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lexique des termes géographiques

Posté par algeriedemocratie le 24 juillet 2011

Azul !

Voici un essai de lexique des termes géographiques , il nous appartient tous de le compléter par les termes manquants ou ajouter des éventuels synonymes :

Targa , tragwa : la rivière ( pluriel : tirgwin )
Asif , ighzer : le fleuve (pluriel : isaffn , ighzran )
Illel : la mer (pluriel : illeln)
Agaraw : l’océan (pluriel : igarawn )
Azaghar : la plaine (pluriel : izughir )
Adrar : La montagne ( pluriel : idurar )
Azurz : cours d’eau (pluriel : izuriz )
Taftist : la plage ( pluriel : tiftisin )
Azilal : chaine montagneuse (pluriel : izilaln )
Aghenbu ( taghenbut ) :le sommet de la montagne (pluriel : ighnba)
Tawrirt : la colline ( pluriel : tiwririn )
Tizi : vallée ( col ) ( pluriel : tiziwin )
Ajarif : la falaise ( pluriel : ijarifn )
Tanz’ruft : le désert (sahara) ( pluriel : tinz’rufin)
Tasawent : la montée ( pluriel : tisawnin )
Takwssart , tamadla : la descente ( pluriel : tikwssarin , timadliwin )
Az’ru : le rocher ( pluriel : iz’ran )
Amuzzer : la cascade ( pluriel imuzzar )
Angay : la crue ( pluriel : ingayn )
Remarque : ne dites pas : ih’mel wassif ( ighzer)
Mais : ingi wassif ( ighzer )
Timicca : le silex ( pluriel : timiccaw )
Ang’mirs : la craie
Alud’ : la boue
Talaxt : l’argile
Tisnt : le sel
Tiselli , tazrut : la pierre
Tamjagwjt : tempête de poussière (pluriel timjuggaj)
Tagut : la tempête de pluie (avec gouttes obliques : acud’iy )
Agd’rur ( ibengher ) : la poussière
Ifri : la grotte
Icc n udrar : corne de la montagne ( pluriel acciwn )
Amenzaw : le continent
Almu : la prairie ( pluriel ilmuten )
Aghulid : le versant à pic ( pluriel ighuliden )
Taz’ult : La galène ( pluriel : tiz’uliwin )
Az’arif : L’ alunite ( pluriel : Iz’arifen )
Anfed : L’acier ( pluriel : inefden )
Urgh : l’or ( pluriel : urghen )
Uzzal : le fer ( pluriel uzzalen )
Tasmaght : Le mica ( pluriel : tismaghin )

Tanmmirt

Tudert i tmazight , tudert i tarwa ines

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Remdane Achab:Aménagement du berbère : la place de la néologie.

Posté par algeriedemocratie le 4 janvier 2010

Interview

Aménagement du berbère : la place de la néologie…

Entretien avec Ramdane ACHAB

Suite à la publication d’un lexique du berbère moderne par un spoliateur, nous republions l’interview de Ramdane Achab où, déjà en 1995, il expliquait comment a été élaboré l’Amawal ou « le lexique du berbère moderne ».

Ramdane Achab dont la thèse de doctorat portant sur la néologie berbère est publiée en 1997 revient, dans cet entretien, sur l’aménagement linguistique du berbère par le biais de la néologie.

Au-delà de la mise au point circonstancielle qu’apporte cet entretien, nous le republions vu son intérêt scientifique et informatif.

La Rédaction.


Entretien avec Ramdane ACHAB,
Réalisé par Said CHEMAKH,
publié dans la revue Imazighen Ass-a en mars 1995.


Aménagement du berbère : la place de la néologie.

Militant de la cause berbère depuis près d’un quart de siècle, M. Ramdane ACHAB vient de soutenir un doctorat de linguistique portant sur la néologie en langue berbère, à l’INALCO.

Outre une publication* qu’il a signée de son nom, Ramdane ACHAB a toujours travaillé discrètement et loin des feux de la rampe. Si dans certains cas, son nom n’est pas mentionné pour cause de clandestinité (tel la rédaction de la revue Tafsut), dans d’autres cas, son nom est omis volontairement.

Pour plus d’éclaircissements sur son parcours et son œuvre, il a accepté de répondre à nos questions.

Imazighen Ass-a : Des mathématiques à la linguistique, pouvez-vous nous retracer votre itinéraire ?

R. Achab : Permettez-moi de dire, avant tout, que j’ai eu l’occasion de prendre connaissance du premier numéro du bulletin d’information de votre association. J’en ai beaucoup apprécié le contenu, et je voudrais profiter de cette occasion pour vous présenter mes meilleurs vœux de succès dans toutes vos activités.

Parallèlement à mes études de mathématiques, j’ai commencé à m’intéresser à la grammaire berbère à partir de 1970 en assistant aux cours que M. Mammeri donnait à l’Université d’Alger. En 1972 ou en 1973, avec quelques autres étudiants, nous avons lancé les petits bulletins culturels Taftilt et Itri qui disparurent assez vite de la circulation. En France ensuite où, de 1974 à 1979, j’ai participé aux activités du Groupe d’Etudes Berbères de l’Université Paris VIII en assurant, avec le feu vert de Mbarek Redjala, un cours de transcription de la langue berbère. La matière de ce cours a d’ailleurs fait l’objet d’une publication de la Coopérative Imedyazen sous le titre « langue berbère (Kabyle) : initiation à l’écriture ». A Paris, j’ai eu également l’occasion d’assister à des séminaires de Lionel Galand (EPHE) et de Salem Chaker (INALCO).

