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Le génie de la culture et les outils de sa transmission

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

Lire, analyser et traduire : jeux et enjeux. Exemple de la poésie d’Aït MenguelletLe génie de la culture et les outils de sa transmission Le génie de la culture et les outils de sa transmission dans AÏT MENGUELLET(54) 2271_78561

L’analyse et la traduction s’imposent dès qu’il y a une œuvre ou une accumulation d’œuvres  littéraires d’une certaine envergure, lesquelles, abandonnées dans le cercle primaire de  leur aire de production, risqueraient d’être mal prises en charge par les générations montantes et d’être également à la marge de la production universelle qui impose non seulement des modèles de pensées, mais aussi des stéréotypes esthétiques.  Ces derniers mettent à mal l’imaginaire et la culture d’autrui sous le seul motif de la force commerciale et industrielle. L’exception culturelle, telle qu’elle est clamée par certains pays européens pour faire valoir leur spécificités dans le frénétique processus de mondialisation, ne doit pas rester un vain mot.

Par : Amar Naït Messaoud

 

En lui-même, l’acte de traduction nous met face à de lourdes responsabilités tant les enjeux liés à cette entreprise sont multiples et empreints d’un caractère de gravité. En effet, rendre la pensée de l’autre dans une langue autre que celle dans laquelle elle a été dite originellement constitue un défi que reconnaissent les meilleurs spécialistes en la matière. Et lorsque la matière à traiter se compose de textes littéraires dont la consécration est réalisée par la société, la complexité et les efforts à accomplir sont certainement plus grands encore.

S’il y a bien un thème d’étude en Algérie qui mérite une attention particulière dans le domaine des sciences de la traduction, ce sera sans doute cette longue histoire des translations de textes kabyle en langue française depuis les premières années de l’occupation française jusqu’à nos jours.

Initiée par des porteurs d’une culture allogène, cette pratique répond souvent aux canons du regard étranger qui s’exerce sur notre culture. Un regard caractérisé par la distance, le recul, et les différences des structures mentales et des structures des langues (une langue faisant partie de la famille chamito-sémitique et ayant perdu depuis longtemps l’usage de la graphie et une langue de la famille indo-européenne ayant le statut d’une langue internationale) ; et, enfin, des différences sociologiques qui pèsent indubitablement sur l’entreprise de traduction.

Parmi les travaux menés dans ce sens par certains militaires français, des Pères Blancs et des chercheurs de profession, il nous a été donné de lire des traductions réussies- c’est-à-dire les moins infidèles comme aime à les qualifier Mouloud Mammeri- et d’autres restitutions approximatives qui ont fait perdre au texte et son âme et sa substance.

Comme le reconnaîtra expressément Malek Ouary, le but de la traduction pour les chercheurs kabyles comme lui était de sauver d’une disparition qui s’annonçait certaine ce qui restait du patrimoine kabyle oral. Traduire des poèmes du kabyles au français, c’est assure Ouary, les mettre dans une cage comme un oisillon capturé dans la libre nature ; la cage d’une langue de transfert qui ne rend jamais les subtilités, les non-dits, les images métaphoriques d’une culture riche de son oralité même. Mais, explique-t-il devant cette double impasse, il vaut mieux que cet oisillon reste dans la cage que de le voir disparaître à jamais.

C’était au milieu du siècle dernier où d’autres écrivains, poètes et chercheurs collectaient des textes du patrimoine oral pour les traduire en français sans qu’ils les fassent accompagner de leur version originale kabyle. Il en fut ainsi de Jean Amrouche et de sa sœur Taos qui nous ont transmis de précieuses pièces de la culture kabyle orale directement en français (poèmes, adages, proverbes, devinettes…). Il est vrai qu’à l’époque, la perspective de donner une écriture à langue kabyle et au berbère en général n’avait pas acquis la maturité qui est aujourd’hui la sienne. D’ailleurs, une  édition bilingue (kabyle/français), réalisée par Tassadit Yacine, du livre de Jean Amrouche, publié dans les années 1940 sous le titre Chants berbères de Kabylie, a vu le jour en 1989. Dans ce domaine des éditions bilingues, cet ouvrage a suivi le chemin tracé par Moumoud Mammeri avec Les Isefra de Si Mohand U M’hand (1969) et Poèmes kabyles anciens (1979).

 

Passions et  limites des rapporteurs

 

Les travaux de translation réalisés par Mouloud Mammeri ont reçu un bon accueil par la quasi totalité des critiques. Malgré cela, cet auteur émet lui-même des réserves sur cet exercice et relativise le rendu du texte d’origine. Il y a d’abord le statut social et intellectuel du traducteur. Loin de la fausse modestie, Mammeri redoute qu’il soit « un rapporteur plus perverti qu’averti » ; perverti peut-être par le fossé possible qui existerait entre le sens donné aux mots par les poètes kabyles du 18e ou 19e siècles- mots traduisant une vision du monde, un état d’esprit particulier, voire inintelligible, une cosmogonie même)- et leur appréhension actuelle prise sous l’empire d’une modernité qui reste, en tout cas, à définir. Dans Poèmes kabyles anciens, Mammeri écrit à propos des poèmes qu’il a traduits : « Le dépaysement dans le livre leur enlève toute substance, les prive de tous les harmoniques de a transmission vivante (…) Le ver dit par un homme à des hommes, en des circonstances données, souvent au cours d’un rite ou à la faveur de l’attente, orchestre et multiplie les réussites de la réalisation, dépasse de partout les limites formelles d’un texte . Cependant, il explique la motivation première de l’œuvre de recension et de traduction en ces termes : « Il était temps de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe ».

Sur le plan technique, l’on sait fort bien que la traduction d’un texte littéraire-par-delà la polémique se rapportant au degré de fidélité du texte traduit par rapport au texte d’origine- n’obéit pas aux mêmes canons que la traduction d’un texte scientifique ou d’une harangue politique. En tout cas, certains registres de langue offre des possibilités de standardisation assez étendues en matière de typologie de traduction si bien que, depuis quelques années, des logiciels prêts à l’usage sont conçus pour des travaux individuels ou de groupe. Il est vrai qu’une marge d’erreur, d’infidélité ou d’incohérence subsiste toujours étant entendu que la machine ne pourra jamais les subtilités et les nuances du cerveau et de l’esprit humains. Mais, pour les besoins de la cause, le pari semble être bien accepté par ceux qui activent dans ce domaine.

En revanche, l’on est en droit de poser la question de connaître la possibilité de traduire des textes littéraires, de la poésie de surcroît, si l’on ne possède aucune forme de sensibilité littéraire ou poétique ; lorsque, par exemple, on n’a pas gribouillé, au moins une fois dans sa vie, quelques vers ou quelques paragraphes. Ou, pire, lorsqu’on n’arrive pas à se délecter des textes des autres, poésie ou prose. Telle est la question que se posent beaucoup de critiques littéraires. Le souci de donner un minimum d’âme au texte, de ne pas en faire une suite froide et désincarnée de mots et de syntagmes reliés par la seule logique de la grammaire, devrait assurément présider au travail de traducteur. Nous avons parcouru avec un sentiment de déception non feinte des poèmes américains traduits en français. Aucune esthétique littéraire ne semble être la préoccupation du traducteur. Nous osons nous demander à quoi servira un tel travail de translation qui fait du “mot à mot”. L’adage qui dit traduttor, traditore (traducteur, traître) semble trouver ici toute son expression.

Ce n’est pas le cas, en revanche, du roman américain d’Edgar Poe, Histoires extraordinaires, traduits par Baudelaire. Le poète français a su rendre la mystique et la profondeur psychologique de l’écrivain américain. Le poème d’Edgar Poe intitulé Le Corbeau a été admirablement traduit par Stéphane Mallarmé au point d’y voir un nouveau travail de création. Le poème de Rudyard Kipling Être un homme est beaucoup plus lu dans sa traduction française faite par André Maurois que dans version anglaise d’origine.

En tout état de cause, entre une traduction qui prétend la fidèlité dans les formes mais assure la froidure dans la substance, et une traduction qui prend quelques libertés formelles avec le texte d’origine pour mieux faire sentir le texte, l’alchimie des sens et l’intelligibilité des signes, le choix semble se pencher vers la seconde variante. 

 

Les complexes dimensions de la poésie

 

Le premier travail de traduction et de première approche d’analyse de l’œuvre d’Aït Menguellet qui a eu une large audience, malgré quelques imperfections qui l’affectent, a été réalisé par Tassadit Yacine en 1989. Publié aux éditions “La Découverte”, le livre “Aït Menguellet chante…” s’est donné pour ambition de transcrire un grand nombre de poèmes de Lounis (soit 104 compositions) et d’en donner la traduction française, comme il étale sur pas moins de 80 pages une courte préface de Kateb Yacine et une longue introduction/analyse de l’auteur, Tassadit Yacine. En s’attelant à une telle entreprise, l’auteur s’expose indubitablement à plusieurs difficultés dont la confirmation ne tarde à venir à la lecture de son texte. Cela est certainement dû à des raisons objectives dont les principales sont liées à la nouveauté de la tâche, à une mauvaise compréhension de certains termes kabyles que l’auteur, originaire des Ath Braham (wilaya de Bordj Bou Arréridj), a traduits d’une manière hâtive, voire erronée (le problème s’est d’ailleurs aggravé avec le livre qu’elle a consacré à Cherif Kheddam). Dans son “Avertissement”, T. Yacine écrit : “Il est aussi difficile que passionnant de travailler avec et sur un poète comme  Aït Menguellet. Car, il est poète au vrai sens du terme. Il souhaite, en particulier, que son œuvre soit étudiée indépendamment de sa personne. Il est donc tout au long de cette analyse – qui n’est qu’une des lectures possibles de l’œuvre- présent et absent.’’

Le livre de Tassadit Yacine, tout en constituant une première tentative hardie de faire connaître Aït Menguellet par le moyen de l’écrit, est grevé de certains travers dus à une inexplicable hâte de tout dire en même temps. Ce qui a conduit l’auteur à procéder à une classification arbitraire des thèmes développés par les chansons de Lounis. Ainsi, un poème aussi philosophique que “Addounitiw”, qui traite du destin, du libre arbitre et de l’angoisse existentielle est classé dans les chansons dites d’“amour’’ au même titre que “Azzin Arqaq”. Nous avons souvenir d’une déclaration de Lounis à un hebdomadaire régional dans laquelle il dit “ne pas se reconnaître’’ dans ce livre.

L’exigence d’honnêteté du poète- qui n’exclut pas la possibilité de travailler sur ses œuvres et de les analyser selon la vision et les outils intellectuels de l’auteur- est d’autant plus recevable qu’elle porte sur des éléments ‘’techniques’’ d’une évidente simplicité. On ne peut pas faire valoir la complexité des textes de Lounis pour les ‘’malmener’’ au point d’induire en erreur le lecteur non averti.

Un autre livre parut pendant les années 1980 sous la plume de feu Chabane Ouahioune et porte aussi sur la poésie de Lounis. Intitulé ‘’Ballade avec Aït Menguellet’’,  l’ouvrage n’a pas de prétention universitaire ; sous forme de chronique intimiste, il savoure et fait savourer quelques aspects de la poésie lounisienne que l’auteur à éclectiquement placés dans le décor du terroir, la Kabylie.

C’est à une œuvre plus profonde, animée par le souci de pénétrer le sens de la chanson de Lounis, que nous avons affaire avec le livre de Moh Cherbi et Arezki Khouas publié par les éditions ‘’Paris- Méditerranée’’ en 1999 sous le titre ‘’Chanson kabyle et identité berbère : l’œuvre d’Aït Menguellet’’.  Après une ‘’Tazwart’’ (présentation) en kabyle, les auteurs ont subdivisé le livre en trois chapitres (le contexte social, politique et culturel- histoire de la chanson kabyle- l’œuvre d’Aït Menguellet). Le tout se termine par une conclusion et un entretien avec le chanteur. Les auteurs écrivent dans le ‘’préambule’’ :  » Notre ouvrage a pour ambition de contribuer à la sauvegarde et la diffusion d’un chapitre important de notre culture berbère, culture essentiellement orale qui a su se maintenir en dépit de multiples répressions au cours des siècles. Aujourd’hui, notre génération porte une lourde responsabilité : celle de sauver de l’oubli tout ce qui peut l’être encore, avant que la mort ne le happe, comme disait Mouloud Mammeri. Notre but est de permettre à un grand nombre de lecteurs, berbérophones ou non, de découvrir le rôle de la chanson kabyle contemporaine dans la sauvegarde de ce patrimoine séculaire « .

 

L’“intraduisible” et l’“inaudible”

 

Moh Cherbi et Arezki Khouas ont, eux aussi, dans la présentation des textes de Lounis, procédé à leur une classification thématique. Mais, ici, la répartition est plus proche de la vérité que celle que nous avons rencontrée chez Tassadit Yacine. Elle a, en plus, le mérite d’ajouter un autre volet qui a été complètement omis ailleurs, celui de la chanson philosophique. Il y a lieu, cependant, de relever que le poème ‘’Siwliyid tamacahut’’ est plutôt une grande métaphore politique qui décrit l’état d’un terroriste, repenti, qui, dans ses moments de lucidité retrouvée, voudrait revivre l’innocence que lui ont ravie ses commanditaires qui lui désignaient ses victimes. Le chapitre des poèmes philosophique s’est, bien sûr, renforcé d’une manière puissante avec l’album ‘’Yennad Umghar’ ’sorti au début de 2005.

« Comment interpréter une poésie aussi complexe sans risquer de la “banaliser”, sans réduire la portée de son message ? Comment contrôler notre propre subjectivité, sachant l’emprise qu’exerce sur nous la poésie de Lounis ? Comment traduire “’intraduisible”, “l’inaudible” sans trahir la profondeur de la pensée du poète ? ». Telles sont quelques questions que les deux auteurs n’ont pas manqué de se poser.

Le résultat de tant de préoccupations est un travail d’une remarquable qualité qui ne demande qu’à être renforcé et poursuivi par d’autres auteurs en actualisant le contenu du livre par les nouvelles productions de l’auteur et en approfondissant l’étude des thèmes philosophiques dans les poèmes de Lounis – qui se retrouvent même dans les chanson des années 1970 – et des aspects universels de son œuvre.

En 2003, l’universitaire M’hammed Djellaoui a publié aux éditions ‘’Pages Bleues’’ un ouvrage intitulé “L’Image poétique dans l’œuvre de Lounis Aït Menguellet’’ qui est une traduction d’un livre qu’il a publié la première fois en arabe. L’étude, qui porte le sous-titre “Du patrimoine à l’innovation”, est une tentative de dégager une ‘’poétique’’ dans l’œuvre d’Aït Menguellet selon des canons plutôt universitaires. L’auteur résume en deux point l’ambition de son étude : mettre en relief “la relation créative entre les œuvres du poète et l’apport patrimonial riche et diversifié de son environnement qui donne une profondeur et une authenticité à son expérience poétique’’, et “son ambition innovatrice visant le développement du texte poétique amazigh ainsi que son enrichissement par des dimensions sémantiques et figuratives qui le hisse au rang des textes poétiques des littératures universelles contemporaines’’. Le livre se subdivise en deux grands chapitres : l’image patrimoniale chez Aït Menguellet (mythes, légendes, contes populaires, adages, croyances, valeurs et principes) et l’innovation dans la figuration (figurations romantique et symboliste). Des extraits de poèmes (en kabyle et en français) illustrent les différents thèmes abordés.

C’est une étude originale qui s’appuie sur les acquis de la rhétorique et de la sémiotique et qui gagnerait à englober d’autres poètes kabyles contemporains dans un but d’étude comparative. En tout cas, malgré la discipline universitaire que s’est imposée l’auteur, la lecture de ce livre nous fait découvrir des facettes insoupçonnées de l’élaboration poétique chez Aït Menguellet.

Un autre livre, publié en 2008 aux éditions MKP, est écrit par Belkacem Saadouni où il présente, sur 442 pages, la traduction en arabe des chansons d’Aït Menguellet de 1967 à 2007. Saadouni, un ancien inspecteur de l’éducation originaire de la Kabylie des Bibans (wilaya de Bordj Bou Arréridj, s’investit dans un travail peu sollicité, à savoir la traduction du kabyle à l’arabe. C’est une première qui a été favorablement accueillie par les médias. Il reste le travail de la critique qui est censé se prononcer le degré de ‘’fidélité’’ au texte original et sur le rendu du sens.

 

Porteurs de valeurs :  une analyse originale

 

 L’étude de Farida Aït Ferroukh portant le titre : « Situation d’impasse et agents de la culture »,  qui fait partie d’un ouvrage collectif  intitulé « Algérie, ses langues, ses lettres, ses histoires » publié par les Editions du Tell en 2002 examine le ‘’statut’’ de deux hommes, personnages mêlés à l’histoires tourmentée de la Kabylie et qui en sont en même temps les symboles emblématiques. Il s’agit de Cheikh Mohand Oulhocine et Aït Menguellet.

L’auteur met en relief la situation d’impasse- au sens social, culturel et psychologique- qui caractérise les deux périodes respectives où ces personnages ont émergé. Ils sont des “figures du sens” dans les situations de blocage et d’apparente aporie. « En effet, souligne l’auteur, si l’on considère l’histoire de la Kabylie, on remarque qu’elle déploie, face aux bouleversement de toutes sortes, un mécanisme de défense en hissant à chaque époque un agent à la mesure de la situation. Le travail de ce dernier consiste à annuler une situation d’anomie ou du moins à la bloquer. Une fois sa précellence établie, cet agent qui revêt un statut précis à travers les siècles : guerrier, saint , chanteur… a pour tâche un ensemble d’opérations patientes dont l’objectif est de neutraliser chaque brèche (…) L’amusnaw, c’est donc cet intellectuel du groupe qui a pour lourde tâche d’en porter les aspirations et l’idéal. Tout comme il a pour devoir de puiser dans la mémoire active et de la nourrir à son tour. C’est dans cet éclairage qu’il faut replacer l’insistance de leurs contemporains auprès de Cheikh Mohand Oulhocine et de Aït Menguellet pour qu’ils interviennent. Figures de relais du récit généalogique, ces agents qui surgissent à chaque époque et à chaque impasse sont porteurs de la Voix, celle du refuge utérin, (Taqbaylit), articulant par-là même l’être-présent avec l’être-passé ».

