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Pour une Union de la Méditerranée des peuples

Posté par algeriedemocratie le 30 janvier 2011

parLounis AggounIn OUMMA.com


 

Tous les mécanismes qui ont permis à la junte militaire de spolier les Algériens de leur liberté à partir de 1988 sont en ce moment même à l’œuvre en Tunisie. Hormis l’armée[1] qui s’en sort dignement et semble pour l’instant honorer sa fonction au service de la protection de son peuple, les autres leviers de la dictature sont intacts. Or, que vaut une révolution qui se contente de la mise à l’écart du dictateur en chef ? À l’instar des groupes terroristes, la loi intangible de la numération impose que, sitôt le n°1 éliminé, le n°2 hérite du rang, rétablissant instantanément le statu quo ante. Le moindre espace de liberté qui n’est pas arraché à la dictature recèle en son sein les ferments de sa remise en cause dès que les projecteurs se seront éloignés.

Une dictature n’a pas vocation à se saborder d’elle-même. Elle peut simplement muer pour redoubler de férocité ; se maquiller et se vêtir opportunément pour se conformer à une nouvelle donne, trouver parmi ses pourfendeurs d’hier des alliés pour lui permettre de garder au moins un pan de sa prédominance (à partir duquel elle ira reconquérir tous les autres), donner l’impression de s’amender pour gagner un répit : son objectif est de demeurer, de se renforcer, et de se présenter sous un visage renouvelé pour des desseins, au mieux, identiques ?

Tout cela, les Algériens l’ont vécu et leur corps, leur environnement, leur psyché, leur volonté, en portent 20 ans après les stigmates indélébiles. Après 1988, l’armée n’a-t-elle pas décidé de rentrer dans ses casernes ? La terrible Sécurité militaire n’a-t-elle pas été dissoute ? Les partis politiques n’ont-ils pas été légalisés, la liberté de la presse n’a-t-elle pas été instaurée ? Le parti unique n’a-t-il pas été réformé, vidé de ses branches pourries ? Des partis attachés à la liberté n’ont-il pas vu le jour ? Les islamistes légalisés en parti n’ont-ils pas promis monts et merveilles ? La libre entreprise n’a-t-elle pas été proclamée ? La constitution n’a-t-elle pas été amendée ? Des élections libres n’ont-elles pas été organisées ? La France ne s’est-elle pas réjouie du processus démocratique naissant et proclamé par tous ses organes qu’elle soutiendrait cette démarche vers la liberté du peuple algérien ? Toutes ces mutations ne dessinaient-elles pas la promesse de vraie démocratie ?

On connaît la suite. L’armée a reculé pour mieux comploter, la SM a été remplacée par un DRS encore plus déterminé à nuire, le FLN a enfanté le RND, multipliant par 2 la problématique du parti unique (deux partis uniques, en quelque sorte), les partis d’opposition démocratique se sont révélés tous (à un degré ou à un autre) inféodés au régime, les islamistes modérés ont imparablement été infiltrés par des terroristes, la presse libre a simplement servi de paravent pour promouvoir des intérêts privés qui se substitueraient aux biens publics. Les Algériens ont alors été soumis à l’une des plus terribles et minutieuses vagues de répression que les siècles les plus noirs ont enfantées ?

Le tort des Algériens ? N’avoir pas battu le fer quand il était chaud… Et s’être, par inadvertance, laissé confisquer leur combat. D’avoir cru trop tôt en leur victoire. D’avoir rendu les armes avant que le dernier de leurs adversaires ait été neutralisé…

En Algérie tout a été planifié de main de maître par la junte militaire dirigée alors par le général Larbi Belkheir, bien conseillé par ses amis et complices français au sein de la galaxie mitterrandienne. La révolte s’étant délitée en quelques jours, le général Nezzar s’est chargé de lui redonner vie en tirant à la mitrailleuse lourde sur des islamistes propulsés au devant de la scène, enclenchant l’engrenage qui débouchera sur une décennie abominable (La mort de 200 000 personnes, pour la plupart des femmes, des enfants, des vieillards sans défense, étrangers à toute volonté de lutte, n’est que la partie émergée de l’iceberg de l’abomination qui a frappé le pays.)

La Tunisie n’est pas à l’abri de se voir administrer la même potion a posteriori : imposer la menace islamiste [2] comme une perspective inéluctable et tout mettre en œuvre pour dresser un rempart, à trouver parmi les militaires au besoin, après une réforme que l’on imposera au nom de la nécessaire transition vers la démocratie et qui enverra à la retraite tous ceux qui refuseront de jouer ce jeu malsain.

La recette pour rééditer le syndrome algérien est simple. Faire profil bas, laisser la tension tomber, le peuple se démobiliser, éreinter peu à peu l’opposition démocratique, donner un coup de pouce aux islamistes[3] pour progressivement les faire apparaître – aux yeux de la population –, bon gré malgré, comme la seule opposition digne d’arracher la liberté des mains des dictateurs revigorés. L’asservissement du peuple tunisien sera alors reconduit au nom de sa sauvegarde, pour faire rempart contre l’intégrisme, sauver les fillettes tunisiennes qui se mettent du vernis sur les doigts, qui parlent français, ceux qui boivent de l’alcool et qui connaissent Jules Ferry, etc.[4]

Il faut donc s’attendre à voir dans les prochains jours fleurir à la télévision française des reportages sur les islamistes tunisiens[5], sur la menace qu’ils représentent, qui éclipseront peu à peu les aspirations réelles de l’extrême majorité à une vie libre, dans un pays où chacun pourra choisir son mode de vie, en son âme et conscience, exprimer ses opinions, se vêtir, s’alimenter et se cultiver selon ses aspirations. Il ne restera peu à peu que l’image en enfilade de croyants se prosternant devant Dieu, « occupant » au besoin la rue pour prier, tant ils seront nombreux[6].

Les élites intellectuelles tunisiennes ont le devoir historique d’empêcher que soit dévoyée la révolution de leur peuple. Ils le doivent aux Tunisiens immédiatement, avant que le fer ne refroidisse (et tous les sacrifices qu’apportera leur intransigeance aujourd’hui sauveront des milliers de vies demain). Ils le doivent aussi à tous les peuples de la région, d’apporter, sans forfanterie, la preuve par l’exemple de l’ineptie du discours de mépris qui voudrait que les « Arabes ne méritent pas la démocratie » et qu’une « dictature éclairée » qui leur donne à manger est le summum à leur consentir.

Pour toutes ces raisons, les élites tunisiennes qui aspirent à ce projet grandiose sont exposées, aujourd’hui même, aux pires dangers. Car, pour tous les prédateurs du monde (les pillards économiques de tous poils, les opportunistes, les tyrans voisins, les ennemis des peuples du Maghreb et d’Orient qui fomentent dans l’ombre pour les maintenir sous le joug de dictatures « stables », vouées donc à s’imposer pour l’éternité, ces pouvoirs qui disposent d’une puissance médiatique absolue), ce projet doit absolument être contrarié et cet exemple empêché d’éclore. Et ils mettront le prix pour l’étouffer avant qu’il soit exposé à la face du monde. Les enchaînements qu’on avancera pour corrompre leur mouvement vers le salut sont entendus : pousser les Tunisiens à faire preuve de patience pour que la transition s’opère en douce : « Ils ont attendu 25 ans, ils peuvent bien patienter 6 mois de plus ! » Or, c’est durant ces six premiers mois que se décidera la réussite ou l’échec de leur libération.

Ceux qui ont participé à la dictature durant des années, participé à la corruption qui a ruiné leur pays, participé à la répression, n’ont aucune légitimité à fonder les lendemains auxquels aspirent les Tunisiens. S’ils ont cependant un rôle à jouer, c’est devant les tribunaux pour certains et, pour d’autres, à répondre de leur rôle devant des commissions d’enquêtes publiques, pour disséquer la dictature, faire que chacun sache par quels mécanismes se perpétue la destruction d’un peuple. Quant aux « opposants » intéressés qui trouveront toujours des raisons valables de collaborer avec les tyrans d’hier, ils mesurent mal l’ampleur de leur compromission et les dérives que peuvent entraîner leurs opportunistes inconséquences.

Les Tunisiens se garderaient bien de recevoir des leçons d’Etats qui ne leur veulent du bien que dans la mesure où ce « bien » prolonge leur asservissement ; pas de la junte algérienne qui ne manquera pas de miner leur révolution, pas davantage de l’élite politique française qui s’est déshonorée à leur égard un quart de siècle durant et jusque dans les heures précédant la fuite du tyran. Les leçons, ils doivent les tirer d’eux-mêmes, de leur histoire, de celle de leurs voisins, dans leur sens du discernement, et chez les seuls maîtres qui vaillent, ceux qui sur les bancs de l’école leur ont appris à réfléchir…

Quant aux Algériens, ils doivent aussi tirer les leçons de l’expérience de leurs voisins. D’abord cesser de s’immoler – c’est-à-dire cesser de prêter main-forte au régime qui les immole depuis un demi-siècle – et orienter leurs efforts contre leurs adversaires, contre ce régime qui les meurtrit. Qu’ils s’organisent, chacun dans le secteur où il officie, pour identifier les coupables et leurs complices, qu’ils réunissent les preuves des corruptions qui les ruinent chaque fois qu’il leur est loisible de tomber sur un document, et qu’ils se préparent à barrer la route, le moment venu, aux tyrans en fuite, pour non pas les lyncher, mais pour les présenter à la justice devant laquelle ils devront répondre de leurs forfaits. Ils apporteront ainsi la preuve qu’ils valent mieux que ceux qui le enchaînent, qui les méprisent. Quant aux islamistes, quand viendra le moment de la libération, qu’ils s’abstiennent de prêter le flanc encore une fois à des velléités qui ne manqueront pas d’émerger pour justifier le renvoi aux calendes grecques les espoirs de leur peuple.

Alors seulement, ces deux pays frères présenteront à la face du monde l’éclatante démonstration que l’Union des peuples est possible, et non cette Union de la Méditerranée que pilote Nicolas Sarkozy qui ambitionne de réunir une solidarité entre dictateurs, sous l’égide néocoloniale d’une France qui tourne le dos à sa grandeur. Alors, le salut dans la Méditerranée viendra du Sud et, tel l’Harmattan, cette espérance humaine viendra balayer le Nord de son souffle salvateur.

 


[1] L’armée du général Khaled Nezzar (en violation de toutes les règles hiérarchiques et constitutionnelles) a tiré sur la foule faisant plus de 1000 morts, avant de s’acharner sur des milliers d’autres, emprisonnés sans motif, sur lesquels elle a pratiqué la torture, le viol physique et psychologique et le meurtre brutal. Avant de faire voter, manu militari, une loi d’autoamnistie qui interdit aux victimes de se souvenir de l’avoir jamais été.[2]Il serait aisé, avec des voisins aussi attentionnés que l’Algérie et la Libye (par exemple), de faire migrer « l’Aqmi » pour s’installer dans le sud de la Tunisie. L’édifice médiatique permettant de convaincre l’opinion internationale que la démocratie n’apportera que la victoire des islamistes est bien rôdée. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à recenser, au cours de la décennie écoulée, combien de scientifiques, de chercheurs, de journalistes, d’hommes politiques, attachés à la démocratie et à la laïcité ont été vus à la télévision française. Le seul qui écume les plateaux a pour nom Mohamed Sifaoui, dont les déclarations dégoulinent de la haine de l’Algérien, trouvant dans chacune des chaînes un relais pour l’introduire. Qui ne connaît pas dans son entourage le Sifaoui tunisien de demain ? 

[3]Ben Ali n’a-t-il pas spontanément invoqué le complot islamiste ? Michèle Alliot-Marie n’a-t-elle pas, pour détourner l’attention de ses offre de services de répression (de l’envoi de mercenaires pour mater la révolution – comme au Mali, au Niger, en Irak, en Mauritanie, etc.) mis en garde contre une menace dans le Sahel (menace d’autant plus « imminente » qu’elle est permanente, pour des raisons faciles à expliquer, les terroristes et ceux qui les combattent relevant d’une même organisation, le DRS algérien, avec la complicité des prédateurs économiques qui peuvent piller les richesses de ces pays « pauvres » en toute impunité). On remarquera que les explications des divers ministres sont de la même tenue puisqu’ils évoquent pour tout mea culpa de n’avoir pas bien mesuré l’exaspération du peuple tunisien – en d’autres mots, l’erreur, ce n’est pas d’avoir soutenu la dictature mais d’avoir surestimé la capacité des Tunisiens à la tolérer.

[4]Pour s’en convaincre, pendant que chacun déplore à demi-mot son engagement passé avec Ben Ali et exprime des regrets de n’avoir pas compris assez tôt l’exaspération (en d’autres mots que l’on l’ait laissée dériver si loin que les Tunisiens ont décidé de la contester), les mêmes poursuivent leurs compromissions morbides avec le régime algérien (la première décision d’un Hollande candidat aux primaires socialistes a été d’effectuer une virée à Alger pour des raisons que l’on a du mal à comprendre autrement que pour quérir un soutien financier). Pourtant, la dictature algérienne est hautement plus meurtrière que son homologue tunisienne et aucune semaine ne passe sans que l’Aqmi, cette organisation qui a son siège aux Tagarins sur les hauteurs d’Alger, ne se manifeste à l’encontre de la France par un méfait quelconque. Chaque fois, Nicoals Sarkozy se présente en « pleureuse » à la télé avant que les choses se tassent : The show must go on !

[5]Le 10 janvier 2010, sur le Grand journal de Canal+, c’est Ali Badou qui reçoit Mohamed Sifaoui sous le titre ronflant de « grand expert du terrorisme » pour parler de la mort des deux jeunes Français enlevés à Niamey. Mohamed Sifaoui, avec Louis Caprioli, deux revers d’une même médaille (le tout récent receleur de cette imposture s’appelle Mathieu Guidère, un écrivain-journaliste-universitaire suisse qui prolonge le « paradis fiscal » d’un « paradis du coup tordu »), celle de l’instrumentalisation du terrorisme international pour permettre la mainmise des puissances occidentales sur les richesses du Sahel. Ali Badou n’en est tellement pas à un forfait de ce type près que quelques ans auparavant, il avait proposé comme ouvrage « indispensable » une caricature cosignée par le même Mohamed Sifaoui. Quant au film de Daniel Leconte et Philippe Val sur les caricatures de Mahomet, le contre-exemple absolu du journalisme honnête, il a été salué comme « brillantissime » par Ali Badou, avec l’ensemble de l’équipe du Grand journal, dans un unanimisme qui n’aurait d’équivalent que dans la télévision de Ceausescu. Ces hommes ne sont que des étages inférieurs de ce que l’on pourrait appeler la verticale de la manipulation, dont les motivations n’ont à voir ni avec l’information, ni la vérité, ni l’humanité, et dont les sommets répondent à des réseaux dont chacun pourra vérifier les effets dévastateurs à travers la planète et dont ne bénéficient que des minorités au pouvoir, des minorités néfastes, prédatrices, meurtrières.

[6]Il suffira alors de donner corps à cette hantise en filmant une explosion ici, l’incendie d’un bar là, un jet de vitriol sur le visage d’une jeune habillée à l’occidentale un jour, le discours enflammé d’un imam un autre (qu’on présentera comme la traduction des aspirations d’une majorité qui, si elle était laissée s’exprimer, plongerait le pays dans la barbarie) ; le climat s’alourdira peu à peu et bientôt les intellectuels laïques seront pris pour cible par les islamistes, éliminant les plus récalcitrants d’entre eux, les autres préférant se murer dans le silence de peur de compter dans le prochain contingent des victimes.

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témoignages selon le maol

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

témoignages selon le maol dans DRS(39) Abdelkaderzitouni

Témoignage

Du Commandant

Abdelkader Zitouni

 

Les héros de Novembre.

Beaucoup d’Algériens n’ont toujours pas assimilé ce qui leur arrivent, ils ne comprennent pas non plus les raisons de cette tragédie qui les a plongés dans un chagrin indescriptible. Il faut dire à juste titre qu’ils n’ont pas eu le recul nécessaire et le temps de penser à la question puisqu’ils se sont et pendant longtemps, enfouis pour échapper à la terreur qui a anéanti des milliers de vies humaines. Comment expliquer le plus simplement du monde sans s’éloigner et sans prendre trop de temps en quelques mots les raisons d’une guerre qui n’en finie pas ? Il est vrai que c’est presque un challenge que de résumer des années d’une gouvernance barbare en quelques lignes.
Mais avant de citer les raisons d’une catastrophe, je voudrais expliquer au lecteur comment L’Armée Nationale populaire a été à la fin des années quatre vingt remodelée, altérée pour la transformer de fer de lance pour la défense de l’Algérie et son peuple vers un fer de torture pour le contrôle des richesses de l’Algérie et le musellement de son peuple.

En ce qui me concerne, je dois dire que je suis issu d’un milieu modeste, une famille comme il en existe beaucoup en Algérie, une famille qui a toujours fait des sacrifices dans la vie, une famille qui a des principes et qui a choisi de vivre dignement. Le sens de l’honneur et du devoir, c’est dans le berceau familial qu’on les acquière.

Mon engagement au sein de l’Armée n’a jamais été une réaction impulsive animée par le sentiment de vengeance suite à une injustice. Je n’ai jamais eu à l’esprit la moindre pensée, de garantir par mon engagement une quelconque réussite matérielle. Un seul et unique objectif me remplissait le cœur de joie et d’optimisme: appartenir à l’ANP pour servir, défendre et protéger mon pays. Eh oui, bien que cela puisse paraître si naïf et démodé, ce sont bien les seuls motifs qui m’ont poussé à m’engager. Je ne sais pas comment expliquer cette détermination de donner de sa personne pour son pays, sauf qu’étant enfant, voir les films de la guerre de libération en noir et blanc sur notre vieux téléviseur me remplissait d’un sentiment étrange, un mélange de fierté et de volonté de sacrifice, je voulais ressembler aux héros qui ont bâti la légende, je voulais me sacrifier pour cette terre pour faire partie de ces hommes qui hantaient mon esprit, ces hommes qui ont donné à l’honneur tout son sens. Pour ces raisons je me suis engagé et pour ces raisons je me suis juré de donner ce que j’avais de plus cher pour les défendre : Ma vie, et pour ces raisons aussi je me suis soulevé avec mes frères au MAOL contre ceux qui ont souillé la mémoire des martyrs.

Je dois dire avec franchise que tout ce que j’ai appris pendant les premières années de vie au sein de l’ANP était pour moi la concrétisation d’un rêve formidable. Jeune officier, je m’appliquais dans mes missions et je veillais scrupuleusement à l’exécution des ordres de mes chefs hiérarchiques. Rien ne pouvait m’éloigner de mon devoir même l’établissement d’une famille car je considérais que la priorité était de construire le pays et d’édifier un Etat à la mesure des espérances de tous les martyrs qui ont donné leurs vies pour que je puisse faire parti de l’Armée Nationale Populaire. Je dois avouer qu’écrire ces lignes est beaucoup plus difficile que je ne pensais car j’ai de la peine, beaucoup de peine à évoquer tout cela et me remémorer un rêve qui a tourné au cauchemar.

Au fil du temps, surtout au début des années quatre vingt, les choses ont commencé à changer et des pratiques nouvelles sont apparues, les petits passe-droits, les petites affaires tels les lots de terrains, les logements, les véhicules, autant de biens matériels qui faisaient tourner la tête à certains de nos chefs de l’époque. J’ai essayé de leur trouver des excuses au fond de moi, mais une nouvelle réalité se dessinait devant mes yeux et cela a été véritablement le commencement de la décadence car à ces petits privilèges beaucoup d’appétits se sont aiguisés et la réussite matérielle devenait une priorité chez nombre de nos chefs. A cette époque ça me faisait mal d’entendre les citoyens algériens dire des militaires qu’ils s’engageaient pour  » Honda et Blonda « , mais j’ai compris par la suite que cette politique de compromission généralisée des cadres de l’ANP émanait comme on dit  » d’en haut  » puisque cela leur permettait de contrôler l’Armée, de la façonner et la remodeler à leur guise. Je ne peux dire combien d’officiers et de sous-officiers honnêtes ont fait les frais d’une liquidation systématique dès qu’il s’agissait de protéger une nouvelle caste de militaires qui ont investi l’ANP, comme des criquets, avec pour seule ambition le confort personnel.

A la fin des années quatre vingt et avec les évènements d’octobre je savais que nous allions vers la catastrophe et c’était l’avis de tous ceux qui faisaient leurs devoirs avec assiduité. Tout avait changé depuis mon engagement et rien de ce que je voyais autour de moi ne pouvait être comparé à ce que j’aspirais par une carrière dans l’armée. Nous avons glissé petit à petit dans le gouffre et aux petits trafics qui pouvaient passer inaperçus se sont succédés les grands détournements et les grosses combines qui mettaient en danger et la sécurité du pays et son avenir. En un mot je ne reconnaissais plus l’ANP, des commandants d’unités s’en sont même pris à la solde des HDT (hommes de troupes) et des appelés, et même leurs rations alimentaires étaient détournées par les responsables, ce qui faisait que nos djounouds et même les officiers étaient obligés chaque soir de se nourrir de lait et de pain. Je ne cite que ce petit exemple simple sans pour autant relater ce qui est encore plus grave, l’armement au sein du CFT. Le matériel acheté par le commandement (surtout au début des années quatre vingt dix) était visiblement inadéquat vu sa vétusté, à peine repeint par la mafia des pays de l’Est, il n’était bon que pour une chose : figurer sur les bilans du commandement pour justifiés des dépenses faramineuses de plusieurs dizaines de millions de dollars.

Bon nombre d’officiers intègres qui ont manifesté leur inquiétude auprès du chef de l’Etat major se sont vus écarter et même arrêtés par les services de la DCSA. Il était claire que tout avait changé, tout était différent et les hommes qui voulaient servir avec foi n’avaient plus leur place parmi une nouvelle espèce de chefs qui se comportaient comme des requins et bien pire car ils ne se sont entourés que de gens comme eux sur lesquels ils pouvaient compter et en définitif tous ceux qui avaient de mauvaises réputations se sont retrouvés à la tête des postes stratégiques commandant des hommes intègres à qui ils menaient la vie dure en les affectant surtout vers les premières lignes du front de la lutte contre le terrorisme. Les militaires intègres se sont en fin de compte retrouvés pris entre deux feux, et même s’ils arrivaient à échapper à la mort lors d’opérations suicides décidés par le commandement, ils étaient toujours réaffecté aux même missions ce qui faisait qu’ils étaient condamnés à disparaître quelques soient les données.

La lutte contre le terrorisme qui s’en ai suivi à été en ce qui me concerne, une vraie guerre contre un peuple affamé et appauvri. Les méthodes et les stratégies adoptées par Khaled Nezzar, Mohamed Lamari, Mohamed Touati, Fodhil Chérif, et les autres étaient des méthodes colonialistes barbares, des méthodes intégristes ; oui intégristes car éradicatrices. J’ai tout connu après cela, l’horreur, la déception la révolte ; tout cela je le vivais et au fond de moi je voulais punir très sévèrement les responsables de ce drame : ceux qui avaient gâché le rêve.

Animé par le même sentiment du premier jour de mon engagement, j’ai fais le serment de tout donner pour sauver mon pays et j’ai pris la décision de rejoindre ceux qui partageaient les mêmes objectifs et les mêmes idéaux. Tout ce que je sais c’est que rien n’est perdu tant qu’il y a des hommes dignes qui portent l’Algérie dans leurs cœurs.
Les assassins qui commandent l’Armée aujourd’hui ne sont pour moi que de vulgaires mutins qui ont pris en otage tout un pays ; des êtres indignes qui n’ont pas un passé honorable ; ils sont complexés par la gloire de la guerre de libération qu’ils ont combattue dès les premières heures de la révolution mais surtout après l’indépendance. Rien ne sert de les insulter car tout compte fait, ils ne méritent même pas qu’on les insulte, l’histoire et le peuple n’oublieront jamais ceux qui ont trahi.
Aujourd’hui des fortunes colossales fleurissent ici et là, et l’on comprend mieux à qui la crise a profité. En un mot, pour que le peuple saisisse les raisons de cette tragédie, il suffit de voir ce qui se passe sur la scène économique du pays, les terres agricoles sont redistribuées, les usines les plus grandioses rachetées au dinar symbolique, et même Sonatrach n’échappe pas au sort réservé à tout ce qui peut représenter une source de revenu. Tout a été savamment inventorié et partagé entre ceux qui ont plongé l’Algérie dans le deuil.

Je suis convaincu que rien ne peut arrêter la détermination des hommes intègres, des Rdjels ; les vrais, et rien ne peut non plus venir à bout de la colère du peuple qui brûlera tout sur son chemin.

Avec mon modeste témoignage je voudrais dire à mes compagnons au sein de l’ANP et à tout le personnel militaire que le jour où il faudra rendre des comptes est proche, et même si les généraux coupables essayent vainement de faire pression sur nos familles ou sur nos proches pour nous faire taire ou nous acheter, rien n’empêchera l’Algérie qui a enfanté les héros de novembre de donner d’autres vaillants pour qu’ils purifient l’Algérie de la salissure à commencer par celle qui souille notre glorieuse institution militaire.

 

Le Commandant Abdelkader Zitouni

 

 

mohamedsamraoui dans DRS(39)

Témoignage

Du Colonel

Mohamed Samraoui

dit Lahbib

 

CESSEZ VOS MENSONGES GENERAL.

Décidément le général Khaled Nezzar a du culot !

Après l’humiliation parisienne subie le 05 juillet 2002 lors de son procès face au sous-lieutenant Habib Souaïdia (déboire qu’il a essayé de transformer en grande victoire), notre fameux général  » déserteur de l’armée française « , venu sois-disant laver l’honneur de l’ANP ( lui qui n’a plus d’honneur depuis 1955 lorsqu’il s’était engagé dans les rangs de l’armée coloniale pour combattre les Algériens épris de justice et d’indépendance ) a raté, une nouvelle fois, une bonne occasion de se taire !

Lui qui est venu à Paris en grande pompe pour défendre l’honneur de l’ANP, a été incapable de défendre son propre honneur, lorsque Ali Kafi l’a publiquement traité de traître, de fils de traître et d’assassin : Un bel exemple de courage et de bravoure mon général !

Mais du courage général, vous n’en avez que devant ceux qui sont  » désarmés  » face à votre propagande mensongère.

Non content d’être l’un des principaux responsables de la décennie rouge (200.000 morts, 16.000 internés, 8.000 disparus, 500.000 exilés, 1.200.000 personnes déplacées, sans parler de la situation économique et sociale lamentable…etc.), le général se met à écrire et multiplier les conférences de presse en vue de s’approprier l’histoire comme il a confisqué le pays et ses richesses. Evidemment il ne donne que sa version, celle d’un faussaire, celle d’un imposteur qui cherche à masquer ses crimes et ceux de ses compères « DAF » en se dissimulant derrière la fable du  » sauvetage de la république menacée par le péril intégriste ! « 

Sa dernière sortie médiatique du 22 septembre 2002, illustre de manière éclatante la conception de la démocratie chez le général Khaled Nezzar. Pour lui, seule l’opposition de « paille » est tolérée en Algérie. Les vrais opposants qui défendent l’Algérie, n’ont droit eux qu’à la prison ou aux cercueils et dans le meilleur des cas à l’exil . Est-ce une raison suffisante pour les diffamer et leur jeter l’opprobre ?
Les accuser de traîtres parce qu’ils ont eu le courage de dire NON à votre dérive mafieuse ? Admirez le résultat de votre sauvetage général! Vous pouvez en tirer une immense fierté !
L’impunité dont vous jouissez en Algérie vous permet de tenir des propos outrageants et outranciers à l’encontre des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Algérie indépendante, confirmant ainsi le mépris que vous avez toujours eu pour la classe politique et vos collègues généraux, que vous avez qualifiés durant le procès respectivement de  » cheptel  » et  » d’analphabètes « .

Pourquoi portez-vous des attaques virulentes contre Mouloud Hamrouche ? Est ce parce qu’il est fils de chahid et que vous êtes fils de harki ou bien parce que ses reformes ont mis à nu les circuits parasitaires qui gangrénaient ( et rongent toujours aujourd’hui ) l’économie du pays et qui profitaient aux  » copains « ?
Je ne suis l’avocat de personne, mais force est de constater que vous n’attaquez que les gens honnêtes, ceux qui sont propres et intègres, jamais les mafieux comme vous! Je vous met au défi de citer une seule affaire de malversation ou de concussion impliquant Mouloud Hamrouche ou Ghazi Hidouci ?

Vous avez osé dire que je fus épargné par pitié pour mes enfants…. Depuis quand la pitié fait-elle partie de vos mœurs ? Vous qui n’hésitez pas à bombarder des jeunes algériens avec du napalm, à massacrer des familles entières, à dynamiter des chaumières et à égorger des bébés, des femmes et des vieillards.

Quel crédit donner à ce général dont le peuple algérien a pu entrevoir avec répulsion le vrai visage lors du procès intenté à un pauvre sous-lieutenant?

Dans la bouche de ce pâle général, comme dans celles de ses avatars, de ses esclaves et sous la plume de ses nègres , les mots n’ont plus de sens. Dans le système du mensonge, du sang et du pillage, tout les repères sont inversés : Les honnêtes gens sont des traîtres et les criminels sont des héros… !

Donc, à mon avis, la juste réponse à ce général doit d’abord relever du mépris : on ne dialogue pas avec un individu aussi peu recommandable ! L’indécent spectacle que ce soudard déguisé en général a donné lors du procès parisien aurait mérité une expertise psychiatrique.


Général… . Encore un mot qui a perdu son sens en Algérie.
Ailleurs grand titre de chefs militaires ; chez nous ce grade est celui de l’infamie et de l’indignité; celui de la salissure et de l’opprobre, celui gagné (pour certains) dans les  » grandes batailles  » de Bentalha, Rais, Relizane, Beni Messous,… !

Au lieu de se murer dans le silence et faute de trouver le courage de se suicider, (ce qu’un officier digne de ce nom aurait du entreprendre tant l’atteinte à l’honneur est irréparable) ;Khaled Nezzar, ce soi-disant général incapable d’énoncer trois phrases cohérentes, s’exhibe en compagnie de sa cohorte de témoins de troisième zone qui ont fini par couvrir de ridicule cette organisation de rentiers et de criminels qui tient lieu de système.
Mais que connaît-il de l’honneur, ce mafieux affublé des oripeaux du général qu’il ne sera jamais?

Un livre, encore un autre, écrit par une plume servile; mais cette gesticulation littéraire est condamnée au même sort que toutes les démarches mercenaires : le néant de l’indifférence. Qui attache le moindre prix aux balivernes de ces psychopathes? Paradoxalement, les insultes sont le seul compliment que l’infamie peut produire.

Général Nezzar, si vous n’avez pas compris que le peuple algérien vous vomit, je vous invite alors à marcher dans les rues d’Alger sans escorte, ou alors à fonder un parti politique afin de pouvoir apprécier à sa juste valeur la popularité du  » sauveur de l’Algérie  » que vous croyez etre . Le verdict des urnes sera sans appel et il est à parier que même les plumitifs qui vous entourent se déroberont. Retenez bien ce vieil adage pour les jours qui vous restent général :  » Tout flatteur vit au dépend de celui qui l’écoute « .

 

Le Colonel Mohamed Samraoui dit Lahbib

 

hasniabdelhamid

Témoignage

Du Commandant

Abdelhamid Hasni

 

 

Je ne veux plus me taire.

La complexité du conflit Algéro-Algérien tient pour une grande partie à l’histoire même de l’Algérie. Cette histoire que l’on a toujours évité d’écrire pour ne pas soulever les tabous, pour ne pas compromettre nombre de dirigeants toujours au pouvoir !

Le grand paradoxe du drame de l’Algérie tient également à cet occident qui a si bien toléré et fermé les yeux devant l’interruption brutale des élections de 1992, mais aussi et surtout devant toute la violence et la brutalité qui s’en ai suivi.
Il tient aussi à nous, parce qu’il ne s’agit pas de se demander si nous sommes manipulés ou pas, puisque la réponse est malheureusement affirmative, mais il s’agit désormais de comprendre comment sommes-nous mentalement influencés, contrôlés et conditionnés par nos chefs?

L’Algérie est-elle devenue orpheline ?
Est-elle devenue stérile ?

Est-ce que ceux qui auraient pu se battre pour elle et la sauver, ont-ils choisi le chemin de l’exil ou sont-ils trop occupés à survivre tant bien que mal devant la cherté de la vie, multipliant les emplois et les combines en tout genre pour garantir la nourriture et les besoins de leurs familles ?
Comment avons-nous fini si bas ?
Est ce la faute aux hommes dignes qui ont baissé les bras ?

Est ce la faute des intellectuels de salon qui connaissent une aliénation chronique et qui sont nourris d’un sentiment de rejet et de mépris ?

Est ce la faute aux enfants souffrant de malnutrition, déscolarisés et envoyés par leurs parents pour mendier, pour vendre des cigarettes ou des sachets dans les ruelles des marchés en quête de quelques sous en plus.

Est ce la faute de notre société devenue fataliste, une société où domine l’absence d’espoir, où la colère et la violence sont devenues le seul mode de communication ?

Est ce la faute au pouvoir pernicieux, mené par des médiocres, entourés de médiocres, n’engendrant que la médiocrité, la haine et le mépris ?

Est ce à cause du pétrole, cette richesse naturelle, ce don de Dieu devenu une malédiction ?

Les réponses à toutes ces questions nous les trouverons certainement en nous même, pour vue que nous soyons assez courageux et assez honnête pour nous confronter à nos actes.
Appauvris, asservis, et réduits à l’état de bêtes, nous militaires de seconde classe formions véritablement le terrain propice à la destruction de l’Algérie. Nous formions ce creuset de chair à canon pas vraiment chère et disponible d’où les généraux ont puisé et puisent toujours la force de leur survie.

La vie est-elle vraiment si chère pour qu’on accepte de devenir si peu cher? Pour persister dans un silence implacable à accepter d’être guider par des bourreaux vers un abattoir certain ?
Une vie aussi indigne vaut-elle vraiment ce sacrifice, ce silence et cette honte que nous porterons pour toujours?

Les événements d’octobre 1988 ont été pour moi le déclic, dès lors que j’ai vu des enfants froidement abattus, je commençais à prendre conscience des enjeux et des réalités autour de moi. Je découvrais le système sous un autre aspect tout à fait inconnu.

Les événements qui ont suivi, ceux de 1991 et 1992 m’ont confirmé et m’ont donné la conviction que je m’engouffrais dans un engrenage et dans une tourmente qui ne faisaient malheureusement que commencer. J’avais pitié de moi-même et je me haïssais en même temps et malgré moi je devenais l’otage de ce système pour qui nous officiers sommes devenus la rançon de sa perpétuité.

Nous officiers qui sommes sous le drapeau, nous nous sommes laissés faire, nous nous sommes laissés entraîner, nous nous sommes laissés impliquer dans une guerre dégoûtante, une guerre sans honneur que nos chefs ont déclenché sous prétexte de défendre ce même drapeau!

Nous sommes devenus au fil des jours des marginaux dans notre société et pis encore, je ne comprenais plus comment d’un état d’exhibition durant les années 1980 nous sommes arrivés au stade où aucun officier n’osait se rendre à son travail en tenue militaire !

Je lisais la haine dans le regard de la société ; et même mes amis proches, des amis d’enfance, ont pris leur distance et ont décidé de m’éviter. Moi, j’étais toujours le même, je n’avais pas construit de villa et je ne conduisais pas un véhicule neuf. Bien au contraire, faisant partie de la grande majorité qui constitue cette grande muette, j’arrivais à peine à joindre les deux bouts à la fin de chaque mois. Ces difficultés se sont répercutés au sein même de ma propre famille. Je m’absentais très souvent, je rentrais chez moi en permission pour une semaine au bout de plus de deux mois d’astreint et finalement je n’arrivais plus à gérer la situation.
Les disputes sont devenues fréquentes et je voyais mes enfants se perdrent au milieu de tout cela. La peur, le mépris et la méfiance et même la panique ont pris place dans ma vie et je me posais la perpétuelle question : Pourquoi ? Nous nous sommes engagés pour servir l’Algérie, construire une nation, poursuivre le combat ; et nous nous sommes retrouvés pris dans un engrenage infernal, immonde.

En tant qu’officier, je n’étais plus convaincu de la légalité de ma mission et au fond de moi je voulais bien souvent trouver du bon sens dans ce que je faisais, du courage pour continuer. Mais à mesure que le temps passait ma lassitude devenait plus grande et mon désarroi plus envahissant par ce que je voyais jour après jour, par ce que j’apprenais et par les mauvaises nouvelles qui faisaient notre quotidien. L’odeur de la mort nous a submergé et à l’annonce de la perte d’un ami ou d’un collègue le silence était de mise et chacun de nous devenait blême !
Pourquoi avions-nous si mal sans oser l’admettre ?
Je n’arrêtais pas de m’interroger sur les raisons de ce mal invisible mais poignant!
Est- ce la peur de mourir…, je me sentais déjà mort, pas dans mon corps mais dans mon âme !
Est ce le grade…, il n’avait déjà aucune importance !
Est-ce la crainte pour mes enfants…, ils avaient déjà honte de révéler que leur père était militaire.

On portait tous et malgré nous l’étiquette de voleurs et d’assassins !

Ne sommes-nous pas réellement ce bâton dans la main d’une bande avide de sang ne pensant qu’à ses intérêts hypocrites et malsains ?
Que seront devenus ces sanguinaires s’ils n’avaient pas trouvé en nous ces âmes faibles, égoïstes et mesquines, qu’ils ont manipulé à leur guise.
Ne sommes-nous pas aussi complices de notre tragédie ?

Oui, nous le sommes par notre silence et notre résignation à survivre dans l’attente de jours meilleurs tout en courant derrière les besoins quotidiens. El gouffa, ce phénomène étrange, magique qui dans toute la hiérarchie militaire et à tous les échelons, prend des proportions différentes, des formes différentes mais toujours dans l’exubérance.
El gouffa, cette obsession qui passionne à chaque niveau, elle va de la simple forme que connaît tout un chacun à d’inestimables présents.
El gouffa cette maladie vicieuse, dès qu’on s’y habitue, on ne peut plus s’en libérer. El gouffa cette fonction qui prime sur tous les grades.

Qui n’a pas été séduit par cette fameuse gouffa ? Elle ne nous coûtait absolument rien. El gouffa a créé un état d’esprit nouveau, nos femmes ne distinguaient plus entre le chef et le subordonné. Que pouvait répondre cet officier à sa femme qui lui demandait s’il serait enfin promu adjudant, faisant allusion à son voisin, qui d’après elle, ramenait chaque soir chez lui « koul kheir ».
El gouffa est devenue un critère de promotion au grade supérieur, sinon comment expliquer, ce colonel, commandant une division blindée (devenu général récemment) faire des colis à son chef supérieur en l’occurrence le commandant des forces terrestres et en désignant un officier pour cette mission ; c’était selon la saison, une fois du miel d’abeilles, une autre fois de l’huile d’olive, des amandes… etc.

El gouffa on la voyait chaque jour sortir bien garni des casernes vers des destinations diverses et variées, le soir dans les même casernes, la troupe (les soldats) rentrait de sa permission de spectacle (pour quelques heures) munie de toutes sortes de sachets pleins de nourriture. Quel est l’officier qui devant ce spectacle aussi désolant aussi déshonorant, ne baissait pas les yeux, n’osant même pas regarder en face une vérité aussi crue.
Cette troupe qui ne mangeait pas à sa faim, est contrainte à aller s’approvisionner à l’extérieur et à ses frais. Lequel parmi nous n’est pas conscient que l’on a toujours mangé et fait manger ( d’une manière ou d’une autre) à nos enfants du  » haram « ! On continue toujours à le faire et malheureusement on est devenu esclave de cette maudite gouffa.

Quel est l’officier qui a eu le courage de dire non, basta ! Et advient que pourra. Non, on a préféré pour la majorité jouer le jeu et par notre bassesse on s’est encore une fois laissé faire, alors qu’au somment du commandement c’est toute l’Algérie qui est mise sur la table et devisée, une proie de toutes les convoitises.

Pour quoi continuer de se taire alors ? Est ce de peur de se retrouver éloigné de ses enfants, mais que pouvait-on encore perdre, on avait déjà tout perdu, même nos âmes que l’on a vendu au diable.
Je me demandais s’il restait en nous un brin de fierté, oserions nous nous regarder droit, en face, devant un miroir et se dire que nous sommes des hommes ; rentrer le soir chez soi jouer le  » macho « , quelle honte!

Je ne peux dire que j’ai fait ce que je devais faire mais je reconnais que je suis soulagé de pouvoir crier et dire que malgré tout j’ai fini par dire non…Je refuse de faire partie de ceux qui coupent les arbres de la forêt pour en faire des cercueils…je refuse d’obéire a des généraux qui dépouillent les cadavres et battissent les fortunes…Je refuse de me taire car comme dit notre proverbe :  » Ma yenfaa ghire assah  » et pour moi assah c’est el bled.

Puissent nos enfants nous pardonner ce que nous avons fait de l’Algérie.
Puissent les mères de l’Algérie nous pardonner notre silence, notre égoïsme, nos indifférences, nos complicités et nos compromissions accablantes.

L’histoire ne pardonne jamais !
Le Commandant Abdelhamid Hasni

 

elgasmiredouan

Témoignage

Du Lt-Colonel

Redouane Elgasmi

 

 

Pour l’honneur de l’Algérie et la gloire de son nom.

Je ne sais pas comment un tel jour est arrivé ; ce jour où il fallait que je prenne la décision de dire :  » non !  » Je n’ai jamais pu imaginer, un seul instant depuis la date de mon engagement au sein des rangs de l’Armée Nationale Populaire, que le moment viendrait où je serai aussi malheureux et révolté par tout ce que j’ai vu au siége du MDN durant cette décennie.
Moi qui n’ai jamais discuté un ordre (ceux qui me connaissent depuis longtemps peuvent témoigner des mes états de service), je suis arrivé au stade où je ne pouvais plus suivre les instructions que je recevais ni les notes de services qui me parvenaient, tellement elles étaient contraires avec ma déontologie de militaire vu que mon engagement au sein de l’ANP a toujours eu un seul et unique but : servir l’Algérie de toute mon âme.

Je découvre qu’il est difficile d’interpréter mon chagrin et ma déception tant il est pénible de trouver les mots qui puissent traduire fidèlement le sentiment de rage et le bouleversement provoqué par le déchirement intérieur des années passées à cautionner ce qu’il conviendrait d’appeler justement une mafia institutionnalisée.

Je me suis rendu compte au fil des jours que je devenais étranger dans un milieu qui n’avait rien à voir avec l’institution vertueuse que j’ai connu, il y a fort longtemps.
Au fond de moi, les incompréhensions se sont entassées et ont amené le doute, et le doute a généré les interrogations, un enfer qui n’en finissait pas. Comme beaucoup d’autres officiers qui ont été dans mon cas et qui ne pouvaient rester sourds à leurs consciences, je me devais de faire quelque chose pour mettre fin à la controverse qui me rongeait et chasser la malédiction infernale qui s’abat sur mon pays !
Je voulais en fin de compte surtout comprendre qui sommes-nous, la nature de notre mission en tant qu’officiers d’élite et où allait l’Algérie ? Il est vrai que nous avions depuis bien longtemps appris à obéir les yeux fermés, mais au fond de moi après des années de loyaux services tout sonnait faux ; rien de ce que je faisais ne pouvait en aucune façon que se soit servir mon pays ou rendre son peuple plus heureux, la preuve est le résultat au jour d’aujourd’hui, une réalité dure qui est une complète négation de ce qui a fait la gloire de notre révolution!

Je ne sais pas comment je pourrais rendre compte à mon peuple, je ne sais pas comment je pourrais expliquer ce qui est arrivé. Je ne trouve pas d’excuses, ni d’arguments pour convaincre ceux qui m’entourent que ce que nous avons entrepris n’avait qu’un objectif : la sauvegarde de l’Etat ! J’ai souvent vu des officiers fuir leurs responsabilités en les diluant dans le tas général de la basse besogne ; j’ai vu les gens changer pour devenir en fin de compte des loques humaines, des machines à tuer, des engins de la mort pour qui la parole du commandement est plus sacrée que la loi divine ; J’ai vu des principes bafoués, une Algérie changée, une armée trahie par ses chefs, mais par-dessus tout une Algérie meurtrie et un peuple pris en otage !

Ce qui est sûr, c’est que je ne pourrais jamais adopter l’attitude lâche pour dire que c’est la faute aux autres, trop facile et trop simpliste à la fois ! Je peux affirmer que sommes tous responsables, nous sommes tous complices, nous sommes tous coupables! Nous avons tous contribué, chacun selon son degré de responsabilité, à la perte de l’Algérie.

Je crois avec la certitude la plus tenace, que bien des vies auraient pu être épargnées si le commandement avait fait preuve de sagesse surtout durant les premiers moments critiques qui auraient fait toute la différence. Mais en tant que militaires, si nous avons failli à notre mission, c’est par ce que le commandement a failli, ce commandement qui n’a jamais été à la hauteur. Oui nous avons failli, contrairement a ce que tente de faire croire le chef d’Etat major ; nous avons failli à rendre l’Algérie meilleure ; nous avons failli à rendre l’Algérie prospère ; nous avons failli à semer l’esprit de novembre dans les générations qui vont bâtir l’ANP de demain.

Le courage nécessaire qu’il m’a fallu pour témoigner de ce qui s’est passé en Algérie, je l’ai puisé dans ce que j’ai vécu durant mon service ; je l’ai appris dans les regards de ceux qui ont souffert, de ceux qui ont payé chèrement l’incompétence d’un commandement qui n’a qu’un seul objectif : Rester au pouvoir et s’enrichir le plus possible.

Je voudrais tellement savoir qui de nos chefs accepte d’endosser à lui tout seul les conséquences de la catastrophe qui a détruit le pays ? Qui va oser léguer une telle feuille de route pour les générations futures ?

Je ne pouvais pas tourner le dos comme beaucoup et dire que le pays ne compte pas plus que ma personne ! Même avec le silence le plus lourd et le plus tranchant beaucoup d’officiers veulent une Algérie meilleure où il fait bon vivre et non mourir ; une Algérie où la cupidité des hommes s’efface devant la justice et l’intérêt général. Ces officiers sont très nombreux et condamnent fermement ce qui se passe, mais comme beaucoup d’autres avant eux ont perdu leurs vies en faisant la même chose, ces voix qui condamnent restent muettes en attendant le jour  » J  » pour libérer les cris qui s’enfouissent et les étouffent.


La lutte contre le terrorisme que nous avons mené n’a pas été des plus propres et les méthodes engagées à ce but étaient pires que ce que je pouvais imaginer. Quand j’ai vu le certificat de réception des cinq milles barils de Napalm, je suis resté sidéré ; rien que le mot : Napalm sur le document avait soulevé tout un chapitre de l’histoire qu’on m’a minutieusement appris!
Le comble c’est que je me suis rendu compte que nous avons créé des menaces là où il n’y en a jamais eu. Des leurres et des arguments nécessaires au commandement pour des besoins tactiques que nous ignorions !

Après avoir suivi la conférence de presse du chef d’Etat major Mohamed Lamari le 02 juillet je me suis longuement demandé :

Pourquoi les généraux veulent-ils à tout prix assimiler systématiquement toutes les accusations qui sont portées contre eux comme des attaques contre l’institution militaire ?

Pourquoi se vouent-ils, avec une férocité extraordinaire, à faire admettre que l’honneur de l’Algérie est intimement lié aux leurs ?

Pourquoi croient-ils qu’ils sont des êtres liturgiques qu’il faut adorer, vénérer et auxquels il ne faut rien reprocher sous peine de tomber dans la disgrâce et l’incrédulité.

Avec mon expérience je peux dire, qu’à force d’impunités cumulées, de crimes impunis et de libertés infinies, ces généraux ont fini par croire qu’ils sont incontestablement au-dessus de la loi, pis encore que nous-même officiers sont à leurs ordres tels des chiens aux pieds de leurs maîtres !

Ce qui est certain, c’est que le terrorisme  » dont Lamari parle  » ne disparaîtra que lorsque les généraux responsables de cette catastrophe seront bannis de l’ANP. Coupables à plus d’un titre pour ce qui arrive en Algérie, il ne pourra y avoir aucune solution, tant sur le plan politique que sécuritaire aussi longtemps qu’ils resteront en fonction.
Il ne fait plus aucun doute au jour d’aujourd’hui que les masques sont tombés et que toutes les stratégies démoniaques mises sur pied par le  » cabinet noir  » n’ont eu qu’un seul et unique objectif : Amasser les fortunes et construire les empires sans rendre des comptes.

J’ai vu, dès le début, comment la violence a été instrumentalisée ( l’attentat de l’aéroport Houari Boumediene étant un exemple flagrant), le GIA qui reçoit toujours ses ordres des officiers du DRS qui l’ont créé, reste une arme redoutable et un paravent infaillible pour la soumission et la servilité du peuple algérien. Avec leur GIA, les bourreaux prennent en otage toute une nation qu’ils déchirent à chaque fois que des voix se lèvent pour réclamer la liberté et dénoncer les abus.

Tous les experts militaires ( même ceux que le commandement a chargé de faire des études stratégiques sur-le-champ au début des années 90) s’accordent à dire que: Quand on a à faire à un nombre aussi élevé de terroristes ( 27 000) on n’a plus à faire au terrorisme conventionnel mais à une révolution armée en bonne et due forme ! En 1992 il y’avait à peine quelques centaines d’éléments répertoriés dangereux par les services du DRS sur tout le territoire national. Les 27 milles terroristes dont Mohamed Lamari parle, ne sont pas tombés du ciel, ils ont été expertement constitués et soigneusement entretenus par les cercles occultes qui avaient besoin d’un alibi solide afin de mener à bien leurs plans.

 » Le terrorisme est vaincu mais l’intégrisme est intact  » ! Une déclaration de guerre en bonne et due forme contre le peuple algérien. Mohamed Lamari qui ordonne toujours à ses égorgeurs de lui rapporter les têtes de ses ennemis étale au grand jour ses convictions et plaide sans aucun scrupule pour l’éradication tout azimut.

Le peuple algérien est un peuple intégriste, dans son éducation, dans son travail, bref dans sa vie de tous les jours. C’est l’intégrisme du peuple algérien qui a donné la révolution de novembre, c’est l’intégrisme du peuple algérien qui a fait des miracles, c’est l’intégrisme du peuple algérien qui a permis à un ex. sous-officier de l’armée française de devenir chef d’Etat major de l’ANP !

Que reste-t-il de l’Algérie des grandes valeurs de la révolution de novembre ?
Que reste-t-il de l’Algérie des grands rêves qui ont disparu avec les martyrs ?
Que reste-t-il de l’Algérie des valeurs qu’on nous a méticuleusement inoculé ?
Que reste-t-il de l’Algérie ? Un peuple candidat à l’exil ; un peuple déshonoré, humilié, meurtri.