En 1979, j’ai rejoint comme enseignant de mathématiques l’Université de Tizi-Ouzou où, à la demande des étudiants, j’allais donner un cours non officiel de grammaire et de notation de la langue berbère. Le premier cours a eu lieu le 16 avril 1980, en pleine occupation de l’Université par la communauté universitaire. Ce cours est ensuite devenu une sorte de tradition : les comités de cités universitaires le programmaient à chaque rentrée à Oued-Aïssi et à Hasnaoua. D’autres enseignants se sont par la suite joints à l’animation de ce cours. J’ai eu également l’occasion de donner quelques cours dans des lycées de Kabylie (Draa-el- Mizan, Tizi-Ouzou, etc.), ainsi qu’à l’Université Bab-Ezzouar d’Alger où des activités culturelles berbères étaient organisées par le collectif Imedyazen.

J’ai participé parallèlement au lancement et à l’animation de la série ordinaire de la revue Tafsut où j’ai écrit quelques éditoriaux en kabyle, ainsi qu’au lancement de la série pédagogique et scientifique de cette même revue. En 1985 je crois, nous avons également tenté, à partir de l’Université de Tizi-Ouzou, une expérience d’enseignement du berbère à distance. L’expérience ne fît pas long feu à cause des difficultés matérielles et de la conjoncture.

De façon plus officielle, j’ai eu l’occasion de participer à des jurys ou d’encadrer des étudiants d’informatique qui ont fait des mémoires de fin d’étude se rapportant au domaine berbère : traitement de texte en caractères néo-tifinagh (mémoire dirigé par un collègue informaticien : M. Arezki Bouzefrane), conjugaison kabyle assistée par ordinateur, base de données textuelles berbères.

De retour en France au début de l’année 1989, c’est grâce à M. Salem Chaker que j’ai pu m’inscrire en doctorat à l’INALCO, en choisissant de travailler sur la néologie lexicale berbère.

Depuis près de vingt-cinq ans, il y a donc toujours eu à mon niveau une sorte de concubinage entre ma vie professionnelle (études et enseignement des mathématiques) et des préoccupations plus personnelles. Mais cette situation est, je crois, loin d’être singulière. Elle constitue au contraire la règle pour les personnes de ma génération qui se sont intéressées, de façon active, à la question berbère. Les exemples abondent autour de nous. Pour n’en citer qu’un seul, je rappellerai que Muhend-u-Yehya a également fait des études de mathématiques à l’Université d’Alger avant de se mettre à traduire Sartre, Brecht, Beckett, Molière et d’autres encore.

Sur un autre plan, je pense qu’il y a une identité de principe à la base de toutes les activités d’ordre intellectuel. Il n’y a ni incompatibilité ni exclusion entre les sciences exactes et les disciplines littéraires. Le seul conflit que je connaisse personnellement est d’ordre matériel : la gestion du temps.

Quelle est votre expérience dans le domaine de la recherche berbère ?

Pas grand chose. Pendant de nombreuses années, je ne me suis intéressé qu’aux questions de grammaire et de notation. De 1982 à 1984, j’ai contribué à l’élaboration d’un lexique français-berbère de mathématiques publié par la revue Tafsut, et nous voilà revenus aux mathématiques mais en berbère cette fois-ci.
En 1986, M. Chaker m’a associé, avec d’autres collaborateurs, à son projet de dictionnaire général informatisé de la langue berbère.

Le lexique de mathématiques a été fait par trois personnes : H. Sadi, M. Laïhem et moi-même. Chaker et Mammeri nous ont apporté leur contribution pour les questions de méthodologie, le choix des préfixes et des racines, etc. M. Mammeri nous a prêté quelques dictionnaires berbères.

Après un an de travail, le gros était déjà terminé. Par la suite, M. Chaker était, je crois, reparti en France, H. Sadi également. Comme nous ne voulions plus déranger outre mesure M. Mammeri qui nous recevait occasionnellement à son domicile d’Alger, nous nous sommes retrouvés à deux pendant les six derniers mois de travail. J’étais personnellement au service militaire à EI-Harrach ; M. Laïhem qui enseignait les mathématiques à l’ENS de Kouba terminait parallèlement ses études de médecine. On travaillait chacun de son côté et on se retrouvait les fins de semaine pour faire le point. Pour la petite histoire, nous avons passé plusieurs week-ends à travailler dans une clinique de psychiatrie de Kouba où M. Laïhem assurait un service de garde. Vous voyez un peu la situation : un officier de réserve et un médecin-mathématicien, en train de faire des mathématiques en berbère dans une clinique de psychiatrie !

Comment avez-vous procédé pour le choix des termes ?

En gros de la façon suivante : La liste des termes avait d’abord été fixée à partir de dictionnaires de mathématiques et d’index d’ouvrages. Pour les équivalents en berbère, nous avions commencé par prendre les termes de l’Amawal se rapportant aux mathématiques. Nous avons ensuite travaillé sur les résultats des dépouillements des dictionnaires berbères d’où nous avons pris des termes ou des racines pouvant servir en maths. Sur ces termes ou ces racines, nous avons appliqué les procédures traditionnelles de dérivation et de composition. Enfin, à partir de notre liste de préfixes et de suffixes, nous avons créé un certain nombre de classes de termes.

Les besoins couverts sont ceux des mathématiques des niveaux primaire, secondaire et supérieure (jusqu’au niveau Licence). Nous considérons cependant notre travail comme un brouillon susceptible d’être amélioré. Ce lexique de maths a eu un certain écho en Kabylie où des enseignants de l’Université ou du secondaire se sont mis à rédiger des chapitres ou des leçons de maths en berbère.

Vous venez de soutenir une thèse de doctorat sur la néologie lexicale berbère. Pour quelles raisons avez-vous choisi de travailler sur ce sujet ?

