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le colonel Houari Boumédiène et tamazight

Posté par algeriedemocratie le 28 octobre 2009

le colonel Houari Boumédiène et tamazight dans histoire(16) Houari%20Boum%C3%A9di%C3%A8ne le colonel Houari Boumédiène,

 

Fervent partisan d’un socialisme autoritaire, le colonel Houari Boumédiène, à la faveur d’un coup d’État le 19 juin 1965, mit en place un pouvoir autocratique avec l’aide de l’armée et de la redoutée Sécurité militaire. Sur le plan intérieur, l’ère Boumédiène fut celle des nationalisations des secteurs importants de l’économie. C’est sous son régime que commencèrent les premières campagnes d’arabisation dans l’«Algérie nouvelle».

Rappelons que Boumédiène avait reçu son instruction presque exclusivement en arabe classique dans les écoles coraniques de la région de Guelma, la médersa El Kettani (Constantine), et dans les universités théologiques de la Zitouna (Tunisie) et d’al-Azhar (Égypte), un haut lieu du fondamentalisme musulman. De ce fait, il n’a jamais pu se libérer de l’emprise de la religion et de l’arabe coranique.

L’arabisation devint l’«option fondamentale de l’Éducation nationale». Le président Boumédiène  avait été très clair sur ce sujet :

« L’enseignement, même s’il est d’un haut niveau, ne peut être réel que lorsqu’il est nationale, la formation fût-elle supérieure, demeure incomplète, si elle n’est pas acquise dans la langue du pays. Il peut même constituer un danger pour l’équilibre de la nation et l’épanouissement de sa personnalité. Il peut également engendrer des déviations qui risquent d’entraver une saine et valable orientation. » Toutefois, «la langue du pays» dont parlait Boumédiène n’était pas l’amazigh, mais l’arabe de la tribu Quraychite d’Arabie saoudite à l’époque du prpophéte que personne ne parlait en Algérie!

 

 Boumédiène avait même déclaré en novembre 1968:

‘ »L’arabisation ne peut être réalisé avec le seul concours de l’État. D’autres efforts doivent émaner également de l’élite arabisée [...]. Les mosquées sont à la disposition de ces élites pour alphabétiser et inculquer l’arabe aux adultes« .

La politique d’arabisation suscita de profondes tensions dans la population. Celles-ci aboutirent à des heurts parfois violents entre les étudiants, comme en mai 1975, à Alger et à Constantine. Des professeurs irakiens vinrent enseigner dans les universités. Mais l’arabisation décidée par le président Boumédiène (dès l’indépendance) continua inlassablement. En 1976, ce fut l’arabisation de l’affichage avec les noms de rues et des plaques d’immatriculation. Puis le vendredi fut déclaré «jour de repos hebdomadaire» à la place du dimanche. Mais les Amazighs furent, parmi les Algériens, ceux qui s’opposèrent le plus à l’arabisation. Leur résistance s’exprima dans l’usage exclusif de l’Amazigh et du français dans tous les lieux publics, que ce soit dans les cafés, les hôtels, les restaurants et les bureaux administratifs. Le 10 décembre 1976, Houari Boumédiène, candidat unique à la présidence, fut réélu avec 99 % des voix.

Par la suite, Boumédiène mit la pédale douce à l’arabisation. Il fit même appel à Mostefa Lacheraf pour sauver l’école algérienne. De culture à la fois arabe et française, cet historien et essayiste était à l’époque un critique presque solitaire (et considéré aujourd’hui comme un visionnaire) d’une «arabisation» forcenée de l’enseignement. Il s’était souvent opposé à Ben Bella et croyait que la religion pourrait éventuellement jouer un rôle néfaste dans la société algérienne:

« Premièrement, l’islam porte en lui le poids des valeurs propres à une civilisation rurale archaïque et son intégration à l’idéologie politique peut servir de frein à la modernisation du pays. Deuxièmement, les forces conservatrices vont s’appuyer sur la religion pour perpétuer des moeurs rétrogrades en ce qui concerne la famille, la condition féminine et les rapport dans la société« .

Trois décennies plus tard, ces prévisions paraissent d’une justesse remarquable, mais à l’époque elles pouvaient bouleverser les dogmes de l’oligarchie algérienne toute orientée sur le panarabisme et le Proche-Orient. Certains prétendirent que le président était plus sensibilisé aux tensions provoquées par l’arabisation, d’autres crurent que des rapports inquiétant sur la qualité de l’éducation lui étaient parvenus. Enfin, il est probable que le président, affaibli par la maladie, n’avait plus la force de soutenir fermement sa politique d’arabisation. Le 27 décembre 1978, la mort de Boumédiène mit un terme à cette «pause» dans l’arabisation. Cela dit, l’ère Boumédiène avait permis à la couche «arabisante» de la population de «profiter» de l’arabisation afin de prendre le contrôle de leviers importants en Algérie, tels que l’éducation et une partie de l’administration.

 

En 1976, Le président Boumédiène confisquera (en 1976) le Fichier Amazigh qui contenait un ensemble de publications sur des recherches Amazighes écrites en alphabet latin


Les années de plomb de Boumédiene

22 Juillet 1969 :
A l’ouverture du premier Festival culturel panafricain à Alger, le président Houari Boumediene dans son discours rappelle aux Africains que « longtemps contraints de nous taire ou de parler la langue du colonisateur, c’était un devoir essentiel et premier que de retrouver nos langues nationales, les mots hérités de nos pères et appris dès l’enfance. » Il reconnaît « qu’il n’y a pas de langue qui, au départ, soit plus apte qu’une autre à être le support de la science et du savoir… »

Le pouvoir de Boumediene interdit à la chanteuse et romancière berbérophone Taos Amrouche ainsi qu’à d’autres chanteurs berbérophones de représenter l’Algérie à ce même festival.

Amère, Taos Amrouche écrira une tribune « en marge du festival » dans le journal le Monde (ce qui vaudra à celui-ci avec les articles sur le procès de Krim Belkacem, près d’une année d’interdiction !). Néanmoins, Taos Amrouche se produira au moins une fois à la fin juin 69 à la Cité Universitaire de Ben Aknoun grâce à l’invitation du « cercle d’études berbères » qui y fonctionna avec plus ou moins de bonheur entre 68 et 70, appuyé par le comité de gestion de la cité.

 

1970 :
Les pressions du gouvernement algérien aboutiront à faire supprimer complètement l’émission en kabyle de Radio-Paris, alors qu’historiquement il n’y a jamais eu autant de berbérophones en France !

A la chaîne kabyle de Radio-Alger, on notera que les reportages sportifs réalisés en direct des stades jusque-là en kabyle seront supprimés et assurés désormais par un relais de la chaîne en arabe. De la même façon on assiste unilatéralement au passage fréquent de disques en arabe sur la chaîne kabyle, alors que la réciproque sur la chaîne arabe ou mieux à la télévision n’est pas assurée (une chanson tous les trois à six mois au plus à la TV !).

15 Janvier 1971 :
Le cercle d’études berbères et l’UNEA (Union Nationale des Étudiants Algériens) sont dissous par le pouvoir de Boumediene après de nombreuses manifestations, grèves et l’arrestation de plusieurs étudiants pour « menées subversives ».

1972 :
La célèbre chorale féminine kabyle du lycée Amirouche de Tizi-Ouzou (ayant obtenu les premiers prix au Festival de la chanson populaire), se verra contrainte par le proviseur et les autorités locales à chanter une grande partie de son répertoire en langue arabe.

Si Mohamed Baghdadi (directeur des sports) propose une réforme du sport mettant en place « la commune sportive de base » et il prétend aussi lutter contre le régionalisme et pour l’arabisation : il obtient ainsi la transformation de la JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) en JSK (Jamai Sarrii al Kawkabi).

Mai-Juin 1972 :
Un groupe de militants de la cause berbère suggère la création d’un enseignement de la langue berbère à l’Université Paris VIII (Vincennes). Cette initiative donne naissance au Groupe d’Études Berbères (G.E.B). L’enseignement de la langue berbère ne sera effectif qu’à partir du 29 janvier 1973 quand l’Université Paris VIII décide sa création.

1973 – 1974 :
On assiste à la suppression définitive de la chaire de l’université d’Alger. Mammeri ne semble alors mener qu’un vague combat d’arrière-garde. En tout cas, la suppression s’est passée « en douceur ». La discipline « ethnologie » disparaît de l’Université dans le cadre de la RES de 71 mise progressivement en application et l’enseignement du berbère n’est prévu dans le cadre d’aucun des modules des nouvelles licences de lettres ou de langues

La chanson kabyle connaît un essor qualitatif très important et une production intense. Face aux multiples interdictions de l’enseignement et de l’écriture du berbère, il ne reste plus que la chanson comme moyen d’expression et de revendication. Durant cette année des étudiants comme Ferhat Mehenni et tant d’autres créent le groupe « Imazighen Imoula » (Les berbères du nord). A l’initiative d’Amar Mezdad, d’autres étudiants kabyles créent à leur tour le groupe « Lazouq » où se retrouvent Sid Ahmed Abderrahmane, Mokrane Ghozlane, Ali Ouabadi et Idir. Mais c’est ce dernier qui, à travers sa chanson « baba Inouba », donnera un nouveau souffle à la chanson kabyle et lui permettra de s’internationaliser.

Les thèmes de la chanson kabyle de ces débuts des années 1970, sont essentiellement axés sur la revendication identitaire et culturelle berbère, la liberté d’expression et la situation de la femme. On ne chante plus seulement les thèmes de l’amour, l’émigration et la religion. La chanson kabyle désormais « interroge, démontre, critique, propose, dénonce, loue, affronte, polémique et provoque ». La politique d’oppression est le plus important leitmotiv.

Face à son engagement, cette chanson, qui véhicule un discours radical et parfois virulent envers le pouvoir en place, connaîtra la répression et vivra dans la clandestinité. Ses interprètes seront successivement arrêtés ou marginalisés.

Juin 1974 :
La fête des cerises à Larbaa Nait Irathen se termine très mal puisque la police et les gendarmes n’ayant pas suffi à contenir les manifestants, on fera appel à l’armée pour les réprimer durement. La foule était mécontente en raison du remplacement de plusieurs chanteurs kabyles par des improvisations de chanteurs en arabe.

Cette même fête des cerises sera d’ailleurs interdite l’année suivante

Novembre 1974 :
Amar Ouerdane fonde l’Association socio-culturelle berbère de Montréal (Canada) dans le but de faciliter l’adaptation des immigrants algériens berbérophones en milieu québécois et canadien et aussi de diffuser le patrimoine berbère.

1974-1975 :
L’interdiction est faite à l’état civil d’enregistrer les prénoms autres que musulmans, ceux-ci faisant l’objet d’une liste exhaustive. C’est toute une série de prénoms berbères qui en fait les frais.

Juillet 1975 :
Juste après la fin de l’année scolaire, la répression s’abattait sur la Kabylie. Arrestation de plusieurs étudiants lycéens et autres personnes militant pour la culture amazigh.
Dans la région de Larbaâ Nath Irathen, Salah AGAG, Madjid BOUMEKLA, Mohand HAMAZ, Brahim KOLI et Mouloud MOSTEPHAÏ ont été arrêté sous le chef d’inculpation « d’atteinte à la sureté de l’Etat » par la police du Pouvoir dictatorial de Houari BOUMEDIENE et ont purgé 5 mois de prison à la maison d’arrêt de Tizi-Ouzou. Leur défense fut assurée par Maître BOUZIDA. Au premier procès, le tribunal de Larbaâ Nath Irathen déclara son incompétence.
Début Décembre 1975, le même tribunal rejuge l’affaire. Certains inculpés ont écopé de 10 mois de prison dont 6 avec sursis. Le procureur insatisfait du résultat fait appel. Le procès fut rejugé au tribunal de Tizi-Ouzou. La sentence était plus lourde : deux ans de sursis, 1000 dinars algériens d’amende et interdiction de passeport donc de quitter le territoire algérien.

5 Janvier 1976 :
Mohamed Haroun, militant berbériste et fils de chahid est arrêté par la Sécurité militaire à Alger pour avoir posé une bombe au tribunal militaire de Constantine. Cette bombe a été désamorcée à temps.

C’est aussi le cas de Lounès Kaci et de Hocine Cheradi qui ont posé une bombe au siège du quotidien « El-Moudjahid » à Alger et de Mohamed Smaïl Medjeber qui a posé une bombe au tribunal militaire d’Oran le 3 janvier avec la complicité de Daniel Paul, de Salby Jay et d’André Noël Cherid. Le choix des cibles est très significatif : El-Moudjahid connu pour son aversion pour la question de tamazight, les tribunaux militaires où la répression est assez symbolique, (…) la chaîne de télévision un des outils les plus monstrueux de la répression ».

Ces poseurs de bombes sont accusés de trahison, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de complicité, de trafic de devises et de jets d’explosifs. Ils sont condamnés par le tribunal de Médéa le 2 mars 1976. Trois peines capitales, deux condamnations à perpétuité et d’autres peines allant de dix à Vingt ans de prison.

16 Avril 1976 :
« Journée du savoir » – Yaoum El-Ilm. Journée commémorative de la mort en 1940 du cheikh Abdel-hamid Ben-Badis président de l’Association des Oulémas Algériens. Le chef de l’État dans une ordonnance, publiée au JORA le 23 avril 1976, définit l’organisation de l’éducation et de la formation.

Après avoir défini la mission du système éducatif qui s’inscrit dans le cadre « des valeurs arabo-islamiques et de la conscience socialiste », l’enseignement est assuré en langue nationale à tous les niveaux d’éducation et de formation et dans toutes les disciplines.

La mission de l’école fondamentale est de dispenser aux élèves « un enseignement de langue arabe leur permettant une maîtrise totale de l’expression écrite et orale ; cet enseignement, qui est un facteur important de développement de leur personnalité, doit les doter d’un instrument de travail et d’échange pour se pénétrer des différentes disciplines et pour communiquer avec leur milieu ».

L’arabisation porte aussi sur l’enseignement préparatoire qui est dispensé « exclusivement en langue arabe ».

Cette ordonnance met fin d’une manière très claire aux espoirs et aux attentes des berbéristes et des berbérophones. Tamazight est ainsi mise à l’écart et exclue de l’école. Le choix de l’État algérien est désormais fait. L’arabisation est décrétée.

Cette décision des plus hautes instances de l’État engendre un mépris jamais égalé dans les milieux berbérophones et surtout en Kabylie. La revendication se radicalise. Les contestations s’enveniment après la promulgation de la Constitution et de la Charte nationale qui renforcent l’arabisation et la définition de l’Algérie comme nation arabo-islamique. La répression s’abattra aussi sur les berbéristes.

Mai – Juin 1976 :
Lors des débats sur la Charte nationale les étudiants militants berbéristes diffusent un document de 50 pages.

A ces débats, les jeunes militants berbéristes ont pris part en masse. Sept cent vingt (720) prises de parole sont semble-t-il décomptées dans Alger. Ainsi la revendication culturelle et identitaire berbère connaît une ampleur importante. Elle se pose désormais dans des débats publics. Malgré cette « tolérance » le pouvoir utilise la répression.

Après une intervention dans une salle de cinéma à Alger, l’étudiant et chanteur kabyle Ferhat Mehenni est arrêté pour la première fois par la Sécurité militaire. Ces interventions ont sans doute permis aux services de sécurité de mettre à jour leurs fichiers concernant les berbéristes et opposants à la politique culturelle du pouvoir.

27 Juin 1976 :
La Charte nationale est adoptée par référendum. Ce document qui est un texte national fondamental définit l’Algérie comme étant une partie intégrante de la nation arabe.

« Le peuple algérien se rattache à la patrie arabe, dont il est un élément indissociable » (…) » L’Algérie n’est pas une création récente. Déjà sous Massinissa, fondateur du premier État numide, et de Jugurtha, initiateur de la résistance à l’impérialisme romain, s’était dessiné le cadre géographique et commençait à se forger le caractère national ». (…) « A ces deux caractéristiques principales se sont ajoutés progressivement à partir du 7e siècle les autres éléments constitutifs de la Nation Algérienne, à savoir son unité culturelle, linguistique et spirituelle (…) ». On peut affirmer, ajoute le texte de la Charte nationale, « que ces différentes périodes de notre histoire ont constitué un creuset où se sont fondus intimement les brassages ethniques, les apports de toutes sortes, comme les créations nouvelles du génie national, tout cela pour aboutir à une expression originale de la personnalité arabo-musulmane de notre peuple… ».

La politique culturelle s’attellera, selon la Charte, à concrétiser un projet des plus urgents : la généralisation de l’utilisation de la langue arabe qui « est un élément essentiel de l’identité culturelle du peuple algérien. On ne saurait séparer notre personnalité de la langue nationale qui l’exprime. Aussi, l’usage généralisé de la langue arabe, et sa maîtrise en tant qu’instrument fonctionnel, est une des tâches primordiales de la société algérienne au plan de toutes les manifestations de la culture et à celui de l’idéologie socialiste ».

Le choix de la langue arabe est fait. Il est irréversible. « Il ne s’agit nullement de choisir entre la langue nationale et une langue étrangère. Le problème du choix étant dépassé et irréversible, le débat sur l’arabisation ne peut porter, désormais, que sur le contenu, les moyens, les méthodes, les étapes, la conception générale d’une langue ».

Tout en dénonçant l’étouffement de la culture algérienne, l’uniformisation, le totalitarisme culturel, le PRS (Parti de la Révolution Socialiste), pour qui la langue arabe doit être la langue nationale, critique sévèrement le pouvoir algérien qui reste silencieux sur la question berbère dans les textes de la Charte nationale de 1976.

« Sur la question berbère, la Charte ne dit pas un mot. Voila donc un texte qui se présente comme national et qui évacue complètement un problème auquel sont sensibles des millions d’Algériens. (…) Or la langue berbère existe. C’est la langue maternelle d’une partie des Algériens. Elle doit être reconnue, préservée et développée comme partie intégrante de notre patrimoine national. Son enrichissement, son passage à la forme écrite, son enseignement, sa diffusion doivent être garantis. ».

Ainsi le PRS, avec à sa tête Mohamed Boudiaf, est le premier parti politique algérien à se prononcer en faveur de la question berbère.

27 Juin 1976 :
Mohand Cid Ali-Yahia dit Rachid, ancien acteur important dans la crise dite berbériste de 1949, lance le Front Uni de l’Algérie Algérienne (F.U.A.A.) en France. Fidèle à son combat des années 1940 pour l’Algérie algérienne, Rachid Ali-Yahia, par son mouvement d’opposition au régime de Boumediene, renouvelle son combat pour l’identité algérienne et la question linguistique et culturelle.

Ce front n’aura qu’une faible influence en Algérie. Quelques-uns de ses militants seront arrêtés en mars 1980.

Été 1976 :
Pour avoir tiré des textes littéraires en Tifinagh sur ronéo et aussi pour avoir été abonnés au bulletin de l’Académie berbère (Agraw imazighen) de Paris, deux cents (200) jeunes de la région de Larbaa Nath Irathen sont arrêtés et emprisonnés. Ils seront, pour quelques-uns, condamnés jusqu’à 18 et 24 mois de prison.

Afin de porter le coup de grâce à l’édition berbère en Algérie, le Fichier de Documentation Berbère (F.D.B) tenu depuis 1946 par le Père Jean Marie Dallet est mis sous scellés par le pouvoir de Boumediene.

Ce Fichier est considéré comme source exceptionnelle de documents concernant l’étude de l’histoire, de l’ethnographie, de la littérature, de la linguistique des communautés berbérophones de Kabylie, du Mzab et de Ouargla. Ce fichier était au début un périodique mensuel, puis bimestriel, pour devenir à partir de 1955 trimestriel. On y trouve des monographies de villages de Kabylie, des études sur l’Islam, les croyances et superstitions, la sagesse populaire, la vie quotidienne, la zoologie, la botanique et la culture matérielle..

19 Juin 1977 :
Lors du match final de la coupe d’Algérie de football opposant la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK) et le Nasr de Hussein-Dey (NAHD), les spectateurs kabyles scandent des slogans hostiles au président Boumediene, présent dans la tribune officielle, et au régime tels que : « JSK imazighen », « la langue berbère vivra », « à bas la dictature », « vive la démocratie »…

La retransmission en direct de cette rencontre à des milliers de téléspectateurs révèle au peuple algérien l’expression d’un mécontentement et d’une contestation ouverte et radicale d’une population d’une région du pays, qui souffre d’une marginalisation identitaire et culturelle…

Septembre 1977 :
A la suite de la manifestation en juin 77 à la finale (remportée par la JSK) de la coupe d’Algérie, une nouvelle réforme du sport est adoptée consacrant définitivement les ASP, c’est-à-dire le sport corporatif avec des joueurs semi-professionnels d’entreprises. La JSK devient Jamaia Electronic Tizi-Ouzou, JET intégrée à la Sonelec.

Le ministère de l’Enseignement supérieur décide de l’ouverture du centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O.) où se retrouvent les cadres de la région et qui se mêlent au mouvement estudiantin pour la prise en charge de la revendication identitaire. Le C.U.T.O. verra le regroupement des étudiants kabyles jusque là éparpillés sur divers instituts de la capitale.

Ce centre universitaire connaîtra des mouvements de grève non connus à l’époque en Algérie.

L’ouverture du CUTO permettra aussi la circulation d’une documentation dite clandestine tels que les ouvrages de l’historien algérien Mohamed Harbi, les revues berbères de l’ACB et de l’Académie berbère, édités en France et diffusés sous le manteau en Algérie.

On assiste à l’interdiction par le Wali de plusieurs chanteurs comme Idir, à Tizi-Ouzou sous prétexte d’absence de salle suffisante pour contenir les spectateurs et garantir la sécurité.

Novembre 1977 :
La direction du PRS met en place une cellule de réflexion pour étudier le dossier berbère et élaborer des propositions concrètes en direction des groupes berbéristes.

28 Novembre 1978 :
Ait Ahmed, secrétaire général du FFS, dans une déclaration, demande la reconnaissance de la « langue berbère comme langue nationale au même titre que la langue arabe ».

10 Décembre 1978 :
Des armes en provenance du Maroc sont parachutées à Cap-Sigli dans la wilaya de Béjaia en Kabylie, pour un éventuel soulèvement armé contre le régime de Boumediene, dix sept jours avant sa mort. Le groupe initiateur est arrêté par la sécurité militaire, « prouvant » et montrant ainsi l’échec d’une « tentative kabyle » de renversement du régime.

En réalité cette affaire est connue dès le départ par la Sécurité militaire qui avait infiltré le groupe contestataire composé de personnalités historiques, comme Mohamed Benyahia, Ferhat Abbas, Belarbi, Boudjeloud, Ahmed Kadri. Ils seront traduits en justice à l’exception de Ferhat Abbas. Ils seront condamnés par le tribunal militaire de Blida à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison.

Cette affaire est exploitée par le pouvoir pour discréditer les berbéristes, qui n’avaient aucune relation avec celle-ci. Il montre du doigt le « danger berbériste » en des termes à peine voilés, ces « anti-nationalistes, soutiens du Maroc et du néo­colonialisme ».

25 Décembre 1978 :
Ait Ahmed dira à propos de la question berbère, qu’ « il s’agit d’un problème de survie, pour une langue, une culture combattues par le colonialisme et auxquelles l’indépendance n’a pas offert de chance. Ce n’est pas en ignorant le problème qui concerne un Algérien sur trois qu’on le résoudra. Il faut le prendre en charge dans l’intérêt de la collectivité nationale et de son unité ».

Le chanteur populaire kabyle Lounis Ait Menguellet est interdit de se produire à l’Université.

Mars 1979 :
Dans son « Avant-projet de plate-forme politique le FFS se prononce sur la question berbère. Il y est notamment écrit : La langue berbère a droit de cité dans la cité berbère, droit inaliénable que le colonialisme intérieur, pas plus que le colonialisme étranger, ne peut proscrire. Elle doit être officialisée et développée comme langue nationale, elle doit bénéficier de la part de l’état de l’égalité de traitement qui lui permette de rattraper le temps et le terrain perdus depuis l’indépendance.(…) Seuls les apprentis obscurantistes et les larbins mercenaires voudraient encore opposer la langue arabe et la langue berbère.

Interdiction au Centre universitaire de Tizi-Ouzou d’une pièce de théâtre, adaptation en kabyle de la guerre de 2000 ans de Kateb Yacine.

Des demandes successives d’enseignement du berbère à Alger, puis à Tizi-Ouzou, tour à tour, sont rejetées sans aucun motif explicite.

17 Octobre – 13 Novembre 1979 :
Troisième grève des étudiants du CUTO depuis l’inauguration du centre universitaire en 1977. Ils posent notamment le problème de la représentation des étudiants dans l’instance universitaire.

Crédits : © Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

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Chronologie du mouvement berbère d’aprés 1980

Posté par algeriedemocratie le 30 août 2009

Chronologie du mouvement berbère d’aprés 1980

21 juin 2005

addthis_url = location.href; addthis_title = document.title; addthis_pub = ‘sif’; 1 au 31 Août 1980 :

Un grand nombre de militants du Mouvement culturel berbère et de la démocratie, composé de spécialistes en histoire, sociologie, linguistique, cinéma… et de citoyens autodidactes se réunissent, durant un mois, à Yakouren (Azazga) dans un séminaire.

Ce premier séminaire du Mouvement culturel berbère avait pour tâche de préparer un document, devant refléter les revendications et les propositions du mouvement, pour être présenté à la discussion au sein du Comité central du FLN qui préparait un débat général concernant le dossier culturel.

Le séminaire de Yakouren avait pour objet de  » poser (…) clairement le problème de la culture en Algérie afin de dépasser les fausses accusations dont la presse nationale notamment s’est encore récemment faite l’écho, et dont les propos incendiaires ont failli conduire à l’irréparable ».

Ce problème de culture en Algérie s’articule, selon les séminaristes, autour de trois axes principaux : 1- Le problème de l’identité culturelle du peuple algérien. 2- Le problème des libertés d’expression culturelle. 3- Le problème de la culture dans la politique de développement.

Voici quelques propositions de différentes commissions du séminaire

La commission « culture et développement de la société » propose entre autres :
-  La décentralisation des moyens et des pouvoirs de décision : consulter et faire participer les travailleurs et les paysans dans ce domaine.
-  L’équilibre régional économique avec pour critère de base la minimisation des migrations de travail
-  La démocratisation de l’enseignement, son authenticité et sa progression dans le but de former un Algérien capable de répondre aux aspirations des masses Laborieuses au niveau de tous les domaines.
-  Promouvoir l’utilisation et l’enseignement du berbère et de l’Arabe algérien
-  Promouvoir l’épanouissement et la transmission de notre patrimoine culturel dans un cadre moderne et progressiste en fonction de révolution globale de la Société.

La commission « Langues populaires » quand à elle propose entre autres de :
-  Mettre fin a la marginalisation de la culture du peuple algérien, donc de défi­nir la culture nationale en fonction de la culture populaire dans toute Sa diver­sité. Ceci implique la reconnaissance institutionnelle des langues du peuple algérien (arabe algérien et tamazight) en tant que langues nationales.
-  Donner les moyens publics de développement suppose ré-appropriation, enri­chissement et diffusion.

Le rapport de la commission « Libertés d’expression culturelles » propose de
-  Permettre au journaliste de jouer son rôle d’informateur objectif sur le sujet traité, par le droit à la critique et au commentaire ; ceci passe par la levée des entraves de la censure, des blocages au niveau des moyens matériels (locaux, laboratoires, photo etc..).
-  Utiliser les langues du peuple algérien (arabe algérien, berbère) dans le système de l’information, au moins dans un premier temps au niveau de la Radio et de la Télévision, par la suite (…) au niveau de la presse écrite ;
-  Faire du journal télévisé un véritable « télévisé » et non « parlé », par le droit au journaliste à une information contradictoire à celle d’autres organes en lui lais­sant la possibilité de l’argumentation…
-  Décentraliser les moyens de l’information au niveau national…
-  La circulation d’une information objective à tous les niveaux…
-  La synthèse des travaux du Séminaire de Yakouren. In : « Préparation du dos­sier culturel – Séminaire de Yakouren.

14 Septembre 1980 :

Coup d’envoi de l’arabisation des sciences sociales à l’Université.

26 Décembre 1980 :

Un groupe de militants berbéristes dépose à la wilaya de Tizi-Ouzou les statuts d’une associa­tion à caractère culturel dénommée Tiwizi (entraide). Une année après aucune réponse n’a été donnée par les autorités.

Création du Haut Conseil de la Langue Nationale (HCLN) – sous la présidence de Abdelhamid Mehri. Sa mission est d’appliquer la résolution du Comité Central du FLN de juin 1980.

12 Mars 1981 :

Ouverture du débat sur la politique culturelle nationale au sein du parti FLN.

15 Mars 1981 :

Grève générale de 24 heures et meeting à Tizi-Ouzou regroupant des milliers de personnes pour protester contre la ligne officielle lors du débat national sur la culture.

19 et 20 Avril 1981 :

Manifestations à Tizi-Ouzou pour com­mémorer le 1er anniversaire des événements de Kabylie d’avril 1980. Elles répondent à l’appel de la coordination qui a regroupé les étudiants, lycéens, enseignants et travailleurs pour faire du 20 avril une journée anti-répression et pour réaf­firmer les positions du mouvement culturel berbère : « arabe algérien et tamazight = langues nationales ; reconnaissance des libertés démocratiques, libération des prisonniers… ».

Ces manifestations drainent des foules d’environ 10000 personnes. La journée du 20 avril sera commémorée chaque année comme symbole du combat amazigh et aussi un signe de la continuité du Mouvement culturel berbère.

29 Avril 1981 :

Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Salem Chaker, M’hamed Issiakhem, Mohand Idir Ait-Amrane et d’autres universitaires et militants berbéristes déposent, au ministère de l’Intérieur, une demande d’agrément d’une association culturelle dénommée « Amuger ». L’objectif de l’association est de « favoriser l’épanouissement de la culture populaire et de participer à son enrichissement par la promotion du patrimoine culturel national dans toutes ses com­posantes, notamment la langue berbère ».

19 Mai 1981 :

A l’occasion de la journée nationale de l’Étudiant une marche est initiée par des établissements publics et administratifs (lycées, unités économiques et de services) à Béjaïa. Les manifestants scandent des mots d’ordre tels que :
-   »Non au détournement du projet universitaire de Béjaïa.
-  Reconnaissance des langues populaires (arabe algérien et tamazight).
-  Résolution des problèmes de la jeunesse du département.
-  Pour les libertés démocratiques. »
-  Les forces de l’ordre interviennent et l’excitation engendre l’affrontement. Des actes de vandalisme sont enregistrés. Un couvre-feu a, semble-t-il, été instauré à Béjaïa à partir de 18h 30.

Des arrestations massives touchent les membres des col­lectifs et comités culturels de la région de Béjaïa. Trente et un militants sont arrêtés. Les chefs d’inculpation sont :
-  Rassemblement, incitation au rassemblement, partici­pation et distribution de tracts à but de propagande.

Dans une lettre ouverte au président Chadli Bendjedid, envoyée probablement au courant du mois de novembre 1981 de la prison civile de Béjaïa, ces inculpés dénoncent les sévices corporels (coups de pieds, coups de poing, violences au niveau de l’appareil génital…) et autres tortures, morales (attente, intimidation avec armes, menaces…). Ils dénoncent également le non-respect du délai de garde à vue (allant jus­qu’à 120h).

Dans cette lettre, les détenus signalent au Président de la République qu’ils ont été contraints de reconnaître des faits qu’ils n’ont jamais commis et de signer obligatoirement les procès verbaux.

Ces inculpés sont les suivants : Med Cherif Bellache (lycéen), Boukhalfa Bellache (lycéen), Med Larbi Boutrid (lycéen), Salah Taybi (lycéen), Azzedine Madaoui (lycéen), Zaher Chibane (lycéen), Djamel Menguelati (lycéen), Zaher Aouchiche (lycéen), Med Salah Messalti (lycéen), Mokrane Agoun (lycéen), Zoubir Tarki (lycéen), Med Said Belalouache (lycéen), Abdennour Yanat (lycéen), Ali Benamsili (lycéen), Mustapha Brahiti (lycéen), Farid Zadi (lycéen), Med Akli Benalaoua (lycéen), Abdelaziz Merabet (lycéen), Mouloud laichouchene (lycéen). Ali Gharbi (enseignant), Abdelkader Guidjou (enseignant), Ali Dai (enseignant), Salati Moussouni (enseignant), Tayeb Chebi (enseignant), Mohamed-Ourabah Ait Heddad (enseignant). Kamel Merdes (fonctionnaire), Khelil Aizel (fonctionnaire), Moussa Talbi (ouvrier), Mouloud Belal (ouvrier). Hamid Lakhdari (employé). Moussa Cheurfa (agent technique).

19 Mai 1981 :

Seize (16) personnes sont arrêtées à Akbou dans la wilaya de Béjaïa. Ils sont condamnés à des peines allant de quelques mois à quatre ans de prison. Ce sont : Amar Boukedami, Smail Ait Meddour, Belkacem Souagui, Zoubir Chekkar, Mebrouk Hamidouche, Abdesslam Tiar, Smail Maamri, Mokrane Baaziz, Abdennour Benyahia, Abdennour Meldiloufi, Abdelmalek Halfaoui, Abderrahmane Nasroune, Youcef Chilha, Hider Chikhoune, Zoubir Berkani, Amar Idri.

A l’occasion de la journée nationale de Étudiant, des étudiants et travailleurs de l’Université d’Alger, militants du Mouvement culturel berbère et militants démocrates tiennent un meeting d’information dans l’enceinte l’université. Des militants bâathistes interviennent pour briser le meeting et une confrontation violente entre les deux s’ensuit . La police intervient, occupe l’université et fait arrêter les militants berbéristes. Les arrestations ne touchent qu’un seul camp, celui des berbéristes. Les éléments bâa­thistes, après leurs méfaits, sortent sous la protection des ser­vices de police.

23 Mai 1981 :

Vingt-deux étudiants et travailleurs de l’Université d’Alger, membres des collectifs d’étudiants, militants du Mouvement culturel berbère, sont arrêtés par la police à Alger suite à l’incident du 19 mai 1981. Les chefs d’inculpation sont :
-  atteinte à la sûreté de l’État ;
-  atteinte à l’unité nationale ;
-  constitution de collectif à caractère subversif ;
-  complot-rébellion, atteinte à la personnalité nationale -rédaction, détention et diffusion de tracts et de documents séditieux – association de malfaiteurs – port d’armes prohibées – destruction de biens publics et de monuments – attroupement. ».

Lors de l’interrogatoire dans les locaux de la police, les inculpés sont interrogés sur leurs opinions, leur position vis-à-vis de la question berbère, leurs activités au sein du collectif démocratique à l’université et l’incident du 19 mai

Ces vingt-deux détenus sont les suivants : Abdennour Houati, Lakhdar Mames, Meziane Ourad, Rabah Belahouane, Cherif Akeb, Arezki Benramdane, Arezki Ait-Larbi, Mokrane Laksi, Mohamed Ameziane Bencheikh, Mustapha Benkhemmou, Ali Ihadadene, Omar Zeggane, Hachimi Ihadadene, Salah Boukrif, Rachid Bouchenna, Abderrazak Hammouda, Rachid Kaci, Mouloud Fellag, Youcef Ait-Chelouche, Ihsene Elkadi, Messaoud Lahma ; Mustapha Bacha.

3 Août 1981 :

Les forces de l’ordre investissent le centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O) afin d’empêcher la tenue d’une université d’été dont l’objectif est le débat sur langue et la culture amazigh ainsi que la formation accélérée d’enseignants.

Les forces de l’ordre occuperont l’université jusqu’au 6 septembre 1981.

Rachid Aliche publie le premier roman en berbère chez Fédérop en France. Intitulé « Asfel, il traite de la quête de la berbérité. « Asfel » sera suivi de « Askuti »(Le boy scout) de Saïd Sadi, de « Fafa » de Rachid Aliche de « Id d wass » de Amar Mezdad et d’autres romans tels que « Tafrara » de Salem Zenia.

23 Septembre 1981 :

Le ministre de l’Enseignement supé­rieur, M. Abdelhak Brerhi annonce la création de quatre départements de culture et dialectes populaires dans les uni­versités d’Alger, d’Oran, de Constantine et de Annaba. 6 Octobre 1981 :

Hocine Sadi alias Hend, animateur du Mouvement culturel berbère et enseignant au centre universitaire de Tizi-Ouzou, adresse une « lettre aux citoyens ». Dans cette lettre Hend Sadi dénonce un autre instrument de répression utilisé par le pouvoir, à savoir l’appel qu’il vient de recevoir pour le service national, alors qu’une carte de dispense pour cause de maladie lui a été délivrée par les ser­vices de l’hôpital militaire Maillot en 1977.

reçoit l’ordre d’appel et il est affecté à Batna qu’il refuse de rejoindre. Pour lui il s’agit « de maquiller la répres­sion en la revêtant de l’uniforme militaire. Cela présente éga­lement l’avantage que le tribunal militaire offre plus de pos­sibilités que la justice civile qui a du mal avec les détenus du mouvement culturel d’El-Harrach et de Petite-Kabylie.

12 Octobre 1981 : Par décision du ministère de la Santé publique, le Dr Saïd Sadi, médecin à l’hôpital de Tizi-Ouzou et animateur du Mouvement Culturel Berbère est muté à Khenchela.

Cette mutation est venue après la vague d’arrestations qu’a connue la Kabylie (Tizi-Ouzou et Béjaïa) et Alger, touchant des militants berbéristes, après la fermeture du centre universitaire de Tizi-Ouzou, et aussi après l’appel au service national de Hend Sadi.

Un mouvement de solidarité pour la réintégration du Dr Sadi est initié, particulièrement par le Comité de wilaya de Tizi-Ouzou de l’Union médicale algérienne (U.M.A). Ce comité sera dissout par les autorités locales en 1985.

Au même moment, deux travailleurs de la Sonelec (devenue ENIEM) de Oued-Aissi (Tizi-Ouzou) ainsi que trois autres travailleurs de la Sonitex (Société nationale des industries textiles) de Draa-Ben-Khedda (Tizi-Ouzou) sont mutés en dehors de leur Wilaya.

Moussaoui Khellaf et Berdous Maamar (un des 24 déte­nus d’avril 1980) de la Sonelec ; Rabah Benchikhoune, contremaître à la Sonitex, est muté à EI-Harrach. Brahim Bentaleb, chef de service à la Sonitex, est muté à Alger. Mahmoud Ainouz, acheteur à la Sonitex, est muté à Bab-Ezzouar. Ce dernier a, semble-t-il, été surpris en train de diffuser un tract appelant la population à boycotter l’ensei­gnement et à une grève pour le 28 septembre 1981.

28 Octobre 1981 : Les inculpés du 19 mai 1981 de Béjaïa après cinq mois de détention comparaissent devant la cour correctionnelle de Béjaïa. Ils sont condamnés à des peines allant de 10 mois à 4 ans de prison et 5 années d’interdiction de l’enseignement pour Salah Moussouni, professeur de l’enseignement secondaire (P. E. S) et Tayeb Chebi (P.E.S). Deux sont relaxés.

Dans leur lettre ouverte au Président Bendjedid, que nous avons déjà citée, ils informent ce dernier des conditio­ns judiciaires anormales dans lesquelles s’est déroulé leur procès. Il s’agit notamment de la durée puisque le procès s’est tenu dans une seule journée, pour juger 28 personnes. Ils informent aussi le Président qu’ils n’ont pas bénéficié d’une défense, leurs avocats ayant été exclus de l’audience et aussi que les questions du juge d’instruction ne correspondaient pas aux chefs d’inculpation. Ils rejettent les peines qui « ne reflètent pas les actes dont (ils ont) été accusés ».

Le même jour trois étudiants du centre universitaire de Tizi-Ouzou : Aziz Tari, Djamel Zenati et Idriss Lamari, présents au procès après leur convocation par le juge sont condamnés à quatre années de prison. Tous les détenus jugés et condamnés feront appel.

14 Novembre 1981 :

Vingt cinq des détenus de la prison de Béjaïa entament une grève de la faim pour protester contre leur détention et les conditions de déroulement de leur procès. Ils mettent fin à leur grève le 22 novembre 1981, après avoir obtenu une réponse positive, de voir leur affaire repasser en justice en décembre 1981.