D’autres tentatives de traduction ont été effectuées en arabe. L’une d’elles a été publiée en 2007. Il est pour le moment ardu et prématuré de porter un jugement sur la qualité du travail en l’absence d’un regard critique qui serait jeté par des personnes ou des instances qualifiées. Il n’en demeure pas moins que l’entreprise en elle-même constitue une avancée originale dans le domaine qu’il y a lieu d’encourager.

Au vu de l’importance et de la dimension de l’œuvre d’Aït Menguellet, qui continue à alimenter la culture kabyle et algérienne de son verbe magique, le travail de décryptage, d’analyse, de traduction et de vulgarisation vient à peine de commencer. Cette entreprise réclame compétence et honnêteté intellectuelle. Les premiers travaux que nous venons de citer ont placé quelques jalons pour une recherche plus étendue, plus étoffée et plus approfondie donnant leurs lettres de noblesses aussi bien à l’acte de traduction qu’à celui de l’analyse des textes.

A. N. M.

iguerifri@yahoo.fr

source: dépêche de kabylie

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le colonel Houari Boumédiène et tamazight

Posté par algeriedemocratie le 28 octobre 2009

le colonel Houari Boumédiène et tamazight dans histoire(16) Houari%20Boum%C3%A9di%C3%A8ne le colonel Houari Boumédiène,

 

Fervent partisan d’un socialisme autoritaire, le colonel Houari Boumédiène, à la faveur d’un coup d’État le 19 juin 1965, mit en place un pouvoir autocratique avec l’aide de l’armée et de la redoutée Sécurité militaire. Sur le plan intérieur, l’ère Boumédiène fut celle des nationalisations des secteurs importants de l’économie. C’est sous son régime que commencèrent les premières campagnes d’arabisation dans l’«Algérie nouvelle».

Rappelons que Boumédiène avait reçu son instruction presque exclusivement en arabe classique dans les écoles coraniques de la région de Guelma, la médersa El Kettani (Constantine), et dans les universités théologiques de la Zitouna (Tunisie) et d’al-Azhar (Égypte), un haut lieu du fondamentalisme musulman. De ce fait, il n’a jamais pu se libérer de l’emprise de la religion et de l’arabe coranique.

L’arabisation devint l’«option fondamentale de l’Éducation nationale». Le président Boumédiène  avait été très clair sur ce sujet :

« L’enseignement, même s’il est d’un haut niveau, ne peut être réel que lorsqu’il est nationale, la formation fût-elle supérieure, demeure incomplète, si elle n’est pas acquise dans la langue du pays. Il peut même constituer un danger pour l’équilibre de la nation et l’épanouissement de sa personnalité. Il peut également engendrer des déviations qui risquent d’entraver une saine et valable orientation. » Toutefois, «la langue du pays» dont parlait Boumédiène n’était pas l’amazigh, mais l’arabe de la tribu Quraychite d’Arabie saoudite à l’époque du prpophéte que personne ne parlait en Algérie!

 

 Boumédiène avait même déclaré en novembre 1968:

‘ »L’arabisation ne peut être réalisé avec le seul concours de l’État. D’autres efforts doivent émaner également de l’élite arabisée [...]. Les mosquées sont à la disposition de ces élites pour alphabétiser et inculquer l’arabe aux adultes« .

La politique d’arabisation suscita de profondes tensions dans la population. Celles-ci aboutirent à des heurts parfois violents entre les étudiants, comme en mai 1975, à Alger et à Constantine. Des professeurs irakiens vinrent enseigner dans les universités. Mais l’arabisation décidée par le président Boumédiène (dès l’indépendance) continua inlassablement. En 1976, ce fut l’arabisation de l’affichage avec les noms de rues et des plaques d’immatriculation. Puis le vendredi fut déclaré «jour de repos hebdomadaire» à la place du dimanche. Mais les Amazighs furent, parmi les Algériens, ceux qui s’opposèrent le plus à l’arabisation. Leur résistance s’exprima dans l’usage exclusif de l’Amazigh et du français dans tous les lieux publics, que ce soit dans les cafés, les hôtels, les restaurants et les bureaux administratifs. Le 10 décembre 1976, Houari Boumédiène, candidat unique à la présidence, fut réélu avec 99 % des voix.

Par la suite, Boumédiène mit la pédale douce à l’arabisation. Il fit même appel à Mostefa Lacheraf pour sauver l’école algérienne. De culture à la fois arabe et française, cet historien et essayiste était à l’époque un critique presque solitaire (et considéré aujourd’hui comme un visionnaire) d’une «arabisation» forcenée de l’enseignement. Il s’était souvent opposé à Ben Bella et croyait que la religion pourrait éventuellement jouer un rôle néfaste dans la société algérienne:

« Premièrement, l’islam porte en lui le poids des valeurs propres à une civilisation rurale archaïque et son intégration à l’idéologie politique peut servir de frein à la modernisation du pays. Deuxièmement, les forces conservatrices vont s’appuyer sur la religion pour perpétuer des moeurs rétrogrades en ce qui concerne la famille, la condition féminine et les rapport dans la société« .

Trois décennies plus tard, ces prévisions paraissent d’une justesse remarquable, mais à l’époque elles pouvaient bouleverser les dogmes de l’oligarchie algérienne toute orientée sur le panarabisme et le Proche-Orient. Certains prétendirent que le président était plus sensibilisé aux tensions provoquées par l’arabisation, d’autres crurent que des rapports inquiétant sur la qualité de l’éducation lui étaient parvenus. Enfin, il est probable que le président, affaibli par la maladie, n’avait plus la force de soutenir fermement sa politique d’arabisation. Le 27 décembre 1978, la mort de Boumédiène mit un terme à cette «pause» dans l’arabisation. Cela dit, l’ère Boumédiène avait permis à la couche «arabisante» de la population de «profiter» de l’arabisation afin de prendre le contrôle de leviers importants en Algérie, tels que l’éducation et une partie de l’administration.

 

En 1976, Le président Boumédiène confisquera (en 1976) le Fichier Amazigh qui contenait un ensemble de publications sur des recherches Amazighes écrites en alphabet latin


Les années de plomb de Boumédiene

22 Juillet 1969 :
A l’ouverture du premier Festival culturel panafricain à Alger, le président Houari Boumediene dans son discours rappelle aux Africains que « longtemps contraints de nous taire ou de parler la langue du colonisateur, c’était un devoir essentiel et premier que de retrouver nos langues nationales, les mots hérités de nos pères et appris dès l’enfance. » Il reconnaît « qu’il n’y a pas de langue qui, au départ, soit plus apte qu’une autre à être le support de la science et du savoir… »

Le pouvoir de Boumediene interdit à la chanteuse et romancière berbérophone Taos Amrouche ainsi qu’à d’autres chanteurs berbérophones de représenter l’Algérie à ce même festival.

Amère, Taos Amrouche écrira une tribune « en marge du festival » dans le journal le Monde (ce qui vaudra à celui-ci avec les articles sur le procès de Krim Belkacem, près d’une année d’interdiction !). Néanmoins, Taos Amrouche se produira au moins une fois à la fin juin 69 à la Cité Universitaire de Ben Aknoun grâce à l’invitation du « cercle d’études berbères » qui y fonctionna avec plus ou moins de bonheur entre 68 et 70, appuyé par le comité de gestion de la cité.

 

1970 :
Les pressions du gouvernement algérien aboutiront à faire supprimer complètement l’émission en kabyle de Radio-Paris, alors qu’historiquement il n’y a jamais eu autant de berbérophones en France !

A la chaîne kabyle de Radio-Alger, on notera que les reportages sportifs réalisés en direct des stades jusque-là en kabyle seront supprimés et assurés désormais par un relais de la chaîne en arabe. De la même façon on assiste unilatéralement au passage fréquent de disques en arabe sur la chaîne kabyle, alors que la réciproque sur la chaîne arabe ou mieux à la télévision n’est pas assurée (une chanson tous les trois à six mois au plus à la TV !).

15 Janvier 1971 :
Le cercle d’études berbères et l’UNEA (Union Nationale des Étudiants Algériens) sont dissous par le pouvoir de Boumediene après de nombreuses manifestations, grèves et l’arrestation de plusieurs étudiants pour « menées subversives ».

1972 :
La célèbre chorale féminine kabyle du lycée Amirouche de Tizi-Ouzou (ayant obtenu les premiers prix au Festival de la chanson populaire), se verra contrainte par le proviseur et les autorités locales à chanter une grande partie de son répertoire en langue arabe.

Si Mohamed Baghdadi (directeur des sports) propose une réforme du sport mettant en place « la commune sportive de base » et il prétend aussi lutter contre le régionalisme et pour l’arabisation : il obtient ainsi la transformation de la JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) en JSK (Jamai Sarrii al Kawkabi).

Mai-Juin 1972 :
Un groupe de militants de la cause berbère suggère la création d’un enseignement de la langue berbère à l’Université Paris VIII (Vincennes). Cette initiative donne naissance au Groupe d’Études Berbères (G.E.B). L’enseignement de la langue berbère ne sera effectif qu’à partir du 29 janvier 1973 quand l’Université Paris VIII décide sa création.

1973 – 1974 :
On assiste à la suppression définitive de la chaire de l’université d’Alger. Mammeri ne semble alors mener qu’un vague combat d’arrière-garde. En tout cas, la suppression s’est passée « en douceur ». La discipline « ethnologie » disparaît de l’Université dans le cadre de la RES de 71 mise progressivement en application et l’enseignement du berbère n’est prévu dans le cadre d’aucun des modules des nouvelles licences de lettres ou de langues

La chanson kabyle connaît un essor qualitatif très important et une production intense. Face aux multiples interdictions de l’enseignement et de l’écriture du berbère, il ne reste plus que la chanson comme moyen d’expression et de revendication. Durant cette année des étudiants comme Ferhat Mehenni et tant d’autres créent le groupe « Imazighen Imoula » (Les berbères du nord). A l’initiative d’Amar Mezdad, d’autres étudiants kabyles créent à leur tour le groupe « Lazouq » où se retrouvent Sid Ahmed Abderrahmane, Mokrane Ghozlane, Ali Ouabadi et Idir. Mais c’est ce dernier qui, à travers sa chanson « baba Inouba », donnera un nouveau souffle à la chanson kabyle et lui permettra de s’internationaliser.

Les thèmes de la chanson kabyle de ces débuts des années 1970, sont essentiellement axés sur la revendication identitaire et culturelle berbère, la liberté d’expression et la situation de la femme. On ne chante plus seulement les thèmes de l’amour, l’émigration et la religion. La chanson kabyle désormais « interroge, démontre, critique, propose, dénonce, loue, affronte, polémique et provoque ». La politique d’oppression est le plus important leitmotiv.

Face à son engagement, cette chanson, qui véhicule un discours radical et parfois virulent envers le pouvoir en place, connaîtra la répression et vivra dans la clandestinité. Ses interprètes seront successivement arrêtés ou marginalisés.

Juin 1974 :
La fête des cerises à Larbaa Nait Irathen se termine très mal puisque la police et les gendarmes n’ayant pas suffi à contenir les manifestants, on fera appel à l’armée pour les réprimer durement. La foule était mécontente en raison du remplacement de plusieurs chanteurs kabyles par des improvisations de chanteurs en arabe.

Cette même fête des cerises sera d’ailleurs interdite l’année suivante

Novembre 1974 :
Amar Ouerdane fonde l’Association socio-culturelle berbère de Montréal (Canada) dans le but de faciliter l’adaptation des immigrants algériens berbérophones en milieu québécois et canadien et aussi de diffuser le patrimoine berbère.

1974-1975 :
L’interdiction est faite à l’état civil d’enregistrer les prénoms autres que musulmans, ceux-ci faisant l’objet d’une liste exhaustive. C’est toute une série de prénoms berbères qui en fait les frais.

Juillet 1975 :
Juste après la fin de l’année scolaire, la répression s’abattait sur la Kabylie. Arrestation de plusieurs étudiants lycéens et autres personnes militant pour la culture amazigh.
Dans la région de Larbaâ Nath Irathen, Salah AGAG, Madjid BOUMEKLA, Mohand HAMAZ, Brahim KOLI et Mouloud MOSTEPHAÏ ont été arrêté sous le chef d’inculpation « d’atteinte à la sureté de l’Etat » par la police du Pouvoir dictatorial de Houari BOUMEDIENE et ont purgé 5 mois de prison à la maison d’arrêt de Tizi-Ouzou. Leur défense fut assurée par Maître BOUZIDA. Au premier procès, le tribunal de Larbaâ Nath Irathen déclara son incompétence.
Début Décembre 1975, le même tribunal rejuge l’affaire. Certains inculpés ont écopé de 10 mois de prison dont 6 avec sursis. Le procureur insatisfait du résultat fait appel. Le procès fut rejugé au tribunal de Tizi-Ouzou. La sentence était plus lourde : deux ans de sursis, 1000 dinars algériens d’amende et interdiction de passeport donc de quitter le territoire algérien.

5 Janvier 1976 :
Mohamed Haroun, militant berbériste et fils de chahid est arrêté par la Sécurité militaire à Alger pour avoir posé une bombe au tribunal militaire de Constantine. Cette bombe a été désamorcée à temps.

C’est aussi le cas de Lounès Kaci et de Hocine Cheradi qui ont posé une bombe au siège du quotidien « El-Moudjahid » à Alger et de Mohamed Smaïl Medjeber qui a posé une bombe au tribunal militaire d’Oran le 3 janvier avec la complicité de Daniel Paul, de Salby Jay et d’André Noël Cherid. Le choix des cibles est très significatif : El-Moudjahid connu pour son aversion pour la question de tamazight, les tribunaux militaires où la répression est assez symbolique, (…) la chaîne de télévision un des outils les plus monstrueux de la répression ».

Ces poseurs de bombes sont accusés de trahison, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de complicité, de trafic de devises et de jets d’explosifs. Ils sont condamnés par le tribunal de Médéa le 2 mars 1976. Trois peines capitales, deux condamnations à perpétuité et d’autres peines allant de dix à Vingt ans de prison.

16 Avril 1976 :
« Journée du savoir » – Yaoum El-Ilm. Journée commémorative de la mort en 1940 du cheikh Abdel-hamid Ben-Badis président de l’Association des Oulémas Algériens. Le chef de l’État dans une ordonnance, publiée au JORA le 23 avril 1976, définit l’organisation de l’éducation et de la formation.

Après avoir défini la mission du système éducatif qui s’inscrit dans le cadre « des valeurs arabo-islamiques et de la conscience socialiste », l’enseignement est assuré en langue nationale à tous les niveaux d’éducation et de formation et dans toutes les disciplines.

La mission de l’école fondamentale est de dispenser aux élèves « un enseignement de langue arabe leur permettant une maîtrise totale de l’expression écrite et orale ; cet enseignement, qui est un facteur important de développement de leur personnalité, doit les doter d’un instrument de travail et d’échange pour se pénétrer des différentes disciplines et pour communiquer avec leur milieu ».

L’arabisation porte aussi sur l’enseignement préparatoire qui est dispensé « exclusivement en langue arabe ».

Cette ordonnance met fin d’une manière très claire aux espoirs et aux attentes des berbéristes et des berbérophones. Tamazight est ainsi mise à l’écart et exclue de l’école. Le choix de l’État algérien est désormais fait. L’arabisation est décrétée.

Cette décision des plus hautes instances de l’État engendre un mépris jamais égalé dans les milieux berbérophones et surtout en Kabylie. La revendication se radicalise. Les contestations s’enveniment après la promulgation de la Constitution et de la Charte nationale qui renforcent l’arabisation et la définition de l’Algérie comme nation arabo-islamique. La répression s’abattra aussi sur les berbéristes.

Mai – Juin 1976 :
Lors des débats sur la Charte nationale les étudiants militants berbéristes diffusent un document de 50 pages.

A ces débats, les jeunes militants berbéristes ont pris part en masse. Sept cent vingt (720) prises de parole sont semble-t-il décomptées dans Alger. Ainsi la revendication culturelle et identitaire berbère connaît une ampleur importante. Elle se pose désormais dans des débats publics. Malgré cette « tolérance » le pouvoir utilise la répression.

Après une intervention dans une salle de cinéma à Alger, l’étudiant et chanteur kabyle Ferhat Mehenni est arrêté pour la première fois par la Sécurité militaire. Ces interventions ont sans doute permis aux services de sécurité de mettre à jour leurs fichiers concernant les berbéristes et opposants à la politique culturelle du pouvoir.

27 Juin 1976 :
La Charte nationale est adoptée par référendum. Ce document qui est un texte national fondamental définit l’Algérie comme étant une partie intégrante de la nation arabe.

« Le peuple algérien se rattache à la patrie arabe, dont il est un élément indissociable » (…) » L’Algérie n’est pas une création récente. Déjà sous Massinissa, fondateur du premier État numide, et de Jugurtha, initiateur de la résistance à l’impérialisme romain, s’était dessiné le cadre géographique et commençait à se forger le caractère national ». (…) « A ces deux caractéristiques principales se sont ajoutés progressivement à partir du 7e siècle les autres éléments constitutifs de la Nation Algérienne, à savoir son unité culturelle, linguistique et spirituelle (…) ». On peut affirmer, ajoute le texte de la Charte nationale, « que ces différentes périodes de notre histoire ont constitué un creuset où se sont fondus intimement les brassages ethniques, les apports de toutes sortes, comme les créations nouvelles du génie national, tout cela pour aboutir à une expression originale de la personnalité arabo-musulmane de notre peuple… ».

