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DJILALI HADJADJ AU FORUM DU MATIN 2

Posté par algeriedemocratie le 25 décembre 2008

Deuxième partie du Forum. Suite des réponses de Djilali Hadjadj, porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC) et représentant de Transparency International en Algérie, aux lecteurs du Matin. Devant l’afflux des questions, il a fallu prolonger en une troisième partie qui sera publiée demain.

Chawki Amari : Bonjour à Djilali et longue vie, à l’abri des coups tordus et de la corruption!
Question 1 : Si l’on admet que la corruption s’est largement démocratisée, peut-on estimer que la corruption autonome (de petits groupes organisés à l’intérieur de l’Etat comme des GIA) est supérieure à la corruption de clans (têtes de réseaux pyramidaux)?
Question 2 : Que deviennent les organisations (observatoires, …) mises en place pour lutter contre la corruption ? Bouteflika les as-t-elles gelées et a-t-il le projet d’en créer une ?
Question 3 : Qu’est ce qui fait le plus mal à l’Algérie ? La corruption ou l’incompétence, par dilapidation des ressources jetées sans stratégie ni études ?

Réponse de Djilali Hadjadj : Merci pour les vœux de longue vie ! Nous en avons tous bien besoin. Les « GIA » de la corruption à l’intérieur de l’Etat ont effectivement une certaine autonomie mais pas uniquement pour leur propre compte, une bonne partie de leurs commanditaires et de leurs parrains animant les « réseaux pyramidaux », mais ils n’ont pas une durée de vie très longue en tant que tels : ce sont des opérationnels de l’embuscade et des « faux barrages » quand une bonne opportunité de corruption se présente. Tout est fait par les parrains des réseaux pyramidaux– style maffias en exercice sous d’autres cieux -, pour qu’ils ne se fassent pas doubler par ces « GIA » de la corruption. Terrible parallèle avec un autre type d’activités criminelles !Il y a eu un Observatoire national de surveillance et de prévention de la corruption (ONSPC, intitulé officiel) du temps du président Zéroual en 1997, installé du côté du Chemin des 4 canons (sic), sur les hauteurs d’Alger, mais aucun boulet ne fut tiré en 3 petites années d’existence où les 9 permanents de cet ONSPC ont commencé par s’acheter des voitures et puis, plus rien, jusqu’à la dissolution de cet observatoire en 2000 par Bouteflika. Ce dernier a préféré se débarrasser de ce qui pouvait l’observer de trop près.La corruption faut beaucoup plus mal que l’incompétence : la solution pour se débarrasser de la première est beaucoup plus difficile à mettre en œuvre que pour la seconde.

Lecteur Rafik Belolo : A Monsieur Djilali Hadjadj et à toute la rédaction du Matin, bonjour. D’abord, je tiens à remercier la rédaction du Matin pour cet espace de liberté que vous nous offrez. Je remercie également Monsieur Hadjadj de bien vouloir répondre aux questions des lecteurs. Deuxièmement, je tiens à préciser que je ne suis partisan d’aucun parti politique et je suis encore moins partisan du qui-tu-qui. Ma question est la suivante: Quel est le rôle qu’ont joué des gens haut placés dans la hiérarchie militaire et précisément dans les services secrets dans la corruption quasi générale qui gangrène notre pays ? Peut-on espérer voir un jour nos services remplir leur mission constitutionnelle et protéger les intérêts nationaux comme c’était le cas, il ya quelques mois, des services allemands qui ont réussi à avoir une liste d’operateurs économiques fraudant le fisc en transférant des capitaux vers le Lichtenstein ? Merci.

Réponse de Djilali Hadjadj : Aucune institution en Algérie, sans exception, n’est épargnée par la corruption. Tous ceux qui ont un peu de pouvoir, ont tendance à en abuser, et à se servir allègrement. Les services que vous évoquez, ne joueront un jour leur rôle constitutionnel (et encore la Constitution actuelle est lacunaire à ce sujet), que lorsque la démocratie et les libertés seront effectives en Algérie, ce qui est encore loin d’être le cas : ce jour là, les Algériens pourront par exemple connaître les budgets alloués aux services secrets, et ces derniers devront rendre des comptes aux parlementaires élus démocratiquement par le peuple. L’exemple allemand que vous évoquez illustre on ne peut mieux la marge de manœuvre assez marge de la justice de ce pays pour enquêter assez librement, tout en précisant que c’est la presse allemande qui a été la première à révéler ce scandale : la justice a été obligée de suivre.

Boualem Bonatéro : Quelles solutions pour éradiquer la corruption ? Il me semble que vous combattez contre les moulins à vent. Le ver est dans le fruit. Toutes les institutions, sans exception, sont corrompues. Alors qui va contrôler qui? ….. Mais que faire face à cette situation qui est devenue banale et résister à la tentation ?