25 Novembre 1981 :

Le tribunal de Tigzirt (Tizi-Ouzou) convoque neuf anciens condamnés d’août 1976, de Ouaguenoun. Ces militants du Mouvement berbère : Ali Yousfi (26 ans, agent d’administration), Mohamed Arezki Bellil (26 ans, agent d’administration), Akli Adjioua (27 ans, journalier), Hassène Messaoudène (29 ans, technicien), Ahmed Chelli (27ans, secrétaire d’administration), Belaïd Serdjane (26 ans, journalier), Rabah Chikhaoui (27 ans, journalier), Mohamed Idiri (26 ans, maçon), Amar Ait-Ali (25 ans, journalier) avaient été condamnés en 1976 à des peines allant de 3 à 12 mois de prison préventive pour déten­tion de l’alphabet Tifinagh, distribué par I’ Académie Agraw Imazighen de Mohand Arab Bessaoud.

13 Avril 1982 :

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou appelle, dans un tract, à la commémoration de la journée du 20 avril 1980 journée anti-répression pour « dire ensemble nous n’avons pas oublié » (…) que le 20 avril 1980, le gouvernement a lâché ses chiens sur les étudiants et les travailleurs de la région pour toute réponse à la revendication culturelle pacifique ».

Il est dénoncé, à travers ce tract, la répression qui conti­nue sous d’autres formes, menée par le pouvoir contre la revendication de tamazight et de la liberté d’expression, licenciements, les mutations arbitraires et les exclusions de lycéens sympathisants du Mouvement.

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou se solidarise avec toutes les victimes de la répression pour délit d’opinion et revendique la reconnaissance des langue populaires algériennes comme langues nationales (le berbère et l’arabe populaire) et le respect des libertés démocratiques.

Par ailleurs, une semaine culturelle et de solidarité avec les détenus du Mouvement culturel berbère est programmée du 17 au 24 avril 1982. Une table ronde est prévue sur l’histoire du mouvement nationaliste algérien avec les colonels Amar Ouamrane, Slimane Dehiles dit Sadek, Tahar Zbiri et les avocats du collectif. Est prévu aussi le baptême des cités universitaires de M’douha (jeunes filles) et Hasnaoua pour leur attribuer les noms de Taos Amrouche et Belkacem Krim. Ferhat Mehenni, Malika Domrane, le groupe Ichen­wiyen du Chenoua et d’autres doivent animer un gala. Le même jour les responsables de l’université interdisent l’affichage et la tenue d’assemblées générales.

14 Avril 1982

Le préfet de Tizi-Ouzou prend contact avec les comités de cité pour discuter des évérements qui viennent de se dérouler. Il leur signifie que « les baptêmes constituent des actes de rébellion qui appelleraient l’intervention des forces de l’ordre « quitte à reproduire le 20 avril 1980″

15 Avril 1982 :

Par un communiqué signé par le conseil de université (CUTO) et le conseil de la direction du COUS et sur décision ministérielle, les étudiants sont informés de la fermeture de « l’ensemble des infrastructures universitaires à partir du samedi 17 avril 1982 et les infrastructures d’hébergement le 16 avril 1982 à 18h et ce jusqu’à une date ultérieure.

18 Avril 1982 :

Les gendarmes occupent le centre universitaire de Tizi-Ouzou

20 Avril 1982 :

Les lycéens de la région de Tizi-Ouzou déclenchent une grève spontanée. Elle est suivie par la fermeture de leurs lycées.

Un arrêt de travail de protestation d’une durée de deux heures est observé par les travailleurs de l’usine Sonelec de Oued-Aïssi.

Les actes de protestation des lycéens sont considérés par le Secrétaire État à l’Enseignement secondaire et tech­nique dans une circulaire du 3 mai 1982, adressée aux directeurs de l’Education, chefs d’établissements, inspecteurs et enseignants de son secteur et aux associations des parents d’élèves, comme « des tentatives d’agitation » conduites par des « aventuriers » dans le but d’utiliser les élèves à des « fins contraires à l’intérêt de la révolution, en semant le doute, la confusion ». Il y rappelle le rôle de l’éducateur dont la mis­sion est d’orienter l’élève dans la voie qui le préservera de tout extrémisme et déviation, conformément aux principes du FLN et aux options fondamentales de notre peuple ».

L’école doit être, selon le Secrétaire État, une pépinière active du Parti, le FLN. Il invite les directeurs de l’éducation et les chefs d’établissements à informer les services de son secteur de toute perturbation.

7 Juillet 1982 :

Un magister de culture populaire est créé par arrêté et implanté au sein des instituts de langue et de culture arabes d’Alger, d’Oran, de Constantine, et d’Annaba.

2 Novembre 1982 :

Après les événements du 19 mai 1981, provoqués par une agression d’islamo-bâathistes contre des étudiants et travailleurs berbéristes et démocrates, et qui a vu les islamistes prendre le dessus, l’embrigadement des universités et des cités universitaires par les islamistes et les bâathistes commence avec la bénédiction du pouvoir. Les étudiants berbéristes essayent de réoccuper le terrain.

C’est ainsi qu’un groupe d’étudiants de la cité universitaire de Ben-Aknoun dont faisait partie Kamel Amzal, étudiant à l’institut des langues étrangères de l’Université d’Alger et militant berbériste, et après des réunions restreintes, décide d’afficher dans le foyer de la cité un appel à une assemblée générale. A ce moment interviennent des islamo-bâathistes qui déclenchent un affrontement. Il se solde par l’assassinat de Kamel Amzal qui tenait une affiche, avec une arme blanche, par les intégristes islamistes.

28 Janvier 1983 :

Slimane Azem, poète et chanteur kabyle, meurt en exil à Moissac (Tam et Garonne) en France à l’âge de 65 ans, suite à une maladie.

11 Février 1983 :

Salem Chaker, chercheur et militant berbèriste vivant en France est interpellé à son arrivée, de retour au pays, à l’aéroport d’Alger. Il est convoqué et interrogé par la police. Il regagne, le 27 février 1983 la France après plusieurs tracasseries, moyen trouvé par le pouvoir pour intimider les militants berbéristes.

C’est durant cette période que le Président Chadli entame une visite en Kabylie. Elle est boycottée par la population et même par les lycéens de Tizi-Ouzou mobilisés spécialement pour recevoir le Président, montrant ainsi leur mécontentement et leur refus de la politique du pouvoir.

20 Avril 1983 :

Commémoration du troisième anniversaire de la journée du 20 avril. Des conférences, projections de films, galas et présentation de pièces de théâtre sont au programme.

Une conférence axée essentiellement sur le mouvement national algérien et la question berbère est présentée par Maître Mabrouk Belhocine, ancien militant du PPA et du FLN.

Des grèves symboliques et des recueillements sont, par ailleurs, observés par les lycéens, étudiants et travailleurs de la région.

8 Mai 1983 :

Un texte signé par 31 militants du Mouvement Culturel Berbère est envoyé au Président de la République pour réaffirmer que leurs revendications (reconnaissance officielle des langues populaires, tamazight et arabe algérien, Libertés démocratiques), restent entières.

Saïd Sadi publie un roman en berbère intitulé « Askuti » (le boy scout). Il raconte l’histoire d’un jeune lycéen qui a rejoint le maquis en 1956 et qui se retrouve tortionnaire après l’indépendance, dans les locaux de la police, jusqu’en 1980

Début Avril 1984 :

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou rend public un tract pour la célébration du 4e anniversaire du Printemps berbère. Dans ce document, les berbéristes mettent l’accent sur leur décision de prendre dorénavant en charge eux-mêmes les problèmes et les reven­dications. Ils proposent :
-   »(La) généralisation de l’enseignement de tamazight aux universités, lycées, entreprises, villages… ;
-  (1’) organisation des comités (de villages, de cités, de quartiers, d’usines… ) pour solutionner les problèmes sociaux et développer des activités culturelles et renforcer la solidarité populaire ;
-  (la) lutte contre les courants passéistes (maraboutisme, intégrisme) qui bloquent le progrès de (la) société ;
-  (le) soutien aux luttes populaires qui visent à réaliser plus de liberté et de justice sociale (lutte des femmes, ouvriers, étudiants, paysans…) ».

12 Avril 1984 :

Un groupe de fils de chouhada militants du Mouvement culturel berbère adresse au wali de Tizi-Ouzou une demande d’agrément d’une association à but non lucratif dénommée « Tighri ». Cette association s’est fixé pour objectifs, entre autres, « la contribution à l’écri­ture et la vulgarisation de l’histoire du mouvement de libération nationale, par des études, enquêtes, sémi­naires… La contribution à la vie culturelle, défense de la mémoire des martyrs et des principes fondamentaux pour lesquels ils se sont sacrifiés… ». Cette demande d’agré­ment leur sera refusée par le wali le 14 juin 1984. Moins d’une année après, une campagne de répression sera lan­cée par le pouvoir. Plusieurs dizaines de fils de martyrs et militants berbéristes seront emprisonnés.

16 Avril 1984 :

Le sous-préfet d’Azazga rejette la demande de passeport du chanteur Ferhat Mehenni. La cause évoquée est « l’avis défavorable des services de sécurité ».

Un autre berbériste, Ramdane Achab, enseignant de mathématiques au CUID et enseignant de tamazight (enseignement non autorisé officiellement) a vu, lui aussi, sa demande de passeport rejetée le 6 août 1984.

20 Avril 1984 :

Commémoration exceptionnelle du 4e anniversaire du 20 avril. Les festivités durent, pour la première fois, six jours. Elles sont variées et nombreuses : projections de films, conférences animées par Mahfoud Kaddache (historien), Rachid Mimouni (écrivain) et Nabil Farès (écrivain), exposition sur les événements d’avril 1980, les détenus du mouvement berbériste, pièces de théâtre en arabe et en kabyle, soirée poétique et gala à Oued-Aïssi.

13 Mai 1984

Les services de police de l’aéroport d’Alger interpellent Saïd Doumane, militant berbériste et enseignant au CUTO, et s’opposent à son départ pour la Pologne où il devait prendre part à un colloque international universitaire, sans lui donner aucune explication.

Juin 1984 :

Mokrane Chemime, militant berbériste et détenu de 1980 est convoqué à Sétif pour, selon Tafsut, « détention préventive ». Il est emprisonné durant cinq jours. il est libéré après avoir entamé une grève de la faim

25 Octobre 1984 :

Arezki Abbout, secrétaire général de la section syndicale du CUTO, militant berbériste et membre de l’Association des fils de chouhada et Ferhat Mehenni, lui aussi membre de la dite association, sont arrêtés à leurs domiciles. Ils sont conduits à Blida où ils subissent des interroga­toires.

7 Février 1985 :

A l’ouverture du Séminaire sur l’histoire de la révolution algérienne en wilaya III (la Kabylie), six membres du comité de wilaya de Tizi-Ouzou des enfants de chouhada (martyrs de la révolution) Noureddine Aït-Hammouda (fils du colonel Amirouche), Mokrane Ait-Larbi (avocat), Nacer Babouche, Rabah Benchikhoune (travailleur licencié de Cotitex de Draa-Ben-Khedda), Amar Fali (médecin) et Ferhat Mehenni (chanteur- Imazighen Imoula), voulant prendre la parole, sont arrêtés par la police.

Dans un appel à la population lancé le 10 février 1985, le comité des enfants de chouhada de la wilaya de Tizi-Ouzou rappelle que le seul crime des prisonniers « a été d’avoir dénoncé publiquement la confiscation et l’exploitation tendancieuse qui est faite de la mémoire des martyrs, par ceux qui veulent légitimer leur domination, et revendiqué le droit à la parole et la dignité pour tous les citoyens »

Ils dénoncent notamment l’arbitraire, la répression, la confiscation de la mémoire des martyrs et la falsification de l’histoire.

9 Février 1985 :

Le Dr Saïd Sadi, un des animateurs du Mouvement culturel berbère, rejoint les inculpés du 7 février. Il est kidnappé en ville (Tizi-Ouzou) pour avoir manifesté sa solidarité avec les détenus en question.

13 Février 1985 : Les six détenus devenus sept sont jugés, en présence de milliers de citoyens mobilisés par le comité des enfants de chouhada, pour « délit de droit commun » par le tribunal de Tizi-Ouzou qui prononce la relaxe.

Dans une déclaration où ils expliquent les causes et les effets de leur arrestation, les relaxés lancent un appel à l’union de tous les Algériens « afin d’imposer un État de droit qui garantisse à tout citoyen la liberté d’expression ».

Ils interpellent le pouvoir pour qu’il  » admette que les problèmes sont posés hors de ses structures et que leurs solutions ne peuvent être que politiques ».

5 Juin 1985

De violents affrontements entre les Mozabites (berbérophones de rite ibadhite) et les M’dabih-Chaambas (arabophones de rite malikite) sont déclenchés à Ghardaïa

Ces affrontements intercommunautaires font deux morts, une cinquantaine de blessés et occasionnent la destruction de plusieurs édifices, magasins, petites unités de production, vitrines et écoles appartenant aux Mozabites.

30 Juin 1985 :

Un groupe de militants des droits de l’homme tous militants du Mouvement culturel berbère, dépose une demande d’agrément et les statuts de la « Ligue algérienne pour les droits de l’homme » (LADH). Ses objectifs sont :

-  La défense des libertés fondamentales individuelles et politiques ;

-  La dénonciation, quelles que soient les motivations, des violations caractérisées des droits de l’homme, et des atteintes à la liberté de pensée, d’expression, d’opinion, de réunion, d’association, culturelle, syndicale, etc. »

La naissance de cette ligue dite « berbériste », par le fait de sa composante humaine, la plupart de ses cadres sont ani­mateurs du Mouvement culturel berbère, est venue suite aux divergences nées entre les militants des droits de l’homme de diverses tendances politiques et idéologiques au sujet des points suivants :

-  La présidence de la ligue, sa relation avec le FLN, son affiliation à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH).

L’idée de sa création mûrit au courant de l’automne 84, au sein d’un groupe de militants du Mouvement culturel berbère de Tizi-Ouzou et d’un groupe d’avocats d’Alger et de Tizi-Ouzou . Ils envisagent de constituer une « organisation berbère (kabyle) de défense des droits de l’homme ».

Mais le souci de créer une ligue nationale et non locale pousse ce groupe à élargir son champ à d’autres militants appartenant à d’autres régions du pays. C’est ainsi que des contacts sont pris, à la mi-décembre 1984, par l’intermé­diaire de Maître Hocine Zehouane, avec d’autres militants d’Alger : des universitaires marxistes, d’anciens respon­sables du FLN de la wilaya IV, d’anciens maquisards, des éléments d’extrême gauche trotskistes (OST) et des uni­versitaires indépendants. La majorité des militants d’Alger, non berbéristes, choisissent en mars 1985 Maître Omar Menouer pour présider la ligue naissante, écartant ainsi Maître Abdenour Ali-Yahia proche des berbéristes. Ces der­niers, minoritaires, se retirent et fondent leur propre ligue : la LADH.

La LADH ne reçoit pas d’agrément. Ses membres fon­dateurs seront sérieusement réprimés et emprisonnés par le régime. Une campagne de presse est déclenchée contre eux les accusant d’être des « opposants au régime », des « ’anti-nationalistes » et des « berbéristes manipulés ».

« Le recours à la tromperie sous le couvert des « droits de l’Homme », dira le Président Chadli Bendjedid dans un dis­cours en décembre 1985, « n’est en fait qu’un prétexte pour la création d’un parti politique servant les intérêts des enne­mis de l’Algérie. Ce que nous ne pouvons en aucun cas admettre, quelles que soient les circonstances. De même nous n’acceptons aucune leçon de quiconque en matière de respect des droits de l’individu, garantis par les lois du pays. »

5 Juillet 1985 :

En dehors du cadre officiel et des cérémonies organisées par le pouvoir et l’Organisation nationale des moud­jahidine (ONM), un grand nombre de fils de chouhada (martyrs de la révolution) déposent des gerbes de fleurs à la mémoire des martyrs le jour de la fête de l’indépendance, au cimetière d’El-Alia à Alger et dans d’autres villes du pays. Le pouvoir réagit en déclenchant une série d’arrestations. Plusieurs dizaines de personnes sont successivement arrêtées à Tizi-OuZou, Boumerdes, Tipaza, Chlef, Khenchela Parmi eux des militants berbéristes Il s’agit notamment de : Arezki Abbout, Nouredine Ait-Hamouda, Arezki Ait Larbi, Nacer Babouche, Rabah Ben­chikhoune, Mokrane Chemime, Belkacem Adjroud, Hazerchi Bouzid, Ali Faouzi Rebaine, Rachid Fennoune, Kouider Arrous et Ahmed Mekaoucha.

Ils seront tous les douze déférés une semaine après devant la Cour de sûreté de État à Médéa et incarcérés à la prison de Berrouaghia.

Un comité de soutien aux détenus est constitué le même jour (5 juillet 1985) à Tizi-Ouzou . Il est composé de fils de Chouhada et de militants du Mouvement culturel berbère. Ce comité jouera un rôle important dans l’information aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il contribuera à la Constitution d’un collectif d’avocats pour défendre les détenue­s, distribuera des tracts, des pétitions, fera des démarches auprès des autorités locales (wali, police…), organisera des quêtes en faveur des familles des détenus…

Dans son premier bulletin d’information daté du 5 juillet 85, et après avoir annoncé les arrestations, ce comité invite à la mobilisation et à la vigilance. Il déclare son refus de l’oppression : « non au règne de la répression et de l’arbitraire policier ». Il demande la libération des détenus, le respect de la mémoire des martyrs et le respect des libertés démocratiques et des droits de l’homme.

9 Juillet 1985 :

A 19 heures, à la sortie de son bureau, dans le centre d’Alger ; Maître Abdenour Ali-Yahia, avocat au barreau d’Alger, ancien ministre, membre du Comité central du FLN (1964) et co-fondateur de l’UGTA, président de la LADH et avocat des détenus du 5 juillet 1985, est appré­hende. Il est transféré à la prison de Berrouaghia (Médéa). Il venait de protester, dans un télégramme au Président Chadli contre les arrestations des enfants de Chouhada.

17 Juillet 1985 :

Les forces de l’ordre encerclent à Azazga (Tizi-Ouzou ) le bâtiment où réside le chanteur Ferhat M’henni, fondateur du groupe Imazighen Imoula en 1973, arrêté à plusieurs reprises par les forces de sécurité, membre Comité des fils de chouhada, du Comité directeur de la LADH et militant du Mouvement culturel berbère. Il est arrêté à six heures du matin. Il est transféré à Alger pour rejoindre ensuite ses amis à la prison de Berrouaghia. Il sera Conduit à son arrivée dans le quartier des condamnés à mort.

Il est transféré plus tard à la prison de Médéa puis le 20 août 1985 à celle de Blida.

Le même jour ; un communiqué du Comité des fils de chouhada de la wilaya de Tizi-Ouzou informe la population des arrestations, de leurs conditions et de leurs suites. Les enfants de martyrs attirent l’attention des citoyens sur les rumeurs répandues par les services de répression, qui ten­dent à laisser croire que l’association des fils de chouhada « revendique un statut particulier pour ses membres, des avantages socio-économiques ; (…) ces rumeurs ne visent qu’à dénaturer notre mouvement, à nous isoler de la popula­tion, et à empêcher l’émergence de solidarités au sein de notre société (….) Les camions, les appartements et les postes de responsabilité, ce sont les militants du FLN qui les accumulent et non pas les détenus de Berrouaghia ! ».

30 Juillet 1985 :

Les quatorze détenus de la prison de Berouaghia observent une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention et dénoncer les abus des services de police et de l’administration pénitentiaire notamment le sort du chanteur Ferhat M’henni. Ils réclament le statut de prisonniers politiques. Ils seront séparés et mis dans trois prisons différentes (Berrouaghia, Ksar El-Boukhari et Médéa).

Cette grève de la faim prendra fin le 10 août après l’amélioration de leurs conditions de détention.

21 Août 1985 :

Saïd Sadi, militant du Mouvement culturel berbère et membre de la LADH, Me Mokrane Ait-Larbi avocat et vice-président de la LADH et Said Douman enseignant au centre universitaire de Tizi Ouzou et membre de la LADH, sont arrêtés à l’hôpital de Tiizi-Ouzou pour premier, et à leur domicile respectif pour le second et le Lier Les chefs d’inculpation sont :
-  atteinte à l’autorité de État, distribution de tracts et constitution d’association illégale.

Trois membres du Comité des fils de chouhada d’Alger sont arrêtés le même jour. Il s’agit de : Mohamed Ferhi, Amar Mokrani (Ouadhia) et Boudjemaa Iguernelala (Tigzirt).

Le tribunal de Bordj-Menaiel condamne six militants fils de chouhada de Naciria, incarcérés durant le mois de juillet, à six mois de prison avec sursis.

5 Septembre 1985 :

Le poète et chanteur kabyle Lounis Ait-Menguellet est arrêté chez lui à Ighil-bbwammas.

7 Septembre 1985 :

Une décision du conseil de wilaya de Tizi-Ouzou dissout la section de wilaya de l’Union médicale algérienne (UMA) suite à ses activités en faveur Said Sadi et des détenus de l’été 1985.

Même période : Lors du débat sur l’enrichissement de la Charte nationale, des membres du groupe « Les Berbères » d’Oum-El-Bouaghi, région chaouia, sont arrêtés les forces de sécurité.

16 Septembre 1985 :

Le Dr Hachemi Nait-Djoudi, secré­taire adjoint de la LADH est arrêté. Il est transféré à la prison de Berrouaghia.

29 Octobre 1985 :

Le poète et chanteur Lounis Ait-Menguellet est condamné par le tribunal correctionnel d’Alger à trois ans de prison et à une amende douanière. Le chef d’inculpation, selon l’APS, est la détention illégale d’armes de chasse et de guerre.

1 Novembre 1985 :

Une centaine de personnes environ, sont condamnés à des peines allant de 6 à 24 mois de prison suite à des manifestations en Kabylie.

2 Novembre 1985

Le bureau international de la FIDH émet un avis favorable d’affiliation de la LADH.

19 Décembre 1985 :

La Cour de sûreté de État de Médéa rend le verdict de l’affaire dite « affaire Rébaine Ali Faouzi », procès des détenus de l’été 1985, militants de la LADH, de l’association des enfants de chouhada et militants du Mouvement culturel berbère : Ali Faouzi Rébaine (3 ans de prison), Arezki Ait-Larbi (3 ans de prison), Arezki Abbout (3 ans de prison), Ferhat M’henni (3 ans de prison), Saïd Saad (3 ans de prison), Saïd Doumene (3 ans de prison). Rachid Fennoun (2 ans de prison), Kadour Arrous (2 ans de prison), Hachemi Nait Djoudi (2 ans de prison). Belkacem Adjroud (18 mois de prison). Mâamar Benaoucha (1 année de prison). Nouredine Ait-Hamouda (11 mois de prison), Rabah Benchikhoune (11 mois de prison), Nacer Babouche (11 mois de prison), Abdenour Ali-Yahia (11 mois de prison), Mokrane Ait-Larbi (11 mois de prison). Ahmed Mekaoucha (10 mois de prison), Hazerchi Bouzid (10 mois de prison), Fetouma Ouzegane (10 mois de prison). Amar Mokrani (6 mois de prison), Boudjemâa Iguernelala (6 mois de prison), Mohand Ferhi (6 mois de prison). Mokrane Chemime (acquitté).

Ces 23 inculpés ont été jugés pour les chefs d’inculpation suivants :

-  Atteinte à l’autorité de État par incitation au changement du régime (ce seul chef d’inculpation est passible de peine de mort), élaboration et diffusion de tracts pouvant porter atteinte à l’intérêt suprême du pays, création d’associations illégales et attroupements non armés.

Suite à la campagne menée en faveur des détenus par la presse internationale, les organisations et ligues des droits de l’homme (Amnesty international, Ligue tunisienne des droits de l’homme, Association des avocats arabes, Association des avocats africains…) et à l’intérieur du pays, ainsi que la présence d’avocats mandatés par la FIDH à laquelle la LADH avait adhéré, la cour de sûreté de État est contrainte à ne pas retenir le premier chef d’inculpation.

Afin de discréditer ces militants, le Président Chadli Bendjedid dans un discours devant le congrès extraordinaire du FLN de décembre 1985 déclare : « D’autres groupes se font les champions du berbérisme et là, je me demande qui est berbère et qui ne l’est pas dans ce pays. Nous rejetons catégoriquement ce terme qui nous a été accolé autrefois. Cette rengaine procède en réalité de mentalités rétrogrades, exacerbées par le colonia­lisme, au moyen de la politique de « diviser pour régner ». L’Algérie est une, et il m’a déjà été donné de dire que je suis un Algérien que l’Islam a arabisé, j’y crois et j’en suis fier (…) L’objectif recherché est donc de tenter de diviser la Nation… »

19 Août 1986 :

L’Académie algérienne de langue arabe est créée par décret. Elle est placée sous le haut patronage du Président de la République.

Cette Académie, qui est une institution nationale à caractère scientifique et culturel, a pour objectifs de :
-   »Servir la langue nationale en oeuvrant à son enrichis­sement, sa promotion et son développement ;
-  Préserver sa pureté et veiller à l’adapter aux réalités contemporaines en tant que véhicule d’invention scienti­fique et technologique ;
-  Concourir à son rayonnement en tant qu’outil de création dans les domaines des lettres, des arts et des sciences ».

Février 1987 :

Ouverture d’un Institut national supérieur de Culture populaire à Tlemcen. Il a pour vocation de « contribuer à la préservation du patrimoine culturel populaire algérien : traditions, coutumes, médecine traditionnelle, arts populaires, chants et poésies ».

5 Juillet 1987 :

A l’occasion du 25e anniversaire de l’indépendance, l’un des « poseurs de bombes », Mohamed Haroun est libéré de la prison de Lambèse après onze années de détention, bénéficiant d’une grâce présidentielle.

20 Avril 1988 :

Une table ronde réunit des militants berbéristes à Tizi-Ouzou. Des divergences apparaissent.

Août 1988 :

Une importante réunion de militants du Mouvement culturel berbère a lieu près d’Azeffoun (Tizi-Ouzou ). Elle déclare l’urgence de créer une organisation politique du MCB.

5 Octobre 1988 :

Des manifestations populaires éclatent à Alger pour manifester le ras-le-bol populaire contre 1e régime de Chadli Bendjedid. Ces manifestations se propagent à plusieurs régions du pays sauf en Kabylie où règne un calme relatif. C’est une secousse qui ébranle et accélère l’évolution du champ politique en Algérie. Les jours qui sui­vent ces événements d’octobre voient l’ouverture du régime vers un pluralisme politique rendu jusque là impossible par le parti unique depuis 1962.

Lors des émeutes d’octobre, Matoub Lounés, chanteur et militant du mouvement berbériste est atteint de plusieurs balles tirées par des gendarmes qui avaient dressé un barrage sur la route de Ain-El-Hammam.. Matoub selon certaines sources, détenait des tracts appelant la population de Kabylie au calme.

9 Novembre 1988 :

Un mois après les événements d’octobre 1988, le Dr Saïd Sadi, Maître Mokrane Ait-Larbi, Mustapha Bacha et Ferhat M’henni tiennent une conférence de presse au campus de Tizi-Ouzou . Ils déclarent que le Mouvement culturel berbère à travers sa lutte, « s’est toujours inscrit dans la perspective d’une dynamique du pays… (…), l’expres­sion des axes stratégiques prioritaires qu’il s’est définis, reconnaissance et prise en charge de la langue et de la cul­ture berbères, libertés démocratique notamment, trouvent une solution naturelle dans une vie publique libre et tolérante ».

« (…)Seule, continuent-ils, une société régie par des politiques dignement représentatives (…) peut

mettre aux différents cadres de représentation socio-politique (…) de jouer pleinement et efficacement leur rôle ».

Ils appellent à la tenue des premières assises du mouvement.

25 Novembre 1988

Un meeting initié par le comité de cité de l’université de Tizi-Ouzou se tient au stade Oukil Ramdane. Il regroupe plusieurs personnalités et militants du MCB. L’intervention du Dr Sadi, ajoutée à son initiative, lancée avec trois de ses camarades d’appeler à une conférence de presse, fait réagir d’autres militants du MCB. Dans une « lettre à la population », ils accusent nommément le Dr Sadi de prôner une ligne non revendicatrice (des propositions ont été avancées) contraire aux principes du mouvement.

« Nous sommes », écrivent-ils, « en droit de nous interroger sur d’éventuels engagements pris avec le pouvoir dans le cadre des réformes politiques annoncées. Quelle satisfaction avon-nous obtenue pour passer du stade revendicatif au stade de la proposition ? ».

Ils dénoncent la mainmise des quatre militants (Sadi, M’henni, Bacha, Mokrane Ait-Larbi) sur le mouvement ­berbère et parlent d’une rupture « effectivement et publiquement consommée ».

Ils appellent à l’esprit de responsabilité des militants pour « déjouer toute tentative de récupération de cette scission ».

17 Décembre 1988 :

Dans un autre document daté du 17 décembre 1988 et intitulé « pourquoi des assises », ses auteurs parlent de la « nécessité de l’option d’une organisa­tion pitico-culturelle indépendante, libre, représentative et ce » qui permettra à leur mouvement de franchir « un saut qualitatif en rapport avec la situation et les exigences socio-culturelles actuelles, à l’instar des autres courants de pensée dans le pays ».

3 Janvier 1989 :

Le comité préparatoire, dans « Éléments de réflexion pour les assises », dresse un bilan de huit années de lutte. Le Printemps berbère a, selon le document, « permis aux berbérophones d’exprimer massivement leur attachement à leur langue et à leur culture, interpellé leurs compatriotes sur la nécessaire d’une discussion autour de l’identité nationale ». Mais « la terreur » et les « traditions de lutte insuffisantes, la perte de la notion de l’effort permanent »et « la fermeture des autorités en la matière, ont amené les militants à concevoir leur combat dans des regroupements informels où le fonctionnement était plus déterminé par les rapports individuels que par les exigences structurelles de la lutte ».

Pour ces causes, « des potentialités humaines et matérielles considérables n’ont pu être rentabilisées, occasionnant ainsi de sérieux dommages à l’épanouissement culturel berbère ».

Ils sont convaincus que cette situation « doit cesser car inefficace et dangereuse ». Ils proposent « un définitif de l’improvisation qui a prévalu jusque là, de créer, « un cadre structurel suffisamment efficient et fonctionnel qui n’en réduise pas l’envergure sociologique » et « trouver la meilleure voie par laquelle l’intégration nationale et maghrébine de (leur) lutte peut se faire ».

Ces assises qui se tiendront les 9 et 10 février 1989, donneront naissance au parti politique « Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) ».

16 au 24 Juillet 1989 :

Neuf années après la tenue du 1er séminaire de Yakouren et après plusieurs années de clandestinité, le Mouvement culturel berbère tient son 2eme séminaire à Tizi-Ouzou. Il a pour objectif de faire le bilan qualitatif de la trajectoire qu’il a connue et définir ses contours actuels, les perspectives sur les plans de l’organisation et du programme de travail. Dans sa plate-forme, le MCB se défi­nit comme « un mouvement de revendication rassembleur et autour de la question identitaire, culturelle et linguistique ­ »Le MCB, mouvement à caractère pacifique, non violant est « une force sociale et politique, démocratique… » qui inscrit son combat dans le cadre du mouvement démocratique de tout le peuple algérien ».

Il lutte et combat pour :
-  La reconnaissance constitutionnelle de la dimension amazigh comme partie intégrante et inaliénable de l’identité du peuple algérien ;
-  La récupération et la promotion des cultures populaires algériennes en général et du patrimoine amazigh en particulier
-  La reconnaissance de la langue tamazight, tangue nationale et officielle aux côtés de l’arabe ;
-  Le développement et la promotion de la production culturelle en langue tamazight ;
-  Le développement et la généralisation progressive de l’enseignement de cette langue ainsi que sa prise en charge par les médias, l’administration, etc.

Le Mouvement Culturel Berbère se dit « partisan de l’ou­verture sur les autres dimensions de la culture nationale et l’universalité ».  » Il n’est ni chauvin ni passéiste ». il est ouvert à toute personne militante ou non dans un parti politique, le MCB se défend d’être partisan d’un parti politique. Il n’est ni un parti politique, ni un relais de partis. « Il n’a pas vocation à prendre le pouvoir ». Le MCB, mouvement reven­dicatif se dit « autonome vis-à-vis de l’ensemble des partis politiques, ainsi que de État ».

5 Janvier 1990 :

Un tract signé Mouvement culturel amazigh invite tous les militants berbères (individus, associations cul­turelles, partis politiques) à un rassemblement devant le Premier ministère le 25 janvier à 13 h. Cela en « vue, selon le document, d’exiger l’intégration de la langue et de la culture tamazight au sein de l’Université, c’est-à-dire la création d’instituts d’enseignement et de recherche en tamazight.

L’organisation de ce rassemblement suscite une polémique au sein des militants du MCB.

16 Janvier 1990 :

Le Rassemblement pour la culture e la démocratie (RCD) s’oppose à l’appel du MCB pour 1e rassemblement devant le Premier ministère prévu pour 25 janvier 1990. Dans une déclaration intitulée « question amazigh : dépasser la confusion et prévenir les dérapages » le RCD qualifie l’appel d’anonyme puisqu’il ne porte aucune signature. Il se demande : « qui est effectivement derrière cet appel ? Un parti, plusieurs partis, une association ou des individus ? Comment s’appellent-ils ? Qui va prendre la parole ? Pour dire quoi ? ».

Pour le RCD, il y a « trop de doutes, trop de manœuvres trop d’anonymat, trop de confusion » qui « accompagne l’action du 25 janvier ».

18 Janvier 1990 :

Les auteurs de l’appel du 25 janvier répondent individuellement à la déclaration du RCD par une autre déclaration signée MCB. Cette déclaration vient comme pour donner l’identification réelle des auteurs de l’appel du MCB au rassemblement. Ce sont les représentant des Commissions de wilaya issues de son 2e séminaire, des représentants de plusieurs associations culturelles ou civiles.

La déclaration précise que le MCB « ne donne aucune signification politicienne quant au choix du lieu de rassemblement ».

22 Janvier 1990

Une déclaration signée « Étudiants réunis en A.G. de l’université de Tizi-Ouzou » qui se réclament partie prenante du MCB, critique sévèrement l’attitude du RCD vis-à-vis du rassemblement prévu pour le 25 janvier 1990. Ces étudiants se disent « profondément indignés par l’attitude malhonnête, criminelle et calculatrice du RCD ».

Ils appellent tous les militants sincères à « dénoncer énergiquement ce parti qui prétend détenir la paternité de la revendication tamazight ».

A trois jours du rassemblement prévu par le MCB à Alger ; le ministre délégué aux Universités annonce la création d’un département autonome de la langue et culture tamazight

23 Janvier 1990 :

Un groupe de dix enseignants de la langue et militants du MCB (Abdennour Abdeslam, Arezki Graine, Hakim Saheb, Mourad Bounab, Amar Amireche et Khaled Bouredine) rendent public une déclaration intitulée « la raison et l’instinct ». Dans cette déclaration, ils s’opposent et se démarquent de l’appel au rassemblement du 25 Janvier et appellent les militants à un maximum de vigilance. Ils se posent les questions suivantes : « Puisque l’institut est acquis, pourquoi ce rassemblement ?
-  Aller au siège du gouvernement pour dire quoi ?
-  Quel est l’objectif réel de ce rassemblement ?
-  A qui profite ce rassemblement : est-ce à tamazight ou à des formations politiques ? Lesquelles ? Quelle est leur position (dans leur programme) sur tamazight ? ».

25 Janvier 1990 :

Des centaines de milliers de manifestants répondent à l’appel du MCB en prenant part au rassemblement devant l’APN (Assemblée Populaire Nationale) à Alger. Ils sont venus de plusieurs départements du pays, « infli­geant ainsi un cinglant démenti à ceux qui voulaient régionaliser le mouvement ».

Cette marche, prévue lors du deuxième séminaire du MCB (Commissions nationales) et dont le mot d’ordre était la réalisation d’un institut ou département de la Thamazight à Tizi-Ouzou, a confirmé l’enracinement du mou­vement berbériste au sein de la population alors qu’on pen­sait « que derrière les trois initiales se cachait un mouvement d’élites restreint à l’université ».

La réussite de la marche a malheureusement suscité, selon le rapport du MCB « des appétits politiques divers ». côté du pouvoir d’abord, puis des forces politiques qui voulaient le récupérer et enfin de l’intérieur du mouvement, qui le plongent dans une crise dangereuse. La crise éclatera a grand jour le 20 avril 1990, au campus de Oued-Aïssi lors du gala de la commémoration du 10 e anniversaire du printemps berbère.

Cette crise provoque un schisme et divise le mouvement culturel berbère d’une manière claire en deux ailes diamétralement opposées : les Commissions nationales du FFS d’Aït-Ahmed et la Coordination nationale proche du RCD de Sadi. Les événements (notamment les élection, que connaîtra, plus tard, l’Algérie vont accentuer les divergences et feront réagir des militants berbéristes. Angoissé ils s’insurgent contre les manœuvres de division du mouvement à tel point que l’un d’eux, Mokrane Chemime, détenu d’avril 1980 et linguiste écrit dans les colonnes de presse en mai 1994 ce qui suit :

« Alors, dans la rue, des gens (…)se posent l’inévitable question : pourquoi deux MCB pour défendre une seule et même cause ? Existe-t-il des divergences de fond entre les deux « adversaires », ces « frères ennemis » sur la question de l’identité de la langue et de la culture ? L’absence de débats francs et sereins entre la sensibilité RCD et la sensibilité FFS sème davantage la confusion, jette encore plus d’obscurité sur la démarche et surtout les desseins des uns et des autres. Que veulent-ils exactement et où veulent-ils en venir ? (… Les véritables divergences sont d’ordre politique ou, comme disent certains, une question de leadership ».

« (…)Ayez pitié de nous, démocrates des deux MCB, jouez cartes sur table, parlez-nous franchement. Si non, nous, qui nous mobilisons pour la cause Thamazight mais jamais pour vous, par le cœur et par la raison, risquent de vous « lâcher » au milieu du chemin »

Même période : Un cercle d’études berbères est mis sur pied à Ghardaïa autour de Abderrahmane Houache, pionnier berbérisant du M’zab, regroupant d’autres mili­tants tels que : Salah Tirichine, Abdelwahab Fekhar…….

Ce premier cercle du genre, au M’zab, entreprend des projets ambitieux dans le domaine de la langue, de la culture et de la prise de conscience identitaire chez les jeunes Mozabites. Ces initiateurs entament la révision et le déve­loppement d’un dictionnaire complet mozabite-français. Ils créent plusieurs centaines de néologismes et amorcent la ration de l’école Thamazight. Ils créent un vocabulaire propre à la région, une modalité de transcription en caractères arabes, des publications dans le domaine de la grammaire et de la poésie.

Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

source:afrique-du-nord.com

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Réflexion sur l’avenir de la langue kabyle

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Réflexion sur l’avenir de la langue kabyle
Le 23 Avril 2007
Nous publions ci-dessous la contribution de Malik At Amer Ouali

Le journal Le Monde a récemment publié [1] l’information selon laquelle un comité d’experts a été mandaté par l’UNESCO pour faire des recommandations pour lutter contre la disparition des langues minoritaires, qui, depuis les années 90, se poursuit à un rythme sans précédent. Selon cet article, d’ici un siècle, 90% de cette richesse pourraient avoir disparu.

Cette information m’a interpellé et m’a poussé à me documenter afin d’identifier les causes de cette mort annoncée et par la même occasion voir si la langue kabyle pourrait elle aussi se voir menacée. Dans ce qui suit, je me focaliserai volontairement sur la langue kabyle mais les idées développées sont à l’évidence transposables au reste des langues populaires (chaoui, m’zab, arabe dialectal, etc.).

Peut-être que ce sujet suscitera-t-il une prise de conscience et un débat entre les lecteurs.

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Un peu d’histoire
«Au commencement était le verbe, la langue commune à tous les humains, puis Dieu introduisit la confusion dans le langage» dit la bible (*).

«Au début existait une langue mère, qui se serait ramifiée au fil des millénaires en une multitude de parlers différents» affirment les chercheurs.

Aujourd’hui, entre 5000 et 6700 langues sont parlées de par le monde. Cependant, ces langues sont d’importances très inégales puisque 96% d’entre elles sont parlées par seulement 4% de la population.

Formulé autrement, on dira que 96% de la population se partage entre 7 langues dominantes: le chinois, l’anglais, l’hindi et l’ourdou, l’espagnol, le russe et l’arabe.

Quant aux langues restantes, les linguistes partagent la conviction que la moitié d’entre elles auront disparu d’ici la fin du XXIème siècle. Soit en moyenne la disparition d’une langue tous les quinze jours !

