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L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bouregaa

Posté par algeriedemocratie le 7 juin 2010


L’affaire Si Salah, vécue par le commandant Lakhdar Bouregaa dans histoire(16) Si-SalahSadek Sellam Historien de l’islam contemporain.

In  CAIRN.Info 

Les raisons de l’échec des négociations secrètes qui aboutirent à la rencontre du 10 juin 1960 entre de Gaulle et la délégation de la Wilaya 4, conduite par le colonel Si Salah, restaient insuffisamment connues. Les révélations contenues dans les mémoires que publie récemment en arabe le commandant Lakhdar Bouréga comblent une partie de ces lacunes. Les témoignages de cet acteur de l’ « affaire de l’Élysée » renseignent également sur le vécu de l’ALN et retracent les parcours des grandes figures de la Wilaya 4. To this day, the motives of the failure of the secret negotiations which lead to the meeting of June 10, 1960 between de Gaulle and wilaya 4’s delegation leaded by colonel Si Salah remained inuficiently. Part of the lacune are filled by the revelations of commandant Lakhdar Bouréga’s memoirs, recently published in arabic. The testimony of this actor of the Élysée affair also informs us about life in the ALN and shares with us the journey of wilaya 4’s great figures.

Lakhdar Bourèga, l’ancien chef de la katiba (compagnie) Zoubiria, a vécu à l’intérieur de la wilaya IV l’affaire Si Salah, en tant qu’adjoint militaire du capitaine Abdelatif, le chef de la mintaka 42. Dans ses Mémoires, parues en arabe sous le titre Témoin de l’assassinat de la Révolution (Dar al Hikma, Alger), il fait des révélations sur cet épisode de la guerre d’Algérie. Sadek Sellam résume dans cet article la relation par L. Bourèga de cette « ténébreuse affaire ». Si Lakhdar Bourèga a lu les épreuves de cet article qu’il a trouvé conforme à ses mémoires.

Les protagonistes de l’affaire

Le discours du 16 septembre 1959 dans lequel le général de Gaulle a parlé d’autodétermination a rencontré un écho favorable chez certains officiers supérieurs de l’ALN. Ceux-ci manifestaient de plus en plus de confiance envers le chef de l’État qu’ils croyaient être en mesure d’aller vers une solution satisfaisante du conflit algérien par la voie de la négociation. L’idée même d’autodétermination leur paraissait représenter un début de reconnaissance des revendications politiques pour lesquelles ils combattaient depuis cinq ans.

La même intervention provoquait la consternation chez les officiers de l’armée française d’Algérie qui croyaient à une issue militaire. C’est en confiant leur perplexité au colonel Alain de Boissieu, qui était chef de cabinet du délégué général Paul Delouvrier, que ces partisans d’une victoire militaire ont entendu le gendre de De Gaulle leur répondre que seule « la neutralisation d’un chef de wilaya » pourrait dissuader son beau-père de chercher à négocier avec le GPRA. Le colonel Henri Jacquin qui dirigeait le BEL (Bureau d’études et de liaisons) assistait à l’entretien. Il passa aussitôt en revue la situation de toutes les wilayas avant de jeter son dévolu sur « la IV ».

Malgré les graves difficultés internes dues notamment aux défections provoquées par l’offre de la « Paix des braves » par le général de Gaulle en septembre 1958, et qui donnèrent lieu à de sévères mesures d’ « épuration », et en dépit des rudes coups portés en 1959 par l’opération « Courroie » du plan Challe qui lui valut de perdre près de la moitié de ses effectifs, la wilaya de l’Algérois gardait, avec ses 2 500 djounouds (selon les estimations du BEL), une importance militaire certaine [1]. Selon Jacquin, la wilaya IV était restée « le phare de la résistance intérieure ». L’affaire Si Salah, ou opération « Tilsit », est née de la diffusion au sein de l’ALN de l’idée d’une paix séparée par les officiers du BEL, qui étaient dirigés notamment par le capitaine Heux. Les manipulations de ce spécialiste de la guerre psychologique avaient été à l’origine de la mise en place de la Force K, un faux maquis créé en 1957-1958 près d’Aïn Defla, sous la direction de Djilali Belhadj, dit Kobus [2], un ancien de l’OS passé au début des années 1950 au service du SLNA du colonel Schoen. L’action du BEL au sein de la wilaya IV avait en quelque sorte anticipé le désir de quelques officiers supérieurs de celle-ci de répondre directement aux offres du général de Gaulle. Ajoutée aux contacts qu’avaient déjà noués avant le 13 mai 1958 avec le FLN et l’ALN de la région d’Alger des gaullistes comme Lucien Neuwirth, cette action favorisa l’émergence d’un véritable courant « degaulliste » (Jacquin) au sein de la wilaya IV [3]. C’est le commandant Lakhdar Bouchama qui faisait figure de chef de file de ce courant attentif aux propositions du général de Gaulle.

Né au début des années trente à Novi près de Ténès, L. Bouchama avait fait des études de lettres à Alger. Il a rejoint l’ALN en 1956 dans sa région natale. Il avait servi dans le commando zonal Djamal avant d’être promu capitaine chef politico-militaire de la zone 4 (Ténès-Cherchell). Le 14 janvier 1960, le conseil de la wilaya IV a été convoqué, par le commandant Si Salah, pour la première fois depuis la mort mystérieuse du colonel Si M’hamed, le 5 mai 1959 à Ouled Bouachra, près de Médéa. À cette occasion, Si Lakhdar Bouchama a été promu commandant, chargé des Renseignements et liaisons au sein du nouveau conseil de wilaya. À la fin de cette réunion, le commandant Lakhdar arrive à convaincre le commandant Halim de l’utilité d’engager des pourparlers directs avec les Français. Originaire de Sidi Aïssa, Halim était un ancien condisciple de Boumediene à l’université islamique d’El Azhar. Après une période d’instruction dans une académie militaire égyptienne, il était passé par le camp d’entraînement d’Amrya [4]. Il était arrivé en 1957 dans la wilaya IV où il est devenu assez rapidement capitaine, responsable politico-militaire de la zone 1 (Palestro-Tablat). À la réunion du 14 janvier 1960, Halim est promu commandant, membre du conseil de wilaya avec le titre de commissaire politique. On peut supposer que les souvenirs mitigés ramenés du Caire, où il avait observé les dissensions au sein du CCE du FLN, l’avait prédisposé à être réceptif aux sévères récriminations du commandant Lakhdar Bouchama contre l’ALN et le FLN de l’extérieur.

Les deux membres du conseil de la wilaya ont pu rallier à leurs vues le capitaine Abdelatif, le chef de la zone 2 (Médéa-Aumale). De son vrai nom Othman Telba, Abdelatif était originaire de Koléa. Sa qualité d’ancien du commando zonal Ali Khodja lui valait un grand prestige auprès de ses djounouds. Ce « militaire sobre de gestes et de paroles » (Jacquin) avait été arbitrairement emprisonné en 1957 par l’ALN du Maroc, d’où il a pu s’échapper en compagnie du docteur Farès, le neveu d’Abderrahmane Farès, natif comme lui de Koléa et qui venait d’achever ses études de médecine à Montpellier. Abdelatif était revenu à la wilaya IV assez mécontent de ce qu’il avait vu et vécu au Maroc.

Les soupçons de L. Bourèga

Il avait comme adjoint militaire au sein du conseil de la zone 2 le lieutenant Lakhdar Bouregaa. Dans ses mémoires publiés en arabe à Alger sous le titre évocateur Témoin de l’assassinat de la révolution, il se souvient qu’il a reçu le 2 mars 1960 une convocation des commandants Lakhdar et Halim lui demandant de venir, seul et dans le plus grand secret, les rejoindre au douar Bouakiria près de Tablat. Ses deux supérieurs, avec lesquels il est resté du 12 au 18 mars, lui ont demandé d’interrompre la préparation des contingents que la wilaya IV avait l’habitude d’envoyer comme renforts aux wilayas qui étaient en difficulté [5]. Ils l’ont interrogé sur le commandant Si Mohamed, l’adjoint militaire de Si Salah, pour savoir s’il était parti accomplir sa mission en zone 3, puis dans la wilaya V. L. Bouregaa fut intrigué par ce contre-ordre donné par des supérieurs qui étaient censés se rendre dans les wilayas I et VI pour l’accomplissement des missions décidées lors de l’importante réunion du 14 janvier. Alors qu’il s’interrogeait sur les raisons cachées de ces changements, le lieutenant Lakhdar a vu arriver à El Bouakiria son supérieur immédiat le capitaine Abdelatif qui rentrait d’une mission secrète à Médéa, dont il saura plus tard qu’elle consistait à rencontrer le cadi de cette ville Si Kaddour Mazighi [6]. Abdelatif lui a ordonné d’accompagner les deux commandants dans leurs déplacements, sans chercher à en savoir plus.

Né en 1933 au douar Ouled Turki, près de Champlain dans la région de Médéa, Lakhdar Bourèga a été formé dans les écoles coraniques de l’Atlas blidéen (Ouled Turki, Sidi al Mahdi, Zérouala…). Sa politisation précoce a été favorisée par les troubles qui firent, selon lui, plus d’une douzaine de morts dans la région au moment des élections des délégués de l’Assemblée algérienne en avril 1948. Il a pu approcher des militants du MTLD et des membres de l’OS comme Didouche Mourad, Ben M’hal, Lakhdar Rebbah et Si Tayeb Djoghlali qui s’étaient réfugiés dans sa famille en 1952. Appelé au service militaire, il a fait son instruction à Mostaganem. Là il a rencontré deux camarades qui venaient du centre d’instruction de Hussein Dey et qui feront parler d’eux par la suite : Ali Khodja, qui donnera son nom au célèbre commando zonal de la wilaya IV, et Sadia Djemaï, alias Mostéfa Lakhal, qui fera partie des contestataires des résolutions du congrès de la Soummam d’août 1956 avant d’être exécuté pour avoir trempé dans le complot de 1959 du colonel Lamouri contre le GPRA. Lakhdar Bourèga nous apprend au passage qu’à l’annonce de l’exécution de Mustapha Lekhal, un de ses anciens compagnons d’armes, Lounissi, qui faisait partie du commando Ali Khodja, a décidé, sous le choc, de quitter définitivement et l’ALN et l’Algérie pour s’établir définitivement en Allemagne !

L. Bourèga a été ensuite dans les Chasseurs alpins à Briançon avant d’être envoyé à Safi au Maroc d’où il s’est évadé en mars 1956 avec un groupe d’appelés algériens. Avec les autres déserteurs, il a pris contact avec l’ALN dans la région de Tlemcen. Mais les responsables locaux de celle-ci se sont contentés de les dépouiller de leurs armes et les ont laissés repartir vers Alger. C’est à Chebli qu’il a été enrôlé dans l’ALN. Blessé près de Boufarik, il a quitté la Mitidja pour mettre à profit sa formation de chasseur alpin et acquérir une grande connaissance de la zone montagneuse allant du djebel Bouzegza jusqu’aux monts de l’Ouarsenis. Promu sous-lieutenant, il est devenu commandant de la célèbre katiba Zoubiria à laquelle faisait appel le colonel Si M’hamed pour l’escorter dans ses longs déplacements [7]. Lorsqu’il s’est trouvé confronté, début mars 1960, à la grave crise de conscience provoquée par les contre-ordres des commandants Lakhdar et Halim, approuvés par le capitaine Abdelatif, le lieutenant zonal était pris entre, d’un côté, l’admiration, voire la révérence, qu’il vouait à des chefs charismatiques qui s’étaient distingués depuis le début de la guerre dans les meilleures unités d’élite de toute l’ALN, et, de l’autre, le désir d’en savoir plus sur ce qu’on lui cachait. Les deux commandants l’ont chargé d’aller contacter Baba Ali Bachir, le chef de la zone 5 (Boghari-Aumale) en lui indiquant un trajet autre que celui qu’il avait l’habitude de prendre. Il a été d’autant plus intrigué que ses supérieurs l’appréciaient pour sa bonne connaissance des itinéraires à prendre. Le choix par eux d’itinéraires inhabituels ajouté aux nombreux autres contacts secrets que ses trois supérieurs multipliaient à partir du refuge d’El Bouakiria contrariait le sens habituel de la discipline chez le lieutenant Lakhdar.

Les ruses de L. Bourèga

Pour en avoir le cœur net, il a décidé de se rendre, non pas en zone 5, mais au siège de la wilaya, qui était à Guellaba près de Boghar. Là, il a appris à Si Salah que les deux commandants ont renoncé aux missions dont ils avaient été chargés le 14 janvier, et qu’ils lui ont ordonné d’arrêter l’envoi des contingents vers les autres wilayas. Il lui a fait part également de la mission dont il était chargé auprès du chef de la zone 5, à qui il devait remettre un message des deux commandants dont il ignorait le contenu. Si Salah lui a donné l’impression d’ignorer tout ce qui se tramait. Après un long moment de silence le chef de la wilaya lui a demandé d’obéir aux ordres des commandants. L. Bourèga s’est rendu à la zone 5, mais après avoir envoyé une lettre à Si Mohamed – qui préparait dans le Ouarsenis les contingents destinés aux autres wilayas – pour lui demander de l’autoriser à venir le voir. Mais Bounaama lui recommanda de s’adresser à… Si Salah. Le lieutenant Lakhdar écrit à nouveau à Si Mohamed pour le mettre au courant de la rencontre avec le chef de la wilaya. Au même moment, les commandants Lakhdar et Halim ont adressé un courrier demandant au commandant militaire de la wilaya de venir les rejoindre. L. Bourèga s’est trouvé mis dans l’impossibilité de rencontrer Si Mohamed car les deux commandants avaient pris soin d’envoyer à sa rencontre une escorte qui lui a fait prendre un itinéraire destiné à éviter à l’adjoint militaire de Si Salah de rencontrer le lieutenant. Ce dernier a accompli sa mission auprès du chef de la zone 5 et revient vers les deux commandants. Les missions demandaient alors entre trois jours et trois semaines. Les contacts avec la zone 3 étaient rendus particulièrement difficiles par l’intensité de l’ « opération Matraque » qui semble avoir été déclenchée pour faire pression sur Si Mohamed. Les deux commandants redoutaient de le voir désapprouver les contacts engagés, à partir du 28 mars, avec Bernard Tricot (qui représentait l’Élysée) et le lieutenant-colonel Édouard Mathon (qui représentait Matignon) à la suite de la transmission aux Français, le 18 mars, par le cadi Mazighi des messages d’Abdelatif et de Lakhdar Bouchama. Certains déplacements étaient contrariés par les opérations des troupes de secteur et cela rendait difficiles les communications d’une zone à une autre. Les retards dans l’accomplissement des missions confiées à Bourèga étaient aggravés par les ruses des deux commandants (dont un était chargé des Renseignements et liaisons), qui ont été jusqu’à lui confier des missions fictives, sans doute en raison de ses réticences qui leur paraissaient susceptibles de décourager les officiers dont l’adhésion aux pourparlers était souhaitée. Tout cela a fait que les interrogations de Bourèga ont duré jusqu’au début du mois de juin. Au retour d’une mission, il a été stupéfait de trouver Lakhdar, Halim et Abdelatif en compagnie de Si Salah auprès de qui ils avaient dépêché un autre émissaire.

Les griefs de Si Salah

Né en 1928 à Aïn Taya dans une famille originaire de Kabylie, Si Salah, de son vrai nom Mohamed Zamoum, a fait partie des groupes armées qui participèrent avec Ouamrane et Si Sadek aux opérations du 1er novembre 1954. Il avait occupé le poste de commissaire politique de la wilaya IV quand celle-ci était dirigée par le colonel Si M’hamed Bougara, de 1957 à 1959. Il avait gardé un fort mauvais souvenir d’un bref séjour à Tunis. Ses griefs envers le FLN et l’ALN de l’extérieur prirent une tournure dramatique quand l’état-major refusa de répondre à ses demandes d’explication sur la passivité manifestée face aux difficultés des maquis. Les services français avaient intercepté, et falsifié, la communication qu’il a pu avoir, le 15 avril 1960 avec le colonel Boumédiène. À cette date, il ne semble pas qu’il ait été mis au courant des préparatifs de l’opération « Tilsit ». Mais sa déception l’a amené à adresser un message menaçant le GPRA d’engager des contacts directs avec les Français. Un message radio de Tunis l’a prié de ne rien engager dans ce sens et de « penser à l’avenir de la révolution ».

Nouvelles ruses de L. Bourèga

Le lieutenant Lakhdar était persuadé que quelque chose de grave se préparait à son insu, mais ses supérieurs ne lui ont pas laissé le temps de se ressaisir et l’ont chargé d’une autre mission dans la zone 1 (Palestro-Tablat). Début juin, il a fait part de ses interrogations au sous-lieutenant Mohamed Bousmaha, qui lui avait succédé à la tête de la région 4 de la zone 2. Celui-ci lui a manifesté une entière confiance et, sans être au courant de ce qui se tramait, le lieutenant et le sous-lieutenant se concertent. Ils ont un moment pensé à alerter le GPRA par un message radio. Mais le lieutenant Lakhdar a eu recours à une ruse. Il s’est présenté à ses chefs, qui ne l’attendaient pas, et a trouvé Si Salah et Si Mohamed réunis avec les commandants Lakhdar et Halim ainsi qu’avec le capitaine Abdelatif. Deux tissal (agents de liaison) des zones 2 et 3 venaient de lui annoncer les passages des commandants Si Salah et Si Mohamed. Malgré le secret qui entourait ces déplacements, les deux tissal l’ont mis au courant, du fait de la confiance qu’ils avaient en lui et de son expérience du terrain. Surpris de le voir rappliquer, les chefs de la wilaya lui ont demandé ce qu’il était venu faire. Il leur a annoncé que le commandant Tareq (qui assurait l’intérim du commandement de la wilaya V) était au mont Mongorno et qu’il souhaitait les rencontrer [8]. Le lieutenant Lakhdar avait capté les conversations secrètes de ses supérieurs et s’était souvenu de ce nom qui était cité parmi les chefs à contacter. C’est Si Mohamed qui s’est proposé d’aller le voir. L’adjoint militaire d’Abdelatif se souvient qu’un des émissaires français, qu’il pense être Bernard Tricot – à moins qu’il s’agisse de Mathon, qui était habillé en civil quand les rencontres n’avaient pas lieu à la préfecture de Médéa, les a accompagnés en voiture jusqu’à ce qu’ils quittent la route goudronnée pour prendre les sentiers de montagne en direction des maquis du Mongorno [9]. Lakhdar Bourèga a conduit Si Mohamed à Draa Tmar où les attendait le sous-lieutenant Bousmaha, en compagnie d’un groupe de djounouds sûrs. Cela se passait vers le 12 ou le 13 juin, d’après les souvenirs de Bourèga dont la chronologie des faits se réfère plus aux missions successives (dont la durée variait) qu’aux dates exactes.

Revirement de Si Mohamed

Né en 1926 à Molière, de son vrai nom Djilali Bounaama, Si Mohamed a été mineur à Bou Caïd et, un moment, dans le nord de la France. Il avait fait la Deuxième Guerre mondiale dans les tirailleurs algériens. Devenu chef syndicaliste, il avait adhéré au MTLD. Il avait participé au congrès d’Hornu de l’été 1954 au cours duquel ce parti s’était scindé en deux tendances rivales, les « Centralistes » et les « Messalistes ». Il a rejoint l’ALN en 1956 dans l’Ouarsenis. Promu capitaine, il est devenu le chef de la zone 3 où il a eu à combattre le faux maquis de Kobus. Il a été également mêlé aux campagnes d’épuration consécutives aux troubles provoqués dans les maquis par la proposition d’une « Paix des braves » faite par de Gaulle en septembre 1958. D’importantes opérations ont été menées contre lui, comme « Matraque » en mars 1960, et « Cigale » en juillet, celle-ci ayant eu pour but de l’éliminer personnellement. Prévoyant cette offensive dans l’Ouarsenis, il a été avisé de rester dans le Titteri. Mohamed Téguia ne dissimulait pas son admiration pour son ancien chef et estimait qu’un livre biographique mériterait de lui être consacré.

Les deux jeunes officiers ont expliqué à Si Mohamed qu’il n’y avait pas de Tareq et qu’ils voulaient le séparer du groupe pour qu’il leur dise ce qui se passait exactement. Après un moment de crainte, Si Mohamed leur a appris que Si Salah, Si Lakhdar et lui venaient d’être reçus, le 10 juin, à l’Élysée par le général de Gaulle. Il leur a révélé les différentes rencontres consécutives au premier entretien qu’avait eu Abdelatif avec le cadi de Médéa à la mi-mars.

Consternés par cette nouvelle, Bouregaa et Bousmaha ont rappelé à Si Mohamed que c’est lui qui avait toute leur confiance et qu’il devait prendre ses responsabilités pour mettre fin au « plan de l’Élysée ». « Nous aurions pu vous arrêter tous », lui ont-ils précisé, en lui indiquant qu’ils étaient prêts à appliquer les ordres qu’il jugeait nécessaire de leur donner pour contre-carrer cette tentative de paix séparée et reprendre les combats. Celui qui jouissait d’un prestige considérable auprès de ses officiers, et qui était considéré comme étant le « chef le plus dur dans la région, et peut-être dans toute l’Algérie », et qui passait, aux yeux de Challe, pour être « le premier du point de vue militaire », ne pouvait rester indifférent à l’interpellation de deux parmi ses plus valeureux subordonnés. Leur leçon de fermeté et de patriotisme lui a donné mauvaise conscience au point d’avoir une crise de larmes, lui le chef implacable et apparemment insensible. Il n’y a pas eu de menace de la part de Bourèga et de Bousmaha [10]. Si Mohamed a été un moment décontenancé parce qu’il ne connaissait pas leurs intentions réelles. Mais leur détermination l’a aidé à se ressaisir vite, car il n’avait adhéré au plan de Lakhdar Bouchama que du bout des lèvres lorsqu’il s’était trouvé, début juin, dans une maison des faubourgs de Médéa, dont on lui a dit qu’elle était « neutralisée », c’est-à-dire sous la protection de l’armée française. Selon Mohamed Téguia, qui était son secrétaire, Si Mohamed a dit plus tard que s’il avait refusé de partir à Paris, il aurait été arrêté. Il dira également qu’il aurait mieux fait de mourir que d’accepter l’idée de paix séparée. C’est donc cet état d’esprit qui a facilité son revirement. Il a tenu à donner un caractère solennel et religieux à son changement d’attitude par un serment sur le Coran de fidélité à la révolution et d’obéissance à la direction de celle-ci. Bourèga et Bousmaha l’avaient déjà mis à l’aise en lui déclarant qu’ils ne mettaient pas sa participation aux négociations sur le compte de la trahison. Là-dessus, Si Mohamed décide de contre-carrer l’initiative de ses pairs et ordonne la destitution de Si Salah du commandement de la wilaya, l’arrestation de tous ceux qui ont été impliqués dans l’ « affaire de l’Élysée » et l’intensification des opérations militaires dans les villes, dans les djebels et sur tous les fronts.

Le rôle moteur de Lakhdar Bouchama

Ces ordres écrits ont été remis au lieutenant Lakhdar qui s’est rendu immédiatement, en compagnie de Bousmaha et de son groupe de djounouds, au domicile du cadi où ils ont trouvé le commandant Lakhdar Bouchama. Celui-ci a été arrêté et conduit au milieu de la nuit auprès de Si Mohamed. Le cadi a été prié de dire que Si Lakhdar est parti en mission de toute urgence et qu’il allait revenir pour la suite des contacts.

Un rapport rédigé par Si Lakhdar Bouchama et envoyé au GPRA le 22 mars 1960, et que L. Bourèga a mis parmi les documents annexes de son livre, renseigne sur l’état d’esprit de cet officier supérieur et sur les raisons qui l’ont amené à vouloir traiter directement avec de Gaulle. Après avoir rappelé que le peuple s’était engagé aux côtés de l’ALN pour « la reconquête de sa dignité », « la résurrection de l’Islam » et « la renaissance de la langue arabe », le commandant chargé des Renseignements et liaisons énumère ses reproches à l’armée des frontières et au GPRA qu’il accuse d’être indifférent aux souffrances de la population. Il parle du « ramassis d’aventuriers » incapables de satisfaire les besoins des combattants de l’intérieur. Il accuse certains dirigeants du FLN de l’extérieur d’être à la solde du « nouvel impérialisme athée » (alias l’URSS), et s’étonne de voir le commandant Omar Oussedik en tournée en Chine pour le compte du FLN, « alors qu’il est convaincu de trahison. » [11] Le commandant Lakhdar Bouchama s’en prend également à Boussouf et à Boumédiène qu’il incrimine nommément à propos des difficultés créées par la wilaya V et l’armée des frontières aux « brigades d’acheminement des armes de la wilaya IV ». L. Bouchama pourfend le matérialisme idéologique et l’embourgeoisement attribués au FLN de l’extérieur pour mieux les opposer à l’ « élan mystique » qui a permis au peuple de soutenir l’ALN.

Après avoir été chargé des opérations d’épuration décidées par le colonel Si M’hamed à la suite des défections provoquées par l’offre de la « Paix des braves » par le général de Gaulle en septembre 1958, le commandant Lakhdar Bouchama était devenu à son tour un partisan d’une solution négociée directement avec le pouvoir français, et non pas avec les militaires d’Alger. Il considérait que le discours sur l’autodétermination du général de Gaulle était une reconnaissance des droits politiques du peuple algérien dont les souffrances devraient être abrégées par la conclusion d’un arrêt des combats. Il faisait confiance à de Gaulle pour la mise en œuvre de cette solution politique et envisageait une Algérie indépendante, entretenant une étroite coopération avec la France. Le commandant Lakhdar Bouchama était l’âme de ce qui est devenu l’opération « Tilsit » pour les Français, que Lakhdar Bourèga appelle l’ « affaire de l’Élysée » et que les historiens de la guerre d’Algérie nomment l’ « affaire Si Salah ». Le capitaine Abdelatif a exécuté ses ordres en prenant contact avec le cadi Mazighi et en assurant les liaisons avec les chefs de la wilaya IV et les interlocuteurs français.

Abdelatif arrêté et défendu par L. Bourèga

C’est pourquoi le lieutenant Lakhdar Bourèga est chargé par Si Mohamed de retrouver son chef de zone dans le courant de la deuxième quinzaine de juin. Le nouveau chef de wilaya lui donne comme consigne, en français, de le désarmer, de l’arrêter et de le lui ramener. « En cas de résistance, il ne faut pas hésiter à faire parler les armes », lui précise-t-il.

Après une nuit de marche, le lieutenant Lakhdar trouve Abdelatif au douar Choua’tia, au sud de Chréa. Le capitaine se rendait, dans le cadre de l’opération « Tilsit », dans la Mitidja et dans le Sahel pour y convaincre les chefs locaux. Le grand respect qu’il avait pour son supérieur a empêché le lieutenant Lakhdar d’exécuter à la lettre les ordres du nouveau chef de la wilaya. Il a eu recours à nouveau à un mensonge pieux quand Abdelatif a été étonné de le voir arriver. Il lui a dit que Si Mohamed prépare une grande offensive dans la Mitidja et le Sahel et a besoin de lui pour cela. « J’ai déformé la réalité pour la deuxième fois, afin d’éviter d’humilier un compagnon d’armes dévoué et sincère », explique Bourèga. Étonné de ce revirement, Abdelatif demande à aller voir Lakhdar Bouchama. « Car si Bounaama a changé d’avis, c’est que Si Lakhdar l’a fait aussi », dit Abdelatif. « Les deux hommes sont partis vers une destination inconnue dans l’Ouarsenis, et il est impossible de les rattraper », lui répond Bourèga. « Il nous faut les rejoindre, même en allant jusqu’à la frontière ouest », insiste Abdelatif. L’ancien chef de la katiba Zoubiria a accepté de le conduire au nouveau siège de la wilaya, après avoir passé deux jours avec lui, ce qui lui a permis de compléter le récit donné par Si Mohamed de l’affaire par la version du capitaine. Celui-ci lui a confirmé que Lakhdar Bouchama en a été le cerveau et que Si Mohamed a été très réticent jusqu’à la fin. La bonne foi de Si Mohamed est ainsi confirmée aux yeux de Bourèga.

Le lieutenant et le capitaine, accompagnés par Bousmaha, rejoignent Si Mohamed à Boudha, à l’est de Médéa. Si Mohamed a manifesté sa grande inquiétude de voir Abdelatif arriver avec son arme, au point de croire à un nouveau retournement de la situation contre lui. Il a fait signe à Lakhdar Bourèga de le voir en tête-à-tête et lui a demandé pourquoi Abdelatif n’était pas désarmé. « Qu’est-ce que ça veut dire ? », a demandé Si Mohamed à Lakhdar. Si Mohamed s’est montré très sévère à l’encontre d’Abdelatif, qu’il accuse d’avoir joué un rôle important dans les préparatifs de la rencontre avec de Gaulle. L. Bourèga a pris la défense du capitaine. Il a rappelé son passé de combattant dans le commando Ali Khodja ainsi que le choc provoqué en lui par son emprisonnement arbitraire en 1957. Il a fait état de son évasion héroïque en compagnie du docteur Farès. Il a témoigné qu’Abdelatif est très aimé (mahboub) de tous afin de convaincre Si Mohamed de l’effet désastreux qu’aurait son exécution. « Je connais Abdelatif très bien et je peux affirmer qu’il est récupérable », plaide Bourèga avant d’ajouter : « Je te l’ai amené sans le désarmer parce qu’il a voulu voir le commandant Lakhdar et se mettre sous tes ordres. » Si Mohamed interrompt le lieutenant Lakhdar : « Si Lakhdar n’est plus parmi nous. Il a été jugé et exécuté ! » Le lieutenant Lakhdar dit avoir été consterné d’apprendre la nouvelle de cette exécution qui semble avoir été décidée juste après son départ à la recherche de Abdelatif, pour lequel il a eu soudain peur.

Après deux heures de discussions auxquelles Bousmaha a été admis à participer à la fin, Si Mohamed a fini par être convaincu de la bonne foi d’Abdelatif et a décidé de changer d’emplacement après avoir prononcé la dissolution du Conseil de la wilaya qu’il a remplacé par le Comité militaire d’exécution et de coordination, composé des chefs de zone. Abdelatif en est membre avec le titre de chef de plusieurs zones (du fait des intérims imposés par la mort au combat des chefs de mintaka). Les chefs de zones sont convoqués à la première réunion de ce comité à Sabbah, près de Berrouaghia.

Abdelatif jugé et exécuté

C’est au moment des préparatifs de cette réunion que le lieutenant Lakhdar a été surpris par une opération héliportée à Tabouza près de Champlain. Il a eu à peine le temps de prendre sa carabine et de s’enfuir avec les rescapés parmi la dizaine de djounouds qui l’accompagnaient, sans pouvoir prendre ses affaires dans lesquelles il y avait les ordres écrits de Si Mohamed. Il semble que l’armée française ait eu connaissance pour la première fois du revirement du commandant Bounaama après la découverte de ces documents. Après cet épisode, il y eut l’affaire du faux tissal qui transportait une lettre destinée à Abdelatif pour lui annoncer le revirement de Si Mohamed et dont des agents du BEL ont fait remettre des copies aux chefs de zone. Ceux-ci ont appris par le biais de ces mystérieux documents qu’Abdelatif avait été arrêté le 6 mai lors d’un combat près de Médéa, au cours duquel ses compagnons ont péri ou ont été emprisonnés. Seul lui a été libéré [12]. C’est cette nouvelle qui a été à l’origine de la condamnation à mort d’Abdelatif par le Comité militaire d’exécution et de coordination et a rendu vaines les tentatives de Bourèga d’obtenir son acquittement. Pendant ces délibérations, Si Mohamed s’est enfermé dans un mutisme pesant, alors que, selon le lieutenant Lakhdar, une prise de position tenant compte des arguments déjà exposés aurait peut-être pu infléchir l’attitude des chefs de zones, troublés par la fausse évasion du valeureux capitaine. « Si Mohamed avait sans doute peur que cette séance ne tourne à la condamnation sans appel de tous ceux qui étaient impliqués dans l’ “affaire de l’Élysée” », estime L. Bourèga.

Abdelatif a été exécuté et son exécution a été suivie par la reddition de son tissal, nommé Samet, ce qui a permis à l’armée française d’en savoir plus sur ce qui se passait réellement dans les maquis de l’Atlas blidéen depuis les interrogations suscitées par l’absence de Si Mohamed au premier rendez-vous fixé aux chefs de la wilaya IV par le colonel Mathon et Bernard Tricot après le retour de Paris le 11 juin. L’exécution d’Abdelatif a eu lieu juste après la réunion des chefs de zone début août près de Sebbah. De faux tissal se déplaçaient dans les maquis à la recherche de Bourèga et de Bousmaha, ainsi que de la date et du lieu de la fameuse réunion des chefs de zone. Juste après cette réunion qui a pu avoir lieu dans le secret, Si Mohamed et L. Bourèga ont été pris, près de Sebbah, dans une très dure opération de réserve générale dont ils ont pu échapper par miracle.

Rôle de Bencherif dans l’exécution de Halim

Le 21 juin, Si Salah et Halim avaient été déposés en voiture par le colonel Jacquin à Tizi-Ouzou pour leur permettre d’aller mener leur campagne d’explication auprès du chef de la wilaya III, Mohand Ou Al Hadj. Les deux commandants sont revenus au siège de la wilaya IV le 16 septembre 1960, à Tagintoun près de Chréa. Leur arrivée a coïncidé avec celle du commandant Ahmed Benchérif qui mit près de six mois pour se rendre de la frontière tunisienne aux maquis de l’Algérois. Benchérif a eu un tête-à-tête avec Si Mohamed qui lui a exposé les tenants et aboutissants de l’affaire. Le commandant dépêché par l’état-major s’est alors adressé à Si Salah en ces termes : « J’aurais voulu te donner l’accolade comme me l’a demandé ton frère Ferhat que j’ai laissé de l’autre côté de la frontière. Mais après avoir entendu ce que m’a dit Si Mohamed, je ne te serre même pas la main ! » Le lieutenant Lakhdar l’interrompt en lui disant : « S’il fallait absolument juger Si Salah, ce ne sera certainement pas toi le juge parce que tu ignores tout de l’affaire dont tu es très éloigné, comme tu es éloigné de nous ! » Si Mohamed a désapprouvé cette intervention et a pris à part le lieutenant Lakhdar, croyant qu’il défiait tout le monde. « Tu es le seul habilité à prendre des décisions dans cette affaire et nous ne sommes que des djounouds prêts à exécuter tes ordres », a expliqué Lakhdar en colère contre Benchérif à Si Mohamed.

Mais à la tombée de la nuit, Halim a été arrêté brutalement et exécuté, sans que Lakhdar sache si c’était sur un ordre de Si Mohamed ou de Benchérif. Selon Jacquin, Benchérif a avoué, lors de son interrogatoire à la suite de son arrestation près d’Aumale, avoir été à l’origine de l’exécution de Halim. « Au moment où Halim était ligoté, Si Salah m’a adressé un regard implorant quelques instants mon intercession. Puis il a regardé devant lui en disant à haute voix : “C’est selon la volonté de Dieu…” » Halim a été exécuté sans que lui soit donné le temps de rédiger un rapport, comme l’avaient fait Lakhdar Bouchama et Abdelatif [13].

