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Zimu à Halim Akli : Fierté mal placée ou orgueil démesuré ?

Posté par algeriedemocratie le 25 janvier 2011

Tout créateur a le droit d’être critiqué. Nous avions pourtant mis une réponse allant en sa faveur, mais je suis stupéfaite par le comprtement de ce chanteur. Tant que les artistes n’accepteront pas la critique, la chanson kabyle restera dans l’ornière boueuse de la médiocrité.
Marie

Le bon sens aurait voulu que la réponse de Zimu soit adressée au site qui a publié la critique qui l’a fait sortir de ses gonds en usant tout naturellement de son droit de réponse. La critique qui apparaît pour certains, dont le chanteur lui-même, comme un acte de lèse majesté n’engage pourtant que son auteur et non pas l’équipe du site. La « sagesse » de Zimu veut que même le site soit méprisé au point de confier sa réponse à un autre espace web, une réponse dans laquelle le jeune chanteur refuse de citer et mon nom, ce qui est de l’ordre de la psychanalyse, et le nom du site pourtant connu pour son ouverture au débat contradictoire et sa réprobation de la censure. L’outrance et le grenouillage de Zimu n’ont d’égale que le degré indicible qu’a atteint son désarroi et sa fragilité. Qu’à cela ne tienne, sa jeunesse peut expliquer cela et c’est avec plaisir que je publie son droit de réponse que j’ai découverts au moment où je m’y attends le moins. Je laisse donc Zimu me répondre malgré lui et les lecteurs apprécier « son engagement », ses « vérités », ses « accusations » et le ruissellement de sa nouvelle science diffuse. Peut-être que le débat se poursuivra ! Qui sait. Bonne lecture à tous et à toutes.

Halim AKLI

Réponse de Zimu à Halim Akli

Par respect à l’intelligence de mes frères restés en Kabylie et par respect aux larmes des mères qui ont vu leurs enfants arrachés à la vie à la fleur de l’âge et par respect aux âmes des jeunes kabyles qui n’ont pas eu la chance d’avoir des visas comme nous, je ne ferai pas de chansons pour leur suggérer de mourir assassiné par des gendarmes.

Des amis m’ont appelé pour me prévenir que sur un site, à la une, j’ai eu droit à un « article ». J’ai suivi le lien et je suis tombé sur ce qu’a écrit un certain M. Winnat dont je ne citerai pas le nom pour lui laisser la chance de se faire connaître en utilisant sa matière grise pour produire quelque chose au lieu de chercher à se faire une réputation en pondant un semblant de « critique » sur une de mes chansons. Je ne connais pas M. Winnat et lui ne me connait pas non plus mais surtout ne connait pas mes chansons. Certains amis m’ont demandé de lui répondre, d’autres, plus nombreux c’est sûr mais plus sages peut être, me conseillent de laisser passer la polémique « ce n’es qu’un papier virtuel ». Mais, comme vous tous, sur certaines questions comme celle-ci, nous demandons à avoir l’avis de nos amis pour finir par prendre la décision que nous croyons juste. J’ai donc décidé tout simplement de répondre.

Premièrement, je ne vois pas la motivation d’un intérêt porté sur une de mes chansons ; sortie il y a plus d’une année et mise sur dailymotion depuis 24 mois, je veux dire que je ne rempli pas des zéniths, ni même des cafés théâtres de 50 places, je ne suis pas au top des ventes de CD je n’ai pas vraiment le poids pour changer ou influer sur la pensée d’une société ou sur le cours de son Histoire au regard de mon maigre succès qui ne fait pas de jaloux. Pourquoi donc, M. Winnat m’accuse à travers une de mes chansons de casser le morale des troupes kabyles mobilisées au front ou avec ses termes de « chanter la passivité, la démobilisation et l’inutilité de la lutte » !? Est ce que ma chanson, dans cette conjoncture socioéconomique, avec tous les vrais problèmes que nous connaissons et avec tous les fléaux qui gangrènent la Kabylie, est de taille pour faire l’objet d’un article l’accusant de ralentir ou d’entraver le travail de nos élites et de nos partis politiques kabyles !? Non. Les vraies motivations de M. Winnat sont donc à chercher ailleurs.

A la lecture de ce qui a été dit sur le site, M. Winnat ne fait pas que critiquer une de mes chansons (tafsut taberkant), ce qui aurait été son droit je le confesse, si seulement il l’avait fait sans verser dans des jugements de valeurs sur mes talents d’artiste. Mais ce qui me pousse à répondre c’est de le voir, sans vraiment écouter mes 3 albums, me traiter d’« imitateur qui abuse des reprises et des adaptations qui, souvent, sont carrément des traductions, [je serai selon lui tout ça plutôt] qu’un artiste accompli ». Ensuite de se permettre de me donner des conseils, vous savez, ce genre de conseils qui font émerger une espèce de chanteurs officiels … prisonniers d’idées, d’idéologies … à la solde d’un parti, d’un pouvoir ou d’un État … alors que j’ai une autre idée de la chanson que je souhaite faire. Je ne suis prisonnier que de ma liberté que je revendique ici ; celle de dire ce que j’ai envie de dire sans chercher à plaire à Winnat et ses amis et sans me soucier de vendre plus ou moins de disques. Désolé de vous décevoir M. Winnat je ne serai jamais le chanteur kabyle officiel dont vous rêvez. Je ne m’étalerai pas sur le sens de ma chanson « tafsut taberkant », qui vous dérange tellement, les auditeurs la comprennent bien et témoignent de ça en votant pour elle et en la mettant dans leurs favoris sur dailymotion.

Pour information, j’ai eu à composer deux textes sur le thème de la chanson « tafsut taberkant ». Il fallait M. Winnat, prendre la peine de chercher sur Internet le plus d’informations possible sur votre « cible » pour écrire votre « article » comme le font les professionnels avant de vous lancer dans des jugements infondés sur mes talents et mes positions politiques. La première chanson sur ce qui s’est passée en Kabylie et qu’on appelle aujourd’hui « le printemps noir » est sortie en 2001/2002 dans mon premier album « Salupri » s’intitulait « tabratt n idammen », disponible à l’écoute sur Internet sur le site bgayet.net

Revenant un peu en arrière pour que vous sachiez que je ne suis pas étranger à ce que vous racontez dans votre papier. En 2001, j’étais étudiant en magistère de langue et Culture Amazighes et aussi membre actif avec Belaid Abrika, du Club Scientifique en Langue et Culture Amazighes. J’étais responsable et animateur d’un magazine entièrement rédigé en kabyle : Tira. J’étais aussi membre du comité de rédaction d’une revue d’études Amazighes qu’on a appelait Anadi. A l’éclatement des évènements après l’assassinat du jeune Guermah Massinissa dans les locaux d’une gendarmerie j’ai été présent et mobilisé au sein de l’université de Tizi-Ouzou pour préparer un cadre et canaliser le mécontentement de la population et arrêter surtout l’assassinat de nos jeunes. Mais aussi ma présence avec une centaine d’étudiants était pour empêcher à ce qu’un groupe de je ne sais qui ne se laisse tenter par la volonté de brûler et de dégrader l’université de Tizi-Ouzou. Nous les avons repoussé plus d’une fois, des fois en plein nuit.

A l’époque j’étais aussi un habitué d’un studio d’enregistrement où, sans trop de sérieux, j’enregistrais des chansons pour le plaisir en espérant qu’un jour je fasse aboutir l’enregistrement de mon deuxième premier album.

Lors d’un week-end à Azazga je suis allé voir de mes propres yeux l’endroit où Ircham Kamal, un jeune des Ait Aissi à Yakouren, qui touché par balles, aurait, selon la version des présents, écrit avec son sang sur un mur le mot « Liberté » avant de succomber à ses blessures à l’hôpital. J’ai été profondément bouleversé de voir ce mot écrit avec du sang on distinguait même l’emprunte des doigts qui ont glissé sur le mur en marbre en écrivant les lettres du mot LIBERTE en majuscules. Rentré à l’université j’ai composé une chanson que j’ai tout de suite proposée à l’écoute à M. Ticilia avec qui je travaillais sur mon album. Nous avons décidé de la mettre sur bande. Un de mes amis artiste (Si Moh) m’a déconseillé de la chanter dans un album, il a dit qu’à ma place il attendrait au moins 5 ans avant de la sortir. Mais je ne l’ai pas écouté et la chanson est sortie avec l’album Salupri en 2001/2002 et j’ai tout de suite regretté sa sortie en l’écoutant avec un peu plus de recul. Il avait raison. Après cinq ans je n’ai pas que regretté de l’avoir chanté mais j’ai même composé « tafsut taberkant ». Il faut écouter « Tabratt n idammen » pour comprendre pourquoi. Voir ici

Il faut que vous sachiez M. Winnat que pour moi l’année de l’algérie en France ou un gala organisé par le FFS ou le RCD ou le MAK ou le FLN ou bien une émission organisée un mois de ramadhan ou un 20 avril ou un 5 juillet ou un 14 juillet ou aussi une fête organisée un noël ou un aïd … Pour moi, toutes ces occasions sont des occasions pour lesquelles je ne me bousculerai pas pour chanter sauf le jour où je le souhaiterai pour des raisons que j’ignore encore à présent ou tout simplement pour voir encore plus d’articles du genre que celui auquel je répond.

Je l’ai toujours dit pourtant, il n y a pas de Savoir dans ma chanson ; ceux qui veulent acquérir un savoir quelconque n’ont qu’à fréquenter les bibliothèques et les écoles. Ma chanson ne changera pas le régime algérien, ne ramènera pas la liberté ou la démocratie, elle ne sauvera pas non plus notre identité … pour changer ou renverser le régime algérien mobilisez-vous dans des partis politiques si vous avez toujours confiance, constituez des groupes armés, faites des révolutions si vous croyez toujours que ça existe, sacrifiez-vous si vous voulez, manifestez, montez au maquis … mais ne me demandez pas de chanter pour vous l’ordonner ou même vous le suggérer. Pour sauver notre identité et nos langues et culture, écrivez, lisez plutôt les dizaines de romans et de poésie écrits en kabyle qui sortent chaque année et qui ne trouvent pas de lecteurs. Encouragez BRTV pour qu’elle s’améliore, écoutez les radios kabyles sur Internet …

N’attendez pas de moi des chansons qui galvanisent les foules comme le dit si bien l’ami du MAK que je remercie au passage d’avoir pris ma défense avec autant de talent …

Le jour où je composerai une chanson pour appeler mes semblables à affronter les balles pour se faire tuer ou prendre les armes pour tuer, je n’aurai probablement pas le temps de terminer sa composition parce que je serai déjà devant eux affrontant les balles, le fusil à la main. Mais pour l’instant, contrairement à vous M. Winnat, par honnêteté, vivant en France je n’oserai pas demander à mes semblables d’aller tuer ou se faire tuer. Comment chanter des idées pareilles alors que je vis loin de ma Kabylie. J’ai quitté la Kabylie 4 mois seulement après le déclenchement de « tafsut taberkant », je pouvais rester mais comme les milliers de kabyles j’ai fait le choix de partir et ce n’est pas à mes semblables que je cacherai mon soulagement de voir le bateau s’éloigner du port d’Alger vers Marseille. Alors par respect à l’intelligence de mes frères restés en Kabylie et par respect aux larmes des mères qui ont vu leurs enfants arrachés à la vie à la fleur de l’âge et par respect aux âmes des jeunes kabyles qui n’ont pas eu la chance d’avoir des visas comme nous, je ne ferai pas de chansons pour leur suggérer de mourir assassiné par des gendarmes. Je ne composerai pas de chansons pour faire monter l’adrénaline et glorifier la mort pour que ceux qui m’écoutent n’aient pas peur de l’affronter. Je ne composerai pas de chansons pour leur promettre le paradis et une place de martyr sur le marbre de l’Histoire pour que les futures générations retiennent leurs noms.

Vous savez, je n’écoute pas Brassens pour le plaisir de l’annoncer dans une interview et gagner quelques auditeurs ou pour paraître instruit, je l’écoute parce que ça me plait de l’entendre chanter « Le Jour du 14 juillet, Je reste dans mon lit douillet. La musique qui marche au pas, Cela ne me regarde pas ». Ou bien quand il dit : « Aucune idée sur terre n’est digne d’un trépas, il faut laisser ce rôle à ceux qui n’en ont pas ». Mais peut être que M. Winnat ne peut pas s’élever pour saisir la portée de cette sagesse ; celle de ne pas souhaiter la mort pour soi ni surtout pour les autres. Apparemment Winnat, lui, appelle ça « chanter la passivité ».

J’ai les moyens de composer et de faire des chansons sur mesure pour glorifier la JSK et le sang de (nos) martyrs et (nos) glorieux ancêtres (le « nos » déjà sonnerait comme un discours que je n’assume pas) mais si je ne le fais pas c’est parce que je m’interdis de ne pas penser ce que je dis et chante. Je ne considère pas la chanson comme une marchandise que je vends selon la demande. Je ne maitrise pas le double jeu des politiciens qui vous demandent de faire la révolution pendant qu’eux s’occupent de leurs enfants et de leurs petites carrières et sautent sur le premier poste qu’on leur propose dans les institutions officielles.

Je suis assez conscient pour comprendre que si la chanson a mobilisé à une certaine époque, de nos jours, avec l’aliénation culturelle, la mondialisation et la diversification des médias … la chanson n’est que du vent dans une flûte. Sinon comment expliquer qu’après les chansons d’Aït Menguellet, celles de Matoub, de Slimane Azem, de Ferhat, de Idir… nous, les kabyles, sommes toujours sous le joug du pouvoir algérien et nos printemps multicolores (noir, rouge …) ne nous laissent comme semblant de victoires que des dizaines de morts. Tout comme nos malheureux ancêtres (objet d’une chanson dans le 4e. album qui arrachera le sommeil à M. Winnat), nous sommes toujours impuissants, nos divisions s’accentuent et s’agrandissent de jour en jour et nous ne savons rien faire d’autre que de s’exiler au Canada, en France ou aux USA. Aujourd’hui, aucune chanson n’est censurée par le pouvoir algérien. Il n’a pas peur de nos chansons ni de la symbolique de la JSK (pour info les joueurs de la JSK et Hannachi ont assisté à la venue de Boutef à Tizi).

Alors M. Winnat, vous ferez mieux de jeter mes CD si vous les avez vraiment et de ne plus chercher à m’écouter (surtout le prochain) je ne changerai pas de trajectoire pour vous faire plaisir. Je serai toujours absent de vos plateaux télé le 20 avril. Le 20 avril, moi je le fête avec mes amis et nos familles, j’écoute Ferhat, Aït Menguellet, Matoub et Idir et je sors acheter ou même racheter un roman où un recueil de poésie en kabyle. Je serai absent de vos zéniths et sur les plateaux des Tv officielles. Mais néanmoins, je serai un kabyle soulagé parce que j’aurai dit encore une fois ce que je pensais tout en sachant que certains kabyles (dont M. Winnat) n’apprécieront pas. Mais je dormirai la conscience tranquille. Ma chanson, sans aucun doute, ne remplira pas des zéniths ni mes poches d’argent d’ailleurs, mais, du coup et ça me soulage, elle ne cautionnera aucune idée susceptible de remplir nos cimetières… de jeunes kabyles assassinés. Les générations futures qui se pencheront sur ce que nous leurs laisseront comme héritage ne trouveront pas ma guitare maculée de sang … sauf du mien peut être, si des gens comme Winnat, passent à l’acte pour me réduire au silence parce que je ne suis pas réglé à leur diapason. Je termine par ces vers de Lounis Aït Menguellet :

Wigi yettseggimen ccna / Ceux qui font de la belle chanson

Gher ldjiha-nnegh ad ten-id-nernu / Nous les mobiliserons à nos côtés

Ad sen-nini nettdafa / Nous leurs dirons que nous combattons

Ghef teqbaylit ad d-tehyu / Pour que ressuscite notre identité

Ad agh-id-âiwnen merra / Ils nous prêteront main forte

Kul yiwen ad d-yehdu asefru / Dédieront des poèmes à notre cause

Mi newwed s ayen i nebgha / Sitôt nos ambitions satisfaites

Ssut-nsen ad t-nemhu / Nous les réduirons au silence

Ula d afrux di lexla / Ce jour-là nous pourchasserons

Ad t-nssegged ma icennu / Même l’oiseau qui oserait ouvrir son bec pour chanter

Zimu

source: kabyles.com

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“Le rôle de la Chaîne II dans l’éveil identitaire”

Posté par algeriedemocratie le 23 avril 2010

L’Algérie profonde (Jeudi 22 Avril 2010)

30e anniversaire du Printemps berbère

“Le rôle de la Chaîne II dans l’éveil identitaire”

Par : Salah Yermèche
Invités dans le cadre de la célébration du 30e anniversaire du Printemps berbère du 20 avril 1980, d’anciens journalistes de la Chaîne II (kabyle) de la Radio nationale et de la presse écrite (Boukhalfa Bacha, M. Guerfi, Mohamed-Arezki Himeur, Tazaroute…), ont animé, dimanche dernier  à la maison de la culture Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, une conférence-débats pour parler du “Rôle de la Chaîne II dans l’éveil identitaire”.

Intervenant en premier, Bacha Boukhalfa a évoqué notamment les difficultés que rencontraient les journalistes de la chaîne kabyle et les suspicions dont ils faisaient l’objet de la part de leurs responsables et leurs confrères des Chaînes I (arabe) et III (français), avec lesquels ils cohabitaient dès la relance de la radio en 1963, dans une salle commune de rédaction.
Il dit se souvenir surtout des moments difficiles de 1963, avec l’avènement du FFS. Tout le monde avait des soupçons à l’égard des journalistes de la Chaîne II. On qualifiait alors les membres de ce parti, s’opposant au système du parti unique instauré par le régime de Ben Bella, “d’ennemis de la Révolution”, et on avait des difficultés de présenter un tel qualificatif, avant d’opter, sur conseil de M. Guerfi, pour l’emploi du terme “d’adversaires”. “En s’approchant des journalistes kabyles, les confrères des Chaînes I et III pensaient que nous parlions d’eux lorsqu’ils nous entendaient discuter entre nous en kabyle, malgré que nous n’interrompions pas nos discussions, alors qu’à chaque fois que nous passions devant eux ou nous nous approchions d’eux, ils arrêtaient, eux, toute discussion”, ce qui nous faisait comprendre qu’ils parlaient évidemment de la chaîne kabyle.
Ensuite, des membres des oulémas intervenaient sur les autres chaînes pour dire que “les Kabyles n’ont pas besoin de culture mais d’orge”, avant qu’un groupe de journalistes ne leur réponde que “ce sont plutôt tous les Algériens dans leur ensemble qui ont besoin d’orge, pas seulement les Kabyles”. Bacha Boukhalfa se souvient encore lorsqu’on a supprimé l’émission enfantine de Madjid Bali, qui était très appréciée, puis des missions à l’étranger pour la couverture de tout évènement intéressant l’Algérie pour les journalistes de la chaîne kabyle, et cela a duré jusqu’en 1990. Les appels téléphoniques, les lettres des auditeurs et auditrices galvanisaient en quelque sorte les journalistes de la II pour tenir le coup et casser des tabous. “En 1970, lorsque le pouvoir avait tenté d’arabiser la radio kabyle, en commençant par petites doses, notamment par des diminutions dans ses tranches horaires, déjà maigres, c’était comme si le ciel nous tombait sur la tête”, se rappelle Boukhalfa. “Des pétitions des étudiants dans les universités d’Alger et de Tizi Ouzou commençaient alors à circuler et à nous parvenir, des appels de soutien… Les chanteurs kabyles, comme Idir, Ferhat Imazighen Imula, Aït Menguellet, Mehenni Amroun, Ali Halli, El Hasnaoui, Farid Ali, en sport, la JSK…, nous ont beaucoup aidés alors par leur engagement dans la chanson pour tamazight, en dépit de leur interdiction dans la discothèque de la radio”, se rappelle Mohamed Guerfi, ancien directeur de cette chaîne. “Avec le temps, je compare, aujourd’hui le Printemps berbère de 1980 à la démolition du mur de Berlin en 1989, tellement il a sauvé la radio kabyle de la mort”, ajoute Bacha Boukhalfa.
Mohand-Arezki Himeur, qui était, dit-il, à la rubrique culturelle d’El Moudjahid, précisera qu’il existait une certaine interactivité entre les producteurs de la radio et les auditeurs, la cinémathèque qui ramenait divers films sur la culture, notamment des pays de l’Europe de l’Est, les pièces de Slimane Benaïssa au théâtre Mogador… La chaîne kabyle avait lutté beaucoup pour tamazigh.

source libérté

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Les sentiers du pouvoir et de la citoyenneté Par Amar Naït Messaoud

Posté par algeriedemocratie le 4 février 2010

Quelques jalons de l’histoire des idées politiquesLes sentiers du pouvoir et de la citoyenneté Les sentiers du pouvoir et de la citoyenneté Par Amar Naït Messaoud dans vive l'algerie(128) 2341_82102

Après l’introduction dans la Constitution de février 1989 du principe du pluralisme politique, les autorités politiques du pays, les élites universitaires et même les partis nés de cette ‘’césarienne’’ post-octobre n’ont pas fait l’effort intellectuel et pédagogique nécessaire pour accompagner ce formalisme juridique d’une réflexion, d’une littérature et d’une ‘’exégèse’’ qui rendraient les idées et les principes politiques familiers aux Algériens.

n Par Amar Naït Messaoud

 

 

Le peu de réflexion accompli dans ce sens se trouve réduit à quelques articles de journaux écrits par des universitaires qui ne trouvent pas d’autres tribunes d’expression.

Le résultat des courses est que- combinés à l’ ‘’allergie’’ pluraliste légendaire du pouvoir au pluralisme, d’une part, et au terrorisme islamiste armé qui a considérablement contribué à l’effritement de la société politique, d’autre part-, la carence intellectuelle et le déficit culturel ont grandement consacré le discrédit des idées politiques.

Et pourtant, dans le cas spécifique de la culture kabyle, une forme de ‘’littérature politique’’ a pris naissance au sein de la poésie chantée à partir des années 1970.