La politique culturelle s’attellera, selon la Charte, à concrétiser un projet des plus urgents : la généralisation de l’utilisation de la langue arabe qui « est un élément essentiel de l’identité culturelle du peuple algérien. On ne saurait séparer notre personnalité de la langue nationale qui l’exprime. Aussi, l’usage généralisé de la langue arabe, et sa maîtrise en tant qu’instrument fonctionnel, est une des tâches primordiales de la société algérienne au plan de toutes les manifestations de la culture et à celui de l’idéologie socialiste ».

Le choix de la langue arabe est fait. Il est irréversible. « Il ne s’agit nullement de choisir entre la langue nationale et une langue étrangère. Le problème du choix étant dépassé et irréversible, le débat sur l’arabisation ne peut porter, désormais, que sur le contenu, les moyens, les méthodes, les étapes, la conception générale d’une langue ».

Tout en dénonçant l’étouffement de la culture algérienne, l’uniformisation, le totalitarisme culturel, le PRS (Parti de la Révolution Socialiste), pour qui la langue arabe doit être la langue nationale, critique sévèrement le pouvoir algérien qui reste silencieux sur la question berbère dans les textes de la Charte nationale de 1976.

« Sur la question berbère, la Charte ne dit pas un mot. Voila donc un texte qui se présente comme national et qui évacue complètement un problème auquel sont sensibles des millions d’Algériens. (…) Or la langue berbère existe. C’est la langue maternelle d’une partie des Algériens. Elle doit être reconnue, préservée et développée comme partie intégrante de notre patrimoine national. Son enrichissement, son passage à la forme écrite, son enseignement, sa diffusion doivent être garantis. ».

Ainsi le PRS, avec à sa tête Mohamed Boudiaf, est le premier parti politique algérien à se prononcer en faveur de la question berbère.

27 Juin 1976 :
Mohand Cid Ali-Yahia dit Rachid, ancien acteur important dans la crise dite berbériste de 1949, lance le Front Uni de l’Algérie Algérienne (F.U.A.A.) en France. Fidèle à son combat des années 1940 pour l’Algérie algérienne, Rachid Ali-Yahia, par son mouvement d’opposition au régime de Boumediene, renouvelle son combat pour l’identité algérienne et la question linguistique et culturelle.

Ce front n’aura qu’une faible influence en Algérie. Quelques-uns de ses militants seront arrêtés en mars 1980.

Été 1976 :
Pour avoir tiré des textes littéraires en Tifinagh sur ronéo et aussi pour avoir été abonnés au bulletin de l’Académie berbère (Agraw imazighen) de Paris, deux cents (200) jeunes de la région de Larbaa Nath Irathen sont arrêtés et emprisonnés. Ils seront, pour quelques-uns, condamnés jusqu’à 18 et 24 mois de prison.

Afin de porter le coup de grâce à l’édition berbère en Algérie, le Fichier de Documentation Berbère (F.D.B) tenu depuis 1946 par le Père Jean Marie Dallet est mis sous scellés par le pouvoir de Boumediene.

Ce Fichier est considéré comme source exceptionnelle de documents concernant l’étude de l’histoire, de l’ethnographie, de la littérature, de la linguistique des communautés berbérophones de Kabylie, du Mzab et de Ouargla. Ce fichier était au début un périodique mensuel, puis bimestriel, pour devenir à partir de 1955 trimestriel. On y trouve des monographies de villages de Kabylie, des études sur l’Islam, les croyances et superstitions, la sagesse populaire, la vie quotidienne, la zoologie, la botanique et la culture matérielle..

19 Juin 1977 :
Lors du match final de la coupe d’Algérie de football opposant la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK) et le Nasr de Hussein-Dey (NAHD), les spectateurs kabyles scandent des slogans hostiles au président Boumediene, présent dans la tribune officielle, et au régime tels que : « JSK imazighen », « la langue berbère vivra », « à bas la dictature », « vive la démocratie »…

La retransmission en direct de cette rencontre à des milliers de téléspectateurs révèle au peuple algérien l’expression d’un mécontentement et d’une contestation ouverte et radicale d’une population d’une région du pays, qui souffre d’une marginalisation identitaire et culturelle…

Septembre 1977 :
A la suite de la manifestation en juin 77 à la finale (remportée par la JSK) de la coupe d’Algérie, une nouvelle réforme du sport est adoptée consacrant définitivement les ASP, c’est-à-dire le sport corporatif avec des joueurs semi-professionnels d’entreprises. La JSK devient Jamaia Electronic Tizi-Ouzou, JET intégrée à la Sonelec.

Le ministère de l’Enseignement supérieur décide de l’ouverture du centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O.) où se retrouvent les cadres de la région et qui se mêlent au mouvement estudiantin pour la prise en charge de la revendication identitaire. Le C.U.T.O. verra le regroupement des étudiants kabyles jusque là éparpillés sur divers instituts de la capitale.

Ce centre universitaire connaîtra des mouvements de grève non connus à l’époque en Algérie.

L’ouverture du CUTO permettra aussi la circulation d’une documentation dite clandestine tels que les ouvrages de l’historien algérien Mohamed Harbi, les revues berbères de l’ACB et de l’Académie berbère, édités en France et diffusés sous le manteau en Algérie.

On assiste à l’interdiction par le Wali de plusieurs chanteurs comme Idir, à Tizi-Ouzou sous prétexte d’absence de salle suffisante pour contenir les spectateurs et garantir la sécurité.

Novembre 1977 :
La direction du PRS met en place une cellule de réflexion pour étudier le dossier berbère et élaborer des propositions concrètes en direction des groupes berbéristes.

28 Novembre 1978 :
Ait Ahmed, secrétaire général du FFS, dans une déclaration, demande la reconnaissance de la « langue berbère comme langue nationale au même titre que la langue arabe ».

10 Décembre 1978 :
Des armes en provenance du Maroc sont parachutées à Cap-Sigli dans la wilaya de Béjaia en Kabylie, pour un éventuel soulèvement armé contre le régime de Boumediene, dix sept jours avant sa mort. Le groupe initiateur est arrêté par la sécurité militaire, « prouvant » et montrant ainsi l’échec d’une « tentative kabyle » de renversement du régime.

En réalité cette affaire est connue dès le départ par la Sécurité militaire qui avait infiltré le groupe contestataire composé de personnalités historiques, comme Mohamed Benyahia, Ferhat Abbas, Belarbi, Boudjeloud, Ahmed Kadri. Ils seront traduits en justice à l’exception de Ferhat Abbas. Ils seront condamnés par le tribunal militaire de Blida à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison.

Cette affaire est exploitée par le pouvoir pour discréditer les berbéristes, qui n’avaient aucune relation avec celle-ci. Il montre du doigt le « danger berbériste » en des termes à peine voilés, ces « anti-nationalistes, soutiens du Maroc et du néo­colonialisme ».

25 Décembre 1978 :
Ait Ahmed dira à propos de la question berbère, qu’ « il s’agit d’un problème de survie, pour une langue, une culture combattues par le colonialisme et auxquelles l’indépendance n’a pas offert de chance. Ce n’est pas en ignorant le problème qui concerne un Algérien sur trois qu’on le résoudra. Il faut le prendre en charge dans l’intérêt de la collectivité nationale et de son unité ».

Le chanteur populaire kabyle Lounis Ait Menguellet est interdit de se produire à l’Université.

Mars 1979 :
Dans son « Avant-projet de plate-forme politique le FFS se prononce sur la question berbère. Il y est notamment écrit : La langue berbère a droit de cité dans la cité berbère, droit inaliénable que le colonialisme intérieur, pas plus que le colonialisme étranger, ne peut proscrire. Elle doit être officialisée et développée comme langue nationale, elle doit bénéficier de la part de l’état de l’égalité de traitement qui lui permette de rattraper le temps et le terrain perdus depuis l’indépendance.(…) Seuls les apprentis obscurantistes et les larbins mercenaires voudraient encore opposer la langue arabe et la langue berbère.

Interdiction au Centre universitaire de Tizi-Ouzou d’une pièce de théâtre, adaptation en kabyle de la guerre de 2000 ans de Kateb Yacine.

Des demandes successives d’enseignement du berbère à Alger, puis à Tizi-Ouzou, tour à tour, sont rejetées sans aucun motif explicite.

17 Octobre – 13 Novembre 1979 :
Troisième grève des étudiants du CUTO depuis l’inauguration du centre universitaire en 1977. Ils posent notamment le problème de la représentation des étudiants dans l’instance universitaire.

Crédits : © Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

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Chronologie du mouvement berbère d’aprés 1980

Posté par algeriedemocratie le 30 août 2009

Chronologie du mouvement berbère d’aprés 1980

21 juin 2005

addthis_url = location.href; addthis_title = document.title; addthis_pub = ‘sif’; 1 au 31 Août 1980 :

Un grand nombre de militants du Mouvement culturel berbère et de la démocratie, composé de spécialistes en histoire, sociologie, linguistique, cinéma… et de citoyens autodidactes se réunissent, durant un mois, à Yakouren (Azazga) dans un séminaire.

Ce premier séminaire du Mouvement culturel berbère avait pour tâche de préparer un document, devant refléter les revendications et les propositions du mouvement, pour être présenté à la discussion au sein du Comité central du FLN qui préparait un débat général concernant le dossier culturel.

Le séminaire de Yakouren avait pour objet de  » poser (…) clairement le problème de la culture en Algérie afin de dépasser les fausses accusations dont la presse nationale notamment s’est encore récemment faite l’écho, et dont les propos incendiaires ont failli conduire à l’irréparable ».

Ce problème de culture en Algérie s’articule, selon les séminaristes, autour de trois axes principaux : 1- Le problème de l’identité culturelle du peuple algérien. 2- Le problème des libertés d’expression culturelle. 3- Le problème de la culture dans la politique de développement.

Voici quelques propositions de différentes commissions du séminaire

La commission « culture et développement de la société » propose entre autres :
-  La décentralisation des moyens et des pouvoirs de décision : consulter et faire participer les travailleurs et les paysans dans ce domaine.
-  L’équilibre régional économique avec pour critère de base la minimisation des migrations de travail
-  La démocratisation de l’enseignement, son authenticité et sa progression dans le but de former un Algérien capable de répondre aux aspirations des masses Laborieuses au niveau de tous les domaines.
-  Promouvoir l’utilisation et l’enseignement du berbère et de l’Arabe algérien
-  Promouvoir l’épanouissement et la transmission de notre patrimoine culturel dans un cadre moderne et progressiste en fonction de révolution globale de la Société.

La commission « Langues populaires » quand à elle propose entre autres de :
-  Mettre fin a la marginalisation de la culture du peuple algérien, donc de défi­nir la culture nationale en fonction de la culture populaire dans toute Sa diver­sité. Ceci implique la reconnaissance institutionnelle des langues du peuple algérien (arabe algérien et tamazight) en tant que langues nationales.
-  Donner les moyens publics de développement suppose ré-appropriation, enri­chissement et diffusion.

Le rapport de la commission « Libertés d’expression culturelles » propose de
-  Permettre au journaliste de jouer son rôle d’informateur objectif sur le sujet traité, par le droit à la critique et au commentaire ; ceci passe par la levée des entraves de la censure, des blocages au niveau des moyens matériels (locaux, laboratoires, photo etc..).
-  Utiliser les langues du peuple algérien (arabe algérien, berbère) dans le système de l’information, au moins dans un premier temps au niveau de la Radio et de la Télévision, par la suite (…) au niveau de la presse écrite ;
-  Faire du journal télévisé un véritable « télévisé » et non « parlé », par le droit au journaliste à une information contradictoire à celle d’autres organes en lui lais­sant la possibilité de l’argumentation…
-  Décentraliser les moyens de l’information au niveau national…
-  La circulation d’une information objective à tous les niveaux…
-  La synthèse des travaux du Séminaire de Yakouren. In : « Préparation du dos­sier culturel – Séminaire de Yakouren.

14 Septembre 1980 :

Coup d’envoi de l’arabisation des sciences sociales à l’Université.

26 Décembre 1980 :

Un groupe de militants berbéristes dépose à la wilaya de Tizi-Ouzou les statuts d’une associa­tion à caractère culturel dénommée Tiwizi (entraide). Une année après aucune réponse n’a été donnée par les autorités.

Création du Haut Conseil de la Langue Nationale (HCLN) – sous la présidence de Abdelhamid Mehri. Sa mission est d’appliquer la résolution du Comité Central du FLN de juin 1980.

12 Mars 1981 :

Ouverture du débat sur la politique culturelle nationale au sein du parti FLN.

15 Mars 1981 :

Grève générale de 24 heures et meeting à Tizi-Ouzou regroupant des milliers de personnes pour protester contre la ligne officielle lors du débat national sur la culture.

19 et 20 Avril 1981 :

Manifestations à Tizi-Ouzou pour com­mémorer le 1er anniversaire des événements de Kabylie d’avril 1980. Elles répondent à l’appel de la coordination qui a regroupé les étudiants, lycéens, enseignants et travailleurs pour faire du 20 avril une journée anti-répression et pour réaf­firmer les positions du mouvement culturel berbère : « arabe algérien et tamazight = langues nationales ; reconnaissance des libertés démocratiques, libération des prisonniers… ».

Ces manifestations drainent des foules d’environ 10000 personnes. La journée du 20 avril sera commémorée chaque année comme symbole du combat amazigh et aussi un signe de la continuité du Mouvement culturel berbère.

29 Avril 1981 :

Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Salem Chaker, M’hamed Issiakhem, Mohand Idir Ait-Amrane et d’autres universitaires et militants berbéristes déposent, au ministère de l’Intérieur, une demande d’agrément d’une association culturelle dénommée « Amuger ». L’objectif de l’association est de « favoriser l’épanouissement de la culture populaire et de participer à son enrichissement par la promotion du patrimoine culturel national dans toutes ses com­posantes, notamment la langue berbère ».

19 Mai 1981 :

A l’occasion de la journée nationale de l’Étudiant une marche est initiée par des établissements publics et administratifs (lycées, unités économiques et de services) à Béjaïa. Les manifestants scandent des mots d’ordre tels que :
-   »Non au détournement du projet universitaire de Béjaïa.
-  Reconnaissance des langues populaires (arabe algérien et tamazight).
-  Résolution des problèmes de la jeunesse du département.
-  Pour les libertés démocratiques. »
-  Les forces de l’ordre interviennent et l’excitation engendre l’affrontement. Des actes de vandalisme sont enregistrés. Un couvre-feu a, semble-t-il, été instauré à Béjaïa à partir de 18h 30.

Des arrestations massives touchent les membres des col­lectifs et comités culturels de la région de Béjaïa. Trente et un militants sont arrêtés. Les chefs d’inculpation sont :
-  Rassemblement, incitation au rassemblement, partici­pation et distribution de tracts à but de propagande.

Dans une lettre ouverte au président Chadli Bendjedid, envoyée probablement au courant du mois de novembre 1981 de la prison civile de Béjaïa, ces inculpés dénoncent les sévices corporels (coups de pieds, coups de poing, violences au niveau de l’appareil génital…) et autres tortures, morales (attente, intimidation avec armes, menaces…). Ils dénoncent également le non-respect du délai de garde à vue (allant jus­qu’à 120h).

Dans cette lettre, les détenus signalent au Président de la République qu’ils ont été contraints de reconnaître des faits qu’ils n’ont jamais commis et de signer obligatoirement les procès verbaux.

Ces inculpés sont les suivants : Med Cherif Bellache (lycéen), Boukhalfa Bellache (lycéen), Med Larbi Boutrid (lycéen), Salah Taybi (lycéen), Azzedine Madaoui (lycéen), Zaher Chibane (lycéen), Djamel Menguelati (lycéen), Zaher Aouchiche (lycéen), Med Salah Messalti (lycéen), Mokrane Agoun (lycéen), Zoubir Tarki (lycéen), Med Said Belalouache (lycéen), Abdennour Yanat (lycéen), Ali Benamsili (lycéen), Mustapha Brahiti (lycéen), Farid Zadi (lycéen), Med Akli Benalaoua (lycéen), Abdelaziz Merabet (lycéen), Mouloud laichouchene (lycéen). Ali Gharbi (enseignant), Abdelkader Guidjou (enseignant), Ali Dai (enseignant), Salati Moussouni (enseignant), Tayeb Chebi (enseignant), Mohamed-Ourabah Ait Heddad (enseignant). Kamel Merdes (fonctionnaire), Khelil Aizel (fonctionnaire), Moussa Talbi (ouvrier), Mouloud Belal (ouvrier). Hamid Lakhdari (employé). Moussa Cheurfa (agent technique).

19 Mai 1981 :

Seize (16) personnes sont arrêtées à Akbou dans la wilaya de Béjaïa. Ils sont condamnés à des peines allant de quelques mois à quatre ans de prison. Ce sont : Amar Boukedami, Smail Ait Meddour, Belkacem Souagui, Zoubir Chekkar, Mebrouk Hamidouche, Abdesslam Tiar, Smail Maamri, Mokrane Baaziz, Abdennour Benyahia, Abdennour Meldiloufi, Abdelmalek Halfaoui, Abderrahmane Nasroune, Youcef Chilha, Hider Chikhoune, Zoubir Berkani, Amar Idri.

A l’occasion de la journée nationale de Étudiant, des étudiants et travailleurs de l’Université d’Alger, militants du Mouvement culturel berbère et militants démocrates tiennent un meeting d’information dans l’enceinte l’université. Des militants bâathistes interviennent pour briser le meeting et une confrontation violente entre les deux s’ensuit . La police intervient, occupe l’université et fait arrêter les militants berbéristes. Les arrestations ne touchent qu’un seul camp, celui des berbéristes. Les éléments bâa­thistes, après leurs méfaits, sortent sous la protection des ser­vices de police.