Lakhdar a plaidé en faveur de Si Salah avec le même souci de sauver des vies humaines et de donner leurs chances à des supérieurs qui bénéficiaient tous d’un grand prestige auprès de leurs subordonnés. Il a rappelé à Si Mohamed que Si Salah a participé au 1er novembre 1954. Il a attiré son attention sur les risques de réactions d’ordre régionaliste que comporterait l’exécution d’un chef originaire de Kabylie. C’est ainsi que Si Salah n’a pas été exécuté. Si Mohamed a chargé Lakhdar Bourèga de s’occuper de Si Salah avec lequel il est resté près de Tamezguida, à l’ouest de Chréa, environ deux mois. Ce qui lui a permis d’avoir le récit détaillé de l’affaire de la bouche du successeur de Si M’hamed qui ne semble avoir été mis au courant que début juin par les commandants Lakhdar et Halim.

Pendant ces deux mois, Si Salah a gardé son arme et son grade de commandant, sans attributions. Il s’était enfermé dans un mutisme stoïque, se contentant de répondre par écrit à Si Mohamed qui sollicitait ses avis sur les décisions à prendre [14].

L’ancien chef de katiba Zoubiria a été promu capitaine pour être nommé successeur d’Abdelatif à la tête de la zone 2. Il a été mêlé à la reprise des offensives destinées à prouver la mise en échec définitive de la tentative de paix séparée. Cette intensification de la guerre, qui servait à démentir les appréciations hâtives sur la défaite de l’ALN, s’est manifestée notamment lors de l’attaque, le 31 juillet 1960, de la plage du Chenoua où beaucoup d’officiers passaient leurs vacances en famille. Il y eut également l’opération menée par le lieutenant Bousmaha contre un officier de gendarmerie au centre de Berrouaghia. Le capitaine L. Bourèga a attaqué un centre de télécommunications près de Chréa, avec l’accord de Si Salah. Il est « descendu », pour la première fois depuis 1956, dans la Mitidja pour préparer, dans la ferme d’un colon de Birtouta favorable au FLN, les manifestations des 10 et 11 décembre à Alger. Bousmaha venait d’être nommé à la tête de la zone 6 (Alger-Sahel). Un de ses adjoints, le lieutenant Si Zoubir (alias Boualem Rouchaye), a été tué à Belcourt où il prenait la tête des manifestations.

Promu commandant, L. Bourèga est devenu membre du nouveau conseil de la wilaya chargé des questions militaires. Ce qui lui a permis de jouer un rôle de premier plan dans la crise de l’été 1962 qui a opposé la wilaya IV à l’armée des frontières. Celui qui avait su relativiser ses griefs contre celle-ci pour mettre en échec la paix réparée de 1960 et rester solidaire de la direction extérieure du FLN, a dû participer aux tentatives de la wilaya IV de barrer la route d’Alger aux troupes de Boumédienne. Cet épisode sanglant est également relaté avec précision dans les mémoires de Bourèga et mériterait un article à part.

Tel est le résumé des révélations sur l’affaire Si Salah qui permettent d’éclairer les zones d’ombre de cette mystérieuse opération. Ces indications sont d’autant plus utiles qu’elles concernent la phase où « l’historien tâtonne. Tel le non-voyant qui de sa canne recherche le sol ferme, il chemine, hésitant, en quête de certitudes. Il n’en trouve pas d’absolues » (P. Montegnon). Contrairement à ce qui a été écrit par plusieurs auteurs, l’ « affaire Si Salah » n’a pas donné lieu à d’autres condamnations à mort que celles du commandant Lekhdar Bouchama, du commandant Halim et du capitaine Abdelatif.

L’ensemble du livre de L. Bourèga éclaire sur la vie dans les maquis et sur les grandes figures de la wilaya IV, comme Si Lakhdar Mokrani, le héros de l’oued El Maleh, mort avec son frère en mars 1958 près de Maginot, Abdelaziz (un ancien de l’université islamique de la Zitouna de Tunis qui convoyait les contingents de la wilaya IV vers l’ouest en 1957) ou Boualem Oued Fell (un ancien condisciple de Lakhdar Bourèga dans les écoles coraniques de l’Atlas blidéen devenu chef de la katiba Omaria avant de trouver la mort en 1959 près de Larba), etc. La masse de données contenues dans ces mémoires fournit une référence dont ne pourront pas se passer ceux qui auront à cœur d’écrire l’histoire de l’AN que les historiens ont négligée au profit de celle du FLN.

BIBLIOGRAPHIE

·  Mohamed Harbi, Le FLN, mirage et réalités, Éd. Jeune Afrique, 1979.

·  H. Jacquin, Opération « Tilsit » dans l’Algérois, Historia-Magazine, no 311.

·  P. Montagnon, L’affaire Si Salah, Éd. Pygmalion, 1987.

·  M. Téguia, L’Algérie en guerre, OPU, 1990.

·  Bernard Tricot, Les sentiers de la paix, Julliard,1972.

NOTES

[1] Pour sa part, Téguia estimait à 5 000 djounouds les effectifs de la wilaya IV au moment de l’affaire Si Salah.

[2] N.d.l.R. — Voir dans le no 191 de la revue, septembre 1998, l’article de Jacques Valette, « Le maquis Kobus, une manipulation ratée durant la guerre d’Algérie (1957-1958) ».

[3] Lucien Neuwirth a révélé l’existence de ces contacts dans une déclaration faite au Figaro-Magazine à l’occasion du 40e anniversaire du 13 mai.

[4] Selon L. Bourèga, qui a bien connu Halim, Boumédiène n’a pas fait l’académie militaire. Par ailleurs, le mémorialiste juge que Halim était très affecté par les pertes subies par la wilaya IV juste avant l’affaire Si Salah.

[5] La wilaya IV avait un représentant permanent dans les Aurès, du fait de l’importance accordée par le colonel Si M’hamed à cette wilaya. Si Tayeb Djoghlali a été un de ces représentants de la IV dans les Aurès en 1957. Après la réunion des chefs de wilayas tenue en décembre 1958 à Djidjelli, la wilaya IV a dépêché des renforts auprès de la wilaya I (Nememchas-Aurès) pour lui permettre de venir à bout d’une dissidence. Elle a également mis trois sections à la disposition de la wilaya VI qui était en proie à des difficultés qui coûtèrent la vie à deux de ses chefs, Ali Mellah et Si Tayeb Djoghlali. À la veille de l’affaire Si Salah la wilaya IV continuait de pratiquer la solidarité avec les wilayas en difficulté en leur envoyant des contingents. Les zones de Tiaret-Frenda et de Relizane-Mostaganem de la wilaya V, qui se plaignait de l’éloignement de leur commandement basé à Oujda, bénéficiaient également de l’aide militaire de la wilaya V.

[6] La maison du cadi Mazighi était un refuge de l’ALN de la zone depuis longtemps. Lakhdar Bourèga y a été soigné par un médecin de Médéa quand il a été blessé dans un combat en 1959.

[7] La katiba Zoubiria portait le nom du lieutenant Zoubir qui est mort en mars 1957 à Sbaghnia, près de Bouinan, avec un groupe d’étudiants qui venaient de rejoindre les maquis de la wilaya IV. La plupart des katibas étaient dénommées en référence à un officier mort au combat. Ainsi la Omaria portait le nom du lieutenant Omar, la Krimia, celui d’Abdelkrim, la Hassania celui de Hassan.

[8] Le commandant Tareq (Kerzazi) a été nommé commandant par intérim de la wilaya V sur proposition de Si Mohamed. Il est mort au combat fin août 1961.

[9] Il est possible que ce soit Jacquin qui ait accompagné Si Mohamed et Lakhdar Bourèga en direction du Mongorno.

[10] Contrairement à ce qu’a écrit Yves Courrière à qui Lakhdar Bourèga et Mohamed Bousmaha ont refusé d’accorder des entretiens à Alger, quand il préparait ses livres dans les années 1960.

[11] Le commandant Si Tayeb (Omar Oussedik) était soupçonné d’avoir comploté contre Si M’hamed, en même temps qu’il était classé parmi les communistes. Le chef de la wilaya IV avait préféré l’envoyer à Tunis, en même temps que le commandant Azzedine (qui avait promis de faire adhérer d’autres officiers à la « Paix des braves » après son arrestation, suivie de sa libération, en novembre 1958), plutôt que d’avoir à les juger lui-même. « Si M’hamed n’aimait pas l’effusion de sang, même en cas de culpabilité », estime Lakhdar Bourèga.

[12] Abdelatif, qui avait un frère dans les CRS à Alger, a été dénoncé par Sid Ali qui s’est rendu et est devenu un officier de l’armée française après un stage à l’École de Cherchell. Il a ensuite épousé la fille d’un général français.

[13] M. Téguia, à qui l’on doit la version la plus précise de l’affaire Si Salah, se trompe sur la date du retour de Si Salah et de Halim qu’il situe au début du mois d’août. Le récit de Lakhdar Bourèga la complète en apportant des indications précises qui faisaient défaut. L’auteur conteste le rôle que s’attribue Ahmed Benchérif dans son livre L’aurore des mechtas.

[14] On sait que Si Salah est mort le 20 juillet 1961 près de Bouira après un accrochage avec une unité de Chasseurs alpins. Si Mohamed est mort le 8 août 1961 encerclé par le 11e Choc dans une maison de Blida. « En se rendant à Blida en août 1961, il a pris une initiative contraire à l’habitude selon laquelle un chef de wilaya ne se rend jamais en ville. Il voulait sans doute mourir au moment où les négociations venaient de progresser à Lugrin. Il ne voulait pas survivre alors que tous ses compagnons de l’ “affaire de l’Élysée” avaient tous disparu », m’a dit le commandant Lakhdar Bourèga récemment.

source:lqa.com

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MOHAMED BOUDIAF:1 novembre 1954

Posté par algeriedemocratie le 31 octobre 2009

Boudiaf

Par MOHAMED BOUDIAF

Répondant aux désirs des militants du parti et certainement à celui de tous les Algériens épris de vérité, la commémoration du 20e anniversaire du 1er novembre 1954 sera pour moi l’occasion de reprendre l’histoire de cette époque, des contacts, des discussions, des démarches, de l’organisation, en un mot des circonstances réelles dans lesquelles est née l’insurrection algérienne.
Bon nombre de personnes étrangères à ces événements ont écrit et continuent de le faire en déformant par intérêt ou par ignorance les faits attribuant à des gens des rôles qu’ils n’ont pas joués, idéalisant certaines situations, et passant d’autres sous silence, refaisant l’histoire après coup. Le résultat le plus clair de ces manipulations est d’entrainer une méconnaissance d’un passé pourtant récent chez les millions de jeunes Algériens qui n’ont pas vécu cette période et qui sont pourtant avides d’en savoir les moindres détails.
Mon propos va donc s’attacher à reconstituer le déroulement des événements de l’année 1954 en m’efforçant de rétablir la vérité historique et de relever les erreurs les plus fréquemment commises. Je suis personnellement convaincu que cette histoire reste à écrire; ce qui sera dit ci-après ne peut être que le survol rapide d’un bouillonnement révolutionnaire impétueux qui a su transformer une crise grave du mouvement national en un processus de lutte armée dont l’aboutissement fut la libération de l’Algérie d’une colonisation séculaire.
Pour bien comprendre les événements de l’année 1954, il est indispensable de faire un retour en arrière pour bien situer les raisons profondes de l’élan révolutionnaire qui à été à la base de la préparation rapide et du succès du déclenchement de la guerre de libération nationale. Je ne crois pas qu’il suffit comme le font certains, de mettre en valeur le rôle de quelques «  chefs historiques » et de ramener l’histoire à des individus pour saisir ce qui c’est passé. Les hommes du 1er novembre, s’ils eurent un mérite, ce fut précisément celui d’être parvenus à exprimer et à mettre en œuvre ce qu’une grande masse d’Algériens pensaient et souhaitaient. Eux-mêmes furent le produit de circonstances, de luttes politiques et il est dangereux de pratiquer le culte des héros ( même s’ils sont morts ) car c’est là le meilleur moyen de nier le rôle du peuple…
Il paraît très intéressant de suivre pas à pas l’évolution du nationalisme algérien et, en particulier du parti qui en fut le plus représentatif, le P.P.A. Mais cela dépasserait largement le cadre de cet écrit. Aussi, je me contenterai de dire quelques mots des événements qui, à mon sens, ont joué un rôle dans la maturation du processus insurrectionnel.

MAI 1945 ET SES CONSEQUENCES

Je veux parler d’abord des événements de mai 1945 qui, en ensanglantant le Constantinois ont fait la preuve irréfutable que le colonialisme ne pouvait être combattu que par des moyens révolutionnaire.
Pour les militants de ma génération, le 8 mai 1945 fut le point de départ d’une prise de conscience et d’une rupture:
Prise de conscience de la nécessité de rechercher au-delà de la simple revendication de l’indépendance la voie à suivre et les moyens à employer pour y parvenir. Il faut dire que, jusqu’à cette époque, le débat dans le mouvement nationaliste se situait surtout autour du thème même de l’indépendance, de sa possibilité, de l’affirmation de la personnalité algérienne contre la politique d’assimilation. Pour la stratégie à suivre, rien n’était défini, si ce n’est la référence aux grands principes démocratiques et humanitaires. Avec la charte de l’atlantique, qui reconnaissait « le droit des peuples à disposer d’eux mêmes «  les dirigeants des mouvements finirent par penser que l’émancipation de l’Algérie pourrait être obtenue par des moyens pacifiques. Cette conception idyllique vola en éclats lorsque les évènements de mai 1945, avec leurs milliers de morts, ramenèrent brutalement les Algériens à la réalité.
Rupture avec les anciennes conceptions de la lutte et de l’organisation. Avant la deuxième guerre mondiale, l’organisation du P.P.A. Se limitait à un mouvement de sympathisants acquis à l’idée de l’indépendance. Les cadres citadins du mouvement qui avaient du mal à sortir d’Alger n’étaient pas parvenus à en étoffer la structure, malgré la grande réceptivité des masses aux mots d’ordre simples qu’ils diffusaient. Vers la fin de la guerre, le mouvement créé autour du « Manifeste du Peuple Algérien « , les A.M.L. ( Amis du Manifeste de la Liberté ) avait en quelques mois recueilli des centaines de milliers d’adhésions.
Lancé par des notables issus de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie instruite ( Abbas et les élus des délégations financières ). Le Manifeste avait grâce à un « Additif » de dernière heure, recueilli le soutien du P.P.A. Parce que sa base était plus populaire, ce dernier joua un rôle moteur dans le mouvement, tout en cherchant à en durcir les positions. Et comme les activités de propagande des A.M.L. Rassemblaient beaucoup de monde, cela permettait aux militants du P.P.A. D’établir de nombreux contacts. Aussi, au congrès des A.M.L de 1945 ( mars ) il apparut nettement que la tendance P.P.A. Était majoritaire et la revendication de l’indépendance s’y affirma avec force.
En fait, l’effervescence populaire était à son comble. Le mécontentement et le sentiment anticolonialiste puisaient leur force dans la situation effroyable que connaissait la grande majorité des Algériens abandonnés à la famine à la maladie. Les autorités coloniales décidés à reprendre la situation en main, cherchaient l’occasion de frapper un grand coup. Elles la trouvèrent dans les défilés organisés à l’occasion de la victoire auxquels les mouvements nationalistes participèrent avec des drapeaux algériens pour monter leur volonté d’accéder à l’indépendance. Il est faux de prétendre qu’ils voulaient organiser un soulèvement. J’ai eu plus tard l’occasion d’en discuter avec le responsable du parti de Sétif, Maïza, il n’avait aucune directive et ne savait quoi répondre aux militants qui vinrent lui en demander après le début des incidents dans la région. Ce sont des provocations policières qui ont mis le feu aux poudres. Le scénario fut le même un peu partout. Dès que les drapeaux étaient sortis, la police tirait sur le porteur. La foule réagissait. Mais c’est à Sétif que les réactions furent les plus violentes, car la manifestation tourna à l’émeute, de nombreux paysans se joignant au mouvement et se soulevant spontanément. Pendant plusieurs jours, des fermes furent attaquées. Une centaine d’Européens furent tués entre le 8 et le 13 mai.
La répression fut d’une violence inouïe. Les légionnaires et les tirailleurs sénégalais se distinguèrent particulièrement. Des mechtas entières furent rasées, les douars bombardés par l’aviation et la marine, tandis que les milices des colons se livraient à des massacres atroces. Enfin, les arrestations se comptaient par milliers. Cette offensive du colonialisme a eu pour effet de clarifier les choses. Les A.M.L. Se disloquèrent. Chaque mouvement constitutif prenant ses distances et suivant une évolution autonome :
Abbas et ses amis fondèrent l’U.D.M.A ( Union Démocratique du Manifeste Algérien ) qui rassemblait des notables issus des professions libérales, de la grosse bourgeoisie, des élus, etc. Tout en se prononçant pour l’autonomie de l’Algérie, l’U.D.M.A se situait à l’intérieur du système colonial, plus proche des courants assimilationnistes d’avant guerre que des nationalistes proprement dits. Elle ne cherchait d’ailleurs pas à organiser les masses, son objectif était surtout la constitution d’une clientèle électorale.
Les Oulémas qui, bien qu’étant une organisation à caractère religieux et culturel, ne pouvait s’empêcher de jouer un rôle politique. Leur attitude était ambiguë. Défenseurs acharnés se la personnalité musulmane en Algérie, ils étaient beaucoup moins chauds lorsqu’il s’agissait de se prononcer sur l’indépendance totale. Selon eux celle-ci ne pouvait être envisagée dans l’immédiat tant que les grandes masses restaient plongées dans l’ignorance. Implantés dans les médersa et les mosquées, ils exerçaient une influence certaine sur la population, au moins dans les villes. Ils réservaient leurs coups surtout au P.P.A. , calquant leurs positions sur celles de leurs amis U.D.M.A.
Le P.P.A. Était désormais le mouvement sur lequel reposaient les espoirs de l’Algérie. La répression de 1945 avait amené une épuration du mouvement. Pas mal d’anciens responsables rejoignirent l’U.D.M.A. Ou cessèrent toute activité. Parallèlement , l’arrivée au sein du parti de nombreux jeunes gens qui revenaient de la guerre, pour la plupart originaires des villes et villages de l’intérieur, bouscula le cadre traditionnel d’origine citadine et algéroise et fit apparaître des tendances plus dures qui pensaient à mettre en place une organisation plus solide, mieux charpentée et dotée d’une stratégie révolutionnaire.

LA CREATION DU M.T.L.D.
Et c’est précisément à ce moment en 1946 que Messali à son retour d’exil, se prononça pour la participation du P.P.A. Aux élections. Influencé sans doute par les délégués arabes à l’O.N.U. Qu’il avait rencontrés à Paris, il développa l’idée que le parti, pour élargir son audience, devait entrer dans une phase de légalité, s’ouvrir sur les intellectuels rechercher le soutien des milieux français libéraux. Inutile de préciser que beaucoup de militants étaient hostiles à cette nouvelle orientation, mais ils ne purent la combattre car le parti était bâti autour du personnage de Messali et personne ne pouvait s’opposer à sa volonté. Or, Messali frappé par le succès de l’U.D.M.A. Aux élections du 2 juin 1946, tenait absolument à ce que le P.P.A. Participe aux élections législatives. Il prit cependant soin de présenter cette participation comme un simple moyen de toucher les masses et qui n’impliquait pas l’abandon de la ligne révolutionnaire du parti, thème qu’il développa largement au cours de la campagne électorale, allant jusqu’à affirmer que les élus du parti n’iraient pas au Palais Bourbon. Ce qui ne fut qu’une promesse sans lendemain puisque les cinq élus siégèrent jusqu’en 1951, terme de la législature.
Le passage à cette politique électoraliste eut des conséquences déterminantes sur les positions du parti. Les militants durent changer leur mentalité et leurs méthodes de travail. Ils furent obligés de sortir de la clandestinité pour mener des actions légales, tenir des meetings, combattre les candidats des autres partis et même se présenter comme candidats. Cela ne manqua pas de troubler bon nombre d’entre eux partisans d’une ligne dure, qui exigèrent de la direction la tenue d’un congrès.
Ce
lui-ci se tint clandestinement début 1947 en présence de Messali. Au terme de trois jours de discussions violentes, il entérina la voie électoraliste appliquée par le parti, créant à cet effet une organisation légale : le M.T.L.D. ( Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques ). En contrepartie, il décida de mettre en place une Organisation Spéciale ( l’OS ) de caractère para-militaire dont l’objectif était de préparer à terme l’action armée. Bien que résultant d’un compromis et répondant au souci de la direction de ne pas se couper de l’aile dure du mouvement, la création de l’O.S n’en demeure pas moins un événement capital. De plus elle constituait aux yeux des militants une garantie contre les déviations qui pourraient attendre le parti.
A partir de là, Messali et la direction du parti ayant les coudées franches, poursuivirent leur politique électoraliste avec un succès inégal. Echec relatif aux élections législatives de 1946 compensé, il est vrai, par un succès aux élections municipales d’octobre 1947 pour lesquelles le parti obtint 80% des voix. Ce succès amena l’autorité coloniale à sévir et à truquer les élections. Aussi, en 1948, lors du vote pour l’assemblée algérienne, la répression s’abattit sur l’organisation légale. Les candidats étaient arrêtés, les militants pourchassés, tandis que des députés, régulièrement élus, étaient recherchés par la police. Cette réaction montra clairement à tous les limites de l’action légale et dissipa les illusions que pouvaient encore entretenir certains militants sur les possibilités de lutte à l’intérieur du système colonial. Persister dans cette voie relavait désormais, non plus de l’erreur politique mais de la trahison délibérée. La suite des évènements n’allait pas tarder à nous le démontrer.

… ET DE L’O.S.

Mais revenons à l’O.S. Dont l’installation fut réalisé durant cette période 1947-1948. Ses militants furent choisis au sein de l’organisation politique clandestine du P.P.A. Sur la base de critères tels que : conviction, courage physique, discrétion, clandestinité etc. En principe ces choix devaient faire de l’O.S. Une organisation rigoureusement sélective complètement autonome du reste du parti et dont le but aurait été de former des cadres en vue du déclenchement du processus révolutionnaire. En fait, il faut reconnaître que les nombreux marchandages qui présidèrent au dégagement des éléments de l’O.S. Pesèrent lourdement sur une naissance difficile. En effet, les responsables de l’organisation politique étaient réticents à l’idée de se séparer de leurs meilleurs militants.
Six mois après, la mise en place était quand même chose faite et, au printemps 1948, l’O.S. Commença à voler de ses propres ailes. La direction était confiée a un état-major national constitué d’un coordinateur, Mohamed Belouizdad, d’un responsable militaire Belhadj Djilali, d’un responsable politique Hocine Aït Ahmed et de responsables départementaux : Oranie, Ahmed Ben Bella; Algérois, Maroc Mohamed; Alger-ville et Mitidja, Reguimi Djilali, Kabylie, Aït Ahmed et Contantinois, Mohamed Boudiaf. Mohamed Belouizdad assurait la liaison avec le bureau politique du P.P.A. Dont il était membre.
Sur le plan territorial l’Algérie fut découpée en cinq départements : l’Oranie, Algérois, non compris Alger-ville et la Mitidja qui formaient un département la Kabylie et le Contantinois. Chaque département ou unité militaire était lui-même divisé en zones qui se composaient de régions qui à leur tour, englobaient des localités.
Sur le plan organisationnel, la structure de base était le demi-groupe constitué de deux militants et d’un chef de demi-groupe. Ensuite, deux demi-groupes formaient un groupe; soit 3 + 3 + 1 chef de groupe = 7 militants. Au-dessus du groupe, on trouvait la section, composée de deux groupes et coiffée par un chef de section, soit en tout 15 personnes.
La section était le niveau le plus élevé de la structure organique: au dessus il y avait la localité. Si par hasard, une localité possédait des effectifs supérieurs a 15 militants. Il fallait créer une autre section. Ces structures étaient rigoureusement cloisonnées entre elles : chaque demi-groupe menant une activité séparée et n’ayant aucune liaison avec les autres demi-groupes.
L’O.S. Constituait une organisation fermée aux effectifs bloqués et dont le volume oscilla et entre 1 000 et 1 500 militants, avec une stabilisation autour du millier a la fin de la période d’installation.
Examinons maintenant la formation qui était dispensée aux militants. Il y avait ce qu’on appelait l’éducation militante et qui était beaucoup plus morale que politique. Elle comprenait des cours sur les qualités du militant révolutionnaire, ses droits, ses devoirs, son rôle, l’esprit de sacrifice, l’initiative, l’anonymat de l’effort, le comportement militant face a la police etc. A côté de cela, les militants recevaient une formation militaire basée sur deux brochures d’une douzaine de leçons chacune et dont l’enseignement allait depuis la leçon de tir, les missions individuelles, jusqu’à l’organisation d’une zone de guérilla. Ces cours théoriques étaient enrichis par l’usage et le maniement d’armes individuelles, par des manoeuvres sur le terrain, des exercices d’alerte et quelques rudiments sur les explosifs et la fabrication de bombes
En conclusion, un militant de l’O.S., cette formation acquise, devait être capable d’organiser et de diriger une action de guérilla.
Dégagés des tâches d’agitation, de propagande, de recrutement, de collecte de fonds, etc, les militants de l’O.S., dans leur ensemble, après un an et demi de travail continu, avaient atteint un niveau de formation élevé comparativement à celle qui étaient resté dans l’organisation politique.
A la fin de 1949, l’O.S. Avait terminé son instruction et déjà un peu partout, une certaine impatience se manifestait. La base voulait passer à une autre étape. La direction du parti fut informée de ces difficultés et des dangers qu’une telle incertitude sur les tâches futures de l’O.S. Faisait courir à la sécurité même de l’organisation dont le secret avait pourtant jusque là , été relativement bien gardé. Mais, comme toujours, les réponses du sommet demeuraient évasives et aucune solution ne venait. Le malaise se généralisa; le cloisonnement devenait de plus en plus difficile à préserver et la mobilisation des militants ne pouvait plus être maintenue si aucune tâche, aucune activité n’étaient fixées.
L’inévitable arriva. En mars 1950 une répression féroce s’abattit sur l’O.S., démantelant ses structures, amenant l’arrestation de centaines de militants et contraignant à l’inactivité tous ceux qui avaient échappé à l’emprisonnement. Un incident mineur dans la région de Tébéssa fut a l’origine de la vague d’arrestation. Voici les faits tels qu’ils me furent rapportés par Ben M’hidi ( qui m’avait succédé à la tête du département de Constantine ). Un cadre de la région nommé Rehiem soupçonné de fournir des renseignements à la police fut exclu du parti. Ben M’hidi fut chargé de l’enquête. Un commando fut dépêche sur place. Cédant à l’énervement, le chauffeur du commando se laissa aller a des menaces. Cette maladresse fut fatale, Rehiem s’enfuit et dénonça les membres du commando à la police qui les arrêta. Ce fut là le point de départ de la vague répressive qui déferla sur toute l’organisation de l’O.S.
Avec du recul, on peut se demander comment l’O.S. N’a pu mieux résister à l’offensive colonial, même si les méthodes employées par la police furent violentes, tortures systématique,etc. Au début, le cloisonnement était respecté : le contrôle de responsables se faisaient avec des cagoules afin de préserver leur anonymat; les groupes n’avaient pas de liaison entre eux. Mais le meilleur des cloisonnements ne perdurer qu’un temps. Il est certain que la police coloniale avait recueilli un certain nombre d’informations. Et plus le temps passait, plus elle parvenait à faire des recoupements. En septembre 1949, je venais d’être muté au département d’Alger, je me souviens que cette question me préoccupait énormément : nous recrutions des gens, nous leur donnions des armes et une formation militaire. Ces gens-là pouvaient être arrêtés, torturés et parler : quelle devait être notre réaction en tant que responsable ? Je posai la question au comité d’organisation. En cas de répression policière, que doit-on faire ? Est-ce que le parti prévoit quelque chose dans ce cas-là ? Je n’ai jamais eu de réponse.
Lorsque les arrestations commencèrent à Tébessa, les responsables vinrent alerter le parti et demandèrent des directives. On leur répondit «  Brûlez les papiers, mettez le matériel à l’abri et attendez « Mais la passivité de la direction du parti ne s’arrêta pas là. Cette dernière, petite bourgeoisie bureaucratique, opta alors pour une voie capitularde tout en évitant de se désolidariser de façon voyante des militants arrêtés. Ce fut là la fameuse thèse du complot élaborée par le comité central qui consistait à reconnaître que les militants arrêtés appartenaient bien au parti, tout en niant l’existence d’une organisation spéciale disposant d’armes et d’accuser la police d’avoir monté un complot de toutes pièces.
Si cette position ne visait qu’a maquiller la vérité en essayant de sauver le plus de militants possible de condamnations lourdes, la chose aurait été plus ou moins admissible. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Pour la direction du parti prise de panique, il s’agissait avant tout de dégager sa responsabilité afin de ne pas être impliquée dans cette affaire. C’était tout simplement l’expression d’un état d’esprit et un choix délibéré de la direction, Messali compris.
Pour ceux de l’O.S. Qui échappèrent à la répression ( au niveau de l’état-major, avaient été arrêtés : Ben Bella, Reguimi, Youssefi et Bel Hadj; trois responsables départementaux; Ben Saïd pour l’Oranie, Boudiaf pour l’Algérois et Ben M’hidi pour le Constantinois avaient échappé aux recherches, de même qu’un certain nombre de responsables régionaux et locaux dont Ben Boulaïd qui prit le maquis quelque temps, Bitat, Didouche Mourad, Ben Tobbal, etc.) le lâchage et la défection de la direction ne faisaient plus de doute. Cependant, nous voulions encore espérer et, lorsque le parti nous demanda de lui faire un rapport sur la situation, nous lui proposâmes :
1)De reconstituer l’O.S. Avec une nouvelle conception ;
2)De réviser la ligne politique du parti dans le sens de la préparation d’une action
armée et de s’appuyer davantage à cet effet sur les régions montagneuses : Aures, Kabylie, Ouarsenis, en vue d’y implanter des maquis;
3)De former des cadres militaires. Nous préconisons en particulier l’envoi d’éléments recherchés à l’étranger, pour y recevoir une formation militaire plus poussée.

La direction dissout l’O.S.

