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lexique de la grammaire amazighe

Posté par algeriedemocratie le 24 juillet 2011

Azul

Voici un petit lexique de la grammaire amazighe .Les termes qui lui manquent feront l’objet d’un ou des ajouts ultérieurs :

Abréviation= Azegzul
Adverbe= Amernu
Affixe= Awsil
Alternance = Temlellit
Assimilation= Tamsertit
Atemporel= Amdwen
Auteur= Ameskar
Catégorie= Taggayt
Chapitre= Ixf
Consonne= Targalt
Définition= Tabadut
Démonstratif= Ameskan
Désinence = Tahrayt
Direct= Usrid
Etat= Addad
Etat d’annexion= Addad amaruz
Etat libre= Addad ilelli
Exemple= Amedya
Explication = Asegzi
Externe= Ayensi
Féminin= Unti
Féminisation= Tawtemt
Forme= Talgha
Genre= Tawsit
Groupe= Aggay
Indéfini= Arbadu
Indirect= Arusrid
Interne= Agensi
Interrogatif= Amattar
Invariable= Armeskil
Lettre= Asekkil
Manière= Taghara
Masculin= Amalay
Miniaturisation= Az’emz’i
Négation= Tibawt
Nom= Isem
Normal= Amagnu
Normalisation= Taslugent
Participe= Amaghun
Particule prédicative= Tazelγa n tilawt
Particulier= Amaz’lagh
Personnel= Udmawan
Pluriel= Asget
Préposition= Tanzeght
Présentatif = Amyag ameskan
Pronom= Amqim
Pronom personnel= Amqim udmwan
Pronom relatif= Amqim amassagh
Prononciation= Asusru
Quantité= Tasmekta
Règle= Alugen
Régler= Slugen
Relatif= Amassagh
Relation= Assagh
Résumé= Agzul
Singulier= Asuf
Son= Imesli
Son emphatique= Imesli ufay
Son occlusif= Imesli aggagh
Son pharyngale= Imesli ankar
Son spirant= Imesli azenzagh
Sonores= Ahuyen
Sujet= Ameggay
Temporel= Akmam
Temps= Ukud
Tiret d’union= Tajerrid’t n tuqqna
Unité= Aferdis
Variable= Ameskil
Verbe= Amyag
Voyelle= Tighri
Voyelle initiale= Amagrad

Tanemmirt

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Le Soir d’Algérie 16 août 2010

Posté par algeriedemocratie le 17 août 2010

Le Soir d’Algérie 16 août 2010 dans Addi Lahouari(29) addi-300x279Addi Lahouari

Le Soir d’Algérie 16 août 2010

Un groupe de compatriotes m’a interpelé dans Le Soir d’Algérie du 8 août 2010 sur mes propos sur la langue amazighe tenus lors d’une interview donnée à un journal électronique. Pour permettre au lecteur de saisir ce qui m’est reproché, je reproduis la partie de l’interview.Question : Quel est ton point de vue sur la langue berbère ?Réponse : Le problème de la langue berbère ne se pose que dans le cadre de la formation de l’Etat-nation jacobin unitaire et homogénéisant. Dans le Maghreb d’avant la colonisation, la pratique du berbère ne posait aucun problème. Je pense que la langue berbère doit être officialisée et enseignée dans les régions berbérophones. Elle n’est pas en concurrence avec la langue arabe qui est celle de toute la nation. Si la langue berbère disparaît, nous aurons commis un génocide culturel contre nous-mêmes.

Ce qui m’est reproché, c’est de ne pas demander que la langue amazighe soit enseignée sur tout le territoire national. Voici le cadre du débat, en espérant ne pas avoir tronqué la position de mes contradicteurs que je voudrais remercier pour l’intérêt qu’ils portent à mes écrits, ce qui ne les a pas empêchés de me mettre un caillou dans le soulier (hajra fi soubat). C’est en effet un gros caillou dans le soulier car le problème n’est pas aisé à traiter compte tenu de la situation historique et culturelle du pays. La question est donc difficile et je vais essayer de la traiter en deux axes pour cerner la problématique de l’amazighité en rapport avec la construction de l’Etat-nation. Le premier axe est celui de la perception des langues vernaculaires par les arabophones en rapport avec la culture — comme vision du monde — et avec l’historicité. Le deuxième est celui du développement de la langue amazighe comme idiome formalisé (syntaxe, grammaire, alphabet…) en rapport avec un contenu qui correspond aux aspirations de la jeunesse à la modernité.

