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entretien avec l’écrivain Djamal Arezki sur le receuil de nouvelle en tamazight Akal d wawal

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2012

“Passer à l’ecriture pour preserver la langue”

entretien avec l'écrivain Djamal Arezki sur le receuil de nouvelle en tamazight Akal d wawal dans tamazight(65)

Djamal Arezki, écrivain d’expression amazighe, vient d’éditer aux éditions Tira un recueil de nouvelles intitulé Akal d wawal (Terre et parole) qui est une production de pas moins de onze nouvelles en tamazight. Pour Djamal Arezki, le passage à l’écriture est un moyen de préserver et de garder une empreinte de sa propre culture.

La Dépêche de Kabylie : Parlez-nous un peu de vous ?

Djamal Arezki : je suis né à Tazmalt en 1966, enseignant de tamazight et inspecteur de français à Bouira depuis 1998. Je suis titulaire d’un Master 2 en sciences de l’éducation et d’une maîtrise en lettres modernes que j’ai obtenus à l’université Paris 8. En plus de Akal d wawal, j’ai également publié Contes et légendes de Kabylie, chez Flies France, à Paris en 2010.

Votre livre s’intitule Akal d wawal (Terre et parole). Qu’évoque ce titre?

Et bien comme son nom l’indique, c’est l’enracinement de la parole dans un terreau qui est le nôtre, celui d’Imazighen. Tamazight est une civilisation de parole. La parole est le pouvoir dans notre société. On dit en kabyle: Bu yiles, medden akk ines! Celui qui a la parole a le pouvoir, a de l’influence. C’est dans ce contexte que j’ai rédigé ce recueil de nouvelles où j’ai repris la sagesse d’antan, les belles paroles, les jeux de mots, les histoires anciennes en les contextualisant, en les «habillant», en les rendant vivantes avec des personnages de ma création, tout en gardant le fond, parfois sa moralité.

Lors de votre conférence à Aokas, vous avez évoqué le passage de la culture de l’oralité à celle de l’écriture pour sauver notre patrimoine intellectuel et culturel. Pensez-vous qu’il est vraiment possible, à l’heure où le lectorat est en déperdition ?

D’abord je remercie l’association Rahmani Slimane qui m’a donné l’occasion de rencontrer des lecteurs, des amis, de pouvoir m’exprimer. D’ailleurs, je la félicite pour l’excellent travail qu’elle entreprend. Ensuite, pour répondre à votre question, je dirai que le passage à l’écriture est inévitable si on veut sauvegarder encore ce qui reste de notre culture, guettée malheureusement par la disparition si on n’agit pas. Un long travail de sauvegarde et de transcription est nécessaire, voire vital. Je crois fermement qu’on pourra, non seulement, sauvegarder notre patrimoine culturel mais le développer aussi par des créations nouvelles : romans, nouvelles, théâtre…par de la recherche. Taqbaylit se trouve partout : dans les champs, dans les villages, dans les comportements de tous les jours, dans la façon de penser et d’agir, etc.

Quel rôle joue l’école pour la promotion de la langue Amazighe?

L’école est une arme à double tranchant. Par le passé récent, elle a joué un rôle des plus néfastes dans le reniement de la langue et de la culture amazighes. Aujourd’hui, qu’elle prend en charge de façon parcellaire, incomplète et facultative cette langue, elle pourra la promouvoir si certaines conditions sont réunies. Je crois que ce n’est pas encore le cas aujourd’hui. Beaucoup de choses restent à faire à commencer par l’abrogation du caractère facultatif de son enseignement, un des principaux obstacles à sa généralisation et à sa prise en charge sérieuse. L’école est, par définition, un instrument entre les mains de l’idéologie officielle, son prolongement, je dirai. Et l’idéologie officielle inclut, dans sa vision, juste du bout des lèvres, la culture et l’identité amazighes du peuple algérien…

Akal d wawal est édité en langue amazighe. Pensez-vous qu’une littérature d’expression amazighe a encore sa place en Algérie ?

Bien évidemment, sinon je ne l’aurais probablement pas écrit ! Non seulement elle a sa place mais nous devons la développer, il y va de notre devoir, de notre identité aussi. Si on ne le fait pas nous-mêmes, je ne crois pas qu’il puisse y avoir quelqu’un pour le faire à notre place. Comme quoi, on n’est mieux servi que par soi-même.

Quel regard portez-vous sur la littérature d’expression amazighe ?

Ces dix dernières années ont vu un élan formidable en matière de production et de création littéraires. Ce n’est pas négligeable pour une langue frappée d’ostracisme officiel durant des millénaires. Des langues et des cultures prestigieuses contemporaines de Tamazight ont complètement disparu. Je crois qu’il convient de relativiser «la chose». En dépit de l’absence de la qualité de la production escomptée, la littérature d’expression renait de ses cendres au grand dam de ses détracteurs (et ils sont nombreux malheureusement). Editer une centaine de romans, de nouvelles, des pièces de théâtres, des traductions tous azimuts ne peut être qu’encourageant.

Quels sont les problèmes que rencontre le monde de l’édition en langue amazighe ?

L’édition, la distribution et l’absence d’une véritable politique du livre (pas seulement Amazigh, je suppose) sont des freins, des obstacles à sa promotion. En outre, la lecture tout comme l’écriture, est une activité sociale qui n’a pas sa place chez nous. Très peu de gens lisent. L’école n’a pas su ni pu installer cette culture du livre. Il est vrai qu’elle est fortement concurrencée par l’image certes mais la lecture est irremplaçable, comme l’a si bien confirmé Mouloud Feraoun : «Le seul moyen d’être et de devenir cultivé est la lecture». L’histoire lui donne raison. On ne pourra jamais faire l’économie du livre.

Comment est née votre passion de l’écriture ?

En évoquant Feraoun justement, c’était l’un des tous premiers auteurs que j’avais lus. Son écriture, son style, les sujets qu’il aborde m’ont grandement aidé à aimer la lecture. Par la suite, ma curiosité m’a poussé à lire autre chose, à diversifier ma lecture. Enfant, je ne comprenais pas tout ce que je lisais. Mais avec le temps, j’ai acquis la bonne habitude de lire. Ensuite, j’ai eu la chance d’évoluer dans un milieu favorable. J’ai eu des amis qui avaient des livres et qui lisaient beaucoup aussi. D’ailleurs nous sommes toujours restés en contact et nous échangeons toujours des livres. Nous avons créé une sorte de réseau où circulait toute sorte de livres (du moins ceux qui étaient disponibles), y compris ceux écrits clandestinement en tamazight. L’interdit, loin de nous dissuader, était un vrai tremplin. Quel plaisir de lire un livre interdit ! C’était à cette époque-là que je commençais à rédiger des histoires, des contes, à transcrire des poèmes anciens… que je garde toujours. J’ai pu recueillir un important corpus de poèmes inédits.

Que vous inspire le mot Tira (écriture) ?

Tira, l’écriture avant d’être une passion, est d’abord un moyen d’expression privilégié. Je crois qu’il n’existe nulle part une civilisation sans écriture. L’écriture c’est aussi une façon de réfléchir à tête reposée, un moyen de création, de conservation et de transmission des idées. En littérature, elle permet de rêver, de donner libre cours à son imaginaire, à son génie créateur…L’écriture, tout comme le reste s’apprend par la pratique surtout et se développe.

Quels sont vos projets futurs ?

Je viens de finir, en collaboration avec mon ami Bellil Yahia, un livre sur un poète résistant du XIXème siècle, en l’occurrence Mohand Saïd Amlikech des At Sidi Ali Ou Abdellah, du village d’Iaggachen, à At Mlikech (Béjaïa). Pour son bicentenaire (il était né en 1812, mort en 1877), l’association culturelle qui porte son nom lui organise un festival culturel qui aura lieu conjointement à Tazmalt, Boudjellil et At Mlikech, du 01 au 04 juillet 2012. J’ai aussi un autre recueil de nouvelles en Kabyle que j’ai intitulé Inig aquccah (un voyage inachevé) qui paraîtra bientôt j’espère, un essai, en français, sur Taos Amrouche et des traductions du français au kabyle dont certains extraits ont déjà paru dans diverses revues, notamment dans ayamun.com consultable en ligne.

Un mot à vos lectrices et lecteurs ?

J’espère qu’ils trouveront bien du plaisir à me lire. Un auteur n’existe que par ses lecteurs. J’attends leurs échos qui me permettront d’aller toujours de l’avant, d’affiner davantage mon style d’écriture.

Entretien réalisé par Reda Senoune

source: dépêche de kabylie

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Interview de Murad Zimu sur le recueil de nouvelles en tamazight « Ameddakel »

Posté par algeriedemocratie le 15 août 2011

Interview de Murad Zimu sur le recueil de nouvelles en tamazight

La littérature kabyle écrite peut aujourd’hui s’enorgueillir de posséder une nouvelle génération de jeunes auteurs qui semblent de plus en plus conscients de la nécessité de la faire sortir de ses thématiques et des formes traditionnelles qui, à force de répétition, risquent de devenir obsolètes.

Le danger guette toujours les littératures qui ne se renouvellent pas… Dans cette génération d’auteurs, on peut citer Brahim Tazaghart, Kamal Bouamara, Ramdane Abdenbi, Djamal Arezki, Saïd Chemakh et Mourad Zimu. Auteur d’un premier recueil de nouvelles (Tikli Le cheminement) édité par le HCA, revoici Zimu qui récidive en publiant Ameddakel, un deuxième recueil édité aux Editions Tira (Bougie), composé de dix textes : Amedah, akarni azeggagh, Zwina, Ameddakel, Litidyu… Le thème de la camaraderie les traverse tous, d’où le titre du recueil. Amerdakh met en scène une esthétique typique de la nouvelle : celle de la surprise. Bien que le début du récit traîne un peu par certaines lourdeurs, l’auteur réussit brillamment la suite du récit. Qasi, le personnage central, est tombé dans une affaire dont il ne saisit apparemment pas les contours : à la veille de son départ en Algérie, ce kabyle de Paris, qui vient d’obtenir ses papiers, reçoit la visite de policiers qui l’accusent d’avoir participé à un kidnapping. Le nœud de l’histoire est ingénieusement dissimulé : le nouvelliste prend le pari d’entraîner son lecteur jusqu’au bout du récit avant de le lui révéler. Pari réussi ! Racontée par un narrateur témoin, la nouvelle Akarni azeggagh (Le carnet rouge) traite de la violence des « années noires ». Le lecteur retiendra inéluctablement cette expression véhiculée par le titre (Akaṛni azeggagh), qui traduit à elle seule le drame d’un citoyen et celui de tout un peuple, pris en otage : Un chauffeur de camion (un routier) traverse chaque nuit un barrage de militaires. Ces derniers le contraignent à choisir : soit il attend le lever du jour, soit il franchit le barrage et prend ainsi ses responsabilités en cas d’attaque. Le narrateur fait vivre au lecteur d’intenses moments de peur, traversés par des lueurs d’espoir de délivrance. Nous laisserons le lecteur découvrir par lui-même le mystère du carnet rouge. La nouvelle Zwina est écrite sur la trame de deux destins féminins : l’une n’arrive pas à tomber enceinte, l’autre, une attardée mentale n’arrive pas à trouver sa place dans la société, mais l’une trouve chez l’autre un peu de réconfort : Zwina trouve dans les petits moments fugaces qu’elle passe auprès de sa voisine une bouffée d’oxygène. De même pour Saɛdia qui subit la fureur de son époux frustré de ne pas avoir d’enfants. Les deux figures représentent la condition fragile de la femme. Fragile, car sa liberté et son bonheur dépendent de ceux de son partenaire (le cas de Sadia). Dans le cas de Zwina, sa différence (elle est attardée mentale) lui impose de rester cloîtrée à la maison, au lieu de suivre sa scolarité comme les filles de son âge. Courts et incisifs, les quatre derniers récits mettent en scène, dans un style plein de dérision, à la manière de Mohia, la figure de l’étudiant, foncièrement en décalage avec sa société… Zimu est visiblement marqué par cette figure. Ainsi, dans Ameddakel, le narrateur raconte l’histoire d’une amitié entre deux étudiants que tout rassemble, de leur condition foncièrement précaire jusqu’à l’amour d’une même étudiante. La fin du récit ne manquera pas d’émouvoir le lecteur… La nouvelle est un genre littéraire très difficile : l’écrivain est contraint de s’en tenir au principe de la concision, de condenser sa matière littéraire et de créer de l’effet sur son lecteur. Les nouvelles de Zimu ne laissent pas indifférent le lecteur, c’est l’un de leurs nombreux mérites. La langue utilisée dans le recueil est d’une grande clarté. Si le caractère expérimental de la littérature kabyle écrite est, pour l’instant, très évident, elle connaîtra un grand essor grâce à des écrits comme Ameddakel, a fortiori lorsqu’une tradition de lecture sera bien installée.

Amar Ameziane

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Le printemps Noir de Zimu, une vision réaliste

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

J’ai préféré mettre sous forme d’article, cette réaction à l’article sur Zimu. Il aurait été dommage de ne pas mettre en avant cette analyse pertinente. Je n’ai malheureusement pas pu prévenir l’auteur qui n’a pas jugé bon de mettre une boite mail valable.
Marie

Permettez-moi de tenter une lecture critique de la chanson de Zimu.

Au préalable, je crois qu’il convient de pointer du doigt quelques fausses évidences relevées à la lecture de certains commentaires.

Premièrement, certains intervenants dressent des murs trop hauts entre les adaptations et les créations littéraires (pures si pureté existe en littérature). La chanson de Zimu Tafsut taberkant, est considérée comme une adaptation d’une chanson de Renaud (Les charognards), d’abord par l’auteur par soucis d’honnêteté intellectuelle, comme il l’avoue lui-même dans une émission télévisée, ensuite pour réduire de sa qualité et de sa « pureté » par opposition aux créations littéraires pures, comme le fait remarquer l’auteur de l’article le journaliste Akli Halim  et certains intervenants. Malheureusement cette attitude de ne pas considérer les adaptations comme d’authentiques créations littéraires n’a aucun fondement objectif en littérature. En effet, La littérature est un domaine immense, aucune œuvre n’est unique. On ne devient pas poète sans lire la poésie ni écrivain sans lire des romans. De par là même, toute œuvre est une création. Donnons un exemple dans la chanson kabyle essayez d’énumérer le nombre de chansons portant sur la thématique de « Lemri » [1] (les plus connus : Cherif Kheddam, Zeddek Mouloud…) sans compter l’allusion à cette thématique dans des dizaines d’autres chansons. Un thème traité bien des fois dans la chanson mais chaque texte est porteur de subtilité. Heureusement d’ailleurs pour nous, sinon, la production en littérature serait limitée dans le temps et s’épuiserait depuis des siècles parce que tout a été dit comme on le dit chez nous.

Deuxièmement, je vous invite aussi à écarter tout doute sur l’originalité de la chanson de Zimu en vous rappelant la chanson originelle de Renaud. Renaud dans sa chanson les charognards raconte l’histoire d’un jeune homme « né à Sarcelles et qui crève aux Champs Élysées » dans un « braquage foiré ». Touché par balles, le jeune braqueur gisant sur le sol dans une marre de sang, nous rapporte (par la voix de Renaud qui s’est mis dans sa peau) les réactions xénophobes et méchants des commerçants et de certains passants, mais, (la tendresse de la chanson et sa chute) le jeune tué a aussi distingué l’humanité de cette jeune fille, qui ne le connait pas pourtant, mais, qui le pleure de toute ses forces quoi qu’il ait fait parce que « c’est un être humain avant tout… » et que devant la mort il n’y a jamais de victoire même pour celui qui a tué.

Troisièmement, il est tout à fait honorable pour Zimu, dont je n’ai pas aimé quelques passages de sa réponse diffusée sur Internet même si très pertinents et très bien fournis, de voir sa chanson alimenter un débat contradictoire. Le journaliste de l’article Halim Akli, est d’ailleurs en complète contradiction avec lui-même en avançant au début de sa critique son point de vue subjectif sur les talents de Zimu. Zimu devrait se réjouir aussi de voir une chanson à lui, mériter un dépiautage alors que des albums entiers de nos grands artistes passent inaperçus mis à part quelques papiers dans les journaux destinés aux acheteurs pour faire vendre le plus grand nombre de CD. En citant Aït Menguellet à la fin de sa réponse, Zimu, aurait aussi bien fait de citer le dernier passage de Lounis dans la chanson (Aqbayli). Cette chanson est une autocritique pertinente de notre société mais à la fin Aït Manguellet, redoutant sûrement les critiques comme celles que reçoit Zimu aujourd’hui, a pris de court les auditeurs en devinant leurs dires : (Atas ara s-yinin, leflani la r-yessefcal… Beaucoup diront sans doute, que Lounis nous « démoralise, démotive…etc.) et c’est exactement le cœur du sujet de l’article de Halim Akli qui reproche à Zimu de chanter (l’inutilité de la lutte) mais la chanson de Zimu, comme j’essaierai de vous le démontrer est loin de scander l’inutilité de la lutte.

Zimu, dans les quatre premiers couplets de sa chanson nous donne une description remarquable de la « mise à mort » d’un jeune. Ces couplets captivant mettent l’auditeur directement dans le bain du sujet. Avec le choix d’un lexique courant et une interprétation émotionnelle (j’écoute la version envoyée sur Dailymotion, qui est, à mon avis nettement meilleure), Zimu a su remarquablement dresser le décor de sa chanson.

Dans le cinquième couplet Zimu introduit un crochet à partir du premier vers pour pointer le désappointement du jeune assassiné en se voyant s’octroyer un mérite et des fleurs sur sa tombe alors que « personne ne parlait de lui lorsqu’il épuisait ses jours au village » « maintenant que son corps est pourri trois mètres sous terre on le couvre de gerbes de fleurs » [Même le premier ministre Ahmed Ouyahia qui a eu droit à un slogan durant les manifestations du printemps Noir (Ouyahia axabit (le traître)) a eu l’honneur de déposer une gerbe de fleur sur la tombe de Massinissa le premier jeune à tomber sous les balles des gendarmes]. Pour vous dire la grande déception de toute une génération de révoltés.

Le sixième couplet est dédié aux manipulateurs qui ont tout fait par leurs discours pour que des jeunes tombent encore et encore après des mois de l’assassinat du premier jeune kabyle.

Le septième couplet a porté sur nos politiciens symbolisés par « Said d Lhusin » qui « se chamaillent, toujours sur la tombe du jeune assassiné ». Là, Halim Akli, prend à son compte une interprétation subjective de ce vers en parlant de « récupération de la mort des jeunes » alors que Zimu, à mon avis, oppose la bassesse des chamailleries des deux partis devant la tragique mort de jeunes kabyles, l’heure est grave lorsqu’il y a mort d’hommes. La tragédie aurait dû peut être unir les rangs des Kabyles dispersés par le multipartisme. Toujours dans même couplet et le neuvième sont dédiés aussi à ceux qui la tragédie a profité. Ceux qui ont produit des albums, ceux qui sont bénéficiaires des locaux de Bouteflika (les fameux locaux des genêts, nommés ironiquement par les citoyens au début du chantier ‘‘la plateforme n leksar’’), les voyous avec la multiplication des agressions, il est devenu d’ailleurs impossible de se garer gratuitement surtout à Tizi-Ouzou sans voir une bande de jeunes vous réclamer de l’argent, ceux qui ont essayé de refuser ont été tabassé ou assassinés (1 ou 2 cas) et le mouvement citoyen n’a rien fait pour arrêter cette anarchie pendant qu’il était mobilisateur.

Le huitième couplet porté sur le mouvement citoyen (les ârouch) éclatés : un groupe allié aux partis politiques, nous rappelant bien du groupe mené par Bouceta qui a appelé à voter RCD en 2004). Il y avait aussi les archs qui parlaient d’une plate forme scellée et non négociable mais qui sont finalement allés négocier. Il y a aussi ces archs « virtuel » dont parle Zimu celui des « gamins » sincères mais naïfs parce qu’il « rêvent » de changer la situation en « jetant des pierres ». Enfin, Zimu parle aussi de ces archs d’ulac smah ulac qui ont finalement pardonné [en invitant exemple Ouyahia à déposer une gerbe de fleur sur la tombe de Massinissa] n’est ce pas là un signe on ne peut plus clair de tourner la page !?

Dans le dixième couplet et le début du onzième, le jeune assassiné, pour lequel Zimu prête sa voix dans cette chanson, parle à ses amis impliqué dans le mouvement il les voit rêvant toujours d’un printemps meilleur et leur donne son point de vue maintenant qu’il est mort car il regrette d’avoir franchi la porte de chez lui le jour où il a été assassiné.

« Maintenant, je le sais, Je le sais mais c’est hélas trop tard, Ma mort, qu’a-t-elle apporté de plus à la plateforme d’El ksar ? Si c’est pour tamazight que je suis mort elle a seulement besoin qu’on l’écrive et qu’on la parle » (voir sur ce point après la traduction). « Si je suis mort pour que tombe l’injustice C’est mon frère qui est à son origine » (Ahmed Ouyahia est Kabyle non ? … sans citer d’autres). « Si je suis mort pour l’Algérie Pourquoi la mort n’a emporté que des Kabyles ? » (Là le sens mérite un autre article à mon avis).