Aujourd’hui, Mohamed Lamari souhaiterait un peuple sur mesure, il veut éliminer toute la population algérienne et la remplacer avec une masse à sa convenance et à sa guise. Benthalha, Raïs, Beni-Messous ne sont tout compte fait que le commencement d’un génocide qui n’a rien à envier à celui de Pol Pot !
L’utopie meurtrière de Lamari et de ses compères a mené le pays vers le fossé, vers le chaos. Je n’ai plus aucun doute que d’ici peu nous allons voir apparaître de nouveaux colons puisque tout est à vendre, tout a été bradé ! Même les terres agricoles ont été pillées, ce qui a donné lieu à de nouveaux khemass, une Algérie d’un autre âge où l’algérien est un étranger sur sa terre.


Où vas cette Algérie ? Est-ce que les responsables sont conscients du chaos qui y règne ?

Ma conviction est que rien ne pourra changer tant que les racines du mal resteront encrées dans les institutions de l’Etat. Ni Bouteflika, ni même un autre président ne pourront apporter l’apaisement, car les vrais détenteurs du pouvoir sont ailleurs !

Il appartient aux hommes qui n’ont jamais viré et n’ont jamais oublié leur raison d’être au sein de l’ANP de créer le changement et ramener la paix à n’importe quel prix !

Le Lt-Colonel Redouan Elgasmi

 

ahmedchouchen

Témoignage

Du Capitaine

Ahmed Chouchen

 

 

L’ancien ministre de la Défense n’aurait jamais dû se risquer en portant plainte contre le sous-lieutenant Habib Souaïdia devant un tribunal français, sachant que des milliers de victimes de la tragédie sont exilés dans le monde. Ces expatriés ont supporté en silence l’injustice et l’oppression du pouvoir avec patience et l’atteinte à leur réputation et leur honneur durant des années est tell qu’au point d’encourager les gouvernements étrangers à leur tour à les chasser et à les emprisonner injustement. L’ex. Ministre de la Défense aurait dû, au moins, faire semblant et assumer les allégations de Souaïdia et les considérer comme sa part du mal et son lot de la catastrophe qui a frappé l’Algérie. Mais ceux qui entourent et conseillent l’ex. Ministre ne sont pas ceux qui souffrent de ce qui se passe en Algérie; aussi, ils ont pensé que ce procès renforcerait leur pouvoir et leur ouvrira le domaine de la pratique de l’assujettissement et de la Hogra en dehors des frontières algériennes. Mais ce que ces irresponsables conseillés ne veulent pas comprendre, c’est que ceux qui ont refusé de s’impliquer dans les massacres et qui ont renoncé à leurs droits légitimes et ont préféré l’exil à la confrontation sanglante avec les fils de leur pays, ces hommes-là, ne sont ni des incapables ni des lâches, mais ils sont plus forts dans la confrontation et plus solides devant la vérité que ceux impliqués dans les bains de sang. Aussi et sur cette seule base, ont intervenu les témoins algériens en faveur de Souaïdia. Durant ce procès les témoins de la défense étaient tous unanimes malgré les différences dans leur appartenance politique, leur profession, leur âge et leur culture. Ils ont dit d’une seule voix : non à la falsification de l’histoire et non à la politique du fait accompli.

Le ministre de la défense est arrivé au tribunal accompagné du Premier Ministre et entouré de quelques ministres et de semblants de ministres ; chacun apportant avec lui, des copies de dossiers de l’Etat algérien. Ce show officiel a transformé l’affaire en un jugement de tout le système algérien. Les témoins de Nezzar ont essayé de démontrer que la décision du commandement d’arrêter le processus électoral et de pousser le Président de la République à la démission avec toutes ses conséquences, comme les arrestations arbitraires et les sanctions collectives, étaient des procédures légales et constitutionnelles. Ce sont là des propos que personne ne peut croire à plus forte raison un tribunal fondé sur la démocratie. Ceci a fait dire à un avocat s’adressant au Premier Ministre :  » Votre constitution permet-elle d’arrêter les citoyens, de les torturer et de les emprisonner durant trois ans puis les libérer sans jugement, ni vérification des raisons de leur arrestation ? Vous n’avez pas honte de reconnaître tout cela sans dire que tu regrettes les victimes et vous prétendez que vous défendez la démocratie ? « 

Quant au ministre de la défense et en voulant se défendant, il a terni la réputation de ses collègues et même ex. Chefs (comme le general Mohamed Attailia), les généraux algériens, en disant qu’ils sont des analphabètes et ne comprennent rien du tout, bien que certains soient plus anciens que lui dans l’armée et plus gradés, ce qui a fait dire à l’un des avocats en s’adressant au tribunal :  » regardez le niveau des généraux qui ont décidé de l’avenir de l’Algérie. « 

Les insultes de Nezzar ne se sont pas limitées aux généraux, mais elles ont touché toute la classe politique algérienne sans exception quand il les a qualifié de  » cheptel « . Ceux qui ont terni la réputation de l’Algérie dans ce procès sont ceux qui ont accompagné Nezzar en voulant se dérober de leur responsabilité au détriment des institutions de l’Etat – de la Présidence à la classe politique.
Quant aux interventions des témoins de la défense, elles étaient axées sur la gravité des décisions prises par le commandement militaire en janvier 1992 et les dérapages qui ont suivi conduisant le pays à la situation tragique que nous vivons aujourd’hui. Ils ont exigé de Nezzar de ne pas se dérober de sa responsabilité en tant que premier responsable militaire en présentant des exemples réels démontrant que les décisions citées ci-dessus étaient prises en toute connaissance de cause malgré les multiples appels et les avertissements répétées de la part d’Algériens sincères.

Je me limite ici à la reproduction, en toute fidélité, de mon intervention personnelle en tant que l’un des témoins de la défense. J’ai demandé à parler en arabe mais eu raison du faible niveau du traducteur, on m’a demandé de parler en français et c’est ce que j’ai fait :

Je me suis présenté succinctement et j’ai exposé, selon les questions des avocats, les points suivants :

1 – les raisons de mon arrestation le 3 mars 1992 et ma correspondance avec le ministre de la Défense

La vraie raison de mon arrestation est la conviction du commandement que ma présence menaçait leur projet de confrontation armée contre la majorité du peuple, projet contre lequel je me suis opposé publiquement et à haute voix. Mais la cause directe est que beaucoup d’officiers et de sous-officiers étaient très irrités par les décisions du commandement et de leurs conséquences ; à savoir l’oppression de la majorité du peuple au point où ces militaires ont voulu assassiner le commandement militaire pour lever l’injustice. En effet, et en raison de ma bonne réputation dans l’armée et de la confiance dont je jouis parmi les officiers et les sous-officiers notamment au sein des forces spéciales, des dizaines de militaires m’ont dévoilé leurs intentions et ont demandé mon avis sur la question.
Bien que j’étais persuadé de la légitimité de leurs intentions, je ne pensais pas que l’assassinat du commandement réglerait le problème ; Alors, je les leurs ai conseillé de ne pas y penser. Aussi, aucun militaire, parmi ceux que je connaissais, n’a tenté quoi que se soit et personne n’a eu connaissance de ce qui s’est passé qu’après notre arrestation le 3 mars 1992.

Malgré que j’ai signé un procès-verbal d’interrogation m’imputant de grave accusations parmi lesquelles : L’atteinte à la sécurité de l’Etat, la constitution d’une armée secrète au sein de l’Armée Nationale Populaire et la division du territoire national,… etc. j’ai écris de ma prison, au ministre de la Défense Khaled Nezzar lui confirmant mon refus des décisions prises par le commandement et relatives à la destitution du Président, à l’arrêt du processus électoral et à l’implication de l’armée nationale populaire dans la confrontation armée contre le peuple.
J’ai présenté les arguments et les exemples qui montraient que ces décisions conduiraient l’Algérie à une réelle catastrophe et que personne ne pourrait maîtriser les dérapages qui y découleraient et que l’armée n’est pas qualifiée pour réaliser la folle ambition du commandement. J’ai conseillé Khaled Nezzar de revoir ses décisions et de coopérer avec les sages afin de trouver une solution à la crise ; à la fin, je l’ai rendu totalement responsable des conséquences de ses décisions, au présent et au futur s’il ne révise pas ces décisions.

Aujourd’hui, je ne suis pas là pour juger quiconque ou porter atteinte à sa réputation, mais je suis là pour exiger de monsieur le ministre de la défense de prendre ses responsabilités avec le même courage avec lequel il a pris ses graves décisions qui nous ont conduit à la situation tragique que nous vivons. Je luis dis aussi, que votre prétention de sauver l’Algérie de ce qui est pire ne vous dégage pas de votre responsabilité de ce qui s’est passé. J’ai discuté le contenu de ma lettre, un mois après son écriture, avec le général-major, Gaïd Salah, commandant de la troisième région militaire, et avec une délégation sous la présidence du chef d’état-major, le général-major Guénaïzia, à la prison militaire de Bechar tout en étant convaincu que le commandant Ben Djerrou Dhib Djabbalah qui a pris la lettre, l’avait remise à monsieur le ministre de la défense à l’époque parce que ce dernier supervisait personnellement mon affaire et je ne pense pas que monsieur le ministre démente cela (en effet, le ministre n’avait fait aucun commentaire).


2 – Les événements de Bérrouaguia

Je considère ce qui s’est passé dans la prison de Bérrouaguia est un crime caractérisé contre l’humanité, exécuté par un groupe des forces d’intervention spéciale de la gendarmerie. Sous un feu nourri, ce groupe a pris d’assaut le bâtiment dans lequel se sont réunis plus d’un millier de prisonnier et ont tué 50 personnes dont les corps furent, soient brûlés, soient mutilées et ils ont blessé, par balles pas moins de 500 prisonniers. Sans l’intervention du procureur de la République qui s’est mis entre les gendarmes et les prisonniers, la catastrophe aurait été plus grande. Deux avocats m’ont rendu visite, sur autorisation du cabinet de la Présidence et je l’ai informé que ce sont les gendarmes qui ont commis ce massacre et non les prisonniers comme l’a prétendu la télévision algérienne. Les prisonniers furent battus avec des barres de fer durant deux mois. Ceux qui ont exécuté cette opération sont des criminels et personne n’a le droit de justifier ce qu’ils ont fait, sous quelque appellation qu’elle se soit.

C’est là, l’un des aspects des dérapages générés par les décisions du commandement parce qu’elles ont ouvert largement la porte devant les malhonnêtes et les criminels et ont bloqué toutes les issus devant les honnêtes gens parmi le peuple. L’inconscience du commandement en la matière ne le dégage pas de sa responsabilité parce que bien que je n’étais un simple officier j’étais conscient de la gravité de cette affaire.

Il y a un second exemple de dérapages ; il s’agit des événements de Guemmar. Au début, une vingtaine d’adolescents environ ont commis un crime affreux sur un sergent de l’ANP et se sont emparés des armes individuelles du dépôt du poste de garde frontalier à Guemmar. Ces adolescents ont été induits en erreur par un ancien caporal des forces parachutistes. Il est vrai que le crime est affreux et mérite la plus grande sanction et je suis d’accord avec le ministre de la défense sur cette question. Mais que le ministre apparaît personnellement à la télévision et déclare la guerre à toute la région et l’a mis à la merci des groupes des forces spéciales qui humilient des dizaines de milliers de citoyens, volent leurs biens et arrêtent et torturent des centaines de personnes ; des dizaines furent jugés injustement et d’autres innocents condamnés à mort à tort ; En outre et après la récupération des armes volées, 24 adolescents qui ne savent même pas manier les armes, furent assassinés et les corps de certains d’entre eux brûlés et mis dans des sacs de poubelles puis exposés en public. Tout cela ne peut être qualifier que de crime contre l’humanité. J’ai personnellement informé le chef d’état-major de ce qui se passer. Que le ministre de la défense sache que son intervention à la télévision et de cette manière et sa supervision directe des opérations ne peut signifier qu’un feu vert à tous les criminels dans les rangs de l’armée !

3 – l’échec de mon kidnapping de la prison d’El Harrach et les choix du chantage

Ceci est un autre exemple des dérapages auxquels avaient conduit les décisions du commandement. Après avoir purgé ma peine d’emprisonnement décidé par le tribunal militaire et le jour de ma sortie le premier avril 1995, un groupe d’officiers de la sécurité de l’armée (DCSA) m’ont kidnappé de l’intérieur de la prison et ce, après avoir terminé toutes les procédures officielles de sortie ; et si vous consultez le registre de sortie de la prison d’El Harrach, vous trouverez ma signature.
En réalité, je n’avais pas été libéré mais j’étais kidnappé par les mêmes personnes qui ont procédé à mon interrogatoire en 1992 et j’ai subi le même traitement terroriste et m’ont affirmé que je ne sortirai pas vivant (de la caserne du CPMI à Ben Akoun).
Puisque j’étais au courant de la nature criminel de certains services de sécurité, j’ai préparé au préalable un plan de réserve pour faire échec aux actions probables parmi lesquelles mon kidnapping de l’intérieur de la prison. Aussi je me suis mis d’accord avec deux avocats afin qu’ils dévoilent l’opération au moment opportun et c’est ce qui s’est passé exactement ; Ainsi les médias et les organisations des droits de l’homme ont révélé l’affaire du kidnapping et ont demandé l’intervention du Président algérien Liamine Zeroual. Ainsi, Dieu m’a sauvé grâce à ce plan sinon j’aurais été aujourd’hui, au compte des disparus !

Après l’échec du kidnapping, le commandement des services de sécurité a adopté, avec moi, la méthode du chantage. Le général-major, Kamel Abdelrahman lui-même, m’a dit que certains aux seins des services de sécurité ont décidé mon élimination et que je ne peux échapper à cette peine qu’en travaillant sous son autorité personnelle ; et m’a promis une promotion instantanée au grade de colonel et de mettre à ma disposition tout l’argent que je veux. Mais ma réponse était claire : je lui ai dit que j’étais prêt à coopérer avec lui sans aucune contre-partie à condition de revoir leur politique vis-à-vis du peuple sans exception et que l’intérêt de l’Algérie prime sur toute autre chose.

Après la première rencontre, ils m’ont proposé de participer à un projet d’assassinat des chefs du FIS en clandestinité qui ont pris les armes et ils m’ont cité à ce titre: Mohammed Said, Abdelrazak Redjem et Saïd Makhloufi. Je me suis étonné après la citation des cibles en leur disant que ces personnes sont des politiques et ont été forcées de prendre les armes ; et il est possible de trouver, avec eux, des solutions qui préserveront les droits de tous les Algériens et éviteront de faire couler plus de sang. J’ai aussi dis :  » si vous m’avez parlé de l’assassinat de Djamel Zitouni qui a reconnu sa responsabilité dans le massacre des femmes et des enfants, ma mission aurait été plus compréhensible !  »

A ce moment, le colonel Bachir Tartague m’a interrompu avec virulence et m’a dit :  » laisse Zitouni tranquille, il est des nôtres et c’est avec lui désormais que tu travailleras, nous t’organiserons un rendez-vous avec lui.  »

Lorsque la discussion a atteint ce niveau ma stupéfaction était complète et je n’avais d’autre choix que de faire semblant d’accepter toutes les proposions. Je voulais gagner un temps précieux qui allait me permettre de me préparer pour quitter l’Algérie le plutôt possible.
Lorsqu’ils m’ont fixé un rendez-vous avec l’un des intermédiaires afin d’organiser ma rencontre avec Zitouni, je ne suis pas parti au rendez-vous grâce à l’aide d’un avocat. J’ai pu quitter l’Algérie le 19 novembre 1995 par les frontières maliennes. Après un long périple en Afrique de l’ouest je suis arrivé en Grande Bretagne le 19 novembre 1997 où j’ai demandé l’asile politique qui m’a été accordé conformément à la convention internationale de 1951 le 21 juin 1999. Depuis cette date je vis en Grande Bretagne.

Lorsque j’ai terminé mon intervention, le ministre de la défense s’est levé pour commenter mon témoignage et a dit :
 » Je connais le capitane Chouchane et je le respecte et je respecte ses convictions. Je pense que je l’ai désigné dans une commission militaire de grande importance si je ne me trompe pas, mais je sais aussi qu’il est un islamiste convaincu et adopte le discours des islamistes. En ce qui concerne son affaire, j’ai été informé qu’il a eu des contacts, en avril et en mai 1991, avec Saïd Makhloufi et Abdelkader Chebouti ; ces derniers avaient constitué des organisations islamiques armées et a reconnu devant le juge d’instruction qu’il a reçu des ordres de la direction du FIS pour observer l’attitude de l’armée. Quant à l’affaire de Guemmar, je ne sais d’où Chouchane a ramené ses chiffres, parce qu’on a perdu sept militaires et non un et les personnes sanctionnées étaient des éléments dangereux ; et l’implication du FIS, d’une manière ou d’une autre, était claire. De même, le MAOL, appartenant aux islamistes, diffuse des informations sur l’armée sans même connaître les prérogatives des membres du commandement militaire ; Moi, je les connais, qu’ils se mettent en rang pour les compter, ils ne dépasseront même pas le nombre des doigts de la main. « 

C’était là, l’intervention du ministre pour commenter mon témoignage.

On m’a accordé quelques minutes pour lui répondre et j’ai dit :  » Je ne sais pas pourquoi, le ministre a parlé de mes contacts avec Saïd Makhloufi et Abdelkader Chebouti, mais je confirme ma rencontre avec ces deux citoyens algériens à l’instar des autres officiers et sous-officiers ; l’objectif de la rencontre était légitime ; en effet, le déploiement des forces armées sur tout le territoire national, sa mise en état d’alerte maximum et les provocations que subissent les citoyens ont fait craindre à beaucoup d’entre eux, que l’armée commet des massacres comme ceux subis par les islamistes en Syrie, en Egypte et en Irak. Si nous, les militaires, nous étions mécontents du comportement agressif du commandement, les islamistes ont plus de raisons d’avoir peur. Aussi ils nous ont contacté pour s’assurer les intentions non criminelles du commandement militaire, je leur ai confirmé que je ne prendrais pas les armes contre un Algérien civil et qu’ils ne devraient pas devancer les événements et de respecter les ordres de la direction politique. Ces rencontres avaient permis d’éviter de couler le sang en 1991 et je défie le ministre de la défense et tous les services de sécurité de prouver que Saïd Makhloufi et Abdelkader Chebouti ont accompli une action armée avant mon arrestation le 3 mars 1992. C’est la raison pour laquelle j’ai refusé de coopérer avec les services de sécurité pour arrêter ces deux hommes en 1992 comme j’ai refusé de participer dans le complot de leur assassinat en 1995 parce que je crois qu’ils sont des victimes du despotisme du pouvoir. « 

Là, j’ai terminé mon temps de parole et la séance fut levée.

Je veux continuer, ici, ma réponse au ministre afin de mettre les points sur les i.
En ce qui concerne l’affaire de Guemmar, j’ai parlé des pertes dues au crime lui-même c’est-à-dire un sergent tué et 20 armes volées. Et il était possible de limiter les pertes en vies si l’affaire était traitée dans son contexte local. Mais c’est l’obstination du commandement à mobiliser des sections des différentes armées pour pourchasser des adolescents encerclés, ne sachant pas manier les armes, qui a augmenté le nombre de morts à 60 dont 24 adolescents tués par les forces spéciales et sans qu’aucun soldat ne soit blessé. Quant aux six militaires dont a parlé le ministre, ils étaient tués par leurs collègues par erreur et l’affaire est connue parmi les soldats des forces spéciales ; le ministre ne devrait pas creuser un peu plus cette affaire parce que son odeur sera nauséabonde.
Quant à ma relation avec le MAOL, le ministre sait que je suis très clair et si j’étais membre dans cette organisation, je l’aurai déclaré fièrement, mais je ne suis pas membre et personne ne m’a proposé d’y adhérer jusqu’à maintenant. De même, la nature confidentielle des informations que publie le MAOL n’a pas de relation avec ma spécialité ; je n’ai pas travaillé, durant tout mon service, dans les secrets du commandement de l’armée, mais j’ai rempli mes missions dans le domaine de l’entraînement et des opérations avec les soldats et les officiers et j’ai eu la confiance des chefs et des subalternes jusqu’à mon arrestation, comme vous le savez monsieur le ministre. Malgré cela, je ne cache pas ma relation fraternelle avec certains membres de ce mouvement que j’ai connus lorsque j’ai quitté l’Algérie et qui mérite la plus grande considération et le plus grand respect.

Quant à l’allégation du ministre que le mouvement est de fabrication islamiste, c’est faut sans aucun doute parce qu’il est confirmé qu’il n’adhère pas au projet islamique et ne désire pas coopérer avec les islamistes et ses éléments connus étaient dans le front anti-FIS jusqu’à 1995 avant qu’ils ne découvrent la nature criminelle des décisions du commandement.

Quant à ma relation personnelle avec les islamistes, je confirme qu’elle n’est qu’une relation normale comme toutes mes relations avec les autres Algériens ; Comme je démens catégoriquement ce qu’a prétendu le ministre concernant le fait que je reçois mes ordres de la direction du FIS ! La vérité est que j’ai refusé l’accusation des cheikhs du FIS injustement lorsque j’étais sous la torture ; et si cela était vrai, pourquoi ils ne l’ont pas cité dans les chefs d’accusation contre la direction du FIS et pourtant j’étais en prison lors de leur jugement ? Mais ce que monsieur l’ex. ministre n’a pas dit, c’est que le papier qu’il avait entre les mains lorsqu’il commentait mon témoignage n’était autre qu’une partie du procès-verbal de mon interrogatoire au centre de torture de Ben Akoun en mars 1992.

Il aurait été plus honnête de ramener tout le PV ainsi que la lettre que je lui ai envoyé. Malgré cela, je confirme que ma relation avec le projet islamique est fondée sur une conviction profonde, qui ne souffre d’aucun doute, que c’est le projet idéal pour le bonheur de l’humanité dans la vie ici-bas et dans l’Au-delà ; et je ne suis pas concerné, dans cette attitude par ce qu’adoptent les partis islamiques eux-mêmes ou ce que prétendent les ennemis des islamistes. Si les gens étaient honnêtes et justes, ils découvriront la Vérité. Mais l’ex. ministre de la défense et ses conseillers parient sur les suites du 11 septembre et croient que l’Islam est devenu une accusation dangereuse, aussi il faut coopérer pour pourchasser ceux qui se cachent derrière et c’est la raison pour laquelle ils tournent autour de cette colonne érodée sans arrêt ; En vérité, ils sont plongés dans un mirage dont ils se réveilleront, un jour, car l’homme juste trouvera sa place sur toute la terre de Dieu et pourra vivre avec tous les hommes quelles que soient leurs races et leurs religions tant qu’ils resteront attachés à leur humanité.

Quant aux prétendus sauveurs de l’Algérie, leur problème est qu’ils ne veulent pas vivre en tant que citoyen en Algérie comme tous les Algériens et ne peuvent supporter de vivre en tant que démocrate en Occident comme tous les citoyens occidentaux ; mais ils se sont habitué à vivre en tant que despotes occidentaux dans l’Algérie oppressée et c’est là une situation étrange qui ne peut ni se stabiliser, ni durer et s’ils reviennent à eux, ils sauront que leurs folles ambitions sont la cause du mal qui a touché tout le monde.

En conclusion, j’espère que les Algériens et les Algériennes qui ont choisi la confrontation avec la majorité du peuple révisent leurs positions et arrêtent leur mensonge et leur injustice et tirent les leçons de ce qui s’est passé, sinon la machine de la destruction qu’ils ont conduit en 1992 les écrasera un jour. En ce qui concerne le peuple algérien et quel que soit le nombre de ses victimes, il se relèvera haut et fort avec ses principes inébranlables et sa glorieuse histoire que les hommes d’honneur ont construit à travers ses siècles.

Le Capitaine Ahmed Chouchen

 

samirabdi

Témoignage

Du Capitaine

Samir Abdi

 

 

Au Soldat Algérien.

Il a fallu un courage immense pour que j’ecrive ces lignes qui sont maintenant entre les mains du soldat Algérien…..
Un temoignage devant l’histoire, pour la condamnation de la tyranie des services de securite qui ont atteint les limites les plus incroyables dans leur mepris des vies des citoyens et de leur securite, plongeant ainsi l’Algerie dans le noir d’une nuit sans fin.


En tant qu’officier de l’ANP, je porte une part de responsabilite devant l’histoire et devant le peuple, Car le silence est l’allie le plus fort des forces du mal au sein de l’institution militaire, et la peur est le carburant de cette machine infernale qui moissonne les vies humaines.
Pour cette raison mon temoignage ne met pas en cause seulement un groupe de generaux, mais l’institution militaire toute entiere; c’est parceque les atrocites et les crimes n’ont ete commis qu’apres que ce groupe de generaux ait neglige et bafoue l’ANP et la totalite de ses services de securite.

L’incroyable et le plus honteux vient du fait que tous les massacres et les carnages, sont commis sous la baniere de l’interet de la nation , la preservation de la republique et la lutte anti-terroriste avec la complicite de la dite societe civile et des partis microscopiques.

Le secret des tortionnaires a ete decouvert: n’est-il pas temps de l’arreter et de prendre soin de ce peuple meurtrie, egorge? Est-ce-que les enfants fideles de l’Algerie au sein de l’ANP et les services de securite sont convaincu que le remede vient du refus des faux symboles et le jugement de ceux qui ont enfonce l’Algerie dans cette terrible experience, le seul chemin vers la reconquete de la dignite et de l’honneur vient de la reconciliation nationale, et le retour au peuple qui est seul apte a choisir son destin et ceux qui le gouvernent suivant la loi et la constitution. Est-il temps pour nous de revenir a notre mission essentielle qui est la defense du territoire national et la legalite constitutionnelle.

L’histoire n’est pas clemente, et c’est la raison pour laquelle « avec notre nombre eleve » au sein de l’ANP nous souffrons et regrettons ce qui se passe en Algerie entre meurtres et massacres, et tout cela pour qu’une poignée d’opportunistes (soit visible ou dans les coulisses) puisse durer dans les postes de decisions.
Pour tout cela nous incombons la responsabilite de la crise et ses concequences aux generaux decideurs, car l’argument du terrorisme islamiste « GIA » n’est plus valable et ne satisfait plus personne.
Nous sommes au courant plus que toute autre personne de la realite concernant ce groupe »GIA » fictif et ses limites réelles ainsi que ses capacites a tuer et massacrer des villages entiers.

Ceux qui ont planifie et execute le plus ignoble des projets que le monde Arabe ait vu, sont les memes qui qualifient leurs adversaires de terroristes et d’extremistes.

Est-ce que le soldat Algerien est arrive a un stade où il est suffisamment conçient pour ne plus permettre aux crimes de se reproduire.

Nous l’ésperons !
Le Capitaine Samir Abdi.

 

 

 

 

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La République Torture selon le Maol

Posté par algeriedemocratie le 18 juillet 2009

La République Torture
Par ce que .
Quand trop de sécheresse brûle les cours,
Quand la faim tord trop d’entrailles,
Quand on rentre trop de larmes,
Quand on bâillonne trop de rêves,
Et comme quand on ajoute bois sur bois sur le bûcher,
Enfin, il suffit du bout de bois d’un esclave pour faire dans le ciel de Dieu
Et dans le cour des hommes
Le plus énorme incendie.      « Mouloud Feraoun »

 

 

L’heure des tortionnaires

Qu’il est bien pénible d’aborder le thème de la torture de part et d’autre de la méditerranée, un secret tabou entouré du plus grand silence. Autant de douleur et de souffrance pour les victimes qui réclament à ce jour justice et plus d’embarras et d’humiliation pour ceux qui ont mauvaise conscience ou qui ont pris part à cette pratique.
Longtemps négligé et considéré comme un drame d’envergure limitée, le sujet refait surface par la seule volonté des victimes et remet à l’heure les vieilles pendules. Le devoir de mémoire et de vérité, plus fort que tout, impose de lui-même que l’on aborde ce fléau avec le sérieux qui lui est dû, afin d’établir les responsabilités des uns et des autres et mettre la lumière sur toute la vérité.
Aucun crime ne doit rester impuni, non pas par besoin de vengeance, mais des comptes doivent être rendus avant tout par respect pour la justice et le droit qui doivent régir le monde moderne.

IL est, sans nul doute, embarrassant pour un tortionnaire d’être rattrapé par le temps, mais malgré leurs âges et le temps qui s’est écoulé, les tortionnaires et les criminels de part le monde ne doivent plus se sentir à l’abri de poursuites et oublier leur passé en écoulant des jours heureux.

Qualifier la torture de crime est peu de chose, car cette pratique abjecte, déniée de toute logique, réduit l’homme à son état le plus bestial. La torture reste à cet égard un geste impardonnable, quelles que soient les circonstances de son utilisation et quels qu’en soit les motifs et les résultats, rien ne peut justifier l’usage de celle-ci même si l’adversaire y a recourt. S’y résoudre est une décente aux enfers et personne aussi fort soit-il ne s’en sort sans y laisser une partie de son âme et même souvent toute son âme.

Pendant la colonisation de l’Algérie l’usage de la torture était bien applaudi par les hauts fonctionnaires de la république dont François Mitterrand en personne. Le gouvernement de l’époque savait très bien ce qui se passait et avait fait de la torture un moyen de répression tout azimut pour mater un peuple en colère.
A l’époque le succès militaire remporté par le FLN après le déclenchement de la guerre de libération était une totale surprise pour les Français, et personne au gouvernement ne pouvait se rendre à l’évidence, en accepter les faits et décider avec courage de redonner aux Algériens leur liberté.
Trop d’intérêts étaient mis en jeu et l’existence même de la France était sur la sellette. Le pétrole, le gaz, les centres d’essais atomiques et chimiques., autant de raisons qui avaient décidé le gouvernement français à réagir avec la plus grande fermeté envers des indigènes qui ne demandaient que leurs droits.
Dés lors que les insurgés (Les fellagas) étaient considérés comme des terroristes hors la loi, tous les moyens de répression étaient bons pour venir à bout de leurs actions meurtrières ! La stratégie de la lutte contre le FLN était dictée par une seule règle :  »A toute situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ».
C’est ainsi que la torture fut systématiquement utilisée et généralisée dans tous les centres d’interrogatoire, rendus tristement célèbre par le nombre de victimes qui y avaient connu une fin plus qu’épouvantable entre les mains de militaires français indignes.

Les martyrs n’avaient droit ni à la tolérance ni à la merci et n’étaient pas traités comme des prisonniers de guerre, car l’état de guerre n’était même pas reconnu. Au mieux ce fut une insurrection populaire au pire « pour les plus extrémistes des coloniaux » une vulgaire entreprise de bandits malfrats.
La seule consolation morale pour les victimes de la torture, c’est que leur calvaire servait une cause noble, un idéal magnifique qui méritait le sacrifice. Une Algérie libre et indépendante était le rêve auquel s’accrochaient toutes les victimes et leur donnait du courage et un sens au martyre qu’ils subissaient. Etre torturé par un Français voulait dire implicitement que l’ennemie était prit de panique et que la guerre de libération était entrain de réussir.

Il est presque inutile de citer des exemples tellement le chiffre est effarant et la blessure profonde dans les cours des familles de victimes qui n’ont rien oublié de cette époque. Les nombreux rescapés de cette pratique ignoble sont toujours vivants et évoquent avec beaucoup de dignité et de pudeur le cauchemar qu’ils ont vécu.

Il ne faut surtout pas croire que l’utilisation de la torture a commencé en 1957 avec l’arrivée des paras ; en réalité elle fut introduite bien avant. Elle a été très largement utilisée pendant l’insurrection populaire qui a suivi la fin de la deuxième guerre mondiale où des milliers d’hommes et de femmes ont été honteusement suppliciées. Bien que peu d’informations aient filtré sur le sujet mais le peu est déjà plus que dramatique.

Le proverbe qui dit : «  il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas » est bien approprié aujourd’hui à tous ceux qui ne manifestent aucun regret. L’attitude de Bigeard est celle d’un militaire indigne qui n’assume pas ses crimes et continue lâchement à narguer ses victimes avec une arrogance qui est propre aux tortionnaires. En se présentant en tenue militaire à une émission consacrée au thème de la torture, il veut affirmer ses vieilles convictions qui jettent le discrédit et la honte sur l’armée française. Sans le moindre remords, il  justifie ses actes barbares par un besoin purement opérationnel et n’éprouve aucun regret après le massacre de milliers d’Algériens et même de Français partisans de l’Algérie libre.

La reconnaissance de la responsabilité du gouvernement français dans les torts subis par les victimes est nécessairement un premier pas vers l’ouverture d’un plus large débat sur la mémoire de la guerre d’Algérie. Les récentes déclarations des responsables français ne sont nullement à la hauteur des espoirs de ceux qui attendent depuis plus de quarante ans pour que leur calvaire soit enfin reconnu comme crime contre l’humanité. Il est tout à fait scandaleux de refuser de s’excuser officiellement et de demander le pardon et d’exprimer sa repentance auprès des hommes et des femmes qui n’en demandent pas plus.

Si la France, terre des Hommes et fervent pays initiateur de la déclaration universelle des droits de l’homme, refuse un tel droit à cause de fugaces considérations politiciennes, c’est alors la perpétuité du nom droit et de l’injustice. Ce ne sont pas les grands Etats qui font les grands hommes, ce sont les grands hommes qui font les grands Etats. Heureusement que des hommes dignes et nobles à l’image du défunt général J.Paris de Bollardière, ne renoncent pas à leurs principes et essayent au prix de lourds sacrifices, de sauver l’honneur militaire. Ce sont ces hommes qui font la fierté et la grandeur d’un Etat à travers l’histoire.

Même si l’Algérie est malade de ses dirigeants indignes, le peuple algérien reste malgré tout souverain et a tous les droits au respect et à la reconnaissance officielle de son martyre. Le pardon est une des grandes vertus du peuple algérien, et pour l’obtenir, il faut le demander avec humilité et sincérité. Tous les biens de la France ne peuvent dédommager une seule des victimes du bourreau Bigeard pour les supplices qu’elle a subi pendant un jour de calvaire. Rien n’équivaut aux instants de douleurs, de gémissements, de cris, de larmes, de sang,.,de mort, Rien ;  pas même la vengeance car on ne peut pas souhaiter ces moments à son propre bourreau.

Même si les accords d’Evian ont, pour des raisons dictées par les circonstances de l’époque, écarté toute éventualité de poursuites contre l’Etat français, les victimes et leurs familles ont parfaitement le droit de demander réparation auprès des instances judiciaires qualifiées.
Les Moudjahidines victimes d’actes de tortures n’en parlent pas ou très peu, pour des raisons liées à l’honneur et aux traditions ; nous leurs demandons de franchir honorablement l’obstacle de la pudeur et de se constituer partie civile contre ceux qui ne regrettent rien, au nom de leurs frères qui ont succombé et qui ne sont plus présents pour demander justice. Le devoir de mémoire est un devoir sacré qu’il faut remplir pour rétablir l’honneur de ceux  qui ont souffert.

Si le gouvernement français n’a pas autorisé la déclassification des archives liées aux événements de la guerre d’Algérie ce n’est pas pour protéger l’histoire familiale des généraux collaborateurs comme Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Touati, Mohamed Lamari et tant d’autres mais  bel et bien pour assurer l’anonymat des officiers français qui ont pris part à la guerre d’Algérie et pratiqué la torture ; ils sont nombreux et certains ont occupé des fonctions très sensibles.
L’exemple le plus frappant sans doute est peut-être celui du Général d’Armée Maurice Marie Joseph SCHMITT (chef d’Etat-Major des Armées du 16 novembre 1987 jusqu’en avril 1991), un ancien para qui était à Alger sous les ordres de Bigeard. Il a procédé lui-même à la torture de dizaines d’Algériens dont deux figures clés de la zone autonome (l’Algérois) qui ont succombé entre ses mains : Les martyrs Debih Chérif et Arrezki Bouzrina. Le général Schmitt a quand même été reçu officiellement et avec faste à Alger par Mohamed Lamari et ses paires au siège du ministère de la défense nationale !
La mémoire des faiseurs de politique est peut-être courte ou souffre d’amnésie temporelle qui se manifeste aux grés des tempêtes politiciennes, mais la mémoire des peuples est vive et reste toujours en quête de vérité et de justice quelles que soient les circonstances.

Voyage au bout de l’horreur

Massu, Bigeard et d’autres ont torturé, officieusement, pour la gloire de la France    et pour la sauvegarde de ses intérêts suprêmes. Mohamed Mediene, Smain Lamari et leurs sbires continuent de torturer ; mais au nom de quel idéal, de quel intérêt? Est-ce celui de la préservation des pétrodollars dans des comptes en Suisse et en France ou la vente des mines d’or et de diamants situées dans le sud ou le bradage des biens économiques de l’Algérie au dinar symbolique !
La réponse est assez évidente, il suffit aujourd’hui de comparer leurs modes de vie à celui d’un peuple fier, mis à genoux, condamné par la force ( la Hogra ) dans un pays riche, à se nourrir à partir des poubelles, un peuple dont les enfants se mettent en concurrence avec des rats pour le ramassage de bouts de pain rassis..

C’est celle-là  l’Algérie des généraux que certains politiciens français indignes, attirés par l’appât du gain facile, ont honteusement soutenu durant cette décennie. Quand Yves Bonnet prend publiquement la défense du général Smain Lamari en déclarant que son ami El Hadj Smain n’est pas un tortionnaire, c’est le comble ! Bonnet n’est pas le seul à soutenir la torture en Algérie, beaucoup d’autres issus de diverses couleurs politiques accomplissent la basse besogne dans les coulisses et profitent des offrandes bienveillantes des généraux tortionnaires.

Quelle honte pour la Françe de Jean Moulin de recevoir sur son sol le tortionnaire Smain Lamari et ses semblables !
Quelle honte pour la Françe de Pierre Mendès France de soutenir un Etat de non droit qui a institutionnalisé la pire des morts !

La culture de la torture est devenue une triste réalité depuis le début des années 90 ; et c’est Smain Lamari qui a pris l’initiative à l’époque d’organiser des séminaires lugubres au siège de l’institut supérieur des techniques du renseignement (situé à Beni Messous) auxquels étaient conviés des officiers de la DRS. Animés par d’ex-officiers du régime d’apartheid sud-africain et d’autres spécialistes étrangers des techniques d’interrogatoire, ces séminaires périodiques devaient initier un large nombre d’officiers aux méthodes de l’horreur. Il va sans dire que les conférenciers étaient très largement rémunérés pour leurs savants conseils.

Malheureusement pour l’Algérie, même après « l’indépendance », des endroits aux senteurs de la mort comme la villa Susini ont connu d’autres victimes. Sans doute parce que les premiers utilisateurs des lieux se sont tirés à bon compte et n’ont pas répondu de leurs crimes. Seulement le pire c’est pendant cette dernière décennie que nous l’avons connu.       Les méthodes les plus atroces et les moyens les plus incroyables ont été mis à contribution par des Algériens qui n’ont retenu aucune leçon de leur histoire, faut-il encore que ça soit la bonne !

L’honneur de l’Algérie aurait été sauf si les généraux algériens avaient pris les mesures nécessaires contre les dépassements de quelle nature que se soit en menant une guerre digne de son passé.

La mémoire des martyrs et leurs idéaux aurait été glorifiée si les supplices qu’ils ont connus n’auraient pas été infligés à des Algériens bien des années après l’indépendance, par des pseudo-gardiens d’un système qui se veut au-dessus des lois.

La mémoire des héros qui ont succombé sous les tortures des inquisiteurs de Roger Whybot, de Massu et des autres aurait été révérée si le général Smain Lamari et ses acolytes n’avaient pas accouru pour se jeter dans les bras sauveurs de la DST.

Si nous parlons de la torture en Algérie aujourd’hui c’est bien parce qu’elle est indissociable de notre passé ; ce qui est arrivé à nos pères, à nos mères, à nos frères et sours ne devait jamais se répéter. Hélas, le cauchemar du peuple algérien ne veut pas prendre fin et le destin fait que nous arrivons en ce jour au constat de désolation qui endeuille tout un peuple et fait honte à nos martyrs.

Par devoir de justice et respect à la mémoire des martyrs victimes de tortures pendant la guerre de libération nationale, par respect aux victimes de ces dernières années et afin de leur rendre justice, en apportant notre humble témoignage nous espérons que leur calvaire pourra servir à empêcher de telles pratiques dans le futur.

Nous attestons que pendant cette décennie plusieurs dizaines de milliers d’Algérien ont subi une torture indescriptible: le chalumeau, la baignoire, le tourne vice, les clous des marteaux, la perceuse, le courant 220 volt, la castration, le viol des hommes et des femmes, la bouteille, le manche à balai, le démembrement ( où le tortionnaire coupe avec un sécateur les doigts l’un après l’autre et continue de le faire tant que la victime ne cesse de crier, l’arrachage des yeux avec une fourchette, couteau ou autres), ne sont qu’un bref sommaire des moyens utilisés. Cela donne envie de vomir rien que de les citer, mais justice doit être rendue aux victimes qui ont connu tout cela et bien plus encore, si l’on considère que des enfants aussi jeunes que onze ans ont subit ces supplices. Beaucoup ont trouvé la mort dans des conditions épouvantables et n’ont pas eu droit à une sépulture.

Le général Smain Lamari est nommé au début de l’année 1992 par son chef le général Larbi Belkheir à la tête de la coordination de la lutte anti-terroriste ( PCO ): Une nouvelle direction située à Château-neuf (en face de l’école de police) en charge : de l’organisation d’échange d’informations entre les différents services de sécurité (DRS, gendarmerie, police) et de la lutte anti-terroriste. Cette direction a pour objectif le gain de temps et l’exploitation rapide des informations dans un but d’efficacité opérationnelle. Le nouveau chef du commandement central opérationnel ( le PCO), donne à l’époque des consignes très strictes à tous les responsables sous ses ordres pour mener une lutte sans merci utilisant pour se faire tous les moyens indispensables pour la récolte de l’information. Le plan de bataille est étonnamment le même que celui qu’avait adopté Bigeard bien des années auparavant.

C’est Smain lamari en personne qui a conduit les premiers interrogatoires et a initié l’usage de la torture, donnant ainsi l’exemple à un large éventail d’officiers. Les militaires qui ont refusé de telles pratiques ont été, dans le meilleur des cas, répudiés par les chefs ; dans le pire des cas, liquidés froidement par l’équipe 192.

La pratique de la torture s’est ensuite propagée à toutes les composantes des forces armées de l’Etat, les consignes sont claires : zéro tolérance et pas de prisonniers ; la voie est ainsi ouverte à tous les dépassements au nom de la sécurité de l’Etat. Lorsque le général Abbas Gheziel ( le chef de la gendarmerie nationale ) a ordonné à ses troupes l’achèvement des blessés, Mohamed Lamari l’a tout de suite suivi en ordonnant cette fois d’user des moyens opérationnels nécessaires pour la récolte d’informations.
Le feu vert officiel ainsi donné, la jeune génération de tortionnaires, telles des hyènes, a commencé à faire du zèle pour plaire aux chefs et récolter des faveurs en tous genres. La concurrence entre centres d’interrogatoire est ouverte et des réputations lugubres sont nées ; le plus important est d’arriver à un résultat peu importe comment. Les centres de détention sont convertis en usines de la mort et les tortionnaires se sont transformés en machine à tuer. Certains tortionnaires sont devenus accro de la torture, même les doses abondantes d’héroïne qui leur sont fournies n’arrivent plus à les calmer. Des centres comme le CPMI, ANTAR, Château-neuf, Q.G. gendarmerie de Chéraga, commissariat central et tant d’autres sont devenus tristement célèbres et leur réputation a dépassé les frontières de l’Algérie.

Que peut-on dire d’autre, si ce n’est que cette pratique, que des officiers dignes ont dés le début des événements condamnés ouvertement, a jeté le déshonneur sur la plus grande institution de l’Algérie.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres a demandé depuis longtemps au président Lamine Zeroual de faire cesser la torture, de condamner cette pratique et de demander pardon aux familles des victimes afin de laver l’honneur de notre armée et rétablir l’Etat de droit. Rien n’a été fait car les responsables militaires changent de président comme ils changent de chemises.

Si l’adversaire était qualifié de hors la loi, l’armée algérienne ne devait jamais perdre le sens de la raison et se rabaisser en utilisant des moyens inhumains prenant ainsi la décision de se mettre hors la loi et de traîner, par conséquent, la réputation de l’ANP dans la boue.

Si la mémoire vive des victimes a rattrapé les généraux Massu, Aussaresses, Bigeard .et tant d’autres près de 40 ans après, les généraux algériens porteront jusqu’à l’éternité la malédiction liée aux exactions de cette dernière décennie qui aura été sans nul doute la plus honteuse de toute l’histoire de l’Algérie.

La qualification des crimes commis par Toufik, Smain et leurs sbires comme «crime contre l’humanité » est plus que justifiée et nécessite un jugement spécial: une traduction devant les instances pénales internationales pour que cela ne se reproduise pas ailleurs ; pour que de simples gouvernés ne puissent plus jamais être la proie des démons qui les gouvernent par le fer et le feu !

Le Mouvement algérien des Officiers Libres demande humblement et officiellement pardon aux victimes de la torture et à leurs familles et ce au nom de l’Armée Nationale Populaire et tous ses officiers dignes et intègres.

Même si le pardon et souvent difficile à obtenir pour ce genre de crimes abjects, nous espérons qu’avec notre promesse et notre parole d’honneur d’officiers que justice sera faite, les familles trouveront le courage nécessaire de supporter leurs douleurs (soit liées à la perte d’un proche ou à des tortures subies) et nous pardonner des crimes que d’autres officiers bourreaux ont commis.


Il est très difficile de trouver les mots qui apaisent, qui mettent du baume aux cours de ceux qui ont souffert et continuent de souffrir, mais nous pouvons leur assurer que leur douleur est la notre, que leur honneur est le nôtre et quelles que soient les circonstances nous ne laisserons à aucun prix ces crimes impunis et Dieu nous est témoin.
Aucun bien matériel ne peut ramener un proche, aucun trésor aussi lourd soit-il ne peut rétablir l’honneur, seul le droit et la justice peuvent apporter un peu de réconfort aux âmes qui ont fait le voyage au bout de l’horreur.

Il est presque inutile de rappeler que les généraux assassins ont toujours eu comme stratégie : la dilution de leurs crimes et massacres gravissimes en comptant sur l’effet réducteur du temps. La peur, la faim et l’insécurité ont anéanti le pauvre citoyen et l’on réduit au silence et à la souffrance muette, mais n’ont jamais eu raison de sa détermination profonde à demander des comptes pour tous les préjudices subis.

Les crimes de Massu, Bigeard, et les autres sont restés impunis, c’est la raison pour laquelle d’autres tortionnaires, d’une autre espèce, ont osé et ont réitéré les mêmes gestes ignobles. Il aurait été autrement en Algérie aujourd’hui si les responsables de la torture pendant la guerre d’Algérie avaient reçu le châtiment qu’ils méritent.

Il est tout à fait urgent de faire les démarches judiciaires nécessaires pour faire toute la lumière sur le sort des disparus, victimes des tortures. Les familles des victimes ne doivent plus avoir peur car ces généraux de la honte payeront même à titre posthume ; l’histoire les classera avec les Massu, Bigeard et les monstres de leur espèce.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres incite toutes les victimes de la torture des deux époques à accomplir leur devoir de mémoire et entreprendre les démarches nécessaires à la traduction en justice des bourreaux responsables quelle que soit leur nationalité.
A aucun prix il ne faut se taire ; la loi doit être au-dessus de tous et en défendant ses droits on défend le respect de la loi et le devenir des générations futures.