Il y a toujours des raisons multiples à l’origine du choix d’un sujet : le hasard, la curiosité, l’intérêt personnel pour tel ou tel domaine, l’actualité du sujet, les disponibilités documentaires, etc.

Le lexique en général m’a toujours intéressé. Dans les années 1970, j’étais abonné au Fichier de Documentation Berbère. Je prenais toujours des notes en lisant les publications de ce Fichier : des mots que je ne connaissais pas, des expressions, des proverbes, etc. J’ai ainsi rempli plusieurs petits cahiers dont je me suis toujours dit qu’ils pourront servir à quelque chose, ne serait-ce qu’à des besoins personnels. Aujourd’hui encore, je prends plaisir à lire les dictionnaires berbères comme on lit un roman.

Mon intérêt pour la néologie est né progressivement, à la lecture de publications comme la grammaire en berbère de M. Mammeri, l’Amawal (lexique de berbère moderne) etc. Il est né aussi des observations de l’usage qui était fait des néologismes de l’Amawal  : les poèmes de Ben-Mohammed, la néo-chanson kabyle, la littérature moderne, les émissions radiophoniques etc.

Je pense que les néologismes ont beaucoup apporté non seulement sur le plan lexical, mais aussi au niveau du déblocage psychologique des acteurs de berbérité. Ils apportaient la preuve concrète qu’il était possible d’intervenir sur la langue (une langue qui par ailleurs était soumise à de multiples phénomènes d’érosion), de décomplexer, de donner le ton pour aller de l’avant.

Dans la mouvance berbériste des années 1970, de nombreuses personnes étaient outrées par la grande proportion d’emprunts arabes dans le lexique kabyle. Ces emprunts étaient vécus, ainsi que je l’ai écrit dans mon travail, comme des souillures. Des poètes, des chanteurs, des écrivains en herbe partaient en quête d’une impossible pureté. Les néologismes remplissaient donc un vide, une fonction compensatoire. Les jeunes cherchaient à prendre une revanche sur leur propre langue, d’autant plus qu’ils en avaient généralement perdu aussi bien une partie du lexique traditionnel que les possibilités expressives.

Plus tard, j’ai été frappé par le manque d’élégance qui était quelquefois fait de ces néologismes dans certaines émissions radiophoniques (en Algérie et en France), mais surtout, à partir de 1989, dans la presse politique kabyle (Asalu et Amaynut).

Je voulais donc essayer de voir plus clair dans tout cela, proposer un bilan en quelque sorte. Il fallait, pour cela, faire le voyage à l’intérieur de ces matériaux néologiques, chercher l’origine dialectale des termes proposés, retrouver les procédures de création lexicale utilisées, classer les néologismes, tenter de quantifier le tout, faire un état des usages et dresser les grandes caractéristiques de l’ensemble.

Il y a aussi, bien sûr, des raisons plus fondamentales : le sujet était d’actualité et l’est toujours : quelle que soit la façon de procéder, le lexique berbère a en tout cas besoin d’être aménagé. Je voulais aussi tirer la sonnette d’alarme sur certains aspects que je trouvais négatifs de cette action néologique. Je savais, ce faisant, que je m’engageais sur un terrain « chaud » ayant des possibilités de développement infinies.

Par qui l’Amawal a-t-il été fait et pourquoi ne porte-t-il pas de signature ?

L’Amawal a été fait par une équipe de quatre personnes : M. Mammeri, Amar Zentar, Mustapha Benkhemmou et Amar Yahiaoui. Il y avait aussi des participants occasionnels. Professeur à l’Université d’Alger, M. Mammeri assurait aussi, à l’époque, la direction du CRAPE. Les trois autres personnes étaient des étudiants.

Le tirage limité qui a été fait en 1974 à Alger portait le nom de Mammeri au bas des préface et avertissement. Par contre, l’édition faite par la Coopérative Imedyazen en 1980 ne porte aucune signature.

Quelque temps avant cette édition, j’ai rencontré par hasard M. Mammeri à Paris, au Quartier latin. Je l’ai informé qu’une édition de l’Amawal était en préparation. M. Mammeri a refusé que son nom apparaisse en couverture comme à l’intérieur. Comme j’invoquais des motifs de crédibilité ou même commerciaux, il a répondu que si l’Amawal répondait effectivement à un besoin, il se vendrait quel qu’en soit l’auteur. Son nom, d’après lui, n’en ferait vendre que cinquante exemplaires de plus. Il a refusé également des formules du genre : « ouvrage collectif sous la direction de Mammeri » etc.

Il y a aussi les productions marocaines et touarègues.

Effectivement, il n’y a pas que la néologie kabyle. Au début des années 1980, des productions néologiques ont été réalisées au Mali et au Niger dans le domaine des mathématiques de niveau primaire par exemple. Au Maroc, une traduction berbère de la déclaration universelle des droits de l’homme a été faite en 1990 autour de Hassan Id Balkasm, avocat et poète ; les auteurs ont dû prendre des termes dans l’Amawal, mais aussi construire les nouveaux termes dont ils avaient besoin. Au Maroc encore, en 1993, un vocabulaire de l’éducation a été fait par Bélaïd Boudris qui a dû, lui aussi, emprunter à l’Amawal et proposer de nouveaux néologismes et de nouveaux préfixes. Même en Algérie la source de production n’est plus exclusivement kabyle : j’ai eu l’occasion de prendre connaissance, par l’intermédiaire de Mme Yacine, d’une liste inédite de néologismes élaborée par un groupe de mozabites.