Il n’y eut aucune réponse. Après avoir trainé un an, certainement pour émousser les réactions possibles de la base, le parti décida de dissoudre purement et simplement l’O.S. Et de réintégrer ses membres dans l’organisation politique. A ce moment, il apparut clairement que les dirigeants du parti ne voulaient plus entendre parler d’action armée encore moins de reconstitution d’une organisation qui avait failli mettre fin à leur quiétude et à leur train-train.
En somme, le divorce était total entre la direction du parti et les rescapés de l’O.S. La question qui se posait à nous ( principalement Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Didouche et moi-même ) était : que faire ? Nous décidâmes d’attendre en mettant de côté les armes, le service d’identité et les boites aux lettres ( a ce sujet, il est totalement faux de prétendre que Ben Bella fut au courant de quoi que se soit en ce qui concerne les armes, comme l’affirme Courrière dans un de ses nombreux écrits sur la guerre d’Algérie ). Une autre décision fut prise, celle de ne pas réintégrer dans l’organisation politique certains éléments sûrs, tels que les gardiens de dépôts, les agents de liaison ainsi que l’organisation de l’O.S. Des Aurès qui n’avait pas été touchée par la répression.
Le reste des effectifs rejoignit non sans difficultés les cellules politiques. Certains cadres ( Boussouf, Benabdelmalek, Mechati, Bitat, Habachi, Guerras? Ben M’hidi, Didouche… ) furent reversés dans l’organisation politique comme permanents. Prenant prétexte du fait qu’ils étaient recherchés, la direction les avait écartés de toute responsabilité élevée. Ils furent placés en général au niveau des Daïrates. Ils eurent souvent du mal à s’adapter, découvrant dans leurs régions d’autres méthodes de travail, une discipline relâchée, un état d’esprit différent de celui qu’ils avaient connu dans l’O.S. Certains réussirent pourtant à améliorer la situation et à obtenir une certaine influence auprès des militants avec qui ils étaient en rapport. Près du tiers de l’organisation d’Algérie fut ainsi contrôlé par des éléments venant de l’O.S. Mais le problème restait entier. Le parti avait, par la dissolution de l’O.S., clairement manifesté son refus de passer à une phase d’action directe. Quand aux militants de base, trompés par une propagande démagogique, ils étaient convaincus que le parti étai toujours révolutionnaire et il était difficile de les détromper sans remettre en cause le parti lui-même.
Durant toute cette période de 1951 à 1954, l’éclatement et l’approfondissement de la crise au sein du P.P.A. Allaient permettre à toute une frange du parti, qui considérait le sommet avec méfiance, d’entreprendre un travail politique qui, en fin de compte, a touché pas mal de militants. Bien sûr, ce travail n’était pas d’une grande ampleur, il ne sortait pas du cadre de la discipline du parti; mais il traduisait un sentiment profond : la conviction que la direction s’était écartée de la voie de l’indépendance.
Il ne s’agissait pas d’une tendance organisée, mais de contacts plus ou moins réguliers entre des éléments qui n’avaient pas perdu de vue la nécessité de passer à l’action et qui cherchaient à s’empêcher que le point de vue réformiste de la direction n’envahisse la base. Il s’agissait surtout d’une communauté de vues. Cette solidarité des anciens de l’O.S. Fut renforcée par la méfiance et les brimades systématiques dont ils étaient l’objet de la part de la hiéarchie du parti, qui les soumettait à une surveillance quasi policière.
Mon cas personnel posa pas mal de problèmes au Comité Central. J’étais à Alger en contact avec un certain nombre de responsables. Ils ne savaient quel travail me donner. Me confier une Daïra alors que j’étais responsable du département revenait à me rétrograder sans motif. Me mettre à la tête d’une wilaya, cela signifiait que je pourrais assister aux réunions à l’échelon national et être au courant de pas mal de choses, ce à quoi ils ne semblait pas tenir. Aussi me laissèrent-ils sans affectation pendant plus d’un an avant de me confier un travail de bureau : il s’agissait de reprendre les rapports financiers qui parvenaient à l’organisation. J’eus quelque temps après, la possibilité d’accéder aux «  rapports organiques « . A cette époque, chaque responsable de département ramenait de volumineux rapports. Sid Ali, le responsable national, n’avait pas le temps de les lire. Je lui proposai de lui faire des résumés. C’est ainsi que j’ai pu suivre chaque mois l’évolution des effectifs, l’application des directives, l’état d’esprit de la population, l’état de l’organisation, les informations pour toute l’Algérie. Ce travail ne me prenait pas plus de huit à dix jours par mois. Il me laissait tout loisir de rencontrer les camarades de passage à Alger, car ma position me permettait de les toucher facilement.
Ces rencontres consistaient essentiellement en échanges d’informations. Avec les éléments sûrs, on étudiait la manière d’accentuer dans un sens plus révolutionnaire les directives. C’est ainsi que Benabdelmalek organisa dans la région de Soumâa des meetings dans tous les marchés de la région, provoquant une forte agitation qui mit le parti dans l’embarras. Il avait interprété à sa façon, une directive de routine concernât les prise de parole.
C’est à la suite d’un autre dépassement de directives que Messali, en tournée de propagande dans la région d’Orléansville ( El-Asnam ) fut arrêté et interné en France. De grandes manifestations populaires avaient été organisés en effet par le comité régional dont le responsable, Guerras, un ancien de l’O.S. Avait dépassé les intentions du Comité Central qui souhaitait un accueil plus discret.
Cela dit, il faut reconnaître honnêtement que notre petit groupe de rescapés de l’O.S. En dépit de son désir d’entreprendre une action conséquente, mettant le parti devant le fait accompli, ne pouvait faire ce qu’il voulait à cause de la suspicion dont il était l’objet et de la grande difficulté qu’il avait de se mouvoir librement. De plus, nous ne pouvions nous passés du concours du parti pour nos moyens d’existence, nos hébergements, etc, car nous étions toujours activement recherchés par la police.
Dans ces conditions, notre travail restait limité, les tentatives pour élargir notre groupe se heurtaient au réseau d’information de la direction. Je citerai une anecdote à ce sujet : Didouche qui était dans l’Est algérien avait essayé de sonder le permanent de Souk Ahras, Safi Boudissa. Celui-ci se pointe un jour à Alger, prend contact avec Dekhli, responsable à l’organisation, et demande pourquoi : «  C’est une affaire privée et grave. «  Mis en présence de Lahouel, Boudissa lui dit : «  C’est très grave, il y a des éléments qui intriguent pour te renverser. «  «  Qui ? «  demande Lahouel «  Je ne sais pas, mais il y a Didouche «  C’est Lahouel lui-même qui rapporta cette conversation à Dekhli en lui demandant de me sonder pour voir ce qu’il en était. Un mois plus tard, Didouche était muté à Boghari sans la moindre explication. Même aventure pour Boussouf qui, après un mois de suspension, fut muté d’Oran à Skikda.
Au printemps 1952, un membre du Comité central, Abdelhamid Mehri, qui était opposé à la politique de la direction et que je voyais souvent vint m’informer que deux officiers originaires du Rif ayant fait leurs études militaires à Baghdad cherchaient des Algériens décidés à lancer des actions. Ces deux officiers avaient été envoyés par l’Emir Abdelkrim qui les avaient chargés de contacter les divers mouvements maghrébiens. Ils avaient rencontré deux membres de la direction du parti, Mezrena et Lahouel, en présence de Mehri qui, en tant qu’arabisant, servait d’interprète. La réponse du parti fut qu’il n’avait rien à faire. Abdelkrim qui s’attendait à cette réaction avait conseillé à ses émissaires de contacter d’autres éléments du parti, même en dehors de la direction. Mehri, au courant de leurs intentions, leur proposa de nous rencontrer. Nous eûmes une première discussion avec eux. Ils nous expliquèrent que leur objectif était de lancer à l’échelle maghrébine en contactant des Tunisiens des Algériens, des Marocains. Pour ce qui concerne l’Algérie, ils pensaient qu’une action provoquerait une mise hors circuit de la direction et favoriserait la libération de la base.
Didouche était à ce moment là à Berrouaguia et je lui demandais de me rejoindre pour approfondir la question, car la perspective d’une action qui ne serait pas isolée et qui déborderait le cadre algérien nous semblait intéressante. Nous ne voyions pas très bien la suite, car l’appareil du parti était très puissant. Il était impossible de toucher la base enfermée dans ce carcan et soumise à une hiérarchie solide. Pourtant, nous pensions qu’une action de ce genre pouvait faire sauter quelques écrans. Nos interlocuteurs nous quittèrent en nous laissant des coordonnées à Tunis et en nous disant qu’ils allaient prendre des contacts au Maroc.
Après cela, nous commençâmes à nous organiser. Nous touchâmes Ben M’hidi qui regroupa quelques éléments, puis Mostefa Ben Boulaïd. Et nous constituâmes un comité ( avec Mehri, Ben Boulaïd, Didouche et moi-même ) chargé d’organiser les éléments valables. Ben Boulaïd devait fabriquer quelques bombes en attendant la réponse de nos officiers. En fait, il n’y eut jamais de réponse. Le dépôt de bombes constitué par Ben Boulaïd sauta un an après, à la grande stupéfaction du parti qui n’en avait jamais entendu parler. Fort heureusement, l’affaire fut circonscrite car le propriétaire du local ou avait eu lieu l’explosion, ami de Ben Boulaïd, tint bon face à la police, soutenant qu’il ignorait que le tas de ferrailles entreposé dans son magasin renfermait des produits explosifs.
Entre temps, ma situation à Alger devenait de plus en plus difficile, le local du parti était soumis à une surveillance constante de la part de la police qui organisait de temps à autre une descente. Il m’était devenu impossible d’y travailler. Je demandai avec insistance une autre affectation. On me proposa la France. Je me réunis avec les autres membres de notre peti groupe pour le demander conseil. Il fut décidé que je partirai et qu’en cas de besoin, je reviendrais.
C’est ainsi que je me suis retrouvé en France en tant que responsable de l’organisation de la fédération du M.T.L.D. Quelques temps après mon départ, Didouche signalé une fois de plus, me rejoignit à la suite d’une mutation suivi de Guerras, puis de Habachi Abdeslam. Notre groupe en Algérie se rétrécissait, d’autant plus que Ben M’hidi et Bitat avaient été suspendus pour des raisons de sécurité à la suite d’un contrôle de police à Aïn Temouchent. Il ne restait plus que Boussouf, Abdelmalek, Mechati, etc. La tactique de la direction était de muter en France les éléments qui posaient des problèmes en espérant bien qu’une fois là, ils se désintéresserait et se laisseraient corrompre. Du côté de l’O.S., les choses en étaient là.
Du côté du parti dans son ensemble, il se partageait en trois :
Les organismes de direction, bureaucratisés, divisés, plongés dans la routine et le conformisme, coupés de la masse militante, donnaient l’impression d’être de plus en plus dépassés. Le P.P.A. Avait une structure très hiérarchisée : entre la base et le sommet existait un corps de permanents qui serait d’intermédiaire. La direction disposait d’une grande autonomie. Elle n’était soumise à aucun contrôle. En 1950, à la suite de la répression contre l’O.S., le Comité Central s’était vidé d’une partie de ses membres : Mostefaï, Cherchali, Amrani, qui ne voulaient pas entendre parler d’armes. Mostefaï pour sa part, avait proposé de revoir complètement l’organisation du parti et de travailler en vue du rapprochement avec les autres partis afin de réaliser l’union nationale. Ces éléments avaient été remplacés sans que personne n’en sache rien. Quant à Messali, encensé par ses proches, il s’éloignait de plus en plus de la réalité, finissant par donner plus ‘importance à sa personne qu’a la cause qu’il prétendait servir. Tant que les membres du parti confondaient les deux, cela fut le point de départ du violent différend qui l’opposa au Comité Central. Ces conflits et ces luttes divisaient donc un sommet embourgeoisé et de plus en plus préoccupé par ses problèmes internes. Une petite anecdote pour illustrer l’état d’esprit qui régnait au niveau des responsables. Quatre détenus de l’O.S. : Zirout, Benaouda, Slimane de Oued Zenati et Abdelbati de Annaba avaient réussi à s’évader de la prison de Annaba. Un journal du soir annonçait cette nouvelle. Le lendemain au bureau du parti je demandai des informations sur la façon dont cela s’était passé. Personne n’ensavait rien. Je demandai alors à Sid Ali si des dispositions avaient été prises dans les régions ou l’organisation existait pour venir en aide aux fugitifs. Il me répondit : « Comment ? Ils s’évadent comme cela en laissant la détention. Ils étaient des responsables. Ils ne peuvent pas s’évader comme cela. Il leur fallait rester avec les détenus pour les organiser, pour les maintenir, dans un état de discipline. « A la base et dans le peuple tout lemonde était convaincu que c’était le parti qui avait organisé l’évasion !
Les élus du M.T.L.D., notamment les conseillers municipaux collaboraient avec les élus européens, particulièrement à Alger, Constantine et Oran et participaient plus ou moins efficacement à la gestion de leurs communes respectives, très contents de leurs rôles qui n’était pas sans leur fournir certains avantages matériels.
Les militants à la base, cloisonnés, soumis à la férule de cadres fonctionnarisés manifestaient un mécontentement grandissant et même une certaine lassitude.
Le résultat en était l’immobilisme voire la répression.
Quant aux autres formations politiques : Oulamas, U.D.M.A., P.C.A.,elles étaient, elles aussi, dans le creux de la vague. C’est à ce moment précis qu’elles constituèrent avec le P.P.A. M.T.L.D. Le Front Algérien pour la Défense et le Respect de la Liberté. ( 1951 ).
N’y a t-il pas là une indication d’un dénominateur commun à tous ces mouvements qui cherchaient par un regroupement à compenser la désaffection des masses à leur égard : la situation des années 1952-1953 est précisément marquée par cette crise de confiance profonde des masses populaires vis-à-vis des partis politiques. Cela peut s’expliquer par le fait qu’aucun d’entre eux ne proposait une voie claire pour libérer le pays de l’exploitation coloniale. Les masses étaient conscientes de leur situation, mais elles se trouvaient chez aucun parti la réponse à leurs questions.
La crise de confiance s’amplifia lorsque les premières actions directes commencèrent en Tunisie et au Maroc. Ces évènements eurent l’effet d’un coup de fouet sur les masses dont les critiques devenaient de plus en plus acerbes. Cette flambée se communiquait à la base du parti dont les militants pouvaient difficilement ignorer l’état d’esprit qui régnait au sein du peuple. Cette impatience et cette nervosité s’exprimèrent en plusieurs occasions, notamment lors des manifestations ouvrières du 14 juillet 1953.

La crise du Parti

Poussée dans ses derniers retranchements, la direction crut trouver le moyen idéal pour sortir de l’impasse en organisant un congrès dont elle prit soin à l’avance d’exclure la quasi-totalité des éléments ayant appartenu à l’O.S. Pour de fallacieuses raisons de sécurité. Ces éléments, appelés dans le langage imagé de la direction du parti «  les lourds » étaient en effet toujours recherchés. La désignation des délégués aux congrès se fit en deux tours. La base désignait des délégués qui, eux-mêmes, désignait leurs représentants au congrès. Ben M’hidi, élu dans le département d’Oran, fut obligé de se désister, il réussit toutefois à envoyer à sa place Ramdane Ben Abdelmalek.
Le congrès se tint en avril 1953 à Alger, et le seul élément de l’O.S. Qui put intervenir fut donc Ramdane Ben Abdelmalek, Ben Boulaïd qui avait été appelé au Comité Central était condamné au silence par ce même Comité Central défendait à tous ses membres de critiquer le rapport présenté en leur nom. Ben Saïd, ex-responsable de l’O.S. D’Oran, fut placé au bureau du congrès et de ce fait n’avait pas la liberté de s’exprimer, encore que ses positions étaient beaucoup moins fermes depuis son arrestation et sa courte détention. Il fut d’ailleurs désigné au Comité Central et nous lâcha complètement.
Ben Abdelmalek, en posant les problèmes de l’orientation du parti, de la dissolution de l’O.S. Et de la nécessité du changement, ne put ébranler un Comité Central condamné au silence et des congressistes bien incapable de saisir des problèmes dont ils ignoraient tout. Le congrès se termina en bon ordre après avoir voté les rapports et les statuts présenté par le Comité Central. C’est seulement quelques jours après que les difficultés commencèrent et particulièrement à propos de la désignation des membres de la direction et de la limitation, par les nouveaux statuts, des pouvoirs de Messali ( absent de ce congrès car il était à Niort en résidence surveillée ).
Le «  chef national «  se mit dans tous ses états encouragé par Mezerna qui avait été éliminé du bureau politique par Moulay Merbah dont l’admiration et l’obéissance aveugle à Messali n’avaient d’égales que son ambition démesurée. Ce fut là le démarrage de la fameuse crise entre Centralistes et Messalistes. Malgré les interventions et les déplacements entre Alger et Niort, la crise s’aggrava d’autant plus que Messali exigeait les pleins pouvoirs pour redresser la situation ce que le Comité Central et le bureau politique refusèrent. Jusqu’en décembre 1953, tout ce remue-ménage restait circonscrit au niveau des deux antagonistes. Mais, la crise finit par sortir du cercle dirigeant pour atteindre progressivement la base militante.
Cela commença à Noël 1953 au sein de l’émigration. La Fédération de France du M.T.L.D.-P.P.A., devait organiser une conférence d’information à l’intention des cadres du parti. Le matin même de la réunion, de très bonne heure, Fillali Abdallah vint nous rendre visite, à Didouche et moi-même,pour nous informer qu’il était porteur d’un message de Messali destiné aux militants et qu’il avait l’intention de le lire au cours de la conférence. Fillali, qui connaissait notre opposition à la politique réformiste et incohérente du parti, nous considérait certainement comme acquis à la cause du «  zaïm «  , ce qui d’ailleurs n’était pas tout à fait faux. Ne sachant pas ce qui se tramait en haut lieu, nous étions logiquement beaucoup plus du côté de la contestation. Le message de Messali, bien que très confus, parlait de vigilance et posait le problème de la liberté d’expression comme droit inaliénable des militants. Nous encourageâmes Fillali à le lire, tout en étant convaincus que ce n’était là ni le langage ni la façon de s’adresser à des militants volontairement tenus dans l’ignorance et peu armés pour saisir les subtilités d’un écrit en lui-même peu clair. Ce fut un membre du bureau à la conférence, Moussa Boulkaroua, qui le lut, après quelques difficultés. En fait, en dehors de quelques éléments en contact avec le sommet, le reste des participants ne saisit rien aux allusions et la conférence prit fin comme si de rien ne s’était passé.
A partir de ce jour, nos contacts avec Messali par l’intermédiaire de Fillali entrèrent dans une phase active. La vérité est qu’il nous fallut très peu de temps pour comprendre que Messali, contrairement à ce que nous attendions de lui, avait des idées plutôt sommaires sur la révolution qu’il prétendait vouloir faire. Nous lui fîmes parvenir des questions précises : «  Que voulait-il faire ? Qu’entendait-il par révolution ? Dans combien de temps cette révolution ? » Il nous fit répondre qu’il fallait lui faire confiance. C’était là plus qu’il n’en fallait pour nous faire une opinion définitive. Très inquiets de ce qui se passait, et réagissant en tant que responsables de l’organisation, nous lui fîmes savoir par Fillali qu’en notre qualité de militants du rang ( par opposition aux membres des organismes de direction ) nous resterions à nos postes sans prendre parti, si Messali de son côté, s’engageait à circonscrire le conflit aux sphères dirigeantes. Cette position nous était dictée par la crainte d’un déchirement au sein de la base qui serait ainsi amenée à épouser des querelles qui n’étaient pas les siennes et à être détournée des véritables problèmes. Par ailleurs, ayant entrepris un travail en profondeur au point de vue organisationnel, dans la fédération, nous attendions beaucoup de la constitution de noyaux de militants solides, capables le moment venu de ne pas se laisser tromper. Enfin, ce parti était notre parti, nous avions beaucoup sacrifié pour son existence. Nous sentions que Messali, pour rétablir son autorité, était prêt à tout casser. Cela nous était particulièrement douloureux. Quarante-huit heures plus tard, Messali nous fit répondre qu’il était d’accord. Ce qui ne l’empêcha pas, dès le lendemain, de faire contacter des cadres de l’organisation de la région parisienne ( Boutchiche, Mansour de Boulogne, Abdallah l’horloger, Bouziane de Nanterre), qu’il reçut en délégation à Niort. Nous comprimes alors que la grande mêlée avait commencé. Cette façon d’opérer fut généralisée à toutes les régions de la Fédération de France, créant une situation des plus confuses. Les thèmes développés pa Messali, lors de ses rencontres avec ces délégations, étaient que les responsables avaient trahi la révolution et que les militants ne devaient reconnaître comme autorité que Messali lui-même et ceux qu’il désignerait. C’est là le résumé d’une longue litanie ou tour à tour il se montrait humble et menaçant, utilisant tous les artifices susceptibles de toucher des interlocuteurs peu informés et encore sensibles au prestige du «  zaïm « .
Les évènements se précipitèrent et en l’espace de deux mois, janvier et février 1954, toute l’organisation de la fédération de France bascula du côté Messaliste, en dehors de quelques noyaux sans grande importance à Lyon, Marseille, Sochaux et de cadres permanents retenus du côté du Comité Central par la mensualité. En Algérie, un travail identique fut entrepris. Le résultat ne fut pas de même nature, compte tenu de la différence de maturité politique des militants des deux côtés de la Méditerranée et aussi vraisemblablement de l’absence de Messali du territoire national.
Nous maintenions, Didouche et moi, une correspondance régulière avec les anciens de l’O.S. Qui étaient au pays. Des informations que nous recevions, il ressortait que d’anciens responsables, tels que Zirout, Ben Tobbal, Benaouda, Mechati, Rachid Mellah, Saïd plus connu sous le sobriquet de «  Lamotta «  touchés par la vague de critique des deux tendances du parti, avaient pris plus ou moins position pour Messali. Quiconque à leur place aurait fait de même, compte tenu des agissements humiliants à leur égard, du cadre permanent qui dépendait d’un Comité Central dont les sentiments et les positions n’étaient que trop connus quand il s’agissait des «  lourds « .
La situation devenait grave, elle nécessitait une intervention de notre part. Ce fut dans ces circonstances qu’en accord avec Didouche, je demandai au secrétariat de la Fédération de France ( tendance centraliste ) de retourner au pays pour reprendre contact avec les éléments de l’O.S. «  égarés « . La réponse fut rapide et je rejoignis le pays début mars, laissant Didouche avec une Fédération de France en pleine décomposition. Ben M’hidi était à Alger, ainsi que Bitat qui y résidait depuis 1951. L’un et l’autre étaient fortement ébranlés par la situation du parti. Je complétai leur information et nous décidâmes tous trois de faire venir Mostefa Ben Boulaïd. Puis, je pris contact avec Dekhli Mohamed, alias si El Bachir, qui était responsable général de l’organisation et membre du Comité Central et nous convînmes d’entreprendre quelque chose pour arrêter la débandade, à la condition de maintenir la base militante en dehors du conflit de la direction. Il accepta et nous fixâmes un autre rendez-vous. En attendant, je me rendis à Constantine ou je tint une autre réunion avec Mechati, Mellah, Hamada Mohamed dit Youcef et Saïd «  Lamotta « . Après un échange d’information, nous décidâmes d’adopter une position neutre dans le conflit entre les deux tendances. Cette position devait être défendue dans comité d’organisation de Constantine ou les ex-O.S étaient majoritaires.

Création du C.R.U.A.

A mon retour à Alger, Ben Boulaïd était arrivé. Nous nous réunîmes avec Ben M’hidi et Bitat pour préparer notre rencontre avec Dekhli. Ce dernier, accompagné de son adjoint Bouchbouba Ramdane alias si Moussa, contrôleur à l’organisation, était au rendez-vous ou je me rendis accompagné de Ben Boulaïd. Cette réunion se termina sur un accord : celui de lancer un mouvement d’opinion dans la base en vue de préserver l’unité du parti. Ce fut là l’origine de la création du C.R.U.A. ( Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action ). Les réunions suivantes eurent pour objet de préciser le sigle, les mots d’ordre, les moyens et l’organisation de la diffusion des écrits du C.R.U.A. Une précision d’importance est à faire ici avant de poursuivre. A la fin mars, le Comité Central, incapable de faire face à la pression Messaliste, était revenu sur ses positions et avait accordé à Messali les pleins pouvoirs, lui allouant un budget de cinq millions d’anciens francs en vue d’organiser un congrès du parti dans les trois mois. Cet épisode de l’affrontement Messali- Comité Central est à souligner parce qu’il situe bien les circonstances de la création du C.R.U.A. Et explique la hargne et la mauvaise humeur des Messalistes à l’annonce de cette initiative qu’ils n’attendaient pas. Ils organisèrent quelques semaines plus tard, une expédition punitive contre Bitat et moi-même, incident qui situe bien les agents de Messali et leurs méthodes expéditives. Nous répondîmes à cette provocation en attaquant 48 heures après le local du M.T.L.D. Tenu par les Messalistes, donnant la réplique à ces méthodes de gangsters et de voyous. Cette riposte fit réfléchir Mézerna et ses sbires qui n’osèrent plus s’attaquer à nous et ce jusqu’au 1er Novembre 1954. Cette précision a également son importance car dans le contexte d’alors, nous nous placions du côté des Centralistes et il nous était très difficile d’échapper à cette accusation, sans dévoiler nos batteries avant l’heure.
Le C.R.U.A. Dont le comité était composé de quatre membres : deux anciens de l’O.S. Et deux anciens Centralistes, vit le jour le 23 mars 1954. Le lendemain, une proclamation était lancée pour préciser les objectifs du C.R.U.A., qui se résumaient en ceci :
Unité du parti par un congrès large et démocratique afin de garantir la cohésion interne et de doter le parti d’une direction révolutionnaire. Pour parvenir à ce congrès, il était demandé à tous les militants de ne pas épouser les dissensions des dirigeants. Cette proclamation fut distribué dans une grande partie du territoire national.
Un bulletin intérieur : «  Le Patriote « , organe d’information politique défendant ces positions neutralistes et s’attachant à faire prendre conscience aux militants de la gravité de la situation, fut édité. Avec ses six numéros, ce bulletin permit de faire un travail appréciable en ce sens qu’il précisait le rôle des militants qui devaient dire leur mot et arbitrer la crise plutôt que de suivre tel ou tel clan.
«  Le Patriote «  fut un élément de liaison, d’orientation et de propagande d’idées nouvelles et en ce sens de dépassement de la situation de crise.
A ce point de notre développement, il n’est pas inutile d’expliquer les raisons qui nous ont poussés à nous associer dans le C.R.U.A. À des Centralistes. Il faut savoir qu’en mars 1954, il était impossible malgré l’anarchie qui régnait dans l’organisation de prendre des contacts dans cette dernière sans passer par les cadres permanents qui étaient précisément contrôlés par Dekhli. Le problème était donc, puisque nous avions déjà les Messalistes sur le dos, de gagner du temps, tout en disposant de moyens financiers, matériels d’impression et de locaux que le Comité Central avait en sa possession. Ce qui comptait le plus, c’était de parvenir à renouer le contact avec les militants de la base et parmi eux certains cadres de l’O.S. Recherchés, que nous avions perdus de vue depuis longtemps. C’est grâce à cela que, personnelement, j’ai pu, retrouver Zirrout, Ben Tobbal, Benaouda, Souidani Boudjemâa, Bouchaib Mohamed, etc… Par ailleurs, du moment que nous étions d’accord au sein du C.R.U.A. Sur des mots d’ordre que nous estimions valables, il fallait en attendant le développement inévitable de la situation reprendre contact avec les militants de la base, tenir des réunions, expliquer la situation, dénoncer la démagogie, le culte de la personnalité, la bureaucratisation, etc… Nous pensions que cette tâche correctement accomplie bouleverserait les données et c’est ce qui arriva, même si nos partenaires Centralistes ne nous suivirent pas dans cette voie.
Pendant plus de trois mois, tous les anciens cadres de l’O.S. Sillonnèrent le pays prenant en main une grande partie de l’organisation, à l’exception pourtant de la Kabylie dont nous parlerons plus loin. Les Messalistes quant à eux, forts de la bénédiction du «  zaïm «  et passé la première flambée d’invectives contre les membres du Comité Central et les responsables en général, voyaient leur répertoire s’épuiser. En effet on ne peut maintenir une organisation en l’alimentant seulement avec des insultes et une démagogie abêtissante. Au juste, qui étaient les Messalistes ? Derrière Messali, au prestige largement surfait, et deux médiocres ex-membres du Comité Central Mezerna et Merbah, il y avait quelques anciens parmi les fidèles qui entraînaient un flot de gens peu au courant de ce qui se passait. Dans ces circonstances, il est vraisemblable que d’anciens militants exclus en profitèrent pour s’infiltrer dans leurs rangs, lesquels étaient sans doute truffés de provocateurs et de mouchards à la solde du colonialisme.
Les Centralistes, pour leur part, donnaient l’impression d’attendre que le C.R.U.A. Ou plus exactement ses éléments moteurs tirent les marrons du feu pour eux. Ouvertement, ils ne disaient rien,, mais ils laissaient entendre à leurs proches partisans que le C.R.U.A. C’était eux. Ces rumeurs, parvenant aux oreilles de bon nombre de militants finirent par créer un malaise que nous devions enrayer sans délai. Nous tînmes une réunion, Ben Boulaïd, Didouche et moi-même, pour examiner la nouvelle situation, à la suite de quoi nous décidâmes de convoquer les anciens cadres de l’O.S., d’une part pour clarifier nos positions par rapport aux Centralistes, et, d’autre part pour poser les problèmes de l’action à mener et de la structure à lui donner. Cette décision nous amena à la réunion des 22 qui se tint à Alger au Clos Salembier, dans la deuxième quinzaine du mois de juin 1954, sans que je puisse en fixer la date avec précision. Y assistaient : Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Didouche, Bitat et moi même en notre qualité d’organisateurs de la réunion. ( Courrière donne la date du 25 juillet, ce qui ne concorde pas avec les autres événements. C’est plutôt du 25 juin qu’il faudrait parler ).

La réunion des 22

Les autres participants étaient tous des anciens de l’O.S. Bien que recherchés, la plupart d’entre eux avaient continué leur activité et maintenu des contacts avec des militants sûrs, dans les régions ou ils avaient exercé des responsabilités. L’idée assez répondue selon laquelle les «  22 «  étaient des individus isolés est dénué de tout fondement. Certes, notre souci de déclencher l’action sur tout le territoire national nous avait amenés à faire appel à des éléments moins représentatifs, mais c’était somme toute l’exception.
D’un point de vue géographique, il y avait pour Alger : Bouadjadj Zoubir, Belouizdad Athmane, Marzougui Mohamed et Derriche chez qui nous étions réunis. Pour Blida : Souidani Boudjemâa et Bouchaib Belhadj qui, sans être originaires de la région, la connaissaient bien pour s’y être réfugiés depuis qu’ils étaient recherchés, travaillant dans les fermes et établissant des contacts avec les ouvriers agricoles. Pour l’Oranie : Boussouf Abdelhafid et Ramdane Abdelmalek qui étaient toujours en activité dans le parti, respectivement responsables de la daïra de Maghnia et de celle de Nemours. Pour le Constantinois : Mechati, Habachi Abdesslam, Rachid Mellah, Saïd dit «  Lamotta « , membres du Comité de Constantine et sûr lesquels nous comptions beaucoup pour déclencher l’action à Constantine même. ( Ils nous lâchèrent avant le 1er Novembre. Badji Mokhtar représentait la région de Souk Ahras. Il y avait pour le Nord-Constantinois, Zirout Youcef qui, après son évasion avait pris le maquis dans la région de Smendou. Contacté au début par le C.R.U.A., il nous avait dit : «  Je n’ai pas d’éléments d’appréciation sur le conflit, mais je marche avec vous parce que j’ai confiance en vous « . Effectivement, il reprit en main toute l’organisation de la région, Ben Tobbal et Benaouda étaient les deux autres représentants du Nord-Constantinois. Courrière affirme que Hadj Ben Alla a participé à la réunion des 22, ce qui est faux. Ce fut le cas de Maïza, responsable de Sétif et surtout de Mehri, que nous considérions comme acquis et qui nous lâcha en ce moment.
Quand aux éléments de la Kabylie, ils n’assistaient pas à cette réunion pour des raisons que nous exposerons plus loin.
La séance était présidée par Ben Boulaïd. Quant à moi, je présentai le rapport, élaboré au cours des réunions préparatoires par tout le groupe, relayé de temps à autre par Ben M’hidi et Didouche.

Les points soulevés étaient les suivants :

historique de l’O.S depuis sa création jusqu’à sa dissolution,
bilan de la répression et dénonciation de l’attitude capitularde de la direction du parti,
travail effectué par les anciens de l’O.S entre 1950 et 1954,
La crise du parti, ses raisons profondes à savoir le conflit entre la ligne réformiste de la direction et les aspirations révolutionnaires de la base, crise dans le résultat était la scission du parti et son inefficacité,
explication de notre position dans le C.R.U.A. Par rapport à la crise et aux Centralistes,
compte-tenu de cette situation, de l’existence de la guerre de libération en Tunisie et au Maroc, que fallait-il faire ? Le rapport se terminait par ces mots : «  Nous, anciens de l’O.S., il nous appartient aujourd’hui de nous concerter et de décider de l’avenir « .

La séance de l’après-midi fut réservée à la discussion du rapport qui eut lieu dans une atmosphère franche et fraternelle. Deux positions se dégagèrent : l’une d’elle, représentant essentiellement par les éléments recherchés, préconisait le passage immédiat à l’action comme seul moyen de dépasser la situation catastrophique non seulement du parti, mais du mouvement révolutionnaire dans son ensemble. L’autre orientation sans remettre en cause la nécessité de l’action, jugeait que le moment de la déclencher n’était pas encore venu. Les échanges d’argument furent très durs. La décision fut acquise après l’intervention émouvante de Souidani Boudjemâa qui, les larmes aux yeux fustigea les réticents en déclarant : «  Oui ou non, sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette révolution si nous sommes sincères avec nous-même. «

La motion qui fut adoptée condamnait nettement la scission du parti et ses auteurs. Elle proclamait la volonté d’un ensemble de cadres de «  juguler les effets de la crise «  et de sauver «  le mouvement révolutionnaire algérien de la débâcle « . Elle décidait «  le déclenchement de l’insurrection armée, seul moyen pour dépasser les luttes intestines et libérer l’Algérie « . Elle se terminait par la phrase : «  Les 22 chargent le responsable national qui sortira du vote de mettre sur pied une direction qui aura pour tâche d’appliquer les décisions de la présente motion « .

La procédure employée pour dégager cette direction avait pour finalité de sauvegarder l’anonymat de ceux qui en feraient partie. Il fut donc entendu d’élire seulement le responsable national à la majorité des deux-tiers, celui-ci choisirait les autres membres du Comité qui ne seraient connus que de lui seul. La désignation devait se faire de la façon suivante : chacun des membres de la réunion reçut un numéro selon la place qu’il occupait dans la salle ( car tout le monde ne se connaissait pas par son nom ). Le président de séance, Mostefa Ben Boulaïd qui jouissait de la confiance de tous fut chargé du dépouillement et de la proclamation des résultats. Le premier tour ne donna pas de majorité. Après le second tour, Ben Boulaïd revint pour déclarer «  le résultat est acquis «  sans donner aucune autre précision. Sur ce, la réunion des 22 prit fin après un échange de rendez-vous et de points de chute entre les participants qui devaient travailler ensemble.
Ce même jour, Ben Boulaïd, dans un entretien en tête à tête m’apprit mon élection et me communiqua les bulletins de vote qu’il avait précieusement gardés.
Dès le lendemain, je fis appel à Ben Boulaïd, Didouche, Ben M’hidi et Bitat, qui avaient participé à tout le travail préparatoire pour constituer le comité chargé de mettre en application la résolution des 22 ( Comité des 5 ).
Il est clair que malgré les mesures pour préserver le caractère clandestin de cette direction, il n’était nullement question de sacrifier les principes de collégialité et de discussions libres auxquels nous tenions beaucoup après la triste expérience que nous venions de vivre dans le parti. Il faut préciser que jusqu’au 1er Novembre, ce Comité qui s’adjoignit plus tard Krim, fonctionna d’une façon démocratique et avec une grande efficacité.
Notre première réunion eut lieu chez Kechida Aïssa ( rue Barberousse ). Il s’agissait d’étudier la résolution des «  22 «  et de voir comment la mettre en application. Après avoir donné au nouvel organisme, un contenu et un règlement intérieur, nous décidâmes :
1)de regrouper les anciens de l’O.S. Et de les intégrer dans une structure. En effet, jusqu’à ce moment-là, nous avions pris des contacts en tant que C.R.U.A., mais les éléments d’accord avec nous n’étaient pas organisés.
2)De reprendre l’instruction militaire à partir de l’ancienne brochure de l’O.S. Qui fut reproduite.
3)De faire des stages de formation en explosifs afin de fabriquer les bombes, nécessaires au déclenchement.
Les responsabilités furent réparties entre les membres du Comité. Il fut recommandé en outre de multiplier les contacts avec les responsables de la Kabylie ( qui étaient encore réticents ) afin de les intégrer au mouvement.