1. Langues vernaculaires, imaginaire et historicité

L’Algérie est une nation de formation récente qui se heurte à des représentations culturelles qui situent l’Algérien soit dans l’universel islamique soit dans le local ethnocentrique. La dynamique nationale issue de la lutte anticoloniale est encore en voie de cristallisation et rencontre des obstacles politiques et culturels.

La question linguistique n’est qu’un aspect de la complexité et des contradictions de la situation historique actuelle dont il serait vain d’attendre qu’elle soit dépassée en une génération, étant entendu qu’il s’agit de la transformation de la (ou des) langue(s) vernaculaire( s) en langue(s) véhiculaire(s).

Les anthropologues désignent par langue vernaculaire la langue de la communauté locale, celle des espaces lignagers par opposition à la langue véhiculaire de l’espace supra-local de l’empire ou de la nation. La formation de la nation est liée à ce passage où l’imaginaire le dispute à l’historicité.

Commençons par poser la question de la situation linguistique du pays ? Il y a au moins quatre langues dans le champ linguistique en Algérie : l’arabe scriptural du Coran, l’arabe moderne issu de la Nahda et adopté par le nationalisme arabe, l’arabe dialectal, et le berbère parlé dans les régions montagneuses (Cf. Khaoula Taleb-Ibrahimi, Les Algériens et leur(s) langue(s). Eléments pour une approche sociolinguistique de la société algérienne, les éditions Al Hikma, Alger, 1997). Un véritable imbroglio linguistique dans lequel K. Taleb-Ibrahimi nous apprend qu’il y a en outre plusieurs niveaux de langue entre l’arabe parlé et l’arabe classique (fusha). Il faut aussi ajouter le français utilisé par les dirigeants et les couches sociales supérieures urbaines. Savons-nous que le tirage de l’ensemble des journaux en langue française est l’un des plus forts des pays francophones ? Pourquoi le français persiste-t-il en Algérie à cette échelle ? C’est qu’il répond à des besoins cognitifs que ni l’arabe classique, ni l’arabe parlé, ni le tamazight ne satisfont. Dans ce tableau, il faut se demander quel est le statut de chacune des langues et surtout comment les locuteurs se les représentent. La première observation à faire, c’est que les Algériens ne valorisent pas et n’ont pas d’estime pour leurs langues vernaculaires. La Kabylie fait exception, mais cette exception est récente. Il est révélateur que la revendication de la réhabilitation de la langue berbère soit née dans le mouvement national, dans le PPA-MTLD secoué en 1949 par ladite crise berbériste. Détestant les archaïsmes de la société identifiés à l’arabité, les militants de ce courant souhaitaient une Algérie moderne et sécularisée.

Le populisme, fort en Kabylie comme dans les autres régions du pays, est arrivé à absorber cette crise pour se donner comme seul objectif l’indépendance. Mais ce courant est réapparu dans les années 1960 culminant dans la création de l’Académie berbère à Paris en 1967 animée par Mohamed-Arab Bessaoud dont le discours contre l’arabité était excessif pour ne pas dire plus, donnant une justification supplémentaire aux arabophones de rejeter et de se méfier de la revendication berbériste portée principalement par des francophones.

Cependant, l’hostilité des arabophones au tamazight ne s’explique pas seulement par l’extrémisme de l’Académie berbère. Cette hostilité a des racines plus profondes à rechercher dans l’imaginaire de la culture algérienne qui n’a pas intégré le caractère historique du monde social, et qui est enfermée dans une espèce de temporalité qui refoule tout ce qui est antérieur à l’islam.

La société algérienne reproduit l’héritage culturel de l’universalité que lui a fourni la civilisation islamique. Par conséquent, les arabophones ne sont pas hostiles à la langue berbère en soi ; ils sont plutôt attachés à un modèle atemporel où le passé n’a pas de place.

