congressistes de la Soummam, la présence de ces éléments est le reflet
de la société algérienne avec ses différentes composantes et
sensibilités qu’il s’agit de récupérer à travers les tendances qu’ils
représentent et de les engager résolument dans la guerre pour
l’indépendance.Le CNRA, c’est le parlement du FLN où la majorité des
membres, 30 sur 34, appartient à l’ex-PPA-MTLD, véritable Assemblée
législative qui définit l’orientation et la politique du FLN, la seule
autorité engageant les négociations avec l’adversaire et habilitée à
proclamer le cessez-le-feu. Abbane est logique avec lui-même. Pour
lui il n’y a point de salut en dehors de l’union nationale et sans le
rassemblement aussi large que possible des forces nationales du pays.
Dans les reproches faits au Congrès adressés à la direction du FLN par
certains membres de la délégation extérieure, c’est surtout la
présence au CCE de Ben Khedda et Dahlab qui est visée, «centralistes»,
accusés d’avoir combattu le déclenchement armé du 1er Novembre 1954.
Des «centralistes» devenus membres du CCE, habilités en outre à
«contrôler les activités de nos organismes à l’intérieur et à
l’extérieur», cela était insupportable pour les «chefs historiques»
qui estimaient qu’eux seuls avaient le droit de diriger le FLN et la
Révolution.En réalité, c’était Abbane qui était ciblé et dont la
montée fulgurante donnait des cauchemars à certains?S’il y avait des
reproches à faire contre la désignation au CCE des deux
«centralistes», ce n’était pas uniquement à Abbane à les adresser mais
aux 4 ou 5 colonels de wilaya présents au Congrès et qui avaient
ratifié ce choix. 5 ans après, c’est à ce même Ben Khedda et à ce
même Dahlab qu’il est fait appel en 1961, l’un pour être le deuxième
président du GPRA, l’autre pour mener à bien les négociations avec la
France. Et comme par hasard, l’appel est toujours adressé par des
chefs militaires, les 3 colonels-ministres du GPRA. On rapporte que
Youcef Zighoud, proposé membre du CCE, aurait refusé pour se consacrer
entièrement à sa wilaya. Quant au principe de la primauté du
politique sur le militaire, cela signifie que le FLN commande l’ALN et
non l’inverse. Ce n’était pas une idée propre à Abbane mais à tous
les congressistes de la Soummam. Elle a servi de base à toutes les
révolutions triomphantes. Le mérite de Abbane a été de l’avoir fait
partager à ses pairs et d’avoir tenté de la mettre à exécution.
Appliquée de nos jours à l’Etat de droit, cette règle signifie que le
civil commande le militaire et qu’au sommet de l’Etat le président de
la République est le chef suprême des armées. N’est-ce pas là le mal
qui ronge l’Etat algérien depuis l’indépendance et qui nous a conduit
à la tragédie actuelle? Abbane «régionaliste»? Abbane et les
congressistes de la Soummam dans une lettre adressée à la Fédération
de France du FLN en pleine guerre ont sévèrement condamné les éléments
«berbéristes, messalistes et autres contre-révolutionnaires qui
continuent leur travail de sape et de division au sein de l’émigration
algérienne» (Voir le livre d’Anne-Marie Louanchi, Parcours d’un
militant paru récemment aux éditions Dahlab). Bien que francophone de
formation, il a toujours soutenu et défendu le principe de l’identité
algérienne rattachée à la culture arabo-islamique telle qu’elle avait
été définie dans le PPA-MTLD son école de militantisme, en opposition
à la théorie colonialiste de «l’Algérie française» ou celle de
«l’Algérie, nation en formation». Bien que non pratiquant, il a
toujours observé le plus grand respect envers ses compagnons d’armes
quant à leur foi et leur piété musulmanes. Ce qui lui importait avant
tout, c’était l’unité de tous les Algériens sans distinction qui,
seule, pouvait libérer l’Algérie de la domination coloniale. Si la
victoire de l’indépendance a été possible, c’est en grande partie
grâce à cette unité du peuple qui a opposé un front uni à
l’adversaire.

Abbane «autoritariste»?