A propos de tamazight : je suis étonné de voir Halim Akli parler de l’enseigner en interprétant les vers des cinquième, sixième et du onzième couplets, n’oubliez pas que Zimu, selon sa biographie sur son site a fait des études en langue amazigh et qu’il est auteur d’un recueil de nouvelles en kabyle qu’on ne trouve plus sur le marché apparemment. Zimu donc, soutient un avis sérieusement défendable en sociolinguistique selon lequel une langue vivante est celle qui se parle (point-barre). Par ailleurs, Zimu, n’affirme pas que l’enseignement suffise à l’émancipation de tamazight. Dans l’émission de BRTV, il a parlé de consommer la langue dans toute sa dimension culturelle et identitaire et c’est une position claire et positive. Permettez-moi de vous rappeler cette anecdote attribuée à Mohand Ouhyahia ou M. Mammeri selon laquelle un jeune kabyle aurait dit qu’il était prêt à mourir pour tamazight mais pour qui Mammeri ou Mohand Ouyahia aurait répondu « tamazight a besoin de toi vivant ! ».

Le douzième et dernier couplet, Zimu, dans une prise de parole poétique, fait parler le jeune homme assassiné en dressant le constat d’une tragédie terminée (ass-agi tekfa tedyant). Les Kabyles sont redevenus comme avant. La tragédie est éteinte elle n’est maintenant qu’un souvenir communément appelée « Un printemps (seulement) Noir », mais cependant, la mère du jeune assassiné est toujours en pleurs elle n’arrive pas à l’oublier et son père a finalement accepté de l’argent pour se taire (allusion faite à l’indemnisation proposée par le gouvernement algérien refusée au début puis acceptée par tous les parents des victimes du printemps Noir (là on eu droit à 2 versions je vous ai parlé de celle de dailymotion mais celle sortie dans le CD en vente maintient le refus du père de toucher l’indemnisation proposée par le gouvernement).

Voilà chers lecteurs. Vous verrez bien que l’originalité de Zimu et son courage sont d’essayer de relater une tragédie non pas en glorifiant d’inutilité de la lutte mais on interpellant notre classe politique et nos élites à beaucoup plus de responsabilités et à réfléchir sur d’autres moyens plus efficaces pour venir au bout des obstacles. Halim Akli, demande à Zimu indirectement d’être patriotique et militant ou de faire dans les discours mobilisateurs alors que le militantisme maintenant est d’être conscient et la conscience vient de la vérité mais la vérité, dans un monde de mensonge de faux militantisme, il faut la voir et la montrer et c’est ce que fait Zimu à travers cette chanson. Ttif tidett yessefrahen lekdeb yessefrahen. Quoi que l’on dise d’aucun aujourd’hui ne peut affirmer que les remarques de Zimu dans cette chanson sont erronées. Cet artiste, parce que notre chanteur mérite largement cette qualité, est d’ailleurs très dégourdi dans ce genre d’entreprise. Je vous invite d’ailleurs à voir la portée de ces chansons « Aghennay Ouzekka » ou bien « yyad ma a teddudh ». Le dernier album de Zeddek Mouloud mérite une très grande attention je vous invite, puisque ce site semble intéressé par ce genre de critique à décortiquer la chanson phare de l’album « lihala n tmurt ». Merci d’avoir pris le temps de me lire.

K. Said

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« Tafsut taberkant », Zimu et la pax romana

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

Zimu est un bon interprète, personne n’en disconvient, mais pour le moment, il est plus imitateur qui abuse des reprises et des adaptations qui, souvent, sont carrément des traductions, qu’un artiste accompli.

Dans son dernier album, « Apipri kan », non seulement la création est quasi absente puisque la quasi majorité des chansons sont des reprises ou des « adaptations » de Renaud, de Brassens, de Moustaki… mais au-delà, il cite nommément et pratiquement dans chaque couplet soit Renaud lui-même, mais souvent aussi son autre idole, Si Moh.

Tout cela fait que ça donne un air de déjà vu d’une part. De l’autre part, reprendre des oeuvres magistrales certes mais avec excès et citer dans chaque couplet les noms des illustres auteurs et néanmoins idoles de Zimu, voilà de quoi mettre trop de salive dans une gastronomie des plus savoureuses !

Concernant le titre « Tafsut taberkant » (Printemps noir), sur un air de « Les charognards » de Renaud, encore lui, très saisissante dans son entame, s’est décliné dans un conformisme béat dans sa chute finale puisque se mettre à l’air du temps qui court, c’est chanter la passivité, la démobilisation et l’inutilité de la lutte. Aborder le printemps Noir de ce côté néfaste propre à tous les mouvements insurrectionnels, c’est soit, être réduit point de vue politique, soit complice d’une campagne conçue pour diaboliser tout ce qui représente un synonyme de lutte et de revendication de nos droits les plus élémentaires. Dans cette chanson, il est question de regret d’avoir pris part aux manifestations puisque certains, sans scrupules, en ont profité. Il y est également question d’accabler « Lhocine d Saïd » qui, selon Zimu et la nouvelle science diffuse en vogue, se seraient chamaillés pour récupérer le combat. Ainsi, si Aït-Ahmed et son parti ont dès le début pris position contre le mouvement citoyen dans sa tout première mouture en l’accusant de  » produit des moukhabarates » (services secrets), sachant qu’avant que le délégué de la cité « Les Genêts » de la ville de Tizi-Ouzou et consorts ne le squattent, le mouvement citoyen n’était qu’un cadre spontané et limité dans le temps et qui ne refermait en son sein que des notables des villages et des quartiers de Kabylie, souvent illettrés et ne nourrissant guère d’ambitions politiques, désignés « démocratiquement » par les assemblées des villages exclusivement masculines, et ceci, des années avant avril 2001. rien donc, du côté de ses structures traditionnelles n’a été prémédité.

A l’origine, ce mouvement ne s’était assigné comme objectif que le fait d’appeler et d’amener les jeunes et les manifestants à arrêter de s’exposer aux tirs assassins des gendarmes décidés à commettre un véritable génocide sous l’égide du chef de l’Etat et chef suprême des armées, Bouteflika. Mettre un terme à la tuerie de nos jeunes, voilà l’unique raison de la réaction commune des comités de villages, que sont les tijemmuyaâ. En revanche, Saïd Sadi et son parti s’était positionné dès le début « au côté du mouvement citoyen, sans nourrir de velléité de le récupérer, le parti a le devoir d’accompagne un mouvement sociale de cette ampleur » (dixit le RCD). A ce titre, le président du RCD avait même pris part à la marche du 14 juin 2001 et beaucoup de blessés de la marée humaine de ce jour là avaient trouvé refuge dans l’enceinte même du siège du RCD sis à Didouche Mourad (ex rue Michelet). La communication qui laisse à désirer au niveau de ce parti avait été à l’origine de la confusion qui entourait ses motivations réelles. Les dissensions partisanes, quant à elles, au sein du mouvement citoyen n’ont vu le jour qu’après que le FFS ait décidé d’intégrer le mouvement qu’il avait qualifié, à son apparition, de « moukhabarates », ceci d’une part. De l’autre part, ces divisions ont été exacerbées à partir du moment où quelques représentants commençaient à être mis en avant médiatiquement par rapport aux autres, piétinant ainsi le principe de l’horizontalité de la structure ; ce qui s’avérera prémédité dès le début 2003, c’est-à-dire, à quelques semaines du fameux simulacre de dialogue avec le chef du gouvernement Ahmed Ouyehia qui fut ministre de la justice dans le gouvernement qui avait tiré sur les 126 kabyles assassinés en 2001 ; un dialogue dont les contours auraient été, selon certaines indiscrétions, dessinés en prison, ce qui, en cas de preuves palpables, jetterait le doute et le discrédit jusqu’à l’arrestation puis l’emprisonnement de ces « délégués » qui, en 3 mois, sortent de prison avec de bonnes mines après près de 50 jours de grève de la faim !!! et de bonnes intentions vis-à-vis de ce qu’ils ont appelés, quelques mois avant, « le pouvoir assassin ». Ces têtes étrangement surmédiatisées iront jusqu’à recourir à la délinquance locale pour suppléer toute autre autorité en Kabylie, notamment dans les grands centres urbains comme Tizi-Ouzou ou Béjaïa, sous l’œil vigilant et « amusé » des services de sécurités dont certaines indiscrétions avaient rapporté et confirmé l’ordre reçu « d’Alger » de rester passif devant l’insécurité qui prenait chaque jour un peu plus possession de la rue kabyle. « Le pourrissement sera entretenu jusqu’à ce que la population en aura marre et réclamera elle-même l’intervention de l’Etat et le retour de la gendarmerie » auraient confié certains policiers de proximité qui sont issus de la population locale. Ceci pour l’histoire.

Dans tous les cas de figure, cette vision réductrice et complètement illogique produite à dessein, par le pouvoir certainement, vise à maintenir dans l’immobilisme les deux partis les plus influents en Kabylie et, partant, marginaliser tout autre cadre de mobilisation citoyenne et politique, ce qui ôtera à cette région ses repères qui ont, jusque là, peu ou proue, maintenu la Kabylie hors d’influence de l’islamisme et du pouvoir. En effet, cette vision de Zimu vient conforter cette attitude stérilisante qui consiste à dire que les partis politiques et l’attitude militante qui a jusque là fait de la Kabylie ce qu’elle est, sont, ou coupables d’absence et de non soutien à une population en révolte dans le cas où ces parties, par respects au mouvement et par soucis de ne pas entamer sa cohésion, décidaient de se mettre à distance et ne pas intervenir. Ou alors, ces mêmes entités politiques seraient accusées en revanche de tentative de récupération s’ils intervenaient, ce qui est, du reste, le rôle naturel de tout parti politique ! En fait, la classe politique est mise en demeure de rester figée, indécise, passive pour ne pas être accusée de ceci ou de cela, ce qui est inévitable dans l’esprit zimuiste !

Quand le jeune Zimu dit « Tamazight n’a besoin que d’être enseignée... », une idée sans contenu mais qui peut très bien séduire en ces temps de « fatigue sociale », insinuant par là que la lutte et la mobilisation porteuse de risques de révolte avec son corollaire qu’est la violence est inutile, voire stupide, la balourdise aura atteint son paroxysme car, pour être enseignée et reconnue, tamazight a plus que jamais besoin de notre union, de notre mobilisation de notre lutte car, monsieur Zimu, vous feignez d’oublier qu’en face de vous, le système n’est pas prêt pour vous servir des cadeaux juste pour les beaux yeux de Khalida, Benyounès ou Ould Euro. Pire, le régime algérien tente toujours de corrompre afin de bien mener à terme son fantasme de toujours qui est celui de faire disparaître un jour toute trace de notre culture, de notre langue et de notre identité et de faire de l’Algérie ainsi débarrassée de sa « vermine amazigh/kabyle », un pays totalement arabisé ; donc arabe. La nouvelle chaîne de télévision en tamazight que vient de lancer Bouteflika durant la dernière campagne électorale est criante à ce propos.

Je crois, pour ce qui me concerne qu’au lieu d’accabler l’opposition politique de tous les maux bien qu’elle soit loin d’être exempt de tout reproche, ce qui ne nous exonère point l’accabler quand il le faut et ce n’est pas les raisons qui manquent, mais jamais en place et lieu du pouvoir, véritable coupable de la situation gravissime que connaît la Kabylie où, pour reprendre Zimu « on vole même les vieilles dames« , donc au lieu d’aller dans cette voie régressive, totalement surréaliste et peu valorisante, nos artistes seraient mieux inspirés de reprendre le sens de l’histoire et de cesser de se prendre pour des donneurs de leçons et des moralisateurs de mauvais goût, car, Matoub et la génération des artistes militants des années 70 et 80 se seraient trompés de combat en choisissant celui qui mène soit aux geôles de la dictature, soit à l’exil ou à la mort au lieu de celui de certains chanteurs « des temps modernes » qui, ne pouvant assumer des choix difficiles, se mettent à louanger « la pax romana » en diluant dans des généralités le bourreau et la victime au motif de vouloir vivre en paix.

Ce ne sont pas nos révoltes, qui sont justes et qui n’ont rien à prouver, qui ont produit ce marasme mais le pouvoir qu’il faut combattre sans arrêt et sans perdre de vue nos nobles objectifs qui ont de tout temps, imprimé ce combat identitaire, démocratique et citoyen. La leçon à tiré du printemps 2001 c’est inéluctablement le fait que toute révolte non canalisée politiquement sombrera dans le chaos et l’anarchie et devient vulnérable au point où la délinquance peut se retrouver aux règnes de la contestation, ce qui est suffisant pour prédire une fin proche à ce genre d’action. Ensuite, il est plus que temps que les acteurs politiques, les artistes, le mouvement associatif et syndical, les femmes, les chômeurs, les travailleurs… mettent de côté leurs sentiments, leurs rancoeurs, leurs différents personnels, leurs frustrations et leur méprise pour se retrouver autour d’un texte qui énumérera les principaux points de convergences qui doivent imprimer dorénavant leurs actions, leurs réactions et leur mobilisation communes de telle sorte que chacun, en dehors de ce SNMG démocratique et républicain, peut jouir de sa totale indépendance pour se positionner individuellement sans pour autant que le texte unificateur ne soit remis en cause. Tout le reste, vraiment tout le reste n’est que mauvaise foi et tromperie et, dans le meilleur des cas, enfantillage politique. Zimu, une graine de star prometteuse qui mérite mieux que sa présente trajectoire idéologique.

Halim AKLI

source: kabyles.net

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Les droits linguistiques des berbérophones

Posté par algeriedemocratie le 19 janvier 2011

 Les droits linguistiques des berbérophones dans kabylie(60) algdrap

Algérie

 Les droits linguistiques des berbérophones

1 L’opposition des masses berbérophones

En plus des arabophones, l’Algérie comprend aussi quelque cinq millions de berbérophones, soit 14 % de la population. Les Berbères sont traditionnellement musulmans, mais ont toujours été réfractaires à l’arabisation. Depuis l’indépendance, l’Algérie a maintenu une politique d’occultation ou d’exclusion explicite du berbère (ou tamazight), alors que l’arabisation reste encore le fondement de la politique linguistique du pays, une arabisation qui tend à exclure toute autre langue

berberes-carte2 dans kabylie(60) Depuis 1989, toute une série d’actions de masse spectaculaires ont confirmé l’affirmation identitaire des Berbères d’Algérie: plusieurs grèves générales en Kabylie, des manifestations d’une grande ampleur à Tizi-Ouzou, Bougie et Alger, le boycott scolaire général de septembre 1994. Ainsi, la loi no 05-91 sur la généralisation de l’utilisation de la langue arabe a fait l’effet d’une bombe chez les Berbères d’Algérie, notamment les Kabyles et les Tamazights. En 1991, l’adoption de cette loi a fait descendre dans la rue des dizaines de milliers de Berbères pour la plus grande manifestation que la capitale ait jamais vue. Leurs mots d’ordre étaient: «Halte à l’intolérance» et «Non au racisme». En Algérie, comme au Maroc et en Tunisie, le pouvoir politique semble tout aussi incapable d’intégrer la dimension berbère dans l’arabité.

Depuis le début des années quatre-vingt-dix, des députés berbères ont même présenté régulièrement des projets de loi visant à faire reconnaître le berbère (en l’occurrence, le tamazight) comme langue nationale au même titre que l’arabe. Évidemment, ces projets de loi n’ont jamais eu une seule chance d’être adoptés, mais le geste demeure significatif. Beaucoup d’opposants au régime accusent le gouvernement de vouloir museler les Berbères en interdisant à leurs partis politiques d’employer les autres «langues du peuple algérien» (dont le berbère et le français). D’ailleurs, les chefs berbères sont convaincus que la loi sur l’arabisation a été conçue avant tout pour faire taire les Berbères et qu’elle n’a rien changé aux prérogatives du français. Les Berbères ont tout fait pour demander l’abrogation de la loi de 1991 sur l’arabisation, en vain. Pour eux, cette loi constitue une attaque contre la diversité culturelle algérienne et contre le droit des citoyens de s’exprimer dans la langue de leur choix et de la manière dont ils le souhaitent.

2 Le Haut-Commissariat à l’amazighité

L’année 1995 marqua cependant un certain assouplissement vis-à-vis de la langue berbère, même si l’arabisation demeurait le fondement de la politique linguistique. À la suite du boycott scolaire de 1994 massivement suivi en Kabylie, le gouvernement algérien engagea, en mars-avril 1995, des négociations avec certains leaders berbères. Un Haut-Commissariat à l’amazighité auprès de la présidence de la République fut créé par le décret du 28/05/1995. Ce nouvel organisme instauré par le «président de l’État», le 7 juin 1995, fut chargé notamment de prendre diverses initiatives et de formuler des propositions en matière d’enseignement du berbère.

On pourrait croire que par ce geste les autorités ont enfin admis la légitimité des demandes des berbérophones, particulièrement au sujet de l’enseignement de cette langue. Toutefois, il ne faut pas oublier que la création du Haut-Commissariat à l’amazighité découle d’une mesure strictement politico-administrative et non d’une reconnaissance de jure, de nature constitutionnelle ou législative. Elle demeure donc fragile et surtout révocable en tout temps.

Dès la rentrée scolaire de 1995, le Haut-Commissariat à l’amazighité avait pris plusieurs initiatives en faveur de l’enseignement du berbère, dont des stages de formation d’enseignants et des cours de berbère dans plusieurs lycées. Mais les autorités algériennes ont continué à ignorer le berbère et ont refusé de reconnaître cette langue comme l’une des langues nationales du pays avec enseignement généralisé dans les régions berbérophones. Dans les faits, l’arabe reste la seule langue officielle, mais le berbère pourra être introduit comme langue d’enseignement dans certains établissements secondaires (les lycées) du pays.

Selon les associations berbères, les activités du Haut-Commissariat à l’amazighité semblent avoir été très limitées, surtout depuis 1997, aussi bien au plan de la réhabilitation que de la promotion de l’amazighité. Certains considèrent que cette institution apparaît comme «une simple façade» destinée à apaiser les revendications berbères avec des «fausses promesses».

3 Les droits linguistiques réels des Berbères

Dans les faits, quels sont les droits linguistiques actuels des Berbères algériens? Il faut bien admettre que ces «droits» ne sont reconnus dans aucune loi et qu’il ne s’agit donc que de pratiques politico-administratives ou des tolérances destinées à calmer les Berbères devant la montée des islamistes. Par exemple, le 4 juillet 1976, l’Algérie a adopté la Déclaration universelle des droits des peuples. Le texte ne mentionne aucune langue en particulier, ni aucun peuple. Les articles 13, 19, 20 et 21 portent précisément sur la langue:

Article 13

Tout peuple a le droit de parler sa langue, de préserver, de développer sa culture, contribuant ainsi à l’enrichissement de la culture de l’humanité.

Article 19

Lorsqu’un peuple constitue une minorité au sein d’un État, il a droit au respect de son identité, de ses traditions, de sa langue et de son patrimoine culturel.

Article 20

Les membres de la minorité doivent jouir, sans discrimination, des mêmes droits que les autres ressortissants de l’État et participer avec eux à la vie publique, à égalité.

Article 21

L’exercice de ces droits doit se faire dans le respect des intérêts légitimes de la communauté prise dans son ensemble et ne saurait autoriser une atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité politique de l’État, dès lors que celui-ci se conduit conformément à tous les principes énoncés dans la présente Déclaration.

Une affiche trilingue (arabe, tamazight, français)
Source: Vermondo, Wikipedia

En lisant ces dispositions adoptées sous le régime de Boumédiène, n’importe quel individu normal pourrait croire que le texte fait sûrement référence aux Berbères et à la langue berbère, mais tel n’est pas le cas. Il s’agit là de beaux principes qui ne valent que pour la langue arabe classique. Le «peuple» dont il est question est celui qui parle l’arabe classique, non pas l’arabe algérien ni le berbère.  La «minorité» est ici un concept vide de sens, à moins qu’il ne s’applique qu’à la toute petite minorité arabophone parlant l’arabe classique. Les langues parlées par le «peuple algérien» sont ici complètement ignorées.

Cela étant dit, il demeure possible de communiquer en berbère avec l’administration dans les zones berbérophones, lorsque le fonctionnaire algérien connaît la langue, c’est-à-dire quand il est lui-même berbère. Il est aussi toléré que certaines affiches soient rédigées en tamazight avec l’écriture tifinaghe en plus de l’arabe et du français, notamment dans les wilayas et les établissements d’enseignement, comme l’Université de Tizi-Ouzou.

3.1 Progression de l’enseignement du berbère

L’existence légale d’associations culturelles berbères n’est devenue réalité qu’à la fin de 1988 et au début de 1989, dans la foulée des changements politico-juridiques d’octobre 1988. Depuis, ces associations se sont multipliées et il en existerait aujourd’hui quelques centaines. La plupart d’entre elles ont un caractère strictement local et se consacrent à la promotion d’un élément du patrimoine d’un village ou d’une petite région: poètes, chanteurs nationalistes, sites archéologiques, traditions artisanales particulières, organisation de festivals, de galas, de concerts, de conférences, etc. D’autres associations sont scolaires, pédagogiques et parfois scientifiques: elles essaient généralement d’intervenir dans le domaine de l’édition, de l’enseignement de la langue berbère et de l’organisation de colloques.