Une langue meurt quand son dernier locuteur meurt. Une étude réalisée en février 1999 par l’université du Dakota du nord recensait 51 langues parlées par une seule personne, près de 500 par moins de 100 locuteurs, 1500 par moins de 1000, plus de 3000 par moins de 10 000 personnes et 5000 par moins de 100 000 personnes. Il n’est donc pas étonnant qu’un aussi grand nombre de ces langues soient menacées de disparition. Cependant, une langue parlée par plus de 100 000 personnes est-elle hors de danger? Pas nécessairement selon David Crystal, professeur de linguistique à l’université du pays de Galles à Bangor. «Tout dépend des pressions qu’elle subit, notamment de la part d’une langue dominante. Cela dépend aussi de l’attitude des gens qui la parlent: sont-ils attachés à sa survie ou bien s’en moquent-ils complètement?
Le breton est l’exemple typique d’une langue ayant vu le nombre de ses locuteurs décliner de façon catastrophique. Au début du XXème siècle, ils étaient 1 million à le parler. Ils sont aujourd’hui moins du tiers. Si rien n’est fait, le breton pourrait disparaître d’ici à cinquante ans.»

Pourquoi les langues meurent-elles ?
Les raisons sont multiples, on peut citer :

- les catastrophes naturelles,
- les génocides,
- l’assimilation par brassage des populations,
- la domination économique et culturelle de certaines langues sur d’autres.
- la colonisation /décolonisation ( et de manière générale tous les conflits)

L’influence de la colonisation dans l’émergence de langues dominantes est prépondérante. En effet, selon David Crystal, «la crise actuelle tient pour beaucoup aux grands mouvements coloniaux amorcés voilà cinq cents ans, le colonialisme ayant propagé dans le monde entier une poignée de langues dominantes. En Amérique du nord et en Australie, l’anglais a détrôné de nombreuses langues autochtones. En amérique du sud, l’espagnol et le portugais se sont imposés. Dans le grand nord Asiatique ce fut le russe. Le colonisateur européen n’est pas le seul responsable de cette crise. L’arabe a également évincé bon nombre de langues au Maghreb.»

En définitive, exceptées les catastrophes naturelles, les autres raisons énumérées ci-dessus se rapportent toutes in fine à un enjeu de pouvoir .
En règle générale [3], les détenteurs du pouvoir au sein d’un pays l’obtiennent soit par la contrainte, en forçant les populations à se soumettre, soit par le consentement en essayant de convaincre la majorité qu’il est de son intérêt de les soutenir. Cependant, le consentement n’est pas nécessairement un choix conscient mais relève souvent d’un processus inconscient de dressage que l’on désigne par «pouvoir idéologique» .

C’est pour renforcer ce dernier, que les états vont mettre en place des politiques linguistiques définies comme «l’ensemble des choix conscients effectués dans le domaine des rapports entre langue, vie sociale et vie nationale». Ces choix peuvent être faits dans l’intérêt du peuple en l’aidant à se réapproprier son identité par la réhabilitation de toutes ses langues, ou bien dans le but de conserver un pouvoir acquis en favorisant la domination d’une langue sur les autres et par là même la mort de ces dernières.

C’est au nom de l’idéologie liée à l’unité nationale mais aussi de la modernité que la France a imposé le français et éradiqué les langues régionales, qualifiés péjorativement de patois. C’est toujours au nom de l’unité que la Turquie a marginalisé le kurde et que les pays du Maghreb n’ont pas officialisé l’arabe dialectale et tamazight.

Cela revient-il à dire que les plus homogènes des sociétés et les plus stables des régimes sont bâtis sur un système monolingue? Non, répondent les spécialistes, qui affirment le caractère naturel du plurilinguisme. Par ailleurs, l’histoire a montré que les principaux foyers de tension de ces dernières décennies étaient de pays unilingues: le Cambodge, le Vietnam, le Rwanda, le Burundi, la Yougoslavie, l’Irlande du nord, etc. Toutes les nations unilingues ont connu des guerres civiles.

Il est intéressant de noter que les origines du rapport entre la stabilité, l’unité et la force d’une part, et le monolinguisme d’autre part, remontent comme l’attestent les citations bibliques aux origines de l’humanité. De même, dans la conscience collective des musulmans, l’arabe est la langue parlée par Adam au paradis et que par ailleurs, c’est parce que l’arabe est depuis l’origine de l’humanité, la langue miraculeuse que Dieu s’est exprimé en arabe dans le Coran. Il en résulte que la langue arabe est la langue originelle et qu’elle est de ce fait supérieure à toutes les autres.

Il est intéressant, à ce niveau, de citer deux exemples de politiques linguistiques afin d’éclairer mon propos [2]:

1- La Guinée
A l’instar des pays du Maghreb, elle a entamé dès son indépendance une politique de décolonisation linguistique et refusé de faire du français une langue officielle. Ainsi, les autorités ont -elles déclaré les huit langues les plus parlées comme langues officielles et lancé des campagnes d’alphabétisation fonctionnelle en direction des adultes et des écoles. Ralenti par diverses entraves, ce programme sera abandonné au lendemain du décès du président Sékou Touré en 1984. Arrivé au pouvoir grâce à un coup d’état, le général Lansana Conté rétablira la totalité de l’enseignement en français, devenu langue officielle.

2- La Turquie
L’exemple turc offre une autre grille de lecture. La question linguistique a été posée pendant la révolution lancée par Mustapha Kemal. Ce dernier engagera une planification linguistique comprenant l’établissement, dès 1928, d’un alphabet fondé sur l’alphabet latin en remplacement des lettres arabes; la suppression de l’enseignement de l’arabe et du persan à l’école; l’imposition de noms d’origine turque et l’obligation de lire le coran en turc. Les millions de kurdes vivant en Turquie ont tout simplement été ignorés. Cette vision totalitaire, certes due dans le cas de Attatürk, à un véritable nationalisme linguistique, visant notamment à réduire au minimum la distance séparant la langue écrite de celle parlée par la majorité du peuple, est néanmoins comparable à la vision de la révolution culturelle en Chine et à celle du système politique algérien. Toutes trois se sont appuyées sur le postulat selon lequel un État égale une nation, une nation égale une langue.

Il ressort de ces exemples que les politiques linguistiques reflètent un premier conflit entre la pratique sociale et l’autorité politique, et un second entre les frontières linguistiques et celles de l’état. Les deux conflits se rejoignent car ils poursuivent un seul objectif: Le pouvoir.

Les langues: un patrimoine fragile

Selon David Crystal,
Lorsqu’une culture est assimilée par une autre, la langue menacée subit un processus qui passe généralement par trois étapes:

- Dans un premier temps, les locuteurs subissent une pression très forte (politique, sociale ou économique) pour parler la langue dominante. Ce phénomène peut venir d’en haut, sous forme de mesures d’incitation, de recommandations ou de lois, ou bien de la base, par la pression du groupe ou en raison de la nécessité économique.

- La deuxième phase correspond à une période de bilinguisme émergent. On maîtrise de mieux en mieux la nouvelle langue, tout en étant toujours compétent dans l’ancienne. Puis, souvent très rapidement, le bilinguisme commence à s’estomper et l’ancienne langue cède le pas à la nouvelle.

- Au cours de la troisième phase , la jeune génération s’identifie de plus en plus à la nouvelle langue, l’ancienne ayant à ses yeux moins d’intérêt. Souvent, à ce stade, parents et enfants éprouvent une certaine honte à utiliser l’ancienne langue. Les familles qui continuent de la parler voient diminuer le nombre de leurs interlocuteurs et, le domaine d’usage se rétrécissant, cela aboutit à la création de « dialectes familiaux ». En une génération, un bilinguisme salutaire peut évoluer vers un semi-linguisme gauche (on ne parle aucune des deux langues correctement), pour aboutir à l’unilinguisme.
Quel remède à cela? Selon les linguistes, dans le cas de beaucoup de langues, il est trop tard pour faire quoi que ce soit, parce que les locuteurs sont soit trop peu nombreux soit trop âgés, ou bien parce que la communauté linguistique est trop occupée par ailleurs à essayer de survivre. Mais bien d’autres langues n’en sont pas à ce stade et on peut encore dans bien des cas les revitaliser. Il existe des exemple probants en Australie, en Amérique du nord et en Europe. Mais il faut pour cela qu’un certain nombre de conditions soient réunies:

1. La communauté elle-même doit avoir envie de sauver sa langue

2. La culture plus vaste dans laquelle elle s’inscrit doit respecter les langues minoritaires

3. Il faut des fonds pour financer les cours, le matériel pédagogique et les enseignants»

Quel constat pour la langue kabyle?

Afin de rester le plus objectif possible, essayons de faire un état des lieux en superposant la situation actuelle de la langue kabyle et les critères énoncés ci-dessus:

« Les locuteurs subissent une pression très forte (politique, sociale ou économique) pour parler la langue dominante. Ce phénomène peut venir d’en haut, sous forme de mesures d’incitation, de recommandations ou de lois, ou bien de la base, par la pression du groupe ou en raison de la nécessité économique. »

La langue kabyle se trouve bien dans ce cas !

Les autorités algériennes post-indépendance, ont de tout temps exercé une pression politique visant à la disparition pure et simple des langues du peuple, en particulier le kabyle. Pour s’en convaincre, je propose d’une part de relire les citations de quelques responsables, et d’autres part de citer quelques faits marquants [3] (lire à ce propos l’excellent ouvrage de Mohamed Benrabah).

1- Quelques citations:

Propos de Ben Bella (1er président de la république) à l’adresse de Habib Bourguiba (aéroport de Tunis 14/04/1962)
« Nous sommes arabes. Nous sommes arabes. Nous sommes arabes »

Propos de Houari Boumédiene (2ème président de la république) :
« Comment feront nos enfants pour se faire comprendre par leurs frères du Caire ou de Bagdad si, au lieu d’apprendre l’arabe, on s’occupe d’enseigner le Berbère. »

Propos de Chadli Bendjedid (3ème président de la république), Paris-Match octobre 1981
« Le berbère n’existait pas puisqu’il recelait des mots arabes »

Propos de Mouloud Kacim Naït-Belkacem (pourtant d’origine kabyle):
« Les berbères n’existent pas; je sais de quoi je parle: j’en suis un ! »

Propos de Ahmed Taleb Ibrahimi ministre de l’Éducation de l’ère Boumediene :
« L’école algérienne doit viser en premier lieu à former en arabe, à apprendre à penser en arabe »

« …Si l’on continuait à maîtriser l’école, il y aurait bien un moment où le renouvellement des populations créerait une situation de fait. Toutes les forces vives du pays finiraient par être le produit de l’école islamiste.  »

« En Algérie, le problème de la langue Berbère sera résolu quand les enfants ne comprendront plus leurs parents et réciproquement « .

2- Quelques faits :

1962: Une fois au pouvoir, Ben Bella fait fondre l’unique alphabet berbère entreposé à l’imprimerie nationale.

1969: Pour l’ouverture du premier festival panafricain, Houari Boumediene déclarait:
« L’entreprise la plus noble passe d’abord par le souci d’être soi-même, non point un homme emprunté, mais un homme réel, tel qu’en lui même l’histoire, la géographie, l’économie et le sang de ses pères l’ont fait ».

Cependant, ce discours démagogique sera contredit par l’interdiction faite à Taos Amrouche de chanter lors de ce festival. Celle-ci ayant pourtant acquis une renommée internationale pour avoir sauvé de l’oubli des chants kabyles anciens.

1970: usage du berbère proscrit à l’école, interdiction d’utiliser des interprètes dans les tribunaux pour les non-arabophones, interdiction d’utiliser les prénoms d’origine berbère (Massinissa, jugurtha, etc.)

1973: Suppression de l’unique Chaire de berbère à l’université d’Alger occupée par Mouloud Mammeri.

1977: Pour étouffer la spécificité algérienne et tenter de gommer toute référence aux mots kabyle et Kabylie, les autorités vont renommer le club de football JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) s’appelant ainsi depuis 1947, en JET (Jeunesse Électronique de Tizi-Ouzou).

Avril 1980: Les autorités interdisent à Mouloud Mammeri de tenir une conférence sur les « poèmes kabyles anciens » à l’université de Tizi-ouzou. Révolte de la jeunesse kabyle et naissance du Printemps Berbère célébré chaque année depuis plus de vingt ans. Ces évènements auront servi à éveiller une conscience politique auprès de toute une génération de kabyles n’ayant pas connu la guerre d’Algérie.

16/01/1991: Loi n°91-05 portant généralisation de l’utilisation de la langue arabe.
Article 32: Quiconque signe un document rédigé dans une langue autre que l’arabe, lors de l’exercice de ses fonctions officielles, est passible d’une amende de 1000 à 5000 DA.

Janvier 1992: Arrivée au Pouvoir de Mohamed BOUDIAF.
- Boudiaf, en tant que président, va s’adresser au peuple en arabe algérien. C’est une première dans l’histoire de l’Algérie indépendante.
- Il qualifie l’école de « sinistrée » et la trouve « indigne du peuple algérien ».
- Il gèle la loi n° 91-05 portant généralisation de l’utilisation de la langue arabe.

Juin 1992: Mohamed BOUDIAF est assassiné.
Entre-temps, il aura réussi malgré son court passage, à « réconcilier les algériens avec eux-mêmes, avec leur histoire, avec leur image. »

25 juin 1998: Assassinat de Matoub Lounès figure emblématique de la lutte pour une Algérie démocratique et plurielle.

5 juillet 1998 (soit 10 jours après le décès de Matoub): entrée en vigueur de la loi 91-05 sur la généralisation de la langue arabe sans aucune considération des autorités pour l’ensemble des kabyles touchés dans leur chair par cette disparition.

« La deuxième phase correspond à une période de bilinguisme émergent. On maîtrise de mieux en mieux la nouvelle langue, tout en étant toujours compétent dans l’ancienne. Puis, souvent très rapidement, le bilinguisme commence à s’estomper et l’ancienne langue cède le pas à la nouvelle. »

Cette phase est déjà une conséquence des raisons précédentes. Outre les pressions politiques évoquées, il faudra rajouter la pression sociale et la pression économique.

La pression économique va pousser les kabyles à émigrer hors de Kabylie vers les bassins d’emplois répartis à travers le territoire. Le pouvoir ayant tout fait pour dissuader l’investissement en Kabylie par l’intermédiaire d’une pression fiscale insupportable, fera en sorte que les entrepreneurs kabyles se délocalisent eux-mêmes vers l’Oranie, l’Algérois et le Constantinois.

Quant à la pression sociale, elle va s’exercer par l’intermédiaire de l’école mais également de l’environnement comme la télévision ou tout simplement les concitoyens non kabylophones. Toutes ces raisons feront que les kabyles vont apprendre l’arabe tout en maintenant l’utilisation du kabyle à l’intérieur de la cellule familiale.

Au cours de la troisième phase , la jeune génération s’identifie de plus en plus à la nouvelle langue, l’ancienne ayant à ses yeux moins d’intérêt. Souvent, à ce stade, parents et enfants éprouvent une certaine honte à utiliser l’ancienne langue. Les familles qui continuent de la parler voient diminuer le nombre de leurs interlocuteurs et, le domaine d’usage se rétrécissant, cela aboutit à la création de « dialectes familiaux ». En une génération, un bilinguisme salutaire peut évoluer vers un semi-linguisme gauche (on ne parle aucune des deux langues correctement), pour aboutir à l’unilinguisme.

Comme précédemment, cette situation est clairement observable hors de kabylie. Que ce soit dans le cadre de l’émigration intérieure ou extérieure (la France principalement).

En effet, sous la pression économique les émigrés kabyles vont devoir acquérir rapidement soit l’arabe dialectal soit le français qu’ils vont retransmettre à leurs enfants. Claude Hagège parle alors [4] soit d’un « défaut radical de transmission » (les parents renoncent à utiliser le kabyle avec les enfants) soit d’un « défaut de transmission partiel » (les parents continuent à utiliser le kabyle, mais d’une part, les éléments qu’ils enseignent sont insuffisants et d’autre part, en n’assurant pas une transmission commençant dès le plus jeune âge comme il est courant pour toute langue vivante, ils lèguent des connaissances que leurs enfants n’acquièrent pas de façon continue).

Pour Claude Hagège, le défaut de transmission est d’ailleurs visible en premier lieu dans les famille dont les parents ont un niveau d’éducation qui leur a permis de bien assimiler la langue d’adoption. En France, des parents universitaires, parleront plus facilement français à leur enfants que des parents dont le père est ouvrier et la mère au foyer. Il parlera à ce titre de la langue comme « richesse du pauvre » car c’est dans les familles dont le niveau social est le moins élevé que la transmission se fait le mieux.

Il serait d’ailleurs intéressant de se pencher sur cette question afin de mieux comprendre pourquoi la transmission dans la communauté kabyle de l’émigration se fait moins bien que dans les communautés asiatiques ou juives.

En Kabylie, il y a tout de même lieu de signaler que l’intrusion de la télévision va induire une faille dans le processus de transmission. En effet, qui ne se souvient de ces longues soirées pendant lesquelles les mères ou les grands-mères, à la lumière de la bougie ou de la lampe à pétrole vont soit raconter des histoires soit prodiguer des enseignements aux enfants avant d’aller au lit.

L’intrusion de la télévision va d’une part, amoindrir voire interrompre ce mode de transmission et d’autre part, faire en sorte qu’en l’absence de contrepoids, les références culturelles des enfants, en dehors des éléments transmis par les programmes scolaires (en arabe), viendront des programmes télévisuels en arabe ou en Français.

Voyons à présent si les remèdes préconisés existent aujourd’hui.

1. La communauté elle-même doit avoir envie de sauver sa langue
La réponse est évidemment OUI. Ce qui fait dire à Michel Malherbe [5] que « la survie des langues berbères depuis plus d’un millénaire de tentatives d’assimilation est tout à fait remarquable ».
Les kabyles ont non seulement été de tout temps en avance sur les autres régions en matière d’éveil politique (révoltes de fatma n’ soummer et d’El Mokrani, participation active à la guerre d’Algérie, printemps berbère, mouvement citoyen, etc.), mais sont également fer de lance en matière de lutte pour la reconnaissance de toutes les composantes de l’identité algérienne sans exclusive (en particulier celle de tamazight comme langue nationale et officielle).

2. La culture plus vaste dans laquelle elle s’inscrit doit respecter les langues minoritaires

Ceci n’est évidemment pas le cas. Au contraire, Ahmed Taleb Ibrahimi propose par l’intermédiaire de l’école [3]  » d’anéantir ce mélange d’éléments de cultures disparates, et souvent contradictoires, héritées des époques de décadence et de la période coloniale, de lui substituer une culture nationale unifiée, liée intimement à notre passé et à notre civilisation arabo-islamique » (ignorant le passé berbère de la Numidie avant l’islamisation).

Par ailleurs, le pouvoir via son discours idéologique, a favorisé auprès des autres régions du pays un sentiment de suspicion à l’égard de tout ce qui émane de la Kabylie. Il a continuellement cherché à coller une étiquette régionaliste à toutes les initiatives venant de la Kabylie (même si, à l’évidence, elles sont à caractère national: voire la plate-forme d’El-kseur), en particulier la reconnaissance du statut des langues populaires.

3. Il faut des fonds pour financer les cours, le matériel pédagogique et les enseignants
Ce point s’inscrit dans un cadre plus global qui est : Quelle politique économique pour la Kabylie? Et plus globalement quel régime politique pour l’Algérie?

Le volet économique est la première condition: Une région de Kabylie prospère implique des flux migratoires inversés et par voie de conséquence une diminution de la pression linguistique que subissent les kabyles.

Par ailleurs, l’augmentation du pouvoir d’achat et par là même du niveau social, créera de facto un levier de consommation et générera une demande pour des produits culturels en langue kabyle. Laquelle demande suscitera à son tour une offre correspondante. Ainsi, l’émergence d’un marché dynamique de l’offre et de la demande pour les produits culturels kabyles est une garantie pour l’épanouissement, le développement et l’extension de la langue elle-même. Son officialisation permettra ensuite son enracinement sur l’ensemble du pays.

En attendant la réalisation de ces conditions en Kabylie, l’objectif devra donc être :

- Lutter pour l’officialisation de la langue kabyle afin de faire prendre en charge par l’état les moyens nécessaires à la généralisation de l’enseignement.

- Faire voter un plan de relance pour la Kabylie via une politique fiscale incitative pour attirer les investisseurs et favoriser le développement économique de la Kabylie.

- Enfin, et dans l’attente d’un marché économique favorable, produire en langue kabyle doit être un acte de militantisme car seule une production active et volontariste qu’elle soit littéraire, musicale ou cinématographique, permettra de faire vivre et prospérer notre langue. De la même manière la consommation de ces produits, notamment ceux concernant l’édition (romans, recueils de poésie, livres d’enfants) doit être un réflexe de survie. Fort heureusement les prémices sont là, il y a d’une part la chaîne de télévision BRTV qui commence à trouver son public (mais qui doit encore être soutenue par une cotisation volontariste) et d’autre part un début de production littéraire pour les enfants (car ce seront les consommateurs de demain). Bien que cette dernière soit encore au stade embryonnaire.

La deuxième condition est liée à la nature du régime politique car, force est de constater que le développement de la langue kabyle est tributaire de son officialisation, laquelle est indéniablement tributaire de l’instauration de la démocratie en Algérie. Ce pourquoi il est important de se battre pour la démocratisation du pays. En ce sens, le mouvement citoyen est en train de tracer la voie.

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(*) Dans le mythe de la tour de Babel, Dieu punit les hommes en introduisant la confusion dans leur langage et en les dispersant. Pour certains ce châtiment est tombé pour sanctionner la prétention humaine à vouloir atteindre les cieux. Le plurilinguisme est donc une malédiction.

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Références bibliographiques:

1. Le monde du 1/04/2003

2. Courrier International (hors série avril-mai), Cause toujours! A la découverte des 6700 langues de la planète

3. Mohamed Benrabah, Langue et pouvoir en Algérie, histoire d’un traumatisme linguistique,
Éditions Séguier, 1999

4. Claude Hagège, Halte à la mort des langues
Éditions Odile Jacob, novembre 2000

5. Michel Malherbe, Les langages de l’humanité, une encyclopédie des 3000 langues parlées dans le monde
Editions Robert Laffont, 1995

source:tizihibel.net

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Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang


Retour au pays natal :

L’impossible réconciliation avec la mère

Par Ali Chibani

 

 


 Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang dans feraoun(16) Mouloud-Feraoun-La-Terre-et-le-Sang Dans La Terre et le Sang, Amer-ou-Kaci a quitté très jeune sa Kabylie natale pour aller travailler dans les mines françaises. Arrivé en pays d’exil, il décide de ne plus revenir dans son village et oublie ses parents dont il est le fils unique. Pour eux, celui qui est parti travailler pour préserver leurs derniers jours du dénuement n’est plus qu’« un enjeu perdu ». Quelques années plus tard, il revient dans son village. Son père est décédé ; sa mère a connu la famine et le froid mais a vécu dignement de son travail.

Le retour d’Amer en Kabylie veut rompre avec l’expérience ratée de l’exil. Ce retour s’avère être un mauvais choix car, désormais, il doit payer sa dette. En France, dans les mines du Nord, Amer tue accidentellement son oncle Rabah dont la famille fait semblant de pardonner au cousin son crime involontaire et sa trahison, à l’exception de l’oncle Slimane – frère du défunt – pour qui le retour de l’exilé est inespéré.

            Fidèle à la linéarité et au réalisme de ses récits, Mouloud Feraoun construit son roman autour des isotopies de la « terre » et du « sang ». Amer a rompu le lien ombilical avec sa terre et a laissé s’échapper son sang. Il doit maintenant les reconquérir. À son insu, il se coupera définitivement de la première et profanera encore une fois le second.

 

Histoire vraie

 

L’auteur insiste sur la réalité de son histoire. D’emblée, il annonce : « L’histoire qui va suivre a été réellement vécue dans un coin de Kabylie… » (p. 11). Il attire immédiatement après notre attention sur la banalité du lieu et des personnages qui y vivent. « Tout au plus, pourrait-on s’étonner que l’un d’entre eux soit une Parisienne. Comment supposé, en effet, qu’à Ighil-Nezman, puisse vivre cloîtrée une Française de Paris ? » Cela répond à la volonté de Mouloud Feraoun de dresser un portrait tendre mais véridique de ce qu’est son espace natal, la Kabylie. Au niveau diégétique, Ighil-Nezman est le chronotope (conditions spatiales et temporelles) qui met en image la destinée du récit :

 

Le village est assez laid, il faut en convenir. On doit l’imaginer plaqué au haut d’une colline, telle une grosse calotte blanchâtre et frangée d’un monceau de verdure. La route serpente avec mauvaise grâce avant d’y arriver. Elle part de la ville, cette route, et il faut deux heures pour la parcourir quand l’auto est solide. On roule d’abord sur un tronçon caillassé, bien entretenu, puis après, c’est fini : on change de commune. On s’engage, selon le temps, dans la poussière ou la boue, on monte, on monte, on zigzague follement au-dessus des précipices. On s’arrête pour souffler, on cale les roues, on remplit le réservoir. Puis on monte, on monte encore. Ordinairement, après avoir passé les virages dangereux et les ponts étroits, on arrive enfin. On fait une entrée bruyante et triomphale au village d’Ighil-Nezman. (p. 11)

 

La répétition du substantif « route », appuyé par l’adjectif démonstratif « cette », donne à cet extrait toute son épaisseur et l’établit définitivement comme mise en abyme de l’œuvre. Celle-ci met en scène une histoire « assez laide », dans un coin isolé ou, comme dirait Mouloud Mammeri, dans une « Colline oubliée », assez ascétique ou le rêve est à peine permis. Ses habitants sont acculés à la réalité et le temps de rêver ne prend dans leur vie que l’espace de ce « monceau de verdure » sur la colline : « un Kabyle, chez lui, est forcément un homme réaliste. » (p. 20). La destinée de l’œuvre nous fait passer par plusieurs lieux, plusieurs niveaux de passion. Si l’œuvre commence et se termine sur deux tragédies qui exacerbent la tension dans les relations entre les personnages et la relation du lecteur avec l’œuvre, elle connaît toutefois un apaisement au milieu du parcours. On change alors, non pas de commune, mais de lieu commun. En effet, la première tragédie a ouvert la voie pour une quête de la terre chez Amer. Mais celui-ci comprendra rapidement qu’elle l’a oublié ce qui met fin à la paix de sa conscience d’enfant ayant retrouvé son pays. Il vit de nouveau le choc d’être étranger et part à la quête, non plus de sa terre, mais de son sang, favorisant ainsi la « catastrophe » qu’il voulait repousser.

 

Là où j’espérais l’éclaircie, j’ai trouvé une pluie battante

 

C’est pour fuir la promiscuité des chambres d’hôtels parisiens, les contre-maîtres et les mauvais souvenirs qu’Amer et Marie ont décidé de s’installer en Kabylie. Ils re-trouvent un village pauvre – on est sous le colonialisme – où ils vont mener une vie de « petits-bourgeois […], ces gros fainéants de paradis qui peuvent faire travailler leur champ, paient une porteuse d’eau et achètent leur bois au lieu de couper un arbre. » (p. 167) C’est le genre de vie qui leur était refusé en France. En effet, ils arrivent avec toutes leurs économies. Mouloud Feraoun rappelle ici que, pour la société kabyle comme d’ailleurs pour toutes les sociétés des pays en développement, un émigré qui réussit est un émigré qui revient les poches pleines : « On le tâte, on le jauge, on l’estime et, en attendant, de déterminer le degré de considération qui lui est due proportionnellement à sa bourse, on reste aimable et affectueux. » (p. 18) Le respect dont lui feront montre ses compatriotes au pays est relatif à sa richesse.

Si Amer est fier de sa nouvelle situation, il est encore plus satisfait de constater qu’il lui a suffi de deux ans pour redevenir ce Kabyle qu’il a été. D’ailleurs, dès son arrivée au village natal, il sent que « Tous les devoirs dont il s’était brutalement délivré en s’en allant l’emmaillotent à nouveau, aussi nombreux, aussi fermes que s’ils ne s’en était jamais débarrassé. Il se reprend à aimer ou à haïr, à imiter ou à envier, à croire et à agir selon des directives précises, particulières à sa famille et à sa karouba. » (p. 20). Amer-ou-Kaci « comprend nettement qu’il redevient l’enfant du pays, sans transition. » (p. 17) L’émigré kabyle renoue les liens avec sa terre, des liens qui se manifestent à travers l’immersion dans la sagesse ancestrale transformant le rapport au monde et à la mort : « Bien entendu, l’attente n’est pas indéfinie car, quand quelqu’un meurt dans sa misère, sans aucune compensation, nous sommes convaincus que c’est la mort elle-même qui constitue cette compensation. Nous disons : la mort a délivré un tel et nous rejoignons l’éternelle sagesse. » (p. 33) Comme pour l’ensemble de ses compatriotes, le retour au pays natal est avant tout un retour au sens : « Beaucoup de ses compatriotes, prisonniers, comme lui, revinrent au pays se retremper dans leur milieu, revivre la vie des leurs, redécouvrir un sens à leur misérable existence et à leurs émigrations périodiques. » (p. 72)

 

La position d’Amer au village est des plus enviables. Il rachète toutes les terres vendues par son père pour survivre et sauve « l’honneur » de sa famille. L’héritage, dans le roman de Mouloud Feraoun, est important dans la mesure où il signe l’appartenance de l’individu à son groupe social comme la déshérence insiste sur la fin de cette appartenance. Ainsi, quand le père vend ses terres, il déshérite de fait son fils et, en quelque sorte, le déclare mort pour les siens. En perdant ses terres, l’émigré a perdu son Nom. Il est donc normal qu’en rachetant son héritage perdu, il rachète au même temps son droit au Nom parmi les siens :

 

Je ne critique pas ta situation actuelle, lui dit l’amin [le chef du village], parce que tu viens à peine d’arriver et ton passé, loin de nous, ne regarde que toi. Tu es un fils de famille, tu hérites d’un nom dans le village. C’est un héritage que tu as dédaigné longtemps mais qui est inaliénable, qui reste là à t’attendre. Maintenant que te voilà parmi nous, tu ne peux pas t’en débarrasser. (p. 42)

 

L’amin fait du Nom une peau de Nésus qui consume l’individualité sans qu’elle puisse s’en séparer. Le Nom est un véritable destin, une personnalité pré-établie par une mythologie et une histoire faite d’accords et de conflits qu’Amer doit assumer.

Dès lors que le fils prodigue rendosse son Nom, il découvre l’hostilité des villageois. D’abord les siens qui l’ont excommunié tacitement et qui ont convoité ses terres ; ensuite, les voisins jaloux et qui envient sa nouvelle position. Le retour d’Amer n’est jamais un retour apaisé, ni équilibré. En partant, il a définitivement coupé les liens avec sa terre et il ne peut plus  se réconcilier avec elle : « Notre terre est modeste. Elle aime et paie en secret. Elle reconnaît tout de suite les siens : ceux qui sont faits pour elle et pour qui elle est faite. » (p. 162) Elle a aussi une mémoire. Qui l’a reniée une fois, elle le renie pour toujours. C’est le cas d’Amer qui « … le cœur serré, comprit qu’il aimait bien Tighezrane mais que c’était fini : ils étaient étrangers l’un à l’autre. » (p. 163) Il est vrai que le nouveau notable d’Ighil-Nezman a reconquis Tighezrane, la plus belle terre familiale, mais son bonheur est rapidement altéré. Le personnage central s’aperçoit qu’il ne peut plus la travailler comme auparavant. Aussi décide-t-il de la confier à son oncle Slimane. La séparation d’avec la terre est une séparation avec le ventre maternel.

Conscient de son exil de l’espace natal, Amer va porter son désir de s’établir dans un lieu de confiance et de chaleur. Il détourne son attention vers le sang. Son ultime quête le mènera vers sa ruine.

 

Amour clandestin

 

Il faut dire que l’entrée d’Amer dans son village s’est passée comme une infraction. Il arrive avec ses meubles parisiens faisant entrer ainsi un monde étrange(r) pour violer « l’intimité » et l’austérité de son village : « Ils [les meubles] parurent bizarrement compliqués, inutiles et encombrants. » (p. 34) La plus grande infraction reste sa femme française. Marie, dont tout le monde ignore qu’elle est la fille illégitime de Rabah et d’Yvonne, est le personnage qui engage La Terre et le Sang dans l’histoire coloniale de manière implicite. Grâce à Marie, Mouloud Feraoun retourne contre les Français leur politique assimilationniste des populations « indigènes », mais avant cela, Marie lui sert à prouver que l’entente et la compréhension est possible loin du mépris de l’autre. En effet, la Parisienne cherchera d’elle-même à connaître la société d’accueil. Elle apprend rapidement la langue kabyle et adopte la même position que les femmes d’Ighil-Nezman. On est toutefois en droit de s’interroger : cette facilité, n’est-elle pas l’expression du pouvoir du sang paternel qu’elle porte en elle ? En tout cas, Marie n’aura jamais d’existence propre à elle. Elle perd son prénom et tout le monde l’appelle « Madame ». Elle n’existe donc plus que par ses liens avec son mari qui doit lui servir de transition avec ce nouveau monde. Les clichés exotiques surgissent nombreux de la bouche des Kabyles, hommes et femmes. Pourtant, Marie sera adoptée plus rapidement qu’Amer ce qui ne fait pas d’elle une fille du pays mais une étrangère pas comme les autres : « Madame n’est pas une étrangère au sens habituel du mot… » (p. 37) Dès son arrivée, la vieille Kamouma, sa belle-mère, lui jette ses nattes et lui fait un espace chaud et douillet comme le ventre maternel. Madame accepte aussitôt de s’installer dans cet espace intra-utérin. Rapidement, elle dit à son époux en pensant à la vieille Kamouma : « … allons voir ima [ma mère]. » (p. 50) Il faut dire qu’Amer est plus intempestif et plus maladroit dans sa quête d’un équilibre entre son passé d’étranger en France et d’étranger dans son village natal.

            Sa soif d’équilibre et de paix le mène à commettre des folies. Maintenant qu’il a pris conscience du rejet dont il est l’objet par Tighezrane, il va porter son attention au sang familial. Amer se déclare ainsi à la quête d’un espace sacré et risque d’être la cible de toutes les passions. Cela commence avec l’amour de Chabha. La femme de son oncle Slimane, qui résiste tant bien que mal à venger le sang de son frère, tombe vite amoureuse d’Amer. Il est aussi jeune qu’elle contrairement à son mari qu’elle n’a pas choisi. Elle va chercher à vivre la passion amoureuse qu’il ne lui a pas été donné de vivre avec son époux. Amer est sourd aux conseils de Madame qui a vite compris les intentions de son amie Chabha et le prévient contre elle. Il la rassure avec des propos qui mettent en exergue la gravité de sa situation : « Je ris, je plaisante avec elle. Mais elle est sacrée pour moi. Le sang de Slimane, c’est le mien. » (p. 171) Malgré tout, il ne pourra s’empêcher de répondre aux avances de la belle Chabha. Il profane ainsi le sang familial et, comme on peut s’y attendre, devient le bouc émissaire de tout un village jaloux et parfois hargneux. Plus que cela, cette relation secrète fait du fils prodigue un clandestin dans son village natal qui ne « … reconna[ît] aucun droit aux amoureux clandestins. » (p. 202) Amer ne doit pas manifester son véritable état d’esprit, son équilibre précaire et éphémère : « Il s’agissait de ruser avec les autres, de toujours se cacher tout en multipliant les rencontres. C’était la vie ardente, la folie, l’imprudence. Il lui fallait cela pour retrouver son équilibre. Il n’avait rien connu jusque-là d’analogue. » (p. 199)

Au village, Amer tait ses opinions et ne s’exprime que rarement. Le regard des Français qu’il a fui, il le soupçonne maintenant chez les siens. Cela change complètement l’image du village kabyle dans le récit car Amer-ou-Kaci dicte au narrateur son point de vue. Les moments de tranquillité du personnage irradient le texte qui devient exaltant et indulgent envers les comportements des villageois. En revanche, Amer déstabilisé, le récit tourne à l’aigre et au blâme. En tout cas, Mouloud Feraoun profite des expériences de son personnage pour établir des tableaux des comportements sociaux et individuels à la manière de Dostoïevski.

La relation d’Amer et Chabha nous installe violemment dans l’isotopie du « sang », parallèle à et complémentaire de l’isotopie de la « terre ». Le sang, dans ce roman, est un héritage à double connotation. Il est d’abord positif mais lourd, c’est le Nom, l’histoire familiale. Il est aussi négatif. C’est le sang de Rabah versé et trahi en France et qu’Amer doit payer d’après la loi des siens : « Mais le sang ! Leur sang a coulé ! La dette existe. Il y a une victime entre vous. » (p. 118) C’est la dette qu’Amer croit effacer en « recueill[ant] » Marie, la jeune femme qui perpétue le sang de l’oncle disparu : « Le sang de Rabah revient dans celui de sa fille. Oui, il revient dans notre terre. La terre et le sang ! Deux éléments essentiels dans la destinée de chacun. Et nous sommes insignifiants entre les mains du Tout-Puissant. » (p. 126) Le sang est enfin le signe exposé au feu de la passion et dont l’afflux est incontrôlable. Il apparaît donc que l’isotopie du « sang » est celle d’une double loi : la Loi établie par le groupe et la loi que veut établir Amer, pour retrouver son équilibre, avec la complicité de Chabha. Mais ce sont-là deux lois antagonistes car la seconde rompt la première et condamne Amer à son ultime exil :

 

Comment dire tout ce qu’il imagina, tous les raisonnements qu’il se tint, son repentir, ses colères, ses craintes, ses scrupules d’homme sage, de notable du village ? Mais il y avait aussi ce bonheur intense et fou qui s’était emparé de sa chair, de son sang et que toute la logique du monde ne pouvait apaiser. (p. 196)

 

Le début de sa relation amoureuse avec Chabha est marqué par des manifestations symboliques et occultes prémonitoires comme l’apparition de Rabah-ou-Hamouche ou « … le portail de Hocine qu’ils avaient dépassé de quelques mètres [et qui] grinça avec une musique bizarre qui pouvait évoquer un sifflement étonné, un rire méchant ou un cri de stupeur. Il se retournèrent vivement mais ils eurent beau écouter : le portail resta immobile et ils n’entendirent aucun pas. » (p. 195) Le récit de Feraoun s’oriente souvent vers l’autre monde, vers le point d’arrivée de sa destinée, et s’enracine dans le mystère qui exile le lecteur au même temps qu’il convoque la tentation universelle de donner sens à ce qui en est dépourvu a priori.

C’est donc une relation condamnée à se terminer tragiquement qui est vécue par Amer. Avant d’en arriver-là, il revit la même expérience de rejet qu’il a eue avec la terre. En effet, il éprouve pour Chabha un « sentiment intermédiaire difficile à définir… » (p. 173), celui du non-lieu, de l’entre-deux. Et c’est dans ce vide qu’Amer veut construire l’expérience qu’il lui manquait, l’attachement réciproque avec son espace natal. Cette position intermédiaire le situe donc comme étranger mais qui ne mérite pas l’indulgence des siens car il connaît leurs lois, une posture extérieure-intérieure explicitée par la vieille Kamouma qui dit à Madame : « S’il était resté en France, pour Kamouma il était perdu mais personne ne serait allé lui demander son sang. Maintenant qu’il est près du piège, tu dois veiller autant que lui. » (p. 224)

Rejeté par sa terre, rejeté par son sang, Amer a le sentiment d’être comme Marie, un être désincarné, dépouillé de son identité et assis entre-deux chaises. « Il lui semblait qu’ils formaient tous deux un couple étrange, ridicule, qu’il avait perdu à côté d’elle son caractère de Kabyle et qu’elle n’avait plus celui de Française. » (p. 95-96)

 

La Terre et le Sang ont établi leur Loi et c’est elle qui sera appliquée. Cela se manifestera par le retour de l’œuvre au motif du crime originel à travers la métaphore de « l’œil blanc » qui pend de la tête de Rabah écrasée par le train. Ce motif se répètera dans la mort d’Amer. Surpris à son insu avec Chabha par Slimane, celui-ci se venge en piégeant son neveu et rival dans une carrière où il fait exploser une mine. Slimane y perdra la vie aussi puisque sa tête est écrasée par un gros rocher. L’œil d’Amer, cet organe qui cherche et guide, métaphore de la circularité du récit, devient blanc. La désincarnation est totale ; la page est blanche. Dans sa mort, le visage d’Amer devient le lieu symbolique des retrouvailles de la terre et du sang – comme lien de filiation et comme dette enfin effacée : « Amer avait la figure barbouillée de terre et un gros caillot sur la tempe. […] Il était mouillé, souillé de terre, de sang, de sueur qui le rendaient affreux à voir. » (p. 241) Cette mort est une « délivrance » et sa monstruosité est à la hauteur de la violence de la rétention des désirs de s’établir quelque part, pour Amer, et de se venger, pour Slimane. L’émigré Amer rejoint les ancêtres dont il prouve l’infaillibilité de leur sagesse. Elle est une délivrance et non une perte comme ce sang qui s’échappe des claies pour être absorbé par la terre : « Le sang dégoulinait à travers les roseaux, du sang épais et noir qui s’était caillé sous les habits, dans le dos, et qui avait trouvé une issue pour s’échapper » (p. 243) retournant tragiquement dans le ventre maternel.