23 Mai 1981 :

Vingt-deux étudiants et travailleurs de l’Université d’Alger, membres des collectifs d’étudiants, militants du Mouvement culturel berbère, sont arrêtés par la police à Alger suite à l’incident du 19 mai 1981. Les chefs d’inculpation sont :
-  atteinte à la sûreté de l’État ;
-  atteinte à l’unité nationale ;
-  constitution de collectif à caractère subversif ;
-  complot-rébellion, atteinte à la personnalité nationale -rédaction, détention et diffusion de tracts et de documents séditieux – association de malfaiteurs – port d’armes prohibées – destruction de biens publics et de monuments – attroupement. ».

Lors de l’interrogatoire dans les locaux de la police, les inculpés sont interrogés sur leurs opinions, leur position vis-à-vis de la question berbère, leurs activités au sein du collectif démocratique à l’université et l’incident du 19 mai

Ces vingt-deux détenus sont les suivants : Abdennour Houati, Lakhdar Mames, Meziane Ourad, Rabah Belahouane, Cherif Akeb, Arezki Benramdane, Arezki Ait-Larbi, Mokrane Laksi, Mohamed Ameziane Bencheikh, Mustapha Benkhemmou, Ali Ihadadene, Omar Zeggane, Hachimi Ihadadene, Salah Boukrif, Rachid Bouchenna, Abderrazak Hammouda, Rachid Kaci, Mouloud Fellag, Youcef Ait-Chelouche, Ihsene Elkadi, Messaoud Lahma ; Mustapha Bacha.

3 Août 1981 :

Les forces de l’ordre investissent le centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O) afin d’empêcher la tenue d’une université d’été dont l’objectif est le débat sur langue et la culture amazigh ainsi que la formation accélérée d’enseignants.

Les forces de l’ordre occuperont l’université jusqu’au 6 septembre 1981.

Rachid Aliche publie le premier roman en berbère chez Fédérop en France. Intitulé « Asfel, il traite de la quête de la berbérité. « Asfel » sera suivi de « Askuti »(Le boy scout) de Saïd Sadi, de « Fafa » de Rachid Aliche de « Id d wass » de Amar Mezdad et d’autres romans tels que « Tafrara » de Salem Zenia.

23 Septembre 1981 :

Le ministre de l’Enseignement supé­rieur, M. Abdelhak Brerhi annonce la création de quatre départements de culture et dialectes populaires dans les uni­versités d’Alger, d’Oran, de Constantine et de Annaba. 6 Octobre 1981 :

Hocine Sadi alias Hend, animateur du Mouvement culturel berbère et enseignant au centre universitaire de Tizi-Ouzou, adresse une « lettre aux citoyens ». Dans cette lettre Hend Sadi dénonce un autre instrument de répression utilisé par le pouvoir, à savoir l’appel qu’il vient de recevoir pour le service national, alors qu’une carte de dispense pour cause de maladie lui a été délivrée par les ser­vices de l’hôpital militaire Maillot en 1977.

reçoit l’ordre d’appel et il est affecté à Batna qu’il refuse de rejoindre. Pour lui il s’agit « de maquiller la répres­sion en la revêtant de l’uniforme militaire. Cela présente éga­lement l’avantage que le tribunal militaire offre plus de pos­sibilités que la justice civile qui a du mal avec les détenus du mouvement culturel d’El-Harrach et de Petite-Kabylie.

12 Octobre 1981 : Par décision du ministère de la Santé publique, le Dr Saïd Sadi, médecin à l’hôpital de Tizi-Ouzou et animateur du Mouvement Culturel Berbère est muté à Khenchela.

Cette mutation est venue après la vague d’arrestations qu’a connue la Kabylie (Tizi-Ouzou et Béjaïa) et Alger, touchant des militants berbéristes, après la fermeture du centre universitaire de Tizi-Ouzou, et aussi après l’appel au service national de Hend Sadi.

Un mouvement de solidarité pour la réintégration du Dr Sadi est initié, particulièrement par le Comité de wilaya de Tizi-Ouzou de l’Union médicale algérienne (U.M.A). Ce comité sera dissout par les autorités locales en 1985.

Au même moment, deux travailleurs de la Sonelec (devenue ENIEM) de Oued-Aissi (Tizi-Ouzou) ainsi que trois autres travailleurs de la Sonitex (Société nationale des industries textiles) de Draa-Ben-Khedda (Tizi-Ouzou) sont mutés en dehors de leur Wilaya.

Moussaoui Khellaf et Berdous Maamar (un des 24 déte­nus d’avril 1980) de la Sonelec ; Rabah Benchikhoune, contremaître à la Sonitex, est muté à EI-Harrach. Brahim Bentaleb, chef de service à la Sonitex, est muté à Alger. Mahmoud Ainouz, acheteur à la Sonitex, est muté à Bab-Ezzouar. Ce dernier a, semble-t-il, été surpris en train de diffuser un tract appelant la population à boycotter l’ensei­gnement et à une grève pour le 28 septembre 1981.

28 Octobre 1981 : Les inculpés du 19 mai 1981 de Béjaïa après cinq mois de détention comparaissent devant la cour correctionnelle de Béjaïa. Ils sont condamnés à des peines allant de 10 mois à 4 ans de prison et 5 années d’interdiction de l’enseignement pour Salah Moussouni, professeur de l’enseignement secondaire (P. E. S) et Tayeb Chebi (P.E.S). Deux sont relaxés.

Dans leur lettre ouverte au Président Bendjedid, que nous avons déjà citée, ils informent ce dernier des conditio­ns judiciaires anormales dans lesquelles s’est déroulé leur procès. Il s’agit notamment de la durée puisque le procès s’est tenu dans une seule journée, pour juger 28 personnes. Ils informent aussi le Président qu’ils n’ont pas bénéficié d’une défense, leurs avocats ayant été exclus de l’audience et aussi que les questions du juge d’instruction ne correspondaient pas aux chefs d’inculpation. Ils rejettent les peines qui « ne reflètent pas les actes dont (ils ont) été accusés ».

Le même jour trois étudiants du centre universitaire de Tizi-Ouzou : Aziz Tari, Djamel Zenati et Idriss Lamari, présents au procès après leur convocation par le juge sont condamnés à quatre années de prison. Tous les détenus jugés et condamnés feront appel.

14 Novembre 1981 :

Vingt cinq des détenus de la prison de Béjaïa entament une grève de la faim pour protester contre leur détention et les conditions de déroulement de leur procès. Ils mettent fin à leur grève le 22 novembre 1981, après avoir obtenu une réponse positive, de voir leur affaire repasser en justice en décembre 1981.

25 Novembre 1981 :

Le tribunal de Tigzirt (Tizi-Ouzou) convoque neuf anciens condamnés d’août 1976, de Ouaguenoun. Ces militants du Mouvement berbère : Ali Yousfi (26 ans, agent d’administration), Mohamed Arezki Bellil (26 ans, agent d’administration), Akli Adjioua (27 ans, journalier), Hassène Messaoudène (29 ans, technicien), Ahmed Chelli (27ans, secrétaire d’administration), Belaïd Serdjane (26 ans, journalier), Rabah Chikhaoui (27 ans, journalier), Mohamed Idiri (26 ans, maçon), Amar Ait-Ali (25 ans, journalier) avaient été condamnés en 1976 à des peines allant de 3 à 12 mois de prison préventive pour déten­tion de l’alphabet Tifinagh, distribué par I’ Académie Agraw Imazighen de Mohand Arab Bessaoud.

13 Avril 1982 :

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou appelle, dans un tract, à la commémoration de la journée du 20 avril 1980 journée anti-répression pour « dire ensemble nous n’avons pas oublié » (…) que le 20 avril 1980, le gouvernement a lâché ses chiens sur les étudiants et les travailleurs de la région pour toute réponse à la revendication culturelle pacifique ».

Il est dénoncé, à travers ce tract, la répression qui conti­nue sous d’autres formes, menée par le pouvoir contre la revendication de tamazight et de la liberté d’expression, licenciements, les mutations arbitraires et les exclusions de lycéens sympathisants du Mouvement.

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou se solidarise avec toutes les victimes de la répression pour délit d’opinion et revendique la reconnaissance des langue populaires algériennes comme langues nationales (le berbère et l’arabe populaire) et le respect des libertés démocratiques.

Par ailleurs, une semaine culturelle et de solidarité avec les détenus du Mouvement culturel berbère est programmée du 17 au 24 avril 1982. Une table ronde est prévue sur l’histoire du mouvement nationaliste algérien avec les colonels Amar Ouamrane, Slimane Dehiles dit Sadek, Tahar Zbiri et les avocats du collectif. Est prévu aussi le baptême des cités universitaires de M’douha (jeunes filles) et Hasnaoua pour leur attribuer les noms de Taos Amrouche et Belkacem Krim. Ferhat Mehenni, Malika Domrane, le groupe Ichen­wiyen du Chenoua et d’autres doivent animer un gala. Le même jour les responsables de l’université interdisent l’affichage et la tenue d’assemblées générales.

14 Avril 1982

Le préfet de Tizi-Ouzou prend contact avec les comités de cité pour discuter des évérements qui viennent de se dérouler. Il leur signifie que « les baptêmes constituent des actes de rébellion qui appelleraient l’intervention des forces de l’ordre « quitte à reproduire le 20 avril 1980″

15 Avril 1982 :

Par un communiqué signé par le conseil de université (CUTO) et le conseil de la direction du COUS et sur décision ministérielle, les étudiants sont informés de la fermeture de « l’ensemble des infrastructures universitaires à partir du samedi 17 avril 1982 et les infrastructures d’hébergement le 16 avril 1982 à 18h et ce jusqu’à une date ultérieure.

18 Avril 1982 :

Les gendarmes occupent le centre universitaire de Tizi-Ouzou

20 Avril 1982 :

Les lycéens de la région de Tizi-Ouzou déclenchent une grève spontanée. Elle est suivie par la fermeture de leurs lycées.

Un arrêt de travail de protestation d’une durée de deux heures est observé par les travailleurs de l’usine Sonelec de Oued-Aïssi.

Les actes de protestation des lycéens sont considérés par le Secrétaire État à l’Enseignement secondaire et tech­nique dans une circulaire du 3 mai 1982, adressée aux directeurs de l’Education, chefs d’établissements, inspecteurs et enseignants de son secteur et aux associations des parents d’élèves, comme « des tentatives d’agitation » conduites par des « aventuriers » dans le but d’utiliser les élèves à des « fins contraires à l’intérêt de la révolution, en semant le doute, la confusion ». Il y rappelle le rôle de l’éducateur dont la mis­sion est d’orienter l’élève dans la voie qui le préservera de tout extrémisme et déviation, conformément aux principes du FLN et aux options fondamentales de notre peuple ».

L’école doit être, selon le Secrétaire État, une pépinière active du Parti, le FLN. Il invite les directeurs de l’éducation et les chefs d’établissements à informer les services de son secteur de toute perturbation.

7 Juillet 1982 :

Un magister de culture populaire est créé par arrêté et implanté au sein des instituts de langue et de culture arabes d’Alger, d’Oran, de Constantine, et d’Annaba.

2 Novembre 1982 :

Après les événements du 19 mai 1981, provoqués par une agression d’islamo-bâathistes contre des étudiants et travailleurs berbéristes et démocrates, et qui a vu les islamistes prendre le dessus, l’embrigadement des universités et des cités universitaires par les islamistes et les bâathistes commence avec la bénédiction du pouvoir. Les étudiants berbéristes essayent de réoccuper le terrain.

C’est ainsi qu’un groupe d’étudiants de la cité universitaire de Ben-Aknoun dont faisait partie Kamel Amzal, étudiant à l’institut des langues étrangères de l’Université d’Alger et militant berbériste, et après des réunions restreintes, décide d’afficher dans le foyer de la cité un appel à une assemblée générale. A ce moment interviennent des islamo-bâathistes qui déclenchent un affrontement. Il se solde par l’assassinat de Kamel Amzal qui tenait une affiche, avec une arme blanche, par les intégristes islamistes.

28 Janvier 1983 :

Slimane Azem, poète et chanteur kabyle, meurt en exil à Moissac (Tam et Garonne) en France à l’âge de 65 ans, suite à une maladie.

11 Février 1983 :

Salem Chaker, chercheur et militant berbèriste vivant en France est interpellé à son arrivée, de retour au pays, à l’aéroport d’Alger. Il est convoqué et interrogé par la police. Il regagne, le 27 février 1983 la France après plusieurs tracasseries, moyen trouvé par le pouvoir pour intimider les militants berbéristes.

C’est durant cette période que le Président Chadli entame une visite en Kabylie. Elle est boycottée par la population et même par les lycéens de Tizi-Ouzou mobilisés spécialement pour recevoir le Président, montrant ainsi leur mécontentement et leur refus de la politique du pouvoir.

20 Avril 1983 :

Commémoration du troisième anniversaire de la journée du 20 avril. Des conférences, projections de films, galas et présentation de pièces de théâtre sont au programme.

Une conférence axée essentiellement sur le mouvement national algérien et la question berbère est présentée par Maître Mabrouk Belhocine, ancien militant du PPA et du FLN.

Des grèves symboliques et des recueillements sont, par ailleurs, observés par les lycéens, étudiants et travailleurs de la région.

8 Mai 1983 :

Un texte signé par 31 militants du Mouvement Culturel Berbère est envoyé au Président de la République pour réaffirmer que leurs revendications (reconnaissance officielle des langues populaires, tamazight et arabe algérien, Libertés démocratiques), restent entières.

Saïd Sadi publie un roman en berbère intitulé « Askuti » (le boy scout). Il raconte l’histoire d’un jeune lycéen qui a rejoint le maquis en 1956 et qui se retrouve tortionnaire après l’indépendance, dans les locaux de la police, jusqu’en 1980

Début Avril 1984 :

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou rend public un tract pour la célébration du 4e anniversaire du Printemps berbère. Dans ce document, les berbéristes mettent l’accent sur leur décision de prendre dorénavant en charge eux-mêmes les problèmes et les reven­dications. Ils proposent :
-   »(La) généralisation de l’enseignement de tamazight aux universités, lycées, entreprises, villages… ;
-  (1’) organisation des comités (de villages, de cités, de quartiers, d’usines… ) pour solutionner les problèmes sociaux et développer des activités culturelles et renforcer la solidarité populaire ;
-  (la) lutte contre les courants passéistes (maraboutisme, intégrisme) qui bloquent le progrès de (la) société ;
-  (le) soutien aux luttes populaires qui visent à réaliser plus de liberté et de justice sociale (lutte des femmes, ouvriers, étudiants, paysans…) ».

12 Avril 1984 :

Un groupe de fils de chouhada militants du Mouvement culturel berbère adresse au wali de Tizi-Ouzou une demande d’agrément d’une association à but non lucratif dénommée « Tighri ». Cette association s’est fixé pour objectifs, entre autres, « la contribution à l’écri­ture et la vulgarisation de l’histoire du mouvement de libération nationale, par des études, enquêtes, sémi­naires… La contribution à la vie culturelle, défense de la mémoire des martyrs et des principes fondamentaux pour lesquels ils se sont sacrifiés… ». Cette demande d’agré­ment leur sera refusée par le wali le 14 juin 1984. Moins d’une année après, une campagne de répression sera lan­cée par le pouvoir. Plusieurs dizaines de fils de martyrs et militants berbéristes seront emprisonnés.

16 Avril 1984 :

Le sous-préfet d’Azazga rejette la demande de passeport du chanteur Ferhat Mehenni. La cause évoquée est « l’avis défavorable des services de sécurité ».

Un autre berbériste, Ramdane Achab, enseignant de mathématiques au CUID et enseignant de tamazight (enseignement non autorisé officiellement) a vu, lui aussi, sa demande de passeport rejetée le 6 août 1984.

20 Avril 1984 :

Commémoration exceptionnelle du 4e anniversaire du 20 avril. Les festivités durent, pour la première fois, six jours. Elles sont variées et nombreuses : projections de films, conférences animées par Mahfoud Kaddache (historien), Rachid Mimouni (écrivain) et Nabil Farès (écrivain), exposition sur les événements d’avril 1980, les détenus du mouvement berbériste, pièces de théâtre en arabe et en kabyle, soirée poétique et gala à Oued-Aïssi.

13 Mai 1984

Les services de police de l’aéroport d’Alger interpellent Saïd Doumane, militant berbériste et enseignant au CUTO, et s’opposent à son départ pour la Pologne où il devait prendre part à un colloque international universitaire, sans lui donner aucune explication.

Juin 1984 :

Mokrane Chemime, militant berbériste et détenu de 1980 est convoqué à Sétif pour, selon Tafsut, « détention préventive ». Il est emprisonné durant cinq jours. il est libéré après avoir entamé une grève de la faim

25 Octobre 1984 :

Arezki Abbout, secrétaire général de la section syndicale du CUTO, militant berbériste et membre de l’Association des fils de chouhada et Ferhat Mehenni, lui aussi membre de la dite association, sont arrêtés à leurs domiciles. Ils sont conduits à Blida où ils subissent des interroga­toires.

7 Février 1985 :

A l’ouverture du Séminaire sur l’histoire de la révolution algérienne en wilaya III (la Kabylie), six membres du comité de wilaya de Tizi-Ouzou des enfants de chouhada (martyrs de la révolution) Noureddine Aït-Hammouda (fils du colonel Amirouche), Mokrane Ait-Larbi (avocat), Nacer Babouche, Rabah Benchikhoune (travailleur licencié de Cotitex de Draa-Ben-Khedda), Amar Fali (médecin) et Ferhat Mehenni (chanteur- Imazighen Imoula), voulant prendre la parole, sont arrêtés par la police.