Dans une étude relative à ce domaine précis publiée il y a quelques années dans notre journal, nous écrivions :  » Il est indéniable que le corpus littéraire que constitue le texte de la chanson kabyle a atteint un tel degré de maturité, un tel stade d’influence dans la société- en tant qu’élément culturel et artistique formateur d’opinion- et un tel volume de production qu’il appelle nécessairement un examen critique par le moyen d’études qui peuvent prendre la forme de thèses académiques, de mémoires ou de simples analyses comme celles qu’on rencontre habituellement dans des revues périodiques ou dans la presse généraliste. Réellement, sous les différentes formes citées, le travail a déjà commencé. Sur Slimane Azem, Aït Menguellet et Matoub, nombre de livres, opuscules et articles de presse ont été déjà publiés. En tant qu’aspect essentiel de l’anthropologie culturelle ou en tant que travail  sur un matériau littéraire d’une extraordinaire vitalité, ces études- dispersées dans le temps et n’ayant pas encore établi définitivement les outils didactiques ou méthodologiques idoines- ont le mérite de tracer les premières esquisses d’un domaine qui ne manquera pas, dans un avenir proche, de fasciner les chercheurs de toutes les spécialités des sciences humaines (linguistique, histoire, sociologie, anthropologie) « .

En effet, dans ces chansons à texte, c’est toute la population kabylophone qui s’est formée politiquement dans un moment de patente adversité où la clandestinité et la répression étaient la règle. Revendication identitaire berbère, revendications sociales, appel à la liberté d’opinion et d’expression, demande de l’instauration d’un État de droit et d’autres thèmes socio-politiques étaient portés par une belle poésie qui tire sa substance des valeurs d’authenticité culturelle et de la légendaire soif de liberté.

 » La liberté de penser signifie que la raison ne se soumette à aucune autre loi que celle qu’elle se donne à elle-même « . Cette assertion d’Emmanuel Kant, tout en hélant le règne de la liberté, porte dans ses attributs la nécessité d’un ordre qui viendrait de cette raison même qui s’épanouit dans la liberté. Ainsi, la maxime antique qui fait de l’homme un  » citadin par nature  » (habitant de la cité avec ses semblables) y trouve non seulement sa justification, mais aussi son ‘’mode de gouvernance’’ du fait qu’il est fait appel à l’ordre et à la raison.

Cependant, c’est dans la mise en œuvre de ce ‘’contrat social’’ que les hommes trouvent les plus grandes difficultés du fait que les intérêts des uns et les appétits des autres tanguent généralement au gré des rapports de force. Ce sont ces frictions, ces conflits permanents-débouchant parfois sur une tragique instabilité ou sur des guerres féroces-qui ont donné lieu à la réflexion politique. Des hommes se sont saisis de ces états de luttes perpétuelles pour chercher la formule, le terrain et le mode d’entendement qui ferait coexister, le plus pacifiquement possible, les hommes en société.

‘’La théorie politique du Contrat social[élaboré par Jean Jacques Rousseau est donc bien l’analyse du rapport entre la notion du souverain et celle du gouvernement (…) La démocratie directe serait le seul régime qui correspondrait au juste rapport entre le souverain et le gouvernement’’, écrit le professeur Michel Coz dans son ouvrage‘’Jean Jaques Rousseau’’, éditions Vuibert, 1997. Il ajoute, un peu plus loin :  » Tous les grands réformateurs de la société ont puisé dans Le Contrat social des arguments susceptibles de soutenir leurs projets « .

 

Évolution des idées et nouveaux apports

L’histoire de ces réflexions constitue l’histoire des idées politiques. Depuis la Cité grecque jusqu’à la fin de la guerre froide, des monuments de la littérature politique ont été consacrés aux rapports entre les hommes, aux explications de conflits et aux propositions de ‘’solutions’’. Au fur et à mesure de l’avancée de la pensée politique, le parcours des idées s’enrichit des résultats de recherche des autres disciplines : économie, histoire, psychologie, sociologie,…etc. 

L’un des exemples de cette évolution des idées politiques est cette appréhension marxiste de la société et des conflits qui la traversent. Marx le consacre dans son matérialisme dialectique et il en annonce la philosophie dès la première phrase de son Manifeste de 1848 :  » L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes « . Il ajoute :  » homme libre et esclave, patricien et plébéien, baron et serf, maître de jurande et compagnon, en un mot oppresseurs et opprimés, en opposition constante, ont mené une guerre ininterrompue, tantôt ouverte, tantôt dissimulée, une guerre qui finissait toujours soit par une transformation révolutionnaire de la société tout entière, soit par la destruction des deux classes en lutte « .

L’agrégation des idées et l’interaction des disciplines des sciences sociales et humaine au cours du 20e siècle ont fait que la politique a reçu la définition suivante :  » la connaissance de ce qui a trait à l’État et à son gouvernement « . La réflexion du philosophe allemand Max Weber a fait évoluer cette définition en  » la science du pouvoir en général « .

Dans son ouvrage Introduction à la politique, Maurice Duverger apporte une forme encore plus élaborée en déclarant : « Même ceux qui définissent la politique comme la science du pouvoir en général reconnaissent qu’il atteint dans l’État sa forme la plus achevée, son organisation la plus complète, et qu’on doit surtout l’étudier dans ce cadre « .

Le professeur Marcel Prélot, revient, dans un article de l’Encyclopédia Universalis, sur le sort peu enviable de la définition de la science politique.  » Vieille de près de vingt-cinq siècles, la science politique devrait offrir aujourd’hui des traits propres, aisément discernables et définissables, faciles à présenter en termes clairs et précis.

Or, il n’en est rien. Si l’introduction, il y a vingt-cinq ans, de la science politique dans l’enseignement universitaire de la plupart des pays d’Europe a marqué « la fin d’une extraordinaire carence », elle n’a pas été, comme on aurait pu le penser, la fin des controverses. Déclarée « introuvable », considérée comme une innovation, voire tenue pour une découverte, la science politique, devenue « la science à la mode », a vu son objet propre discuté et même nié; d’autre part, sa nature « scientifique » a été admise dans la seule mesure où elle se montrait susceptible d’être une connaissance empirique et positive « .

 

Un legs historique d’idées et d’analyses politiques

Le fonds culturel maghrébin nous a légué une œuvre monumentale dans la discipline des sciences sociales et politiques. Le père de la sociologie, Ibn Khalddoun, dont certaines idées se retrouveront plusieurs siècles après sa mort chez des penseurs, théoriciens et philosophes européens (Auguste Comte, Marx, Th. Hobbes, Max Weber,…) n’a pas malheureusement été prophète en son pays ; tout en sachant que son pays allait de Grenade au Caire, en passant par Tiaret et Bougie. Ses manuscrits, longtemps restés dans de vieux et obscurs tiroirs d’archives, seront plus explorés et mieux exploités par les chercheurs européens que par les doctes de l’aire arabo-musulmane pour qui notre penseur ‘’sentait le fagot’’.

En effet, jusqu’à l’ère de la renaissance littéraire arabe entamée après la campagne de Bonaparte en Égypte, la plupart des esprits critiques de l’héritage culturel de l’âge classique de l’islam étaient vus comme des hérétiques par une certaine pensée d’une excessive rigidité et d’une orthodoxie douteuse.

En tout cas, la renommée établie d’un Ibn Khaldoun ne sera effective qu’après les travaux de traduction et d’ ‘’exégèse’’  dont bénéficieront ses écrits de la part des orientalistes. Pour les pays maghrébins, le travail de vulgarisation et de critique d’Yves Lacoste, ancien professeur de géographie à Alger, sera d’un apport considérable pour la connaissance et la réhabilitation de la pensée khaldounienne.

En tout cas, dans la majorité des pays de l’aire culturelle arabo-musulmane, les sciences humaines en général- en tant qu’ensemble de disciplines participant à la préparation des cadres de la nation pour prendre en charge, demain, les questions économiques et sociales du pays, et en tant que domaine faisant partie de la culture de la citoyenneté et de la formation des élites-, sont, à dessein, dévalorisées par les décideurs et subissent, à tous les niveaux, le poids d’un ostracisme castrateur.

C’est, en quelque sorte une conséquence logique- voire même un axe fondamental- du travail de soumission des peuples à la volonté des princes, travail qui exige l’anéantissement de toute pensée critique et de réflexion citoyenne.

N’est-ce pas que c’est fort significatif cette façon d’inhiber la fonction critique et d’éveil d’un certain nombre de disciplines scientifiques en les arabisant au rabais ? L’arabisation est vécue, dans ce cas de figure, comme une mesure de répression.

De même, les autres matières enseignées au collège et au lycée n’ont jamais permis l’accumulation d’un background culturel qui aurait permis à l’étudiant universitaire d’aborder avec assurance les modules plus élaborés qu’on lui présente. Sur ce plan, le seul regard jeté sur l’enseignement de l’histoire et de la géographie nous renseigne amplement sur le désastre pédagogique provoqué dans les sciences humaines.

En effet, comment pourra-t-on aborder les thèmes de la gestion de la Cité, de la gouvernance, de la représentation politique, de la volonté générale, des élections, de la division internationale du travail, de la genèse et l’évolution des conflits sociaux, des rapports entre la croissance et le développement, de mobilité sociale, du chômage,…etc., lorsque, pendant toute sa scolarité, l’élève ou l’étudiant n’a eu droit qu’au ronronnement d’une chronologie à apprendre par cœur qui exclut la société sous toutes ses facettes (luttes d’intérêt, crises économiques, production culturelle,…).

L’école et l’université algériennes ont besoin d’immerger dans la profondeur de la pensée politique telle qu’elle est enseignée dans les autres pays du monde. C’est en revisitant les territoires de la réflexion politique que seront mises au jour les évolutions des systèmes de gouvernement, la marche inexorable des sociétés vers plus de progrès et de liberté et les différents modes de gestion de la cité sur lesquels se base le contrat social. Il ne peut y avoir de culture politique par le seul fait d’adhérer à un parti.

La réflexion et la pensée politiques ont connu un florissant destin dans l’Antiquité gréco-romaine. ‘’La République’’ de Platon, à elle seule, constitue, pour l’époque considérée, un monument. Au Moye-âge, la pensée politique a souvent subi une confusion avec le mysticisme et la pensée religieuse, phénomène renforcé par les Croisades. C’est avec Ibn Khaldoun qu’un début de pensée rationaliste émergera du bassin méditerranéen.

Un siècle plus tard, un autre méditerranéen d’Italie abordera à sa façon la ‘’science du sérail’’. Machiavel aura profité de toutes les idées qui ont été produites au sujet de la société, des classes sociales et du gouvernement pour se lancer dans un thème qu’il a serré au maximum autour de la royauté, du prince et des relations et enjeux qui se nouent entre eux.

Le siècle des Lumières a pu tirer les leçons des luttes sociales, de la transformation du Clergé, des découvertes scientifiques pour annoncer une autre vision qui fait privilégier la notion de représentation politique. Avec Rousseau, naîtra le concept de Contrat social et s’affinera la notion de volonté générale.    

 

Ambition politique et science du sérail

Un peu plus d’un siècle après la magistrale ‘’Muqaddima’’ d’Ibn Khaldoun, le monde méditerranéen a produit l’une des premières et inaltérables œuvres de sociologie politique qui allait bouleverser les connaissances en la matière fondées jusque-là davantage sur des bases mystico-théologiques que sur des canons rationnels, comme elle allait jeter les premiers jalons des règles de gouvernement dans leurs rapports dialectiques avec la gestion de la Cité.

Comme le pérégrin andalou, inventeur des notions de ‘’Aâçabia’’ et de ‘’citadinité/bédouinité’’ émises dans une période où le monde islamique plongeait dans une déchéance historique caractérisée par le repli sur soi et la soumission aux puissants du moments, le prince florentin avait connu les délices ouatées du sérail et la méchante ingratitude des décideurs pour qui le diplomate n’aurait été qu’un sous-fifre bon aux missions commandées et dont il fallait se débarrasser dès qu’il manifeste des désirs d’autonomie morale et intellectuelle.

Le parcours du fils du Maghreb était plein de dures péripéties sous les règnes successifs des Hafsides de Tunis, des Abdalwadides de Tlemcen et des Mérinides de Fès. Le parcours du Prince florentin n’en fut pas moins houleux avec les services rendus et les sévices subis sous César Borgia, Louis XII, Maximilien 1e et la dynastie des Médicis.

La réédition des ‘’Oeuvres’’  de Machiavel chez Robert Laffont en 2005, dans la collection ‘’Bouquins’’, fait partie d’une entreprise non seulement de  vulgarisation d’un travail accompli dans la difficulté dans les années les moins glorieuses de l’Europe déchirée entre un Moyen-ge finissant et une Renaissance à peine balbutiante, mais aussi d’une volonté de réhabiliter une pensée moderne souvent mal comprise ou, pire, sciemment dévoyée.

‘’Pour la première fois, les secrets du pouvoir sont révélés au monde’’, fait remarquer l’analyste Philippe Sollers à propos des thèses et écrits de Machiavel.

Nicolo Machiavelli, en italien ; Nicolas Machiavel, en français, est né en 1469. Secrétaire de la seconde chancellerie de Florence, il accomplit plusieurs missions diplomatiques. Après la bataille de Prato (en Toscane, dans la province de Florence) en 1512, les troupes françaises se replièrent et la République de Florence s’effondra.

Le retour au pouvoir de la dynastie des Médicis annoncera la disgrâce de Machiavel qui perdra ses fonctions, sera fait prisonnier après avoir été impliqué dans un complot. C’est pendant son exil à Casciano qu’il se mit à écrire l’œuvre de sa vie, celle qui le fera connaître de la postérité, ‘’Le Prince’’. Il y écrit aussi un autre livre historique ‘’Discours sur la première période de Tite-Live’’ et une ‘’Histoire de Florence’’.

La fin et les moyens

Ce n’est qu’en 1526, une année avant sa mort et pendant la guerre contre les Impériaux, qu’il reprend des fonctions officielles. Il mourut en 1527, l’année où la dynastie des Médicis fut renversée et la république proclamée.

‘’Liberté ! bien précieux et désiré, qu’on n’apprécie que lorsqu’on la perdu !’’. Tel est le commencement d’une des dernières odes composées par le poète et humaniste italien Pétrarque quelques années avant qu’il mourût, en 1374, au milieu de la plus effroyable anarchie. Désespéré par la situation sociale et politique régnant en Italie, le poète n’invoquait maintenant que la pitié du ciel en faveur de ce beau pays, de cette chère patrie dont la parole ne pouvait plus guérir les blessures : ‘’Dieu seul était capable de guérir les cœurs et d’arrêter le sang qui coulait à flot sous l’épée de l’étranger’’, écrivait-il.

Les troubles politiques et sociaux des seigneuries de la région de Florence amenèrent Machiavel- qui a  pu suivre de près et avec un sens aigu de l’observation les machinations des rouages du pouvoir pour diviser et annihiler toute forme de contestation- à analyser la psychologie et les ambitions des prétendants au pouvoir politique ainsi que les voies qu’ils empruntent pour accéder au pouvoir. Il parvint à cette conclusion, devenue par la force des choses une sorte d’apophtegme : La fin justifie les moyens. Un préfacier français d’une vieille édition du ‘’Prince’’ résume cela dans ‘’une casuistique de l’ambition’’. Écrire de la politique se ramène ainsi à rédiger un manuel de la réussite.

Dans une lettre datant du 9 avril 1513, il écrit : ‘’Le sort a fait que, ne sachant raisonner ni de l’art de la soie, ni de l’art de la laine, ni de gains, ni de pertes, il me faut ou me taire, ou raisonner des affaires de l’Etat’’.  Inventeur de la notion d’Etat au sens moderne, ‘’c’est donc l’Etat, mais l’Etat du Prince et, dans l’Etat, le Prince d’abord qui intéressent Machiavel’’, écrivent Marcel Prélot et Georges Lescuyer dans ‘’Histoire des idées politiques’’ (Dalloz, 1986).

Quelles sont les qualités d’un souverain, appelé indifféremment ‘’prince’’ dans l’ouvrage ?  ‘’Vaut-il mieux être aimé que craint, ou craint qu’aimé ?’’ se demande Machiavel. ‘’Je réponds que les deux seraient nécessaires ; mais comme il paraît difficile de les marier ensemble, il est beaucoup plus sûr de se faire craindre qu’aimer, quand on doit renoncer à l’un des deux. Car des hommes on peut dire généralement ceci : ils sont ingrats, changeants, simulateurs et dissimulateurs (…) Tant que tu soutiens leur intérêt, ils sont tout à toi, ils t’offrent leur sang, leur fortune, leur vie et leurs enfants, pourvu que, comme j’ai dit, que le besoin en soit éloigné ; mais, s’il se rapproche, ils se révoltent. Le prince qui s’est fondé entièrement sur leur parole, s’il n’a pas pris d’autres mesures, se trouve nu et condamné. Les  hommes hésitent moins à offenser quelqu’un que de se faire aimer d’un autre qui se fait craindre ; car le lien de l’amour est filé de reconnaissance : une fibre que les hommes n’hésitent pas à rompre, parce qu’ils sont méchants dès que leur intérêt personnel est en jeu. Mais le lien de la crainte est filé par la peur du châtiment, qui ne les quitte jamais’’.

 

Tu seras un prince !

Comme les résument, dans un souci pédagogique, Prélot et Lescuyer, les idées-forces de Machiavel peuvent se présenter de la façon suivante :

Le sens du réalisme : le Prince tient l’homme pour individuellement pour ce qu’il est, c’est-à-dire pour peu de chose et les hommes collectivement pour ceux qu’ils sont, c’est-à-dire pour moins encore que leur total. Il ne se préoccupe pas de ce qui devrait se faire, mais de ce qui se fait. Il est à l’affût de tout, mais ne croit pas aisément ce qu’on lui raconte, et ne s’effraie pas non plus d’un rien.

L’égoïsme, et aussi l’égotisme : le Prince a appris à ne pas être bon au milieu d’hommes qui sont mauvais. Il pratique le culte et la culture du ‘’moi’’, une gymnastique de la volonté, une discipline de la pensée, du sentiment et des nerfs.

Le calcul : le Prince préfère être craint qu’être aimé. Être craint dépend de lui, tandis qu’être aimé dépend des autres.

L’indifférence au bien et au mal : le Prince préfère le bien, mais il se résout au mal s’il y est obligé et il y est souvent contraint. Il en connaît plusieurs qui ont violé la foi jurée, mais qui l’ont emporté sur ceux qui ont respecté leur serment.

L’habileté : la qualité principale du Prince est l’adresse, l’énergie, la résolution et le ressort, car les qualités du Prince exigent une création continuelle, une tension sans relâche vers le but.

La simulation et la dissimulation : le Prince est connaisseur de l’occasion, collaborateur avisé de la Providence, mais aussi corrupteur audacieux de la Fortune, grand amateur de la ruse et grand adorateur de la force.

La grandeur : le Prince est au-dessus du commun. Ce qui l’autorise à échapper à la morale, c’est-à-dire au-dessus de la médiocrité ambiante. Il se situe au-delà du bien et du mal. Cupidité, rapacité, dol, vol, libertinage, débauche, fourberie, perfidie, trahison, qu’importe, puisque tout cela n’a pas pas à être jugé à la commune mesure des vies privées, mais selon l’idéal d’un Etat à faire ou à maintenir. Pourvu que le Prince arrive au résultat, il n’est pas de moyens qui soient considérés comme honorables.

Machiavel annonce ici l’argument-massue que développeront à volonté des théoriciens et des hommes politiques quelques siècles plus tard : la raison d’Etat, une nation que seul le souverain qui l’énonce est capable de lui donner un contenu et des contours flexibles, bien entendu, au gré des besoins du moment.

Ayant sondé la cupidité et la faiblesse des hommes, l’immoralité- sorte de mal nécessaire pour la fonction de Souverain- et les ambitions infinies du Prince, Machiavel a plus décrit et décrypté une situation que donné une ‘’recette’’ comme l’ont colporté ceux qui ont voulu donner de lui l’image d’un diable. ‘’Étrange destin d’avoir un nom qui devient un adjectif négatif’’, écrit Philippe Sollers dans ‘’Le Monde’’ du 27 septembre 1996.

La chanson ‘’Ammi’’ composée par Aït Menguellet en 1983 prend une partie de son inspiration du livre de Machiavel Le Prince. L’autre partie qui renforcera la seconde et donnera un caractère magistrale à la chanson politique kabyle et la situation d’un pays qui s’appelle l’Algérie, situation qui- sous le partie unique, la gestion clientéliste de la rente pétrolière et la négation totale des libertés- était l’antithèse des espérances de Novembre 1954 et l’antichambre de la déréliction humaine dans laquelle plongera l’Algérie une dizaine d’années plus tard.

A. N. M.

iguerifri@yahoo.f

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Le génie de la culture et les outils de sa transmission

Posté par algeriedemocratie le 12 novembre 2009

Lire, analyser et traduire : jeux et enjeux. Exemple de la poésie d’Aït MenguelletLe génie de la culture et les outils de sa transmission Le génie de la culture et les outils de sa transmission dans AÏT MENGUELLET(54) 2271_78561

L’analyse et la traduction s’imposent dès qu’il y a une œuvre ou une accumulation d’œuvres  littéraires d’une certaine envergure, lesquelles, abandonnées dans le cercle primaire de  leur aire de production, risqueraient d’être mal prises en charge par les générations montantes et d’être également à la marge de la production universelle qui impose non seulement des modèles de pensées, mais aussi des stéréotypes esthétiques.  Ces derniers mettent à mal l’imaginaire et la culture d’autrui sous le seul motif de la force commerciale et industrielle. L’exception culturelle, telle qu’elle est clamée par certains pays européens pour faire valoir leur spécificités dans le frénétique processus de mondialisation, ne doit pas rester un vain mot.

Par : Amar Naït Messaoud

 

En lui-même, l’acte de traduction nous met face à de lourdes responsabilités tant les enjeux liés à cette entreprise sont multiples et empreints d’un caractère de gravité. En effet, rendre la pensée de l’autre dans une langue autre que celle dans laquelle elle a été dite originellement constitue un défi que reconnaissent les meilleurs spécialistes en la matière. Et lorsque la matière à traiter se compose de textes littéraires dont la consécration est réalisée par la société, la complexité et les efforts à accomplir sont certainement plus grands encore.