Après la réunion des «  22 « , le C.R.U.A. Continua son travail comme par le passé. Les membres Centralistes ignoraient bien entendu tout de ce qui venait de se passer. Mais, maintenant, les choses allaient vite et les menées sournoises du Comité Central ne povaient plus ni arrêter, ni freiner la préparation de l’insurrection nationale.
Quelques jours plus tard, au début du mois de juillet, des émissaires Messalistes et Centralistes m’apprirent que Ben Bella se trouvait en Suisse et qu’il désirait me rencontrer. Je mis au courant les autres membres du Comité qui m’encouragèrent à faire le déplacement pour savoir ce qui se passait à l’extérieur et essayer de gagner à notre cause la délégation du Caire. Je me rendis donc en Suisse le 7 juillet et là, j’appris que la délégation extérieure affolée par la crise du parti, avait envoyé Ben Bella et Khider pour tenter de réconcilier les deux tendances. Les deux émissaires avaient rencontré Mézerna et Fillali pour les Messalistes, Lahouel et Yazid pour les Centralistes. Après plusieurs tentatives de rapprochement, les deux parties restèrent sur leur positions et la mission de conciliation ne donna aucun résultat. Khider, excédé, retourna au Caire en laissant Ben Bella seul à Berne. Ce dernier avait été informé, aussi bien par ses interlocuteurs Messalistes que Centralistes que les anciens de l’O.S. Se montraient intraitables et que sous couvert de neutralisme, ils faisaient du travail fractionnel, ce dernier argument venant des Messalistes. Ben Bella chargea les uns et les autres de me faire savoir qu’il souhaitait me rencontrer en Suisse.
Sitôt arrivé à Berne, je contactai Ben Bella qui en tant qu’ancien de l’O.S. Bénéficiait de notre confiance et je l’informai de ce qui s’était passé au cours des derniers mois de ce que nous projetions et surtout de ce que nous attendions de la délégation extérieure. Immédiatement, il donna son accord à notre action et se fit fort d’obtenir le soutien des autres membres de la délégation extérieure, ainsi que celui des Egyptiens. Lahouel et Yazid, qui étaient encore à Berne, manifestèrent le désir d’avoir des entretiens avec nous.
Compte tenu de l’importance de cette rencontre, je demandai à Ben Boulaïd, Didouche et Ben M’hidi de me rejoindre en Suisse. Les discussions avec les deux membres du Comité Central furent longues, mais nous parvînmes à un accord. Il fut convenu de ne pas s’entêter à suivre Messali dans sa voie scissionniste, de dissoudre sans grand bruit le Comité Central dont certains membres gagneraient l’étranger pour renforcer la «  délégation extérieure «  et enfin de mettre à notre disposition une grande partie des fonds du parti pour nous permettre de parachever notre travail de préparation de l’action armée. Sur ce, nous nous séparâmes et chacun d’entre nous rejoignit son lieu de destination, Ben Bella le Caire et les quatre autres Alger. Lahouel n’arriva à Alger qu’avec trois jours de retard sur notre rendez-vous, ayant été retenu, semble-t-il, en France? Nous le rencontrâmes, Ben Boulaïd et moi-même, pour mettre à exécution les décisions de Berne. A notre grande surprise, il nous fut répondu qu’il n’avait jamais été question de décisions, mais de propositions à soumettre au Comité Central ! Cette volte-face ne nous étonna qu’a moitié, car depuis longtemps, nous avions notre idée sur ces gens-là et leurs méthodes tortueuses.
Sur ces entrefaites, Messali avait tenu son congrès à Hornu ( Belgique ) le 15 juillet, excluant tout le Comité Central et bien entendu les membres du C.R.U.A. Ce n’était pas plus difficile que cela ! Seul maître du parti, il allait commencer sa deuxième révolution qui devait le mener à la trahison.
C’est précisément à la suite de ce nouveau développement que le C.R.U.A se disloqua. Les deux centralistes Dekhli et Bouchbouba retournèrent au bercail : la rupture eu lieu vers le 20 juillet. Constitué en vue de sauver l’unité du parti, le C.R.UA. N’avait plus de raison d’être puisque le congrès messaliste avait consommé la scission. Le C.R.U.A. Devait reconnaître son échec et se dissoudre ou alors se donner de nouveaux objectifs répondant à la situation nouvelle. Cette argumentation n’eut pas l’heur de plaire à Dekhli et Bouchouba dont la présence au C.R.U.A. N’avait d’autre but que de faire obstruction au messalisme sous couvert du neutralisme.
Contrairement à ce qui est affirmé dans bien des textes, le C.R.U.A. Dont les objectifs étaient limités, cessa d’exister dès que la scission du P.P.A. Devint effective. De toute façon, la réunion des «  22 «  et le Comité des Cinq avaient prit la relève sur des positions bien plus claires e le travail sérieux était commencé nous laissant peu de temps à consacrer au C.R.U.A. Dont le bulletin «  Le Patriote «  parut pour la dernière fois le 5 juillet.
Il est temps d’examiner maintenant nos rapports avec les responsables de la Kabylie. Yves Courrière a exposé longuement ce problème dans son livre «  Les fils de la Toussaint «  ; les inexactitudes, voire les contres-vérités y sont nombreuses. En outre, les spéculations de l’auteur et de ses informateurs sur l’antagonisme arabo-berbère obscurcissent la question et aboutissent à des interprétations pour le moins tendancieuses.
L’organisation politique de la Kabylie forte d’un millier de militants s’était ralliée dès le début du différend aux thèses messalistes. Les difficultés de contact avec les principaux responsables de cette région, en majorité recherchés par la police, avaient empêché le travail d’explication et de confrontation comme cela s’était passé dans d’autres régions. L’O.S. De la Kabylie avait été dissoute en 1948 par le parti lors de l’affaire dite du «  complot berbériste «  qui avait entraîné l’exclusion de pas mal de militants. Les anciens de l’O.S. N’avaient plus de contacts avec la Kabylie, notamment avec les militants qui avaient pris le maquis. Au moment de nos démelés avec les messalistes, ces derniers ne se gênaient pas pour nous menacer de faire appel aux maquisards kabyles pour nous liquider. C’est également à cette époque que Benaouda, qui était en Kabylie, fut envoyé par Krim et Ouamrane dans le Nord Constantinois pour rallier Zirout et d’autres éléments en vue de descendre en force à Constantine et de contraindre les éléments neutralistes à s’aligner sur les positions des messalistes, quitte à utiliser les moyens extrêmes.
Bref, jusqu’au mois de mai, il était clair que l’organisation de Kabylie avait pris fait et cause pour Messali. Pourtant, compte-tenu de l’importance de cette partie du territoire algérien, tant du point de vue des militants de valeur qu’elle renfermait, que de sa situation géographique, il n’était pas question de la laisser en dehors du mouvement. C’est pourquoi nous fîmes plusieurs tentatives pour établir le contact. Ce n’est que fin mai que Si Hamoud, un ancien militant de cette région, habitant à Beaufraisier, parvint à entrer en contact avec Krim et Ouamrane et nous mit en rapport.
La première entrevue eut lieu au café El-Ariche, Ben Boulaïd et moi-même y rencontrâmes Krim qui était accompagné de Ouamrane. Il s’agissait là d’une simple prise de contact. Nous nous revîmes le lendemain chez Nadir ( préfet d’Alger en 1962 au moment de la zone autonome ) à Kouba. A la fin de cette réunion, il serait exagéré de prétendre que nous étions parvenus à un résultat. Krim et Ouamrane étaient très flottants. C’est pourquoi, il nous été impossible de les inviter à la réunion des «  22 «  car à ce moment ils étaient encore loin de partager nos idées. Malgré les contacts fréquents que nous avions avec eux et nos recommandations lors d’une rencontre qui eut lieu à Tizi-Ouzou ou ce problème fut abordé, ils envoyèrent une délégation dirigée par Zammoum au congrès messaliste du Hornu, ce qui montre bien qu’ils n’avaient pas opté de façon définitive.
Pour le Comité des cinq, il fallait coûte que coûte vaincre les doutes et les réticences des militants de la Kabylie. Pour cela, nous avions établi un questionnaire en trois points qui devait être présenté aux deux tendances du parti :
1 Êtes-vous pour l’action insurrectionnel ? Sinon pourquoi ?
2 Si oui, quelle aide comptez-vous y apporter ?
3 Dans le cas ou une action est déclenchée en dehors de vous, quelle sera votre position ?
Krim et Ouamrane furent chargés de le présenter aux Messalistes. Une autre délégation comprenant à dessein Krim devait faire le même travail avec les Centralistes. Comme il fallait s’y attendre, les Messalistes non seulement repoussèrent cette initiative avec dédain, qualifiant ses auteurs de démagogues et de fractionnistes, mais Moulay Merbah eut une attitude humiliante et cassante à l’egard de Krim à qui il interdit d’avoir des contacts avec nous. Quant aux Centralistes, tout en se déclarant pour l’action, ils refusaient de l’envisager dans l’immédiat. Ces démarches éclairèrent Krim et Ouamrane qui comprirent que le moment était venu pour eux de s’engager résolument avec nous. Ce qui fut fait lors d’une réunion tenue rue du Chêne, vers la fin août, ou ils nous présentèrent les cadres de la Kabylie, Krim fut alors admis dans notre comité dont il devint le sixième membre avec Ouamrane comme adjoint.
Revenons maintenant aux contacts avec Ben Bella et au rôle joué par ce dernier. Après la première entrevue, il eut une seconde au début du mois d’août en vue de prendre contact avec des responsables marocains et tunisiens que Ben Bella s’était chargé d’inviter. Accompagné de Didouche, je me rendis à Berne por rencontrer Abdelkébir El Fassi pour le Maroc et un certain Azeddine Azzouz pour la Tunisie. Le premier nommé refusa de se réunir avec le second pour des raisons de sécurité,semble-t-il, ce qui nous obligea à les voir séparément. Si Abdelkébir El Fassi donnait l’impression d’être au fait de ce qui se passait au Maroc, Azzouz par contre, ignorait tout du problème fellagha tunisien, carbien qu’originaire de Tunisie, il travaillait en Lybie. Avec Abdelkébir El Fassi, nous tombâmes d’accord pour prendre contact avec des militants marocains du Rif espagnol. De plus, il se fit fort de nous fournir des armes dans le Rif dans un délai maximum d’un mois après le versement de leur montant à son compte bancaire de Zurich. Nous lui passâmes immédiatement une commande.
Selon Ben Bella, les Egyptiens, mis au courant de nos projets, étaient disposés à nous accorder toute aide que nous désirions. Seulement, ils n’étaient pas encore convaincus et voulaient avoir des preuves tangibles du sérieux de notre entreprise. Nous demandâmes à Ben Bella de faire vite pour nous procurer un contingent d’armes et à cet effet un rendez-vous fut fixé à Tripoli pour préparer la filière et passer les armes.
De retour au pays, le Comité des cinq fut réuni pour prendre connaissance des résultats de notre mission et plusieurs décisions furent prises. D’abord, il nous fallait racler les fonds de caisse et faire parvenir en Suisse le plus d’argent possible. L’opération donna 1.400.000 anciens francs que Bitat fut chargé de faire parvenir à detination. Ben Boulaïd devait se rendre à Tripoli pour prendre livraison des armes promises par Ben Bella, Ben M’hidi et moi-même nous partîmes pour le Rif espagnol afin d’établir les contacts nécessaires, ( ceci se passait au moment de l’Aïd El Kébir, soit le 9 août ).
Deux semaines plus tard, tous les éléments chargés de mission à l’extérieur, étaient de retour au pays. Le Comité des cinq se réunit pour discuter du résultat de ces déplacements. En vérité, il n’y avait rien à discuter. De Tripoli aucune arme. De Suisse, l’argent avait été versé au compte de Abdelkébir El Fassi amputé de 200 000 francs prélevés par Ben Bella pour ses frais. Et du Rif, en dehors de promesses verbales, rien de palpable. Le seul aspect positif, c’était la connaissance de passages frontaliers à l’Est et à l’Ouest et le contact avec les patriotes marocains du Rif, lesquels s’étaient montrés enchantés de nous connaître et partisans d’une action révolutionnaire commune.
Pour terminer avec ce chapitre, il est capital de souligner qu’aucune arme n’est entée au pays avant le 1er Novembre. Les promesses d’El Fassi n’étaient que pure invention. Les départements d’Oran et d’Alger qui attendaient cet armement furent obligés de déclencher l’action avec quelques armes, pas plus d’une dizaine, en mauvais état et certaines sans munitions. Le responsable de la Wilaya V, Ben M’hidi, n’avait pour toute arme qu’un vieux 7,65 avec deux balles.
Quant à la délégation extérieur du Caire, de quel côté était-elle ? Personne ne pouvait le dire, d’autant plus qu’après le Congrès du Comité Central, tenu le 15 août, le premier numéro du journal centraliste «  La Nation Algérienne «  contenait les photos d’Aït Ahmed et de Khider en bonne place avec des déclarations de l’un et de l’autre. Ce qui ne manqua pas de provoquer les protestations de nos partisans qui étaient convaincus que la délégation extérieure avait opté pour nous. Ce que nous leur avions affirmé en toute bonne foi; Ben Bella nous ayons certifié qu’une délégation avait pris position en notre faveur.
Tous ces points éclaircis, revenons à la situation du pays. Les Messalistes et les Centralistes après leurs Congrès respectifs s’étaient exclus mutuellement. Chaque groupe se revendiquant de la légitimité et accusant l’autre de toutes les infamies. La guerre était ouverte : bagarres dans les rues, invectives, occupations des locaux sous le regard amusé et plein de satisfaction de la police colonialiste qui laissait faire ce travail de destruction du parti nationaliste algérien.

Les militants séparés en deux clans hostiles se livraient passionnément à cette lutte, convaincus d’un côté comme de l’autre, qu’ils défendaient la vérité. Les agressifs étaient sans conteste les Messalistes parce que majoritaires et complètement fermés à toute discussion, conformément aux ordres reçus de leurs responsables qui craignaient des défections en cas de confrontations entre militants. Pour eux, Messali, le «  Chef National « était au-dessus de toute critique et ne pouvait en conséquence avoir tort. En cela, il faut le dire, ils ne faisaient qu’obéir à l’image simpliste qui leur avait été inculquée dans le parti même.
Les partisans du Comité Central, moins nombreux, mais plus formés politiquement, portaient le débat au niveau des principes et des méthodes de travail. Ils s’attaquaient aux méfaits du culte de la personnalité, à la mégalomanie de Messali et à ses procédés autocratique. Autant dire, que les arguments d’un côté comme de l’autre étaient en porte-à-faux parce que chaque clan se refusait à mieux situer la crise du Parti dont l’origine se trouvait dans la sclérose de la direction, incapable de répondre à l’attente des militants et de mener la lutte révolutionnaire pour libérer le pays.
Face a cette décomposition du P.P.A. M.TL.D., quelles étaient les positions des autres partis politiques algériens ? A l’effet de surprise du début de la crise, avait fait place un sentiment de soulagement à peine voilé chez l’U.D.M.A., et les Oulémas. Quant au P.C.A., sa position était plus nuancée : expectative prudente avec un penchant pour la tendance centraliste considérée comme plus raisonnable et plus intelligente. Du côté des masses, le sentiment était au pessimisme et à la désapprobation. Et il n’était pas rare d’entendre dans la bouche de l’homme de la rue cette remarque pertinente : «  C’est bien le moment de se bagarrer entre frères, quand les valeureux patriotes tunisiens et marocains versent leur sang por libérer leur pays «

Les préparatifs de l’action

C’est dans cette atmosphère de confusion et d’anarchie, que le Comité des cinq ( devenu des six, début septembre ) travailler d’arrache-pied pour constituer les premiers commandos, les former en vitesse, les armer et les préparer pour la nuit du 1erNovembre 1954. Le temps pressait car il fallait profiter de la confusion crée par la crise et du rideau de fumée de surenchères et des disputes pour échapper à une répression toujours possible. Déjà les Messalistes ne se privaient pas de dénoncer auprès de leurs partisans certains membres du Comité en les désignant par leur vrai nom, désirant par cette manœuvre attirer la répression policière sur eux. Par ailleurs, l’organisation de Constantine constituée d’une quarantaine d’éléments qui étaient au courant de tous les préparatifs, avait lamentablement lâché, démobilisant les groupes déjà formés, à qui fut donnée la liberté de rejoindre le clan politique de leur choix.
En ce début septembre, le Comité des six se trouvait confronté à plusieurs problèmes dont le plus important était : la représentativité politique du nouveau mouvement, son contenu politique, l’armement, les fonds, ainsi que la date du déclenchement.
. En ce qui concerne le premier point, les six s’ils étaient plus ou moins connus dans l’organisation et dans plus d’un cas seulement sous des pseudonymes, étaient par contre complètement inconnus de l’opinion algérienne, ainsi que sur la scène internationale. Dans notre esprit, déclencher une action armée qui n’avait de chance de réussir qu’avec l’adhésion et l’appui des masses, nécessitait des noms connus ou tout au moins une tête d’affiche. Des deux clans qui se disputaient les dépouilles du parti, il n’en était pas question. Il ne restait qu’une personnalité qui, à nos yeux, remplissait ces conditions et d’autres : rectitude politique et morale, honnêteté et capacités. C’était Lamine Debaghine, personnalité politique connue qui avait quitté le parti en 1949 et dont le prestige était resté intact auprès de beaucoup de militants et d’intellectuels. Notre choix fixé, une délégation formée de Ben Boulaïd, Krim et moi-même se rendit à Saint-Arnaud ( actuellement El-Eulma ) ou Lamine était installé comme médecin. A la tombée de la nuit, nous frappâmes à la porte de son cabinet. Après les présentations, nous lui exposâmes l’objet de notre visite. Il posa beaucoup de questions sur nos forces, nos moyens, notre implantation, etc… Complètement informé, il fit une critique très sévère du parti messaliste et de tous les autres responsables. Puis, il nous demanda un délai de réflexion pour nous donner une réponse quant à son éventuel engagement. Rendez-vous fut pris à Alger au café Bourahla, rue de la Liberté. Sur ce, nous prîmes congé et chacun d’entre nous rejoignit le lieu de ses activités. Au jour fixé, tout le Comité était présent, pas très loin du lieu de rendez-vous.
Une voiture destinée à nous convoyer à un lieu de réunion attendait derrière l’Opéra d’Alger. Le moment venu, Ben Boulaïd fut chargé de se rendre au café pour guider Lamine jusqu’à nous. Un quart d’heure passa sans qu’il revienne. Nous attendions quelque temps encore, puis nous envoyâmes Krim qui resta à son tour . Notre impatience grandissait d’autant plus que certains d’entre nous étaient armés et que les conditions de sécurité n’étaient pas excellentes. Bref, une heure après, tout le monde se retrouva au lieu de réunion, mais sans Lamine. Ce n’est d’ailleurs qu’au retour de nos envoyés que nous sûmes ce qui s’était passé. Lamine était accompagné d’amis personnels, Boukadoum Haoues, un ex-député M.T.L.D., et du Capitaine Saïdi, autre personnalité politique du M.T.L.D. Ben Boulaïd qui ne s’attendait pas à trouver ces deux nouvelles figures, se montra très réservé et attendit que Lamine se décide. Or, ce dernier, non seulement ne donnait pas l’impression de vouloir quitter le café, mais en présence de ses deux compagnons, remettait en cause son éventuelle adhésion, non sans critiquer certains aspects de ce que nous projetions. Quand Krim rejoignit le groupe, Lamine continua à développer son point de vue qui se résumait en ceci : si les régions des Aurès et de la Kabylie étaient capables d’entreprendre une action armée, lui Lamine n’avait aucune confiance dans le reste. A ces mots, Ben Boulaïd l’interrompit pour lui signifier que tous ceux qui étaient engagés, étaient décidés à aller jusqu’au bout, et qu’ils avaient une confiance totale les uns dans les autres. Lamine, au tempérament impulsif, répliqua s’adressant à Ben Boulaïd : «  Alors, pourquoi êtes-vous venus me chercher, vous auriez dû le faire le jour ou vous avez décidé de vous détacher du clan du parti et de faire cavalier seul. «  A ces mots, Ben Boulaïd pourtant très calme de nature se leva et répondit «  Nous sommes venus te chercher, maintenant, on ne te cherche plus. Nous n’avons besoin de personne « . Et il quitta le café laissant les trois hommes avec Krim qui, un moment après, nous rejoignit pour nous confirmer ce que nous savions déjà.
Cette expérience nous apprit qu’il n’y avait rien à attendre du personnel politique de l’époque. D’autres contacts, avec des éléments tels que Mehri, Demagh El Atrousse, Kassem Mouloud, l’actuel ministre des Habous, se soldèrent par un échec de même nature. Une tentative auprès des Oulemas n’aboutit à rien. En fin de compte, nous renonçâmes à ce travail inutile pour placer notre confiance dans le peuple et aller de l’avant.
. Notre seconde préoccupation, était la définition du contenu politique et organisationnel du mouvement à créer. Plusieurs réunions du Comité aboutirent à un ensemble de décisions.
Il faut souligner qu’a cette époque, tout le contenu politique du mouvement nationaliste se réduisait au thème de l’indépendance. Aucun approfondissement sérieux n’ayant été fait dans le parti, les membres du Comité n’avaient pour faire face à la lourde tâche de la définition de leur mouvement, que leur bon sens et leur volonté, à défaut de formation.
En reprenant les écrits d’alors, en particulier la proclamation du F.L.N. On est frappé par le souci de ses rédacteurs de sauver le mouvement révolutionnaire de la faillite, de dénoncer les luttes intestines et leurs auteurs, de placer l’action dans le contexte nord-africain et de fixer comme objectif de la lutte, l’indépendance nationale sans toutefois en préciser la nature et le contenu économique et social. Reprenons ici les termes de la proclamation : «  but : l’indépendance national par :
1.la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques,
2.le respect de toutes les libertés fondamentales, sans distinction de races ni de confessions. «
Comme on le voit, cette définition reste très floue et cela explique en parti les contradictions que connaîtra la lutte de libération nationale et les nombreuses crises qui l’ont secouée. La plus importante étant celle qui, en été 1962, plaça Ben Bella au pouvoir et après lui Boumedienne. L’un comme l’autre jouant sur ces contradictions qui demeurent et s’amplifient.
Le seul élément nouveau, déjà introduit par le C.R.U.A., était le recours à la base et au peuple algérien pour trancher la crise : les militants, des années durant, avaient été habitués à recevoir des ordres et à les exécuter. Par notre appel direct à la base, par dessus les appareils, nous poussions les militants à reprendre l’initiative et à ce débarrasser de la tutelle d’un sommet impuissant et paralysé, car nous étions convaincus que c’était là, la seule issue : donner au peuple la possibilité de trancher et de choisir la voie à suivre.
Parallèlement à la définition politique deux principes d’organisation furent adoptés :
La décentralisation, compte-tenu de l’étendue du territoire national, il était impossible à tout organisme centralisé de diriger la lutte. C’est pourquoi il fut décidé de laisser toutr liberté d’action à chaque Wilaya. Une réunion du Comité des six fut prévue pour le mois de janvier 1955. Elle ne s’est jamais tenue et pour cause : sitôt la lutte engagée, toutes les Wilayas restèrent pour une longue période isolées. En attendant, et pour éviter toute fausse note, trois tracts furent rédigés à l’avance pour être distribués aux mêmes dates dans toutes les Wilayate.
- la primauté de l’intérieur sur l’extérieur. Principe juste dans son esprit dans la mesure ou il signifiât que rien ne pouvait être fait son l’accord de ceux qui se battaient sur le terrain.
Enfin, nous décidâmes d’appeler l’organisation politique : Front de Libération Nationale ( F.L.N. ) et l’organisation militaire : Armée de Libération Nationale ( A.L.N. ).
. Pour ce qui est des structures, l’Algérie fut divisée en six Wilayate.
- la première délimitée au nord par la ligne de chemin de fer allant de Béni Mansour à Souk Ahras, à l’est par la frontière tunisienne, au sud par les confins sahariens et à l’ouest par les limites de l’ex-département de Contantine. Ce fut Ben Boulaïd, assisté de Chihani, qui en avait la direction.
- la deuxième délimitée au nord par la mer, à l’est par la frontière tunisienne, au sud par la ligne de chemin de fer Béni Mansour- Souk Ahras et à l’ouest par la ligne de chemin de fer allant de Béni Mansour à Bougie. C’est Didouche, avec comme adjoint Zirout, qui fut placé à sa tête.
- la troisième comprenant la Grande Kabylie était placée sous le commandement de Krim, avec comme adjoint Ouamrane.
- la quatrième comprenant le reste de l’ex-département d’Alger avait comme responsable Bitat dont l’adjoint était Soudani Boudjemâa.
- la cinquième couvrant le territoire de l’ex-département d’Oran était dirigée par Ben M’hidi; quant à son adjoint le choix lui était laissé entre Ramdane Benabdelmalek et Boussouf.
- la sixième qui n’existait pas sur le papier et qui devait couvrir tout le Sud algérien : les ex-territoires du Sud, les oasis et la Saoura.
Personnellement, je fut chargé de rejoindre la délégation extérieure avec tous les documents et de retourner au pays pour la réunion de janvier 1955, dont il à été question plus haut.
. Une stratégie en trois étapes combinant les aspects politique et militaire fut arrêtée au terme de longues discussions.
Première étape : installation du dispositif militaire et politique de préparation et d’extension. Du point de vue militaire, à la date du déclenchement, toutes les Wilayates étaient tenues de se manifester en donnant le maximum de force et d’éclat à leur action, en vue de démonter que l’insurrection touchait tout le territoire national. Après les premières actions, tous les hommes armés devaient se retirer sur des positions préparées à l’avance et susceptibles de leur assurer le maximum de sécurité. En attendant un armement adéquat, le Comité de Wilaya devait installer des cellules politiques, tout en parachevant la formation des militants encore inaccoutumés à la vie des maquis. Les seules actions autorisées sur le plan militaire étaient la reconnaissance du terrain, l’organisation des relais, des zones de repli et des dépôts de vivres et de médicaments, la collecte des armes, le harcèlement de nuit des forces ennemies, les petits coups de main contre les forces isolées. Dans cette étape, il était recommandé d’éviter l’affrontement avec un ennemi encore beaucoup plus puissant que nous.
L’objectif principal de cette étape était politique : compte-tenu de la surprise des masses et de leur manque d’information, au moment du déclenchement, les cellules politiques, de même que les hommes armés, avaient pour tâche essentielle d’expliquer aux masses populaires le sens, la nature et les objectifs de notre action, afin de gagner leur sympathie et leur soutien. Pendant cette étape d’explication, les mouchards et les agents de l’autorité coloniale devaient être particulièrement visés pour encourager les masses.
Deuxième étape : celle de l’insécurité généralisée. Du point de vue militaire, les groupes armés plus nombreux, mieux aguerris, dotés d’un armement plus important, devaient passer à des actions dont l’objectif était de généraliser l’insécurité sur tout le territoire : embuscade, destruction des ponts, chemins de fer, routes, transformateurs électriques, coups de main plus audacieux et plus nombreux, terrorisme urbain contre les ennemis de la révolution. Au niveau politique, les masses ayant été préparées pendant la première étape devaient être organisées et intégrées dans l’action afin de mener parallèlement aux maquisards des luttes de masses : grèves, manifestations, campagnes de désobéissance. Elles devaient en outre prendre en charge les tâches d’administration et de justice dans le but de couper l’administration coloniale. Les renseignements, la logistique et le ravitaillement étaient aussi de leur ressort.
Troisième étape : constitution de zones franches. Au point de vue militaire, une partie du territoire étant libérée, il fallait constituer des zones franches fortifiées et soustraites totalement à l’atteinte de l’ennemi. C’est dans ces conditions seulement que pouvait être mise en place une direction révolutionnaire chargée du commandement de l’ensemble des actions et résidant donc sur le terrain. Au point de vue politique, c’est dans cette dernière étape, que la fusion devait se faire entre aspect militaire et aspect politique afin de dégager les différents organes de pouvoir révolutionnaire, préfiguration de celui qui dirigerait le pays après l’indépendance.
Pour les armes et les fonds, avant-dernier point des tâches du Comité des Six, chaque Wilaya fut chargée de se procurer des fonds par ses propres moyens. Quand aux armes, le principal dépôt était dans les Aurès avec à peu près 300 armes italiennes, achetées dans le courant 1947-48 en Libye, stockées dans un premier temps à Oued Souf et de là, transférées en 1949 dans les Aurès ou elles étaient cachées dans des fûts remplis d’huile. Les deux dépôts d’Alger, ainsi que le service d’identité furent remis au premier groupe d’action de la capitale. Ces dépôts ne renfermaient que quelques grenades et quatre ou cinq revolvers de différents calibres, ainsi qu’un contingent de balles, le tout en très mauvais état. Une vingtaine de mousquetons prélevés sur les armes des Aurès furent envoyés sur le Nord Constantinois, tandis que la Kabylie en recevait une trentaine. Ce qui avait empêché une dotation plus importante, c’était le problème du transport, de la sécurité et du temps dont nous disposions. Les Wilayates IV et V devaient recevoir leur contingent des armes commandées auprès de Abdelkébir El Fassi. Ces armes nous ayant fait défaut, ces deux Wilayates étaient les plus faibles.
. Il ne restait plus qu’à fixer la date du déclenchement. Dans un premier temps, nous avions retenu le 15 octobre. La délégation extérieure en fut avertie. Il y eut une fuite. Allal El Fassi donna la date à Yazid qui se trouvait à cette époque au Caire, le prenant pour un des nôtres. Ce dernier rappliqua immédiatement à Alger et alerta ses amis du Comité Central. Une autre fuite eut lieu a à Soumâa, près de Blida ou des éléments formés par Soudani Boudjemâa furent débauchés par Lahouel. Celui-ci mis au courant des préparatifs, sentant les choses devenir plus sérieuses, entreprit un véritable travail de sape, nous accusant d’envoyer les gens «  au casse-gueule «  et réussissant à faire reculer certains des éléments.
Les Centralistes affolés demandèrent à nous rencontrer. Nous nous réunîmes chez Bouda avec Lahouel et Yazid. Ils nous reprochèrent notre entêtement à ne pas rejoindre leurs rangs et les bruits alarmistes qui circulaient ; entre autres, la date du 15 octobre. Ils avançaient enfin que la délégation extérieure désapprouvait notre position. Bien sûr, nous niâmes avoir fixé une quelconque date, quant à la délégation extérieure, nous voulions bien la rencontrer et prendre une position commune. Il fallait coûte que coûte les rassurer. Nous nous sommes mis d’accord pour envoyer une délégation au Caire comprenant Lahouel-Yazid pour les Centralistes et moi-même pour les Neutralistes comme ils nous appelaient.
C’est de cette façon qu’au déclenchement de l’action, les deux Centralistes se trouvaient au Caire, ainsi d’ailleurs que deux Messalistes Mézerna et Fillali Abdellah qui, eux étaient en discussion avec la délégation extérieure en vue de la rallier à Messali ou de l’expulser des locaux du Comité de Libération de l’Afrique du Nord du Caire. Immédiatement après cet incident, le Comité des Six reporta la date au 1er novembre sans en informer qui que ce fut. Cette fois-ci, le secret fut bien gardé et les premières actions armées donnaient le départ de l’ébranlement qui durant plus de sept ans d’une guerre terrible et sans merci, permet à l’Algérie de s’arracher d’une domination de cent trente ans.

In EL DJARIDA N° 15 NOV-DEC 1974.

source:lequotidiendalgerie.com

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L’Hécatombe et la Presse ou les démons du mensonge

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009

L’Hécatombe et la Presse
ou les démons du mensonge
 » Il n’est point de secret
que le temps ne révèle « 

Le Général Mohamed
Lamine Mediene Alias Toufik

Préface:

La guerre n’anéantit pas seulement les hommes, les biens et la vie en général, mais détruit également les principes, l’éthique, la déontologie et surtout l’espoir.
En Algérie, rares sont ceux qui savent résister aux charmeurs de la corruption morale et matérielle et la presse comme tout organisme stratégique n’échappe pas à cette règle.
Depuis le début de la tragédie, certains journaux ont perdu leurs essences et leur crédibilité acquises chèrement après les événements d’octobre 88, dans un pays où tous les moyens d’information appartiennent depuis l’indépendance aux décideurs.

Est-ce un hasard si la profession a payé un aussi lourd tribut ?
La mort violente des journalistes algériens et étrangers a dévoilé la détermination de ceux qui veulent à tout prix étouffer la vérité ; abaisser le rideau de fer est pour eux une nécessité afin de mener à bien la politique de l’horreur.
Cette cruauté a permis la neutralité bienveillante de la majorité et la compromission de certains autres ; les meurtres, les menaces puis l’isolement (pour ne pas dire la clandestinité et l’exil) des autres ont fini par anesthésier l’esprit critique et paralyser la quête de la vérité qui ont caractérisé la presse algérienne à l’issue des événements d’octobre 88.

Des journalistes qui ont pris avec des médecins le leadership des comités contre la torture en octobre 88 (avec la participation remarquée de l’actrice Isabelle Adjani), qui ont écris les mémoires d’octobre et sont devenus des portes voix criant leur indignation en répétant « plus jamais ça », se sont transformés en apôtres de l’éradication et en plumes de sangs.

Il est dit :  »On n’a pas le droit de tuer un homme parce qu’on ne connaît pas les images qu’il y a au fond de ses yeux », principe sacré du droit à la différence et du respect d’autrui que bon nombre de journalistes ont sacrifié au nom de la pseudo-sauvegarde de la démocratie que les intégristes veulent décapiter.

Comment expliquer aux communs des lecteurs la conversion rocambolesque d’une presse contestataire et parfois rebelle à l’avant garde de la lutte pour les droits de l’homme et la dignité humaine, en un instrument fatal entre les mains des thaumaturges du cabinet noir. Cette presse qui est devenue une girouette changeant de sens avec les vents des luttes des clans.
Certes dans un pays soumis à des bouleversements en profondeur où les affrontements entre idéologies antinomiques et intérêts divergents ont ouvert la voie à une atrocité meurtrière, le principe sacré du respect de la vie humaine est tombé à la faveur de fatwas d’imams ou pseudo-cheikhs ignares et de muftis incultes made in DRS. Mais le plus grave encore, c’est que la presse qui était le garde fou du champ politique, a fini par céder. Le résultat est connu de tous et les écrits relatifs à ce sujet sont bien loin du non dit ; les cours restent toujours pleins tant que justice n’est pas faite.

Nous ne voulons pas et nous n’avons pas la prétention de faire le procès de la presse ou des journalistes, l’histoire se chargera tôt ou tard d’une telle mission, mais nous tenons par contre à expliquer les mécanismes et les dessous de la manipulation et montrer que la démission des consciences a très largement contribué et d’une façon substantielle au pourrissement de la situation. Notre espoir est que ce dossier puisse contribuer, même de manière très modeste, à la libéralisation des consciences journalistiques, l’assainissement du milieu médiatique et la réhabilitation de la fonction de journaliste ; pour que demain soit meilleur pour ceux qui achètent chaque jour leur journal et qui s’attendent à y trouver leurs souffrances mises à nu afin de pouvoir espérer que le surlendemain sera meilleur !

Le début:

Depuis le renversement de Chadli en janvier 1992, le commandement de l’ANP de l’époque prend en charge la diffusion de toute information touchant de près ou de loin l’institution militaire ou la vie politique du pays. Les moyens de communication sont mis sous surveillance stricte afin de s’assurer du contrôle du reste des événements.
Dans le passé, cette mission délicate a de tout temps été attribué au service presse de la Direction du Renseignement et de la Sécurité qui a mis sur pied au fil des ans un service très spécialisé qui a tissé sa toile autour de tous les médias.
La gestion et la manipulation de l’information est une arme moderne très redoutable qui est employée pour gérer une situation de crise, façonner l’opinion publique et même retourner celle-ci lorsqu’elle est hostile à la politique en cours. C’est une spécialité bien établie dans tous les services secrets du monde, appelée « Média Management ou Crisis Management » et qui a démontré son efficacité plus particulièrement lors de la guerre du Golf.

En Algérie, la DRS n’est pas en marge dans ce domaine, les exemples sont nombreux, mais la pratique la plus connue de tous est la censure classique qui couvre tout le champ politique. Cette opération est assurée par l’intermédiaire de son service presse de manières différentes, mais le but final reste la manipulation psychologique de l’opinion publique nationale et même internationale lorsque le sujet a une dimension internationale.

L’exploitation et la manipulation de l’information sont réalisées par une sous direction de la DRS : le service presse, plus scientifiquement baptisé «service psychologique ». Il est en charge de la «guerre médiatique ». Cette sous direction est basée actuellement au centre opérationnel de Belaroussi (l’ex-centre de support opérationnel technique), situé derrière la cité des Asphodèles à Ben Aknoun et est connu par les introduits dans les milieux médiatiques sous le nom de code CCD.

Le centre Belaroussi, classé très sensible, est commandé par le fameux Colonel Aziz. Il abrite les bureaux du centre de la communication et de la diffusion (CCD) qui est dirigé par le colonel Tahri Zoubir alias Hadj Zoubir.
Si El-Hadj comme il est communément appelé, est comme ses prédécesseurs, en charge du recrutement par n’importe quel moyen du plus grand nombre possible de journalistes (même étrangers), le but est bien simple : la censure passive et active de tout ce qui est considéré comme une information à caractère sécuritaire.