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Le procès du général Khaled Nezzar contre l’ex-sous-lieutenant Habib Souaïdia (1)

Posté par algeriedemocratie le 16 juillet 2009

Algeria-Watch
Le procès du général Khaled Nezzar
contre l’ex-sous-lieutenant Habib Souaïdia
Paris, 1er au 5 juillet 2002
Dossier de presse établi par Algeria-Watch
(15 juin – 15 juillet 2002)
PF 360 164, D-10997 Berlin, Allemagne
21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris, France
Fon: 06 23 35 89 07 Fax: 0049 69 79 123 61 60
E-Mail: algeria-watch@gmx.net
Internet: www.algeria-watch.org
2
3
Table
I. PROCES NEZZAR VS SOUAÏDIA : PRESSE EUROPEENNE
FRANCOPHONE
Le général algérien Khaled Nezzar actuellement en France 14
AFP, Paris, 28 juin 2002
L’armée algérienne défend son honneur lundi au procès de « la sale guerre » 14
AFP, Paris, 29 juin 2002
L’agenda… 15
L’Humanité, 1er Juillet 2002
L’armée algérienne veut se blanchir a Paris. Le général Nezzar attaque en justice
l’auteur de « La Sale Guerre » 15
Libération, José Garçon, lundi 1er juillet 2002
L’Algérien Lyes Laribi porte plainte pour torture contre Nezzar : « Que chacun ose
dire ce qu’il a vécu » 18
Libération, Florence Aubenas, lundi 1er juillet 2002
La « sale guerre » civile algérienne en procès devant le tribunal correctionnel de Paris
20
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 1er juillet 2002
L’armée algérienne « défend son honneur » en France 22
RFI, Mounia Daoudi, 1er juillet 2002
France-Algérie/Paris : nouvelle plainte contre Nezzar 23
Associated Press, 1er juillet 2002
Procès Souaïdia-Nezzar : deux visions de l’Algérie 24
Le journal permanent du Nouvel Obs, 2 juillet 2002
Un ex-Premier ministre algérien défend le rôle de l’armée 25
Reuters, mardi 2 juillet 2002, 15h04
L’ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali justifie la mise hors la loi du FIS 26
Associated Press, mardi 2 juillet 2002, 12h48
« La sale guerre » de l’armée algérienne devant la justice à Paris 26
AFP, mardi 2 juillet 2002, 11h09
L’armée algérienne devant la justice française : « Je n’arrive toujours pas à savoir
comment on a fait ça » : l’officier Souaïdia a raconté hier la sale guerre des généraux
28
Libération, Florence Aubenas, mardi 2 juillet 2002
Algérie : le procès de la « sale guerre » 29
Le Parisien, Catherine Tardrew, 2 juillet 2002
4
« Qui tue qui ? » en Algérie : deux camps s’affrontent au procès Souaïdia 29
AFP, mardi 2 juillet 2002, 21h23
Procès Nezzar-Souaïdia : l’armée algérienne au coeur des débats 30
Associated Press, mardi 2 juillet 2002, 19h35
L’armée algérienne est une « armée républicaine » (chef état-major) 32
AFP, 2 juillet 2002
Un ex-haut officier compare les méthodes de l’armée à celles des terroristes 33
Associated Press, mercredi 3 juillet 2002, 19 h 36
Procès Souaïdia : un haut gradé accuse l’armée de méthodes « terroristes » 33
AFP, Paris, 3 juillet 2002
L’homme du jour. Khaled Nezzar 34
L’Humanité, ADS, 3 juillet 2002
Procès Nezzar : le mic-mac FIS 35
Le journal permanent du Nouvel Obs, 3 juillet 2002
A Paris, le général Khaled Nezzar défend l’armée algérienne 36
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 3 juillet 2002
L’armée algérienne devant la justice française : « Pas un homme politique correct, que
des illettrés » : à l’audience, le général Nezzar regarde défiler des ex-ministres37
Libération, Florence Aubenas, mercredi 3 juillet 2002
Quand un général algérien défend l’honneur de son armée. Procès : Le général Khaled
Nezzar, à la retraite, en appelle à la justice française pour contrer les accusations d’un
ancien officier. 38
La Croix, Julia Ficatier, 3 juillet 2002
La plainte contre le général Nezzar est classée sans suite 40
Lemonde.fr, 4 juillet, 20h52
Procès Souaidia : l’audience du 2 juillet 41
Le journal permanent du Nouvel Obs, 4 juillet 2002
Trois questions à… Hichem Aboud : « Nezzar a organisé son propre procès »42
Le journal permanent du Nouvel Obs, 4 juillet 2002 42
L’armée algérienne devant la justice française : « Le GIA est une création des services
de sécurité » : témoignage accablant d’un ancien officier algérien, hier, contre le
général Nezzar 44
Libération, Florence Aubenas, jeudi 4 juillet 2002
Hocine Aït Ahmed au général Nezzar : « Vous avez fait le coup d’État ! » 45
AFP, 4 juillet 2002
Procès Souaïdia : Le temps des victimes et de leurs drames intimes 45
AFP, 4 juillet 2002
5
Procès Souaïdia : incident avec une journaliste munie d’un magnétophone 46
AFP, 4 juillet 2002
Le général Nezzar, l’homme qui défend l’honneur de l’armée algérienne 47
AFP, Alger, 4 juillet 2002
Procès Nezzar : la presse algérienne partagée sur la nature des débats 48
AFP, Alger, 4 juillet 2002
Un haut gradé accuse 49
Le Parisien, Catherine Tardrew, jeudi 4 juillet 2002
Les vérités du général Lamari 50
L’Humanité, Hassane Zerrouky, 4 juillet 2002
Le clan des militaires en accusation : « Le GIA, c’est la création des services de
sécurité », accuse, à Paris, un ancien officier 50
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 5 juillet 2002
Pas de peine requise contre l’auteur de « La sale guerre » 52
Libération, par Service Web, avec agences, vendredi 5 juillet 2002
L’armée algérienne devant la justice française : « Dans le trou, avec le bas peuple » :
des témoins racontent les tortures et les exactions des militaires. 52
Libération, Florence Aubenas, vendredi 5 juillet 2002
Le général Nezzar en difficulté 54
Le Parisien, Catherine Tardrew, 5 juillet 2002
Pas de peine requise contre Habib Souaïdia 54
AFP, vendredi 5 juillet 2002, 18h48
Deux visions de la guerre civile en Algérie devant le tribunal 55
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 6 juillet 2002
L’honneur de l’armée algérienne 56
Le Monde, tribune de Rachid Boudjedra, écrivain, 6 juillet 2002
Aucune peine requise contre Souaïdia 58
Le Parisien, Catherine Tardrew, 6 juillet 2002
L’armée algérienne devant la justice française : « On a fait de nous une armée de
sauvages » : le procès en diffamation intenté par le général Nezzar a fini par se
retourner contre lui. 59
Libération, Florence Aubenas, samedi 6 juillet 2002
Le procès intenté à Paris par le général Nezzar s’est clos vendredi 61
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 7 juillet 2002
Fin, à Paris, du procès de Habib Souaïdia, qui avait dénoncé les « massacres » des
militaires. Pas de peine requise contre l’accusateur de l’armée 62
Le Figaro, Marie-Estelle Pech, 6 juillet 2002
6
Algérie. Un attentat particulièrement sanglant endeuille les quarante ans
d’indépendance . Un anniversaire et trente nouveaux morts 63
Le Soir (Bruxelles), Baudouin Loos, 6 juillet 2002
Algérie. Le face-à-face Souaïdia-Nezzar, ou le procès à Paris du rôle de l’armée
algérienne 64
Le Temps (Suisse), Christian Lecomte, Alger, samedi 6 juillet 2002
Une affaire de diffamation devient le procès du régime algérien 66
AFP, samedi 6 juillet 2002, 10h48
Pas de peine contre Habib Souaïdia. Procès Nezzar : jugement le 27 septembre67
L’Humanité, Hassane Zerrouky, 8 juillet 2002
Le procès Nezzar embarrasse à Alger. La presse algérienne attaque l’ex-officier
Souaïdia, sans défendre le général 68
Libération, LDS, mardi 9 juillet 2002
L’Algérie sans mythe 69
Le Monde, tribune de Lahouari Addi, professeur de sociologie à l’IEP de Lyon, 11 juillet 2002
Un ancien ministre de la Défense accuse le président Bouteflika d’être derrière la
« cabale » contre les généraux 70
Associated Press, jeudi 11 juillet 2002, 17h27
II. PROCES NEZZAR VS SOUAÏDIA : PRESSE ANGLOPHONE
Honour of Algerian army in the dock at Paris defamation trial 71
AFP, Raphael Hermano, 30.6.02
Ex-Algerian minister sues author 72
Associated Press, July 1, 2002
Former defense minister confronts best-selling author over allegations of military
atrocities in war against Islamic extremists 73
Associated Press, Elaine Ganley, Mon Jul 1
Algerian author sued over war claims tens of thousands have died in the civil war 74
BBC, James Coomarasamy, correspondent in Paris, Monday, 1 July, 2002
Author blasts Algerian army at start of French defamation case 75
AFP, Raphael Hermano, July 1 2002
Trial opens on Algeria’s dirty war charges 76
United Press International, Elizabeth Bryant, Jul 01, 2002
Europe defamation trial over Algerian rights violations opens in Paris 77
Voice of America, Lisa Bryant, 1 Jul 2002 18:40 UTC
Algerian general target of new torture allegations in French court 78
AFP, July 1 2002
7
Algerian army role in atrocities debated at French courtroom 79
Al-Bawaba, Jul 4, 2002
Algerian Army Role on Trial in Paris 80
Associated Press, Elaine Ganley, Jul 04, 2002
Algerian opposition leader accuses general of election’coup’ 81
AFP, July 4 2002
Algerian Army Role on Trial in Paris 82
The New York Times, 4 july 2002 (by The Associated Press)
III. PROCES NEZZAR VS SOUAÏDIA : PRESSE ALGERIENNE
Nezzar-Souaïdia/Vingt-six témoins à la barre 84
El Watan, Nadjia Bouzeghrane, 16 juin 2002
Le procès débutera ce lundi. Nezzar à Paris pour affronter Souaïdia 84
Le Quotidien d’Oran, Arezki Benmokhtar, 29 juin 2002 84
François Gèze et ses subterfuges 85
La Nouvelle République, O. Cheikh, 29 juin 2002
Le procès Nezzar-Souaïdia s’ouvre demain à Paris. Audition des témoins jusqu’au
5 juillet 86
Le Matin, Yasmine Ferroukhi, 30 juin 2002
Affaire Nezzar contre Souaidia. Le procès s’ouvre aujourd’hui à Paris 87
El Watan, Fayçal Métaoui, 1er juillet 2002
Le procès débutera ce lundi. Nezzar à Paris pour affronter Souaïdia 88
Le Quotidien d’Oran, Arezki Benmokhtar, 1er juillet 2002
Notre procès 89
Le Matin (Alger), éditorial de Mohamed Benchicou, 1er juillet 2002
Le procès Nezzar-Souaïdia s’ouvre aujourd’hui à Paris 90
Le Matin (Alger), A. C., 1er juillet 2002
Les pressions se multiplient 91
Le Matin (Alger), Soraya Akkouche, 1er juillet 2002
L’un des avocats de Khaled Nezzar l’affirme : « La partie adverse veut un procès
médiatique contre Nezzar » 92
Le Matin (Alger), G. K., 1er juillet 2002
Il a animé une conférence de presse sur la Cour pénale internationale. Le message de
Ali Yahia Abdennour 93
Le Matin (Alger), Yasmine Ferroukhi, 1er juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia. Un procès médiatique 94
Liberté, 1er juillet 2002
8
Le procès Nezzar-Souaïdia aujourd’hui à Paris. L’heure de vérité 94
L’Expression, Aziz Yemloul, 1er juillet 2002
Conférence de presse du président de la LADDH. Ali Yahia Abdenour mise sur la CPI
95
La Tribune (Alger), L. G., lundi 1er juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia à Paris. Qui sont les témoins ? 96
La Nouvelle République, Fayçel M., 1er juillet 2002
Le procès Souaidia aujourd’hui a Paris. Dix témoins contre Nezzar 103
Al Fadjr (arabophone), Adel Nassim, 1er juillet 2002
Affaire Nezzar Souaidia : Le procès aujourd’hui 103
El Khabar (arabophone), A.F., 1er juillet 2002
Le général de corps d’armée Mohamed Lamari réaffirme le caractère républicain de
l’ANP 103
APS, 2 juillet 2002, 19:02:09
M. Ghozali déclare vouloir rétablir la vérité sur l’honneur de l’ANP et de l’Algérie
104
APS, 2 juillet, 16:25:13
Affaire Nezzar-Souaidia : Un procès inédit à Paris 106
El Watan, Nadjia Bouzeghrane, 2 juillet 2002
Alors que son procès contre Souaïdia a commencé hier, le général-major Nezzar fait
l’objet d’une nouvelle plainte 108
Le Jeune Indépendant, S. H., 2 juillet 2002
Nezzar-Souaïdia, un procès particulier 108
La Tribune, Slimane Zyadi, mardi 2 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia. Vers un débat contradictoire sur l’Algérie des années 90 109
La Tribune, Merzak Meneceur, mardi 2 juillet 2002
Le général et le jeune officier 111
Le Quotidien d’Oran, Abdou Benabbou, 2 juillet 2002
Le général défend l’armée devant la justice française. Nezzar : « Il fallait éviter
l’afghanisation de l’Algérie » 112
Le Quotidien d’Oran, Ziad Salah, 2 juillet 2002
Le procès Nezzar-Souaïdia s’est ouvert hier 113
Le Matin, de notre correspondante à Paris, Naziha Benchicou, 2 juillet 2002
Une nouvelle plainte contre le général Nezzar 114
Le Matin, Yasmine Ferrroukhi, 2 juillet 2002
Pousse avec eux ! Khaled Cro-Magnon ! 115
Le Soir d’Algérie, Hakim Laâlam, 2 juillet 2002
9
Nezzar contre-attaque. Le procès du « qui-tue-qui ? » à Paris 116
Le Soir d’Algérie, Kamel Amarni, 2 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaidia : la bataille de Paris 117
L’Expression, Salim Aggar, 2 juillet 2002
À l’ouverture de leur procès, hier, à Paris. Première passe d’armes entre Nezzar et
Souaïdia 119
Liberté, Farid Alilat, 2 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia : audition des premiers témoins 122
El Watan, Nadia Bouzeghrane, 3 juillet 2002
Ghozali à la rescousse de Nezzar : « L’arrêt du processus électoral ou la fin de
l’Algérie » 123
Le Jeune Independant, Aït-Chaâlal Mouloud, 3 juillet 2002
Une première dans l’histoire de l’ANP : le général Lamari anime une conférence de
presse 124
Le Jeune Indépendant, Redouane Noussaïr, 3 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia : la symbolique d’une date 125
La Nouvelle République, Merizek Sahraoui, 3 juillet 2002
Le général-major Lamari à propos de la levée de l’état d’urgence : « L’ANP ne dit pas
non ! » 125
La Nouvelle République, Nadjia B., 3 juillet 2002
Deuxième jour du Procès Nezzar-Souaïdia. Ghozali, Haroun, Baudouin et Chouchane
témoignent 129
La Tribune, Merzak Meneceur, 3 juillet 2002
Le procès Nezzar-Souaïdia se poursuit : Les explications de Sid Ahmed Ghozali 130
Le Matin, de notre correspondante à Paris, Naziha Benchicou, 3 juillet 2002
Ghozali au procès Nezzar-Souaïdia : « Je n’ai pas voulu être le Chapour Bakhtiar de
l’Algérie » 132
Le Soir d’Algérie, Chérif Bennaceur, 3 juillet 2002
Sid-Ahmed Ghozali au procès Nezzar-Souaidia : « Nous avons sauvé l’Algérie » 133
L’Expression, Salim Aggar, 3 juillet 2002
Sous le prisme des médias étrangers. Un sale procès pour « La sale guerre »135
L’Expression, Ali Oussi, 3 juillet 2002
Ghozali au procès Nezzar-Souaïdia : « L’arrêt du processus électoral est un acte
historique » 136
Liberté, 3 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia : au prétoire, les cris des victimes du terrorisme 138
El Watan, Nadjia Bouzeghrane, 4 juillet 2002
Trosième journée du procès Nezzar-Souaïdia. Poursuite de l’audition des deux parties
10
139
La Tribune, Merzak Meneceur, jeudi 4 juillet 2002
Retour à 62 141
Le Matin, Mohamed Benchicou, 4 juillet 2002
Témoignage des familles victimes du terrorisme dans le procès Nezzar-Souaïdia :
« L’armée n’a rien à voir avec les massacres » 142
Le Matin, de notre correspondante à Paris, Naziha Benchicou, 4 juillet 2002
Poursuite du procès Nezzar-Souaïdia. L’arrêt du processus électoral en débat à Paris
143
Le Soir d’Algerie, Hakim Soltani, 4 juillet 2002
Troisième journée du procès Nezzar-Souaïdia : Samraoui témoigne 145
Liberté, 4 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia : guerre des témoins 145
L’Expression, Salim Aggar, 4 juillet 2002
Mohamed Samraoui : « La solution ? Le départ de certains généraux » 146
Algeria Interface, Paris, interview de Djamel Benramdane, 5 juillet 2002
Le président Bouteflika rend hommage aux prises de positions de l’ANP face aux
situations les plus difficiles 149
APS, 4 juillet 2002, 16:38:23
Procès Nezzar-Souaïdia : « Deux thèses, deux vérités » 150
El Watan, Nadjia Bouzeghrane, 6 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia : Aït Ahmed défend le petit lieutenant 151
L’Expression, Salim Aggar, 6 juillet 2002
Jugement mis en délibéré pour le procès de Souadia 152
APS (Alger), 6 juillet 2002
Affaire Nezzar-Souaidia : Procès de l’arrêt du processus électoral 154
El Watan, Nadjia Bouzeghrane, 7 juillet 2002
Aït Ahmed à Nezzar : « Pourquoi ne pas négocier une solution politique ? »156
El Watan, N. B., 7 juillet 2002
Promotion d’officiers supérieurs de l’ANP. Le président Bouteflika remet des grades
et des médailles 157
Jeune Independant, 7 juillet 2002
Procès Nezzar-Souaïdia : les faits saillants 157
Le Matin, de notre correspondante à Paris, Naziha Benchicou, 7 juillet 2002
Nezzar-Souaïdia : les leçons d’un procès 158
Liberté, Farid Alilat, 7 juillet 2002
Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, à La Nouvelle République : « Nous devons
11
instaurer une tradition de communication » 159
La Nouvelle République, interview réalisée à Paris par Mehenna H., 7 juillet 2002
Et si l’Airbus d’Air France… ? 161
Horizons, Larbi Chaâbouni, 8 juillet 2002
Point de presse de Khalida Toumi-Messaoudi : « La symétrie entre l’ANP et l’armée
coloniale est infâmante » 162
L’Expression, 8 juillet 2002
Nezzar Souaidia : un procès pour l’Histoire 163
Le Soir, Leïla Aslaoui, 10 juillet 2002
Nezzar, Canal + et les attentats de Paris 168
Le Soir, de notre correspondante permanente à Paris K. Baba-Ahmed, 10 juillet 2002
Le général à la retraite s’en prend a la concorde civile : Nezzar épingle Bouteflika
170
Le Soir, Kamel Amarni, 11 juillet 2002
Communiqué du général-major Nezzar : « Le terroriste sanguinaire est devenu
‘‘Monsieur Hattab’’» 171
Le Soir, 11 juillet 2002
Recrudescence des attentats terroristes. Les travers de la concorde civile 173
Le Soir, Sofiane Aït-Iflis, 11 juillet 2002
La colère des martyrs vivants 174
Le Matin, Mohamed Benchicou, 11 juillet 2002
Affaire Nezzar-Souaïdia 176
Le Matin, Djamel Boukrine, 11 juillet 2002
Jean-Baptiste Rivoire ou la méthode CAPA 177
Horizons, M. B, 11 juillet 2002
Khaled Nezzar poursuit son offensive juridico-médiatique 177
Algeria Interface, Paris, Karim Aït-Ouméziane, 12 juillet 2002
Affaire Nezzar-Fattani : ce général qui veut tuer la liberté d’expression 179
L’Expression, samedi 13 juillet 2002
Nezzar signe la troisième sortie du MDN. Les militaires attaquent Bouteflika : « Quel
est ton bilan en trois ans d’exercice ? » 180
Le Jeune Indépendant, Youcef Brahimi, 13 juillet 2002
Attaque frontale 182
Liberté, Hacène Ouandjeli, 13 juillet 2002
L’ANP multiplie les sorties médiatiques. De la concorde au ministre de la Défense
183
Liberté, Salim Tamani, 13 juillet 2002
12
Paroles de général ! 184
Liberté, Lyès Bendaoud, 13 juillet 2002
ANP-Bouteflika : l’heure des règlements de comptes ? 185
Liberté, Hamid Saïdani, 13 juillet 2002
Le consensus rompu 187
Liberté, Hafida Ameyar, 13 juillet 2002
Qui tue qui ? Pourquoi ? 188
Liberté, M. Hammouche, 13 juillet 2002
Dans une déclaration rendue publique jeudi : Nezzar accuse Bouteflika 189
Le Matin, Ghada H., 13.7.02
Bouteflika, le souffleur de Souaïdia 190
Le Matin, Rachid Mokhtari, 13 juillet 2002
C’est la crise ! 191
Le Matin, Mohamed Benchicou, 13.7.02
Un divorce annoncé 192
Le Matin, Djamel Boukrine, 13.7.02
Le deuxième mandat de Bouteflika est-il compromis ? 194
Le Matin, Youcef Rezzoug, 13 juillet 2002
Taisez-vous donc, Monsieur Zerhouni ! 195
Le Soir d’Algérie, Leïla Aslaoui, 13.7.02
Dans une déclaration publiée par la presse algérienne, Khaled Nezzar s’en prend à
Bouteflika 198
La Tribune, A. R., samedi 13 juillet 2002
Nezzar relance le débat sur la relation Bouteflika-ANP. Les équilibres sont-ils
rompus ? 200
El Watan, Fayçal Métaoui, 13 juillet 2002
Convergence contre l’intégrisme 201
El Watan, Amine Lotfi, 13 juillet 2002
Propos à mots couverts 202
El Watan, D. Amrouche, 13 juillet 2002
Ses interventions ne sont pas fortuites. Au nom de qui parle le général ? 203
Liberté, Salim Tamani, 14.7.02
Après les attaques frontales du général Nezzar. Le silence de Bouteflika 204
Liberté, N. Sebti ; 14.7.02
« Ces démocrates à la solde de Souaïdia » 205
Le Matin, Latifa Benmansour, 14 juillet 2002
Poupées barbie, poupées barbantes ! 207
13
Le Soir d’Algerie, Hakim Laâlam, 14 juillet 2002
IV. PROCES NEZZAR VS SOUAÏDIA, PRESSE ALGERIENNE : LE CAS
TRES PARTICULIER DE EL MOUDJAHID ET DE SON
CORRESPONDANT, M. MOULOUD BENMOHAMED
Tribunal de Grande Instance de Paris : Habib Souaïdia au banc des accusés 209
El Moudjahid, de notre envoyé spécial Mouloud Benmohamed, 1er juillet 2002
Au tribunal de grande instance de Paris : « Sale temps » pour Souaïdia 214
El Moudjahid, de notre envoyé spécial à Paris, Mouloud Benmohamed, 2 juillet 2002
Tribunal de grande instance de Paris : Contre-vérités et vérités sur la décennie de sang
220
El Moudjahid, de notre envoyé spécial à Paris Mouloud Benmohamed, 3 juillet 2002
Tribunal de grande instance de Paris : Témoignages contre Yous, Souaïdia et le GIA
222
El Moudjahid, de notre envoyé spécial à Paris, Mouloud Benmohamed, 4 juillet 2002
Tribunal de grande instance de Paris :Grandeur et décadence de Aït Ahmed228
El Moudjahid, de notre envoyé spécial à Paris, Mouloud Benmohamed, lundi 8 juillet 2002
Tribunal de grande instance de Paris : Fracassantes révélations du général-major
Nezzar 232
El Moudjahid, de notre envoyé spécial à Paris, Mouloud Benmohamed, 9 juillet 2002
V. PROCES NEZZAR VS SOUAÏDIA : COMMUNIQUES ONG ET AUTRES
Algérie : Le procès d’Habib Souaïdia souligne les préoccupations sur l’absence
d’enquêtes 236
Amnesty International, Bulletin d’information 107/02, 28 juin 2002
Le procès d’Habib Souaidia sera le procès de l’ex-général Nezzar 237
Collectif permanent de solidarité avec le peuple algérien, Paris, 28 juin 2002
Algérie : le général Nezzar doit être poursuivi par le juge français 239
FIDH, Paris, lundi 1er juillet 2002
Communiqué de presse 239
Justitia Universalis, 1er juillet 2002
14
I. Procès Nezzar vs Souaïdia : presse européenne francophone
Le général algérien Khaled Nezzar actuellement en France
AFP, Paris, 28 juin 2002
Le général Khaled Nezzar, ancien homme fort du pouvoir algérien, se trouve actuellement
en France pour assister au procès qu’il a engagé contre l’ancien officier Habib Souaïdia,
auteur du livre La sale guerre, a indiqué vendredi l’avocat du général Nezzar.
Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense algérien et principal instigateur de
l’interruption du processus électoral en 1991, avait fait l’objet en novembre 2001 de plaintes
pour tortures en France de la part de familles d’opposants algériens.
Selon son avocat, Me Jean-René Farthouat, aucune nouvelle audition du militaire — qui
avait été auditionné par la police en avril dernier — n’est toutefois envisageable durant son
séjour, dans la mesure où ces plaintes « ont fait l’objet d’un classement sans suite après qu’il a
été entendu ».
A partir de lundi et jusqu’à vendredi, Khaled Nezzar assistera donc à l’audience en
diffamation devant le tribunal correctionnel de Paris dans l’affaire qui l’oppose à Habib
Souaïdia, qui dans son livre La sale guerre accuse l’armée algérienne d’être impliquée dans
de nombreux massacres.
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L’armée algérienne défend son honneur lundi au procès de « la sale
guerre »
AFP, Paris, 29 juin 2002
Pour la première fois devant la justice française un haut dignitaire algérien, le général
Khaled Nezzar, viendra défendre lundi l’honneur de son armée en attaquant un ancien
officier, Habib Souaïdia, auteur d’un livre accusant les militaires de massacres, La sale
guerre.
L’ancien ministre de la Défense et principal instigateur de l’interruption du processus
électoral algérien en 1991, actuellement sur le sol français, a fait savoir qu’il serait présent à
l’audience, qui se déroulera pendant toute la semaine devant le tribunal correctionnel de Paris.
« Nous n’avons pas engagé cette procédure pour rien. Nous entendons faire une large mise
en perspective de tout ce qui s’est passé en Algérie ces dernières années », a prévenu l’un de
ses avocats, Me Jean-René Farthouat, qui entend faire citer une quinzaine de témoins, dont
plusieurs anciens hommes politiques et généraux algériens.
Dans ce procès inédit, l’ancien homme fort du régime n’attaque pas directement le livre de
Habib Souaïda (65 000 exemplaires vendus selon les éditions La découverte), mais les propos
qu’il a tenus lors d’une émission diffusée par la Cinquième. A ce titre, le président de France
Télévision, Marc Tessier, est cité à comparaître aux côtés de l’auteur de l’ouvrage.
Dans ce livre, qui a alimenté une très vive controverse des deux côtés de la Méditerranée,
Habib Souaïdia, engagé volontaire en 1989 dans les rangs de l’Armée nationale populaire
(ANP), raconte la torture, les exécutions sommaires et les massacres de civils commis selon
15
lui par les militaires depuis le début des années 1990.
Plaintes en France contre Nezzar
Soutenant cette thèse sur l’antenne de la Cinquième, il avait ainsi déclaré que « les
généraux » ont « tué des milliers de gens ». « C’est eux qui ont décidé d’arrêter le processus
électoral, c’est eux les vrais responsables ».
Dans un parallèle avec les exactions commises par l’armée française durant la guerre
d’Algérie, il avait aussi affirmé : « je ne peux pas pardonner au général Massu et au général
Aussaresses les crimes qu’ils ont commis comme je ne peux pas pardonner au général
Nezzar ».
« L’extraordinaire paradoxe de ce procès c’est que nous avons d’un côté un accusé qui est
un homme extrêmement courageux et qui dénonce des faits graves et de l’autre une victime
qui est suspectée d’avoir couvert des exactions d’une extrême gravité », avance l’un de ses
défenseurs, Me William Bourdon.
« Au travers de la condamnation de Souaïdia le général Nezzar cherche l’acquittement de
l’armée algérienne », ajoute l’avocat.
Pour sa défense, le jeune officier a lui aussi prévu de faire citer de nombreux témoins :
journalistes, militaires algériens dissidents et historiens (dont Pierre Vidal-Naquet et
Mohammed Harbi).
Khaled Nezzar avait fait l’objet en novembre 2001 de plaintes en France pour tortures de la
part de familles d’opposants et avait été auditionné dans ce cadre par la police française en
avril 2002. Selon son avocat, aucune nouvelle audition du militaire n’est toutefois
envisageable durant son séjour le temps du procès, dans la mesure où ces plaintes « ont fait
l’objet d’un classement sans suite ».
Habib Souaïdia, réfugié en France, a pour sa part été condamné en avril dernier à 20 ans de
prison par contumace par le tribunal criminel Sidi M’hamed d’Alger pour « participation à une
entreprise d’affaiblissement du moral de l’ANP (Armée nationale populaire) et de la sûreté de
l’État ».
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L’agenda…
L’Humanité, 1er Juillet 2002
Paris. Ouverture du procès à l’initiative de l’armée algérienne, représentée par le général
Khaled Nezzar, qui attaque un ancien officier, Habib Souaïdia, auteur d’un livre, La Sale
Guerre, accusant les militaires de massacres. L’ancien homme fort du régime n’attaque pas
directement le livre de Habib Souaïdia, mais les propos qu’il a tenus lors d’une émission
diffusée par La Cinquième.
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L’armée algérienne veut se blanchir a Paris
Le général Nezzar attaque en justice l’auteur de « La Sale Guerre »
Libération, José Garçon, lundi 1er juillet 2002
« Nous avons un accusé courageux qui dénonce des faits graves, et une victime suspectée
d’avoir couvert des exactions d’une extrême gravité. » William Bourdon, l’un des avocats de
16
Souaïdia
Il n’y a pas si longtemps, seules des périphrases désignaient le général-major Khaled
Nezzar : « l’homme fort d’Alger » ou « l’un des parrains du régime ». Il était en tout cas l’un
de ces « décideurs » algériens, comme on appelle la petite poignée de généraux qui détiennent
la réalité du pouvoir en Algérie, que personne n’aurait osé nommer publiquement il y a
seulement quelques années.
Autant dire que la présence aujourd’hui (sauf imprévu) de l’ancien ministre de la Défense
devant un tribunal français est un événement. Certes, c’est officiellement un simple procès en
diffamation qui s’ouvre à 13 h 30 devant la 17e chambre correctionnelle : celui intenté par ce
général en retraite à un jeune officier Habib Souaïdia, auteur d’un ouvrage à succès, La Sale
Guerre (plus de 70 000 exemplaires vendus) qui met en cause l’armée algérienne dans des
exactions contre des civils. Ce n’est toutefois pas cet ouvrage qui est visé, mais une
déclaration de Souaïdia diffusée sur la Cinquième. « Cela fait dix années qu’il n’y a pas de
président [en Algérie], y affirme le jeune officier. Il y avait des généraux […], c’est eux les
décideurs, c’est eux qui ont fait cette guerre. C’est eux qui ont tué des milliers de gens pour
rien. C’est eux qui ont décidé d’arrêter le processus électoral, c’est eux les vrais responsables
[…] Je ne peux pas pardonner au général Massu et au général Aussaresses les crimes qu’ils
ont commis, comme je ne peux pas pardonner au général Nezzar […]. Il faut qu’on juge les
coupables. »
En réalité, Khaled Nezzar semble ne s’être décidé à accuser Souaïdia, quatre mois après la
parution de son livre, que pour esquiver une première procédure dans laquelle il était luimême
accusé. Car le 25 avril 2001, la « sale guerre » a rattrapé en France l’ex-homme fort du
régime au moment où, ironie du sort, il y présentait ses Mémoires qui innocentent l’armée de
toute exaction dans ce conflit. S’appuyant sur la « compétence universelle », une famille
algérienne, dont le fils est mort sous la torture, et deux anciens détenus, eux aussi torturés par
les forces armées après la proclamation de l’état d’urgence en 1992, ont porté une triple
plainte contre lui « pour sa responsabilité directe, en tant que ministre de la Défense, puis
membre du Haut Comité d’État, dans la politique de répression généralisée » et pour n’avoir
« pas mis un terme à ces tortures, dont il ne pouvait ignorer le caractère massif et
systématique, alors qu’il en avait les moyens ».
Séisme
Pour des généraux qui, longtemps habitués à une impunité totale, vivent aujourd’hui dans
la hantise de devoir un jour rendre des comptes, cette plainte est un séisme. Y compris parce
qu’elle laisse planer l’impossibilité pour eux de se déplacer à l’étranger. Parce qu’il est le plus
impulsif d’entre eux, ou poussé par certains de ses pairs, Khaled Nezzar a visiblement décidé
de crever l’abcès. Et d’utiliser ce procès en diffamation pour absoudre une fois pour toutes le
haut commandement militaire de toutes les accusations portées contre lui concernant
l’annulation des élections législatives de décembre 1991 remportées par le FIS, le putsch de
janvier 1992 (Front islamique de salut) et une « sale guerre » qui a déjà fait près de 200 000
morts. Bref, considèrent les « décideurs » algériens et ceux qui les ont soutenus pendant cette
décennie, tout valait mieux que laisser le FIS prendre le pouvoir et instaurer une République
islamiste.
Les émeutes en Kabylie, puis dans tout le pays, aux cris de « Pouvoir, généraux assassins »
17
montrent cependant une réalité infiniment plus complexe en Algérie. Car personne ne nie, y
compris dans les cercles du pouvoir, que ce dernier a créé les conditions de la confrontation et
a besoin d’un certain seuil de violence pour se maintenir, tandis que les GIA (Groupes
islamistes armés) demeurent l’un des mouvements les plus opaques de l’histoire des guerres
civiles. Du coup, la question des responsabilités de la « sale guerre » sera sans doute au coeur
des débats du procès. « Ce sera un procès politique. Nous entendons faire une large mise en
perspective de ce qui s’est passé ces dernières années en Algérie », assure d’ailleurs Jean-
René Farthouat, l’avocat de Khaled Nezzar, qui confirmait dimanche la présence du général à
la barre. « L’extraordinaire paradoxe de ce procès, c’est que nous avons d’un côté un accusé
très courageux qui dénonce des faits graves, et de l’autre, une victime qui est suspectée
d’avoir couvert des exactions d’une extrême gravité. Au travers de la condamnation de
Souaïdia, le général Nezzar cherche l’acquittement de l’armée algérienne », estime de son
côté William Bourdon, l’un des avocats de Souaïdia.
Les choses pourraient cependant se compliquer : une nouvelle plainte de six Algériens
pour torture contre le général Nezzar a été déposée vendredi soir à Paris par les avocats
Antoine Comte et William Bourdon (lire page suivante).
Fuite diplomatique
Le 25 avril 2001, Nezzar n’avait échappé à une audition des policiers que grâce à la
bienveillance des autorités françaises qui ont toujours pris soin de ne pas froisser Alger et
n’avaient nulle envie d’une crise diplomatique. Son départ précipité dans la nuit avait donné
la mesure de l’embarras français. Paris, qui avait pourtant confirmé à la brigade criminelle
que le général « ne bénéficiait d’aucune immunité diplomatique », avait trouvé une parade
pour organiser sa fuite en se retranchant derrière une « immunité temporaire » : une note
verbale de six lignes des autorités algériennes envoyée par fax à… 14 h 40 ce même 25 avril à
l’ambassade de France à Alger pour l’informer que « le général Nezzar est en mission
officielle en France depuis une semaine ». Et le soir même, à 0 h 12, celui-ci embarquait
précipitamment à Roissy dans un avion de la présidence algérienne spécialement affrété. Les
liens étroits entre les « services » algériens et français ont fait le reste : une semaine tout juste
après le dépôt de cette plainte, la presse algérienne publiait le nom des trois plaignants qui,
pour des raisons de sécurité évidentes, devaient garder un anonymat absolu…
Khaled Nezzar ne se contentera pas du premier classement de cette plainte, rendu quasi
automatique par sa fuite. Surfant sur « l’effet 11 septembre » qui permet aux dictatures de se
présenter comme des parangons de démocratie, il entend en finir avec une procédure qui lui
interdit de facto de se déplacer. Le 4 avril dernier, il revient à Paris dans le plus grand secret
pour y être entendu, sur sa demande, par la brigade criminelle, assurant qu’il ne s’était pas
expliqué en avril 2001 car son « entourage avait préféré qu’il rentre immédiatement à Alger,
pour éviter qu’il y ait des problèmes politiques entre la France et l’Algérie ». Plaidoyer pro
domo qu’aucune question gênante ou précise ne viendra contrarier. L’audition du général
algérien aboutit au classement de l’affaire le 24 avril. « [Son] contenu, argue le procureur de
la République, n’a pas permis d’apporter d’éléments de nature à me convaincre de prendre
l’initiative de poursuites à l’encontre du général Nezzar. » Pourtant, celui qui fut chargé du
rétablissement de l’ordre dans la capitale lors des émeutes d’octobre 1988 y fait, en creux, un
véritable aveu : « Hormis la fusillade de Bab el-Oued, le 10 octobre 1988, l’usage du feu n’a
jamais été autorisé et ordonné contre les manifestants », affirme-t-il, oubliant de préciser que
18
cet épisode fit des dizaines de morts après que l’armée eut tiré sur une manifestation
pacifique.
Boutiques de luxe
Quatre jours après cette audition, Habib Souaïdia, l’auteur de La Sale Guerre, a été
condamné par contumace par un tribunal d’Alger pour « participation à une entreprise
d’affaiblissement du moral de l’Armée et de la sûreté de l’État » : dix minutes d’audience,
vingt ans de prison. En mai, l’un des trois plaignants retire sa plainte contre le général Nezzar.
La presse avait annoncé que son fils avait été enlevé dans la nuit du 16 au 17 avril par les
services de sécurité à Alger. L’ex-homme fort d’Alger pense désormais pouvoir attendre son
procès en diffamation contre un jeune officier en multipliant les allers et retours à Paris.
Un samedi de juin, il fait, seul et à pied, les boutiques de luxe du quartier de l’Opéra. Il se
vante en public de sa tranquillité depuis les dernières élections en France : « J’étais un peu
interdit de séjour à cause de cette petite plainte déposée contre moi. C’est toujours les mêmes
histoires… Mais j’ai réglé ce problème avec le Quai d’Orsay. Il reste un vague procès, mais je
ne m’en fais plus, surtout maintenant. » Le procès qui s’ouvre aujourd’hui à Paris doit durer
jusqu’à vendredi.
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L’Algérien Lyes Laribi porte plainte pour torture contre Nezzar : « Que
chacun ose dire ce qu’il a vécu »
Libération, Florence Aubenas, lundi 1er juillet 2002
« Le FIS était la peste. Ceux qui l’approchaient même malgré eux, ceux qui avaient juste
voté pour lui, une barbe trop longue, un mot de trop : coupables. »
Leur jeunesse et ses plaisirs avaient un paradis, les Haras de la garde républicaine du Lido
à Alger. Là, grâce à l’entregent d’un parent bien placé dans la cavalerie, une petite bande
d’étudiants passe des journées entières dans le piétinement des chevaux, la fièvre des
compétitions et l’exaltation de frôler les hautes sphères algéroises.
Ce 16 mars 1992, aux Haras du Lido, Lyes Laribi, 25 ans, reconnaît l’éternel Hamid, chef
des paddocks, ou encore cet officier qui avait loupé le championnat l’année d’avant. Mais, ce
jour-là, ces silhouettes familières poussent des prisonniers par centaines, « bleus de tortures »,
défigurés par les coups, attendant d’être déportés vers sept camps d’internement du désert
algérien. Et Lyes Laribi est parmi eux, effaré de faim et de peur, se battant pour un peu d’eau
dans l’abreuvoir des chevaux. Il va passer quatre ans dans le camp d’In M’guel et à la prison
militaire de Blida. Entre 1991 et 1995, plus de 15 000 personnes ont ainsi été déportées, sans
jugement, sur simple décision arbitraire.
Alors que s’ouvre aujourd’hui le procès en diffamation intenté par le général Nezzar contre
Habib Souaïdia (lire page précédente), une nouvelle plainte pour « torture » vient d’être
déposée en France contre l’ex-ministre de la Défense par six Algériens, dont Lyes Laribi. Un
chassé-croisé judiciaire qui pourrait bouleverser les audiences parisiennes. Lyes témoigne
aussi par un livre, Dans les geôles de Nezzar (1), où le récit des supplices est parfois
insoutenable. Ce que racontent surtout ces procédures et cet ouvrage poignant — le premier
sur ces camps de déportation —, c’est l’histoire du grand silence algérien.
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« On croyait vivre »
« Je cherche la réponse que personne ne m’a jamais donnée en quatre ans d’internement :
pourquoi et sur quelle instruction m’a-t-on arrêté ? », dit Laribi. A l’époque, c’est
l’effervescence, la fugace « ouverture démocratique » qui a suivi les émeutes d’octobre 1988
à Alger, l’instauration du multipartisme qui va durer quatre ans. A la faculté de Bab-ez-Zouar,
tout bouillonne, les études et la drague, cette « mode des syndicats libres ». Comme tout le
monde ou presque, Laribi, fils d’une famille algéroise d’universitaires, fonde le sien avec
quelques copains, une petite structure démocratique plutôt de gauche. « On avait l’âge des
folies. On ne se rendait pas compte. On croyait vivre. On défiait le pouvoir ».
En 1990, le FIS (Front islamique du salut) remporte les municipales et vogue vers la
victoire aux législatives de décembre 1991. Les autorités élaborent alors un projet de loi
électorale, notamment un nouveau découpage censé rattraper administrativement ce qui était
perdu politiquement. Grèves, marches… les protestations s’élèvent côté FIS, mais aussi du
côté de l’opposition non islamiste, également lésée par ces mesures. C’est le début des
déportations, et l’arrestation des principaux dirigeants du FIS. Lorsque ce dernier remporte
néanmoins le premier tour de ces législatives, le processus électoral est suspendu, le président
Chadli Bendjedid « démissionné » et, appuyés par les chars, cinq militaires et civils
s’installent au pouvoir. La contestation reprend. A l’occasion d’une assemblée à la faculté de
Bab-ez-Zouar, organisée par un mouvement étudiant proche des islamistes, dont il ne fait pas
partie, Laribi dénonce lui aussi le « coup d’État ». « A ce moment, il y avait deux camps :
ceux qui approuvaient la situation et ceux qui pensaient qu’il s’agissait d’un coup de force.
Cette analyse n’appartenait pas, loin s’en faut, au seul FIS ».
Quelques semaines plus tard, au centre de torture, on criera pourtant à Lyes « islamiste ! ».
Arrivé au camp d’In M’guel, on ne dit déjà plus que « terroriste ». « Le FIS était la peste.
Ceux qui l’approchaient, même malgré eux, ceux qui avaient juste voté pour lui, une barbe
trop longue, un mot de trop : coupables. Le car de l’usine de bière d’El Harrach avait été
arrêté à un barrage de police. A l’époque, on n’était pas encore habitué à ces contrôles et un
ouvrier, saoul, a crié pour les emmerder : « Vive le Fis ! ». Aucun d’entre eux ne savait même
faire la prière ». Tous ont été déportés. « Terroristes ». Les forces de sécurité sont survoltées.
Lors d’un simulacre d’exécution au camp d’In M’guel, un gradé pointe son arme contre la
tempe d’un prisonnier : « Dis à ton Dieu que les gendarmes d’Algérie l’emmerdent. » Les
années les plus noires de la sale guerre commencent. Pour une grève de la faim en 1993 à In
M’Guel, des protestataires sont accusés de « destruction de matériel de l’armée » et transférés
à la prison militaire de Blida. Un juge d’instruction, capitaine, est saisi. Il doute du dossier,
d’ailleurs jamais jugé. Loin de se rassurer, les accusés (dont Lyes fait partie) sont pris de
panique, « comme fous. Puisque tout est faux et qu’il le sait, la vraie raison de notre présence
ici doit être bien pire. »
Harcèlement
Laribi est libéré le 30 novembre 1995 : « Les gens changeaient de trottoir, ostensiblement,
en me voyant. Dans l’escalier, les voisins guettaient mes allées et venues : cela peut coûter
cher un « bonjour » à quelqu’un qui sort de là-bas. A la fin, quand quelqu’un m’adressait la
parole, c’est moi qui devenais méfiant : pourquoi me parle-t-il ? C’est louche. Un indicateur
peut-être ? » Comme tous les anciens détenus, l’étudiant est harcelé, papiers confisqués,
emprisonné à nouveau dans le même centre de torture. Lyes Laribi se réfugie en France en
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2000. Sa première visite est pour une organisation humanitaire à Paris. Quand il raconte la
torture, les sévices, l’horreur des camps et de la prison, on s’obstine à ne lui poser qu’une
question : « Mais étiez-vous islamiste ? ». Avec le commentaire : « Parce que pour eux, c’est
bien fait. » Et l’innocence se fait inavouable. Lyes pourtant les comprend, « ces
Occidentaux ». « Ils ont le droit d’avoir peur. Mais pour nous, il y a quelque chose alors qui
se dérobe. On n’a plus le courage de dire. »
Laribi s’est associé à la première procédure contre Nezzar, à Paris en avril 2001, parce
qu’il avait une entière confiance en un autre des deux plaignants. « En représailles, son fils a
été enlevé dix jours à Alger par la police. Il a fini par se retirer », raconte Lyes. Lui continue
avec une nouvelle plainte contre le général : « Je me sentirai traître d’abandonner maintenant.
Que chacun ait aujourd’hui le courage de dire ce qu’il a vécu. Eux comme nous. » Le 4 avril
dernier, la police française entendait le général Nezzar dans la première procédure. A propos
des déportations réalisées à partir de 1991, il s’exclamait : « Personne ne s’est plaint alors. »
Et, sur Laribi et ses quatre ans de détention : « C’est un activiste islamiste convaincu. Je ne
me suis jamais rendu dans les centres où il a été incarcéré. Je ne comprends pas pourquoi je
suis mis en cause par cet homme. » Classée sans suite.
(1) Editions Paris-Méditerranée, 15 euros, 230 pp.
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La « sale guerre » civile algérienne en procès devant le tribunal
correctionnel de Paris
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 1er juillet 2002
Le général Nezzar, ex-homme fort d’Alger, accuse de diffamation un ancien officier réfugié
en France.
Étrange paradoxe : c’est à un tribunal français que va revenir le soin de trancher une
querelle entre militaires algériens et, au-delà, d’éclairer un pan de l’histoire récente du pays.
Et pas n’importe laquelle : celle qui a vu, en janvier 1992, l’interruption d’élections
législatives que les islamistes étaient en passe de gagner haut la main.
On en connaît les conséquences. L’Algérie a sombré dans une guerre civile qui a fait
100 000 morts (l’estimation est du président Bouteflika) voire davantage, pour l’essentiel des
civils. Dix ans après, la violence a nettement baissé mais elle est loin d’avoir disparu.
A l’origine du procès qui s’ouvre, lundi 1er juillet — en principe pour une semaine —
devant la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris, quelques phrases lâchées à la
télévision française, en mai 2001, par un ancien officier, Habib Souaïdia. Les « généraux »,
avait-il déclaré, c’est eux les décideurs, c’est eux qui ont fait la guerre. C’est eux qui ont tué
des milliers de gens pour rien du tout ». « C’est eux qui ont décidé d’arrêter le processus
électoral, c’est eux les vrais responsables [de la guerre civile]« , avait-il ajouté. Cette grille de
lecture, qui exonère pour partie les islamistes, continue à diviser aujourd’hui la société
algérienne en deux camps irréductibles, tout comme ceux qui, en France, s’intéressent au sort
de l’Algérie.
Que cette prise de position débouche sur un procès qui s’annonce orageux tient également
à la personnalité du plaignant et à celle du prévenu. Habib Souaïdia n’est pas n’importe qui.
Militaire en rupture de ban, aujourd’hui réfugié politique en France, il est l’auteur d’un livre
21
qui a fait scandale, à sa sortie, de part et d’autre de la Méditerranée. Dans La Sale Guerre
(Éditions La Découverte), M. Souaïdia raconte avec précision comment, engagé volontaire en
1989, il a été témoin de tortures, d’exécutions sommaires et de massacres de civils dont il
attribue clairement la paternité à l’armée.
C’était la première fois qu’un témoignage venu de l’intérieur de l’institution militaire
mettait ainsi ouvertement en cause l’armée. D’où le succès du livre en librairie (85 000
exemplaires vendus toutes éditions confondues) et, en avril 2002, la condamnation de son
auteur, réfugié politique en France, à 20 ans de prison par contumace par un tribunal algérien
pour « participation à une entreprise d’affaiblissement du moral de l’ANP [Armée nationale
populaire] et de la sûreté de l’État ».
Dans l’entretien accordé à la Cinquième chaîne (ce qui explique que le président de France
Télévision, Marc Tessier, est cité à comparaître), Habib Souaïdia ne s’en était pas uniquement
pris à l’institution militaire. Il avait eu des mots très durs à l’encontre de celui qui, par sa
position, incarnait le régime lorsque l’Algérie a sombré dans la violence, le général Khaled
Nezzar. M. Souaïdia l’accusait de crimes et le comparait aux généraux français Massu et
Aussaresses.
Aujourd’hui à la retraite, Khaled Nezzar, ancien ministre de la défense nationale, a donc
décidé de porter plainte pour diffamation. Sa démarche, a-t-il précisé, n’engage que sa
personne « même si l’enjeu concerne l’Algérie tout entière ».
Et c’est ainsi qu’un tribunal français va devoir se pencher sur une période tumultueuse et
dramatique de l’histoire récente de la jeune Algérie. « Il s’agit du premier grand procès du
régime militaire algérien », résume l’éditeur de La Sale Guerre, François Gèze.
Les débats promettent d’être passionnés. De part et d’autre, les témoins convoqués ont été
des acteurs engagés et, pour certains, le sont encore. Défendu par Me Jean-René Farthouat, le
général Nezzar a fait citer, entre autres personnalités, un ancien Premier ministre, Sid Ahmed
Ghozali, l’actuelle porte-parole du gouvernement, Khalida Messaoudi, le directeur de
l’Observatoire des droits de l’homme, Rezzag Bara, une poignée d’universitaires (dont André
Mandouze) et quelques journalistes.
Les témoins de la partie adversaire, dont Me William Bourdon et Me Antoine Comte
assureront la défense, ne sont pas moins intéressants. Ont été sollicités les historiens
Mohammed Harbi et Pierre Vidal-Naquet, la députée du Parlement européen Hélène Flautre,
la soeur du chanteur kabyle assassiné Lounès Matoub, Malika Matoub, et surtout quatre
militaires entrés en dissidence, dont deux appartiennent au MAOL, un mouvement d’officiers
libres connu pour ses « révélations » diffusées sur Internet. Au total, pour les deux parties, pas
moins de 38 témoins ont été cités.
La situation personnelle du général Nezzar n’est pas faite pour calmer les débats. En
novembre 2001, sous le coup de plaintes pour « tortures » déposées par des familles de
victimes, il avait dû quitter précipitamment la France où il se trouvait en visite privée. Un an
plus tard, il était auditionné par la brigade criminelle et son affaire a fait l’objet d’un
« classement sans suite », selon son avocat. Mais une nouvelle plainte contre le général Nezzar
a été déposée par six personnes, vendredi 28 juin, auprès du procureur de la République pour
« tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants ». A l’ouverture du procès, le statut de
l’ancien ministre de la défense apparaît à nouveau incertain.
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L’armée algérienne « défend son honneur » en France
RFI, Mounia Daoudi, 1er juillet 2002
Le procès en diffamation contre Habib Souaïdia, cet ancien officier algérien, auteur de
l’ouvrage à succès La Sale Guerre qui dénonce notamment les exactions de l’armée
algérienne contre des civils depuis l’interruption en janvier 1992 du processus électoral, s’est
ouvert lundi après-midi devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris. Ce procès
pour lequel le plaignant n’est autre que le général Khalid Nezzar, ancien ministre de la
Défense et l’un des anciens hommes forts du régime algérien, sera dans l’esprit de
l’accusation l’occasion de « blanchir » l’armée algérienne. La défense dénonce, elle, « le
paradoxe d’un procès où l’accusé, Habib Souaïdia, est un homme extrêmement courageux qui
dénonce des faits graves et la victime, une personne suspectée d’avoir couvert des exactions
d’une extrême gravité ».
Ce n’est paradoxalement pas pour La Sale Guerre que Habib Souaïdia est poursuivi en
diffamation par le général à la retraite Khalid Nezzar. L’ouvrage, qui a connu un franc succès
avec 70 000 exemplaires déjà vendus, avait pourtant provoqué un séisme à Alger. Et même si
le livre n’a pas été distribué dans les librairies algériennes, l’ouvrage a suscité un tel émoi que
le chef d’État-major, le général Lamari, s’était senti obligé de réagir dans un communiqué à
ses troupes. Il y dénonçait notamment une opération visant à donner de l’armée « un visage
dictatorial » ainsi qu’un « rôle politique obscur et handicapant ». Habib Souaïdia a d’ailleurs été
condamné par contumace par un tribunal d’Alger à vingt ans de prison pour « participation à
une entreprise d’affaiblissement du moral de l’armée et de la sûreté de l’État ».
Même si La Sale Guerre a été qualifiée de « tissu de mensonges » par les autorités
algériennes, le général Khalid Nezzar a choisi d’attaquer pour diffamation son auteur pour
une toute autre affaire. Il s’agit d’une déclaration diffusée par la chaîne de télévision française
la Cinquième dans laquelle Habib Souaïdia affirme que « les généraux -les véritables
décideurs- ont tué des milliers de gens pour rien ». « Ce sont eux qui ont décidé d’arrêter le
processus électoral, affirme-t-il, ce sont eux les vrais responsables ». L’ancien officier n’hésite
d’ailleurs pas à citer des noms et affirme qu’il ne peut pas « pardonner au général Nezzar » et
qu’il faut « juger les coupables ».
L’occasion était donc toute trouvée pour l’armée algérienne de « se blanchir » puisque le
général Nezzar veut « un procès politique ». Son avocat affirme en effet que le but recherché
est de « faire une large perspective de ce qui s’est passé ces dernières années ». Il s’agit dans
l’esprit des autorités algériennes de détruire « le complot médiatique fait au régime ». Pour
l’ancien homme fort, « les auteurs de ce complot, qui utilisent Habib Souaïdia comme un
simple pion, sont le Front islamique du salut (FIS aujourd’hui dissous) et le Front des forces
socialistes (FFS, principal parti d’opposition) ». Le procès qui s’est ouvert lundi à Paris risque
donc de traiter d’enjeux de politique intérieure algérienne auprès d’une juridiction bien
éloignée du territoire algérien.
Le général Nezzar n’est pas à l’abri de poursuites
Si l’ancien homme fort du régime algérien se présente comme une victime devant le
tribunal de Paris, il n’est pas pour autant à l’abri de poursuites judiciaires. Le général Nezzar
avait dû en effet en avril dernier quitter précipitamment Paris pour éviter de se retrouver
confronté à la justice française. S’appuyant sur la compétence universelle, cette dernière avait
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en effet jugé recevable des plaintes pour tortures déposées contre lui par trois Algériens.
L’affaire avait été ensuite classée puisque selon le procureur de la République « le contenu de
la plainte n’a pas permis de d’apporter d’éléments de nature à prendre l’initiative de
poursuites à l’encontre du général Nezzar ».
Une nouvelle plainte a toutefois été déposée la semaine dernière contre l’ancien ministre
de la Défense pour « tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants ». Neuf Algériens
demandent ainsi au procureur de la République l’ouverture d’une enquête préliminaire pour
que « soit procédé à l’interpellation et à l’audition du général Nezzar ». Selon eux, ce dernier a
eu jusqu’en 1994 les prérogatives d’un « super chef d’État » et « c’est sous sa direction que fût
appliquée la politique de répression systématique » du peuple algérien. La justice française vat-
elle donner suite à cette plainte ? C’est ce que se demandent les militants algériens des droits
de l’homme.
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France-Algérie/Paris : nouvelle plainte contre Nezzar
Associated Press, 1er juillet 2002
Le tribunal doit entendre mardi à 9h30 Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre
algérien de juin 1991 à juillet 1992.
L’ancien ministre de la Défense algérien, qui se trouve actuellement à Paris, est accusé de
« tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants ».
Une nouvelle plainte a été déposée vendredi à Paris par neuf Algériens contre l’ancien
ministre de la Défense algérien, Khaled Nezzar, pour tortures et traitements cruels, inhumains
et dégradants, a-t-on appris lundi auprès de l’un de leurs avocats, Me William Bourdon.
M. Nezzar, ancien homme fort du régime algérien lors de l’interruption du processus
électoral en 1992, se trouve actuellement en France pour assister à partir de lundi au procès
qu’il a intenté à un ancien sous-officier de l’armée algérienne, Habib Souaïdia, auteur du livre
La Sale Guerre.
De précédentes plaintes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 contre M. Nezzar
ont été depuis classées sans suite par le parquet de Paris.
Audition
Les plaignants demandent au procureur de la République l’ouverture d’une enquête
préliminaire pour que « soit procédée à l’interpellation et à l’audition du Général Khaled
Nezzar ».
Selon eux, M. Nezzar a eu jusqu’en 1994 les prérogatives d’un « super chef d’État » et c’est
« sous sa direction que fut appliquée la politique de répression systématique des opposants et
notamment du FIS (Front islamique du salut, dissous, NDLR) et c’est sous sa direction encore
que continuèrent à être commis de façon massive des crimes de torture ».
Raisons politiques
« Les déportations, les meurtres collectifs, les exécutions extrajudiciaires en série et surtout
l’utilisation massive de la torture se sont inscrits dans le cadre d’une politique de répression
systématique inspirée par des raisons politiques dont Monsieur Khaled Nezzar a été le
principal instigateur et artisan », poursuit le texte de la plainte.
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Parmi les plaignants figurent plusieurs des personnes qui avaient déjà déposé plainte en
avril 2001, dont les membres d’une même famille, ainsi que Lyez Laribi, un étudiant ayant
passé plusieurs années en prison en Algérie, une expérience qu’il raconte dans un livre intitulé
Dans les geôles de Nezzar.
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2 juillet 2002 : France 2 a fait un sujet sur le procès dans le JT de 20 h