 

Finalement, le retour au meurtre originel est l’initiation d’un parcours palingénésique. Quand Chabha vient se recueillir sur le corps de son amant, Marie sent pour la première fois bouger l’enfant qu’elle porte dans son ventre. Si la mort d’Amer signe l’échec de l’assimilation de Marie qui se sent d’un coup étrangère au monde où elle se trouve, c’est sa main qui met fin au récit. Elle deoit en effet répéter un code local qui annonce qu’elle est enceinte. Cette fois-ci, Madame accepte en elle la Kabylie dont elle devient une fille active puisqu’elle compte participer à sa construction par le métissage et non plus par la force coloniale ou par la clandestinité des étrangers. Amer, lui, aura vécu deux fois le même destin d’étranger comme si, en s’engageant dans cette voie, il était impossible de s’en sortir indemne.

 


Mouloud Feraoun, La Terre et le Sang, Paris, Editions du Seuil, coll. Points, 1953 et 1961 pour la préface d’Emmanuel Roblès.

Mouloud Mammeri, La Colline Oubliée, Paris, éd. Plon, 1952.

Proverbe kabyle.

source:la-plume-francophone.over-blog.com

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HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION

Posté par algeriedemocratie le 19 juillet 2009

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Photo d’avant 1830

HISTOIRE DE BEJAIA

ET DE SA REGION

depuis l’antiquité jusqu’à 1954

Edition MIMOUNI 1976.

La région dont nous nous proposons de rappeler l’histoire, se limite approximativement: à l’Ouest par babbahr.jpgles crêtes du Djurdjura; à l’Est par les Babors auxquels se soudent les Bibans qui s’étendent jusqu’au Sud-Est dominant les plaines de la Médjana et de Bordj Bou-Arrirédj. Une vallée, où serpente la Soummam, séparant les Babor-Biban du Djurdjura, débouche vers le Sud à Ighrem, El Asnam, en une riche plaine plantée d’oliviers, d’arbres fruitiers, de vignobles et d’autres cultures.Le golfe de Béjaia, sur le bord duquel la ville s’élève en amphithéâtre, offre l’aspect d’un vaste lac entouré d’un rideau de montagnes aux profils capricieux: d’abord la crête de Gouraya qui domine la ville; à sa droite le pic de Toudja ; en face et suivant l’ellipse du littoral, viennent la cime de Bou-Andas, les dentelures rocheuses de Béni-Tizi, du Djebel Takoucht, d’Adrar-Amellal, Tizi-ou-Zerzour, la large croupe des Babors à côté du pic du Tababort ; enfin, au dernier plan, la silhouette bleuâtre du pays de Jijel.

Lorsqu’on s’éloigne de la ville pour se diriger vers Ziama, les gorges de Chaabet-EI-Akhra, on suit, sur un parcours de plus de trente kilomètres, le demi-cercle formé par le golfe. La route qui suit parallèlement le rivage traverse une plaine fertile dominée par des sites pittoresques verdoyants avec une végétation épaisse et drue.

Les bords de la Soummam que l’on traverse sont couverts d’ajoncs et de lauriers-roses séparant ses rives de beaux jardins où figuiers, oliviers, orangers, abricotiers, et tant d’autres se coudoient, tout atteste, en ces lieux, une impulsion intelligente, beaucoup d’esprit d’initiative, du goût et du sérieux dans le travail. Après Souk-el-Khemis et sa douce plaine, la bande qui s’étend le long du rivage se rétrécit peu à peu pour aboutir, vers le Sud-Ouest en suivant la rivière, à la route menant aux gorges. La végétation, en certains endroits du bord de la route, constitue un véritable fouillis de plantes sauvages, de lierre, de vigne vierge, de lianes épineuses, de ronces; sur les pentes douces ou abruptes des frênes, des pins, des chênes-verts, des chênes-lièges, des eucalyptus émergent des gros buissons de genêts et de lentisques au milieu desquels, souvent une eau limpide, trace des sillons de fraÎcheur et de vie.

Les gorges offrent un décor grandiose et titanesque par sa beauté et ses proportions. L’âpreté des roches en surplomb, la sévérité des montagnes s’élevant à pic sur les deux rives du canon qui murmure au fond de l’abîme, la route constamment suspendue sur l’abîme, tantôt creusée dans le flanc de la montagne, tantôt établie sur des arches de maçonnerie aux endroits durs de la paroi, des oiseaux ville.jpgde toutes sortes, points noirs là-haut, très haut, tellement hauts qu’ils semblent planer près du toit du monde, font ressentir au milieu de ce paysage, la fragilité de l’homme, et nul parmi ceux qui traversent ne peut se défendre d’un sentiment d’inquiétude ; c’est sans doute pour cette raison qu’on l’appelle « Chaabet-el-Akhra ». Lorsqu’on escalade les pentes de Gouraya et qu’on aboutit au mausolée, on jouit d’un panorama incomparable. Au bas, la ville apparaît comme un petit village de lilliputiens. Dans la buée opaline du matin disparaît la ligne d’horizon et le ciel semble se confondre avec la mer. Vers le Sud-Ouest, sur le flanc de cette montagne, apparaît Toudja noyée dans la verdure où coulent intarissables des sources arborant au milieu d’orangeraies séculaires, et, en face les massifs imposants des Babor et des Bibans jonchés d’une multitude de villages, points blancs à peine visibles. Lorsque le soleil, disparaissant à l’horizon, laisse derrière lui des nuages étincelants d’or, toutes ces montagnes sont diaprées des plus vives couleurs et se réfléchissent avec une netteté sur la nappe transparente et mobile; ce spectacle grandiose se ternit ensuite progressivement, sous l’influence des vapeurs humides de la mer, en passant par des nuances des plus variées. A ce spectacle enchanteur, la rade offre un havre aux navires et barques de pêche que peu de côtes de la Méditerranée possèdent. C’est sans aucun doute, pour ces raisons que les Phéniciens avaient choisi ce lieu pour l’un de leurs comptoirs-colonies, que les Romains conservèrent et que En Nacer Ben Hammad ( Dynastie Berbère ) y édifia sa capitale.

La population et ses origines

A l’époque romaine, les populations qui occupaient la région étaient connues sous le nom de Banioures, de Kedamouziens (Ketama) et des Babares (desquels vient le nom Babor donné à la montagne) dans les massifs des Babors et de Tababort. Sur les deux rives de la Soummam, en amont, vivaient les Nababes et les Masinissences (Imsisen) concentrés sur les pentes occidentales des Bibans, et en face sur les pentes du mont Ferratus (Djurdjura) ; plus bas, et sur l’autre versant du Djurdjura dominaient les Quinquegentiens dans l’espace compris entre Bougie et Dellys. Ibn Kheldoun les rattache à la tribu des Sanhadja dont ils constituent les deux branches : Zouaoua à l’Ouest, Ketama à l’Est. Les Zouaoua occupaient les territoires s’étendant entre EI Djazair bled Mezghena (Alger) au golfe occidental de Bougie. Ils «habitent au milieu des précipices formés par des montagnes tellement élevées que la vue en est éblouie, et tellement boisées qu’un voyageur ne saurait y trouver son chemin. C’est ainsi que les Béni-Ghobrin habitent le Ziri, montagne appelée aussi Djebel – Zan, à cause de la grande quantité de chênes-zen dont elle est couverte, « et que les Béni-Feraoucen et les Béni-Iraten occupent celle qui est « située entre Bougie et Tedellis (versant Ouest). Les Fenaïa, la vallée et les pentes orientales du Djurdjura. Cette dernière montagne est une de leurs retraites les plus difficiles à aborder et les plus faciles « à défendre; de là ils bravent la puissance des gouvernements, et « ils ne paient l’impôt qu’autant que cela leur convient … »

« Les Ketama occupaient les territoires s’étendant entre El Coll et Bougie le long du littoral, et les plaines du Midi jusqu’au massif des Aurès. Leurs principales villes étaient: Igudjan, (près d’Ain El Kebira), Sétif, Baghaïa, Negaous, Bélezma, Mila, Kessentina, Skikda, El Coll, Djidjel … »

Dans la région qui nous préoccupe, la fusion entre Ketama et Zouaoua si proches les uns des autres, s’enrichit de nombreux apports extérieurs. A l’époque phénicienne et carthaginoise, des éléments orientaux et maghrébins de l’Est s’étaient déjà fondus dans la masse au moment de l’établissement des Romains. Les Berbères romanisés au service de l’Empire venus des localités voisines ou des provinces lointaines en qualité de fonctionnaires se sont intégrés eux aussi à la masse des indigènes.

C.L. Féraud raconte qu’en 1848, il fit connaissance à Béjaïa de Cheikh Hassen Ben Ouareth qui lui apprit que certaines tribus locales descendraient de « Roumain » : « Les Aït Ali ou-Rouma, dans la tribu des Ouled Abdel Djebar, sur la rive droite de l’oued Soummam; tous les habitants de fraction qui se compose de trois villages : Ighil Ibezerad, Tiachafen, Aït Allaoua sont très fiers et très jaloux d’une origine qui les fait descendre, assurent-ils, des anciens possesseurs de Bougie (Saldae) envahie par des conquérants et refoulés dans l’intérieur des terres. Ils appuient leurs prétentions sur l’analogie même du nom de leur fraction. Le village d’lghzer el Kobla, dans la fraction des Aït Ferguane chez les Béni-Immel, ses habitants affirment aussi descendre des chrétiens chassés de Tiklat (ancienne Tubusuptus).

Il faut dire que le mot « Rouman » désignait sans distinction, Romains, Vandales, Grecs (Byzantins) et tous ceux qui n’étaient pas d’origine berbère, et que le mot « Afariq » désignait les Berbères romanisés. L’intégration de tous ces éléments à la société indigène ne se fit que lentement et progressivement en raison des dispositions consenties aux non-musulmans aux débuts de l’Islam. Les Emirs de l’Ifriqia les utilisèrent à leur service dans l’armée et dans l’administration. Les Romains désignaient par Quinquegentiens les cinq tribus les plus importantes de la Kabylie qui les avaient continuellement combattus et ne s’étaient jamais soumises. C’étaient: ifenaïen, Imsissen (sur le versant oriental), Ait Irthèn, Ait Feraoucen, Ait Ghobrini (sur le versant occidental). (Recueil des notices et mémoires de la Province Constantine)

Ibn Khaldoun. Histoire des Berbères T.I pp 257-7

Idem, p. 291

Les Français prétendaient que la tribu d’Idjissen descendait de Carthaginois en raison de leurs mœurs et du type de tatouages portés par leurs femmes. (C.L.Feraud. Revue africaine, 1857, n° 12.)
Ziadat Allah (817- 838) s’en servit pour combattre les troubles fomentés par les Milices arabes, son général se nommait Ben Abdellah El Ifriqi (ce qui atteste son origine) ;
Abou Mohamed Ziadat Allah II (863-
864) avait pour chef de sa garde Foutouh El Massihi (sans doute en raison de la religion qu’il continuait à pratiquer) ;
Abou Ishaq Ibrahim Ben Ahmed (Ibrahim II) (875-902) avait comme chef de bureau de l’impôt foncier, Sawada d’origine chrétienne.

L’historien El Yacoubi contemporain de l’Emir Ibrahim II, visitant l’Ifriqia écrivait: « les populations de l’Ifriqia se composent: d’Arabes, de Perses et d’Autochtones composés de Berbères, Roum et Afriq. Les Berbères constituent la grande majorité de la population et parlent leur langue; ils sont groupés en tribus indépendantes les unes des autres. Les descendants de Byzantins constituent des îlots aux flancs des Aurès et dans la plaine de l’Ifriqia. Les Afariq reste des Berbères romanisés, qui n’avaient pas encore embrassé l’Islam, résident dans les anciennes places fortes byzantines souvent aux côtés des Roums, et parlent un « berbère latinisé … »

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Un siècle après, El Bekri faisant le même voyage, mentionne l’existence de Rouman mais point d’Afariq, ce qui laisse supposer que les Berbères romanisés se sont réintégrés dans leurs tribus d’origine ou avaient constitué des communautés spécifiques. Les descendants des immigrés d’origine grecque qui se fondirent par métissage dans la masse des habitants locaux et les descendants des Berbères romanisés ou des colons Romains n’étaient pas, du reste, également répartis dans tout le territoire ; ils étaient plus nombreux dans le royaume des Aghlabides plus tolérants sans doute que leurs voisins les Ibadides de Tahert, démocratiques dans leurs institutions, mais très actifs et convainquant dans leur action prosélytique.

Depuis le XIème siècle la région de Béjaïa, théâtre de nombreux événements à partir de la deuxième moitié du XIème siècle, sa population dans ses conditions de vie comme dans sa composition ethnique en connut des répercussions importantes. Les époques les plus saillantes de ces bouleversements furent ; la transformation de Béjaïa en capitale par les Béni-Hammad - l’occupation de cette ville par les Espagnols – la domination de la région par les Français. En l’an 460 (1067-68), écrit Ibn Khaldoun. En-Nacer Ben Alennas (des Bénou-Hammad) s’empara de la montagne de Bougie. A Béjaïa, localité habitée par une tribu du même nom, il fonda une ville à laquelle il donna le nom d’En Nacéria mais tout le bougie1911.jpgmonde l’appelle Begaïa, du nom de la tribu» (l’altération du g en j a donné Béjaïa, mais les Kabyles l’appellent Begaït. En Nacer fit venir de la Kelâa des Béni-Hammad et des environs des milliers d’ouvriers pour construire en quelques mois l’immense mur d’enceinte flanqué de bastions qui part des rives de la mer et s’élève jusqu’au mont Gouraya où il se perd dans les rochers abrupts. L’enceinte terminée, il encouragea ces ouvriers à construire leur propre maison et, afin que le manque de matériaux ne devint pas un obstacle à leur réalisation rapide, il obligea tout individu qui voudrait pénétrer dans la cité, quelle qu’en soit la raison, à apporter au moins une pierre sous peine d’une amende égale à un « Naceri ». Ce moyen réussit fort bien tant auprès des grands que des humbles. La ville prit forme en peu de temps avec ses rues, ses boutiques, ses mosquées, ses fandouks et caravansérails, ses écoles, ses quais, etc … Les environs de la ville, convertis en jardins, furent ornés de nombreuses villas, de norias, de bassins d’irrigation, créant ainsi un climat de paix et de prospérité. Pour lui et sa famille, En Nacer fit construire un palais d’une grande beauté dont les colonnes en marbre rose furent importées de Gênes; les meilleurs artisans et artistes italiens, tunisiens, andalous furent engagés à la finition de l’œuvre. Il l’appela Ksar-Louloua (Le château de la perle).

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Palais Hammadite

Le goût des créations rapporte la légende, devint chez Moulay En-Nacer une passion qui l’absorba complètement, il ne songeait plus à de nouvelles conquêtes, négligeait même l’administration importante du reste de son empire, consacrant ainsi tout son temps à surveiller l’exécution des travaux qu’il a conçus et ordonnés. Suivis des grands de la cour et de nombreux musiciens, il montait chaque soir en bateau et se rendait au milieu de la rade pour mieux contempler de là les progrès de son œuvre civilisatrice». Il parvient, un jour à tirer de ses méditations, Sidi-Mohamed Touati personnage vivant dans l’ascétisme, vénéré de tous, et l’emmena dans sa promenade au milieu du golfe. “Admire, lui dit Moulay En-Nacer, les progrès de mon entreprise et la splendeur dont brille aujourd’hui notre capitale du sein de laquelle s’élèvent majestueusement les minarets de plus de cent mosquées. El Yacoubi ( Abou El Abbas Ahmed Ibn Yacoub ) d’une famille de hauts fonctionnaires de l’empire abbasside, fut lui même homme de gouvernement auprès de plusieurs souverains orientaux plus ou moins dépendants de Baghdad. Pour le service de ses maitres ou pour sa propre satisfaction, il voyagea beaucoup, séjournant dans les pays et y menant des enquêtes. Agent au pouvoir, et moins géographe qu’historien, il se montre avant tout curieux des populations et des revenus que l’Etat en tire. Il a écrit le résultat de ses investigations dans le « Kitab el Buldan ». Il mourut en 284 (897. J.C).

Les Afariq sont les Béni-Fergan (Berbères romanisés, les africains en langue berbère). Persécutés par les Vandales, ils se regroupèrent autour des places fortes quand vinrent les Byzantins, ils y étaient quand vinrent les Arabes. Les guerres les acculèrent à décrocher pour se réfugier dans les montagnes qui prirent leur nom : Béni-Fergan. Ceux qui demeurèrent dans la plaine autour des centres fortifiés devinrent musulmans très tôt, mais on continua à les appeler les Béni-Fergan. On appelait cette montagne «Adrar Imsyouen » la montagne d’Imsyouen du nom de la tribu qui y habitait cette partie s’appelait Timsioueth. Les Espagnols l’appelèrent Bugia d’où les Français tirèrent le nom le nom Bougie.

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“Bejaia n’est-elle pas la plus belle ville du monde et n’est-elle pas digne du nom de Meka-Seghira ?

Sidi Touati, au lieu de s’enthousiasmer devant ce magnifique tableau, adressa au contraire, de vives remontrances au sultan; blâma son ambition et sa passion aveugle pour le luxe et la manie des créations. Tu oublies, disait-il, l’instabilité des choses humaines; apprends donc que les monuments que tu t’obstines à élever à grands frais tomberont en ruines, seront réduit en poussière et la renommée que tu espères fonder sur leur durée s’écroulera comme eux avec le temps. Moulay En-Nacer paraissant sourd à toute exhortation, Sidi-Touati ôta son burnous le déploya devant le sultan pour lui cacher la vue. A travers ce rideau improvisé et devenu transparent En-Nacer aperçut une ville, mais ce n’était pas la sienne; partout le sol jonché de ruines, les mosquées, le palais et les resplendissants édifices disparus; en un mot, ajoute la légende, il vit Bejaia des «temps modernes et presque inhabitée.

Après cette manifestation magique, En-Nacer, vivement impressionné et comme frappé d’aliénation mentale, renonça aux honneurs, abdiqua en faveur de son fils, et à quelques tempsde là disparut pendant la nuit (1089). On fit pendant quatre ans des recherches les plus minutieuses pour découvrir sa retraite. Enfin, une barque de pêcheurs aborda « un jour, par hasard l’Îlot de Djerba au nord de Gouraya. Les marins trouvèrent sur ce rocher un anachorète presque nu et réduit à un état prodigieux de maigreur; c’était Moulay En-Nacer. La nouvelle de cette découverte ne tarda pas à être connue à Bejaia. Moulay En-Nacer, inébranlable dans sa résolution persista dans son isolement et mourut enfin sur son rocher …

Une autre légende prétend que Sidi-Touati l’ayant décidé à rentrer dans le monde, Moulay En-Nacer vécut longtemps après. Laissant les rênes de son gouvernement entre les mains de son fils El Mansour, il serait parti à la tête d’une armée en Espagne participer à la lutte contre les chrétiens où il finit ses jours. La renommée de Bejaia attira de partout des savants, des commerçants, des poètes, des artistes, des marins, donnant ainsi à la ville l’aspect d’une capitale d’un pays prospère et le siège d’une puissante dynastie. La ville prit alors une ampleur considérable.
Les murailles de l’enceinte l’entourant de l’Est et à l’Ouest lui donnaient l’aspect d’un rectangle de 140 à 150 hectares. La ville se divisait en vingt-un quartiers :

Bab el Bahar (quartier de la marine)

Aguelmine (autour de la Mairie actuelle)

Bridja (emplacement de l’hôpital et des casernes)

Sidi Bou Ali (au-dessus du cimetière chrétien)

Acherchour (quartier des Cinq-Fontaines)

Kenitra (autour de la zaouia de Sidi Touati)

Sidi Abdel Nadi (environs du Fort Moussa.)

Bab Louz (Porte du Grand-Ravin)

Bab Mergoum (face au Djebel Khelifa)

Azib Bakchi (citernes romaines)

Karaman (Près de l’Eglise transformée en Mosquée actuellement)

Kaâ Zenka (ancienne rue Trézel)

Moumet Cheikh (Arsenal)

Sidi Abdelhak (entre la porte Fouka et la Casbah)

Dar Senaâ ou Sidi Seddik (au bord de la mer, entre la Casbah et la mer)

Ain Amsiouen (au-dessus de Bridja)

Ain Illès (près des Cinq-Fontaines)

Ain Bou Khelil et Sidi Naïmi (près des Cinq-Fontaines)

Ben Derra (entre Ain Illès et Ain Amsiouen)

Tighilt (le plateau en haut du Fort Moussa et le quartier des Cinq-Fontaines).

Chaque quartier avait sa mosquée ou sa zaouia. Les principaux édifices construits par les Bani-Hammad acquirent une grande renommée pour leurs richesses et leur splendeur artistique.

  • Ksar Amimoun situé au pied de la montagne, à proximité de la porte du Grand Ravin; à la bifurcation des chemins de Sidi Touati et de l’ex-fort Clauzel.

  • Ksar Kaouakeb, château de l’Etoile (emplacement de l’ex-Fort Barral)- Château des troupes (casernes) – (près des anciennes citernes romaines)

  • Ksar Louloua (Château de la Perle) situé sur la crête de Bridja (hôpital)Les portes de la ville étaient au nombre de six :

1. Bab El Bahr (porte de la marine)
2. Bab Dar Senaa (Porte de la Darse) supprimée par les Espagnols lorsqu’ils battirent la Kasba.
3. Bab el Bounoud (Porte des Etendards – Porte Fouka, actuellement).
4. Bab el Mergoum ou Bab Ber, située à la hauteur de la Koba de Sidi Amokrane, au début du chemin de Rouman.
5. Bab Amsiouen, au bord de Bridja
6. Bab Es Sadat. un peu au debut du Fort Abd El Kader, sur la route qui mène vers le port.

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Pendant que la ville de Bejaïa gagnait en importance, celle de la Kelaa déclinait peu à peu, d’abord avec le départ de Moulay En-Nacer que suivirent de nombreuses familles de toutes conditions; ensuite, avec El Mansour (1090) fuyant la pression et l’insécurité que faisaient régner les tribus des Benou-Hillal sur le voisinage, et enfin, à la suite de la victoire de Abdelmoumen Ben Ali sur les Beni-Hammad et la chute de la Kelaa (1152).

Déjà sous le règne de En-Nacer et de El Mansour, de nombreuses familles avaient été implantées en des points stratégiques dans les montagnes des Bibans, des Babors et sur les flancs du Djurdjura pour constituer une ceinture de sécurité contre d’éventuelles incursions des Beni-Hillal. Ce fut à partir de cette époque que se constituèrent certains villages dans ces contrées. Etat de la ville à rapprocher avec son aspect des suites de la bataille livrée contre les Espagnoles en 1509 El Mansour (1089-11014) succédant à son père En-Nacer ne s’établit à Bougie qu’en 1090 (il était demeuré à la Kelaâ). Il poursuivit l’œuvre de son père sans défaillance. (Revue africaine, N°12 Article de C.L. Féraud).

Selon Ibn-Khaldoun, le départ des populations de la Kelaâ débuta, pour certains, dès l’apparition dans le voisinage des éléments précurseurs de la tribu des Benou-Hillal. La légende rapporte de la manière suivante les circonstances qui avaient amené Yala et sa famille à émigrer dans les Babors, région appelée aujourd’hui «Aït Yala-nath-Zemmourine». Yala avait un jardin aux portes de la ville où il cueillait le raisin de sa vigne en cet été de 1061. Le transport se faisait à dos d’âne dans des choiris. Habituée au même chemin, la monture regagnait seule le domicile où l’attendait le fils qui déchargeait le fardeau. L’âne revenait au jardin où Yala et ses autres enfants accomplissaient leur tâche. Le va-et-vient se faisait sans encombre. Les gens habituées à la discipline imposée par le prince El Mansour, étaient correctes, honnêtes, respectueuses des biens d’autrui, ce qui faisait de la capitale un havre de paix et de prospérité. Au cours de ce va-et-vient, l’âne, un jour, tarda à revenir. Yala, inquiet reprit le chemin habituellement suivi par sa monture. A quelques pas de là, il le vit arrêté, la charge en déséquilibre. Quelqu’un s’étant donc amusé à perdre quelques grappes de raisin fit pencher la charge qui obligea la bête à s’arrêter. Après avoir rétabli l’équilibre, Yala reconduisit l’âne à la maison. Mais non loin des remparts, il vit des individus étranges qui s’apprêtaient à camper au milieu de leurs hameaux. Il ne douta plus des auteurs du vol de son raisin. Le soir, quand tous les siens étaient rentrés, il tint un conseil de famille pour discuter des événements de la journée et des mesures effrayantes qui circulaient sur les nouveaux arrivés. Après que chacun ait donné son avis sur l’attitude à prendre en la circonstance, Yala exprima le sien en ces termes: l’homme au méhari dont on avait vaguement entendu parler est sous nos murs, d’un moment à l’autre, nous risquons d’être ses victimes, son geste d’aujourd’hui atteste qu’il est sans scrupule et qu’il ne respectera pas le bien d’autrui, il faut avant qu’il soit trop tard quitter ces lieux, et pour ne point éveiller l’attention des voisins, nous allons faire semblant de nous disputer et décider, sous le mouvement de la colère, la vente de nos biens à l’exception de la maison. Quant au troupeau, il partira dès l’aube etnous attendra à une journée de marche vers le nord.

Le lendemain tout se passa comme prévu, et, la nuit tombante, rien ne manquait pour le départ. Au moment où tout le monde dormait, que la ville était déserte, Yala et ses gens quittèrent pour toujours la Kelaâ. Au matin, les voisins s’étonnant du silence qui régnait dans la maison, forcèrent la porte. Les chambres étaient vides, quelques objets sans valeur gisaient ça et là. On remarqua cependant dans un coin un Gassaâ (plat en bois). Quand on la souleva on découvrit deux pigeons : l’un après quelques mouvements s’envola, l’autre se blottit dans un coin. On s’aperçut qu’il portait quelque chose au cou ; c’était un pli portant l’inscription suivante : celui qui a des ailes s’envole, celui qui en est dépourvu reste à la merci du premier venu». Il faisait allusion à l’intrusion des nouveaux étrangers et conseillait à ceux qui étaient conscients du danger de quitter le pays alors qu’il était encore temps.

Après quelques jours de marche, Yala et sa famille campèrent au bord de la rivière Chertioua, au nord de Bordj Bou Arreridj, mais ce lieu n’offrait pas les garanties suffisantes de sécurité et de viabilité : de l’eau tiède, des moustiques pas d’abri sûr contre un éventuel ennemi chargea donc son berger de repérer dans la montagne un endroit de conditions avantageuses. Ce fut grâce à 1’un des ces boucs appelé « Abadh» qu’il trouva une clairière bien abritée, facile à défendre, au bas de laquelle coulait une source fraîche et abondante ou sa bête venait se désaltérer aux heures chaudes de la journée. Yala s’y établie et prospéra. Mais l’exode le plus important fut enregistré lors de l’écrasement de la Kelaâ par les Almohades. Les populations s’éparpillèrent dans les localités voisines de Béjaïa pour bénéficier de la protection directe du souverain, et dans les montagnes du Djurdjura. Biban, Babor ainsi que dans la Vallée. Nombreuses les familles qui se disent aujourd’hui originaires de la Kelaâ, tels les Beni-Yala d’El Adjissa qui couvrent toute la région de Bouira et de Beni Mansour, les Sanhadja, les Beni-Messaoud, les Beni-Mimoun, etc… Béjaia, elle-même, n’échappe pas aux représailles du vainqueur, Moulay Yahia, démit de son trône par les Mouménides, les personnalités connues pour leur attachement à l’ancienne dynastie furent expulsées, elles se rendirent à Alger, Tunis, Constantine où elles trouvèrent refuge et emploi; les autres partisans se retirèrent dans les montagnes voisines où elles s’intégrèrent peu à peu aux tribus Mezaïa, Zouaoua, Fenaïa, Djobabra, entre autres. La région connut, dans son ensemble, un bouleversement important, d’une part par la perte de nombreuses familles citadines parmi les plus aisées et les plus célèbres par leur savoir ou leurs fonctions, et d’autre part par l’implantation de nouveaux habitants dans les montagnes jusque là relativement peu peuplées. La constitution de trois royaumes à la suite de l’effritement de l’empire mouminide redonna, en certaines périodes à Bejaia EI-Hafsia sa renommée de capitale intellectuelle, sa prospérité et sa puissance dans le Maghreb, des familles venues de toute part d’Andalousie, de Tunisie, de Tlemcen apportant leur savoir et leurs richesses s’établirent en ville ou dans la proche banlieue, les commerçants et les gens de métiers les tribus voisines grossirent à leur tour la population active, redonnant ainsi aux Bougiotes un sang nouveau.

Au cours des guerres que se sont livrées les Hafsides, les Mérinides et les Abdelwadides, la région de Bougie subit à nouveau la présence d’étrangers, et parfois durant de longues années. On se souvient du long siège de Béjaïa par Abou Hammou, Sultan de Tlemcen, qui, n’ayant pas réussi à s’emparer de la ville, se retira sur ses terres laissant à Tiklat, à Yakouta, à Hisen Beker, à Tamezezdekt plus de trois milles hommes (Tudjin et Zenata) avec leurs familles. Ceux-ci s’y étant définitivement établis épousèrent par la suite, la cause de Moulay Abdelaziz. Ce fut donc un apport de plus à l’élément ethnique de la Vallée. Aujourd’hui aucune famille ne se dit, Zenata ou Tenoudji tant l’intégration a été totale et profonde.

La population citadine de Bejaia subit un autre bouleversement dans sa composition ethnique lors de la prise de la ville par les Espagnols en 1509. Ceux-ci, dans leur acharnement à détruire la ville pour acculer les défenseurs à la reddition, obligèrent toute la population à évacuer, pour répondre à la placephilippe.jpgpolitique de Charles Quint leur roi, qui visait à la création de places fortes et de colonies peuplées uniquement de chrétiens. Mais, du fait de l’incapacité de la Métropole à ravitailler la garnison, et de celle-ci à vivre de ses propres moyens, cette politique aboutit à Un échec qui obligea les gouverneurs à solliciter le retour des habitants auxquels ils promirent le libre exercice de leur culte, de commerce et de langue. Très peu de personnalités de la cour Hafside réintégrèrent: les Andalous et pour cause – s’expatrièrent tous, une fois de plus, vers Alger, Tunis, Kesentina. Des anciens Bougiotes ne revinrent que ceux qui, originaires des environs, s’étaient réfugiés non loin de là. La ville s’était repeuplée de nouveaux habitants descendus des montagnes voisines Imzaïen, Ifenaien, Zouaoua, Aït Djebar. En 1511, les Espagnols, d’après El Mérini, les évaluaient à huit mille. Résidant hors des quartiers réservés aux chrétiens et n’ayant pas accès au port. Les nouveaux Bougiotes vécurent en relation seulement avec l’arrière pays qui leur fournissait ses produits qu’ils revendaient aux Espagnols. Cette Situation qui leur fermait les horizons habituels, jointe aux désirs de tous de chasser l’étranger de leur sol, amenèrent les Bougiotes ,d’accord avec leur Prince, à contacter Arroudj et son frère Kheiredine pour une aide militaire. On sait que la ville ne fut libérée qu’en 1555 par Salah Raïs.

A partir de ce moment, Bougie devint une ville parmi tant d’autres du beylek de Kesentina. Sa population s’enrichit de nombreux Andalous chassés d’Espagne à la suite de leur révolte de 1573, et de leur expulsion définitive en 1609 ; elle accueillit les Turcs retraités civils ou militaires qui y exercèrent leurs fonctions, elle abrita tous ceux qui vinrent étudier, commercer, exercer un métier manuel ou intellectuel; elle offrit un havre sûr aux navigateurs aux armateurs, aux corsaires de toutes les nations. Cette population hétérogène conserva pendant longtemps sa diversité. Kabyles, Andalous, Turcs et Kouroghlis, n’admettaient de mariages qu’entre les personnes de même « race », sans que pour cela l’entente et l’amitié entre tous ne fussent altérées. La langue kabyle, parlée par la très grande majorité des habitants devint la langue véhiculaire, la langue materne!le de ceux qui, à l’origine, n’en connaissaient pas un mot.

portesarrazine.jpgEn 1833, quand les Français, sous le commandement du général Trézel, débarquèrent à Bougie, la population ne dépassait pas 2000 âmes. Une bonne partie avait déjà quitté les lieux, les Turcs en particulier, dès l’occupation d’Alger et de sa banlieue. La résistance à l’envahisseur et la répression du vainqueur qui en suivit réduisirent considérablement les familles qui demeurèrent en ville.

En 1835, des raisons politiques et surtout le voisinage de peuplades constamment hostiles, décidèrent les autorités françaises à réduire l’étendue de l’ancienne enceinte. Cette mesure eut pour résultat d’amener la ruine immédiate de plusieurs quartiers et de motiver, le départ de la majeur partie des habitants qui, ne trouvant pas à s’établir à l’intérieur de la ville, émigrèrent en Kabylie (Djurdjura, Babor, ou Biban), à Alger, Annaba, Constantine et même à Tunis. En 1848, Bougie avait peu progressée, la population composée de quelques Kabyles citadins, quelques modestes Kouroghlis et Andalous d’extraction, que le manque seul de ressources avait empêché de suivre l’émigration, s’élevait, dit C. Féraud, à trois cents individus, tout au plus.

La population Bougiote ne se reconstitua que beaucoup plus tard avec les Mezaïas des environs. Les barrières raciales qui existaient auparavant disparurent. Les intérêts communs, la connaissance approfondie des uns et des autres née d’une longue cohabitation, les circonstances économiques et politiques entraînèrent le brassage des populations qui donna le type bougiote actuel avec son particularisme qui le fait distinguer d’entre tous.

En 1248, à la suite de la prise de Séville par Ferdinand III (12 Novembre1248), de nombreuses familles, parmi les plus aisées, vinrent s’établir en Afrique du Nord. La famille Ibn Khaldoun parmi tant d’autres, s’installa à Tunis où certains de ses membres furent investis de hautes fonctions dans l’Administration civile et militaire, A Bejaia, l’Emir Hafside en recueillit un certain nombre de ces Andalous qu’il utilisa en son service. Il faut noter que de nombreux Andalous avaient déjà quitté l’Espagne et s’étaient établis au Maghreb. Cet exode s’accentua avec les échecs des Emirs Andalous faces aux rois Chrétiens, particulièrement après la défaite désastreuse des Almohades le 16 Juillet 1212 à Las Navas de Tolosa. Cordoue elle-même ne résista plus est ses habitants durent émigrer à Grenade, Malaqa et en Afrique du Nord à partir de 1236 quand le roi Ferdinand s’y établit. Sanhadja ( région connue à Bougie). Beni Toudjin (Village de Toudjin) Abou Mohamed Ben Othman Tlili, prédicateur de la gronde mosquée, raconte que dans la journée du 25 de moharem le nombre de victimes s’éleva à quatre mille cinq cent cinquante gisant dans l’espace compris entre les deux portes de la ville. La veille de l’entrée des Espagnols à Bejaia tous les rescapés quittèrent la ville, une partie se réfugia dans les montagnes du côté de Djiidjelli, cette Montagne prit depuis, le nom de Djebel Béni-Miad. On dit que lorsque les Bougiotes s’éloignèrent de leur ville, ils marchèrent tous groupés, en masse, les arabes les appelèrent alors El Mïad (réunion d’homme) et ce nom est resté à la montagne dans laquelle ils se réfugièrent. D’autre allèrent chez les Zouaoua, d’autres chez les Béni-Yala el Adjissa…

D’après le manuscrit de El Merini traduit et reproduit par C.L. Feraud dans la revue africaine n°71 (12é année).

Un incident fut le prétexte ou le signal d’un horrible massacre. Soixante vieillards (rue du Vieillard) quelques femmes et enfants furent sauvés. Tout le reste avait fui ou était mort les armes à la main. Ainsi Bougie dont la population à notre arrivée était d’environ 1500 à 2000 âmes, subit à peu près toutes les conditions d’un enlèvement de vive force et les conséquences d’une ville prise d’assaut.
(
Recueil de la province de Constantine p327)

El Mérini ajoute: Abou Said Ben Ahmed Taleb Zenati, secrétaire de l’Emir Mofok m’a montré une lettre dans laquelle le chef des chrétiens disait que les anciens habitants rentrés à bougie s’élevaient au nombre d’environ huit milles, y compris les hommes, les femmes et les enfants.
Même référence que ci-dessus.

Les Marabouts. Les marabouts existent dans tous les villages kabyles. Toutes les familles « maraboutiques » se disent « Chorfa » venues de sakiet El Hamra (Maroc). Pour comprendre l’origine de cette catégorie de population, son état d’esprit et son rôle, il faudrait remonter dans l’histoire du Maghreb pour situer les évènements qui l’avaient placée en ces lieux.

A la suite des guerres entre les descendants de Sid Ali (gendre du Prophète) et le Khalif El Hadi, échappant à ses poursuivants, Idris réussit en 172 (788-89) à atteindre Oulili dans le Maghreb El Acsa pour se mettre sous la protection (l’Anaïa) de la tribu berbère des Auréba dont sa mère en était issue. Il mourut en 793, après avoir conquis de vastes territoires et établi la capitale de son royaume de Fès. A son fils Idris II (793-828), succéda Mohamed (828-836) qui confia, sur les conseils de sa grand-mère Kenza (Berbère des Auréba) le gouvernement des provinces à chacun des neuf de ses frères et cousins. Celui du Maghreb Central dont le siège était à Tlemcen échut à son cousin Aissa, fils de Soleïman ben Abdellah (frère d’ldris I). Cette décentralisation du pouvoir fut la principale cause des dissensions internes, des guerres fratricides, de la décadence et de la chute de la dynastie idrisside (1068) sous les coups des Almoravides (El Mourabitine) après un siècle d’existence. Les membres de la famille Idris se dispersèrent dans tout le Maghreb. Ibn Khaldoun rapporte que Ibn Hamza dit que les membres de la famille Idris étaient nombreux au Maghreb et qu’ils avaient fondé plusieurs royaumes, mais, ajoute-t-il toute leur puissance a disparu et il ne reste plus un seul de ses chefs. Le même auteur fait observer que Hamza, celui dont le lieu de la province de Bejaia appelé Souk-Hamza (Bouira) porte le nom, appartenait non pas « à la famille des Idrissides, mais à la tribu arabe des Soleïm. Djouher, général de El Moëzz (El Fatimi) transporta les enfants de Hamza El Idrissi à Kairouan, mais plusieurs membres continuèrent à vivre dispersés dans les montagnes et parmi les Berbères du Maghreb. Il y en a tout de même très peu par rapport au nombre incalculable de familles maraboutiques qui se disent « Chorfa ». Les véritables descendants d’Idris, quelles que fussent les vicissitudes politiques, gardèrent leur prestige en tant que descendants du Prophète, leur fortune et leur rang social. Les gouvernements qui se sont succédé les avaient toujours ménagés, entourés de respect, et parfois, employés dans leurs services en qualité de muphti, Imam, Cadi, etc…

La grande masse des familles «maraboutiques» relevèrent en réalité, d’origines diverses. En effet, lorsque les Almoravides débutèrent dans leurs actions politiques et religieuses, et à la suite de leurs victoires sur les Idrissides, ils s’établirent au Maroc et au Maghreb Central; leurs disciples, partisans ou fonctionnaires étaient appelés « El mourabitine », c’est-à-dire du « Parti chargé de mission ». Les Almohades du nouveau « Parti Unitaire », vainqueurs en plusieurs occasions, s’emparèrent de leurs territoires obligeant les vaincus à la servitude ou à l’exil. Nombreux parmi ces Almoravides, les uns fuyant la répression, les autres par solidarité avec leurs «frères », quittèrent le pays. Un certain nombre d’entre eux se dirigèrent vers le Sud où un grand rassemblement se faisait à Sakiet-el-Hamra autour du Ribat. De là, individuellement ou par groupe, ils remontèrent vers le nord du Maghreb Central où ils se fixèrent, soit du fait du hasard, soit à la suite d’un choix. Les populations locales les appelèrent «El Morabitine» du nom du parti auquel ils appartenaient ou prétendaient l’être.