La censure passive est plus classique, elle permet la régulation des moyens médiatiques que ce soit la télévision, la radio, la presse écrite ou très récemment l’Internet (le serveur du Cerist, ANEP, Wissal), et ce par l’intermédiaire d’officiers présents sur place, qui bénéficient de postes importants (bureaux de sécurité) et jouissent d’une liberté d’action sans limites. Chaque bureau de sécurité au sein d’un organisme médiatique comme la TV, la radio, les stations régionales (TV et radios) et l’APS regroupe une petite équipe d’officiers qui veille 24 heures durant sur le bon déroulement des choses. Il est même arrivé qu’un officier soit lui-même le directeur de l’établissement comme cela est souvent le cas concernant le poste de directeur de l’APS (comme le colonel Talmat, décédé en 1996).
La censure active est plus importante car elle nécessite des moyens humains importants à savoir des agents et des spécialistes en communication, capables de créer l’événement et de renverser une situation médiatique hostile.

Ce sont des spécialistes, le plus souvent des étrangers (spin docteurs : ce qui veut dire, des docteurs en renversement de crise), qui tracent les démarches à suivre pour minimiser les retombées médiatiques d’une situation catastrophique (comme ça a été le cas après les massacres de 1997 et 1998).
Dans tous les cas, le CCD a pour mission : la culture du secret dans le seul but de manipuler les masses d’une population en quête de vérité. Rien ni personne ne compte devant la soi-disant raison d’Etat, ce sceau sous lequel bien des vies sont sacrifiées et tant d’autres gâchées.

Tahri Zoubir est un ancien officier issu de la Direction Centrale de la Sécurité de l’armée (DCSA), il a occupé des postes de responsabilités assez importants avant de devenir commandant du CCD. Il a été le sous directeur de la sous direction des points sensibles ; ce qui englobe la sécurité de toutes les enceintes militaires à travers le territoire national. Il a joué un rôle clé lors du départ du général Kamel Abderahman et plus tard dans celui du général Mohamed Betchine qui a été aussi son ancien chef.
El Hadj Zoubir est assisté dans ses taches par toute une équipe d’officiers qui sont :

*Le colonel Smail Hallab du corps de la gendarmerie nationale qui commande un service de soutien à Zoubir depuis le quartier général à Bab Djedide.

*Le colonel Kamel originaire de la DRS avec ses hommes qui sont : les commandants Hamdi Amalou et Omar Bououne, le capitaine Amine et le lieutenant Salah du service analyse de la DRS.

*Le commandant Miloud Originaire de la DCE et le Capitaine Hamza Originaire du centre opérationnel « Antar » et qui travaillent tous deux pour le compte de Smain Lamari.

*Les adjoints directs de Zoubir, originaires de la DCSA tout comme lui, sont : les commandants Djilali et Samir.

*les Capitaines Djamel, Mohamed et Boudjemaa, le lieutenant Madjid, l’adjudant chef Abdenour Khodja et la PCA Djamila (personnel civil assimilé), qui constituent le secrétariat général du CCD.

Le recrutement des plumes est réalisé grâce à la collaboration directe d’une classe de journalistes totalement dévouée aux thèses de la DRS moyennant des avantages matériels très importants et une notoriété acquise grâce à leurs protecteurs. Une deuxième classe de journalistes est recrutée sous la compromission, à la suite de grandes pressions, sous la menace et même parfois grâce à de vrais-faux attentats attribués aux GIA. Il existe cependant des journalistes qui ont su rester fidèles à l’esprit de déontologie mais qui ont payé le refus d’être achetés, soit de leurs vies, soit en abandonnant le journalisme, soit en étant obligés de quitter l’Algérie et d’opter pour l’exil. Dans tous les cas, Le colonel Tahri Zoubir est prêt à aller jusqu’aux limites de la barbarie pour exécuter les ordres de Toufik et Smain.

Avant de devenir le chef du CCD, Zoubir a dû montrer patte blanche vis-à-vis de Toufik auquel il a largement témoigné sa fidélité. La confiance de Toufik a été acquise grâce à Mohamed Betchine. En réalité, ce dernier à peine installé, après l’élection de Zeroual, qu’il commence à approcher discrètement des cadres avec lesquels il a travaillé à la DCSA ou à la DRS pour le soutenir dans sa soi- disant démarche de paix. Plusieurs officiers le rejoignent effectivement, soit directement au siège de la présidence, soit restent en contact permanent pour lui rendre compte au fur et mesure de ce qui se passe à la DRS. Il fait de même avec le commandant Tahri Zoubir (à l’époque sous directeur des points sensibles et chargé de mission spécial pour la DCSA) qui n’ hésite nullement avant d’aller voir Toufik et lui rendre compte de l’offre de Betchine. L’ancien directeur de la DRS croyant avoir réussi le retournement de Zoubir se prend dans son propre jeu, et Toufik lui fait parvenir des informations qui ont permis par la suite de renverser toutes les tentatives de récupération du MDN par le président Zeroual et l’élimination spectaculaire de Betchine. Il va sans dire que Zoubir a été largement récompensé pour cette fidélité qui lui a ouvert les portes d’un pouvoir immense.

Depuis sa nomination à la tête du service presse, suite au départ du colonel Fawzi actuellement en poste à Rome en tant qu’attaché militaire, Zoubir a suivit les ordres de Toufik à la lettre et a réalisé quelques coups médiatiques qui ont eu un impact important sur la vie politique du pays même à l’échelle internationale, parmi ces opérations de manipulation médiatique:

*L’interview réalisée par le journaliste de  »Chark el Awsat », Amir Atahiri.

*La couverture médiatique de l’opération de Ouled Allal.

*Les attaques contre le général Mohamed Betchine et qui ont conduit par la suite à la démission du président Zeroual.

*Très récemment l’aide à Khaled Nezar et la promotion médiatique des anciens officiers de l’armée française par l’intermédiaire du colonel Mohamed Rabah Boutella, fondateur du mouvement des officiers algériens de l’armée française.

*Et La campagne menée pour discréditer le MAOL.

Ce travail de maître manipulateur n’aurait jamais pu aboutir sans l’apport considérable de ses agents, qui signent de leurs noms ou de leurs pseudonymes des articles tous faits au CCd et qu’ils reçoivent le plus souvent par fax à leurs rédactions respectives. Ces plumes mercenaires s’emploient à donner de la crédibilité à des faits ou à des évènements factices, concoctés par la cellule analyse du CCD dans le but de damner le pion à tous ceux qui résistent ou combattent le totalitarisme militaire.

L’affaire Atahiri:

L’interview réalise par ce journaliste en mars 98 est un boom médiatique, puisqu’il fait énormément de bruit même à l’étranger où il est repris par plusieurs magazines et agences de presse. Il va sans dire que la promotion de cet article à l’intérieur de l’Algérie est prise en charge par les relais médiatiques locaux sous la direction de Zoubir en personne.

Durant cette période post-massacres, les pressions subites par les généraux sont très fortes et l’opinion publique nationale et internationale sont presque unanimes sur le fait que l’armée est mêlée d’une manière ou d’une autre à ces horribles massacres. Le sujet tabou qui fait trembler l’ensemble des généraux algériens est les demandes persistantes d’une enquête internationale faites par des organisations de défense des droits de l’homme en Algérie avec l’appui de plusieurs ONG ou des personnalités politiques algériennes et étrangères.

La question «qui tue qui?» est née et les généraux sont mis à l’index par plusieurs temoins gênants. Les attaques faites contre ces généraux sont finement projetées vers l’institution militaire. Ils ne veulent pas être dissociés du corps de l’armée et toute atteinte à leurs personnes est assimilée à une attaque contre l’ANP qu’ils veulent montrer solidaire et unie derrière ses commandeurs. Cette subtilité leur a permis de dissoudre l’onde de choc qui a suivit les grands massacres de civils et ce à l’intérieur même de l’institution militaire. La souveraineté de l’Algérie étant logiquement associée à celle de l’armée, par conséquent, ils sont eux aussi au-dessus de tout soupçon et tout ce qui peut altérer cette souveraineté est hors de propos et inacceptable, voir diplomatiquement incorrect.

C’est le général Toufik qui a personnellement veillé à ce qu’une riposte médiatique puisse être organisée pour ne pas laisser le champ libre aux spéculations et interrogations qui peuvent ajouter encore de l’huile sur le feu et rendre plus délicate la position des généraux vis-à-vis du reste du monde.
En plus du dépêchement secret de plusieurs envoyés spéciaux chargés d’exposer l’étendu du problème du terrorisme intégriste en Algérie aux leaders du monde arabe et occidental, le renforcement de la citadelle des généraux devait être impérativement entrepris et il a fallu pour se faire organiser une contre offensive médiatique à l’échelle internationale.

Dans cette même stratégie, le CCd à cette époque a fonctionné H24 et a réalisé beaucoup de programmes dont:

*Une série de temoignages de « repentis » du GIA diffusés sur la chaîne de télé nationale et sur le canal satellite. Ces témoignages ont pour objectif bien sûr la levée des accusations qui pèsent sur l’armée.
*Une autre série de reportages abordant les ramifications du GIA dans les capitales européennes avec le soutien des bureaux de sécurité locaux.
*Des conférences animées par des personnalités proche du pouvoir ayant pour objectif le ralliement de l’intelligentsia occidentale à la cause des généraux, en Suisse, en France, en Allemagne, en Angleterre (Khalida Messaoudi, Said Saadi, Saida Benhabiles, Hamraoui Habib Chawki, Reda Malek, Mohamed Salah Dembri…).
*L’invitation de plusieurs personnalités étrangères à Alger où ils sont reçus en grande pompe et ont droit à des séjours grand luxe durant lequels ils animent des conférences soutenant le régime et lui apportant la caution morale
(Bernard Henry Lévy qui a passé le nouvel an 98 à Alger et qui a porté tout le temps son gilet par balle, André Glucksmann qui a ouvertement appelé à aider l’armée, Jack Lang…).
*L’envoi de témoins présumés des massacres et des victimes du GIA vers la France et la Suisse où ils ont pour mission la défense de l’armée contre toutes les accusations lors de leur participation à des débats télévisés retransmis en direct bien évidemment en Algérie.

Des activités parallèles de soutien à l’armée sont menées tambour battant, mais les généraux doivent malgré tout le sang froid qu’ils essayent de faire paraître, faire passer le message au monde entier que l’armée est innocente, qu’elle ne tue pas (sauf par erreur), qu’elle ne torture pas et qu’elle est le rempart des nationalistes convaincus, honnêtes et soucieux de sauver l’Algérie et de l’inclure dans un monde moderne. C’est dans cette optique que le général Mohamed Lamine Mediene décide de monter ce coup en faisant parler un général de l’armée pour mettre les points sur les  »i » à ceux qui disent que l’armée est muette.
Toufik ordonne à Zoubir de lui proposer un journaliste étranger crédible aux yeux du monde médiatique qui pourrait être utilisé pour mener à bien le plan préétabli. Pour des raisons de crédibilité, le journaliste choisi devrait être entre les deux mondes occidental et oriental, francophone de préférence et connu sur la scène de la presse internationale. Parmi une liste de noms de journalistes capables d’être utilisés, le choix est arrêté sur Amir Atahiri qui est déjà venu plusieurs fois à Alger.

Amir Atahiri est un journaliste d’origine iranienne, spécialiste du fondamentalisme islamiste, il est aussi l’ex-rédacteur en chef d’un journal proche du Chah d’Iran. Il écrit actuellement dans le quotidien arabe « ACHARQ Al-AWSAT  » des articles traitants des sujets touchant l’Algérie et intervient souvent sur la chaîne américaine CNN comme un expert du terrorisme international et présente ses analyses sur le développement de l’intégrisme islamiste en Iran et dans le monde. Dans presque tous ses écrits, il soutient la politique du tout sécuritaire et ne cache pas son soutien à l’armée. Il a su grâce à ses articles, qui ont donné des bouffés d’oxygène médiatique au généraux, créer une relation de confiance avec des hommes politiques et des journalistes algériens acquis à la cause des chefs de l’armée.

Après l’accord de Toufik, Zoubir charge un de ses agents qui a d’étroites relations avec Amir Atahiri de contacter ce dernier et de lui lancer une invitation attrayante sans rentrer dans les détails.
En effet, Amir est approché au mois de février 1998 par ce contact qui l’invite à passer quelques jours en Algérie et lui promet une possible rencontre avec un haut responsable de l’ANP. Entraîné par cette offre alléchante, il obtient son visa auprès du consulat d’Algérie à Londres en un rien de temps; le chef du bureau de sécurité de l’Ambassade en l’occurrence le colonel Belaïd Benali est au courant de l’affaire et charge son second Cheikh Benzeineb alias Abdelhak de faire le nécessaire. Le général Toufik est informé dés la délivrance du visa.

A son arrivée à Alger, il est accueillit à bras ouverts par son ami algérien et conduit à un hôtel grand luxe en attendant de faire son reportage. Il a fallu qu’il attende deux jours avant que son contact ne lui confirme qu’un haut gradé de l’armée, un général, allait le recevoir et lui accorder une interview exclusive. C’est dans un des salons feutrés de la résidence Djenan El-Mithak que Amir Atahiri est reçu par le colonel Hadj Zoubir, qui habillé en général, se fait passer pour un puissant général Algérien de l’ombre. La rencontre dure plus de quatre heures durant lesquels Zoubir s’efforce d’aborder tous les points déjà discutés avec Toufik lors d’un précèdent briefing. A la fin de la rencontre avec Amir, tout est réglé, même le magazine qui pourrait publier la rencontre, à la seule condition que le nom du général ne soit pas cité et que le pseudonyme de général X soit utilisé à la place. Pour Amir Atahiri c’est une vraie aubaine, il croit qu’il vient de réaliser un scoop sans se douter qu’il est entrain de se faire manipuler.

Le magazine francais de renom  » politique Internationale » est savamment choisit pour plusieurs raisons: d’abord c’est un magazine pseudo academique lu par les décideurs de la politique étrangère de tout le monde francophone et fait office de conseiller dans le traitement des affaires délicates. En suite, la publication par cette revue de l’interview avec le fameux général, donnerait de la crédibilité a toute l’histoire sans que le lecteur ne puisse se douter que c’est un coup monté.

Comme prévu, la publication en mars 98 de l’article fait un tabac et le sujet est repris par plusieurs journaux et agences de presse. Le suspense soulevé par le nom « général X » donne lieu à des spéculations diverses, pour les uns c’est Nezar, pour d’autres Mohamed Lamari. Le plus important est que le message de Toufik parvienne au monde entier et il n’est pas difficile de lire dans l’interview que l’armée ne tue point et que seuls les GIA sont responsables des massacres, que la violence n’est pas dûe à l’arrêt du processus électoral mais plutôt une stratégie de prise de pouvoir par les islamistes et que Chadli est personnellement responsable de la prolifération du germe fondamentaliste…
Mais plus important c’est que le message que Toufik veut faire passer aux leaders des pays occidentaux est que le terrorisme est vaincu et qu’il est temps de normaliser les affaires avec l’Algérie. Le but de Toufik est atteint et Zoubir a réussi un coup de maître.

L’opération Ouled Allal:

Après les terribles massacres de Raïs, Sidi Moussa et Bentalha, les généraux Mohamed Lamari, Toufik, Fodhil Cherif et Smain décident d’une opération de grande envergure dans le but de montrer que l’armée est présente sur le terrain, qu’elle n’est pas inerte, qu’elle est toujours forte, qu’elle ne laisse pas impunis les crimes contre les civils, mais surtout pour contrecarrer toute action politique occidentale favorable au déploiement d’une force militaire internationale de maintien de la paix en Algérie. Un tel scénario serait une catastrophe sans précédent pour les généraux du MDN, puisque la première implication est la constitution d’une commission d’enquête sur les massacres. Ils leur faut donc absolument montrer au reste du monde une autre image de l’ANP, celle des grands protecteurs des faibles et ils ont tout fait pour inoculer aux observateurs de la scène algérienne que les généraux algériens ne tuent pas des civils innocents.

Les généraux s’inspirent pour l’occasion du modèle américain de gestion médiatique des conflits armés. Ils savent qu’ils n’ont pas droit à l’erreur et ont employé tous les moyens médiatiques en leur possession pour couvrir l’offensive de l’armée afin de garantir un maximum de publicité positive.

Ouled Allal est un petit village situé à environ cinq kilomètres de Sidi moussa et fait partie de cette région macabrement célèbre du « triangle de la mort ». Il est devenu fantomatique à l’image des autres villages environnants depuis le commencement des massacres; seuls les habitant qui n’ont pas où aller sont restés dans leurs modestes habitations, essayant de préserver le seul bien qui leur reste: leur vie. C’est aussi un village qui a majoritairement voté FIS (comme celui de Raïs, Benthalha, Sidi Moussa…), et compte bien sûr, comme tous les villages aux alentours, des sympathisants qui abritent des islamistes armés des GIA ou de l’AIS et les ravitaillent. Ce village est épargné par les massacres!

Au début du mois de septembre 97, le général Fodhil Cherif, commandant de la lutte anti-terroriste prépare avec ses aides de camp, une offensive extraordinaire contre ce petit village, qui selon eux abrite le quartier général des auteurs des massacres des villages voisins. Le plan de l’opération inclut l’apport des forces spéciales, l’aviation, l’artillerie, les blindés et des bulldozers pour ouvrir des passages dans les pseudo-champs de mines (une première mondiale, quand on sait que les bulldozers ne résistent même pas au souffle d’une mine anti-Chars, alors que les mines artisanales des groupes islamistes armés sont faites à partir du remplissage des bouteilles de gaz butane avec un mélange hautement explosif donnant une force équivalente à l’explosion de bombes de deux cents kilogrammes utilisées par l’aviation de l’ANP). Très vite, à la mi-septembre, un dispositif impressionnant estdéployé prés de Sidi Moussa et à la vue des moyens militaires mis à contribution pour la circonstance, on a l’impression que l’armée algérienne part à la guerre contre une autre armée d’une puissance colossale.

Pour la première fois depuis le début de la crise, des journalistes de la presse écrites triés sur le volet sont convié à suivre de loin l’évolution des opérations sur le terrain.
Depuis le poste de commandement opérationnel (PCO), installé à Sidi Moussa, Fodhil Cherif coordonne en présence du le général Said Bey, alors chef de la première région militaire, les mouvements des troupes et le travail des différentes armes présentes sur le terrain. En utilisant ses méthodes peu chirurgicales, Fodhil Cherif décide de nettoyer le village maison par maison et Gourbi par Gourbi car il faut dire que les gens qui vivent dans ces lieux sont des gens simples et très pauvres. Les portes des habitations sont fracassées par les parachutistes du 25ème, 90ème et 18ème régiment de reconnaissance et le 12ème régiment de para-commandos (RPC), l’élite de l’ANP,qui forment la coordination de lutte contre les activités subversives (le CLAS) commandé par Fodhil Cherif.

Quelques civils sont évacués par les hommes des forces spéciales dans la hâte, la peur au ventre et sous une pluie d’insultes et de coups, ils n’ont même pas le temps de ramasser le peu de biens qu’ils ont. Les consignes de Fodhil Cherif sont très claires « ne prenez aucun risque et tirez au moindre danger ». C’est le colonel Tartague et ses hommes qui s’occupent de la localisation des maisons infectées, grâce à ses agents qui sont partout.
Dés les premiers accrochages avec les islamistes armés, les bombardements commencent; les hélicoptères de support de combat MI8 (portant 64 roquettes) et MI17 (portant 192 roquettes) lancent leurs roquettes à tout bout de champ, et le commandant aviateur de cette mission au PCO, le Lt-Colonel Staihi Laouar a même ordonné de tirer à la roquette sur des bergers des environs arguant que ce sont des bergers du GIA. Il est presque impossible de décrire la scène complètement: les déflagrations, le feu, les cris, les nuages de poussière. A la fin de l’opération qui a duré plusieurs jours, usant des chars T-72 nouvellement acquis auprès de la république tchèque (un marché entre la firme OMNIPOL et les généraux algériens, qui sera abordé dans le dossier corruption et affaires), Fodhil Cherif ordonne de donner l’assaut final, rien ne doit être épargné. Les quelques maisons qui ont résisté aux tires de roquettes, chars et armes de tout genre sont démolies et mises à terre. L’opération grandiose est terminée et seul le minaret tient encore debout, le reste de la mosquée est détruit et le village de Ouled Allal est rayé de la carte.

Tout au long de l’évolution de l’offensive militaire, des déclarations à l’intention de la presse font état des dégâts subits par le terrorisme qui vient de perdre à Ouled Allal son quartier général; à croire que tous les maux de l’Algérie ont commencé dans ce petit hameau devenu zone de la mort.
Le 08 octobre 97, Fodhil Cherif, seul habilité à parler aux médias, fait état de la découverte d’un charnier contenant près de quatre vingt corps. Impassiblement, il avance que ce sont les corps des femmes et des jeunes filles enlevées dans les villages où les massacres ont eu lieu et tuées par les commandos des GIA après avoir été violées, alors qu’aucune expertise médicale ou enquête n’a été faite, mis à part le décompte des victimes et leur enterrement dans des fosses communes par les éléments de la protection civile. Cette déclaration, Fodhil Cherif l’a par la suite conforté en annonçant la découverte d’un important lot de documents authentifiés par le sceau du GIA et qui réglemente le partage des femmes kidnappées sur les lieux des massacres. Un autre document rédigé par le pseudo-responsable des massacres faisant état du bilan du butin (bijoux et argent ) récupéré sur les corps des victimes lors des massacres et dont Antar Zouabri, l’agent de Tartague étant le destinataire.

Le but est de convaincre l’opinion publique nationale et surtout internationale et de manière irréversible, que les seuls coupables des atrocités commises ici et là sont les terroristes islamistes. Pour étayer ces déclarations, des femmes égorgeuses sont présentées sur la chaîne de télévision nationale et ont confirmé leur appartenance aux GIA et avoué leur participation aux massacres.
Comme le chapitre des massacres est traité dans le dossier de la lutte anti- terroriste avec plus de détails, nous allons seulement citer le but final de l’opération Ouled Allal.
Les journalistes invités pour couvrir cet épisode macabre ont le droit, une fois l’opération terminée, de photographier les corps des dizaines d’islamistes allongés les uns à côté des autres. Ils sont présentés comme les auteurs des massacres qui ont secoué le monde entier. Un seul islamiste armé vivant, le visage défiguré, plein de sang, se tenant à peine debout, est exposé aux journalistes qui n’ont pas le droit de lui parler.

En réalité, quelques corps seulement appartiennent aux membres des groupes Armés abattus pendant l’offensive, les autres sont prélevés du lot de réserve, à savoir les islamistes et les victimes disparus, arrêtés et torturés par Tartague et ses hommes de l’escadron de la mort, qui sont détenus et maintenus en vie dans des conditions animales et ce dans des endroits tenus secrets (comme les hangars de la caserne du service prés du cimetière de Staouili où prés de dix ans auparavant ont été conduit les émeutiers d’octobre 88) afin de servir dans des opérations pareilles à celle de Ouled Allal comme des figurants du dernier acte, c’est à dire ramenés et exécutés sur place pour être exhibés devant la presse afin de montrer au monde que les responsables sont mis hors d’état de nuire.
C’est cette pratique abjecte, inqualifiable qui va au-delà de la barbarie, qui a fait que le nombre de disparus en Algérie dépasse les quatre milles cas. Autant de victimes qui vont hanter la mémoire de ceux qui leurs ont ôté le droit d’avoir une tombe et à leurs proches celui de faire leurs deuils.

La décapitation de Betchine:

Ce scandale qui a fait beaucoup de bruit très récemment n’aurait jamais eu le succès escompté sans la complicité appuyée et les complicités implicites des agents du service et de ses relais dans la sphère politique. Les tenants et les aboutissants de cette affaire sont connus de tous et c’est sans doute l’une des opérations les plus connue du CCD.

Nous ne nous faisons pas l’avocat du diable, mais la férocité des tires croisés contre la personne de Betchine ont fait que ce dernier abandonne vite le terrain du jeu politique pour se réfugier dans l’enclos des affairistes mafieux pourchassés par des juges véreux. Les journalistes qui ont déclenché l’affaire ont reçu au préalable des consignes très strictes de la part de Zoubir. Toute la stratégie de l’anéantissement de l’empire « Betchine » décidée comme cela est déjà décrit dans de précédents dossiers, par les grosses têtes du MDN est appliquée avec soin. Salir Betchine  » qui n’est déjà pas très propre » vaut mieux que l’abattre. Il faut dire à ce sujet que même la famille de Betchine n’est pas épargnée et est traînée dans la boue pour signifier à Betchine que les choses peuvent aller très loin et dépasser le cadre de sa propre personne. Les nombreux titres de presse que possède Betchine sont tous incapables de faire face à la vague d’accusations gravissimes portée contre lui par  » Nourdine Boukrouh » (d’abord au journal El Khabar), fer de lance de Toufik et qui est largement récompensé pour ses bons et loyaux services.

Ghalib Djebour, gendre de Betchine et directeur du journal l’Authentique reçoit des avertissements très sérieux de Toufik, son ex-chef (Ghalib Djebour, a fait partie de la DCSA comme officier et a fini par quitter le service avec le départ de son beau-père en 1990), qui lui sort les dossiers de plusieurs affaires dans lesquelles Djebour est compromis. Parmi ces nombreuses affaires, son implication directe dans les malversations de sa société de gardiennage et de protection rapprochée « Idoine » ( d’où « l’affaire Idoine »). Ghalib Djebour recrute de jeunes sous-officiers ou officiers issus des services et les arme dans le but d’assurer la protection rapprochée de nombreuses personnalités proche de Betchine. Pour obtenir des contrats de protection, la société Idoine monte de vrais-faux attentats. Le cas du délégué exécutif communal (DEC) de Bordj El-Kiffan en est un exemple: une dame mariée à un magistrat proche de Betchine, pour laquelle Ghalib organise un faux attentat afin de justifier d’un contrat de protection du DEC au montant 2.500.000 Dinars entre la mairie de Bordj El-Kiffan et la société Idoine. Le DEC de Bordj El-Kiffan empoche 30% du montant de la transaction soit 750.000 Dinars.

Une autre affaire plus grave encore, celle de trafic d’armes où Ghalib est impliqué avec un certain Boualem El-Mekhfi, le fils du fameux Cheikh El-Mekhfi. Une partie des armes récupérées par ce dernier lors de ses opérations est transmise par son fils à Ghalib qui les utilise pour sa société Idoine.

Les affaires sont nombreuses et le degré de compromission de Ghalib lui vaut de se taire face aux mises en garde de Toufik sous peine de se voir lui-même emporter par le courant. Il faut rappeler que Betchine a battu en retraite en bravant la menace de rendre publique des affaires de détournements et de malversations de tout genre dans lesquelles sont impliqués un bon nombre de généraux mais dès qu’un compromis est trouvé entre les deux parties, à savoir les généraux du MDN d’un côté et Zeroual et Betchine de l’autre, la presse cesse ses attaques et tout rentre dans l’ordre.
Nous passons sur les détails publiés par la presse surtout le Journal « El Watan » qui a été l’un des premiers titres à soutenir l’offensive de Toufik.

L’abjuration de l’histoire:

C’est avec stupeur que bon nombre d’Algériens, surtout ceux de l’ancienne génération qui ont fait du premier novembre une date immuable, ont appris par la presse écrite que Khaled Nezar était un héros de la guerre de libération la plus extraordinaire du vingtième siècle. Plus grave encore, cet homme qui a fait le deuil de l’Algérie et l’a plongé avec ses compères dans une obscurité sans fin, revendique haut et fort la paternité de l’Armée Nationale Populaire moderne, cette institution qui faisait autrefois la fierté de chacun.
Nous n’allons pas invoquer la longue liste des actes criminels de cet homme inqualifiable en mal de légitimité historique et qui a largement contribué par son excès de zèle à l’allongement de la longue liste des noms de ceux qui ont versé leur sang pour la terre qu’il est entrain de piller aujourd’hui. Dans son livre il damne le pion aux vrais baroudeurs (expression utilisée pour désigner les Moudjahidines qui ont engagé des combats armés avec les forces militaires de colonisation et qui signifie aussi tirer et sentir l’odeur de la poudre : le « Baroud ». Il les désigne de maquisards abrutis qui n’en faisaient qu’à leurs têtes et qui avaient besoin d’instruction en tous points. Il va sans dire qu’il tire au passage la révérence à ses anciens compagnons de l’armée française sans lesquels l’Algérie indépendante n’aurait jamais vu le jour.

Nezar n’est pas le seul à essayer de se faire un lifting historique, le général Mohamed Touati a redécouvert son amour pour les Kabyles et son interdépendance berbère qu’il revendique ces dernières années à tout bout de champ, surtout dans les milieux du RCD auxquels il prêche ses discours néo-séparatistes et prodigue ses conseils envenimés. Ce que peu de Kabyles savent, c’est que cet individu qui est aussi du même milieu que Nezar, n’est certainement pas l’enfant de cour qu’il essaye de faire paraître derrière sa façade courtoise et belliqueuse, pire encore il est maculé du sang de dizaines de jeunes kabyles honorables qui ont rejoint le combat du FLN et de pauvres civils sans défense.

En 1956 (années où la fine fleur des hommes tombait au champ d’honneur les uns après les autres) alors qu’il était jeune officier (Aspirant promu pour sa fidélité et sa rigueur, alors qu’il était sous-officiers à l’origine), il est arrivé avec un détachement de soldats français au Douar Beni-Flik non loin d’Azefoun où il a personnellement sélectionné prés d’une vingtaine de jeunes hommes du village et qui sont froidement fusillés sur place, comme représailles à une frappe de «fellagas » contre une caserne française de la région.
Ironie du sort, pendant l’été 1985, alors qu’il était à l’école de la santé militaire de Sidi-bel-abbès, il est revenu sur les lieux de son crime pour participer avec une délégation officielle à l’inauguration du premier CEM de la région. Même homme, différent uniforme, les habitants du village de Beni-Flik l’ont reconnu dés qu’ils l’ont vu et ce qui devait être un jour de fête s’est très vite transformé en un soulèvement populaire. C’est aux sages de ce village martyr qu’il doit encore la vie car il a failli être lyncher et ce malgré son uniforme et son grade de commandant, les villageois hors d’eux l’ont chassé à coups de pierres.

Touati n’a certainement pas oublié ce jour qui reste « normalement » gravé dans sa mémoire et certainement dans celles des habitants du village de Beni-Flik. Il n’a de Kabyle que le nom et c’est dans la logique des choses que de le trouver aujourd’hui derrière le meurtre de Lounes Matoub et d’autres Kabyles « comme lui » et dont il pleure la disparition.

Khaled Nezar a bien entendu bien profité de la largesse de certains titres de presse et de la complicité malveillante de certains journalistes à l’affût d’un parrain. Ils se sont investis pour convaincre le commun des citoyens du bien fondé des intentions du nouveau messie des Aurès. Ce dernier est présenté par la presse comme une providence pour notre pays et lui accordent le droit de traîner dans la boue tous ceux qui ont osé le contredire ou lui faire le moindre reproche. L’esprit du coup d’Etat de janvier 92 est défendu avec férocité par les journalistes et à aucun moment le choix du tout sécuritaire n’est mis en doute, bien au contraire, c’est l’essence même du combat démocratique dont se réclament les journalistes éradicateurs.

Même à la retraite (officiellement), Khaled Nezar se présente comme le gardien des valeurs de l ‘ANP dont il se fait aussi le porte-parole permanent et n’hésite nullement à faire des déclarations gravissimes sans en référer préalablement pour autorisation au chef de l’Etat (le président Zeroual et après lui Bouteflika) qui apprend la chose comme tout le monde par le biais de la revue de la presse qui lui ait présenté quotidiennement. Les déclarations de Nezar sont en fait des mises en garde à peine masquées à l’intention du chef de l’Etat pour bien notifier le divorce entre le politique et le militaire et rappeler que le pouvoir est une affaire d’uniforme qui ne peut être porté qu’au sein du MDN.

Des individus comme Khaled Nezar, Mohamed Touati, Salim Saadi, Rabah Boutella… ont tout fait pour compromettre les gens sincères qui ont quitté l’armé française soit avant soit après l’appel du 19 mai 1956 et qui ont majestueusement servi la révolution et l’Algérie. Certains sont tombés au champ d’honneur et d’autres comme le regretté général Khelil Lahbib (une des bêtes noires de Larbi Belkheir), Latrech Abdelhamid (colonel de l’ANP et ex. SG du MDN), Ben Salem Abderahman (Cdt de l’ALN et membre du conseil national de la révolution), Mahmoud Chérif (ancien Lt de l’armée française et colonel de l’ALN) et tant d’autres dont les noms ont été intentionnellement occultés par ceux qui ont pris part dans ce qui sera décrit plus tard comme «la grande conspiration» qui a commencé par l’empoisonnement du président Houari Boumediene, savamment préparé et mis en oeuvre par un de ses proches collaborateurs. l’Avènement de Chadli Bendjedid, Larbi Belkheir, Abbes Gheziel, …au pouvoir ; Le premier nettoyage de l’ANP durant les années quatre vingt, la purification du champ politique, le deuxième nettoyage de l’ANP durant les années quatre vingt dix et la main mise actuelle sur le devenir de l’Algérie.

Les attaques contre le MAOL:

Embarrassés par l’étendue des publications du Mouvement Algérien des Officiers Libres, les généraux impliqués dans la tragédie nationale ont urgé les généraux Toufik et Smain responsables des services de sécurité de trouver une solution à cet imprévu qui a mis à nu les pratiques criminelles longtemps employées dans l’ombre par les généraux.
Le fait que le MAOL ait exclu dès le départ l’usage de la violence comme moyen d’implosion du système, a privé les architectes de l’apocalypse de leur arme favorite, à savoir la surenchère et l’escalade pour discréditer l’adversaire. Le duo de la DRS a opté en fin de compte pour l’infiltration et la riposte médiatique.

Plusieurs tentatives d’infiltrations du Mouvement par la centrale ont échoué grâce à la vigilance des libres qui connaissent bien plus que n’importe qui les méthodes peu légitimes employées par les fers de lance de l’institution militaire. A l’intérieur du pays, les opérations de surveillance, d’écoutes et de contrôle en tout genre n’ont rien rapporté aux responsables de la sécurité et à chaque fois, ils butent contre la détermination des officiers et sous-officiers du mouvement.

La politique désastreuse des généraux qui ont ruiné l’ANP, leurs affaires, leurs fortunes apparentes et leurs nouvelles règles d’exclusion de la classe d’officiers de second rang, à savoir les officiers supérieurs et subalternes qui sont loin du cercle de décision et sont utilisés le plus souvent uniquement comme de la chair à canon, ont été des éléments déterminants dans le changement radical de la mentalité d’un nombre impressionnant de militaires qui ont, fort heureusement, compris que leurs chefs ont trahi la confiance qu’ils avaient en eux. Plus grave encore que ces mêmes chefs les utilisent comme bouclier alors qu’ils gardent leurs enfants officiers au sein de l’armée loin du terrain opérationnel. Le capitaine Mourad Lamari (fils de Mohamed)sorti de l’Académie militaire de Cherchel en 93 est affecté à la DRS, il occupe un poste tranquille au MDN et a bénéficié d’une promotion éclair, alors que plus des deux tiers des ses camarades de promotion ont été tués dans des opérations de ratissages ou dans des offensives antiterroristes. Ce n’est pas le seul fils de général, le capitaine Zoubir Djnouhet affecté lui aussi à la DRS, il travaille à la direction régionale de la DRS 1ere RM ; Le Capitaine Khaled Derradji lui aussi affecté à la DRS, il est au poste de sécurité du CHU Ain Naadja ; Le Capitaine Noureddine Djillali, infanterie mécanisé, affecté à la première région militaire ; Le Capitaine B. Mostefaoui lui aussi affecté à la DRS, le Capitaine Nassim Hamzaoui, le Capitaine Medjahed : le fils adoptif de Nezar…

Tous, des fils de généraux mis à l’abri des balles par leurs pères qui les réservent pour la relève, alors que le commun des officiers est juste bon pour le service express. C’est un matricule anonyme qui est remplaçable à tout moment et peu importe le coût pourvu que la progéniture sacrée des généraux reste sauve. En 89, le fils de Kasdi Merbah a été par contre radié de l’armée juste après l’éviction de son père de la tête du gouvernement(en novembre 89) sur ordre du commandement militaire alors qu’il était en deuxième année à l’école militaire de Cherchel, le motif invoqué étant des plus stupides : déséquilibre mental.