2 juillet 2002 : France 3 a fait un sujet sur le procès dans le JT de la nuit
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Procès Souaïdia-Nezzar : deux visions de l’Algérie
Le journal permanent du Nouvel Obs, 2 juillet 2002
Lors du procès en diffamation intenté contre lui par le général Khaled Nezzar, Habib
Saouïda dénonce les exactions perpétrées par l’armée algérienne.
Face au général à la retraire Khaled Nezzar qui le poursuit en diffamation, Habib Saouïdia,
auteur du livre La Sale Guerre, a réitéré devant la justice française ses propos contre l’armée
algérienne qu’il accuse de massacrer la population de son pays. « L’Histoire vous rattrapera
dans votre tombe », s’est écrié l’ex-sous-lieutenant en pointant un doigt vengeur vers l’ancien
ministre algérien de la Défense assis devant ses avocats. Khaled Nezzar poursuit Habib
Souaïdia pour des propos tenus le 27 mai 2001 sur la chaîne La Cinquième lors de l’émission
Droits d’auteur consacrée à l’Algérie. Il demande 15 000 euros de dommages-intérêts.
Accusations réitérées
Habib Souaïdia, âgé de 33 ans, réfugié en France depuis avril 2000, n’a cessé lundi de
marteler ses accusations de corruption à l’encontre du pouvoir algérien et de ses généraux qui
constituent, selon lui, « une seule famille qui décide » du devenir de l’Algérie. « Ils savent très
bien que s’il y a une démocratie en Algérie, ce seront les premiers à être jugés », a-t-il
expliqué. « Nezzar dit qu’il a sauvé la démocratie de l’intégrisme. Où est la démocratie en
Algérie ? », s’est-il emporté alors que la majorité du public, qui suit les débats devant la 17e
chambre du tribunal correctionnel de Paris, est acquis à sa cause.
Armée algérienne
Des propos vivement contestés par le général Nezzar, pour qui les exactions orchestrées en
Algérie sont l’oeuvre des islamistes intégristes, même s’il a reconnu qu’il pouvait y avoir eu
des « bavures » commises par l’armée.
Sanglé dans un costume sombre, le général Nezzar, qui refuse d’être pris pour « un
apparatchik assoiffé de pouvoir à l’instar de [ses] compagnons », s’en est pris à une presse
française qui tente de « faire croire que les odieux massacres perpétrés par les islamistes
intégristes seraient l’oeuvre de l’armée algérienne ». « L’armée algérienne n’est pas une armée
de barbares », a-t-il affirmé avec force. C’est « une armée populaire confrontée à une situation
inédite et difficile avec la guerre contre les intégristes », a-t-il encore fait valoir.
« Éviter la guerre civile »
Celui qui fut l’un membre du Haut comité d’État, présidé par Mohamed Boudiaf, chef
d’État assassiné il y a tout juste dix ans, a justifié l’interruption du processus électoral en
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1992. « Il fallait éviter la guerre civile et l’ »afghanisation » de l’Algérie. En un mot, un État
taliban ».
Considéré comme acteur de la tendance « éradicatrice » du pouvoir algérien qui refuse tout
compromis avec les intégristes, Khaled Nezzar concentre sur sa personne les attaques de la
mouvance « réconciliatrice », animée notamment par Hocine Aït Ahmed, secrétaire général du
Front des forces socialistes (FFS), exilé en Suisse.
Nouvelles plaintes
Défendu par Me Antoine Comte, avocat parisien de M. Ahmed, Habib Souaïdia a demandé
plusieurs fois à la barre du tribunal la création d’une commission d’enquête. « On trouvera qui
sont les responsables de tous les massacres ».
Une nouvelle plainte pour tortures a été déposée vendredi contre le général Nezzar par Mes
William Bourdon et Antoine Comte au nom de six plaignants qui l’accusent d’avoir couvert
de son autorité le recours à la torture après la proclamation de l’état d’urgence en 1992. Cette
plainte qui vise les faits de tortures et actes inhumains au sens de la Convention de New York
de 1984, ratifiée par la France, est actuellement à l’étude au parquet de Paris, indique-t-on
lundi de sources judiciaires.
Une plainte similaire avait été déposée par les mêmes avocats au nom de trois plaignants
l’an passé au mois d’avril. Une procédure classée sans suite mais qui avait conduit le général
Nezzar a quitter précipitamment la France où il était venu présenter son ouvrage, « Algérie,
échec d’une régression avancée ».
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Un ex-Premier ministre algérien défend le rôle de l’armée
Reuters, mardi 2 juillet 2002, 15h04
PARIS (Reuters) — Sid Ahmed Ghozali, ex-Premier ministre algérien, a soutenu mardi au
tribunal de Paris l’armée de son pays, qui a barré la route du pouvoir aux islamistes après les
élections législatives de 1992.
« Notre conviction était que laisser le pouvoir aux islamistes, c’était laisser tomber
l’Algérie », a-t-il dit à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Il a estimé que l’armée était
« le seul rempart contre l’obscurantisme » dans son pays.
Il témoignait au procès en diffamation d’un ancien officier de l’armée algérienne, Habib
Souaïdia, qui a soutenu dans un livre intitulé La Sale Guerre que les généraux algériens
utilisaient la guerre civile et organisaient eux-mêmes des massacres de civils imputés aux
islamistes, afin de monopoliser le pouvoir politique et économique.
Pour Sid Ahmed Ghozali, qui était Premier ministre au moment de l’interruption du
processus électoral en 1992 et au début de la guerre civile, qui a fait au moins 100 000 morts
en dix ans, cette thèse est une invention des islamistes.
« La stratégie de l’islamisme, c’est de s’emparer du pouvoir sur la base de l’effondrement
de l’État en passant par la déstabilisation de l’armée », a-t-il dit.
Il a affirmé que l’intervention armée de 1992 n’avait pas décidée par les militaires seuls
mais avait bénéficié d’un consensus très large dans la société civile et les milieux politiques.
L’ancien président Ahmed Ben Bella lui aurait d’ailleurs dit à ce moment : « Mon fils, tu ne
vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde ! ».
Le procès contre Habib Souaïdia a été initié par le général Khaled Nezzar, à qui on prête
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un rôle important dans l’interruption du processus électoral et qui se voit imputer des faits de
tortures par des plaignants algériens.
Le procès doit durer toute la semaine. Une vingtaine de témoins au total doivent venir
déposer sur les différents aspects de la guerre civile algérienne.
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L’ancien Premier ministre Sid Ahmed Ghozali justifie la mise hors la loi du
FIS
Associated Press, mardi 2 juillet 2002, 12h48
PARIS (AP) — « Laisser le pouvoir aux islamistes, c’était la fin de l’Algérie ». Sid Ahmed
Ghozali, ancien Premier ministre algérien, a justifié mardi l’interruption du processus
électoral en 1991, au deuxième jour du procès qui oppose à Paris le général à la retraite
Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, auteur de La Sale Guerre.
En 1991, il n’y avait d’autre choix, a-t-il affirmé que de mettre fin au processus électoral
qui avait vu le Front islamique du salut (FIS) arriver en tête des élections législatives avec
26 % des suffrages mais 60 % d’abstention.
« Le FIS, avec la complicité d’un clan au pouvoir, a manipulé les listes électorales et le
scrutin », a-t-il soutenu à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Ce résultat était un vote de
« rejet de tous ceux » que le peuple « considérait comme étant responsable des difficultés dans
lesquelles » il était, a-t-il poursuivi.
L’interruption du processus électoral n’a pas été décidé par les militaires seuls, a-t-il
assuré, car il s’agissait d’une décision « des militaires, du gouvernement et de la société civile
d’un commun accord ». D’ailleurs, Ahmed ben Bella, l’un des père de la révolution algérienne
lui aurait dit : « Mon fils, tu ne vas pas laisser le pouvoir à cette bête immonde ».
L’ancien ambassadeur d’Algérie en France, cité comme témoin à la demande du général
Nezzar, a expliqué qu’il n’avait pas voulu être le Chapour Bakhtiar de l’Algérie » dans une
allusion au dernier Premier ministre du shah d’Iran avant la prise de pouvoir de l’ayatollah
Khomeini.
« L’Algérie n’est pas une république bananière avec d’un côté des militaires assoiffés de
sang et de l’autre côté des civils obéissants », s’est insurgé M. Ghozali qui refuse d’être pris
pour un « apparatchik » inféodé aux militaires.
Selon lui, les violences islamiques n’ont pas commencé avec l’interruption du processus
électoral en 1991 mais remontent bien avant la légalisation du FIS en 1989. « La stratégie des
islamistes vise à exploiter les situations de détresse, de frustration et de corruption, qui sont de
la responsabilité du pouvoir en place, pour accéder au pouvoir », a-t-il expliqué. Et pour mieux
accéder au pourvoir, estime l’ancien Premier ministre, il faut « déstabiliser l’armée, seul
rempart aux projets islamiques ».
Les débats se poursuivent mardi après-midi avec l’audition de témoins de la défense et de
la partie civile. AP
pas/Bg
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« La sale guerre » de l’armée algérienne devant la justice à Paris
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AFP, mardi 2 juillet 2002, 11h09
PARIS (AFP) — Un ancien militaire algérien, Habib Souaïdia, auteur du livre La Sale
Guerre poursuivi depuis lundi en diffamation à Paris par le général Khaled Nezzar, a répété
au dignitaire les graves accusations qu’il porte contre son armée, l’accusant de « massacres » et
de « tortures ».
Véhément, souvent confus, l’ancien officier, un petit homme de 33 ans, s’est même fait
menaçant à l’encontre de l’ancien ministre de la Défense nationale (1990-1993), lui lançant :
« l’Histoire vous rattrapera dans votre tombe ! ».
Assis face à lui, le fixant du regard sans broncher, Khaled Nezzar, 64 ans, a longuement lu
un texte. « Au delà des propos diffamatoires à l’égard de ma personne c’est en réalité sur tout
un peuple, son gouvernement et son armée […] que les diffamateurs et leur porte-voix tentent
de jeter l’opprobre », a-t-il répliqué.
Principal instigateur de l’interruption du processus électoral algérien en janvier 1992,
M. Nezzar poursuit Habib Souaïdia devant la 17e chambre du tribunal correctionnel pour des
propos qu’il a tenus lors d’une émission diffusée sur La Cinquième, en mai 2001.
Soutenant la thèse selon laquelle l’armée algérienne organise des massacres dans la guerre
civile qui secoue le pays depuis 10 ans, afin de se maintenir au pouvoir, M. Souaïdia avait
notamment affirmé que « les généraux » ont « tué des milliers de gens ».
Dans un parallèle avec les exactions commises par l’armée française durant la guerre de
décolonisation, il avait aussi lancé : « je ne peux pas pardonner au général Massu et au général
Aussaresses les crimes qu’ils ont commis comme je ne peux pas pardonner au général
Nezzar ».
Interrogé sur les exactions dont il dit avoir été témoin, il raconte au tribunal avoir vu des
militaires brûler vif un enfant de 15 ans après l’avoir aspergé d’essence. « On prend l’enfant,
on le met sur une décharge publique, on verse sur lui de l’essence et on allume avec du
plastique […]. Quel être humain peut faire ça ? ».
Souaïdia dit également avoir été contraint d’escorter en mars 1993 des militaires déguisés
en islamistes dans un village appelé Douar Ez-Zaatria, où ils auraient massacré 12 civils. « J’ai
vu ces collègues habillés en civil avec des fusils de chasse, des poignards, portant la barbe et
sortir dans des voitures banalisées pour faire la chasse aux Algériens ! ».
Face à ces graves accusations, déjà rapportées dans son ouvrage (environ 70 000
exemplaires vendus), Khaled Nezzar a répondu que « l’armée algérienne n’est pas une armée
de barbares ».
Il a aussi longuement justifié l’interruption du processus électoral et le rôle des militaires
dans la lutte contre les islamistes. « L’action de l’armée a eu pour but de préserver l’ordre
menacé par les islamistes […]. Il fallait éviter l’afghanisation de l’Algérie, en un mot, l’État
taliban ».
Les avocat de Souaïdia, Mes William Bourdon et Antoine Comte, ont profité de la
présence de Nezzar en France pour déposer à son encontre, au nom de neuf Algériens, une
nouvelle plainte pour tortures et traitements cruels, inhumains et dégradants. De précédentes
plaintes déposées pour les mêmes motifs en avril 2001 ont été depuis classées sans suite.
Mardi, les débats reprendront à 09H30 avec l’audition de l’ancien Premier ministre Sid
Ahmed Ghozali (juin 91-juillet 92), cité par la défense de Khaled Nezzar. Le procès doit
s’achever vendredi.
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L’armée algérienne devant la justice française
« Je n’arrive toujours pas à savoir comment on a fait ça » : l’officier
Souaïdia a raconté hier la sale guerre des généraux
Libération, Florence Aubenas, mardi 2 juillet 2002
« Pourquoi moi ? » Quand, il y a un an, un ex-sous-lieutenant, Habib Souaïdia, a publié La
Sale Guerre, racontant les exactions de l’armée algérienne depuis 1992, il s’attendait à être
attaqué en justice, par un général ou un autre. Et rien. « D’autres ont même dit pire que moi.
Un ancien officier a écrit un livre où il accuse le général Nezzar d’avoir tué sa femme (1). » A
ces mots, la salle de la 17e chambre correctionnelle de Paris sursaute. Tous sauf Nezzar,
impassible. Finalement, Souaïdia est devant le tribunal, attaqué en diffamation par cet exministre
de la Défense algérien pour une interview diffusée sur TV5.
La salle du tribunal est trop petite. On se bouscule. Ceux qui sont entrés ont du mal à rester
assis. L’énervement, l’émotion. Tout le monde sait ce qui va se jouer pendant cinq jours : le
premier procès des responsabilités dans une guerre qui a déjà fait 200 000 morts.
Exécutions
« On était la chair à canon. » A la barre, Souaïdia, réfugié en France, raconte les « Forces
spéciales », où il fut officier à partir de 1992. Les viols, la torture, les exécutions. Et sa voix
qui se casse pour raconter ce soir parmi d’autres, à Lakhdaria. « Aujourd’hui encore, je
n’arrive pas à savoir comment on s’est retrouvés à faire ça. On est partis en Renault Express
avec des collègues. » A bord, un homme et un enfant de 15 ans, « qu’on a sortis de leur
maison », accusés de terrorisme. « Quand on arrive à la décharge de la ville, on met l’enfant à
poil. Il est attaché avec des fils de fer. » La salle s’est figée dans le silence. « On verse du
carburant sur l’enfant, on le met dans du plastique pour que, de lui, il ne reste rien du tout. On
allume le feu. Le lendemain, comme toujours, la gendarmerie emballe ce qui reste, comme de
la merde. Elle dit : « Les terroristes l’ont tué. » Et la mère du gamin, qu’est-ce qu’elle peut
dire ? On avait des ordres, mais les généraux, en Algérie, personne ne peut les accuser. Si
c’était une démocratie, c’est lui qui serait jugé en premier. »
De la chaise en face, se déplie 1,90 mètre en costume-cravate. Le président s’inquiète :
« On m’a dit que vous étiez malade. Vous pouvez rester debout ? » L’autre opine gravement.
Sort un premier papier. Lit : « Je suis le général Nezzar Khaled. » Puis un second, dont il
déchiffre tout avec cérémonie, ponctuation comprise. Pour ce haut gradé d’une Algérie
toujours prête à s’irriter d’une possible « ingérence étrangère », les raisons d’avoir saisi un
tribunal français paraissent un étrange écho aux accusations de Souaïdia : « Une procédure en
Algérie aurait été, aux yeux de mes accusateurs, frappée de suspicion au motif d’une justice
subordonnée au pouvoir. » A une question d’un avocat de la défense, Antoine Comte, le
général commence à se fâcher : « Je vous appelle maître pour ne pas vous appeler autrement. »
Comte : « Vous vous croyez où ? Nous sommes dans un État de droit, vous devez m’appeler
maître. » Dans la salle, des amis de Nezzar murmurent : « Vous vous rendez compte comment
on ose parler à un général. »
« Illettré »
Puis William Bourdon, l’autre avocat de la défense, l’interroge sur les déclarations d’un
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autre général, critiquant ceux qui, comme Nezzar, ont annulé en 1992 le processus électoral
que le FIS s’apprêtait à remporter. Et là, le général Nezzar devient le général Nezzar,
déclarant : « C’est un illettré. Il a une usine de couvertures et une ligne de transport. C’est
normal, depuis l’indépendance, on a des généraux illettrés. »
(1) La Mafia des généraux, par Hichem Aboud
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Algérie : le procès de la « sale guerre »
Le Parisien, Catherine Tardrew, 2 juillet 2002
EN PRINCIPE, il s’agit d’un banal procès en diffamation. Seulement voilà : à la veille, ou
presque, du 40e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, le 5 juillet, un tribunal français
est appelé à se prononcer sur une affaire dont les deux protagonistes sont des militaires
algériens. Le général Khaled Nezzar, ex-ministre de la Défense, longtemps considéré comme
l’homme fort d’Alger, estime son honneur bafoué par un sous-lieutenant. Son nom : Habib
Souaïdia. Dans son livre La Sale Guerre (La Découverte), Souaïdia accuse l’armée algérienne
de massacres dont, depuis douze ans, les groupes armés islamistes sont tenus responsables.
Plus : il a affirmé que ce sont les généraux (dont Nezzar) qui, en janvier 1992, ont « arrêté le
processus électoral ». Furieux, Nezzar a porté plainte pour diffamation. Mais, hier, devant la
17e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, personne n’est dupe. La question est : « Qui
tue qui en Algérie ? »
« Vider l’abcès »
Le sous-lieutenant Souaïdia, c’est « David contre Goliath ». Condamné à quatre ans de
prison pour vol qualifié, rayé des cadres de l’armée, il s’est réfugié en France et y a écrit son
réquisitoire implacable. Petit (1,62 m), il raconte : « Depuis 1992, il y a eu 200 000 morts,
7 000 disparus, des milliers de torturés. J’ai assisté à l’exécution d’un enfant de 15 ans. On a
versé sur lui du kérosène. Un autre homme était attaché. Lui aussi, à poil. Ils ont allumé avec
du plastique, pour que ça brûle mieux. »
En face de lui, « Goliath » : le général Khaled Nezzar, 67 ans, costume de bonne coupe,
lunettes, moustache, cheveux poivre et sel. Une carrière impeccable. Il a rejoint l’ALN
(l’Armée de libération nationale) en 1958, pour devenir, trente ans plus tard, tout puissant
ministre de la Défense. S’il est là, c’est, lance-t-il, « pour vider l’abcès » : car « au-delà de ma
personne, c’est tout un peuple, son gouvernement et son armée sur lesquels les diffamateurs
tentent de jeter l’opprobre ». Selon lui, Souaïdia, sous influence d’intellectuels français, ne fait
que répéter les thèses du Front islamiste du salut (FIS). Le vieux soldat nie être « un
apparatchik assoiffé de pouvoir ». « L’armée algérienne, insiste-t-il, n’est pas une armée de
barbares. » Les débats se poursuivent aujourd’hui.
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« Qui tue qui ? » en Algérie : deux camps s’affrontent au procès Souaïdia
AFP, mardi 2 juillet 2002, 21h23
PARIS (AFP) — « Qui tue qui ? » Revenant sans cesse dans la bouche des témoins, cette
question a opposé mardi à Paris les deux camps qui s’affrontent au procès en diffamation de
l’ex-militaire Habib Souaïdia sur la question du partage des responsabilités dans les massacres
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en Algérie entre l’armée et les islamistes. Premier à témoigner dans la matinée, l’ex-Premier
ministre (de juin 91 à juillet 92) Sid Ahmed Ghozali a surtout défendu le choix de
l’interruption du processus électoral en janvier 1992, après que le FIS (Front islamique de
salut) eut remporté le premier tour des législatives.
« Notre conviction était que laisser le pouvoir aux islamistes c’était laisser tomber l’Algérie
[…] Nous ne l’avons pas fait et nous ne le regrettons pas », martèle à la barre l’ancien chef du
gouvernement, cité comme témoin par le général et ex-ministre de la Défense Khaled Nezzar,
ancien homme fort du régime et instigateur de ce procès contre l’auteur du livre « La sale
guerre » de Habib Souaïdia.
Dans cet ouvrage, M. Souaïdia accuse le pouvoir algérien d’avoir laissé l’armée prendre le
contrôle du pays et commettre des massacres contre les populations civiles pour se maintenir
à la tête de l’État. Pour M. Ghozali, l’armée a au contraire « constitué le seul rempart contre
l’obscurantisme ».
« L’Algérie n’est pas une République bananière […] Dans le cadre de ma mission, je n’ai
jamais été en situation d’exécuter ou de recevoir des ordres de la part des autorités militaires »,
dit-il. Interrogé par des journalistes après son audition dans les couloirs du palais, il a admis
qu’il « y a peut peut-être eu des exactions » de la part des militaires, « mais elles ont été
traduites en justice ».
Intervenant après lui, Mohammed Harbi, l’un des « historiques » du FLN lors de la
décolonisation, devenu depuis opposant au régime, estime au contraire que l’Algérie présente
la spécificité « d’une armée avec un État à son service plutôt qu’une armée au service de
l’État ». « C’est un régime militaire à façade civile », dit-il.
Le point de vue est partagé par Patrick Baudoin, responsable de la Fédération
internationale des Droits de l’Homme (FIDH), appelé à témoigner par la défense : « Ce n’est
pas le président de la République, ce n’est pas le gouvernement, ce n’est pas l’Assemblée
nationale mais un quarteron de généraux qui détient le pouvoir ».
Comme avant lui Nezzar et Ghozali, il utilise la formule : « qui tue qui ? » et répond que,
selon lui, l’armée a tué des civils. Au terme de deux missions menées avec trois autres
organisations (Human rights watch, Reporters sans frontières et Amnesty International)
en 1997 et 2000, il dit avoir « recueilli des dizaines et des dizaines de témoignages, tous
concordants contre les forces de l’ordre ».
Il cite « des arrestations arbitraires en masse, des camps d’internement plus ou moins
secrets, une pratique systématique de la torture, des exécutions extra-judiciaires ».
En fin d’après-midi, un ancien officier cité par la défense, Ahmed Chouchane, placé en
détention en mars 1992 pour ses liens supposés avec des islamistes, raconte qu’il a été
« torturé » par l’armée.
Dans un français hésitant, cet homme — le seul dans l’assistance portant la barbe —
aujourd’hui réfugié à Londres, dit qu’un colonel lui aurait proposé après son arrestation de
faire des opérations dans le maquis contre les islamistes. Et selon lui le colonel aurait ajouté :
« Laisse Zitouni tranquille (à l’époque Zitouni est l’un des « émirs » du GIA, NDLR), c’est
notre homme. C’est avec lui que tu vas travailler ».
Suite du procès mercredi.
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Procès Nezzar-Souaïdia : l’armée algérienne au coeur des débats
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Associated Press, mardi 2 juillet 2002, 19h35
PARIS (AP) — Au second jour du procès en diffamation qui oppose le général à la retraite
Khaled Nezzar à Habib Souaïdia, auteur de La sale guerre, le rôle de l’armée et des généraux
en Algérie a été au coeur des débats devant le tribunal correctionnel de Paris.
Premier à être interrogé mardi matin, l’ancien Premier ministre algérien Sid Ahmed
Ghozali, au pouvoir de juin 1991 à juillet 1992, refuse d’être pris pour une marionnette aux
mains des généraux.
Dans ses propos qui lui valent d’être poursuivis en diffamation par le général Khaled
Nezzar, l’ex-sous-lieutenant Habib Souaïdia n’hésite pas à dire que les généraux algériens
sont les véritables politiciens, les décideurs et les responsables de la guerre avec les
intégristes. Sourcilleux sur son indépendance, M. Ghozali, 65 ans, s’est énervé du fait que
l’on puisse prendre l’Algérie pour « une république bananière avec d’un côté des militaires
assoiffés de sang et de l’autre des civils obéissants ». Les accusations de massacres imputés à
l’armée ne sont, selon lui, que la stratégie développée depuis des années par le Front
islamique de salut (FIS) qui consiste « à déstabiliser l’armée, pour accéder au pouvoir ». Le FIS
a été dissous en 1992.
S’il reconnaît que depuis 1999 « il y a une dérive totalitaire » dans son pays, Sid Ahmed
Ghozali, cité par la défense du général Nezzar, refuse que l’on réduise la guerre en Algérie « à
une bagarre entre deux forces violentes : les islamistes et l’armée ». L’ancien Premier ministre
a justifié l’interruption du processus électoral en 1991 : « Laisser le pouvoir aux islamistes,
c’était la fin de l’Algérie », a-t-il expliqué. « Je ne voulais pas être le Chapour Bakhtiar de
l’Algérie », a-t-il dit, faisant allusion au dernier Premier ministre du Shah d’Iran avant la prise
de pouvoir de l’ayatollah Khomeini.
Toutefois, cette interruption n’a pas été décidé par les militaires seuls, a-t-il assuré, car il
s’agissait d’une décision « des militaires, du gouvernement et de la société civile d’un commun
accord ». Véhément, Sid Ahmed Ghozali a refusé l’idée que l’interruption du processus
électoral ait induit l’intégrisme qui existait déjà bien avant. Il préfère parler de crise
économique qu’ont laissé filer les politiques et de leurs responsabilités qu’ils ont occultés.
Les deux leaders du FIS, arrêtés en 1991, Abassi Madani et Ali Benhadj — le premier est
en résidence surveillée, le second incarcéré à Blida — n’ont jamais appelé les groupes
islamistes proches du FIS à rendre les armes.
Patrick Baudoin, avocat et président de la Fédération internationale des droits de l’homme
(FIDH), cité par la défense de Habib Souaïdia, affirme avoir recueilli au cours de ses voyages
en Algérie des « dizaines et des dizaines de témoignage concordants » sur des arrestations
arbitraires, la pratique de la torture. « On a l’impression quand on n’est pas dans le camp des
généraux, on est dans celui des islamistes. Nous (la FIDH, ndlr), nous ne sommes dans aucun
camp. L’État doit respecter le droit », a-t-il avancé à la barre du tribunal.
Autre témoin plus surprenant, cité par la défense, Ahmed Chouchane, 43 ans, ancien
officier algérien. Barbe fournie et réfugié à Londres depuis 1997, l’ex-capitaine des forces
spéciales affirme avoir été torturé car il dénonçait « l’implication de l’armée contre la
population civile ». A sa sortie de prison, un militaire de haut rang lui aurait proposé de
combattre les maquis du FIS. « Laisse Zitouni (émir du Groupe islamique armé, GIA)
tranquille, c’est notre homme, c’est avec lui que tu vas travailler », lui aurait dit ce militaire.
Reprise des débats mercredi à 9h30. AP
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pas/Bg
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L’armée algérienne est une « armée républicaine » (chef état-major)
AFP, 2 juillet 2002
ALGER.- Le chef d’état-major de l’armée, le général de corps d’armée Mohamed Lamari a
estimé mardi que l’armée algérienne était une « armée républicaine ». « Nous sommes une
armée républicaine. Notre mission est claire et le reste ne nous concerne pas », a souligné le
général Lamari, cité par l’agence algérienne APS.
Évoquant un « cabinet noir », comprenant des militaires qui dirigeraient le pays, il a affirmé
« je vous renvoie aux propos du président de la République qui disait que le chef d’état-major
de l’ANP (Armée Nationale Populaire) a appris la constitution du gouvernement comme
n’importe quel citoyen ». « Ce ne sont pas des propos démagogiques, c’est la réalité », a-t-il dit,
en référence au nouveau gouvernement d’Ali Benflis, constitué après les législatives du
30 mai, remportées par le Front de Libération Nationale ex-parti unique).
Il y a « un exécutif et des institutions, et c’est à eux seuls de décider », a précisé le général
qui s’exprimait à l’académie militaire interarmes de Cherchell (100 km à l’ouest d’Alger), à la
clôture d’un cycle d’études.
Le général Lamari, observant que les militaires algériens avaient été « traités de voleurs, de
tueurs », a précisé que « s’il est arrivé par le passé que l’ANP se soit immiscée dans les
problèmes politiques de notre pays, c’est qu’à ce moment-là, les institutions mêmes de l’État
étaient défaillantes ».
« Nous avons essayé de pallier cela et, grâce à Dieu, la République a été sauvegardée », a
affirmé le général, en allusion à la décision, sous la pression des militaires, d’annuler les
élections législatives de décembre 1991 qui allaient être remportées par le Front Islamique du
Salut (FIS, dissous).
Aujourd’hui, « l’armée ne s’occupe plus que de sa mission telle que prévue par la
Constitution, ni plus ni moins », a-t-il précisé.
« Il est vrai que nous participons à la lutte contre le terrorisme. Nous le ferons jusqu’au
bout », a ajouté le général, soulignant que « pour le reste, ce n’est pas à nous de nous substituer
à d’autres organes de l’État ».
Le général Lamari a précisé que la lutte contre les groupes armés n’était pas uniquement
« l’affaire de la police et de l’armée », stigmatisant la pratique d’ »hommes d’affaires » et de
« grands entrepreneurs » qui « payent mensuellement une dîme aux terroristes ». Avec cet argent,
a précisé le responsable de l’armée, « on peut acheter des équipements, payer des tueurs. Voila
le problème ».
Il a observé à propos de la reprise des attentats à Alger et dans ses environs qu’ »il n’y a
rien de plus facile pour que deux terroristes, habillés comme tout le monde, d’être au milieu
de citoyens attendant un bus, de tirer une ou deux rafales et de s’enfuir ». « Ceci prouve que ces
gens-là sont dans un désarroi le plus total. Je peux vous le confirmer », estimant à 700 le
nombre de « terroristes ».
Il a aussi indiqué qu’il n’y avait pas de différend entre le président Abdelaziz Bouteflika et
l’armée. Cette question, « rapportée par la presse, n’a rien de nouveau. Elle date de plusieurs
années », selon lui. Le général Lamari a également précisé que l’Algérie n’avait « rien à
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reprocher au Maroc officiel, monarchie et gouvernement, concernant l’armement ou autres
soutiens des terroristes », mais qu’il se pouvait « qu’il y ait des populations frontalières ou un
petit chef de service qui manipule pour aider les terroristes, ceci oui ».
A propos de corruption dans l’armée, le général Lamari a indiqué que « l’armée est la seule
institution qui lutte contre ce fléau dans ses rangs et prend des sanctions pénales et
exemplaires ».
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Un ex-haut officier compare les méthodes de l’armée à celles des terroristes
Associated Press, mercredi 3 juillet 2002, 19 h 36
PARIS (AP) — Au jeu du « qui tue qui » en Algérie, le tribunal correctionnel de Paris, qui
juge depuis trois jours la diffamation opposant Khaled Nezzar, général à la retraite, à Habib
Souaïdia, auteur de La Sale Guerre, doit perdre son latin : mercredi, un ex-colonel de la
Direction des renseignements et de sécurité (DRS), Mohamed Samraoui, 52 ans, cité par la
défense de M. Souaïdia, a accusé l’armée d’avoir utilisé les méthodes terroristes pour lutter
contre les groupes islamistes.
Un an et demi avant l’interruption du processus électoral en 1991, l’officier explique qu’on
leur a demandé de se consacrer à la lutte contre l’intégrisme en infiltrant les groupes existants.
« On avait crée des groupes, on avait infiltré. On se retrouvait avec des vrais groupes et des
faux groupes. A un moment, l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui
était avec qui ».
Interrogé sur ces faits, le général Khaled Nezzar n’a pas nié le principe des infiltrations des
groupes islamistes mais a réfuté leur instrumentalisation par l’armée.
Le général à la retraite, a admis que lorsqu’il était ministre de la Défense de 1990 à 1993,
« c’est clair qu’il y a eu une tentative d’arriver au pouvoir avec le FIS », le Front islamique du
salut. Toutefois, il ne dit pas qui dans l’ombre du pouvoir a joué ce jeu.
Mardi, Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien, a tenu des propos similaires
en accusant le FIS et un « clan au pouvoir » d’avoir manipulé les listes électorales et le scrutin ».
M. Samraoui, exilé depuis 1996 en Europe a ajouté que les militaires avaient arrêté « à tort
et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à
voir avec les violences ».
Omar Bendera, ancien conseiller du gouverneur de la banque d’Algérie, a souligné devant
le tribunal que l’interruption du processus électoral avait coïncidé avec l’arrêt du processus
économique ; et qu’un petit groupe de généraux allouaient à leurs inféodés des prébendes
financières.
Reprise des débats jeudi matin à 9h30. AP
pas/Bg
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Procès Souaïdia : un haut gradé accuse l’armée de méthodes « terroristes »
AFP, Paris, 3 juillet 2002
Pour la première fois depuis le début du procès en diffamation à Paris de l’ancien souslieutenant
algérien Habib Souaïdia, un ex-haut gradé de l’armée, colonel dans les services de
renseignements, a accusé ses supérieurs « d’utiliser les méthodes des terroristes » contre les
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islamistes. Les témoins cités par les défenseurs de M. Souaïdia, poursuivi en diffamation par
l’ex-homme fort du régime le général Khaled Nezzar et qui dans son livre La Sale Guerre
accuse l’armée de massacres, n’étaient pas, jusqu’à présent, des militaires de haut rang.
L’ex-colonel Mohamed Samraoui, 52 ans, entré dans l’armée en 1974, a lui été jusqu’en
septembre 1992 l’adjoint du général Smaïn Lamari, n°2 du Département des renseignements
et de sécurité (DRS), avant de rejoindre jusqu’en janvier 1996 l’ambassade d’Algérie en
Allemagne.
Réfugié en Europe et s’exprimant pour la première fois publiquement en France (il avait
donné en août 2001 une interview à la chaîne qatariote Al Jazira), il raconte qu’à partir de
novembre 1990 l’armée a commencé à « infiltrer » le FIS (Front islamique du Salut).
Ce travail des militaires, qui a commencé avant l’interruption du processus électoral (en
janvier 1992), revenait notamment à « créer la division », « amadouer » ou « corrompre » les
islamistes, poursuit le militaire. Le but : « casser le FIS en leur attribuant des actions ».
Deux opposants à assassiner en Allemagne
Mais au bout d’un moment l’armée n’a plus maîtrisé ses « créations ». « On avait créé des
groupes, on avait infiltré et on se retrouvait avec des vrais et des faux groupes. A un moment
l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui était avec qui, qui était ami, qui
était ennemi », raconte-t-il.
Parallèlement à ces opérations, l’armée a « arrêté à tort et à travers des gens qui n’avaient
rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les islamistes, rien à voir avec les actions violentes »,
dans le but de terroriser les populations civiles. « C’est à ce moment que j’ai commencé à
penser que l’on cherchait à radicaliser l’islamisme », dit-il. Invité à répondre à ces graves
accusations, le général Khaled Nezzar prend la parole très calmement et courtoisement devant
cet officier qu’il connaît et qui lui donne du « mon général » malgré son entrée en dissidence.
« Les infiltrations, c’est un travail de tous les services ! », lance doctement M. Nezzar, qui
admet qu’il existait aussi des « contacts au plus haut niveau » entre les responsables du pouvoir
et ceux du FIS. Samraoui poursuit son récit : appelé à rejoindre l’Allemagne comme
diplomate pour continuer sur le sol allemand la lutte contre les intégristes, il raconte qu’en
1994 le général Smaïn Lamari est venu le voir pour lui demander « de coordonner l’assassinat
de deux opposants », dont Rabah Kébir, le chef de l’instance exécutive du FIS à l’étranger
(assassinat qui finalement n’aura pas lieu). Cette fois Khaled Nezzar ne le contredit pas.
Suite du procès jeudi à 09 h 30.
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L’homme du jour. Khaled Nezzar
L’Humanité, ADS, 3 juillet 2002
Paradoxalement, c’est un ancien militaire, Habib Souaidia, qui depuis lundi est poursuivi
en diffamation par le général Khaled Nezzar, devant la 17e chambre du tribunal correctionnel
de Paris. Le dit général porte plainte pour les « graves accusation » portées contre l’armée
qu’Habib Souaidia aurait tenu lors d’une émission télévisée.
Actuellement réfugié en France, cet ancien officier accuse le pouvoir d’être impliqué dans
les massacres de civils en utilisant les « méthodes » des islamistes pour justifier le pouvoir des
généraux et obtenir l’aide internationale. Aujourd’hui à la retraite, Nezzar fait partie de ces
hommes forts qui, dans le cercle très restreint des décideurs militaires algériens, exercent dans
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l’ombre le vrai pouvoir en Algérie. Né en 1937, ce chef de la junte militaire a été formé en
France, en Union soviétique et aux États-Unis. Devenu chef d’état-major, puis ministre de la
Défense, Nezzar, homme clé du Haut Comité d’État (HCE), a été le grand conciliateur entre
toutes les tendances de l’armée.
Accusé de tortures systématiques, de crimes organisés et de liquidations massives, il fait
l’objet de nombreuses mises en cause par des victimes de la répression sanglante de l’État
algérien. Le procès doit s’achever vendredi alors qu’une nouvelle plainte contre l’ancien
ministre a été déposée à Paris par neuf Algériens pour tortures et traitements cruels,
inhumains et dégradants.
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Procès Nezzar : le mic-mac FIS
Le journal permanent du Nouvel Obs, 3 juillet 2002
Un ex-colonel de la Direction des renseignements et de sécurité affirme que l’armée ne
maîtrisait plus la lutte contre l’intégrisme.
Au jeu du « qui tue qui » en Algérie, le tribunal correctionnel de Paris, qui juge depuis
trois jours la diffamation opposant Khaled Nezzar, général à la retraite, à Habib
Souaïdia, auteur de La sale guerre, doit perdre son latin : mercredi, un ex-colonel de la
Direction des renseignements et de sécurité (DRS), Mohamed Samraoui, 52 ans, cité par la
défense de Habid Souaïdia, a accusé l’armée d’avoir utilisé les méthodes terroristes pour
lutter contre les groupes islamistes.
Un an et demi avant l’interruption du processus électoral en 1991, l’officier explique qu’on
leur a demandé de se consacrer à la lutte contre l’intégrisme en infiltrant les groupes existants.
« On avait créé des groupes, on avait infiltré. On se retrouvait avec des vrais groupes et des
faux groupes. A un moment, l’armée ne maîtrisait plus la situation. Elle ne savait plus qui
était avec qui. »
FIS
Interrogé sur ces faits, le général Khaled Nezzar n’a pas nié le principe des infiltrations des
groupes islamistes mais a réfuté leur instrumentalisation par l’armée. Le général à la retraite, a
admis que lorsqu’il était ministre de la Défense de 1990 à 1993, « c’est clair qu’il y a eu une
tentative d’arriver au pouvoir avec le FIS », le Front islamique du salut. Toutefois, il ne dit pas
qui dans l’ombre du pouvoir a joué ce jeu.
Mardi, Sid Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre algérien, avait tenu des propos
similaires en accusant le FIS et un « clan au pouvoir » d’avoir manipulé les listes électorales et
le scrutin.
Mohamed Samraoui, exilé depuis 1996 en Europe, a ajouté que les militaires avaient arrêté
« à tort et à travers des gens qui n’avaient rien à voir avec le FIS, rien à voir avec les
islamistes, rien à voir avec les violences ».
Omar Bendera, ancien conseiller du gouverneur de la banque d’Algérie, a souligné devant
le tribunal que l’interruption du processus électoral avait coïncidé avec l’arrêt du processus
économique ; et qu’un petit groupe de généraux allouaient à leurs inféodés des prébendes
financières.
Reprise des débats ce jeudi matin à 9h30.
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A Paris, le général Khaled Nezzar défend l’armée algérienne
Le Monde, Jean-Pierre Tuquoi, 3 juillet 2002
« Si demain il y a une démocratie, c’est vous qui serez jugé », lui lance l’ex-officier Habib
Souaïdia.
« Les débats vont déborder », a prévenu le président de la 17e chambre du tribunal
correctionnel de Paris peu après l’ouverture du procès, lundi 1er juillet. Au départ donc, une
plainte en diffamation déposée à Paris par le général Khaled Nezzar, l’homme fort du régime
algérien il y a dix ans, contre Habib Souaïdia. Cet ancien sous-lieutenant est l’auteur d’un
livre publié en France, La Sale Guerre (éditions La Découverte) dans lequel il incrimine, à
partir de sa propre expérience, le comportement « criminel » de l’armée algérienne dans sa lutte
contre les islamistes.
Invité sur une chaîne de télévision, en mai 2001, M. Souaïdia avait eu des mots très sévères
à l’encontre du général Nezzar, l’accusant, lui et ses pairs, entre autres choses, d’avoir « décidé
d’arrêter le processus électoral » en 1992 au point de départ de la guerre civile, et d’avoir « tué
des milliers de gens pour rien du tout ». Ce sont ces termes qui ont nourri la plainte en
diffamation et vont permettre « pour la première fois en France un débat contradictoire sur une
guerre qui, ces dix dernières années, a ravagé l’Algérie », selon les mots d’Antoine Comte,
l’un des avocats d’Habib Souaïdia. « On est ici pour que se dégage une vérité que le tribunal
dira. Ce ne sera pas la vérité historique, mais une certaine vérité », allait dire de son côté le
président du tribunal.
La vérité, il y a celle d’Habib Souaïdia. Elle est véhémente, dure, sèche, à l’image de ce
jeune officier de petite taille, à la chevelure brune et au teint pâle, paquet de nerfs tendus
comme s’il était en mission dans le maquis. « J’aime mon pays. Mais, en Algérie, lance-t-il en
agitant ses mains, on n’a pas le droit de parler librement, c’est pourquoi je me suis réfugié en
France. On faisait un sale travail pour lequel on n’était pas préparé. J’ai vu des collègues qui
s’habillaient en civil, portaient des barbes de trois ou quatre jours, sortaient dans des voitures
banalisées et partaient faire la chasse aux Algériens, même pas aux terroristes. J’en ai vu
revenir avec des couteaux tachés de sang », dit-il. Il raconte, comme dans son livre, les
tortures, les exécutions sommaires d’adultes et d’adolescents, les viols de jeunes filles et de
vieilles femmes « par des militaires ».
« Je ne suis pas là pour dédouaner les islamistes », précise l’ex-officier avant de se tourner
vers le général Nezzar qui l’écoute, la tête légèrement inclinée, impassible, et de lui lancer, à
la satisfaction bruyante d’une partie de la salle : « L’histoire vous rattrapera. Si demain il y a
une démocratie en Algérie, c’est vous qui serez jugé. »
Bon tribun malgré son français parfois approximatif, l’ex-officier ne se démontera pas.
Que le président ou l’un des avocats de la partie civile l’interroge sur les raisons de sa
condamnation à quatre ans de prison par un tribunal militaire pour vols (le désir de vengeance
aurait pu dès lors inspirer son livre), qu’il évoque les querelles qu’il a eues avec le « nègre » de
La Sale Guerre sur le contenu de l’ouvrage, ou les conditions de son arrivée en France, Habib
Souaïdia maintiendra deux heures durant la même ligne : celle qui veut que l’attaque soit la
meilleure des défenses.
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Ce sera également le choix du général Nezzar, dans un autre registre, moins nerveux mais
tout aussi ferme sur le fond. Costume de bonne coupe, cravate couleur bordeaux, chaussant de
fines lunettes, portant beau malgré ses 67 ans, l’ancien ministre de la défense n’est pas habité
par le doute et les remords. Cette armée, où il a fait toute sa carrière, il défend son honneur
bec et ongles.
« Leur part de vérité »
« Au-delà des propos diffamatoires à l’égard de ma personne », dira-t-il dans une déclaration
à la cour, c’est sur elle que « les diffamateurs et leurs porte-voix tentent de jeter l’opprobre. Or
l’armée algérienne a rempli son devoir », jure-t-il. L’affaire est entendue : « S’il est vrai qu’il y
a eu des bavures, ce n’est pas une armée de barbares. »
Accuser ses chefs — et donc lui-même — d’avoir manipulé les institutions et les
responsables politiques ne tient pas debout, clame le général. Et d’expliquer que l’interruption
du processus électoral en janvier 1992 par l’armée (après un premier tour remporté par les
islamistes) ne faisait que répondre aux voeux de « la majorité de l’opinion publique ». Comment
pouvait-on les connaître ? lui lance Me Bourdon, l’autre avocat d’Habib Souaïdia. « Par des
sondages du ministère de la défense », répond tout à trac l’ancien ministre.
Avec un égal aplomb, il jurera que le président Chadli — contrairement à la conviction
d’une partie de l’opinion publique — n’a pas été poussé vers la sortie par les militaires, même
si un officier supérieur a participé à la rédaction de la lettre de démission. « C’est parce que
Chadli était arabisant. Il ne maîtrisait pas bien le français », explique à la barre l’imperturbable
général.
De ces événements qui, dix ans après, pèsent sur l’Algérie, il sera question pendant trois
jours à partir de mardi 2 juillet, avec le début du défilé des témoins. Une trentaine — un
ancien chef de gouvernement, des ministres, des militaires, des intellectuels — sont annoncés
et viendront dire « leur part de vérité ».
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L’armée algérienne devant la justice française
« Pas un homme politique correct, que des illettrés » : à l’audience, le
général Nezzar regarde défiler des ex-ministres
Libération, Florence Aubenas, mercredi 3 juillet 2002
« Objectivement, l’armée était l’alliée des démocrates. C’est grâce à elle que nous avons pu
tenir. » Ali Haroun, ex-ministre
En Algérie, les hommes politiques existent. Physiquement en tout cas. La preuve : ils ont
défilé hier devant la 17e correctionnelle de Paris. Tous ont la même façon de se présenter. Ils
tissent longuement, comme des lauriers, leurs années d’exil et de prison, leur opposition au
pouvoir algérien ou leur traversée du désert. Devenus ministres ou hauts fonctionnaires, les
voilà qui s’excusent : on leur a proposé, « imposé », dira l’un d’eux… Pour conclure, tous se
tournent vers le général Khaled Nezzar, l’un des hommes forts du régime algérien, en faveur
duquel ils viennent témoigner pour l’assurer de leur vibrant soutien. Et Nezzar, qui bâille sans
écouter, pense sans doute : « Quel cheptel ! » C’était son commentaire sur la classe politique
algérienne, à Hélène Flautre, députée européenne en visite à Alger.
Ce haut gradé attaque pour « diffamation » l’officier Habib Souaïdia, auteur d’un livre sur
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les exactions de l’armée en Algérie, pour avoir entre autres affirmé sur TV5 : « Cela fait dix
ans qu’il n’y a pas de président, il n’y avait que des généraux […]. Ils ont tué des milliers de
gens pour rien […]. Il faut les juger. » Dans ce premier procès sur les responsabilités dans cette
sale guerre, la cour a fait hier un étrange voyage dans l’exercice du pouvoir en Algérie.
Décrets
Le cadre, c’est le début des années 90, lorsque le FIS vole de victoire en victoire. Sid
Ahmed Ghozali est nommé chef du gouvernement en juin 1991. Il signe un décret, pour les
assignations à résidence, un autre étendant les pouvoirs de l’armée, un troisième qui interdit
des publications. Son ministre de la Défense, c’est Nezzar. A l’Intérieur, c’est Larbi Belkheir,
autre général. « On aurait pu rester dans l’Histoire comme ceux qui ont été démocrates
jusqu’au bout. Mais laisser le pouvoir aux islamistes, c’était laisser tomber l’Algérie. L’armée
était le seul rempart contre l’obscurantisme », dit Ghozali à l’audience. Une autre mesure crée
des centres de déportation où furent détenues 15 000 personnes. « Vous assumez cela aussi ? »,
demande Antoine Comte, l’un des avocats de la défense. Ghozali mollit. Dans ses yeux passe
le spectre de cette autre plainte pour « torture » qui vient d’être déposée à Paris contre Nezzar
par six Algériens, dont certains furent internés dans ces centres. Témoigner en faveur d’un
général, certes. Mais se retrouver demain avec lui dans un box est autre chose. Et Ghozali se
tait.
Élections annulées
Quand le FIS remporte le premier tour des législatives fin 1991, les élections sont
annulées. Mais Chadli doit partir. Dans ses Mémoires, Nezzar écrit que la lettre de démission
de Chadli fut rédigée par un autre général. Dans le hall du palais de justice, le capitaine
Chouchène, lui aussi témoin mais pour Souaïdia, raconte comment l’officier de protection de
Chadli est venu le trouver après son départ. « Il m’a dit : « On l’a fait sortir comme un chien. »
Ce gradé portait le jogging du président et la seule chose qui le préoccupait était de savoir s’il
lui allait bien. » Le pouvoir est confié au HCE, un haut comité civil et militaire. Ali Haroun,
témoin de Nezzar, en fait partie : « Objectivement, l’armée était l’alliée des démocrates. C’est
grâce à elle que nous avons pu tenir. » A moins que ce ne soit l’inverse. Dix ans, 200 000
morts plus tard, les mêmes galons tiennent le pouvoir. Tout le reste n’est que politique. Et,
comme l’a lancé Nezzar, « pas un homme politique correct, que des illettrés ».
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« Le pouvoir algérien récompense les officiers criminels de la sale guerre »

Posté par algeriedemocratie le 15 juillet 2009

« Le pouvoir algérien récompense les officiers criminels de la sale guerre »

 

Même les symboles de l’Histoire ne sont pas épargnés !