L’arabe dialectal est aussi victime de cet imaginaire, et est accusé — à tort —d’être le produit de la colonisation. Les langues vernaculaires, arabe dialectal et tamazight sont refusées parce que considérées comme incapables de véhiculer le savoir. Elles sont perçues comme les langues des ignorants, des femmes, des enfants ou de personnes qui n’ont aucune éducation et qui ne savent pas «parler officiellement».

Les locuteurs doutent que les langues vernaculaires puissent véhiculer la science et la parole divine du fait même qu’elles ne sont pas écrites. Il y a comme un déni de soi en rapport avec le complexe d’infériorité compensé par la survalorisation de la langue écrite, respectée pour la symbolique qu’elle renferme.

La langue vernaculaire est celle de la familiarité et des rapports infra-institutionnels. Mais dès que ces rapports s’éloignent de l’espace domestique, il est fait appel à une langue épurée qui cherche à se rapprocher de la fusha. Quand deux personnes, qui ne se connaissent pas et qui ne parlent que l’arabe dialectal, se rencontrent, elles formalisent leurs échanges langagiers.

Il y a une division linguistique singulière dans l’espace social d’une part entre l’officiel et le formel et, d’autre part entre l’usuel et l’informel, ou entre le public et le privé. Dès que quelqu’un prend la parole en public, il utilisera autant que possible des mots de l’arabe classique pour donner plus de crédibilité à son message.

Il n’y a qu’à voir à la télévision comment les personnes interrogées par les journalistes cherchent à parler l’arabe classique qu’ils ne maîtrisent pas. La fusha est la langue des activités publiques, comme si le groupe ne se concevait pas en dehors des références qu’elle véhicule. Elle a la charge de véhiculer l’universalité et d’exprimer la réalité enchantée du monde, tandis que la langue vernaculaire a pour vocation d’exprimer la dimension domestique et temporelle de la vie sociale.

L’arabe dialectal est désigné par le mot dévalorisant darijaet le berbère était encore appelé il y a quelques années chelha, ce qui est encore plus dévalorisant. Ceux qui prétendent que les Algériens arabophones sont contre la langue berbère parce qu’ils sont anti-kabyles ignorent totalement l’anthropologie linguistique du pays.

Il y a lieu de savoir que pendant des siècles, le sentiment religieux et la culture savante ont étouffé l’ethnicité, appelée en arabe chou’oubia. De grandes familles berbères bricolaient leurs arbres généalogiques pour se réclamer d’une ascendance arabe et pour se prévaloir du statut de chorfa et de mrabtine.

La Kabylie n’a pas échappé à ce mouvement puisque c’est là où on trouve le plus les noms comme Ramdane, Saïd, ‘Arab… Le prénom Lahouari a plus une consonance berbère que ceux de mes contradicteurs Mhand, Boualem, Tahar, Mouloud et Ali.

Il est vrai que cette arabité a été berbérisée comme l’indique le prénom Mhand dérivé de Mohamed. La Kabylie compte beaucoup de lignages maraboutiques qui prétendent avoir des ancêtres arabes établis d’abord à Saguiet el Hamra avant de s’installer au Djurdjura.

Cet héritage de plus de dix siècles ne peut être effacé par un trait de plume. Pour clarifier ce dont nous parlons, nous avons besoin de l’éclairage de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie et de la linguistique. Nous rendrons service à la situation linguistique du pays en ayant recours aux sciences sociales pour expliquer les dynamiques et contradictions de la société, ce qui aidera à terme à faire émerger chez nos compatriotes la conscience de l’historicité et surtout pour comprendre qu’une langue est un outil de communication qui exprime l’imaginaire et les aspirations.

2. Langue et aspirations à la modernité

Le deuxième axe est relatif à la langue berbère elle-même, handicapée par le fait qu’elle était principalement orale. Sa capacité à attirer les jeunes générations dépendra de ce qu’elle leur offrira. L’affectif ne suffit pas à faire vivre une langue, fût-elle celle des ancêtres.