Réponse de Djilali Hadjadj :Les solutions existent et sont connues. C’est comment et avec qui les mettre en œuvre qui pose problème. Dans chaque homme épris de justice, il y a un peu de « Don Quichotte » et pas mal de moulins à vent en perspective, ce qui n’est pas forcément négatif en soi. Il faut agir sans cesse, ne pas baisser les bras, élargir le front, ne pas se taire, s’inscrire sur la durée, gagner en crédibilité, préserver son autonomie et son indépendance, être le plus unitaire possible : aucune révolution ne s’est faite en un jour. Ce qui est sûr, c’est qu’un pouvoir corrompu « jusqu’à l’os » est totalement inapte à se contrôler. Les citoyens intègres doivent s’organiser pour imposer de plus en plus – et apprendre à s’exercer dans ce sens -, leur contrôle sur les institutions à tous les niveaux. La dénonciation systématique de cas avérés de corruption, ou de pratiques pouvant favoriser la corruption, peut être un des instruments de ce contrôle populaire. C’est ce que l’AACC fait de plus en plus, avec nombre de ses partenaires et tout un réseau de donneurs d’alerte.

Nedjari Aïssa : La corruption n’est-elle pas liée à la nature du régime politique algérien ?

Djilali Hadjadj : Tout à fait. Régime policier, autoritaire, anti-démocratique – et fascisant quand il se sent menacé-, fonctionnant plus que jamais selon le système du parti unique et en violation des droits de l’homme et des libertés : le tout faisant le lit d’une corruption qui est l’essence même de ce pouvoir, pouvoir prédateur.

Wlido : Est-ce que vous pouvez nous dire quelque chose sur la Cour des Comptes algérienne. Pourquoi a-t-on suspendu ses activités à votre avis ?

Réponse de Djilali Hadjadj : Face au pouvoir en place, il ne peut pas y avoir une Cour des comptes (CDC) conforme à la Constitution en vigueur. Historiquement, quand elle a été créée en 1980, c’était pour des règlements de compte au sein du pouvoir dans la suite de la disparition de Boumédienne. J’observe le fonctionnement – ou plutôt le non fonctionnement – de la CDC depuis plus près d’une quinzaine d’années. Parce qu’il a été « victime » de cette instrumentalisation de la CDC, Bouteflika, dès son arrivée au pouvoir en 1999, a totalement boudée la CDC : d’ailleurs, ce n’est pas un hasard, si depuis une dizaine d’années, aucune mesure positive n’a été prise par le pouvoir au profit de la CDC, ni en moyens ni en renforcement de ses ressources humaines. Même son Rapport annuel n’a été publiée que 2 fois en 28 ans d’existence : pourtant cette publicité est une obligation légale. Si la CDC n’était pas inscrite dans la Constitution, Bouteflika n’aurait pas hésité à la dissoudre, alors que c’est une juridiction qui aurait pu jouer un grand rôle dans la prévention et la lutte contre la corruption. Elle est gelée de fait pour le grand bonheur des réseaux de la corruption qui ont pris en otage les institutions de l’Etat. La CDC est à l’image de son site Internet : vide, poussiéreux et à l’arrêt depuis des années. Ce n’est pas un hasard non plus si les magistrats intègres de la CDC, sont marginalisés, « oubliés » statutairement et régulièrement réprimés.

Boualem Chiba : Ne pensez-vous pas que la corruption est la conséquence directe de la dépendance de la justice du pouvoir politique. Certes même en Europe il y a de la corruption, mais l’efficacité de la justice empêche sa propagation. Thadarth.

Réponse de Djilali Hadjadj : La corruption de la justice et sa dépendance totale du pouvoir sont les 2 raisons essentielles qui expliquent l’inertie de cette institution et sa complicité dans l’explosion de ce fléau : nombre de faits le démontrent quotidiennement. En Europe, dans nombre de pays, la justice qui enquête sur la corruption subit de plus en plus de pressions du pouvoir en place.

Belaidi Mohamed : Vu que la corruption est devenue un phénomène de société en Algérie. Ma question est la suivante : ne pensez vous pas que la corruption est désormais devenu une culture dans notre pays et qu’il est hypothétique, voire illusoire de vouloir lutter contre ce phénomène? Du moins pour les 2 ou 3 siècles à venir…

Djilali Hadjadj : Plus il y aura de démocratie et de libertés, moins il y aura de corruption. Mais pour y parvenir, les luttes citoyennes multiples et diverses doivent s’intensifier. Cela demandera beaucoup de temps et beaucoup de persévérance.

Lecteur : En parler c’est déjà bien, la corruption est le cancer qui ronge le pays. Il est même presque en phase terminale. Si un traitement de choc n’est pas administré. Adieu l’ALGERIE.

Djilali Hadjadj : La lutte contre la corruption ne peut pas faire de progrès par des traitements de choc. Nous ne faisons pas le même diagnostic de l’état de santé de l’Algérie : notre pays ne peut pas être comparé à un cancer en phase terminale et irréversible.