D’ailleurs, c’est uniquement grâce à ces associations qu’il y a eu un investissement régulier dans l’enseignement de la langue berbère en Algérie, notamment au moyen de cours d’alphabétisation en berbère. Évidemment, l’enseignement officiel du berbère dans les écoles demeure encore interdit, bien qu’en 1991 un Département de langue et de culture tamazighe (berbère) ait été créé à l’université de Tizi-Ouzou.

3.2 L’absence de prise de position des partis politiques

Il faut reconnaître que les leaders berbères sont en partie responsables de cette situation si anémique de leur langue, le tamazight. Alors qu’ils peuvent compter sur une région, la Kabylie, fortement et durablement mobilisée pour la reconnaissance de sa langue, il n’existe pas vraiment de parti politique berbère formé autour de cette revendication linguistique. Les partis politiques existants, les partis dits «kabyles» comme le Parti de la Révolution socialiste (PRS), le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ou le Front des forces socialistes (FFS), s’en sont parfois fait l’écho, mais ils ont toujours refusé d’en faire l’axe principal de leur action politique. Le seul parti d’opposition à se manifester formellement à propos de la langue berbère fut le PRS, qui critiquait sévèrement le pouvoir algérien qui reste silencieux sur la question berbère dans les textes de la Charte nationale de 1976.

Sur la question berbère, la Charte ne dit pas un mot. Voilà donc un texte qui se présente comme national et qui évacue complètement un problème auquel sont sensibles des millions d’Algériens. [...] Or, la langue berbère existe. C’est la langue maternelle d’une partie des Algériens. Elle doit être reconnue, préservée et développée comme partie intégrante de notre patrimoine national. Son enrichissement, son passage à la forme écrite, son enseignement, sa diffusion doivent être garantis.

Mais le PRS allait éclater lors du «printemps berbère» de 1980. L’un des derniers nés de ces organisations, le RCD fondé en 1989, s’affirme avant tout comme une formation «démocrate et républicaine», «algérienne», non pas comme un «parti berbère» et insiste que son implantation est «nationale». Pourtant, le RCD demeure un parti laïc, anti-islamique et berbériste. Mais tous les partis politiques de l’Opposition craignent de «s’enfermer dans le ghetto kabyle». Autrement dit, la langue n’est pas vraiment devenue un instrument de combat politique pour les Berbères. Dans la «Plate-forme San Egidio» signée à Rome, le 13 janvier 1995, par un ensemble de partis politiques d’opposition, on peut lire ce qui suit:

Les éléments constitutifs de la personnalité algérienne sont l’islam, l’arabité et l’amazighité ; la culture et les deux langues concourant au développement de cette personnalité doivent trouver dans ce cadre unificateur leur place et leur promotion institutionnelle, sans exclusion ni marginalisation.

Il faut rappeler aussi que, avant 1989, aucune association berbère, même culturelle, n’a jamais pu fonctionner légalement en Algérie. Depuis lors, les associations culturelles se sont multipliées : il en existe quelques centaines pour la seule Kabylie. Malheureusement, les résultats concrets demeurent décevants, car la plupart de ces associations ne connaissent qu’une existence éphémère ou cyclique, le temps par exemple d’un gala ou d’un festival annuel. Généralement, ces associations sont très démunies tant matériellement qu’intellectuellement.

La politique linguistique algérienne à l’égard du berbère semble plutôt une politique de temporisation face à la montée islamiste. Étant donné que le gouvernement avait besoin de «calme» en Kabylie, il a compris que certains gestes à l’égard des Berbères lui permettraient peut-être d’atteindre cet objectif. Il faut admettre que, à cause de la conjoncture politique, il y a désormais en Algérie une certaine tolérance, et même un début de prise en charge institutionnelle de la langue et de la culture berbères.

Néanmoins, la situation sociopolitique est tellement dégradée dans ce pays qu’elle ne peut favoriser une solution définitive au problème berbère. À long terme, les droits des minorités berbérophones ne sauraient être garantis sans une réorganisation fondamentale des bases constitutionnelles et institutionnelles de l’État. Avant tout, l’Algérie doit se débarrasser de son idéologie arabo-islamique selon laquelle la diversité linguistique est un danger pour l’unité nationale et un germe de division, et que seul l’unilinguisme peut être garant de cette unité nationale. Autrement dit, la «question berbère» ne sera réglée qu’au prix de la reconnaissance du berbère comme seconde langue officielle du pays le statut de seconde langue nationale ne saurait durer longtemps et de la reconnaissance de la spécificité linguistique des régions berbérophones. Or, compte tenu de l’attachement à l’arabité et de l’anti-berbérisme, tant de la part des autorités politiques que des forces armées, la recherche d’une solution risque d’emprunter la voie de la confrontation plutôt que celle du compromis.

4 Les revendications des berbérophones

Pour l’essentiel, les leaders berbères demandent que la langue berbère, le tamazight, soit reconnue comme la langue propre des régions berbérophones qui le souhaitent (comme en Kabylie), et ce, dans le cadre d’une autonomie linguistique et culturelle. Ils demandent également que la langue tamazight soit reconnue comme «l’une des langues nationales et officielles de l’Algérie», ce qui impliquerait le droit pour tout citoyen d’utiliser la langue berbère, dans toutes les circonstances de la vie publique, y compris hors des régions berbérophones. Depuis 2002, le tamazight est reconnue comme «langue nationale», mais non comme langue officielle, ce qui demeure un statut moindre.

À l’occasion de sa campagne pour le référendum (du 16 septembre 1999) sur «la concorde civile», le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, avait déclaré, le 3 septembre 1999, à Tizi-Ouzou, en Kabylie, que le «tamazight ne sera jamais langue officielle et, si elle devait devenir langue nationale, c’est tout le peuple algérien qui doit se prononcer par voie référendaire». Évidemment, le Congrès mondial amazigh fut «consterné par une telle provocation émanant d’un chef d’État, qui démontre ainsi son irresponsabilité, son arrogance et le mépris qu’il cultive vis-à-vis de son peuple». Depuis son élection en avril 1999, le président algérien a toujours écarté l’éventualité de reconnaître officiellement le berbère, sauf à l’issue d’un référendum national. 

4.1 La reconnaissance du tamazight

Le 4 juillet 1976, l’Algérie avait adopté la Déclaration universelle des droits des peuples. Le texte ne mentionnait aucune langue en particulier, ni aucun peuple. Les articles 13, 19, 20 et 21 portent précisément sur la langue. On peut croire qu’il s’agit sans doute du berbère, puisque les articles 19, 20 et 21 concernent les «Droits des minorités».

Article 13

Tout peuple a le droit de parler sa langue, de préserver, de développer sa culture, contribuant ainsi à l’enrichissement de la culture de l’humanité.

Section VI - Droits des minorités

Article 19

Lorsqu’un peuple constitue une minorité au sein d’un État, il a droit au respect de son identité, de ses traditions, de sa langue et de son patrimoine culturel.

Article 20

Les membres de la minorité doivent jouir, sans discrimination, des mêmes droits que les autres ressortissants de l’État et participer avec eux à la vie publique, à égalité.

Article 21

L’exercice de ces droits doit se faire dans le respect des intérêts légitimes de la communauté prise dans son ensemble et ne saurait autoriser une atteinte à l’intégrité territoriale et à l’unité politique de l’État, dès lors que celui-ci se conduit conformément à tous les principes énoncés dans la présente Déclaration.

Ce sont là de beaux principes qui ne valaient que pour la langue arabe classique, car le berbère et ses variétés resteront complètement ignorés. Malgré les proclamations solennelles du régime algérien, l’usage du berbère fut complètement nié. Plus encore: les autorités algériennes ont tout fait pour refouler  et limiter cet usage. Lorsqu’elles parlent du «peuple algérien», les autorités comprennent «arabo-musulman», c’est-à-dire l’ensemble des musulmans d’Algérie et uniquement les arabophones.

En janvier 2002, le président Abdelaziz Bouteflika a annoncé que la langue tamazight (berbère) allait devenir «langue nationale en Algérie» et qu’une modification de la Constitution allait être nécessaire. Finalement, le 8 avril 2002, le Parlement algérien a reconnu le tamazight «comme langue nationale à côté de l’arabe». Ce fut la loi no 02-03 du 10 avril 2002 proclamant que le tamazight est également langue nationale:

Article 1erIl est ajouté un article 3 bis ainsi conçu :

«Art. 3 bis. – Le tamazight est également langue nationale.

L’État œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national.»

Sur les 484 parlementaires présents, dont 20 par procuration, 482 ont voté pour la modification constitutionnelle; seuls deux députés ont opté pour l’abstention. Cependant, cette modification constitutionnelle ne consacre pas le tamazight langue comme «nationale et officielle» telle que revendiquée par la coordination interwilayas des comités de villages et des arouch (comités de coordination villageoise). De plus, beaucoup s’interrogent sur le fait que la constitutionnalisation du tamazight était en même temps accompagnée d’une révision du Code électoral accordant au chef de l’État des pouvoirs élargis. Évidemment, la constitutionnalisation du tamazight ne saurait suffire à elle seule sans la mise en place d’un dispositif juridique, institutionnel et financier adéquat afin de garantir sa promotion et sa généralisation. La Constitution reconnait maintenant la langue tamazight, mais la loi 91-05 du 16 janvier 1991 sur l’arabisation interdit son usage, de la même façon qu’elle interdit aussi l’usage des langues étrangères.

Dans un discours prononcé le 4 octobre 2005 à Constantine, le président Abdelaziz Bouteflika a encore une fois déçu la Kabylie en déclarant que le tamazight ne sera pas officialisé et que la langue arabe restera seule langue officielle en Algérie: «Il n’y a aucun pays au monde possédant deux langues officielles et ce ne sera jamais le cas en Algérie où la seule langue officielle, consacrée par la Constitution, est l’arabe.» N’en déplaise à M. Bouteflika, qui se trompe lourdement, il existe actuellement 40 États souverains bénéficiant de deux langues officielles (voir le tableau 3), dont seize en Afrique, huit en Asie, sept en Europe, sept en Océanie et deux en Amérique. 

Depuis la modification constitutionnelle de 2002, aucune mesure n’a été prise par les autorités algériennes pour la valorisation du tamazight. En réalité, cette disposition constitutionnelle est devenue une finalité en elle-même, destinée sans doute à calmer les Berbères.

4.2 Pendant ce temps, ailleurs…

Pour sa part, lors de la session du 21 juin 2006, le Parlement espagnol a ratifié avec quelques modifications, un projet de loi sur la reconnaissance de la culture et de la langue de la communauté amazigh de Melilla, cette petite enclave espagnole située sur la côte méditerranéenne du Maroc et rattachée administrativement à la province de Málaga. Le projet de loi se lit comme suit (traduit de l’espagnol):

Article 1erLe Congrès des députés reconnaît l’identité «amazigh», son histoire, sa langue et sa culture comme une partie fondamentale de l’identité des villes autonomes Ceuta et de Melilla.

Article 2

Le Congrès des députés incite le gouvernement espagnol à :

a) reconnaître la nécessité que, dans le cadre des futurs Statuts d’autonomie de Ceuta et de Melilla soient déclarés comme co-officielles les langues tamazight et arabe.

b) développer, par l’action du ministère de l’Éducation, la révision des programmes scolaires à cette fin et introduire l’enseignement des langues tamazight et arabe dans les écoles d’enseignement primaire et dans les instituts d’enseignement moyen.

Cela signifie que l’espagnol, l’arabe et le tamazight seraient les trois langues officielles de Ceuta et Melilla. Est-ce une façon de faire la leçon à l’Algérie et au Maroc? Peut-être bien.

4.3 L’enseignement du tamazight : un début

Cependant, le nouveau statut de «langue nationale» du tamazight ne semble pas lui avoir permis de s’établir de façon convaincante dans les établissements scolaires publics, même là où le tamazight est déjà enseigné. Selon les statistiques en provenance du secrétaire général du Haut Commissariat amazigh (HCA), le nombre des élèves inscrits dans les cours de tamazight est seulement de 150 à Alger, mais atteint les 66 000 à Tizi-Ouzou, ce qui témoigne du déséquilibre dans la répartition de l’enseignement du tamazight confiné dans les régions berbérophones. L’enseignement du tamazight concernait à l’origine 16 wilayas, alors qu’elle n’est enseignée aujourd’hui que seulement dans 10 wilayas. Trois wilayas regroupent à elles seules  96 % des élèves du tamazight : Bouira, Béjaïa et Tizi-Ouzou. Les 4 % des autres élèves sont répartis sur sept autres wilayas. L’un des responsables du HCA, Bilek Hamid, affirme: «La capitale, qui devait être une grande wilaya pilote, dispose seulement de deux enseignants au moment où, de nombreux étudiants licenciés en langue et culture amazighe issus des universités de Béjaïa et de Tizi-Ouzou pataugent dans le chômage.» Selon le HCA, seules les variétés kabyle, chaouïa et touareg sont enseignées. Les autres variantes, telles le chleuh, le chenoui et le mozabit, ne sont pas enseignées. En réalité, le Haut-Commissariat amazigh semble être une coquille vide, sans pouvoirs ni moyens, totalement contrôlé par les autorités algériennes et dont l’action porte demeure plutôt insignifiante.

Dans l’ensemble, les responsables berbérophones ne semblent pas très satisfaits de l’enseignement du tamazight. Des difficultés majeures empêchent la généralisation du tamazight, même dans les régions berbérophones. D’abord, certaines directions d’école tardent à appliquer les rares circulaires ministérielles autorisant l’enseignement du tamazight: la circulaire no 446 du 6 novembre 2006 et la circulaire no 426 de juillet 2007. Ainsi, la circulaire no 446 du 6 novembre 2006 précise que les enseignants en tamazight sont redevables de dix-huit heures par semaine et ne doivent pas donc prendre au-delà de six «divisions pédagogiques». La même circulaire énonce aussi que, pour qu’un poste budgétaire soit ouvert dans un établissement surtout du moyen, il faut que le nombre d’heures supplémentaires soit égal ou plus à dix heures. Pour d’autres matières, telles le français, l’anglais, l’arabe, les mathématiques, etc., les directions d’école font appliquer les programmes officiels, mais pour ce qui est de la discipline du tamazight, ces mêmes responsables ont tendance à «oublier» l’existence des circulaires. C’est que l’ouverture des postes budgétaires destinés à l’enseignement du tamazight semble se faire de manière anarchique et entourée du plus grand secret, comme si prévoir des enseignants pour cette matière relevait d’une affaire d’État.

Des directeurs refusent de refaire les horaires ou les emplois du temps pour tenir compte de l’enseignement du tamazight. Des autorisations parentales sont exigées aux élèves désirant apprendre le tamazight dans des wilayas, alors que des dispenses des cours de tamazight sont acceptées dans certains établissements. C’est ce qui fait dire à M. Bilek Hamid: «Je suis déçu et je regrette le fait que la langue tamazight soit enseignée d’une façon facultative.» De plus, l’enseignement du tamazight ne doit commencer qu’au cycle moyen, alors qu’il faudrait commencer au primaire. Dans les faits, la plage horaire réservé à l’enseignement du tamazight semble insatisfaisante. En effet, le tamazight est dispensé à raison de trois heures par semaine dans les écoles, c’est-à-dire la même tranche horaire que les langues étrangères.

L’un des problèmes réside aussi dans la pénurie d’enseignants bien formés. Le secrétaire général du ministère de l’Éducation, M. Aboubaker Khaldi, évoque ainsi le problème du manque d’enseignants en langue tamazight: «On ne peut pas recruter un enseignant qui parle deux ou trois phrases en kabyle pour enseigner la langue amazighe à nos élèves, ce n’est pas sérieux.» Il ajoute: «Il faut que l’enseignant soit titulaire d’un diplôme universitaire en langue amazighe.»

De plus, l’enseignement du tamazight se fait en Algérie avec l’alphabet latin jugé moins performant que l’alphabet tifinagh utilisé au Maroc. Certains plaident pour écrire la langue berbère en latin, pendant que d’autres veulent qu’elle soit écrit en arabe, mais tous se sont mis d’accord sur la réhabilitation du tifinagh qui est encore en usage chez les Touaregs. Pour tous les Berbères, cet alphabet particulier témoigne de l’enracinement profond de l’identité berbère.

Pour sa part, le Centre national pédagogique et linguistique pour l’enseignement du tamazight (CNPLET) croit que l’enseignement du tamazight se fait essentiellement sur la base de la maîtrise de la langue (généralement le kabyle), mais sans aménagement préalable de la langue, sans outil didactique adéquat et sans formation des enseignants. Rappelons que la mission du CNPLET est de prendre en charge
toutes les questions liées à la spécificité de la langue tamazight ainsi que les études et les recherches relatives à la formation des enseignants et aux moyens didactiques.

De son côté, le secrétaire général du ministère de l’Éducation, M. Aboubaker Khaldi, a déclaré que l’enseignement de la langue tamazight se faisait graduellement selon les moyens et outils pédagogiques existants. En 2007, le ministre de l’Éducation, Boubekeur Benbouzid, affirmait que que la langue amazighe était enseignée, pour le moment, dans onze wilayas et qu’elle ne pouvait être une matière obligatoire que
lorsque les moyens appropriés et les mécanismes nécessaires à son enseignement seront mis en place.

Bref, de là à penser que tous ces blocages administratifs sont voulus et qu’ils sont destinés à décourager les élèves et parents afin de faire échouer le «stade expérimental, il n’y a qu’un pas vite franchi.

En 2007, le Conseil de gouvernement de l’Algérie a approuvé la création de l’Académie de la langue amazighe et du Conseil supérieur de la langue amazighe. Ces deux institutions ont pour objectif d’encourager la promotion et la recherche sur cette langue. C’est une histoire à suivre.

5 Les médias

La constitutionnalisation de la langue amazighe en avril 2002, en tant que «langue nationale», n’a eu aucune répercussion institutionnelle, notamment dans les médias. Théoriquement, le droit à l’information est garanti en Algérie à tous les citoyens, quelle que soit leur langue d’usage. Dans les faits, les Berbères n’ont droit qu’à fort peu de moyens, car la langue amazighe n’est pas très développée dans les médias électroniques. Elle ne bénéficie pas de nombreuses radios locales. La station Chaîne II, une radio kabyle dont l’existence avait été menacée à plusieurs reprises dans les années soixante-dix, a vu sa place et son rôle fortement élargis et consolidés. Généralement, les nouvelles stations radiophoniques voient le jour en pleine campagne électorale.  La télévision, quant à elle, présente quotidiennement une brève version berbère (en kabyle et en chaoui) du journal télévisé, mais il n’y a pas encore d’émission en langue berbère. Des projets en ce sens dorment sur les tablettes depuis longtemps: on parle d’une «tranche horaire berbère» ou même de la création d’une seconde chaîne de télévision (un projet à l’étude depuis plusieurs années déjà). Cela étant dit, la chanson kabyle «engagée» est censurée en Algérie; plusieurs chanteurs ont été interdits de séjour et même arrêtés. 

Aucune initiative des secteurs publics n’est venue encourager l’écriture de la langue amazighe dans les médias écrits. Depuis 1989, il est possible d’éditer des livres en tamazight sans se faire poursuivre par la police. Mais les incertitudes de la vie politique algérienne n’ont pas vraiment permis à l’édition berbère de prendre son essor. En ce qui a trait à la presse, plusieurs tentatives de création de périodiques ont échoué. Quelques journaux régionaux et nationaux font néanmoins l’expérience d’une «page berbère» dans leur édition régulière. Dans le domaine de la radiodiffusion, l’amélioration de la situation semble plus sensible. C’est en France qu’il existe plusieurs stations de radio et de télévision en berbère.

6 La bataille de l’arabisation

En fait, les deux dernières législations pro-arabisation de 1991 et de 1996 constituent sans nul doute les lois linguistiques les plus importantes de l’histoire de l’Algérie moderne. Il va sans dire que l’intention à l’origine de la mise en forme de la loi, c’est la défense et la promotion de la langue nationale comme l’une des composantes de l’identité algérienne. Nul ne conteste que l’arabe soit la «langue nationale», mais peu d’Algériens maîtrisent cet arabe classique, tant à l’oral qu’à l’écrit. L’enjeu dissimule un choix de société d’une population profondément divisée.

S’il veut se maintenir en Algérie, le pouvoir politique doit restaurer le statut de la langue arabe en tant que langue nationale légitime. C’est la raison fondamentale de l’adoption de la loi sur l’arabisation de 1996. La classe moyenne, celle des petits salariés, des commerçants, des agriculteurs, etc., profite de l’arabisation et appuie ses dirigeants politiques. À l’opposé, la grande bourgeoisie technocratique, c’est-à-dire les industriels, les financiers, les grands propriétaires terriens, l’élite des carrières libérales, et les employés de l’État dont le pouvoir est solidement établi depuis longtemps, tirent profit du bilinguisme franco-arabe; leur pouvoir a même tendance à se renforcer avec la poursuite du développement économique.

L’expérience des vingt dernières années montre que la forte résistance de ces milieux à l’arabisation rapide et totale n’est pas près de s’atténuer, au contraire. D’ailleurs, les fonctionnaires et les cadres supérieurs des entreprises n’entendent pas être relégués aux oubliettes parce qu’ils sont incapables de rédiger un rapport en arabe classique. De grands commis de l’État ont affirmé publiquement qu’ils ne paieraient jamais les amendes prévues et qu’il est impossible de mettre un gendarme derrière chaque fonctionnaire. De nombreux fonctionnaires se disent persuadés que cette «loi stupide» restera inappliquée, comme toutes les précédentes.