La diversification géographique concerne aussi l’usage des néologismes : des chanteurs chaouis utilisent des termes pris dans l’Amawal. Pour le Maroc, on peut citer le journal culturel Tasafut, la revue Tifawt, la chanson, les émissions radiophoniques et, depuis quelques mois, les informations en berbère à la télévision. Au Maroc comme en Algérie, l’usage des néologismes est devenu chose courante, surtout dans les productions plus ou moins élaborées.

Quel bilan faites-vous de ce demi-siècle d’action néologique ?

Il est toujours délicat de faire un bilan dans des domaines où les considérations subjectives sont difficiles à éviter.

Il y à effectivement aujourd’hui un demi-siècle d’action néologique dans le domaine berbère puisque les premiers essais sont apparus en 1945 dans les chants berbéro-nationalistes (Aït-Amrane principalement).

Depuis, l’aménagement du lexique a touché plusieurs domaines : des domaines assez généraux (sciences humaines) par l’Amawal, la grammaire (M. Mammeri), les mathématiques (Algérie, Niger, 1984), le droit (Maroc, 1993), la géographie (manuscrit inédit de Slimane Touati), la religion (traductions kabyles de l’Evangile et du Coran), l’informatique, etc.

Au total, plus de sept mille mots ont été créés, quelques centaines connaissent un certain usage, quelques dizaines un certain succès. Les productions touarègues (Mali, Niger) sont numériquement faibles, mais présentent la particularité d’avoir été menées dans des cadres officiels puisque les parlers touaregs de ces pays ont statut de langue nationale. Plus globales et plus systématiques, les productions algériennes et marocaines ont été faites, quant à elles, dans des contextes politiques et idéologiques hostiles. En Algérie comme au Maroc, l’aménagement de la langue berbère en général et celui du lexique en particulier continuent de se faire de façon « sauvage ». Dans ces pays l’action néologique est depuis cinquante ans caractérisée par le volontarisme et le spontanéisme.

Au niveau interne, les nomenclatures produites sont caractérisées dans leur ensemble par une forte tendance au purisme lexical, la chasse aux emprunts étrangers, la quasi-inexistence des formations expressives, un calque systématique à partir du français : calque de l’univers extra-linguistique, calque des catégories syntaxiques, calque des structures composées, calque des modalités du genre, etc. Le calque syntaxique s’ajoute dans l’usage et produit, comme dans la presse politique kabyle, des chefs-d’œuvre d’opacité.

Des insuffisances multiples peuvent être relevées à l’intérieur de chacune des nomenclatures prises séparément : nombreux cas d’homonymie, dans l’Amawal par exemple, mais aussi, chose inadmissible pour une telle discipline, dans le lexique français-berbère de mathématiques fait en Algérie en 1984. A ces défaillances dont on peut dire qu’elles sont d’ordre matériel s’ajoute l’isolement morpho-sémantique des unités produites, isolement aussi bien à l’intérieur du stock néologique qu’au regard du lexique ordinaire.

Il y a aussi les très nombreuses divergences de choix entre les nomenclatures : divergences entre l’Amawal et le lexique de mathématiques, divergences entre l’Amawal et les productions marocaines, divergences entre l’Amawal et le document mozabite inédit que j’ai évoqué précédemment, etc. Ces divergences portent sur des centaines de termes. Elles montrent en particulier que l’action néologique risque de creuser encore plus les écarts entre les dialectes si l’aménagement du lexique continue de se faire de façon séparée.

Mais il y a, heureusement, des aspects positifs. Au delà des insuffisances, il convient à mon avis de saluer le travail qui a été fait depuis un demi-siècle. Il a permis d’inaugurer un domaine sensible et complexe, de produire quelques succès, mais surtout d’expérimenter sur le terrain de la création néologique les différentes possibilités de génération lexicale offertes par le système linguistique berbère. Il a permis aussi d’introduire de nouveaux formants comme préfixes ou suffixes afin de régulariser les classes de termes. L’aménagement du lexique berbère est également caractérisé par l’aspect pan-berbère de la démarche des néologues. S’il est bien mené, il pourra contribuer à résorber les écarts entre les dialectes par la constitution d’un lot commun de néologismes.

Quelles sont vos propositions pour remédier à la situation ?

Ce n’est pas par modestie, mais je me demande sincèrement si des propositions personnelles dans un domaine comme l’aménagement linguistique peuvent avoir une signification, un poids ou un impact quelconques.

Sous d’autres cieux (di tmura irebh’en, comme on dirait en kabyle), l’aménagement d’une langue ou d’une variété de langue fait intervenir des Etats, des Universités, des organismes publics ou privés, des administrations, des moyens matériels et humains, des structures multiples de pilotage et de suivi sur le terrain, etc.

Chez nous, c’est de déménagement linguistique qu’il faudrait parler, pour le berbère en tout cas !

Mais essayons de jouer le jeu. Les propositions se situent à mon avis à deux niveaux.

1. Un niveau externe qui consisterait à rapprocher de façon formelle ou informelle : chercheurs, usagers institutionnels (radios et télévisions algériennes et marocaines, rédacteurs des revues et journaux berbères, etc.), écrivains, poètes, artistes, etc. Faire le bilan des besoins et des usages, harmoniser les pratiques, mettre sur pied des cadres communs de travail (cadres maghrébins, nationaux ou sectoriels) feraient partie des urgences. Sur le long terme, l’intervention des universités nationales (Algérie, Maroc) et étrangères (INALCO) pourra être d’un très grand apport dans la définition d’une stratégie globale et d’une méthodologie, dans la définition des priorités aussi. Sur le terrain, le mouvement associatif berbère et les médias, en Algérie comme au Maroc, pourront servir de relais avec le grand public.