 

Ce 5 juillet, date hautement symbolique de l’indépendance, a été souillé par la promotion au rang de général du sinistre Mhenna Djebbar. Encore une insulte, à la mémoire des hommes qui ont rendu possible le miracle du premier novembre ; Encore une injure, à la mémoire des 250.000 victimes de la sale guerre! Encore un outrage á l’Armée Nationale Populaire de devoir désormais compter dans ces rangs un autre odieux général qui s’était acharné contre les Algériens à l’instar des Nezzar, Touati et Lamari pour ne citer que les plus illustres! Cette promotion n’a en fait rien de surprenant, elle ne fait que confirmer la logique du pouvoir qui glorifie le bourreau de milliers d’Algériens qui ont eu le malheur de tomber entre ses griffes.


En dépit de quinze années sanglantes, le mépris voué aux citoyens qui assistent impuissants à la destruction et au démantèlement systématique de la société algérienne est criard et se traduit au quotidien par les ignobles manigances, les gesticulations des plus sordides telles que la gratification des criminels, La corruption effrénée de la classe politique, la soumission des médias, la manipulation des masses, la rétribution des médiocres et des incompétents, l’encouragement du vice et de la perversion, l’avilissement de la justice, la répression féroce de toute contestation, les luttes claniques pour l’accaparement de la rente avec un partage inéquitable des richesses… Cet acharnement sans limites qui vise à désarticuler toutes les structures sociales, n’est que le signe avéré de la volonté de ces imposteurs de vouloir à tout prix pérenniser ce système mafieux qui a conduit le pays à la catastrophe depuis 1962.
La farce démocratique de 1989, interrompue quelques années plus tard par le putsch militaire de janvier 1992, a été habilement améliorée, mais il n’en demeure pas moins que cette pseudo démocratie sert de façade pour légitimer toutes sortes d’abus. Pour preuve, il suffit de constater le harcèlement permanent que subissent certains journalistes, sans parler des représentants des droits de l’Homme et des organisations qui revendiquent la vérité sur les disparus (pour ne citer que ceux-là). Il suffit juste de recenser l’ampleur des interdits qui pèsent sur certaines formations politiques qui luttent pour un changement réel pour mesurer la détermination des barons qui ont mis main basse sur l’Algérie.

En revanche quel changement espérer avec ce paysage politique où se côtoient des partis satellites, domestiqués, simples figurants (à l’image de l’UDR) qui ont l’insolence d’afficher leur allégeance au DRS ? Il est vain et insensé d’espérer qu’un quelconque changement puisse venir de cette classe politique sclérosée et désuète, enfermée sur sa logique vassale.
En réalité, seule une force populaire unifiée renversera ce régime criminel ! C’est par la prise de conscience de sa foi, de sa volonté, de ses capacités que le peuple algérien mettra fin à l’injustice, chassera les tortionnaires, ces géniteurs de terrorisme, ces gangsters qui prennent en otage tout un peuple par le biais du cabinet noir dirigé par des usurpateurs, à leur tête Larbi Belkheir, ses camarades DAF et leurs sbires.
On ne peut que s’interroger sur les raisons qui poussent le pouvoir a multiplié les compromissions et concessions, allant jusqu’à hypothéquer les richesses du sous sol et brader la souveraineté nationale pourtant chèrement acquise par le sacrifice d’un million et demi de martyrs. Que signifie cette ouverture économique ? Pourquoi cette volonté d’attirer les investissements étrangers alors qu’aucune réforme économique sérieuse n’ait été engagée ?
En réalité, il ne s’agit que d’une superposition de rôles ; A la force de l’arme s’est substituée la puissance financière. Les mêmes vieux et indéboulonnables acteurs se sont arrogés de nouveaux rôles, comme par exemple le général Mohamed Lamari qui par dessus son costume de militaire a enfilé le costume du businessman, gardant ainsi comme la plupart de ses pairs, un œil rivé sur l’armée et l’autre sur les affaires.
Les nouveaux travestis cherchent à s’offrir ainsi un habit de respectabilité sur la scène politique internationale dominée par le libéralisme sauvage. En jouant sur le double tableau militaire et économique, les supplétifs de l’armée coloniale ne retrouvent que leurs réflexes du passé. Plaire au maîtres du monde et écraser leurs propres administrés.


Ces manigances ont également pour objectif d’entraver toutes avancées de la Justice et de la Démocratie et d’aggraver le chaos social compte tenu de l’inadaptation flagrante non seulement de toutes les structures socio-économiques mais également l’impréparation du peuple algérien à une telle ouverture. Même si elle est connue, il importe de souligner la véritable motivation :


Passés maîtres dans les techniques de corruptions, ces barons de la décennie rouge usent de l’ouverture économique et de l’investissement étranger, comme gage à leur impunité. Ces alliances conjoncturelles et ces gesticulations ne sont que des manœuvres dilatoires destinées à échapper à la justice, et de s’offrir au prix fort une nouvelle virginité qui leur garantirait l’impunité pour les crimes dont ils sont coupables, depuis et avant l’Indépendance.
Pour ces criminels la seule règle qui leur importe est de sauver leur peau au détriment du peuple et de sa glorieuse histoire quitte à pérenniser un système honni et à bafouer les valeurs immuables de la nation algérienne. Ce discours par lequel ils prônent la réconciliation qui n’est basée sur aucun fondement juridique préalable, est des plus cynique, jouant d’une main sur les revendications des frondeurs, de l’humanité d’un peuple épuisé, tout en actionnant simultanément de l’autre main, la machine de mort : répression, enlèvements, tortures, asservissement de la presse, atteintes aux droits élémentaires des citoyens, etc. Parmi la multitude de preuves irréfutables sur cette politique à double vitesse, il est utile de citer au moins les deux cas flagrants que sont : le maintien en vigueur de l’état d’urgence décrété en février 1992 et la justice qui toujours en quête de son indépendance continue d’être subordonnée à l’état policier.


Deux faits récents illustrent les plus grotesques impostures de cette junte militaire :


1-L’une des parodies les plus caricaturales est bien le procès de Amari Saïfi alias Abderazak El para : cet émir du GSPC a été condamné par contumace alors qu’il est détenu dans un centre du DRS à Ben Aknoun. Pourquoi n’a t-il pas comparu à l’audience lors de son jugement? A-t-on eu peur de son témoignage ? A-t-il eu besoin de plus de temps pour apprendre par cœur la leçon à réciter lors de sa prochaine comparution ou du prochain show médiatisé ? Il est vrai que son rôle est quelque peu complexe : glorifier la mission du DRS et taxer s’il le faut beaucoup d’algériens de dangereux terroristes islamistes pour plaire aux puissances occidentales dominantes. L’autre hypothèse est celle de sa très probable liquidation vu qu’il constitue un témoin gênant qui menaçait l’édifice du DRS par ses révélations ? Une chose est certaine, les téléspectateurs qui ont suivi le reportage de sa captivité au Tchad, restent dubitatifs sur les capacités du « fils de Blanchette » à kidnapper une trentaine de touristes européens, à tenir tête aux forces spéciales multinationales en plein Sahara pendant près de six mois, et à négocier une forte rançon avec l’état allemand ! L’extravagance de la mise en scène est telle que le mystère qui entoure cette affaire demeure persistant pour le commun des citoyens, mais nous reviendrons prochainement avec un dossier détaillé sur cette énigmatique affaire et ses répercussions sur la région du Sahel. Affaire qui rajoute non pas à la confusion mais au grotesque de la manipulation d’un tel personnage : quelques temps avant sa capture par le mouvement rebelle tchadien (MDJT), sa mort avait déjà été annoncée (il aurait selon la presse glissé dans un ravin). Bref l’opinion retiendra que le para a été jugé sur la base des PV du DRS, piétinant ainsi le droit sans qu’aucun juge ne s’en offusque !


2- Le procès de l’ex wali Bachir Frik traîne avec lui ses relents de règlement de compte en haut lieu et constitue une démonstration de mise en garde destinée à ceux qui oseraient dénoncer les dépassements ou envisageraient de contrarier les desseins des seigneurs du régime sanguinaire. Dans cette affaire, l’incarcération du l’ex wali d’Oran a servi d’exemple et de signal à tous ceux qui voudraient recourir à la justice. Pour avoir dénoncer les appétits voraces du général Kamel Abderahmane et de son subordonné de l’époque le commandant Aïssa Talbi Alias Ramzi et leur implication directe dans un vaste trafic de drogue, l’ex Wali a écopé de huit ans de prison. Ce général, le Pablo Escobar algérien, ex chef de la DCSA – Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée – et membre influent du cercle très fermé de la mafia qui dirige l’Algérie, n’a même pas eu affaire à la justice. Qui peut ou pourrait l’inquiéter, lui le baron de la drogue qui jouit de l’impunité absolue grâce à son amitié avec le chef du DRS, alors que la drogue a inondé les rues de nos villes, n’épargnant ni les établissements scolaires, ni les hôpitaux, ni les casernes?
Il est certain que tous les walis ne sont pas blancs comme neige mais s’en prendre à Frik avec un tel acharnement laisse perplexe puisque les faits qui lui sont reprochés ne représentent qu’une part infime par rapport aux malversations et autres faits graves commis par ses confrères qui eux, bénéficient de la protection des parrains du cabinet noir. Ce ne sont pas les exemples qui manquent tant la rapine et la corruption sont érigées en mode de gestion. Si de telles pratiques sont courantes c’est bien la faute aux harkis qui continuent de poursuivre leur œuvre de destruction en minant le développement et en cherchant à avilir les Algériens.


Les huit années de réclusion écopées par l’ex wali peuvent être interprétées comme un avertissement à tout ceux qui, quelque soit leur rang ou leur fonction n’ont pas encore compris où se trouve le centre du pouvoir. Qui osera à l’avenir dénoncer les Larbi Belkheir, Smain Lamari, Médiène Mohamed et consorts ?
Tant que les criminels occupent des postes névralgiques dans la hiérarchie militaire, le combat continuera et ne cessera qu’au moment de la comparution de tous les responsables de cette tragédie qui a coûté à l’Algérie plus de 250.000 victimes.
Sur la liste des officiers génocidaires : Mhenna Djebbar, promu général le 05 juillet 2005, occupe une place de choix ! Qui est ce sinistre individu au comportement de voyous qui a causé tant de malheurs et endeuillé des milliers de familles ?


De 1982 à 1986, il a été responsable de la prévention économique à Blida (1ere RM), avant d’être muté à Tamanrasset (6eme RM) puis à Ouargla (4eme RM) en tant que chef du CRI (centre de recherche et d’investigation). Djebbar qui était capitaine doit son ascension fulgurante au retour de Smain Lamari aux affaires en 1990, qui lui confiera en 1991 le CRI de Blida (1ere RM), plus connu sous l’appellation centre administratif Djeridel Mohamed, devenu le fameux « CTRI de Blida » après le putsch de janvier 1992.
Mhenna Djebbar s’est illustré comme théoricien de la mort et fin praticien de la torture ; qui au nom de la lutte contre « l’intégrisme islamiste » est directement responsable de la mort de plusieurs milliers d’Algériens.
Ceux qui avaient le malheur d’être envoyés au CTRI de Blida n’avaient aucune chance de ressortir vivant. Des femmes et même des gosses furent torturés sauvagement et exécutés sous ses ordres dans cet horrible centre de la mort.
Personnage dépourvu de tout sens moral, assoiffé de pouvoir, il inculqua à ses hommes cette insensibilité, qui faisait d’eux des robots sans pitié, capables de tuer et massacrer sans état d’âme. Les éléments sous son autorité se comportaient comme des monstres barbares.
La dérive était facilitée par les conditions du moment, pourrissement de la situation politique et sociale depuis 1989, absence manifeste de l’Etat, émergence du radicalisme, qui fut encouragé puisque le recrutement des intégristes radicaux s’opérait auprès des délinquants, pour la plupart des repris de justice attirés par l’islamisme à la sauce DRS avec son lot d’affaires juteuses (trafic de drogue, d’armes, de véhicules volés, …)
Mhenna Djebbar ira jusqu’à considérer comme ennemi tout individu qui ne partageait pas sa perception des choses ou qui ne se soumettait pas à ses caprices ou à sa volonté, s’autorisant à tuer n’importe qui au nom du but à atteindre. Il a ainsi institutionnalisé le « terrorisme par procuration » et le « permis de tuer », comme nous le verrons plus loin.


La manipulation politique par la violence dont le degré était modulé selon les seuls intérêts de la caste au pouvoir. Les paramètres sont régulés selon leurs ambitions : organisation d’élections, adoption de lois, justification de dérives et des atteintes aux libertés, désignation d’un fidèle serviteur à une fonction, ou mise à l’écart d’un « poulain » pour absence de zèle ou indocilité… L’une de leurs spécialités se présente comme un système tripartite de la manipulation de la terreur articulée autour de la confusion des données. Leur logique consiste à plonger la population dans la psychose de la terreur, puis à travers un battage médiatique de désigner les islamistes comme responsables, ce qui les autorise en troisième lieu à justifier la nécessité de l’intervention des forces de sécurité. C’est cette stratégie meurtrière qui a permis aux généraux d’obtenir l’assentiment d’une partie de la population et de la communauté internationale, moins regardante lorsqu’il s’agit de crimes perpétrés contre des « terroristes musulmans » !
A partir de Blida, Mhenna Djebbar a noué des contacts solides avec les notables et dignitaires de la Wilaya de Tizi-Ouzou, plus particulièrement les commerçants et les Industriels. Rien de plus aisé dans la mesure où la wilaya de Tizi-Ouzou dépend du CTRI de Blida où il dispose du Bureau dit Sous-CTRI avec à sa tête le Commandant Rachid. Ce dernier, passé colonel au début des années 2000, fut assassiné dans des circonstances énigmatiques à Tizi Ouzou en 2003 par une femme médecin. Le procès s’était tenu à huis clos et la femme fut condamnée à une légère peine par le tribunal militaire alors même qu’il a été clairement établi qu’il s’agissait bien d’un meurtre avec préméditation.
Ses relations dans la région lui ont permis aussi de tisser un réseau de correspondants lui permettant l’implantation des maquis « islamistes », puis leur neutralisation par une force « contre insurrectionnelle » composée de GLD (Groupes de Légitime Défense) et de patriotes qu’il prenait soin d’armer et d’instruire. Etant en possession de renseignements sur la localisation et les mouvements des uns et des autres, il pouvait diriger les opérations de sa sale guerre à partir de son bureau ou de l’hôtel « Palace », son lieu de fréquentation préféré.


Mhenna Djebbar a aussi entretenu des contacts avec les personnes aisées de la wilaya de Blida qui le sollicitaient, pour des interventions au niveau des administrations à savoir le Service des Impôts, Police, justice, wilaya, douanes, etc…. Tous ces services s’opéraient bien évidemment avec des contreparties financières. Rien ne pouvait assouvir son appétit vorace pour le gain malicieux et facile tel que le rançonnement. Bien au contraire, il le perfectionnera même tout au long de la décennie rouge et l’inculquera à ses éléments qui l’incluaient à l’heure du partage de l’argent et des bijoux dérobés lors des perquisitions effectuées aux domiciles des suspects.
Parmi les relations de Mhenna Djebbar qui ont jouées un rôle non négligeable dans la campagne de terreur, figurent entre autres Zeghaimi Tayeb, propriétaire d’une semoulerie à Blida, Stasaid Mohamed alias « Zaim» et les Frères Sidi El Kebir Mohamed et Nourreddine tous propriétaires d’une usine de Boissons gazeuses.
Mhenna Djebbar entretenait également une relation étroite avec un certain Khelifati, un entrepreneur qui fut incarcéré au part avant à la prison Militaire de Blida pour trafic, faux et usage de faux de documents militaires (cartes de sursis, carte de reforme etc…).


Fort du soutien du chef du CTRI, ce trafiquant notoirement connu à Blida sera intégré dans ses réseaux à Blida. La seule exigence de Mhenna Djebbar était le versement de sommes colossales en devises et l’organisation de soirées très arrosées en galantes compagnies ; procédé désormais classique que le chef du CTRI emploiera tout au long de sa carrière. L’« intouchable » Khelifati a grandement contribué à asseoir la notoriété de Djebbar au niveau de la région, surtout que ce dernier avait le droit de vie ou de mort sur tous ceux qui étaient considérés comme suspects intégristes ou catalogués « anti-pouvoir ».
Les relations forgées au niveau de cette ville vont lui servir de prête-noms lors d’achat de biens immobiliers en Espagne. En outre c’est à travers les réseaux d’entrepreneurs plus que douteux que le colonel Djebbar s’est fait construire une somptueuse villa à Chéraga, villa financée par l’argent du racket et la collecte de « dons » provenant du business des armes vendus aux citoyens qui voulaient assurer leur autodéfense contre d’éventuels actes « terroristes ». En effet l’officier du DRS Djebbar Mhenna remettait des armes de poing à toutes ses relations qui s’acquittaient cash de cet « impôt » ou qui prenaient en charge ses dépenses à l’occasion de ses séjours annuels en France.
Les réseaux constitués par Mhenna Djebbar répondaient à une structure des bandes criminelles organisées. D’un côté des intégristes des GIA (armés et ravitaillés par le CTRI de Blida qui leur fixait les cibles) et de l’autre des cellules de soutien chargées du racket et du financement comme en témoigne le cas de Stasaid Mohamed alias “Zaim”. Ce dernier sera par la suite récompensé par le DRS qui le propulsera au poste de député du RND alors qu’il n’avait jamais fait de politique auparavant ; la même récompense sera attribuée au maire de Boufarik ainsi qu’à beaucoup de serviteurs zélés du DRS.


Lorsque le nommé Ounes Salem, un cheikh repenti du GIA originaire du Douar de Bouarfa avait cité Stasaid Mohamed comme étant le financier du GIA de ladite localité (le terroriste Bensidoum Mohamed était à cette époque l’émir du GIA, groupe urbain de Blida), Djebbar Mehena a tout fait pour éviter l’arrestation de son protégé et sa confrontation avec ledit repenti. Devant ces graves révélations qui avaient mis en péril le rôle de son agent, le chef du CTRI avait sommé Ounés Salem de rien ne divulguer de cette affaire s’il tenait à sa vie.
Ce Stasaid Mohamed, qui a fait fortune pendant cette période sanglante, est lui même entré dans la « caste des intouchables », aussi bien à Blida qu’à Alger ; il a réussi à nouer des relations privilégiées avec le Wali de Blida Melizi Tahar dont il s’est devenu l’ami. Ce wali, qui doit sa carrière au DRS est en relation d’affaire avec le chef du CTRI de Blida, et tout ceux qui ont souhaité acquérir un lot de terrain ou une quelconque facilité administrative devaient obligatoirement transiter par Djebbar ou ses relais et surtout sans oublier de verser le pot de vin. C’était la « dîme » en vigueur imposée dans la région par le nouveau maître de Blida qui instauré la formule : « votre liberté en échange de ma protection » en d’autres termes : « la bourse ou la vie ».
Le chef du CTRI a su se montrer généreux avec ses amis. Au lieu d’attribuer les armes de l’autodéfense aux villageois des zones rurales menacés par le GIA, Djebbar Mehena a préféré constituer un groupe de patriotes avec une trentaine de personnes ; dont le Chef fut le nommé Hamoudi Mohamed, un ex-gendarme ; qui sera armé et payé par l’armée non pas pour protéger la population mais la semoulerie de son ami Zeghaimi Tayeb, située dans un endroit isolé au niveau de la commune de Ain Kebir !
Comme Zeghaimi Tayeb avait des contacts d’affaires avec des firmes italiennes spécialisées dans les pâtes et qu’il recevait périodiquement les visites des ingénieurs italiens chargés de la maintenance de son usine, le colonel Djebbar s’est chargé d’assurer la protection des italiens durant leur séjour à Blida en mettant à la disposition de son ami deux équipes du CTRI. Cette prise en charge débute à partir du moment de leur arrivée à l’aéroport Houari Boumediene jusqu’à la fin de leur mission. Il s’agissait là d’une « protection privée » payée par les deniers de l’Etat, alors qu’à la même période les pauvres civils se faisaient massacrer quotidiennement par les terroristes qui pullulaient dans la région de la Mitidja. En somme, le colonel Djebbar a monté au frais de l’Algérie, la première société privée de sécurité avec pour slogan publicitaire : « celui qui est riche et qui accepte de payer, ne sera jamais inquiété par les Groupes du GIA ! ».


La même stratégie fut appliquée à d’autres industriels notamment à un certain Islam et à la famille Hamoudi, deux autres propriétaires de biscuiterie de la commune de Baba Ali et d’Alger. Tous furent plus ou moins forcés de payer tant que les terroristes du GIA redoublaient de férocité (destructions, saccages, incendies, menaces, assassinats, etc…) contre les industriels sans défense ou ceux qui ne pouvait s’offrir une protection.
D’ailleurs dans le chapitre des groupes de soutien au GIA téléguidés par le CTRI de Blida, les exemples ne manquent pas. Citons encore le cas des frères Sidi El Kebir, Mohamed et Nourreddine, qui finançaient l’émir du GIA de Blida le nommé El Hachemi Badrani. Or il faut relever que durant la campagne électorale pour les présidentielles de 1999, les citoyens ont eu la surprise de remarquer la visite de Bouteflika à leur domicile et comble de la stupéfaction, un méchoui avait même été organisé en son honneur.
Comment des « financiers du terrorisme sanguinaire » pouvaient du jour au lendemain se reconvertir en de fervents supporters du candidat du pouvoir ? La réponse est pourtant très simple. D’un coté le candidat du pouvoir n’est en fait que le candidat de l’Armée et en particulier des décideurs, et de l’autre le GIA n’étant par essence qu’une création du DRS. C’est le colonel Djebbar en personne qui avait soutenu l’adhésion des frères Sidi El Kebir au comité de soutien pour Bouteflika à Blida. De plus l’épouse du commandant Chawki, originaire de Tlemcen, travaillait comme secrétaire particulière dans l’usine des Sidi El Kebir.
Des preuves irréfragables, notamment des témoignages formels et des procès verbaux d’écoutes téléphoniques, attestent de l’existence des liens étroits entre les émirs qui écument la Mitidja et leurs financiers qui ne sont autres que des relations intimes du chef du CTRI de Blida. L’objectif unique et commun à ces deux factions fut d’encourager le meurtre, de répandre la terreur pour faire fructifier leurs revenus et prospérer leurs affaires, en particulier dans le foncier et l’immobilier. Pris en otage, par complaisance ou par crainte de représailles des « terroristes », le citoyen ne pouvait que subir la loi de l’omerta.


Le comble pour un corps dit « d’élite » est qu’il soit dirigé par des mafieux qui n’ont rien à envier aux narcotrafiquants ou aux proxénètes. Le palmarès du colonel Djebbar, comme celui de ses prédécesseurs à la tête de la DCSA (Direction Centrale de la Sécurité de l’Armée) Kamel Abderahmane ou le sinistre général Tartag Atmane alias Bachir, est des plus étoffé. Il est impossible d’énumérer ici le nombre des massacres d’innocents, de torture, d’extorsion de bien, de racket, de chantage. Il ne faut certes pas oublier son implication directe dans l’assassinat des moines de Tibehirine (cette affaire a déjà fait l’objet d’un article paru sur le site du MAOL) et celle dans la création de l’OJAL (Organisation des Jeunes Algériens Libres). L’OJAL qui fut une structure paramilitaire secrète chargée des exécutions sommaires de suspects, des liquidations extra judiciaires, d’opposants politiques et de l’élimination des témoins gênants. A cet effet il est utile de préciser que Djebbar Mehena a toujours sollicité et obtenu l’aval de sa hiérarchie pour accomplir cette sale besogne. C’est par conséquent en toute connaissance de cause que le général Smain Lamari lui a accordé le feu vert pour accomplir ce terrible génocide. Le chef du CTRI avait lancé alors en toute quiétude, ses hordes (droguées en permanence pour plus d’efficacité et sans soucis de remords) á l’assaut des « fiefs islamistes ». L’OJAL n’avait sévi qu’au niveau du territoire de compétence du chef du CTRI (Mitidja, Médéa, Algérois, Kabylie…), il n’y a nul trace ailleurs de cette éphémère organisation écran du DRS.
Avant le déclenchement de ces expéditions punitives, le colonel Djebbar poussait le cynisme jusqu’à recommander au chef de la gendarmerie de Blida, le commandant Abdaoui Abdelhafid, de ne pas récupérer les cadavres tôt le matin afin que les citoyens puissent lire les messages de terreur laissés sur le corps des victimes. Cette méthode de conditionnement par la terreur fut un moyen efficace pour domestiquer la population et la forcer à la soumission. Cet acharnement avait un impact sur les jeunes islamistes, qui acculés, se sont précipités vers les maquis et sont ainsi tombés dans le piège tendu par les chefs du DRS et les harkis qui dirigent le pays.


Le CTRI de Blida avait tout au long de la sale guerre, approvisionné les maquis intégristes en armement, munitions, et équipements (jumelles, boussoles, talkies-walkies,…) qu’ils soient du GIA ou de l’AIS. Cette dernière organisation fut immédiatement infiltrée, ce qui incita le général Lamari à planifier la « guerre » GIA-AIS-Patriotes afin que les Algériens s’entretuent sans réaliser qu’ils étaient manipulés par un pôle unique à savoir le DRS. Le CTRI s’est occupé aussi de la prise en charge sanitaire des éléments blessés aux combats. La plupart des émirs de l’AIS comme Kertali Mustapha, son adjoint Gacemi Ahmed alias Yahia Guermouh, ou du GIA comme Saidi Sofiane, émir du GIA de la localité de Bouarfa, ou son adjoint Abdallah Mohamed, ont tous transités par le centre de Blida. C’est d’ailleurs ces deux derniers qui ont procédés à l’enlèvement de feu Mohamed Bouslimani en 1993. Et comme par hasard, l’OJAL et le GIA ont tour à tour revendiqué l’enlèvement et l’exécution de l’ex numéro 2 d’El Islah oua el Irchad. Il est inutile de souligner que les commanditaires de son assassinat ne sont autres que Smain Lamari et son exécutant Mhenna Djebbar.
Comment donc ne pas parler de génocide lorsque l’on évoque les opérations de « nettoyage ethnique » perpétrées par les miliciens contre la population des Beni Yagoub à Boufarik, qui a été dans son ensemble identifiée comme « terroriste » ? Sellami Toufik (alias le rouget), chef de la milice de Boufarik, recruté directement par le chef du CTRI a obtenu carte blanche pour arrêter, torturer et exécuter toute personne issue de cette tribu que ce soit à Benchaabane, à Sidi Moussa, à Bougara ou à Tablat. Profitant du déferlement de la violence, les miliciens ne s’étaient pas privés pour délester les victimes de leurs terres, de s’emparer de leur biens et de les tyranniser afin d’accélérer l’exode dans les milieux ruraux. La notion de butin de guerre avait pris tout son sens après une expédition punitive (pillage, viols,…), les jeunes captives qui avaient pu échapper à la mort ont souvent été astreintes à la prostitution sous le contrôle bienveillant de souteneurs, qui n’étaient autres que les comparses du chef du CTRI.
Les populations qui vivaient dans les hameaux de la Mitidja forcées à l’exode en abandonnant terres et biens, ont payé au prix fort leur choix électoral qui déplaisait aux « généraux démocrates ». La cruauté et le sadisme des putschistes étaient tels qu’ils n’hésitaient pas à organiser des shows médiatiques, grossièrement servis à une presse complaisante et aux relais de la propagande au pouvoir. Comme le montre l’opération menée par les forces de l’ANP contre les « maquis de Oued Allel », alors qu’en vérité le général Fodhil Chérif n’avait attaqué qu’un village fantôme et n’avait fait que détruire des hameaux désertés par leur population puisque celles-ci avaient fui les lieux sous l’excès de persécution des milices et l’enfer imposé par les escadrons de la mort et autres groupuscules terroristes agissants pour le compte du DRS.
La technique du chantage et de la compromission est une arme redoutable. Ne dit on pas que celui qui possède les renseignements possède le pouvoir ? Avec un service omnipotent et des moyens considérables, surfant sur la vague de la peur, la « folie terroriste » aidant, Djebbar eut la lumineuse idée d’étendre l’exercice du chantage aux personnes fortunées.


Avec la complicité de son lieutenant Allouache Hafid (devenu officier supérieur depuis et qui n’est autre que le beau frère du général major Laalali Rachid alias Attafi), il lui suffisait d’ajouter les noms de ses « proies » sur les listes des personnes ciblées, récupérées auprès des terroristes arrêtés, puis de les appeler pour les informer que des attentats sont en cours de préparation contre leurs usines ou leurs commerces et qu’il est le seul capable d’assurer la protection de leur bien. A travers une prévenance habilement entretenue, un véritable racket fut instauré et qui prospèrera durant toute une décennie car les victimes n’avait d’alternatives qu’entre une protection du GIA ou celle du CTRI, et donc devait payer quelque soit le cas de figure.
En contre partie Djebbar a su se montrer généreux en autorisant les magouilles de ses amis (importation de produits prohibés, avantages fiscaux, fraudes de toute nature, …). Cette politique du « donnant-donnant » et tous les avantages illégaux qu’elle procure, a permis aux chefs militaires d’obtenir l’assurance que personne ne pouvait remettre en cause cette rente bénie et à leur instar, leurs affidés faisaient leur beurre. N’est ce pas durant la décennie rouge que le nombre de milliardaires a miraculeusement explosé en Algérie ?
Le cas concret de Abdelatif Chérif, ex sous officier de l’ANP originaire de Tébessa, propriétaire du luxueux hôtel « Palace » de Blida renseigne clairement sur les méthodes mafieuses qui avaient prévalues en cette période du règne de la « terreur intégriste ».
Le « Palace » qui est connu à Blida comme un haut lieu de prostitution et de commerce illégal (bar, discothèque, trafic de stupéfiants,…) était assidûment fréquenté par Djebbar, et par la nomenklatura militaire. Jouant de la menace de fermeture de ce lieu de débauche, le chef du CTRI s’était assuré la totale soumission du propriétaire du « Palace » avec en prime le versement de sommes d’argents, les soirées « gratuites » avec whisky, repas et filles compris. Ceci pour la première étape.
Pour entretenir la pression, Djebbar n’hésitait pas à inventer des mises en scène, notamment des « actions intégristes » contre l’hôtel le plus huppé de Blida, une tentative d’incendie par ci, une tentative d’attentat par là. De temps en temps lors d’arrestations de suspects, le chef du CTRI ne manquait pas d’appeler son « pigeon » au téléphone, pour l’inviter à venir constater de visu des détenus menottes aux poignets et yeux bandés, présentés comme les terroristes qui voulaient s’en prendre à son établissement. Il n’a de cesse de lui rabâcher le refrain : “Tu vois Monsieur Chérif, ces gens là voulaient t’assassiner et on les a arrêté avant leur passage à l’acte. Tu vois comme on te protège toujours!”. Ceci pour l’acte 2.


Le propriétaire du « Palace » ignorait évidemment qu’il a été témoin d’une manœuvre dont le but est de raviver sa peur, de maintenir sur lui la pression par la menace terroriste et indirectement l’obliger ainsi à payer son souteneur. Il est vrai que durant la décennie rouge, l’alcool coulait à flot au « Palace », pourtant cet établissement a été épargné alors que de simples revendeurs d’alcool furent exécutés par les terroristes.
Pour expliquer un tel miracle, il suffisait juste de savoir que la protection du « Palace » était assurée par le groupe du « terroriste de service » Rahmani Fouad, intégriste notoirement connu à la cité Benboulaid. Par étapes successives, Abdelatif Chérif était devenu un inséparable du chef du CTRI, jusqu’à en devenir son associé dans nombres d’affaires, notamment l’acquisition de biens immobiliers à l’étranger, en Espagne surtout. Le dernier volet de cette réalité scabreuse est qu’aujourd’hui Abdelatif Chérif est un des nombreux prête-noms de Djebbar. C’est une des techniques prisées par ces inqualifiables généraux pour dissimuler leur fortune et l’ensemble de leurs biens en utilisant une couverture, généralement le nom de l’épouse, d’un parent ou d’un ami qu’on tient par le chantage et qui n’a d’autres alternatives que de partager ses gains et ses immenses revenus. Chacun trouvant son compte dans cette délinquance financière de transferts des capitaux astronomiques, alors que les Algériens dans leur grande majorité sont voués inexorablement à la misère et à la précarité.
Voilà comment en terrorisant la population et ciblant les plus riches, les paysans propriétaires terriens, le chef du CTRI a bâti sa réputation de « défenseur de la république » et s’est particulièrement mis en vedette dans le cadre de la « lutte anti-terroriste ».
Une autre trouvaille du chef du CTRI fut de constituer des groupes terroristes qui sous couvert d’infiltrer les maquis qui n’étaient pas sous le contrôle du DRS (sic !) rançonnaient à tour de bras les commerçants et les industriels de la région.
Comme les citoyens ignoraient que ces groupes agissaient sous la férule des agents du DRS et se soumettaient à leur diktat (comme ce fut le cas de Makhloufi Naceredine, bras droit d’Antar Zouabri qui sévissait aux douars de Maassouma et Amroussa, commune de Bouinen. Makhloufi Naceredine ne fut jamais inquiété et bénéficia par la suite de la loi sur la rahma alors qu’il avait même participé à plusieurs opérations commanditées par le DRS : enlèvements de citoyens et leurs exécutions au niveau de la cité Grit de Boufarik), Le chef du CTRI laissait faire ce manège puis après avoir réuni les preuves de leur soutien financier aux groupes armés, il entrait en action en convoquant les « imprudents ».


Accusées d’aide et d’assistance aux groupes terroristes, menacées d’être présentées à la justice en période où les lois exceptionnelles étaient en vigueur, presque toutes les victimes cédaient au chantage.
Prises dans cet engrenage de folie furieuse, affectées par la psychose ambiante, soumises aux intimidations, ou attirées par des avantages matériels, les proies de Djebbar devenaient des instruments manipulables à volonté au service du DRS et participaient malgré elles à cette furie. Ceux qui ne se soumettaient pas, l’ont amèrement regretté après une « descente nocturne du GIA ». Pour Djebbar et ses complices il n’y avait rien de mieux que la terreur pour faire taire les voix dissidentes et avoir les coudées franches.
Surfant sur la vague du terrorisme, les harkis et les imposteurs ne pouvaient concevoir l’Algérie que comme leur propriété exclusivement privée et ne se gênaient nullement de se l’approprier en déployant toute leur imagination criminelle pour parvenir à cette fin.
Les abus commis par les officiers du CTRI de Blida, appelé sans exagération aucune, le Centre de la Mort, sont innombrables. Tout individu qui refusait d’obéir à leurs injonctions, prenait le risque de perdre sa vie. A titre d’exemple citons le cas du jeune Taoueg Halim, arrêté à Blida sur ordre de Djebbar. Issu dune riche famille de douar Guerrouaou, commune de Soumaa, Taoueg Halim avait été arrêté à son domicile par le service judiciaire avant d’être transféré au CTRI pour y être détenu pendant plusieurs jours, le temps de négocier une rançon pour sa libération. Devant l’intransigeance du père, il fut froidement abattu à l’aide d’un HK muni d’un silencieux avant d’être jeté dans un verger aux environs.
Le commandant Mami Ahmed dit Djamel (devenu colonel), chef du service de la police judiciaire du CTRI a accusé à tord ce jeune citoyen, lui collant l’étiquette de terroriste, alors qu’en fait une affaire de mœurs opposait l’officier du CTRI au jeune Halim Taoueg qui entretenait une relation intime avec une certaine Hamida, une prostituée de l’hôtel « Palace » travaillant pour le compte du commandant Mami Ahmed. C’est hélas de cette manière que nombre de contentieux ont trouvé leur épilogue au cours de cette période de chaos propice aux règlements de compte.
L’histoire du Colonel Mami Ahmed alias Djamel, bras droit de Mhenna Djebbar est bien plus macabre, originaire de Tenes ex- cadre du BES/DRS en 92/93, informaticien de profil muté par la suite au CTRI/Blida sous les ordres du colonel Djebbar, c’est à partir de cette époque que cet officier devient un sanguinaire au sens propre du mot.
Après avoir perdu un frère, officier de police, lors d’un attentat terroriste à Chlef, il se portera volontaire par esprit de vengeance, pour «éradiquer la vermine musulmane».


Une fois au CTRI, le commandant Djamel n’hésita à commettre les crimes les plus horribles de l’histoire du service avec le témoignage de ses collègues de travail qui ont été en service en même temps que lui, notamment au cours de la période allant de 1993 jusqu’à 1998. Au mois d’avril 1993, cet officier sanguinaire se vantait d’avoir commis l’un de ses crimes les plus ignobles commis à l’encontre d’un citoyen de la cité Bouaarfa à Blida.
Arrêté dans le cadre d’une opération menée par le CTRI contre un groupe de soutien car suspecté d’appartenance a une filière locale, le jeune de Blida fut exploité pendant trois jours avant d’être embarqué les yeux bandés à bord d’un fourgon du DRS ; sur la route de la Chiffa, le commandant Djamel fit descendre la victime et lui tira trois balles dans la nuque le laissant pour mort. Par miracle des citoyens de passage, avaient découvert la victime gisant dans une mare de sang mais toujours vivante avant de la secourir et l’emmener pour soins à l’hôpital Frantz Fanon de Blida. Quelques jours plus tard, lors d’une visite dans cet établissement hospitalier, l’officier du CTRI eut la surprise de retrouver sa victime encore en vie. Furieux, il retournera le soir même à l’hôpital pour arracher sa victime de son lit d’hôpital et l’enlever puis l’achever ; cette fois l’exécution sera parfaite et la jeune victime sera criblé de balles. Cet officier criminel n’a même pas épargné les enfants et ce fut le cas d’un enfant de 15 ans, le cousin de Bedraoui Ali. Ce mineur a été tué dans la salle d’interrogatoire du CTRI/Blida d’une façon atroce, par le commandant Djamel, qui l’étranglera de ses propres mains en s’aidant d’un sachet en plastique pour lui recouvrir la tête.
Fin Mars 94 Djamel avait pris part au massacre de quarante jeunes lors d’une expédition punitive qui a visé la ville de Berrouaghia et puis lors d’une autre rafle ponctuée par une centaine de cadavres de jeunes citoyens retrouvés à la même période à Blida.

Tout conflit quel que soit sa nature (mœurs, litiges, vengeance, parfois rancune voire jalousie,…) entraînant l’élimination pure et simple d’un rival a été crédité, souvent de façon systématique, sur le compte des islamistes ou des terroristes. Bon nombre d’exemples ont été recensés pour le seul cas du CTRI de Blida. En voici brièvement quelques uns :
-Bouzouidja Sid Ahmed de Ouled Yaich, arrêté, torturé et exécuté pour lui dérober son véhicule une Renault 19. Ce véhicule a été utilisé par le commandant Mami Ahmed dit Djamel, puis affecté au Bureau de sécurité de la wilaya de Bouira.
-Sibsa Farouk de douar Benchaabane, commune de Boufarik.
-Harrata Hassène de Bouarfa, torturé a mort.
-Berkani Sid Ahmed résidant à la cité Benachour à Blida, âgé de 15 ans, arrêté dans l’établissement scolaire sis cité Bab El Zaouia, devant ses camarades et en présence du directeur, par une équipe du SPJ du CTRI conduite par l’adjudant chef Limane Ahmed. Cet enfant mineur a été accusé d’être un membre du réseau de soutien au groupe armé de l’émir Ali Chaitan. Le jeune Sid Ahmed Berkani fut détenu et torturé pendant trois mois avant d’être liquidé sans jugement.


La liste des crimes (assassinats, viols, tortures, …) de Djebbar et ses sbires est trop longue pour être citée ici dans son intégralité. Sous son commandement, même les patriotes sont devenus des tueurs avérés qui se sont acharnés sur la population civile. Contrairement à ce que prétend Farouk Ksentini, l’avocat des généraux criminels, il ne s’agit nullement de quelques cas isolés mais bien d’opérations à grande échelle qui relève d’un plan savamment concocté, de directives élaborées au sommet, d’ordres exécutés par les structures officielles du DRS qui agissent au nom de l’Etat.
C’est d’ailleurs dans son centre à Blida que furent hébergés les Djamel Zitouni, Benamar Aissa, les officiers exégètes du « GIA » et autres émirs activant à la solde du DRS. Ces groupuscules criminels qui n’ont épargnés aucune catégorie sociale et qui ont bien pris soin d’éviter les mafieux du système, ne manquaient sur le plan logistique d’aucun moyen humain ou matériel: disponibilité des tueurs, approvisionnement en armes et munitions, facilités pour trouver des planques…
Le tortionnaire en chef du CTRI de Blida a été promu au rang de général, tout comme son acolyte Bachir Tartag une année plus tôt ! Sans oublier bien sûre que tous les officiers subordonnés des deux monstres sont devenus des officiers supérieurs, des officiers qui ont pleinement profités de la conjoncture sanglante pour construire des fortunes colossales ! Il est inimaginable aujourd’hui dans ce chaos organisé et ficelé qu’il soit inquiété par l’éventualité d’une dégradation et encore moins d’un jugement pour crime de guerre et massacre de civils. Voilà de quelle manière la mafia au pouvoir en Algérie récompense ceux qui s’acharnent contre les Algériens, les dépouillent de leurs biens, les torturent, violent et massacrent leurs enfants !
Aujourd’hui, Le général Mhenna Djebbar, en tant que directeur de la Sécurité de l’Armée, il aura toute la latitude pour continuer à pourvoir les unités de l’ANP, à étendre son contrôle sur le trafic de drogue dans les casernes et à encourager délibérément la consommation de stupéfiants.


Le général Mhenna Djebbar a donc été récompensé, comme le fut Tartag Bachir avant lui, pour ses « mérites », en effet sa participation à la guerre contre les Algériens, a fait de lui un « héros de la nation ». Ceci est le message, on ne peut plus clair de la dictature des harkis, transmis tel un héritage empoisonné par les DAF et perpétué par les imposteurs à leur tête Larbi Belkheir, Khaled Nezzar, Mohamed Touati, Mohamed Mediene, Mohamed Lamari, Smain Lamari,…


Les chefs des services de renseignement sont donc bel et bien responsables et coupables des enlèvements et des massacres des citoyens et les auteurs d’actes ignobles doivent être jugés, condamnés et punis! L’engin de la mort qui a été conçu par Le général Mohamed Mediene alias Toufik a rempli une mission de terreur tout azimut aux objectifs prédéterminés pendant des années. En fin de compte, Toufik a réussi à mettre l’Algérie et ses institutions sous séquestre. Le MAOL n’a jamais cessé de dénoncer ce despote, qui n’a même pas l’audace de se montrer en public, et qui, tel un monstre n’agit que dans l’ombre ou à la tombée de la nuit !


Nul secret n’est éternel et aucune vérité ne peut fuir la lumière, et Dieu nous est témoin que le général Mohamed Mediene alias Toufik n’échappera jamais à la justice ; ni lui, ni aucun de ses sbires qui ont les mains tachées du sang des Algériens.

Gloire à nos martyrs et Tahya El Djazair

 



Le 29 juillet 2005.

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ALGÉRIE:Mesures prometteuses ou simples faux-fuyants ?

Posté par algeriedemocratie le 13 juillet 2009

ALGÉRIE

Mesures prometteuses
ou simples faux-fuyants ?


AMNESTY INTERNATIONAL
DOCUMENT PUBLIC
Index AI : MDE 28/005/2003
ÉFAI

Londres, septembre 2003

Résumé

Depuis quelques années, mettant en avant une série de réformes planifiées et progressivement mises en œuvre dans des domaines tels que la législation et la structure des institutions étatiques, les autorités algériennes parlent de plus en plus de changement. Peut-être est-il plus urgent que jamais de traduire les promesses dans les faits. La population est confrontée à une série de grands défis, liés non seulement aux préoccupations relatives aux droits humains mais aussi à la détérioration des conditions socioéconomiques et aux problèmes déjà anciens concernant la représentation politique.

Bien que la situation en matière de droits humains se soit améliorée depuis la seconde moitié des années 90, elle n’en demeure pas moins très préoccupante. Une centaine de personnes sont tuées chaque mois par des groupes armés, les forces de sécurité et des milices armées par l’État ; lors d’attaques ciblées ou d’attentats aveugles à l’explosif, c’est la population civile qui est la plus durement touchée. Des cas d’enlèvements et de viols de femmes et de jeunes filles par des membres de groupes armés continuent d’être signalés. Toujours très répandue, la torture en détention est systématique dans les cas liés à ce que les autorités appellent des activités «terroristes». Les atteintes aux droits humains, qu’elles soient imputables à des agents de l’État ou à des groupes armés, ne font que rarement l’objet d’enquêtes, ce qui entretient un climat d’impunité et de confusion.

En outre, aucune initiative concrète n’a été prise pour traiter les séquelles laissées par dix années de violence. Les victimes et leurs proches se sentent abandonnés et rien ne garantit à la population que les atteintes graves aux droits humains perpétrées ces dernières années ne se renouvelleront pas. Par ailleurs, les autorités algériennes continuent de nier que des agents de l’État ont une responsabilité dans la pratique établie des violations des droits fondamentaux.

À l’approche de l’élection présidentielle qui doit avoir lieu au début de 2004, la confiance de la population dans les autorités est au plus bas. La frustration qui en résulte a provoqué le mécontentement des jeunes, qui constituent la majorité de la population algérienne, et ce sentiment s’est exprimé dans des manifestations de protestation. Celles-ci, de plus en plus nombreuses ces dernières années, ont été réprimées avec une brutalité telle qu’il en est résulté une situation explosive.

Certaines initiatives élaborées ou mises en œuvre au cours des trois dernières années par les autorités algériennes, dans le but déclaré d’améliorer la situation des droits humains, comportent des éléments positifs. C’est ainsi que les modifications introduites, en 2001, dans le Code de procédure pénale peuvent contribuer à long terme à améliorer la protection des détenus contre la torture et la détention secrète. Ces modifications restent toutefois en grande partie lettre morte, à l’instar des garanties déjà prévues par la loi. La très grande majorité des cas de torture et de détention secrète signalés au cours des deux ou trois dernières années semblent avoir eu lieu dans les locaux de la Sécurité militaire, le plus secret des services de sécurité algériens et le moins contrôlé.

Les commissions d’enquête mises en place ces dernières années en Algérie ont souvent été la cible de critiques véhémentes de la part des organisations locales et internationales de défense des droits humains. La plus récente, qui s’est penchée sur la mort de plusieurs dizaines de manifestants non armés en 2001, a marqué une amélioration significative et ses conclusions ont clairement établi la responsabilité des autorités dans ces homicides illégaux. Bien qu’elles aient pris des mesures pour indemniser les victimes et leurs proches, les autorités ont fait preuve d’une réticence manifeste à traduire les conclusions de la commission en actes concrets. En conséquence, dans la plupart des cas, les homicides n’ont fait l’objet d’aucune enquête et la très grande majorité des responsables n’ont pas été traduits en justice.

L’organisme officiel de défense des droits humains a proposé la désignation d’une commission chargée d’enquêter sur les milliers de cas de «disparition» imputés à l’État, mais aucune proposition n’a été faite s’agissant des dizaines de milliers d’homicides et des milliers de cas de torture imputables, ces dix dernières années, aux forces de sécurité, aux milices armées par l’État et aux groupes armés. En outre, l’aboutissement potentiel de toute enquête future est compromis par le fait que les autorités n’ont pris aucune mesure satisfaisante pour préserver des éléments de preuve, comme les fosses communes.

Depuis 1999, les autorités algériennes ont pris plusieurs initiatives qui ont permis à des milliers de membres de groupes armés d’être exemptés de poursuites pénales, alors que certains avaient commis des exactions susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité. De telles mesures sont extrêmement préoccupantes car elles entravent la recherche de la vérité sur les atteintes graves aux droits humains commises au cours de la décennie écoulée et garantissent l’impunité aux responsables, privant des dizaines de milliers de victimes de leur droit à réparation.

Le présent rapport étudie les promesses de changement faites par les autorités algériennes et contient un certain nombre de recommandations, dont la mise en œuvre pourrait donner une forme concrète aux engagements en faveur des droits humains et contribuer à leur réalisation.