S’il y a bien un thème d’étude en Algérie qui mérite une attention particulière dans le domaine des sciences de la traduction, ce sera sans doute cette longue histoire des translations de textes kabyle en langue française depuis les premières années de l’occupation française jusqu’à nos jours.

Initiée par des porteurs d’une culture allogène, cette pratique répond souvent aux canons du regard étranger qui s’exerce sur notre culture. Un regard caractérisé par la distance, le recul, et les différences des structures mentales et des structures des langues (une langue faisant partie de la famille chamito-sémitique et ayant perdu depuis longtemps l’usage de la graphie et une langue de la famille indo-européenne ayant le statut d’une langue internationale) ; et, enfin, des différences sociologiques qui pèsent indubitablement sur l’entreprise de traduction.

Parmi les travaux menés dans ce sens par certains militaires français, des Pères Blancs et des chercheurs de profession, il nous a été donné de lire des traductions réussies- c’est-à-dire les moins infidèles comme aime à les qualifier Mouloud Mammeri- et d’autres restitutions approximatives qui ont fait perdre au texte et son âme et sa substance.

Comme le reconnaîtra expressément Malek Ouary, le but de la traduction pour les chercheurs kabyles comme lui était de sauver d’une disparition qui s’annonçait certaine ce qui restait du patrimoine kabyle oral. Traduire des poèmes du kabyles au français, c’est assure Ouary, les mettre dans une cage comme un oisillon capturé dans la libre nature ; la cage d’une langue de transfert qui ne rend jamais les subtilités, les non-dits, les images métaphoriques d’une culture riche de son oralité même. Mais, explique-t-il devant cette double impasse, il vaut mieux que cet oisillon reste dans la cage que de le voir disparaître à jamais.

C’était au milieu du siècle dernier où d’autres écrivains, poètes et chercheurs collectaient des textes du patrimoine oral pour les traduire en français sans qu’ils les fassent accompagner de leur version originale kabyle. Il en fut ainsi de Jean Amrouche et de sa sœur Taos qui nous ont transmis de précieuses pièces de la culture kabyle orale directement en français (poèmes, adages, proverbes, devinettes…). Il est vrai qu’à l’époque, la perspective de donner une écriture à langue kabyle et au berbère en général n’avait pas acquis la maturité qui est aujourd’hui la sienne. D’ailleurs, une  édition bilingue (kabyle/français), réalisée par Tassadit Yacine, du livre de Jean Amrouche, publié dans les années 1940 sous le titre Chants berbères de Kabylie, a vu le jour en 1989. Dans ce domaine des éditions bilingues, cet ouvrage a suivi le chemin tracé par Moumoud Mammeri avec Les Isefra de Si Mohand U M’hand (1969) et Poèmes kabyles anciens (1979).

 

Passions et  limites des rapporteurs

 

Les travaux de translation réalisés par Mouloud Mammeri ont reçu un bon accueil par la quasi totalité des critiques. Malgré cela, cet auteur émet lui-même des réserves sur cet exercice et relativise le rendu du texte d’origine. Il y a d’abord le statut social et intellectuel du traducteur. Loin de la fausse modestie, Mammeri redoute qu’il soit « un rapporteur plus perverti qu’averti » ; perverti peut-être par le fossé possible qui existerait entre le sens donné aux mots par les poètes kabyles du 18e ou 19e siècles- mots traduisant une vision du monde, un état d’esprit particulier, voire inintelligible, une cosmogonie même)- et leur appréhension actuelle prise sous l’empire d’une modernité qui reste, en tout cas, à définir. Dans Poèmes kabyles anciens, Mammeri écrit à propos des poèmes qu’il a traduits : « Le dépaysement dans le livre leur enlève toute substance, les prive de tous les harmoniques de a transmission vivante (…) Le ver dit par un homme à des hommes, en des circonstances données, souvent au cours d’un rite ou à la faveur de l’attente, orchestre et multiplie les réussites de la réalisation, dépasse de partout les limites formelles d’un texte . Cependant, il explique la motivation première de l’œuvre de recension et de traduction en ces termes : « Il était temps de happer les dernières voix avant que la mort ne les happe ».

Sur le plan technique, l’on sait fort bien que la traduction d’un texte littéraire-par-delà la polémique se rapportant au degré de fidélité du texte traduit par rapport au texte d’origine- n’obéit pas aux mêmes canons que la traduction d’un texte scientifique ou d’une harangue politique. En tout cas, certains registres de langue offre des possibilités de standardisation assez étendues en matière de typologie de traduction si bien que, depuis quelques années, des logiciels prêts à l’usage sont conçus pour des travaux individuels ou de groupe. Il est vrai qu’une marge d’erreur, d’infidélité ou d’incohérence subsiste toujours étant entendu que la machine ne pourra jamais les subtilités et les nuances du cerveau et de l’esprit humains. Mais, pour les besoins de la cause, le pari semble être bien accepté par ceux qui activent dans ce domaine.

En revanche, l’on est en droit de poser la question de connaître la possibilité de traduire des textes littéraires, de la poésie de surcroît, si l’on ne possède aucune forme de sensibilité littéraire ou poétique ; lorsque, par exemple, on n’a pas gribouillé, au moins une fois dans sa vie, quelques vers ou quelques paragraphes. Ou, pire, lorsqu’on n’arrive pas à se délecter des textes des autres, poésie ou prose. Telle est la question que se posent beaucoup de critiques littéraires. Le souci de donner un minimum d’âme au texte, de ne pas en faire une suite froide et désincarnée de mots et de syntagmes reliés par la seule logique de la grammaire, devrait assurément présider au travail de traducteur. Nous avons parcouru avec un sentiment de déception non feinte des poèmes américains traduits en français. Aucune esthétique littéraire ne semble être la préoccupation du traducteur. Nous osons nous demander à quoi servira un tel travail de translation qui fait du “mot à mot”. L’adage qui dit traduttor, traditore (traducteur, traître) semble trouver ici toute son expression.

Ce n’est pas le cas, en revanche, du roman américain d’Edgar Poe, Histoires extraordinaires, traduits par Baudelaire. Le poète français a su rendre la mystique et la profondeur psychologique de l’écrivain américain. Le poème d’Edgar Poe intitulé Le Corbeau a été admirablement traduit par Stéphane Mallarmé au point d’y voir un nouveau travail de création. Le poème de Rudyard Kipling Être un homme est beaucoup plus lu dans sa traduction française faite par André Maurois que dans version anglaise d’origine.

En tout état de cause, entre une traduction qui prétend la fidèlité dans les formes mais assure la froidure dans la substance, et une traduction qui prend quelques libertés formelles avec le texte d’origine pour mieux faire sentir le texte, l’alchimie des sens et l’intelligibilité des signes, le choix semble se pencher vers la seconde variante. 

 

Les complexes dimensions de la poésie

 

Le premier travail de traduction et de première approche d’analyse de l’œuvre d’Aït Menguellet qui a eu une large audience, malgré quelques imperfections qui l’affectent, a été réalisé par Tassadit Yacine en 1989. Publié aux éditions “La Découverte”, le livre “Aït Menguellet chante…” s’est donné pour ambition de transcrire un grand nombre de poèmes de Lounis (soit 104 compositions) et d’en donner la traduction française, comme il étale sur pas moins de 80 pages une courte préface de Kateb Yacine et une longue introduction/analyse de l’auteur, Tassadit Yacine. En s’attelant à une telle entreprise, l’auteur s’expose indubitablement à plusieurs difficultés dont la confirmation ne tarde à venir à la lecture de son texte. Cela est certainement dû à des raisons objectives dont les principales sont liées à la nouveauté de la tâche, à une mauvaise compréhension de certains termes kabyles que l’auteur, originaire des Ath Braham (wilaya de Bordj Bou Arréridj), a traduits d’une manière hâtive, voire erronée (le problème s’est d’ailleurs aggravé avec le livre qu’elle a consacré à Cherif Kheddam). Dans son “Avertissement”, T. Yacine écrit : “Il est aussi difficile que passionnant de travailler avec et sur un poète comme  Aït Menguellet. Car, il est poète au vrai sens du terme. Il souhaite, en particulier, que son œuvre soit étudiée indépendamment de sa personne. Il est donc tout au long de cette analyse – qui n’est qu’une des lectures possibles de l’œuvre- présent et absent.’’

Le livre de Tassadit Yacine, tout en constituant une première tentative hardie de faire connaître Aït Menguellet par le moyen de l’écrit, est grevé de certains travers dus à une inexplicable hâte de tout dire en même temps. Ce qui a conduit l’auteur à procéder à une classification arbitraire des thèmes développés par les chansons de Lounis. Ainsi, un poème aussi philosophique que “Addounitiw”, qui traite du destin, du libre arbitre et de l’angoisse existentielle est classé dans les chansons dites d’“amour’’ au même titre que “Azzin Arqaq”. Nous avons souvenir d’une déclaration de Lounis à un hebdomadaire régional dans laquelle il dit “ne pas se reconnaître’’ dans ce livre.

L’exigence d’honnêteté du poète- qui n’exclut pas la possibilité de travailler sur ses œuvres et de les analyser selon la vision et les outils intellectuels de l’auteur- est d’autant plus recevable qu’elle porte sur des éléments ‘’techniques’’ d’une évidente simplicité. On ne peut pas faire valoir la complexité des textes de Lounis pour les ‘’malmener’’ au point d’induire en erreur le lecteur non averti.

Un autre livre parut pendant les années 1980 sous la plume de feu Chabane Ouahioune et porte aussi sur la poésie de Lounis. Intitulé ‘’Ballade avec Aït Menguellet’’,  l’ouvrage n’a pas de prétention universitaire ; sous forme de chronique intimiste, il savoure et fait savourer quelques aspects de la poésie lounisienne que l’auteur à éclectiquement placés dans le décor du terroir, la Kabylie.

C’est à une œuvre plus profonde, animée par le souci de pénétrer le sens de la chanson de Lounis, que nous avons affaire avec le livre de Moh Cherbi et Arezki Khouas publié par les éditions ‘’Paris- Méditerranée’’ en 1999 sous le titre ‘’Chanson kabyle et identité berbère : l’œuvre d’Aït Menguellet’’.  Après une ‘’Tazwart’’ (présentation) en kabyle, les auteurs ont subdivisé le livre en trois chapitres (le contexte social, politique et culturel- histoire de la chanson kabyle- l’œuvre d’Aït Menguellet). Le tout se termine par une conclusion et un entretien avec le chanteur. Les auteurs écrivent dans le ‘’préambule’’ :  » Notre ouvrage a pour ambition de contribuer à la sauvegarde et la diffusion d’un chapitre important de notre culture berbère, culture essentiellement orale qui a su se maintenir en dépit de multiples répressions au cours des siècles. Aujourd’hui, notre génération porte une lourde responsabilité : celle de sauver de l’oubli tout ce qui peut l’être encore, avant que la mort ne le happe, comme disait Mouloud Mammeri. Notre but est de permettre à un grand nombre de lecteurs, berbérophones ou non, de découvrir le rôle de la chanson kabyle contemporaine dans la sauvegarde de ce patrimoine séculaire « .

 

L’“intraduisible” et l’“inaudible”

 

Moh Cherbi et Arezki Khouas ont, eux aussi, dans la présentation des textes de Lounis, procédé à leur une classification thématique. Mais, ici, la répartition est plus proche de la vérité que celle que nous avons rencontrée chez Tassadit Yacine. Elle a, en plus, le mérite d’ajouter un autre volet qui a été complètement omis ailleurs, celui de la chanson philosophique. Il y a lieu, cependant, de relever que le poème ‘’Siwliyid tamacahut’’ est plutôt une grande métaphore politique qui décrit l’état d’un terroriste, repenti, qui, dans ses moments de lucidité retrouvée, voudrait revivre l’innocence que lui ont ravie ses commanditaires qui lui désignaient ses victimes. Le chapitre des poèmes philosophique s’est, bien sûr, renforcé d’une manière puissante avec l’album ‘’Yennad Umghar’ ’sorti au début de 2005.

« Comment interpréter une poésie aussi complexe sans risquer de la “banaliser”, sans réduire la portée de son message ? Comment contrôler notre propre subjectivité, sachant l’emprise qu’exerce sur nous la poésie de Lounis ? Comment traduire “’intraduisible”, “l’inaudible” sans trahir la profondeur de la pensée du poète ? ». Telles sont quelques questions que les deux auteurs n’ont pas manqué de se poser.

Le résultat de tant de préoccupations est un travail d’une remarquable qualité qui ne demande qu’à être renforcé et poursuivi par d’autres auteurs en actualisant le contenu du livre par les nouvelles productions de l’auteur et en approfondissant l’étude des thèmes philosophiques dans les poèmes de Lounis – qui se retrouvent même dans les chanson des années 1970 – et des aspects universels de son œuvre.

En 2003, l’universitaire M’hammed Djellaoui a publié aux éditions ‘’Pages Bleues’’ un ouvrage intitulé “L’Image poétique dans l’œuvre de Lounis Aït Menguellet’’ qui est une traduction d’un livre qu’il a publié la première fois en arabe. L’étude, qui porte le sous-titre “Du patrimoine à l’innovation”, est une tentative de dégager une ‘’poétique’’ dans l’œuvre d’Aït Menguellet selon des canons plutôt universitaires. L’auteur résume en deux point l’ambition de son étude : mettre en relief “la relation créative entre les œuvres du poète et l’apport patrimonial riche et diversifié de son environnement qui donne une profondeur et une authenticité à son expérience poétique’’, et “son ambition innovatrice visant le développement du texte poétique amazigh ainsi que son enrichissement par des dimensions sémantiques et figuratives qui le hisse au rang des textes poétiques des littératures universelles contemporaines’’. Le livre se subdivise en deux grands chapitres : l’image patrimoniale chez Aït Menguellet (mythes, légendes, contes populaires, adages, croyances, valeurs et principes) et l’innovation dans la figuration (figurations romantique et symboliste). Des extraits de poèmes (en kabyle et en français) illustrent les différents thèmes abordés.

C’est une étude originale qui s’appuie sur les acquis de la rhétorique et de la sémiotique et qui gagnerait à englober d’autres poètes kabyles contemporains dans un but d’étude comparative. En tout cas, malgré la discipline universitaire que s’est imposée l’auteur, la lecture de ce livre nous fait découvrir des facettes insoupçonnées de l’élaboration poétique chez Aït Menguellet.

Un autre livre, publié en 2008 aux éditions MKP, est écrit par Belkacem Saadouni où il présente, sur 442 pages, la traduction en arabe des chansons d’Aït Menguellet de 1967 à 2007. Saadouni, un ancien inspecteur de l’éducation originaire de la Kabylie des Bibans (wilaya de Bordj Bou Arréridj, s’investit dans un travail peu sollicité, à savoir la traduction du kabyle à l’arabe. C’est une première qui a été favorablement accueillie par les médias. Il reste le travail de la critique qui est censé se prononcer le degré de ‘’fidélité’’ au texte original et sur le rendu du sens.

 

Porteurs de valeurs :  une analyse originale

 

 L’étude de Farida Aït Ferroukh portant le titre : « Situation d’impasse et agents de la culture »,  qui fait partie d’un ouvrage collectif  intitulé « Algérie, ses langues, ses lettres, ses histoires » publié par les Editions du Tell en 2002 examine le ‘’statut’’ de deux hommes, personnages mêlés à l’histoires tourmentée de la Kabylie et qui en sont en même temps les symboles emblématiques. Il s’agit de Cheikh Mohand Oulhocine et Aït Menguellet.

L’auteur met en relief la situation d’impasse- au sens social, culturel et psychologique- qui caractérise les deux périodes respectives où ces personnages ont émergé. Ils sont des “figures du sens” dans les situations de blocage et d’apparente aporie. « En effet, souligne l’auteur, si l’on considère l’histoire de la Kabylie, on remarque qu’elle déploie, face aux bouleversement de toutes sortes, un mécanisme de défense en hissant à chaque époque un agent à la mesure de la situation. Le travail de ce dernier consiste à annuler une situation d’anomie ou du moins à la bloquer. Une fois sa précellence établie, cet agent qui revêt un statut précis à travers les siècles : guerrier, saint , chanteur… a pour tâche un ensemble d’opérations patientes dont l’objectif est de neutraliser chaque brèche (…) L’amusnaw, c’est donc cet intellectuel du groupe qui a pour lourde tâche d’en porter les aspirations et l’idéal. Tout comme il a pour devoir de puiser dans la mémoire active et de la nourrir à son tour. C’est dans cet éclairage qu’il faut replacer l’insistance de leurs contemporains auprès de Cheikh Mohand Oulhocine et de Aït Menguellet pour qu’ils interviennent. Figures de relais du récit généalogique, ces agents qui surgissent à chaque époque et à chaque impasse sont porteurs de la Voix, celle du refuge utérin, (Taqbaylit), articulant par-là même l’être-présent avec l’être-passé ».

D’autres tentatives de traduction ont été effectuées en arabe. L’une d’elles a été publiée en 2007. Il est pour le moment ardu et prématuré de porter un jugement sur la qualité du travail en l’absence d’un regard critique qui serait jeté par des personnes ou des instances qualifiées. Il n’en demeure pas moins que l’entreprise en elle-même constitue une avancée originale dans le domaine qu’il y a lieu d’encourager.

Au vu de l’importance et de la dimension de l’œuvre d’Aït Menguellet, qui continue à alimenter la culture kabyle et algérienne de son verbe magique, le travail de décryptage, d’analyse, de traduction et de vulgarisation vient à peine de commencer. Cette entreprise réclame compétence et honnêteté intellectuelle. Les premiers travaux que nous venons de citer ont placé quelques jalons pour une recherche plus étendue, plus étoffée et plus approfondie donnant leurs lettres de noblesses aussi bien à l’acte de traduction qu’à celui de l’analyse des textes.

A. N. M.

iguerifri@yahoo.fr

source: dépêche de kabylie

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le colonel Houari Boumédiène et tamazight

Posté par algeriedemocratie le 28 octobre 2009

le colonel Houari Boumédiène et tamazight dans histoire(16) Houari%20Boum%C3%A9di%C3%A8ne le colonel Houari Boumédiène,

 

Fervent partisan d’un socialisme autoritaire, le colonel Houari Boumédiène, à la faveur d’un coup d’État le 19 juin 1965, mit en place un pouvoir autocratique avec l’aide de l’armée et de la redoutée Sécurité militaire. Sur le plan intérieur, l’ère Boumédiène fut celle des nationalisations des secteurs importants de l’économie. C’est sous son régime que commencèrent les premières campagnes d’arabisation dans l’«Algérie nouvelle».

Rappelons que Boumédiène avait reçu son instruction presque exclusivement en arabe classique dans les écoles coraniques de la région de Guelma, la médersa El Kettani (Constantine), et dans les universités théologiques de la Zitouna (Tunisie) et d’al-Azhar (Égypte), un haut lieu du fondamentalisme musulman. De ce fait, il n’a jamais pu se libérer de l’emprise de la religion et de l’arabe coranique.

L’arabisation devint l’«option fondamentale de l’Éducation nationale». Le président Boumédiène  avait été très clair sur ce sujet :

« L’enseignement, même s’il est d’un haut niveau, ne peut être réel que lorsqu’il est nationale, la formation fût-elle supérieure, demeure incomplète, si elle n’est pas acquise dans la langue du pays. Il peut même constituer un danger pour l’équilibre de la nation et l’épanouissement de sa personnalité. Il peut également engendrer des déviations qui risquent d’entraver une saine et valable orientation. » Toutefois, «la langue du pays» dont parlait Boumédiène n’était pas l’amazigh, mais l’arabe de la tribu Quraychite d’Arabie saoudite à l’époque du prpophéte que personne ne parlait en Algérie!

 

 Boumédiène avait même déclaré en novembre 1968:

‘ »L’arabisation ne peut être réalisé avec le seul concours de l’État. D’autres efforts doivent émaner également de l’élite arabisée [...]. Les mosquées sont à la disposition de ces élites pour alphabétiser et inculquer l’arabe aux adultes« .

La politique d’arabisation suscita de profondes tensions dans la population. Celles-ci aboutirent à des heurts parfois violents entre les étudiants, comme en mai 1975, à Alger et à Constantine. Des professeurs irakiens vinrent enseigner dans les universités. Mais l’arabisation décidée par le président Boumédiène (dès l’indépendance) continua inlassablement. En 1976, ce fut l’arabisation de l’affichage avec les noms de rues et des plaques d’immatriculation. Puis le vendredi fut déclaré «jour de repos hebdomadaire» à la place du dimanche. Mais les Amazighs furent, parmi les Algériens, ceux qui s’opposèrent le plus à l’arabisation. Leur résistance s’exprima dans l’usage exclusif de l’Amazigh et du français dans tous les lieux publics, que ce soit dans les cafés, les hôtels, les restaurants et les bureaux administratifs. Le 10 décembre 1976, Houari Boumédiène, candidat unique à la présidence, fut réélu avec 99 % des voix.

Par la suite, Boumédiène mit la pédale douce à l’arabisation. Il fit même appel à Mostefa Lacheraf pour sauver l’école algérienne. De culture à la fois arabe et française, cet historien et essayiste était à l’époque un critique presque solitaire (et considéré aujourd’hui comme un visionnaire) d’une «arabisation» forcenée de l’enseignement. Il s’était souvent opposé à Ben Bella et croyait que la religion pourrait éventuellement jouer un rôle néfaste dans la société algérienne:

« Premièrement, l’islam porte en lui le poids des valeurs propres à une civilisation rurale archaïque et son intégration à l’idéologie politique peut servir de frein à la modernisation du pays. Deuxièmement, les forces conservatrices vont s’appuyer sur la religion pour perpétuer des moeurs rétrogrades en ce qui concerne la famille, la condition féminine et les rapport dans la société« .

Trois décennies plus tard, ces prévisions paraissent d’une justesse remarquable, mais à l’époque elles pouvaient bouleverser les dogmes de l’oligarchie algérienne toute orientée sur le panarabisme et le Proche-Orient. Certains prétendirent que le président était plus sensibilisé aux tensions provoquées par l’arabisation, d’autres crurent que des rapports inquiétant sur la qualité de l’éducation lui étaient parvenus. Enfin, il est probable que le président, affaibli par la maladie, n’avait plus la force de soutenir fermement sa politique d’arabisation. Le 27 décembre 1978, la mort de Boumédiène mit un terme à cette «pause» dans l’arabisation. Cela dit, l’ère Boumédiène avait permis à la couche «arabisante» de la population de «profiter» de l’arabisation afin de prendre le contrôle de leviers importants en Algérie, tels que l’éducation et une partie de l’administration.