Il sera bien entendu très difficile de mettre tout ce monde en mouvement, mais il me semble possible de commencer par un bout, si modeste soit-il : un cadre commun algéro-marocain par exemple qui s’élargirait progressivement, y compris, bien sûr, au monde touareg (Mali, Niger).

Il est important, cependant, que ces structures, si elles venaient à voir le jour, agissent avec une extrême prudence et ne se transforment pas en gendarmes de la langue.

Il faut aussi que la pression continue de s’exercer sur les Etats afin que la langue berbère bénéficie d’une reconnaissance officielle ainsi que des moyens nécessaires non seulement à sa survie mais à son développement.

2. Un niveau interne où il faudrait, à mon avis, corriger certains travers du travail déjà accompli : le purisme lexical, la chasse aux emprunts étrangers, l’exclusion des formations expressives, la marginalisation des procédés de la néologie sémantique, etc. Les matériaux déjà produits peuvent faire l’objet d’une refonte globale. Les procédures de création lexicale déjà utilisées peuvent être enrichies par de nouvelles possibilités : un travail de complétion des lexiques dialectaux, des formations hybrides qui associeraient des bases lexicales berbères à des affixes étrangers (grec, latin). Il faudrait aussi un rééquilibrage des contributions dialectales au bénéfice des parlers du Nord. Concernant l’usage, il y aurait la formation berbérisante des journalistes et des rédacteurs, la documentation sérieuse qu’il faudrait mettre à la disposition des usagers, etc.

Peut-on savoir quels sont les travaux les plus prioritaires à réaliser dans le domaine berbère ? Et particulièrement en néologie berbère ?

Dans le domaine berbère… la question est bien trop vaste. Concernant l’aménagement du lexique je plaiderais personnellement pour une trêve néologique, au niveau de la production en tout cas, en attendant que les conditions d’une meilleure intervention soient réunies. Mais je sais très bien que cette attitude n’est pas réaliste parce que la langue, elle, n’attend pas.

Au niveau de l’usage, on peut souhaiter une certaine modération, surtout chez les consommateurs kabyles, mais cela relève de la responsabilité de tout un chacun, et en particulier des rédacteurs et des journalistes : le purisme lexical et la chasse aux emprunts font tout simplement des ravages…

Comme en de nombreux autres domaines, c’est le long terme qui est urgent, c’est-à-dire, ici, la mise sur pied de cadres et de structures de travail et d’intervention à vocation pan-berbère.

Entretien réalisé par Saïd CHEMAKH

Paris/Montréal, février 1995..

Pour Imazighen Ass-a n°2-3, Paris, 1995, pp. 24-28, ©Tamazgha.

Publications de R. ACHAB :

Outre quelques éditoriaux et articles dans la série normale de Tafsut (14 n° parus de 1981 à 1990), R. ACHAB a publié :

  • La langue berbère (kabyle) : initiation à l’écriture, Paris, 1979, G.E.B./ Imedyazen, 96p.
  • Tira n tmaziγt, n° 4 de la revue Tafsut série « Pédagogique et scientifique », Tizi- Ouzou, 1988, 70p.
  • Tira n tmaziγt (Taqbaylit), éd. Tafsut, 1990, 110p.

    Il a collaboré à :

  • Amawal n tusnakt « Lexique de mathématiques », n° 1 de la revue Tafsut, série « Pédagogique et scientifique », Tizi-Ouzou, 1983, 104p.

    Articles :


  • Isefra, in : Tisuraf, n° 6, Paris, 1979.
  • Problèmes de néologie berbère, ‘Etudes et documents Berbères, n° 8, Paris, 1991.

    [Complément ] : Publications de R. Achab après 1995 :

  • Tira n tmaziγt, introduction à l’écriture usuelle en berbère, éd. Hoggar, 1998.
  • La néologie lexicale en berbère, Peeters, 1997.

source:tamazgha.fr

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Rachid Benyelles

Posté par algeriedemocratie le 22 décembre 2008

Rachid Benyelles

Dans les semaines qui avaient suivi sa désignation à la tête de l’Etat, M. Bouteflika, ulcéré par les critiques exprimées tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays quant aux conditions scandaleuses dans lesquelles il avait été porté au pouvoir, menaçait à tout propos de « rentrer chez lui en laissant les Algériens à leur médiocrité ». Cela, jusqu’au jour où des voix, excédées par tant d’impudence, se sont élevées pour lui dire « chiche !». Depuis, il n’est plus jamais revenu sur ce sujet.

Après avoir passé un premier quinquennat à sillonner la planète et une grande partie du second à lutter contre une maladie qui le contraint à suspendre toute activité des mois durant, une maladie qui, à en juger par les rares et brèves apparitions télévisées, le met dans un état d’épuisement extrême, le voilà maintenant, malgré ce lourd handicap, qu’il se prépare à un troisième quinquennat. Ce n’est d’ailleurs pas une surprise car l’idée de quitter un jour le pouvoir auquel il a accédé par les moyens que l’on sait, ne lui a tout simplement jamais effleuré l’esprit. A l’instar de beaucoup d’autres potentats, ailleurs dans le monde, il a toujours voulu être un président à vie. La seule question pour lui, était celle de choisir le moment opportun pour annoncer le changement d’une Constitution qui limite le nombre de mandats à deux. Néanmoins, et en prévision de cette annonce, il avait, et depuis quelque temps déjà, chargé des sous-traitants de préparer le terrain en jouant le rôle de rabatteurs. S’il ne s’est pas montré pressé de procéder à ce changement, c’est qu’il savait que, dans le régime qui est le sien, les modifications envisagées ne constituent qu’une formalité que les « Institutions » de sa République, expédieront sur un simple claquement des doigts, quand bien même ces modifications portent sur un aspect fondamental du texte, celui sur lequel était fondé l’espoir de l’alternance au pouvoir, ce qui était une avancée démocratique considérable.