Pour leur part, les intégristes musulmans (appelés dérisoirement les barbus par les occidentalistes) promettent aux masses arabophones qu’ils extirperont toute référence à l’ancienne puissance coloniale lorsqu’ils prendront le pouvoir. Pour eux, l’oeuvre d’indépendance n’est pas achevée tant que le français subsiste et, pour qu’elle le soit totalement, il faut que le français soit réduit au rôle d’une simple langue étrangère enseignée comme telle dans les établissements de la République. Assez curieusement, ils proposent aussi de faire de l’anglais la langue seconde de l’Algérie.

La bataille de l’arabisation n’est peut-être pas nouvelle en Algérie, et elle n’est pas près de se terminer non plus. L’intolérance à l’égard du berbère et le nationalisme revendicateur des arabisants trahissent l’incapacité partielle du pouvoir algérien à construire la nation en tenant compte de son triple héritage arabe, berbère et occidental. Les parlers berbères sont en régression parce que les politiques d’arabisation finissent par se transformer en politique de discrimination, d’interdiction et même de répression. Les cinq millions de Berbères, qui avaient accepté le français comme compromis en attendant que l’on décerne à leur langue le statut de langue officielle risquent de se révolter. Étant donné qu’au 5 juillet 1998 (date d’entrée en vigueur de la loi) le gouvernement algérien a refusé la demande des Berbères de geler la nouvelle loi sur l’arabisation et de consacrer le berbère comme langue nationale et officielle au même titre que l’arabe, on peut s’attendre encore à des affrontements majeurs. Les émeutes de juin 2001 sont là pour le prouver.

Dans les faits, le but n’est pas atteint et il n’est pas certain que l’interdiction des autres langues réussira à faire de l’arabe un instrument de promotion sociale et de développement économique. Pour le moment, l’arabisation en Algérie semble davantage un moyen de calmer les frustrations des intégristes islamistes et de réduire l’utilisation du berbère. Enfin, pour certains opposants, l’arabisation est une concession faite au courant islamo-conservateur sur lequel s’appuyait auparavant le régime du président Liamine Zéroual. Pour eux, c’est une décision imposée, qui ne reflète pas la diversité linguistique de l’Algérie, où le français et le tamazight (langue berbère) restent parlés par des millions de personnes. De toute façon, on peut douter du succès véritable des politiques d’arabisation depuis 35 ans. Tous niveaux confondus, la population sachant s’exprimer en français était estimée à 49 % en 1993 (sur un total de 27,3 millions d’habitants). Or, elle est censée passer à 67 % en l’an 2003, sur un total d’environ 47 millions d’habitants.

glohorsa

En somme, derrière toutes ces lois linguistiques d’arabisation, les dirigeants algériens semblent se servir d’un sentiment anti-français primaire afin de jouer sur le nationalisme de la population arabophone. Si l’Algérie de 1962 était totalement francisée, celle des années 2000 est devenue grandement arabisée, mais par une langue arabe que personne ne parle. Autrement dit, les Algériens se sont toujours fait imposer une politique linguistique: celle de la France avec le français, celle de l’arabe classique après l’indépendance. Pourtant, la société algérienne semble plus multiforme et pluraliste que ne le laissent croire ses dirigeants. Il semble que l’«algérianité» devrait passer davantage par les «véritables langues du peuple», soit l’arabe algérien et le berbère (tamazight), que par l’arabe classique ou le français. Or, l’arabe algérien n’a aucun statut et le berbère vient de se voir reconnaître un statut de «langue nationale», qui risque d’être plus symbolique que réel. La politique linguistique impose l’arabe classique — la langue qu’utilise le pouvoir — à l’exclusion de toute autre langue, que ce soit l’arabe algérien, le berbère (tamazight) ou le français. 

Pour beaucoup d’Algériens, l’arabe algérien, le berbère, l’arabe classique et le français sont des langues faisant toutes partie de leur patrimoine culturel. La grande majorité des Algériens résistent à la politique d’arabisation autoritaire et refusent de changer leurs pratiques linguistiques, mais pour le moment ils restent encore prisonniers d’un régime quelque peu pourri, qui les empêche d’évoluer.

Il reste à espérer que la politique linguistique s’oriente un jour vers une attitude qui reflèterait mieux la pluralité idéologique de la société algérienne, et créerait un espace de tolérance et d’ouverture, qui constitue des bases plus solides de la démocratie. Dans l’état actuel des choses, toutes les langues utilisées depuis longtemps en Algérie portent une connotation négative. L’arabe algérien n’est pas une langue de culture, le berbère n’est qu’une langue de «second plan», l’arabe classique est devenu le symbole de l’échec scolaire et économique, le français demeure la langue colonisatrice. C’est difficile de réussir une politique linguistique dans ces conditions. L’ex-chroniqueur au Quotidien d’Oran, Sid Ahmed Bouhaïk, a raison de conclure ainsi sur la situation linguistique en Algérie: «Si donc, nous nous sommes brouillés avec la culture, c’est que nous nous sommes d’abord brouillés avec nous-mêmes en nous tirant à qui mieux mieux la langue!»

La réconciliation linguistique n’est probablement pas pour demain, mais elle sera nécessaire pour libérer les Algériens d’une voie sans issue. Les faits semblent démontrer que le peuple algérien tient à toutes ses langues et que, contrairement à ses dirigeants, il n’est pas prêt à en sacrifier une seule d’entre elles. Jamais dans l’histoire du pays, les Algériens n’ont-ils parlé autant l’arabe classique et le français. La seule langue avec laquelle tout le monde est d’accord: ajouter l’anglais langue seconde à l’arabe algérien, au berbère, à l’arabe classique et au français. Loin de s’enfoncer dans une voie rectiligne, les Algériens semblent très majoritairement préférer une plus grande ouverture sur le monde.

source: /www.tlfq.ulaval.ca

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Le Mouvement culturel amazigh (MCA) au Maroc

Posté par algeriedemocratie le 20 décembre 2010

1Au Maroc, le Mouvement culturel amazigh (MCA) a connu ces dernièresannées un processus impressionnant de rajeunissement et d’expansion de sa base sociale, dépassant les milieux universitaires et s’implantant dans le milieu rural où prolifèrent les associations culturelles. Ce mouvement, qui incorpore des revendications sociopolitiques plus ou moins prononcées selon les cas, se caractérise par le nombre important des associations2, sa présence sur l’ensemble du territoire et sa jeunesse, la plupart des associations ayant été créées à la fin des années 1980. De même, un véritable foisonnement de publications périodiques en langue amazighe a vu le jour. Or, malgré l’augmentation de cet activisme revendicatif et des promesses officielles, la « question amazighe » n’a connu que de faibles avancées ces dernières années qui se réduisent à quelques initiatives de reconnaissance et de promotion de la langue et de la culture berbères.

2Cette étude est centrée sur les associations « nationales », domiciliées dans les grands centres urbains, qui constituent des centres idéologiques et doctrinaires, des groupes de pression vis-à-vis des pouvoirs publics et des instances internationales, et qui influencent directement la configuration de l’agenda au niveau national. Ces associations ont besoin de la vigueur de la périphérie pour soutenir leur travail, étant donné que beaucoup d’associations à l’échelle locale sont circonscrites à des activités très concrètes dans le domaine culturel, artistique, ou celui de l’environnement.

  • 3  Gabriele KRATOCHWIL, op. cit.

3Cependant, il existe d’importantes différences au sein du militantisme entre les diverses régions berbères. Le premier réseau conséquent a été créé dans le Souss à la fin des années 1970, autour des activités de l’Association de l’université d’été d’Agadir (AUEA). Les associations les plus politisées sont celles du Rif et du Moyen Atlas. Créée dans le Rif en 1978, Intilaka était étroitement liée à des secteurs de l’extrême gauche et fut dissoute par les autorités. Ici, comme dans d’autres zones, il faut noter l’expansion du mouvement au-delà des villes comme Tanger, Nador ou Al Hoceima. Dans la région du sud-est, l’activité de Tilleli, créée en 1990 à Goulmima, est particulièrement remarquable. Un fort militantisme existe dans cette région qui, comme le Rif, est délaissée par l’État, avec de graves difficultés économiques et un important exode de la population. Quant au Moyen Atlas, il s’agit sans doute de la région avec le plus bas niveau d’organisation et l’activité s’y concentre dans des villes situées en périphérie (Fès, Meknès, el Hajeb)3.

4L’évolution du mouvement a été marquée par une politisation croissante, passant des préoccupations initiales pour la langue et la culture à une plus grande implication politique qui se traduit par la présentation de revendications et l’exigence de leur satisfaction auprès des pouvoirs publics, et, plus récemment, par la collaboration à l’élaboration de politiques publiques. Cette politisation constitue l’axe d’analyse du MCA.

Quand la culture devient folklore

5Le Mouvement culturel amazigh à vocation « nationale », avec des objectifs définis et un militantisme consolidé, naît dans la seconde moitié des années soixante, à l’initiative de l’Association marocaine de recherches et d’échanges culturels (AMREC). Celle-ci a officiellement vu le jour le 10 janvier 1967. La création d’une association reconnaissant de manière explicite son adhésion à l’amazighité étant alors impensable, les termes « berbère » ou « amazigh » n’ont pas été inclus dans sa dénomination. C’est pourquoi, le terme « culturel » est consacré comme un substitut qui assume cette référence.

6L’AMREC correspond au profil classique des organisations regroupant des élites, dans ce cas essentiellement des enseignants et des étudiants – la plupart issus des facultés de Lettres, avec une dominante de linguistes et d’historiens – intéressés par la culture amazighe. Le premier noyau de militants était formé d’une vingtaine de personnes de sensibilité politique de gauche. Les moyens étaient alors réduits et il n’y avait d’ailleurs pas de local à leur disposition. L’Association s’est développée et regroupe une quinzaine de sections, dont quelques unes en dehors du Maroc. Cependant, l’essentiel des activités se concentre à Rabat. Son objectif premier était d’aborder tout ce qui avait trait à la culture berbère, particulièrement à la culture orale. Plus tard, l’AMREC a entrepris l’animation d’un forum de discussion au sein duquel serait délimitée la véritable signification de l’« amazighité ». Elle est la principale initiatrice d’activités revendicatives dans les années 1970 et 1980, et c’est elle qui est à l’origine avec la collaboration d’un groupe de travail sur la question amazighe du syndicat étudiant, l’Union nationale des étudiants marocains (UNEM), de l’événement majeur que constitue la création de l’Association de l’université d’été d’Agadir (AUEA) en 1979. Ses actions se sont modérées progressivement, au fur et à mesure que certains membres parmi les plus radicaux abandonnaient ses rangs et qu’apparaissaient des organisations avec un discours plus tranché. Son activité actuelle est quelque peu éloignée des préoccupations et des besoins existants sur le terrain (projets en milieu rural, etc.) et se concentre surtout sur l’analyse et la recherche historique et linguistique. Au fil des ans et en accord avec l’air du temps, l’association va évoluer, passant au cours de la décennie 1990 d’un discours éminemment culturaliste à une plus forte revendication politique. En effet, à cette époque, la politisation du mouvement amazigh a déjà eu lieu.

Une époque difficile : l’activisme dans les années 1970 et 1980

7Dans les années 1970, différentes associations furent créées au niveau local, particulièrement dans le Rif et dans le sud-est du pays. Une des associations les plus actives était alors Intilaka de Nador qui abordait des questions politiques sensibles. Durant ces années perdurait le climat de l’État d’exception dû aux coups d’État et ses membres se sont vus dans l’obligation de la dissoudre en 1981 sous la pression policière. C’est à Rabat que sera créée, en 1987, la seconde grande association nationale. Il s’agit de l’Association nouvelle pour la culture et les arts populaires (ANCAP), dirigée par l’avocat Hassan Id Belkacem. Son acronyme en amazigh est Tamaynout, appellation qui sera utilisée de manière exclusive à partir de 1995. Les créateurs de Tamaynout étaient pour la plupart les membres les plus radicaux de l’AMREC, militants d’extrême gauche de groupes marxistes-léninistes comme Ilal Amam ou 23 mars qui provenaient principalement du Sous.

  • 4  Un des événements centraux dans le travail de cet organisme est la présentation par le gouvernemen (…)

8Pour Tamaynout, les sections locales ont une importance capitale, comme le montre la décision qui veut que le Conseil national se déplace tous les quatre mois à travers le pays. En même temps, l’organisation atteste de l’apogée du militantisme amazigh de la dernière décennie. En réunissant près de 4 500 membres dont la quasi-totalité ne dépasse pas les quarante ans, répartis dans une trentaine de sections, l’association démontre l’attrait que produit le discours identitaire sur la jeunesse, et, en particulier, la jeunesse universitaire. S’il faut reconnaître le travail accompli par Tamaynout, c’est surtout dans sa contribution à l’internationalisation de la question. L’association a travaillé dans le cadre des Nations unies, reliant la question amazighe à celle des droits des peuples indigènes ou autochtones. Elle a été reconnue pour cette action, par l’attribution d’un statut d’observateur par la Commission des droits de l’Homme4. En revanche, durant cette période des années 1970, la reconnaissance de cette question par l’État est pratiquement inexistante, et quand il prend des initiatives, elles restent sans conséquence, même quand elles émanent du roi, comme le vote au Parlement en faveur de la création d’un Institut d’études berbères, en 1980.

  • 5  « Déclaration du Comité national du RAC » (6 juin 2003), sur http://www.mondeberb (…)

9De la scission de cette association émerge en juillet 2002 le Réseau amazigh pour la citoyenneté (Azetta), qui n’a toujours pas été légalisé et qui compte parmi ses membres l’ancien vice-président de Tamaynout, Ahmed Arrehmouch. Le Réseau se caractérise par l’anticonformisme de ses positions : il s’oppose à l’enseignement des différents dialectes amazighs, et au choix de la graphie tifinag ; il est particulièrement critique à l’égard de l’Institut royal de la culture amazighe au Maroc (IRCAM) ; il appelle au boycott des élections générales de 2002 ; et exige la reconnaissance des unions civiles, entre autres choses5.

  • 6  Azayko fut isolé dans la prison de Laalou à Rabat. Il y eut une petite campagne de soutien de la p (…)

10Par ailleurs, il faut rappeler qu’Ali Sidqi Azayko (décédé récemment), avait abandonné l’AMREC en 1975, en raison de divergences d’opinion, et créé l’année suivante l’Association marocaine connaissance et culture. Peu après, en 1980, il participait au démarrage de l’Association culturelle amazighe (ACA). Certains membres de cette association étaient des personnalités étroitement liées au makhzen. Parmi celles-ci, il y avait trois ex-ministres : Abdelhamid Zemmouri, Mohamed Chafik et Thami Ammar, tous membres de l’Association des anciens élèves d’Azrou. L’ACA comptait donc sur d’importants moyens, et l’appui de ces secteurs bien placés lui permit d’être la première association à inclure le mot « amazigh » dans son appellation. Malgré ces appuis, les « lignes rouges » ne tardèrent pas à être franchies. L’excuse utilisée pour attaquer l’Association fut un article de vulgarisation à caractère historique que Sidqi Azayko avait publié quelque temps auparavant. En juin 1982, il fut arrêté et condamné à un an de prison6. La police se chargea de décrocher la plaque qui annonçait la présence de l’ACA sur la porte du local, et ses membres décidèrent de mettre fin aux activités de l’association.

11L’avenir politique et social du Maroc et de l’Algérie sont étroitement liés, bien que ces deux États vivent en se tournant le dos. D’une part, certaines des principales décisions officielles (discours royal de 1994, annonce de la création d’un Institut Amazigh en 2001) coïncident avec des événements en Algérie et témoignent de la volonté de chacun des deux pays de ne pas rester en retrait aux yeux de l’opinion publique (surtout internationale) dans la gestion de cette affaire. D’autre part, et malgré la séparation imposée entre les deux sociétés, les faits et l’évolution de la question berbère en Algérie sont suivis avec intérêt (et inquiétude) par le MCA au Maroc. Le militantisme algérien est perçu comme un grand frère, le modèle, même si du côté marocain on n’a de cesse de souligner sa propre spécificité. Les moyens de communication, les associations, en France et dans d’autres pays européens, les organisations internationales ou les associations régionales créées durant ces dernières années agissent de plus en plus sur le modèle des vases communicants. Ce qui est vu d’un mauvais œil, avec méfiance, par les autorités marocaines.

12Quand s’est produit le printemps berbère en Algérie, en 1980, cela faisait un an que l’AMREC avait lancé l’AUEA à Agadir. Mais la détention de Azayko incita les organisateurs de l’université d’été à remettre à plus tard la tenue de l’édition de 1982 (qui s’est limitée à des rencontres non publiques), et d’ailleurs l’université ne reprendra ses activités habituelles qu’à partir de 1987. Il faut rappeler que durant ces années, le mouvement pour les droits de l’Homme était en général pratiquement démantelé et que la répression s’abattait sur les secteurs critiques à l’égard du système. Dans ce contexte, le printemps algérien eut un impact important sur le mouvement au Maroc, et démontra qu’un autre type de militantisme était possible, plus politique et plus déterminé. Cependant, le moment n’était pas encore venu.

La décennie réformiste

13Au début des années 1990, une série de signes semble esquisser une certaine ouverture du régime. C’est le moment que choisit le mouvement amazigh pour relancer son activité publique et mettre à l’épreuve la réponse des autorités : le ton des revendications monte et se produisent les premières actions coordonnées entre associations. Un des documents les plus emblématiques émanant du MCA au cours de cette phase est sans doute la Charte de la langue et la culture amazighes, connue sous le nom de Charte d’Agadir. Promue à l’initiative de diverses associations, elle est présentée lors de la réunion de l’université d’été en août 1991 et signée par six associations7, dans un premier temps. Son contenu est présenté comme une somme de revendications impératives et non négociables, un minimum à atteindre. Les revendications peuvent être résumées en sept points, et elles sont toujours d’actualité. Premièrement, que la Constitution reconnaisse le caractère national de la langue amazighe (il sera demandé ensuite que celle-ci soit reconnue comme langue officielle). Deuxièmement, que soit exhumé le projet d’Institut national d’études et de recherche berbères, promis des années plus tôt. Troisièmement, que soient introduites la langue et la culture amazighes dans les divers champs d’activités culturelles et éducatives. Quatrièmement, que cette langue soit incluse dans les programmes de recherche scientifique. Cinquièmement, que celle-ci soit présente dans les médias écrits et audiovisuels. Sixièmement, que soient promues la production et la création dans le champ de la connaissance et de la culture. Et septièmement, que des moyens d’expression et d’apprentissage en langue amazighe soient mis en place, diffusés et utilisés. Au fur et à mesure viennent s’ajouter d’autres revendications : une présence plus conséquente dans l’administration, la signature et la ratification d’instruments internationaux, etc.

  • 7  AMREC, Tamaynout, Association de l’université d’été (AUEA), Association culturelle Gheris (l’actue (…)

14C’est à ce moment également que surgissent de nouvelles associations. C’est pourquoi la coordination du mouvement apparaît comme un élément important. Le Conseil national de la coordination (CNC) est créé en avril 1994 et il est présidé d’abord, par Ahmed Adhghirni d’octobre 1995 à 1997, puis par Ali Harcherras (de Tilleli). Le Conseil regroupe divers réseaux régionaux (tadas), ceux du sud se démarquant du reste. Bien que le Conseil ait fini par éclater à cause de problèmes internes, il contribua à la rencontre des associations de différentes régions et aida à stabiliser l’agenda du mouvement. Postérieurement, il y eut plusieurs tentatives de relance de l’initiative. Le 5 février 2000 est créée à Meknès une Fédération d’associations amazighes marocaines qui prend le nom de Tada, présidée par Hamid Lihi. Il existe aujourd’hui une Confédération régionale qui a tenté sans succès d’organiser une grande Marche nationale pour donner de la visibilité au mouvement. De la même manière, un Conseil national d’associations amazighes démocratiques et indépendantes a été créé fin 2004, intégrant une vingtaine d’entre elles. Tandis que les tentatives de créer une coordination d’associations généralistes luttant pour les droits de l’Homme à l’échelle maghrébine ont été vouées à l’échec, le MCA a eu un peu plus de succès, comme le montre, malgré les luttes intestines, la création du Congrès mondial amazigh en 1995, auquel participent des représentants de l’Algérie, du Maroc, de la Libye, du Mali, du Niger, des Îles Canaries et de la diaspora internationale.

15C’est également à cette période qu’est amorcée avec vigueur l’internationalisation de la question, tout comme la recherche d’appuis extérieurs. La conférence des droits de l’Homme de Vienne, en juin 1993, est un moment clé. Huit associations marocaines y présentent un mémorandum regroupant leurs principales revendications. À partir de ce moment, la participation à ces forums devient systématique.

L’appropriation officielle de la problématique

16Au mois de mars 1994, le CNC lance une campagne à l’échelle nationale pour présenter ses revendications. Une série d’événements graves avait eu lieu peu de temps auparavant. Lors de la manifestation du 1er mai à Goulmima, près d’Errachidia, des militants de l’association amazighe Tilleli sont arrêtés et accusés d’« avoir des contacts avec des forces étrangères ». La réponse du mouvement fut déterminée, les partis politiques, les associations luttant pour les droits de l’Homme au niveau national et international apportant leur soutien aux militants détenus8.