Jugurtha Azma : Peut-on connaitre les avoirs de Bouteflika et de tous les gens du systeme en Algerie et a l’etranger? Comment peut-on faire une telle enquete et rendre publique ses resultats sans subir le sort de Boudiaf? Y a-t-il des organismes internationaux incorruptibles et capables de travailler avec l’aacc pour que l’argent des Algeriens ne soit plus vole par les pillards du pouvoir central. Si oui, pourquoi personne n’ose mener ce travail? Ou se situent les obstacles? Merci monsieur Djilali Hadjadj,

Djilali Hadjadj : A la veille des élections présidentielles de 1999 en Algérien, le célèbre quotidien britannique « The Gardian » avait évoqué cette possibilité d’avoirs de Bouteflika, en Suisse notamment. Pour en savoir plus sur les avoirs détournés à l’étranger, il existe des instruments internationaux, la Convention des Nations Unies de 2003 contre la corruption, par exemple, qui évoquent avec insistance la question et les mécanismes du recouvrement de ces avoirs. Ce recouvrement est avant tout une affaire de volonté politique : ce n’est donc pas le pouvoir actuel en Algérie qui pourrait agir dans ce sens. Des pays « victimes » de ces détournements ont commencé à agir avec un certain succès, à l’image du Nigéria. Des pays dont les banques abritent ces avoirs acceptent de coopérer avec les pays demandeurs : cela demande du temps et les procédures sont ardues, mais il y a des précédents positifs. Nombre de pays « récepteurs » de ces avoirs et des fuites de capitaux, ont une idée assez précise des bénéficiaires de ces détournements, et ont même des législations qui les protègent, surtout lorsque ces bénéficiaires sont encore au pouvoir. D’ailleurs, les « enquêteurs » envoyés en France par feu Boudiaf pour en savoir plus sur ces avoirs et leurs auteurs, ont été dénoncés… par les services secrets français à leurs « amis » en Algérie. La lutte contre la corruption au niveau international est surtout et avant tout affaire de coopérations multiformes pour peu qu’il y ait une volonté politique entre les pays concernés.

Lecteur : Mr le porte-parole de l’AACC .Où se trouve votre siège ? Peut-on être reçu facilement ? Comment dénoncer la malversation ? La procédure à accomplir pour être adhérent : les critères.

Djilali Hadjadj : Notre siège principal se trouve à Ben Aknoun et il est ouvert à tous. Il est cependant préférable, pour des raisons que vous comprendrez, de prendre contact d’abord avec l’AACC par téléphone (07 71 43 97 08) ou par Internet (< aaccalgerie@yahoo.fr >), pour pouvoir être reçu dans les meilleures conditions et où toutes les informations pour une éventuelle adhésion vous seront communiquées. Depuis quelques années maintenant, l’AACC a décidé de « prendre en compte » les dénonciations de cas avérés de corruption et d’accompagner les dénonciateurs dans leurs démarches, malgré les obstacles et les difficultés.

Bouzid : Tout d`abord pouvez-vous nous donner les noms des personnes qui sont impliquées dans la corruption? Dans le cas ou vous arrivez à identifier les coupables de dissimulation de vérité au niveau de la Sonatrach, existe-t-il un moyen de les différer dans une Cour pénale internationale ? Cu bien votre rôle consiste-t-il uniquement à dénoncer sans qu`il y ait de poursuites?

Djilali Hadjadj : Tous les cas avérés de corruption, en possession de l’AACC peuvent tout à fait être rendus publics : c’est que nous ne cessons de faire depuis des années à travers nos rapports, nos communiqués, lors de conférences de presse ou même lors d’émissions de radio ! Il arrive que certaines dénonciations soient « prises en charge » et solutionnées partiellement par les pouvoirs publics concernés, qui n’acceptent pas que ces alertes viennent de la société civile et des médias. Malheureusement les « dénonciateurs » subissent encore systématiquement des représailles même lorsque la justice est en leur faveur. Il n’y a pas encore de Cour pénale internationale qui pourrait traiter d’affaires de grande corruption, mais il ne faut pas désespérer qu’il y en ait une un jour. L’AACC n’est pas habilitée elle-même à être une des parties civiles dans des affaires de corruption, la loi algérienne en vigueur ne le permet pas, ce que nous regrettons d’ailleurs.

Fouad : Les opposants algériens se plaisent à mettre en avant le déficit démocratique en Algérie et la corruption qui gangrènerait ce pays. Mais le fait que vous écriviez un livre sur le sujet et qui soit accessible à la population algérienne, n’est-il pas le signe d’une exagération dont font preuve ces opposants – notamment Le Matin ?

Djilali Hadjadj : L’AACC est une association non partisane et n’est pas une opposition politique. Elle ambitionne de devenir un contre-pouvoir et n’a pas pour objectif d’être contre le pouvoir. Nous ne cessons d’ailleurs depuis la création de l’AACC en 1999 de lancer des appels aux pouvoirs publics pour essayer de mettre en place des partenariats dans le domaine de la prévention, dans le respect de notre indépendance : il n’y a jamais eu de réponse !

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