Dans un appel à la population lancé le 10 février 1985, le comité des enfants de chouhada de la wilaya de Tizi-Ouzou rappelle que le seul crime des prisonniers « a été d’avoir dénoncé publiquement la confiscation et l’exploitation tendancieuse qui est faite de la mémoire des martyrs, par ceux qui veulent légitimer leur domination, et revendiqué le droit à la parole et la dignité pour tous les citoyens »

Ils dénoncent notamment l’arbitraire, la répression, la confiscation de la mémoire des martyrs et la falsification de l’histoire.

9 Février 1985 :

Le Dr Saïd Sadi, un des animateurs du Mouvement culturel berbère, rejoint les inculpés du 7 février. Il est kidnappé en ville (Tizi-Ouzou) pour avoir manifesté sa solidarité avec les détenus en question.

13 Février 1985 : Les six détenus devenus sept sont jugés, en présence de milliers de citoyens mobilisés par le comité des enfants de chouhada, pour « délit de droit commun » par le tribunal de Tizi-Ouzou qui prononce la relaxe.

Dans une déclaration où ils expliquent les causes et les effets de leur arrestation, les relaxés lancent un appel à l’union de tous les Algériens « afin d’imposer un État de droit qui garantisse à tout citoyen la liberté d’expression ».

Ils interpellent le pouvoir pour qu’il  » admette que les problèmes sont posés hors de ses structures et que leurs solutions ne peuvent être que politiques ».

5 Juin 1985

De violents affrontements entre les Mozabites (berbérophones de rite ibadhite) et les M’dabih-Chaambas (arabophones de rite malikite) sont déclenchés à Ghardaïa

Ces affrontements intercommunautaires font deux morts, une cinquantaine de blessés et occasionnent la destruction de plusieurs édifices, magasins, petites unités de production, vitrines et écoles appartenant aux Mozabites.

30 Juin 1985 :

Un groupe de militants des droits de l’homme tous militants du Mouvement culturel berbère, dépose une demande d’agrément et les statuts de la « Ligue algérienne pour les droits de l’homme » (LADH). Ses objectifs sont :

-  La défense des libertés fondamentales individuelles et politiques ;

-  La dénonciation, quelles que soient les motivations, des violations caractérisées des droits de l’homme, et des atteintes à la liberté de pensée, d’expression, d’opinion, de réunion, d’association, culturelle, syndicale, etc. »

La naissance de cette ligue dite « berbériste », par le fait de sa composante humaine, la plupart de ses cadres sont ani­mateurs du Mouvement culturel berbère, est venue suite aux divergences nées entre les militants des droits de l’homme de diverses tendances politiques et idéologiques au sujet des points suivants :

-  La présidence de la ligue, sa relation avec le FLN, son affiliation à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH).

L’idée de sa création mûrit au courant de l’automne 84, au sein d’un groupe de militants du Mouvement culturel berbère de Tizi-Ouzou et d’un groupe d’avocats d’Alger et de Tizi-Ouzou . Ils envisagent de constituer une « organisation berbère (kabyle) de défense des droits de l’homme ».

Mais le souci de créer une ligue nationale et non locale pousse ce groupe à élargir son champ à d’autres militants appartenant à d’autres régions du pays. C’est ainsi que des contacts sont pris, à la mi-décembre 1984, par l’intermé­diaire de Maître Hocine Zehouane, avec d’autres militants d’Alger : des universitaires marxistes, d’anciens respon­sables du FLN de la wilaya IV, d’anciens maquisards, des éléments d’extrême gauche trotskistes (OST) et des uni­versitaires indépendants. La majorité des militants d’Alger, non berbéristes, choisissent en mars 1985 Maître Omar Menouer pour présider la ligue naissante, écartant ainsi Maître Abdenour Ali-Yahia proche des berbéristes. Ces der­niers, minoritaires, se retirent et fondent leur propre ligue : la LADH.

La LADH ne reçoit pas d’agrément. Ses membres fon­dateurs seront sérieusement réprimés et emprisonnés par le régime. Une campagne de presse est déclenchée contre eux les accusant d’être des « opposants au régime », des « ’anti-nationalistes » et des « berbéristes manipulés ».

« Le recours à la tromperie sous le couvert des « droits de l’Homme », dira le Président Chadli Bendjedid dans un dis­cours en décembre 1985, « n’est en fait qu’un prétexte pour la création d’un parti politique servant les intérêts des enne­mis de l’Algérie. Ce que nous ne pouvons en aucun cas admettre, quelles que soient les circonstances. De même nous n’acceptons aucune leçon de quiconque en matière de respect des droits de l’individu, garantis par les lois du pays. »

5 Juillet 1985 :

En dehors du cadre officiel et des cérémonies organisées par le pouvoir et l’Organisation nationale des moud­jahidine (ONM), un grand nombre de fils de chouhada (martyrs de la révolution) déposent des gerbes de fleurs à la mémoire des martyrs le jour de la fête de l’indépendance, au cimetière d’El-Alia à Alger et dans d’autres villes du pays. Le pouvoir réagit en déclenchant une série d’arrestations. Plusieurs dizaines de personnes sont successivement arrêtées à Tizi-OuZou, Boumerdes, Tipaza, Chlef, Khenchela Parmi eux des militants berbéristes Il s’agit notamment de : Arezki Abbout, Nouredine Ait-Hamouda, Arezki Ait Larbi, Nacer Babouche, Rabah Ben­chikhoune, Mokrane Chemime, Belkacem Adjroud, Hazerchi Bouzid, Ali Faouzi Rebaine, Rachid Fennoune, Kouider Arrous et Ahmed Mekaoucha.

Ils seront tous les douze déférés une semaine après devant la Cour de sûreté de État à Médéa et incarcérés à la prison de Berrouaghia.

Un comité de soutien aux détenus est constitué le même jour (5 juillet 1985) à Tizi-Ouzou . Il est composé de fils de Chouhada et de militants du Mouvement culturel berbère. Ce comité jouera un rôle important dans l’information aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il contribuera à la Constitution d’un collectif d’avocats pour défendre les détenue­s, distribuera des tracts, des pétitions, fera des démarches auprès des autorités locales (wali, police…), organisera des quêtes en faveur des familles des détenus…

Dans son premier bulletin d’information daté du 5 juillet 85, et après avoir annoncé les arrestations, ce comité invite à la mobilisation et à la vigilance. Il déclare son refus de l’oppression : « non au règne de la répression et de l’arbitraire policier ». Il demande la libération des détenus, le respect de la mémoire des martyrs et le respect des libertés démocratiques et des droits de l’homme.

9 Juillet 1985 :

A 19 heures, à la sortie de son bureau, dans le centre d’Alger ; Maître Abdenour Ali-Yahia, avocat au barreau d’Alger, ancien ministre, membre du Comité central du FLN (1964) et co-fondateur de l’UGTA, président de la LADH et avocat des détenus du 5 juillet 1985, est appré­hende. Il est transféré à la prison de Berrouaghia (Médéa). Il venait de protester, dans un télégramme au Président Chadli contre les arrestations des enfants de Chouhada.

17 Juillet 1985 :

Les forces de l’ordre encerclent à Azazga (Tizi-Ouzou ) le bâtiment où réside le chanteur Ferhat M’henni, fondateur du groupe Imazighen Imoula en 1973, arrêté à plusieurs reprises par les forces de sécurité, membre Comité des fils de chouhada, du Comité directeur de la LADH et militant du Mouvement culturel berbère. Il est arrêté à six heures du matin. Il est transféré à Alger pour rejoindre ensuite ses amis à la prison de Berrouaghia. Il sera Conduit à son arrivée dans le quartier des condamnés à mort.

Il est transféré plus tard à la prison de Médéa puis le 20 août 1985 à celle de Blida.

Le même jour ; un communiqué du Comité des fils de chouhada de la wilaya de Tizi-Ouzou informe la population des arrestations, de leurs conditions et de leurs suites. Les enfants de martyrs attirent l’attention des citoyens sur les rumeurs répandues par les services de répression, qui ten­dent à laisser croire que l’association des fils de chouhada « revendique un statut particulier pour ses membres, des avantages socio-économiques ; (…) ces rumeurs ne visent qu’à dénaturer notre mouvement, à nous isoler de la popula­tion, et à empêcher l’émergence de solidarités au sein de notre société (….) Les camions, les appartements et les postes de responsabilité, ce sont les militants du FLN qui les accumulent et non pas les détenus de Berrouaghia ! ».

30 Juillet 1985 :

Les quatorze détenus de la prison de Berouaghia observent une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention et dénoncer les abus des services de police et de l’administration pénitentiaire notamment le sort du chanteur Ferhat M’henni. Ils réclament le statut de prisonniers politiques. Ils seront séparés et mis dans trois prisons différentes (Berrouaghia, Ksar El-Boukhari et Médéa).

Cette grève de la faim prendra fin le 10 août après l’amélioration de leurs conditions de détention.

21 Août 1985 :

Saïd Sadi, militant du Mouvement culturel berbère et membre de la LADH, Me Mokrane Ait-Larbi avocat et vice-président de la LADH et Said Douman enseignant au centre universitaire de Tizi Ouzou et membre de la LADH, sont arrêtés à l’hôpital de Tiizi-Ouzou pour premier, et à leur domicile respectif pour le second et le Lier Les chefs d’inculpation sont :
-  atteinte à l’autorité de État, distribution de tracts et constitution d’association illégale.

Trois membres du Comité des fils de chouhada d’Alger sont arrêtés le même jour. Il s’agit de : Mohamed Ferhi, Amar Mokrani (Ouadhia) et Boudjemaa Iguernelala (Tigzirt).

Le tribunal de Bordj-Menaiel condamne six militants fils de chouhada de Naciria, incarcérés durant le mois de juillet, à six mois de prison avec sursis.

5 Septembre 1985 :

Le poète et chanteur kabyle Lounis Ait-Menguellet est arrêté chez lui à Ighil-bbwammas.

7 Septembre 1985 :

Une décision du conseil de wilaya de Tizi-Ouzou dissout la section de wilaya de l’Union médicale algérienne (UMA) suite à ses activités en faveur Said Sadi et des détenus de l’été 1985.

Même période : Lors du débat sur l’enrichissement de la Charte nationale, des membres du groupe « Les Berbères » d’Oum-El-Bouaghi, région chaouia, sont arrêtés les forces de sécurité.

16 Septembre 1985 :

Le Dr Hachemi Nait-Djoudi, secré­taire adjoint de la LADH est arrêté. Il est transféré à la prison de Berrouaghia.

29 Octobre 1985 :

Le poète et chanteur Lounis Ait-Menguellet est condamné par le tribunal correctionnel d’Alger à trois ans de prison et à une amende douanière. Le chef d’inculpation, selon l’APS, est la détention illégale d’armes de chasse et de guerre.

1 Novembre 1985 :

Une centaine de personnes environ, sont condamnés à des peines allant de 6 à 24 mois de prison suite à des manifestations en Kabylie.

2 Novembre 1985

Le bureau international de la FIDH émet un avis favorable d’affiliation de la LADH.

19 Décembre 1985 :

La Cour de sûreté de État de Médéa rend le verdict de l’affaire dite « affaire Rébaine Ali Faouzi », procès des détenus de l’été 1985, militants de la LADH, de l’association des enfants de chouhada et militants du Mouvement culturel berbère : Ali Faouzi Rébaine (3 ans de prison), Arezki Ait-Larbi (3 ans de prison), Arezki Abbout (3 ans de prison), Ferhat M’henni (3 ans de prison), Saïd Saad (3 ans de prison), Saïd Doumene (3 ans de prison). Rachid Fennoun (2 ans de prison), Kadour Arrous (2 ans de prison), Hachemi Nait Djoudi (2 ans de prison). Belkacem Adjroud (18 mois de prison). Mâamar Benaoucha (1 année de prison). Nouredine Ait-Hamouda (11 mois de prison), Rabah Benchikhoune (11 mois de prison), Nacer Babouche (11 mois de prison), Abdenour Ali-Yahia (11 mois de prison), Mokrane Ait-Larbi (11 mois de prison). Ahmed Mekaoucha (10 mois de prison), Hazerchi Bouzid (10 mois de prison), Fetouma Ouzegane (10 mois de prison). Amar Mokrani (6 mois de prison), Boudjemâa Iguernelala (6 mois de prison), Mohand Ferhi (6 mois de prison). Mokrane Chemime (acquitté).

Ces 23 inculpés ont été jugés pour les chefs d’inculpation suivants :

-  Atteinte à l’autorité de État par incitation au changement du régime (ce seul chef d’inculpation est passible de peine de mort), élaboration et diffusion de tracts pouvant porter atteinte à l’intérêt suprême du pays, création d’associations illégales et attroupements non armés.

Suite à la campagne menée en faveur des détenus par la presse internationale, les organisations et ligues des droits de l’homme (Amnesty international, Ligue tunisienne des droits de l’homme, Association des avocats arabes, Association des avocats africains…) et à l’intérieur du pays, ainsi que la présence d’avocats mandatés par la FIDH à laquelle la LADH avait adhéré, la cour de sûreté de État est contrainte à ne pas retenir le premier chef d’inculpation.

Afin de discréditer ces militants, le Président Chadli Bendjedid dans un discours devant le congrès extraordinaire du FLN de décembre 1985 déclare : « D’autres groupes se font les champions du berbérisme et là, je me demande qui est berbère et qui ne l’est pas dans ce pays. Nous rejetons catégoriquement ce terme qui nous a été accolé autrefois. Cette rengaine procède en réalité de mentalités rétrogrades, exacerbées par le colonia­lisme, au moyen de la politique de « diviser pour régner ». L’Algérie est une, et il m’a déjà été donné de dire que je suis un Algérien que l’Islam a arabisé, j’y crois et j’en suis fier (…) L’objectif recherché est donc de tenter de diviser la Nation… »

19 Août 1986 :

L’Académie algérienne de langue arabe est créée par décret. Elle est placée sous le haut patronage du Président de la République.

Cette Académie, qui est une institution nationale à caractère scientifique et culturel, a pour objectifs de :
-   »Servir la langue nationale en oeuvrant à son enrichis­sement, sa promotion et son développement ;
-  Préserver sa pureté et veiller à l’adapter aux réalités contemporaines en tant que véhicule d’invention scienti­fique et technologique ;
-  Concourir à son rayonnement en tant qu’outil de création dans les domaines des lettres, des arts et des sciences ».

Février 1987 :

Ouverture d’un Institut national supérieur de Culture populaire à Tlemcen. Il a pour vocation de « contribuer à la préservation du patrimoine culturel populaire algérien : traditions, coutumes, médecine traditionnelle, arts populaires, chants et poésies ».

5 Juillet 1987 :

A l’occasion du 25e anniversaire de l’indépendance, l’un des « poseurs de bombes », Mohamed Haroun est libéré de la prison de Lambèse après onze années de détention, bénéficiant d’une grâce présidentielle.

20 Avril 1988 :

Une table ronde réunit des militants berbéristes à Tizi-Ouzou. Des divergences apparaissent.

Août 1988 :

Une importante réunion de militants du Mouvement culturel berbère a lieu près d’Azeffoun (Tizi-Ouzou ). Elle déclare l’urgence de créer une organisation politique du MCB.

5 Octobre 1988 :

Des manifestations populaires éclatent à Alger pour manifester le ras-le-bol populaire contre 1e régime de Chadli Bendjedid. Ces manifestations se propagent à plusieurs régions du pays sauf en Kabylie où règne un calme relatif. C’est une secousse qui ébranle et accélère l’évolution du champ politique en Algérie. Les jours qui sui­vent ces événements d’octobre voient l’ouverture du régime vers un pluralisme politique rendu jusque là impossible par le parti unique depuis 1962.

Lors des émeutes d’octobre, Matoub Lounés, chanteur et militant du mouvement berbériste est atteint de plusieurs balles tirées par des gendarmes qui avaient dressé un barrage sur la route de Ain-El-Hammam.. Matoub selon certaines sources, détenait des tracts appelant la population de Kabylie au calme.

9 Novembre 1988 :

Un mois après les événements d’octobre 1988, le Dr Saïd Sadi, Maître Mokrane Ait-Larbi, Mustapha Bacha et Ferhat M’henni tiennent une conférence de presse au campus de Tizi-Ouzou . Ils déclarent que le Mouvement culturel berbère à travers sa lutte, « s’est toujours inscrit dans la perspective d’une dynamique du pays… (…), l’expres­sion des axes stratégiques prioritaires qu’il s’est définis, reconnaissance et prise en charge de la langue et de la cul­ture berbères, libertés démocratique notamment, trouvent une solution naturelle dans une vie publique libre et tolérante ».

« (…)Seule, continuent-ils, une société régie par des politiques dignement représentatives (…) peut

mettre aux différents cadres de représentation socio-politique (…) de jouer pleinement et efficacement leur rôle ».

Ils appellent à la tenue des premières assises du mouvement.

25 Novembre 1988

Un meeting initié par le comité de cité de l’université de Tizi-Ouzou se tient au stade Oukil Ramdane. Il regroupe plusieurs personnalités et militants du MCB. L’intervention du Dr Sadi, ajoutée à son initiative, lancée avec trois de ses camarades d’appeler à une conférence de presse, fait réagir d’autres militants du MCB. Dans une « lettre à la population », ils accusent nommément le Dr Sadi de prôner une ligne non revendicatrice (des propositions ont été avancées) contraire aux principes du mouvement.

« Nous sommes », écrivent-ils, « en droit de nous interroger sur d’éventuels engagements pris avec le pouvoir dans le cadre des réformes politiques annoncées. Quelle satisfaction avon-nous obtenue pour passer du stade revendicatif au stade de la proposition ? ».