Hélas, la démocratie et l’alternance ne font pas partie du lexique de l’Algérie de M. Bouteflika, tout comme d’ailleurs, de celui de toutes les contrées arabes qui, sans exception aucune, demeurent dirigées par des régimes autocratiques, qu’ils soient d’essence monarchique ou républicaine.

Encore que, à la différence de l’Algérie de M. Bouteflika, ces pays, même réfractaires à la démocratie et totalement inféodés aux grandes puissances occidentales, comme c’est aujourd’hui le cas pour la plupart d’entre eux, peuvent néanmoins se prévaloir de réalisations qui font pâlir d’envie nos concitoyens. Ceci est particulièrement vrai pour les pétromonarchies du Golfe qui, en moins d’un demi siècle, ont su doter leurs pays d’infrastructures sociales et économiques des plus modernes, transformer en profondeur leur société et faire de bédouins nomades et incultes, des citadins émancipés parmi lesquels on compte nombre des managers d’envergure internationale. Ces Etats ont su mener des politiques de développement dont les retombées profitent largement à leur population, comme ils ont eu l’intelligence de penser à l’après pétrole et aux nouvelles générations en diversifiant leurs investissements, ce qui a permis à certains d’entre eux de générer des revenus supérieurs à ceux des hydrocarbures.

Plus proches de nous, le Maroc et la Tunisie avec lesquels nous partageons des frontières, des origines, une culture et une histoire communes ainsi qu’un espace territorial aux caractéristiques géographiques identiques, sont parvenus à de bien meilleurs résultats, sans pour autant disposer de nos ressources naturelles et de notre formidable manne pétrolière. Il suffit de rappeler que le PIB per capita de la petite Tunisie dépasse largement le notre.

Il faut être d’une parfaite mauvaise foi ou d’un chauvinisme aveugle pour ne pas reconnaître que les deux pays voisins, sans atteindre les prouesses des dragons asiatiques, ont pris une très nette avance sur nous. Outre l’ordre et la sécurité qu’ils ont réussi à instaurer durablement et sûrement, nos voisins peuvent se targuer d’avoir des services publics qui fonctionnent correctement, des villes propres, accueillantes et bien gérées ; des pays où la création artistique est plus féconde, les activités culturelles bien plus intenses, un système d’enseignement plus performant, un réseau bancaire répondant aux normes internationales, une agriculture florissante, des filières industrielles bien ciblées qui exportent des produits finis de qualité, une industrie du médicament couvrant la quasi-totalité de leur besoin, un secteur touristique qui rapporte des milliards de dollars et crée des emplois par millions, des cadres de valeur qui, pour ceux, nombreux, formés dans les grandes écoles étrangères, retournent chez eux pour y vivre, y travailler et participer à l’effort de développement, une main d’œuvre qualifiée et laborieuse, un réseau autoroutier que nous n’avons pas encore, des transports aériens et ferroviaires de bien meilleure qualité, des entreprises d’étude et de réalisations leur permettant de prendre en charge les grands chantiers par eux-mêmes et par leurs propres moyens, etc.

Il n’est pas jusqu’au domaine sportif où leurs résultats ne sont pas supérieurs. En fait, dans ce domaine comme dans tous les autres, l’Algérie de M. Bouteflika a connu une régression accélérée, pour ne pas dire – une dégénérescence. Cela tient, pour l’essentiel, à la qualité du chef et à ce qu’on appelle aujourd’hui la « gouvernance ». Or l’Algérie de M. Bouteflika se distingue précisément par la mal gouvernance ou plus exactement, par la non gouvernance. Elle est abandonnée à elle-même, dérivant sans cap et sans destination, frémissant aux seules pulsions du Prince et à son bon vouloir.

L’Histoire enseigne que la grandeur et la décadence des nations dépendent de manière déterminante de la qualité de leurs dirigeants, de leur personnalité, leur clairvoyance, leur capacité de travail, leur sens de l’organisation, l’ambition qu’ils nourrissent pour leur pays. Ceux-là peuvent tout aussi bien transformer un pays arriéré et misérable en un pays prospère et puissant comme ce fut le cas, par exemple, en Russie sous Pierre le Grand, soit au contraire, le terrasser et faire, d’une super puissance mondiale, un pays de second ordre, comme cela s’est produit avec Gorbatchev au cours de son relatif bref passage à la tête de l’ex-Union soviétique. Il aura fallu un Bismarck pour forger l’unité et la puissance de l’Allemagne moderne et un Hitler pour la précipiter dans un cataclysme épouvantable. Et les exemples de ce genre foisonnent dans le monde.

A l’évidence, M. Bouteflika n’appartient pas à la catégorie d’un Pierre le Grand, d’un Bismarck, ou même d’un H. Boumediene, le regretté Président sous l’aile protectrice duquel il a pourtant fait sa carrière politique.

Au cours des dix années passées à la tête de l’Etat, le bilan de M. Bouteflika, n’en déplaisent à ses courtisans, est malheureusement catastrophique comme en peut en juger à travers, d’abord, les deux chantiers prioritaires qu’il s’était flatté de mener à terme au tout début de son premier quinquennat, à savoir la restauration de l’image de marque de l’Algérie à l’extérieur et le rétablissement de la paix et de la sécurité à l’intérieur.

Après avoir été écoutée et respectée de longues années durant, particulièrement en Afrique et au Moyen-Orient, la voix de l’Algérie ne porte guère plus loin aujourd’hui que le mur d’enceinte d’El Mouradia et ce, malgré les reniements, les gages d’allégeance et l’agitation diplomatique effrénée déployée tout au long du premier quinquennat.