  • 8  Trois d’entre eux furent condamnés à un an de prison et à payer une amende, peine qui fut ensuite (…)

  • 9  Mohamed BENHLAL, « Maroc-Chronique intérieure », Annuaire de l’Afrique du Nord 1994, Paris, Éd. du (…)

17Le 20 août, date de la fête de la Révolution du roi et du peuple, Hassan II prononce un discours dans lequel la question amazighe occupe une place de choix. Le roi préconise l’enseignement dans toutes les écoles primaires des trois « dialectes marocains » (le tarifit, le tamazigh et le tachelhit), il qualifie cette nécessité d’« impérative » et affirme que le Maroc doit s’articuler autour de « […] génies multiples et sur des authenticités et des coutumes diverses, aussi riches les unes que les autres ». De plus, il annonce la mise en place de plages horaires pour l’enseignement « de nos dialectes » en primaire9. Malgré cela, le discours tient à rappeler que l’arabe est la « langue mère » du Maroc.

18Les militants du mouvement, en dépit de leur scepticisme quant aux véritables intentions des autorités, le considèrent comme un discours historique, car c’est la première fois qu’est officiellement reconnue l’existence d’une « question amazighe ». Cette période correspond aussi à celle de l’apogée des mouvements à caractère culturel, ethnique et identitaire en différents points du globe et de l’augmentation de la visibilité de la militance amazighe. Le monarque utilise la méthode consacrée qui consiste à faire siennes des revendications très présentes pour mieux les contrôler, quoique en cette occasion les partis politiques et même le mouvement pour les droits de l’Homme aient montré une certaine passivité et même une certaine réticence devant cette question. D’autre part, il convient de prendre en compte qu’à ce moment-là, le MCA ne remettait pas en question directement la nature du régime, ce qui laissait une plus grande marge de manœuvre au roi, qui pouvait se permettre de « transiger » avec quelques mesures symboliques sans avoir à craindre une quelconque modification de la structure du pouvoir. La dimension extérieure est également importante, étant donné que la question est posée dans le cadre d’un groupe de travail des Nations unies, qui sollicite le gouvernement pour obtenir des informations.

19Si la surprise fut grande devant ce discours, la déception fut plus grande encore. Son contenu n’a été mis en pratique que très partiellement. Le 24 août 1994, la chaîne de télévision nationale diffusa pour la première fois un bref journal dans les trois dialectes berbères. Quant à la langue, elle ne fut finalement pas intégrée au système éducatif.

  • 10  Les articles 115 et 116 sont dédiés à l’amazigh. Dans le premier est affirmée la possibilité pour (…)
  • 11  Ahmed BOUKOUS, « L’amazighe dans la Charte : une intégration », Prologues, n° 21, 2001, p. 26. (…)

20Le processus d’alternance qui se met en place en 1998 suppose l’arrivée au gouvernement du pays de partis héritiers du Mouvement national, imprégnés d’une forte idéologie arabo-baassiste. Mais on a changé d’époque, et quoiqu’ils ne fassent pas référence à la question amazighe dans leurs programmes, Abderrahmane Youssoufi affirme, dans son premier discours devant le Parlement, qu’il tiendra compte de « la dimension berbère » au sein de l’arabo-islamisme. Un des principaux tests pour le nouveau gouvernement est l’élaboration en 1999 d’une Charte nationale d’éducation et de formation. Ce document déçoit profondément les associations amazighes, puisqu’il fait seulement référence au fait que, dans certaines régions, l’amazigh puisse être utilisé pour faciliter l’apprentissage de la langue officielle, c’est-à-dire de l’arabe10. Selon cette Charte, chaque langue a un rôle spécifique, alors que les langues étrangères sont conçues comme des instruments d’ouverture au monde moderne, et l’arabe comme la langue de l’identité nationale et religieuse, l’amazigh est maintenu dans un statut obscur, ambigu, relégué à un simple instrument d’appui, et cantonné au niveau régional11.

21La période du gouvernement d’alternance coïncide avec la politisation progressive du MCA. Ceci est également visible au sein de l’AMREC qui lance, à partir de 1996, une série de tables rondes afin de débattre avec des organisations de tous les horizons politiques. Cette initiative intéressante traduit une certaine culture du consensus. Dès lors, apparaît la volonté de constituer un véritable « lobby amazigh » auprès de la classe politique et des dirigeants en général. Lors de la tenue de son onzième congrès en 1999, cette ligne politique est déjà consolidée. Dans la même période, Tamaynout clôt son congrès avec des conclusions semblables.

Le mouvement amazigh sous Mohamed VI

22De même que dans d’autres domaines, la succession au trône suscite de nouveaux espoirs de changement dans la gestion de la question amazighe. Quelques années après l’arrivée de Mohamed VI au pouvoir, on peut observer que le monarque a adopté une double stratégie. D’une part, il a contribué à l’institutionnalisation de la question, dans la lignée de ce qu’avait développé Hassan II dans le domaine des droits civils et politiques en général. L’objectif est de canaliser les demandes et de pouvoir ainsi les contrôler, et simultanément de coopter une partie du mouvement. D’autre part, il s’agit de saper toute tentative de s’emparer de la rue et de rendre visibles les revendications du mouvement en interdisant des manifestations et rencontres, à un moment où le mouvement est plus enclin que jamais à crier ses revendications. Le pouvoir trace les limites, les « lignes rouges », entre ce qui est permis et ce qui est interdit.

23Une des preuves du dynamisme du mouvement est le Manifeste berbère. Le Manifeste est rédigé par Mohamed Chafik, qui le présente à une série de personnalités afin qu’elles le signent. Parmi elles se trouvent quelques-uns des principaux militants de cette cause ainsi que des personnalités liées au régime mais sympathisantes du mouvement. Bien que le texte suscite certaines interrogations, 229 personnes apposent leur signature, et celui-ci est envoyé au palais en mars 2000 sans recevoir aucune réponse directe (mais de façon indirecte). Peu après une pétition est lancée, qui atteint bientôt le million de signataires. Un Comité de suivi du manifeste (Comité national du manifeste amazigh, CNMA) est formé à Bouznika, réunissant quinze personnes, cinq pour chacune des trois régions, qui sont chargées de faire connaître ce texte et de le diffuser, et un congrès annuel est convoqué appelant à la participation de tous les sympathisants. Si quelques initiatives apparemment plus modérées sont permises par les autorités, d’autres sont durement réprimées, et les exemples d’interdiction de colloques et manifestations ces dernières années sont innombrables.

  • 12  Mohamed Chafik en est le premier directeur nommé ; Ahmed Boukous sera son successeur. Un an après (…)
  • 13  Article 2 du Dahir du 17/​10/​2001.

24Dans le climat d’appropriation et d’institutionnalisation de la question, le discours du trône de 2001 est le moment choisi par le roi pour aborder la question amazighe et annoncer le projet de création de l’Institut royal de la culture amazighe (IRCAM)12. Il offre une vision positive de l’apport amazigh à la culture nationale, qualifiant celui-ci de « richesse nationale ». Il est présenté de la même manière qu’à l’époque de Hassan II, comme une des différentes dimensions de l’« idiosyncrasie nationale » : arabe, subsaharienne-africaine et andalouse. La création de l’IRCAM, comme l’affirme le Dahir fondateur, vise à « […] donner son opinion sur les mesures prises pour sauvegarder et promouvoir la culture amazighe dans toutes ses expressions13 ».

  • 14  Ce texte est semblable par plusieurs aspects à celui qui fonde le Conseil consultatif des droits d (…)

25Comme l’annonce son 8e article, et de même que pour le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), toutes les décisions du conseil d’administration sont soumises à l’approbation du roi par le recteur. Pour confirmer la subordination à la politique officielle, son budget, comme celui du CCDH, provient du budget de la Cour royale14.

  • 15  Fin 2004, une centaine d’associations avaient signé une déclaration lancée un an plus tôt, dans la (…)

26Indépendamment de l’appréciation de l’utilité et l’efficacité de son action, la question s’institutionnalise et se « marocanise » à travers l’Institut (à un moment où la dimension internationale a pris une place croissante), et certaines politiques officielles sont indirectement légitimées, comme cela s’est déjà passé avec d’autres organismes officiels liés au domaine des droits de l’Homme. Prolongeant la polémique qui anime aussi d’autres secteurs du mouvement pour les droits de l’Homme, les militants débattent sur l’opportunité de choisir entre l’« entrisme » (la participation au sein d’organismes officiels et la collaboration dans la mise en place de politiques publiques) et le maintien d’une position critique de « rejet » tant que les autorités ne feront pas preuve d’un plus grand compromis. Les avis sont partagés sur cette question, et les « refuzniks » restent nombreux. Néanmoins, la stratégie des autorités ne parvient pas à freiner la vague de revendications, et cela même au sein de l’IRCAM15.

  • 16  Un premier manuel (Tifawin a tamazigh !) apparaît début 2004, élaboré par l’IRCAM en collaboration (…)

27Quant au programme d’enseignement de l’amazigh dans les écoles, il est introduit dans les programmes de l’année scolaire 2003-2004, et l’« enseignement expérimental » est étendu à 930 écoles. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation et de la Jeunesse, la généralisation de cet enseignement au primaire et au secondaire sera atteinte en 2008, prévision qui paraît très optimiste vu les difficultés que pose actuellement l’application de cette mesure (manque de matériel pédagogique spécialisé16, d’enseignants formés, problématique de la standardisation de la langue, etc.).

  • 17  Marguerite ROLLINDE, Le Mouvement marocain des droits de l’Homme. Entre consensus national et enga (…)
  • 18  Cette situation a changé ces dernières années, cela étant dû autant à une évolution de la culture (…)

28Durant cette période, le débat sur l’opportunité de créer un parti amazigh s’intensifie. Pendant de nombreuses années, les seuls partis à revendiquer une composante berbère comme trait spécifique étaient des partis « officia-listes », provenant du Mouvement populaire (MP), dont la rhétorique touchait surtout l’amélioration du monde rural, leur activisme étant pratiquement inexistant quant à la promotion de l’amazighité. L’« officialisme berbère » était en partie mis en avant pour contrebalancer le pouvoir des partis provenant du Mouvement national, et il était porté par des élites rurales conservatrices associées au pouvoir. Pour Marguerite Rollinde, ceci a retardé l’appropriation de ces revendications par les partis de gauche17. Le fait qu’on ait laissé ces forces monopoliser le discours amazigh est dû aussi à des raisons idéologiques, étant donné que les partis de gauche privilégiaient la lutte de classes par rapport à la conscience identitaire, perçue comme une source de division18. Après les élections de 2002, les différentes forces issues du MP ont décidé de coordonner leur action au Parlement, en constituant l’influent pôle « haraka » (MP, MNP et Union démocratique) réunissant plus d’une cinquantaine de parlementaires, et il est prévisible que son pendant berbère aille en s’intensifiant.

Approches de la question amazighe

29Comme toujours lorsqu’il s’agit de questions identitaires, le cadre symbolique dans lequel se manifestent les revendications amazighes est d’une grande complexité. Différentes visions s’entrecroisent et déterminent la nature du débat. Dans ce cadre symbolique convergent différents types idéaux que l’on rencontre difficilement à l’état pur. Les approches assimilatrice (dominante) et négationniste de l’identité amazighe (exceptionnelle), représentantes de l’unitarisme idéologique et culturel, s’opposent aux approches propres au MCA, qui oscillent entre deux pôles extrêmes : une approche intégratrice et une approche excluante.

30L’approche assimilatrice constitue le cadre symbolique dans lequel le MCA doit se mouvoir ; c’est le champ symbolique majoritaire, appuyé par un appareil idéologique et par un système d’enseignement qui date des premières années de l’indépendance, et qui est renforcé par les médias. Cette approche est sans doute la vision dominante au sein de la classe politique, ce qui a favorisé l’isolement du MCA, et qui, en revanche, a donné plus de relief à la légitimation internationale de la question.

  • 19  Mohamed Chafik envoie à Yacine en mars 1995 une lettre à caractère personnel, où il admet être d’a (…)
  • 20  Pour les membres de l’AMREC présents, les positions islamistes ne différaient pas beaucoup de cell (…)

31L’approche assimilatrice se développe tant à partir du discours nationaliste que du discours religieux, qu’il soit nourri d’islam traditionnel ou d’islamisme. Aux yeux du MCA, l’islamisme apparaît comme un phénomène associé aux secteurs arabophones, et qui ne parvient pas à pénétrer le milieu rural. L’histoire de la correspondance échangée entre Abdessalam Yacine, leader de Justice et Bienfaisance, et des membres influents du MCA est révélatrice desrelations et des incompatibilités entre les deux mouvements19. Un autre cadre dans lequel se développe le dialogue entre les deux mouvements est celui des tables rondes organisées par l’AMREC avec des forces politiques en 1996 puis, avec plus de difficultés, en 200020.

32Ce qui peut surprendre dans le discours du MCA, c’est que, contrairement à d’autres discours identitaires, il aspire à être reconnu comme étant l’élément de base des secteurs qui le renient et le rejettent. L’orientation intégratrice du discours consiste à revendiquer la reconnaissance de la composante amazighe de l’identité marocaine, de tous les Marocains. Ce n’est pas un discours associé de manière rigide à une partie du territoire ou une partie de la population. Cette position trouve son antithèse dans l’approche excluante, d’aspect plus primordialiste, également présente au sein du MCA. Selon cette autre perspective, l’identité amazighe et l’identité arabe sont des compartiments étanches, les frontières entre les groupes sont infranchissables et, dans son expression la plus radicale, elle prône une séparation des communautés.

33L’approche intégratrice me semble dominante parmi les organisations amazighes nationales, c’est-à-dire celles qui ont leur siège dans les grandes villes (Casablanca et surtout Rabat). La question amazighe est une question qui concerne tous les Marocains, qui affecte l’identité nationale et peut être résumée par ce slogan : « Nous sommes tous amazighs ». Dans l’approche intégratrice, l’identité est conçue comme une identité plurielle et dont on a une conception cumulative, comme s’il s’agissait de couches qui se superposent. On admet par là la complexité et le caractère flexible de la création des identités. Or l’amazighité est la base sur laquelle viennent s’articuler ensuite les autres éléments ; par son antériorité, la langue amazighe constitue le mode d’expression de l’identité première des Marocains.

  • 21  Discours de Mohamed VI à l’occasion de la nomination du conseil d’administration de l’IRCAM, le 27 (…)

34Le discours officiel n’a retenu qu’une partie de cette approche. Mohamed VI, de même que son père, fait référence au fait que « […] l’amazighité, appartient à tous les Marocains sans exception21». Mais cette reconnaissance suppose que l’amazighité ne puisse pas être mise au service d’intérêts politiques (la nouvelle loi régissant les partis s’oppose à la création de partis sur une base régionale ou ethnique), et le discours royal continue d’inclure des clichés ayant une visée légitimante, formulés avec un langage grandiloquent. La vision intégratrice se confond, avec la dissolution de la question, et dans la prédominance mal dissimulée de l’arabité. Le discours de l’exclusion, d’aspect essentialiste, dans lequel la composante arabe de l’identité est niée et rejetée, est resté jusqu’ici exceptionnel mais il semble se développer (ou il se fait de plus en plus visible). L’approche excluante ne tient pas compte des effets des changements historiques et sociaux sur la communauté, avec une vision qui ne correspond pas à la réalité linguistique et culturelle des amazighophones, pour le moins complexe.

35Par ailleurs, on constate que le discours du mouvement reflète, dans un effet de miroir, quelques-uns des arguments de l’approche assimilatrice arabe, en les inversant. Ainsi est créée la propre mythologie amazighe en miroir au mythe arabo-islamique combattu. On peut citer parmi ces lieux communs (qui apparaissent dans les conversations avec les militants du mouvement et dans quelques textes) : la commémoration d’un passé idyllique ; l’identification de l’amazighité à la démocratie face à l’autoritarisme oriental ; la culture amazighe est basée sur un plus grand respect de la femme, la culture arabe est patriarcale tandis que la culture berbère ne l’est pas ; la culture berbère a des aspects plus rationnels que la culture arabe, plus empiriques, moins métaphysiques, moins fanatiques ; la culture amazighe est plus ouverte sur l’extérieur, et particulièrement à l’influence de l’Occident. Des concepts contemporains sont utilisés pour expliquer des schémas du passé (démocratie, égalité homme et femme, etc.).

L’impact du mouvement

36La revendication de la culture et l’identité amazighes fait partie de l’agenda du mouvement pour les droits de l’Homme au Maroc, et pas seulement parce qu’il s’agit de la revendication de droits culturels. La lutte du MCA s’inscrit dans le cadre des références des droits de l’Homme tels qu’ils sont reconnus internationalement et fait de ce patrimoine commun le fondement de son militantisme. Mais, jusqu’à quel point le MCA a été capable de faire avancer son programme ?

  • 22  Les réflexions qui suivent trouvent leur inspiration dans les travaux de Pedro IBARRA, Salvador MA (…)

37L’impact du MCA au Maroc a été faible dans les domaines symboliques et substantifs et rare au niveau de la mise en place de politiques publiques22. En ce qui concerne la dimension symbolique, particulièrement durant les années 1990, la possession d’un discours alternatif, clairement différencié du discours officiel, au potentiel critique important, a contribué à l’identification et à la configuration de problèmes qui jusque-là ne constituaient pas un véritable objet politique. Cependant, la consolidation de nouvelles valeurs relatives à l’acceptation de la diversité et la transformation du langage et la culture politique en général demeurent des objectifs encore éloignés.

38Quant à la dimension substantive, elle implique l’accès à des centres de décision et des réseaux de gouvernance déterminés. C’est pourquoi, elle ne peut s’accomplir que lorsque des espaces de libertés, fussent-ils minimes, existent. Cette voie « réformiste » permet de peser de façon plus ou moins directe sur la mise en forme de décisions garanties juridiquement. Une partie de la militance amazighe, en se décidant à intégrer l’IRCAM et en accédant à certains centres de décision, mène un travail de normalisation et de diffusion de la langue amazighe, mais sans avoir obtenu jusqu’à maintenant des résultats plus ambitieux tels que la réforme de textes fondamentaux (Constitution, loi de l’éducation, etc.). L’option « entriste » de s’intégrer dans certaines institutions entraîne le danger de les convertir en caution d’un changement qui n’arrive jamais, alors que l’image extérieure du régime s’améliore grâce à cette collaboration. Ceci explique pourquoi certains groupes au sein du mouvement refusent ce type de collaboration.

39Enfin, en ce qui concerne la dimension opérationnelle – relative à l’application des politiques publiques et à la collaboration des services fournis par le gouvernement –, elle pose la question de l’isolement relatif des membres du mouvement à l’intérieur du champ politique. Le mouvement est passé du champ culturel à l’insistance sur sa dimension politique et au débat sur la création d’un parti politique amazigh ; possibilité qui n’a pas encore réussi à se concrétiser. Par ailleurs, vu la situation actuelle de la lutte, autant les associations que les réseaux nationaux amazighs présentent des demandes très générales, sans arriver à entrer dans une discussion sur des politiques publiques déterminées. Il est vrai que l’IRCAM constitue un canal d’influence sur les politiques publiques, mais dont la portée est restée limitée (par exemple, à des questions telles que l’enseignement de l’amazigh). Le MCA affronte un défi important qui consiste à faire accepter son discours et à se transformer en acteur influent du champ politique. Malgré cela, l’apport du MCA a été important, si on tient compte du chemin parcouru et de l’adversité du champ symbolique dominant.


Notes

1  Cet article reprend et développe des éléments tirés d’un chapitre de mon livre Laura FELIU, El Jardín secreto. Los defensores de los derechos humanos en Marruecos, Madrid, La Catarata, 2004. Je tiens à remercier A. Adghirni, A. Asid, I. Akhiat, A. Arrehmouch, A. Sidqi Azayko, D. Benzekri, M. Chafik, H. Elkam, M. Key, M. Qadiry et R. Raha pour m’avoir reçue et m’avoir accordé des entretiens. Si je leur suis redevable de certaines idées qui apparaissent dans cet article, il va de soi que je suis responsable des erreurs ou des imprécisions que le texte pourrait contenir.

2  Les chiffres avancés par différentes sources se situent entre la douzaine et la vingtaine (selon les données officielles) et la centaine ; il serait plus prudent de parler d’une bonne quarantaine selon Gabriele KRATOCHWIL, « Les associations culturelles amazighes au Maroc. Bilan et perspectives », Prologues, 1999, n° 17, p. 39.

3  Gabriele KRATOCHWIL, op. cit.

4  Un des événements centraux dans le travail de cet organisme est la présentation par le gouvernement marocain d’un bilan périodique au Comité pour l’élimination de la discrimination raciale, en vertu des obligations dérivées de la signature de la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale.

5  « Déclaration du Comité national du RAC » (6 juin 2003), sur http://www.mondeberbere.com/societe.

6  Azayko fut isolé dans la prison de Laalou à Rabat. Il y eut une petite campagne de soutien de la part d’Amnesty International, et l’AMDH publia une note sur ce cas un mois avant sa libération mais, globalement, sa situation rencontra l’indifférence générale.