SOMMAIRE
Introduction

    1. Le gouvernement prêt à «tourner la page» ?
    2. Les défenseurs des droits humains

I. La réforme de la justice

    • a) Les modifications législatives
      b) La réforme des prisons
      a) La détention secrète
      b) La torture
      c) La réaction des autorités
      d) La Sécurité militaire
      e) Recommandations d’Amnesty International
  • A. Les modifications législatives et la réforme des prisonsB. La détention secrète et la torture

II. Les commissions d’enquête

    • a) Les conclusions de la Commission d’enquête
      b) La suite donnée par les autorités
      c) Recommandations d’Amnesty International
      a) Les «disparitions»
      b) Les fosses communes
      c) Recommandations d’Amnesty International
  • A. La Commission nationale d’enquête sur les homicides en KabylieB. Les crimes contre l’humanité

III. Les mesures de réconciliation nationale

    • a) Les meurtres de civils perpétrés par les groupes armés
      b) Les enlèvements et les viols imputables aux groupes armés
      c) Les homicides commis par les agents de l’État
      a) À tous les groupes armés
      b) Au gouvernement algérien
  • A. L’ampleur des violencesB. L’impunité accordée aux membres de groupes armés
    C. Recommandations d’Amnesty International

Conclusion

Introduction


1. Le gouvernement prêt à «tourner la page» ?

Depuis quelques années, mettant en avant une série de réformes planifiées et progressivement appliquées dans des domaines tels que la législation et la structure des institutions étatiques, les autorités algériennes parlent de plus en plus de changement. Elles veulent clairement indiquer à la population locale et à la communauté internationale que le pays progresse sur la voie du renforcement de l’état de droit et de la démocratie, qu’elles se sont fixé des objectifs d’ouverture et de transparence et que ces efforts créent un climat favorable à un plus grand respect des droits humains et à la promotion de ces droits. Le gouvernement algérien s’est également déclaré prêt à «tourner la page» sur une décennie durant laquelle le pays a été confronté à une crise des droits humains qui a pris une ampleur terrifiante. Depuis l’annulation, en 1992, des premières élections multipartites que le Front islamique du Salut (FIS) semblait en passe de remporter, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées par des groupes armés, les forces de sécurité et des milices armées par l’État. Des milliers de personnes ont «disparu» après leur arrestation et des centaines de milliers d’autres ont été blessées ou victimes d’autres formes d’atteintes à leurs droits fondamentaux.

Peut-être est-il plus urgent que jamais de traduire les promesses de changement dans les faits. La population est confrontée à une série de grands défis liés non seulement aux préoccupations relatives aux droits humains, mais aussi à la détérioration des conditions socioéconomiques et aux problèmes déjà anciens concernant la représentation politique.

En dépit d’une stabilité au niveau macroéconomique reposant sur le secteur des hydrocarbures, la majorité des Algériens ont vu leur niveau de vie se dégrader ces dernières années, avec pour conséquence des mouvements de protestation au cours desquels grévistes et manifestants ont exigé des emplois, des logements, le bien-être social et de meilleures conditions de vie et de travail. Le chômage, qui touche officiellement près de 30 p. cent de la population, est particulièrement élevé chez les jeunes, nettement majoritaires : 80 p. cent des chômeurs ont moins de trente ans. Le taux d’illettrisme chez les femmes adultes est deux fois plus élevé que chez les hommes en raison de la réticence persistante à rendre celles-ci plus autonomes. Le nombre moyen d’occupants par logement est passé à 7,5 en raison de la crise aiguë du logement. Le budget de la santé qui a diminué ces dernières années ne représente que 3,1 p. cent du produit national brut. L’eau est une denrée rare et les habitants d’Alger n’en disposeraient qu’un jour sur trois(1).

À l’approche de l’élection présidentielle qui doit se tenir avant le 15 avril 2004, les Algériens continuent, d’une manière générale, à penser que l’autorité du gouvernement est fortement restreinte par l’appareil militaire, qui est secret, qui échappe à tout contrôle, dont l’influence pèse sur le processus de prise de décision et dont peu osent défier publiquement le pouvoir. Cet état de fait, joint à l’incapacité persistante du gouvernement de tenir les promesses faites ces dernières années, a entraîné une désillusion croissante envers le système politique, largement considéré comme non représentatif. Les élections législatives de mai 2002 ont été marquées par la participation la plus faible depuis l’indépendance en 1962, moins de la moitié des électeurs inscrits ayant voté. En Kabylie, région à majorité amazigh (berbère), le boycottage a été presque total. La participation a été tout aussi faible pour les élections locales qui se sont déroulées en octobre.

Bien que la situation des droits humains se soit améliorée depuis la seconde moitié des années quatre-vingt-dix, elle reste très préoccupante. Une centaine de personnes sont tuées chaque mois par des membres de groupes armés, les forces de sécurité et des milices armées par l’État ; les civils sont les plus durement touchés par les violences. Le recours à la torture est toujours très répandu et les atteintes aux droits humains ne font que rarement l’objet d’enquêtes, ce qui entretient un climat d’impunité et de confusion. En outre, aucune initiative concrète n’a été prise pour aborder les séquelles laissées par une décennie de violence. Les victimes et leurs proches n’ont aucune voie de recours et rien ne garantit à la population que les atteintes graves aux droits humains perpétrées ces dernières années ne se renouvelleront pas.

L’une des principales conséquences en est une perte de confiance de la population dans l’engagement des autorités envers le changement, que beaucoup considèrent comme des promesses creuses. La frustration qui en a résulté a provoqué le mécontentement des jeunes, qui se sont exprimés dans des mouvements de protestation dont le nombre n’a fait qu’augmenter ces dernières années. La brutalité avec laquelle ces manifestations ont été réprimées a renforcé le mécontentement, créant une situation qui reste explosive.

Le présent rapport examine les promesses de changement que le gouvernement a faites dans le domaine des droits humains, tout particulièrement depuis 2000. Il aborde leurs incidences et évalue dans quelle mesure elles influent sur les principaux sujets de préoccupation dans le domaine des droits humains. Une série de recommandations sont émises à la fin de chaque chapitre ; Amnesty International estime qu’elles constituent des initiatives concrètes qui devraient permettre de traduire dans la réalité les promesses de changement. L’organisation espère contribuer aux débats en cours, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, sur la manière dont la protection des droits humains peut être renforcée en Algérie.

Des délégués d’Amnesty International se sont rendus en Algérie en février et en mars 2003. Ils ont rencontré des responsables gouvernementaux, des représentants d’organisations de défense des droits humains, des victimes et des proches de victimes, des avocats et des militants des droits humains, y compris des droits des femmes, ainsi que des groupes qui œuvrent en faveur de la réinsertion des victimes. Certaines des informations ayant servi pour la rédaction du présent rapport ont été recueillies au cours de cette visite. D’autres sont le fruit du travail assidu de recherche qu’a mené Amnesty International sur l’Algérie au cours de la décennie écoulée. Les cas individuels exposés illustrent les différentes formes d’atteintes aux droits humains décrites dans le présent rapport.

2. Les défenseurs des droits humains

L’un des faits positifs les plus remarquables des deux ou trois dernières années a été l’ouverture d’un espace pour un débat sur les droits humains. Ceci est dû à la volonté accrue du gouvernement d’aborder ces questions ainsi qu’à la détermination des militants, qui ont contribué à faire connaître les préoccupations des victimes d’atteintes aux droits humains et de leurs familles et à les porter à l’attention des autorités.

Plusieurs organisations de défense des droits humains ont pris de nouvelles initiatives ces dernières années, en dépit des difficultés qui continuent à entraver leur action. Parmi ces difficultés il y a lieu de citer, entre autres, le harcèlement dont leurs membres font l’objet de la part des autorités, les restrictions entourant les réunions publiques et le manque cruel de moyens. Dans le rapport qu’elle a soumis en 2003 à la Commission des droits de l’homme, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies pour la question des défenseurs des droits de l’homme a déclaré que ceux-ci faisaient «l’objet de menaces de mort et d’autres menaces et brimades(2)».

À la veille de son premier congrès national depuis le début de la crise en 1992, la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) a lancé une campagne de recrutement dans l’ensemble du pays. La LADDH et la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), ont récemment publié des rapports sur la situation des droits humains dans le pays, et notamment sur la torture, les «disparitions», le fonctionnement de l’appareil judiciaire et les violations commises lors de la répression des manifestations en Kabylie.

Les organisations qui font campagne en faveur des victimes d’exactions imputables aux groupes armés, comme Djazaïrouna (Notre Algérie) basée à Blida, au sud-ouest d’Alger, et Somoud (Résistance) basée à Alger, continuent d’apporter un soutien et une aide appréciables aux personnes touchées par les violences : celles-ci, bien qu’ayant diminué, n’ont pas cessé. Somoud, qui intervient auprès des familles dont des proches ont été enlevés par des groupes armés et ont probablement été assassinés, s’efforce d’obtenir le concours d’experts étrangers pour identifier les corps retrouvés dans des fosses communes.

Les organisations qui font campagne sur les «disparitions», comme SOS-Disparus et l’Association nationale des familles de disparus (ANFD), basées à Alger, ainsi que celles qui leur sont affiliées à Constantine, à Oran et à Relizane, ont également développé leurs activités ces dernières années. L’organisation SOS-Disparus, qui a ouvert un bureau à Alger en 2001, a adressé aux autorités des mémorandums exposant en détail les sujets qui la préoccupent de façon constante. L’Association des familles de disparus de Constantine a publié, en 2002, un rapport qui apportait la preuve que les corps de personnes «disparues» après leur arrestation par les forces de sécurité étaient enfouis dans des tombes anonymes dans la région.

Après des années de méfiance réciproque engendrée par une situation dans laquelle le dialogue était pratiquement impossible, les organisations qui consacrent leurs activités aux violations commises par les agents de l’État, comme les «disparitions», et celles qui traitent des exactions imputables aux groupes armés, comme les enlèvements et les homicides, ont entamé un dialogue. Les deux parties prennent de plus en plus conscience qu’elles partagent les mêmes sujets de préoccupation et que, quel que soit le responsable du crime commis, les victimes ou leurs proches ont le droit de connaître la vérité, d’obtenir que justice soit rendue et de recevoir une réparation.

Au cours des deux ou trois dernières années, d’autres groupes de défense des droits humains sont apparus à la suite d’événements particuliers. C’est le cas, notamment, du collectif d’avocats qui a fait campagne pour que justice soit rendue aux familles des victimes après la mort, en 2001 et en 2002, de plus d’un centaine de manifestants non armés en Kabylie, dans le nord-est du pays.

Des groupes de défense des droits des femmes, comme le réseau Wassila, formé en 2000 et qui rassemble de manière informelle des groupes de femmes et d’enfants ainsi que des membres du personnel de santé, entre autres, ont recueilli les témoignages de femmes victimes de violences auxquelles ils ont fourni une aide médicale et psychologique.

Un nouvel organe officiel de défense des droits humains, la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH), a été créé par décret présidentiel en mars 2001. Il a succédé à l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH), dissous par le président Abdelaziz Bouteflika après avoir été, des années durant, la cible de critiques pour ne pas avoir reconnu l’existence des violations graves des droits humains perpétrées par les agents de l’État au cours de la dernière décennie et n’avoir pris aucune mesure pour enquêter sur ces agissements ou en empêcher le renouvellement. Depuis la désignation de ses membres par décret présidentiel en octobre 2001, la CNCPPDH s’est efforcée de se montrer plus attentive à l’égard des familles de victimes de violations imputables aux agents de l’État, et plus particulièrement des familles de «disparus». Bien que cet organisme ne dispose pas de pouvoirs d’enquête et qu’il n’ait qu’un rôle consultatif auprès du président Bouteflika, Amnesty International espère que cette attitude positive se traduira dans des recommandations en vue de régler les questions liées aux droits humains et de répondre aux besoins des victimes conformément aux normes internationales.

À l’étranger, un certain nombre d’initiatives ont contribué au débat sur la manière de traiter l’héritage du passé. C’est ainsi qu’en juillet 2002, à Paris, lors du procès en diffamation intenté contre Habib Souaïdia, ancien officier de l’armée, par l’ancien ministre de la Défense Khaled Nezzar, des historiens, des responsables politiques, des militaires et des intellectuels algériens de toutes tendances se sont succédé à la barre pour témoigner sur les atteintes massives aux droits humains commises au cours des dix dernières années. Les médias algériens ont largement rendu compte du déroulement du procès.

Les autorités algériennes devraient considérer comme une ressource précieuse un mouvement qui est actif sur le plan des droits humains. Elles doivent veiller à ce que les individus et les organisations qui œuvrent en faveur de la promotion et de la protection de ces droits bénéficient d’une certaine liberté d’action. En outre, en tenant compte des recommandations émises par ces organisations, elles donneraient la preuve de leur volonté politique d’améliorer la situation en la matière.

I. La réforme de la justice


A. Les modifications législatives et la réforme des prisons

Les autorités ont beaucoup insisté sur la réforme de la justice comme étant une manifestation du caractère irréversible de leur volonté d’améliorer la situation des droits humains dans le pays. Les changements introduits comprennent les modifications législatives et la réforme des prisons.

a) Les modifications législatives

En juin 2001, les autorités ont annoncé l’entrée en vigueur de modifications législatives comme une étape importante en vue de mettre la législation algérienne en conformité avec les normes internationales. Elles ont mis en lumière les changements visant à renforcer la présomption d’innocence, à accroître le contrôle des responsables de l’application des lois par le pouvoir judiciaire, à protéger les droits des personnes détenues par les forces de sécurité, à limiter le recours à la détention provisoire et à établir le droit de tout individu placé à tort en détention provisoire à être indemnisé.

Les autorités ont souligné que d’autres projets de réforme étaient en cours d’élaboration. C’est ainsi qu’un nouveau département des droits humains a été créé à l’occasion de la restructuration du ministère de la Justice, en 2002. Cet organe a eu pour mission, entre autres, de veiller à la compatibilité de la législation algérienne avec les obligations du pays au titre des traités internationaux relatifs aux droits humains(3). En même temps était désigné un comité chargé d’étudier la mise en œuvre des recommandations émises en 2000 par une commission de réforme judiciaire.

Amnesty International a salué certaines des modifications positives du Code de procédure pénale introduites en juin 2001, qui sont susceptibles de renforcer de manière significative, à long terme, la protection des droits humains en Algérie. Toutefois, l’organisation constate qu’à ce jour un grand nombre des nouvelles garanties sont restées lettre morte. Les modifications devraient renforcer les droits des personnes détenues par les forces de sécurité, mais elles n’ont eu aucun effet sur les problèmes persistants de la détention secrète et du recours à la torture.

En fait, il ne s’agit pas que de l’absence d’entrée en vigueur des modifications législatives récentes ; le problème est beaucoup plus profond. En premier lieu, les garanties légales mises en place depuis des années et qui devraient protéger les détenus ne sont généralement pas respectées par les autorités judiciaires et les forces de sécurité, et encore moins par les militaires. Ensuite, nombre de dispositions de la législation d’exception introduite en 1992, et dont certaines constituent en soi une violation des normes internationales, sont toujours en vigueur.

Par ailleurs, certaines modifications introduites ces dernières années ont eu des conséquences négatives pour les droits fondamentaux. Parmi celles qui ont été apportées au Code pénal en juin 2001, quelques-unes menacent le droit à la liberté d’expression. Les peines pour diffamation ont été accrues et la définition de cette infraction a été élargie : la diffamation par écrit, par voie d’illustrations ou en paroles envers le président de la République ou une institution comme l’armée, le Parlement ou le pouvoir judiciaire est désormais punie d’une peine pouvant aller jusqu’à un an d’emprisonnement assortie d’une amende maximale de 250000 dinars (environ 3750 euros). Le rédacteur en chef et l’éditeur d’un article ou d’une illustration jugés offensants peuvent faire l’objet de poursuites. Ces modifications ont déjà servi à infliger des peines plus lourdes aux personnes qui critiquent les institutions, et particulièrement l’armée.

De même, certaines des modifications apportées au Code de procédure pénale ont fortement allongé la durée légale de la détention provisoire. Précédemment,
les personnes accusées d’un crime, quelle qu’en soit la nature, et dont le dossier était confié à un juge d’instruction, ne pouvaient pas être détenues pendant plus de seize mois. Désormais, les personnes accusées de crimes punis de peines supérieures à vingt ans d’emprisonnement peuvent être détenues jusqu’à vingt mois durant. Quant à celles accusées de «crimes qualifiés d’actes terroristes ou subversifs» ou de «crime transnational», elles peuvent être détenues respectivement jusqu’à trente-six ou soixante mois avant d’être jugées. Selon le Comité des droits de l’homme des Nations unies, la détention provisoire doit être exceptionnelle et aussi brève que possible(4).

b) La réforme des prisons

Dans le domaine de la réforme pénitentiaire, les autorités algériennes ont mis en place une nouvelle commission chargée de formuler des recommandations et d’améliorer les conditions de détention. Elles ont également autorisé les délégués du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à visiter régulièrement les prisons gérées par le ministère de la Justice. Amnesty International s’est félicitée à plusieurs reprises de cette initiative. Sept visites ont eu lieu depuis 1999 : selon le CICR, ses délégués ont visité plus de la moitié des prisons et rencontré environ un tiers des détenus. Depuis 2002, le CICR a également pu se rendre dans un certain nombre de postes de police et de centres de détention gérés par la gendarmerie.

Deux problèmes importants doivent toutefois être abordés. Malgré les améliorations constatées, les conditions carcérales demeurent un sujet de profonde préoccupation. En 2002, la CNCPPDH a réclamé l’ouverture d’une enquête sur les allégations selon lesquelles le grand nombre de personnes récemment mortes ou blessées dans des incendies survenus à l’intérieur de prisons était dû au caractère inhumain des conditions carcérales, ainsi qu’à la forte surpopulation. Une cinquantaine de prisonniers ont trouvé la mort et une centaine d’autres ont été blessés à la suite d’incendies qui se sont déclarés dans 12 prisons, en avril et en mai 2002. Le ministre de la Justice a affirmé avoir ordonné une enquête, mais les conclusions n’avaient pas été rendues publiques au moment de la rédaction du présent rapport. Des organisations locales de défense des droits humains, comme la LADDH, ont sollicité en vain l’autorisation de visiter les prisons pour rendre compte des conditions de détention.

Aucune organisation indépendante n’a été autorisée à se rendre dans les prisons militaires gérées par le ministère de la Défense ni dans les centres de détention qui dépendent de la Sécurité militaire dans lesquels les cas les plus graves de torture et de mauvais traitements ainsi que les conditions de vie les plus inhumaines sont régulièrement signalés.

B. La détention secrète et la torture

Les modifications du Code de procédure pénale devraient avoir renforcé les garanties des personnes qui, en attendant leur comparution devant un juge d’instruction, sont placées en garde à vue par les forces de sécurité. L’article 51 bis prévoit notamment que toute personne gardée à vue doit être informée de son droit d’informer immédiatement sa famille, de recevoir la visite de ses proches et d’être examinée par un médecin de son choix à la fin de la garde à vue.

Cette mesure devrait renforcer la protection des détenus contre la détention secrète et la torture, deux formes de violation des droits humains qui ont été perpétrées sur une grande échelle en Algérie au cours de la décennie écoulée. Toutefois, les nouvelles garanties sont largement restées lettre morte.

Le problème est aggravé par le fait que, comme indiqué plus haut, les garanties légales en vigueur depuis des années ne sont généralement pas respectées par les autorités judiciaires ni par les forces de sécurité, alors qu’elles devraient protéger les détenus. Il est à noter, par exemple, que le droit d’un détenu de prévenir immédiatement sa famille, de recevoir la visite de ses proches et d’être examiné par un médecin de son choix à la fin de la garde à vue était clairement prévu par le Code de procédure pénale avant l’introduction des modifications de 2001, mais qu’il était généralement ignoré dans la pratique. Il était précisé dans les modifications que le détenu devait être informé de ce droit.

Bon nombre des dispositions de la législation d’exception, élaborées en 1992 et incorporées au Code pénal et au Code de procédure pénale à l’occasion de leur révision en 1995, et dont certaines constituent une violation du droit international, ont été maintenues dans la législation algérienne. Un exemple révélateur s’agissant des droits des détenus est la durée maximale de douze jours pendant laquelle les personnes soupçonnées d’«actes terroristes ou subversifs» peuvent être maintenues en garde à vue. Amnesty International s’inquiète du fait que cette durée viole, entre autres, les dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) auquel l’Algérie est partie et dont l’article 9 dispose que tout individu arrêté du fait d’une infraction pénale doit être traduit «dans le plus court délai» devant une autorité judiciaire. Le Comité des droits de l’homme des Nations unies a par ailleurs considéré que le délai dans lequel une personne arrêtée ou détenue doit être traduite devant un juge ou une autre autorité judiciaire habilitée par la loi à exercer les fonctions judiciaires ne doit pas dépasser quelques jours(5).

a) La détention secrète

Le fait que les autorités bafouent presque systématiquement les lois nationales protégeant les droits des détenus contribue directement à la persistance de la détention secrète et non reconnue.

Malgré les garanties prévues par la loi, les détenus ne sont pas autorisés, habituellement, à communiquer avec le monde extérieur, notamment avec leur famille, ni immédiatement après leur placement en garde à vue ni à aucun moment au cours de celle-ci. Ils ne sont généralement pas autorisés à recevoir la visite de leurs proches. En outre, selon les informations recueillies par Amnesty International, ils ne sont que rarement informés de leurs droits dans ce domaine.

D’une manière générale, par conséquent, les familles des détenus ne sont pas informées du sort de leurs proches, ni du lieu où ils sont détenus, entre le moment de leur arrestation et leur comparution devant un juge d’instruction. Lorsqu’une famille a le courage d’interroger les forces de sécurité après l’arrestation d’un des siens, les autorités refusent de révéler le lieu de détention de celui-ci, voire de reconnaître qu’il a effectivement été placé en détention. En conséquence, la grande majorité des personnes placées en garde à vue sont maintenues en détention secrète et non reconnue et ne bénéficient donc pas de la protection de la loi. Cette pratique expose les détenus à la «disparition» ou à des actes de torture et d’autres formes de mauvais traitements, ce qui compromet leurs chances de bénéficier d’un procès équitable.

La détention en dehors de la protection de la loi est particulièrement préoccupante lorsqu’un individu est soupçonné de «crimes qualifiés d’actes terroristes ou subversifs». Les recherches d’Amnesty International démontrent, en effet, que l’intégrité physique des prisonniers est gravement menacée par la durée légale de la garde à vue, qui est de douze jours.

Ahmed et Fouad Ouali

Ahmed Ouali, un commerçant de quarante-deux ans, père de cinq enfants, a été arrêté le 12 janvier 2002 vers minuit en même temps que son frère Fouad, vingt-neuf ans, et son fils Mohamed, seize ans, à leur domicile dans la banlieue d’Alger. Ahmed Ouali est un ancien militant du Front islamique du salut (FIS), parti islamiste interdit.

Les trois hommes, interpellés par des membres des forces de sécurité en civil qui circulaient à bord de voitures sans plaque d’immatriculation, ont été emmenés au centre de détention de la Sécurité militaire de Ben Aknoun à Alger, où ils ont été détenus neuf jours avant d’être présentés, le 21 janvier, à un magistrat. Ahmed Ouali aurait été torturé pendant sa détention. Il s’est notamment plaint d’avoir reçu des décharges électriques, d’avoir subi le supplice dit du «chiffon» (méthode de torture expliquée plus loin), et d’avoir été attaché avec une corde et suspendu au plafond. Lors de sa comparution devant le magistrat, il aurait dénoncé ces actes de torture en montrant les traces sur son corps.

Les policiers auraient contraint cet homme, qui avait les yeux bandés, à signer un procès-verbal dans lequel il «avouait» son appartenance à un groupe armé. Il aurait été frappé lorsqu’il a demandé à lire le document. Les policiers lui auraient fait comprendre qu’ils avaient interpellé son frère et son fils et les avaient interrogés pour qu’ils le mettent en cause. Fouad Ouali, qui est diabétique, aurait subi les mêmes sévices que son frère et Mohamed aurait été battu.

Ahmed et Fouad Ouali ont été inculpés, le 21 janvier 2002, d’appartenance à une organisation «terroriste» et attendent leur procès. Mohamed a été relâché sans inculpation. Au moment de la rédaction du présent rapport, Ahmed était détenu dans la prison d’El Harrach (Alger), et Fouad avait bénéficié d’une mise en liberté provisoire. Pendant les neuf jours qu’ils ont passés à Ben Aknoun aucun de leurs proches, dont certains avaient assisté à leur arrestation, n’a été informé du lieu où ils se trouvaient. Leurs allégations de torture n’ont apparemment fait l’objet d’aucune enquête.

b) La torture

Amnesty International a appris que plusieurs dizaines de personnes ont été torturées au cours des deux ou trois dernières années. Les recherches effectuées par l’organisation révèlent que les personnes soupçonnées d’«actes terroristes ou subversifs» et maintenues pendant douze jours en détention, laquelle était souvent secrète et non reconnue, alors qu’il devrait s’agir d’une garde à vue avec toutes les garanties légales protégeant les détenus, sont systématiquement torturées. Les cas de Boubaker Kamas, d’Ahmed et de Fouad Ouali et de Mohamed Belkheir, torturés en 2002 et en 2003, sont exposés ci-après(6).

La torture n’est pas seulement utilisée à l’encontre de personnes soupçonnées d’«actes terroristes ou subversifs». Les forces de sécurité ont aussi à maintes reprises torturé des militants politiques arrêtés lors de manifestations de protestation contre le gouvernement ou à l’issue de celles-ci, ainsi que des suspects de droit commun. Les arrestations de manifestants opérées à la suite de mouvements de protestation en Kabylie, dans le nord-est du pays, et les tortures qui leur ont été infligées en constituent un exemple (voir p. 14 et 15). Le nombre de cas signalés a toutefois fortement diminué depuis la seconde moitié des années 90.

Plusieurs victimes avec lesquelles les délégués d’Amnesty International se sont entretenus ont affirmé avoir été frappées à coups de poing, de bâton, de ceinture, de barre de fer ou de crosse de fusil. Certaines se sont plaintes d’avoir été fouettées, d’avoir eu la peau tailladée avec des instruments tranchants ou d’avoir été étranglées au point de suffoquer. D’autres ont été brûlées sur le corps ou le visage avec des cigarettes, voire avec un chalumeau, ou ont eu de la cendre incandescente projetée dans les yeux. Des victimes ont reçu des décharges électriques sur les parties sensibles du corps, et notamment les organes génitaux ; dans certains cas, les tortionnaires les avaient trempées dans l’eau auparavant pour augmenter la douleur. Certaines se sont plaintes d’avoir été menacées de sévices sexuels, parfois après avoir été déshabillées et ligotées.

Depuis deux ou trois ans, on a constaté que les tortionnaires utilisaient de plus en plus souvent des méthodes laissant peu de traces. L’un des exemples est le supplice du «chiffon», méthode de torture qui consiste à attacher la victime et à lui enfoncer un morceau de tissu dans la bouche, puis à la forcer à avaler une grande quantité d’eau sale, d’urine ou de produit détersif versée à travers ce tissu.

Dans la plupart des cas, il semble que le but des tortionnaires soit d’obtenir des informations ou des «aveux» ; le plus souvent la personne détenue est forcée de signer des déclarations qu’elle n’a pas lues. Dans les affaires concernant ce que le gouvernement algérien appelle des activités «terroristes», les procès-verbaux contiennent généralement un «aveu» concernant un lien quelconque avec un groupe armé. Quant aux manifestants, les forces de sécurité leur infligent parfois des sévices à titre de sanction et pour dissuader les autres de suivre leur exemple.

Les répercussions du recours systématique à la torture dans les affaires de «terrorisme» ainsi que dans certaines affaires politiques et de droit commun sont très graves, non seulement en raison du traumatisme physique et mental qui en résulte pour les victimes, mais aussi à cause des conséquences de tels agissements sur le fonctionnement de la justice. Les condamnations reposent souvent largement, voire exclusivement, sur les déclarations obtenues sous la contrainte pendant la détention, ce qui compromet gravement le droit à un procès équitable et entraîne le prononcé de longues peines d’emprisonnement et, dans certains cas, la condamnation à mort(7).

L’examen médical

Le but de l’examen médical auquel a droit toute personne à la fin de sa garde à vue est de constater les actes de torture éventuels et de les porter à l’attention des autorités judiciaires aux fins d’enquête. Toutefois, comme indiqué plus haut, le droit des détenus d’être examinés par le médecin de leur choix à la fin de la garde à vue ainsi que d’être informés de ce droit semble régulièrement passé sous silence. Pourtant, dans certains cas, le procès-verbal que les détenus sont contraints de signer à la fin de l’interrogatoire contient une clause précisant qu’ils ont été informés de leur droit d’être examinés par un médecin.

Lorsqu’un examen médical est demandé, il est le plus souvent pratiqué de manière superficielle ou purement symbolique par un médecin désigné par les forces de sécurité. À la connaissance d’Amnesty International, aucun de ces médecins n’a jamais fait état de traces de torture ou de mauvais traitements, même dans les cas où de telles traces ont été d’une évidence flagrante pour les proches du détenu, pour son avocat et parfois même, plus tard, pour le juge.

Dans quelques cas qui ont été portés à la connaissance d’Amnesty International ces deux dernières années, des détenus ont réussi à faire valoir leur droit d’être examiné par le médecin de leur choix, grâce essentiellement à la persévérance de leur avocat. Toutefois, le plus souvent, l’examen n’a été pratiqué que plusieurs semaines ou même plusieurs mois plus tard, soit que les autorités aient délibérément ralenti la procédure, soit en raison de retards administratifs, ou pour ces deux raisons à la fois. Il était alors généralement trop tard pour mettre en évidence des traces de torture.

Mohamed Belkheir

Mohamed Belkheir, restaurateur originaire de la wilaya (préfecture) orientale de Bouira, a été arrêté le 16 mars 2003, peu après minuit, par une douzaine de membres des forces de sécurité en civil. Cet homme de quarante-deux ans, marié et père de deux enfants, est un sympathisant présumé du Front des forces socialistes (FFS), un parti d’opposition de gauche.

Il a été transféré dans une voiture sans plaque d’immatriculation au centre de détention de la Sécurité militaire de Ben Aknoun, à Alger, et enfermé dans une cellule. Vers deux heures du matin, il a été emmené dans une pièce où on l’aurait fait allonger sur une table en bois avant de lui attacher les mains et les pieds et de lui faire subir le supplice du «chiffon». Il s’est plaint d’avoir reçu des coups de bâton et des décharges électriques. Pendant la séance de torture, ceux qui l’interrogeaient lui ont dit qu’ils le soupçonnaient d’être en contact avec des membres de groupes armés et ils ont exigé des noms. Mohamed Belkheir a répondu qu’il ne connaissait personne.

Cet homme aurait été torturé à plusieurs reprises pendant ses dix jours de garde à vue. Il aurait reçu des décharges électriques sur les ongles et les parties génitales. Ses tortionnaires auraient menacé d’arrêter sa femme et de la violer en sa présence. Le 25 mars 2003 il a, semble-t-il, été contraint, sous les coups, de signer un procès-verbal sans être autorisé à le lire. Présenté le lendemain à un juge d’instruction, il a été inculpé d’appartenance à un groupe «terroriste» et de non-dénonciation de meurtriers, avant d’être placé en détention provisoire.

Mohamed Belkheir a été examiné par un médecin à son arrivée à la prison. Le certificat médical rédigé par celui-ci fait état de contusions sur différentes parties du corps sans indication de l’origine probable ni de la date des lésions. Une requête en vue d’obtenir un examen médical indépendant a été rejetée par les autorités judiciaires. Aucune enquête ne semble avoir été effectuée sur les allégations de torture formulées par Mohamed Belkheir, qui était toujours en attente de procès au moment de la rédaction du présent rapport.

c) La réaction des autorités

Le gouvernement algérien refuse de reconnaître le problème de la détention secrète et non reconnue ou de la torture. Selon les autorités, les nouvelles dispositions légales introduites en juin 2001 ainsi que les garanties préexistantes sont scrupuleusement respectées. Lors d’entretiens avec les délégués de l’organisation en février 2003, des responsables du ministère de la Justice, soucieux de le démontrer, ont indiqué avoir reçu très peu de plaintes se rapportant aux cas évoqués non seulement par Amnesty International, mais aussi par d’autres organisations locales et internationales de défense des droits humains.

Selon les recherches effectuées par Amnesty International, un nombre très limité de plaintes sont effectivement déposées pour actes de torture. La grande majorité des victimes de torture et autres mauvais traitements ne déposent pas de plainte. Dans la plupart des cas portés à la connaissance de l’organisation, les détenus qui avaient été torturés pendant leur garde à vue ne l’avaient pas signalé au juge d’instruction ou ne lui avaient pas dit qu’ils avaient été contraints d’avouer des actes qu’ils n’avaient pas commis. Les recherches effectuées par Amnesty International sur les dizaines de cas signalés au cours des deux ou trois dernières années ont permis de mettre en lumière plusieurs raisons à cela. Ainsi, il arrive que les membres des forces de sécurité qui ont torturé les détenus les menacent, par exemple, de les ramener à l’endroit où ils ont été torturés s’ils modifient leurs déclarations et dénoncent les sévices subis. Par ailleurs, lorsque les détenus n’ont pas la possibilité de consulter un avocat qui pourrait leur expliquer la procédure judiciaire et que les forces de sécurité ne les informent pas de leurs droits, il se peut aussi qu’ils n’aient pas conscience de l’appartenance du juge d’instruction à l’appareil judiciaire et qu’ils pensent que la personne qui les interroge est en fait un autre membre des forces de sécurité. Enfin, en l’absence d’éléments indiquant que des enquêtes sont effectuées et que les responsables sont poursuivis en justice, les victimes peuvent ignorer que le juge peut, et doit, agir en cas de plainte pour actes de torture.

Les personnes qui veulent déposer une plainte se heurtent ensuite à d’autres obstacles. Elles comprennent que leurs chances de fournir des preuves des sévices subis sont très réduites. Ainsi qu’il a été indiqué plus haut, il est peu probable qu’un examen médical pratiqué au bout de plusieurs semaines, voire après des mois, puisse établir des preuves de torture. Par ailleurs, les victimes craignent qu’une telle démarche n’aggrave leurs difficultés ou n’expose leurs proches à des représailles de la part des forces de sécurité. En outre, même si une victime est disposée à déposer une plainte, très peu d’avocats en Algérie acceptent de plaider de tels dossiers en raison du risque de harcèlement et d’intimidation de la part des autorités.

Le fait que la législation ne donne pas une définition claire de la torture constitue un obstacle supplémentaire. L’article 110 bis du Code pénal dispose : «Tout fonctionnaire ou agent qui exerce ou ordonne d’exercer la torture pour obtenir des aveux est puni d’un emprisonnement de 6 mois à 3 ans.» Le Comité contre la torture a exprimé, en 1996, sa préoccupation à propos de «l’absence d’une définition plus complète de la torture, conformément à l’article premier de la Convention [contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants](8)». La loi n’a pourtant pas été modifiée depuis cette date.

L’absence de plaintes ne peut toutefois pas excuser l’inaction des autorités, ainsi que le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture l’a clairement indiqué dans le rapport qu’il a soumis en 2003 à la Commission des droits de l’homme(9). S’agissant de l’Algérie, il a affirmé «qu’il continuait à recevoir des renseignements selon lesquels un grand nombre de personnes […] seraient soumises à des tortures et autres formes de mauvais traitements». Il ajoutait : «Le rapporteur spécial […] constate le rejet [par le gouvernement] de la plupart des allégations au motif qu’aucune plainte n’a été déposée. Vu la nature des allégations formulées, il n’est pas raisonnable de penser que les victimes présumées puissent déposer une plainte. À cet égard [le rapporteur spécial] souhaite rappeler au gouvernement son obligation d’ordonner une enquête approfondie sur tous les cas de torture même en l’absence de plainte. En outre, le rapporteur spécial déplore que le gouvernement ne l’ait pas invité à se rendre en Algérie. Il souhaite rappeler qu’il a adressé pour la première fois une demande en ce sens en 1997.» (Traduction non officielle)

Le rapporteur spécial a également insisté sur le fait qu’en cas d’allégations de torture ou de mauvais traitements la charge de la preuve incombait à l’accusation : «Lorsqu’un prévenu se plaint d’avoir été victime d’actes de torture ou d’autres formes de mauvais traitements au moment de son procès, c’est au parquet qu’il revient de prouver sans l’ombre d’un doute que les aveux du prévenu n’ont pas été obtenus par des moyens illicites, notamment la torture et d’autres formes de mauvais traitements(10).»

Les militants kabyles

Le 8 juillet 2001, Youcef, dix-neuf ans, habitant de Makouda, en Kabylie, une région du nord-est du pays peuplée en majorité de Berbères, a été arrêté au cours d’une manifestation de protestation contre le fait que plusieurs dizaines de manifestants non armés avaient été tués par les forces de sécurité au cours des trois mois précédents (voir le chapitre II pour plus de détails sur ces événements). Ce jeune homme a été interpellé dans la rue par trois gendarmes qui lui auraient donné des coups de pied à l’estomac et au visage ainsi que des coups de bâton sur la tête et les parties génitales. L’un des gendarmes lui aurait en outre tailladé une joue avec un couteau, occasionnant une lésion qui aurait nécessité plusieurs points de suture.

Des dizaines d’autres personnes interpellées par les forces de sécurité pendant ou après les manifestations, pacifiques ou violentes, qui ont eu lieu en Kabylie depuis avril 2001, auraient été torturées ou maltraitées. Bon nombre d’entre elles ont été battues dans la rue après leur interpellation et coupées à l’aide d’objets tranchants. Certains des manifestants détenus aux fins d’interrogatoire ont été torturés ou maltraités pendant les quarante-huit heures de garde à vue. Certains se sont plaints d’avoir été frappés à coups de poing au visage ou fouettés avec des câbles électriques, d’autres ont subi le supplice du «chiffon» ou ont été déshabillés et menacés de viol.

Les avocats qui assistaient les victimes ont déclaré aux délégués d’Amnesty International que leurs clients étaient le plus souvent réticents à porter plainte pour torture ou mauvais traitements car un examen médical serait pratiqué trop tard pour relever des traces de sévices. Ils craignaient aussi qu’une telle démarche n’entraîne des difficultés personnelles et professionnelles ou ne soit source d’ennuis pour les membres de leur famille.

Ces dernières années, des centaines de personnes ont été arrêtées dans tout le pays au cours de manifestations ou à l’issue de celles-ci. Beaucoup ont été relâchées après avoir été interrogées ; beaucoup d’autres ont été inculpées de trouble à l’ordre public, de rébellion ou d’appartenance à une organisation interdite soupçonnée d’avoir organisé la manifestation, entre autres charges, et elles ont été détenues pendant plusieurs mois. La plupart des manifestations qui ont eu lieu depuis avril 2001 se sont déroulées en Kabylie. Bon nombre des personnes arrêtées et placées en détention, notamment pendant le printemps et l’été de 2002, étaient des militants kabyles qui réclamaient un système politique plus représentatif, une meilleure reconnaissance de la langue et de la culture amazigh (berbère), le départ de la gendarmerie de la région et des mesures contre la pauvreté. La plupart des militants kabyles ont été libérés, dans l’attente de leur jugement.

d) La Sécurité militaire

La très grande majorité des cas de torture portés à la connaissance d’Amnesty International au cours des deux ou trois dernières années révèlent que les sévices ont été infligés par des agents de la Sécurité militaire, un service de sécurité dont le nom officiel est Département du renseignement et de la sécurité, qui dépend du ministère de la Défense. Les actes de torture sont généralement infligés dans des endroits appartenant à l’armée, et plus particulièrement dans les centres de Ben Aknoun à Alger et de Haouch Chnou à Blida qui servent, entre autres, de lieux de détention pour les suspects.

Les agents de la Sécurité militaire, qui peuvent agir en qualité de responsables de l’application des lois, disposent des mêmes pouvoirs d’arrestation, de placement en détention, d’interrogatoire et d’enquête que leurs homologues de la police et de la gendarmerie. Ils sont, en outre, habilités à intervenir dans tout le pays, y compris en dehors des endroits où ils sont stationnés(11). Dans la pratique, les agents de la Sécurité militaire procèdent à l’arrestation des personnes soupçonnées de participation à ce que le gouvernement désigne comme des activités «terroristes» et aux enquêtes.

La Sécurité militaire semble employer un certain nombre de méthodes particulières qui ont pour but d’éviter que ses agents aient à rendre compte de leurs actes. En premier lieu, une série de mesures sont prises pour garder secrète l’identité des agents. Non seulement les membres de la Sécurité militaire opèrent en civil, mais ils ne font pratiquement jamais connaître leur nom ni même le service auquel ils appartiennent aux personnes qu’ils arrêtent. Le plus souvent, ils ne présentent pas de mandat d’arrêt. Sur les procès-verbaux d’interrogatoire ils n’indiquent généralement que leur prénom, sans préciser leur grade ni leur nom de famille, et sans faire référence à la Sécurité militaire, ce qui rend impossible toute vérification de leur statut et empêche de les retrouver.

Ensuite, des mesures sont prises pour que la personne arrêtée ignore le lieu où elle est détenue. Les prisonniers affirment souvent ne pas avoir été informés de leur lieu de détention. En outre, certains ont déclaré aux délégués de l’organisation que pendant les transferts ils avaient été transportés dans des conditions visant à rendre difficile toute identification ultérieure de leur lieu de détention. C’est ainsi que certains ont eu les yeux bandés ou ont été obligés de se recroqueviller à l’arrière du véhicule qui les transportait.

Certaines de ces méthodes sont illégales au regard de la législation algérienne. Le Code de procédure pénale prévoit clairement que tous les responsables de l’application des lois, y compris les agents de la Sécurité militaire, doivent non seulement présenter un mandat d’arrêt au suspect, mais également lui en remettre une copie(12). Le Code prévoit aussi que le procès-verbal d’interrogatoire, entre autres, doit mentionner que celui qui l’a dressé est un responsable de l’application des lois dûment habilité à cette fonction, ce qui signifie que son grade et son nom complet doivent y figurer(13).

La manière dont les agents de la Sécurité militaire mènent leurs opérations semble démontrer qu’ils ne sont pas tenus de rendre compte de leurs actes. Aux termes du Code de procédure pénale et en leur qualité de responsables de l’application des lois, ils opèrent sous le contrôle du pouvoir judiciaire mais dans la pratique les représentants de ce dernier sont trop intimidés pour contester leur autorité. Amnesty International n’a pas connaissance d’un seul cas dans toute l’histoire de ce service où un agent de la Sécurité militaire ait fait l’objet d’une enquête ou ait été traduit en justice pour avoir commis des violations des droits fondamentaux dans l’exercice de ses fonctions. Des éléments accablants démontrent pourtant l’implication de ces agents dans des violations des droits humains, notamment dans des violations graves perpétrées de manière systématique.

Boubaker Kamas

Boubaker Kamas, un ancien prédicateur religieux sans emploi de trente-sept ans, marié et père de trois enfants, a été arrêté, le 9 janvier 2002 vers 22 heures, dans une rue de la ville orientale de Constantine, où il réside. Cet ancien membre du FIS, parti islamiste interdit, a passé cinq ans en prison, de 1994 à 1999, après avoir été condamné à l’issue d’un procès inéquitable pour appartenance à un groupe «terroriste».

Boubaker Kamas a été appréhendé par cinq membres des forces de sécurité en civil qui l’ont menotté, les mains dans le dos, et l’ont fait monter à l’arrière d’une voiture sans plaque d’immatriculation. Il a été contraint de rester recroquevillé pendant le trajet, la tête recouverte de sa veste afin qu’il ne puisse pas identifier l’endroit où on l’emmenait. Il a appris plus tard qu’il avait été conduit au centre de la Sécurité militaire de Bellevue à Constantine où il a été interrogé pendant quatre ou cinq jours, avant d’être transféré dans un autre centre de la Sécurité militaire d’une autre wilaya, pour un nouvel interrogatoire. Présenté à un magistrat le 22 janvier 2002, à l’issue de cette garde à vue, il a été incarcéré le même jour dans l’attente de son procès. Sa famille a été informée de son arrestation et de son lieu de détention alors qu’il se trouvait déjà depuis plusieurs jours en prison et elle a été autorisée à le rencontrer. Le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture a envoyé un appel urgent en faveur de cet homme(14).

Boubaker Kamas aurait été régulièrement torturé pendant les séances d’interrogatoire à Bellevue. Il s’est plaint d’avoir été attaché sur une chaise métallique par les poignets et les chevilles, d’avoir été frappé, brûlé avec des cigarettes et soumis au supplice du «chiffon». Il a été forcé d’avouer qu’il avait imprimé des documents pour le compte d’un groupe armé et qu’il avait essayé d’entrer contact avec un autre groupe. Il aurait été contraint d’apposer son empreinte digitale au bas de sept pages d’un formulaire vierge servant à recueillir les déclarations des suspects, avant que ses «aveux» ne soient dactylographiés sur ce document. Le fonctionnaire qui l’interrogeait s’est simplement identifié comme Lehbib, un prénom courant en Algérie, sans préciser son nom de famille ni son grade, contrairement à ce que prévoit la loi.

Boubaker Kamas a rétracté ses « aveux » devant le juge d’instruction, le 22 janvier 2002. Il a été examiné sommairement le jour même par un médecin militaire qui n’aurait diagnostiqué aucun problème médical. Boubaker Kamas, qui voulait exercer le droit que reconnaît la loi, a demandé l’autorisation de consulter un médecin de son choix. Le magistrat a rejeté sa requête en arguant qu’il avait déjà été vu par un médecin militaire. Cette décision a été infirmée en appel, mais ce n’est que le 2 mai 2002, soit quatre mois après son placement en détention dans les cellules de la Sécurité militaire, que Boubaker Kamas a pu voir un médecin indépendant. Celui-ci a néanmoins encore pu constater des marques sur les poignets et chevilles de Boubaker Kamas, apparemment causées par les menottes avec lesquelles il avait été attaché sur une chaise pendant les séances de torture.

Prenant une initiative totalement inhabituelle, dans le courant de l’année 2002 le juge a acquitté Boubaker Kamas du chef d’appartenance à un groupe «terroriste», apparemment après avoir admis les arguments de la défense selon laquelle les «aveux» de cet homme ne constituaient pas un élément de preuve fiable puisqu’ils avaient été recueillis sous la torture. Pourtant, à la connaissance de l’organisation, les allégations de torture formulées par Boubaker Kamas n’ont fait l’objet d’aucune enquête.

e) Recommandations d’Amnesty International

Les rapports d’Amnesty International indiquent que pratiquement aucun cas de torture n’était signalé à la fin des années 80. Il doit donc être possible de mettre un terme à la torture en Algérie si les autorités ont la volonté politique requise. Amnesty International prie celles-ci de s’attaquer aux causes profondes de la détention secrète et non reconnue et du recours à la torture, en prenant notamment les mesures suivantes(15) :

  • veiller à ce que tous les fonctionnaires qui procèdent aux arrestations se présentent à la personne interpellée, qu’ils portent un badge indiquant leur nom ou leur matricule afin qu’il soit aisé de les identifier, et qu’ils utilisent des véhicules militaires ou de police clairement identifiables et munis en toutes circonstances de plaques d’immatriculation ;
  • modifier la législation de manière à ce que tous les détenus, y compris ceux qui sont soupçonnés de crimes «terroristes», puissent «avoir un avocat dans les 24 heures suivant leur arrestation» et ne soient «placés dans des centres de détention relevant de la responsabilité des fonctionnaires chargés de les interroger ou d’enquêter à leur sujet que […] 48 heures maximum», ainsi que le recommande le rapporteur des Nations unies sur la torture(16) ;
  • veiller à ce que tous les détenus soient informés, oralement et par écrit, de leur droit de communiquer immédiatement avec le monde extérieur, et notamment avec leur famille, et de recevoir la visite de leurs proches, et faire en sorte que ce droit soit respecté ;
  • veiller à ce que toutes les personnes assistant aux interrogatoires se présentent dès le début et que «l’identité de toutes les personnes présentes [figure] dans les procès-verbaux», ainsi que le recommande le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture(17) ;
  • veiller à ce que les détenus soient informés, oralement et par écrit, de leur droit de consulter un médecin de leur choix à la fin de la garde à vue et faire en sorte que ce droit soit respecté ;
  • introduire de nouvelles garanties permettant aux détenus de «[se] faire examiner par un médecin indépendant dès [leur] arrestation, [et] après chaque interrogatoire», ainsi que le souligne le Comité des droits de l’homme des Nations unies(18) ;
  • veiller à ce les prisonniers ne soient gardés que dans des lieux de détention officiellement reconnus qui puissent être inspectés par des organes indépendants compétents. Dans l’intérêt de la transparence, publier des listes à jour de tous les lieux de détention officiellement reconnus et les tenir à la disposition des avocats et du public ;
  • revoir la définition de la torture figurant à l’article 110 bis du Code pénal «pour la rendre conforme à l’article premier de la Convention [contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants]», ainsi que le Comité contre la torture l’a recommandé en 1996(19) ;
  • ordonner systématiquement une enquête sur les allégations de torture, même en l’absence de plainte, et traduire les responsables en justice ;
  • prendre des mesures plus strictes pour garantir que tous les responsables de l’application des lois, y compris les agents de la Sécurité militaire, reçoivent une formation idoine et respectent la loi, et faire savoir clairement que personne n’est au-dessus des lois ;
  • inviter le rapporteur spécial sur la torture à se rendre sans délai en Algérie.

II. Les commissions d’enquête


Les commissions d’enquête qui ont été désignées en Algérie ces dernières années ont à plusieurs reprises suscité les plus vives critiques des organisations nationales et internationales de défense des droits humains. Elles ont généralement manqué d’indépendance et d’autorité ou n’ont pas rempli la mission qui leur avait été confiée. Fait plus grave, les autorités algériennes se sont systématiquement dérobées à leur devoir d’enquêter sur les atteintes massives aux droits humains perpétrées depuis le début des années 90, malgré les appels répétés des organes des Nations unies et des organisations locales et internationales de défense des droits humains.

L’enquête effectuée par l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH), organe officiel de défense des droits humains dissous depuis lors, sur le massacre en 1995 de 96 prisonniers, peut-être plus, et de cinq gardiens dans la prison de Serkadji, illustre cet état de fait. L’ONDH ne s’est pas penché sur les circonstances du massacre. Aucune autopsie n’a été pratiquée et les cadavres ont été enterrés dans des tombes anonymes sans que leurs proches ni les experts légistes aient pu les voir. Le rapport, rendu public en mai 1995, a repris la version des événements donnée par les autorités algériennes quelques jours après les faits, en laissant des questions fondamentales sans réponse(20).