S’il fut un temps oû l’Algérie jouait un rôle moteur dans le monde arabe, force est aujourd’hui de constater qu’elle ne pèse plus rien. Jamais depuis l’Indépendance, son poids dans le concert des Nations n’aura été aussi insignifiant. Finie l’époque où les chefs d’Etat étrangers, leurs émissaires et les délégations de toute nature se succédaient dans la capitale pour consulter ses dirigeants et obtenir leur soutien !

Traités comme des pestiférés, nos concitoyens n’ont jamais été autant humiliés pour obtenir un visa et aussi mal accueillis à l’étranger, particulièrement dans certains pays dits « frères » où ils sont malmenés et parfois agressés sans que cela ne provoque la moindre réaction officielle. Jamais ces pays, leurs dirigeants et leurs populations n’ont montré aussi peu de considération à l’égard de l’Algérie qu’ils perçoivent, comme partout ailleurs dans le monde, comme un modèle de gâchis, de mal gouvernance, de magouilles électorales, de répression aveugle, de fermeture à tout progrès politique, économique et culturelle.

Classée par Transparency international, un organisme de l’ONU, parmi les pays les plus corrompus de la planète, loin derrière les pays voisins du Maghreb, l’Algérie affiche aussi les plus mauvais résultats en matière de développement humain et de liberté d’expression.

De quel succès M. Bouteflika et ses encenseurs peuvent-ils se prévaloir lorsque les Gouvernements des grandes puissances recommandent à leurs ressortissants d’éviter notre pays et à ceux, très peu nombreux qui y résident encore, de le quitter ? De quel résultat ces derniers peuvent-ils se prévaloir lorsque le peu d’entreprises étrangères présentes en Algérie ne prennent aucun risque et se limitent à l’ouverture de simples comptoirs commerciaux ?

Quelle image de l’Algérie peuvent-ils donner à l’extérieur lorsqu’à l’intérieur, des nuées de mendiants et de mendiantes traînant leurs enfants en bas âge, assaillent les passants, squattent les marchés et les rues des villes et villages du pays ou lorsque des milliers de jeunes et moins jeunes Algériens (les harragas ), poussés par le désespoir, tentent, au péril de leur vie, de traverser la Méditerranée à bord d’embarcations de fortune pour rompre avec un pays qui ne leur offre plus aucune perspective ? L’image extérieure de l’Algérie sur laquelle M. Bouteflika se disait tellement attaché, sort-elle grandie par cet exode qui a pris des proportions qui portent atteinte à la dignité nationale ?

M. Bouteflika aurait été bien mieux inspiré s’il avait consacré un peu de son temps à restaurer l’image de l’Algérie auprès des Algériens tout d’abord, en les retenant chez eux, en leur donnant confiance en leur pays et en leurs dirigeants.

Pour ce qui est du rétablissement de la paix et de la sécurité, l’autre chantier prioritaire de M. Bouteflika, il suffit de jeter un coup d’œil sur la presse quotidienne pour constater que cet objectif est loin d’avoir été atteint. En effet, il ne se passe pas un jour sans qu’un événement lié au terrorisme ne soit signalé non seulement dans les fiefs où les groupes armés n’avaient jamais déposé les armes, mais également dans des régions que l’on disait pacifiées. Malgré le décuplement des effectifs des forces de sécurité tous corps confondus et l’allocation de budgets exorbitants, le terrorisme n’a pas été vaincu. La situation n’est certes plus celle des premières années quatre vingt dix, mais la paix et la sécurité sont loin d’être rétablies. Par contre, sous le règne de M. Bouteflika, un phénomène nouveau, inconnu jusqu’alors dans la région, est apparu – celui des attentats kamikazes.

Au plan politique, tous les acquis démocratiques d’octobre 1988 ont été balayés au cours de la dernière décennie. L’état d’urgence a été maintenu et ses dispositions les plus restrictives ont été renforcées à seule fin d’interdire les manifestations et réunions publiques. La vie politique a été réduite à néant et les Institutions du pays, ou ce qui en tient lieu, ont été marginalisées et traitées avec un mépris comme cela ne s’était jamais produit auparavant.

Les quelques partis politiques autorisés à activer ne sont que des coquilles vides. Aucune organisation politique, même lorsqu’elle a rigoureusement rempli les exigences fixées par la Loi n’a été agréée. Toujours par le même fait du Prince. Les syndicats libres, pourtant largement représentatifs de leurs corporations, ne sont pas reconnus et leurs dirigeants font l’objet de mesures coercitives scandaleuses. Leurs revendications appuyées par des grèves pourtant très largement suivies, sont superbement ignorées.

La liberté d’expression a été muselée ; les journalistes qui osent porter un jugement critique sur les pratiques du régime sont jetés en prison sous divers prétextes. Les innombrables émeutes qui éclatent régulièrement à travers l’ensemble du pays, sont réprimées avec la plus grande brutalité.

Le régime de M. Bouteflika ne se montre performant que lorsqu’il s’agit de briser des manifestations, renier les droits de l’homme et les libertés fondamentales ou susciter la zizanie et la discorde dans les rangs des organisations et partis politiques qui refusent de jouer le rôle de satellites du système.

Par ailleurs, et pour complaire aux Occidentaux, le régime de M. Bouteflika a fait siéger l’Algérie à l’Organisation des pays francophones alors que la France refuse toujours de faire amende honorable pour les crimes qu’elle a commis dans notre pays, comme il accepté de la faire adhérer à l’Union pour la Méditerranée au côté d’Israël. Ce même régime a tissé des liens suspects, pour ne pas dire, contre nature, avec l’Otan, une organisation qui nous rappelle des souvenirs douloureux.