Il y avait, écrit Auguste Cour, des contrées qui avaient la « spécialité de fournir des marabouts. Les gens du Figuig se délectent «à l’exercice des lettres qu’ils apprennent à Fès, puis, quand quelqu’un est parvenu à la fin de ses études il retournait en Numidie et dans les montagnes Kabyles, se faisait Imam, prédicateur, professeur. Ce fut une autre source de l’origine des marabouts du Sud-Ouest qui envahirent le Tell algérien peu avant la conquête « turque …

Pour se rendre mystérieux, écrit Marmol, ils déclaraient venir du pays « lointain de l’Ouest (afin que nul ne puisse contrôler leurs dires), de Sakiet-el Hamra ». Ils étaient en somme des Berbères marocains chassés de l’Atlas par leurs vainqueurs. Certains individus parmi ceux-là profitant de la confusion, exploitant la crédulité et l’ignorance des masses, s’entourant d’un tas de mystères, s’imposèrent par leur étrangeté: derwiches, hurleurs, écrivains d’amulettes, prédicateurs, préparateurs de philtres, magiciens, etc … S’établissant souvent en dehors du village pour recevoir dans la discrétion absolue hommes et femmes à toute heure, ils se livraient à leurs exercices de machinations, intrigues, etc … sous couvert de religion, de guérisseurs et autres. Au bout d’un certain temps, ils s’alliaient aux familles locales parmi les plus honorables. De ce fait, ils acquéraient la protection du clan, et bientôt suffisamment des biens pour s’imposer dans les affaires de la collectivité; leurs descendants ayant su conserver la « place » acquise, ils firent perpétuer dans la tradition locale.

Il n’en fut pas toujours ainsi, certaines confréries envoyèrent dans les montagnes kabyles des missionnaires « Merabitines » chargés d’enseigner le Coran et de propager leur doctrine; souvent ils y demeurèrent, se créant un foyer familial et un noyau de disciples. Grâce à leur savoir, leur sagesse, leur simplicité, ils acquirent une telle renommée qu’on venait de loin les consulter sur des litiges d’ordre religieux et qu’on leur envoyait leurs enfants s’initier aux sciences islamiques dans leur Zouaoua généralement construite par la communauté des Khouan. Respectés de leur vivant, ils furent vénérés à leur mort; leur tombe ou leur mausolée, entourés de légendes, devinrent un lieu de pèlerinage. Leurs descendants qui suivirent la même voie, appelés «Ahl el ilm “, conservèrent le même prestige et jouèrent un rôle important dans la vie politique du pays (soulèvement contre les Turcs, contre la colonisation française). Les confréries et Zoui qui jouèrent un rôle religieux et politique important en Afrique du Nord furent: Les Qadéria et les Chadélia. La première s’était répandue de l’Est vers l’Ouest, grâce à ses Cheikhs de grands renoms venus des écoles de “Orient par l’Egypte. La seconde, répandue par Abou Zeïd Abderrahman El Madani s’était répandue dans l’Ouest avec peu d’adeptes à l’Est du pays. Mêlés, de bonne heure aux mouvements généraux du pays, les uns et les autres subirent le contre-coup de la politique des souverains. A la fin du XV eme siècle, Ahmed ben Youcef, de l’ordre des Qadéria, traqué pour sa doctrine par les émissaires du Sultan de Tlemcen, trouva asile à Béjaia auprès du sultan. Plus tard, il embrassa le parti des Turcs dont il fut un partisan actif. Ayant obtenu des dispOsitions particulières en faveur de sa confrérie, et par là à tous ses Khouan, ses successeurs furent les meilleurs instruments à la domination turque. Ceux-ci s’en servirent aussi bien Pour régler des différends locaux que pour combattre leurs adversaires.

Les Français suivirent la politique turque en ce domaine en soutenant certains chefs de Confrérie et de Zoui contre les mouvements de rénovation dirigés par les Ouléma.

Histoire des Berbères T.II, p. 571( 22 ) Auguste Cour.- L’établissement des Dynasties des Chorfa au Maroc, p. 8.( 23) Marmol – Description de l’A. du Nord, p.12.( 1 ) Toutes les confréries ont pour adhérents (Khouan) des Berbères en grande majorité.

Les noirs en Kabylie furent introduits par les Turcs en les admettant comme auxiliaires auprès de leurs garnisons de janissaires en Kabylie. Le Caïd turc de la Basse Kabylie, Ali Khodja, pour parer aux attaques incessantes de Si Ahmed Ben Ali Ben Khettouch (24), fit renforcer le Bordj de Tazarart et y installa une colonie de nègres (1720) appelés Abib-ou-Chemlal ramenés du Sud.

Le Caïd Mohamed Ben AIi connu sous le nom de Mohamed Debbah fit venir 400 noirs du Sud qu’il établi à Tala N’Zouia (Boghni) en 1746. Dotés de chevaux et d’armes, ils participèrent aux collectes d’impôts et aux opérations militaires. Le Dey Ibrahim Pacha autorisa ses Caids à attribuer des terres domaniales à ces nouvelles recrues. Ceux-ci s’y établirent avec leurs familles créant ainsi des mouls Abid. Dans le Sébaou, on les installa au sein de la tribu des Ait Amraoua, entre le confluent de l’Oued Aïssi, et l’oued Amraoua, au pied du Djebel Baloua. Cette colonie se divisa bientôt en trois fractions: Tazmalt n’Bou Khoudmi, Tazmalt n’Kaâ-ou-Meraï, Tazmalt n’Taba Othman.

Dans la région d’Akbou, la colonie noire fut installée près du passage de Chabet-EI-Ahmeur. Les colonies noires prospérèrent tant que les Turcs y demeurèrent puissants. Certains de leurs chefs épousèrent des femmes kabyles d’origine très modeste recherchant protection et sécurité pour elles-mêmes et pour leurs proches souvent étrangers à la tribu locale. A la longue; il se constitua une catégorie de population fort métissée qui s’intégra progressivement à la population autochtone.

La chute des Turcs obligea la grande majorité d’entre eux à chercher refuge et protection ailleurs. Ils émigrèrent ou se dispersèrent dans la région pour offrir leurs services aux puissantes familles locales. Ceux de la grande Kabylie, furent admis chez Belkacem ou Kaci de Temda el Belat, Mohand ou el Hadj de Taguemount ou Aamrouche. Ceux d’Akbou furent engagés par Ourabah qui les cantonna à Ighil Alouanène dans les Ait Tamzalt; par Mohand-Ou Châbane qui les établit à Tighilt-Amérian dans les Fenaïa ; par Mohand-Ou Chalal qui les installa à El Flaye dans les Béni-Oughlis ; par Ben Ali Chérif qui les mit au service de sa zaouia de Chellata. On leur donna des noms rappelant leurs origines: OuId Abid ; Aberkane; Berkane; Lekehal; Akli.

Activités économiques et culturelles:

1-Caractère sociologique :

Le Kabyle, d’une manière générale, habite sa propre maison construite de pierres et recouverte de tuiles. Il possède une parcelle de terre que des murs, haies ou fossés séparent de son voisin. Les limites, comme le tour d’eau d’arrosage, sont sacrées, nul ne peut les violer sans risques d’incidents graves. Industrieux et sédentaire, intelligent et actif, sobre et rompu à la fatigue, il s’adonne à toutes les besognes pour gagner sa vie et celle des siens. Il émigre facilement quand les occupations locales ne suffisent pas; dans ce cas, un membre de la famille demeure au village pour veiller au patrimoine familial.

Dans la famille, la femme jouit d’une grande liberté; en l’absence du mari, elle fait face aux travaux agricoles, s’occupe de l’éducation des enfants, répond aux obligations de la communauté. La polygamie étant extrêmement rare, la cellule familiale demeure ferme, et prospère dans le cadre de l’indivision pour sauvegarder sa puissance ; quand celle-ci est brisée, la fille n’hérite pas afin que les biens ne passent pas en des mains étrangères, mais elle conserve le droit permanent de gîte sous le toit paternel.

La communauté vit dans le respect des traditions parfois séculaires, Chaque village dispose d’une Djemâa, assemblée de représentants de chaque famille ou fraction. Un Cheikh (Amokrane) élu préside aux délibérations. La justice y est rendue très souvent d’après « el-Adda », droit coutumier, et le Kanoun, usages antiques sanctionnés par la pratique qui tient lieu de code civil, pénal, administratif et militaire. Ces lois dictées par l’expérience reflètent les besoins et les intérêts individuels dans le cadre de la collectivité, ainsi que les obligations de celle-ci dans le cadre national. Egalité de tous ses membres, absence de privilèges, respect de l’individu, de sa femme, de sa maison, absence de peines corporelles et de prison (la dignité de l’homme libre – Amazigh – est respectée et demeure sans tâche), liberté de commerce, marchés ouverts à tous, charges proportionnelles aux richesses, etc …

La solidarité est de rigueur dans le village. La «Touiza » permet à chacun d’exécuter ses travaux avec l’aide de tous (cueillette des olives, construction d’une maison, mariage, décès, etc.). Les travaux d’utilité publique consistant en ouverture et réparation de chemins, entretien des fontaines, de la mosquée, du cimetière, s’exécutent en commun.
“L’Anaïa” (protection) pratiquée par toutes les familles, pauvres ou riches vis-à-vis d’un étranger de passage, un transfuge poursuivi par ses ennemis, ou seulement un individu qui désirerait s’implanter dans le village, fut souvent la cause des frictions et même des affrontements entre familles ou villages. “L’Anaïa” accordée par n’importe quel membre de la famille, l’honneur de tous ses membres se trouve engagé, et nul ne peut l’enfreindre sans encourir une vengeance. (La vengeance cesse, an certaines régions si le fugitif accepte d’exercer la fonction «humiliante» de boucher).

Le devoir de chacun à défendre l’inviolabilité du pays, met chaque famille, en temps de guerre, dans l’obligation de mettre à la disposition du Chef, des hommes pourvus de leur nourriture et de leurs munitions. Ceux-ci combattent un certain temps puis reviennent au village pendant que d’autres, fidèles à l’engagement de la fraction, assurent la relève. En raison du peu de temps que chaque guerrier passe au combat, du renouvellement constant des combattants, et la suspension des hostilités en mauvaise saison, ou au moment des gros travaux agricoles (cueillette des olives), le succès n’est pas toujours exploité à fond contre l’ennemi, alors que celui ci, grâce à une armée de soldats permanents disposant de grands moyens, persisté dans son effort défensif ou offensif Cette tradition, Sans doute millénaire, fut un handicap sérieux aux chefs militaires, et souvent la cause principale de leurs échecs dans leur lutte contre l’étranger. Elle ne disparaîtra qu’à l’époque moderne guerre de libération (1954-1962).

Dans toutes les guerres, quelles qu’elles soient même entre villages, il n’est pas rare de voir des femmes s’approcher de la mêlée encourageant, excitant par leurs youyous et leurs cris, portant secours aux blessés, aidant à enlever les morts, partageant les périls de l’action, les soucis de la défaite, la joie du succès (26). Toutes ces traditions d’ordre économique, politique et social résistèrent à toutes les influences extérieures. Alors qu’à Bougie, le sultan gouvernait par l’intermédiaire de ses vizirs, possédait une administration et des fonctionnaires, rendait la justice conformément au droit musulman, entretenait une cour brillante de savants, poètes, érudits de toutes sortes, l’arrière-pays demeurait figé dans ses institutions anachroniques, obéissant par tradition depuis des générations à des chefs issus de certaines familles, ne consultant que ses propres cheikhs pour résoudre ses litiges religieux, et sa Djemâa pour régler ses différends. Le sultan, en fait n’y exerçait aucun pouvoir temporel sinon sur les chefs traditionnels qui répondaient quand ils le désiraient du tribut ou des impôts forfaitaires de la collectivité payés souvent en nature.

Les Turcs ne modifièrent en aucune sorte cet état de choses. Le pouvoir du Caïd turc à Bejaia ne dépassait pas la banlieue de la ville ; celui des commandants des garnisons ne concernait que les janissaires en exercice ou en retraite; ils étaient là uniquement comme forces de police pour servir d’appui aux chefs traditionnels dans leur collecte des impôts ou, épaulés par le makhzen, obliger les récalcitrants à se soumettre aux obligations générales. La colonisation française, après une lente évolution dans son administration, institua des assemblées communales où les représentants de la population étaient sensés débattre ses problèmes, mais la Djamaa de chaque village ne se départit jamais de son rôle au service de la collectivité. (Toutes les traditions sont demeurées intactes jusqu’à l’indépendance La révolution a produit un éclatement de la famille, de la société même il y eut un changement radical dans les mœurs dans les traditions dans les rapports avec les voisins-mêmes).

2) Activité économique

Pays très accidenté et relativement pauvre ; population très dense mais courageuse et laborieuse, hommes et femmes travaillent. Partout, à la maison, dans l’échoppe, au jardin, aux champs, chacun selon ses possibilités produit l’un pour assurer la subsistance familiale, l’autre pour faire prospérer ses affaires. Aussi les marchés hebdomadaires abondent-ils en tapis du Guergour, couvertures (hanbal) de Zemmoura, tentures des Béni-Oughlis et des Béni-Ourtilane, burnous des Béni-Abbas, étoffes aux couleurs chatoyantes importées d’Alger, de Constantine, de Tlemcen; épices des Gaouaoua, caroubes, huile et beurre, miel, légumes et fruits, moutons, chèvres, vaches, bœufs, ânes, mulets, etc Les transactions importantes se font le jour du marché. Les commerçants drainent leurs marchandises vers les villes de l’intérieur ou vers le port de Bougie pour l’exportation. En plus des produits de l’arrière-pays, le commerce local s’enrichit des produits de luxe fabriqués par les artisans Bougiotes: chaussures féminines, étoffes en soie, ustensiles en cuivre, bois de chêne, de noyer et de pin, cuirs tannés de grande qualité, etc …

Cette activité intense faisait de Béjaia un port international grâce aux transactions avec les puissances étrangères qu’opéraient les Béni-Hammad, puis les Béni-Hafs. La ville n’avait pas cent ans d’existence quand El Idrissi écrivait: «de nos jours, Bejaia fait partie de l’Afrique moyenne, et est la capitale des Béni-Hammad. Les vaisseaux y abordent, les caravanes y viennent et c’est un entrepôt de marchandises. Ses habitants sont riches et plus habiles ,dans divers arts et métiers qu’on ne l’est généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique occidentale, ainsi qu’avec ceux du Sahara et de l’Orient; on y entrepose beaucoup de marchandises de toute espèce. Autour de la ville, sont des plaines cultivées, où l’on recueille du blé, de l’orge et des fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères, car les montagnes et les vallées environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d’excellente qualité; variété de viandes. Dans ce pays, le bétail et les troupeaux réussissent à merveille et les récoltes sont tellement abondantes, longtemps ordinaire, elles excèdent en besoins des consommateurs et qu’elles suffisent dans les années de stérilité. Les habitants de Bougie se livrent à l’exploitation des mines de fer qui donnent de très bon minerai. En un mot, la ville est très industrieuse, c’est un centre de communications très important…

A partir de 1625-1626. La famille Bel Kadi (ancien roi de Koukou) est connu sous le nom de Oulad Bou Khettouch. Les descendants de Bou Khettouch existent encore à Tamda, à Djemâa Sahridj et à Souama, ils disposent d’un certain nombre de documents attestant cette ascendance. La fille de Amar Bel Kadi Ben Khettouch marié avec Si Chérif Boutouch des Aït Boutouch de la tribu des Aït Idhourar eut un fils qui devint plus tard Caïd du Sebaou et Bey du Tittri. Ses descendants s’étaient établis à Blida. Revue africaine T7, p. 293 p.8, p.365(25) Le Caïd Mohamed Ben Ali fut appelé Mohamed Debbah (l’égorgeur) en raison de sa cruauté. Il fit égorger, dit-on, plus de 1200 kabyles, faits prisonniers au cours des campagnes dans la région(27) On exploitait:1) les mines de fer situées entre Berbacha et les Béni-Slimane les mines de fer des. Béni-Slimane près de Kombita. Les mines de plomb argentifère, chez les Béni-Djelil Minerai de cuivre près de Toudja. (Recueil des notices et mémoires de la province de Constantine p. 120 ..).

Les premiers traités de commerce avec les négociants Pisans remontent au XI siècle. Marseillais, Génois, Vénitiens et d’autres républiques de l’autre rive de la Méditerranée possédaient des représentants ou consuls à Bougie chargés des transactions avec les particuliers et avec le gouvernement. Les rivalités entre les firmes, si elles favorisaient la concurrence et le choix des partenaires, mettaient parfois le gouvernement en difficulté diplomatique avec les nations des plaignants. Il arrivait aussi que les intéressés se liguent contre le gouvernement pour imposer leurs conditions. Ainsi en 1138, Gênes s’entendit avec les communes et les seigneurs Marseillais, d’Hyères, de Fréjus et d’Antibes pour la pratique de transactions sans concurrence à Béjaïa, mais ces manœuvres n’aboutissaient que rarement dans la pratique, étant donné, la rivalité des partenaires et l’esprit mercantile de chacun que le gouvernement savait exploiter à son profit.

Tant que l’Emir de Béjaïa dépendait du sultan de Tunis, les traités signés par ce dernier étaient applicables à Béjaïa, mais depuis que Béjaia s’érigea en principauté autonome, les traités étaient directement signés par l’Emir et n’intéressaient que ses villes. Les traités signés à cette époque étaient à peu près communs à ce qui se pratiquait ailleurs. Nul officier, ni sujet musulman ne devait gêner les opérations commerciales. Les chrétiens restaient entièrement maîtres de vendre leurs marchandises ou de les renvoyer en Europe, s’ils ne trouvaient pas à s’en défaire avantageusement; mais les relations commerciales étaient essentiellement limitées aux villes de la côte. Les traités n’admettaient pas qu’une nation chrétienne put prétendre accaparer tel ou tel produit pour nuire au commerce d’un autre concurrent. Les représentants administratifs éventuellement, sinon les commerçants algériens, étaient seuls habilités à effectuer les transactions à l’intérieur du pays; ils se rendaient dans les marchés hebdomadaires et installaient des dépôts dans les villages importants où de simples particuliers pouvaient écouler leurs produits. Cette précaution permettait au gouvernement de contrôler les prix, assurer l’écoulement de la marchandise et de se réserver certaines denrées.

A l’époque turque, Marseille, Gênes et les autres villes européennes avec lesquelles les deys étaient liés par traités venaient trafiquer sur le marché de Bougie. Les éléments principaux de leurs transactions étaient, comme toujours: le commerce des cuirs, huile, cire, laine, étoffes, bois, etc … Quand le trafic avec l’étranger connaissait une baisse, en raison des conflits qui opposaient le dey aux nations étrangères, les exportations se faisaient vers les ports d’Oran, d’Alger, de Bône et de Tunis, d’où les marchandises étaient acheminées vers les marchés intérieurs du Maghreb, de Tunisie et de Tripolitaine. Le transport des bois de construction fournis par les Béni-Amrous et les Béni-Mohamed était monopolisé à Bougie par le Caïd El Karasta de la famille de Saïd-Ou-Ahmed des Aït Mimoun. A l’époque du colonisateur française, celle-ci, s’étant accaparé de l’économie du pays, les activités des musulmans se réduisent considérablement. La politique des nouveaux possédants étant lié à des gros colons, les produits agricoles constituèrent la grande masse des exportations; de ce fait, l’importation de produits manufacturés de la Métropole ne laissait que peu de place aux artisans et petits possédants autochtones.

Le transport maritime monopolisé, mettant fin à l’existence d’armateurs indigènes, était beaucoup plus axé vers les ports d’Alger et d’Oran desservant des régions agricoles très riches. Le commerce de Bougie se dilua donc dans la masse des mouvements transactionnels de la colonie pour ne représenter que 11 % de la totalité. Pendant que les citadins Bougiotes trouvaient, tout de même, emploi et activité, mais à peine suffisants à leurs besoins, les populations de l’arrière pays, après avoir vécu pendant longtemps de leurs propres ressources, finirent par se tourner vers les grands centres ruraux pour effectuer leurs transactions d’ailleurs limitées aux achats du strict minimum (étoffés, céréales, ustensiles divers) et à la vente de surplus de leurs propres produits (figues, huile, poteries, produits de vannerie), et, le pays pauvre dans la majeure partie de son étendue en raison de la nature même de son sol, (les meilleurs terres étant occupées par la colonisation et ses suppôts), les populations se trouvèrent acculées à l’émigration ou à une vie précaire à peine supportable. L’Algérie indépendante s’efforce de redresser partout la situation désastreuse héritée du colonialisme français en multipliant les crédits aux zones déshéritées, et aux régions les plus atteintes par la guerre. Cette région attend beaucoup de la révolution industrielle et de la révolution agraire. L’aboutissement de l’oléoduc, les projets d’industrialisation de la banlieue de Bougie, et la mise en valeur de la vallée laissent espérer dès maintenant une reprise d’activité et des jours meilleurs pour l’ensemble de la population … En sera-t-il ainsi ?

3) Activité culturelle

L’instruction à l’intérieur du pays était dispensée dans les mosquées et dans les zaouïas dont certains cheikhs étaient connus pour leur érudition, leurs connaissances parfaites de la grammaire et du droit coranique. La majorité des étudiants, qui terminaient leurs études en ces lieux, retournaient dans leur village pour servir d’imam, professeur et cadi à la fois; les autres plus audacieux ou plus fortunés, partaient dans les grandes capitales chercher fortune et savoir, mais Bougie, la plus proche, et aussi bien nantie, retenait la majorité d’entre eux. En effet, quand Moulay En-Nacer quitta la Kelâa et ses beaux palais, emportant dans ses coffres les objets les plus précieux, et dans sa suite : des professeurs, des poètes, des Imams, des cadis et des muphtis parmi les plus savants, il désira faire de sa nouvelle cité une capitale encore plus brillante par le nombre et la valeur de ses édifices, la qualité de ses artisans et le niveau culturel de ses sujets. Aussi, légua-t-il à ses successeurs et à ses sujets des biens impérissables et des plus précieux qu’ils mirent au service et à la portée de tous. Ils aidèrent les populations voisines à progresser en tous les domaines en leur offrant les plus larges possibilités d’apprentissage auprès de maîtres (artisans, enseignants) encouragés à s’établir à Béjaïa. L’assimilation des techniques et des idées si arides fussent-elles ne connut pas d’obstacles majeurs, car, dès que, sorti de son cadre villageois et tribal, dégagé des chaînes traditionnelles, descendu des hautes crêtes isolées et arides, le jeune Kabyle retrouve la plénitude de ses moyens physiques et intellectuels. D’une manière générale, il s’adapte facilement au milieu dans lequel les circonstances l’obligent à vivre. Il assimile aisément les idées et les techniques nouvelles auxquelles souvent il imprime sa personnalité. Chaque époque a laissé à la postérité des œuvres d’hommes qui se sont illustrés en divers domaines: Masinissa, Jughurtha, Hiempsal, Juba Il, Tarek, et tant d’autres, et pour cette époque : Ali Mohamed Zouaoui, Ghobrini Abou Mohamed, Hellal Ben Younès El Ghobrini, Abdellah Ben Youcef El Ghobrini, Abou El Abbas El Ghobrini (tous de la Kabylie du Djurdjura. Cette famille fournit aux Béni-Hammad et aux Béni-Hafs, toute une lignée de cadis), Aoudjhane Soleïman, Mohamed Ben Ibrahim-El Ouaghlissi, Mohamed El Mansour-EI Colli, Omar Ben Abdelmohcine-EI Oudjhani (Akbou), brahim Ben Mimoun (Babor), Ibn Sald Annas de la famille royale des Béni-Hammad.

Les dynasties Hammadites et Hafsides eurent à leur service de nombreux fonctionnaires, magistrats, officiers issus de modestes familles des villages voisins ou de la région (Djurdjura – Biban – Babor). Grâce à eux, et dans une grande proportion, la ville de Bejaia conserva pendant longtemps son auréole de grande capitale musulmane et du Maghreb. Faut dire qu’elle le dut aussi à la présence d’éminents professeurs venus d’Andalousie et d’ailleurs, et de nombreux Walis établis dans la capitale ou dans les environs : Sidi Yahia, Sidi Abdelmalek, Abou Mohamed Ben Abdelmàlek, Abou Abdellah Mohamed Ben Ahmed El Afri El Kelaï, Abou Zakarya El Merdjani El Mosli, Sidi Brahim El Bejaoui, Sidi Aïssa Ben Nacer, Sidi Bouali, etc …

La chute de la dynastie des Hafsides à Bougie, provoquée par l’invasion espagnole, mit fin à la prospérité de cette ville en tant que centre politique, économique et intellectuel du Maghreb, maîtres et étudiants se dispersèrent dans le pays. La libération de la ville par les Turcs permit aux transfuges andalous et à un certain nombre de savants de réanimer le flambeau de la civilisation arabo-berbère et de donner, dans une certaine mesure, à la jeunesse locale les moyens de s’élever à un certain niveau intellectuel, mais Bejaia, simple ville du Beylek ne reprit plus l’éclat et le rayonnement d’antan, ni dans ses possibilités économiques, ni dans son rôle intellectuel.

La colonisation française étouffa à jamais les derniers foyers, laissant le soin aux Zaoui d’enseigner, dans des limites précises, des notions générales sur la langue et le droit musulman. Mais elle créa des écoles de langue française où, en dépit d’une réglementation stricte, une élite réussit à émerger et à s’imposer pour entreprendre avec succès des études supérieures à l’université d’Alger ou dans les universités de France. L’économie, dans sa quasi-totalité détenue par les colons, ne profita qu’à ceux-ci.
Texte de Mouloud GAID (Historien). Extrait de “HISTOIRE DE BEJAIA ET DE SA REGION” depuis l’antiquité jusqu’a 1954 – Edition MIMOUNI 1976

Le représentant de la nation étrangère était le consul. Les consuls résidaient au milieu de leurs nationaux et de leurs marchandises, au fondouk même dont la surveillance leurs appartenait. Ils étaient à la nomination de l’autorité de leur pays. Les traités leur reconnaissaient le droit de voir le sultan une fois au moins par mois, et de lui exposer les doléances et les observations de leurs nationaux. Conformément aux conventions, ils étaient assistés d’un interprète (Dorgman) choisi et payé par leurs soins, le même interprète intervient auprès des services de la douane pour toute les opérations. Les fondouks étaient des établissements destinés à l’habitation des nations chrétiennes, à la garde et à la vente de leurs marchandises. Ils étaient situés, soit dans l’intérieur de la ville, où ils formaient un quartier à part, soit dans un faubourg et tout à fait en dehors de la ville arabe. Un mur en pierres ou en pisé séparait complètement le fondouk de chaque nation des établissements voisins. Ces établissements renfermaient un cimetière et une église ou une chapelle, dans laquelle les chrétiens étaient libres de « célébrer tous les offices. Le curé pisan de Bougie dépendait de l’archevêque de Pise. La police du fondouk appartenait absolument au consul de la nation. Des portiers, généralement des indigènes, étaient préposés à l’entrée et avaient le droit de refuser le passage à tout individu chrétien ou musulman, suspect ou non autorisé du consul, à moins qu’il ne fût accompagné de l’un des Dorgman ou employés de la douane. Sous aucun prétexte, les officiers musulmans ne devaient entrer d’autorité dans le fondouk, s’y livrer à des perquisitions ou en extraire un sujet chrétien. Quand il y avait lieu d’agir contre un membre ou un protégé de la nation, l’autorité musulmane devait s’entendre avec le consul. En cas de sinistre, les traités et l’usage du Maghreb obligeaient les gens du pays à porter secours aux bâtiments en péril ou jetés à la côte, à respecter les naufragés, et à les aider dans leur sauvetage, et à garder, sous leur propre responsabilité toutes les marchandises, épaves et personnes préservées au désastre, La police des ports était placée dans les contributions du directeur de la douane. Le droit général sur les imputations des nations alliées, c’est-à-dire liées par des traités avec les Emirs, fût de 10 %, il varia peu. Les droits d’exportation étaient à peu près les mêmes. Dès qu’un navire chrétien entrait dans le port, les douaniers se présentaient, Ils enlevaient, selon la bonne coutume, les voiles, les agrès et le gouvernail, pour empêcher le capitaine de partir avant d’avoir, acquittées les droits. On estimait ensuite la cargaison et le bâtiment lui-même, qui était toujours gardé à vue. sans une autorisation spéciale, qui était rendue à la douane, les marchands ne pouvaient pas charger et décharger leur navires et leurs propres barques.

Recueil des notices et mémoires de la province de Constantine (Région de Bougie) p. 222-224. Consulter le livre de M. Rabah Bounar « Ounouan dirassa» SNED 1970. Il s’agit d’une biographie des personnalités les plus marquantes de Bougie à l’époque des Béni-Hammad.

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La destruction du royaume Hammadite 

La première campagne des Almohades au-delà de la Moulouya les avait menés jusqu’à Tlemcen et Oran. Sept ans plus tard, une nouvelle expédition aboutit à la destruction du royaume Hammadite. Depuis que le sultan El Mançour s’était transporté de la Qalaa à Bougie (1090), qu’avait fondée son prédécesseur En-Nacer (1062-1063), la nouvelle capitale était  devenue une des principales villes de Berbérie. « Les vaisseaux, écrivait El-Idrissi à l’époque du triomphe Almohade, y abordent, les caravanes y viennent et c’est un entrepôt de marchandises. Les habitants sont riches et plus habiles dans divers arts et métiers qu’on ne l’est généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est florissant. Les marchands de cette ville sont en relation avec ceux de l’Afrique occidentale ainsi qu’avec ceux du Sahara et de l’Orient ; on y entrepose beaucoup de marchandises de toute espèce. Autour de la ville sont des plaines cultivées, où l’on recueille du blé, de l’orge et les fruits en abondance. On y construit de gros bâtiments, des navires et des galères, car les montagnes environnantes sont très boisées et produisent de la résine et du goudron d’excellente qualité… Les habitants se livrent à l’exploitation des mines de fer qui donnent de très bon minerai. En un mot la ville est très industrieuse. » (Trad. De Goeje et Dozy.) 

Bougie faisait aussi figure de capitale intellectuelle. Un historien qui en était originaire pouvait établir la biographie de 104 célébrités locales du droit, de la médecine, de la poésie ou de la religion. Le royaume Hammadite avait connu une grande prospérité sous El-Mançour. Le sultan avait renforcé ses contingents sanhadjiens et zenatiens de mercenaires arabes pour lutter contre les Almoravides et mis fin à leur progrès vers l’Est (il y a certainement une erreur de frappe, l’auteur voulait dire l’Ouest car Tlemcen est à l’Ouest de l’Algérie) en enlevant Tlemcen (1102-1103). Il avait  réussi à reprendre Bône et Constantine aux Zirides et à dompter des révoltes berbères. 

Après lui, la puissance Hammadite ne cessa de décroître . El-Aziz (1104-1121) avait réussi encore à occuper Djerba et repousser les Arabes du Hodna, mais son fils Yahia (1122-1152), qui ne pensait qu’à la chasse ou aux femmes, ne put empêcher une attaque des Génois contre Bougie (1136) . Il fut encore moins capable d’arrêter l’invasion Almohade. Après avoir réglé provisoirement la situation en Espagne, Abdelmoumène, dont les forces s’étaient accrues, décida de frapper un grand coup dans le Maghreb central. Il se dirigea, à marche forcée et dans le plus grand secret, vers Bougie. Son avant-garde entra, sans coup férir, dans Alger et dans Bougie, d’où Yahia s’était enfui, puis son fils prit et saccagea la Qalaa (1151).

Source : Histoire de l’Afrique du Nord. Ch.André Julien. Paris 1969

source: http://rabahnaceri.unblog.fr/

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L’Hécatombe et la Presse ou les démons du mensonge

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009

L’Hécatombe et la Presse
ou les démons du mensonge
 » Il n’est point de secret
que le temps ne révèle « 

Le Général Mohamed
Lamine Mediene Alias Toufik

Préface:

La guerre n’anéantit pas seulement les hommes, les biens et la vie en général, mais détruit également les principes, l’éthique, la déontologie et surtout l’espoir.
En Algérie, rares sont ceux qui savent résister aux charmeurs de la corruption morale et matérielle et la presse comme tout organisme stratégique n’échappe pas à cette règle.
Depuis le début de la tragédie, certains journaux ont perdu leurs essences et leur crédibilité acquises chèrement après les événements d’octobre 88, dans un pays où tous les moyens d’information appartiennent depuis l’indépendance aux décideurs.

Est-ce un hasard si la profession a payé un aussi lourd tribut ?
La mort violente des journalistes algériens et étrangers a dévoilé la détermination de ceux qui veulent à tout prix étouffer la vérité ; abaisser le rideau de fer est pour eux une nécessité afin de mener à bien la politique de l’horreur.
Cette cruauté a permis la neutralité bienveillante de la majorité et la compromission de certains autres ; les meurtres, les menaces puis l’isolement (pour ne pas dire la clandestinité et l’exil) des autres ont fini par anesthésier l’esprit critique et paralyser la quête de la vérité qui ont caractérisé la presse algérienne à l’issue des événements d’octobre 88.

Des journalistes qui ont pris avec des médecins le leadership des comités contre la torture en octobre 88 (avec la participation remarquée de l’actrice Isabelle Adjani), qui ont écris les mémoires d’octobre et sont devenus des portes voix criant leur indignation en répétant « plus jamais ça », se sont transformés en apôtres de l’éradication et en plumes de sangs.

Il est dit :  »On n’a pas le droit de tuer un homme parce qu’on ne connaît pas les images qu’il y a au fond de ses yeux », principe sacré du droit à la différence et du respect d’autrui que bon nombre de journalistes ont sacrifié au nom de la pseudo-sauvegarde de la démocratie que les intégristes veulent décapiter.

Comment expliquer aux communs des lecteurs la conversion rocambolesque d’une presse contestataire et parfois rebelle à l’avant garde de la lutte pour les droits de l’homme et la dignité humaine, en un instrument fatal entre les mains des thaumaturges du cabinet noir. Cette presse qui est devenue une girouette changeant de sens avec les vents des luttes des clans.
Certes dans un pays soumis à des bouleversements en profondeur où les affrontements entre idéologies antinomiques et intérêts divergents ont ouvert la voie à une atrocité meurtrière, le principe sacré du respect de la vie humaine est tombé à la faveur de fatwas d’imams ou pseudo-cheikhs ignares et de muftis incultes made in DRS. Mais le plus grave encore, c’est que la presse qui était le garde fou du champ politique, a fini par céder. Le résultat est connu de tous et les écrits relatifs à ce sujet sont bien loin du non dit ; les cours restent toujours pleins tant que justice n’est pas faite.

Nous ne voulons pas et nous n’avons pas la prétention de faire le procès de la presse ou des journalistes, l’histoire se chargera tôt ou tard d’une telle mission, mais nous tenons par contre à expliquer les mécanismes et les dessous de la manipulation et montrer que la démission des consciences a très largement contribué et d’une façon substantielle au pourrissement de la situation. Notre espoir est que ce dossier puisse contribuer, même de manière très modeste, à la libéralisation des consciences journalistiques, l’assainissement du milieu médiatique et la réhabilitation de la fonction de journaliste ; pour que demain soit meilleur pour ceux qui achètent chaque jour leur journal et qui s’attendent à y trouver leurs souffrances mises à nu afin de pouvoir espérer que le surlendemain sera meilleur !

Le début:

Depuis le renversement de Chadli en janvier 1992, le commandement de l’ANP de l’époque prend en charge la diffusion de toute information touchant de près ou de loin l’institution militaire ou la vie politique du pays. Les moyens de communication sont mis sous surveillance stricte afin de s’assurer du contrôle du reste des événements.
Dans le passé, cette mission délicate a de tout temps été attribué au service presse de la Direction du Renseignement et de la Sécurité qui a mis sur pied au fil des ans un service très spécialisé qui a tissé sa toile autour de tous les médias.
La gestion et la manipulation de l’information est une arme moderne très redoutable qui est employée pour gérer une situation de crise, façonner l’opinion publique et même retourner celle-ci lorsqu’elle est hostile à la politique en cours. C’est une spécialité bien établie dans tous les services secrets du monde, appelée « Média Management ou Crisis Management » et qui a démontré son efficacité plus particulièrement lors de la guerre du Golf.

En Algérie, la DRS n’est pas en marge dans ce domaine, les exemples sont nombreux, mais la pratique la plus connue de tous est la censure classique qui couvre tout le champ politique. Cette opération est assurée par l’intermédiaire de son service presse de manières différentes, mais le but final reste la manipulation psychologique de l’opinion publique nationale et même internationale lorsque le sujet a une dimension internationale.

L’exploitation et la manipulation de l’information sont réalisées par une sous direction de la DRS : le service presse, plus scientifiquement baptisé «service psychologique ». Il est en charge de la «guerre médiatique ». Cette sous direction est basée actuellement au centre opérationnel de Belaroussi (l’ex-centre de support opérationnel technique), situé derrière la cité des Asphodèles à Ben Aknoun et est connu par les introduits dans les milieux médiatiques sous le nom de code CCD.

Le centre Belaroussi, classé très sensible, est commandé par le fameux Colonel Aziz. Il abrite les bureaux du centre de la communication et de la diffusion (CCD) qui est dirigé par le colonel Tahri Zoubir alias Hadj Zoubir.
Si El-Hadj comme il est communément appelé, est comme ses prédécesseurs, en charge du recrutement par n’importe quel moyen du plus grand nombre possible de journalistes (même étrangers), le but est bien simple : la censure passive et active de tout ce qui est considéré comme une information à caractère sécuritaire.

La censure passive est plus classique, elle permet la régulation des moyens médiatiques que ce soit la télévision, la radio, la presse écrite ou très récemment l’Internet (le serveur du Cerist, ANEP, Wissal), et ce par l’intermédiaire d’officiers présents sur place, qui bénéficient de postes importants (bureaux de sécurité) et jouissent d’une liberté d’action sans limites. Chaque bureau de sécurité au sein d’un organisme médiatique comme la TV, la radio, les stations régionales (TV et radios) et l’APS regroupe une petite équipe d’officiers qui veille 24 heures durant sur le bon déroulement des choses. Il est même arrivé qu’un officier soit lui-même le directeur de l’établissement comme cela est souvent le cas concernant le poste de directeur de l’APS (comme le colonel Talmat, décédé en 1996).
La censure active est plus importante car elle nécessite des moyens humains importants à savoir des agents et des spécialistes en communication, capables de créer l’événement et de renverser une situation médiatique hostile.

Ce sont des spécialistes, le plus souvent des étrangers (spin docteurs : ce qui veut dire, des docteurs en renversement de crise), qui tracent les démarches à suivre pour minimiser les retombées médiatiques d’une situation catastrophique (comme ça a été le cas après les massacres de 1997 et 1998).
Dans tous les cas, le CCD a pour mission : la culture du secret dans le seul but de manipuler les masses d’une population en quête de vérité. Rien ni personne ne compte devant la soi-disant raison d’Etat, ce sceau sous lequel bien des vies sont sacrifiées et tant d’autres gâchées.

Tahri Zoubir est un ancien officier issu de la Direction Centrale de la Sécurité de l’armée (DCSA), il a occupé des postes de responsabilités assez importants avant de devenir commandant du CCD. Il a été le sous directeur de la sous direction des points sensibles ; ce qui englobe la sécurité de toutes les enceintes militaires à travers le territoire national. Il a joué un rôle clé lors du départ du général Kamel Abderahman et plus tard dans celui du général Mohamed Betchine qui a été aussi son ancien chef.
El Hadj Zoubir est assisté dans ses taches par toute une équipe d’officiers qui sont :

*Le colonel Smail Hallab du corps de la gendarmerie nationale qui commande un service de soutien à Zoubir depuis le quartier général à Bab Djedide.

*Le colonel Kamel originaire de la DRS avec ses hommes qui sont : les commandants Hamdi Amalou et Omar Bououne, le capitaine Amine et le lieutenant Salah du service analyse de la DRS.

*Le commandant Miloud Originaire de la DCE et le Capitaine Hamza Originaire du centre opérationnel « Antar » et qui travaillent tous deux pour le compte de Smain Lamari.

*Les adjoints directs de Zoubir, originaires de la DCSA tout comme lui, sont : les commandants Djilali et Samir.