7  AMREC, Tamaynout, Association de l’université d’été (AUEA), Association culturelle Gheris (l’actuelle Tilleli), Association Ilm as et Association culturelle du Souss.

8  Trois d’entre eux furent condamnés à un an de prison et à payer une amende, peine qui fut ensuite réduite en appel à trois mois de prison. En juillet 1994, ils bénéficièrent d’une amnistie générale.

9  Mohamed BENHLAL, « Maroc-Chronique intérieure », Annuaire de l’Afrique du Nord 1994, Paris, Éd. du CNRS, 1996, p. 594.

10  Les articles 115 et 116 sont dédiés à l’amazigh. Dans le premier est affirmée la possibilité pour les autorités régionales qui le souhaitent d’utiliser l’amazigh ou n’importe quel autre dialecte local dans le but de faciliter l’apprentissage de la langue officielle arabe, tant à la maternelle que dans le premier cycle de l’école primaire. Il s’agit d’une subordination. Quant à l’article 116, il fait référence à la formation de formateurs et au développement de programmes et curriculums scolaires dans certaines universités, pour l’année 2000-2001, sans plus de précision.

11  Ahmed BOUKOUS, « L’amazighe dans la Charte : une intégration », Prologues, n° 21, 2001, p. 26.

12  Mohamed Chafik en est le premier directeur nommé ; Ahmed Boukous sera son successeur. Un an après sa création, on annonce la naissance de l’Académie Mohamed-VI de langue arabe.

13  Article 2 du Dahir du 17/10/2001.

14  Ce texte est semblable par plusieurs aspects à celui qui fonde le Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH) au niveau du rôle consultatif auprès du roi, de la subordination de sa capacité d’initiative à la volonté royale (ou à la demande des deux tiers de ses membres), de sa composition : des personnes réputées dans le domaine des études et de l’activisme amazighs, qui sont nommées par le monarque et auxquelles s’ajoutent des représentants de l’administration.

15  Fin 2004, une centaine d’associations avaient signé une déclaration lancée un an plus tôt, dans laquelle est demandée une réforme de la Constitution en faveur de l’intégration du tamazight dans celle-ci, ainsi qu’une vraie régionalisation et une reconnaissance de la nature laïque de l’État. Pendant ce temps, les actions judiciaires se multipliaient, pour protester devant l’absence de la langue amazighe à la télévision ou dans les manuels d’histoire.

16  Un premier manuel (Tifawin a tamazigh !) apparaît début 2004, élaboré par l’IRCAM en collaboration avec le ministère.

17  Marguerite ROLLINDE, Le Mouvement marocain des droits de l’Homme. Entre consensus national et engagement citoyen, Paris, Karthala/Institut Maghreb-Europe, 2002, p. 155.

18  Cette situation a changé ces dernières années, cela étant dû autant à une évolution de la culture politique qu’au potentiel électoral évident d’une telle thématique ; la question a déjà été partiellement intégrée aux déclarations de partis comme le Parti du Progrès et du Socialisme (PPS) ou la Gauche Socialiste Unie (GSU).

19  Mohamed Chafik envoie à Yacine en mars 1995 une lettre à caractère personnel, où il admet être d’accord avec lui sur les critiques qu’il adresse au régime (bien que Chafik parle de démocratie et Yacine de justice sociale), mais qu’il ne comprend pas pourquoi il oublie ses racines amazighes. De plus, il avance que la laïcité ne va pas à l’encontre de l’islam, vu qu’à son avis, il n’existe pas de hiérarchie religieuse. En réponse, le chef islamiste publie en 1997, Dialogue avec un ami berbère(en arabe), affirmant qu’on ne peut pas aller bien loin avec l’amazigh et qu’il s’avère nécessaire de bien connaître l’arabe, étant donné que c’est la langue du paradis. C’est ASSID Ahmed de l’AMREC qui se charge de répondre au leader de Justice et Bienfaisance avec un autre livre intitulé L’Amazighité dans le discours de l’islam politique (en arabe). Dans ce livre, il questionne le caractère sacré de l’arabe et la relation entre Islam et arabité.

20  Pour les membres de l’AMREC présents, les positions islamistes ne différaient pas beaucoup de celles du nationalisme arabe et ils se sont généralement prononcés en faveur de la suprématie arabe et contre l’intégration de l’enseignement de l’amazigh dans l’éducation. L’expérience se renouvela en 2000 mais cette fois il fut plus difficile d’obtenir la collaboration de représentants islamistes.

21  Discours de Mohamed VI à l’occasion de la nomination du conseil d’administration de l’IRCAM, le 27/6/2002.

22  Les réflexions qui suivent trouvent leur inspiration dans les travaux de Pedro IBARRA, Salvador MARTÍ, Ricard GOMÀ (dir.), Creadores de democracia radical, Barcelone, Icaria, 2003.


Pour citer cet article

Référence électronique

Laura Feliu, « Le Mouvement culturel amazigh (MCA) au Maroc », L’Année du Maghreb [En ligne], I | 2004, mis en ligne le 08 juillet 2010, consulté le 20 décembre 2010. URL : http://anneemaghreb.revues.org/313


Auteur

Laura Feliu

Professeur de relations internationales à l’Université Autonome de Barcelone

Publié dans Maroc | Pas de Commentaires »

Le Soir d’Algérie 16 août 2010

Posté par algeriedemocratie le 17 août 2010

Le Soir d’Algérie 16 août 2010 dans Addi Lahouari(29) addi-300x279Addi Lahouari

Le Soir d’Algérie 16 août 2010

Un groupe de compatriotes m’a interpelé dans Le Soir d’Algérie du 8 août 2010 sur mes propos sur la langue amazighe tenus lors d’une interview donnée à un journal électronique. Pour permettre au lecteur de saisir ce qui m’est reproché, je reproduis la partie de l’interview.Question : Quel est ton point de vue sur la langue berbère ?Réponse : Le problème de la langue berbère ne se pose que dans le cadre de la formation de l’Etat-nation jacobin unitaire et homogénéisant. Dans le Maghreb d’avant la colonisation, la pratique du berbère ne posait aucun problème. Je pense que la langue berbère doit être officialisée et enseignée dans les régions berbérophones. Elle n’est pas en concurrence avec la langue arabe qui est celle de toute la nation. Si la langue berbère disparaît, nous aurons commis un génocide culturel contre nous-mêmes.

Ce qui m’est reproché, c’est de ne pas demander que la langue amazighe soit enseignée sur tout le territoire national. Voici le cadre du débat, en espérant ne pas avoir tronqué la position de mes contradicteurs que je voudrais remercier pour l’intérêt qu’ils portent à mes écrits, ce qui ne les a pas empêchés de me mettre un caillou dans le soulier (hajra fi soubat). C’est en effet un gros caillou dans le soulier car le problème n’est pas aisé à traiter compte tenu de la situation historique et culturelle du pays. La question est donc difficile et je vais essayer de la traiter en deux axes pour cerner la problématique de l’amazighité en rapport avec la construction de l’Etat-nation. Le premier axe est celui de la perception des langues vernaculaires par les arabophones en rapport avec la culture — comme vision du monde — et avec l’historicité. Le deuxième est celui du développement de la langue amazighe comme idiome formalisé (syntaxe, grammaire, alphabet…) en rapport avec un contenu qui correspond aux aspirations de la jeunesse à la modernité.

1. Langues vernaculaires, imaginaire et historicité

L’Algérie est une nation de formation récente qui se heurte à des représentations culturelles qui situent l’Algérien soit dans l’universel islamique soit dans le local ethnocentrique. La dynamique nationale issue de la lutte anticoloniale est encore en voie de cristallisation et rencontre des obstacles politiques et culturels.

La question linguistique n’est qu’un aspect de la complexité et des contradictions de la situation historique actuelle dont il serait vain d’attendre qu’elle soit dépassée en une génération, étant entendu qu’il s’agit de la transformation de la (ou des) langue(s) vernaculaire( s) en langue(s) véhiculaire(s).

Les anthropologues désignent par langue vernaculaire la langue de la communauté locale, celle des espaces lignagers par opposition à la langue véhiculaire de l’espace supra-local de l’empire ou de la nation. La formation de la nation est liée à ce passage où l’imaginaire le dispute à l’historicité.

Commençons par poser la question de la situation linguistique du pays ? Il y a au moins quatre langues dans le champ linguistique en Algérie : l’arabe scriptural du Coran, l’arabe moderne issu de la Nahda et adopté par le nationalisme arabe, l’arabe dialectal, et le berbère parlé dans les régions montagneuses (Cf. Khaoula Taleb-Ibrahimi, Les Algériens et leur(s) langue(s). Eléments pour une approche sociolinguistique de la société algérienne, les éditions Al Hikma, Alger, 1997). Un véritable imbroglio linguistique dans lequel K. Taleb-Ibrahimi nous apprend qu’il y a en outre plusieurs niveaux de langue entre l’arabe parlé et l’arabe classique (fusha). Il faut aussi ajouter le français utilisé par les dirigeants et les couches sociales supérieures urbaines. Savons-nous que le tirage de l’ensemble des journaux en langue française est l’un des plus forts des pays francophones ? Pourquoi le français persiste-t-il en Algérie à cette échelle ? C’est qu’il répond à des besoins cognitifs que ni l’arabe classique, ni l’arabe parlé, ni le tamazight ne satisfont. Dans ce tableau, il faut se demander quel est le statut de chacune des langues et surtout comment les locuteurs se les représentent. La première observation à faire, c’est que les Algériens ne valorisent pas et n’ont pas d’estime pour leurs langues vernaculaires. La Kabylie fait exception, mais cette exception est récente. Il est révélateur que la revendication de la réhabilitation de la langue berbère soit née dans le mouvement national, dans le PPA-MTLD secoué en 1949 par ladite crise berbériste. Détestant les archaïsmes de la société identifiés à l’arabité, les militants de ce courant souhaitaient une Algérie moderne et sécularisée.

Le populisme, fort en Kabylie comme dans les autres régions du pays, est arrivé à absorber cette crise pour se donner comme seul objectif l’indépendance. Mais ce courant est réapparu dans les années 1960 culminant dans la création de l’Académie berbère à Paris en 1967 animée par Mohamed-Arab Bessaoud dont le discours contre l’arabité était excessif pour ne pas dire plus, donnant une justification supplémentaire aux arabophones de rejeter et de se méfier de la revendication berbériste portée principalement par des francophones.

Cependant, l’hostilité des arabophones au tamazight ne s’explique pas seulement par l’extrémisme de l’Académie berbère. Cette hostilité a des racines plus profondes à rechercher dans l’imaginaire de la culture algérienne qui n’a pas intégré le caractère historique du monde social, et qui est enfermée dans une espèce de temporalité qui refoule tout ce qui est antérieur à l’islam.

La société algérienne reproduit l’héritage culturel de l’universalité que lui a fourni la civilisation islamique. Par conséquent, les arabophones ne sont pas hostiles à la langue berbère en soi ; ils sont plutôt attachés à un modèle atemporel où le passé n’a pas de place.

L’arabe dialectal est aussi victime de cet imaginaire, et est accusé — à tort —d’être le produit de la colonisation. Les langues vernaculaires, arabe dialectal et tamazight sont refusées parce que considérées comme incapables de véhiculer le savoir. Elles sont perçues comme les langues des ignorants, des femmes, des enfants ou de personnes qui n’ont aucune éducation et qui ne savent pas «parler officiellement».

Les locuteurs doutent que les langues vernaculaires puissent véhiculer la science et la parole divine du fait même qu’elles ne sont pas écrites. Il y a comme un déni de soi en rapport avec le complexe d’infériorité compensé par la survalorisation de la langue écrite, respectée pour la symbolique qu’elle renferme.

La langue vernaculaire est celle de la familiarité et des rapports infra-institutionnels. Mais dès que ces rapports s’éloignent de l’espace domestique, il est fait appel à une langue épurée qui cherche à se rapprocher de la fusha. Quand deux personnes, qui ne se connaissent pas et qui ne parlent que l’arabe dialectal, se rencontrent, elles formalisent leurs échanges langagiers.

Il y a une division linguistique singulière dans l’espace social d’une part entre l’officiel et le formel et, d’autre part entre l’usuel et l’informel, ou entre le public et le privé. Dès que quelqu’un prend la parole en public, il utilisera autant que possible des mots de l’arabe classique pour donner plus de crédibilité à son message.

Il n’y a qu’à voir à la télévision comment les personnes interrogées par les journalistes cherchent à parler l’arabe classique qu’ils ne maîtrisent pas. La fusha est la langue des activités publiques, comme si le groupe ne se concevait pas en dehors des références qu’elle véhicule. Elle a la charge de véhiculer l’universalité et d’exprimer la réalité enchantée du monde, tandis que la langue vernaculaire a pour vocation d’exprimer la dimension domestique et temporelle de la vie sociale.

L’arabe dialectal est désigné par le mot dévalorisant darijaet le berbère était encore appelé il y a quelques années chelha, ce qui est encore plus dévalorisant. Ceux qui prétendent que les Algériens arabophones sont contre la langue berbère parce qu’ils sont anti-kabyles ignorent totalement l’anthropologie linguistique du pays.

Il y a lieu de savoir que pendant des siècles, le sentiment religieux et la culture savante ont étouffé l’ethnicité, appelée en arabe chou’oubia. De grandes familles berbères bricolaient leurs arbres généalogiques pour se réclamer d’une ascendance arabe et pour se prévaloir du statut de chorfa et de mrabtine.

La Kabylie n’a pas échappé à ce mouvement puisque c’est là où on trouve le plus les noms comme Ramdane, Saïd, ‘Arab… Le prénom Lahouari a plus une consonance berbère que ceux de mes contradicteurs Mhand, Boualem, Tahar, Mouloud et Ali.

Il est vrai que cette arabité a été berbérisée comme l’indique le prénom Mhand dérivé de Mohamed. La Kabylie compte beaucoup de lignages maraboutiques qui prétendent avoir des ancêtres arabes établis d’abord à Saguiet el Hamra avant de s’installer au Djurdjura.

Cet héritage de plus de dix siècles ne peut être effacé par un trait de plume. Pour clarifier ce dont nous parlons, nous avons besoin de l’éclairage de l’histoire, de l’anthropologie, de la sociologie et de la linguistique. Nous rendrons service à la situation linguistique du pays en ayant recours aux sciences sociales pour expliquer les dynamiques et contradictions de la société, ce qui aidera à terme à faire émerger chez nos compatriotes la conscience de l’historicité et surtout pour comprendre qu’une langue est un outil de communication qui exprime l’imaginaire et les aspirations.

2. Langue et aspirations à la modernité

Le deuxième axe est relatif à la langue berbère elle-même, handicapée par le fait qu’elle était principalement orale. Sa capacité à attirer les jeunes générations dépendra de ce qu’elle leur offrira. L’affectif ne suffit pas à faire vivre une langue, fût-elle celle des ancêtres.

Et surtout, il ne faut pas oublier que les langues appartiennent à la longue durée, ce que les linguistes appellent la diachronie.

Ce qui est frappant chez les acteurs, c’est l’absence de perspective historique, c’est-à-dire l’incapacité de projeter dans le futur les tâches à étaler sur plusieurs générations.

Boumediène voulait développer en 20 ans l’Algérie par décret, c’est-à-dire par en haut, et nous savons ce qui arriva à l’économie du pays. Les berbéristes veulent restaurer au niveau national la langue berbère par décision politique. De ce point de vue, il faut rendre hommage à Salem Chaker qui a préféré inscrire sa contribution dans la longue durée accomplissant un travail académique de linguiste.

L’histoire et l’anthropologie de la langue berbère sont à faire pour montrer pourquoi cette langue n’a survécu que dans les montagnes et pourquoi les locuteurs ne lui ont jamais donné la dignité des langues écrites savantes. Il faut rappeler que les dynasties berbères d’origines tribales et maraboutiques se réclamaient toujours de l’islam puritain et de l’arabité citadine.

Comme si le berbère ne reconnaissait pas à sa langue la capacité de véhiculer et d’exprimer l’universalité. Ceci est une tendance anthropologique lourde dans la société exprimée aujourd’hui par l’hostilité à la langue berbère dès qu’il s’agit de catégories universelles comme religion, Etat, nation… Les Berbères n’ont pas fait comme les Perses qui ont sauvegardé leur langue et qui se sont démarqués sur le plan culturel des Arabes.

La modernité a fait bouger les choses et a permis au Maghreb, en Algérie et aussi au Maroc, l’émergence de courants qui se réclament de la berbérité, militant pour le statut officiel de la langue berbère. L’imaginaire atemporel qui sacralise la langue arabe est battu en brèche avec la proposition d’un modèle de nation avec deux langues. Le projet est-il viable ? Idéalement il l’est, mais l’histoire est un processus marqué par la cohérence et souvent l’incohérence des imaginaires et par la conscience des acteurs.

Le projet de renaissance de la langue berbère et sa reconnaissance comme langue de la nation ne se réaliseront que si elle n’est pas mise en opposition avec la langue arabe classique qui, qu’on le veuille ou non, a été le véhicule de la culture savante du Maghreb depuis le 7e siècle. La Kabylie, comme d’autres régions, y a apporté sa contribution.

Les oulémas au 17e siècle appelaient la Kabylie « la montagne savante », du fait que le savoir scripturaire avait été recueilli par les zaouiate locales après le déclin culturel de Bougie (voir à ce sujet le livre de Houari Touati, Entre Dieu et les hommes : lettrés, saints et sorciers au Maghreb, Maison des Sciences de l’Homme, 1994). Il faut cesser de désigner l’arabité comme bouc émissaire, comme la cause du retard culturel du pays.

Dans ce débat, nous passons, me semble-t-il, à côté de l’essentiel : la langue n’est pas une fin en soi ; elle est le véhicule d’une culture et d’une civilisation. L’échec de l’arabisation, qui a d’ailleurs encouragé la revendication berbériste, provient de ce qu’elle est restée prisonnière du turath, du patrimoine culturel médiéval.

C’est ce qui explique que soixante ans après les indépendances, il n’y a pas de philosophe, de sociologue, d’anthropologue arabophone ou arabe de dimension internationale, de niveau de Habermas, Bourdieu ou Geertz. La langue berbère connaîtra le même sort si elle reste prisonnière de la culture locale passée et de la poésie. Son avenir se joue dans sa formalisation en langue écrite avec l’alphabet arabe, et dans la traduction de Homère, de Tolstoï, en passant par Les Mille et une Nuits, le Coran et Kant.

A quoi servirait la langue berbère si nous ne pouvons pas lire dans cette langue des œuvres universelles et des travaux scientifiques sur la société algérienne ? L’affectivité ne suffit pas pour créer le lien social.

C’est ce qu’avait vu Durkheim qui avait opposé la solidarité mécanique fondée sur le lignage, à la solidarité organique fondée sur la division sociale du travail, figure de la modernité. Il en déduit que la solidarité mécanique n’est pas suffisante à elle seule pour assurer la cohésion sociale.

Je voudrais faire remarquer à mes collègues qui m’ont interpelé que la problématique durkheimienne des deux solidarités, enseignée dans toutes les facultés de sociologie du monde, a été élaborée à partir des observations ethnographiques faites en Kabylie durant le dernier tiers du 19e siècle (Cf. A. Hanoteaux et A. Letourneux, Mœurs et coutumes en Kabylie, Paris, 1880). L’anthropologue britannique Ernest Gellner (1926-1996) l’a reformulée en lui donnant le nom de segmentarité et l’a appliquée aux Berbères du Haut-Atlas marocain.

Le monde académique occidental se représente le Maghreb comme le lieu par excellence de la solidarité mécanique, des rapports lignagers, de l’affectif…, ajoutant par ailleurs que ce n’est pas suffisant pour assurer la cohésion sociale dans une nation moderne.

Ce qui est à craindre, c’est que le berbérisme ne reproduise les défauts et les limites idéologiques du nationalisme arabe qui a étouffé l’individu dans une identité essentialisée. La nature humaine est une essence ; la culture est une construction historique faite de continuités et de ruptures.

En conclusion, je voudrais faire une remarque d’ordre méthodologique. Comme universitaire, je n’exprime pas une opinion personnelle ou un jugement de valeur.

J’essaie de produire des analyses, à confirmer ou à infirmer par l’échange académique, pour cerner les dynamiques sociales et politiques de l’Algérie. Mon opinion sur le principe d’enseigner la langue berbère à Mascara et à Tébessa importe peu. Ce qui importe, c’est de savoir si c’est réalisable aujourd’hui.

Je voudrais aussi ajouter que je ne suis ni anti-berbériste, ni berbériste. Je suis anti-anti-berbériste, c’est-à-dire que, dans le respect des valeurs démocratiques, je suis contre les anti-berbéristes. Enfin, je laisse le soin au lecteur du Soir d’Algérie d’estimer si je me suis débarrassé du caillou dans mon soulier et si je suis parvenu à le mettre dans les souliers des compatriotes qui m’ont interpelé et à qui je transmets mes cordiales salutations.L. A.