 

En 1976, Le président Boumédiène confisquera (en 1976) le Fichier Amazigh qui contenait un ensemble de publications sur des recherches Amazighes écrites en alphabet latin


Les années de plomb de Boumédiene

22 Juillet 1969 :
A l’ouverture du premier Festival culturel panafricain à Alger, le président Houari Boumediene dans son discours rappelle aux Africains que « longtemps contraints de nous taire ou de parler la langue du colonisateur, c’était un devoir essentiel et premier que de retrouver nos langues nationales, les mots hérités de nos pères et appris dès l’enfance. » Il reconnaît « qu’il n’y a pas de langue qui, au départ, soit plus apte qu’une autre à être le support de la science et du savoir… »

Le pouvoir de Boumediene interdit à la chanteuse et romancière berbérophone Taos Amrouche ainsi qu’à d’autres chanteurs berbérophones de représenter l’Algérie à ce même festival.

Amère, Taos Amrouche écrira une tribune « en marge du festival » dans le journal le Monde (ce qui vaudra à celui-ci avec les articles sur le procès de Krim Belkacem, près d’une année d’interdiction !). Néanmoins, Taos Amrouche se produira au moins une fois à la fin juin 69 à la Cité Universitaire de Ben Aknoun grâce à l’invitation du « cercle d’études berbères » qui y fonctionna avec plus ou moins de bonheur entre 68 et 70, appuyé par le comité de gestion de la cité.

 

1970 :
Les pressions du gouvernement algérien aboutiront à faire supprimer complètement l’émission en kabyle de Radio-Paris, alors qu’historiquement il n’y a jamais eu autant de berbérophones en France !

A la chaîne kabyle de Radio-Alger, on notera que les reportages sportifs réalisés en direct des stades jusque-là en kabyle seront supprimés et assurés désormais par un relais de la chaîne en arabe. De la même façon on assiste unilatéralement au passage fréquent de disques en arabe sur la chaîne kabyle, alors que la réciproque sur la chaîne arabe ou mieux à la télévision n’est pas assurée (une chanson tous les trois à six mois au plus à la TV !).

15 Janvier 1971 :
Le cercle d’études berbères et l’UNEA (Union Nationale des Étudiants Algériens) sont dissous par le pouvoir de Boumediene après de nombreuses manifestations, grèves et l’arrestation de plusieurs étudiants pour « menées subversives ».

1972 :
La célèbre chorale féminine kabyle du lycée Amirouche de Tizi-Ouzou (ayant obtenu les premiers prix au Festival de la chanson populaire), se verra contrainte par le proviseur et les autorités locales à chanter une grande partie de son répertoire en langue arabe.

Si Mohamed Baghdadi (directeur des sports) propose une réforme du sport mettant en place « la commune sportive de base » et il prétend aussi lutter contre le régionalisme et pour l’arabisation : il obtient ainsi la transformation de la JSK (Jeunesse Sportive de Kabylie) en JSK (Jamai Sarrii al Kawkabi).

Mai-Juin 1972 :
Un groupe de militants de la cause berbère suggère la création d’un enseignement de la langue berbère à l’Université Paris VIII (Vincennes). Cette initiative donne naissance au Groupe d’Études Berbères (G.E.B). L’enseignement de la langue berbère ne sera effectif qu’à partir du 29 janvier 1973 quand l’Université Paris VIII décide sa création.

1973 – 1974 :
On assiste à la suppression définitive de la chaire de l’université d’Alger. Mammeri ne semble alors mener qu’un vague combat d’arrière-garde. En tout cas, la suppression s’est passée « en douceur ». La discipline « ethnologie » disparaît de l’Université dans le cadre de la RES de 71 mise progressivement en application et l’enseignement du berbère n’est prévu dans le cadre d’aucun des modules des nouvelles licences de lettres ou de langues

La chanson kabyle connaît un essor qualitatif très important et une production intense. Face aux multiples interdictions de l’enseignement et de l’écriture du berbère, il ne reste plus que la chanson comme moyen d’expression et de revendication. Durant cette année des étudiants comme Ferhat Mehenni et tant d’autres créent le groupe « Imazighen Imoula » (Les berbères du nord). A l’initiative d’Amar Mezdad, d’autres étudiants kabyles créent à leur tour le groupe « Lazouq » où se retrouvent Sid Ahmed Abderrahmane, Mokrane Ghozlane, Ali Ouabadi et Idir. Mais c’est ce dernier qui, à travers sa chanson « baba Inouba », donnera un nouveau souffle à la chanson kabyle et lui permettra de s’internationaliser.

Les thèmes de la chanson kabyle de ces débuts des années 1970, sont essentiellement axés sur la revendication identitaire et culturelle berbère, la liberté d’expression et la situation de la femme. On ne chante plus seulement les thèmes de l’amour, l’émigration et la religion. La chanson kabyle désormais « interroge, démontre, critique, propose, dénonce, loue, affronte, polémique et provoque ». La politique d’oppression est le plus important leitmotiv.

Face à son engagement, cette chanson, qui véhicule un discours radical et parfois virulent envers le pouvoir en place, connaîtra la répression et vivra dans la clandestinité. Ses interprètes seront successivement arrêtés ou marginalisés.

Juin 1974 :
La fête des cerises à Larbaa Nait Irathen se termine très mal puisque la police et les gendarmes n’ayant pas suffi à contenir les manifestants, on fera appel à l’armée pour les réprimer durement. La foule était mécontente en raison du remplacement de plusieurs chanteurs kabyles par des improvisations de chanteurs en arabe.

Cette même fête des cerises sera d’ailleurs interdite l’année suivante

Novembre 1974 :
Amar Ouerdane fonde l’Association socio-culturelle berbère de Montréal (Canada) dans le but de faciliter l’adaptation des immigrants algériens berbérophones en milieu québécois et canadien et aussi de diffuser le patrimoine berbère.

1974-1975 :
L’interdiction est faite à l’état civil d’enregistrer les prénoms autres que musulmans, ceux-ci faisant l’objet d’une liste exhaustive. C’est toute une série de prénoms berbères qui en fait les frais.

Juillet 1975 :
Juste après la fin de l’année scolaire, la répression s’abattait sur la Kabylie. Arrestation de plusieurs étudiants lycéens et autres personnes militant pour la culture amazigh.
Dans la région de Larbaâ Nath Irathen, Salah AGAG, Madjid BOUMEKLA, Mohand HAMAZ, Brahim KOLI et Mouloud MOSTEPHAÏ ont été arrêté sous le chef d’inculpation « d’atteinte à la sureté de l’Etat » par la police du Pouvoir dictatorial de Houari BOUMEDIENE et ont purgé 5 mois de prison à la maison d’arrêt de Tizi-Ouzou. Leur défense fut assurée par Maître BOUZIDA. Au premier procès, le tribunal de Larbaâ Nath Irathen déclara son incompétence.
Début Décembre 1975, le même tribunal rejuge l’affaire. Certains inculpés ont écopé de 10 mois de prison dont 6 avec sursis. Le procureur insatisfait du résultat fait appel. Le procès fut rejugé au tribunal de Tizi-Ouzou. La sentence était plus lourde : deux ans de sursis, 1000 dinars algériens d’amende et interdiction de passeport donc de quitter le territoire algérien.

5 Janvier 1976 :
Mohamed Haroun, militant berbériste et fils de chahid est arrêté par la Sécurité militaire à Alger pour avoir posé une bombe au tribunal militaire de Constantine. Cette bombe a été désamorcée à temps.

C’est aussi le cas de Lounès Kaci et de Hocine Cheradi qui ont posé une bombe au siège du quotidien « El-Moudjahid » à Alger et de Mohamed Smaïl Medjeber qui a posé une bombe au tribunal militaire d’Oran le 3 janvier avec la complicité de Daniel Paul, de Salby Jay et d’André Noël Cherid. Le choix des cibles est très significatif : El-Moudjahid connu pour son aversion pour la question de tamazight, les tribunaux militaires où la répression est assez symbolique, (…) la chaîne de télévision un des outils les plus monstrueux de la répression ».

Ces poseurs de bombes sont accusés de trahison, d’atteinte à la sûreté de l’Etat, de complicité, de trafic de devises et de jets d’explosifs. Ils sont condamnés par le tribunal de Médéa le 2 mars 1976. Trois peines capitales, deux condamnations à perpétuité et d’autres peines allant de dix à Vingt ans de prison.

16 Avril 1976 :
« Journée du savoir » – Yaoum El-Ilm. Journée commémorative de la mort en 1940 du cheikh Abdel-hamid Ben-Badis président de l’Association des Oulémas Algériens. Le chef de l’État dans une ordonnance, publiée au JORA le 23 avril 1976, définit l’organisation de l’éducation et de la formation.

Après avoir défini la mission du système éducatif qui s’inscrit dans le cadre « des valeurs arabo-islamiques et de la conscience socialiste », l’enseignement est assuré en langue nationale à tous les niveaux d’éducation et de formation et dans toutes les disciplines.

La mission de l’école fondamentale est de dispenser aux élèves « un enseignement de langue arabe leur permettant une maîtrise totale de l’expression écrite et orale ; cet enseignement, qui est un facteur important de développement de leur personnalité, doit les doter d’un instrument de travail et d’échange pour se pénétrer des différentes disciplines et pour communiquer avec leur milieu ».

L’arabisation porte aussi sur l’enseignement préparatoire qui est dispensé « exclusivement en langue arabe ».

Cette ordonnance met fin d’une manière très claire aux espoirs et aux attentes des berbéristes et des berbérophones. Tamazight est ainsi mise à l’écart et exclue de l’école. Le choix de l’État algérien est désormais fait. L’arabisation est décrétée.

Cette décision des plus hautes instances de l’État engendre un mépris jamais égalé dans les milieux berbérophones et surtout en Kabylie. La revendication se radicalise. Les contestations s’enveniment après la promulgation de la Constitution et de la Charte nationale qui renforcent l’arabisation et la définition de l’Algérie comme nation arabo-islamique. La répression s’abattra aussi sur les berbéristes.

Mai – Juin 1976 :
Lors des débats sur la Charte nationale les étudiants militants berbéristes diffusent un document de 50 pages.

A ces débats, les jeunes militants berbéristes ont pris part en masse. Sept cent vingt (720) prises de parole sont semble-t-il décomptées dans Alger. Ainsi la revendication culturelle et identitaire berbère connaît une ampleur importante. Elle se pose désormais dans des débats publics. Malgré cette « tolérance » le pouvoir utilise la répression.

Après une intervention dans une salle de cinéma à Alger, l’étudiant et chanteur kabyle Ferhat Mehenni est arrêté pour la première fois par la Sécurité militaire. Ces interventions ont sans doute permis aux services de sécurité de mettre à jour leurs fichiers concernant les berbéristes et opposants à la politique culturelle du pouvoir.

27 Juin 1976 :
La Charte nationale est adoptée par référendum. Ce document qui est un texte national fondamental définit l’Algérie comme étant une partie intégrante de la nation arabe.

« Le peuple algérien se rattache à la patrie arabe, dont il est un élément indissociable » (…) » L’Algérie n’est pas une création récente. Déjà sous Massinissa, fondateur du premier État numide, et de Jugurtha, initiateur de la résistance à l’impérialisme romain, s’était dessiné le cadre géographique et commençait à se forger le caractère national ». (…) « A ces deux caractéristiques principales se sont ajoutés progressivement à partir du 7e siècle les autres éléments constitutifs de la Nation Algérienne, à savoir son unité culturelle, linguistique et spirituelle (…) ». On peut affirmer, ajoute le texte de la Charte nationale, « que ces différentes périodes de notre histoire ont constitué un creuset où se sont fondus intimement les brassages ethniques, les apports de toutes sortes, comme les créations nouvelles du génie national, tout cela pour aboutir à une expression originale de la personnalité arabo-musulmane de notre peuple… ».

La politique culturelle s’attellera, selon la Charte, à concrétiser un projet des plus urgents : la généralisation de l’utilisation de la langue arabe qui « est un élément essentiel de l’identité culturelle du peuple algérien. On ne saurait séparer notre personnalité de la langue nationale qui l’exprime. Aussi, l’usage généralisé de la langue arabe, et sa maîtrise en tant qu’instrument fonctionnel, est une des tâches primordiales de la société algérienne au plan de toutes les manifestations de la culture et à celui de l’idéologie socialiste ».

Le choix de la langue arabe est fait. Il est irréversible. « Il ne s’agit nullement de choisir entre la langue nationale et une langue étrangère. Le problème du choix étant dépassé et irréversible, le débat sur l’arabisation ne peut porter, désormais, que sur le contenu, les moyens, les méthodes, les étapes, la conception générale d’une langue ».

Tout en dénonçant l’étouffement de la culture algérienne, l’uniformisation, le totalitarisme culturel, le PRS (Parti de la Révolution Socialiste), pour qui la langue arabe doit être la langue nationale, critique sévèrement le pouvoir algérien qui reste silencieux sur la question berbère dans les textes de la Charte nationale de 1976.

« Sur la question berbère, la Charte ne dit pas un mot. Voila donc un texte qui se présente comme national et qui évacue complètement un problème auquel sont sensibles des millions d’Algériens. (…) Or la langue berbère existe. C’est la langue maternelle d’une partie des Algériens. Elle doit être reconnue, préservée et développée comme partie intégrante de notre patrimoine national. Son enrichissement, son passage à la forme écrite, son enseignement, sa diffusion doivent être garantis. ».

Ainsi le PRS, avec à sa tête Mohamed Boudiaf, est le premier parti politique algérien à se prononcer en faveur de la question berbère.

27 Juin 1976 :
Mohand Cid Ali-Yahia dit Rachid, ancien acteur important dans la crise dite berbériste de 1949, lance le Front Uni de l’Algérie Algérienne (F.U.A.A.) en France. Fidèle à son combat des années 1940 pour l’Algérie algérienne, Rachid Ali-Yahia, par son mouvement d’opposition au régime de Boumediene, renouvelle son combat pour l’identité algérienne et la question linguistique et culturelle.

Ce front n’aura qu’une faible influence en Algérie. Quelques-uns de ses militants seront arrêtés en mars 1980.

Été 1976 :
Pour avoir tiré des textes littéraires en Tifinagh sur ronéo et aussi pour avoir été abonnés au bulletin de l’Académie berbère (Agraw imazighen) de Paris, deux cents (200) jeunes de la région de Larbaa Nath Irathen sont arrêtés et emprisonnés. Ils seront, pour quelques-uns, condamnés jusqu’à 18 et 24 mois de prison.

Afin de porter le coup de grâce à l’édition berbère en Algérie, le Fichier de Documentation Berbère (F.D.B) tenu depuis 1946 par le Père Jean Marie Dallet est mis sous scellés par le pouvoir de Boumediene.

Ce Fichier est considéré comme source exceptionnelle de documents concernant l’étude de l’histoire, de l’ethnographie, de la littérature, de la linguistique des communautés berbérophones de Kabylie, du Mzab et de Ouargla. Ce fichier était au début un périodique mensuel, puis bimestriel, pour devenir à partir de 1955 trimestriel. On y trouve des monographies de villages de Kabylie, des études sur l’Islam, les croyances et superstitions, la sagesse populaire, la vie quotidienne, la zoologie, la botanique et la culture matérielle..

19 Juin 1977 :
Lors du match final de la coupe d’Algérie de football opposant la Jeunesse Sportive de Kabylie (JSK) et le Nasr de Hussein-Dey (NAHD), les spectateurs kabyles scandent des slogans hostiles au président Boumediene, présent dans la tribune officielle, et au régime tels que : « JSK imazighen », « la langue berbère vivra », « à bas la dictature », « vive la démocratie »…

La retransmission en direct de cette rencontre à des milliers de téléspectateurs révèle au peuple algérien l’expression d’un mécontentement et d’une contestation ouverte et radicale d’une population d’une région du pays, qui souffre d’une marginalisation identitaire et culturelle…

Septembre 1977 :
A la suite de la manifestation en juin 77 à la finale (remportée par la JSK) de la coupe d’Algérie, une nouvelle réforme du sport est adoptée consacrant définitivement les ASP, c’est-à-dire le sport corporatif avec des joueurs semi-professionnels d’entreprises. La JSK devient Jamaia Electronic Tizi-Ouzou, JET intégrée à la Sonelec.

Le ministère de l’Enseignement supérieur décide de l’ouverture du centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O.) où se retrouvent les cadres de la région et qui se mêlent au mouvement estudiantin pour la prise en charge de la revendication identitaire. Le C.U.T.O. verra le regroupement des étudiants kabyles jusque là éparpillés sur divers instituts de la capitale.

Ce centre universitaire connaîtra des mouvements de grève non connus à l’époque en Algérie.

L’ouverture du CUTO permettra aussi la circulation d’une documentation dite clandestine tels que les ouvrages de l’historien algérien Mohamed Harbi, les revues berbères de l’ACB et de l’Académie berbère, édités en France et diffusés sous le manteau en Algérie.

On assiste à l’interdiction par le Wali de plusieurs chanteurs comme Idir, à Tizi-Ouzou sous prétexte d’absence de salle suffisante pour contenir les spectateurs et garantir la sécurité.

Novembre 1977 :
La direction du PRS met en place une cellule de réflexion pour étudier le dossier berbère et élaborer des propositions concrètes en direction des groupes berbéristes.

28 Novembre 1978 :
Ait Ahmed, secrétaire général du FFS, dans une déclaration, demande la reconnaissance de la « langue berbère comme langue nationale au même titre que la langue arabe ».

10 Décembre 1978 :
Des armes en provenance du Maroc sont parachutées à Cap-Sigli dans la wilaya de Béjaia en Kabylie, pour un éventuel soulèvement armé contre le régime de Boumediene, dix sept jours avant sa mort. Le groupe initiateur est arrêté par la sécurité militaire, « prouvant » et montrant ainsi l’échec d’une « tentative kabyle » de renversement du régime.

En réalité cette affaire est connue dès le départ par la Sécurité militaire qui avait infiltré le groupe contestataire composé de personnalités historiques, comme Mohamed Benyahia, Ferhat Abbas, Belarbi, Boudjeloud, Ahmed Kadri. Ils seront traduits en justice à l’exception de Ferhat Abbas. Ils seront condamnés par le tribunal militaire de Blida à des peines allant jusqu’à 12 ans de prison.

Cette affaire est exploitée par le pouvoir pour discréditer les berbéristes, qui n’avaient aucune relation avec celle-ci. Il montre du doigt le « danger berbériste » en des termes à peine voilés, ces « anti-nationalistes, soutiens du Maroc et du néo­colonialisme ».

25 Décembre 1978 :
Ait Ahmed dira à propos de la question berbère, qu’ « il s’agit d’un problème de survie, pour une langue, une culture combattues par le colonialisme et auxquelles l’indépendance n’a pas offert de chance. Ce n’est pas en ignorant le problème qui concerne un Algérien sur trois qu’on le résoudra. Il faut le prendre en charge dans l’intérêt de la collectivité nationale et de son unité ».

Le chanteur populaire kabyle Lounis Ait Menguellet est interdit de se produire à l’Université.

Mars 1979 :
Dans son « Avant-projet de plate-forme politique le FFS se prononce sur la question berbère. Il y est notamment écrit : La langue berbère a droit de cité dans la cité berbère, droit inaliénable que le colonialisme intérieur, pas plus que le colonialisme étranger, ne peut proscrire. Elle doit être officialisée et développée comme langue nationale, elle doit bénéficier de la part de l’état de l’égalité de traitement qui lui permette de rattraper le temps et le terrain perdus depuis l’indépendance.(…) Seuls les apprentis obscurantistes et les larbins mercenaires voudraient encore opposer la langue arabe et la langue berbère.

Interdiction au Centre universitaire de Tizi-Ouzou d’une pièce de théâtre, adaptation en kabyle de la guerre de 2000 ans de Kateb Yacine.

Des demandes successives d’enseignement du berbère à Alger, puis à Tizi-Ouzou, tour à tour, sont rejetées sans aucun motif explicite.

17 Octobre – 13 Novembre 1979 :
Troisième grève des étudiants du CUTO depuis l’inauguration du centre universitaire en 1977. Ils posent notamment le problème de la représentation des étudiants dans l’instance universitaire.

Crédits : © Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

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AIT MENGUELLET : « J’ACCUSE ! »

Posté par algeriedemocratie le 2 septembre 2009

AIT MENGUELLET : « J’ACCUSE ! »

« N’en déplaise aux mauvaises langues, je ne suis inféodé à aucune entité, quelle qu’elle soit, ni à aucun personnage, puisse-t-il être président d’une association, d’un parti ou même de la République », a répondu le chanteur Aït Menguellet, ferme, à ses détracteurs.