Ils dénoncent la mainmise des quatre militants (Sadi, M’henni, Bacha, Mokrane Ait-Larbi) sur le mouvement ­berbère et parlent d’une rupture « effectivement et publiquement consommée ».

Ils appellent à l’esprit de responsabilité des militants pour « déjouer toute tentative de récupération de cette scission ».

17 Décembre 1988 :

Dans un autre document daté du 17 décembre 1988 et intitulé « pourquoi des assises », ses auteurs parlent de la « nécessité de l’option d’une organisa­tion pitico-culturelle indépendante, libre, représentative et ce » qui permettra à leur mouvement de franchir « un saut qualitatif en rapport avec la situation et les exigences socio-culturelles actuelles, à l’instar des autres courants de pensée dans le pays ».

3 Janvier 1989 :

Le comité préparatoire, dans « Éléments de réflexion pour les assises », dresse un bilan de huit années de lutte. Le Printemps berbère a, selon le document, « permis aux berbérophones d’exprimer massivement leur attachement à leur langue et à leur culture, interpellé leurs compatriotes sur la nécessaire d’une discussion autour de l’identité nationale ». Mais « la terreur » et les « traditions de lutte insuffisantes, la perte de la notion de l’effort permanent »et « la fermeture des autorités en la matière, ont amené les militants à concevoir leur combat dans des regroupements informels où le fonctionnement était plus déterminé par les rapports individuels que par les exigences structurelles de la lutte ».

Pour ces causes, « des potentialités humaines et matérielles considérables n’ont pu être rentabilisées, occasionnant ainsi de sérieux dommages à l’épanouissement culturel berbère ».

Ils sont convaincus que cette situation « doit cesser car inefficace et dangereuse ». Ils proposent « un définitif de l’improvisation qui a prévalu jusque là, de créer, « un cadre structurel suffisamment efficient et fonctionnel qui n’en réduise pas l’envergure sociologique » et « trouver la meilleure voie par laquelle l’intégration nationale et maghrébine de (leur) lutte peut se faire ».

Ces assises qui se tiendront les 9 et 10 février 1989, donneront naissance au parti politique « Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) ».

16 au 24 Juillet 1989 :

Neuf années après la tenue du 1er séminaire de Yakouren et après plusieurs années de clandestinité, le Mouvement culturel berbère tient son 2eme séminaire à Tizi-Ouzou. Il a pour objectif de faire le bilan qualitatif de la trajectoire qu’il a connue et définir ses contours actuels, les perspectives sur les plans de l’organisation et du programme de travail. Dans sa plate-forme, le MCB se défi­nit comme « un mouvement de revendication rassembleur et autour de la question identitaire, culturelle et linguistique ­ »Le MCB, mouvement à caractère pacifique, non violant est « une force sociale et politique, démocratique… » qui inscrit son combat dans le cadre du mouvement démocratique de tout le peuple algérien ».

Il lutte et combat pour :
-  La reconnaissance constitutionnelle de la dimension amazigh comme partie intégrante et inaliénable de l’identité du peuple algérien ;
-  La récupération et la promotion des cultures populaires algériennes en général et du patrimoine amazigh en particulier
-  La reconnaissance de la langue tamazight, tangue nationale et officielle aux côtés de l’arabe ;
-  Le développement et la promotion de la production culturelle en langue tamazight ;
-  Le développement et la généralisation progressive de l’enseignement de cette langue ainsi que sa prise en charge par les médias, l’administration, etc.

Le Mouvement Culturel Berbère se dit « partisan de l’ou­verture sur les autres dimensions de la culture nationale et l’universalité ».  » Il n’est ni chauvin ni passéiste ». il est ouvert à toute personne militante ou non dans un parti politique, le MCB se défend d’être partisan d’un parti politique. Il n’est ni un parti politique, ni un relais de partis. « Il n’a pas vocation à prendre le pouvoir ». Le MCB, mouvement reven­dicatif se dit « autonome vis-à-vis de l’ensemble des partis politiques, ainsi que de État ».

5 Janvier 1990 :

Un tract signé Mouvement culturel amazigh invite tous les militants berbères (individus, associations cul­turelles, partis politiques) à un rassemblement devant le Premier ministère le 25 janvier à 13 h. Cela en « vue, selon le document, d’exiger l’intégration de la langue et de la culture tamazight au sein de l’Université, c’est-à-dire la création d’instituts d’enseignement et de recherche en tamazight.

L’organisation de ce rassemblement suscite une polémique au sein des militants du MCB.

16 Janvier 1990 :

Le Rassemblement pour la culture e la démocratie (RCD) s’oppose à l’appel du MCB pour 1e rassemblement devant le Premier ministère prévu pour 25 janvier 1990. Dans une déclaration intitulée « question amazigh : dépasser la confusion et prévenir les dérapages » le RCD qualifie l’appel d’anonyme puisqu’il ne porte aucune signature. Il se demande : « qui est effectivement derrière cet appel ? Un parti, plusieurs partis, une association ou des individus ? Comment s’appellent-ils ? Qui va prendre la parole ? Pour dire quoi ? ».

Pour le RCD, il y a « trop de doutes, trop de manœuvres trop d’anonymat, trop de confusion » qui « accompagne l’action du 25 janvier ».

18 Janvier 1990 :

Les auteurs de l’appel du 25 janvier répondent individuellement à la déclaration du RCD par une autre déclaration signée MCB. Cette déclaration vient comme pour donner l’identification réelle des auteurs de l’appel du MCB au rassemblement. Ce sont les représentant des Commissions de wilaya issues de son 2e séminaire, des représentants de plusieurs associations culturelles ou civiles.

La déclaration précise que le MCB « ne donne aucune signification politicienne quant au choix du lieu de rassemblement ».

22 Janvier 1990

Une déclaration signée « Étudiants réunis en A.G. de l’université de Tizi-Ouzou » qui se réclament partie prenante du MCB, critique sévèrement l’attitude du RCD vis-à-vis du rassemblement prévu pour le 25 janvier 1990. Ces étudiants se disent « profondément indignés par l’attitude malhonnête, criminelle et calculatrice du RCD ».

Ils appellent tous les militants sincères à « dénoncer énergiquement ce parti qui prétend détenir la paternité de la revendication tamazight ».

A trois jours du rassemblement prévu par le MCB à Alger ; le ministre délégué aux Universités annonce la création d’un département autonome de la langue et culture tamazight

23 Janvier 1990 :

Un groupe de dix enseignants de la langue et militants du MCB (Abdennour Abdeslam, Arezki Graine, Hakim Saheb, Mourad Bounab, Amar Amireche et Khaled Bouredine) rendent public une déclaration intitulée « la raison et l’instinct ». Dans cette déclaration, ils s’opposent et se démarquent de l’appel au rassemblement du 25 Janvier et appellent les militants à un maximum de vigilance. Ils se posent les questions suivantes : « Puisque l’institut est acquis, pourquoi ce rassemblement ?
-  Aller au siège du gouvernement pour dire quoi ?
-  Quel est l’objectif réel de ce rassemblement ?
-  A qui profite ce rassemblement : est-ce à tamazight ou à des formations politiques ? Lesquelles ? Quelle est leur position (dans leur programme) sur tamazight ? ».

25 Janvier 1990 :

Des centaines de milliers de manifestants répondent à l’appel du MCB en prenant part au rassemblement devant l’APN (Assemblée Populaire Nationale) à Alger. Ils sont venus de plusieurs départements du pays, « infli­geant ainsi un cinglant démenti à ceux qui voulaient régionaliser le mouvement ».

Cette marche, prévue lors du deuxième séminaire du MCB (Commissions nationales) et dont le mot d’ordre était la réalisation d’un institut ou département de la Thamazight à Tizi-Ouzou, a confirmé l’enracinement du mou­vement berbériste au sein de la population alors qu’on pen­sait « que derrière les trois initiales se cachait un mouvement d’élites restreint à l’université ».

La réussite de la marche a malheureusement suscité, selon le rapport du MCB « des appétits politiques divers ». côté du pouvoir d’abord, puis des forces politiques qui voulaient le récupérer et enfin de l’intérieur du mouvement, qui le plongent dans une crise dangereuse. La crise éclatera a grand jour le 20 avril 1990, au campus de Oued-Aïssi lors du gala de la commémoration du 10 e anniversaire du printemps berbère.

Cette crise provoque un schisme et divise le mouvement culturel berbère d’une manière claire en deux ailes diamétralement opposées : les Commissions nationales du FFS d’Aït-Ahmed et la Coordination nationale proche du RCD de Sadi. Les événements (notamment les élection, que connaîtra, plus tard, l’Algérie vont accentuer les divergences et feront réagir des militants berbéristes. Angoissé ils s’insurgent contre les manœuvres de division du mouvement à tel point que l’un d’eux, Mokrane Chemime, détenu d’avril 1980 et linguiste écrit dans les colonnes de presse en mai 1994 ce qui suit :

« Alors, dans la rue, des gens (…)se posent l’inévitable question : pourquoi deux MCB pour défendre une seule et même cause ? Existe-t-il des divergences de fond entre les deux « adversaires », ces « frères ennemis » sur la question de l’identité de la langue et de la culture ? L’absence de débats francs et sereins entre la sensibilité RCD et la sensibilité FFS sème davantage la confusion, jette encore plus d’obscurité sur la démarche et surtout les desseins des uns et des autres. Que veulent-ils exactement et où veulent-ils en venir ? (… Les véritables divergences sont d’ordre politique ou, comme disent certains, une question de leadership ».

« (…)Ayez pitié de nous, démocrates des deux MCB, jouez cartes sur table, parlez-nous franchement. Si non, nous, qui nous mobilisons pour la cause Thamazight mais jamais pour vous, par le cœur et par la raison, risquent de vous « lâcher » au milieu du chemin »

Même période : Un cercle d’études berbères est mis sur pied à Ghardaïa autour de Abderrahmane Houache, pionnier berbérisant du M’zab, regroupant d’autres mili­tants tels que : Salah Tirichine, Abdelwahab Fekhar…….

Ce premier cercle du genre, au M’zab, entreprend des projets ambitieux dans le domaine de la langue, de la culture et de la prise de conscience identitaire chez les jeunes Mozabites. Ces initiateurs entament la révision et le déve­loppement d’un dictionnaire complet mozabite-français. Ils créent plusieurs centaines de néologismes et amorcent la ration de l’école Thamazight. Ils créent un vocabulaire propre à la région, une modalité de transcription en caractères arabes, des publications dans le domaine de la grammaire et de la poésie.

Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

source:afrique-du-nord.com

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Ahmed Ait-Bachir : « le MAK doit cesser de donner l’image d’un mouvement extrêmiste et xénophobe »

Posté par algeriedemocratie le 11 juillet 2009

Afin d’informer les kabyles de France de la genèse de la pensée autonomiste, nous avons rencontré Mr Ahmed AIT-BACHIR, qui a bien voulu répondre à nos questions, sans concession. Dans un soucis de pédagogie et sans langue de bois.
Ahmed AIT-BACHIR est né dans le village d’Ath l’vachir, dans l’arch des Ath-Itsouragh (ex-commune mixte du Djurdjura-Michelet).
Grâce à des rencontres avec des militants de la première heure, pour le combat identitaire, il a vite pris conscience à son tour de la lutte qu’il fallait mener pour la reconnaissance de l’identité amazighe de l’Algérie.
Depuis, il a été un militant infatigable de cette juste cause, ce qui l’a amené à participer à la création du RCD en 1989 et devenir le premier président du conseil régional RCD de Tizi-Ouzou. Parti qu’il quittera deux années plus tard (1991) avec d’autres militants : Mokrane Ait-Larbi, Akli Berkani, Hamou Boumedine, Mahiou Faredj, Mehdi Siam, Idir Ounoughene, Malek Amrani, Idir Ahcène, Hamid Lefgoun, Salah Chaballah, Arezki Ait-Larbi et beaucoup d’autres…
En 2001, on le retrouve membre fondateur du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), représentant du mouvement en Kabylie jusqu’en 2007, ou il fut contraint de quitter l’Algérie pour s’installer à l’étranger.
Le connaissant, militant de conviction, désintéressé et discret, nous avons voulu le faire parler de son parcours de militant et de son passage d’un parti nationaliste à un mouvement autonomiste régional mais aussi pour nous expliquer comment l’idée d’autonomie à émergé.

Ahmed Ait-Bachir :

Arezki Bakir : Qu’est-ce qui a précipité ton départ du RCD en 1991 ?
Ahmed Ait-Bachir : On s’est investi corps et âme dans ce parti, on en a fait plus qu’un parti, pour nous, c’était une seconde famille. Mais, au fur et à mesure que nous avancions, on s’est aperçu que l’espace du débat démocratique se réduisait davantage, le pouvoir décisionnel nous échappait complètement.
Cela nous a conduit à initier une pétition interne réclamant plus de clarté dans la gestion du parti. La direction, au lieu de provoquer un débat dans ce sens, a fait une toute autre lecture et mené une campagne de désinformation concernant notre initiative :
- « que nous n’étions qu’un petit groupe de Michelet, mené par Mokrane Ait-Larbi pour prendre la tête du RCD »,
- « que notre place n’était naturellement qu’au FFS et non au RCD compte-tenu du fait que nous étions majoritairement originaires de Michelet »…
Je voudrais rajouter qu’avant nous, deux secrétaires nationaux ont quitté le parti pour les mêmes raisons. Ce sont le Docteur Malika Baraka et Youcef Ait-Chellouche.


Le RCD défend des thèses nationales. Comment en es-tu venu à défendre des thèses autonomistes en faveur de la Kabylie ?

Lorsqu’on a crée le RCD, nous avons sincèrement cru pouvoir changer le cours des choses en Algérie. D’autant plus que, dans les années 1989-1990, il y avait une petite « récréation », le pouvoir nous ayant fait croire qu’il avait changé. Une petite porte s’était ouverte à la télévision pour les partis d’opposition, une presse écrite en apparence trés libre, des meetings et des conférences organisées par l’opposition un peu partout dans le pays. Comme tous les partis, le RCD s’est donc mis à organiser des meetings et conférences à travers le territoire national.
En dehors de la Kabylie, notre discours ne passait pas, bien que notre projet était plutôt bien perçu, moderne et progressiste. Mais le fait qu’il soit porté par des kabyles posait problème…
Dans beaucoup d’endroits, on nous signifiait clairement que nous n’étions pas les bienvenus.
Ajoutez à cela le boycott scolaire, l’assassinat de Lounès Matoub et une analyse sur le mouvement national, construit et porté par les kabyles, qui ont vu la nation algérienne se bâtir sans eux et contre eux. Cela nous a amené à penser que seule une solution régionale pouvait convenir à la Kabylie.

Nafa Kireche : C’est à ce moment là que vous décidez de créer le mouvement autonomiste kabyle (MAK) ?
Avant la création du MAK, je dois dire que beaucoup de personnes ont pensé et théorisé sur l’autonomie, le fédéralisme ou la régionalisation.
En 1978, le FFS, dans sa plate-forme politique a inscrit dans son programme l’autonomie des régions.
En 1992, Mr Hocine Ait-Ahmed est revenu à la charge en parlant de fédéralisme mais il a rapidement été pris à partie par les islamistes et les arabo-baathistes, qui criaient au séparatisme.
Abdenour Abdeslam, dans une longue réflexion dans les colonnes du journal « Liberté », a dessiné les contours du fédéralisme.
Après l’assassinat de Lounès Matoub en 1998, le professeur Salem Chaker, le Docteur Malika Baraka, Saïd Doumane et Rachid Behlil ont initié une pétition demandant l’autonomie linguistique de la Kabylie. Cette pétition a été signée par des personnalités comme Idir, Ait-Menguellet, Ferhat, Hassan Hirèche, Ali Sayad et beaucoup d’autres.
Mohamed Talmatine, Akli Kebaili, Kamel Nait-Zerrad, Hassan Hireche ont, chacun, par leurs différents écrits, contribué à alimenter l’idée de l’autonomie de la Kabylie.

Arezki Bakir : Revenons au MAK…
Ahmed Ait-Bachir : C’est en plein milieu des évènements dramatiques d’avril 2001 qu’a connu notre région, ou la peur et la terreur se sont installées, le terrain déserté par les politiques que, avec des amis militants, notamment Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine, Malek Amrani, nous nous sommes réunis  le 24 avril 2001 pour discuter de la manière de répondre à l’urgence et combler le vide politique ou était plongé la Kabylie. Une période ou l’on assistait, impuissants, à l’assassinat de nos enfants.
C’est ainsi que nous avons décidé de créer le Mouvement  pour la Kabylie Libre (MKL), dont le premier tract, « appel au peuple kabyle », est sorti le lendemain, le 25/04/2001, diffusé et distribué dans toute la Kabylie.
Trés vite, d’autres militants nous ont rejoint. Parmi eux, Akli Berkani, Farid Hamladji, Mourad Bouzidi, Mohamed Dellah, Yacine Belabes, Achour Bensalem et beaucoup d’autres.
En 2001, Ferhat Mehenni, alors président du MCB-Rassemblement National, voulait lancer un mouvement autonomiste et a donc pris contact avec Abdenour Abdeslam, qui nous a fait part du projet de Ferhat et de son souhait de nous unir afin d’éviter qu’il y ait plusieurs mouvements autonomistes.
Après avoir rencontré Ferhat il a été convenu ce qui suit : de notre côté, nous nous engagions à dissoudre le MKL, et de son côté, Ferhat faisait de même avec le MCB-RN.
Le 5 juin 2001, Ferhat a donné une conférence de presse à la maison des droits de l’homme à Tizi-Ouzou, conférence au cours de laquelle il a rendu public le projet autonomiste pour la Kabylie, en ma présence et celle d’Abdenour Abdeslam. Le dernier tract du MKL a donc été tiré le 20 juin 2001.
C’est ainsi que nous avons initié la première pétition « pour l’autonomie de la Kabylie », dans la perspective d’un état fédéral, pétition qui a recueilli des dizaine de milliers de signatures.
Quant au sigle « M.A.K. », c’est au cours d’un meeting à Makouda qu’un jeune dans la salle scandait « MAK, MAK, MAK ! »… Ce jeune a été applaudi par l’assistance et les responsables du mouvement présents (Ferhat, Abdenour Abdeslam, Hamou Boumedine, Salah Hassan…) ont adopté et approuvé ce sigle sur le champ ! Le lendemain, cet épisode faisait la une de certains journaux.