La commission d’enquête la plus récente, chargée d’examiner les circonstances de la mort de plusieurs dizaines de manifestants non armés en 2001, a marqué une amélioration sensible. Ses conclusions ont clairement établi la responsabilité des autorités dans ces homicides. Elles sont toutefois restées lettre morte en raison de la réticence manifeste des autorités à prendre des mesures concrètes, et les promesses de déférer les responsables à la justice n’ont pas été suivies d’effet à ce jour.

Les autorités n’ont pas tenu compte des appels lancés ces dernières années par Amnesty International et par d’autres organisations de défense des droits humains en faveur de la désignation d’une commission chargée d’enquêter sur les dizaines de milliers d’homicides et les milliers de cas de « disparition », d’enlèvement et de torture signalés dans le contexte de la crise des droits humains que connaît le pays depuis 1992. Il est d’autant plus urgent d’ordonner des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales que ces crimes sont tellement graves qu’ils peuvent être considérés comme des crimes contre l’humanité. Tout nouveau retard dans l’ouverture d’enquêtes ne peut que porter atteinte aux droits des victimes et de leurs proches, accroître le risque de renouvellement de tels agissements et éroder la confiance de la population dans la sincérité des réformes et des investigations futures.

Un nouvel élément ayant de nouveau attiré l’attention sur la nécessité d’ordonner de telles enquêtes est la proposition faite cette année par l’organe officiel de défense des droits humains, la CNCPPDH, de désigner une commission chargée d’enquêter sur les milliers de cas de «disparition» signalés en Algérie depuis 1992. Amnesty International exhorte le gouvernement à prendre des mesures pour ordonner une enquête indépendante sur les «disparitions» et répondre aux inquiétudes des victimes et de leurs proches.

A. La Commission nationale d’enquête sur les homicides en Kabylie

Le 2 mai 2001, le président Abdelaziz Bouteflika a confié à Mohand Issad, juriste éminent, la mise en place d’une commission ad hoc chargée d’enquêter sur les événements survenus en Kabylie, région du nord-est du pays peuplée majoritairement de Berbères, événements au cours desquels des manifestants non armés ont été tués. Mohand Issad a été invité à mener les investigations comme il le souhaitait, à solliciter la production de tout document nécessaire aux fins de son enquête et à s’entretenir avec les personnes de son choix. Amnesty International, qui avait réclamé l’ouverture d’une information sur ces homicides, a salué la désignation de la Commission nationale d’enquête sur les événements de Kabylie comme représentant une mesure positive dans la bonne direction.

Cette désignation faisait suite à une série d’événements qui avaient eu un grand retentissement en Algérie et à l’étranger. Tout a commencé le 18 avril 2001, date à laquelle Massinissa Guermah, un lycéen de dix-neuf ans, a été abattu par un gendarme dans le poste de gendarmerie de Beni Douala, une localité de Kabylie. Hospitalisé, le jeune homme a succombé à ses blessures le 20 avril 2001. Le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, a déclaré peu après que le lycéen avait été arrêté après avoir commis une agression suivie d’un vol à main armée et qu’il était un «voyou» de vingt-six ans. Ces deux affirmations étaient fausses.

La mort de Massinissa Guermah et les accusations portées contre lui par le ministre ont enflammé une région qui était déjà confrontée, comme le reste du pays, à une absence de véritable représentation politique et à de graves difficultés socioéconomiques qui avaient désespéré la population et amenaient les jeunes à descendre périodiquement dans la rue. La série de manifestations antigouvernementales, certaines pacifiques et d’autres violentes, qui se sont déroulées dans toute la Kabylie ont été réprimées de manière particulièrement brutale. À la date de la désignation de la Commission d’enquête, une semaine après le début de la répression des manifestations, plusieurs dizaines de manifestants non armés avaient été tués par des responsables de l’application des lois et beaucoup d’autres avaient été blessés.

Les autorités n’ont pourtant pris aucune mesure pour empêcher les forces de sécurité de tuer d’autres manifestants non armés. À la fin du mois de juillet 2001, alors que l’agitation avait décru, quelque 80 manifestants avaient été tués et des centaines d’autres avaient été blessés par les forces de sécurité. Bien que la Kabylie connaisse un calme relatif depuis cette date, des manifestations antigouvernementales ont lieu de temps à autre et d’autres manifestants ont perdu la vie. Au total, plus d’une centaine de manifestants non armés ont été tués par les forces de sécurité au cours de manifestations en Kabylie entre avril 2001 et avril 2003.

a) Les conclusions de la Commission d’enquête

La Commission d’enquête a déposé, en juillet 2001, un rapport préliminaire dans lequel elle examinait les circonstances d’une cinquantaine d’homicides signalés en Kabylie entre le 18 avril et le 11 juin 2001. Les principales conclusions étaient les suivantes :

  • les protestations violentes de la population avaient été provoquées par les agissements des gendarmes ;
  • la gendarmerie, qui dépend du ministère de la Défense, était intervenue sans y avoir été invitée par les autorités civiles comme le prévoit la loi ;
  • l’ordre des responsables de la gendarmerie de ne pas utiliser d’armes à feu n’avait pas été respecté, ce qui laisse à penser qu’ils avaient perdu le contrôle de leurs troupes ou que la gendarmerie avait été infiltrée par des «forces externes» qui avaient donné des ordres contradictoires ;
  • les gendarmes ont utilisé des «munitions de guerre», en tirant notamment à balles réelles avec leurs fusils d’assaut Kalachnikov, pour disperser des manifestants non armés ;
  • au cours des manifestations qui ont eu lieu entre le 22 avril et le 11 juin 2001, 50 manifestants non armés ont été abattus par les gendarmes et 521 autres ont été blessés, dont 217 par balles ;
  • pendant la même période, quelque 600 gendarmes et policiers ont été blessés au cours de manifestations. Un seul d’entre eux a été blessé par balle, mais aucune conclusion ne pouvait être tirée quant aux circonstances des faits. Un gendarme est mort électrocuté, sans qu’un lien puisse être établi avec les actions des manifestants ;
  • la proportion des morts par rapport aux blessés par balle parmi les manifestants non armés aurait été considérée comme élevée même dans une situation de combat militaire où les deux camps s’affrontent à armes égales ;
  • les violations commises par les forces de sécurité ne pouvaient s’expliquer par l’insuffisance de leur formation et l’impunité des responsables n’était donc pas justifiée.


Amnesty International a accueilli favorablement ces observations qui correspondaient à ses propres conclusions sur les homicides. Des témoins oculaires ont raconté comment les gendarmes avaient tiré sur des manifestants non armés qui se trouvaient à une distance de plus de 100 mètres et avaient tiré sur d’autres dans le dos après dispersion de la foule avec du gaz lacrymogène. Dans plusieurs cas, des manifestants ont été poursuivis jusque chez eux et abattus à l’intérieur de leur maison. Les forces de sécurité ont utilisé dans tous les cas des balles réelles alors qu’aucune vie n’était menacée et elles n’ont pas pris les mesures requises par les normes internationales, et notamment les Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois(21), avant de recourir à la force et de faire usage de leurs armes.

Après avoir terminé la rédaction de son rapport préliminaire, la Commission d’enquête envisageait de poursuivre ses investigations afin d’être en mesure d’interroger un plus grand nombre de témoins. Elle a toutefois reconnu dans son rapport final, rendu public en décembre 2001, qu’elle n’avait pas pu mener plus loin son enquête parce que de nombreux témoins avaient trop peur pour parler. La Commission s’est penchée sur la législation nationale et elle a conclu, entre autres, que :

  • les ambiguïtés de la législation algérienne permettaient à l’armée de s’accorder une délégation de pouvoir dans toute situation impliquant le maintien de l’ordre public ou son rétablissement ;
  • la liberté que certains agents de l’État à tous les niveaux continuaient de prendre par rapport à la loi démontrait que «le respect de la loi n’est pas encore entré dans la culture des responsables».


b) La suite donnée par les autorités

Les autorités algériennes ont pris des initiatives positives tant en mettant sur pied la Commission d’enquête qu’en rendant publiques ses conclusions. Dans les mois qui ont suivi la publication du rapport préliminaire, le gouvernement a fait un certain nombre de déclarations encourageantes pour annoncer que les responsables des homicides seraient traduits en justice.

Près d’un an après les premiers homicides, les autorités ont fait un pas vers l’indemnisation des victimes. Un décret présidentiel(22) promulgué le 7 avril 2002 a établi le droit des personnes blessées au cours des manifestations entre avril 2001 et avril 2002 et des familles des morts à être indemnisées. Des commissions locales, présidées par le wali (préfet), ont été chargées d’étudier les demandes d’indemnisation présentées. En février 2003, des responsables du ministère de l’Intérieur ont affirmé aux délégués d’Amnesty International que plusieurs centaines de demandes étaient en cours d’examen et qu’une indemnisation au moins avait été versée.

Étant donné les antécédents d’impunité en Algérie, les familles des victimes et leurs avocats craignent que l’indemnisation offerte par les autorités ne remplace la réparation judiciaire pour les crimes commis par les forces de sécurité. Toutefois, des responsables du ministère de l’Intérieur ont déclaré aux délégués de l’organisation que le fait de solliciter une indemnisation ou d’être indemnisé n’avait aucune incidence sur le droit des victimes ou de leur famille de s’adresser aux tribunaux pour que justice leur soit rendue. Ils ont ajouté que le décret ne contenait aucune disposition à cet effet.

i) Les poursuites

À la connaissance d’Amnesty International, deux ans et demi après la mort de Massinissa Guermah, seuls deux responsables de l’application des lois ont été poursuivis pour les homicides commis en Kabylie. Merabet Mestari, le gendarme accusé d’avoir abattu le jeune homme le 18 avril 2001 et qui aurait été arrêté le 26 avril de cette même année, a été jugé par le tribunal militaire de Blida en septembre et en octobre 2002. Il a été condamné à deux ans d’emprisonnement pour homicide involontaire, blessures involontaires par arme à feu et infraction aux consignes.

Le deuxième procès est celui de Madjid Teldji, un policier en poste dans la wilaya de Bouira, en Kabylie. Cet homme a été reconnu coupable, en mars 2003, du meurtre de Fouad Adara perpétré à Sidi Aïch le 29 juin 2001, et condamné à vingt ans d’emprisonnement par une cour criminelle. Même s’il est vrai que le meurtre de Fouad Adara a été commis alors que des manifestations avaient lieu, il n’en reste pas moins que cet homme de vingt-neuf ans a été abattu par Madjid Teldji à l’intérieur d’un café, apparemment à la suite d’un différend entre eux, plutôt qu’au cours d’un quelconque mouvement de protestation.

Aucune information disponible n’indique qu’un membre des forces de sécurité ait fait l’objet d’une enquête et de poursuites pour les meurtres perpétrés lorsque les gendarmes ont ouvert le feu en direction de manifestants non armés. La Commission d’enquête avait pourtant souligné dans ses conclusions la nécessité d’identifier les responsables et de les traduire en justice. En outre les autorités s’étaient engagées à agir en ce sens.

Toutefois, celles-ci affirment que des mesures ont été prises pour déférer les responsables à la justice. Au cours de leur mission de recherche en Algérie, en février 2003, les délégués d’Amnesty International ont évoqué cette question avec des responsables des ministères de la Justice et de l’Intérieur ainsi qu’avec des membres de la CNCPPDH. Les responsables des deux ministères ont affirmé que 23 gendarmes avaient fait l’objet de poursuites devant des tribunaux militaires et été condamnés pour utilisation abusive d’armes à feu à des peines comprises entre plusieurs mois d’emprisonnement avec sursis et deux ans d’emprisonnement ferme. Les membres de la CNCPPDH ont toutefois déclaré qu’un seul gendarme avait été inculpé et condamné à deux ans d’emprisonnement ; il s’agissait probablement de Merabet Mestari. Ils ont ajouté que des procédures concernant 23 autres gendarmes étaient en cours d’instruction devant le tribunal militaire de Blida.

Ces deux versions sont manifestement contradictoires. Amnesty International a écrit, le 28 avril 2003, aux autorités pour solliciter des éclaircissements et des informations complémentaires sur les procédures judiciaires. Aucune réponse n’était parvenue au moment de la rédaction du présent rapport. Il faut également souligner qu’aucun des militants des droits humains avec lesquels l’organisation est en contact régulier, ni même les avocats qui représentent les familles des victimes, n’a eu connaissance d’enquêtes ou de poursuites à l’encontre d’un autre gendarme que Merabet Mestari. Si plus de 20 gendarmes ont fait l’objet de poursuites, les autorités n’ont pas, c’est le moins qu’on puisse dire, fait en sorte que la population algérienne, et particulièrement les personnes directement touchées par ces crimes, sache que justice avait été rendue. Ce faisant, elles n’ont pas contribué à renforcer la confiance du public dans l’engagement déclaré de l’État en faveur de la transparence et de l’autorité de la loi.

Par ailleurs, parmi les centaines de plaintes déposées par les familles des victimes et par les personnes blessées au cours des manifestations, rares sont celles qui ont débouché sur des poursuites judiciaires. De nombreuses procédures engagées contre la gendarmerie par les proches de personnes tuées ont été classées sans suite faute de preuves. Les avocats qui assistent les familles affirment que les autorités ont empêché l’identification des responsables au lieu d’œuvrer à la manifestation de la vérité. Dans de nombreux cas, malgré les requêtes introduites par des avocats, les témoins qui auraient pu identifier les responsables n’ont pas été entendus et des éléments importants, comme le tableau de service de la gendarmerie locale le jour du meurtre, n’ont pas été fournis. En outre, la mutation de près de 90 p. cent des gendarmes basés en Kabylie après les homicides, souvent présentée par les autorités comme une mesure d’apaisement envers la population, a été vue par beaucoup comme un moyen de masquer l’identité des gendarmes qui auraient pu être reconnus par des témoins. Dans un cas au moins porté à la connaissance d’Amnesty International et décrit ci-après, la famille de la victime a réussi à identifier nommément le gendarme qui aurait été responsable de la mort de leur proche. Pourtant, aucune enquête approfondie débouchant sur des poursuites judiciaires n’a été menée.

Mohand ou Idir Khennache

Mohand ou Idir Khennache, un jeune homme de vingt-cinq ans sans emploi originaire du village de Sidi Yacoub, wilaya de Tizi Ouzou, en Kabylie, a été abattu par un gendarme en uniforme, le 28 avril 2001, lors d’affrontements entre des manifestants et des gendarmes à Larbâa Nath Irathen, une ville de cette même wilaya. Six autres manifestants y ont été tués par des gendarmes le même jour.

Une enquête a été ouverte et les proches de Mohand ou Idir Khennache ont été interrogés par un juge d’instruction. La famille a réussi à identifier le gendarme présumé responsable sur une photographie. L’enquête ne semblait toutefois pas avoir progressé au moment de la rédaction du présent rapport.

ii) Rejet des conclusions de la Commission

L’absence générale d’évolution vers l’ouverture de procédures judiciaires à l’encontre des responsables des homicides commis au cours des manifestations en Kabylie est probablement dû, en partie, au rejet manifeste par les autorités des conclusions de la Commission d’enquête. En février 2003, lors d’entretiens avec des délégués d’Amnesty International, des responsables du ministère de l’Intérieur ont indiqué que la Commission avait manqué d’objectivité et que le ministre de l’Intérieur n’était pas d’accord avec ses principales conclusions. Ils ont affirmé que les manifestants avaient été tués après avoir commis des violences et que les homicides résultaient d’actes de légitime défense plutôt que d’un usage excessif de la force. Ils ont également déclaré que les gendarmes avaient utilisé dès le début des balles en caoutchouc, alors que des dizaines de certificats médicaux consultés par les délégués de l’organisation démontrent manifestement le contraire. À la connaissance d’Amnesty International, l’une des conclusions les plus préoccupantes de la Commission d’enquête, à savoir que l’ordre des responsables de la gendarmerie de ne pas utiliser d’armes à feu n’avait pas été respecté, ce qui laisse à penser qu’ils avaient perdu le contrôle de leurs troupes ou que la gendarmerie avait été infiltrée par des «forces externes» qui avaient donné des ordres contradictoires, n’a pas fait l’objet d’investigations complémentaires. Un certain nombre d’hypothèses ont été émises par la presse algérienne et par la société civile quant à l’identité de ces «forces externes». Beaucoup désignaient la Sécurité militaire, mentionnée plus haut, en raison des vastes pouvoirs non officiels dont ce service est supposé jouir, du fait qu’il n’a pas à rendre de comptes aux autorités civiles et du secret qui entoure ses opérations.

c) Recommandations d’Amnesty International

Amnesty International prie les autorités algériennes de :

  • veiller à ce que les conclusions de la Commission d’enquête donnent lieu à des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales visant à identifier les responsables de tous les homicides commis depuis avril 2001 sur la personne de manifestants et faire en sorte qu’ils soient traduits en justice dans le cadre de procédures conformes aux normes internationales d’équité;
  • exiger que ces enquêtes s’efforcent d’identifier ceux qui ont donné l’ordre de tirer sur les manifestants, d’établir la raison pour laquelle les autorités civiles ne sont pas intervenues pour mettre un terme aux homicides, d’apprécier si la gendarmerie a été infiltrée par des «forces externes», ainsi que la Commission d’enquête l’a posé en principe, et d’identifier ces forces ;
  • rendre publiques les informations sur toutes les investigations menées ainsi que sur les procès des responsables de l’application des lois impliqués dans les homicides afin de contribuer à rétablir la confiance du public dans la justice ;
  • garantir que l’indemnisation ne remplacera pas la recherche de la vérité et de la justice et faire tout leur possible pour dissiper les craintes des victimes, de leurs proches et de leurs avocats à cet égard ;
  • prendre sans délai des mesures pour garantir que les forces de sécurité respectent les normes internationales régissant le comportement des responsables de l’application des lois ainsi que l’usage de la force et des armes à feu et protègent le droit à la vie ;
  • réexaminer sans délai les méthodes de contrôle des manifestations afin de garantir que, à l’avenir, les pratiques des forces de sécurité s’agissant du maintien de l’ordre au cours des manifestations soient conformes aux normes internationales relatives aux droits humains.


B. Les crimes contre l’humanité

Depuis 1992, des dizaines de milliers de personnes ont été tuées illégalement par des groupes armés, les forces de sécurité ou les milices armées par l’État. Des milliers d’autres, enlevées par des groupes armés, ont probablement été assassinées, mais leur corps n’a jamais été retrouvé. Des milliers d’autres encore ont «disparu» après leur arrestation par les forces de sécurité ou les milices armées par l’État. Des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont été torturés en détention par des agents de l’État et des milliers d’autres ont été enlevés et torturés par des groupes armés. À ce jour les autorités n’ont pris pratiquement aucune mesure pour établir la vérité sur ces atteintes aux droits humains et traduire les responsables en justice. La situation est aggravée par le refus persistant des autorités de reconnaître la responsabilité de l’État et de ses agents dans les atteintes massives et systématiques aux droits humains. Ces agissements ainsi que l’impunité dont bénéficient les responsables ont été exposés en détail dans les rapports publiés depuis 1992 par Amnesty International et par d’autres organisations, locales et internationales, de défense des droits humains.

Le fait qu’il n’y a pas de coopération efficace, de la part des autorités algériennes, avec les mécanismes des droits humains des Nations unies a empêché que ces violences massives fassent l’objet d’un examen approfondi au niveau international. La visite en septembre 2002 du rapporteur spécial de la Commission des droits de l’homme chargé de la question de la liberté de religion ou de conviction, Abdelfattah Amor, représente une évolution positive dans la mesure où c’était la première fois que le responsable d’un mécanisme des droits humains des Nations unies était autorisé à se rendre dans le pays. Toutefois, les organes des Nations unies qui se penchent sur les questions les plus brûlantes relatives aux droits humains auxquelles l’Algérie est confrontée – à savoir le rapporteur spécial sur la torture, le groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires et le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires et arbitraires – n’ont pas été invités à se rendre en Algérie malgré leurs demandes répétées et la publication de leurs sujets de préoccupation relatifs à ces pratiques.

L’absence de progrès pour établir la vérité et rendre justice est particulièrement préoccupante si l’on prend en compte la gravité des atteintes aux droits humains qui n’ont fait l’objet d’aucune enquête. Amnesty International estime que les homicides, les «disparitions» et les actes de torture dont des civils ont été victimes en Algérie depuis 1992 constituent des crimes contre l’humanité, car il s’agit de crimes «commis dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique lancée contre toute population civile et en connaissance de cette attaque» selon la définition figurant à l’article 7 du Statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), entré en vigueur le 1er juillet 2002. Cet article reflète la définition la plus récente et généralement acceptée des crimes contre l’humanité. L’Algérie a signé le Statut de Rome mais ne l’a pas encore ratifié. La proposition récente de l’organisme officiel de défense des droits humains de désigner une commission chargée d’enquêter sur les «disparitions», l’un des crimes contre l’humanité, est opportune car elle reconnaît la nécessité de traiter la question des crimes commis par le passé afin d’aller de l’avant. Les autorités doivent prendre des initiatives concrètes pour faire en sorte que des enquêtes soient effectuées sans délai sur les «disparitions» et les autres crimes contre l’humanité commis en Algérie depuis 1992.

En outre, pour que les futures enquêtes soient efficaces, les autorités doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour préserver les informations essentielles,
les dossiers et les autres éléments de preuve. Tout porte à croire qu’elles manquent à leur devoir dans ce domaine, ainsi que le démontre l’absence d’enquêtes approfondies et, dans certains cas, la destruction des éléments de preuve sur les sites de fosses communes découverts ces dernières années dans le pays.

a) Les «disparitions»

Depuis 1992, des milliers d’hommes et de femmes ont «disparu» en Algérie après leur arrestation. Certains seraient morts, mais le sort d’aucun «disparu» n’a été élucidé de manière satisfaisante. Des personnes de tous âges et appartenant à toutes les catégories sociales ont été enlevées à leur domicile, souvent pendant la nuit et devant les yeux de leurs proches ou de leurs voisins ; d’autres ont été interpellées dans la rue ou sur leur lieu de travail en présence de leurs collègues. Les «disparus» ont été emmenés par des membres de la police, de la gendarmerie et de la Sécurité militaire ou par des miliciens armés par l’État. Beaucoup ont été interpellés, semble-t-il, parce que les forces de sécurité les soupçonnaient d’être liés d’une manière ou d’une autre à des groupes armés ou d’être des sympathisants du FIS. D’autres ont simplement été dénoncés. Dans d’autres cas encore, la «disparition» est sans raison apparente. Amnesty International a recueilli des informations sur le cas de quelque 4000 «disparus», arrêtés pour la plupart entre 1994 et 1998, et dont le nombre est probablement beaucoup plus nombreux, selon l’organisation. Farouk Ksentini, président de la CNCPPDH, a déclaré à plusieurs reprises que 7000 personnes au moins avaient «disparu» en Algérie depuis 1992. Les organisations locales de défense des droits humains estiment que le nombre total est probablement encore plus élevé. Certains des milliers de cas signalés ont été soumis au Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires par des organisations locales et internationales de défense des droits humains, et notamment par Amnesty International ; selon le dernier rapport de cet organisme, il est actuellement saisi de 1089 cas(23).

Depuis 1998, le nombre de personnes qui «disparaissent» chaque année a fortement diminué, bien que des cas continuent d’être signalés de temps à autre. Au moins trois hommes ont «disparu» après avoir été arrêtés par les forces de sécurité en 2002, et on est toujours sans aucune nouvelle d’eux. Abdelkader Mezouar, dont le cas est exposé p. 29 et 30(24), est l’un d’eux. Bien que ces «disparitions» ne semblent pas constituer une pratique persistante,
elles démontrent que les garanties nécessaires n’ont pas été mises en place pour empêcher le renouvellement des crimes commis par le passé. La question des «disparitions» a été largement évoquée par Amnesty International et par d’autres organisations de défense des droits humains(25). Deux points essentiels soulignent la nécessité de désigner une commission chargée de mener une enquête approfondie afin d’établir la vérité.

Le premier de ces points est le fait que les «disparitions» signalées en Algérie depuis 1992 constituent un crime contre l’humanité, comme indiqué plus haut. Le second est que les «disparitions» sont un crime permanent ; en d’autres termes, celui-ci perdure tant que le sort et le lieu de détention des victimes n’ont pas été établis. Ceci est clairement énoncé à l’article 17 de la Déclaration des Nations unies sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, adoptée en 1992 par l’Assemblée générale : «Tout acte conduisant à une disparition forcée continue d’être considéré comme un crime aussi longtemps que ses auteurs dissimulent le sort réservé à la personne disparue et le lieu où elle se trouve et que les faits n’ont pas été élucidés(26).»

i) Les mesures prises par le gouvernement

La question des «disparitions» était un tabou en Algérie jusqu’en 1998, date à laquelle le mur du silence a été brisé par les efforts des familles des «disparus» et par des organisations locales et internationales de défense des droits humains. Les autorités ont alors commencé à prendre une série de mesures dans le but déclaré de régler le problème.

Dans des rapports précédents, Amnesty International a expliqué en détail comment et pourquoi les mesures dont les autorités affirmaient qu’elles visaient à «élucider» les cas de «disparition», avaient en réalité été une nouvelle source de frustration pour les proches. L’absence de résultats cinq ans plus tard démontre clairement l’échec de toutes les initiatives prises jusqu’à présent. Aucune famille n’a obtenu des informations détaillées et fiables sur le sort d’un proche «disparu» ni sur son lieu de détention et, à la connaissance de l’organisation, aucun responsable présumé de «disparition» n’a été inculpé ni jugé.

Bien que le président de l’organe officiel de défense des droits humains évoque avec une liberté inconnue jusqu’alors l’ampleur du problème, les autorités continuent de refuser d’en admettre la véritable nature. Elles reconnaissent que des milliers de personnes ont été portées disparues en Algérie au cours des dix dernières années, sans toutefois accepter que des milliers de personnes ont «disparu», bien qu’elles utilisent ce terme pour parler des victimes. La nuance est fondamentale. Une personne «portée disparue» peut être entrée dans la clandestinité pour échapper à une arrestation pour une infraction commise, avoir quitté le pays ou avoir trouvé la mort au cours d’un affrontement armé. Une personne est considérée comme «disparue» s’il existe des motifs raisonnables de penser qu’elle a été arrêtée par les autorités ou par leurs agents et que celles-ci nient qu’elle ait été placée en détention, dissimulant ainsi son sort et son lieu de détention.

Les autorités reconnaissent avoir reçu des milliers de plaintes de familles qui affirment que leurs proches ont «disparu» après avoir été arrêtés par les forces de sécurité ou par des miliciens armés par l’État, mais elles rejettent généralement ces plaintes en affirmant qu’elles sont infondées. Lors d’un entretien en février 2003, des responsables du ministère de la Justice ont remis aux délégués d’Amnesty International une liste des 1600 cas qu’ils affirmaient avoir «élucidés». Certains des «disparus» étaient présentés comme ayant été enlevés ou tués par des groupes armés, d’autres se seraient cachés pour échapper à une arrestation ou auraient été tués par les forces de sécurité au cours d’affrontements armés. Dans aucun de ces cas, le ministère de la Justice n’a conclu que la personne avait «disparu» après son arrestation et que l’État ou ses agents en portaient donc la responsabilité. Les hauts fonctionnaires du ministère de la Justice ont souligné ce point au cours de l’entretien. Lorsque les délégués de l’organisation leur ont demandé s’ils admettaient que l’État était responsable des «disparitions», ils ont affirmé avec force qu’il n’en était rien en précisant : «L’État algérien n’a jamais autorisé les agents à violer la loi. Ça serait impensable.»

ii) La désignation d’une commission d’enquête est envisagée

Depuis sa nomination à la tête de la CNCPPDH en octobre 2001, Farouk Ksentini, se démarquant clairement du discours officiel sur les «disparitions», a dénoncé sans ambiguïté la responsabilité de l’État. Il a également réitéré son engagement à trouver une solution à ce problème. Il s’est fait un devoir de recevoir régulièrement les familles des «disparus» dans les locaux de la CNPPDH à Alger et de les écouter. Lors d’un entretien en février 2003, il a déclaré aux délégués d’Amnesty International qu’il souhaitait être considéré comme le représentant des familles des «disparus» au niveau des autorités plutôt que l’inverse. Il a ajouté que la CNPPDH proposait une indemnisation pour aider les familles à surmonter les difficultés financières résultant de la perte d’un proche qui, dans bien des cas, était le soutien de famille. Il a insisté sur le fait que cette aide ne compromettrait pas les procédures judiciaires que les familles avaient déjà engagées ou qu’elles pourraient engager à l’avenir afin que justice leur soit rendue. Comme indiqué plus haut, la CNPPDH a proposé la désignation d’une commission nationale chargée d’établir la vérité sur tous les cas de «disparition». En outre, Farouk Ksentini a déclaré aux délégués d’Amnesty International que le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires était le bienvenu en Algérie. Celui-ci, qui avait demandé en 2000 à se rendre dans le pays, n’a toujours pas été autorisé à le faire. Ces propositions sont des initiatives positives. Il faut toutefois rappeler que la CNPPDH, bien que financée par le gouvernement, a pour mandat de remplir un rôle purement consultatif auprès du président de la République et qu’elle n’est pas habilitée à enquêter sur les atteintes aux droits humains ni à inviter les organes des Nations unies à se rendre en Algérie. Farouk Ksentini a déclaré notamment à Amnesty International que la CNPPDH donnerait, dans son premier rapport annuel, une importance capitale aux recommandations sur l’indemnisation des victimes et la commission d’enquête. Ce rapport, qui devait être remis au président Bouteflika fin mars 2003, n’avait pas été rendu public au moment de la rédaction du présent document. Les autorités n’ont pas réagi à ces propositions.

En l’absence d’initiatives concrètes, les associations de familles de «disparus» restent sceptiques. Elles craignent que l’indemnisation envisagée ne soit subordonnée à la renonciation à toute démarche en vue d’établir la vérité et d’obtenir justice. Cette crainte a été renforcée par des informations récentes selon lesquelles, dans certaines régions du pays, des responsables de l’administration locale auraient proposé de l’argent à des proches de «disparus» en échange de l’abandon de leurs actions. Les associations de familles de «disparus» redoutent également qu’une commission d’enquête mise en place par les autorités ne dispose pas de l’indépendance et des pouvoirs requis pour mener de véritables investigations et établir les responsabilités qui, selon elles, s’étendent à des militaires de haut rang considérés comme intouchables.

Vu la manière dont les autorités ont traité la question des «disparitions» au cours des dix dernières années et leur incapacité à réaliser de réels progrès, la méfiance des familles est compréhensible. À la fin de 2002 et au début de 2003, plusieurs journaux algériens et étrangers ont rapporté les propos de Farouk Ksentini, lequel aurait déclaré que les responsables des «disparitions» pourraient bénéficier d’une amnistie afin que l’Algérie puisse «tourner la page» sur son passé récent. Aux termes des traités internationaux auxquels elle est partie, et notamment du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, l’Algérie est tenue d’ordonner une enquête et de traduire en justice les responsables présumés de «disparitions». Il serait primordial pour réduire l’angoisse des familles de «disparus» que les autorités annoncent clairement leur intention d’appliquer l’article 18 de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. Cet article énonce le principe selon lequel les responsables de «disparitions» ne doivent pas pouvoir bénéficier de l’exemption des poursuites : «Les auteurs et les auteurs présumés d’actes [de disparition forcée] ne peuvent bénéficier d’aucune loi d’amnistie spéciale ni d’autres mesures analogues qui auraient pour effet de les exonérer de toute poursuite ou sanction pénale.»

Abdelkader Mezouar

Abdelkader Mezouar, un artisan mécanicien de quarante-quatre ans qui vivait dans son atelier du village de Hraoua, à proximité d’Aïn Taya, à l’est d’Alger, a été arrêté à l’aube du 2 juillet 2002 par quatre hommes en civil qui appartenaient probablement aux forces de sécurité. Un témoin de l’interpellation a déclaré aux délégués d’Amnesty International qu’Abdelkader Mezouar avait résisté et que deux hommes l’avaient maîtrisé pendant qu’un troisième lui tailladait la langue avec un morceau de verre. Les hommes l’auraient ensuite traîné jusqu’à une voiture sans plaque d’immatriculation, en le frappant à coups de pied et de barre de fer. Ils ont également brisé des objets dans l’atelier et en ont saisi d’autres, notamment tous les documents. On reste sans nouvelles d’Abdelkader Mezouar depuis cette date. Le père de cet homme n’a pas ménagé ses efforts pour le retrouver. Les gendarmes de Hraoua lui ont dit que son fils avait été détenu pendant une nuit au poste de gendarmerie avant d’être transféré dans un autre endroit. Après avoir déposé une plainte pour la «disparition» de son fils, cet homme a été interrogé par le procureur militaire de la région. On l’a ensuite informé de l’ouverture d’une information judiciaire sur la «disparition», et il a été convoqué à plusieurs reprises aux fins d’interrogatoire par la Sécurité militaire dans les mois qui ont suivi. Les agents de ce service lui ont dit qu’ils recherchaient son fils. Après la publication d’un article, en février 2003, dans la presse algérienne, à propos du cas d’Abdelkader Mezouar, son père a reçu la visite de deux hommes en civil qui appartenaient, semble-t-il, à la Sécurité militaire. Ceux-ci l’ont informé que son fils était détenu dans une caserne de l’armée et qu’il était vivant et en bonne santé, et ils lui ont conseillé de mettre un terme à ses recherches. Les conclusions de l’enquête officielle ne lui ont toutefois pas été communiquées. La «disparition» d’Abdelkader Mezouar s’est produite huit jours après qu’il eut gagné un procès contre un voisin avec lequel il avait un litige de longue date à propos de l’utilisation de l’atelier et de la portion de rue devant celui-ci. Au cours de l’année précédente, le voisin, qui affirmait avoir des liens avec la Sécurité militaire, aurait menacé à trois reprises Abdelkader Mezouar de «disparition». Ce dernier avait dit à sa famille qu’il craignait pour sa sécurité.

b) Les fosses communes

La manière dont les autorités ont réagi à la découverte de fosses communes depuis 1998 a fait craindre que les éléments de preuve disponibles ne soient pas exploités conformément aux normes internationales ou, pire, soient détruits. L’angoisse est particulièrement forte pour les familles des milliers de personnes qui ont été enlevées par des groupes armés, et probablement tuées, au cours des dix dernières années mais dont les corps n’ont jamais été retrouvés. Ces familles, qui pensent que les restes de leurs proches peuvent se trouver dans une fosse commune, espèrent que tôt ou tard ces restes seront exhumés afin qu’ils puissent les enterrer dans la dignité. Les associations de familles de «disparus» sont elles aussi profondément préoccupées car elles pensent que certains sites contiennent peut-être les corps de personnes qui ont «disparu» après avoir été arrêtées par les forces de sécurité ou les milices armées par l’État. Depuis 1998, la presse algérienne a signalé la découverte d’une douzaine de fosses communes. Bon nombre d’entre elles étaient situées dans des régions particulièrement affectées par les violences au milieu des années 90, et notamment la banlieue d’Alger ou la région de Relizane à l’ouest du pays. Les informations parues dans la presse laissent à penser que chacune de ces fosses communes contient les restes de très nombreuses personnes.

Bien que les autorités procèdent généralement à l’exhumation des restes retrouvés dans ces charniers, elles affirment le plus souvent qu’il n’a pas été possible d’identifier la majorité, voire la totalité, des corps. À la connaissance d’Amnesty International, seuls quelques-uns des très nombreux corps exhumés de fosses communes depuis 1998 ont été identifiés ; l’un d’entre eux est celui de Samira Bellal, exhumé en 2002 (voir plus loin p. 32).

Le problème résulte en partie de la manière dont les exhumations sont effectuées. D’après les informations parues dans la presse, les enregistrements sur vidéocassette présentés à Amnesty International(27) et les entretiens menés ces dernières années par des délégués avec des familles de victimes, l’exhumation des restes humains et les investigations diligentées par la suite ne sont pas conformes aux normes reconnues, en particulier au Protocole type d’exhumation et d’analyse des restes du squelette des Nations unies, qui contient des recommandations détaillées destinées aux gouvernements pour l’exhumation de restes humains(28).

Les responsables du ministère de l’Intérieur que les délégués d’Amnesty International ont rencontrés en février 2003 ont reconnu que la préservation des éléments de preuve avait posé quelques problèmes lors de la découverte des premières fosses communes. Ils ont affirmé que la police utilisait désormais des «méthodes scientifiques» pour exhumer les restes humains et que l’opération se déroulait en présence d’un représentant des autorités judiciaires, le procureur local. Toutefois l’exhumation semble souvent pratiquée par des responsables de l’application des lois qui n’ont reçu aucune formation aux techniques de l’anthropologie médicolégale. Le Protocole précité prévoit que des informations précieuses risquent ainsi d’être perdues et que de fausses informations sont parfois recueillies. Il dispose en outre que l’exhumation par des personnes non formées à cet effet devrait être interdite.

Il est également préoccupant que des restes humains non identifiés puissent être de nouveau enterrés sans que l’on en conserve de prélèvements pour des examens médicolégaux futurs, par exemple des tests ADN – tests qui n’ont pas encore été utilisés en Algérie dans ce but. Le Protocole dispose que si les restes humains sont à nouveau inhumés sans avoir été identifiés, des prélèvements de différentes parties du corps, par exemple plusieurs molaires, doivent être conservés pour permettre de procéder à des analyses par la suite. Selon le Protocole, dans le cas où le corps ne peut être identifié, les restes exhumés ou les autres éléments de preuve doivent être préservés pendant un délai raisonnable. En outre, un dépôt doit être créé pour conserver les corps pendant cinq à dix ans afin de permettre leur identification ultérieure.

Il y a eu d’autres problèmes liés aux fosses communes. Selon l’organisation non gouvernementale Somoud, qui fait campagne en faveur des familles dont les proches ont été enlevés, et probablement tués, par des groupes armés, il est arrivé que les autorités n’ont pas tenu compte des informations qui auraient pu les aider à localiser des charniers. Des membres de cette organisation ont déclaré à Amnesty International que d’anciens membres de groupes armés qui s’étaient rendus avaient fourni des informations à ce propos aux autorités et que d’autres auraient pu le faire s’ils avaient été correctement interrogés au moment où ils se sont rendus.

Des restes humains auraient été exhumés d’une fosse commune et transférés dans un autre endroit. Mohamed Smaïn, président de la section locale de Relizane de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), affirme que les corps d’une vingtaine de victimes de «disparitions» imputables aux forces de sécurité et à des miliciens armés par l’État ont été enfouis dans une fosse commune à Sidi Mohamed Benaouda, une localité de la wilaya de Relizane, dans l’ouest de l’Algérie. Il a précisé qu’après la découverte de ce charnier, les groupes responsables de ces «disparitions» avaient déplacé les corps pour dissimuler leurs crimes.

Du fait de ses actions pour recueillir des informations sur ces crimes et de la dénonciation de leurs auteurs présumés, Mohamed Smaïn a fait l’objet en 2001
de l’ouverture d’une action pénale. Reconnu coupable, en janvier 2002, de diffamation envers neuf miliciens, il a été condamné à l’issue de la procédure d’appel à une peine d’un an d’emprisonnement, ainsi qu’à une amende de 5000 dinars (un peu plus de 55 euros) et à 270000 dinars (environ 3085 euros) de dommages et intérêts à verser aux plaignants. Il a été laissé en liberté en attendant que la Cour suprême statue sur son cas. S’il était incarcéré, Amnesty International le considérerait comme un prisonnier d’opinion(29).

Samira Bellal

À la connaissance de l’organisation, l’un des rares cas où une famille a été invitée à participer à l’identification d’une victime est celui de Samira Bellal, une lycéenne de quinze ans qui aurait été enlevée par un groupe armé le 19 février 1997, à la sortie de son lycée. Le corps de cette adolescente a été exhumé en août 2002 lors de la découverte d’une fosse commune non loin du village de Gaïd Gacem, à proximité d’Alger, sur la base du témoignage d’un membre d’un groupe armé qui avait été actif dans la région. Deux autres corps ont été exhumés tandis que plusieurs autres auraient été laissés dans la fosse commune lorsqu’elle a été refermée en novembre 2002. Samira Bellal n’a pu être identifiée que grâce à ses effets personnels, et notamment un cahier portant son nom. Lors d’un entretien avec des responsables du ministère de la Justice, ceux-ci ont déclaré, en février 2003, à Amnesty International qu’une autopsie avait été pratiquée, que la cause du décès avait été établie et qu’une information judiciaire était en cours.

Pourtant, le permis d’inhumer remis au père de la jeune fille par les autorités locales indiquait que la cause du décès était inconnue et qu’il n’était pas nécessaire de «révéler la vérité» sur ses circonstances avant l’inhumation, ce qui laissait à penser que, dès lors qu’un examen médicolégal n’était pas nécessaire, la mort de Samira Bellal avait une cause naturelle. La date figurant sur le certificat de décès était le 10 novembre 2002 alors que le corps avait été retrouvé trois mois plus tôt. De telles contradictions et incohérences renforcent la crainte des familles des victimes que les autorités ne remplissent pas leur devoir d’enquêter sur les atteintes aux droits humains en vue de traduire les responsables en justice.

c) Recommandations d’Amnesty International

Amnesty International appelle les autorités algériennes à :

  • répondre favorablement et sans délai à la proposition de désignation d’une commission d’enquête sur les «disparitions» ;
  • mettre en place des organes compétents chargés de mener des enquêtes approfondies, indépendantes et impartiales sur tous les crimes contre l’humanité commis en Algérie au cours des dix dernières années ;
  • veiller à ce que toute commission d’enquête sur les «disparitions» ou les autres crimes contre l’humanité dispose des moyens suffisants pour mener à bien sa mission, et qu’elle soit indépendante, efficace et soucieuse des intérêts des victimes(30) ;
  • veiller à ce que les responsables de «disparitions» et d’autres crimes contre l’humanité commis en Algérie au cours de la décennie écoulée fassent l’objet d’enquêtes et soient traduits en justice, ainsi que le prévoient les traités internationaux auxquels l’Algérie est partie, et notamment le PIDCP et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ;
  • exprimer clairement leur intention d’appliquer l’article 18 de la Déclaration des Nations unies sur la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, qui réaffirme le principe selon lequel les responsables de «disparitions» ne doivent en aucun cas bénéficier de l’exemption de poursuites ;
  • inviter le Groupe de travail des Nations unies sur les disparitions forcées ou involontaires à se rendre en Algérie ;
  • appliquer les méthodes exposées dans le Protocole type d’exhumation et d’analyse des restes du squelette pour diriger les investigations sur les sites de fosses communes ; veiller tout particulièrement à ce que les exhumations soient effectuées uniquement par des professionnels compétents en anthropologie médicolégale et, dans le cas où les restes ne peuvent être identifiés rapidement, faire conserver des prélèvements dans un dépôt adapté en vue d’analyses ultérieures, notamment des tests ADN.

III. Les mesures de réconciliation nationale


Depuis quelques années, les autorités algériennes ont pris plusieurs mesures dans l’intention déclarée de ramener la paix et de favoriser la réconciliation nationale dans un pays où plus de 100000 personnes ont été tuées depuis 1992 par des groupes armés, les forces de sécurité et les milices armées par l’État(31). C’est peut-être en 1999 et en 2000 que les initiatives les plus importantes ont été prises, avec l’adoption de la Loi sur la concorde civile qui visait à encourager les membres des groupes armés à renoncer à la violence. Plusieurs centaines de membres de ces groupes ont bénéficié d’une amnistie.

Le rapport publié par Amnesty International en novembre 2000 et intitulé Algérie. La vérité et la justice occultées par l’impunité (MDE 28/011/00) examinait en détail ces mesures et leurs conséquences sur la situation des droits humains plusieurs mois après leur entrée en vigueur. L’organisation exprimait sa préoccupation à propos de l’application de la Loi sur la concorde civile à des milliers de membres de groupes armés qui s’étaient rendus aux autorités ainsi que de l’amnistie dont avaient bénéficié plusieurs centaines d’autres membres de ces groupes en l’absence de toute procédure judiciaire. Ceci a eu pour conséquence que des membres de groupes armés susceptibles d’avoir commis des atteintes graves aux droits humains, et notamment des meurtres de civils, ont bénéficié de l’impunité. Depuis cette date, des centaines d’autres semblent avoir été exemptés de poursuites de manière tout aussi arbitraire, même si certains d’entre eux se sont peut-être rendus coupables d’exactions constitutifs de crimes contre l’humanité.

A. L’ampleur des violences

Bien que les autorités ne publient pas les statistiques officielles du nombre d’homicides commis chaque mois, ou chaque année, en Algérie, elles font valoir que le niveau de violence a considérablement diminué. Lors d’entretiens en février 2003, des responsables algériens ont déclaré aux délégués d’Amnesty International qu’ils pensaient être en train de «tourner la page» sur une décennie de violence. Ils ont souligné le succès des mesures prises en 1999 et en 2000, de la politique gouvernementale et des opérations de sécurité menées depuis cette date.

Il est indéniable que la violence a considérablement diminué depuis les années 1996 et 1998, où il avait atteint des niveaux extrêmes. Selon la presse algérienne, en 1999 et en 2000 entre 200 et 300 personnes étaient tuées chaque mois ; la moyenne était tombée à une centaine à la mi-2003. L’amélioration est évidente, même si le nombre réel des victimes reste probablement plus élevé. Tous les meurtres de civils ne sont pas signalés, en particulier lorsqu’ils sont commis dans des régions isolées. Le nombre des morts est généralement annoncé juste après une attaque mais, dans bien des cas, des blessés graves peuvent mourir par la suite sans que leur mort soit systématiquement annoncée dans la presse. On peut à titre d’exemple révélateur l’attentat à l’explosif perpétré le 5 juillet 2002 à Larbâa (voir p. 35). La grande majorité de ces homicides sont commis, d’une part par des membres de groupes armés, et d’autre part par les forces de sécurité et les milices armées par l’État. Nombre de victimes trouvent la mort lors d’embuscades et d’affrontements, mais les civils semblent être les plus durement touchés par la violence. Des informations publiées dans la presse indiquaient que le nombre de civils tués en 2002 était supérieur à celui des membres des forces de sécurité ou des groupes armés tués au cours de la même année(32).

Amnesty International se réjouit chaque fois qu’il y a une diminution du nombre des homicides en Algérie. Cette évolution ne doit toutefois pas faire oublier qu’il reste terriblement élevé. Le présent rapport met en lumière plus loin quelques-unes des principales atteintes aux droits humains qui restent un sujet de préoccupation et qui comptent pour beaucoup dans la persistance des violences : les homicides de civils imputés aux groupes armés, l’enlèvement et le viol de femmes par ces groupes et les meurtres de leus membres présumés par les forces de sécurité et les milices armées par l’État, dont certains s’apparentent à des exécutions extrajudiciaires.

L’attentat à l’explosif du 5 juillet 2002

Le nombre de civils tués a considérablement augmenté durant l’été 2002, et plus particulièrement à l’approche du 40e anniversaire de l’indépendance, le 5 juillet, date à laquelle une bombe a explosé dans un marché très fréquenté de Larbâa, tuant sur le coup 38 personnes et faisant de nombreux blessés. Lorsque les délégués d’Amnesty International ont rencontré des victimes et des représentants d’associations de victimes à Blida en mars 2003, ils ont appris que de nombreuses personnes n’avaient pas survécu à leurs blessures. Certaines étaient mortes un mois après l’attentat, ce qui portait le nombre total de victimes à 90 environ.

La bombe avait été placée dans un endroit où les auteurs de l’attentat, qui n’a pas été revendiqué, étaient sûrs de causer le maximum de victimes civiles. Beaucoup d’enfants et d’adolescents ont été tués. Le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, en a publiquement attribué la responsabilité à une faction dissidente du Groupe islamique armé (GIA) qui opérerait principalement dans l’agglomération urbaine d’Alger. Aucune enquête ne semble avoir corroboré ces allégations.

a) Les meurtres de civils perpétrés par les groupes armés

Il est difficile de connaître le nombre exact d’agents de groupes armés qui sont toujours actifs en Algérie. Des représentants de l’armée, comme ceux qui se sont exprimés lors du Colloque international sur le terrorisme qui s’est tenu à Alger du 26 au 28 octobre 2002, ont fait état de 500 à 1000 membres actifs de ces groupes pour les mois précédents, chiffre qui semble avoir peu changé au cours des deux ou trois dernières années. Selon d’autres sources, le nombre réel serait beaucoup plus élevé. C’est ainsi qu’en décembre 2002, le quotidien algérien Al Fadjr (L’Aurore), citant une source anonyme au sein des services de sécurité, estimait à 8719 le nombre de membres de groupes armés toujours actifs.

Quel que soit le chiffre exact, bon nombre de ces personnes toujours en activité semblent appartenir au Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) dirigé par Hassan Hattab. Celui-ci, qui opérerait essentiellement dans le centre, l’est et le sud du pays, aurait affirmé concentrer ses attaques sur des cibles militaires dans le but de renverser le gouvernement. L’autre groupe important est le Groupe islamique armé (GIA), qui serait responsable d’une bonne partie des homicides dans la population civile et serait actif dans de vastes régions du nord du pays. Toutes les informations disponibles indiquent que le GIA est un rassemblement peu structuré de groupes parfois présentés comme des factions du GIA ou désignés sous des noms différents. La plupart des observateurs soulignent que le GIA abrite en son sein des militants islamistes radicaux qui luttent pour imposer leur vision particulière d’une société «islamique», des groupes autonomes de délinquants de droit commun dont les actes n’ont aucune motivation politique ni religieuse, ainsi que des groupes qui agissent dans le cadre d’organisations criminelles de type mafieux. Depuis l’apparition de ces groupes, les informations relatives à leur direction, à leur composition et à leurs revendications sont restées vagues car ils n’ont pas de porte-parole et font peu de déclarations publiques, voire aucune. Il est particulièrement difficile de comprendre la logique qui sous-tend les attaques menées par les groupes armés contre des civils. Les auteurs ne sont presque jamais identifiés ni appréhendés et leurs motivations ne sont pas révélées. Dans certains cas, des civils ont probablement été attaqués parce qu’ils étaient accusés de soutenir les autorités ou de ne pas apporter leur soutien aux groupes armés ou parce que certains de leurs membres étaient hostiles à leur comportement ou à leur mode de vie. Dans d’autres cas, les attaques semblent liées à des activités criminelles, comme le vol, le racket ou l’extorsion de fonds.

Comme indiqué plus haut, des centaines de civils trouvent la mort chaque année à la suite d’attaques menées par ces groupes. La grande majorité des homicides sont perpétrés dans des zones rurales, dans des bourgs ou à la périphérie des grandes villes du nord du pays, densément peuplé. C’est souvent dans ce type de régions que vivent les catégories les plus défavorisées de la population. Bien que les exactions des groupes armés soient plus fréquemment signalées dans des régions isolées et que les attaques visant des civils soient devenues relativement rares dans le centre des grandes villes, on ne peut affirmer qu’une quelconque région du nord du pays est à l’abri. Les régions considérées comme sûres peuvent être à nouveau prises pour cible et certains types d’attaques peuvent reprendre alors que rien ne le laissait prévoir. C’est ainsi qu’avant la série d’attentats à l’explosif qui a frappé Alger en août 2001, la capitale était considérée comme sûre, aucun attentat n’ayant été signalé pendant environ deux ans. L’enlèvement sans précédent de plusieurs dizaines de touristes étrangers dans l’extrême sud du pays, attribué à un groupe armé, en février et en mars 2003, a surpris ceux qui considéraient que le tourisme dans le Sahara algérien était sans danger.