Aït Menguellet : lettre ouverte aux miens

j’adresse cette lettre aux miens pour que ceux qui font du scandale leur pain quotidien ne croient surtout pas qu’elle (la lettre) constitue une quelconque justification à leurs yeux. Non, ce serait leur faire trop d’honneur en leur accordant une importance qu’ils n’ont pas et qu’ils n’auront certainement jamais. Ceux-là qu’ils croupissent dans leur fange jusqu’à la fin de leur insignifiante existence. Ma lettre s’adresse aux miens, c’est-à-dire les gens lucides, pondérés, responsables et qui ont une conception noble et juste de la liberté, aussi bien d’expression que d’action de leurs semblables. Cette lettre s’avère indispensable à plus d’un titre. D’une part, au vu des attaques injustes dont je suis victime, j’ai le devoir de me manifester pour satisfaire ceux qui attendent de moi certaines réponses. D’autre part, la dérive, la déformation et l’amplification des faits par une certaine presse ont imposé le besoin urgent de ramener les faits à leurs justes proportions. Je commencerai par l’événement par lequel la croisade a commencé, en essayant de le situer dans son véritable contexte. Il s’agit, bien sûr, de ma présence au meeting du président à Tizi-Ouzou et des fameux applaudissements. D’abord le contexte du moment : le nouveau président, quoi qu’on dise maintenant, était perçu par la majorité comme une chance de remettre le navire « Algérie » à flot. Il avait réussi à gagner la sympathie de tous ceux qui espéraient une issue heureuse à la situation inextricable où se trouvait le pays. Aller donc au meeting de Tizi-Ouzou ne présentait aucun caractère insolite. J’y étais et personne dans toute la foule que j’ai côtoyé n’était étonné de me voir. Invitation, curiosité, espoir… tout concourait à ce que je ne rate pas ce meeting. Arrive l’épisode des applaudissements : de mon point de vue, il est tout à fait normal et correct de recevoir, d’écouter et d’applaudir l’opinion de quelqu’un sans pour autant l’approuver. Applaudir, dans ce cas, relève de la simple correction et du respect de l’autre, libre ensuite à chacun d’approuver ou de désapprouver les propos tenus. Chacun fonctionne selon sa conception de la conduite à tenir en de pareilles circonstances. Je n’avais pas à adopter une attitude qui plairait mais qui ne serait pas la mienne. (A ce propos, à ceux qui m’ont sorti la chanson Akwen Ixdee Rebbi pour m’accuser de contradiction, je demande d’écouter Lxuga an ccdeh, et ils auront une autre lecture de ma conduite). Toujours concernant le meeting, il me semblait qu’introduire la question amazighe ce jour-là était faire peu de cas d’une question aussi sérieuse, aussi grande. C’était la ramener à la dimension d’un problème pouvant se poser et se régler de façon anodine au cours d’un rassemblement axé sur une tout autre question, en l’occurrence la concorde civile. A mon avis, la seule chose qui pouvait être faite ce jour-là concernant tamazight, étant d’obtenir du président un rendez-vous pour la tenue d’un autre meeting qui ne concernera que tamazight seule. Là, c’était donner au problème sa véritable dimension. Ceci est juste un point de vue. Arrive l’épisode de la présidence d’honneur d’une association de citoyens. Après l’annonce du fait par un journal qui a rapporté fidèlement l’information, un autre journal, dont je n’arrive pas à comprendre l’animosité à mon encontre, s’est mis à amplifier et surtout à déformer insidieusement l’information au jour le jour, jusqu’à en faire un événement démesuré. Jugez-en : il avait commencé par écrire que j’ai été nommé président d’honneur par le responsable de l’association, pour finir, ces derniers jours, par écrire que j’ai été nommé à la tête de cette association par le président. Je vous laisse deviner le sous-entendu. Volonté de nuire ou mépris du lecteur ? Les deux sans doute. Alors, il me semble indispensable de faire une mise au point définitive à propos de cette question avant que ce fameux journal n’invente Dieu sait quoi encore. Voici la véritable version dans toute sa banalité : ayant appris la naissance d’une association à caractère apolitique, j’ai été contacté au téléphone par son responsable de Tizi-Ouzou. Je ne le connaissais pas et il avait obtenu mon numéro de téléphone par un ami commun. Donc, ce responsable m’a appelé pour me demander mon soutien moral pour cette nouvelle association d’aide à la promotion à la défense du citoyen. L’association étant, je le répète, à caractère apolitique, j’ai accepté la proposition d’être membre d’honneur et non adhérent actif. A la veille de la tenue d’une assemblée au Théâtre Kateb Yacine, le responsable m’a de nouveau téléphoné pour m’inviter à assister à l’assemblée. J’ai décliné l’invitation, tout en confirmant un soutien de principe. Le lendemain, j’ai appris par la presse que j’ai été nommé président d’honneur, chose à laquelle je ne m’attendais pas du tout. Conclusion : je suis président d’honneur d’une association de citoyens de Tizi-Ouzou, dont je n’ai rencontré ni le président actif (je ne connais que sa voie au téléphone), ni les membres et encore moins la domiciliation. Même si je voudrais rendre une visite à cette association, je ne saurais pas y aller : je ne sais pas où elle se trouve. Ceci dit, si le programme de cette association vise réellement, comme il le prétend, le bien-être et la défense du citoyen, sans aucune coloration politique, je lui réaffirme mon soutien contre vents et marées. Si, par contre, son programme a des visées politiques, ce dont je n’ai aucune connaissance, je lui demande de retirer mon nom de sa liste des sympathisants. J’espère que la cause est claire. J’ajouterai ceci : n’en déplaise aux mauvaises langues, je ne suis inféodé à aucune entité quelle qu’elle soit ni à aucun personnage, puisse-t-il être président d’une association, d’un parti ou même de la République. Jaloux de ma liberté, je ne la négocierai contre aucun compromis ni avantage d’aucune sorte. Vivre simplement dans mon village parmi les miens, composer mes chansons sans contrainte d’appartenance politique quelconque, retrouver mon public à l’occasion de galas, aider les autres quand j’en ai la possibilité suffisent amplement à remplir ma vie. Voilà, mes chers miens, je vous devais cette lettre en toute sincérité. Je vous demande de l’accepter avec ses imperfections. Merci.

Lounis Aït-Menguellet

18/04/2000

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Lounis Aït Menguellet « Je n’ai jamais voulu être un symbole de quoi que ce soit »

Posté par algeriedemocratie le 2 septembre 2009

Lounis Aït Menguellet « Je n’ai jamais voulu être un symbole de quoi que ce soit »

La Nouvelle République : On fête aujourd’hui le 20e anniversaire du Printemps amazigh, qu’y a-t-il de changé depuis cet historique 20 Avril 80 ?

Lounis Aït Menguellet : C’est en effet une date qui intégrera la liste déjà longue des combats algériens. Le 20 Avril 80 a couronné des années de lutte non seulement pour la reconnaissance de l’amazighité de l’Algérie, mais aussi pour la démocratie.

Qu’a-t-il de changé depuis ?

Je ne peux vous répondre dans la mesure où je ne comprends pas grand-chose à tout ce qui se passe. Et quand je ne comprends pas quelque chose, je me méfie en attendant de trouver une explication, surtout en ce moment où je ne fais pas un geste sans qu’on lui colle un programme politique.

Et si l’on revenait justement à votre présence à ce fameux meeting du président de la République à Tizi-Ouzou. Elle en a dérouté certains…

Ma présence au meeting de Bouteflika n’a surpris que ceux qui ont voulu être surpris pour justement l’exploiter à des fins que j’ignore. Il faut se replacer dans le contexte du moment. Quoi qu’on dise aujourd’hui, le nouveau président était perçu par ceux-là mêmes qui lui tirent dessus aujourd’hui comme le sauveur. Ses discours militaient en sa faveur. Aller donc assister à son meeting ne pouvait avoir à mes yeux d’autres significations que la curiosité et l’espoir.

Mais alors et les applaudissements…

Je comprends que ce soit choquant pour certains, mais de mon point de vue, la démocratie est un atout. Elle doit être guidée par le respect d’autrui. Il me paraît tout à fait normal et correct de recevoir, d’écouter et même d’applaudir l’opinion de l’autre quand bien même elle n’est pas la nôtre. Applaudir dans ce cas est seulement une marque de correction et ne veut nullement dire que j’ai approuvé les propos du président.

Il faut comprendre qu’il s’agissait d’un sujet brûlant : tamazight…

C’est justement parce que c’est un sujet d’une grande importance qu’il devait être traité en conséquence. Le meeting de ce jour-là concernait le problème de la paix en Algérie. « Liquider » tamazight en quelques minutes c’est à mon sens mépriser une question capitale. Ce qu’on pouvait par contre obtenir du président c’est un rendez-vous pour la tenue d’un autre meeting qui ne concernera que tamazight seule. Là, on aurait donné au problème sa véritable dimension.

 Justement avec votre « lettre ouverte », vous avez fini par réagir à tout ce qui s’est dit à votre sujet…

Devant la persistance de certains journalistes à vouloir me coller gratuitement des étiquettes et surtout parce qu’on n’a entendu qu’un seul son de cloche, j’ai tenu par respect aux miens à apporter ma version des faits. Et ce n’est nullement une justification comme cela a été compris par la même presse qui veut faire d’Aït Menguellet le problème de l’Algérie au mépris du lecteur.

On a l’impression que vous avez une dent contre la presse…

Pas contre la presse, mais contre ceux qui me tirent dessus à longueur de colonnes sans daigner une fois demander mon opinion. Mon intervention d’avant-hier a mis à nu les visées de certains. S’il y a une presse qui s’en tient à sa mission d’informer, une autre, en mal d’inspiration et certainement pour se faire un nom sur mon dos, tente de m’entraîner dans une « guerre » qui servirait leur commerce de la félonie et de la division. Quand j’ai adressé ma lettre aux journaux, j’ai précisé qu’elle devait passer intégralement pour justement permettre aux lecteurs de prendre entièrement connaissance de mon point de vue. Malgré cela, au mépris de la déontologie, on ne s’est pas empêché de « manipuler » mes dires. Le journal L’Authentique pour ne pas le nommer est allé jusqu’à publier ma lettre d’envoi où je les ai priés de ne pas amputer mes propos. Je ne suis pas surpris de la part d’un journal venu tardivement à l’opposition, lui qui était au pouvoir depuis de longues années. Je reste néanmoins persuadé qu’au sein des journaux qui me prennent à partie, il y a des journalistes sensés qui comprennent les enjeux, mais il y a malheureusement d’autres inféodés à leur direction de crainte d’être mis à la porte. Ceux-là je les désigne du doigt car ils obéissent à une logique qui n’aurait jamais dû faire partie de leur métier. Contrairement à ces journalistes, je ne risque d’être mis à la porte de rien du tout. Qu’ils sachent que j’ai bonne conscience. La lettre adressée à mon public m’est venue du fond du cœur et je n’y changerai rien car elle est vraie. Je ne me suis pas fait d’illusion, je ne m’attendais pas à ce que mes détracteurs se taisent après ma lettre et ce que je viens de dire mettra sûrement de l’eau à leur moulin. Mais je veux qu’on sache une fois pour toutes que Lounis Aït Menguellet ne s’est à aucun moment culpabilisé parce que ce n’est pas aujourd’hui que l’on peut sans risque donner son avis que je changerai de convictions.

Il faut dire que c’est la rançon de la gloire. Vous vous appelez Aït Menguellet…

Et alors, je n’ai jamais postulé à un quelconque titre. Je n’ai jamais voulu être un symbole de quoi que ce soit. Il y a des idéaux à défendre et comme tout un chacun, je l’ai fait avec les moyens que j’ai. Le paradoxe c’est que justement ce sont ceux qui me distribuent des titres gracieusement qui tentent aujourd’hui de me donner en pâture à mon public. Et c’est en cela que réside la stratégie de ces gens : vous élever très haut pour mieux vous abattre. Alors qu’à mon avis, on n’est élevé que par ses actes.

Une bonne partie de votre œuvre nous décrit comme des gaspilleurs d’énergie, d’hommes et de talents ; Aqbayli, entre autres, a valu certains mécontentements…

Les mécontentements quand ils peuvent générer un débat fertile sont salutaires ; au-delà, je ne fais que constater et rapporter les dégâts toujours dans l’espoir qu’ils soient les derniers. Ceci dit, tout le monde est d’accord pour dire qu’il y a trop de réalités, de clans de querelles de second coutea. Il existe toujours un malaise entre nous et la réalité. Je crois qu’il faut par pudeur ou par culpabilité cacher un certain nombre de vérités. Nous avons raté beaucoup de nos rendez-vous avec nous-mêmes. Et le drame c’est que nous revenons sur nos pas pour nous plaindre.

C’est ce que vous dites dans nombre de vos chansons. Mais qui est responsable ?

Nous tous ; si ceux qui véhiculent, voire créent la zizanie et la polémique sont condamnables, ceux qui ne cautionnent pas, mais se taisent quand même sont tout autant condamnables. Parce qu’il faut savoir que le silence de ceux que l’on appelle la « majorité silencieuse » sert les objectifs de ceux qui veulent nous maintenir dans notre statut d’éternels combattants.

Glorifier le passé, vivre sur les pierres tombales, vous avez dénoncé cela bien avant l’hécatombe qui a frappé l’Algérie…

Attendez, la nostalgie du passé, l’évocation de nos faits d’armes, ce n’est pas inutile. Tout peuple a besoin de racines et de symboles et nous plus que les autres, mais la réponse au déclin, c’est de se tourner vers l’avenir. On doit mettre un trait sur « je mourrai pour tamazight ». Je mourrai pour l’Algérie. A mon avis, il faut vivre pour elle. L’histoire récente ou ancienne devrait servir à nous aider à modifier nos comportements quand c’est nécessaire. C’est une forme de suicide que de ne rien changer quand tout bouge.

Depuis quelques années, les événements politiques s’accélèrent. Votre public se plaît à vous « classer » un jour dans un parti, un jour dans un autre. Qu’en est-il au juste ?

C’est justement cela qui doit vous donner la réponse. Je ne me suis jamais détourné de ceux qui cherchent à apporter leur pierre au bien-être de ce pays où qu’ils se trouvent. Si je n’ai pas été embrigadé politiquement dans les années difficiles, ce n’est pas aujourd’hui que cela commencera. Je continuerai à être ce que j’ai toujours été.

Qu’est-ce que l’engagement pour vous ?

Pour moi l’engagement c’est de faire le mieux possible ce à quoi on est destiné. C’est d’être efficace à son « poste ». Et ce sont justement ceux qui n’ont pas de « poste » qui utilisent le plus ce terme.

Mzrigh afus sumeqyas, siwa ackal id tmerktayegh. Si c’en est une d’abord, nous croyons que c’est la seule allusion à votre « passage » en prison…

Ne me parlez pas de prison sinon vous donnerez à mes détracteurs encore une occasion pour trouver à redire…

Comment peut-on faire renaître la confiance ?

Vous demandez trop. Et puis j’ai fini par avoir peur des mots. On leur fait prendre des connotations que je ne maîtrise pas. Mais, ce qui me paraît sûr c’est qu’en servant l’intérêt général et desservant les intérêts particuliers souvent morbides, on peut se permettre déjà d’espérer. Et puis ou on est responsable et on devient maîtres de notre destin, ou on se fait prendre en charge par d’autres. C’est une question de choix.

Interview réalisé par Zahir Mahdaoui Copyright © 2000 Quotidien Algérien d’Information – La Nouvelle République . All Rights Reserved.

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L’après constitutionnalisation de tamazight

Posté par algeriedemocratie le 1 septembre 2009

L’après constitutionnalisation de tamazight

Par : Djaafar Messaoudi

 

Tout d’abord, afin de juger à sa juste valeur la mesure prise par le Chef de l’État lors de son discours du 12 mars 2002 et démesurément amplifiée par ses relais (médias lourds et certains politicards) dans le but d’apaiser les esprits et rendre possible la tenue de la mascarade électorale du 30 mai en Kabylie, nous  avons le devoir de préciser que la constitutionnalisation de tamazight langue nationale ne constitue en réalité qu’une infime avancée de la cause pour laquelle nous avons tant lutté et tant souffert ; le plus important pour tamazight a été intentionnellement  éludé. C’est-à-dire, si l’État avait eu la volonté de prendre sérieusement en charge la langue amazighe, il aurait fait suivre la mesure suscitée par d’autres encore plus urgentes et plus utiles pour notre langue, à savoir :

 

1 – L’officialisation de la notation consacrée par l’usage :

 

L’histoire de la notation à base latine remonte à plus de 150 ans. Depuis les premières années de l’invasion française de l’Afrique du Nord, des sociologues el des linguistes venus d’Europe et travaillant sous les ordres des autorités militaires sillonnaient les territoires berbérophones dans le but de connaître la société et la langue amazighes pour mieux maîtriser les Berbères qui leur montrèrent une farouche résistance. Comme résultat des missions effectuées par ces européen-là, beaucoup d’ouvrages  (livres contenant des textes en berbère, manuels de grammaire, dictionnaires bilingues) transcrits en alphabet latin modifié, virent le jour.

 

Après l’indépendance, des intellectuels kabyles – tous francophone – prirent la relève et se lancèrent dans l’écriture en leur dialecte en utilisant bien sûr les caractères latins. Ainsi, largement diffusés par les écrits des linguistes et des écrivains, lesdits caractères ont aujourd’hui fini par envahir même l’environnement (voir en Kabylie panneaux routiers, enseignes de boutiques, graffitis, emballage de certains produits de consommation, etc.), pour cette raison, et de surplus en raison de l’absence de toute autre notation concurrente sur le terrain, la notation à base latine s’impose par elle-même. Il va de soi que le choix de toute autre notation signifiera la mise à mort de tamazight.

 

Ceci dit, il est par conséquent très urgent que l’État, par la force de la loi, tranche en faveur de la notation susmentionnée. Par pareille décision, il coupera court à toute spéculation qui viserait à empêcher tamazight d’acquérir le statut de la langue officiellement écrite1.

 

2 – L’officialisation de la langue amazighe :

 

En l’absence, depuis la nuit des temps, d’un vrai État amazigh qui aurait pu empêcher le processus de dialectisation de se déclencher, ou du moins de se développer à une cadence infernale, tamazight s’est éparpillée en plusieurs parlers locaux. Et bien que ces parlers ne soient pas aujourd’hui tout à fait distincts, il en demeure quand même des barrières assez importantes qui rendent difficile l’intercompréhension lorsqu’on se déplace d’une région à l’autre de la berbérie.

 

Certains pensent qu’il est possible d’unifier les dialectes qui regroupent lesdits parlers en les développant ensemble et en même temps. Il suffit uniquement de se baser sur les affinités et renforcer la procédure par l’introduction des mêmes néologismes dans les dialectes concernés pour que ceux-ci se convergent et s’unifient de nouveau en fin de parcours.

 

En réalité, ce ne sont là que des illusions : les dialectes en question peuvent certes s’unifier sur le plan lexical et encore relativement, et après un laps de temps qui peut s’étendre sur des siècles, mais qu’en serait-il de la grammaire et de la prononciation qui sont aussi des facteurs décisifs dans l’intercompréhension ? Les adeptes de la méthode précitée ne les ont pas pris en compte, ce qui rend donc illusoire l’objectif visé à travers leur procédure.

 

A mon avis, la solution la plus pratique et la plus immédiate ce serait plutôt le choix d’un seul dialecte puis sa généralisation par l’enseignement, Mais afin que ce choix ne soit pas entaché de subjectivité, il doit reposer sur des critères établis à partir d’une étude sociolinguistique de tamazight.

 

L’étude que nous avons effectuée dans ce but-ci nous a permis de ressortir 5 critères, à savoir : (a) l’existence d’une tradition d’écriture au sein des locuteurs des dialectes cibles : (b) l’existence d’une littérature écrite ; (c) la disposition des communautés concernées de médias, en particulier la télévision et la radio,  (d) l’étendue géographique et la notoriété des dialectes présentés au choix et (c) la part du sacrifice de chaque communauté pour tamazight.

 

A travers cette étude, nous avons constaté que le seul dialecte qui répond aux critères suscités est bel el bien le kabyle. Les Kabyles sont en effet les premiers parmi tous les Berbères à avoir entrepris l’écriture en leur dialecte. En fait, depuis la deuxième période des années 40, les érudits kabyles, dont Boulifa et Mouloud Mammeri, écrivaient en leur  dialecte, transcrit en caractères latins, tout ce qu’ils rassemblaient en matière de poésie et contes populaires kabyles. Ensuite, une nouvelle génération d’écrivains et de chercheurs, dont Salem   Chaker, Kamal Nait Zerrad et Amar Mezdad, apparut pour continuer l’oeuvre entamée par les pionniers susnommés. Résultats, beaucoup d’ouvrages (recueils de poésie, nouvelles, romans, dictionnaires, etc.), écrits en  kabyle, transcrits en caractères latins modifiés, furent édités. On peut dire donc qu’aujourd’hui le kabyle dispose d’une tradition d’écriture et d’une littérature écrite assez importantes, ce qui le rend comme le dialecte le plus apte à devenir la langue commune des Berbères en Algérie.

 

A cela s’ajoute le fait que le kabyle est le premier et le seul parmi les dialectes berbères à avoir eu accès au domaine de l’audiovisuel. En plus de la radio chaîne II héritée du colonialisme, ledit dialecte dispose actuellement d’une autre station radio et d’une chaîne de télévision émettant depuis la France (BRTV). Le kabyle est jusqu’à nos jours le seul utilisé au cinéma (films : Adrar n Baya, Tawrirt yettwattun, Macahu). Sans oublier qu’il est également aujourd’hui l’unique dialecte utilisé dans la presse écrite / électronique (titres : Izuran, ABC-Amazigh, imyura.net, ayamun.fr, etc).

 

 En outre, contrairement aux autres dialectes confinés dans leurs régions en raison du conservatisme sclérosant qui empêche la plupart des locuteurs d’avoir des contacts avec les étrangers (voir les Mozabites) et du sentiment de dévalorisation qui accompagne d’autres locuteurs (voir les Chaouis et les Chenouis) les obligeant d’adopter d’autres langues que la leur toutes les fois qu’ils se déplacent hors de leur environnement immédiat, le kabyle s’est déployé pour atteindre même l’Europe et le Canada2 où une forte communauté kabylophone vit pleinement son identité amazighe i.e.; par la pratique de la langue maternelle, l’attachement aux coutumes ancestrales et la lutte, avec toutes ses formes pacifiques, en faveur de tamazight.

 

Le dialecte kabyle est aussi la langue de  l’intelligentsia berbère (M.Mammeri, M.Feraoun, T.Djaoul, S-Chaker.A.Abdenour, etc.), des politiciens de renom (H.Ait Ahmed, S.Sadi, M. Aït Larbi, A.Y-Abdenour, M. Issaad, etc.) et des artistes célèbres (Ait Menguellet, Matoub, Idir, Takfarinas, Ferhat, etc.)3 qui ont tous contribué à la diffusion et à la notoriété dudit dialecte aussi bien en Algérie qu’à l’étranger.

 

Finalement, la Kabylie est la seule région berbérophone qui a tant lutté et tant souffert pour la cause berbère. Qui de nos jours ignore la signification du Printemps berbère, un 30 avril 1980 où des étudiants kabyles, ayant soulevé le problème identitaire, furent attaqués à l’enceinte même de l’université de Tizi-Ouzou par une horde de bâtards à la solde d’un régime extrêmement opposé à tamazight ? Et aujourd’hui, alors que les Kabyles offrent jusqu’à leurs vies pour que vive tamazight, les habitants des autres régions berbérophones continuent de s’enliser dans leur propre mutisme comme si cette langue leur est totalement étrangère. Il va de soi donc que c’est le dialecte des Kabyles qui mérite d’être promu au rang de la langue commune.