*les Capitaines Djamel, Mohamed et Boudjemaa, le lieutenant Madjid, l’adjudant chef Abdenour Khodja et la PCA Djamila (personnel civil assimilé), qui constituent le secrétariat général du CCD.

Le recrutement des plumes est réalisé grâce à la collaboration directe d’une classe de journalistes totalement dévouée aux thèses de la DRS moyennant des avantages matériels très importants et une notoriété acquise grâce à leurs protecteurs. Une deuxième classe de journalistes est recrutée sous la compromission, à la suite de grandes pressions, sous la menace et même parfois grâce à de vrais-faux attentats attribués aux GIA. Il existe cependant des journalistes qui ont su rester fidèles à l’esprit de déontologie mais qui ont payé le refus d’être achetés, soit de leurs vies, soit en abandonnant le journalisme, soit en étant obligés de quitter l’Algérie et d’opter pour l’exil. Dans tous les cas, Le colonel Tahri Zoubir est prêt à aller jusqu’aux limites de la barbarie pour exécuter les ordres de Toufik et Smain.

Avant de devenir le chef du CCD, Zoubir a dû montrer patte blanche vis-à-vis de Toufik auquel il a largement témoigné sa fidélité. La confiance de Toufik a été acquise grâce à Mohamed Betchine. En réalité, ce dernier à peine installé, après l’élection de Zeroual, qu’il commence à approcher discrètement des cadres avec lesquels il a travaillé à la DCSA ou à la DRS pour le soutenir dans sa soi- disant démarche de paix. Plusieurs officiers le rejoignent effectivement, soit directement au siège de la présidence, soit restent en contact permanent pour lui rendre compte au fur et mesure de ce qui se passe à la DRS. Il fait de même avec le commandant Tahri Zoubir (à l’époque sous directeur des points sensibles et chargé de mission spécial pour la DCSA) qui n’ hésite nullement avant d’aller voir Toufik et lui rendre compte de l’offre de Betchine. L’ancien directeur de la DRS croyant avoir réussi le retournement de Zoubir se prend dans son propre jeu, et Toufik lui fait parvenir des informations qui ont permis par la suite de renverser toutes les tentatives de récupération du MDN par le président Zeroual et l’élimination spectaculaire de Betchine. Il va sans dire que Zoubir a été largement récompensé pour cette fidélité qui lui a ouvert les portes d’un pouvoir immense.

Depuis sa nomination à la tête du service presse, suite au départ du colonel Fawzi actuellement en poste à Rome en tant qu’attaché militaire, Zoubir a suivit les ordres de Toufik à la lettre et a réalisé quelques coups médiatiques qui ont eu un impact important sur la vie politique du pays même à l’échelle internationale, parmi ces opérations de manipulation médiatique:

*L’interview réalisée par le journaliste de  »Chark el Awsat », Amir Atahiri.

*La couverture médiatique de l’opération de Ouled Allal.

*Les attaques contre le général Mohamed Betchine et qui ont conduit par la suite à la démission du président Zeroual.

*Très récemment l’aide à Khaled Nezar et la promotion médiatique des anciens officiers de l’armée française par l’intermédiaire du colonel Mohamed Rabah Boutella, fondateur du mouvement des officiers algériens de l’armée française.

*Et La campagne menée pour discréditer le MAOL.

Ce travail de maître manipulateur n’aurait jamais pu aboutir sans l’apport considérable de ses agents, qui signent de leurs noms ou de leurs pseudonymes des articles tous faits au CCd et qu’ils reçoivent le plus souvent par fax à leurs rédactions respectives. Ces plumes mercenaires s’emploient à donner de la crédibilité à des faits ou à des évènements factices, concoctés par la cellule analyse du CCD dans le but de damner le pion à tous ceux qui résistent ou combattent le totalitarisme militaire.

L’affaire Atahiri:

L’interview réalise par ce journaliste en mars 98 est un boom médiatique, puisqu’il fait énormément de bruit même à l’étranger où il est repris par plusieurs magazines et agences de presse. Il va sans dire que la promotion de cet article à l’intérieur de l’Algérie est prise en charge par les relais médiatiques locaux sous la direction de Zoubir en personne.

Durant cette période post-massacres, les pressions subites par les généraux sont très fortes et l’opinion publique nationale et internationale sont presque unanimes sur le fait que l’armée est mêlée d’une manière ou d’une autre à ces horribles massacres. Le sujet tabou qui fait trembler l’ensemble des généraux algériens est les demandes persistantes d’une enquête internationale faites par des organisations de défense des droits de l’homme en Algérie avec l’appui de plusieurs ONG ou des personnalités politiques algériennes et étrangères.

La question «qui tue qui?» est née et les généraux sont mis à l’index par plusieurs temoins gênants. Les attaques faites contre ces généraux sont finement projetées vers l’institution militaire. Ils ne veulent pas être dissociés du corps de l’armée et toute atteinte à leurs personnes est assimilée à une attaque contre l’ANP qu’ils veulent montrer solidaire et unie derrière ses commandeurs. Cette subtilité leur a permis de dissoudre l’onde de choc qui a suivit les grands massacres de civils et ce à l’intérieur même de l’institution militaire. La souveraineté de l’Algérie étant logiquement associée à celle de l’armée, par conséquent, ils sont eux aussi au-dessus de tout soupçon et tout ce qui peut altérer cette souveraineté est hors de propos et inacceptable, voir diplomatiquement incorrect.

C’est le général Toufik qui a personnellement veillé à ce qu’une riposte médiatique puisse être organisée pour ne pas laisser le champ libre aux spéculations et interrogations qui peuvent ajouter encore de l’huile sur le feu et rendre plus délicate la position des généraux vis-à-vis du reste du monde.
En plus du dépêchement secret de plusieurs envoyés spéciaux chargés d’exposer l’étendu du problème du terrorisme intégriste en Algérie aux leaders du monde arabe et occidental, le renforcement de la citadelle des généraux devait être impérativement entrepris et il a fallu pour se faire organiser une contre offensive médiatique à l’échelle internationale.

Dans cette même stratégie, le CCd à cette époque a fonctionné H24 et a réalisé beaucoup de programmes dont:

*Une série de temoignages de « repentis » du GIA diffusés sur la chaîne de télé nationale et sur le canal satellite. Ces témoignages ont pour objectif bien sûr la levée des accusations qui pèsent sur l’armée.
*Une autre série de reportages abordant les ramifications du GIA dans les capitales européennes avec le soutien des bureaux de sécurité locaux.
*Des conférences animées par des personnalités proche du pouvoir ayant pour objectif le ralliement de l’intelligentsia occidentale à la cause des généraux, en Suisse, en France, en Allemagne, en Angleterre (Khalida Messaoudi, Said Saadi, Saida Benhabiles, Hamraoui Habib Chawki, Reda Malek, Mohamed Salah Dembri…).
*L’invitation de plusieurs personnalités étrangères à Alger où ils sont reçus en grande pompe et ont droit à des séjours grand luxe durant lequels ils animent des conférences soutenant le régime et lui apportant la caution morale
(Bernard Henry Lévy qui a passé le nouvel an 98 à Alger et qui a porté tout le temps son gilet par balle, André Glucksmann qui a ouvertement appelé à aider l’armée, Jack Lang…).
*L’envoi de témoins présumés des massacres et des victimes du GIA vers la France et la Suisse où ils ont pour mission la défense de l’armée contre toutes les accusations lors de leur participation à des débats télévisés retransmis en direct bien évidemment en Algérie.

Des activités parallèles de soutien à l’armée sont menées tambour battant, mais les généraux doivent malgré tout le sang froid qu’ils essayent de faire paraître, faire passer le message au monde entier que l’armée est innocente, qu’elle ne tue pas (sauf par erreur), qu’elle ne torture pas et qu’elle est le rempart des nationalistes convaincus, honnêtes et soucieux de sauver l’Algérie et de l’inclure dans un monde moderne. C’est dans cette optique que le général Mohamed Lamine Mediene décide de monter ce coup en faisant parler un général de l’armée pour mettre les points sur les  »i » à ceux qui disent que l’armée est muette.
Toufik ordonne à Zoubir de lui proposer un journaliste étranger crédible aux yeux du monde médiatique qui pourrait être utilisé pour mener à bien le plan préétabli. Pour des raisons de crédibilité, le journaliste choisi devrait être entre les deux mondes occidental et oriental, francophone de préférence et connu sur la scène de la presse internationale. Parmi une liste de noms de journalistes capables d’être utilisés, le choix est arrêté sur Amir Atahiri qui est déjà venu plusieurs fois à Alger.

Amir Atahiri est un journaliste d’origine iranienne, spécialiste du fondamentalisme islamiste, il est aussi l’ex-rédacteur en chef d’un journal proche du Chah d’Iran. Il écrit actuellement dans le quotidien arabe « ACHARQ Al-AWSAT  » des articles traitants des sujets touchant l’Algérie et intervient souvent sur la chaîne américaine CNN comme un expert du terrorisme international et présente ses analyses sur le développement de l’intégrisme islamiste en Iran et dans le monde. Dans presque tous ses écrits, il soutient la politique du tout sécuritaire et ne cache pas son soutien à l’armée. Il a su grâce à ses articles, qui ont donné des bouffés d’oxygène médiatique au généraux, créer une relation de confiance avec des hommes politiques et des journalistes algériens acquis à la cause des chefs de l’armée.

Après l’accord de Toufik, Zoubir charge un de ses agents qui a d’étroites relations avec Amir Atahiri de contacter ce dernier et de lui lancer une invitation attrayante sans rentrer dans les détails.
En effet, Amir est approché au mois de février 1998 par ce contact qui l’invite à passer quelques jours en Algérie et lui promet une possible rencontre avec un haut responsable de l’ANP. Entraîné par cette offre alléchante, il obtient son visa auprès du consulat d’Algérie à Londres en un rien de temps; le chef du bureau de sécurité de l’Ambassade en l’occurrence le colonel Belaïd Benali est au courant de l’affaire et charge son second Cheikh Benzeineb alias Abdelhak de faire le nécessaire. Le général Toufik est informé dés la délivrance du visa.

A son arrivée à Alger, il est accueillit à bras ouverts par son ami algérien et conduit à un hôtel grand luxe en attendant de faire son reportage. Il a fallu qu’il attende deux jours avant que son contact ne lui confirme qu’un haut gradé de l’armée, un général, allait le recevoir et lui accorder une interview exclusive. C’est dans un des salons feutrés de la résidence Djenan El-Mithak que Amir Atahiri est reçu par le colonel Hadj Zoubir, qui habillé en général, se fait passer pour un puissant général Algérien de l’ombre. La rencontre dure plus de quatre heures durant lesquels Zoubir s’efforce d’aborder tous les points déjà discutés avec Toufik lors d’un précèdent briefing. A la fin de la rencontre avec Amir, tout est réglé, même le magazine qui pourrait publier la rencontre, à la seule condition que le nom du général ne soit pas cité et que le pseudonyme de général X soit utilisé à la place. Pour Amir Atahiri c’est une vraie aubaine, il croit qu’il vient de réaliser un scoop sans se douter qu’il est entrain de se faire manipuler.

Le magazine francais de renom  » politique Internationale » est savamment choisit pour plusieurs raisons: d’abord c’est un magazine pseudo academique lu par les décideurs de la politique étrangère de tout le monde francophone et fait office de conseiller dans le traitement des affaires délicates. En suite, la publication par cette revue de l’interview avec le fameux général, donnerait de la crédibilité a toute l’histoire sans que le lecteur ne puisse se douter que c’est un coup monté.

Comme prévu, la publication en mars 98 de l’article fait un tabac et le sujet est repris par plusieurs journaux et agences de presse. Le suspense soulevé par le nom « général X » donne lieu à des spéculations diverses, pour les uns c’est Nezar, pour d’autres Mohamed Lamari. Le plus important est que le message de Toufik parvienne au monde entier et il n’est pas difficile de lire dans l’interview que l’armée ne tue point et que seuls les GIA sont responsables des massacres, que la violence n’est pas dûe à l’arrêt du processus électoral mais plutôt une stratégie de prise de pouvoir par les islamistes et que Chadli est personnellement responsable de la prolifération du germe fondamentaliste…
Mais plus important c’est que le message que Toufik veut faire passer aux leaders des pays occidentaux est que le terrorisme est vaincu et qu’il est temps de normaliser les affaires avec l’Algérie. Le but de Toufik est atteint et Zoubir a réussi un coup de maître.

L’opération Ouled Allal:

Après les terribles massacres de Raïs, Sidi Moussa et Bentalha, les généraux Mohamed Lamari, Toufik, Fodhil Cherif et Smain décident d’une opération de grande envergure dans le but de montrer que l’armée est présente sur le terrain, qu’elle n’est pas inerte, qu’elle est toujours forte, qu’elle ne laisse pas impunis les crimes contre les civils, mais surtout pour contrecarrer toute action politique occidentale favorable au déploiement d’une force militaire internationale de maintien de la paix en Algérie. Un tel scénario serait une catastrophe sans précédent pour les généraux du MDN, puisque la première implication est la constitution d’une commission d’enquête sur les massacres. Ils leur faut donc absolument montrer au reste du monde une autre image de l’ANP, celle des grands protecteurs des faibles et ils ont tout fait pour inoculer aux observateurs de la scène algérienne que les généraux algériens ne tuent pas des civils innocents.

Les généraux s’inspirent pour l’occasion du modèle américain de gestion médiatique des conflits armés. Ils savent qu’ils n’ont pas droit à l’erreur et ont employé tous les moyens médiatiques en leur possession pour couvrir l’offensive de l’armée afin de garantir un maximum de publicité positive.

Ouled Allal est un petit village situé à environ cinq kilomètres de Sidi moussa et fait partie de cette région macabrement célèbre du « triangle de la mort ». Il est devenu fantomatique à l’image des autres villages environnants depuis le commencement des massacres; seuls les habitant qui n’ont pas où aller sont restés dans leurs modestes habitations, essayant de préserver le seul bien qui leur reste: leur vie. C’est aussi un village qui a majoritairement voté FIS (comme celui de Raïs, Benthalha, Sidi Moussa…), et compte bien sûr, comme tous les villages aux alentours, des sympathisants qui abritent des islamistes armés des GIA ou de l’AIS et les ravitaillent. Ce village est épargné par les massacres!

Au début du mois de septembre 97, le général Fodhil Cherif, commandant de la lutte anti-terroriste prépare avec ses aides de camp, une offensive extraordinaire contre ce petit village, qui selon eux abrite le quartier général des auteurs des massacres des villages voisins. Le plan de l’opération inclut l’apport des forces spéciales, l’aviation, l’artillerie, les blindés et des bulldozers pour ouvrir des passages dans les pseudo-champs de mines (une première mondiale, quand on sait que les bulldozers ne résistent même pas au souffle d’une mine anti-Chars, alors que les mines artisanales des groupes islamistes armés sont faites à partir du remplissage des bouteilles de gaz butane avec un mélange hautement explosif donnant une force équivalente à l’explosion de bombes de deux cents kilogrammes utilisées par l’aviation de l’ANP). Très vite, à la mi-septembre, un dispositif impressionnant estdéployé prés de Sidi Moussa et à la vue des moyens militaires mis à contribution pour la circonstance, on a l’impression que l’armée algérienne part à la guerre contre une autre armée d’une puissance colossale.

Pour la première fois depuis le début de la crise, des journalistes de la presse écrites triés sur le volet sont convié à suivre de loin l’évolution des opérations sur le terrain.
Depuis le poste de commandement opérationnel (PCO), installé à Sidi Moussa, Fodhil Cherif coordonne en présence du le général Said Bey, alors chef de la première région militaire, les mouvements des troupes et le travail des différentes armes présentes sur le terrain. En utilisant ses méthodes peu chirurgicales, Fodhil Cherif décide de nettoyer le village maison par maison et Gourbi par Gourbi car il faut dire que les gens qui vivent dans ces lieux sont des gens simples et très pauvres. Les portes des habitations sont fracassées par les parachutistes du 25ème, 90ème et 18ème régiment de reconnaissance et le 12ème régiment de para-commandos (RPC), l’élite de l’ANP,qui forment la coordination de lutte contre les activités subversives (le CLAS) commandé par Fodhil Cherif.

Quelques civils sont évacués par les hommes des forces spéciales dans la hâte, la peur au ventre et sous une pluie d’insultes et de coups, ils n’ont même pas le temps de ramasser le peu de biens qu’ils ont. Les consignes de Fodhil Cherif sont très claires « ne prenez aucun risque et tirez au moindre danger ». C’est le colonel Tartague et ses hommes qui s’occupent de la localisation des maisons infectées, grâce à ses agents qui sont partout.
Dés les premiers accrochages avec les islamistes armés, les bombardements commencent; les hélicoptères de support de combat MI8 (portant 64 roquettes) et MI17 (portant 192 roquettes) lancent leurs roquettes à tout bout de champ, et le commandant aviateur de cette mission au PCO, le Lt-Colonel Staihi Laouar a même ordonné de tirer à la roquette sur des bergers des environs arguant que ce sont des bergers du GIA. Il est presque impossible de décrire la scène complètement: les déflagrations, le feu, les cris, les nuages de poussière. A la fin de l’opération qui a duré plusieurs jours, usant des chars T-72 nouvellement acquis auprès de la république tchèque (un marché entre la firme OMNIPOL et les généraux algériens, qui sera abordé dans le dossier corruption et affaires), Fodhil Cherif ordonne de donner l’assaut final, rien ne doit être épargné. Les quelques maisons qui ont résisté aux tires de roquettes, chars et armes de tout genre sont démolies et mises à terre. L’opération grandiose est terminée et seul le minaret tient encore debout, le reste de la mosquée est détruit et le village de Ouled Allal est rayé de la carte.

Tout au long de l’évolution de l’offensive militaire, des déclarations à l’intention de la presse font état des dégâts subits par le terrorisme qui vient de perdre à Ouled Allal son quartier général; à croire que tous les maux de l’Algérie ont commencé dans ce petit hameau devenu zone de la mort.
Le 08 octobre 97, Fodhil Cherif, seul habilité à parler aux médias, fait état de la découverte d’un charnier contenant près de quatre vingt corps. Impassiblement, il avance que ce sont les corps des femmes et des jeunes filles enlevées dans les villages où les massacres ont eu lieu et tuées par les commandos des GIA après avoir été violées, alors qu’aucune expertise médicale ou enquête n’a été faite, mis à part le décompte des victimes et leur enterrement dans des fosses communes par les éléments de la protection civile. Cette déclaration, Fodhil Cherif l’a par la suite conforté en annonçant la découverte d’un important lot de documents authentifiés par le sceau du GIA et qui réglemente le partage des femmes kidnappées sur les lieux des massacres. Un autre document rédigé par le pseudo-responsable des massacres faisant état du bilan du butin (bijoux et argent ) récupéré sur les corps des victimes lors des massacres et dont Antar Zouabri, l’agent de Tartague étant le destinataire.

Le but est de convaincre l’opinion publique nationale et surtout internationale et de manière irréversible, que les seuls coupables des atrocités commises ici et là sont les terroristes islamistes. Pour étayer ces déclarations, des femmes égorgeuses sont présentées sur la chaîne de télévision nationale et ont confirmé leur appartenance aux GIA et avoué leur participation aux massacres.
Comme le chapitre des massacres est traité dans le dossier de la lutte anti- terroriste avec plus de détails, nous allons seulement citer le but final de l’opération Ouled Allal.
Les journalistes invités pour couvrir cet épisode macabre ont le droit, une fois l’opération terminée, de photographier les corps des dizaines d’islamistes allongés les uns à côté des autres. Ils sont présentés comme les auteurs des massacres qui ont secoué le monde entier. Un seul islamiste armé vivant, le visage défiguré, plein de sang, se tenant à peine debout, est exposé aux journalistes qui n’ont pas le droit de lui parler.

En réalité, quelques corps seulement appartiennent aux membres des groupes Armés abattus pendant l’offensive, les autres sont prélevés du lot de réserve, à savoir les islamistes et les victimes disparus, arrêtés et torturés par Tartague et ses hommes de l’escadron de la mort, qui sont détenus et maintenus en vie dans des conditions animales et ce dans des endroits tenus secrets (comme les hangars de la caserne du service prés du cimetière de Staouili où prés de dix ans auparavant ont été conduit les émeutiers d’octobre 88) afin de servir dans des opérations pareilles à celle de Ouled Allal comme des figurants du dernier acte, c’est à dire ramenés et exécutés sur place pour être exhibés devant la presse afin de montrer au monde que les responsables sont mis hors d’état de nuire.
C’est cette pratique abjecte, inqualifiable qui va au-delà de la barbarie, qui a fait que le nombre de disparus en Algérie dépasse les quatre milles cas. Autant de victimes qui vont hanter la mémoire de ceux qui leurs ont ôté le droit d’avoir une tombe et à leurs proches celui de faire leurs deuils.

La décapitation de Betchine:

Ce scandale qui a fait beaucoup de bruit très récemment n’aurait jamais eu le succès escompté sans la complicité appuyée et les complicités implicites des agents du service et de ses relais dans la sphère politique. Les tenants et les aboutissants de cette affaire sont connus de tous et c’est sans doute l’une des opérations les plus connue du CCD.

Nous ne nous faisons pas l’avocat du diable, mais la férocité des tires croisés contre la personne de Betchine ont fait que ce dernier abandonne vite le terrain du jeu politique pour se réfugier dans l’enclos des affairistes mafieux pourchassés par des juges véreux. Les journalistes qui ont déclenché l’affaire ont reçu au préalable des consignes très strictes de la part de Zoubir. Toute la stratégie de l’anéantissement de l’empire « Betchine » décidée comme cela est déjà décrit dans de précédents dossiers, par les grosses têtes du MDN est appliquée avec soin. Salir Betchine  » qui n’est déjà pas très propre » vaut mieux que l’abattre. Il faut dire à ce sujet que même la famille de Betchine n’est pas épargnée et est traînée dans la boue pour signifier à Betchine que les choses peuvent aller très loin et dépasser le cadre de sa propre personne. Les nombreux titres de presse que possède Betchine sont tous incapables de faire face à la vague d’accusations gravissimes portée contre lui par  » Nourdine Boukrouh » (d’abord au journal El Khabar), fer de lance de Toufik et qui est largement récompensé pour ses bons et loyaux services.

Ghalib Djebour, gendre de Betchine et directeur du journal l’Authentique reçoit des avertissements très sérieux de Toufik, son ex-chef (Ghalib Djebour, a fait partie de la DCSA comme officier et a fini par quitter le service avec le départ de son beau-père en 1990), qui lui sort les dossiers de plusieurs affaires dans lesquelles Djebour est compromis. Parmi ces nombreuses affaires, son implication directe dans les malversations de sa société de gardiennage et de protection rapprochée « Idoine » ( d’où « l’affaire Idoine »). Ghalib Djebour recrute de jeunes sous-officiers ou officiers issus des services et les arme dans le but d’assurer la protection rapprochée de nombreuses personnalités proche de Betchine. Pour obtenir des contrats de protection, la société Idoine monte de vrais-faux attentats. Le cas du délégué exécutif communal (DEC) de Bordj El-Kiffan en est un exemple: une dame mariée à un magistrat proche de Betchine, pour laquelle Ghalib organise un faux attentat afin de justifier d’un contrat de protection du DEC au montant 2.500.000 Dinars entre la mairie de Bordj El-Kiffan et la société Idoine. Le DEC de Bordj El-Kiffan empoche 30% du montant de la transaction soit 750.000 Dinars.

Une autre affaire plus grave encore, celle de trafic d’armes où Ghalib est impliqué avec un certain Boualem El-Mekhfi, le fils du fameux Cheikh El-Mekhfi. Une partie des armes récupérées par ce dernier lors de ses opérations est transmise par son fils à Ghalib qui les utilise pour sa société Idoine.

Les affaires sont nombreuses et le degré de compromission de Ghalib lui vaut de se taire face aux mises en garde de Toufik sous peine de se voir lui-même emporter par le courant. Il faut rappeler que Betchine a battu en retraite en bravant la menace de rendre publique des affaires de détournements et de malversations de tout genre dans lesquelles sont impliqués un bon nombre de généraux mais dès qu’un compromis est trouvé entre les deux parties, à savoir les généraux du MDN d’un côté et Zeroual et Betchine de l’autre, la presse cesse ses attaques et tout rentre dans l’ordre.
Nous passons sur les détails publiés par la presse surtout le Journal « El Watan » qui a été l’un des premiers titres à soutenir l’offensive de Toufik.

L’abjuration de l’histoire:

C’est avec stupeur que bon nombre d’Algériens, surtout ceux de l’ancienne génération qui ont fait du premier novembre une date immuable, ont appris par la presse écrite que Khaled Nezar était un héros de la guerre de libération la plus extraordinaire du vingtième siècle. Plus grave encore, cet homme qui a fait le deuil de l’Algérie et l’a plongé avec ses compères dans une obscurité sans fin, revendique haut et fort la paternité de l’Armée Nationale Populaire moderne, cette institution qui faisait autrefois la fierté de chacun.
Nous n’allons pas invoquer la longue liste des actes criminels de cet homme inqualifiable en mal de légitimité historique et qui a largement contribué par son excès de zèle à l’allongement de la longue liste des noms de ceux qui ont versé leur sang pour la terre qu’il est entrain de piller aujourd’hui. Dans son livre il damne le pion aux vrais baroudeurs (expression utilisée pour désigner les Moudjahidines qui ont engagé des combats armés avec les forces militaires de colonisation et qui signifie aussi tirer et sentir l’odeur de la poudre : le « Baroud ». Il les désigne de maquisards abrutis qui n’en faisaient qu’à leurs têtes et qui avaient besoin d’instruction en tous points. Il va sans dire qu’il tire au passage la révérence à ses anciens compagnons de l’armée française sans lesquels l’Algérie indépendante n’aurait jamais vu le jour.

Nezar n’est pas le seul à essayer de se faire un lifting historique, le général Mohamed Touati a redécouvert son amour pour les Kabyles et son interdépendance berbère qu’il revendique ces dernières années à tout bout de champ, surtout dans les milieux du RCD auxquels il prêche ses discours néo-séparatistes et prodigue ses conseils envenimés. Ce que peu de Kabyles savent, c’est que cet individu qui est aussi du même milieu que Nezar, n’est certainement pas l’enfant de cour qu’il essaye de faire paraître derrière sa façade courtoise et belliqueuse, pire encore il est maculé du sang de dizaines de jeunes kabyles honorables qui ont rejoint le combat du FLN et de pauvres civils sans défense.

En 1956 (années où la fine fleur des hommes tombait au champ d’honneur les uns après les autres) alors qu’il était jeune officier (Aspirant promu pour sa fidélité et sa rigueur, alors qu’il était sous-officiers à l’origine), il est arrivé avec un détachement de soldats français au Douar Beni-Flik non loin d’Azefoun où il a personnellement sélectionné prés d’une vingtaine de jeunes hommes du village et qui sont froidement fusillés sur place, comme représailles à une frappe de «fellagas » contre une caserne française de la région.
Ironie du sort, pendant l’été 1985, alors qu’il était à l’école de la santé militaire de Sidi-bel-abbès, il est revenu sur les lieux de son crime pour participer avec une délégation officielle à l’inauguration du premier CEM de la région. Même homme, différent uniforme, les habitants du village de Beni-Flik l’ont reconnu dés qu’ils l’ont vu et ce qui devait être un jour de fête s’est très vite transformé en un soulèvement populaire. C’est aux sages de ce village martyr qu’il doit encore la vie car il a failli être lyncher et ce malgré son uniforme et son grade de commandant, les villageois hors d’eux l’ont chassé à coups de pierres.

Touati n’a certainement pas oublié ce jour qui reste « normalement » gravé dans sa mémoire et certainement dans celles des habitants du village de Beni-Flik. Il n’a de Kabyle que le nom et c’est dans la logique des choses que de le trouver aujourd’hui derrière le meurtre de Lounes Matoub et d’autres Kabyles « comme lui » et dont il pleure la disparition.

Khaled Nezar a bien entendu bien profité de la largesse de certains titres de presse et de la complicité malveillante de certains journalistes à l’affût d’un parrain. Ils se sont investis pour convaincre le commun des citoyens du bien fondé des intentions du nouveau messie des Aurès. Ce dernier est présenté par la presse comme une providence pour notre pays et lui accordent le droit de traîner dans la boue tous ceux qui ont osé le contredire ou lui faire le moindre reproche. L’esprit du coup d’Etat de janvier 92 est défendu avec férocité par les journalistes et à aucun moment le choix du tout sécuritaire n’est mis en doute, bien au contraire, c’est l’essence même du combat démocratique dont se réclament les journalistes éradicateurs.

Même à la retraite (officiellement), Khaled Nezar se présente comme le gardien des valeurs de l ‘ANP dont il se fait aussi le porte-parole permanent et n’hésite nullement à faire des déclarations gravissimes sans en référer préalablement pour autorisation au chef de l’Etat (le président Zeroual et après lui Bouteflika) qui apprend la chose comme tout le monde par le biais de la revue de la presse qui lui ait présenté quotidiennement. Les déclarations de Nezar sont en fait des mises en garde à peine masquées à l’intention du chef de l’Etat pour bien notifier le divorce entre le politique et le militaire et rappeler que le pouvoir est une affaire d’uniforme qui ne peut être porté qu’au sein du MDN.

Des individus comme Khaled Nezar, Mohamed Touati, Salim Saadi, Rabah Boutella… ont tout fait pour compromettre les gens sincères qui ont quitté l’armé française soit avant soit après l’appel du 19 mai 1956 et qui ont majestueusement servi la révolution et l’Algérie. Certains sont tombés au champ d’honneur et d’autres comme le regretté général Khelil Lahbib (une des bêtes noires de Larbi Belkheir), Latrech Abdelhamid (colonel de l’ANP et ex. SG du MDN), Ben Salem Abderahman (Cdt de l’ALN et membre du conseil national de la révolution), Mahmoud Chérif (ancien Lt de l’armée française et colonel de l’ALN) et tant d’autres dont les noms ont été intentionnellement occultés par ceux qui ont pris part dans ce qui sera décrit plus tard comme «la grande conspiration» qui a commencé par l’empoisonnement du président Houari Boumediene, savamment préparé et mis en oeuvre par un de ses proches collaborateurs. l’Avènement de Chadli Bendjedid, Larbi Belkheir, Abbes Gheziel, …au pouvoir ; Le premier nettoyage de l’ANP durant les années quatre vingt, la purification du champ politique, le deuxième nettoyage de l’ANP durant les années quatre vingt dix et la main mise actuelle sur le devenir de l’Algérie.

Les attaques contre le MAOL:

Embarrassés par l’étendue des publications du Mouvement Algérien des Officiers Libres, les généraux impliqués dans la tragédie nationale ont urgé les généraux Toufik et Smain responsables des services de sécurité de trouver une solution à cet imprévu qui a mis à nu les pratiques criminelles longtemps employées dans l’ombre par les généraux.
Le fait que le MAOL ait exclu dès le départ l’usage de la violence comme moyen d’implosion du système, a privé les architectes de l’apocalypse de leur arme favorite, à savoir la surenchère et l’escalade pour discréditer l’adversaire. Le duo de la DRS a opté en fin de compte pour l’infiltration et la riposte médiatique.

Plusieurs tentatives d’infiltrations du Mouvement par la centrale ont échoué grâce à la vigilance des libres qui connaissent bien plus que n’importe qui les méthodes peu légitimes employées par les fers de lance de l’institution militaire. A l’intérieur du pays, les opérations de surveillance, d’écoutes et de contrôle en tout genre n’ont rien rapporté aux responsables de la sécurité et à chaque fois, ils butent contre la détermination des officiers et sous-officiers du mouvement.

La politique désastreuse des généraux qui ont ruiné l’ANP, leurs affaires, leurs fortunes apparentes et leurs nouvelles règles d’exclusion de la classe d’officiers de second rang, à savoir les officiers supérieurs et subalternes qui sont loin du cercle de décision et sont utilisés le plus souvent uniquement comme de la chair à canon, ont été des éléments déterminants dans le changement radical de la mentalité d’un nombre impressionnant de militaires qui ont, fort heureusement, compris que leurs chefs ont trahi la confiance qu’ils avaient en eux. Plus grave encore que ces mêmes chefs les utilisent comme bouclier alors qu’ils gardent leurs enfants officiers au sein de l’armée loin du terrain opérationnel. Le capitaine Mourad Lamari (fils de Mohamed)sorti de l’Académie militaire de Cherchel en 93 est affecté à la DRS, il occupe un poste tranquille au MDN et a bénéficié d’une promotion éclair, alors que plus des deux tiers des ses camarades de promotion ont été tués dans des opérations de ratissages ou dans des offensives antiterroristes. Ce n’est pas le seul fils de général, le capitaine Zoubir Djnouhet affecté lui aussi à la DRS, il travaille à la direction régionale de la DRS 1ere RM ; Le Capitaine Khaled Derradji lui aussi affecté à la DRS, il est au poste de sécurité du CHU Ain Naadja ; Le Capitaine Noureddine Djillali, infanterie mécanisé, affecté à la première région militaire ; Le Capitaine B. Mostefaoui lui aussi affecté à la DRS, le Capitaine Nassim Hamzaoui, le Capitaine Medjahed : le fils adoptif de Nezar…

Tous, des fils de généraux mis à l’abri des balles par leurs pères qui les réservent pour la relève, alors que le commun des officiers est juste bon pour le service express. C’est un matricule anonyme qui est remplaçable à tout moment et peu importe le coût pourvu que la progéniture sacrée des généraux reste sauve. En 89, le fils de Kasdi Merbah a été par contre radié de l’armée juste après l’éviction de son père de la tête du gouvernement(en novembre 89) sur ordre du commandement militaire alors qu’il était en deuxième année à l’école militaire de Cherchel, le motif invoqué étant des plus stupides : déséquilibre mental.

Le climat au sein de l’armée est aussi orageux que celui de la population civile, et à la  »mauvaise publicité » faite par le MAOL, vient s’ajouter le mécontentement et la frustration profonde de la plupart des officiers supérieurs. Les officiers supérieurs (à partir du grade de commandant) qui ne doivent en aucun cas s’approcher de leurs généraux s’ils sont armés, ont vite compris que le manque de confiance qui leur ait témoigné reflète un dysfonctionnement grave. La fissure entre la base et le sommet est bien établie et mise à part un nombre négligeable d’officiers  »Serviteurs » triés sur le volet, personne ne peut accéder à l’olympe des dieux. L’expression est très explicite car c’est en qualité de dieux que les barons de l’armée s’adressent à leurs subalternes.

Le règlement de service dans l’armée (RSA) a été abandonné depuis bien longtemps et les officiers de l’ANP tous grades confondus ne sont plus au service de l’armée et de la nation, mais à celui de généraux et de leurs relais mafieux. Comment expliquer l’ordre donné par le nouveau directeur de la gendarmerie, le général Boustila (très proche de Larbi Belkheir) aux gendarmes de fermer tous les commerces qui font de la concurrence aux grand importateurs, le racket des civils par les gendarmes aux portes des grands marchés alors que les grossistes sont protégés depuis le port d’Alger jusqu’aux points de vente. Le retour de Boustila en lui-même est une insulte à tous les gendarmes honnêtes et reflète bien ce qui se passe réellement dans la haute sphère du command-ement militaire.
Même si le prix du baril de pétrole est à cent dollars, la misère du peuple algérien ne fera que s’aggraver car à chaque fois les prélèvements des généraux sont plus importants. Il va sans dire que le train de vie des ces derniers et celui de la deuxième classe d’officiers reste incomparable, car au sein même de l’armée des frontières ont été dressées et les soldes attribuées aux officiers de seconde classe sont accordées de façon à ce que la date de virement devienne un événement en soi vu la cherté de la vie. En d’autres termes, c’est la politique de la carotte et du bâton qui est appliquée.

Le MAOL par ses campagnes de sensibilisation dérange l’équilibre fragile établi par des généraux qui ne peuvent plus cacher ni leurs implications dans les crimes contre l’humanité perpétrés sur le sol de leur propre pays, ni l’odeur nauséabonde de leurs fortunes indûment acquises, ni leur ignorance des réalités du peuple qui réclame haut et fort leur départ. Le MAOL incarne l’esprit de novembre 54 et rappelle les valeurs oubliées de l’ALN : le sacrifice, l’honnêteté, le travail, la justice et la fidélité ; des fondements qui font peur, même très peur à ceux qui n’ont plus d’honneur.

Il est tout à fait incroyable de voir les généraux assassins gesticuler dans tous les sens devant les instances internationales en faisant semblant que tout est pour le mieux dans le pays et que leur réputation est au-dessus de tout soupçon, alors que les services étrangers savent que ces généraux sont bien des voleurs et sont au courant du montant des sommes détournées vers leurs comptes à l’étranger au centime près. Ayant perdu tout repère, leur plus grave erreur est d’avoir cru que tous les officiers de l’armée peuvent être acheter ou compromis, pour eux des hommes incorruptibles ça n’existe pas ; le MAOL leur a démontré le contraire.

Le système est un panier de scorpions où il n’y a de place que pour les plus venimeux. Comme le reste des arachnides, les sentiments, les valeurs et le partage, ils ne connaissent pas. Leur monde est clos et leurs règles différentes ; la seule loi qu’ils connaissent est absente des livres de droit : c’est celle du plus fort. Ils puisent leurs venins dans la haine qu’ils ont pour tout ce qui est juste, droit et légal.
Portés par la vague de la bonne fortune et des affaires prospères dont ils confient exclusivement la gestion à des seconds très proches (très souvent des officiers avec lesquels ils ont un lien de parenté), les généraux se partagent l’Algérie du nord au sud, d’est en ouest. Tout est mis sur la table, la moindre ressource est recensée même les plus petites usines ou le plus petit lopin de terre, c’est un monopoly grandeur nature où l’on joue pour de vrai. Le seul perdant est la population qui n’ose même plus lever la tête pour voir.
C’est dans cette atmosphère où l’argent est intiment mêlé au pouvoir, où la vie humaine n’a plus de valeur, où les hommes sincères deviennent un obstacle qu’il faut réduire à néant, que le MAOL est venu rappeler au reste des officiers le serment de servir l’Algérie et son peuple et c’est la raison pour laquelle le commandement mafieux fait tout son possible pour faire taire la voix de la vérité, celle des hommes libres.

Sur le plan médiatique, une série d’article a été publiée par les journaux : liberté, quotidien d’Oran et El Alam El Siyassi, suite à la convocation des journalistes auteurs des écrits au centre Belaroussi par le colonel Zoubir, l’ordre est donné aux mercenaires de la plume d’assimiler le mouvement à une frange du GIA, une biographie tronqué d’un officier identifié comme membre du MAOL ( un transfuge des services secrets algériens), réfugié en Angleterre, est distribué aux journalistes corrompus.

Le colonel Zoubir fait croire à ces vassaux, que le colonel B.Ali n’est que le fameux capitaine Haroun ! Et que ce dernier est un dangereux islamiste donc non fiable et ennemi des journalistes ! La chasse à courre est ouverte.
Partant du principe bien connu dans le service et qui dit «quand on veut abattre son chien on dit qu’il est enragé», les penseurs de la DRS ont décidé d’assimiler le MAOL à une frange du GIA. C’est la meilleure option qu’a trouvé Zoubir espérant ainsi stopper la déferlante vague de révélations sur les agissements des généraux assassins.

Dans leurs calculs médiocres et criminels les généraux n’ont pas prévu l’influence grandissante de l’Internet comme moyen moderne de communication, ni celui des chaînes de télévision diffusant leurs programmes par satellite, ils ont sous-estimé le mépris des Algériens envers les médias de l’Etat et leur manque de confiance à l’égard des journalistes  »Tontons macoutes » aux ordres de la DRS.

Le régime militaire a essayé de garder secrète la défection spectaculaire du colonel Baali Ali et du commandant Bouchakour Rabah qui ont reçu l’ordre, du commandement du MAOL (présent à l’intérieur de l’armée), de sortir à l’étranger en tant que porte-parole du mouvement lors d’une mission officielle au Niger en août 1998 (le suivit de la résolution du problème des Touaregs). Une fois là-bas, ils ont changé leur destination vers le Mali.