Et surtout, il ne faut pas oublier que les langues appartiennent à la longue durée, ce que les linguistes appellent la diachronie.

Ce qui est frappant chez les acteurs, c’est l’absence de perspective historique, c’est-à-dire l’incapacité de projeter dans le futur les tâches à étaler sur plusieurs générations.

Boumediène voulait développer en 20 ans l’Algérie par décret, c’est-à-dire par en haut, et nous savons ce qui arriva à l’économie du pays. Les berbéristes veulent restaurer au niveau national la langue berbère par décision politique. De ce point de vue, il faut rendre hommage à Salem Chaker qui a préféré inscrire sa contribution dans la longue durée accomplissant un travail académique de linguiste.

L’histoire et l’anthropologie de la langue berbère sont à faire pour montrer pourquoi cette langue n’a survécu que dans les montagnes et pourquoi les locuteurs ne lui ont jamais donné la dignité des langues écrites savantes. Il faut rappeler que les dynasties berbères d’origines tribales et maraboutiques se réclamaient toujours de l’islam puritain et de l’arabité citadine.

Comme si le berbère ne reconnaissait pas à sa langue la capacité de véhiculer et d’exprimer l’universalité. Ceci est une tendance anthropologique lourde dans la société exprimée aujourd’hui par l’hostilité à la langue berbère dès qu’il s’agit de catégories universelles comme religion, Etat, nation… Les Berbères n’ont pas fait comme les Perses qui ont sauvegardé leur langue et qui se sont démarqués sur le plan culturel des Arabes.

La modernité a fait bouger les choses et a permis au Maghreb, en Algérie et aussi au Maroc, l’émergence de courants qui se réclament de la berbérité, militant pour le statut officiel de la langue berbère. L’imaginaire atemporel qui sacralise la langue arabe est battu en brèche avec la proposition d’un modèle de nation avec deux langues. Le projet est-il viable ? Idéalement il l’est, mais l’histoire est un processus marqué par la cohérence et souvent l’incohérence des imaginaires et par la conscience des acteurs.

Le projet de renaissance de la langue berbère et sa reconnaissance comme langue de la nation ne se réaliseront que si elle n’est pas mise en opposition avec la langue arabe classique qui, qu’on le veuille ou non, a été le véhicule de la culture savante du Maghreb depuis le 7e siècle. La Kabylie, comme d’autres régions, y a apporté sa contribution.

Les oulémas au 17e siècle appelaient la Kabylie « la montagne savante », du fait que le savoir scripturaire avait été recueilli par les zaouiate locales après le déclin culturel de Bougie (voir à ce sujet le livre de Houari Touati, Entre Dieu et les hommes : lettrés, saints et sorciers au Maghreb, Maison des Sciences de l’Homme, 1994). Il faut cesser de désigner l’arabité comme bouc émissaire, comme la cause du retard culturel du pays.

Dans ce débat, nous passons, me semble-t-il, à côté de l’essentiel : la langue n’est pas une fin en soi ; elle est le véhicule d’une culture et d’une civilisation. L’échec de l’arabisation, qui a d’ailleurs encouragé la revendication berbériste, provient de ce qu’elle est restée prisonnière du turath, du patrimoine culturel médiéval.

C’est ce qui explique que soixante ans après les indépendances, il n’y a pas de philosophe, de sociologue, d’anthropologue arabophone ou arabe de dimension internationale, de niveau de Habermas, Bourdieu ou Geertz. La langue berbère connaîtra le même sort si elle reste prisonnière de la culture locale passée et de la poésie. Son avenir se joue dans sa formalisation en langue écrite avec l’alphabet arabe, et dans la traduction de Homère, de Tolstoï, en passant par Les Mille et une Nuits, le Coran et Kant.

A quoi servirait la langue berbère si nous ne pouvons pas lire dans cette langue des œuvres universelles et des travaux scientifiques sur la société algérienne ? L’affectivité ne suffit pas pour créer le lien social.

C’est ce qu’avait vu Durkheim qui avait opposé la solidarité mécanique fondée sur le lignage, à la solidarité organique fondée sur la division sociale du travail, figure de la modernité. Il en déduit que la solidarité mécanique n’est pas suffisante à elle seule pour assurer la cohésion sociale.