 

L’État algérien est par conséquent appelé à appliquer immédiatement celle mesure ; et la meilleure façon pour que sa décision ait un écho dans toute l’Algérie c’est d’émettre un décret présidentiel ou ministériel donnant officiellement le statut de la langue nationale et officielle (à côté de l’arabe) au dialecte kabyle.

 

3 – La création d’une académie de langue amazighe en Algérie :

 

Une telle institution aura pour mission de veiller sur l’épanouissement, le développement et la vulgarisation de tamazight. Elle émettra des recommandations concernant la langue (diffusion de normes de bon usage), elle enrichira la langue par la récupération des unités lexicales tombées en désuétude ou en voie de disparition et par l’introduction des, néologismes, elle s’occupera du contrôle des publications afin, au moins, de réduire les écarts par rapport a la norme de la langue standard, elle encouragera la production littéraire scientifique / linguistique en organisant régulièrement des colloques et des concours de meilleures œuvres, etc.

 

Pour que son travail soit efficace, ladite institution doit réunir de véritables spécialistes en langue et culture amazighes. Quant à l’État, si vraiment il a de bonnes intentions envers tamazight, il doit mettre à la disposition desdits spécialistes tout ce dont ils auront besoin pour l’accomplissement des lâches qui leur sont confiées.

 

4 – Le déverrouillage du champ médiatique  :

 

La télévision et la radio, à côté de l’école, jouent un rôle extrêmement important dans la vulgarisation et le développement de la langue. Pour cette raison, la première action à entreprendre dans ce domaine, si l’État entend effectivement à mettre tamazight à pied d’égalité avec l’arabe, est le renforcement du paysage médiatique algérien par une chaîne de télévision publique en langue amazighe, laquelle chaîne doit être dotée, comme l’ENTV, de tous les moyens : humains, structurels et financiers.

 

En plus, l’État doit ouvrir ce secteur sensible aux hommes d’affaires afin qu’ils créent, à l’instar de la BRTV installée en France, leurs propres chaînes de télévision en tamazight.

 

Concernant la radio, l’État a le devoir avant tout d’améliorer les infrastructures de la chaîne II qui, actuellement, n’est même pas captée convenablement en Kabylie4. En outre, les autorités doivent la doter en personnels qualifiés et en moyens financiers afin de pouvoir réaliser des émissions à la hauteur de son public, Ensuite, comme pour la télévision, l’État doit réfléchir à ouvrir les voies aux privés pour qu’ils puissent investir dans la création de chaînes, à l’étendue nationale nu régionale, en langue berbère.

 

5 – L’encouragement des activités culturelles amazighes :

 

Il existe en Algérie, dans les domaines du théâtre et du cinéma, des acteurs et des réalisateurs berbérophones de haut niveau5. Ce qui manque ce sont plutôt des locaux où l’on peut s’exercer et exercer son métier. Pour cela, l’État est appelé à construire – ou à laisser le privé construire – des théâtres et des studios pour le besoin de la réalisation et / ou du doublage de films en langue amazighe. En plus, l’État doit lever toute contrainte susceptible de gêner un producteur de films amazighs6. En fait, l’importance des facilités que les autorités compétentes doivent offrir à un producteur réside dans le fait qu’elles incitent les autres producteurs à s’impliquer dans l’expérience, certes très récente mais très prometteuse, de ta production de films en langue berbère.

 

6 – L’introduction de tamazight dans l’environnement :

 

Si la Kabylie a déjà avancé d’un grand pas dans ce domaine, il reste d’autres régions, de surcroît amazighophones, qui n’ont jamais connu une telle expérience. Pour cela, et afin de concrétiser le caractère national de tamazight, l’État doit lancer une campagne de berbérisation de l’environnement (noms de villes et villages, de rues, d’institutions, de boutiques, de cours d’eau, etc.) à l’échelle nationale. Et pour que cette opération se réalise sur le terrain, elle doit être renforcée par une loi, comme celle obligeant tout commerçant d’écrire en arabe le nom de son activité sur l’enseigne de sa boutique.

___________________________

 

Notes :

 

1. Un groupe de pseudo-linguistes islaino-baathistes qui n’ont jamais rien apporté à tamazight a récemment monté sur scène appelant à l’adoption des caractères arabes.

   2. A titre d’exemple, le Club Amazigh Averroès de Montréal a adressé une lettre au Ministre français de l’éducation, M Jack Lang, dans laquelle il soutient l’enseignement de tamazight en France où cette langue existe déjà comme épreuve facultative au baccalauréat,

3. La chanson de « A-yemma ber ur ttru », de Farid Ali, a été chantée même par des Chinois lors d’une semaine culturelle chinoise à Alger dans les années 80.

    4. L’État algérien a investi des sommes colossales d’argent dans la création des trois (la quatrième étant en voie de réalisation) chaînes de télévision utilisant l’arabe et le français, comme il a renouvelé l’infrastructure des radios chaîne I et chaîne III, mais il continue de tourner son « derrière » a tout ce qui peut développer tamazight.

5. Rappelons que la gloire de la plupart des films et pièces théâtrales de l’Algérie post-indépendante a été faite par des acteurs kabyles (Rouiched, M. et S. Hilmi, H. El Hassani, S-A. Agoumi, Ch Nordine, A. Kadri dit Qriquech, etc.).

6. Qui ne se rappelle des entraves qu’a connues le film « tawrirt yettwattun » de Bouguermouh, juste avant et pendant sa réalisation ?

 

 

 

 

 

 

 

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Chronologie du mouvement berbère d’aprés 1980

Posté par algeriedemocratie le 30 août 2009

Chronologie du mouvement berbère d’aprés 1980

21 juin 2005

addthis_url = location.href; addthis_title = document.title; addthis_pub = ‘sif’; 1 au 31 Août 1980 :

Un grand nombre de militants du Mouvement culturel berbère et de la démocratie, composé de spécialistes en histoire, sociologie, linguistique, cinéma… et de citoyens autodidactes se réunissent, durant un mois, à Yakouren (Azazga) dans un séminaire.

Ce premier séminaire du Mouvement culturel berbère avait pour tâche de préparer un document, devant refléter les revendications et les propositions du mouvement, pour être présenté à la discussion au sein du Comité central du FLN qui préparait un débat général concernant le dossier culturel.

Le séminaire de Yakouren avait pour objet de  » poser (…) clairement le problème de la culture en Algérie afin de dépasser les fausses accusations dont la presse nationale notamment s’est encore récemment faite l’écho, et dont les propos incendiaires ont failli conduire à l’irréparable ».

Ce problème de culture en Algérie s’articule, selon les séminaristes, autour de trois axes principaux : 1- Le problème de l’identité culturelle du peuple algérien. 2- Le problème des libertés d’expression culturelle. 3- Le problème de la culture dans la politique de développement.

Voici quelques propositions de différentes commissions du séminaire

La commission « culture et développement de la société » propose entre autres :
-  La décentralisation des moyens et des pouvoirs de décision : consulter et faire participer les travailleurs et les paysans dans ce domaine.
-  L’équilibre régional économique avec pour critère de base la minimisation des migrations de travail
-  La démocratisation de l’enseignement, son authenticité et sa progression dans le but de former un Algérien capable de répondre aux aspirations des masses Laborieuses au niveau de tous les domaines.
-  Promouvoir l’utilisation et l’enseignement du berbère et de l’Arabe algérien
-  Promouvoir l’épanouissement et la transmission de notre patrimoine culturel dans un cadre moderne et progressiste en fonction de révolution globale de la Société.

La commission « Langues populaires » quand à elle propose entre autres de :
-  Mettre fin a la marginalisation de la culture du peuple algérien, donc de défi­nir la culture nationale en fonction de la culture populaire dans toute Sa diver­sité. Ceci implique la reconnaissance institutionnelle des langues du peuple algérien (arabe algérien et tamazight) en tant que langues nationales.
-  Donner les moyens publics de développement suppose ré-appropriation, enri­chissement et diffusion.

Le rapport de la commission « Libertés d’expression culturelles » propose de
-  Permettre au journaliste de jouer son rôle d’informateur objectif sur le sujet traité, par le droit à la critique et au commentaire ; ceci passe par la levée des entraves de la censure, des blocages au niveau des moyens matériels (locaux, laboratoires, photo etc..).
-  Utiliser les langues du peuple algérien (arabe algérien, berbère) dans le système de l’information, au moins dans un premier temps au niveau de la Radio et de la Télévision, par la suite (…) au niveau de la presse écrite ;
-  Faire du journal télévisé un véritable « télévisé » et non « parlé », par le droit au journaliste à une information contradictoire à celle d’autres organes en lui lais­sant la possibilité de l’argumentation…
-  Décentraliser les moyens de l’information au niveau national…
-  La circulation d’une information objective à tous les niveaux…
-  La synthèse des travaux du Séminaire de Yakouren. In : « Préparation du dos­sier culturel – Séminaire de Yakouren.

14 Septembre 1980 :

Coup d’envoi de l’arabisation des sciences sociales à l’Université.

26 Décembre 1980 :

Un groupe de militants berbéristes dépose à la wilaya de Tizi-Ouzou les statuts d’une associa­tion à caractère culturel dénommée Tiwizi (entraide). Une année après aucune réponse n’a été donnée par les autorités.

Création du Haut Conseil de la Langue Nationale (HCLN) – sous la présidence de Abdelhamid Mehri. Sa mission est d’appliquer la résolution du Comité Central du FLN de juin 1980.

12 Mars 1981 :

Ouverture du débat sur la politique culturelle nationale au sein du parti FLN.

15 Mars 1981 :

Grève générale de 24 heures et meeting à Tizi-Ouzou regroupant des milliers de personnes pour protester contre la ligne officielle lors du débat national sur la culture.

19 et 20 Avril 1981 :

Manifestations à Tizi-Ouzou pour com­mémorer le 1er anniversaire des événements de Kabylie d’avril 1980. Elles répondent à l’appel de la coordination qui a regroupé les étudiants, lycéens, enseignants et travailleurs pour faire du 20 avril une journée anti-répression et pour réaf­firmer les positions du mouvement culturel berbère : « arabe algérien et tamazight = langues nationales ; reconnaissance des libertés démocratiques, libération des prisonniers… ».

Ces manifestations drainent des foules d’environ 10000 personnes. La journée du 20 avril sera commémorée chaque année comme symbole du combat amazigh et aussi un signe de la continuité du Mouvement culturel berbère.

29 Avril 1981 :

Mouloud Mammeri, Kateb Yacine, Salem Chaker, M’hamed Issiakhem, Mohand Idir Ait-Amrane et d’autres universitaires et militants berbéristes déposent, au ministère de l’Intérieur, une demande d’agrément d’une association culturelle dénommée « Amuger ». L’objectif de l’association est de « favoriser l’épanouissement de la culture populaire et de participer à son enrichissement par la promotion du patrimoine culturel national dans toutes ses com­posantes, notamment la langue berbère ».

19 Mai 1981 :

A l’occasion de la journée nationale de l’Étudiant une marche est initiée par des établissements publics et administratifs (lycées, unités économiques et de services) à Béjaïa. Les manifestants scandent des mots d’ordre tels que :
-   »Non au détournement du projet universitaire de Béjaïa.
-  Reconnaissance des langues populaires (arabe algérien et tamazight).
-  Résolution des problèmes de la jeunesse du département.
-  Pour les libertés démocratiques. »
-  Les forces de l’ordre interviennent et l’excitation engendre l’affrontement. Des actes de vandalisme sont enregistrés. Un couvre-feu a, semble-t-il, été instauré à Béjaïa à partir de 18h 30.

Des arrestations massives touchent les membres des col­lectifs et comités culturels de la région de Béjaïa. Trente et un militants sont arrêtés. Les chefs d’inculpation sont :
-  Rassemblement, incitation au rassemblement, partici­pation et distribution de tracts à but de propagande.

Dans une lettre ouverte au président Chadli Bendjedid, envoyée probablement au courant du mois de novembre 1981 de la prison civile de Béjaïa, ces inculpés dénoncent les sévices corporels (coups de pieds, coups de poing, violences au niveau de l’appareil génital…) et autres tortures, morales (attente, intimidation avec armes, menaces…). Ils dénoncent également le non-respect du délai de garde à vue (allant jus­qu’à 120h).

Dans cette lettre, les détenus signalent au Président de la République qu’ils ont été contraints de reconnaître des faits qu’ils n’ont jamais commis et de signer obligatoirement les procès verbaux.

Ces inculpés sont les suivants : Med Cherif Bellache (lycéen), Boukhalfa Bellache (lycéen), Med Larbi Boutrid (lycéen), Salah Taybi (lycéen), Azzedine Madaoui (lycéen), Zaher Chibane (lycéen), Djamel Menguelati (lycéen), Zaher Aouchiche (lycéen), Med Salah Messalti (lycéen), Mokrane Agoun (lycéen), Zoubir Tarki (lycéen), Med Said Belalouache (lycéen), Abdennour Yanat (lycéen), Ali Benamsili (lycéen), Mustapha Brahiti (lycéen), Farid Zadi (lycéen), Med Akli Benalaoua (lycéen), Abdelaziz Merabet (lycéen), Mouloud laichouchene (lycéen). Ali Gharbi (enseignant), Abdelkader Guidjou (enseignant), Ali Dai (enseignant), Salati Moussouni (enseignant), Tayeb Chebi (enseignant), Mohamed-Ourabah Ait Heddad (enseignant). Kamel Merdes (fonctionnaire), Khelil Aizel (fonctionnaire), Moussa Talbi (ouvrier), Mouloud Belal (ouvrier). Hamid Lakhdari (employé). Moussa Cheurfa (agent technique).

19 Mai 1981 :

Seize (16) personnes sont arrêtées à Akbou dans la wilaya de Béjaïa. Ils sont condamnés à des peines allant de quelques mois à quatre ans de prison. Ce sont : Amar Boukedami, Smail Ait Meddour, Belkacem Souagui, Zoubir Chekkar, Mebrouk Hamidouche, Abdesslam Tiar, Smail Maamri, Mokrane Baaziz, Abdennour Benyahia, Abdennour Meldiloufi, Abdelmalek Halfaoui, Abderrahmane Nasroune, Youcef Chilha, Hider Chikhoune, Zoubir Berkani, Amar Idri.

A l’occasion de la journée nationale de Étudiant, des étudiants et travailleurs de l’Université d’Alger, militants du Mouvement culturel berbère et militants démocrates tiennent un meeting d’information dans l’enceinte l’université. Des militants bâathistes interviennent pour briser le meeting et une confrontation violente entre les deux s’ensuit . La police intervient, occupe l’université et fait arrêter les militants berbéristes. Les arrestations ne touchent qu’un seul camp, celui des berbéristes. Les éléments bâa­thistes, après leurs méfaits, sortent sous la protection des ser­vices de police.

23 Mai 1981 :

Vingt-deux étudiants et travailleurs de l’Université d’Alger, membres des collectifs d’étudiants, militants du Mouvement culturel berbère, sont arrêtés par la police à Alger suite à l’incident du 19 mai 1981. Les chefs d’inculpation sont :
-  atteinte à la sûreté de l’État ;
-  atteinte à l’unité nationale ;
-  constitution de collectif à caractère subversif ;
-  complot-rébellion, atteinte à la personnalité nationale -rédaction, détention et diffusion de tracts et de documents séditieux – association de malfaiteurs – port d’armes prohibées – destruction de biens publics et de monuments – attroupement. ».

Lors de l’interrogatoire dans les locaux de la police, les inculpés sont interrogés sur leurs opinions, leur position vis-à-vis de la question berbère, leurs activités au sein du collectif démocratique à l’université et l’incident du 19 mai

Ces vingt-deux détenus sont les suivants : Abdennour Houati, Lakhdar Mames, Meziane Ourad, Rabah Belahouane, Cherif Akeb, Arezki Benramdane, Arezki Ait-Larbi, Mokrane Laksi, Mohamed Ameziane Bencheikh, Mustapha Benkhemmou, Ali Ihadadene, Omar Zeggane, Hachimi Ihadadene, Salah Boukrif, Rachid Bouchenna, Abderrazak Hammouda, Rachid Kaci, Mouloud Fellag, Youcef Ait-Chelouche, Ihsene Elkadi, Messaoud Lahma ; Mustapha Bacha.

3 Août 1981 :

Les forces de l’ordre investissent le centre universitaire de Tizi-Ouzou (C.U.T.O) afin d’empêcher la tenue d’une université d’été dont l’objectif est le débat sur langue et la culture amazigh ainsi que la formation accélérée d’enseignants.

Les forces de l’ordre occuperont l’université jusqu’au 6 septembre 1981.

Rachid Aliche publie le premier roman en berbère chez Fédérop en France. Intitulé « Asfel, il traite de la quête de la berbérité. « Asfel » sera suivi de « Askuti »(Le boy scout) de Saïd Sadi, de « Fafa » de Rachid Aliche de « Id d wass » de Amar Mezdad et d’autres romans tels que « Tafrara » de Salem Zenia.

23 Septembre 1981 :

Le ministre de l’Enseignement supé­rieur, M. Abdelhak Brerhi annonce la création de quatre départements de culture et dialectes populaires dans les uni­versités d’Alger, d’Oran, de Constantine et de Annaba. 6 Octobre 1981 :

Hocine Sadi alias Hend, animateur du Mouvement culturel berbère et enseignant au centre universitaire de Tizi-Ouzou, adresse une « lettre aux citoyens ». Dans cette lettre Hend Sadi dénonce un autre instrument de répression utilisé par le pouvoir, à savoir l’appel qu’il vient de recevoir pour le service national, alors qu’une carte de dispense pour cause de maladie lui a été délivrée par les ser­vices de l’hôpital militaire Maillot en 1977.

reçoit l’ordre d’appel et il est affecté à Batna qu’il refuse de rejoindre. Pour lui il s’agit « de maquiller la répres­sion en la revêtant de l’uniforme militaire. Cela présente éga­lement l’avantage que le tribunal militaire offre plus de pos­sibilités que la justice civile qui a du mal avec les détenus du mouvement culturel d’El-Harrach et de Petite-Kabylie.

12 Octobre 1981 : Par décision du ministère de la Santé publique, le Dr Saïd Sadi, médecin à l’hôpital de Tizi-Ouzou et animateur du Mouvement Culturel Berbère est muté à Khenchela.

Cette mutation est venue après la vague d’arrestations qu’a connue la Kabylie (Tizi-Ouzou et Béjaïa) et Alger, touchant des militants berbéristes, après la fermeture du centre universitaire de Tizi-Ouzou, et aussi après l’appel au service national de Hend Sadi.

Un mouvement de solidarité pour la réintégration du Dr Sadi est initié, particulièrement par le Comité de wilaya de Tizi-Ouzou de l’Union médicale algérienne (U.M.A). Ce comité sera dissout par les autorités locales en 1985.

Au même moment, deux travailleurs de la Sonelec (devenue ENIEM) de Oued-Aissi (Tizi-Ouzou) ainsi que trois autres travailleurs de la Sonitex (Société nationale des industries textiles) de Draa-Ben-Khedda (Tizi-Ouzou) sont mutés en dehors de leur Wilaya.

Moussaoui Khellaf et Berdous Maamar (un des 24 déte­nus d’avril 1980) de la Sonelec ; Rabah Benchikhoune, contremaître à la Sonitex, est muté à EI-Harrach. Brahim Bentaleb, chef de service à la Sonitex, est muté à Alger. Mahmoud Ainouz, acheteur à la Sonitex, est muté à Bab-Ezzouar. Ce dernier a, semble-t-il, été surpris en train de diffuser un tract appelant la population à boycotter l’ensei­gnement et à une grève pour le 28 septembre 1981.

28 Octobre 1981 : Les inculpés du 19 mai 1981 de Béjaïa après cinq mois de détention comparaissent devant la cour correctionnelle de Béjaïa. Ils sont condamnés à des peines allant de 10 mois à 4 ans de prison et 5 années d’interdiction de l’enseignement pour Salah Moussouni, professeur de l’enseignement secondaire (P. E. S) et Tayeb Chebi (P.E.S). Deux sont relaxés.

Dans leur lettre ouverte au Président Bendjedid, que nous avons déjà citée, ils informent ce dernier des conditio­ns judiciaires anormales dans lesquelles s’est déroulé leur procès. Il s’agit notamment de la durée puisque le procès s’est tenu dans une seule journée, pour juger 28 personnes. Ils informent aussi le Président qu’ils n’ont pas bénéficié d’une défense, leurs avocats ayant été exclus de l’audience et aussi que les questions du juge d’instruction ne correspondaient pas aux chefs d’inculpation. Ils rejettent les peines qui « ne reflètent pas les actes dont (ils ont) été accusés ».

Le même jour trois étudiants du centre universitaire de Tizi-Ouzou : Aziz Tari, Djamel Zenati et Idriss Lamari, présents au procès après leur convocation par le juge sont condamnés à quatre années de prison. Tous les détenus jugés et condamnés feront appel.

14 Novembre 1981 :

Vingt cinq des détenus de la prison de Béjaïa entament une grève de la faim pour protester contre leur détention et les conditions de déroulement de leur procès. Ils mettent fin à leur grève le 22 novembre 1981, après avoir obtenu une réponse positive, de voir leur affaire repasser en justice en décembre 1981.

25 Novembre 1981 :

Le tribunal de Tigzirt (Tizi-Ouzou) convoque neuf anciens condamnés d’août 1976, de Ouaguenoun. Ces militants du Mouvement berbère : Ali Yousfi (26 ans, agent d’administration), Mohamed Arezki Bellil (26 ans, agent d’administration), Akli Adjioua (27 ans, journalier), Hassène Messaoudène (29 ans, technicien), Ahmed Chelli (27ans, secrétaire d’administration), Belaïd Serdjane (26 ans, journalier), Rabah Chikhaoui (27 ans, journalier), Mohamed Idiri (26 ans, maçon), Amar Ait-Ali (25 ans, journalier) avaient été condamnés en 1976 à des peines allant de 3 à 12 mois de prison préventive pour déten­tion de l’alphabet Tifinagh, distribué par I’ Académie Agraw Imazighen de Mohand Arab Bessaoud.