Nafa Kireche : Donc on peut dire que le MKL est l’ancêtre du MAK ?
Ferhat l’a trés bien résumé dans son livre en disant que : « Le MAK est né des cendres du MKL et du MCB-Rassemblement National ».

Arezki Bakir : Ahmed, tu es acteur du mouvement autonomiste depuis sa gestation. Peux-tu nous dresser un tableau objectif de l’avancement du projet autonomiste, mené par le MAK ?
Tout d’abord, je dois dire que le MAK a le mérite d’avoir brisé un tabou. Parler et revendiquer l’autonomie l’autonomie de la Kabylie dans une Algérie « une et indivisible » est un sacré courage. Il faut rendre hommage à tous ces militants qui ont bravé cet interdit et qui l’ont payé trés cher pour certains d’entre eux. Nous avons réussis à instaurer un débat quasi quotidien autour de cette question et je peux dire que le MAK, sans prétention aucune, a fait un sacré bon bout de chemin en solo.
Maintenant, je pense que le MAK est arrivé à la croisée des chemins : pour aller de l’avant, il doit se défaire de ses éléments qui confondent :
- l’islam et l’islamisme,
- l’arabe et l’arabisme,
- l’autonomie et l’indépendance.
En un mot, il doit cesser de donner l’image d’un mouvement extrêmiste et xénophobe.
Le MAK doit faire des rapprochements et prendre langue avec tous ceux qui partagent l’idée régionale de la Kabylie avec tous les autonomistes libres, y compris ceux qui défendent une Algérie Fédérale, une régionalisation modulable ou positive. Car en décortiquant tous ces projets, nous nous apercevons vite que nous voulons la même chose pour la Kabylie : son bien !
L’autonomie, la régionalisation, le fédéralisme, ne peuvent être l’oeuvre d’une personne ou d’un parti : cela ne peut être que le résultat d’un consensus et d’une majorité de kabyles. Et ce n’est que dans une action unie que le pouvoir algérien prendra peur et se pliera à nos revendications.

Arezki Bakir : j’ai l’impression que tu rêves un peu… non ?
Ca peut te sembler effectivement ainsi et certains de vos lecteurs le penseront certainement mais, pour ma part, je reste convaincu que c’est la solution, il suffit pour cela que chacun d’entre nous laisse son égo de côté pour que cela se réalise.

Nafa Kireche : le mot de la fin ?
Ce sera pas un mot mais des mots.
Tout d’abord je vous remercie de m’avoir fait parler. Je voudrais dire, que si j’ai accepté de parler de mon départ du RCD, je n’ai aucune rancune, ni animosité envers ce parti et toute sa composante, et surtout pas en ce moment ou il traverse une crise interne. Bien au contraire, le RCD a été pour moi une véritable école, j’y ai passé d’excellents moments et j’en garde un trés bon souvenir. Si j’ai tenu à répondre à votre question sur cette période, c’est pour que le MAK en tire les leçons et les enseignements et ne sombre pas dans ces pratiques, qui commencent à le ronger et doit évacuer trés rapidement l’esprit de complotite et de flicomanie qui commence à faire des « saignées » dans ses rangs.
Et puis nous sommes en pleine commémoration de l’assassinat de Lounès Matoub. Je voudrais rendre hommage à l’un de ses compagnons, présent à ses côtés lorsque les gendarmes de Michelet l’ont mitraillé et qui a passé des moments pénibles dans les géoles de la SM à Bouzareah. Ce grand militant s’appelle Mehdi SIAM, qu’un cancer du colon a terrassé et l’a ravi aux siens quelques mois après l’assassinat de Lounès. Il a laissé une femme et trois petites filles. Que tous ceux qui l’ont connu aient une pensée pour lui.

Entrevue réalisée par Arezki Bakir et Nafa Kireche de l’Association des kabyles de France : www askaf.fr

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L’INJUSTICE ALGERIENNE

Posté par algeriedemocratie le 26 mai 2009

par Salah-Eddine SIDHOUM

“Il faut rendre à la justice sa dignité et son honneur. Il faut que ses jugements et ses arrêts soient des actes de justice et non des opérations de justice”. (Abdenour Ali Yahia).

Le 27 mai 2009 se déroulera le procès en appel de notre jeune compatriote Mohamed Baba Nadjar, un modeste citoyen de Ghardaïa, arbitrairement condamné à la peine capitale en juin 2006 pour un odieux crime qu’il nie de toutes ses forces.
Dépendant de la juridiction de Ghardaïa, il sera rejugé à ….Médéa pour des « raisons de sécurité ». Pourquoi évoquer des « raisons de sécurité » ? Car la majeure partie de la population de cette ville, scandalisée par cette affaire et son aboutissement inique, a crié pacifiquement sa colère en décrétant une grève générale et des marches lors des procès précédents, en première instance et en appel. Elle a clamé dans le calme, haut et fort : NON à l’injustice et à la hogra institutionnalisées ! JUSTICE pour Mohamed Baba Nadjar !
Bien sûr, ce modeste journalier, fils de fellah, n’aura pas droit aux colonnes d’une certaine presse aux ordres ni aux pétitions des « intellectuels » et « politiciens » de salon, encore moins à la dénonciation de certaines ONG internationales des Droits de l’Homme. Mohamed Baba Nadjar est du menu fretin, du « ghachi » qui ne nécessite pas une levée de boucliers nationale et internationale. Et ce n’est pas un juteux fond de commerce pour nos droits-de-l’hommiste. Ainsi va l’indignation sélective !
Il croupit depuis trois ans dans sa cellule de condamné à mort. Animé d’une foi inébranlable, et malgré les pressions psychologiques et l’agression physique dont il avait fait l’objet lors de son transfert à la prison de Ghardaïa, il résiste par les prières et les grèves de la faim, ses seules armes, aux affres de l’injustice de ses propres frères, ces nouveaux colons de l’Algérie. Et nous savons ce qu’est cette injustice aux ordres, pour l’avoir subie durant près d’une décennie dans notre propre chair.
Cette affaire scabreuse qui est d’ordre politique (pour essayer d’étouffer le courant social-démocrate naissant dans la région) n’est pas la première dans les annales « judiciaires » algériennes. Elle ne risque pas aussi d’être, au vu de l’état de délabrement de nos pseudo-institutions, la dernière. Elle nous offre, cependant, l’occasion de rappeler à l’opinion, et plus particulièrement à notre jeunesse, quelques épisodes de l’histoire de ce que nous appelons notre « injustice aux ordres ».
Au lendemain de l’indépendance, des tribunaux d’exception sinistrement connus sous l’appellation de « cours criminelles révolutionnaires » seront mis en place. Composés d’ignares promus « magistrats », ils avaient pour mission de liquider les illustres patriotes qui s’opposaient aux aventuriers venus d’Oujda et Ghardimaou. Le meilleur et triste exemple en sera la condamnation à mort en 1964 et l’exécution immédiate du plus jeune colonel de notre glorieuse armée de libération nationale, Mohamed Chabani. Un brillant officier, cultivé, qui avait courageusement résisté à la soldatesque coloniale, quand ceux qui l’avaient « jugé » étaient planqués en Tunisie et au Maroc et mettaient en place la dite « armée des frontières » qui massacrera durant l’été 62, plus de 2000 véritables maquisards et civils innocents.
L’autre scandale « judiciaire » sera le procès inique contre Hocine Aït Ahmed en avril 65. Cette illustre figure historique de la guerre de libération, sera traitée de renégat et de séditieux, par ces mêmes Tartarins des frontières, lors d’une parodie de justice orchestrée par le régime illégitime naissant. Là aussi, la « Cour criminelle révolutionnaire » (ou plutôt la Cour des criminels révolutionnaires) condamnera Si Hocine à la peine capitale. Mais l’heure du destin n’avait pas sonné pour lui, malgré l’insistance des aventuriers des frontières à faire appliquer la sentence. A leurs yeux, les véritables acteurs qui avaient façonné l’Histoire nationale devaient disparaître pour céder la place aux bravaches excrétés par l’Histoire qu’ils étaient.
D’autres illustres patriotes seront condamnés à mort par contumace (Khider et Krim) par cette injustice aux ordres au « nom du Peuple » et les sentences seront exécutées par des proxénètes de la sinistre police politique à Madrid et Frankfurt.
Nous citerons aussi à titre d’exemple, le cas du commandant Lakhdar Bouregaa, ancien officier de la wilaya 4 de l’ALN, condamné à 30 ans de prison par la sinistre « Cour révolutionnaire » d’Oran. Il était accusé d’avoir participé à la tentative de coup d’Etat de Tahar Z’Biri en 1967, contre Mohamed Boukharouba, auteur lui-même du Coup d’Etat de juillet 62 contre le GPRA et du complément de coup d’Etat du 19 juin 65.
De cette Cour de « justice », Si Lakhdar disait dans ses Mémoires : « J’étais surpris par la composition hétéroclite de la cour. Elle comprenait des officiers, des anciens de l’ALN, mais aussi d’autres, qui provenaient des promotions Lacoste, ces hommes formés par l’ancien gouverneur de l’Algérie pour prendre le relais du colonisateur. (…). La cour était présidée par Mohamed Benahmed Abdelghani, colonel, futur ministre de l’Intérieur, futur chef du gouvernement, le chef d’une équipe de fossoyeurs venus enterrer les victimes déjà détruites par la prison et les sévices. Il était secondé par Ahmed Draïa, futur patron de la police et futur ministre et Mohamed Touati, futur idéologue du régime. En pleine séance du tribunal, sont arrivés les responsables de la sécurité militaire. A leur tête, le colonel Kasdi Merbah, patron de la SM, futur ministre, chef du gouvernement, accompagné de Yazid Zerhouni, un de ses adjoints, futur ministre de l’Intérieur. Ils s’installèrent sur des sièges au premier rang. Ils avaient des cartables, dont ils tiraient des dossiers, des documents par paquets, qu’ils mirent bien en évidence, face aux magistrats. Ils voulaient visiblement les impressionner, pour les pousser à prononcer les condamnations les plus sévères. »
Outre ces figures historiques, cette injustice aux ordres sera là aussi pour faire taire toute rare voix libre qui s’élevait d’une société soumise à une chape de plomb. Personne n’y échappera. Berbéristes, islamistes, benbellistes, gauchistes, tous connaitront ces cours révolutionnaires puis la dite Cour de Sûreté de l’Etat de Médéa, juridiction d’exception aux procès expéditifs, basés sur des aveux extorqués sous la torture et aux verdicts dictés par téléphone.
Un rassemblement devant l’Université d’Alger en novembre 82, d’intellectuels du courant islamique leur coûtera plusieurs années de prison pour « atteinte à la sûreté de l’Etat » par cette cour de Médéa, et ce, après d’affreuses tortures au centre de Bouzaréah.
La création de la Ligue Algérienne de défense des droits de l’Homme en 1985 par un groupe d’universitaires et d’avocats dont Ali Yahia Abdenour, coûtera également à ses initiateurs la comparution devant cette même sinistre Cour de Médéa et leur inculpation pour complot « visant à porter atteinte à l’autorité de l’Etat ». Ils seront condamnés à de la prison ferme allant de 9 mois à 3 ans. Défendre la dignité humaine et les droits de la personne humaine était assimilé à un crime par les imposteurs érigés en tuteurs de la Nation.
Durant le même procès, des enfants de martyrs d’Alger, Tizi-Ouzou et Chlef qui ont eu « l’outrecuidance » de déposer des gerbes de fleurs sur les tombes de leurs parents, morts au champ d’honneur, seront eux aussi inculpés d’atteinte à la sûreté de l’Etat et condamnés à de lourdes peines par cette même Cour de la honte de Médéa…..au nom du Peuple, de la Révolution et des Martyrs !!
En Octobre 85, le chanteur Lounis Aït Menguellet était condamné arbitrairement à trois années de prison pour « détention d’armes ». Il s’agissait de vieilles armes de collection qui décoraient son modeste domicile. L’injustice aux ordres l’avait en réalité condamné pour ses chansons engagées qui dénonçaient le régime corrompu et ses ….injustices !
L’injustice aux ordres connaîtra ses très graves dérapages et à l’échelle industrielle, après le Coup d’Etat de janvier 92 et l’instauration des tribunaux d’exception appelés pompeusement « cours spéciales ». Des juridictions honteusement calquées par les « juristes » de service et des « services » sur les sections spéciales du gouvernement de Vichy. La France officielle, dans sa face ignoble (coloniale et collaboratrice) a toujours été la référence idoine du régime illégitime. Au nom du peuple et au nom de la « lutte anti-terroriste », des milliers d’innocents seront arbitrairement condamnés par ces tribunaux d’exception. Je tiens, à cette occasion, à saluer le courage de cette poignée de magistrats qui a refusé de participer à ces parodies de justice et de cautionner cette monstruosité judiciaire. Certains, dont des amis, ont été « mutés » en représailles, dans certaines zones « chaudes » et assassinés par les trop suspects GIA. Je tiens, là aussi et à cette même occasion, à m’incliner devant leur mémoire. D’innocentes victimes de machinations diaboliques.
De cette période tumultueuse, je retiendrais deux cas assez significatifs, victimes de cette injustice aux ordres.
Le premier cas est celui de feu Abdelkader Hachani, ingénieur et homme politique, arbitrairement incarcéré en 1992 pour avoir appelé l’institution militaire à respecter les résultats du suffrage universel de décembre 91 et à ne pas intervenir pour interrompre le processus électoral. Il sera accusé « de publication d’informations nuisant à l’intérêt et à l’unité nationale » (!). Il sera maintenu en détention préventive durant cinq années et demi (!!). Et après 9 grèves de la faim pour réclamer son jugement, il sera « condamné » à…….cinq années de prison. Cinq ans et demi d’emprisonnement dans l’un des bagnes les plus sinistres de l’histoire de l’Algérie (coloniale et post-indépendance) pour avoir appelé au respect de la Constitution !!
Le 2e cas est celui d’un universitaire constantinois, ex-militant du PAGS, Ali Bensaâd qui sera condamné en juillet 1998 à la peine capitale par contumace pour ……. appartenance à un groupe armé islamiste !!! Son « crime » : avoir critiqué publiquement lors d’un meeting électoral en 95 l’ex-chef de la police politique, Mohamed Betchine. L’injustice aux ordres avait été mise en branle pour le « punir ». En réalité, il avait été condamné à mort par contumace pour un délit d’opinion ! Le tapage médiatique mené par une certaine presse en 98 avait obligé l’appareil judiciaire à faire marche arrière quelque temps après et à prononcer un non-lieu. Dans les faits et en toute honnêteté, l’affaire « Bensaâd » avait été exploitée durant cet été 98 par cette presse dans le cadre d’une féroce lutte clanique qui finira par « dégommer » Betchine et pousser Zéroual à la démission. Ce n’était pas le malheureux universitaire qui intéressait cette presse mais plutôt le général en retraite qu’il fallait abattre politiquement, car il gênait l’autre clan des éradicateurs purs et durs.
A partir de 1999, à l’ère de la concorde civile, de la fausse réconciliation nationale et de la paix des cimetières, on assistera à l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire par le pouvoir illégitime pour étouffer toute contestation légitime et toute opposition à son désordre établi. Hier, les « visiteurs de la nuit » kidnappaient le citoyen pour le torturer et le séquestrer sans jugement. Aujourd’hui, la répression s’est « civilisée » et « démocratisée ». C’est l’injustice aux ordres qui est chargée de ce travail, au nom de la loi et au nom du peuple !
Là aussi, deux exemples nous viennent à l’esprit. Il s’agit des cas de deux journalistes.
Ahmed Benaoum est journaliste, directeur du journal ERAÏ (l’opinion). Il sera maintenu en détention préventive durant onze mois en 2004 pour des accusations de fraude fiscale et de falsification de documents officiels dans une affaire datant de plus d’une douzaine d’années !! Abdenour Ali Yahia écrivait sur cette affaire : « Ahmed Benaoum a été emprisonné pour faux et usage de faux, alors que l’acte notarié présenté par la direction des impôts comme acte d’accusation, était lui-même un faux, visible à l’œil nu. La décision du juge d’instruction de le maintenir en détention sur ordre venu d’en haut, du pouvoir publique, alors que l’acte notarié était visiblement un faux, était viciée dans la forme et dans le fond, frappée de suspicion légitime ». Benaoum était un journaliste et directeur de presse qui refusait de s’aligner sur la politique d’éradication de l’époque et de se mettre sous la coupe des « services ». N’étant pas un adepte de l’indignation sélective et ayant dénoncé les atteintes gravissimes aux droits de l’Homme durant les années de sang et de larmes, il fera les frais de cette injustice aux ordres qui lui préfabriquera des dossiers sur mesure pour le faire taire et le priver de liberté durant près d’une année.
A l’opposé, Mohamed Benchicou, un autre journaliste et directeur du Matin, quotidien de l’éradication d’une partie de la population, sera lui aussi victime de cette injustice aux ordres, dont il avait tu, durant une décennie, ses graves dérives. Il avait publié en 2004 un ouvrage, «Bouteflika : une imposture algérienne », soufflé par un gang de l’oligarchie militaro-financière, en pleine mascarade électorale des « présidentielles » et dans le cadre d’une féroce lutte interclanique. En dernière minute et suite à un deal passé entre les différents gangs de l’oligarchie, il se retrouvera seul, lâché par ses « protecteurs ». A son tour, il sera broyé par Dame injustice . Même si nous ne partageons pas du tout les « idées » de Benchicou, mais par honnêteté, nous devons dire et clamer qu’il a été arbitrairement condamné à 2 années de prison pour un délit d’opinion. La non-déclaration des bons de caisse à l’aéroport n’était qu’un fallacieux prétexte. Une grossière machination, tout comme pour Benaoum !
Il s’agissait là, d’une revue non exhaustive de cas de victimes de cet appareil répressif au service du régime illégitime.
Il est triste de dire que les Algériens qui ont grandement souffert de la « justice » coloniale et qui se sont sacrifiés pour ces idéaux de liberté et de justice, n’ont toujours pas goûté, 47 ans après une indépendance inachevée, à la JUSTICE, au sens noble du terme, protectrice des droits des citoyens, de tous les citoyens sans distinction, face à l’arrogance des oppresseurs, des haggarines et des beggarines. « Le malheur de notre justice est de mériter elle-même de passer en jugement » écrivait il y a quelques années, un ami avocat, lui-même happé par cette injustice aux ordres.
Ils se comptent par milliers ces compatriotes anonymes victimes de Dame injustice, des sans voix et des sans « appuis » qui n’ont pas la chance d’être écoutés ni médiatisés, à l’image de notre jeune compatriote Mohamed Baba Nadjar de Ghardaïa. C’est notre rôle, à nous, citoyens libres d’être à leur côté et de défendre leurs droits bafoués, en attendant de rassembler toutes nos forces, sans exclusion aucune, en vue de l’édification de l’Etat de Droit et des Libertés, où l’indépendance de la justice ne sera pas un slogan faux et creux, mais une éclatante réalité.