Cette décision est prise suite à l’assassinat maquillé en accident d’hélicoptère du général Mohamed Touahri et du colonel Hachemi Touabih en février 1998 dans le sud-ouest de l’Algérie. Le premier est membre fondateur du MAOL (ex. Réseau Hakim) et le second porte-parole du mouvement, soupçonné par les services d’être l’officier qui a donné l’interview au quotidien français le Monde le 11 novembre 1997 un jour après les révélations surprenantes du journal londonien The Observer.
Le colonel Hachemi Touabih a été dénoncé par un cadre du Ministère des affaires étrangères travaillant à la section visa ; Le dénommé H. Rachid qu’il connaissait et à qui il avait demandé des informations sur le visa bloqué d’un journaliste français détesté par les services algériens pour ses écrits néfastes aux généraux.
Le destin a voulu que la mort de Touabih Hachemi devienne le bouclier qui allait sauver la vie du colonel Baali Ali, l’officier qui a révélé au monde la réalité de la situation sécuritaire et l’implication directe des services et des forces spéciales dans plusieurs massacres et attentats même contre des étrangers. L’enterrement des deux officiers supérieurs fut très austère et les familles n’ont même pas eu le droit de voir les corps une dernière fois.

Quelques mois plus tard, des officiers du MAOL ont inscrit sur les pierres tombales des deux officiers «membre du Mouvement algérien des Officiers libres mort au service de la patrie» inscription qui a provoqué la colère des généraux qui ont ordonné la profanation des tombes.

Les services algériens sont immédiatement alertés par un service étranger de la présence des deux déserteurs au Mali, Toufik envoie très vite une équipe pour les appréhender coûte que coûte.

Les deux transfuges sont localisés dans un Hôtel à Bamako par le même service étranger qui s’est chargé de les surveiller jusqu’à l’arrivé de l’équipe algérienne.
Le colonel Baali Ali sorti pour téléphoner, remarque la présence suspecte d’éléments étrangers dans le salon miteux de l’hôtel
Dans la rue ses doutes deviennent une certitude lorsque deux hommes le suivent d’une façon policière, il réussit quand même à les semer grâce à la grande foule. Il apprend un peu plus tard que son compagnon le Cdt B. RABAH est tombé entres les mains des Algériens et leurs complices. Fort heureusement, muni de sont titre de voyage (un document qui porte une fausse identité), il regagne Madrid via un autre pays africain.

Le Cdt Bouchakour Rabah une fois rapatrié à Alger, est emmené au CPMI chez le tortionnaire Bachir Tartague où son interrogatoire est mené en présence des deux grands responsables des services : Toufik et Smain.
Ces derniers sont fous furieux, non pas parce que des officiers supérieurs ont déserté , mais parce qu’ils ont pris avec eux des documents classés très secrets et secret défense impliquant les hauts gradés du MDN ( M.Lamari, Toufik, Smain Lamari, M.Ghenim, M.Touati..) dans des affaires qualifiées autrefois « de haute trahison » les rendant ainsi suivant le code pénal militaire passible des armes.

Parmi les documents en question on peut citer :

*La liste des mercenaires recrutés par Smain et Toufik et dont une partie est publiée dans le dossier  »Mercenaires » avant même la révélation par les services yougoslaves de l’arrestation du commando «araignée » accusé de planifier l’assassinat de Milosevic.
Le chef de ce commando en l’occurrence Jugoslav Petrosic a reconnu avoir participé aux massacres de civils en Algérie en 1994 ( entre autre, le massacre d’Elaabadia prés de Ain Defla) à l’instigation d’un responsable des services secrets français (un ami de Smain Lamari).

*La liste des militaires liquidés sur ordre direct de Toufik, Smain, Mohamed Lamari et Fodhil Chérif par l’escadron de la mort.

*Mais surtout des documents impliquant directement des pays étrangers, dans le drame algérien soit en fournissant du matériel spécifique et des armes non conventionnelles (comme la fourniture par les compagnies d’armement sud africaine de quantités astronomiques de barils de Napalm ou des Bombes incendiaires au phosphore ) ou en fournissant une assistance technique très poussée, et des documents sur la façon de mener la guerre aux islamistes ainsi que l’instrumentalisation de la violence.

Les généraux Toufik et Smain présents lors des séances de torture du Commandant Bouchakour Rabah veulent en premier lieu tout savoir sur le Mouvement, son organigramme, noms des membres et leurs affectations. Ils ont vite compris que le mouvement utilise la méthode du cloisonnement, calquée sur le mode de fonctionnement des services car c’est un très bon rempart contre les dénonciations et les infiltrations ; en conséquence le Cdt B. Rabah ne pouvait rien pour eux, leur attention s’est focalisée par la suite sur les documents dérobés du secrétariat de la haute commission de sécurité.
Les documents très accablants pour les généraux algériens et pour certains pays étrangers sont en possession du MAOL et seront utilisés au moment opportun.

Malgré les mutilations et les supplices qu’a subit le Cdt B.Rabah, il est resté fidèle au serment prêté, et il était prêt à sacrifier sa vie pour que la vérité de l’enfer algérien éclate devant l’opinion internationale et pour que les généraux responsables et leurs complices soient désignés et jugés.

Le service étranger qui a participé à l’arrestation du Cdt B. Rabah se reconnaîtra dans ces lignes, il ne va pas être cité pour des raisons propres au MAOL.

Nous portons toutes ces informations à l’opinion publique algérienne non pas en réaction aux écrits du vulgaire indicateur et mouchard, Nacer Belhadjoudja du journal Liberté : ( Fiche n° 132 BN/SP/93/MDN) ni à ceux d’une revue sans audience réelle qui sous le prétexte de défendre les démocrates en Algérie ne fait que blanchir les assassins d’octobre 88 et les bouchers des années 90 moyennant finance, une somme de 300,000 francs donnée au directeur de la publication Pour  »Jean Jacques Porc Chaise » (qui a passé les dernière semaines du mois de mars 2000 à Alger, tous frais payé) en proie à de graves problèmes financiers par le responsable de l’antenne des services à Paris, le colonel Bendaoud, lors d’une rencontre traitant du MAOL. Mais vu l’opacité de la situation en Algérie c’est quand même extraordinaire qu’un planqué parisien puisse avoir de telles informations même tronquées sur un déserteur des services secrets algériens !

Pour certains pseudo-journalistes plus habitués à recopier les articles rédigés par la cellule analyse et synthèse de la DRS et de les parapher de leurs signatures que de faire un travail d’investigation, de recoupement et de vérification, le lien présumé entre le MAOL et l’intégrisme : c’est le responsable de la société qui héberge (et ne gère pas) le site www.anp.org, un certain Paterson, converti à l’Islam !
Une enquête sérieuse aurait prouvé que le MAOL n’a pas plus de liens avec le responsable de la société qui héberge le site que n’importe quel locataire avec son propriétaire. Peut-on accuser une église chrétienne d’intégrisme islamique ? Et pourtant la société en question (webstar)héberge un site chrétien ! Elle héberge aussi une agence de voyage, un journal progressiste arabe qui est le fer de lance contre l’intégrisme et d’autres sites étrangers.

Pourquoi ont-ils oublié dans leurs machinations maladroites de citer notre site WWW.Eldjeich.org alors qu’il renferme la même matière ? Nous avons monté ces sites avec nos propres moyens (factures à l’appui) et contrairement à ceux qui ont dilapidé le pays, nous n’avons pas quitté l’Algérie avec des valises pleines de devises. Notre lutte est à la fois sacrée et légitime et nos moyens sont nobles mais surtout honnêtes.

Les mêmes qui pour nous discréditer insistent sur ce « lien », oublient en fait que la totalité des quotidiens algériens sont dans des locaux appartenant à l’Etat algérien, fournis en papier par l’Etat, et le plus grand annonceur c’est l’Etat !
Peut-on remettre en cause l’indépendance des journalistes habitants des résidences de l’Etat ?
La réponse est oui pour beaucoup d’entre eux mais pas pour tous.
Les attaques contre le MAOL sont la preuve que les généraux et leurs relais sont dans de sales draps ; les assassins de Matoub et leurs complices sont derrière les rumeurs et les écrits. Après avoir utilisé l’intégrisme comme arme non conventionnelle pour tuer la démocratie et stopper les réformes nécessaires au développement économique, ils utilisent le même procédé pour étouffer la vérité. Hélas pour eux, les Algériens ne sont pas dupes ; les graines de la vérité semées par des officiers glorieux et des journalistes courageux et arrosées de leur sang, finiront par éclore.

Le jour est très proche où les Algériens connaîtront le rôle pervers des journalistes dans la guerre civile et comment certains parmi eux sont devenus des sergents recruteurs en France et ailleurs.

Le commandement exécutif du MAOL est à l’intérieur de l’ANP et fait un travail de fond, ce qui a conduit le général Lamari à signer une directive sans précédent qui interdit l’attroupement de plus de deux militaires à l’intérieur et l’extérieur des casernes sans motif valable ou autorisation préalable !
Bien que les membres connus du MAOL à l’étranger furent approchés par les adjoints du directeur de la DRS pour les persuader d’abandonner la lutte moyennant des sommes d’argents astronomiques (l’argent égaré des pauvres algériens) et des postes à faire rêver plus d’un, tous les officiers et sous-officiers du MAOL restent profondément attachés à leur serment pour que l’Algérie vive et pour que justice soit rendue.

Ce n’est pas un hasard si le journal Liberté reproduit l’article la veille du printemps berbère. Le propriétaire du titre, un certain Isaad Rabrab, homme d’affaire véreux, très proche des délinquants décideurs, est un faux militant de la cause berbère. C’est un membre influent au sein de la direction du RCD, un parti fantoche aux mains de Toufik et qui n’a qu’une seule raison d’être : contrer les actions politiques des grands partis démocratiques et diviser les militants de la cause berbère. Un parti qui a fait de l’éradication sa raison d’être, au moment où la plupart des algériens militent pour une réconciliation juste, qui mettra chacun des belligérants du conflit devant ses responsabilités.

Ce même parti qui a refusé le dialogue responsable entre Algériens, sous le prétexte fallacieux de défendre la république (la ripoux-blique des généraux), renie ses principes en acceptant la grâce amnistiante des égorgeurs et des violeurs. Tout cela en contre partie de portefeuilles ministériels spécifiques comme celui de la santé où Amar Benyounes (parent par alliance de Nezar), accélère la privatisation du secteur de la santé et celui des médicaments au détriment de SAIDAL.
Le comble de la mauvaise foi chez Said Saadi (l’homme de Toufik) est atteint lorsqu’il déclare que l’amnistie a permis la récupération de plus de 4000 pièces d’armes, en oubliant de mentionner par ailleurs que depuis l’arrivé de Bouteflika, la violence a fait plus de 5000 morts et que la Kabylie est devenue depuis, la région la moins sûre d’Algérie !

Les militants sincères du RCD «et ils sont nombreux » se posent la question du pourquoi d’un tel revirement dans la politique du parti ? Et pourquoi maintenant ?

La réponse à cette interrogation est venue de la bouche même d’un haut responsable du RCD en rupture de banc, troublé et affecté par l’affaire Matoub. Il a contacté le MAOL pour marquer son indignation face à la grande magouille (son identité a été confirmée par le MAOL et sera gardée secrète pour des raisons évidentes concernant la sécurité de cette personne).
Après plusieurs contacts téléphoniques et dans un document écrit, il nous livre son témoignage qui est reproduit ici fidèlement :

 » Militant de la cause berbère de la première heure, j’ai rejoint le RCD dés sa création, séduit par le discours de rupture, l’affirmation laïque et surtout par le côté moderniste de la nouvelle formation.
Militant enthousiaste et convaincu, jusqu’au premier signal d’alarme en 1997 à l’occasion des élections truquées au profit du RND, parti de la présidence. Me trouvant dans les locaux du parti à Alger, je surprends une conversation téléphonique entre Khalida Messaoudi et une personne dont j’ignore le nom ; Khalida insiste sur la nécessité de faire en sorte que véronique Taveau, journaliste à ARTE, chaîne de télévision française, parte avec quelque chose de consistant, elle conclue par cette phrase : « si vous êtes d’accord, les services de sécurité ce n’est pas un problème ».
S’adressant à moi après avoir raccroché le téléphone »ce soir on va leur faire honte » (Laachiya n’bahdlouhoum).

Le soir avant la clôture du scrutin, comme par hasard Khalida sert à Taveau un bourrage d’urnes en «live » par les militants du RND.
Ce scoop médiatique n’a rien de spontané, sans mettre en doute l’honnêteté et l’objectivité de la journaliste, même si elle est très proche des thèses de notre parti, la fraude réelle que personne ne peut mettre doute, n’est pas le problème, mais c’est la mise en scène et la manipulation de la journaliste par son amie Khalida. Les journalistes qui travaillent en Algérie connaissent les difficultés, les entraves et la surveillance dont ils font l’objet.

Taveau n’était qu’un instrument aux mains d’un marionnettiste invisible qui voulait envoyer un message au clan de la présidence ; en tous les cas, les paroles de Khalida lorsque je lui ai posé la question sur les tenants et les aboutissants de cette histoire ne laissent aucun doute : «Zeroual doit comprendre qu’il n’a pas toutes les cartes en main ! ».
Puis vint l’affaire de l’assassinat de Matoub, avant même de lire votre dossier et les révélations sur votre site, je me posais la question sur le rôle joué par certains responsables du parti et pour qui roule réellement Saadi ?
Lorsque le Premier ministre Ouyahia a voulu imposer la loi sur l’arabisation, je me souviens des déclarations de Saadi lors d’une réunion dont vous avez fait état dans votre dossier :«la loi ne passera pas et si tout va comme prévu, elle sera la tombe de la présidence »
Saadi : un visionnaire ou quelqu’un d’informé ?

Quelques années plutôt, n’a t-il pas affirmé en direct à la télévision au chef intégriste du FIS qu’il n’arrivera jamais au pouvoir !

Dès que la radio de l’état a annoncé la mort de Matoub, les responsables du parti ont eu une réaction troublante, il fallait passer partout le mot d’ordre que le GIA était derrière le crime, alors que la rue criait  »pouvoir assassin ». La déclaration de Khalida Messaoudi accusant les islamistes de l’assassinat et affirmant que beaucoup de gens dans le pouvoir y trouvaient leur compte n’était qu’une façon subtile pour ne pas se couper de la base du parti et de la population kabyle qui elle a vu la main du pouvoir dans cet assassinat.

Dès que la tension est tombée après l’enterrement de Matoub, certains membres du RCD, très gênés par les premiers doutes exprimés par la sour et la mère du chanteur, ont commencé par faire un travail de sensibilisation dans le seul but de consolider la piste islamiste en faisant courir la rumeur sur Malika Matoub l’accusant de vouloir faire un nom et un commerce avec l’affaire !
Sans vouloir mettre en cause Ait Hamouda, son comportement après l’assassinat était plus que troublant. Pourquoi voulait-il à tout prix savoir ce que la sour mijotait en répétant à tout bout de champ qu’elle était imprévisible ?

Pourquoi donnait- il de fausses informations aux journaux et notamment le journal Liberté, (information sur l’autopsie en citant des sources proches de l’enquête), il m’a chargé personnellement de faire circuler le nom d’un suspect auprès de certains journalistes, car ma profession donnait de la crédibilité à l’information. J’ai rompu avec le RCD après l’enlèvement du jeune Naim par des membres des GLD pour intimider Malika.

Ma conviction est faite, l’opposition du RCD à l’islamisme n’est que conjoncturelle et les opportunistes utilisent la bonne foi des militants et leur détermination à défendre la démocratie et la cause berbère à des fins bien terre à terre, un statut et une carrière.
Le RCD est devenu un instrument aux mains des affairistes qui espèrent tirer profit des prochaines privatisations, Les militants sincères doivent poser des questions sur les largesses de Rabrab dont profitent Saadi, Messaoudi et les autres. Une démocratie ne se construit que sur des bases saines avec de la transparence. La direction du RCD en acceptant de participer au gouvernement avec les islamistes et Ouyahia, chef de file des corrompus est la preuve que l’heure du partage et de la compromission est arrivée ».

Voilà le témoignage accablant d’un responsable d’une formation politique, l’exemple vivant de la manipulation à grande envergure.
Un parti qui a cautionné toutes les décisions prises par les généraux qui ont conduit le pays au génocide, le RCD et le GIA sont deux faces d’une pièce entres les doigts d’un prestidigitateur habile.
Le GIA descend du maquis pour faire des affaires (licences de taxi et autres aides) fournis par le gouvernement sans renier l’idéologie dont ils sont restés de fidèles adeptes, le RCD rentre au gouvernement en trahissant la mémoire des victimes du terrorisme et la boucle et bouclée.

Vouloir faire croire aux Algériens que le MAOL est le reflet du FIDA ou du GIA après avoir prétendu que le FFS et les services étrangers y sont derrière n’est qu’une manipulation grotesque de la part des naufragés du crime qui ne trouve que des histoires de  » Tayabates El Hammam » (commères) pour répondre aux accusations de génocide.
Tous ces exemples de manipulation tout azimut et coups fourrés en tous genres, ont été cités juste pour donner un aperçu sur ce qui se passe dans les coulisses du CDD, où l’information est le souffre-douleur d’apprentis sorciers qui tentent contre toute logique de ré-inventer la réalité algérienne. Il est incontestable que l’étendue des préjudices causés par ces faussaires de la pensée n’aurait certainement pas été aussi dramatique sans la complicité incriminable d’une classe de journalistes sans âmes qui ont engagé leurs plumes et ont cautionné le mensonge et l’irréalité dans un combat où l’encre coule à flot pour noyer la vérité.

Pour ces pseudo-journalistes le temps s’est arrêté à partir du moment où ils ont signé leurs pactes d’allégeance aux ordonnateurs de la pensée polarisée, car ils ne connaîtront jamais la satisfaction que ressentent les hommes sincères qui prêtent leurs mots à ceux qui n’ont plus de voix pour crier leur peine et soufflent la vie dans les corps meurtris de toutes les victimes.

La chasse aux sorcières:

Le recrutement des journalistes a de tout temps été un objectif de première priorité pour tous les services opérationnels de la DRS. Si on se reporte aux différents domaines où le rôle de la presse est déterminant on comprend aisément la consécration de tout un service avec des moyens illimités avec pour seul but : le contrôle de l’opinion.
Les moyens investis par la DRS pour recruter un journaliste dépendent de l’importance même du sujet opérationnel. Dans tous les cas de figure, si l’on considère un sujet moyen où l’approche directe n’est pas recommandée pour cause de refus probable de collaboration, une enquête de sécurité est conduite pour identifier le maximum de contacts du sujet, étudier ses habitudes même les plus intimes grâce à l’écoute téléphonique, la surveillance et la filature. Quelques fois même des agents extérieurs sont utilisés pour complément d’enquête ; en définitif tout l’ABC du parfait espion est utilisé, le plus important est le résultat. C’est un cas d’école ou l’on peut dire avec beaucoup de liberté que la fin justifie les moyens.

A la fin de toutes ces conspires primaires et suivant le résultat de l’enquête de sécurité plusieurs cas sont possibles, et le meilleur angle d’attaque (une stratégie d’approche) est adopté:

*Si le sujet a des vices, des secrets cachés ou des points faibles exploitables, ils sont vite adoptés et l’approche est décidée. L’officier traitant essaye durant la rencontre d’utiliser la méthode douce et si le sujet accepte de collaborer, les points faibles ne sont pas cités et sont réservés pour plus tard.
Il faut dire que certains journalistes ont offert deux mêmes d’aider le centrale, ils font aussi du renseignement en milieu journalistique pour diverses raisons qui varient du personnel au politique. C’est l’espèce la plus virulente car elle collabore très intensément pour compromettre d’autres journalistes.

*Si le sujet n’a pas de vices ou de secrets particuliers, l’approche est ensuite basée sur la tentation d’une manière indirecte, c’est à dire en utilisant des tiers personne, les plus proches possible, capables de présenter l’offre de collaboration sous un l’angle qui se confond bien avec le profil du sujet comme le nationaliste et l’intérêt suprême du pays par exemple, pourvue que les paroles de la personne qui fait l’approche trouve un écho chez le sujet. Très souvent le résultat dépend de l’engagement politique du sujet.
Dans ce cas qui nous concerne, des journalistes proches des thèses du RCD par exemple sont recrutable en jouant à la fois sur la corde berbériste et sur la lutte contre l’Etat théocratique.

Il arrive que des journalistes acquis aux thèses du tout sécuritaire refusent de collaborer avec le service et s’ils sont intéressants pour la centrale ça devient un problème car le refus de ceux-ci vient de leur volonté de rester libres, pour eux collaborer avec les services de sécurité relève du domaine de la trahison morale bien qu’ils partagent les mêmes idées que l’armée ; par honnêteté intellectuelle, ils ne peuvent pas se permettre une tel engagement.
C’est ce qu’on appelle dans le jargon des services les têtes dures, ou monsieur principes. Peu de personnes parmi cette catégorie accepte de reconsidérer l’offre et accepte de collaborer après la pression ( la torture morale) et les menaces qui viennent dans la deuxième partie de l’approche et où commence l’utilisation de toutes les méthodes basses.
Bien souvent les sujets récalcitrants sont obligés de quitter le pays, abandonner l’écriture, ou pour certains d’entre eux qui persistent, le risque est grand, très grand même car ils peuvent perde la vie.
Nous allons citer deux malheureux exemples parmis cette dernière catégorie:

Le cas Tahar Djaout:

Il n’est pas utile de rappeler qui est Tahar Djaout, car à lui seul ce nom est plein de symboles et c’est justement sur ce symbole que le service voulait à tout prix mettre la main.
Pour Smain Lamari, alors occupé à monter la machine infernale de contre réaction et de répression, Djaout est un trésor et un pôle pouvant réunir autour de lui des personnalités du monde entier. Il fait donc l’objet d’une attention très particulière.
Au début de l’année 1993 les services secrets sont en pleine crise et les pressions internationales poste-coup d’Etat nécessitent une mobilisation massive d’une nouvelle force, un front capable de contenir les réactions hostiles venues de l’extérieure et celle émanant de l’intérieur. Ce front de défense des valeurs républicaines de l’Algérie et qui sera désigné plus tard par la  »société civile » a besoin de forces motrices capables de le générer une poussée dans le sens politique voulu par les généraux.

A cette époque Said Saadi et Khalida Messaoudi ont déjà traversé un long chemin dans la réalisation d’un tel projet en prenant la tête du mouvement pour la république (MPR), mais il fallait s’assurer du ralliement du plus grand nombre d’intellectuels francophones bien sûr pour donner plus de crédit au mouvement. L’occident en général et la France en particulier étant naturellement bien plus sensible aux appels des intectuels de culture française.
C’est la raison pour laquelle Smain a concentré ses efforts sur cette classe particulière d’intellectuels capables d’exporter plus aisément les thèses politiques des Janviéristes.

 

Plusieurs intellectuels prennent très naturellement part à cette grande mobilisation par déontologie ou affinité politique, Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni, …et d’autres se sont investis dans cette foire de  »sauvegarde » de la démocratie mais nombreux sont ceux qui sont restés en marge préférant suivre les événements de loin en cette période trouble.
Tahar Djaout change du champ littéraire au champ politique avec l’avènement du FIS, il traduit sur papier assez bien l’esprit du combat que préparent les généraux du MDN, seul différence c’est que Djaout pense en poète et écrit naïvement avec tous les sentiments qui peuvent se réunir chez un poète. Pour lui la rupture doit se faire avec toutes formes d’hégémonie qu’elle soit religieuse ou militaire. Il a même l’intention de créer une association pour la défense de la liberté de la presse à cause des restrictions imposées sur la diffusion de l’information.
Les généraux quant à eux sont plus pragmatiques et doivent réussir le plan du Mokh (le général Mohamed Touati) quelles que soient les conséquences

Djaout est bien connu des services et c’est son coté idéaliste qui pose problème, il a déjà été approché auparavant mais il a complètement refusé de collaborer avec la centrale. Cette fois-ci c’est Smain en personne qui suit le dossier et une enquête très poussée de plusieurs semaines est menée pour essayer de trouver une porte d’entrée, mais en vain.
Le sujet est cristal comme on dit et cela rend son recrutement assez difficile. Smain charge un autre agent  » Kabyle » pour tâter le terrain et essayer d’allier Tahar pour le combat, la réponse de ce dernier est sans appel  » J’agis en mon âme et conscience  »!
Pour Smain Lamari, Djaout est une carte gagnante à tous les coups quelque soit le jeux et  »puisqu’il a refusé de travailler pour le service en étant vivant, il le fera en étant mort ».
Sa liquidation est décidée presque à la hâte suite à une occasion plus que propice, la publication le 25 mai 93 de son article intitulé  » la famille qui avance, la famille qui recule ». En publiant cet article Djaout donne à Smain l’occasion rêvée de faire passer le meurtre pour un acte terroriste.

Très tôt, ce matin du 26 mai 1993, tous les alentours de la cité de Bainem sont vidés des petits vendeurs de cigarettes et des travailleurs des chantiers voisins par l’équipe en charge de l’opération. C’est un commando de l’escadron de la mort, la fameuse équipe 192, qui se présente vers dix heures devant la voiture de Tahar Djaout (garée près de son immeuble). Ce dernier vient tout juste de la mettre en marche et c’est un professionnel qui l’exécute après l’avoir appelé par son prénom pour confirmation de l’identité. Pour maquiller le crime, le corps ensanglanté est sorti de la voiture et jeté sur le sol, le tueur prend la voiture et quitte la cité le plus normalement du monde. La voiture est bien sûr retrouvée abandonnée non loin de Bainem.

Cinq jours après, un jeune homme tremblant face à la caméra de télévision, visiblement affecté par la torture, avoue son implication dans l’assassinat du poète. La confession est très claire et les motifs bien établis,  » l’obscurantisme religieux vient de commettre un crime qui soulève toute la Kabylie ». Une campagne médiatique sans précédant est organisée, le mot d’ordre est donné, le coupable invisible tout désigné : Le GIA a tué son journaliste Kabyle numéro un !

Les avocats du vendeur de bonbons présenté à la télévision arrivent très facilement à prouver que leur client est innocent et pour cause au moment des faits il jouait un match de basket à Ben Aknoun, le juge n’a pas d’autres alternatives que de relâcher le pseudo-assassin, les autres complices présumés sont comme d’habitude  »selon un communiqué officiel  » abattus plus tard dans des opérations de police.
Nous avons vu depuis plusieurs repentis défiler devant la caméra de télévision avouant des crimes aussi effroyables les uns que les autres, les exemples son nombreux (Djilali Liabes, M’hamed Boukhobza, Boucebsi, Benhamouda…)
La famille de Djaout a essayé de trouver des témoins parmi les habitants de la cité où tout le monde se connaît, mais en vain. Le commissariat de police locale a déjà fait le nettoyage nécessaire en embarquant une foule de jeunes du quartier qui ont en vu de toutes les couleurs dans les locaux de la police, ils ont appris à la sortie à dire :  » je n’ai rien vu et ça ne me regarde pas », la peur qui régnait a fait le reste.

Smain par contre ne s’attend pas à la création d’un comité de vérité sur l’assassinat de Tahar Djaout, et rien que l’idée de ce comité le met hors de lui, surtout que des journalistes ont suivit ce comité qui pose des questions très embarrassantes et ce n’est pas par hasard que le 15 juin le co-fondateurs de ce comité en l’occurrence, le psychiatre Mahfoud Boucebsi est sauvagement assassiné à l’arme blanche, la signature du crime est un double message, rien ne peut arrêter les fous du pouvoir.

Cette assassinat ressemble très étrangement par ses motifs et ses buts à celui du Chanteur Matoub Lounes, différents lieux, différentes époques, le but rechercher dans les deux cas par Smain et Toufik est le même : la manipulation des foules par ses symboles, même au delà des frontières.
Les retombées médiatiques et politiques de ce meurtre sont énormes, que se soit en milieu journalistique ou politique et la machinerie de la société civile a bien avancé depuis en utilisant la mémoire d’un symbole qui est contraint à la collaboration en étant mort à cause de certains ( Said Saadi &co) qui n’ont nullement hésité à mettre en avant le nom de Djaout à toutes les sauces politico-mafieuses comme ils le feront ensuite avec Matoub.

Le cas Said Mekbal:

De part son caractère Said Mekbal était très proche de Djaout. Connue dans le service sous son célèbre pseudo  »Mesmar J’ha », lui aussi a fait l’objet d’une approche de collaboration par le service de Smain. Insolent, c’est ainsi qu’il est qualifié par l’officier qui a essayé de le recruter, et malgré le fait qu’il ait bénéficié d’une bourse à l’étranger offerte par le ministère de la défense, son attitude est restée plutôt ingrate vis-à-vis du service.

Il s’est fait une réputation par ses écrits peu flatteurs à l’égard des islamistes d’une part et du commandement militaire d’autres part ; ce qui lui a valu d’être plusieurs fois suspendu du journal et rappelé à l’ordre de manière assez désagréable. Said Mekbal a refusé de cautionner la politique du changement partiel, pour lui les islamistes et les militaires sont deux diables de différentes couleurs. Le plus grave pour Mekbel c’est qu’il agaçait très sérieusement Toufik par ses écrits et ses allégations répétées concernant l’implication des services de sécurité dans le meurtre de certains journalistes. Toufik lui fait parvenir un message assez clair  » à ce rythme tu ne vas pas tarder à rejoindre Djaout  » !

En accordant une interview à une journaliste allemande ( dont le nom ne sera pas cité pour des raisons de sécurité et qui garde encore l’enregistrement audio de la rencontre) et ce quelques semaines avant sa mort, il lui a clairement répondu à la question :  »qui veut vous tuer ? »
 »Si vous apprenez que j’ai été assassiné sachez que c’est le général Toufik qui aura ordonné mon exécution ! »

Ses engagements politiques le rendaient naturellement hostile à toute collaboration directe ou indirecte avec les services de sécurité. Quand l’officier en charge de son recrutement lui demande de collaborer avec le service, il a la même attitude que celle de Louisa Hanoune lors de son arrestation en 89 à Ben Aknoun avec sa copine d’Air Algérie. La réponse est identique et le ton employé pour marquer le refus, assez fort,  » Je ne collaborerai pas et faites ce que vous voulez ».

A tout seigneur tout honneur, c’est la réponse que Smain ne voulait surtout pas entendre et c’est la même équipe qui a monté l’opération Djaout qui s’est occupée du dossier Mekbel, et de la même manière : une exécution en bonne et due forme. Seulement dans ce cas, Said Mekbel qui échappe à un attentat le 08 mars 1993, est depuis sur ses gardes et difficile d’approche et c’est la raison pour laquelle le  »travail » est confié à un homme de main de Smain, Abdel Malek Amalou, connu dans le service pour son professionnalisme sous le pseudo « le liquidateur ». Il s’est fait une grande réputation après le meurtre à Paris en 1987 de l’avocat Ali Messili.

Le liquidateur a besoin de s’approcher de Said Mekbel sans que ce dernier puisse se douter de quoi que se soit. Ce qui est fait grâce à la collaboration d’un agent féminin, ( une journaliste qui accompagne le tueur au moment du crime et qui connaît Said Mekbel. Elle le piège et c’est Toufik et Smain qui arrachent  »Mesmar Dj’ha ». Said Mekbel porte le numéro 27.

Il est douloureux de citer ces exemples car les motivations de Toufik et de Smain Lamari sont multiples, en plus des retombées médiatiques de ces opérations funestes, ces assassinats servent d’exemples à d’autres journalistes qui craignant pour leurs vies n’ont plus le choix. Pour les responsables du service presse de la DRS, après les meurtres de plusieurs journalistes soit par le service comme c’est le cas des exemples précédents soit par la main des islamistes, la cueillette des plumes est devenue très facile. Il fallait les recevoir à bras ouvert et leur offrir la sécurité, les armes ( beaucoup de journalistes sont armés suite à cela par le service ) et tout le confort dont ils ont besoin en échange de leur contribution bienveillante.

Il est important de noter que derrière ces meurtres de journalistes ( surtout les journalistes étrangers ), les généraux Toufik et Smain ont aussi un objectif hautement stratégique par ces liquidations, à savoir le contrôle par ricoché de la presse étrangère et ce par l’imposition d’une protection rapprochée permanente durant tout le séjour du journaliste en Algérie.

De cette façon les généraux sont sûrs de limiter le champ d’action des journalistes étrangers qui ne verront en fin de compte que ce qui arrange le commandement militaire et rien d’autre. Même les contacts avec la population civile sont réduits au strict minimum pour éviter tout dérapage. L’opinion internationale doit à tout prix avoir le même son de cloche  » l’armée est au-dessus de tout soupçon ».

Les victimes :

En plus de ceux qui ont perdu leurs vies, reste ceux qui ont énormément souffert et auxquels nous rendons un grand hommage pour leur courage, leur honnêteté, leur persévérance et leur résistance.
Ils ont subit des tortures en tous genres, des viols, des harcèlements judiciaires et des insultes dans le meilleur des cas. Leur souffrance est celle du peuple algérien avec lequel ils sont toujours restés honnêtes.
Nous ne pouvons pas les citer tous et nous n’avons aucune décoration à leur offrir sinon notre profonde reconnaissance et notre profond respect. Parmi ceux là nous citons :

Salima Ghezali,
Chawki Amari (caricaturiste),
Marc Marginedas (correspondant d’El periõdeco : expulsé),
Mourad Hadjersi(journaliste free lance),
Baya Gacemi (la Tribune),
Faycel Metaoui (El Watan),
Mohamed Sifaoui (correspondant de jeune Afrique),
Abi Mounir (caricaturiste l’Authentique),
Abdelaziz Houmad (directeur d’Ouest Info),
Billal Thaminy (l’ Authentique)
Djillali Hadjaj (El Watan),
Saad Bouakba ( El Youm),
Zoubir Souissi (ancien directeur du soir d’Algérie),
H’mida layachi(El Khabar),
Abdel Ali Hocine (Gayad) (El Khabar),
Djamel Benmered (Exilé),
El Kadi Ihsane (Le quotidien d’Oran),
Touhami Madjouri (El Alam Assiyassi),
Daikha Dridi (free lance),
Mourad Aït Ouarab (free lance),
Ahmed Kaci(l’Authentique).

La dernière victime en date du colonel Hadj Zoubir est un jeune photographe Walid Zeroug, arrêté le mardi 28 mars 2000 à 19h30. Il a été emmené à Ben Aknoun (Belaroussi) où il a passé cinq nuits avant d’être relâché le dimanche vers 17 heures après que l’AFP ait rendu publique l’information.
Ce photographe âgé de 24 ans travaille entre autres pour l’agence française IMA Presse. Son arrestation est directement liée au fait qu’il connaît personnellement l’attaché de presse au sein de l’ambassade de France à Alger. Zoubir avait demandé à Walid Zeroug de collaborer avec lui mais le jeune photographe a refusé.

Les disparus :

Une pensé très particulière à quatre journalistes disparus dont deux arrêtés officiellement par les services de sécurité, à ce jour leur sort est identique à celui des milliers de victimes disparus qui nous interpellent à tous les instants pour que l’on fasse toute la lumière sur les.

Djamil Fahassi : (Radio Algérienne, chaîne III),
Aziz Bouabdallah (El Alam El Siyassi),
Tous deux arrêtés par les services de sécurité.

Kadour Bouselham, (Horizons),
Mohamed Hassaine, (Alger Républicain),
Présumés tués par des groupes islamistes.

Les Agents des services:

Nous tenons avant toute chose à préciser que les noms qui vont suivre sont ceux des personnes qui ont volontairement choisi de collaborer avec les services de sécurité. Les copies des dossiers agents (ou fiches bleues) qu’ils ont signé ainsi que les preuves de leurs méfaits seront transmis aux instances judiciaires le moment venu. Ces journalistes ainsi que d’autres, ont vendu leurs âmes aux assassins de leurs collègues journalistes. Nous n’allons pas non plus nous rabaisser et décrire les détails de leurs vies privées soigneusement notés dans leurs dossiers par les responsables des services et ce d’abord par respect pour leurs familles et aussi par respect pour les lecteurs de ce dossier.

Nous n’avons pas pris en considération le cas des journalistes qui ont cédé sous les menaces et les exactions en tout genre, car ceux là ont au moins le mérite d’avoir essayer de résister. Il faut dire qu’il n’est pas toujours facile de supporter les tortures de quelle nature que se soit.

El Watan:

Salima Tlemçani de son vrai nom Zineb Oubouchou, a été recrutée par le colonel Fawzi. Ses collègues l’ont surnommé le général à cause de ses contacts permanents avec le service et son autorité. Elle est utilisée par Zoubir comme sergent recruteur spécialement avec les journalistes étrangers et remplit des missions pour le service surtout à l’étranger. Elle a déjà été envoyée à une réunion de la fédération internationale de journalistes pour passer les messages de la DRS  » C’est uniquement les islamistes qui tuent en Algérie ». Elle doit partir le 03 mai à Barcelone pour participer à un séminaire international organisé par la coordination des journalistes catalans à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse.
Elle a initié les attaques contre le MAOL d’après les instructions de Zoubir en commençant par diffuser des messages sur Internet sous le pseudonyme de  » SalimaPour ».

Tayeb Belghiche:(actionnaire d’El Watan), surnommé le manchot par les services du CCD; parce qu’il a perdu un bras durant son enfance lorsqu’il a sauté sur une mine dans la région de Souk Ahras.
Il s’est, dès les années 70, spécialisé dans le conflit Algéro-Marocain et l’affaire du Sahara Occidentale.
Tayeb Belghiche est l’agent favori du service pour ce qui est des campagnes de propagandes contre le Maroc et les questions relatives au problème Sahraoui.
C’est lui qui a fait entrer, il y’a dix ans, ABLA CHERIF, de son vrai nom  »Amel Boumediène », dans le monde de la presse. Il l’a mise en relation avec les officiers des services et l’a convaincue de collaborer.

Liberté :

Nacer Belhadjoudja : il est utilisé par le service surtout pour espionner ses collègues, Zoubir l’a bien utilisé pour espionner Ghalib Djebour à l’Authentique, mais il est viré quand le directeur de journal s’en rend compte.
Ses deux frères travaillent aussi pour le service, Rédha Belhadjoudja signe la chronique en page 24 de liberté « le nez et la perte » sous le pseudonyme Hakim Laalam ; Said Belhadjoudja travaille comme correspondant du Soir d’Algérie à Annaba. C’est Nacer qui est le plus lié à Zoubir qui le traite comme son dauphin.

Abrous Outoudert(directeur du quotidien Liberté) : il a été durant de longues années fonctionnaire au ministère de la communication. Il s’occupait de la censure. Originaire du village de Taguemount Azouz, daira de Beni Douala wilaya de Tizi Ouzou, il a été contacté par Isaad Rabrab quand celui-ci a décidé de créer Liberté. Les deux sont originaires de Taguemount Azouz. Ils sont aussi cousins éloignés. Abrous est chargé de la gestion du quotidien liberté afin que Rabrab n’apparaisse pas. Abrous est très proche de Zoubir qui l’utilise comme agent de renseignement notamment auprès de l’ambassade de France où Abrous a des contacts importants. L’information publiée sur le radar de liberté concernant Betchine lui a valu d’être emprisonné. Cette affaire cousue de fils blancs lui a aussi permis de gagner en crédibilité en plus de la prime du service.

Ghania Khelifi.

El Khabar:

Ali Djerri.

Le Matin :

Farid Alilet.

Le Soir D’Algérie:

Fouad Boughanem,
Rabah Abdellah.

Horizons:

Naama Abbes, C’est le colonel Fawzi qui a convaincu Liamine Bechichi à l’époque ministre de la communication de nommer Naama Abbes (Bi-National car née en France) au journal Horizons.

La Tribune:

Khair-eddine Ameyar,
Bachir Chérif Hassan

France 2 :

Ahmed Ouandjli (correspondant ),

Al-Jazzerah:

Boualem Allah Hamid (correspondant ),

La radio algérienne chaîne 3:

Zehira Yahi.

El-Hayat:

Mohamed Moqaddem. (Anis Rahmani)

MBC:

Ahmed Megaache.

Le Quotidien d’Oran :

Mounir Bendjemaa : Ancien journaliste à Horizons et à l’Authentique où il a espionné pour le compte de Zoubir. Après son éviction de ce journal Zoubir le nomme au Quotidien d’Oran, ce journal en partie propriété du chef de la deuxième région en l’occurrence le général Kamel Aberahman. Mounir B. est aussi utilisé pour essayer de discréditer le MAOL sur Internet en lançant des messages sur les sites où il y’a des forums d’algériens.

Hebdo Libéré:

Abderrahmane Mahmoudi.

Le directeur d’Achaab:

Azzedine Boukerdousse.

Le secrétaire général du syndicat national des journalistes ( SNJ ): promu à ce poste par le service : RABAH ABDELLAH. Il signe ses articles au « soir d’Algérie » sous le
Pseudonyme Sofiane Aït Iflis.

El Moudjahid :

Mouloud Benmohamed, qui est devenu presque un habitué des rencontres sur les droits de l’homme à Genève et Paris. Il est envoyé en mission pour prendre des photos et des enregistrements qu’il remet ensuite à Zoubir.