Je voudrais faire remarquer à mes collègues qui m’ont interpelé que la problématique durkheimienne des deux solidarités, enseignée dans toutes les facultés de sociologie du monde, a été élaborée à partir des observations ethnographiques faites en Kabylie durant le dernier tiers du 19e siècle (Cf. A. Hanoteaux et A. Letourneux, Mœurs et coutumes en Kabylie, Paris, 1880). L’anthropologue britannique Ernest Gellner (1926-1996) l’a reformulée en lui donnant le nom de segmentarité et l’a appliquée aux Berbères du Haut-Atlas marocain.

Le monde académique occidental se représente le Maghreb comme le lieu par excellence de la solidarité mécanique, des rapports lignagers, de l’affectif…, ajoutant par ailleurs que ce n’est pas suffisant pour assurer la cohésion sociale dans une nation moderne.

Ce qui est à craindre, c’est que le berbérisme ne reproduise les défauts et les limites idéologiques du nationalisme arabe qui a étouffé l’individu dans une identité essentialisée. La nature humaine est une essence ; la culture est une construction historique faite de continuités et de ruptures.

En conclusion, je voudrais faire une remarque d’ordre méthodologique. Comme universitaire, je n’exprime pas une opinion personnelle ou un jugement de valeur.

J’essaie de produire des analyses, à confirmer ou à infirmer par l’échange académique, pour cerner les dynamiques sociales et politiques de l’Algérie. Mon opinion sur le principe d’enseigner la langue berbère à Mascara et à Tébessa importe peu. Ce qui importe, c’est de savoir si c’est réalisable aujourd’hui.

Je voudrais aussi ajouter que je ne suis ni anti-berbériste, ni berbériste. Je suis anti-anti-berbériste, c’est-à-dire que, dans le respect des valeurs démocratiques, je suis contre les anti-berbéristes. Enfin, je laisse le soin au lecteur du Soir d’Algérie d’estimer si je me suis débarrassé du caillou dans mon soulier et si je suis parvenu à le mettre dans les souliers des compatriotes qui m’ont interpelé et à qui je transmets mes cordiales salutations.L. A.

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L’après constitutionnalisation de tamazight

Posté par algeriedemocratie le 1 septembre 2009

L’après constitutionnalisation de tamazight

Par : Djaafar Messaoudi

 

Tout d’abord, afin de juger à sa juste valeur la mesure prise par le Chef de l’État lors de son discours du 12 mars 2002 et démesurément amplifiée par ses relais (médias lourds et certains politicards) dans le but d’apaiser les esprits et rendre possible la tenue de la mascarade électorale du 30 mai en Kabylie, nous  avons le devoir de préciser que la constitutionnalisation de tamazight langue nationale ne constitue en réalité qu’une infime avancée de la cause pour laquelle nous avons tant lutté et tant souffert ; le plus important pour tamazight a été intentionnellement  éludé. C’est-à-dire, si l’État avait eu la volonté de prendre sérieusement en charge la langue amazighe, il aurait fait suivre la mesure suscitée par d’autres encore plus urgentes et plus utiles pour notre langue, à savoir :

 

1 – L’officialisation de la notation consacrée par l’usage :

 

L’histoire de la notation à base latine remonte à plus de 150 ans. Depuis les premières années de l’invasion française de l’Afrique du Nord, des sociologues el des linguistes venus d’Europe et travaillant sous les ordres des autorités militaires sillonnaient les territoires berbérophones dans le but de connaître la société et la langue amazighes pour mieux maîtriser les Berbères qui leur montrèrent une farouche résistance. Comme résultat des missions effectuées par ces européen-là, beaucoup d’ouvrages  (livres contenant des textes en berbère, manuels de grammaire, dictionnaires bilingues) transcrits en alphabet latin modifié, virent le jour.