Dans les autres secteurs, le bilan de M. Bouteflika n’est, hélas, pas plus brillant. Ainsi en est-il de l’agriculture où, malgré les sommes faramineuses distribuées à tort et à travers pour, soi-disant, soutenir la production, nombre de produits de première nécessité restent hors de portée de la bourse des ménages modestes lorsqu’ils ne disparaissent pas tout simplement des étals à l’instar de la pomme de terre qui a fait l’objet d’importations aussi massives qu’intempestives. Aucun des pays de la région n’affiche une dépendance alimentaire aussi prononcée et la situation ne fait qu’empirer.

Au cours de la décennie écoulée, l’Algérie a enflé de manière anarchique, au mépris des règles d’urbanisme les plus élémentaires. D’une densité urbaine démentielle, des cités dortoirs émergent aux quatre coins du pays. Elles sont construites à grands frais et dans la précipitation par des entreprises étrangères venues des horizons les plus lointains sans qu’il ne leur soit demandé de recruter et de former ne serait-ce que de simples maçons algériens.

Défigurées, hideuses, malodorantes, nos villes qui croulent sous les ordures, sont un concentré de mauvais goût, un terreau propice au développement de la délinquance, de la drogue, de la grande criminalité et de la contestation sociale.

L’Algérie est à l’image de la décharge de Oued Smar qui, maintenue à l’intérieur du tissu urbain de la capitale en dépit des impératifs pressants de son transfert, est devenue, tout au long de cette décennie, une montagne pelée qui ne cesse de s’élever dans l’indifférence totale des dirigeants.

En matière de santé, il fut un temps où l’Algérie était à l’avant-garde des pays maghrébins. Des étudiants de tout le continent étaient formés dans nos universités et des patients de toute nationalité étaient soignés dans nos établissements hospitaliers. Aujourd’hui, la situation s’est inversée. Lorsqu’ils veulent des soins de qualité, les agents du pouvoir en place et ceux de nos concitoyens qui en ont les moyens, sont obligés d’aller dans les pays voisins.

Alors que dans ces mêmes pays, les besoins en médicaments sont couverts à plus de 80% par la production locale, l’Algérie de M. Bouteflika importe pour près de un milliard de dollars de produits pharmaceutiques, de partout, y compris de micro Etats tels que la Jordanie. Une poignée de gros importateurs se partagent ce marché juteux en bénéficiant de facilitées surprenantes.

L’Algérie ne produit presque plus rien et importe presque tout, aussi bien les produits manufacturés, généralement de bas de gamme et de contrefaçon, que les produits alimentaires. Au cours de la décennie écoulée, le secteur productif national public ou privé, de dimension pourtant extrêmement modeste comparé à celui des tout petits pays d’Europe, a été démantelé pour faire place nette aux importateurs. Dans cette Algérie, il n’y a pas de place pour un secteur productif créateur de richesses et d’emplois durables. Les entreprises publiques, grabataires pour la plupart d’entre elles, ont été maintenues en l’état, ni privatisées ni assainies, à la grande satisfaction des importateurs.

L’Algérie de M. Bouteflika est celle des scandales financiers, de l’affaire dite Khalifa et des banques publiques, des détournements massifs entraînant des milliards de dollars de préjudice pour le pays, de l’économie informelle dominante ; celle des salaires misérables des enseignants et autres fonctionnaires, du chômage, de la misère et des bidonvilles ; celle de la corruption institutionnalisée, d’une bureaucratie étouffante, des émeutes à répétition. Un pays livré à la voracité de quelques affairistes et à l’appétit insatiable des coteries locales.

S’il fallait qualifier la décennie de M. Bouteflika, ce n’est certainement pas par la couleur qu’il faut la distinguer des précédentes, mais par l’odeur. Une odeur nauséabonde, celle de la corruption, des scandales financiers, de l’immobilisme, des magouilles électorales, du pourrissement.

Malgré ce bilan désastreux et les aléas liés à son état de santé, M. Bouteflika projette de se maintenir au pouvoir. A 72 ans et gravement diminué par la maladie, il veut un troisième quinquennat qu’il terminera, si Dieu lui prête vie, à 77 ans, c’est-à-dire en vieillard dans l’acception universelle du terme. C’est le pire fléau qui puisse frapper le pays!

Malgré cela, il se trouve encore quelques citoyens pour continuer à dire que M. Bouteflika est un moindre mal et qu’il est la seule personne en mesure de diriger le pays – une idée que cultivent et entretiennent à grands frais les officines du régime. Quelle injure pour l’Algérie qui compte, Grâce à Dieu, des milliers et des milliers d’hommes et de femmes de qualité parmi lesquelles des centaines réunissent les conditions pour faire un bien meilleur Président, tant en termes de compétence, de capacité de travail que d’ambition pour le pays et de disponibilité à servir l’Algérie et non leur image personnelle.

Pour empêcher le viol qui se prépare, on ne peut malheureusement compter ni sur le désaveu des dirigeants des démocraties occidentales qui soutiennent à bras le corps un régime qui préserve leurs intérêts bien compris, ni sur des manifestations, même pacifiques, interdites au titre de l’état d’urgence. La moindre tentative de passer outre serait réprimée dans le sang et dans le silence complice des institutions occidentales si promptes par ailleurs à dénoncer le moindre écart dans les pays qui osent afficher des velléités d’indépendance.

Peut-on pour autant, au nom d’un rapport des forces physiques aussi écrasant, accepter le fait accompli, abdiquer et se taire ?

Rachid Benyelles
8 novembre 2008

Publié dans vive l'algerie(128) | 1 Commentaire »

 

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