Ces agents des services sont animés par le désir d’arriver vite au sommet comme leurs prédécesseurs que les officiers recruteurs citent en exemple. Le service a souvent bien récompensé ses serviteurs fidèles afin qu’ils servent d’exemples aux autres journalistes plus soucieux de se faire une réputation que de faire honnêtement leur métier.

Zahia Benarouss : Ministre.

Hamraoui Habib Chawki: Ministre.

Ahmed Boubrik:Directeur de la station ENTV de constantine.

Chadli Boufaroua: est devenu directeur du centre d’écoute de Dély Brahim.

Mohamed Tigane : directeur d’El Massa.

Nacer M’hel : directeur de l’APS (ex. Chef du bureau de l’APS à Tokyo, Mexico, et Washington et agent attitré de la DRS).

Naama Abbes : est devenue directrice de l’Horizons.

Abdelhak Bouatoura : Un ancien journaliste à Horizons. Il est récompensé par la DRS en 1997 en le nommant comme attaché de presse au ministère de l’intérieur.

Fatiha Akkab : Ancienne journaliste à Algérie Actualité, devenue fonctionnaire au ministère de la communication.

Zoubir, les Affaires et les Autres :

Le chargé du contrôle de la presse Tahri Zoubir a réagit de la même façon que ses chefs, à peine installer à son poste a Belaroussi qu’il s’est investi en parallèle dans la fructification des affaires de la famille. El hadj Zoubir est le frère de Miloud Zoubir, l’ancien Wali de M’sila, nommé après le dernier mouvement des walis à la willaya de Ghelizane grâce à l’intervention du colonel Zoubir, le frère protecteur.

En 1995, les services judiciaires de la gendarmerie nationale mettent à jours un trafic à grande échelle de passeports, de cartes jaunes (dispense du service militaire) et de sursis militaires valables à l’étranger. Parmi les personnes mises en cause, le propre frère du colonel Zoubir alors wali de M’sila, le commandant du secteur militaire et d’autres relais dans l’administration locale. En fait même Zoubir est bien impliqué en assurant la sécurité de tout le réseau. A 12.000FF (nouveaux francs) la carte jaune et 8.000FF le sursis, les comptes atteignent très vite des sommes gigantesques. Profitant du climat d’insécurité générale et de la crainte des parents pour leurs enfants qui ont atteint l’âge du service militaire, Zoubir et ses complices ont organisé ce commerce très lucratif de la vie humaine. Les parents des jeunes appelés qui peuvent se permettre même en vendant leurs biens préfèrent acheter la vie de leurs enfants plutôt que de les voir partir vers une mort certaine, trop de jeunes ne sont jamais revenus de l’abattoir.

Le colonel Tahri Zoubir

Quand le colonel Zoubir prend connaissance des investigations menées par les gendarmes autour de cette affaire, c’est en personne qu’il dirige les tractations avec le service concerné de la gendarmerie. Ses arguments en tant qu’officier supérieur de la DRS très connu dans le milieu opérationnel sont solides et pour lui le service de police judiciaire de la gendarmerie est entrain de faire capoter une opération interne au service de la DRS couverte par le sceau du secret à des fins de lutte contre le terrorisme. Il est vrai que les services opérationnels de la DRS montent des affaires de toutes pièces (le miel qui attire les abeilles) soit pour des besoins d’infiltration soit pour la neutralisation de certains éléments, (le dossier de la lutte antiterroriste en traitera quelques exemples). Mais aussi d’autres opérations du genre sont aussi préparées pour des besoins personnels, le plus souvent pour le compte des chefs qui veulent éliminer des concurrents gênants ou avoir l’avantage dans des domaines qui les intéressent.

Malheureusement pour Zoubir, un journaliste travaillant pour le journal Le Matin eut vent de cette affaire (sans pour autant qu’il sache le lien de parenté qui existe entre le Colonel Zoubir et le Wali de M’sila), il publie un article sur les dépassements de ce wali. En apprenant la nouvelle, Zoubir devient fou et fait tout pour nuire à ce journaliste : arrestation par Tartague, coups, insultes, menaces de viol et de mort… Toute la machinerie répressive est mise à contribution pour enterrer le sujet en question. Comme à l’accoutumée, Zoubir fait sortir le chef d’inculpation classique, à savoir intelligence pour un service étranger pour légaliser l’arrestation de l’auteur du fâcheux article vis à vis de ses collègues, car le journaliste en question avait des connaissances au sein de l’ambassade de France et des Etats-Unis à Alger.

Les affaires des frères Tahri dépassent largement le cadre du trafic de documents militaires, ils ont même monté grâce à l’argent récolté par ces transactions honteuses, une société d’importation de produits électroménagers en provenance de Tunisie avec le partenariat du chef de sûreté de la wilaya de M’sila et le commandant du secteur militaire. Leur société est devenue avec le temps l’une des plus importante qui fait de la distribution (vente en gros) pour tous les commerçants de l’ouest du pays et même du centre. Leur chiffre d’affaire dépasse les 300 milliards de centimes et c’est grâce à Zoubir que le service des douanes n’a jamais un droit de regard sur ce commerce juteux qui est en pleine floraison.

Une des premières victimes de Zoubir est le DEC d’El Biar, le nommé Mohamed Maarouf qui cède sous les menaces claires de Zoubir. Ce dernier exige avec insistance un lot de terrain pour construction dans la commune. C’est finalement derrière le stade d’El Biar qu’il réussit à en avoir un à un prix dérisoire pour le moins que l’on puisse dire en comparaison avec les prix réels pratiqués sur le marché. Sans se soucier des frais, il fait appel à l’entrepreneur favori des généraux, un certain  »Ami Salah » qui a construit deux villas pour le général Mohamed Touati, deux autres pour le général Abdel Madjid Taghrirt, une autre pour le général Mohamed Lamari ( pour son Fils Mourad) et pour bien d’autres officiers supérieurs.

La villa la moins chère a coûté plus de 2,5 milliards de centimes. Celle de Zoubir a coûté près de trois milliards, une somme modique pour ce colonel businessman qui s’est fait construire deux autres villas à Oran, l’une aux noms des membres de sa famille, en plus des logements de fonction qu’il n’a jamais quitté. Cela fait bien de l’espace pour un seul colonel. Rien à voir avec la réalité algérienne, cet officier supérieur parmi tant d’autres vit dans le luxe et la luxure alors que la crise de logement bat son plein.
La mutation du frère wali n’est pas due au hasard, le budget de reconstruction de cette zone martyre aiguise les appétits des vautours du trafic de l’immobilier et du foncier, et les affaires des frères dans ce domaine ne sont pas en laisse. Déjà à M’sila, le Wali Miloud Tahri s’est bien servi et le montant du trafic de lots de terrain, logements d’habitation, locaux commerciaux et engins de transport lourds, est effarant. Pareillement Zoubir a fait de même à Alger avec l’ex. Gouverneur Chérif Rahmani et  »Salah » le fameux entrepreneur. Des terrains agricoles ont été détournés, reclassés constructibles, construits et revendus à des prix exorbitants. Même d’anciens cimetières chrétiens n’ont pas échappé à leur voracité et ont été vendus comme terrains constructibles.

Le lecteur peut se demander légitimement comment est ce que les chefs de Zoubir laissent faire ce subordonné ? En réalité pour eux ces petits trafics c’est du menu fretin. Ils laissent faire pour s’assurer du soutien d’officiers comme Zoubir. Ils peuvent cependant à tout moment le traduire en justice quand il devient gênant ou trop gourmand. Les généraux préfèrent laisser ces miettes aux officiers qui les secondent.
Les affaires des généraux se chiffrent en millions de dollars et les officiers de l’espèce de Zoubir évitent bien de toucher aux chasses gardées des grands.

Le cas du Colonel Zoubir, chef du CCD n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres qui usent leurs fonctions comme un tremplin vers la richesse et qui travaillent d’arrache-pied pour s’assurer une place au soleil. Zoubir sait que son poste lui permet de faire taire tous ceux qui osent parler de corruption, de détournements et de tout ce qui dérange les chefs. C’est de ce point précis qu’il tire sa force et son pouvoir.

Djillali Hadjadj, journaliste et médecin de formation, a longtemps travaillé au journal El Watan et s’est spécialisé au fil des ans dans les affaires de corruptions surtout depuis l’arrivée de Zeroual au pouvoir. Il a écrit un livre traitant aussi de l’étendue du fléau de la corruption dans notre société. Il était bien vu par les responsables des services depuis qu’il avait lancé une série d’articles sur l’empire du Général Betchine, bien plus il a même été félicité plus d’une fois par Zoubir pour son travail. Le vent a très vite tourné dès que ce même journaliste a commencé à s’intéresser de près à l’empire de Toufik et des autres généraux, une pluie d’insultes et de menaces de mort s’est abattue sur lui.

Suite au refus d’abandonner ses enquêtes, Zoubir met tout son poids et utilise tous ses contacts pour le faire renvoyer du journal en décembre 1999. Devant toutes ces exactions, le journaliste persiste en militant contre la corruption au sein de l’association qu’il a crée et a assisté dernièrement en Afrique du Sud au congrès contre la corruption.

Bien des journalistes honnêtes et sincères qui se sont investis dans ce métier noble où la vérité est reine, ont été cassés, poursuivis, martyrisés, assassinés ou dans le meilleur des cas, poussés à l’exil soit par Zoubir, Fawzi ou d’autres manipulateurs de l’ombre qui veulent étouffer à tout prix les voix qui se révoltent. Tant qu’il y aura des gros rats qui se déplacent dans la nuit, croquent l’Algérie à pleines dents et se remplissent le ventre, l’Algérie restera à genoux et son peuple boira l’élixir de l’humiliation que les rats mijotent.

En conclusion notre unique souhait est de pouvoir contribuer par la diffusion de ce dossier à la levée des restrictions qui pèsent sur la liberté de la presse. Que les monstres qui guettent l’Algérie soient bannis à jamais ! Que Zineb et les autres inquisiteurs disparaissent du monde de la presse, car ils ne valent pas mieux que les terroristes islamistes qu’ils combattent.

Notre promesse à tous ceux qui ont donné leurs vies pour la vérité et de continuer à démasquer et à combattre tous les faux démocrates qui se vendent à Rabrab et ses acolytes. Tous les prêcheurs de mensonges qui assassinent l’espoir des plus démunis. Tous les Toufik et Smain qui étouffent les voix de la vérité et souillent de leurs empreintes indélébiles les pages de l’histoire.

Hommages aux journalistes qui ont été la proie de la folie humaine et des renégats aux milles visages. Des noms qui sont tombés l’un après l’autre avec bravoure et dignité. Leur mémoire restera le phare de tous ceux qui disent NON haut et fort aux démons du mensonge.

En cette occasion nous rendons un grand hommage à lutte de Taoufik Ben Brick qui balise le chemin de la vérité avec honneur et courage.

Peuple algérien, personne ne sait de quoi sera fait demain tant que ta volonté reste souveraine et ton désir suprême.

Gloire à nos martyrs et vive l’Algérie

Publié dans DRS(39) | 2 Commentaires »

Saïdani Rabah revient

Posté par algeriedemocratie le 10 juillet 2009

Saïdani Rabah revient “Ayedhrar” son nouvel albumSaïdani Rabah revient dans MUSIQUE ALGERIENNE(35) 2165_73098

Poète, compositeur, interprète et l’auteur de la célèbre chanson Akatjakh Aya kham, est revenu avec un nouvel album intitulé Ayedhrar mis sur le marché au début du mois de mai. Nous sommes allés à sa rencontre à Boghni. Comme avec  tous nos anciens artistes, les  quelques heures passées en sa compagnie, ne suffisent pas pour cerner ne serait-ce une infime partie de son œuvre. C’est donc avec une grande disposition qu’il a bien voulu nous accorder cet entretien.

La Dépêche de Kabylie : Saïdani Rabah, en tant que chanteur kabyle qui traîne au moins une quarantaine d’années de carrière, n’est pas à présenter mais faisons le quand même.

Saïdani Rabah : Saïdani Rabah est mon vrai nom. Je n’ai pas de pseudonyme, ni de nom d’artiste. Je suis né à Beni Koufi, dans la localité de Boghni en 1953, issu d’une famille modeste et j’ai été élevé à Boghni.

Quand avez-vous commencé à chanter et apprendre à jouer d’un instrument de musique ?

Dès mon très jeune âge.Comme beaucoup d’artistes qui n’ont pas la chance d’avoir les moyens pour s’acheter un instrument de musique, c’est bien évidemment la débrouille avec un bidon d’huile, une planche et des fils de fer pour confectionner sa propre guitare. Ainsi, le tour est joué. Ce n’est qu’en  1970 que je suis arrivé à me payer avec mes maigres économies une vraie guitare.

Ce qui veut dire que vous n’êtes pas allé loin dans vos études ?

C’est vrai. Je n’ai suivi que le cursus du primaire pour aller chercher autre chose, d’autant plus, que les études ne me disaient pas grand-chose donc j’avais cherché dans la formation professionnelle, dans l’ébénisterie et la dactylographie.

 

Mais comment expliquez-vous cette faculté à composer des poèmes d’une grande facture, toutes vos chansons sont à textes dont la qualité est irréprochable et j’en passe alors que pour parler d’autodidacte, c’est maintenant mais pas il y a quarante ans ?

C’est peut-être un don. C’est Dieu …

Revenons maintenant à vos débuts d’une manière officielle, avec la Radio par exemple tout en sachant bien sûr qu’avant, d’arriver là, votre premier public a été les jeunes de votre entourage et les fêtes familiales ?

J’avais participé à l’émission « Les chanteurs de demain » animée par Mohamed Benhanafi, que Dieu lui accorde longue vie. Outre qu’il m’avait encouragé, il m’avait permis d’entrouvrir certaines portes de l’édition.

        

Donc, vous enregistrez avec impatience votre premier 45T, sachant pertinemment que ce n’était pas facile de le faire pour un novice, qui est venu à votre secours ?

Effectivement, mon premier 45T qui comprenait deux chansons avec « Itij » et « Yellis Naldjar » avait été enregistré chez feu Mahboubati qui avait l’un des rares studios à Alger et édité chez DDA. Au demeurant,je n’ai jamais oublié l’aide de notre bien aimé, le grand artiste El Hadj Boudjemaâ El Ankis que Dieu lui accorde longue vie et qui m’avait, non seulement  accompagné chez cet éditeur, mais m’avait ainsi cautionné d’autant plus qu’il avait assisté à tout l’enregistrement.

Pourtant, en ce temps là, il n’y avait en quelque sorte que le grand artiste Kamel Hamadi qui était pour ainsi dire le seul conseiller des maisons d’édition qui pouvait décider de la parution ou de la non parution d’un produit…

Notre grand artiste Kamel Hamadi que Dieu lui accorde longue vie s’était effectivement proposé de m’aider, de me composer des chansons je l’en remercie jusqu’à ce jour mais je n’avais pas accepté son offre.

 

Nous sommes donc en 1970, c’est une période faste pour la chanson kabyle, c’était plus facile qu’aujourd’hui ?

Ce n’était pas aussi facile que vous le croyez.Il fallait gagner sa place avec toute la concurrence qui existait. Savez-vous combien de jeunes talents s’étaient lancés en ce temps sans mettre dans le compte nos anciens artistes ?

Puisque maintenant c’est vous qui posez des questions, je vais répondre au hasard, Mouloud Habib, Medjahed Hamid, Slimani, Amar Koubi, Aït Menguelet, Ahcène Abassi, Mohamed Chemoum Aït Meslayène, Kaci Abedjaoui… je peux continuer mais pour ne pas perdre beaucoup de temps, je continue à poser des questions. Pour ne pas perdre le fil de mon entretien.

D’accord. Allez-y.

Vous allez bien sûr en France où vous enregistrer des 45T et des 33T et vous aurez l’occasion de rencontrer les monuments de la chanson kabyle …

Effectivement, je suis parti en France. C’est à l’occasion de l’enregistrement de mon premier 33T que j’avais eu la chance de rencontrer pour la première fois notre idole à tous, feu Slimane Azem. Ce jour-là, il y avait également à l’intérieur du studio Aït Menguelet. Donc, nous étions à trois à enregistrer chacun son 33T avec comme producteur Brahim Ounassar.

Parlons maintenant de l’une de vos œuvres qui  avait marqué toute une génération et qui continue jusqu’à nos jours d’émouvoir les cœurs. Je veux parler de la chanson « Akatjaghk Ayakham »

Qu’est ce que vous voulez que je vous dise. Je

l’ai faite pour moi. J’ai chanté mon état d’âme. Peut-être que si j’ai à dévoiler le fond de ma pensée, plusieurs fans seaient déçus alors que chacun soit libre de tisser sa propre histoire ou son propre roman.

Avant de parler de ce nouvel album intitulé Ayedhrar, parlons d’une  autre de vos anciennes chansons Akvayli, Amraveth, est-ce que ce problème existe toujours ?

Cette chanson est sortie en 1976. C’est un problème qui m’avait directement touché et auquel j’avais été confronté comme beaucoup de jeunes à cette époque et antérieurement. Certaines familles pour éloigner certains prétendants à leurs filles invoquaient le fait qu’ils étaient des marabouts et si cette condition n’était pas satisfaite, c’est le refus catégorique malgré l’amour des concernés. Je pense que les temps ont beaucoup changés avec les mentalités. Le problème n’existe plus du moins à ma connaissance et c’est mieux ainsi .

Donc, après avoir passé en revue votre passé, nous arrivons à ce nouveau produit. Zut ! çà me revient, je m’excuse. Je n’ai pas pour habitude de préparer mes entretiens donc je continue sur votre passé d’autant plus que vous avez observez une longue interruption dans votre carrière d’artiste…

Oui, à partir de 1992 pour les raisons que tout le monde connaît liées à la situation que notre pays avait traversé. J’avais fait un retour en 1998. En 2003 et en 2008 j’avais mis des produits sur le marché.

Donc, une année après vous revenez avec un CD et une cassette

Exactement …

Qu’est ce que vous pouvez dire de ce nouveau produit ?

Ce nouvel album comprend 8 titres avec Ayedhrar, Awidh meziyen, Ithekhdhem  temzi, Latsaaziragh, Athamgharth, Ayemma Thakvaylith, Lihala Oufanane et Assaâdiw. Cependant, ce n’est pas à moi de le dire ou de donner un avis .C’est à vous, à tous les auditeurs et à mes fans, au public… Que cela leur plaise ou pas.

Pour moi, C’est bon et même excellent …

J’ai beaucoup aimé “Lihala Oufanane”, cela m’a rappelé  » Aya kham « , pensez-vous réellement à un réel changement ?

Merci. Pour revenir à la situation des artistes, elle est malheureusement et tristement connue. C’est la même situation que vivent tous les vrais créateurs. La chanson ne fait pas vivre de nos jours alors qu’auparavant, l’artiste pouvait vivre de son produit. En outre les éditeurs cherchent le commercial, ce qui rapporte, qui remplit les poches.

Revenons-en à votre propre cas, en optant pour des chansons à textes, vous ne pensez pas que vous mettez directement votre produit dans une situation difficile ?

Je ne peux changer  ma façon d’écrire, de composer, de chanter. J’exprime ce qui est vraiment au fond de moi-même et je ne retrouve la paix en mon âme que lorsque j’ai fait ressortir ce qui était dans mes entrailles. Donc, ce que j’ai fait n’est pas du superficiel. Je ne peux rien faire pour ce qui ne savent pas apprécier un texte, un poème ou ne font aucun effort pour réfléchir un petit moment et se poser des questions. Car, si après avoir écouté à maintes reprises une chanson, on n’arrive pas à se poser au moins quelques questions, c’est que cette chanson est un succès, sinon, c’est le contraire.

Peut-on connaître vos projets du moins à court terme ?

 A vrai dire, je suis très occupé par ma profession ainsi que mes devoirs familiaux qui me prennent beaucoup de temps. Néanmoins, je réponds favorablement à toutes les invitations qui me sont adressées pour rendre hommage à  tel ou tel autre artiste ou honorer par ma présence certaines cérémonies. Par ailleurs, j’ai l’intention d’enregistrer 6 à 8 clips d’ici à la fin de l’année en cours ainsi que deux chansons en hommage à Mouloud Mammeri en CD et en clip.

Avec plus de 400 chansons à votre répertoire, comptez-vous décrocher tout en étant satisfait de votre parcours ?

 Je ne pense pas décrocher de sitôt. Ce n’est pas aussi facile que cela lorsqu’on a à chaque fois quelque chose qui bouillonne dans les entrailles, il faut bien le faire sortir. Je cesserai de chanter donc, lorsque mes entrailles seront vides.

Un dernier mot pour les lecteurs de La Dépêche de Kabylie ?

Je vous remercie de votre visite qui est celle de tous les nombreux lecteurs de notre journal. Tout le plaisir est donc pour moi d’avoir été honoré de la place que vous m’accordez tout en sachant que notre journal La Dépêche de Kabylie a pour objectif de promouvoir notre culture.

propos recueillis par Slimane Sahnoune

source: dépêche de kabylie

Publié dans MUSIQUE ALGERIENNE(35) | 1 Commentaire »

interview de ait menguellet à l’expression 4

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

Le Questionnaire de Proust
10 Avril 2008 interview de ait menguellet à l'expression 4 dans AÏT MENGUELLET(54) TP080410-10

Votre vertu préférée?
La sincérité.

Le principal trait de votre caractère?
La discrétion.

La qualité que vous préférez chez les hommes?
La discrétion.

La qualité que vous préférez chez les femmes?
La féminité.

Votre principal défaut?
L’indécision.

Votre principale qualité?

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis?
La loyauté.

Votre occupation préférée?
Le tir à l’arc

Quel serait votre plus grand malheur?
Survivre à ma famille.

A part vous-mêmes qui voudriez-vous être?
Moi-même.

Où aimeriez-vous vivre?
A Ighil Bouamass.

La couleur que vous préférez?
Le noir et le blanc.

La fleur que vous aimez?
Toutes.

L’oiseau que vous préférez?
La perdrix.

Vos poètes préférés?
Brel, Baudelaire (universels), Si Mohand U M’hand, Youcef Oukaci, cheikh Mohand Ou L’Hocine (nationaux).

Vos compositeurs préférés?
Variés.

Vos peintres préférés?
Hocine Haroun, Arezki Larbi.

Vos héros dans la vie réelle?

Vos héros dans l’histoire?

Votre nourriture et boisson préférées?
Je mange tous les plats, et je bois de l’eau.

Ce que vous détestez par-dessus tout?
L’ingratitude.

Le personnage historique que vous n’aimez pas?
Je me méfie de l’Histoire.

Les faits historiques que vous méprisez le plus?
Les colonisations.

Le fait militaire que vous estimez le plus?
Le 1er Novembre 1954.

La réforme que vous estimez le plus?
Les droits de la femme.

Le don de la nature que vous voudriez avoir?
Beaucoup.

L’état présent de votre esprit?
Bien.

Votre devise?
«Ur’tsrouzough, ur’kenough» (ne point rompre, ne point plier).

Publié dans AÏT MENGUELLET(54) | Pas de Commentaires »

petite Biographie de Matoub

Posté par algeriedemocratie le 22 décembre 2008

 
Score : Découvrez la biographie de Matoub LOUNÈS135 659
petite Biographie de Matoub dans matoub(18) biographie_spacer

Né le 24 janvier 1956
Décédé le 25 juin 1998 (à l’âge de 42 ans)

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Lounès Matoub, plus communément appelé Matoub Lounès, est un chanteur et poète kabyle, engagé dans la revendication identitaire berbère.

Il est né à Taourirt Moussa Ouamar le 24 janvier 1956, en Kabylie, Algérie. Il meurt le 25 juin 1998, assassiné sur la route de At Douala. Officiellement, cet assassinat est attribué au GIA. Mais le pouvoir algérien est accusé, notamment par sa famille de l’avoir assassiné.

Matoub acquiert un statut de martyr pour les régionalistes et militants kabyles, qui estiment que leurs droits sont bafoués.

A l’age de neuf ans, il fabrique sa première guitare à partir d’un bidon d’huile de moteur vide, et compose ses premières chansons durant l’adolescence.

Sa prise de conscience identitaire et culturel débute à la confrontation armée entre les Kabyles et les forces gouvernementales en 1963-1964.

En 1968, le gouvernement algérien introduit une politique d’arabisation dans le système éducatif au détriment du berbère. Matoub réagit en n’allant pas à l’école. Finalement, il quitte le système éducatif et devient autodidacte. En 1978, il émigre en France à la recherche de travail.

Arrivé en France, Matoub Lounès anime plusieurs soirées dans des cafés parisiens fréquentés par la communauté kabyle. C’est là qu’il se fait remarquer par le chanteur Idir qui l’aide à enregistrer son premier album, Ay Izem, qui remporte un vif succès.

En 1980, le poète se produit pour la première fois à l’Olympia en plein évènements du printemps berbère. Il monte alors sur scène habillé d’une tenue militaire pour manifester son soutien aux manifestants kabyles.

Depuis la sortie de son premier album Ay izem (Ô lion), Matoub Lounès célèbre les combattants de l’indépendance et fustige les dirigeants de l’Algérie à qui il reproche d’avoir usurpé le pouvoir et de brider la liberté d’expression. Chef de file du combat pour la reconnaissance de la langue berbère, il est grièvement blessé par un gendarme en octobre 1988. Il raconte sa longue convalescence dans l’album L’Ironie du sort (1989).

Les textes de Matoub Lounès sont revendicatifs et se consacrent à la défense de la culture berbère.

Il s’oppose à la politique d’arabisation et d’islamisation de l’Algérie. Il parle le kabyle, le français, et comprend l’arabe sans l’employer. C’est un partisan de la laïcité et de la démocratie, et s’est fait le porte-parole des laissés-pour-compte et des femmes.

Opposé à l’islamisme et au terrorisme islamiste, il condamne l’assassinat d’intellectuels. Il fut enlevé le 25 septembre 1994 par le GIA (Groupe Islamique Armée), puis libéré au terme d’une mobilisation de l’opinion publique de la communauté kabyle. La même année, il publie un ouvrage autobiographique, Rebelle, et reçoit le Prix de la mémoire des mains de Danielle Mitterrand.

En 1996, il participe à la marche des rameaux en Italie pour l’abolition de la peine de mort alors qu’en mars 1995, le S.C.I.J.(Canada) lui remet Le Prix de la Liberté d’expression.

En 1998, il sort les albums Tabratt i lḥukem et Ilḥeq-d zzher. Ces derniers sont de genre chaâbi. Il y dénonce la lâcheté et la stupidité du pouvoir algérien. Le morceau Tabratt i lḥukem de l’album éponyme, est construite en « kacide » (enchaînement de musiques différentes). Le dernier morceau est une parodie de Kassaman, l’hymne national algérien. Ce dernier lui coûta la vie. [réf. nécessaire]

Le 25 juin 1998, il est assassiné sur la route menant de Tizi Ouzou à At Douala en Kabylie à quelques kilomètres de son village natal (Taourirt Moussa). Les conditions de ce meurtre n’ont jamais été élucidées. Les funérailles du chanteur drainèrent des centaines de milliers de personnes, tandis que toute la région connut plusieurs semaines d’émeutes.

Le 30 juin 1998, le GIA revendique son assassinat.

Une fondation portant le nom du chanteur a été créée par ses proches pour perpétuer sa mémoire, faire la lumière sur l’assassinat et promouvoir les valeurs d’humanisme défendues pendant la vie de Matoub Lounès .

Cinq rues portant le nom de Matoub Lounès ont été inaugurées en France à sa mémoire :
* A Paris
* A Aubervilliers
* Dans la commune de Saint-Martin-d’Hères près de Grenoble.
* À Vaulx-en-Velin près de Lyon le 22 novembre 2003.
* Dans la commune de Pierrefitte (Seine Saint Denis)

Matoub Lounès est de tous les artistes kabyles, le plus connu en Kabylie comme dans le monde entier en raison de son engagement.

Sa musique s’appuie sur l’usage d’instruments traditionnels comme le mandole et reprend les thèmes du folklore kabyle.

En 2001 le Groupe corse Canta U Populu Corsu dans leur album Rinvivisce rend hommage à sa lutte et ses souffrances.

Discographie

L’oeuvre de Lounès Matoub se compose de 28 albums (ou 34 volumes).

1978 : Ay Izem
1. Ay Izem (Ô lion)
2. Ifenanen
3. Tegrawla-nneɣ
4. Aqlaɣ
5. Ya lferh-iw
6. Leḥbab-iw
7. Terriḍ
8. Anfiyi

1978 : Daεwessu
1. A yemma aεzizen (Très chere mère)
2. Azul felawen
3. Nehder mitmal ddunit
4. Tiɣratin an ṛuḥ
5. Inaɣd ayen akka
6. Ddeεwessu (La malédiction)

1979 : Ṛuḥ ay aqcic
1. Yaw at n magret
2. Ṛuḥ ay aqcic (Va, jeune homme)
3. Eqdaɣ lyass
4. Ur diyi-sseḍlam (Le sort affligé)
5. Ay akal hader
6. Idewweṛ i wedrar (La montagne encerclée)
7. Amirouche et Ferhat
8. Yeb°ded lawan
9. Acangal yezi
10. Arqiq lhal-iw

1979 : Yekkes-as i znad ucekkel
1. Yekkes-as i znad ucekkal
2. Ay imesdurar (Les montagnards)
3. Aken kan id ttaxreɣ
4. A tidett wi kem-iεebban (Le fardeau de la vérité)
5. Iwexxer wagu
6. Ğeṛğeṛ yessawel i Luṛis (Le Djurdjura appelle les Aurès)

1979 : A lḥif yuran
1. Azul a mmi-s idurar (Au fils des montagnes)
2. Ger idurar n Luṛis (Les Aurès)
3. Ufiɣt yeduri tejra
4. Tegrurez
5. Ay idurar n Ğeṛğeṛ (Montagnes du Djurdjura)
6. Abehri
7. A lḥif yuran (Malheur inscrit)

1979 : Ay aḥlili
1. Ay aḥlili (La vérité dans les ronces)
2. Atidett rdju
3. Gara nneɣ ur d yigri usirem
4. Ay ahbib assa ad ṛuḥeɣ
5. Ak°it ay arrac nneɣ (Réveillez-vous, compagnons)

1980 : A ttwaliɣ
1. Waka m di-ssawlen
2. Xas ṛuḥ (Fin de règne)
3. Ay aqcic (Au pays des Kabyles)
4. Annaɣ i yi-iga ṛṛay-iw (La raison dévoyée)
5. Tilelli (La liberté)
6. Uh ay ihbiben-is
7. Ttaṛ-im a m-t-id-rreɣ (Ta vengeance)
8. A ttwaliɣ (Vision)

1980 : Récital à l’Olympia 80 (JSK)
1. Intro
2. JSK
3. Imaziɣen (Hekun)
4. D aɣrib (L’exil)
5. Lgirra tefra
6. Poème
7. Tter

1981 : Assagi liɣ
1. Zhut ay arrac
2. Uh a yemma sber
3. Ya lfehr-iw
4. Poèmes tayeb
5. Tiɣratin
6. Assagi lliɣ (Je suis)

1981 : Slaεbitt ay abeḥri (vol.1: Slaεbitt ay abeḥri, vol.2: Yeḥzen Lwad Aεissi)
Volume 1
1. Sleεb-itt ay abeḥri (Le vent de la liberté)
2. Defreɣ-k s wallen-iw
3. An-nerreẓ wala an-neknu (Plutôt rompre que plier)
4. Ay adrar n At Yiraten (La montagne des Aït Irathen)

Volume 2

1. Yeḥzen Lwad Aεisi (Oued Aissi en deuil)
2. Amuss yezga izedɣiten
3. Lwexda iṣaren (Terrible malheur)
4. Berzidan (Président)

1981 : At Yiraten
1. Muggreɣ At Yiraten (Les Aït Irathen)
2. Iffis
3. A askri
4. A mmi aεzizen (Mon fils adoré)
5. Yenayi aqli ad ṛuḥeɣ
6. Anef-iyi ad ruɣ (L’aunée)

1982 : Tirgin
1. Ru ay ul (Nos reniements)
2. Tiɣri idurar (L’appel des montagnes)
3. Kumiṣar (Commissaire)
4. Tirgin (Les braises)
5. Assa tesεiḍ (Mon coeur sous une dalle)
6. Letnayen iṛuḥ d tlata
7. Ameḥbus-iw (Mon prisonnier)
8. Mi neztel s lkif

1983 : Tamsalt n Sliman
1. Ur ifur
2. Imcumen
3. Allah wakbeṛ (Allah est grand)
4. Afalku bezru leɣrib
5. As lferh
6. Abrid at n aεqel
7. Tamsalt n Sliman (L’épreuve de Slimane)
8. Yir tayri (L’amour infâme)
9. A lexlaxel

1984 : A tarwa n lḥif
1. Lhaq (La raison)
2. A sidi Abderahmane (Saint Abderahmane)
3. Monsieur le Président
4. Asa djazayri
5. Igujilen (Les orphelins)
6. A tarwa n lḥif (Les enfants du malheur)

1985 : Da Hamou
1. Da Hamou
2. Asɣersif (Le peuplier)
3. Yecbas i rebbi leqlam
4. Ẓẓehr-iw (Ma chance)
5. Tamsalt-iw (Mon épreuve)
6. Aṭṭan n mmi (Le mal de mon fils)
7. Lgirra n esscandriya
8. Qelleb lmetl-im (Ton exemple)

1985 : Lbabur
1. Imɣereq
2. Ma suɣeɣ (La calamité)
3. Lbabur
4. Tadukla (L’amitié)
5. Ugadeɣ a k-rwin (Peur qu’ils te ravagent)
6. Zzriɣ accu
7. Lebɣ-iw d array-iw
8. Mrehba s lehbab

1986 : Les deux compères
1. Les deux compères
2. Yir argaz (Homme indigne)
3. A mes frères
4. Aɣrib (L’exilé)
5. Amek akka (Infamie et châtiment)
6. Utlif
7. Uh ay ihbiben-iw
8. Ul-iw gezm-it (Coeur-crible)

1986 : Tamurt-iw
1. Yir aqbayli
2. Ddunit-iw (Ma vie)
3. A tamurt-iw (Ma patrie)
4. Lezzayer (L’Algérie)
5. Askri
6. Imdanen
7. Eras tili

1987 : Tissirt n endama
1. Tensa tafat
2. Udem n Lezzayer (Le visage de l’Algérie)
3. Sseḥseb (Pourpense)
4. Tadart-a
5. Instrumental tensa tafat
6. Tissirt n endama
7. Dayen idub ṛṛuḥ (Les âmes fendues)

1988 : Lmut
1. Lmut (La mort)
2. Ihedaden bb°awal (Les cisailleurs de mots)
3. Idrimen
4. Ay arrac (La jeunesse)
5. Tidett yeffren (La vérité enfouie)
6. Igiṛṛu n lkif (Le chanvre)
7. Uzu n tayri (Le couteau de l’amour)

1988 : Rwah rwah
1. Sserhas ay adu
2. Aɣrib (L’éxilé)
3. Abrid ireglen (La route entravée)
4. Rwah rwah
5. At-tili lḥağa (L’insaisissable)
6. Arrac n tmanyin
7. S kra b-b°i-ghelken yeḥla (Les souffrants sans rémission)
8. Attas i-ssyenan

1989 : L’ironie du sort
1. Ayen iraden (L’ironie du sort)
2. Yir lehlak (Elle s’arrache: la liberté)
3. Wissen (La désillusion)
4. A win iṛuḥen (Amertumes et regrets)
5. Lεemeṛ-iw (Ma vie)
6. Imceblen (La déchirure)
7. Ameni (L’espoir)
8. Ssu-yas (La gifle)
9. Tarewla (Le repentir)

1991 : Regard sur l’histoire d’un pays damné (vol.1: Regard sur l’histoire d’un pays damné, vol.2: Iẓri-w)
Volume 1
1. Regard sur l’histoire d’un pays damné (Chanson de 45 minutes)

Volume 2
1. Iẓri-w (Mes yeux)
2. Aḥlil Aḥlil (Misère pour misère)
3. Tadukli (Fratrie)
4. Uzu tassa
5. Abeḥri n lḥif (La brise du malheur)

1993 : Communion avec la patrie (vol.1: Communion avec la patrie, vol.2: Lmeḥna)
Volume 1
1. Hymne à Boudiaf
2. A yemma amek (Quel est ton sort, mère ?)
3. Imesḥaf (Les monstres)
4. Amğazi (Communion avec la patrie)

Volume 2
1. A yemma yemma (La fleur saxifrage)
2. Tuzzma n temɣer (L’effroi de l’âge)
3. Si ddaw uẓekka tiɣri-w (De la tombe, mon appel !)
4. Amessefray (Ma voix, dans le vide…)
5. Taseεdit (Tassadit)
6. Lmeḥna (La peine)

1994 : Kenza
1. Mm imezran (La gracieuse)
2. A ṭṭaffareɣ deg wussan (L’agneau oblatif)
3. Ttuɣ (L’amoureux réprouvé)
4. Kenza
5. Ṛuḥ ṛuḥ
6. Tamara (La contrainte)
7. Tannumi (L’habitude)
8. Tatut (L’oubli)
9. Tiɣri u gujil

1996 : Tiɣri g-gemma (vol.1: Assirem, vol.2: Tiɣri g-gemma)
Volume 1
1. Asirem (L’espoir)
2. Tameddit b-b°ass (La fin du jour)
3. Abrid n tdukli (L’horizon prospère)
4. Asmekti t-tuzzma (Remords et regrets)
5. Yir aṭṭan (La fatalité)
6. Lɣella n ṭṭrad (Le butin de guerre)
7. La soeur musulmane

Volume 2
1. Taεekkemt n tegrawla (Epreuves de révolution)
2. Imettawen-iw (Mes larmes)
3. Tiɣri g-gemma (La complainte de ma mère)
4. Tuzzma (L’effroi)
5. Lḥif n nnger (La déshérence)
6. Lmutt b-b°egrawliw (Compagnon de la révolution)
7. Tiɣri n tağğalt (La révolte de la veuve)

1997 : Au nom de tous les miens (vol.1: Semeḥtiyi, vol.2: Sel kan i dderz)
Volume 1
1. Semmeḥt-iyi a leḥbab-iw (Mes amis… désolé)
2. Ay ixf-iw (Mon âme, que faire ?)
3. Anda-tt teεzibt (La vertu dépravée)
4. A baba ṛuh (Va, père)
5. Ay aḥbib-iw (L’ami fidèle)
6. Imcumen (Les scélérats)

Volume 2
1. Sel kan i dderz (Le temps au galop)
2. Ffeɣ ay ajṛad tamurt-iw (L’armée de sauterelles)
3. At yetran (Les galonnés)
4. Qqurent tregwa (Les rigoles de mes yeux)
5. Ay izri yesrindimen (A chaudes larmes)
6. Armi glalzeɣ i faqeɣ (Ebranlé)

1998 : Lettre ouverte aux… (vol.1: Tabratt i lḥekam, vol.2: I luḥqed zhir)
Volume 1
1. Ayen ayen (Ma vie d’abîme)
2. A tamɣart (Sa perdition)
3. Ifut lawan (L’ogresse de ma vie)
4. Nezga (L’amour fou)
5. Tabratt i lḥekam (Lettre ouverte aux…)

Volume 2
1. Ur sḥissif ara (Le col du salut)
2. Iluḥq-ed zzhir (A nos portes, la mort !)
3. Ddu d webrid-ik a l’ḥif (Salubre misère)
4. Yehwa-yam (Libre et femme)
5. Beddeɣ di tizi (Le gâchis)
6. Sers iman-ik (Narcisse noyé)

Bibliographie

* Lounès Matoub (en collaboration avec Véronique Taveau), Rebelle, Editions Stock, 1995, (ISBN
2234044405)
* Malika Matoub, Matoub Lounès, mon frère, Editions Albin Michel, 2000, (ISBN 2226108327)
* Nadia Matoub, Pour l’amour d’un rebelle, Editions Robert Laffont, 2000, (ISBN 222109185X)
* Lounès Matoub (présentation et traduction de Yalla Seddiki), Mon nom est combat, Editions La
Découverte, 2003 (ISBN 2-7071-4093-7)
* Abderrahmane Lounès, Le barde flingué, Editions Publisud, 2006, (ISBN 2866009975)
* Abderrahmane Lounès, Le testament, Editions Publisud, 2006, (ISBN 2866009983)

Source : fr.wikipedia.org/…/kipedia.org/wiki/Matoub_Loun%C3%A8s

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