 

Après l’indépendance, des intellectuels kabyles – tous francophone – prirent la relève et se lancèrent dans l’écriture en leur dialecte en utilisant bien sûr les caractères latins. Ainsi, largement diffusés par les écrits des linguistes et des écrivains, lesdits caractères ont aujourd’hui fini par envahir même l’environnement (voir en Kabylie panneaux routiers, enseignes de boutiques, graffitis, emballage de certains produits de consommation, etc.), pour cette raison, et de surplus en raison de l’absence de toute autre notation concurrente sur le terrain, la notation à base latine s’impose par elle-même. Il va de soi que le choix de toute autre notation signifiera la mise à mort de tamazight.

 

Ceci dit, il est par conséquent très urgent que l’État, par la force de la loi, tranche en faveur de la notation susmentionnée. Par pareille décision, il coupera court à toute spéculation qui viserait à empêcher tamazight d’acquérir le statut de la langue officiellement écrite1.

 

2 – L’officialisation de la langue amazighe :

 

En l’absence, depuis la nuit des temps, d’un vrai État amazigh qui aurait pu empêcher le processus de dialectisation de se déclencher, ou du moins de se développer à une cadence infernale, tamazight s’est éparpillée en plusieurs parlers locaux. Et bien que ces parlers ne soient pas aujourd’hui tout à fait distincts, il en demeure quand même des barrières assez importantes qui rendent difficile l’intercompréhension lorsqu’on se déplace d’une région à l’autre de la berbérie.

 

Certains pensent qu’il est possible d’unifier les dialectes qui regroupent lesdits parlers en les développant ensemble et en même temps. Il suffit uniquement de se baser sur les affinités et renforcer la procédure par l’introduction des mêmes néologismes dans les dialectes concernés pour que ceux-ci se convergent et s’unifient de nouveau en fin de parcours.

 

En réalité, ce ne sont là que des illusions : les dialectes en question peuvent certes s’unifier sur le plan lexical et encore relativement, et après un laps de temps qui peut s’étendre sur des siècles, mais qu’en serait-il de la grammaire et de la prononciation qui sont aussi des facteurs décisifs dans l’intercompréhension ? Les adeptes de la méthode précitée ne les ont pas pris en compte, ce qui rend donc illusoire l’objectif visé à travers leur procédure.

 

A mon avis, la solution la plus pratique et la plus immédiate ce serait plutôt le choix d’un seul dialecte puis sa généralisation par l’enseignement, Mais afin que ce choix ne soit pas entaché de subjectivité, il doit reposer sur des critères établis à partir d’une étude sociolinguistique de tamazight.

 

L’étude que nous avons effectuée dans ce but-ci nous a permis de ressortir 5 critères, à savoir : (a) l’existence d’une tradition d’écriture au sein des locuteurs des dialectes cibles : (b) l’existence d’une littérature écrite ; (c) la disposition des communautés concernées de médias, en particulier la télévision et la radio,  (d) l’étendue géographique et la notoriété des dialectes présentés au choix et (c) la part du sacrifice de chaque communauté pour tamazight.

 

A travers cette étude, nous avons constaté que le seul dialecte qui répond aux critères suscités est bel el bien le kabyle. Les Kabyles sont en effet les premiers parmi tous les Berbères à avoir entrepris l’écriture en leur dialecte. En fait, depuis la deuxième période des années 40, les érudits kabyles, dont Boulifa et Mouloud Mammeri, écrivaient en leur  dialecte, transcrit en caractères latins, tout ce qu’ils rassemblaient en matière de poésie et contes populaires kabyles. Ensuite, une nouvelle génération d’écrivains et de chercheurs, dont Salem   Chaker, Kamal Nait Zerrad et Amar Mezdad, apparut pour continuer l’oeuvre entamée par les pionniers susnommés. Résultats, beaucoup d’ouvrages (recueils de poésie, nouvelles, romans, dictionnaires, etc.), écrits en  kabyle, transcrits en caractères latins modifiés, furent édités. On peut dire donc qu’aujourd’hui le kabyle dispose d’une tradition d’écriture et d’une littérature écrite assez importantes, ce qui le rend comme le dialecte le plus apte à devenir la langue commune des Berbères en Algérie.