13 Avril 1982 :

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou appelle, dans un tract, à la commémoration de la journée du 20 avril 1980 journée anti-répression pour « dire ensemble nous n’avons pas oublié » (…) que le 20 avril 1980, le gouvernement a lâché ses chiens sur les étudiants et les travailleurs de la région pour toute réponse à la revendication culturelle pacifique ».

Il est dénoncé, à travers ce tract, la répression qui conti­nue sous d’autres formes, menée par le pouvoir contre la revendication de tamazight et de la liberté d’expression, licenciements, les mutations arbitraires et les exclusions de lycéens sympathisants du Mouvement.

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou se solidarise avec toutes les victimes de la répression pour délit d’opinion et revendique la reconnaissance des langue populaires algériennes comme langues nationales (le berbère et l’arabe populaire) et le respect des libertés démocratiques.

Par ailleurs, une semaine culturelle et de solidarité avec les détenus du Mouvement culturel berbère est programmée du 17 au 24 avril 1982. Une table ronde est prévue sur l’histoire du mouvement nationaliste algérien avec les colonels Amar Ouamrane, Slimane Dehiles dit Sadek, Tahar Zbiri et les avocats du collectif. Est prévu aussi le baptême des cités universitaires de M’douha (jeunes filles) et Hasnaoua pour leur attribuer les noms de Taos Amrouche et Belkacem Krim. Ferhat Mehenni, Malika Domrane, le groupe Ichen­wiyen du Chenoua et d’autres doivent animer un gala. Le même jour les responsables de l’université interdisent l’affichage et la tenue d’assemblées générales.

14 Avril 1982

Le préfet de Tizi-Ouzou prend contact avec les comités de cité pour discuter des évérements qui viennent de se dérouler. Il leur signifie que « les baptêmes constituent des actes de rébellion qui appelleraient l’intervention des forces de l’ordre « quitte à reproduire le 20 avril 1980″

15 Avril 1982 :

Par un communiqué signé par le conseil de université (CUTO) et le conseil de la direction du COUS et sur décision ministérielle, les étudiants sont informés de la fermeture de « l’ensemble des infrastructures universitaires à partir du samedi 17 avril 1982 et les infrastructures d’hébergement le 16 avril 1982 à 18h et ce jusqu’à une date ultérieure.

18 Avril 1982 :

Les gendarmes occupent le centre universitaire de Tizi-Ouzou

20 Avril 1982 :

Les lycéens de la région de Tizi-Ouzou déclenchent une grève spontanée. Elle est suivie par la fermeture de leurs lycées.

Un arrêt de travail de protestation d’une durée de deux heures est observé par les travailleurs de l’usine Sonelec de Oued-Aïssi.

Les actes de protestation des lycéens sont considérés par le Secrétaire État à l’Enseignement secondaire et tech­nique dans une circulaire du 3 mai 1982, adressée aux directeurs de l’Education, chefs d’établissements, inspecteurs et enseignants de son secteur et aux associations des parents d’élèves, comme « des tentatives d’agitation » conduites par des « aventuriers » dans le but d’utiliser les élèves à des « fins contraires à l’intérêt de la révolution, en semant le doute, la confusion ». Il y rappelle le rôle de l’éducateur dont la mis­sion est d’orienter l’élève dans la voie qui le préservera de tout extrémisme et déviation, conformément aux principes du FLN et aux options fondamentales de notre peuple ».

L’école doit être, selon le Secrétaire État, une pépinière active du Parti, le FLN. Il invite les directeurs de l’éducation et les chefs d’établissements à informer les services de son secteur de toute perturbation.

7 Juillet 1982 :

Un magister de culture populaire est créé par arrêté et implanté au sein des instituts de langue et de culture arabes d’Alger, d’Oran, de Constantine, et d’Annaba.

2 Novembre 1982 :

Après les événements du 19 mai 1981, provoqués par une agression d’islamo-bâathistes contre des étudiants et travailleurs berbéristes et démocrates, et qui a vu les islamistes prendre le dessus, l’embrigadement des universités et des cités universitaires par les islamistes et les bâathistes commence avec la bénédiction du pouvoir. Les étudiants berbéristes essayent de réoccuper le terrain.

C’est ainsi qu’un groupe d’étudiants de la cité universitaire de Ben-Aknoun dont faisait partie Kamel Amzal, étudiant à l’institut des langues étrangères de l’Université d’Alger et militant berbériste, et après des réunions restreintes, décide d’afficher dans le foyer de la cité un appel à une assemblée générale. A ce moment interviennent des islamo-bâathistes qui déclenchent un affrontement. Il se solde par l’assassinat de Kamel Amzal qui tenait une affiche, avec une arme blanche, par les intégristes islamistes.

28 Janvier 1983 :

Slimane Azem, poète et chanteur kabyle, meurt en exil à Moissac (Tam et Garonne) en France à l’âge de 65 ans, suite à une maladie.

11 Février 1983 :

Salem Chaker, chercheur et militant berbèriste vivant en France est interpellé à son arrivée, de retour au pays, à l’aéroport d’Alger. Il est convoqué et interrogé par la police. Il regagne, le 27 février 1983 la France après plusieurs tracasseries, moyen trouvé par le pouvoir pour intimider les militants berbéristes.

C’est durant cette période que le Président Chadli entame une visite en Kabylie. Elle est boycottée par la population et même par les lycéens de Tizi-Ouzou mobilisés spécialement pour recevoir le Président, montrant ainsi leur mécontentement et leur refus de la politique du pouvoir.

20 Avril 1983 :

Commémoration du troisième anniversaire de la journée du 20 avril. Des conférences, projections de films, galas et présentation de pièces de théâtre sont au programme.

Une conférence axée essentiellement sur le mouvement national algérien et la question berbère est présentée par Maître Mabrouk Belhocine, ancien militant du PPA et du FLN.

Des grèves symboliques et des recueillements sont, par ailleurs, observés par les lycéens, étudiants et travailleurs de la région.

8 Mai 1983 :

Un texte signé par 31 militants du Mouvement Culturel Berbère est envoyé au Président de la République pour réaffirmer que leurs revendications (reconnaissance officielle des langues populaires, tamazight et arabe algérien, Libertés démocratiques), restent entières.

Saïd Sadi publie un roman en berbère intitulé « Askuti » (le boy scout). Il raconte l’histoire d’un jeune lycéen qui a rejoint le maquis en 1956 et qui se retrouve tortionnaire après l’indépendance, dans les locaux de la police, jusqu’en 1980

Début Avril 1984 :

La communauté universitaire de Tizi-Ouzou rend public un tract pour la célébration du 4e anniversaire du Printemps berbère. Dans ce document, les berbéristes mettent l’accent sur leur décision de prendre dorénavant en charge eux-mêmes les problèmes et les reven­dications. Ils proposent :
-   »(La) généralisation de l’enseignement de tamazight aux universités, lycées, entreprises, villages… ;
-  (1’) organisation des comités (de villages, de cités, de quartiers, d’usines… ) pour solutionner les problèmes sociaux et développer des activités culturelles et renforcer la solidarité populaire ;
-  (la) lutte contre les courants passéistes (maraboutisme, intégrisme) qui bloquent le progrès de (la) société ;
-  (le) soutien aux luttes populaires qui visent à réaliser plus de liberté et de justice sociale (lutte des femmes, ouvriers, étudiants, paysans…) ».

12 Avril 1984 :

Un groupe de fils de chouhada militants du Mouvement culturel berbère adresse au wali de Tizi-Ouzou une demande d’agrément d’une association à but non lucratif dénommée « Tighri ». Cette association s’est fixé pour objectifs, entre autres, « la contribution à l’écri­ture et la vulgarisation de l’histoire du mouvement de libération nationale, par des études, enquêtes, sémi­naires… La contribution à la vie culturelle, défense de la mémoire des martyrs et des principes fondamentaux pour lesquels ils se sont sacrifiés… ». Cette demande d’agré­ment leur sera refusée par le wali le 14 juin 1984. Moins d’une année après, une campagne de répression sera lan­cée par le pouvoir. Plusieurs dizaines de fils de martyrs et militants berbéristes seront emprisonnés.

16 Avril 1984 :

Le sous-préfet d’Azazga rejette la demande de passeport du chanteur Ferhat Mehenni. La cause évoquée est « l’avis défavorable des services de sécurité ».

Un autre berbériste, Ramdane Achab, enseignant de mathématiques au CUID et enseignant de tamazight (enseignement non autorisé officiellement) a vu, lui aussi, sa demande de passeport rejetée le 6 août 1984.

20 Avril 1984 :

Commémoration exceptionnelle du 4e anniversaire du 20 avril. Les festivités durent, pour la première fois, six jours. Elles sont variées et nombreuses : projections de films, conférences animées par Mahfoud Kaddache (historien), Rachid Mimouni (écrivain) et Nabil Farès (écrivain), exposition sur les événements d’avril 1980, les détenus du mouvement berbériste, pièces de théâtre en arabe et en kabyle, soirée poétique et gala à Oued-Aïssi.

13 Mai 1984

Les services de police de l’aéroport d’Alger interpellent Saïd Doumane, militant berbériste et enseignant au CUTO, et s’opposent à son départ pour la Pologne où il devait prendre part à un colloque international universitaire, sans lui donner aucune explication.

Juin 1984 :

Mokrane Chemime, militant berbériste et détenu de 1980 est convoqué à Sétif pour, selon Tafsut, « détention préventive ». Il est emprisonné durant cinq jours. il est libéré après avoir entamé une grève de la faim

25 Octobre 1984 :

Arezki Abbout, secrétaire général de la section syndicale du CUTO, militant berbériste et membre de l’Association des fils de chouhada et Ferhat Mehenni, lui aussi membre de la dite association, sont arrêtés à leurs domiciles. Ils sont conduits à Blida où ils subissent des interroga­toires.

7 Février 1985 :

A l’ouverture du Séminaire sur l’histoire de la révolution algérienne en wilaya III (la Kabylie), six membres du comité de wilaya de Tizi-Ouzou des enfants de chouhada (martyrs de la révolution) Noureddine Aït-Hammouda (fils du colonel Amirouche), Mokrane Ait-Larbi (avocat), Nacer Babouche, Rabah Benchikhoune (travailleur licencié de Cotitex de Draa-Ben-Khedda), Amar Fali (médecin) et Ferhat Mehenni (chanteur- Imazighen Imoula), voulant prendre la parole, sont arrêtés par la police.

Dans un appel à la population lancé le 10 février 1985, le comité des enfants de chouhada de la wilaya de Tizi-Ouzou rappelle que le seul crime des prisonniers « a été d’avoir dénoncé publiquement la confiscation et l’exploitation tendancieuse qui est faite de la mémoire des martyrs, par ceux qui veulent légitimer leur domination, et revendiqué le droit à la parole et la dignité pour tous les citoyens »

Ils dénoncent notamment l’arbitraire, la répression, la confiscation de la mémoire des martyrs et la falsification de l’histoire.

9 Février 1985 :

Le Dr Saïd Sadi, un des animateurs du Mouvement culturel berbère, rejoint les inculpés du 7 février. Il est kidnappé en ville (Tizi-Ouzou) pour avoir manifesté sa solidarité avec les détenus en question.

13 Février 1985 : Les six détenus devenus sept sont jugés, en présence de milliers de citoyens mobilisés par le comité des enfants de chouhada, pour « délit de droit commun » par le tribunal de Tizi-Ouzou qui prononce la relaxe.

Dans une déclaration où ils expliquent les causes et les effets de leur arrestation, les relaxés lancent un appel à l’union de tous les Algériens « afin d’imposer un État de droit qui garantisse à tout citoyen la liberté d’expression ».

Ils interpellent le pouvoir pour qu’il  » admette que les problèmes sont posés hors de ses structures et que leurs solutions ne peuvent être que politiques ».

5 Juin 1985

De violents affrontements entre les Mozabites (berbérophones de rite ibadhite) et les M’dabih-Chaambas (arabophones de rite malikite) sont déclenchés à Ghardaïa

Ces affrontements intercommunautaires font deux morts, une cinquantaine de blessés et occasionnent la destruction de plusieurs édifices, magasins, petites unités de production, vitrines et écoles appartenant aux Mozabites.

30 Juin 1985 :

Un groupe de militants des droits de l’homme tous militants du Mouvement culturel berbère, dépose une demande d’agrément et les statuts de la « Ligue algérienne pour les droits de l’homme » (LADH). Ses objectifs sont :

-  La défense des libertés fondamentales individuelles et politiques ;

-  La dénonciation, quelles que soient les motivations, des violations caractérisées des droits de l’homme, et des atteintes à la liberté de pensée, d’expression, d’opinion, de réunion, d’association, culturelle, syndicale, etc. »

La naissance de cette ligue dite « berbériste », par le fait de sa composante humaine, la plupart de ses cadres sont ani­mateurs du Mouvement culturel berbère, est venue suite aux divergences nées entre les militants des droits de l’homme de diverses tendances politiques et idéologiques au sujet des points suivants :

-  La présidence de la ligue, sa relation avec le FLN, son affiliation à la Fédération Internationale des Droits de l’Homme (FIDH).

L’idée de sa création mûrit au courant de l’automne 84, au sein d’un groupe de militants du Mouvement culturel berbère de Tizi-Ouzou et d’un groupe d’avocats d’Alger et de Tizi-Ouzou . Ils envisagent de constituer une « organisation berbère (kabyle) de défense des droits de l’homme ».

Mais le souci de créer une ligue nationale et non locale pousse ce groupe à élargir son champ à d’autres militants appartenant à d’autres régions du pays. C’est ainsi que des contacts sont pris, à la mi-décembre 1984, par l’intermé­diaire de Maître Hocine Zehouane, avec d’autres militants d’Alger : des universitaires marxistes, d’anciens respon­sables du FLN de la wilaya IV, d’anciens maquisards, des éléments d’extrême gauche trotskistes (OST) et des uni­versitaires indépendants. La majorité des militants d’Alger, non berbéristes, choisissent en mars 1985 Maître Omar Menouer pour présider la ligue naissante, écartant ainsi Maître Abdenour Ali-Yahia proche des berbéristes. Ces der­niers, minoritaires, se retirent et fondent leur propre ligue : la LADH.

La LADH ne reçoit pas d’agrément. Ses membres fon­dateurs seront sérieusement réprimés et emprisonnés par le régime. Une campagne de presse est déclenchée contre eux les accusant d’être des « opposants au régime », des « ’anti-nationalistes » et des « berbéristes manipulés ».

« Le recours à la tromperie sous le couvert des « droits de l’Homme », dira le Président Chadli Bendjedid dans un dis­cours en décembre 1985, « n’est en fait qu’un prétexte pour la création d’un parti politique servant les intérêts des enne­mis de l’Algérie. Ce que nous ne pouvons en aucun cas admettre, quelles que soient les circonstances. De même nous n’acceptons aucune leçon de quiconque en matière de respect des droits de l’individu, garantis par les lois du pays. »

5 Juillet 1985 :

En dehors du cadre officiel et des cérémonies organisées par le pouvoir et l’Organisation nationale des moud­jahidine (ONM), un grand nombre de fils de chouhada (martyrs de la révolution) déposent des gerbes de fleurs à la mémoire des martyrs le jour de la fête de l’indépendance, au cimetière d’El-Alia à Alger et dans d’autres villes du pays. Le pouvoir réagit en déclenchant une série d’arrestations. Plusieurs dizaines de personnes sont successivement arrêtées à Tizi-OuZou, Boumerdes, Tipaza, Chlef, Khenchela Parmi eux des militants berbéristes Il s’agit notamment de : Arezki Abbout, Nouredine Ait-Hamouda, Arezki Ait Larbi, Nacer Babouche, Rabah Ben­chikhoune, Mokrane Chemime, Belkacem Adjroud, Hazerchi Bouzid, Ali Faouzi Rebaine, Rachid Fennoune, Kouider Arrous et Ahmed Mekaoucha.

Ils seront tous les douze déférés une semaine après devant la Cour de sûreté de État à Médéa et incarcérés à la prison de Berrouaghia.

Un comité de soutien aux détenus est constitué le même jour (5 juillet 1985) à Tizi-Ouzou . Il est composé de fils de Chouhada et de militants du Mouvement culturel berbère. Ce comité jouera un rôle important dans l’information aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Il contribuera à la Constitution d’un collectif d’avocats pour défendre les détenue­s, distribuera des tracts, des pétitions, fera des démarches auprès des autorités locales (wali, police…), organisera des quêtes en faveur des familles des détenus…

Dans son premier bulletin d’information daté du 5 juillet 85, et après avoir annoncé les arrestations, ce comité invite à la mobilisation et à la vigilance. Il déclare son refus de l’oppression : « non au règne de la répression et de l’arbitraire policier ». Il demande la libération des détenus, le respect de la mémoire des martyrs et le respect des libertés démocratiques et des droits de l’homme.

9 Juillet 1985 :

A 19 heures, à la sortie de son bureau, dans le centre d’Alger ; Maître Abdenour Ali-Yahia, avocat au barreau d’Alger, ancien ministre, membre du Comité central du FLN (1964) et co-fondateur de l’UGTA, président de la LADH et avocat des détenus du 5 juillet 1985, est appré­hende. Il est transféré à la prison de Berrouaghia (Médéa). Il venait de protester, dans un télégramme au Président Chadli contre les arrestations des enfants de Chouhada.

17 Juillet 1985 :

Les forces de l’ordre encerclent à Azazga (Tizi-Ouzou ) le bâtiment où réside le chanteur Ferhat M’henni, fondateur du groupe Imazighen Imoula en 1973, arrêté à plusieurs reprises par les forces de sécurité, membre Comité des fils de chouhada, du Comité directeur de la LADH et militant du Mouvement culturel berbère. Il est arrêté à six heures du matin. Il est transféré à Alger pour rejoindre ensuite ses amis à la prison de Berrouaghia. Il sera Conduit à son arrivée dans le quartier des condamnés à mort.

Il est transféré plus tard à la prison de Médéa puis le 20 août 1985 à celle de Blida.

Le même jour ; un communiqué du Comité des fils de chouhada de la wilaya de Tizi-Ouzou informe la population des arrestations, de leurs conditions et de leurs suites. Les enfants de martyrs attirent l’attention des citoyens sur les rumeurs répandues par les services de répression, qui ten­dent à laisser croire que l’association des fils de chouhada « revendique un statut particulier pour ses membres, des avantages socio-économiques ; (…) ces rumeurs ne visent qu’à dénaturer notre mouvement, à nous isoler de la popula­tion, et à empêcher l’émergence de solidarités au sein de notre société (….) Les camions, les appartements et les postes de responsabilité, ce sont les militants du FLN qui les accumulent et non pas les détenus de Berrouaghia ! ».

30 Juillet 1985 :

Les quatorze détenus de la prison de Berouaghia observent une grève de la faim pour protester contre leurs conditions de détention et dénoncer les abus des services de police et de l’administration pénitentiaire notamment le sort du chanteur Ferhat M’henni. Ils réclament le statut de prisonniers politiques. Ils seront séparés et mis dans trois prisons différentes (Berrouaghia, Ksar El-Boukhari et Médéa).

Cette grève de la faim prendra fin le 10 août après l’amélioration de leurs conditions de détention.

21 Août 1985 :

Saïd Sadi, militant du Mouvement culturel berbère et membre de la LADH, Me Mokrane Ait-Larbi avocat et vice-président de la LADH et Said Douman enseignant au centre universitaire de Tizi Ouzou et membre de la LADH, sont arrêtés à l’hôpital de Tiizi-Ouzou pour premier, et à leur domicile respectif pour le second et le Lier Les chefs d’inculpation sont :
-  atteinte à l’autorité de État, distribution de tracts et constitution d’association illégale.

Trois membres du Comité des fils de chouhada d’Alger sont arrêtés le même jour. Il s’agit de : Mohamed Ferhi, Amar Mokrani (Ouadhia) et Boudjemaa Iguernelala (Tigzirt).

Le tribunal de Bordj-Menaiel condamne six militants fils de chouhada de Naciria, incarcérés durant le mois de juillet, à six mois de prison avec sursis.

5 Septembre 1985 :

Le poète et chanteur kabyle Lounis Ait-Menguellet est arrêté chez lui à Ighil-bbwammas.

7 Septembre 1985 :

Une décision du conseil de wilaya de Tizi-Ouzou dissout la section de wilaya de l’Union médicale algérienne (UMA) suite à ses activités en faveur Said Sadi et des détenus de l’été 1985.

Même période : Lors du débat sur l’enrichissement de la Charte nationale, des membres du groupe « Les Berbères » d’Oum-El-Bouaghi, région chaouia, sont arrêtés les forces de sécurité.

16 Septembre 1985 :

Le Dr Hachemi Nait-Djoudi, secré­taire adjoint de la LADH est arrêté. Il est transféré à la prison de Berrouaghia.

29 Octobre 1985 :

Le poète et chanteur Lounis Ait-Menguellet est condamné par le tribunal correctionnel d’Alger à trois ans de prison et à une amende douanière. Le chef d’inculpation, selon l’APS, est la détention illégale d’armes de chasse et de guerre.

1 Novembre 1985 :

Une centaine de personnes environ, sont condamnés à des peines allant de 6 à 24 mois de prison suite à des manifestations en Kabylie.

2 Novembre 1985

Le bureau international de la FIDH émet un avis favorable d’affiliation de la LADH.

19 Décembre 1985 :

La Cour de sûreté de État de Médéa rend le verdict de l’affaire dite « affaire Rébaine Ali Faouzi », procès des détenus de l’été 1985, militants de la LADH, de l’association des enfants de chouhada et militants du Mouvement culturel berbère : Ali Faouzi Rébaine (3 ans de prison), Arezki Ait-Larbi (3 ans de prison), Arezki Abbout (3 ans de prison), Ferhat M’henni (3 ans de prison), Saïd Saad (3 ans de prison), Saïd Doumene (3 ans de prison). Rachid Fennoun (2 ans de prison), Kadour Arrous (2 ans de prison), Hachemi Nait Djoudi (2 ans de prison). Belkacem Adjroud (18 mois de prison). Mâamar Benaoucha (1 année de prison). Nouredine Ait-Hamouda (11 mois de prison), Rabah Benchikhoune (11 mois de prison), Nacer Babouche (11 mois de prison), Abdenour Ali-Yahia (11 mois de prison), Mokrane Ait-Larbi (11 mois de prison). Ahmed Mekaoucha (10 mois de prison), Hazerchi Bouzid (10 mois de prison), Fetouma Ouzegane (10 mois de prison). Amar Mokrani (6 mois de prison), Boudjemâa Iguernelala (6 mois de prison), Mohand Ferhi (6 mois de prison). Mokrane Chemime (acquitté).