Le climat au sein de l’armée est aussi orageux que celui de la population civile, et à la  »mauvaise publicité » faite par le MAOL, vient s’ajouter le mécontentement et la frustration profonde de la plupart des officiers supérieurs. Les officiers supérieurs (à partir du grade de commandant) qui ne doivent en aucun cas s’approcher de leurs généraux s’ils sont armés, ont vite compris que le manque de confiance qui leur ait témoigné reflète un dysfonctionnement grave. La fissure entre la base et le sommet est bien établie et mise à part un nombre négligeable d’officiers  »Serviteurs » triés sur le volet, personne ne peut accéder à l’olympe des dieux. L’expression est très explicite car c’est en qualité de dieux que les barons de l’armée s’adressent à leurs subalternes.

Le règlement de service dans l’armée (RSA) a été abandonné depuis bien longtemps et les officiers de l’ANP tous grades confondus ne sont plus au service de l’armée et de la nation, mais à celui de généraux et de leurs relais mafieux. Comment expliquer l’ordre donné par le nouveau directeur de la gendarmerie, le général Boustila (très proche de Larbi Belkheir) aux gendarmes de fermer tous les commerces qui font de la concurrence aux grand importateurs, le racket des civils par les gendarmes aux portes des grands marchés alors que les grossistes sont protégés depuis le port d’Alger jusqu’aux points de vente. Le retour de Boustila en lui-même est une insulte à tous les gendarmes honnêtes et reflète bien ce qui se passe réellement dans la haute sphère du command-ement militaire.
Même si le prix du baril de pétrole est à cent dollars, la misère du peuple algérien ne fera que s’aggraver car à chaque fois les prélèvements des généraux sont plus importants. Il va sans dire que le train de vie des ces derniers et celui de la deuxième classe d’officiers reste incomparable, car au sein même de l’armée des frontières ont été dressées et les soldes attribuées aux officiers de seconde classe sont accordées de façon à ce que la date de virement devienne un événement en soi vu la cherté de la vie. En d’autres termes, c’est la politique de la carotte et du bâton qui est appliquée.

Le MAOL par ses campagnes de sensibilisation dérange l’équilibre fragile établi par des généraux qui ne peuvent plus cacher ni leurs implications dans les crimes contre l’humanité perpétrés sur le sol de leur propre pays, ni l’odeur nauséabonde de leurs fortunes indûment acquises, ni leur ignorance des réalités du peuple qui réclame haut et fort leur départ. Le MAOL incarne l’esprit de novembre 54 et rappelle les valeurs oubliées de l’ALN : le sacrifice, l’honnêteté, le travail, la justice et la fidélité ; des fondements qui font peur, même très peur à ceux qui n’ont plus d’honneur.

Il est tout à fait incroyable de voir les généraux assassins gesticuler dans tous les sens devant les instances internationales en faisant semblant que tout est pour le mieux dans le pays et que leur réputation est au-dessus de tout soupçon, alors que les services étrangers savent que ces généraux sont bien des voleurs et sont au courant du montant des sommes détournées vers leurs comptes à l’étranger au centime près. Ayant perdu tout repère, leur plus grave erreur est d’avoir cru que tous les officiers de l’armée peuvent être acheter ou compromis, pour eux des hommes incorruptibles ça n’existe pas ; le MAOL leur a démontré le contraire.

Le système est un panier de scorpions où il n’y a de place que pour les plus venimeux. Comme le reste des arachnides, les sentiments, les valeurs et le partage, ils ne connaissent pas. Leur monde est clos et leurs règles différentes ; la seule loi qu’ils connaissent est absente des livres de droit : c’est celle du plus fort. Ils puisent leurs venins dans la haine qu’ils ont pour tout ce qui est juste, droit et légal.
Portés par la vague de la bonne fortune et des affaires prospères dont ils confient exclusivement la gestion à des seconds très proches (très souvent des officiers avec lesquels ils ont un lien de parenté), les généraux se partagent l’Algérie du nord au sud, d’est en ouest. Tout est mis sur la table, la moindre ressource est recensée même les plus petites usines ou le plus petit lopin de terre, c’est un monopoly grandeur nature où l’on joue pour de vrai. Le seul perdant est la population qui n’ose même plus lever la tête pour voir.
C’est dans cette atmosphère où l’argent est intiment mêlé au pouvoir, où la vie humaine n’a plus de valeur, où les hommes sincères deviennent un obstacle qu’il faut réduire à néant, que le MAOL est venu rappeler au reste des officiers le serment de servir l’Algérie et son peuple et c’est la raison pour laquelle le commandement mafieux fait tout son possible pour faire taire la voix de la vérité, celle des hommes libres.

Sur le plan médiatique, une série d’article a été publiée par les journaux : liberté, quotidien d’Oran et El Alam El Siyassi, suite à la convocation des journalistes auteurs des écrits au centre Belaroussi par le colonel Zoubir, l’ordre est donné aux mercenaires de la plume d’assimiler le mouvement à une frange du GIA, une biographie tronqué d’un officier identifié comme membre du MAOL ( un transfuge des services secrets algériens), réfugié en Angleterre, est distribué aux journalistes corrompus.

Le colonel Zoubir fait croire à ces vassaux, que le colonel B.Ali n’est que le fameux capitaine Haroun ! Et que ce dernier est un dangereux islamiste donc non fiable et ennemi des journalistes ! La chasse à courre est ouverte.
Partant du principe bien connu dans le service et qui dit «quand on veut abattre son chien on dit qu’il est enragé», les penseurs de la DRS ont décidé d’assimiler le MAOL à une frange du GIA. C’est la meilleure option qu’a trouvé Zoubir espérant ainsi stopper la déferlante vague de révélations sur les agissements des généraux assassins.

Dans leurs calculs médiocres et criminels les généraux n’ont pas prévu l’influence grandissante de l’Internet comme moyen moderne de communication, ni celui des chaînes de télévision diffusant leurs programmes par satellite, ils ont sous-estimé le mépris des Algériens envers les médias de l’Etat et leur manque de confiance à l’égard des journalistes  »Tontons macoutes » aux ordres de la DRS.

Le régime militaire a essayé de garder secrète la défection spectaculaire du colonel Baali Ali et du commandant Bouchakour Rabah qui ont reçu l’ordre, du commandement du MAOL (présent à l’intérieur de l’armée), de sortir à l’étranger en tant que porte-parole du mouvement lors d’une mission officielle au Niger en août 1998 (le suivit de la résolution du problème des Touaregs). Une fois là-bas, ils ont changé leur destination vers le Mali.

Cette décision est prise suite à l’assassinat maquillé en accident d’hélicoptère du général Mohamed Touahri et du colonel Hachemi Touabih en février 1998 dans le sud-ouest de l’Algérie. Le premier est membre fondateur du MAOL (ex. Réseau Hakim) et le second porte-parole du mouvement, soupçonné par les services d’être l’officier qui a donné l’interview au quotidien français le Monde le 11 novembre 1997 un jour après les révélations surprenantes du journal londonien The Observer.
Le colonel Hachemi Touabih a été dénoncé par un cadre du Ministère des affaires étrangères travaillant à la section visa ; Le dénommé H. Rachid qu’il connaissait et à qui il avait demandé des informations sur le visa bloqué d’un journaliste français détesté par les services algériens pour ses écrits néfastes aux généraux.
Le destin a voulu que la mort de Touabih Hachemi devienne le bouclier qui allait sauver la vie du colonel Baali Ali, l’officier qui a révélé au monde la réalité de la situation sécuritaire et l’implication directe des services et des forces spéciales dans plusieurs massacres et attentats même contre des étrangers. L’enterrement des deux officiers supérieurs fut très austère et les familles n’ont même pas eu le droit de voir les corps une dernière fois.

Quelques mois plus tard, des officiers du MAOL ont inscrit sur les pierres tombales des deux officiers «membre du Mouvement algérien des Officiers libres mort au service de la patrie» inscription qui a provoqué la colère des généraux qui ont ordonné la profanation des tombes.

Les services algériens sont immédiatement alertés par un service étranger de la présence des deux déserteurs au Mali, Toufik envoie très vite une équipe pour les appréhender coûte que coûte.

Les deux transfuges sont localisés dans un Hôtel à Bamako par le même service étranger qui s’est chargé de les surveiller jusqu’à l’arrivé de l’équipe algérienne.
Le colonel Baali Ali sorti pour téléphoner, remarque la présence suspecte d’éléments étrangers dans le salon miteux de l’hôtel
Dans la rue ses doutes deviennent une certitude lorsque deux hommes le suivent d’une façon policière, il réussit quand même à les semer grâce à la grande foule. Il apprend un peu plus tard que son compagnon le Cdt B. RABAH est tombé entres les mains des Algériens et leurs complices. Fort heureusement, muni de sont titre de voyage (un document qui porte une fausse identité), il regagne Madrid via un autre pays africain.

Le Cdt Bouchakour Rabah une fois rapatrié à Alger, est emmené au CPMI chez le tortionnaire Bachir Tartague où son interrogatoire est mené en présence des deux grands responsables des services : Toufik et Smain.
Ces derniers sont fous furieux, non pas parce que des officiers supérieurs ont déserté , mais parce qu’ils ont pris avec eux des documents classés très secrets et secret défense impliquant les hauts gradés du MDN ( M.Lamari, Toufik, Smain Lamari, M.Ghenim, M.Touati..) dans des affaires qualifiées autrefois « de haute trahison » les rendant ainsi suivant le code pénal militaire passible des armes.

Parmi les documents en question on peut citer :

*La liste des mercenaires recrutés par Smain et Toufik et dont une partie est publiée dans le dossier  »Mercenaires » avant même la révélation par les services yougoslaves de l’arrestation du commando «araignée » accusé de planifier l’assassinat de Milosevic.
Le chef de ce commando en l’occurrence Jugoslav Petrosic a reconnu avoir participé aux massacres de civils en Algérie en 1994 ( entre autre, le massacre d’Elaabadia prés de Ain Defla) à l’instigation d’un responsable des services secrets français (un ami de Smain Lamari).

*La liste des militaires liquidés sur ordre direct de Toufik, Smain, Mohamed Lamari et Fodhil Chérif par l’escadron de la mort.

*Mais surtout des documents impliquant directement des pays étrangers, dans le drame algérien soit en fournissant du matériel spécifique et des armes non conventionnelles (comme la fourniture par les compagnies d’armement sud africaine de quantités astronomiques de barils de Napalm ou des Bombes incendiaires au phosphore ) ou en fournissant une assistance technique très poussée, et des documents sur la façon de mener la guerre aux islamistes ainsi que l’instrumentalisation de la violence.

Les généraux Toufik et Smain présents lors des séances de torture du Commandant Bouchakour Rabah veulent en premier lieu tout savoir sur le Mouvement, son organigramme, noms des membres et leurs affectations. Ils ont vite compris que le mouvement utilise la méthode du cloisonnement, calquée sur le mode de fonctionnement des services car c’est un très bon rempart contre les dénonciations et les infiltrations ; en conséquence le Cdt B. Rabah ne pouvait rien pour eux, leur attention s’est focalisée par la suite sur les documents dérobés du secrétariat de la haute commission de sécurité.
Les documents très accablants pour les généraux algériens et pour certains pays étrangers sont en possession du MAOL et seront utilisés au moment opportun.

Malgré les mutilations et les supplices qu’a subit le Cdt B.Rabah, il est resté fidèle au serment prêté, et il était prêt à sacrifier sa vie pour que la vérité de l’enfer algérien éclate devant l’opinion internationale et pour que les généraux responsables et leurs complices soient désignés et jugés.

Le service étranger qui a participé à l’arrestation du Cdt B. Rabah se reconnaîtra dans ces lignes, il ne va pas être cité pour des raisons propres au MAOL.

Nous portons toutes ces informations à l’opinion publique algérienne non pas en réaction aux écrits du vulgaire indicateur et mouchard, Nacer Belhadjoudja du journal Liberté : ( Fiche n° 132 BN/SP/93/MDN) ni à ceux d’une revue sans audience réelle qui sous le prétexte de défendre les démocrates en Algérie ne fait que blanchir les assassins d’octobre 88 et les bouchers des années 90 moyennant finance, une somme de 300,000 francs donnée au directeur de la publication Pour  »Jean Jacques Porc Chaise » (qui a passé les dernière semaines du mois de mars 2000 à Alger, tous frais payé) en proie à de graves problèmes financiers par le responsable de l’antenne des services à Paris, le colonel Bendaoud, lors d’une rencontre traitant du MAOL. Mais vu l’opacité de la situation en Algérie c’est quand même extraordinaire qu’un planqué parisien puisse avoir de telles informations même tronquées sur un déserteur des services secrets algériens !

Pour certains pseudo-journalistes plus habitués à recopier les articles rédigés par la cellule analyse et synthèse de la DRS et de les parapher de leurs signatures que de faire un travail d’investigation, de recoupement et de vérification, le lien présumé entre le MAOL et l’intégrisme : c’est le responsable de la société qui héberge (et ne gère pas) le site www.anp.org, un certain Paterson, converti à l’Islam !
Une enquête sérieuse aurait prouvé que le MAOL n’a pas plus de liens avec le responsable de la société qui héberge le site que n’importe quel locataire avec son propriétaire. Peut-on accuser une église chrétienne d’intégrisme islamique ? Et pourtant la société en question (webstar)héberge un site chrétien ! Elle héberge aussi une agence de voyage, un journal progressiste arabe qui est le fer de lance contre l’intégrisme et d’autres sites étrangers.

Pourquoi ont-ils oublié dans leurs machinations maladroites de citer notre site WWW.Eldjeich.org alors qu’il renferme la même matière ? Nous avons monté ces sites avec nos propres moyens (factures à l’appui) et contrairement à ceux qui ont dilapidé le pays, nous n’avons pas quitté l’Algérie avec des valises pleines de devises. Notre lutte est à la fois sacrée et légitime et nos moyens sont nobles mais surtout honnêtes.

Les mêmes qui pour nous discréditer insistent sur ce « lien », oublient en fait que la totalité des quotidiens algériens sont dans des locaux appartenant à l’Etat algérien, fournis en papier par l’Etat, et le plus grand annonceur c’est l’Etat !
Peut-on remettre en cause l’indépendance des journalistes habitants des résidences de l’Etat ?
La réponse est oui pour beaucoup d’entre eux mais pas pour tous.
Les attaques contre le MAOL sont la preuve que les généraux et leurs relais sont dans de sales draps ; les assassins de Matoub et leurs complices sont derrière les rumeurs et les écrits. Après avoir utilisé l’intégrisme comme arme non conventionnelle pour tuer la démocratie et stopper les réformes nécessaires au développement économique, ils utilisent le même procédé pour étouffer la vérité. Hélas pour eux, les Algériens ne sont pas dupes ; les graines de la vérité semées par des officiers glorieux et des journalistes courageux et arrosées de leur sang, finiront par éclore.

Le jour est très proche où les Algériens connaîtront le rôle pervers des journalistes dans la guerre civile et comment certains parmi eux sont devenus des sergents recruteurs en France et ailleurs.

Le commandement exécutif du MAOL est à l’intérieur de l’ANP et fait un travail de fond, ce qui a conduit le général Lamari à signer une directive sans précédent qui interdit l’attroupement de plus de deux militaires à l’intérieur et l’extérieur des casernes sans motif valable ou autorisation préalable !
Bien que les membres connus du MAOL à l’étranger furent approchés par les adjoints du directeur de la DRS pour les persuader d’abandonner la lutte moyennant des sommes d’argents astronomiques (l’argent égaré des pauvres algériens) et des postes à faire rêver plus d’un, tous les officiers et sous-officiers du MAOL restent profondément attachés à leur serment pour que l’Algérie vive et pour que justice soit rendue.

Ce n’est pas un hasard si le journal Liberté reproduit l’article la veille du printemps berbère. Le propriétaire du titre, un certain Isaad Rabrab, homme d’affaire véreux, très proche des délinquants décideurs, est un faux militant de la cause berbère. C’est un membre influent au sein de la direction du RCD, un parti fantoche aux mains de Toufik et qui n’a qu’une seule raison d’être : contrer les actions politiques des grands partis démocratiques et diviser les militants de la cause berbère. Un parti qui a fait de l’éradication sa raison d’être, au moment où la plupart des algériens militent pour une réconciliation juste, qui mettra chacun des belligérants du conflit devant ses responsabilités.

Ce même parti qui a refusé le dialogue responsable entre Algériens, sous le prétexte fallacieux de défendre la république (la ripoux-blique des généraux), renie ses principes en acceptant la grâce amnistiante des égorgeurs et des violeurs. Tout cela en contre partie de portefeuilles ministériels spécifiques comme celui de la santé où Amar Benyounes (parent par alliance de Nezar), accélère la privatisation du secteur de la santé et celui des médicaments au détriment de SAIDAL.
Le comble de la mauvaise foi chez Said Saadi (l’homme de Toufik) est atteint lorsqu’il déclare que l’amnistie a permis la récupération de plus de 4000 pièces d’armes, en oubliant de mentionner par ailleurs que depuis l’arrivé de Bouteflika, la violence a fait plus de 5000 morts et que la Kabylie est devenue depuis, la région la moins sûre d’Algérie !

Les militants sincères du RCD «et ils sont nombreux » se posent la question du pourquoi d’un tel revirement dans la politique du parti ? Et pourquoi maintenant ?

La réponse à cette interrogation est venue de la bouche même d’un haut responsable du RCD en rupture de banc, troublé et affecté par l’affaire Matoub. Il a contacté le MAOL pour marquer son indignation face à la grande magouille (son identité a été confirmée par le MAOL et sera gardée secrète pour des raisons évidentes concernant la sécurité de cette personne).
Après plusieurs contacts téléphoniques et dans un document écrit, il nous livre son témoignage qui est reproduit ici fidèlement :

 » Militant de la cause berbère de la première heure, j’ai rejoint le RCD dés sa création, séduit par le discours de rupture, l’affirmation laïque et surtout par le côté moderniste de la nouvelle formation.
Militant enthousiaste et convaincu, jusqu’au premier signal d’alarme en 1997 à l’occasion des élections truquées au profit du RND, parti de la présidence. Me trouvant dans les locaux du parti à Alger, je surprends une conversation téléphonique entre Khalida Messaoudi et une personne dont j’ignore le nom ; Khalida insiste sur la nécessité de faire en sorte que véronique Taveau, journaliste à ARTE, chaîne de télévision française, parte avec quelque chose de consistant, elle conclue par cette phrase : « si vous êtes d’accord, les services de sécurité ce n’est pas un problème ».
S’adressant à moi après avoir raccroché le téléphone »ce soir on va leur faire honte » (Laachiya n’bahdlouhoum).

Le soir avant la clôture du scrutin, comme par hasard Khalida sert à Taveau un bourrage d’urnes en «live » par les militants du RND.
Ce scoop médiatique n’a rien de spontané, sans mettre en doute l’honnêteté et l’objectivité de la journaliste, même si elle est très proche des thèses de notre parti, la fraude réelle que personne ne peut mettre doute, n’est pas le problème, mais c’est la mise en scène et la manipulation de la journaliste par son amie Khalida. Les journalistes qui travaillent en Algérie connaissent les difficultés, les entraves et la surveillance dont ils font l’objet.

Taveau n’était qu’un instrument aux mains d’un marionnettiste invisible qui voulait envoyer un message au clan de la présidence ; en tous les cas, les paroles de Khalida lorsque je lui ai posé la question sur les tenants et les aboutissants de cette histoire ne laissent aucun doute : «Zeroual doit comprendre qu’il n’a pas toutes les cartes en main ! ».
Puis vint l’affaire de l’assassinat de Matoub, avant même de lire votre dossier et les révélations sur votre site, je me posais la question sur le rôle joué par certains responsables du parti et pour qui roule réellement Saadi ?
Lorsque le Premier ministre Ouyahia a voulu imposer la loi sur l’arabisation, je me souviens des déclarations de Saadi lors d’une réunion dont vous avez fait état dans votre dossier :«la loi ne passera pas et si tout va comme prévu, elle sera la tombe de la présidence »
Saadi : un visionnaire ou quelqu’un d’informé ?

Quelques années plutôt, n’a t-il pas affirmé en direct à la télévision au chef intégriste du FIS qu’il n’arrivera jamais au pouvoir !

Dès que la radio de l’état a annoncé la mort de Matoub, les responsables du parti ont eu une réaction troublante, il fallait passer partout le mot d’ordre que le GIA était derrière le crime, alors que la rue criait  »pouvoir assassin ». La déclaration de Khalida Messaoudi accusant les islamistes de l’assassinat et affirmant que beaucoup de gens dans le pouvoir y trouvaient leur compte n’était qu’une façon subtile pour ne pas se couper de la base du parti et de la population kabyle qui elle a vu la main du pouvoir dans cet assassinat.

Dès que la tension est tombée après l’enterrement de Matoub, certains membres du RCD, très gênés par les premiers doutes exprimés par la sour et la mère du chanteur, ont commencé par faire un travail de sensibilisation dans le seul but de consolider la piste islamiste en faisant courir la rumeur sur Malika Matoub l’accusant de vouloir faire un nom et un commerce avec l’affaire !
Sans vouloir mettre en cause Ait Hamouda, son comportement après l’assassinat était plus que troublant. Pourquoi voulait-il à tout prix savoir ce que la sour mijotait en répétant à tout bout de champ qu’elle était imprévisible ?

Pourquoi donnait- il de fausses informations aux journaux et notamment le journal Liberté, (information sur l’autopsie en citant des sources proches de l’enquête), il m’a chargé personnellement de faire circuler le nom d’un suspect auprès de certains journalistes, car ma profession donnait de la crédibilité à l’information. J’ai rompu avec le RCD après l’enlèvement du jeune Naim par des membres des GLD pour intimider Malika.

Ma conviction est faite, l’opposition du RCD à l’islamisme n’est que conjoncturelle et les opportunistes utilisent la bonne foi des militants et leur détermination à défendre la démocratie et la cause berbère à des fins bien terre à terre, un statut et une carrière.
Le RCD est devenu un instrument aux mains des affairistes qui espèrent tirer profit des prochaines privatisations, Les militants sincères doivent poser des questions sur les largesses de Rabrab dont profitent Saadi, Messaoudi et les autres. Une démocratie ne se construit que sur des bases saines avec de la transparence. La direction du RCD en acceptant de participer au gouvernement avec les islamistes et Ouyahia, chef de file des corrompus est la preuve que l’heure du partage et de la compromission est arrivée ».

Voilà le témoignage accablant d’un responsable d’une formation politique, l’exemple vivant de la manipulation à grande envergure.
Un parti qui a cautionné toutes les décisions prises par les généraux qui ont conduit le pays au génocide, le RCD et le GIA sont deux faces d’une pièce entres les doigts d’un prestidigitateur habile.
Le GIA descend du maquis pour faire des affaires (licences de taxi et autres aides) fournis par le gouvernement sans renier l’idéologie dont ils sont restés de fidèles adeptes, le RCD rentre au gouvernement en trahissant la mémoire des victimes du terrorisme et la boucle et bouclée.

Vouloir faire croire aux Algériens que le MAOL est le reflet du FIDA ou du GIA après avoir prétendu que le FFS et les services étrangers y sont derrière n’est qu’une manipulation grotesque de la part des naufragés du crime qui ne trouve que des histoires de  » Tayabates El Hammam » (commères) pour répondre aux accusations de génocide.
Tous ces exemples de manipulation tout azimut et coups fourrés en tous genres, ont été cités juste pour donner un aperçu sur ce qui se passe dans les coulisses du CDD, où l’information est le souffre-douleur d’apprentis sorciers qui tentent contre toute logique de ré-inventer la réalité algérienne. Il est incontestable que l’étendue des préjudices causés par ces faussaires de la pensée n’aurait certainement pas été aussi dramatique sans la complicité incriminable d’une classe de journalistes sans âmes qui ont engagé leurs plumes et ont cautionné le mensonge et l’irréalité dans un combat où l’encre coule à flot pour noyer la vérité.

Pour ces pseudo-journalistes le temps s’est arrêté à partir du moment où ils ont signé leurs pactes d’allégeance aux ordonnateurs de la pensée polarisée, car ils ne connaîtront jamais la satisfaction que ressentent les hommes sincères qui prêtent leurs mots à ceux qui n’ont plus de voix pour crier leur peine et soufflent la vie dans les corps meurtris de toutes les victimes.

La chasse aux sorcières:

Le recrutement des journalistes a de tout temps été un objectif de première priorité pour tous les services opérationnels de la DRS. Si on se reporte aux différents domaines où le rôle de la presse est déterminant on comprend aisément la consécration de tout un service avec des moyens illimités avec pour seul but : le contrôle de l’opinion.
Les moyens investis par la DRS pour recruter un journaliste dépendent de l’importance même du sujet opérationnel. Dans tous les cas de figure, si l’on considère un sujet moyen où l’approche directe n’est pas recommandée pour cause de refus probable de collaboration, une enquête de sécurité est conduite pour identifier le maximum de contacts du sujet, étudier ses habitudes même les plus intimes grâce à l’écoute téléphonique, la surveillance et la filature. Quelques fois même des agents extérieurs sont utilisés pour complément d’enquête ; en définitif tout l’ABC du parfait espion est utilisé, le plus important est le résultat. C’est un cas d’école ou l’on peut dire avec beaucoup de liberté que la fin justifie les moyens.

A la fin de toutes ces conspires primaires et suivant le résultat de l’enquête de sécurité plusieurs cas sont possibles, et le meilleur angle d’attaque (une stratégie d’approche) est adopté:

*Si le sujet a des vices, des secrets cachés ou des points faibles exploitables, ils sont vite adoptés et l’approche est décidée. L’officier traitant essaye durant la rencontre d’utiliser la méthode douce et si le sujet accepte de collaborer, les points faibles ne sont pas cités et sont réservés pour plus tard.
Il faut dire que certains journalistes ont offert deux mêmes d’aider le centrale, ils font aussi du renseignement en milieu journalistique pour diverses raisons qui varient du personnel au politique. C’est l’espèce la plus virulente car elle collabore très intensément pour compromettre d’autres journalistes.

*Si le sujet n’a pas de vices ou de secrets particuliers, l’approche est ensuite basée sur la tentation d’une manière indirecte, c’est à dire en utilisant des tiers personne, les plus proches possible, capables de présenter l’offre de collaboration sous un l’angle qui se confond bien avec le profil du sujet comme le nationaliste et l’intérêt suprême du pays par exemple, pourvue que les paroles de la personne qui fait l’approche trouve un écho chez le sujet. Très souvent le résultat dépend de l’engagement politique du sujet.
Dans ce cas qui nous concerne, des journalistes proches des thèses du RCD par exemple sont recrutable en jouant à la fois sur la corde berbériste et sur la lutte contre l’Etat théocratique.

Il arrive que des journalistes acquis aux thèses du tout sécuritaire refusent de collaborer avec le service et s’ils sont intéressants pour la centrale ça devient un problème car le refus de ceux-ci vient de leur volonté de rester libres, pour eux collaborer avec les services de sécurité relève du domaine de la trahison morale bien qu’ils partagent les mêmes idées que l’armée ; par honnêteté intellectuelle, ils ne peuvent pas se permettre une tel engagement.
C’est ce qu’on appelle dans le jargon des services les têtes dures, ou monsieur principes. Peu de personnes parmi cette catégorie accepte de reconsidérer l’offre et accepte de collaborer après la pression ( la torture morale) et les menaces qui viennent dans la deuxième partie de l’approche et où commence l’utilisation de toutes les méthodes basses.
Bien souvent les sujets récalcitrants sont obligés de quitter le pays, abandonner l’écriture, ou pour certains d’entre eux qui persistent, le risque est grand, très grand même car ils peuvent perde la vie.
Nous allons citer deux malheureux exemples parmis cette dernière catégorie:

Le cas Tahar Djaout:

Il n’est pas utile de rappeler qui est Tahar Djaout, car à lui seul ce nom est plein de symboles et c’est justement sur ce symbole que le service voulait à tout prix mettre la main.
Pour Smain Lamari, alors occupé à monter la machine infernale de contre réaction et de répression, Djaout est un trésor et un pôle pouvant réunir autour de lui des personnalités du monde entier. Il fait donc l’objet d’une attention très particulière.
Au début de l’année 1993 les services secrets sont en pleine crise et les pressions internationales poste-coup d’Etat nécessitent une mobilisation massive d’une nouvelle force, un front capable de contenir les réactions hostiles venues de l’extérieure et celle émanant de l’intérieur. Ce front de défense des valeurs républicaines de l’Algérie et qui sera désigné plus tard par la  »société civile » a besoin de forces motrices capables de le générer une poussée dans le sens politique voulu par les généraux.

A cette époque Said Saadi et Khalida Messaoudi ont déjà traversé un long chemin dans la réalisation d’un tel projet en prenant la tête du mouvement pour la république (MPR), mais il fallait s’assurer du ralliement du plus grand nombre d’intellectuels francophones bien sûr pour donner plus de crédit au mouvement. L’occident en général et la France en particulier étant naturellement bien plus sensible aux appels des intectuels de culture française.
C’est la raison pour laquelle Smain a concentré ses efforts sur cette classe particulière d’intellectuels capables d’exporter plus aisément les thèses politiques des Janviéristes.

 

Plusieurs intellectuels prennent très naturellement part à cette grande mobilisation par déontologie ou affinité politique, Rachid Boudjedra, Rachid Mimouni, …et d’autres se sont investis dans cette foire de  »sauvegarde » de la démocratie mais nombreux sont ceux qui sont restés en marge préférant suivre les événements de loin en cette période trouble.
Tahar Djaout change du champ littéraire au champ politique avec l’avènement du FIS, il traduit sur papier assez bien l’esprit du combat que préparent les généraux du MDN, seul différence c’est que Djaout pense en poète et écrit naïvement avec tous les sentiments qui peuvent se réunir chez un poète. Pour lui la rupture doit se faire avec toutes formes d’hégémonie qu’elle soit religieuse ou militaire. Il a même l’intention de créer une association pour la défense de la liberté de la presse à cause des restrictions imposées sur la diffusion de l’information.
Les généraux quant à eux sont plus pragmatiques et doivent réussir le plan du Mokh (le général Mohamed Touati) quelles que soient les conséquences

Djaout est bien connu des services et c’est son coté idéaliste qui pose problème, il a déjà été approché auparavant mais il a complètement refusé de collaborer avec la centrale. Cette fois-ci c’est Smain en personne qui suit le dossier et une enquête très poussée de plusieurs semaines est menée pour essayer de trouver une porte d’entrée, mais en vain.
Le sujet est cristal comme on dit et cela rend son recrutement assez difficile. Smain charge un autre agent  » Kabyle » pour tâter le terrain et essayer d’allier Tahar pour le combat, la réponse de ce dernier est sans appel  » J’agis en mon âme et conscience  »!
Pour Smain Lamari, Djaout est une carte gagnante à tous les coups quelque soit le jeux et  »puisqu’il a refusé de travailler pour le service en étant vivant, il le fera en étant mort ».
Sa liquidation est décidée presque à la hâte suite à une occasion plus que propice, la publication le 25 mai 93 de son article intitulé  » la famille qui avance, la famille qui recule ». En publiant cet article Djaout donne à Smain l’occasion rêvée de faire passer le meurtre pour un acte terroriste.

Très tôt, ce matin du 26 mai 1993, tous les alentours de la cité de Bainem sont vidés des petits vendeurs de cigarettes et des travailleurs des chantiers voisins par l’équipe en charge de l’opération. C’est un commando de l’escadron de la mort, la fameuse équipe 192, qui se présente vers dix heures devant la voiture de Tahar Djaout (garée près de son immeuble). Ce dernier vient tout juste de la mettre en marche et c’est un professionnel qui l’exécute après l’avoir appelé par son prénom pour confirmation de l’identité. Pour maquiller le crime, le corps ensanglanté est sorti de la voiture et jeté sur le sol, le tueur prend la voiture et quitte la cité le plus normalement du monde. La voiture est bien sûr retrouvée abandonnée non loin de Bainem.

Cinq jours après, un jeune homme tremblant face à la caméra de télévision, visiblement affecté par la torture, avoue son implication dans l’assassinat du poète. La confession est très claire et les motifs bien établis,  » l’obscurantisme religieux vient de commettre un crime qui soulève toute la Kabylie ». Une campagne médiatique sans précédant est organisée, le mot d’ordre est donné, le coupable invisible tout désigné : Le GIA a tué son journaliste Kabyle numéro un !

Les avocats du vendeur de bonbons présenté à la télévision arrivent très facilement à prouver que leur client est innocent et pour cause au moment des faits il jouait un match de basket à Ben Aknoun, le juge n’a pas d’autres alternatives que de relâcher le pseudo-assassin, les autres complices présumés sont comme d’habitude  »selon un communiqué officiel  » abattus plus tard dans des opérations de police.
Nous avons vu depuis plusieurs repentis défiler devant la caméra de télévision avouant des crimes aussi effroyables les uns que les autres, les exemples son nombreux (Djilali Liabes, M’hamed Boukhobza, Boucebsi, Benhamouda…)
La famille de Djaout a essayé de trouver des témoins parmi les habitants de la cité où tout le monde se connaît, mais en vain. Le commissariat de police locale a déjà fait le nettoyage nécessaire en embarquant une foule de jeunes du quartier qui ont en vu de toutes les couleurs dans les locaux de la police, ils ont appris à la sortie à dire :  » je n’ai rien vu et ça ne me regarde pas », la peur qui régnait a fait le reste.

Smain par contre ne s’attend pas à la création d’un comité de vérité sur l’assassinat de Tahar Djaout, et rien que l’idée de ce comité le met hors de lui, surtout que des journalistes ont suivit ce comité qui pose des questions très embarrassantes et ce n’est pas par hasard que le 15 juin le co-fondateurs de ce comité en l’occurrence, le psychiatre Mahfoud Boucebsi est sauvagement assassiné à l’arme blanche, la signature du crime est un double message, rien ne peut arrêter les fous du pouvoir.