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Lounis Aït Menguellet. Poète, chanteur, compositeur***El Watan 19 juillet 2010

Posté par algeriedemocratie le 20 juillet 2010

Lounis Aït Menguellet. Poète, chanteur, compositeur« Mon histoire avec Matoub Lounès n’était pas aussi dramatique… »

El Watan 19 juillet 2010

Lounis Aït Menguellet ou l’accueil des plus chaleureux : « L’interview, nous la ferons chez moi, à Ighil Bwammas, je vous y invite pour lundi. Cela vous va-t-il ? », nous dit-il tout de go. Ighil Bwammas via Larbaâ Nath Irathen, Aïn El Hammam puis Yatafen. Un trajet, fort agréable, qui fait le rappel des descriptions pointues d’un Feraoun dans Jours de Kabylie, ou de Fadhma n’Ath Mansour dans Histoire de ma vie. Des villages attachés les uns aux autres sur les cimes à redents, tels que chantés si bien par le poète Lounis : « Tamourtiw dizurar ghaf idurar. » Avant d’arriver chez lui, une poignée de jeunes villageois regroupés devant une épicerie semblent nous attendre. « Voyez-vous, nous avertit-il, mes deux couleurs préférées : le noir et le blanc. » Cette dualité qu’on retrouve dans le yin et yang, un joli tableau accroché au mur, deux faces opposées d’un monde à déchiffrer. Deux objets, cependant, captent tout particulièrement notre attention : des arcs, dont l’un est magnifiquement taillé dans un bois rare et sculpté avec un raffinement d’orfèvre. « Arc de chasse, précise-t-il. Peu de gens savent que je suis archer. » Comme dans Ulysse, il faut de la force, du savoir-faire et du doigté pour le tendre. Alors, Aït Menguellet se plaît-il à décocher des flèches empoisonnées ? Pas forcément !

-  Qui est Lounis Aït Menguellet dans la vie de tous les jours ?

Dans la vie de tous les jours, je suis un citoyen ordinaire qui s’occupe de sa famille, de ses soucis familiaux surtout, et Dieu sait qu’il y en a ! Chacun de nous a des problèmes et je ne fais pas exception. J’essaye d’organiser ma vie, c’est-à-dire je fais tout pour que ma vie familiale soit harmonieuse, et pour cela il faut des ingrédients. Disons que je suis quelqu’un qui essaye d’utiliser son temps à bon escient, entre la vie familiale, les enfants et les loisirs qui me permettent un équilibre physique et mental.

-  Quels rapports entretenez-vous avec les habitants de votre village, Ighil Bwammas ?

D’excellents rapports ! Il ne pourrait en être autrement, parce que je suis né à Ighil Bwammas, je connais tout les villageois et tous les villageois me connaissent. J’apprécie tout le monde et je peux dire que, globalement, tous m’apprécient et c’est aussi parce que je ne suis pas venu d’ailleurs pour m’intégrer à la vie du village, bien au contraire, tous les villageois me considèrent, à juste titre, comme un des leurs.

-  C’est ce qui explique votre attachement au village…

Absolument, il faut aussi savoir une chose, c’est qu’à Ighil Bwammas, j’en arrive à oublier que je suis un personnage public, un chanteur. On me le fait oublier tellement je ne suis considéré que comme un citoyen du village.

-  Pendant que d’autres artistes ont choisi d’émigrer, d’évoluer ailleurs, vous, vous avez préféré rester parmi les vôtres. Pourquoi ?

J’ai préféré rester ici parce qu’à mon sens, je dois tout au village. Je dois tout à ma naissance dans ce village, je dois tout à ma vie parmi les miens, chose qui ne m’a jamais empêché de m’enrichir de la culture universelle par mes nombreux voyages. Cela dit, mon port d’attache, mon véritable port d’attache reste mon village et c’est ce qui fait ma force.

-  Malgré le danger de mort qui vous guettait ? Je fais allusion aux années de terrorisme…

Il n’y a absolument aucun danger qui me ferait quitter les miens. La seule chose qui pourrait le faire, c’est la déception, c’est une déception qui émanerait du village ; c’est de découvrir par exemple que je me suis trompé dans mes considérations, dans mes jugements, et là, je crois que ce serait la déception de ma vie ; et donc, dans ce cas-là seulement, je partirai sans me retourner. Enfin, j’espère que ça n’arrivera pas, et je suis sûr que ça n’arrivera jamais. Maintenant, les dangers, je ne pense pas qu’il y en ait un qui me ferait quitter mon bercail, j’ai vécu ces moments les plus durs où tout le monde voulait quitter l’Algérie.

-  Que répondez-vous à ceux qui disent qu’Aït Menguellet doit sa survie à un compromis avec les groupes armés ?

Vous conviendrez que ce sujet a été rabâché et n’attendez pas de moi de m’étaler là-dessus. Ceci dit, si c’était le cas, le dernier des terroristes capturé aurait donné mon nom. Quant à ceux qui ont propagé ce genre d’accusations, je ne daigne même pas les mépriser, car Dieu sait, je n’aime pas mépriser les gens, et je leur laisse ce réconfort si c’en est un de vouloir excuser leur incapacité d’affronter la situation en accusant de trahison ceux qui ont eu le courage de l’affronter. La voilà ma réponse.

-  Des partis politiques ont toujours recherché vos opinions. Que leur répondez-vous, et quelle est votre position politique si vous en avez une ?

Franchement, je n’ai pas de position politique, je ne suis pas partisan et je ne l’ai jamais été, parce que j’estime que si on se mettait à étudier chaque programme de chaque parti, on y trouvera du bon comme du mauvais. Certainement, vous me diriez que c’est un peu trop facile de prendre tout ce qui est bon de chaque parti politique… N’appartenant à aucun d’entre eux, j’ai cette prétention… je me sens libre d’avoir mes opinions. Alors, d’un coup, je pourrais être d’accord avec tel parti, et d’un coup, je paraîtrai d’accord avec un autre. En fait, ce n’est ni un changement d’opinion ni de l’hypocrisie politique, allant du principe que je n’ai aucun parti pris.

-  Vous venez de signer récemment une pétition que les journaux ont reprise ; n’est-ce pas là une position politique ?

Non, ce n’est pas une position politique que de défendre ceux qui se sont sacrifiés pour que nous vivions libres aujourd’hui. Je les défendrai quel que soit le prix. Je ne considère nullement cela comme une attaque envers quiconque, je considère que c’est une opinion que je me dois d’exprimer et que j’exprimerai toujours. Je suis un nationaliste dans l’âme, parce que je suis un enfant de la guerre. J’ai vécu la révolution de notre pays dans une très mauvaise condition, c’est-à-dire une position où un enfant comprend tout, se souvient de tout, mais n’a aucun moyen de se défendre, d’agir ou de faire quoi que ce soit. D’ailleurs, on oublie souvent de parler des enfants de la révolution parce qu’au moment où un adulte pouvait prendre son parti, il pouvait soit prendre les armes et aller rejoindre le maquis, soit, ma foi, si telle était sa conviction, s’allier avec le colonialiste. Par contre, un enfant n’avait même pas ce choix, il subissait tout simplement. Et c’est dans cette situation que j’ai vécu la guerre, je l’ai subie, et je m’en souviens. Alors, quiconque s’attaquerait à des gens qui ont fait que nous soyons libres, je m’élèverai contre lui.

-  Que pensez-vous de l’autonomie de la Kabylie ?

Alors là ! Cela ne fait pas du tout partie de ma façon de voir. La Kabylie est une parcelle de l’Algérie, comme le dit si bien cette expression devenue un cliché : « Il n’y a pas de Kabylie sans l’Algérie, comme il n’y a pas d’Algérie sans la Kabylie ». Me concernant, je considère que nos chouhadas ne se sont pas sacrifiés pour qu’aujourd’hui on s’isole. Ils se sont sacrifiés pour l’Algérie entière, pour libérer tout le territoire. Tout le territoire algérien nous appartient.

-  Et le gouvernement provisoire du MAK ?

N’étant pas d’accord avec le principe, je ne vois pas comment je serais d’accord avec tout ce que cela peut générer.

-  On vous a beaucoup critiqué lors de la campagne présidentielle de 1999 où vous avez applaudi le discours de Bouteflika à la salle Saïd Tazrout de Tizi-Ouzou. Que répondez-vous aujourd’hui à tête reposée ?

Depuis 1962, il y a eu en Algérie des militants contre la dictature, contre l’interdiction de la parole, d’attitude… et ce qui est curieux, c’est qu’aujourd’hui on a abouti, soi-disant, car je n’y crois pas trop à cause de tout cela à un semblant de démocratie et qu’est-ce qu’on me demande, ou plus exactement, qu’est-ce qu’on exige de moi ? On exige de moi d’être sous contrôle, on m’interdit d’être libre, et personne n’a fait état de cela. Tout le monde journalistique m’a tiré dessus, sans faire cette remarque qu’on voulait empêcher un citoyen d’agir à sa guise, sans faire de mal à quiconque et sans entraîner qui que ce soit avec lui. J’aurais compris si j’avais organisé une campagne pour dire aux gens : « Venez, on va applaudir Bouteflika ». Là, j’aurais compris, là j’aurais assumé en tant que partisan ou partisan d’une idée, mais moi, j’avais tout simplement agi en tant que citoyen et on a voulu m’empêcher d’avoir une attitude que j’avais envie d’avoir. Je répète que je ne devais ni ne dois d’explication à personne au nom de cette même démocratie qu’ils disent défendre. Malheureusement, nos journalistes de l’époque n’avaient pas assez de maturité pour penser à ça, et ceci est grave et ça fait peur, hélas.

-  Vous avez refusé une tournée lors de la campagne présidentielle passée, qu’elle en était la raison ?

Une tournée à connotation culturelle, c’est honorer la culture et honorer mon pays, mais une tournée à connotation politique ne fait partie ni de mes ambitions ni de ma façon de voir les choses.

-  Parlez-nous de votre relation avec le regretté Matoub Lounès ?

Je crois que j’avais brossé l’essentiel du tableau dans l’interview que j’avais accordée à la chaîne de télévision Berbère TV, disons que j’avais dit l’essentiel. Matoub était un ami, au contraire de ceux qui se prétendent maintenant amis et qui ne l’ont en fait jamais été. Il est vrai qu’on avait des différends du moment qu’il avait sa personnalité et que j’avais la mienne. Qu’il y ait eu des divergences entre nous, cela n’est vraiment pas exceptionnel. Le fait qu’on soit fâchés aussi ne l’est pas. Peut-être que s’il était encore de ce monde, aujourd’hui nous serions redevenus de bons amis. Ce sont des choses qui arrivent, et c’est la vie. Seulement, les gens prennent les choses à leur façon et malheureusement de la mauvaise. Ils construisent donc des tas d’histoires qui n’ont pas lieu d’être.

-  Cette gêne, cette mésentente qui ressort en filigrane dès qu’on parle de vous deux est-elle justifiée ?

Justifiée, certainement, en ce sens où deux amis ont des différends et se sont fâchés par la suite. Il y a toujours une raison à cela et c’est toujours justifié. Matoub et moi étant tous deux des personnages publics, les gens ont interprété les choses à leur guise et nous ont mélangés à toutes les sauces. C’est parfaitement injuste, mais c’est dans l’ordre des choses, et on n’y peut rien. Sous d’autres cieux, cela aurait pu être un prétexte à l’enrichissement même de la culture. Il est dommage que chez nous on y voit que le côté négatif des choses. Si par contre on nous avait confronté Matoub et moi d’une autre manière, c’est-à-dire d’une manière plus saine, je crois que cela aurait donné quelque chose d’enrichissant. Mais les auteurs de ce genre de supputations ne sont pas sains eux mêmes dans leur tête et donc ils donnent des connotations malsaines. Sinon, mon histoire avec Matoub n’était pas aussi dramatique que le laissaient supposer les gens.

-  Peut-on dire qu’Aït Menguellet vit de son art ?

Oui, oui, chanter m’a fait vivre. Il est vrai qu’avec ce phénomène du piratage de haute volée, l’industrie du disque connaît une crise, mais à côté de cela, il y a les galas, les droits d’auteur, et comme je ne mène pas une vie sur un grand pied… Je mène en fait une vie simple qui ne me demande pas de grands moyens.

-  Donc, on peut dire qu’Aït Menguellet vit de son art…

Oui, j’ai cette chance-là, je crois que beaucoup d’artistes ne pourront pas en dire autant malheureusement, car j’estime que c’est une chance. Maintenant, est-ce qu’elle durera ? Je n’en sais rien. J’en vis décemment, je n’ai pas l’habitude de faire des folies, donc cela me permet de vivre dans une aisance relative.

-  Que pensez-vous du statut de l’artiste dans notre pays ?

Le statut de l’artiste, c’est très délicat d’en parler. Je crois que les pouvoirs publics renvoient dos à dos les propositions de l’artiste avec ce que le ministère concerné pourrait faire. C’est-à-dire que l’Etat conditionne ce statut à l’organisation préalable des artistes, en associations, en syndicats… ; les artistes, quant à eux, placent le statut avant toute organisation ! Convenez que c’est un cercle vicieux. Sincèrement et sérieusement, un statut on en a besoin, car jusqu’à présent l’artiste pratique son art en dilettante, il n’est ni assuré ni n’a de reconnaissance légale réelle. Là, on parle spécialement de la chanson. Spécialement, car la chanson a participée à tous les mouvements qui ont fait avancer les choses dans notre pays, depuis l’ère sombre de la colonisation jusqu’à nos jours. L’artiste a toujours eu une place prépondérante et un mérite dans l’évolution positive du pays, alors cela ne serait que justice que de le respecter en mettant sur pied un statut qui puisse le valoriser et le reconnaître en tant que tel.

-  Que pensez-vous de la situation actuelle de la chanson kabyle ?

A mon sens, la chanson kabyle est toujours allée en dents de scie, un coup ça va, un coup ça ne va pas, ça descend et ça remonte, mais globalement, on peut dire qu’elle se porte bien en ce sens qu’il y a un foisonnement de chanteurs et de genres. D’ailleurs, cela a toujours été ainsi, la décantation se fera. Il y aura ceux qui seront abandonnés en chemin et ceux qui vont perdurer ; donc, le tri se fera de lui-même, car ceux qui écoutent savent apprécier et finissent par élire. Me concernant, j’aime bien le fait qu’il y ait foisonnement, qu’il y ait justement de la matière pour que le choix se fasse. Et il me semble qu’il y a aujourd’hui une pléiade de jeunes promis à un bel avenir dans le monde de la chanson kabyle.

-  Par exemple ?

Si Moh, Zimou, Ali Amran, Djamel Kaloun… pour ne citer que ceux-là. Mais il y a tant d’autres, et à mon sens, il n’y a pas lieu de s’inquiéter pour l’avenir de la chanson kabyle. Je citerai aussi Djafer, et ce n’est pas parce que c’est mon fils, mais c’est parce qu’il est bourré de talent.

-  Qu’auriez-vous été si vous n’étiez pas chanteur ?

Si je n’étais pas chanteur, je crois que j’aurais fini par embrasser finalement ma première vocation, celle d’ébéniste. J’ai toujours adoré travailler le bois.

-  Quelle place occupe le sport dans votre vie ?

Le sport occupe une place prépondérante dans ma vie, mais disons que j’ai toujours été contre la compétition, bien que je ne tire pas sur ceux qui aiment la compétition, car ce sont des gens qui veulent s’affirmer et c’est tout à fait légitime. De mon point de vue, le sport, je l’ai adopté beaucoup plus pour un équilibre physique et mental.

-  Et à part le sport, que faites-vous de votre temps libre ?

Oh, mon Dieu ! Il y a tellement de choses à faire ! D’abord, gérer sa famille ; je crois que les pères de famille ne me contrediront pas, pour gérer sa famille on a besoin de tout le temps qu’on a. Principalement, mon temps, je le consacre à mes enfants, à ma famille. Le reste ? D’aucuns pensent que le travail d’artiste dégage un temps libre… Peut-être oui, quand on est célibataire ! Mais là, en étant père, j’avoue qu’il ne m’en reste pas beaucoup. Entre la chanson, mes occupations familiales et mes loisirs, je mène une vie assez bien remplie.

-  Je vois ici deux beaux arcs, des sabres, le fameux Yin et Yang et une série d’objets que je présume être des souvenirs de vos nombreux voyages. Parlez-nous un peu de ce petit musée autour de nous ?

Un musée ? Non ! Ce sont en fait des choses que j’aime, et comme nous sommes là à faire l’interview dans mon studio, là où je passe beaucoup de temps, j’aime être entouré de ces objets. J’ai mes arcs et peu de gens savent que je suis archer depuis 1978. Je pratique le tire à l’arc, mais en tant qu’amateur ; d’ailleurs, je pratique tout en tant qu’amateur. Le sport pour moi doit faire partie de l’hygiène de vie, de la vie même, parce qu’il est d’une utilité incontestable, aussi bien pour rester en forme que pour rendre visite le moins possible au médecin. Le sport fait partie de ma vie et j’essaye de varier de façon à ce que cela fasse aussi partie de mes loisirs. Je n’aurais pas pu faire du sport si je n’y prenais pas plaisir avant tout, c’est important.

-  Etes-vous intéressé par d’autres formes d’expression artistique ; si oui, lesquelles ?

Intéressé en tant qu’amateur, oui. J’aime l’art en général. J’apprécie les belles peintures ; d’ailleurs, j’en possède une belle collection. La sculpture également, le théâtre aussi… Bref, j’apprécie tout ce qui est beau, tout ce qui est bien exécuté.

-  Et quelle place faites-vous à la lecture ?

La place qu’occupe la lecture est au moins aussi importante que celle qu’occupe le sport. Je ne peux pas vivre sans la lecture, cela veut tout dire. Vous me demanderez peut-être ce que j’aime lire. Je suis un lecteur plutôt éclectique, je m’intéresse à tout, je suis curieux de tout et je passe ma vie à chercher des réponses à tout. (Rires). Vous avez des préférences pour certains auteurs, certains livres J’avoue que j’ai un faible pour la science-fiction, le polar, mais j’ai lu et aimé tous les genres, je vous ai dit que j’étais éclectique. J’ai par exemple tout lu de Yasmina Khadra, que j’ai eu le grand plaisir de le rencontrer.

-  Quel est votre livre de chevet ?

En ce moment, c’est le livre de Mammeri Yennayas El Cheikh Mohand, j’adore aussi bien le personnage de Cheikh Mohand que celui de Mammeri qui a été à la hauteur pour appréhender ce personnage. Mais bon, je dois avouer que mes livres de chevet changent périodiquement (rires) : Nietzsche, Machiavel, Jostein Gaarder qui m’a fait revisiter mes cours de philosophie…

-  Le dernier roman que vous avez lu…

C’est en cours, je me suis attaqué au roman de Stieg Larsson, un Suédois. Il a écrit trois tomes volumineux qu’il a intitulés Millenium. En fait, dans le roman, Millenium est une revue. Je trouve l’histoire géniale, car c’est un bon thriller en même temps, très agréable à lire, avec beaucoup de suspense et d’action. Il est très instructif aussi. Malheureusement, l’auteur, qui était également journaliste, est mort d’une crise cardiaque au moment où il remettait ses trois volumes à l’éditeur, ce qui est bien triste. En restant toujours dans le registre suédois, j’apprécie beaucoup un écrivain de romans policiers, Hening Mankell. J’adore sa façon d’écrire car, comme je viens de le dire, je me suis beaucoup frotté au monde du roman policier, je trouve que c’est le summum dans le genre.

-  Etes-vous tenté par l’écriture ?

Euh, pas vraiment… D’ailleurs, je ne sais pas si j’en suis capable. Peut-être ? Si un jour l’envie d’écrire me prend, je serai dans l’obligation de m’associer avec quelqu’un qui a une belle plume pour que je puisse exprimer mes idées.

-  Qu’en est-il de Passerelles ?

Eh bien, Passerelles est une revue que nous avons créée dans un but purement culturel. C’est une revue qui nous a apporté beaucoup de satisfaction, qui nous a demandé également énormément d’efforts, mais qui a tout fait, sauf nous enrichir, quoi qu’en pensent certaines gens. Il y avait des moments où nous puisions de nos poches, aussi bien mon associé que moi, mais c’était un plaisir de dépenser pour voir une aussi belle revue paraître. Malheureusement, cette revue, tant que nous disposions de l’argent de la publicité pour couvrir les frais de sa publication, nous la publiions chaque mois ; donc, c’est une revue mensuelle, mais à présent la publicité faisant défaut, nous nous retrouvons obligés de ne la faire paraître qu’occasionnellement, cela veut dire que ce que nous faisons maintenant, c’est ramasser des miettes, petit à petit, jusqu’à ce que nous arrivions à rassembler la somme qu’il faut pour pouvoir l’éditer.

-  Votre film préféré. ..

Franchement, je n’ai pas de film préféré, je ne pense pas être un grand cinéphile, même si je sais apprécier un bon film.

-  Et en tamazight ?

J’aime beaucoup le film de Belkacem Hedjadj, Machaho, je le trouve bien fait à tous égards

-  Puis-je revenir à votre vie « un peu plus privée » ?

Vous n’y êtes pas déjà ? Allez-y !

-  Djaffar, enfant, a eu un accident, pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, c’est vrai, mon fils Djaffar a eu un accident qui a failli lui être fatal. Il a été électrocuté à 30 000 volts ! Ceci pour dire qu’il a eu de la chance ! C’était une période que j’ai très très mal vécue et que j’ai affrontée avec la force du désespoir parce qu’il fallait le sauver. D’ordinaire, je suis quelqu’un de plutôt calme et lent, mais dès qu’il s’agit de ma famille, je deviens plus efficace. J’ai heureusement tout fait pour faire face à cette situation et Dieu merci, il a été sauvé. Je n’aurais jamais cru goûter à ce plaisir de tenir sur mes genoux ce fils Djaffar et le voir grandir aujourd’hui. C’est pour moi un immense bonheur.