Salah-Eddine SIDHOUM
Alger le 25 mai 2009

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | 1 Commentaire »

interview de ait menguellet à l’expression 4

Posté par algeriedemocratie le 26 décembre 2008

Le Questionnaire de Proust
10 Avril 2008 interview de ait menguellet à l'expression 4 dans AÏT MENGUELLET(54) TP080410-10

Votre vertu préférée?
La sincérité.

Le principal trait de votre caractère?
La discrétion.

La qualité que vous préférez chez les hommes?
La discrétion.

La qualité que vous préférez chez les femmes?
La féminité.

Votre principal défaut?
L’indécision.

Votre principale qualité?

Ce que vous appréciez le plus chez vos amis?
La loyauté.

Votre occupation préférée?
Le tir à l’arc

Quel serait votre plus grand malheur?
Survivre à ma famille.

A part vous-mêmes qui voudriez-vous être?
Moi-même.

Où aimeriez-vous vivre?
A Ighil Bouamass.

La couleur que vous préférez?
Le noir et le blanc.

La fleur que vous aimez?
Toutes.

L’oiseau que vous préférez?
La perdrix.

Vos poètes préférés?
Brel, Baudelaire (universels), Si Mohand U M’hand, Youcef Oukaci, cheikh Mohand Ou L’Hocine (nationaux).

Vos compositeurs préférés?
Variés.

Vos peintres préférés?
Hocine Haroun, Arezki Larbi.

Vos héros dans la vie réelle?

Vos héros dans l’histoire?

Votre nourriture et boisson préférées?
Je mange tous les plats, et je bois de l’eau.

Ce que vous détestez par-dessus tout?
L’ingratitude.

Le personnage historique que vous n’aimez pas?
Je me méfie de l’Histoire.

Les faits historiques que vous méprisez le plus?
Les colonisations.

Le fait militaire que vous estimez le plus?
Le 1er Novembre 1954.

La réforme que vous estimez le plus?
Les droits de la femme.

Le don de la nature que vous voudriez avoir?
Beaucoup.

L’état présent de votre esprit?
Bien.

Votre devise?
«Ur’tsrouzough, ur’kenough» (ne point rompre, ne point plier).

Publié dans AÏT MENGUELLET(54) | Pas de Commentaires »

Posté par algeriedemocratie le 14 décembre 2008

Le plan du Pouvoir pour briser la Kabylie

 dans histoire(16) algiers_protest_july5Contrairement aux autres régions d’Algérie où les populations sont dociles en raison de plusieurs facteurs dont leur inculture dans le domaine des droits de l’homme, leur croyance exagérée en la fatalité et leur résignation absolue, la Kabylie a de tous les temps suscité l’inquiétude et la méfiance du Pouvoir algérien, car elle a toujours été revendicatrice. Ainsi, pour éviter que la conscience des Kabyles contamine les autres populations, ce qui ébranlera certainement les fondements du totalitarisme dans notre pays, le régime algérien s’est engagé à la fois dans plusieurs batailles contre la Kabylie. Dans l’une, il exerce un blocus multidimensionnel sur la région; dans l’autre, il mène une campagne de diabolisation contre elle à l’échelle nationale et internationale; dans l’autre, il oeuvre pour sa déstabilisation et sa dislocation à l’intérieur; et dans l’autre encore, il s’active pour la vider de ses élites. Voici en détail le plan destiné à briser la Kabylie, comme établi par ceux qui ont érigé la division, la dissension, la corruption, le pourrissement, l’intimidation, la violence et le meurtre en mode de gouvernance.

1. Incitation à la violence et à la perversion.

On se rappelle très bien qu’après l’assassinat du jeune Guermah dans les locaux de la gendarmerie, le ministre de l’Intérieur, M. Zerhouni, au lieu de calmer les esprits, a jeté de l’huile sur le feu en déclarant la victime comme un vulgaire voyou. Puis comme si les émeutes et les morts provoqués par cette déclaration irresponsable n’ont pas assouvi la haine que porte le Pouvoir pour la Kabylie, le premier magistrat du pays, M. Bouteflika, vient à Tizi-Ouzou pour dire  » niet  » à l’officialisation de tamazight et devant des figures emblématiques de la cause berbère qui, sans doute, étaient piégées. La réponse à cette provocation qui porte en elle le germe de la division est immédiate : la Kabylie s’embrase de nouveau et le chantre Aït Menguellet subit la colère des Kabyles pour avoir assisté au discours insultant du Chef de l’Etat. Celui-ci, fidèle à sa politique divisionniste, revient à la charge quelques années plus tard, c’est-à-dire récemment dans son meeting à Constantine, et confirme son opposition à l’officialisation de la langue mère des millions d’Algériens. Par ses propos provocateurs, il espérait sans doute pousser la Kabylie vers le chaos pour avoir refusé de cautionner la charte de la honte qu’il a confectionnée afin de protéger son régime et ses alliés islamistes contre les victimes du terrorisme dont le mouvement ne cesse de s’amplifier et de mieux s’organiser. Dieu merci, son espoir est vain cette fois-ci ! Sur un autre front, le Pouvoir s’engage dans une autre batail déstabilisatrice; il s’agit pour lui de créer un faux problème qui puisse provoquer la haine et la violence parmi les citoyens de la Kabylie et entre ceux-ci et leurs élus locaux, afin de se frayer le chemin vers le contrôle de la région, lequel contrôle est depuis l’avènement du pluralisme en Algérie est entre les mains de deux partis, à savoir le FFS (Front des Forces Socialistes) et le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie). Ainsi, le représentant du Pouvoir, le Premier ministre, Ahmed Ouyahia, un originaire de Kabylie, s’accorde avec l’aile dialoguiste du mouvement citoyen mené par Abrika pour révoquer les élus locaux (majoritairement du FFS et du RCD) considérés depuis comme indus. Dans cette combine, le Pouvoir s’est appuyé entièrement sur ses hôtes, novices en politique dois-je préciser, qu’il a aveuglés avec l’officialisation illusoire de tamazight afin d’accepter de dresser la population kabyle contre ses élus.

Ce plan diabolique a réussi à envenimer les relations entre les militants du mouvement citoyen et ceux du FFS et du RCD, autrement dit entre les Kabyles et leurs frères kabyles, jusqu’au jour où, depuis Constantine, comme pour signer la fin de la mission des dialoguistes, le Président de la république a brisé le charme entretenu par le Chef du gouvernement sur Abrika et ses compagnons. Ceux-ci sont enfin conscients de la grande farce dont ils sont victimes, mais ils se trouvent dans l’impossibilité de changer les choses; tamazight n’est pas officialisée et les élections partielles auront bien lieu dans le courant de cette année, à la grande joie du Pouvoir qui se prépare dès maintenant pour l’envahissement de la Kabylie qu’il compte mettre à genou à tout prix. Une autre méthode que le Pouvoir est entrain d’employer contre la Kabylie est la création d’un climat d’insécurité. Les forces de l’ordre (police, gendarmerie, armée) ferment les yeux, voire encouragent tout ce qui peut nuire à la région : culture de plants et vente de la drogue, alcoolisme, débauche, racket, vol et agression. On voit bien parfois les déplacements des convois de l’ANP (Armée Nationale Populaire) et les interventions bruyantes de la gendarmerie, mais ce ne sont en fait que des manœuvres destinées à tromper la population locale. Des preuves ne manquent pas : premièrement, non seulement les narcotiques se vendent partout par des personnes connues des services de sécurité en raison des plaintes et dénonciation des citoyens, mais se cultivent aussi sans aucune appréhension de la loi qui n’autorise pas ce genre de culture. Selon les dires du leader du RCD, lors de sa campagne anti-référendaire, il existe en Kabylie 17 parcelles de terrain destinées pour la production de la drogue. Deuxièmement, on voit en Kabylie une prolifération alarmante des lieux de débauche et d’enivrement. Et comme si bars et cabarets, employant d’ailleurs toutes sortes de personnes  » dites de moeurs légères  » susceptibles de transmettre des maladies sexuelles, ne suffisent pas pour la perversion programmée des citoyens kabyles, les autorités ferment les yeux sur l’installation illégale, le long des routes nationales et à l’entrée et sortie des villes et villages, de cabanes qui servent de l’alcool à tout venant, y compris aux adolescents. Ainsi, sous l’effet des stupéfiants et de l’alcool, nos jeunes se bagarrent entre eux et commettent d’autres méfaits plus graves comme le vol à main armée, le tapage nocturne, la provocation extrême des filles non accompagnées, la destruction des biens publiques, etc. Même notre environnement est désormais défiguré par des milliers de bouteilles de bière que jettent nuit et jour les ivrognes fabriqués par le régime.

La Kabylie ressemble en cela à une véritable réserve indienne où les habitants sont abandonnés à leur propre sort. Troisièmement, on a remarqué ces dernières années la multiplication, dans la région, de  » vrais faux  » barrages destinés à racketter les citoyens. Le plus étonnant est que ces barrages, bien qu’ils soient si réguliers dans leur fréquence et leur place, n’attirent jamais l’attention des forces de sécurité au bon moment. Les bandits font leur sale besogne en toute quiétude et l’armée intervient quelques jours après en bombardant à tort et à travers les maquis, brûlant nos forêts et disséminant les troupeaux de nos bergers.

2. Isolement de la Kabylie

Cet isolement se manifeste sous plusieurs formes. Tout d’abord, pour inciter les Algériens des autres régions à diaboliser les Kabyles et à ne pas se solidariser avec eux lors de leurs révoltes contre le régime en place et les descentes punitives des forces dites de l’ordre qui s’ensuivent, le Pouvoir leur décrit la Kabylie comme une région sécessionniste, athée et dépourvue de tout esprit patriotique. Qui ne se souvient des attaques, lors du semblant de débat de l’APN (Assemblée Populaire Nationale) sur les événements de Kabylie, de certains partis acquis au Pouvoir contre le FFS dont le leader, Hocine Aït Ahmed, est accusé de haute trahison pour avoir réclamé une enquête internationale sur les dépassements des forces dites de sécurité? Je me rappelle aussi que lors de la grandiose marche du 14 juin 2001 sur la capitale, les capturés parmi les manifestants ont été contraints par les agents de la CNS (Compagnie Nationale de Sécurité) de se déclarer juifs en contrepartie de leur libération! En fait, les esprits des Arabes algériens (à inclure aussi une bonne partie de Berbères) ont été de tout temps minés par de pires idées contre les Kabyles et on ne peut les énumérer toutes ici. L’isolement de la Kabylie est apparent également dans le maigre investissement de l’Etat dans la région. L’Etat n’attribuant des budgets qu’en fonction de la docilité, voire d’assujettissement d’une région, la Kabylie, connue pour sa rébellion, se voit ainsi privée presque de toute assistance de l’Etat et ne survit – heureusement ! – que grâce à l’argent des immigrés. Il y a un autre aspect de l’isolement imposé par le Pouvoir sur la Kabylie. À chaque scrutin boycotté par les Kabyles en raison des pratiques anti-démocratiques du régime (manque de transparence, ralliement par corruption et intimidation, bourrages des urnes, etc.), les résultats finaux sont gonflés à l’extrême afin de signaler aux Kabyles l’insignifiance de leur poids à l’échelle nationale. Par cette astuce, le Pouvoir vise la vexation des Kabyles pour les faire taire et ne pas servir d’exemple de militants pour la liberté et la démocratie pour le reste des Algériens.

3. Organisation de campagnes anti-kabyles

Pour souiller l’image des Kabyles trop gênants, le régime algérien met en œuvre d’autres moyens plus efficaces comme les médias. L’ENTV (chaîne publique de la télévision algérienne), fermée à l’opposition et diffusant tout sauf la vérité, bat le record dans l’insulte et la manipulation des esprits des Algériens contre la Kabylie et ses habitants. On se souvient très bien de la couverture de cette  » machine à mentir  » des événements du Printemps Noir, en particulier la grandiose marche du 14 juin 2001. Comme on ne peut oublier les propos insultants et mensongers de certains parlementaires lors des débats de l’APN sur les événements en questions, lesquels débats ont été transmis en direct par cette maudite chaîne. Même l’ex-chef de l’AIS (Armée Islamiste du Salut), Madani Merzag, (ex-chef terroriste repenti) a eu récemment la permission de l’Etat de s’exprimer sur les places publiques ou dans les colonnes de certains journaux anti-kabyles à la solde du régime, comme le quotidien arabophone  » ech-chourouk « , pour jeter son venin sur toute la Kabylie.

4. Emploi de la triade « exil, emprisonnement, assassinat »

Pour vider la Kabylie de sa substance vitale qui la meut, le Pouvoir procède de plusieurs façons dont, plus efficace, la pratique de l’exil forcé, l’incarcération et l’assassinat. Les premiers Kabyles à être expulsés de l’Algérie dès l’Indépendance, et ce pour avoir été opposants aux visées panarabistes du régime d’alors, sont sans doute le chanteur Slimane Azem et le politicien Hocine Aït Ahmed, leader du FFS. Quelques années plus tard, c’est-à-dire durant la période qui s’étale de 1970 à 1980, une autre génération  » de sécessionnistes, de marginaux et de fauteurs de trouble », selon les termes de la presse gouvernementale de cette période-là, apparaît et subit l’emprisonnement et tout ce qui s’ensuit de pire comme torture et humiliation. Les chanteurs Ferhat Mhenni et Lounis Aït Menguellet, les militants de la revendication amazighe dont Djamal Zennati, Mohamed Haroun, Lehsene Bahbouh, le président du quotidien pro-kabyle  » Le Matin  » Mohamed Benchicou, le caricaturiste Dilem Ali, et j’en passe, ont tous connus les geôles pour avoir refusé la politique assimilationniste et d’assujettissement prônée par le Pouvoir à l’égard des Kabyles. Puis comme ces pratiques se sont avérées inefficaces, le régime est soupçonné, voire impliqué par la vox populi d’avoir recouru à des assassinats masqués de différentes manières. Ainsi, l’écrivain Mouloud Mammeri, juste après les événements d’octobre 88 qui ont inauguré une nouvelle ère pour l’Algérie, une ère de multipartisme, de liberté d’expression et d’association, a trouvé la mort  » accidentellement  » avec sa voiture sur la route de Aïn Defla en rentrant du Maroc où il a participé à une rencontre de berbérisant. Aujourd’hui, personne en Kabylie ne croit à un simple accident de roulage. Le motif de sa liquidation est bien clair : certains effrayés de ce qu’un intellectuel de la trempe de Mammeri peut faire dans le domaine des libertés linguistique et culturelle dans le nouveau contexte n’ont pas hésité à  » arranger  » un dérapage. Le meurtre commis sur la personne de ce chercheur et écrivain talentueux marque, dans l’Algérie post-indépendance bien entendu, le début d’une série d’assassinat de valeureux Kabyles. Tahar Djaout, Smaïl Yefseh, Saïd Makbel, Lounas Matoub, ont tous été, d’une façon ou d’une autre, éliminés directement ou indirectement par les services occultes autour du Pouvoir et à chaque fois celui-ci attribue le meurtre, interrogatoire filmé par l’ENTV à l’appui, aux terroristes islamistes. La guerre que mène le régime totalitaire algérien contre la Kabylie depuis le soi-disant recouvrement de la souveraineté nationale n’a pas encore atteint tous ses objectifs, mais il faut quand même avouer que la région a subit de graves dégâts qui hypothèquent son avenir : les investisseurs locaux la désertent, les nationaux et les étrangers s’en méfient, les jeunes qui souffrent du chômage sombrent dans l’alcoolisme, la drogue et autres vices. Enfin tous les ingrédients d’une bombe qui déchiquetterait un jour le corps fragilisé de la société kabyle sont là. Il est donc urgent que les Kabyles abandonnent leurs querelles partisanes, qui réjouissent le Pouvoir, et s’unissent pour la sauvegarde de leur région.

Par Messaoudi Djaafar

article trouvé dans le site (amazighworld.org)

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