Cette assassinat ressemble très étrangement par ses motifs et ses buts à celui du Chanteur Matoub Lounes, différents lieux, différentes époques, le but rechercher dans les deux cas par Smain et Toufik est le même : la manipulation des foules par ses symboles, même au delà des frontières.
Les retombées médiatiques et politiques de ce meurtre sont énormes, que se soit en milieu journalistique ou politique et la machinerie de la société civile a bien avancé depuis en utilisant la mémoire d’un symbole qui est contraint à la collaboration en étant mort à cause de certains ( Said Saadi &co) qui n’ont nullement hésité à mettre en avant le nom de Djaout à toutes les sauces politico-mafieuses comme ils le feront ensuite avec Matoub.

Le cas Said Mekbal:

De part son caractère Said Mekbal était très proche de Djaout. Connue dans le service sous son célèbre pseudo  »Mesmar J’ha », lui aussi a fait l’objet d’une approche de collaboration par le service de Smain. Insolent, c’est ainsi qu’il est qualifié par l’officier qui a essayé de le recruter, et malgré le fait qu’il ait bénéficié d’une bourse à l’étranger offerte par le ministère de la défense, son attitude est restée plutôt ingrate vis-à-vis du service.

Il s’est fait une réputation par ses écrits peu flatteurs à l’égard des islamistes d’une part et du commandement militaire d’autres part ; ce qui lui a valu d’être plusieurs fois suspendu du journal et rappelé à l’ordre de manière assez désagréable. Said Mekbal a refusé de cautionner la politique du changement partiel, pour lui les islamistes et les militaires sont deux diables de différentes couleurs. Le plus grave pour Mekbel c’est qu’il agaçait très sérieusement Toufik par ses écrits et ses allégations répétées concernant l’implication des services de sécurité dans le meurtre de certains journalistes. Toufik lui fait parvenir un message assez clair  » à ce rythme tu ne vas pas tarder à rejoindre Djaout  » !

En accordant une interview à une journaliste allemande ( dont le nom ne sera pas cité pour des raisons de sécurité et qui garde encore l’enregistrement audio de la rencontre) et ce quelques semaines avant sa mort, il lui a clairement répondu à la question :  »qui veut vous tuer ? »
 »Si vous apprenez que j’ai été assassiné sachez que c’est le général Toufik qui aura ordonné mon exécution ! »

Ses engagements politiques le rendaient naturellement hostile à toute collaboration directe ou indirecte avec les services de sécurité. Quand l’officier en charge de son recrutement lui demande de collaborer avec le service, il a la même attitude que celle de Louisa Hanoune lors de son arrestation en 89 à Ben Aknoun avec sa copine d’Air Algérie. La réponse est identique et le ton employé pour marquer le refus, assez fort,  » Je ne collaborerai pas et faites ce que vous voulez ».

A tout seigneur tout honneur, c’est la réponse que Smain ne voulait surtout pas entendre et c’est la même équipe qui a monté l’opération Djaout qui s’est occupée du dossier Mekbel, et de la même manière : une exécution en bonne et due forme. Seulement dans ce cas, Said Mekbel qui échappe à un attentat le 08 mars 1993, est depuis sur ses gardes et difficile d’approche et c’est la raison pour laquelle le  »travail » est confié à un homme de main de Smain, Abdel Malek Amalou, connu dans le service pour son professionnalisme sous le pseudo « le liquidateur ». Il s’est fait une grande réputation après le meurtre à Paris en 1987 de l’avocat Ali Messili.

Le liquidateur a besoin de s’approcher de Said Mekbel sans que ce dernier puisse se douter de quoi que se soit. Ce qui est fait grâce à la collaboration d’un agent féminin, ( une journaliste qui accompagne le tueur au moment du crime et qui connaît Said Mekbel. Elle le piège et c’est Toufik et Smain qui arrachent  »Mesmar Dj’ha ». Said Mekbel porte le numéro 27.

Il est douloureux de citer ces exemples car les motivations de Toufik et de Smain Lamari sont multiples, en plus des retombées médiatiques de ces opérations funestes, ces assassinats servent d’exemples à d’autres journalistes qui craignant pour leurs vies n’ont plus le choix. Pour les responsables du service presse de la DRS, après les meurtres de plusieurs journalistes soit par le service comme c’est le cas des exemples précédents soit par la main des islamistes, la cueillette des plumes est devenue très facile. Il fallait les recevoir à bras ouvert et leur offrir la sécurité, les armes ( beaucoup de journalistes sont armés suite à cela par le service ) et tout le confort dont ils ont besoin en échange de leur contribution bienveillante.

Il est important de noter que derrière ces meurtres de journalistes ( surtout les journalistes étrangers ), les généraux Toufik et Smain ont aussi un objectif hautement stratégique par ces liquidations, à savoir le contrôle par ricoché de la presse étrangère et ce par l’imposition d’une protection rapprochée permanente durant tout le séjour du journaliste en Algérie.

De cette façon les généraux sont sûrs de limiter le champ d’action des journalistes étrangers qui ne verront en fin de compte que ce qui arrange le commandement militaire et rien d’autre. Même les contacts avec la population civile sont réduits au strict minimum pour éviter tout dérapage. L’opinion internationale doit à tout prix avoir le même son de cloche  » l’armée est au-dessus de tout soupçon ».

Les victimes :

En plus de ceux qui ont perdu leurs vies, reste ceux qui ont énormément souffert et auxquels nous rendons un grand hommage pour leur courage, leur honnêteté, leur persévérance et leur résistance.
Ils ont subit des tortures en tous genres, des viols, des harcèlements judiciaires et des insultes dans le meilleur des cas. Leur souffrance est celle du peuple algérien avec lequel ils sont toujours restés honnêtes.
Nous ne pouvons pas les citer tous et nous n’avons aucune décoration à leur offrir sinon notre profonde reconnaissance et notre profond respect. Parmi ceux là nous citons :

Salima Ghezali,
Chawki Amari (caricaturiste),
Marc Marginedas (correspondant d’El periõdeco : expulsé),
Mourad Hadjersi(journaliste free lance),
Baya Gacemi (la Tribune),
Faycel Metaoui (El Watan),
Mohamed Sifaoui (correspondant de jeune Afrique),
Abi Mounir (caricaturiste l’Authentique),
Abdelaziz Houmad (directeur d’Ouest Info),
Billal Thaminy (l’ Authentique)
Djillali Hadjaj (El Watan),
Saad Bouakba ( El Youm),
Zoubir Souissi (ancien directeur du soir d’Algérie),
H’mida layachi(El Khabar),
Abdel Ali Hocine (Gayad) (El Khabar),
Djamel Benmered (Exilé),
El Kadi Ihsane (Le quotidien d’Oran),
Touhami Madjouri (El Alam Assiyassi),
Daikha Dridi (free lance),
Mourad Aït Ouarab (free lance),
Ahmed Kaci(l’Authentique).

La dernière victime en date du colonel Hadj Zoubir est un jeune photographe Walid Zeroug, arrêté le mardi 28 mars 2000 à 19h30. Il a été emmené à Ben Aknoun (Belaroussi) où il a passé cinq nuits avant d’être relâché le dimanche vers 17 heures après que l’AFP ait rendu publique l’information.
Ce photographe âgé de 24 ans travaille entre autres pour l’agence française IMA Presse. Son arrestation est directement liée au fait qu’il connaît personnellement l’attaché de presse au sein de l’ambassade de France à Alger. Zoubir avait demandé à Walid Zeroug de collaborer avec lui mais le jeune photographe a refusé.

Les disparus :

Une pensé très particulière à quatre journalistes disparus dont deux arrêtés officiellement par les services de sécurité, à ce jour leur sort est identique à celui des milliers de victimes disparus qui nous interpellent à tous les instants pour que l’on fasse toute la lumière sur les.

Djamil Fahassi : (Radio Algérienne, chaîne III),
Aziz Bouabdallah (El Alam El Siyassi),
Tous deux arrêtés par les services de sécurité.

Kadour Bouselham, (Horizons),
Mohamed Hassaine, (Alger Républicain),
Présumés tués par des groupes islamistes.

Les Agents des services:

Nous tenons avant toute chose à préciser que les noms qui vont suivre sont ceux des personnes qui ont volontairement choisi de collaborer avec les services de sécurité. Les copies des dossiers agents (ou fiches bleues) qu’ils ont signé ainsi que les preuves de leurs méfaits seront transmis aux instances judiciaires le moment venu. Ces journalistes ainsi que d’autres, ont vendu leurs âmes aux assassins de leurs collègues journalistes. Nous n’allons pas non plus nous rabaisser et décrire les détails de leurs vies privées soigneusement notés dans leurs dossiers par les responsables des services et ce d’abord par respect pour leurs familles et aussi par respect pour les lecteurs de ce dossier.

Nous n’avons pas pris en considération le cas des journalistes qui ont cédé sous les menaces et les exactions en tout genre, car ceux là ont au moins le mérite d’avoir essayer de résister. Il faut dire qu’il n’est pas toujours facile de supporter les tortures de quelle nature que se soit.

El Watan:

Salima Tlemçani de son vrai nom Zineb Oubouchou, a été recrutée par le colonel Fawzi. Ses collègues l’ont surnommé le général à cause de ses contacts permanents avec le service et son autorité. Elle est utilisée par Zoubir comme sergent recruteur spécialement avec les journalistes étrangers et remplit des missions pour le service surtout à l’étranger. Elle a déjà été envoyée à une réunion de la fédération internationale de journalistes pour passer les messages de la DRS  » C’est uniquement les islamistes qui tuent en Algérie ». Elle doit partir le 03 mai à Barcelone pour participer à un séminaire international organisé par la coordination des journalistes catalans à l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse.
Elle a initié les attaques contre le MAOL d’après les instructions de Zoubir en commençant par diffuser des messages sur Internet sous le pseudonyme de  » SalimaPour ».

Tayeb Belghiche:(actionnaire d’El Watan), surnommé le manchot par les services du CCD; parce qu’il a perdu un bras durant son enfance lorsqu’il a sauté sur une mine dans la région de Souk Ahras.
Il s’est, dès les années 70, spécialisé dans le conflit Algéro-Marocain et l’affaire du Sahara Occidentale.
Tayeb Belghiche est l’agent favori du service pour ce qui est des campagnes de propagandes contre le Maroc et les questions relatives au problème Sahraoui.
C’est lui qui a fait entrer, il y’a dix ans, ABLA CHERIF, de son vrai nom  »Amel Boumediène », dans le monde de la presse. Il l’a mise en relation avec les officiers des services et l’a convaincue de collaborer.

Liberté :

Nacer Belhadjoudja : il est utilisé par le service surtout pour espionner ses collègues, Zoubir l’a bien utilisé pour espionner Ghalib Djebour à l’Authentique, mais il est viré quand le directeur de journal s’en rend compte.
Ses deux frères travaillent aussi pour le service, Rédha Belhadjoudja signe la chronique en page 24 de liberté « le nez et la perte » sous le pseudonyme Hakim Laalam ; Said Belhadjoudja travaille comme correspondant du Soir d’Algérie à Annaba. C’est Nacer qui est le plus lié à Zoubir qui le traite comme son dauphin.

Abrous Outoudert(directeur du quotidien Liberté) : il a été durant de longues années fonctionnaire au ministère de la communication. Il s’occupait de la censure. Originaire du village de Taguemount Azouz, daira de Beni Douala wilaya de Tizi Ouzou, il a été contacté par Isaad Rabrab quand celui-ci a décidé de créer Liberté. Les deux sont originaires de Taguemount Azouz. Ils sont aussi cousins éloignés. Abrous est chargé de la gestion du quotidien liberté afin que Rabrab n’apparaisse pas. Abrous est très proche de Zoubir qui l’utilise comme agent de renseignement notamment auprès de l’ambassade de France où Abrous a des contacts importants. L’information publiée sur le radar de liberté concernant Betchine lui a valu d’être emprisonné. Cette affaire cousue de fils blancs lui a aussi permis de gagner en crédibilité en plus de la prime du service.

Ghania Khelifi.

El Khabar:

Ali Djerri.

Le Matin :

Farid Alilet.

Le Soir D’Algérie:

Fouad Boughanem,
Rabah Abdellah.

Horizons:

Naama Abbes, C’est le colonel Fawzi qui a convaincu Liamine Bechichi à l’époque ministre de la communication de nommer Naama Abbes (Bi-National car née en France) au journal Horizons.

La Tribune:

Khair-eddine Ameyar,
Bachir Chérif Hassan

France 2 :

Ahmed Ouandjli (correspondant ),

Al-Jazzerah:

Boualem Allah Hamid (correspondant ),

La radio algérienne chaîne 3:

Zehira Yahi.

El-Hayat:

Mohamed Moqaddem. (Anis Rahmani)

MBC:

Ahmed Megaache.

Le Quotidien d’Oran :

Mounir Bendjemaa : Ancien journaliste à Horizons et à l’Authentique où il a espionné pour le compte de Zoubir. Après son éviction de ce journal Zoubir le nomme au Quotidien d’Oran, ce journal en partie propriété du chef de la deuxième région en l’occurrence le général Kamel Aberahman. Mounir B. est aussi utilisé pour essayer de discréditer le MAOL sur Internet en lançant des messages sur les sites où il y’a des forums d’algériens.

Hebdo Libéré:

Abderrahmane Mahmoudi.

Le directeur d’Achaab:

Azzedine Boukerdousse.

Le secrétaire général du syndicat national des journalistes ( SNJ ): promu à ce poste par le service : RABAH ABDELLAH. Il signe ses articles au « soir d’Algérie » sous le
Pseudonyme Sofiane Aït Iflis.

El Moudjahid :

Mouloud Benmohamed, qui est devenu presque un habitué des rencontres sur les droits de l’homme à Genève et Paris. Il est envoyé en mission pour prendre des photos et des enregistrements qu’il remet ensuite à Zoubir.

Ces agents des services sont animés par le désir d’arriver vite au sommet comme leurs prédécesseurs que les officiers recruteurs citent en exemple. Le service a souvent bien récompensé ses serviteurs fidèles afin qu’ils servent d’exemples aux autres journalistes plus soucieux de se faire une réputation que de faire honnêtement leur métier.

Zahia Benarouss : Ministre.

Hamraoui Habib Chawki: Ministre.

Ahmed Boubrik:Directeur de la station ENTV de constantine.

Chadli Boufaroua: est devenu directeur du centre d’écoute de Dély Brahim.

Mohamed Tigane : directeur d’El Massa.

Nacer M’hel : directeur de l’APS (ex. Chef du bureau de l’APS à Tokyo, Mexico, et Washington et agent attitré de la DRS).

Naama Abbes : est devenue directrice de l’Horizons.

Abdelhak Bouatoura : Un ancien journaliste à Horizons. Il est récompensé par la DRS en 1997 en le nommant comme attaché de presse au ministère de l’intérieur.

Fatiha Akkab : Ancienne journaliste à Algérie Actualité, devenue fonctionnaire au ministère de la communication.

Zoubir, les Affaires et les Autres :

Le chargé du contrôle de la presse Tahri Zoubir a réagit de la même façon que ses chefs, à peine installer à son poste a Belaroussi qu’il s’est investi en parallèle dans la fructification des affaires de la famille. El hadj Zoubir est le frère de Miloud Zoubir, l’ancien Wali de M’sila, nommé après le dernier mouvement des walis à la willaya de Ghelizane grâce à l’intervention du colonel Zoubir, le frère protecteur.

En 1995, les services judiciaires de la gendarmerie nationale mettent à jours un trafic à grande échelle de passeports, de cartes jaunes (dispense du service militaire) et de sursis militaires valables à l’étranger. Parmi les personnes mises en cause, le propre frère du colonel Zoubir alors wali de M’sila, le commandant du secteur militaire et d’autres relais dans l’administration locale. En fait même Zoubir est bien impliqué en assurant la sécurité de tout le réseau. A 12.000FF (nouveaux francs) la carte jaune et 8.000FF le sursis, les comptes atteignent très vite des sommes gigantesques. Profitant du climat d’insécurité générale et de la crainte des parents pour leurs enfants qui ont atteint l’âge du service militaire, Zoubir et ses complices ont organisé ce commerce très lucratif de la vie humaine. Les parents des jeunes appelés qui peuvent se permettre même en vendant leurs biens préfèrent acheter la vie de leurs enfants plutôt que de les voir partir vers une mort certaine, trop de jeunes ne sont jamais revenus de l’abattoir.

Le colonel Tahri Zoubir

Quand le colonel Zoubir prend connaissance des investigations menées par les gendarmes autour de cette affaire, c’est en personne qu’il dirige les tractations avec le service concerné de la gendarmerie. Ses arguments en tant qu’officier supérieur de la DRS très connu dans le milieu opérationnel sont solides et pour lui le service de police judiciaire de la gendarmerie est entrain de faire capoter une opération interne au service de la DRS couverte par le sceau du secret à des fins de lutte contre le terrorisme. Il est vrai que les services opérationnels de la DRS montent des affaires de toutes pièces (le miel qui attire les abeilles) soit pour des besoins d’infiltration soit pour la neutralisation de certains éléments, (le dossier de la lutte antiterroriste en traitera quelques exemples). Mais aussi d’autres opérations du genre sont aussi préparées pour des besoins personnels, le plus souvent pour le compte des chefs qui veulent éliminer des concurrents gênants ou avoir l’avantage dans des domaines qui les intéressent.

Malheureusement pour Zoubir, un journaliste travaillant pour le journal Le Matin eut vent de cette affaire (sans pour autant qu’il sache le lien de parenté qui existe entre le Colonel Zoubir et le Wali de M’sila), il publie un article sur les dépassements de ce wali. En apprenant la nouvelle, Zoubir devient fou et fait tout pour nuire à ce journaliste : arrestation par Tartague, coups, insultes, menaces de viol et de mort… Toute la machinerie répressive est mise à contribution pour enterrer le sujet en question. Comme à l’accoutumée, Zoubir fait sortir le chef d’inculpation classique, à savoir intelligence pour un service étranger pour légaliser l’arrestation de l’auteur du fâcheux article vis à vis de ses collègues, car le journaliste en question avait des connaissances au sein de l’ambassade de France et des Etats-Unis à Alger.

Les affaires des frères Tahri dépassent largement le cadre du trafic de documents militaires, ils ont même monté grâce à l’argent récolté par ces transactions honteuses, une société d’importation de produits électroménagers en provenance de Tunisie avec le partenariat du chef de sûreté de la wilaya de M’sila et le commandant du secteur militaire. Leur société est devenue avec le temps l’une des plus importante qui fait de la distribution (vente en gros) pour tous les commerçants de l’ouest du pays et même du centre. Leur chiffre d’affaire dépasse les 300 milliards de centimes et c’est grâce à Zoubir que le service des douanes n’a jamais un droit de regard sur ce commerce juteux qui est en pleine floraison.

Une des premières victimes de Zoubir est le DEC d’El Biar, le nommé Mohamed Maarouf qui cède sous les menaces claires de Zoubir. Ce dernier exige avec insistance un lot de terrain pour construction dans la commune. C’est finalement derrière le stade d’El Biar qu’il réussit à en avoir un à un prix dérisoire pour le moins que l’on puisse dire en comparaison avec les prix réels pratiqués sur le marché. Sans se soucier des frais, il fait appel à l’entrepreneur favori des généraux, un certain  »Ami Salah » qui a construit deux villas pour le général Mohamed Touati, deux autres pour le général Abdel Madjid Taghrirt, une autre pour le général Mohamed Lamari ( pour son Fils Mourad) et pour bien d’autres officiers supérieurs.

La villa la moins chère a coûté plus de 2,5 milliards de centimes. Celle de Zoubir a coûté près de trois milliards, une somme modique pour ce colonel businessman qui s’est fait construire deux autres villas à Oran, l’une aux noms des membres de sa famille, en plus des logements de fonction qu’il n’a jamais quitté. Cela fait bien de l’espace pour un seul colonel. Rien à voir avec la réalité algérienne, cet officier supérieur parmi tant d’autres vit dans le luxe et la luxure alors que la crise de logement bat son plein.
La mutation du frère wali n’est pas due au hasard, le budget de reconstruction de cette zone martyre aiguise les appétits des vautours du trafic de l’immobilier et du foncier, et les affaires des frères dans ce domaine ne sont pas en laisse. Déjà à M’sila, le Wali Miloud Tahri s’est bien servi et le montant du trafic de lots de terrain, logements d’habitation, locaux commerciaux et engins de transport lourds, est effarant. Pareillement Zoubir a fait de même à Alger avec l’ex. Gouverneur Chérif Rahmani et  »Salah » le fameux entrepreneur. Des terrains agricoles ont été détournés, reclassés constructibles, construits et revendus à des prix exorbitants. Même d’anciens cimetières chrétiens n’ont pas échappé à leur voracité et ont été vendus comme terrains constructibles.

Le lecteur peut se demander légitimement comment est ce que les chefs de Zoubir laissent faire ce subordonné ? En réalité pour eux ces petits trafics c’est du menu fretin. Ils laissent faire pour s’assurer du soutien d’officiers comme Zoubir. Ils peuvent cependant à tout moment le traduire en justice quand il devient gênant ou trop gourmand. Les généraux préfèrent laisser ces miettes aux officiers qui les secondent.
Les affaires des généraux se chiffrent en millions de dollars et les officiers de l’espèce de Zoubir évitent bien de toucher aux chasses gardées des grands.

Le cas du Colonel Zoubir, chef du CCD n’est qu’un exemple parmi des centaines d’autres qui usent leurs fonctions comme un tremplin vers la richesse et qui travaillent d’arrache-pied pour s’assurer une place au soleil. Zoubir sait que son poste lui permet de faire taire tous ceux qui osent parler de corruption, de détournements et de tout ce qui dérange les chefs. C’est de ce point précis qu’il tire sa force et son pouvoir.

Djillali Hadjadj, journaliste et médecin de formation, a longtemps travaillé au journal El Watan et s’est spécialisé au fil des ans dans les affaires de corruptions surtout depuis l’arrivée de Zeroual au pouvoir. Il a écrit un livre traitant aussi de l’étendue du fléau de la corruption dans notre société. Il était bien vu par les responsables des services depuis qu’il avait lancé une série d’articles sur l’empire du Général Betchine, bien plus il a même été félicité plus d’une fois par Zoubir pour son travail. Le vent a très vite tourné dès que ce même journaliste a commencé à s’intéresser de près à l’empire de Toufik et des autres généraux, une pluie d’insultes et de menaces de mort s’est abattue sur lui.

Suite au refus d’abandonner ses enquêtes, Zoubir met tout son poids et utilise tous ses contacts pour le faire renvoyer du journal en décembre 1999. Devant toutes ces exactions, le journaliste persiste en militant contre la corruption au sein de l’association qu’il a crée et a assisté dernièrement en Afrique du Sud au congrès contre la corruption.

Bien des journalistes honnêtes et sincères qui se sont investis dans ce métier noble où la vérité est reine, ont été cassés, poursuivis, martyrisés, assassinés ou dans le meilleur des cas, poussés à l’exil soit par Zoubir, Fawzi ou d’autres manipulateurs de l’ombre qui veulent étouffer à tout prix les voix qui se révoltent. Tant qu’il y aura des gros rats qui se déplacent dans la nuit, croquent l’Algérie à pleines dents et se remplissent le ventre, l’Algérie restera à genoux et son peuple boira l’élixir de l’humiliation que les rats mijotent.

En conclusion notre unique souhait est de pouvoir contribuer par la diffusion de ce dossier à la levée des restrictions qui pèsent sur la liberté de la presse. Que les monstres qui guettent l’Algérie soient bannis à jamais ! Que Zineb et les autres inquisiteurs disparaissent du monde de la presse, car ils ne valent pas mieux que les terroristes islamistes qu’ils combattent.

Notre promesse à tous ceux qui ont donné leurs vies pour la vérité et de continuer à démasquer et à combattre tous les faux démocrates qui se vendent à Rabrab et ses acolytes. Tous les prêcheurs de mensonges qui assassinent l’espoir des plus démunis. Tous les Toufik et Smain qui étouffent les voix de la vérité et souillent de leurs empreintes indélébiles les pages de l’histoire.

Hommages aux journalistes qui ont été la proie de la folie humaine et des renégats aux milles visages. Des noms qui sont tombés l’un après l’autre avec bravoure et dignité. Leur mémoire restera le phare de tous ceux qui disent NON haut et fort aux démons du mensonge.

En cette occasion nous rendons un grand hommage à lutte de Taoufik Ben Brick qui balise le chemin de la vérité avec honneur et courage.

Peuple algérien, personne ne sait de quoi sera fait demain tant que ta volonté reste souveraine et ton désir suprême.

Gloire à nos martyrs et vive l’Algérie

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Torture en Algérie : La machine de mort (9)

Posté par algeriedemocratie le 8 juillet 2009

Algérie : La machine de mort

Rapport établi par Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-Watch, octobre 2003

Annexe 3: Témoignages

A   B  CD  FG   HI   K   L   M   OR   S   T   XYZ

O R

Ouandjela Abderrahmane
Ouarti Mohamed
Frères Rahmani M’Hand, Mohamed, Ramdane et Samir
Rahouma Abdeslam
Raït Slimane
Ramdani Rédha
Rebaï Mohamed
Redjimi Boualem

Ouandjela Abderrahmane, 1994

Recruté au sein de la sûreté nationale au mois de septembre 1987, après un stage un stage à l’école supérieure de police et à l’institut national des finances de Koléa, je fus nommé officier de police, vérificateur-comptable.
Je fus dans un premier temps affecté à la sûreté de wilaya de Blida puis à l’école supérieure de police comme économe. Au mois d’avril 1993, je fus muté à la sûreté de Daïra d’El-Affroun et plus précisément à la section judiciaire, sous la responsabilité de M. Daci Nacereddine qui deviendra chef de la sûreté de Daïra.

En mars 1994, M. Daci, alors commissaire m’ordonna de réaliser des arrestations au niveau de la population d’El-Affroun avec mes collègues et d’organiser des embuscades, chose que j’ai refusée catégoriquement, ne pouvant arrêter arbitrairement de jeunes citoyens et encore moins tuer des gens. J’ai alors demandé mon congé annuel que j’ai obtenu le 6 avril 1994. Je suis parti au Maroc, à Casablanca plus précisément où je me suis rapproché du bureau du Haut Commissariat aux Réfugiés, là, j’ai déposé un dossier pour obtenir le statut de réfugié politique. Malheureusement, quelque temps après, je fus interpellé par la police marocaine à Rabat et on m’a prié de quitter immédiatement le Maroc, m’expliquant que du fait de ma fonction de policier mon dossier de réfugié fut rejeté par le H.C.R.

Je suis retourné au pays et j’ai repris mon travail à l’expiration de mon congé. Après 15 jours d’exercice, je décidais de remettre mon arme et ma carte professionnelle en refusant de travailler au sein de la sûreté nationale. Le commissaire m’a entendu sur P.V. et j’ai quitté le siège de la sûreté de Daïra. Je suis allé chez ma mère à Tlemcen durant quelque temps puis je revins à ma ville El-Affroun où je fus convoqué au commissariat où on me notifia mon licenciement et ce, en juillet 1994. Vers le 20 du même mois alors que je me préparais à vendre ma maison pour aller chez ma mère à Tlemcen et y vivre paisiblement, des ex-collègues de la sûreté de Daïra m’arrêtèrent à mon domicile, vers 13 heures.

Après un interrogatoire, je fus fouetté à l’aide d’un fil électrique sur diverses parties du corps et notamment sur le dos. On me jeta alors dans une cellule, ligoté durant 48 heures, sans manger ni boire.

Après cela, des éléments de la brigade de répression et du banditisme (BRB) de Blida, sont arrivés et m’ont jeté dans la malle. Je fus transféré sur Blida.
Je fus emmené immédiatement, menottes aux poings dans une salle située au 1er étage de la police judiciaire. Le commissaire, nommé Tigha Mohamed, ordonna à ses hommes de me faire subir l’épreuve du chiffon. Ils me placèrent un chiffon sur le visage et versèrent de l’eau dans ma bouche après l’obstruction de mon nez. Je ne pouvais pas bouger, étant ligoté des mains et des pieds. Quand mon ventre se remplit d’eau au point de vouloir éclater, deux agents et le commissaire se mirent à appuyer dessus avec leurs pieds. J’étais totalement asphyxié par le reflux d’eau venant de l’estomac puis je m’évanouis. À mon réveil, j’étais complètement nu et trempé, assis face au commissaire. Ils m’ont suggéré de tout « avouer » mais je répondis : « au sujet de quoi ? ». Ils me citèrent de nombreux noms et affaires dont j’ignorais tout.

On me ramena, devant mon étonnement, à la salle de torture. Mes poignets saignaient du fait de la traction sur les menottes. Du sang coulait de mes jambes. Malgré mon état, les policiers et ex-collègues répétèrent le même supplice du chiffon. Je voyais la mort devant moi. L’un des agents m’assena un violent coup de poing aux parties génitales. Je m’évanouis de douleurs, c’était atroce. Ils me crachaient sur le visage et me déversaient un flot d’insultes et d’insanités de voyous. Un autre coup de pied à la bouche me fit tomber deux dents du maxillaire supérieur.
Après 12 jours de supplices à Blida je fus transféré à l’Ecole de Châteauneuf où j’ai connu à nouveau la torture avec l’électricité.
Mon seul crime était d’avoir quitté la police. Tout un scénario fut monté contre moi et ils m’ont obligé de signer le P.V., les yeux bandés, sans prendre connaissance de son contenu et sous la menace d’être « exécuté sur le champ ». Je fus présenté devant le juge de la cour spéciale d’Alger le 16 août 1994 et incarcéré à la prison d’El-Harrach.

Prison d’El-Harrach, le 2 septembre 1994
M. Ouandjela Abderrahmane
Ex-officier de police


Ouarti Mohamed, 1993

C’était le 11 avril 1993. Je bricolais dans notre camion, par un après-midi de printemps ensoleillé. Subitement, des véhicules de gendarmerie surgirent et encerclèrent les lieux. Deux gendarmes, doigt sur la gâchette, s’approchèrent de moi, menaçants, pour vérifier mon identité. L’un d’eux me donna brutalement un coup violent avec la crosse de son arme sur la tête, me faisant tomber à terre. Puis ils me mirent les menottes. D’autres gendarmes perquisitionnaient la maison de mes parents, à la « recherche d’armes ».

On m’embarqua alors à la brigade de gendarmerie de Bab Ezzouar et je fus immédiatement introduit dans une grande salle où m’attendait un groupe de gendarmes, sans cagoules. Cette salle était sombre et il y avait tout un matériel posé sur des tables et accroché aux murs. On se croirait dans un atelier de mécanicien.
La question qui m’était posée avec insistance était : « Qui a tué Karima Belhadj ? » Cette dernière (que Dieu ait son âme) a été tuée quelques jours auparavant par des inconnus aux Eucalyptus.

Ce supplice dura deux jours sans interruption. On utilisa la technique du chiffon avec de l’eau sale des W.C. On utilisa également un appareil qui ressemblait à un poste transistor relié à des fiches qu’on m’a placées sur les lobes d’oreilles et sur le sexe. J’étais au préalable immobilisé sur un banc et ficelé par du fil d’acier.
Sous cette contrainte infernale, « j’avouais » tout. Je leur disais que j’étais l’auteur non seulement de l’assassinat de Karima Belhadj mais aussi de cinq policiers et ce, pour que le supplice cesse.

Au troisième jour, après mes « aveux » on me mit dans une autre salle, où il y avait une longue table rectangulaire, aux murs propres non tachés de sang comme la première. Un gendarme m’arrangea mes habits et boutonna ma chemise. Un capitaine, long et maigre, chauve, ayant un accent de l’Est algérien me présenta une feuille écrite en arabe et me demanda de lire chaque paragraphe après chaque question et à haute voix. J’exécutais sans broncher de peur que le supplice reprenne. Il se mit à me poser des questions et je répondais en lisant ce qui était écrit sur les feuilles. Un autre officier me filmait avec une caméra. Les réponses écrites reprenaient mes « aveux » extorqués sous la torture durant deux jours. et allant dans le sens des voeux de l’officier. Il ajouta sur la feuille, en plus des « aveux », que j’avais également participé au hold-up de la poste, de la société algérienne des assurances et du bureau des impôts des Eucalyptus (?!!).

Je lisais machinalement tout ce qui était écrit, alors qu’un capitaine continuait à me filmer. Tout un scénario avait été préparé par les services de sécurité, et dont j’étais le « héros » malgré moi. Il y avait un jeune citoyen qui ne devait pas avoir plus de 16 ans à côté de moi et que je ne connaissais pas, qui tremblait constamment et pleurait sans arrêt. À lui aussi on imposa un scénario préfabriqué de toutes pièces. Il « avoua » avoir fait le gué à l’arrivée de la victime et que des « terroristes » lui aurait donné 300 dinars (?!). Des histoires à dormir debout. Ces gens étaient près à tout faire. À ce moment, je compris le drame de l’Algérie !

J’ai su, bien après, que j’avais fait des « aveux » télévisés au journal de 20 heures où je reconnaissais avoir participé à l’assassinat de Karima Belhadj, de cinq policiers et d’ avoir dévalisé la poste, les assurances et les impôts des Eucalyptus ! Rien que cela !
Au cinquième jour, des parachutistes sont venus m’emmener de Bab Ezzouar, les yeux bandés vers un lieu de détention inconnu.

Chez eux également, des méthodes sauvages et bestiales furent utilisées comme moyens de torture. En plus de la classique technique du chiffon, on m’appliqua sur mon thorax et mon dos, un fer à souder. Je hurlais de douleurs. J’avais tout le thorax et le dos qui brûlaient. On me mit à plat ventre, en me ceinturant et en m’attachant, et on appliqua le fer à souder sur mon anus. Je sautais malgré les solides attaches. Je sentais des craquements au niveau des os. C’était horrible et atroce. Je les suppliais d’arrêter, leur promettant de dire tout ce que je savais. Je donnais les noms de tous mes parents, mes amis et voisins…
Ces brûlures me faisaient atrocement mal, je ne pouvais plus marcher ni faire mes besoins naturels.

Puis on m’enferma dans une chambre froide, une sorte de congélateur, comme ce que l’on voit chez les bouchers. Je suis resté à l’intérieur, tout nu, la porte verrouillée, pendant près d’une demi-heure environ, je n’avais plus en réalité de notion de temps.

Devant ces supplices, j’étais obligé de dénoncer arbitrairement un voisin qui n’était pas concerné, que Dieu me pardonne. Je leur avais dit que son domicile servait de cache aux « terroristes ». Les parachutistes attaquèrent le domicile de ce malheureux voisin avec des grenades lacrymogènes et terrorisèrent toute sa famille. Ils ne trouvèrent finalement rien chez lui.
J’ai séjourné quinze jours chez les parachutistes. Je n’ai jamais pu localiser le lieu. J’étais isolé 24 heures sur 24, et enchaîné. Seul un morceau de pain rassis m’était jeté de temps à autre.
Puis je fus transféré un bon matin vers Châteauneuf. La torture commença dès mon arrivée. Après les coups de pieds et de poings… d’accueil, je fus jeté dans un W.C. étroit et attaché par une menotte à mon poignet droit sur une barre métallique située au plafond. Je suis resté accroché par la menotte pendant 12 jours, sans boire ni manger. Je faisais mes besoins sur moi, car je ne pouvais pas bouger, « pendu » ainsi par mon poignet. C’était atroce, indescriptible. Je sentais au début des fourmillements et des douleurs terribles à ma main droite comprimée par la menotte. Au bout de quelques heures je voyais ma main gonfler et devenir cyanosée. Puis, au bout de quelque temps je ne la sentais plus, elle était engourdie. Ce supplice de la traction par la menotte dura douze (12) jours. Au septième jour, je commençais à m’évanouir de plus en plus souvent du fait de l’absence d’alimentation.