Ces 23 inculpés ont été jugés pour les chefs d’inculpation suivants :

-  Atteinte à l’autorité de État par incitation au changement du régime (ce seul chef d’inculpation est passible de peine de mort), élaboration et diffusion de tracts pouvant porter atteinte à l’intérêt suprême du pays, création d’associations illégales et attroupements non armés.

Suite à la campagne menée en faveur des détenus par la presse internationale, les organisations et ligues des droits de l’homme (Amnesty international, Ligue tunisienne des droits de l’homme, Association des avocats arabes, Association des avocats africains…) et à l’intérieur du pays, ainsi que la présence d’avocats mandatés par la FIDH à laquelle la LADH avait adhéré, la cour de sûreté de État est contrainte à ne pas retenir le premier chef d’inculpation.

Afin de discréditer ces militants, le Président Chadli Bendjedid dans un discours devant le congrès extraordinaire du FLN de décembre 1985 déclare : « D’autres groupes se font les champions du berbérisme et là, je me demande qui est berbère et qui ne l’est pas dans ce pays. Nous rejetons catégoriquement ce terme qui nous a été accolé autrefois. Cette rengaine procède en réalité de mentalités rétrogrades, exacerbées par le colonia­lisme, au moyen de la politique de « diviser pour régner ». L’Algérie est une, et il m’a déjà été donné de dire que je suis un Algérien que l’Islam a arabisé, j’y crois et j’en suis fier (…) L’objectif recherché est donc de tenter de diviser la Nation… »

19 Août 1986 :

L’Académie algérienne de langue arabe est créée par décret. Elle est placée sous le haut patronage du Président de la République.

Cette Académie, qui est une institution nationale à caractère scientifique et culturel, a pour objectifs de :
-   »Servir la langue nationale en oeuvrant à son enrichis­sement, sa promotion et son développement ;
-  Préserver sa pureté et veiller à l’adapter aux réalités contemporaines en tant que véhicule d’invention scienti­fique et technologique ;
-  Concourir à son rayonnement en tant qu’outil de création dans les domaines des lettres, des arts et des sciences ».

Février 1987 :

Ouverture d’un Institut national supérieur de Culture populaire à Tlemcen. Il a pour vocation de « contribuer à la préservation du patrimoine culturel populaire algérien : traditions, coutumes, médecine traditionnelle, arts populaires, chants et poésies ».

5 Juillet 1987 :

A l’occasion du 25e anniversaire de l’indépendance, l’un des « poseurs de bombes », Mohamed Haroun est libéré de la prison de Lambèse après onze années de détention, bénéficiant d’une grâce présidentielle.

20 Avril 1988 :

Une table ronde réunit des militants berbéristes à Tizi-Ouzou. Des divergences apparaissent.

Août 1988 :

Une importante réunion de militants du Mouvement culturel berbère a lieu près d’Azeffoun (Tizi-Ouzou ). Elle déclare l’urgence de créer une organisation politique du MCB.

5 Octobre 1988 :

Des manifestations populaires éclatent à Alger pour manifester le ras-le-bol populaire contre 1e régime de Chadli Bendjedid. Ces manifestations se propagent à plusieurs régions du pays sauf en Kabylie où règne un calme relatif. C’est une secousse qui ébranle et accélère l’évolution du champ politique en Algérie. Les jours qui sui­vent ces événements d’octobre voient l’ouverture du régime vers un pluralisme politique rendu jusque là impossible par le parti unique depuis 1962.

Lors des émeutes d’octobre, Matoub Lounés, chanteur et militant du mouvement berbériste est atteint de plusieurs balles tirées par des gendarmes qui avaient dressé un barrage sur la route de Ain-El-Hammam.. Matoub selon certaines sources, détenait des tracts appelant la population de Kabylie au calme.

9 Novembre 1988 :

Un mois après les événements d’octobre 1988, le Dr Saïd Sadi, Maître Mokrane Ait-Larbi, Mustapha Bacha et Ferhat M’henni tiennent une conférence de presse au campus de Tizi-Ouzou . Ils déclarent que le Mouvement culturel berbère à travers sa lutte, « s’est toujours inscrit dans la perspective d’une dynamique du pays… (…), l’expres­sion des axes stratégiques prioritaires qu’il s’est définis, reconnaissance et prise en charge de la langue et de la cul­ture berbères, libertés démocratique notamment, trouvent une solution naturelle dans une vie publique libre et tolérante ».

« (…)Seule, continuent-ils, une société régie par des politiques dignement représentatives (…) peut

mettre aux différents cadres de représentation socio-politique (…) de jouer pleinement et efficacement leur rôle ».

Ils appellent à la tenue des premières assises du mouvement.

25 Novembre 1988

Un meeting initié par le comité de cité de l’université de Tizi-Ouzou se tient au stade Oukil Ramdane. Il regroupe plusieurs personnalités et militants du MCB. L’intervention du Dr Sadi, ajoutée à son initiative, lancée avec trois de ses camarades d’appeler à une conférence de presse, fait réagir d’autres militants du MCB. Dans une « lettre à la population », ils accusent nommément le Dr Sadi de prôner une ligne non revendicatrice (des propositions ont été avancées) contraire aux principes du mouvement.

« Nous sommes », écrivent-ils, « en droit de nous interroger sur d’éventuels engagements pris avec le pouvoir dans le cadre des réformes politiques annoncées. Quelle satisfaction avon-nous obtenue pour passer du stade revendicatif au stade de la proposition ? ».

Ils dénoncent la mainmise des quatre militants (Sadi, M’henni, Bacha, Mokrane Ait-Larbi) sur le mouvement ­berbère et parlent d’une rupture « effectivement et publiquement consommée ».

Ils appellent à l’esprit de responsabilité des militants pour « déjouer toute tentative de récupération de cette scission ».

17 Décembre 1988 :

Dans un autre document daté du 17 décembre 1988 et intitulé « pourquoi des assises », ses auteurs parlent de la « nécessité de l’option d’une organisa­tion pitico-culturelle indépendante, libre, représentative et ce » qui permettra à leur mouvement de franchir « un saut qualitatif en rapport avec la situation et les exigences socio-culturelles actuelles, à l’instar des autres courants de pensée dans le pays ».

3 Janvier 1989 :

Le comité préparatoire, dans « Éléments de réflexion pour les assises », dresse un bilan de huit années de lutte. Le Printemps berbère a, selon le document, « permis aux berbérophones d’exprimer massivement leur attachement à leur langue et à leur culture, interpellé leurs compatriotes sur la nécessaire d’une discussion autour de l’identité nationale ». Mais « la terreur » et les « traditions de lutte insuffisantes, la perte de la notion de l’effort permanent »et « la fermeture des autorités en la matière, ont amené les militants à concevoir leur combat dans des regroupements informels où le fonctionnement était plus déterminé par les rapports individuels que par les exigences structurelles de la lutte ».

Pour ces causes, « des potentialités humaines et matérielles considérables n’ont pu être rentabilisées, occasionnant ainsi de sérieux dommages à l’épanouissement culturel berbère ».

Ils sont convaincus que cette situation « doit cesser car inefficace et dangereuse ». Ils proposent « un définitif de l’improvisation qui a prévalu jusque là, de créer, « un cadre structurel suffisamment efficient et fonctionnel qui n’en réduise pas l’envergure sociologique » et « trouver la meilleure voie par laquelle l’intégration nationale et maghrébine de (leur) lutte peut se faire ».

Ces assises qui se tiendront les 9 et 10 février 1989, donneront naissance au parti politique « Le Rassemblement pour la Culture et la Démocratie (RCD) ».

16 au 24 Juillet 1989 :

Neuf années après la tenue du 1er séminaire de Yakouren et après plusieurs années de clandestinité, le Mouvement culturel berbère tient son 2eme séminaire à Tizi-Ouzou. Il a pour objectif de faire le bilan qualitatif de la trajectoire qu’il a connue et définir ses contours actuels, les perspectives sur les plans de l’organisation et du programme de travail. Dans sa plate-forme, le MCB se défi­nit comme « un mouvement de revendication rassembleur et autour de la question identitaire, culturelle et linguistique ­ »Le MCB, mouvement à caractère pacifique, non violant est « une force sociale et politique, démocratique… » qui inscrit son combat dans le cadre du mouvement démocratique de tout le peuple algérien ».

Il lutte et combat pour :
-  La reconnaissance constitutionnelle de la dimension amazigh comme partie intégrante et inaliénable de l’identité du peuple algérien ;
-  La récupération et la promotion des cultures populaires algériennes en général et du patrimoine amazigh en particulier
-  La reconnaissance de la langue tamazight, tangue nationale et officielle aux côtés de l’arabe ;
-  Le développement et la promotion de la production culturelle en langue tamazight ;
-  Le développement et la généralisation progressive de l’enseignement de cette langue ainsi que sa prise en charge par les médias, l’administration, etc.

Le Mouvement Culturel Berbère se dit « partisan de l’ou­verture sur les autres dimensions de la culture nationale et l’universalité ».  » Il n’est ni chauvin ni passéiste ». il est ouvert à toute personne militante ou non dans un parti politique, le MCB se défend d’être partisan d’un parti politique. Il n’est ni un parti politique, ni un relais de partis. « Il n’a pas vocation à prendre le pouvoir ». Le MCB, mouvement reven­dicatif se dit « autonome vis-à-vis de l’ensemble des partis politiques, ainsi que de État ».

5 Janvier 1990 :

Un tract signé Mouvement culturel amazigh invite tous les militants berbères (individus, associations cul­turelles, partis politiques) à un rassemblement devant le Premier ministère le 25 janvier à 13 h. Cela en « vue, selon le document, d’exiger l’intégration de la langue et de la culture tamazight au sein de l’Université, c’est-à-dire la création d’instituts d’enseignement et de recherche en tamazight.

L’organisation de ce rassemblement suscite une polémique au sein des militants du MCB.

16 Janvier 1990 :

Le Rassemblement pour la culture e la démocratie (RCD) s’oppose à l’appel du MCB pour 1e rassemblement devant le Premier ministère prévu pour 25 janvier 1990. Dans une déclaration intitulée « question amazigh : dépasser la confusion et prévenir les dérapages » le RCD qualifie l’appel d’anonyme puisqu’il ne porte aucune signature. Il se demande : « qui est effectivement derrière cet appel ? Un parti, plusieurs partis, une association ou des individus ? Comment s’appellent-ils ? Qui va prendre la parole ? Pour dire quoi ? ».

Pour le RCD, il y a « trop de doutes, trop de manœuvres trop d’anonymat, trop de confusion » qui « accompagne l’action du 25 janvier ».

18 Janvier 1990 :

Les auteurs de l’appel du 25 janvier répondent individuellement à la déclaration du RCD par une autre déclaration signée MCB. Cette déclaration vient comme pour donner l’identification réelle des auteurs de l’appel du MCB au rassemblement. Ce sont les représentant des Commissions de wilaya issues de son 2e séminaire, des représentants de plusieurs associations culturelles ou civiles.

La déclaration précise que le MCB « ne donne aucune signification politicienne quant au choix du lieu de rassemblement ».

22 Janvier 1990

Une déclaration signée « Étudiants réunis en A.G. de l’université de Tizi-Ouzou » qui se réclament partie prenante du MCB, critique sévèrement l’attitude du RCD vis-à-vis du rassemblement prévu pour le 25 janvier 1990. Ces étudiants se disent « profondément indignés par l’attitude malhonnête, criminelle et calculatrice du RCD ».

Ils appellent tous les militants sincères à « dénoncer énergiquement ce parti qui prétend détenir la paternité de la revendication tamazight ».

A trois jours du rassemblement prévu par le MCB à Alger ; le ministre délégué aux Universités annonce la création d’un département autonome de la langue et culture tamazight

23 Janvier 1990 :

Un groupe de dix enseignants de la langue et militants du MCB (Abdennour Abdeslam, Arezki Graine, Hakim Saheb, Mourad Bounab, Amar Amireche et Khaled Bouredine) rendent public une déclaration intitulée « la raison et l’instinct ». Dans cette déclaration, ils s’opposent et se démarquent de l’appel au rassemblement du 25 Janvier et appellent les militants à un maximum de vigilance. Ils se posent les questions suivantes : « Puisque l’institut est acquis, pourquoi ce rassemblement ?
-  Aller au siège du gouvernement pour dire quoi ?
-  Quel est l’objectif réel de ce rassemblement ?
-  A qui profite ce rassemblement : est-ce à tamazight ou à des formations politiques ? Lesquelles ? Quelle est leur position (dans leur programme) sur tamazight ? ».

25 Janvier 1990 :

Des centaines de milliers de manifestants répondent à l’appel du MCB en prenant part au rassemblement devant l’APN (Assemblée Populaire Nationale) à Alger. Ils sont venus de plusieurs départements du pays, « infli­geant ainsi un cinglant démenti à ceux qui voulaient régionaliser le mouvement ».

Cette marche, prévue lors du deuxième séminaire du MCB (Commissions nationales) et dont le mot d’ordre était la réalisation d’un institut ou département de la Thamazight à Tizi-Ouzou, a confirmé l’enracinement du mou­vement berbériste au sein de la population alors qu’on pen­sait « que derrière les trois initiales se cachait un mouvement d’élites restreint à l’université ».

La réussite de la marche a malheureusement suscité, selon le rapport du MCB « des appétits politiques divers ». côté du pouvoir d’abord, puis des forces politiques qui voulaient le récupérer et enfin de l’intérieur du mouvement, qui le plongent dans une crise dangereuse. La crise éclatera a grand jour le 20 avril 1990, au campus de Oued-Aïssi lors du gala de la commémoration du 10 e anniversaire du printemps berbère.

Cette crise provoque un schisme et divise le mouvement culturel berbère d’une manière claire en deux ailes diamétralement opposées : les Commissions nationales du FFS d’Aït-Ahmed et la Coordination nationale proche du RCD de Sadi. Les événements (notamment les élection, que connaîtra, plus tard, l’Algérie vont accentuer les divergences et feront réagir des militants berbéristes. Angoissé ils s’insurgent contre les manœuvres de division du mouvement à tel point que l’un d’eux, Mokrane Chemime, détenu d’avril 1980 et linguiste écrit dans les colonnes de presse en mai 1994 ce qui suit :

« Alors, dans la rue, des gens (…)se posent l’inévitable question : pourquoi deux MCB pour défendre une seule et même cause ? Existe-t-il des divergences de fond entre les deux « adversaires », ces « frères ennemis » sur la question de l’identité de la langue et de la culture ? L’absence de débats francs et sereins entre la sensibilité RCD et la sensibilité FFS sème davantage la confusion, jette encore plus d’obscurité sur la démarche et surtout les desseins des uns et des autres. Que veulent-ils exactement et où veulent-ils en venir ? (… Les véritables divergences sont d’ordre politique ou, comme disent certains, une question de leadership ».

« (…)Ayez pitié de nous, démocrates des deux MCB, jouez cartes sur table, parlez-nous franchement. Si non, nous, qui nous mobilisons pour la cause Thamazight mais jamais pour vous, par le cœur et par la raison, risquent de vous « lâcher » au milieu du chemin »

Même période : Un cercle d’études berbères est mis sur pied à Ghardaïa autour de Abderrahmane Houache, pionnier berbérisant du M’zab, regroupant d’autres mili­tants tels que : Salah Tirichine, Abdelwahab Fekhar…….

Ce premier cercle du genre, au M’zab, entreprend des projets ambitieux dans le domaine de la langue, de la culture et de la prise de conscience identitaire chez les jeunes Mozabites. Ces initiateurs entament la révision et le déve­loppement d’un dictionnaire complet mozabite-français. Ils créent plusieurs centaines de néologismes et amorcent la ration de l’école Thamazight. Ils créent un vocabulaire propre à la région, une modalité de transcription en caractères arabes, des publications dans le domaine de la grammaire et de la poésie.

Extraits de « Chronologie du mouvement berbère, un combat et des hommes » de Ali Guenoun paru aux éditions Casbah Alger, 1999

source:afrique-du-nord.com

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AÏT MENGUELLET CHANTE… DE TASSADIT YACINE

Posté par algeriedemocratie le 8 juillet 2009

Le poète d’un amour mélancolique
08 Juillet 2009 

Rien d’autre que ce titre ne me semble plus séant à celui qui «s’engage à la poursuite du possible de son possible».

Il n’y a pas que le philosophe Kierkegaard qui le dit dans son Traité du désespoir. Comme tout grand poète, Lounis Aït Menguellet ne s’attache pas à sa petite personne; il reste fidèle à l’amitié du coeur et… de la raison. Au reste, on devine sa générosité immense dans l’aide apportée à Tassadit Yacine, anthropologue et directrice de la revue Awal, pour conclure son bel essai intitulé Aït Menguellet chante…(*) Il s’agit, ainsi que le signale l’éditeur algérien, d’une réédition, la troisième, après celles de La Découverte (Paris, 1999) et Bouchène (Alger, 1990). N’oubliant pas son maître Mouloud Mammeri – et notre ami -, son cofondateur de Awal, cahiers d’études berbères, avec le soutien de Pierre Bourdieu, sociologue et intellectuel critique français, Tassadit Yacine le rappelle à notre mémoire en faisant figurer son nom en tête de ce travail. J’observe avec autant d’émotion qu’elle y a associé une autre Nedjma brillante de notre littérature, Kateb Yacine qui en a fait la préface. Prenant le juste prétexte de témoigner sur le talent du chanteur Aït Menguellet, Kateb Yacine évoque les incidents irresponsables qui sont apparus à Tizi-Ouzou, en avril 1980, autour de la conférence de Mouloud Mammeri sur «La poésie ancienne des Kabyles». Abordant le thème de la langue tamazight, il peint un panorama très significatif des aléas subis par cette langue à travers l’histoire mouvementée de l’Algérie. Il a pu écrire: «Les envahisseurs étrangers n’ont cessé de la refouler. Il y a eu les siècles de domination romaine, arabo-islamique, turque et enfin française. Tous ces envahisseurs ont voulu imposé leur langue, au détriment de tamazight.» Le travail de Tassadit Yacine nous propose plutôt un panorama des oeuvres (poésie ou chant?) de celui qui ne cesse d’être obsédé par ce qu’il entend sourdre au plus profond de lui-même: un rêve que sa conscience ressasse comme la seule image vibrante de vérité, une vie première en imagination. Mais c’est plutôt un rêve éveillé où le passé, le présent, l’avenir ne sont plus uniquement le sien: «J’ai rêvé que j’étais dans mon pays / Au réveil, je me suis trouvé en exil.» La Voix – sa voix, sa parole, son existence, allumée du feu d’un espoir têtu, pérennise l’enracinement du poète dans son lointain passé – est bouleversante de patience; elle lui commande: «Dors, dors, on a le temps, tu n’as pas la parole!» C’est cette prédisposition à la poésie chantée très particulière de Lounis Aït Menguellet, qui donne une grande présence au poète, interprète et compositeur. Il est de ceux que l’on distingue à la seule syllabe prononcée et qui se développe en musique; on sait que lui est né à Ighil Bouammas en Haute Kabylie le 17 janvier 1950. Il s’est, très jeune, écarté des longues et difficiles études, s’est formé à l’ébénisterie à Belcourt-Alger. La chansonnette l’aurait, un temps, séduit. Et puis les hasards de quelques rencontres avec des artistes dévoués lui ouvrent le chemin qu’il préfère: composer et chanter. Son inspiration? Elle est multiple et d’une authenticité rarement égalée par d’autres chanteurs proches de ses sources. Lui, il refuse les compromissions de l’exil qui n’a pas de sens. Il vit chez lui parmi les siens; il chante son pays dans la langue de ses ancêtres, en plein respect de sa culture et de son identité; son oeuvre a franchi nos frontières et s’est élevée à l’universel. On apprécie ce poète sur pièces: une poésie sans concession, entière, totale, c’est, pourrait-on dire, ou tout ou rien! Tassadit Yacine décrit excellemment «ce génie du verbe»: «Ce poète berbère de Kabylie a débuté très…timidement dans la chanson et la poésie pour s’affirmer, se confirmer…sûrement [...] Il est poète, barde, penseur…Il est la partie et le tout dans un même mouvement, un seul geste, un seul instinct: celui de ne pas mourir. Lounis ne hurle pas sa peine, il ne dénonce pas; comme les aèdes chargés de peines et de promesses, qui dessinaient le passé de leur peuple, il se contente d’énoncer sa devise qu’il sait par ‘‘coeur ’’. En Lounis, le peuple berbère de Kabylie a retrouvé son âme…plongée dans la nostalgie, les amertumes du désespoir et la crainte des lendemains désenchanteurs, signes de la perte. Perte d’amour, perte de dignité, perte de soi. [...] Lounis se délecte de l’absurdité de la vie qu’il sert en musique.» J’aimerais ajouter cette petite précision qui occupe une place de choix dans la poésie de Lounis Menguellet, c’est qu’il s’exprime par allusions, par autant de paraboles aussi. Il suffit de lire dans le magnifique florilège d’images poétiques que l’on trouve aisément dans les chansons de Menguellet et que Tassadit Yacine a recueillies admirablement et dans l’original et dans la traduction française. Sous le titre général «Nostalgie», on peut lire 63 textes de «chansons d’amour et de nostalgie» et 41 textes de «chansons politiques». Et j’ai un souhait: vivement que ce patrimoine populaire transcrit en caractères latins, traduit en français, soit également traduit en toutes lettres en langue arabe. Terminons par ce distique aphoristique extrait du poème L’Abeille:
Yekcem weerez tagrast
La guêpe est entrée dans la ruche
La tetru tzizwit mi truh
Que l’abeille a quittée en pleurant

(*) AÏT MENGUELLET CHANTE…
de Tassadit Yacine
Éditions Alpha, Alger,
2008, 517 pages.

Kaddour M´HAMSADJI

source: l’expression

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