 

A cela s’ajoute le fait que le kabyle est le premier et le seul parmi les dialectes berbères à avoir eu accès au domaine de l’audiovisuel. En plus de la radio chaîne II héritée du colonialisme, ledit dialecte dispose actuellement d’une autre station radio et d’une chaîne de télévision émettant depuis la France (BRTV). Le kabyle est jusqu’à nos jours le seul utilisé au cinéma (films : Adrar n Baya, Tawrirt yettwattun, Macahu). Sans oublier qu’il est également aujourd’hui l’unique dialecte utilisé dans la presse écrite / électronique (titres : Izuran, ABC-Amazigh, imyura.net, ayamun.fr, etc).

 

 En outre, contrairement aux autres dialectes confinés dans leurs régions en raison du conservatisme sclérosant qui empêche la plupart des locuteurs d’avoir des contacts avec les étrangers (voir les Mozabites) et du sentiment de dévalorisation qui accompagne d’autres locuteurs (voir les Chaouis et les Chenouis) les obligeant d’adopter d’autres langues que la leur toutes les fois qu’ils se déplacent hors de leur environnement immédiat, le kabyle s’est déployé pour atteindre même l’Europe et le Canada2 où une forte communauté kabylophone vit pleinement son identité amazighe i.e.; par la pratique de la langue maternelle, l’attachement aux coutumes ancestrales et la lutte, avec toutes ses formes pacifiques, en faveur de tamazight.

 

Le dialecte kabyle est aussi la langue de  l’intelligentsia berbère (M.Mammeri, M.Feraoun, T.Djaoul, S-Chaker.A.Abdenour, etc.), des politiciens de renom (H.Ait Ahmed, S.Sadi, M. Aït Larbi, A.Y-Abdenour, M. Issaad, etc.) et des artistes célèbres (Ait Menguellet, Matoub, Idir, Takfarinas, Ferhat, etc.)3 qui ont tous contribué à la diffusion et à la notoriété dudit dialecte aussi bien en Algérie qu’à l’étranger.

 

Finalement, la Kabylie est la seule région berbérophone qui a tant lutté et tant souffert pour la cause berbère. Qui de nos jours ignore la signification du Printemps berbère, un 30 avril 1980 où des étudiants kabyles, ayant soulevé le problème identitaire, furent attaqués à l’enceinte même de l’université de Tizi-Ouzou par une horde de bâtards à la solde d’un régime extrêmement opposé à tamazight ? Et aujourd’hui, alors que les Kabyles offrent jusqu’à leurs vies pour que vive tamazight, les habitants des autres régions berbérophones continuent de s’enliser dans leur propre mutisme comme si cette langue leur est totalement étrangère. Il va de soi donc que c’est le dialecte des Kabyles qui mérite d’être promu au rang de la langue commune.

 

L’État algérien est par conséquent appelé à appliquer immédiatement celle mesure ; et la meilleure façon pour que sa décision ait un écho dans toute l’Algérie c’est d’émettre un décret présidentiel ou ministériel donnant officiellement le statut de la langue nationale et officielle (à côté de l’arabe) au dialecte kabyle.

 

3 – La création d’une académie de langue amazighe en Algérie :

 

Une telle institution aura pour mission de veiller sur l’épanouissement, le développement et la vulgarisation de tamazight. Elle émettra des recommandations concernant la langue (diffusion de normes de bon usage), elle enrichira la langue par la récupération des unités lexicales tombées en désuétude ou en voie de disparition et par l’introduction des, néologismes, elle s’occupera du contrôle des publications afin, au moins, de réduire les écarts par rapport a la norme de la langue standard, elle encouragera la production littéraire scientifique / linguistique en organisant régulièrement des colloques et des concours de meilleures œuvres, etc.

 

Pour que son travail soit efficace, ladite institution doit réunir de véritables spécialistes en langue et culture amazighes. Quant à l’État, si vraiment il a de bonnes intentions envers tamazight, il doit mettre à la disposition desdits spécialistes tout ce dont ils auront besoin pour l’accomplissement des lâches qui leur sont confiées.