J’étais comme un fou, j’essayais de crier mais en vain, je n’avais plus de force. Des gouttelettes de sang et de pus coulaient de mon poignet strangulé par la menotte accrochée au plafond.
Au douzième jour, on se rappela de moi et on vint me détacher. Je ne sentais plus ma main qui était totalement engourdie et paralysée, bleuâtre. Les doigts, rétractés, ne pouvaient plus s’étendre.
Pendant trois jours on m’appliqua à nouveau la technique du chiffon et des flagellations avec un fil d’acier.

Je fus à nouveau transféré vers un lieu inconnu, les yeux bandés. Je devinais seulement qu’il s’agissait d’un commissariat. Il m’était impossible de situer le lieu. J’ai séjourné trois jours puis à nouveau je fus transféré, les yeux toujours bandés, vers un autre lieu. C’était selon les dires d’un gardien des lieux, et qui avait un peu de miséricorde dans son coeur, une caserne de la Sécurité Militaire. Je tiens à exprimer ma reconnaissance à ce gardien inconnu qui, voyant mon état de délabrement, m’a pris en sympathie et m’a réconforté moralement.
Je suis resté près de deux mois chez eux. Je mangeais correctement. On me donnait même du café, le matin, dans une pièce où il y avait un lit.

Une seule fois, j’ai été mis en présence d’un officier qui était très respectueux, qui s’enquerra de mon état de santé et qui m’interrogea non pas sur les accusations auxquelles je m’attendais mais sur les techniques de torture que j’avais subies. J’étais étonné de cette gentillesse et de cet égard. S’agissait-il d’une action psychologique ou était-il sincère ? Dieu seul le sait.
Il faut reconnaître que durant les deux mois passés dans ce dernier lieu secret qui paraîtrait être le siège de la Sécurité Militaire selon le geôlier, à aucun moment je ne fus brutalisé ni encore moins torturé. Dieu en est témoin.

Je fus ensuite et à nouveau transféré à Châteauneuf où, cette fois-ci on me mit avec d’autres détenus et ce, pendant trois mois.
Le 11 décembre, je fus emmené, dans un véhicule et jeté dans une forêt aux environs de Ben-Aknoun où je fus lâché dans la nature vers 15 heures. Je ne savais plus où j’étais, totalement désorienté.
À aucun moment, je ne fus présenté à un juge. Du mois d’avril au mois de décembre, je vadrouillais d’une brigade de gendarmerie à une caserne de parachutistes, sans oublier la sinistre école de Châteauneuf, le local de la sécurité militaire et le commissariat.
Pourquoi ne pas me traduire en justice alors que j’avais « avoué » devant le peuple à travers la télévision avoir participé à l’assassinat de Karima Belhadj, de cinq policiers, et avoir dévalisé trois institutions ?

On préféra m’handicaper pour le restant de mes jours avec une main droite totalement paralysée.
A ma libération des médecins m’ont dit que j’avais un syndrome de Volkman sévère avec paralysie médio-cubitale. Je dois subir une intervention chirurgicale mais le chirurgien reste sceptique quant à la récupération fonctionnelle.

Témoignage recueilli le 10 janvier à l’hôpital El-Harrach
Ouarti Mohamed


Frères Rahmani M’Hand, Mohamed, Ramdane et Samir, 1993

Nous, frères Rahmani, M’hand, marié, 4 enfants, mécanicien de profession ; Mohamed, employé, marié, 2 enfants ; Samir, célibataire, étudiant en technologie, et Ramdane, célibataire, avons été arrêtés à notre domicile à Kouba, le 7 novembre 1993 à 1 heure du matin par les « nindjas ». Après avoir défoncé la porte, ils ont occupé la maison, fouillant partout, mettant les affaires sens dessus dessous. M’hand a été frappé et brutalisé. L’un des « nindjas » lui a mis la baïonnette de sa kalachnikov sur le cou et lui a dit : « où est la mitrailleuse » (???). Il a répondu qu’il n’avait rien. On le fouilla et on retira de ses habits qu’il avait mis à la hâte 4 500 dinars qu’ils ne lui ont plus restitués. Il dit au policier qui lui prit l’argent qu’il n’avait pas laissé un sou à la maison, il reçut comme réponse un coup de poing à la figure. On nous fouilla à notre tour et on nous jeta à plat ventre dans un fourgon de type Peugeot J5. On resta dans cette position durant tout le trajet, sous les insultes, les grossièretés et les blasphèmes des « nindjas ». On nous emmena à la sinistre école supérieure de police de Châteauneuf (El Biar) et on nous jeta dans des cachots. Au quatrième jour commença le supplice de la torture.

Témoignage de Rahmani M’hand :
J’ai été bastonné, puis je subis l’épreuve du chiffon. Des coups pleuvaient de toutes parts, certains me brûlaient avec des cigarettes. On m’appliqua un appareil électrique qui envoyait des décharges sur tout le corps. Les fils étaient posés sur les parties sensibles et cela à plusieurs reprises, si bien qu’aujourd’hui, après plus de 2 mois, je constate que j’ai un handicap sexuel (pas d’érection).

Au cours de l’interrogatoire, ils m’ont parlé de personnes que je ne connaissais pas. Ils m’ont accusé de les avoir hébergées, j’ai reconnu les faits, étant arrivé au bout de mes forces, sous l’emprise de la torture horrible.
Je « reconnaissais » également avoir remis un fusil-mitrailleur à Aït Bellouk. Ils voulaient par tous les moyens entendre cela. J’ai fini par leur « avouer » ce qu’ils voulaient. Je ne pouvais plus tenir. J’étais dans un état second sous l’effet de la torture.

On me dressa un procès-verbal que j’ai signé sous la menace et les yeux bandés. Malgré mes « aveux » et la signature du P.V. « reconnaissant » les faits, on me tortura à nouveau. Ils voulaient que je reconnaisse être en possession d’un lance-roquette RPG afin de réaliser un attentat aux Anassers (??). Après plusieurs heures de tortures, on me jeta dans ma cellule.
Nous avons été gardés un mois, ensuite nous fûmes transférés au commissariat central où nous sommes également restés près d’un mois, pour être ensuite présentés devant le juge d’instruction le 10 janvier 1994.

Mes trois frères n’ont pas été inquiétés durant la garde à vue.
Je précise qu’au commissariat central j’ai signé un autre PV dont j’ignore le contenu. La garde à vue a duré 65 jours.



Rahouma Abdeslam, 1995

Né le 18 mai 1971, commerçant, demeurant rue Debbih Chérif, Alger.
Le 31 juillet 1995, à 4 heures du matin, suite à une opération de ratissage dans la Casbah, des militaires se sont présentés à mon domicile. Après avoir vérifié mon identité, ils m’ont demandé de les suivre. Ils m’ont mis un sac sur la tête et le visage pour ne pas reconnaître le lieu de destination. Puis ils revinrent à la maison et arrêtèrent mon frère Rahouma Abdelali né le 18 septembre 1974. On lui banda les yeux.

Ils nous ont embarqués dans un fourgon de type J5. Après une quinzaine de minutes, ils nous firent descendre dans un lieu que nous n’avons pas pu localiser en raison du bandage des yeux et du sac mis sur mon visage. Quelqu’un m’a alors enfermé dans une cellule en me disant qu’il allait revenir pour m’ôter le sac sur le visage. Effectivement, quelques minutes plus tard, il revint et m’enleva le sac. Il portait une tenue noire et était cagoulé. Il me donna un violent coup de poing en me demandant mon nom et celui de mes parents puis s’en alla en refermant la porte de la cellule.

À 8 heures du matin, se présentèrent deux individus cagoulés devant ma cellule qui me donnèrent des coups de pieds puis me mirent une cagoule. Ils m’emmenèrent dans une grande salle où se trouvaient un bureau métallique et des hommes en tenue noire et cagoulés. Un individu assis derrière le bureau me demanda mon nom, mon adresse et ma profession. Il m’interrogea sur les gens que je connaissais à la mosquée. Après un moment de silence, les hommes cagoulés autour de moi se mirent à me tabasser à coups de poings et coups de pieds de manière sauvage. Je fus à nouveau enfermé dans ma cellule. Quinze minutes plus tard, ils me transférèrent vers une autre cellule peinte en noir et dont les murs étaient tachés de sang. Il y avait une chaise en bois et tout autour quatorze individus en tenue noire et cagoulés. Certains avaient de gros bâtons en bois. L’un d’eux me jeta à terre et les autres se mirent à me bastonner sans répit et avec toutes leurs forces et ce, durant près de trente minutes. L’un des bâtons se cassa sur mon dos. Ils essayèrent de me relever mais je retombais lourdement, ne pouvant me tenir debout. « Allons poursuivons notre travail » dit l’un de mes tortionnaires. « Non, répondit l’autre, emmenez-le dans sa cellule, nous continuerons le travail dans quelques instants mais avec d’autres techniques. »

Quinze minutes environ après, deux de mes tortionnaires vinrent à nouveau me chercher dans ma cellule pour m’emmener dans une autre salle. Ils me mirent les menottes et m’allongèrent sur une table en ciment. Ils placèrent des menottes à mes chevilles et m’attachèrent ensuite avec un câble, au niveau des jambes, des cuisses et du tronc. L’un des tortionnaires m’arrosa avec un tuyau d’eau puis m’introduisit ce tuyau dans la bouche en me demandant de boire l’eau. Un autre se mit à me tabasser avec son gros bâton en bois puis m’écrasa ma poitrine et mon ventre avec son pied pour que je rejette l’eau ingurgitée de force. J’étouffais. Je vomissais l’eau.
Puis vint la séance d’électricité. Ils me placèrent des pinces sur les lobes d’oreilles et mirent en marche l’appareil électrique.

Aux environs de 12 heures ils m’enfermèrent à nouveau dans ma cellule.
À 13 heures, deux individus entrèrent dans la cellule et me frappèrent à coups de poings et de pieds.
Ces tortures auront duré sept jours.

Le 7 septembre 1995, soit après 37 jours de séquestration, l’un des tortionnaires me demanda de sortir de ma cellule. Au moment où je sortais, il me frappa violemment au visage. Il m’emmena à la sortie du lieu où j’étais séquestré. Il était 22 heures. Devant le portail de sortie, j’ai trouvé une dizaine d’hommes en tenue noire et portant des lunettes noires en pleine nuit. L’un d’eux s’approcha de moi et me demanda ma filiation avec tous les détails. Il demanda à un autre de me ramener à la cellule et de me chercher des habits et des souliers. Il m’emmena alors dans une grande salle où se trouvaient des vêtements et des souliers. Il s’agissait de vêtements de citoyens qui étaient passés par ce lieu de séquestration et de torture. Après avoir mis des habits, il m’emmena dans la cour où m’attendaient deux voitures banalisées de type Mazda 626 et Golf. Ils attachèrent mes poignets avec un câble et me jetèrent à l’arrière de la voiture pour prendre une direction inconnue. Nous sommes passés près du Palais du gouvernement, puis la voiture prit la direction de Soustara. Ils m’enlevèrent mes attaches aux poignets et me demandèrent de partir sans me retourner, sinon ils allaient m’exécuter. Je descendis la ruelle et j’ai entendu au loin des coups de feu. Ainsi j’ai échappé à la mort. Mais je ne connais à ce jour le sort de mon frère Abdelali, arrêté en même temps que moi et porté disparu.

Janvier 2003



Raït Slimane, 1992

Je, soussigné, dénonce les pratiques scandaleuses de ceux qui oppriment les enfants libres de l’Algérie sous couvert de la loi et au nom de la défense des libertés, des droits et de la sécurité des citoyens. Je m’adresse à tous ceux qui vivent sur cette noble terre d’Algérie pour défendre les droits des citoyens à la liberté et à la dignité.
Moi, Rait Slimane, né en 1963, profession maçon, je menais avec mon épouse et mes trois enfants une vie paisible, jusqu’à la nuit du 18 février 1992.
Cette nuit-là nous avons découvert ma famille et moi le visage sombre de l’Algérie. En effet, les forces d’intervention de la gendarmerie ont investi sauvagement mon domicile, ils étaient plus de soixante. Ils ont semé la terreur parmi mes enfants et mon épouse, et m’ont frappé sous leurs yeux.

Après m’avoir immobilisé contre un mur, ils ont éventré et renversé tout sur leur passage, ils ont démoli l’armoire et cassé la vaisselle et se sont accaparés de sommes d’argent et de mes outils de travail, ainsi que quelques biens immobiliers.
Ils m’ont ensuite conduit au Centre de gendarmerie de Bab Ezzouar où commencèrent les pratiques bestiales envers moi et envers d’autres personnes qui s’y trouvaient.
Ils m’ont mis ensuite dans une cave spécialement aménagée pour la pratique de la torture. Il y régnait une température glaciale, je tremblais de froid et de peur.
Ils m’ont complètement dénudé, j’étais humilié et j’avais honte, je ne trouvais rien pour cacher ma nudité, de plus mon corps était glacé.

Je fus pendu par les mains à l’aide de menottes accrochées à une barre de fer horizontale.
Ils ont enroulé autour de mon corps un câble électrique en serrant très fort au point d’avoir cru que j’allais être dépecé.
Ces hommes de loi se sont ensuite acharnés à me brûler la barbe après avoir tenté de me l’arracher avec leurs « propres » mains.
Ils m’ont ensuite mis sur le visage un chiffon préalablement plongé dans de l’eau d’égoûts pendant une longue durée de manière à m’obliger à boire de cette eau et respirer l’odeur nauséabonde.
L’opération dura toute la nuit jusqu’à ce que je perde connaissance.
Ils se mirent ensuite à me battre à coups de bâtons sur tout le corps : visage, poitrine, ventre, cuisses, parties génitales, fesses…
Les agents tortionnaires se relayaient l’un après l’autre et je porte encore les traces des coups et des menottes.

À l’issue de la torture ils m’ont donné une veste et un slip et m’ont jeté dans une cellule contenant déjà douze personnes sans paillasse, ni couverture, ni eau.
On nous a même privés d’aller aux toilettes, ce qui obligea certains de faire leurs besoins devant tout le monde, dans la cellule.
J’ai passé dans cet endroit vingt-deux jours dans cet état et dans ces conditions.
Durant cette période ils nous ont préparé un PV d’inculpation et nous ont obligés à le signer.
Arrivés au tribunal militaire nous fûmes obligés, sous la menace de tortures, de ne pas changer les propos du PV.

Il reste à préciser que les gendarmes du groupement de Bab Ezzouar ont pratiqué la torture au vu et au su de leurs officiers, certains y ont même assisté.
Mais compte tenu des pratiques barbares déjà citées bon nombre de personnes torturées n’osent pas témoigner par peur de représailles sur leurs personnes ou sur des proches parents.

Rait Slimane
Lundi 22 mars 1992



Ramdani Rédha, 1993

Bachdjarah. 31 août 1993. J’étais chez moi avec mon ami Smaïl Kadi, quand ma mère rentra de Boufarik. Un quart d’heure après son retour, notre maison fut encerclée par des gendarmes et des policiers qui se mirent à frapper violemment à la porte. Au moment où j’allais ouvrir, je fus surpris par la présence de gendarmes devant moi. Ils avaient défoncé la porte. Ma mère me suivit et nous nous retrouvâmes entourés par des gens armés qui nous braquèrent le canon de leurs armes sur nos tempes. Ils m’ordonnèrent de me mettre à plat ventre, chose que je n’ai pas acceptée. On me sortit brutalement dehors en m’insultant et en me demandant si j’hébergeais un blessé à la maison. Je répondis qu’il n’y avait pas de blessé chez moi. Quand ils me jetèrent violemment sur le sol ils me demandèrent à nouveau qui était la personne cachée chez moi. Je répondis qu’il s’agissait d’un ami. « Est-il armé ? » me demanda l’un d’eux ? Non ! Répondis-je. Furieux, ils menacèrent de me tuer sur le champ. Leur chef ordonna à un gendarme de tirer sur moi s’il entendait des coups de feu.

Mon ami sortit pour éviter le pire, craignant le dynamitage de la maison. Ils nous jetèrent ma mère, mon ami et moi dans un fourgon type Peugeot J5, les poings liés.
On me demanda où se trouvait mon frère Samir ? Je leur répondis qu’il était au marché de Boudouaou. Ils jetèrent ma mère et mon ami dans des cellules du commissariat, et m’embarquèrent à la recherche de mon frère au marché. Il n’était pas au marché, et les policiers, furieux, me frappèrent de toutes leurs forces et me traitant de tous les noms. Alors que nous étions au marché à la recherche de Samir, ma mère fut agressée et bastonnée malgré son âge et les interventions chirurgicales qu’elle venait de subir. À notre retour je fus conduit dans une salle de torture. On m’ordonna de m’asseoir, on lia mes pieds à mes poings par-derrière et on passa un gros bâton pour me suspendre ainsi. Des coups pleuvaient de tous les côtés, tout en me demandant qui avait ramené mon ami Smaïl à la maison ? Je leur répondis qu’il était venu seul, comme d’habitude pour me tenir compagnie et discuter. On me plaça un morceau de chiffon mouillé sur le visage. Je n’arrivais plus à respirer et on commença à me verser de l’eau sale dans la bouche. On menaça de me tuer si je persistais à ne pas répondre « correctement » à leurs questions. Devant les affres et les souffrances de la torture que je subissais, je finis par leur « avouer » que c’était mon frère Samir qui avait ramené mon ami Smaïl. On m’interrogea ensuite sur des « terroristes » que je « connaîtrais ». Devant mes réponses négatives, je reçus une floppée de coups. On me menaça de me sodomiser si je continuais à nier les faits. L’un d’eux commença à toucher mon postérieur et l’autre voulut m’introduire un manche à balai dans l’anus. Le soir on me conduisit à mon quartier, Bachdjarah, pour leur montrer le domicile de Mohamed, un ami que j’avais dénoncé sous la torture, sans qu’il n’ait rien fait. Mohamed était absent de son domicile.

Les policiers se mirent alors à me rouer de coups. Je suis resté 16 jours au commissariat du quartier puis nous fûmes transférés, ma mère, mon ami et moi au commissariat central d’Alger. Là, nous sommes restés cinq jours sous les insultes et les menaces permanentes des policiers avant d’être incarcérés à la prison d’El-Harrach le 21 septembre 1993.

Ramdani Rédha et sa mère Boudjema Malika
Prison d’El-Harrach, octobre 1993



Rebaï Mohamed, 1995

Officier de police, in Lettre ouverte de M. Rebai à propos de l’affaire « Taiwan » au président de la République. 2000

Le 2 janvier 1995 vers onze heures et demi environ, et alors que je me trouvais dans mon bureau à la sûreté de Daïra de Bab-El-Oued, j’ai été convoqué par le chef de sûreté de Daïra, le colonel de police Alouani qui m’a demandé de rejoindre monsieur Tifaoui Smail, président du Conseil Populaire de la Ville d’Alger, afin que ce dernier me désigne des agents peintres pour restaurer le siège de la sûreté de Daïra.

Après avoir déjeuné et à 13 h 30 je me suis dirigé, seul, à bord d’un véhicule de service au bureau de monsieur Tifaoui Smail que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer à deux reprises, au début de l’affaire Guendouzi Toufiq comme je l’ai écrit ci-dessus. Après quelques minutes seulement de mon arrivée à son bureau pénétra le colonel de police Bensaid Mohamed, chef de la section de police judiciaire au Service Central de répression du banditisme, accompagné de deux de ses éléments. J’avais déjà travaillé sous ses ordres lorsqu’il était chef du service de police judiciaire de la Wilaya à la sûreté de la Wilaya d’Alger.

Après échange des salutations d’usage, le colonel me demanda de l’accompagner au siège de son service de Châteauneuf pour, selon ses dires, l’aider à identifier un logement dont l’adresse, donnée par un terroriste détenu au service, se trouve aux environs de la Casbah. Je n’y voyais aucun inconvénient, étant un agent de sécurité dont le devoir est d’apporter sa contribution dans ces circonstances, d’autant plus qu’étant originaire de la Casbah, j’en connaissais les ruelles. J’avais d’ailleurs déjà aidé ce service à localiser des adresses communiquées par des personnes arrêtées pour terrorisme.

J’ai donc accompagné ce responsable à son bureau pour me retrouver entouré de plus de dix de ses éléments. Il me demanda de lui remettre mon arme, ce que je fis. Il me demanda ensuite de lui remettre mon portefeuille. Je m’exécutais. Il me dit alors : « Mes éléments veulent te questionner sur un sujet précis. » Puis il quitta la pièce.

Immédiatement après, les enquêteurs me posèrent cette question : « Ecoutes Rebai ! Quelle est ta relation avec le terrorisme ? » J’ai réagi en souriant, pour répondre : « Votre question me surprend, d’autant plus que plusieurs d’entre vous me connaissent très bien pour avoir participé avec la majorité d’entre vous à différentes opérations de lutte contre le terrorisme. » Ils me demandèrent alors de les accompagner au sous-sol dans lequel étaient situées les cellules et les salles de torture.

Là, je dus me déshabiller sur leur ordre ; ils me ligotèrent les mains derrière le dos et m’étalèrent sur un banc en ciment. Puis commença une série sophistiquée de torture.
En réalité, ce que j’ai subi comme torture, coups, insultes, diffamations et atteintes à ma dignité et à mon honneur n’est pas aussi important pour moi. Ce qui m’a gêné et consterné dans cette histoire c’est le fait que tous les tortionnaires qui ont exercé leurs violences sur ma personne à tour de rôle est que leur unique question et argument fut que l’officier de police Touadi Hachemi, le chef de brigade de la police des frontières du port d’Alger, aurait « tout reconnu » et que je devais avouer à mon tour de tous les faits. Je répondais que je ne comprenais absolument pas ce qu’ils voulaient dire par là, et pourquoi ne pas me confronter à cet officier sur les faits qui lui seraient reprochés.

Tout au long des cinquante-six jours de garde à vue, passés dans les cellules de la Brigade de Répression du Banditisme de Châteauneuf, sous la violence de toutes les formes de la torture que les tortionnaires s’ingéniaient à découvrir, puisque j’ai subi des fractures du bras et de quelques côtes — en plus de nombreuses déchirures musculaires de la poitrine et du dos — je fus à chaque fois délaissé dans la cellule sans soins. On s’imagine dans ces conditions que je ne pouvais me préoccuper de mon hygiène ou de mon alimentation surtout que les responsables du service ont donné l’ordre aux gardiens de s’abstenir de m’aider en quoi que ce soit, ni même de me parler.

Dans la nuit du 25 février 1995, et aux environs de dix heures du soir (22 heures), un enquêteur s’est présenté dans ma cellule, porteur d’un procès-verbal d’audition rédigé en mon nom, pour me demander ma signature sur le document. J’avais refusé de signer après avoir lu son contenu puisqu’il comportait des déclarations qui m’étaient attribuées d’autorité. J’avais alors dit à cet enquêteur : je préfère mourir que de reconnaître des faits que vous m’attribuez, surtout après tout ce que j’ai réalisé comme travail pour l’appareil de la sûreté nationale. L’enquêteur quitta la cellule en emportant son procès-verbal.

Le lundi 26 février 1995, soit cinquante-six jours passés dans les cellules du service central de répression du banditisme (SCRB) de Châteauneuf, je fus présenté à justice. La question se pose de savoir pourquoi avoir violé l’article 22 du décret législatif numéro 92-03 du 30 septembre 1992, relatif à la lutte contre la subversion et le terrorisme, applicable à l’époque ? Ce texte prévoit textuellement qu’il est possible de prolonger la garde à vue prévue à l’article 65 du code de procédure pénale sans toutefois que la durée totale ne puisse excéder douze jours. Or, cette durée fut dans mon cas de cinquante-six jours sans parler de l’attention toute « spéciale » dont je fus l’objet.


Redjimi Boualem, 1996

Il a été arrêté le 10 juin 1996 et détenu à Châteauneuf du 10 au 23 juin 1996, date de sa présentation au Parquet d’El-Harrach, à la 3e chambre d’instruction. Il a été incarcéré à la prison d’El-Harrach, écrou n° 82268. Il a été jugé le 6 mai 1997 et condamné à une année de prison avec sursis. Boualem a déclaré à son avocat, Me Khelili, qu’il avait été soumis à un traitement odieux et barbare durant sa détention dans les locaux de la police : torture au chiffon imbibé d’eau sale mélangée à du crésyl, électricité, menaces d’attentat à la pudeur ; ces mauvais traitements ont duré trois jours sans discontinuité.

 


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MESSAGE DE ALI BELHADJ SUITE AUX ATTENTATS

Posté par algeriedemocratie le 30 juin 2009

TRADUCTION
DU MESSAGE DE ALI BELHADJ
VICE-PRESIDENT
DU FIS ALGERIEN
SUITE AUX ATTENTATS
DU 11 AVRIL 2007 A ALGER

 QUELQUES MOTSCe texte, daté du 19 avril 2007, a été transmis par Yasser As-Sirri (Al-Sirri), alias Abou Ammar, fondateur de  » Al Marsad Al-Ilami Al-Islami « , une organisation qui se présente comme le défenseur des droits des musulmans arrêtés dans le monde. Il vit en exil à Londres. En 2004, il avait été arrêté en raison de la lettre de couverture fournie à de faux journalistes arabes pour assassiner Ahmad Shah Massoud en Afghanistan.

Ali Belhadj parle ici sur un ton plus serein que celui qu’on lui connaissait au début des années 90. On remarque néanmoins sa tendance excessive à attribuer la responsabilité des attentats et des assassinats au pouvoir en raison de la violence de sa gouvernance. Il parle de terrorisme d’État et oublie le terrorisme des organisations islamistes. Par contre, il n’attribue pas les attentats du 11 avril à l’armée ou aux services secrets algériens comme c’était devenu une habitude de la part des islamistes.

On voit en Algérie deux fronts, tout aussi impitoyables l’un que l’autre, se faire face : le pouvoir, avec au coeur de son dispositif l’armée et les services, d’un côté. Les organisations islamistes et leur fer de lance, les terroristes, de l’autre. A cela, il faut ajouter les manipulations des uns et des autres, et surtout des services sur le terrain, pour travestir la vérité à leur avantage.

(Les passages soulignés en gras le sont dans la version en arabe du texte).

  LE TEXTE D’ALI BELHADJ 

 » Au nom d’Allah le miséricordieux, le tout miséricordieux

Louanges à Allah qui dit dans son noble Livre  » Bientôt vous aurez à vous souvenir de ce que je vous dis [Quant à moi], je confie mon sort à Dieu, car il voit bien ses serviteurs «  (1). Bénédiction et prière sur le plus noble des envoyés qui dit le hadith (2)  » la religion, c’est la sincérité « , et sur sa famille et sur tous ses compagnons.

Après le préambule nécessaire, paix, bénédiction et miséricorde d’Allah soient sur vous.

Que l’opinion publique, intérieure et extérieure, sache que les évènements qui ont secoué dernièrement notre pays, l’Algérie, sont en réalité le fait d’une crise politique complexe, aux aspects multiples, dans une situation où une solution politique juste et globale n’a pas abouti. Depuis le coup d’État de malheur contre la volonté du peuple en 1992 (3), les jours et les années passés ont démontré, que ne servaient à rien la répression, les mensonges propagés par les médias, la pratique du dénigrement, les dénonciations, les condamnations, les campagnes médiatiques douteuses, la manipulation des gens, l’instrumentalisation des sentiments, le tout sous le signe de la mise à l’écart de la partie de l’opinion qui déplait au pouvoir réel. Tout cela est inutile, semblable à un calmant dont l’efficacité s’estompera avec le temps, avant que les choses ne reprennent leur cours normal.

Accomplissant notre devoir de conseiller et de vigile, nous mettons en garde le régime. Sa manière de résoudre l’immense crise qui asphyxie le pays a prouvé son inefficacité et ses limites. La courte vue qui l’inspire a eu pour résultat la mort de milliers de personnes de toutes les classes sociales du peuple algérien, y compris des gens ordinaires travaillant dans les milieux sécuritaire et que le pouvoir a utilisé comme boucliers humains afin de rester en place et de préserver ses intérêts illégitimes.

La plus grande responsabilité ne tombe pas sur la jeunesse en rébellion pour défendre sa religion ou bien défendre son quotidien et ses droits légitimes. Celui qui étudie l’histoire de l’humanité et la cause des conflits armés découvre que les régimes despotiques, qui adoptent la répression terroriste, alimentent et engendrent la violence politique. A l’origine, en tant que phénomène social apparent, elle est à l’état latent au coeur de la société et n’attend pour s’exprimer que l’apparition de circonstances politiques et sociales qui lui soient favorables. Cela n’exempte pas les auteurs de leur part de responsabilité directe. De tels régimes endossent la responsabilité totale des violences, de l’extrémisme ou de réactions aux conséquences incalculables. Car, la violence de la tête, celle de l’État, engendre la violence de la base. (4)

Les sages et les observateurs équitables, qui suivent la situation algérienne depuis le coup d’État mené contre le choix du peuple en 1992, et cela avant l’apparition d’Al Qaïda, devenue le portemanteaux sur lequel on accroche les raisons des échecs (5), savent que le système politique d’Algérie qui a perdu sa légitimité devient, avec le temps, source de danger pour toutes les catégories du peuple algérien. S’il n’est pas remplacé, par des moyens pacifiques, après l’ouverture de l’espace politique à tous les partis, cela conduira tôt ou tard le pays à une catastrophe. Les victimes tomberont par dizaines y compris parmi les simples citoyens embauchés dans les secteurs sécuritaires. Ils sont devenus les victimes de ce régime répressif et croupissant, qui continue de se boucher les oreilles refusant tout conseil ou mise en garde même s’ils émanent d’intellectuels réputés, d’hommes de science (religieux et scientifiques), d’hommes politiques, de journalistes ou d’experts.

Les derniers évènements montrent bien l’échec cuisant de la loi de concorde civile et de la prétendue réconciliation, car elle est bâtie sur des propositions malhonnêtes, incomplètes et trompeuses. Cette courte vue mènera certainement à une crise grave et des dizaines de citoyens en seront les victimes y compris la jeunesse en colère et révoltée qui se fait exploser devant les institutions et symboles de l’État. Nous demandons à Allah qu’Il accorde sa miséricorde et son pardon à tous.

Le plus grand défaut de la loi de concorde civile et de réconciliation nationale est la condamnation de la victime, sa mise à l’écart et l’octroi de l’immunité au bourreau qui avait bafoué la volonté du peuple (6). Ce qui amplifie le problème c’est la fermeture de l’espace politique à toutes les oppositions, d’orientations diverses, quand elles sont sérieuses et prennent racine dans la tradition populaire. A leur tête, nous voyons les chefs et cadres du Front Islamique du Salut. Cela touche aussi les sympathisants qui n’ont jamais été condamnés juridiquement. Ces agissements honteux sont considérés comme une criminalisation des idées et des intentions (7). Cela représente un crime qui doit être dénoncé.

Nous proposons un remède et une solution auprès des sages d’horizons divers et des observateurs politiques. On peut résumer cela ainsi :

1- L’ouverture de la bienfaisance (8), des médias, de la prédication et de l’espace politique à tous les fils de l’Algérie de toutes les orientations. Le peuple algérien musulman sera de cette manière le juge en faisant son choix.


2- Le renoncement immédiat au terrorisme d’État incarné par la répression, la vengeance, la chasse à l’homme, l’enlèvement de nuit, sortant du cadre de la loi et de la Constitution et sous couvert d’un état d’urgence injuste qui bafoue la Constitution et la loi.


3- La relance de la liberté d’expression et d’opinion pour tous les citoyens sans que personne ne soit mis à l’écart.


4- Puisque la loi de concorde civile et de réconciliation nationale a échoué, le Président de la République, en raison de sa charge, doit assumer ses responsabilités devant Allah, qu’Il soit exalté, puis devant le peuple et l’Histoire et sortir immédiatement de sa retraite et de son mutisme pour entreprendre une démarche courageuse vers une vraie solution politique, loin de toute manœuvre. Ceci pour ne pas réduire la solution à une répression sécuritaire ou médiatique trompeuse. Surtout que l’article 47 de la loi de concorde et de réconciliation nationale -malgré ses défauts- lui permet de prendre des mesures qui sauvent la réconciliation de l’échec et des difficultés. Car tout chef d’État responsable sait que l’interdiction des droits fondamentaux et la confiscation ou le viol des libertés publiques engendrent toutes sortes de rébellions et de révoltes. L’Histoire en un est le témoin.


5- Les voix qui s’élèvent ici et là et qui ignorent la situation du pays, doivent s’abstenir de tromper en travestissant les faits transmis par les citoyens ordinaires qui en sont les témoins dans leur quotidien du début du déclenchement de la crise à aujourd’hui. (9)

 

Le Vice-Président du FIS
Ali Benhadj (Belhadj)
Le 01 Rabii al thani 1428 de l’Hégire ou 19 avril 2007


NOTES(1) Coran : Sourate 40, verset 41. Traduction du cheikh Si Hamza Boubakeur, ancien recteur de la Mosquée de Paris.

(2) Un hadith est ici une citation de Mahomet.

(3) Il s’agit de l’interruption du processus des élections démocratiques pour empêcher le FIS d’accéder au pouvoir.

(4) On voit ici Ali Belhadj cherchant à déculpabiliser ceux qui ont commis les attentats commis le 11 avril 2007 à Alger (33 morts). On remarque pas une seule fois dans sa lettre il ne désigne nommément ces attentats et préfère rester dans les généralités.

(5) Nous avons gardé l’expression qui, ici, signifie qu’Al Qaïda sert de justification à tous les échecs politiques.

(6) Ali Belhadj inverse ici la manière habituelle de critiquer la loi de concorde et de réconciliation nationale. Les gens de la rue regrettent que les auteurs islamistes d’attentats ne soient pas punis. Le chef islamiste fait des auteurs des attentats des victimes du pouvoir et des excès commis par l’armée. Il voudrait donc les hommes du pouvoir punis pour leur exaction, voire leurs injustices.

(7) Nous pensons qu’Ali Belhadj veut parler là des personnes qui ont été arrêtées sans être jugées.

(8) Ce paragraphe concernant la restauration des droits civils place en premier  » le droit à la bienfaisance « . Il faut expliquer. Les organisations islamistes, le FIS en particulier, utilise la bienfaisance pour se donner une image positive dans la population, spécialement auprès des plus démunis. Tous les pouvoirs des pays musulmans ont compris cela. C’est pourquoi, afin de réduire l’influence des islamistes sur la population, ils tendent à fermer les structures de bienfaisance. Ali Belhadj veut que son parti puisse user avec efficacité de cet outil pour toucher la population et la déterminer en sa faveur.

(9) il s’agit là d’une invitation des relais médiatiques à s’enquérir de l’information auprès des gens du terrain et, surtout, de ne pas la déformer.

Publié dans FIS(11) | 1 Commentaire »

 

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