-  Beaucoup de choses ont été dites sur la condamnation de votre fils Ribouh en France, pourriez-vous nous livrer la vraie version des faits ?

Pour répondre à cette question, il y a trois versions : la version longue, la version courte et la version très courte. Je vais vous raconter la version très courte. Mon fils a été victime d’une machination et je lui en ai voulu parce qu’il n’a pas su m’écouter et voir le piège qui lui a été tendu. Je l’ai averti qu’il allait lui arriver quelque chose de fâcheux, qu’il avait affaire à des gens qui allaient se servir de lui, qu’il serait le bouc émissaire parfait, qu’il serait condamné sans que personne ne puisse lui venir en aide et que moi-même je serais dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit. Je l’ai aidé à se déconnecter de cette situation mais lui, en voulant faire le Don quichotte, parce que mon fils aime jouer les justiciers, il l’a appris à ses dépens qu’on ne peut pas tout le temps jouer aux justiciers impunément. Et c’est pour ça qu’il est tombé dans le piège contre lequel je l’avais averti. Un piège bien préparé, et les gens qui l’ont préparé ont eu tout le temps de le faire.

-  Est-ce que par ce piège on voulait toucher à votre personne ?

Non ! Effectivement, beaucoup de gens ont pensé que c’est un complot qui me visait moi ; en fait, c’est faux ! C’est une situation qui s’est créée indépendamment de moi, mais dont je connaissais l’origine, dont je voyais les ficelles. Simplement, mon fils a été aveuglé par sa bonté, il a été victime par son esprit de sacrifice.

-  Où en est l’affaire à présent ?

Ribouh est quelqu’un qui se comporte très bien. Il est très bien considéré, donc il bénéficie de grâces régulièrement, j’espère qu’il sortira bientôt.

-  Il a été dit que l’Etat français vous a proposé la légion d’honneur, pourquoi l’avoir refusée ?

La seule légion d’honneur que j’accepterai sera celle de mon pays, si un jour elle existe.

-  Vous avez également refusé l’invitation de Zidane lors de sa visite à Béjaïa, pourquoi ?

Vous savez, on m’a invité à plusieurs événement soi-disant grandioses ; je n’aime pas trop me montrer, je n’aime pas me servir de la popularité des autres pour briller. Sans être prétentieux, je brille déjà assez comme ça. Cette lumière me suffit largement. C’est la lumière des humbles qui m’intéresse. Donc, briller aux côtés d’un Zidane que j’admire, que j’adore – Zidane m’a fait aimer le football – donc briller à côté de lui ne m’intéresse pas, tout simplement parce que c’est bien à lui de briller étant donné que moi j’avais ma place ailleurs.

-  Revenons à votre actualité ; votre album est-il fin prêt ?

Pratiquement. Jeff s’occupe des dernières retouches

-  Etes-vous satisfait du travail ?

Oui, je suis satisfait car c’est un travail réalisé en famille, j’ai écrit mes chansons comme d’habitude et Djaafar les a embellies avec des arrangements que seul lui peut réussir pour la simple raison qu’il ne peut y avoir dans le monde un arrangeur qui me comprendrait mieux que lui ; ajoutons à cela qu’il est talentueux, donc je lui fais entièrement confiance. Je vous apprends encore autre chose, la conception de la maquette a été faite par mes deux enfants Tarik et Hayat qui se sont attaqués à la conception de la jaquette à partir des photos qui ont été prises par ma fille Hayat qui est une ancienne artiste de l’école des beaux-arts et qui se révèle être aussi excellente photographe. La traduction de mes textes en français a été assurée par mon fils Tarik, et comme il est aussi infographe, il a aidé sa sœur dans la conception de la jaquette. L’enregistrement, je le fais conjointement avec mon fils Djaffar. Donc, comme vous le voyez, c’est un travail en famille et j’en suis très fier. Vous avez évoqué dans la presse « des bonus » en annexe… Oui, cette fois-ci, à côté de mes nouvelles créations, six chansons, j’ai traduit en kabyle la chanson mythique de Bob Dylan Blowing in the wind. En fait, depuis que je l’avais interprétée en duo avec Hugues Aufrey, c’était à Bercy en 2003, l’idée de l’enregistrer n’a pas quitté mon esprit. Maintenant que l’occasion s’est présentée, c’est chose faite. Vous avez parlé aussi d’une reprise du chanteur Akli Yahiatene… Oui, en effet, j’allais adjoindre à mes chanson un duo que j’ai interprété avec Akli Yahyaten sur sa célèbre chanson Ya l’menfi, lors du gala qui nous a associés il y a quelques jours au Palais des sports à Paris. Malheureusement, lui n’étant pas disponible en Algérie pour placer sa voix en studio, j’ai dû surseoir, et la chanson ne sera pas présente dans l’album.

-  Donc, l’album ne comptera que sept chansons…

Exact.

-  Est-il prévu des tournées pour la promotion de votre album ?

Des tournées, s’il y en a, ça ne sera certainement pas pour la promotion de l’album. Vous m’avez demandé tout à l’heure si je vivais de mon art, donc c’est tout simplement une affaire de travail pour moi, parce qu’il faut vivre, il faut travailler. J’ai un travail bien agréable, les tournées me permettent de retrouver les gens que j’aime et ce n’est pas de la démagogie, car si je ne les aimais pas, j’aurais certainement fait autre chose. Donc, faire une tournée c’est pour moi le plaisir de retrouver les gens, un plaisir qui m’assure également mon quotidien, alors je me consacre à ce plaisir de chanter, d’être écouté, d’être acclamé, de vivre des moments de parfaite symbiose avec mon public.
Le nouvel album Tawriqt le 24 juillet

- Selon son fils Djaffar, Tawriqt de Lounis Aït Menguellet paraîtra le 24 juillet prochain. Un nouvel album, tant attendu par un public impatient de retrouver son idole après une longue absence, qui a duré cinq ans après son album Yennad umghar. Cet album comportera six chansons : Amenugh, Sserh i waman adelhun, Tawriqt iguevgha uliw, Tagara n’tezwara, Ghas ma nruh et Lejwab g wadu. Cette dernière chanson est une traduction de la chanson mythique Blowing in the wind de Bob Dylan.

Publié dans AÏT MENGUELLET(54) | 2 Commentaires »

«Iberdan N Tissas», le premier livre de l’histoire de la Révolution en tamazight

Posté par algeriedemocratie le 31 décembre 2009

Présentation de l’ouvrage de Messaoud At Ammar à la BN«Iberdan N Tissas», le premier livre de l’histoire de la Révolution en tamazight«Iberdan N Tissas», le premier livre de l’histoire de la Révolution en tamazight dans tamazight(65) 1841_56982

L’exploit se veut une continuité et une préservation du patrimoine historique kabyle, mais aussi celui national, puisqu’il revient aux gloires et aux  sacrifices consentis par le peuple algérien avant, durant et après la Révolution de novembre.

La Bibliothèque nationale a abrité avant-hier une conférence de presse animée par Abdellah At Ammar, le fils de l’auteur, Messaoud At Ammar, et en présence d’importantes personnalités historiques, comme la grande moudjahida Louisette Ighil Ahriz, et d’autres personnalités du monde culturel. C’est une rencontre dans laquelle le fils du grand écrivain kabyle a tenu à présenter l’ouvrage de son défunt père et qui a été animée par Abdeslam Abdenour, chercheur et spécialiste de la langue amazighe.

L’exploit se veut une continuité et une préservation du patrimoine historique kabyle, mais aussi celui national, puisqu’il revient aux gloires et aux  sacrifices consentis par le peuple algérien avant, durant et après la Révolution de Novembre. Par ailleurs, l’ouvrage relate les périodes allant de la naissance du Mouvement national dans l’immigration au déclenchement de la Guerre, à l’Indépendance et à la période post-indépendance. En effet, ce qui caractérise l’ouvrage c’est la spontanéité avec laquelle l’officier a rapporté les faits. Ils sont relatés avec beaucoup de franchise.

La citation précise des évènements, des dates, des noms de lieux et parfois même des heures auxquelles se sont déroulés les évènements. L’ouvrage rompt avec l’hésitation habituelle avec laquelle est appréhendée l’histoire de la guerre de Libération nationale en général et dans la Wilaya III en particulier.

En outre, la forme courante élaborée et soutenue à la fois de la langue utilisée -tamazight – par l’auteur rend encore plus attrayante et captivante la lecture de l’ouvrage. C’est un parfait exemple de transposition du code oral sur le code de l’écrit et c’est ce qui encourage les enseignants de la langue amazighe qui l’exploitent sous forme d’outils d’étude et d’analyses de texte.

Il est  constitué de 26 chapitres avec une parfaite continuité au fur et à mesure que se déroule l’évolution des situations et des évènements dans l’espace et dans le temps.  Ainsi, des photographies enrichissent le livre où l’on voit l’auteur tantôt au maquis tantôt prononçant des discours pour la libération aux cotés de valeureux colonels, commandants de la Wilaya III. Alors n’hésitez pas à le consulter.  Un autre fait marquant l’ouvrage est la langue utilisée. Il est le premier livre écrit en kabyle. La dimension du livre dépasse de loin celle d’un écrit-témoignage en atteignant celle de la restitution à une langue millénaire, la place qui lui sied dans l’usage courant et quotidien d’une langue algérienne.

 

Maouchi Yahia

source: la dépêche de kabylie

Publié dans tamazight(65) | Pas de Commentaires »

amawal. source: » missnchrea.unblog.fr »

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2009

Tamazight – Kabyle

Français

1

Aberzguzaw Verdier

2

Abaعouche Fourmis

3

Abouعli Rouge gorge

4

Abrik Canard

5

ach hili Sirocco

6

Achayadh Troc

7

ADDAL SPORT

8

ADDAL SPORT

9

Adhrare Pierre

10

Afalkou Buse

11

Afertettou ou Azwaw PAPILLON

12

Afroukh Poussin

13

AGADIR REMPART

14

Agdel Cedre

15

Agharda Souris

16

Aghbalou la source

17

Aghdi Chien Berger

18

Aghedou Vigne

19

Aghernoug Grue cendre

20

Aghiless Tigre

21

Aghonja Louche

22

Aghroum Galette

23

Aghyul Ane

24

AGOUJIL ORPHELIN

25

AGRAWAL DICTIONNAIRE

26

Aguendouz Veau

27

AGUIZU L LE COURAGEUX

28

Aherbebou

29

Ajanoui : Thajanouith Couteau

30

AKERSIM LE CARACAL”LYNX”

31

Akeule Terre

32

Akheroub Carroubier

33

Akhnas Liège

34

Akthoul Lapin, lièvre

35

Akzih (Aydi) Chien

36

Akعab Renard

37

Algham Chameau

38

Alime Foin

39

Amaarof Chouette

40

Amalou Ouest

41

AMANAR CONSTELLATION

42

Amawal Lexique

43

Amchiche Chat

44

Amekhthef Crochet

45

Amenay Le cavalier

46

Amene Eau

47

Amenzu Le premier

48

Ameqran L’aîné, le grand

49

Amergou Grive

50

Amestan Le protecteur, le défenseur

51

Amezwar Le leader, le guide, le premier

52

Amêzyan Le cadet, le petit

53

Amguergour Grenouille

54

Amnar Seuil

55

AMNIR SCOUT

56

AMOUSNAW LE SAGE OU SAVANT

57

ANFED ACIER

58

ANFED ACIER

59

Anhil Autruche

60

AQABECH PIOCHE

61

AQABECH PIOCHE

62

Aqjoune Chien de garde

63

ARAGFOUR PARAPLUIE

64

Ardef Cygne

65

Arou Porc epic

66

ARZAZ GÜEPE

67

ASERDOUN CHEVAL

68

Aslougui Levrier

69

Assafsaf Peuplier

70

Asseflaw Fauvette

71

ASSEKLOU REBOISEMENT

72

Assenane Epine

73

Asserdoune Mulet

74

ASSETRO PIEGE /RESSORT

75

Assetro/ piège

76

Assif / Thassifthe Rivière

77

Assighna Nuage

78

Athara Progrès

79

ATTADH DOIGT

80

Attaross chien de chasse

81

Awerjej Cicale

82

Ayamoune Guepier

83

Ayazite Coq

84

Azemmour Olive

85

AZENZAR RAYON”lumiere”

86

Azerzor Etourneau

87

Azitote Palombe

88

Azrem Serpent

89

AzRER COLLIER

90

AzRER COLLIER

91

Azzguer Bœuf

92

Aعoudio Cheval

93

Belhareth (Izzem) Lion

94

Bouamar Hobereau

95

Boukhatem Balbuzard

96

Boumakhiyott Bbecasse

97

Ibekki Singe

98

Ibibitt Vanneau

99

Ifigha Couleuvre

100

IFIGHAR COULEUVRE

101

IFIGHAR COULEUVRE

102

IGHID CHEVREAU

103

IGHISAM ALCOOL

104

IGHISAM ALCOOL

105

Iguer Champ

106

Ihikkel Mâle de la perdrix

107

Ijji Chêne liège

108

Ikkeri Mouton

109

Ilili LAURIER ROSE OU BLANC

110

Illef Sanglier

111

IMSISMETT REFREGERATEUR

112

Inifife Entonnoir  / Lanbot : long bout

113

Inissi Herisson

114

Irzaze Guepe

115

Isker Chêne vert

116

Islen Frêne

117

Ithbir lekhla Pigeon sauvage ou Bizet

118

IZIMER AGNEAU

119

IZIMER AGNEAU

120

Izzi Mouche

121

Lbaz Faucon

122

LKAF RAVIN

123

Ottone Numéro

124

Ouchene Chacal

125

Sebbara agave Aloes

126

TAGHESSA SQUELETTE

127

TAGHESSA SQUELETTE

128

Taqnouzt Devinette

129

Tassaft Chene

130

TCHAQLALA BAGARRE

131

TEBBIB HUPPE

132

Tekthounia Cognassier / Sfarjel

133

Thabourakment Chardonneret

134

THABOUZEGAGHTH ROUGEOLE

135

Thabouzegrayt Berberonnette

136

THABRIKT OIE

137

Thafounesse Vache

138

Thaghat Chèvre

139

Thaghounjayth Cueillère

140

THAGHRAST RUCHE

141

THAGHRAST RUCHE

142

THAGOUTH BRUME

143

THAGOUTH BRUME

144

THAGUEJDITH COLONNE

145

Thakhokhet Pechier

146

Thakhssayth Courge

147

THAKNA RIVALLE

148

THAMAZGHA MAGHREB

149

THAMAZGHA MAGHREB

150

THAMDA / Amdoune LAC

151

Thamechmacht Abricotier

152

Thamilla Tourterelle

153

THAMSIROUT SAGE FEMME

154

Thanina Femelle du faucon

155

THAQINOUCHT CIME

156

Thaqlalecht Courgette

157

Thaqoubaat:Koubaa Calandrelle

158

Tharemante Grenadier

159

Thassedda Lionne

160

THASSOUMTH OREILLER

161

Thatha cameleon

162

Thawrirth Colline

163

Thayazite Poule

164

THAZDEYTH PALMIER

165

Thazemmorth Olivier

166

Thazermemouyth Lézard

167

Thazoumbayt Pin

168

Thezizoua Abeille

169

Thibakhsisssine Figue

170

Thiberdefelt Caille

171

Thibertchetcha Champignon

172

THIFDENT ORTEIL

173

Thiferaaqast Crabe

174

Thifighert Cheveche

175

Thifit Figuier

176

Thigherdemt scorpion

177

Thiguert Petit champ

178

THIGZIRT ÏLE

179

THIGZIRT ÏLE

180

Thilegguith genêt

181

Thimzine Orge

182

Thirni

183

Thiskert, Thichert Ail

184

Thiwzit semoulette??

185

THIZI COL

186

Thizith Moustique

187

Thizorine Raisin

188

Thizwell MURE

189

THOUGNA IMAGE

190

THOUGNA IMAGE

191

Tikkouk Coucou

 

  

Désignation 
Tamazight  Français 
Agdud  peuple 
Agellid  roi 
Agenaw   national 
Agerfan  populaire 
Aglif  ministère 
Agmis  journal 
Agrawliw  révolutionnaire 
Akabar  parti politique 
Amezruy  histoire 
10  Aneglaf  ministre 
11  Aneglaf n ilemzeyyen d waddal  ministre de la jeunesse et du sport 
12  Aneglaf n lecgal n baylek  Ministree de travaux publics 
13  Aneglaf n lumur n berra  ministredes affaires étrangères 
14  Aneglaf n ssehd d lminat  Ministree de l’énergie et les mines 
15  Aneglaf n temhaddit  ministre de la défense 
16  Aneglaf n tezmart  Ministre de la santé 
17  Aneglaf n tmerrit  ministre de tourisme 
18  Aneglaf n tmezdugt  ministre de l’habitat 
19  Aneglaf n trebya  ministre de l’éducation 
20  Aneglaf n twennatt  ministre de l’environnement 
21  Aneglaf n usiwett  Ministree de transport 
22  Aneglaf n yidles  Ministree de la culture 
23  Anegmas   journalist 
24  Aselway n tigduda  président de la république 
25  Asqamu  assemblé 
26  Aεeggal  membre 
27  Igallen n laman   forces de sécurité 
28  Imegrasen   martyrs 
29  Isalen  actualités 
30  Lemqeddem  ambassadeur 
31  Rrabul  rapport 
32  Tadamsa  économie 
33  Tagamsa  la presse 
34  Tagelda  royaume 
35  Tagiwant   commune 
36  Tagrawla  revolution 
37  Tallit  ère , époque 
38  Talwit  paix 
39  Tasertit  politique 
40  Tidukla  union , association 
41  Tifranin   elections 
42  Tilelli  liberté 
43  Timunenţ  indépendance 
44  Trad  guerre 
45  Tugdut  démocratie 

 

Le sens des noms des villages et des endroits d’Ith Yaala (par gmathnagh YALA)

 

Tamazight – Kabyle

Français

01 Tasift n-Foumlal La petite rivière de Foumlal
02 Tigert n-tekedjda le petit champ aux échalas
03 Taourirt Tamellalt la petite colline blanche
04 Ighil-el-Lekhmis la crête ou se tient le marché du Jeudi
05 Tizi Medjeber le col de Madjber
06 Taârqoubt le petit terrain dans la montagne
07 Taouerga la fourmilière
08 Tagma la clairière labourable en forêt
09 Timenqache les petites parcelles que l’on cultive à la pioche
10 Ikhelidjen les hameaux
11 Taddart le village
12 Amdoun Ihaddaden le bassin de la fontaine des forgerons
13 Taneqoucht le petit terrain cultivable à la pioche
14 Aghelad n-Salah le tas de pierres qui borne la propriété de Salah
15 Tichrahin ( annexe de Tamast ) les parcelles en terrain schisteux
16 Tamalout le petit champ sur le versant à l’ombre
17 Tigert n-telougouatin , ou simplement Tigert le petit champ aux genêt nains
18 Ighzer Oucherchour le ravin de la cascade
19 Asquif Ouahlouch le passage couvert d’Ahlouche
20 Lhara bouada le quartier d’en bas
21 Tigert ibaouen le petit champ de fèves
22 Targa l-lkoucha la rigole du four
23 Tisoufa les petits tisons
24 Imezouagh les terrains rouges
25 Tikhribin les petites ruines
26 Ighzer n-Tala le revins de la fontaine (sous-entendu de Guenzet)
27 Bouzoulit
28 Targa Amrane la rigole d’Amrane
29 Thazrart le terrain schisteux
30 Ijemaa bouadda le lieu de réunion d’en bas
31 Icherahen les terrains schisteux sans végétation
32 Ljeemaa Oufella le lieu de réunion haut
33 Lhouch la ferme
34 Igmir Ifersen le ravin aux ordures
35 Ouaouchia, Taneqoucht et Amdoun Ihaddaden
36 Iger Ideqi le champ ou l’on trouve l’argile à poterie
37 Loutâ n-essouq le terrain plat du marché
38 Talmats la petite prairie
39 Thibrahin les petites aires pour faire sécher les olives
40 Ighil l-Larbaâ la crête ou se tient le marché du mercredi
41 Tizi n-taâssast le col du poste de guet
42 Tizi n-tserfin le col des silos
43 Lhara tajditt le quartier neuf
44 Tighilt la petite crête
45 Tafziouin les rochers de grès
46 Agoudi l-Ldjamaâ le tas de fumier de la mosquée
47 Lbourdj la maison solide
48 Akhrib n-tehanouts la boutique démolie
49 takorrabt n-Sidi Amar le mausolée de Sidi Amar
50 Tabia les murs de terre séche
51 Issoumer qui est exposé au soleil
52 Tamda la mare
53 Laâch Oufalkou le nid de l’épervier
54 Aourir-Ouaoulmi la colline d’Eulmi
55 Agna Ouatoubou l’endroit retiré, boisé, solitaire ou l’on fait pénitence

Publié dans Amawal s tmaziÉ£t(65) | Pas de Commentaires »

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