Mais Abbane n’était pas seul. Il avait toute une équipe autour de lui
menant des activités diverses et où chacun avait un secteur
particulier : organisation, finances, logistique, milieu européen,
avocats, liaisons. Lorsque nous étions à Alger, nul protocole
n’existait entre nous. Nous étions à la même enseigne. Aucun n’avait
le pas sur l’autre. Nous courions tous le même danger : celui de
tomber entre les mains des paras de Massu-Bigeard et l’arrestation
était suspendue au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès.
Mais il y avait une entente tacite, une espèce de modus vivendi qui
consistait à faire confiance à Abbane et à lui reconnaître le
leadership parce que c’était un homme de décision, un animateur, un
coordonnateur. C’était lui qui assurait la correspondance avec les
wilayate, les Fédérations de France, de Tunisie et du Maroc et la
délégation extérieure. Le CDE alors était homogène.C’est à la sortie
du CCE du territoire national que les choses changent, sortie décidée
par les 4 membres restants, y compris Abbane, après la mort de Ben
M’hidi. Une sortie lourde de conséquences, loin du terrain propre de
la lutte, dans l’exil propice aux complots, aux coups bas, aux
man’uvres de toutes sortes et qui sera fatal à Abbane. Son grand
défaut a été son tempérament. Abbane était entier. Chez lui point de
nuances. Il lui arrivait d’exploser, d’entrer dans une violente
colère lorsqu’il s’apercevait d’une anomalie, d’un défaut, d’un abus,
quitte à faire à son auteur des observations en pleine figure, parfois
blessantes et publiques. «Tu ne comprends rien», avait-il dit un jour
à l’un de ses pairs, membre du CCE. Un autre, il le traita de
«fasciste». Une fois qu’il avait «vidé son sac», il se reprenait. Il
n’était pas vindicatif ni rancunier. Qui peut se vanter parmi ceux
qui ont exercé des responsabilités au cours de la guerre de libération
d’avoir été «démocrate» et de n’avoir pas pris parfois des décisions
«absolutistes». Les événements imposent souvent d’en prendre sur le
champ et Abbane en a pris. Cependant, avec tout le respect et la
considération que nous devons à la mémoire de Abbane, à l’oeuvre qu’il
a accomplie et à la contribution qu’il apporta à la cause de
l’indépendance, nous ne devons pas tomber dans le «culte du héros», le
«culte des morts» en honneur chez les peuples d’Occident qui érigent
des statues et des stèles à leurs grands hommes. C’est là une
pratique contraire à nos m’urs, à nos traditions nationales et à nos
valeurs islamiques qui assimilent cette pratique à une forme de chirk,
polythéisme tendant à associer le culte de Dieu l’Unique au culte de
l’homme. Inspirons-nous de ses idées, mais n’allons pas jusqu’à
l’adorer. Pour nous, Abbane est dans nos c’urs, et c’est en luttant
pour le triomphe des idées qu’il a défendues que nous serons fidèles à
sa mémoire, idées qui demeurent plus que jamais d’actualité dans notre
Algérie souffrante: -la primauté du politique sur le militaire, -la
primauté de l’intérieur sur l’extérieur (des problèmes internes sur
les problèmes externes),-l’unité du peuple. Dans son livre paru
récemment Ali Kafi fait parler des anciens chefs de la Révolution qui
auraient lancé contre Abbane des accusations de «traître» «agent de
l’ennemi» et autres «liens secrets». Ces chefs sont connus pour avoir
été des adversaires et des rivaux de Abbane à la direction du FLN. A
l’appui de ce qu’il avance, Kafi fait état d’affirmations plus ou
moins vagues sans fournir des preuves tangibles : les personnes
impliquées dans cette «trahison», leurs lieux de rencontre, les dates,
les décisions prises et autres faits concrets. Les arguments de
l’auteur sont loin d’être convaincants. Alors que l’Algérie se débat
dans les convulsions d’une tragédie sans nom, alors que la jeunesse
algérienne est à la recherche de ses repères historiques, on ne peut
s’empêcher de se poser la question suivante : quelle motivation a
poussé Kafi, secrétaire de l’Organisation nationale des moujahidine à
diffamer et à calomnier un symbole de la Révolution, connu pour son
‘uvre historique d’unification des forces nationales qui a permis la
libération de l’Algérie. Il a poussé l’outrecuidance jusqu’à
s’attaquer à un mort et salir sa mémoire, jouant par là un rôle peu
glorieux et peu digne.

B. B. *Titres et intertitres de notre rédaction (1) Le Sud c’était
la wilaya VI.

Liste des «22» du CRUA (juin 1954) -Mokhtar BADJI-Othmane Belouizdad
-Ramdane BEN ABDELMALEK-Ben Mostefa BEN AOUDA – Mustapha
BENBOULAID-Mohammed – Larbi BEN M’HIDI – Lakhdar BEN TOBBAL – Rabah
BITAT – Zoubir BOUADJADJ-Slimane BOUALI-Ahmed BOUCHAIB-Mohammed
BOUDIAF – Abdelhafid BOUSSOUF-Lyès DERRICHE-Mourad DIDOUCHE -
Abdesselam HABBACHI-Abdelkader LAMOUDI-Mohammed MECHATTI-Slimane
MELLAH -Mohammed MERZOUGUI-Boudjemaâ SOUIDANI-Youcef ZIGHOUD
Les noms sont cités par ordre alphabétique.

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