 

4 – Le déverrouillage du champ médiatique  :

 

La télévision et la radio, à côté de l’école, jouent un rôle extrêmement important dans la vulgarisation et le développement de la langue. Pour cette raison, la première action à entreprendre dans ce domaine, si l’État entend effectivement à mettre tamazight à pied d’égalité avec l’arabe, est le renforcement du paysage médiatique algérien par une chaîne de télévision publique en langue amazighe, laquelle chaîne doit être dotée, comme l’ENTV, de tous les moyens : humains, structurels et financiers.

 

En plus, l’État doit ouvrir ce secteur sensible aux hommes d’affaires afin qu’ils créent, à l’instar de la BRTV installée en France, leurs propres chaînes de télévision en tamazight.

 

Concernant la radio, l’État a le devoir avant tout d’améliorer les infrastructures de la chaîne II qui, actuellement, n’est même pas captée convenablement en Kabylie4. En outre, les autorités doivent la doter en personnels qualifiés et en moyens financiers afin de pouvoir réaliser des émissions à la hauteur de son public, Ensuite, comme pour la télévision, l’État doit réfléchir à ouvrir les voies aux privés pour qu’ils puissent investir dans la création de chaînes, à l’étendue nationale nu régionale, en langue berbère.

 

5 – L’encouragement des activités culturelles amazighes :

 

Il existe en Algérie, dans les domaines du théâtre et du cinéma, des acteurs et des réalisateurs berbérophones de haut niveau5. Ce qui manque ce sont plutôt des locaux où l’on peut s’exercer et exercer son métier. Pour cela, l’État est appelé à construire – ou à laisser le privé construire – des théâtres et des studios pour le besoin de la réalisation et / ou du doublage de films en langue amazighe. En plus, l’État doit lever toute contrainte susceptible de gêner un producteur de films amazighs6. En fait, l’importance des facilités que les autorités compétentes doivent offrir à un producteur réside dans le fait qu’elles incitent les autres producteurs à s’impliquer dans l’expérience, certes très récente mais très prometteuse, de ta production de films en langue berbère.

 

6 – L’introduction de tamazight dans l’environnement :

 

Si la Kabylie a déjà avancé d’un grand pas dans ce domaine, il reste d’autres régions, de surcroît amazighophones, qui n’ont jamais connu une telle expérience. Pour cela, et afin de concrétiser le caractère national de tamazight, l’État doit lancer une campagne de berbérisation de l’environnement (noms de villes et villages, de rues, d’institutions, de boutiques, de cours d’eau, etc.) à l’échelle nationale. Et pour que cette opération se réalise sur le terrain, elle doit être renforcée par une loi, comme celle obligeant tout commerçant d’écrire en arabe le nom de son activité sur l’enseigne de sa boutique.

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Notes :

 

1. Un groupe de pseudo-linguistes islaino-baathistes qui n’ont jamais rien apporté à tamazight a récemment monté sur scène appelant à l’adoption des caractères arabes.

   2. A titre d’exemple, le Club Amazigh Averroès de Montréal a adressé une lettre au Ministre français de l’éducation, M Jack Lang, dans laquelle il soutient l’enseignement de tamazight en France où cette langue existe déjà comme épreuve facultative au baccalauréat,

3. La chanson de « A-yemma ber ur ttru », de Farid Ali, a été chantée même par des Chinois lors d’une semaine culturelle chinoise à Alger dans les années 80.

    4. L’État algérien a investi des sommes colossales d’argent dans la création des trois (la quatrième étant en voie de réalisation) chaînes de télévision utilisant l’arabe et le français, comme il a renouvelé l’infrastructure des radios chaîne I et chaîne III, mais il continue de tourner son « derrière » a tout ce qui peut développer tamazight.

5. Rappelons que la gloire de la plupart des films et pièces théâtrales de l’Algérie post-indépendante a été faite par des acteurs kabyles (Rouiched, M. et S. Hilmi, H. El Hassani, S-A. Agoumi, Ch Nordine, A. Kadri dit Qriquech, etc.).

6. Qui ne se rappelle des entraves qu’a connues le film « tawrirt yettwattun » de Bouguermouh, juste avant et pendant sa réalisation ?

 

 

 

 

 

 

 

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