Certaines attaques semblent aveugles, par exemple lorsque des bombes explosent dans des lieux publics, comme des marchés, tuant des dizaines de personnes. D’autres sont perpétrées à de faux barrages routiers où de petits groupes d’hommes armés de fusils mitrailleurs, de pistolets automatiques et de fusils de chasse abattent les chauffeurs et les passagers des véhicules interceptés. D’autres types d’attaques semblent viser des individus ou des groupes de personnes bien précis ; c’est le cas lorsque des familles élargies comptant parfois une douzaine de personnes ou plus sont tuées alors qu’elles sont réunies à l’intérieur de leur maison ou à l’occasion de fêtes, comme des mariages. Les personnes les plus vulnérables – femmes, enfants et vieillards – ne sont pas épargnées et les meurtres s’accompagnent souvent d’actes de barbarie. Les agresseurs poignardent leurs victimes, leur tranchent la gorge, les décapitent ou leur écrasent la tête et, dans certains cas, mutilent leur cadavre. Il est particulièrement inquiétant de constater que les auteurs parviennent généralement à s’échapper sans être appréhendés, même lorsque les meurtres sont commis à proximité d’une base des forces de sécurité. Les victimes et leurs proches sont parfois en mesure d’identifier les auteurs des homicides ou de fournir des indications permettant de les localiser, mais les autorités semblent réticentes à mener des enquêtes et à interpeller les responsables, ce qui laisse la plupart des questions sans réponse.

L’attaque du 28 juin 2002 contre un autobus

Dans la soirée du 28 juin 2002, quatre adolescents – Sid Ahmed Amrouche, Mustapha Boudjadi, Sid Ahmed Kerkar et Yazid Meziani – rentraient chez eux en autobus après avoir passé la journée à la plage. Vers 21 heures, l’autobus a été arrêté par un groupe d’hommes armés sur la route reliant El Harrach aux Eucalyptus, deux localités de la banlieue d’Alger. L’un des hommes est monté dans l’autobus et est resté près de la porte tandis que les autres encerclaient le véhicule. Les hommes armés ont tiré sur les passagers depuis la porte et à travers les vitres. Sid Ahmed Amrouche et Mustapha Boudjadi, blessés par balle, ont réussi à s’enfuir par une fenêtre brisée. Leurs deux amis, Sid Ahmed Kerkar et Yazid Meziani, ont été tués ainsi que 15 autres passagers.

Parmi les cinq survivants figure Mustapha Ammara, quatorze ans, dont l’ami âgé de quinze ans a trouvé la mort. Quelques-uns des survivants ont été interrogés par les autorités à la suite de l’attaque dont les motifs restent inconnus et dont les auteurs ne semblent pas avoir été identifiés.

Les survivants de ces violentes attaques présentent des blessures graves et souffrent de séquelles psychologiques. Beaucoup subissent des conséquences économiques très dures, parce que leur maison est endommagée ou détruite ou qu’ils sont dans l’incapacité de travailler. Des centaines de personnes auraient abandonné leur domicile ces dernières années, craignant d’être la cible de nouvelles attaques, pour s’installer chez des parents, le plus souvent dans les villes, ce qui contribue à aggraver la crise dramatique du logement. Les survivants se sentent abandonnés dans leur combat pour surmonter les effets de la violence extrême. Peu de programmes de réinsertion psychologique sont mis en place par le gouvernement et seules des associations indépendantes disposant de peu de moyens s’occupent des quelques cas qu’elles peuvent prendre en charge. L’une d’elles, Chrysalide, s’occupe particulièrement de la réinsertion des enfants qui ont été confrontés à la violence.

b) Les enlèvements et les viols imputables aux groupes armés

Alors que les enlèvements, les tortures et les meurtres d’hommes par des groupes armés semblent être désormais des cas isolés, des enlèvements et des viols de femmes continuent d’être signalés dans la presse algérienne ; ils sont toutefois beaucoup moins nombreux que dans les années antérieures à 1999.

Au plus fort des violences, et plus en particulier entre 1996 et 1998, des centaines de femmes et de jeunes filles auraient été enlevées et violées chaque année par des membres de groupes armés. Beaucoup ont ensuite été tuées par leurs ravisseurs. D’autres, qui ont réussi à s’enfuir ou ont été relâchées, doivent surmonter leur traumatisme en ne bénéficiant pratiquement d’aucun soutien.

Les informations publiées dans la presse révèlent une diminution importante de ces cas, bien qu’il en existe encore. Il est particulièrement difficile d’effectuer des recherches sur ces exactions car le plus souvent les survivantes ne sont pas disposées à témoigner ni même à dénoncer le crime à cause de la honte attachée au viol ; aucune statistique fiable n’est donc disponible. Il est généralement impossible de vérifier de manière indépendante les informations publiées dans la presse à propos de l’enlèvement et du viol de femmes et de jeunes filles.

Les informations disponibles indiquent que les enlèvements ont généralement lieu à l’occasion de l’attaque d’un village. Des proches des victimes ou des voisins sont souvent tués. Dans certains cas, des femmes seraient enlevées et violées avant d’être mutilées puis tuées par leurs agresseurs. D’autres femmes enlevées qui seraient contraintes de rester avec un groupe armé et d’accomplir des tâches domestiques, comme la cuisine et le nettoyage, réussissent à s’enfuir ou sont relâchées quand le groupe se déplace. En février 2003, les délégués d’Amnesty International ont pu s’entretenir avec deux femmes qui ont affirmé avoir été enlevées et soumises à un viol collectif par des membres d’un groupe armé dans la wilaya occidentale de Chlef. L’une d’entre elles n’avait que quinze ans quand cela s’est passé, en 2002. L’autre, âgée d’une vingtaine d’années, a été enlevée et violée en 2001. Son cas est exposé ci-après.

Chérifa Bouteiba

Chérifa Bouteiba, une femme mariée d’une vingtaine d’années, a été enlevée par sept hommes armés dans la matinée du 2 juin 2001. Elle rendait visite à des proches à Douaïdia, wilaya de Chlef ; ceux-ci, dont trois enfants, ont tous été tués par ses ravisseurs. Elle a déclaré aux délégués d’Amnesty International qu’elle avait été contrainte de marcher dans la montagne, puis violée à plusieurs reprises par plusieurs hommes pendant deux jours sous la menace d’un objet tranchant. Elle a réussi à s’enfuir le troisième jour. Chérifa Bouteiba qui était enceinte au moment de son enlèvement a fait une fausse couche, apparemment liée aux sévices qu’elle a subis. Elle a été soignée à l’hôpital pour ses blessures et on lui a donné des médicaments, dont des sédatifs, avant de la renvoyer chez elle. Les médecins lui ont conseillé de ne pas rester seule, mais elle n’a bénéficié d’aucun suivi thérapeutique pour l’aider à surmonter cette épreuve.

Son mari l’a répudiée au motif qu’elle l’avait déshonoré. Cette femme n’a plus de domicile et elle a été hébergée pour des durées plus ou moins longues par différents parents. Elle affirme que ceux-ci ne veulent pas la garder longtemps car ils craignent que sa présence ne les expose à des attaques de groupes armés. Les autorités ne lui ont accordé aucune aide financière. Elle essaie de gagner sa vie en travaillant comme employée de maison, mais elle affirme que ses employeurs la licencient dès qu’ils apprennent ce qu’elle a subi. Elle a du mal à s’endormir le soir et n’a pas toujours les moyens d’acheter les médicaments qui lui ont été prescrits.

Chérifa Bouteiba craint toujours que ses agresseurs ne reviennent la chercher. Elle pense que certains d’entre eux se sont rendus aux autorités en 2002 et ont bénéficié de l’exemption de poursuites. Les policiers lui ont présenté des photographies lorsqu’ils ont recueilli sa plainte. Elle affirme avoir pu identifier certains de ses agresseurs, mais le crime ne semble pas avoir fait l’objet d’une enquête. Chérifa Bouteiba, qui a vu plusieurs de ses agresseurs circuler librement dans son quartier, se cache derrière son voile en espérant ne pas être reconnue.

Les associations féminines déplorent que les victimes de viols perpétrés par des membres de groupes armés ne bénéficient pas de mesures de réadaptation ni de soins médicaux et psychiatriques ou d’autres formes de soutien psychologique post-traumatique. De plus, elles n’obtiennent pas d’indemnisation, contrairement à d’autres victimes des groupes armés. Des organisations non gouvernementales, comme celles du réseau Wassila, apportent une aide médicale et psychologique à un nombre limité de personnes, mais elles n’ont pas les moyens de s’occuper des centaines de femmes et de jeunes filles qui ont besoin d’un tel soutien. Cette carence est particulièrement préoccupante dans une société telle que l’Algérie, où les victimes de viol doivent non seulement tenter de surmonter le traumatisme résultant du viol, mais sont également confrontées aux tabous, à la honte et à la réprobation liés à cette question délicate. Ce problème est aggravé par le fait que beaucoup de victimes d’enlèvement et de viol imputables aux groupes armés vivent dans des régions rurales conservatrices.

c) Les homicides commis par des agents de l’État

Des centaines de membres, notoires ou présumés, de groupes armés sont tués chaque année par l’armée, les forces de sécurité et les milices armées par l’État lors d’attaques, d’embuscades et d’affrontements, dans la plupart des cas dans des régions du nord du pays où les groupes armés sont supposés être actifs.

Certains des faits signalés sont des affrontements ou des accrochages dans des régions boisées ou montagneuses entre des militaires, souvent épaulés par les forces de sécurité et les milices armées par l’État, et des groupes armés. Dans certains cas, l’armée lance une attaque contre un camp ou une base d’un groupe armé, en utilisant l’artillerie lourde appuyée par des hélicoptères. Dans d’autres cas, des responsables de l’application des lois lancent des opérations commando dans des zones urbaines, contre des immeubles où sont censés se cacher des membres présumés de groupes armés, ou abattent dans des lieux publics au centre des villes des individus soupçonnés d’appartenir à un de ces groupes.

Les autorités publient pratiquement tous les jours des communiqués à propos de ces événements qui sont repris, souvent dans leur intégralité, par la presse algérienne et les agences de presse étrangères, lesquelles n’ont pratiquement jamais la possibilité de recueillir des informations indépendantes sur les faits. Deux éléments ressortent particulièrement des centaines de communiqués officiels publiés chaque année à ce sujet. Le premier est le peu de renseignements fournis : le nombre de morts est précisé, mais peu de détails sont donnés sur les circonstances des homicides. Le lieu des faits est indiqué approximativement et la manière dont les autorités ont appris que les personnes tuées – rarement identifiées, que ce soit par leur nom ou par celui du groupe auquel elles sont soupçonnées d’appartenir – étaient des «terroristes» n’est pas révélée. L’autre élément frappant est que les autorités n’annoncent que très rarement l’arrestation d’un membre présumé d’un groupe armé, quels que soient la nature de l’opération ou le nombre de personnes visées.

Étant donné qu’aucune information disponible ne laisse à penser que les autorités tentent d’appréhender les membres présumés des groupes armés lors des opérations menées par les forces de sécurité, Amnesty International craint que les autorités n’appliquent la politique qui consiste à tirer dans l’intention de tuer. L’article 3 du Code de conduite pour les responsables de l’application des lois(33) dispose : «D’une manière générale, il ne faut pas avoir recours aux armes à feu, si ce n’est lorsqu’un délinquant présumé oppose une résistance armée ou, de toute autre manière, met en danger la vie d’autrui, et lorsque des moyens moins radicaux ne suffisent pas pour maîtriser ou appréhender le délinquant présumé. Chaque fois qu’une arme à feu a été utilisée, le cas doit être signalé promptement aux autorités compétentes.»

Par ailleurs, le principe 5 des Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois dit ce qui suit : «Lorsque l’usage légitime de la force ou des armes à feu est inévitable, les responsables de l’application des lois :
«a) en useront avec modération et leur action sera proportionnelle à la gravité de l’infraction et à l’objectif légitime à atteindre ;
«b) s’efforceront de ne causer que le minimum de dommages et d’atteintes à l’intégrité physique et de respecter et de préserver la vie humaine.»

L’absence manifeste de toute tentative d’arrestation des suspects et d’investigations sur les faits laisse à penser que nombre des homicides dont ont été victimes des membres présumés de groupes armés constituent probablement des exécutions extrajudiciaires.

Bien que les autorités algériennes affirment que les milices armées par l’État n’agissent qu’en état de légitime défense, ces groupes continueraient d’opérer dans tout le pays en dehors du cadre de la loi et sans aucun contrôle. Ils sont autorisés à remplir des tâches de maintien de l’ordre et à mener des opérations anti-insurrectionnelles soit seuls, soit de concert avec les forces de sécurité ou avec l’armée. Des informations préoccupantes laissent même à penser que, dans certaines régions, des milices armées par l’État se livrent à des activités criminelles en collaboration avec des groupes armés. Certaines milices auraient été dissoutes dans les régions où le niveau des violences a considérablement diminué ces dernières années, mais d’aucuns estiment que le nombre total de miliciens est de 300000, un chiffre extrêmement élevé.

B. L’impunité accordée aux membres des groupes armés

La Loi sur la concorde civile, entrée en vigueur le 13 juillet 1999, a expiré le 13 janvier 2000(34). Aux termes de cette loi, les membres des groupes armés qui se livraient aux autorités dans un délai de six mois et qui n’avaient pas tué, violé, causé une incapacité permanente ni posé de bombes dans des lieux publics, bénéficiaient de l’exemption des poursuites ; ceux qui avaient commis de tels crimes pouvaient être condamnés à des peines réduites qui excluaient la peine de mort ou la réclusion à perpétuité.

L’article 41 de la Loi sur la concorde civile jetait les bases pour l’amnistie que le président Bouteflika allait accorder le 10 janvier 2000 aux membres de l’Armée islamique du salut (AIS) et de la Ligue islamique pour la Daawa [prédication] et le Djihad (LIDD), deux groupes qui avaient proclamé une trêve en octobre 1997. Le décret présidentiel exemptait de poursuites tous les membres de ces groupes sans exception, quels que soient les crimes qu’ils aient pu commettre(35). Le texte du décret précisait que le nom des bénéficiaires de l’amnistie figurerait en annexe, mais aucune liste n’avait été publiée au moment de la rédaction du présent document.

Les autorités algériennes n’ont publié aucun chiffre officiel précis du nombre de membres de groupes armés ayant bénéficié de ces deux mesures. Amnesty International n’a pas réussi à les obtenir malgré des demandes répétées. Des sources gouvernementales ont toutefois indiqué à la presse qu’un peu plus de 1000 membres de l’AIS et de la LIDD avaient bénéficié de l’amnistie présidentielle, et que quelque 4500 membres d’autres groupes armés, dont le GIA et le GSPC, s’étaient rendus aux autorités dans le cadre de la Loi sur la concorde civile.

Le nombre d’individus qui, après s’être livrés en vertu de cette loi, ont été traduits en justice est encore moins précis ; on ignore également combien d’entre eux ont été reconnus coupables et quels sont les crimes pour lesquels ils ont été poursuivis. Des responsables du gouvernement algérien ont déclaré, en mai 2000, à Amnesty International que des procédures judiciaires avaient été intentées à l’encontre d’environ 350 personnes qui s’étaient livrées dans le cadre de la Loi sur la concorde civile ; on ignore si certaines d’entre elles ont été reconnues coupables d’atteintes aux droits humains.

Des proches de personnes tuées par des groupes armés ont déclaré à Amnesty International que les responsables présumés avaient été exemptés de poursuites en vertu de la Loi sur la concorde civile ou de l’amnistie présidentielle du 10 janvier 2000. Ceci laisse à penser que des enquêtes approfondies n’ont pas été menées pour déterminer quels sont les crimes qui ont été commis, ou non, par les agents des groupes armés qui se sont livrés. L’organisation estime que les mesures prises ont porté atteinte au fonctionnement de la justice, empêché de révéler la vérité sur les exactions commises et privé les victimes de leur droit d’accès à une voie de recours légale(36).

Des centaines d’autres membres de groupes armés se seraient livrés aux autorités depuis le 13 janvier 2000. Aucune disposition légale ne prévoit qu’ils bénéficient de l’exemption de poursuites ni même d’une réduction de peine, ce qui a été confirmé, en février 2003, aux délégués d’Amnesty International par des responsables du ministère de la Justice. Ceux-ci ont affirmé que tous les membres de groupes armés qui s’étaient rendus étaient systématiquement déférés à la justice afin qu’une enquête puisse être menée sur les crimes qu’ils pourraient avoir commis.

Toutefois les autorités, et notamment le président Bouteflika, ont indiqué depuis janvier 2000 que les membres des groupes armés qui se rendaient de leur plein gré pourraient bénéficier de mesures de clémence, par ailleurs non précisées. En outre, le président a évoqué à plusieurs reprises depuis janvier 2001 un projet de Concorde nationale. Aucun détail n’a été fourni sur ce projet, mais le président a laissé entendre qu’il pourrait comporter une version élargie des mesures d’amnistie précédentes.

La contradiction entre la législation et les déclarations politiques semble se reproduire dans la pratique. Depuis trois ans et demi, des informations concordantes indiquent que les individus ou les groupes qui se sont livrés après le 13 janvier 2000 ont été relâchés immédiatement ou peu après s’être rendus, ce qui laisse à penser qu’ils ont été exemptés de poursuites. Ces mesures n’entrant pas dans le cadre de dispositions légales, elles doivent être qualifiées d’arbitraires. En outre, aucune enquête ne semble avoir été effectuée sur les exactions, tels les meurtres de civils, que ces anciens membres de groupes armés auraient pu commettre.

Amnesty International a appris que des membres de groupes armés qui s’étaient livrés aux autorités depuis le 13 janvier 2000 ont reçu un certificat officiel portant leur nom, leur photographie et leur numéro de dossier et prouvent qu’ils sont exemptés de poursuites. Aucune date ne figurerait sur ce certificat, ce qui pourrait être une tentative de dissimuler le fait que des exemptions de poursuites continuent d’être accordées en dehors de tout cadre légal. L’organisation a également reçu des informations selon lesquelles les autorités restituent leurs armes à des individus qui se livrent après avoir quitté des groupes armés, afin qu’ils puissent se défendre contre leurs anciens camarades.

Amnesty International est préoccupée par ces mesures car elle estime qu’elles portent atteinte aux droits des victimes ainsi qu’à la protection à long terme des droits humains en Algérie. L’organisation pense que les personnes qui ont commis des crimes graves relevant du droit international, et notamment des meurtres de civils, pouvant constituer des crimes contre l’humanité doivent être traduites en justice. Aucune amnistie, grâce ou mesure similaire ne devrait être adoptée s’agissant de ces crimes si de telles mesures empêchent la manifestation de la vérité, la détermination judiciaire de la culpabilité ou de l’innocence et l’octroi d’une réparation véritable aux victimes et à leur famille.

Les victimes de crimes atroces et leurs proches ont le droit de voir la vérité établie et d’obtenir justice. Les mesures qui garantissent arbitrairement l’exemption des poursuites aux membres de groupes armés qui se livrent aux autorités privent les victimes et leur famille de leur droit de demander réparation.

Amnesty International estime que l’impunité qui en découle érode la confiance dans le système de justice. Il sera difficile de garantir une protection durable des droits humains en l’absence d’enquêtes idoines permettant d’établir la vérité et de traduire en justice les responsables d’atteintes aux droits humains. L’organisation reconnaît que chaque pays doit trouver sa manière propre de «tourner la page» après une période de conflit ou une crise des droits humains. Elle estime toutefois que, quelle que soit la procédure retenue, elle doit reposer sur trois principes essentiels – la vérité, la justice et la réparation – afin de pouvoir construire une paix durable, garantir la sécurité de tous les citoyens et empêcher le renouvellement des atrocités du passé.

C. Recommandations d’Amnesty International

a) À tous les groupes armés

Amnesty International réitère son appel à tous les groupes armés, afin qu’ils :

  • cessent immédiatement de prendre les civils pour cible et respectent le droit le plus fondamental de la personne, à savoir le droit à la vie ;
  • mettent immédiatement un terme à la pratique consistant à enlever des femmes et des jeunes filles et à leur faire subir des viols, entre autres formes de torture.


b) Au gouvernement algérien

Amnesty International prie le gouvernement algérien de :

  • faire en sorte qu’aucun individu ne soit privé arbitrairement du droit à la vie, ainsi que l’exigent les traités internationaux auxquels l’Algérie est partie, et notamment le PIDCP et la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples ;
  • garantir qu’une «enquête approfondie et impartiale sera promptement ouverte dans tous les cas où l’on soupçonnera des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires» et que «les personnes dont l’enquête aura révélé qu’elles ont participé à [ces exécutions seront] traduites en justice» ainsi que le prévoient les principes 9 et 18 des Principes relatifs à la prévention efficace des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et aux moyens d’enquêter efficacement sur ces exécutions(37) ;
  • mettre immédiatement un terme à la pratique consistant à accorder l’exemption des poursuites aux membres des groupes armés qui se livrent aux autorités ;
  • déclarer l’amnistie du 10 janvier 2000 nulle et non avenue ;
  • accorder une réparation aux victimes d’actes de violence ;
  • informer les membres des forces de sécurité qu’ils ne peuvent avoir recours à la force que dans des circonstances appropriées et conformément au principe de proportionnalité et qu’ils ne peuvent utiliser la force meurtrière que si cela est absolument inévitable pour protéger leur vie ou celle d’autrui, ainsi que le prévoient les normes internationales(38) ;
  • rendre des comptes de manière détaillée et transparente sur tous les homicides imputables à l’armée, aux forces de sécurité et aux milices armées par l’État et déférer à la justice les auteurs présumés d’homicides illégaux ;
  • dissoudre toutes les milices armées par l’État et faire en sorte que les opérations de sécurité soient menées par des responsables de l’application des lois ayant la formation et les compétences requises et agissant dans un cadre officiel garantissant qu’ils auront à rendre compte de leurs actes ;
  • autoriser le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires et arbitraires dont la demande est en instance de longue date, à se rendre en Algérie.

Conclusion


Le présent rapport constitue une étude des principales initiatives prises par les autorités au cours des trois ou quatre dernières années, leur intention affichée étant de répondre aux préoccupations relatives aux droits humains en Algérie. Les points essentiels abordés dans ce rapport à propos de ces mesures sont les suivants :

  • Certaines initiatives qui sont positives a priori n’ont pas été mises en œuvre. C’est notamment le cas de nombre des modifications au Code de procédure pénale introduites en 2001. Si elles avaient été mises en pratique, elles auraient pu contribuer à répondre aux préoccupations persistantes relatives aux droits humains, notamment la torture et la détention secrète. Mais, à l’instar des garanties législatives précédentes, elles sont restées en grande partie lettre morte.
  • Certaines initiatives qui sont positives en soi ont été réduites à néant par des événements ultérieurs. C’est ainsi que les conclusions de la Commission nationale d’enquête sur les événements de Kabylie de 2001 ont clairement mis en lumière la responsabilité des autorités dans l’homicide illégal dont ont été victimes des dizaines de manifestants non armés. Toutefois, les autorités ont rejeté ces conclusions ; en outre, elles se sont abstenues d’ordonner des enquêtes sur les violations commises et d’engager des poursuites contre la majorité des responsables présumés.
  • Certaines initiatives ont des aspects négatifs en soi. L’amnistie accordée en janvier 2000 à quelque 1000 membres de groupes armés et les mesures de clémence prises par la suite en dehors du cadre légal ont empêché d’établir la vérité sur les atteintes graves aux droits humains ; elles ont de plus garanti l’impunité à leurs auteurs, privant ainsi des dizaines de milliers de victimes de leur droit à obtenir réparation.
  • Les initiatives mises en œuvre ou envisagées par les autorités n’abordent pas les sujets de préoccupation les plus graves dans le domaine des droits humains. C’est notamment le cas pour les séquelles de la crise des droits humains. Aucune enquête approfondie, indépendante et impartiale n’a été effectuée, ni ne semble envisagée, sur les atteintes les plus graves aux droits fondamentaux perpétrées depuis 1992 en Algérie. L’organisme officiel de défense des droits humains a proposé la désignation d’une commission chargée d’enquêter sur les milliers de cas de «disparition» imputables à l’État, mais aucune proposition n’a été faite s’agissant des dizaines de milliers d’homicides et des milliers de cas de torture dont se sont rendus coupables les forces de sécurité, les milices armées par l’État et les groupes armés au cours de la décennie écoulée.


Amnesty International conclut donc que certaines des initiatives prises par les autorités algériennes ont des aspects positifs, mais que bon nombre des problèmes essentiels relatifs à la situation des droits humains persisteront si les recommandations concrètes formulées par les organisations de défense des droits humains non gouvernementales et intergouvernementales, locales et internationales, y compris celles émises dans le présent rapport, ne sont pas mises en œuvre rapidement. Les garanties légales contre la torture et la détention secrète doivent être strictement appliquées et les propositions telles que la désignation d’une commission d’enquête sur les «disparitions», immédiatement suivies d’effets. Les atteintes persistantes aux droits humains doivent faire l’objet d’enquêtes indépendantes et transparentes et des initiatives concrètes doivent être prises pour garantir que tous les responsables de l’application des lois, et notamment les agents de la Sécurité militaire, respectent la loi et soient tenus rendre compte de leurs actes. Pour regagner la confiance des simples citoyens, les autorités doivent démontrer qu’elles ont réellement l’intention de se pencher sur les préoccupations qui touchent de près la population et qu’il faut traiter d’urgence. Elles doivent prouver que leur engagement en faveur d’une plus grande ouverture et d’une amélioration de la protection des droits fondamentaux de l’ensemble de la population n’est pas une simple promesse, mais une véritable avancée vers le changement.

********

(1) Sources : PNUD, FMI, Banque mondiale.

(2) Doc. ONU E/CN.4/2003/104.

(3) Décret exécutif n° 02-410 du 26 novembre 2002.

(4) Comité des droits de l’homme. Observation générale 8, § 3. Doc. ONU HRI/GEN/1/Rev.5.

(5) Comité des droits de l’homme. Observation générale 8, § 2. Doc. ONU HRI/GEN/1/Rev.5.

(6) Voir également les cas d’appel récents d’Amnesty International concernant des personnes maintenues en détention secrète et torturées, et notamment Algérie. Cas d’appel sur la torture : Tahar Façouli (MDE 28/021/02) du 16 décembre 2002 ; Algeria : Torture of Brahim Ladada and Abdelkrim Khider [Algérie. Cas d'appel sur la torture : Brahim Ladada et Abdelkrim Khider] (MDE 28/002/02) du 14 novembre 2002, ainsi que les actions urgentes sur ces cas, parmi d’autres.

(7) Aucune exécution judiciaire n’a eu lieu depuis le moratoire déclaré en 1993. Les tribunaux continuent toutefois de prononcer des sentences capitales.

(8) Doc. ONU A/52/44, § 78.

(9) Doc. ONU E/CN.4/2003/68/Add. 1.

(10) Doc. ONU A/57/173, § 23.

(11) Voir les articles 15 et 16 du Code de procédure pénale.

(12) Voir, par exemple, l’article 110 du Code de procédure pénale.

(13) Voir l’article 18 du Code de procédure pénale.

(14) Doc. ONU E/CN.4/2003/68/Add.1.

(15) Pour de plus amples informations sur les recommandations d’Amnesty International aux gouvernements à propos de la lutte contre la torture, voir le document Combating torture: a manual for action [La lutte contre la torture. Manuel d'action] (ACT 40/001/2003) publié en anglais le 26 juin 2003.

(16) . Doc. ONU E/CN.4/2003/68.

(17) Doc. ONU A/57/173, § 22.

(18) Doc. ONU A/52/40, § 109, à propos de la Suisse.

(19) Doc. ONU A/52/44, § 80.

(20) Voir le rapport publié par Amnesty International le 16 février 1996 et intitulé Algérie. Le massacre de la prison de Serkadji (MDE 28/01/96).

(21) Adoptés en 1990 par le Huitième Congrès des Nations unies pour la prévention du crime et le traitement des délinquants.

(22) Décret présidentiel n°02-125 du 7 avril 2002.

(23) Doc. ONU E/CN.4/2003/70.

(24) Le cas de Mohamed Briki, «disparu» en novembre 2002, a été évoqué en mai 2003 dans Le Fil d’AI (NWS 21/004/2003).

(25) Voir notamment les rapports publiés par Amnesty International le 1er mars 1999 et intitulés Algérie. La fin du silence sur les «disparitions» (MDE 28/01/99) et Algérie. Qui sont les «disparus» ? Cas d’appel (MDE 28/02/99).

(26) Le caractère permanent des «disparitions» est également mentionné explicitement dans le projet de Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées. L’article 5 de ce projet dispose : «Ce crime est considéré comme continu ou permanent tant que le sort de la victime ou le lieu où elle se trouve n’a pas été établi avec certitude.»

(27) Lors d’une mission de recherche d’Amnesty International en mai 2000, les autorités judiciaires de Larbâa ont montré un enregistrement vidéo de l’exhumation, en 1998, des corps d’un charnier trouvé au fond d’un puits dans une ferme de Haouch Hafiz, à proximité de Larbâa, à une vingtaine de kilomètres au sud d’Alger.

(28) Ce Protocole figure dans le Manuel des Nations unies sur la prévention des exécutions extrajudiciaires, arbitraires et sommaires et les moyens d’enquêter efficacement sur ces exécutions, doc. ONU ST/CSDHA/12.

(29) . Voir le communiqué de presse publié le 25 février 2002 par Amnesty International et intitulé Algérie. Un défenseur des droits humains condamné à un an d’emprisonnement (MDE 28/005/02).

(30) Pour des informations détaillées sur la manière dont les enquêtes sur les «disparitions» doivent être diligentées, voir le document publié par Amnesty International en février 1994 et intitulé «Disappearances» and political killings : human rights crisis of the 1990s – a manual for action [Manuel sur les «disparitions» et assassinats politiques. La crise des droits humains dans les années 90] (ACT 33/001/94). Pour de plus amples détails sur la manière dont les commissions d’enquête doivent être mises en place, voir le rapport publié en octobre 2001 par Amnesty International et intitulé Garantir l’efficacité des institutions nationales de défense des droits humains : Recommandations d’Amnesty International (IOR 40/007/01).

(31) Il n’est pas possible de donner le nombre exact de personnes tuées depuis 1992. Le président Bouteflika a reconnu, en 1999, qu’environ 100000 personnes avaient été tuées. Certaines estimations des médias et des organisations locales de défense des droits humains font état de 150000 à 200000 victimes.

(32) Voir, par exemple, l’annexe du rapport de Salah Eddin Sidhoum et Algeria Watch, Algérie. Guerre, émeutes, Etat de non-droit et déstructuration sociale, mars 2003, disponible en français sur le site http://www.algeria-watch.de/fr/mrv/2002/rapport_2002/rapport_2002.htm.
Ce document cite des chiffres recueillis dans la presse.

(33) Adopté en 1979 par l’Assemblée générale des Nations unies.

(34) Loi n° 99-08.

(35) Décret présidentiel n°2000-03.

(36) Pour de plus amples détails, voir le document publié par Amnesty International en novembre 2000 et intitulé Algérie. Un pays pris au piège de l’impunité (MDE 28/011/00).

(37) Adoptés par le Conseil économique et social des Nations unies en mai 1989 et approuvés par l’Assemblée générale en décembre 1989.

(38) Il convient de citer, parmi les normes internationales applicables, le Code de conduite pour les responsables de l’application des lois et les Principes de base sur le recours à la force et l’utilisation des armes à feu par les responsables de l’application des lois.

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Torture en Algérie : La machine de mort (8)

Posté par algeriedemocratie le 8 juillet 2009

Algérie : La machine de mort

Rapport établi par Salah-Eddine Sidhoum et Algeria-Watch, octobre 2003

Annexe 3: Témoignages

A   B  CD  FG   HI   K   L   M   OR   S   T   XYZ

M

M* Soumia
Mansouri Smaïl
Mesli Rachid
Mohamed
Mosbah Abderrahmane Mehdi
Moulay Mohamed Said

M* Soumia Bachdjarah, 1998

Le 29 juin 1998 à 11 h 30, une vingtaine de militaires et de civils armés ont débarqué à notre domicile après avoir défoncé le portail du domicile. Ils ont procédé à une perquisition du domicile puis sont repartis.
Le soir, nous avons été informés par des voisins que notre père avait été arrêté dans la matinée près du marché.
Le 30 juin 1998 à 16 h 30, ces mêmes militaires et civils armés sont revenus au domicile où ils ont demandé après ma mère et ma soeur qui étaient absentes du domicile à ce moment. J’étais seule à la maison. Quelques instants plus tard, ma mère et ma sœur sont rentrées. Les militaires nous ont alors toutes embarquées dans un fourgon blanc, après nous avoir bandé les yeux avec nos voiles.
Nous avons été toutes trois conduites au centre de Châteauneuf et introduites dans des cellules individuelles après nous avoir déshabillées et laissées seulement avec nos sous-vêtements. Il était 18 heures environ.
Cinq minutes plus tard, l’un des tortionnaires vint sortir notre mère âgée de 60 ans (B. Fatma) de sa cellule et l’emmena dans une grande salle où il y avait une dizaine de personnes. Ces derniers se mirent à la tabasser, la gifler et à la fouetter avec un câble électrique durant quelques minutes.
Puis les tortionnaires se dirigeront vers ma cellule (Nacera). Ils me banderont les yeux et me traîneront vers la grande salle. J’ai été rouée de coups de poings et de gifles durant près d’un quart d’heure. Puis le chef leur ordonna de me ramener à ma cellule.
Les tortionnaires se dirigeront alors vers la cellule de ma sœur, Soumia. Elle subira le même tabassage que moi, des gifles et des grossièretés en tous genres.
Vers 19 heures, les tortionnaires reviendront une seconde fois vers ma cellule et me conduiront vers la « salle d’exploitation des renseignements ». Des insultes pleuvront sur moi. Ils m’ôteront mes sous-vêtements et commenceront à pratiquer sur moi des attouchements sexuels. D’autres m’enverront des coups de poings et de pieds au visage. Tout cela durera 45 minutes environ puis ils me ramèneront dans ma cellule.

Quelque temps après, ils reviendront pour m’emmener pour la troisième fois en une journée dans la salle de torture. Il était 20 heures environ. Ils pratiqueront les mêmes attouchements que la fois précédente, accompagnés de tabassages.

Vers 23 heures, j’ai vu mon père, traîné par l’un des tortionnaires dans le couloir. Il avait les jambes ensanglantées jusqu’aux chevilles et sa barbe totalement brûlée. J’ai failli m’évanouir. J’avais des vertiges. Je ne savais plus s’il s’agissait de la réalité ou d’un cauchemar.
Le 1er juin 1998, aux environs de 16 heures, les tortionnaires ont fait sortir Soumia de sa cellule pour l’emmener vers la salle de torture. Ils l’ont allongée sur une plateforme en béton et lui ont ligoté les poignets et les chevilles pour qu’elle ne puisse pas bouger. Ils ont alors commencé à lui faire ingurgiter de l’eau sale avec la technique du chiffon, puis sont passés à l’électricité. Durant la même séance, elle sera violée avec une matraque, provoquant une hémorragie. Elle hurlait de douleur. Ma sœur garde à ce jour, les traces de tortures au niveau de ses jambes.
Tous ces supplices ont duré huit jours. Durant toute cette période, nous entendions notre père hurler sous la torture. Il mourra sous la torture le 13 juillet 1998 et sera enterré sous « X Algérien » au cimetière d’El Alia (carré 244, tombe 101).

Nous avions été libérées après huit jours de détention. Quelques jours plus tard, nous avions rencontré deux de nos tortionnaires en train de vendre des sardines dans notre quartier à Bachdjarah.

M* Soumia
Mai 2003



Mansouri Smaïl

- Arrêtés par la brigade de gendarmerie de Aïn Taya.
- Acheminés vers la brigade d’intervention rapide de Réghaia.
- Conduits vers le centre de torture de Boudouaou, situé au sous sol, où des personnes étaient pendues par les pieds ou par la poitrine et criaient d’horreur.
- Les gendarmes nous ont mis à poils, attachés pieds et mains et ont fait approcher de nos corps la flamme d’un chalumeau.
- L’un d’eux nous a injecté, avec une seringue, un produit au pénis.
- Il fallait que nous disions des mensonges, car nous n’avions aucune réponse à leurs questions.
- Les sévices étaient atroces, beaucoup d’entre nous ont perdu l’usage d’un membre ou d’un organe.
- Mansouri Smail a perdu la raison, le médecin lui a prescrit des drogues.
- Belkadi Salem est gravement brûlé aux jambes et aux pieds, on doit le transporter pour qu’il puisse faire ses besoins.
- Après Boudouaou, nous avons été transportés à la brigade de gendarmerie de Ouled Moussa où nous entendions des cris effroyables.
- Belkadi Salem a été torturé à la baïonnette au tibia.
- Lorsque notre tour arriva, on nous attacha les pieds et les mains.
- Nous avons été fouettés avec des fils électriques.
- On nous a fait boire de l’eau chaude.
- On nous a fait introduire des chiffons imbibés d’eau usée, de « grésil » et d’« esprit de sel » dans la bouche.
- Nous avons perdu connaissance à plusieurs reprises.
- Dès notre admission à la prison d’El-Harrach, trois d’entre nous furent gardés à l’infirmerie où les médicaments sont inexistants.
- La torture au niveau de ces centres à duré dix-sept jours sans aucun motif.
• Belkadi Salem, écrou n° 64238 prison d’El-Harrach, marié, 9 enfants.
• Berbère Mohamed, écrou n° 64237 prison d’El-Harrach, célibataire.
• Dahri Abdelaziz, écrou n° 64234 prison d’El-Harrach, célibataire.
• Mansouri Smaïl, écrou n° 64236 prison d’El-Harrach, marié, 6 enfants.
• Tibaoui Saïd, écrou n° 64235 prison d’El-Harrach, marié, 3 enfants.



Mesli Rachid, avocat, 1996

Je viens de déposer mon secrétaire, Brahim, à son domicile à El Marsa, à environ deux kilomètres de Rouïba. On y accède par un chemin communal. La route est déserte. Un véhicule de marque Golf me dépasse et me serre sur le bas-côté ; je n’ai pas d’autre choix que de m’arrêter. Quatre personnes en descendent rapidement, cernent mon véhicule immobilisé, me font descendre brusquement et me demandent de les suivre dans leur véhicule.
À ma question de savoir qui ils sont, ils ne me répondent pas. Je suis dirigé par la force vers leur véhicule, placé à l’arrière entre deux occupants, lesquels me descendent la tête vers le bas de façon, je pense, que l’on ne puisse pas m’apercevoir de l’extérieur.

L’une des quatre personnes est restée au niveau de mon véhicule, occupé par mon fils Imad, âgé de cinq ans, et mon beau-frère Sadi-Mohamed Benosmane. J’ai le temps de voir un de mes ravisseurs mettre mon beau-frère à genoux derrière mon véhicule, les mains sur la tête ; puis plus rien, on m’empêche de regarder vers l’arrière. Je suis alors persuadé que mon beau-frère et peut-être mon fils vont être assassinés. Je n’entends cependant pas de coups de feu, mais lorsque la quatrième personne rejoint le véhicule à côté du chauffeur, ce dernier leur pose la question : « Alors, ça y est ? » La réponse est affirmative. Je suis alors convaincu qu’il ne peut s’agir que de leur assassinat, à l’arme blanche peut-être. Cette idée ne me quittera pas jusqu’au jour où je suis présenté devant le tribunal de Rouïba ; elle a accompagné mes nuits et mes jours durant ce qui se révélera être ma garde à vue.

Dès que la Golf a démarré, j’ai demandé aux occupants s’ils étaient de la police, auquel cas ils pourraient éventuellement passer par le commissariat de Rouïba distant de 900 mètres seulement. Le chauffeur me répondit : « Tu es fou, tu veux qu’on nous tire dessus ! » Il s’agit donc bien d’un enlèvement et je constate qu’ils ne veulent surtout pas de témoins ; le véhicule emprunte la route menant vers l’autoroute. Et au niveau du cimetière de Rouïba, il fait un grand détour, une demi-heure peut-être. La nuit est tombée. Enfin, il s’arrête et on me demande de descendre. Nous sommes sur l’autoroute Est dans le sens Boudouaou-Alger, au niveau de Haouch El Mokhfi, au bord d’un fossé. Je pense alors qu’on va m’exécuter ici. Je n’ai pas peur, je pense surtout à mon beau-frère et à mon fils. Quelques minutes plus tard, deux voitures Nissan s’arrêtent derrière la Golf, on attend que quelques véhicules passent, puis je suis jeté à l’arrière de l’une des deux Nissan et allongé au fond. Nous nous dirigeons vers Alger. La Nissan ralentit. Nous sommes sortis de l’autoroute. Ca y est, je reconnais les bâtiments des « Asphodèles » à Ben-Aknoun, les derniers étages seulement car ma position ne me permet de voir que vers le haut. Une à deux minutes plus tard, je devine que nous sommes à Châteauneuf, car nous venons de dépasser la faculté de Droit de Ben-Aknoun dont j’ai pu remarquer la clôture d’enceinte en fer forgé.

Subitement des aboiements de chiots. Mais cela dure trop longtemps et les aboiements sont trop forts. On dirait un enregistrement. Je regarde par l’ouverture de la porte. Un guichet de 15×10 cm environ. Il y a un couloir d’un mètre de large environ et des cellules des deux côtés. Je ne peux voir distinctement que la cellule en face, légèrement décalée. Des autres, je ne peux voir que la porte. Une tête barbue apparaît, puis une autre plus jeune, blonde. Je questionne :
« Où sommes-nous ?
– À Châteauneuf !
– (Bien sûr ! Je le savais…) Qui êtes-vous ? »
Pas de réponse.
« Pourquoi ces aboiements ? »
Là, le barbu se pince les oreilles et la langue avec les doigts :
« L’électricité ! C’est pour qu’on entende pas quand ils crient trop fort ! »

Encore des pas dans le couloir. Cette fois, c’est la cellule du fond. Il est sorti sans management, il est torse nu, sale, d’un certain âge (cinquante-cinq ans ?). Je le regarde et je le reconnais tout de suite : c’est Boucherif Réda, condamné à mort par la Cour spéciale d’Alger en 1993 et évadé de Tazoult. Son jeune fils m’avait rendu visite à mon cabinet pour me constituer et je l’avais alors orienté vers un autre confrère. J’ai eu ensuite l’occasion de le voir plusieurs fois au parloir de Serkadji. Je m’adresse encore à la cellule en face, on me confirme qu’il s’agit d’un évadé de Tazoult arrêté quelques jours auparavant avec son beau-frère…

Puis des cris insoutenables. Pas de musique cette fois, ni d’aboiements, on entend distinctement. Une heure ? Deux heures ? Quand il passe devant ma cellule, il est méconnaissable, il grelotte malgré la chaleur. Ce n’est plus tout à fait un être humain. Il a le regard vide et infiniment triste. Je découvre alors une chose, comme si c’était pour la première fois. Je comprends.

Moi qui ai cru militer pour les droits de l’homme depuis des années, je venais de découvrir les droits de l’homme ! Au plus profond de mon être, j’ai ressenti la détresse d’un être humain qu’on torture. Du plus profond de moi, j’ai ressenti ce qu’un être humain n’a pas le droit de faire à un autre être humain quel qu’il soit et quel que soit le crime dont il est accusé. C’est une découverte pour moi. Je me rappelle tous mes clients torturés, heureux de se retrouver enfin en prison dans un état lamentable. Les années défilent, 1992, 1993, 1994, 1995, 1996. Cela fait cinq années que cela dure. Tellement de souffrances. Combien sont-ils passés par ces cellules ? Ces cellules qui sont aujourd’hui encore pleines ! Comment en est-on arrivé là ? Jusqu’à quand ?

Témoignage recueilli par son avocat en septembre 1996



Temoignage de « Mohamed »

[…] Quand un ami a refusé de parler sous la torture, la police s’en est prise alors à sa mère agée de 55 ans. Je l’ai vue quand ils l’ont ramené plus tard de la chambre des tortures. Elle etait nue et couverte de sang, mais elle s’est retournée vers nous et nous dit : « Tenez bien ! Vous les jeunes ! »

Mohamed (19 ans) pleure quand il parle :
Les cellules étaient très petites (à l’école de police de Chateauneuf). Celle dans laquelle j’étais avait des murs tachés de sang et des lampes éblouissantes, tellement fortes que j’ai failli devenir aveugle. Je pouvais entendre des cris venant des autres salles et j’ai compris que c’était la salle des tortures. Il y avait peut-être dix-huit hommes dans la cellule. Ils m’ont deshabillé et m’ont enlevé le bandage des yeux, mais les policiers étaient tous en cagoules. Les uns avaient des accents des régions de Constantine et de l’Ouest, mais d’autres étaient d’Alger… Ils m’ont emmené à un urinoir en pierre au centre de la pièce. Ils ont enlevé un couvercle, découvrant une grande bouche d’égouts. Ils ont poussé ma tête dedans jusqu’à ce que j’étouffe avec cette saleté… Ils m’ont alors ligoté, avec une grosse corde, à un banc en béton dans l’un des coins de la chambre. Ils m’ont piqué les narines afin que j’ouvre la bouche. Ils ont plongé un chiffon dans de l’eau de javel, ils ont pressé le liquide dans ma bouche. Ils ont repeté cela plusieurs fois jusqu’à ce que mon ventre soit rempli d’eau de javel. À ce moment ils m’ont frappé avec des coups de pied dans le ventre et m’ont fait vomir.

Ils faisaient des choses horribles. À un moment, ils ont utilisé une colle d’un certain genre pour sceller mon orifice anal, ce qui m’a empêché de faire mes besoins. Après cela, ils ont ramené ce pistolet électrique. Quand ils ont tiré sur ma peau, j’ai ressenti un grand choc électrique qui m’a brulé au deuxième ou au troisième degré et qui m’a arraché la peau des jambes… Voyant que je ne voulais pas parler, ils m’ont menacé d’amener ma femme et de la torturer. Ils ont fait cela avec d’autres hommes. L’un d’eux était Sid Ahmed Chabla, un jeune homme de Baraki. Ils ont amené sa jeune femme devant lui. Et puis ils l’ont emmenée et torturée. Il a decouvert plus tard qu’ils l’avaient violée. Il était brisé. Quand je l’ai vu, il m’a dit qu’elle etait morte à la suite de ce qu’on lui avait fait. Ils ont aussi amené sa mère, et ils l’ont torturée et violée devant lui. Plus tard, une cour a prononcé la condamnation a mort de Sid Ahmed Chabla…

On entendait aussi des femmes ainsi que des hommes hurler dans d’autres cellules (commissariat central). Au cours de la dernière séance de torture au quartier général de la police, ils m’ont attaché les mains derrière le dos, m’ont ligoté les pieds, et m’ont fracassé la tête contre le sol. L’un des géoliers m’a écrasé la tête. Mon nez s’est fracturé. J’ai perdu le sens de l’odorat. Mes dents sont tombées. Ils m’ont torturé tellement horriblement que j’ai denoncé mon propre frère comme quelqu’un qui était lié à la résistance. Ils l’ont ramené face a moi et je leur ai dit que ce n’était pas vrai. Néammoins, ils lui ont brisé les cotes. Mon frere a pleuré, et il m’a dit : Que Dieu te pardonne.

Mohamed s’en veut d’avoir signé un aveu disant qu’il avait collecté des médicaments et de l’argent pour la « résistance » :
Vous devez comprendre que j’ai vu des gens mourir sous la torture. J’ai été torturé dans une cellule ou des hommes pendaient par leurs menottes au plafond. Ils avaient été affaiblis sous la torture. J’ai vu deux hommes qui étaient morts suspendus comme cela, et j’ai vu les corps de trois autres qui sont morts à la suite de tortures au chalumeau.

Un autre homme, dont j’ai appris le cas par le biais d’un autre prisonnier qui a survécu, etait l’imam de Boumerdès, nommé Houmi Mohamed Arezki, un Kabyle qui avait eu les yeux arrachés vivant. Ils l’avaient laissé mourir dans la salle de torture. Plus tard, la presse algerienne a écrit qu’il était un terroriste abattu dans un accrochage armé avec la police.
Mohamed a été liberé de la prison de Serkadji le 2 février 1994.



Mosbah Abderrahmane Mehdi, 1992

Témoignage fait devant le tribunal de Paris lors du procès intenté par général Nezzar contre Habib Souaidia en juillet 2002

M. Stéphan, président.- Bonjour, Monsieur. Vos nom, prénom, âge et domicile ?

M. Mosbah.- Je m’appelle Mosbah, mon prénom est Abderrahmane. Je suis né le 23 octobre 1970, à Annaba, en Algérie. Je suis arrivé en France le 11 mai 1994 et j’ai obtenu mon statut de réfugié politique en France le 30 juin 1995. Depuis, je suis installé en France. Je ne suis pas retourné en Algérie. Je vis maritalement avec une femme française et je suis père d’un enfant français.

M. Stéphan, président.- Votre profession actuelle ?

M. Mosbah.- Je suis libéral, consultant dans le domaine du génie climatique dans le bâtiment.

M. Stéphan, président.- Votre domicile ?

M. Mosbah.- J’habite à Villiers-sur-Marne.

Le témoin prête serment.

M. Stéphan, président.- Merci, Monsieur. Me Bourdon, vous avez la parole pour interroger le témoin.

Me Bourdon.- M. Mosbah, vous avez fait l’objet à deux reprises d’arrestations en Algérie. Pourriez-vous indiquer au tribunal dans quelles conditions, à quelles dates vous avez été arrêté, détenu, bref, raconter votre histoire algérienne jusqu’à votre arrivée en France ?

M. Mosbah.- En 1991, je m’étais inscrit à l’Institut des études islamiques du Caroubier, qui dépend de l’Université d’Alger. C’était le début de la grande période d’affrontement entre ceux qui détenaient le pouvoir en Algérie — je n’appelle pas cela l’État algérien — et les islamistes, en particulier le FIS. Donc, j’étais inscrit à cette université. Bien sûr, l’Algérie était en phase de grande agitation. Entre-temps, de grandes rafles avaient été opérées par les services de sécurité algériens, aussi bien les militaires que la police et la Sécurité militaire.
En mars 1992, j’ai été pris dans une rafle à l’entrée de l’université. Nous étions onze étudiants à être pris dans cette rafle. On nous a mis dans les coffres des 505, bien sûr menottés, attachés, couchés dans les coffres. On nous a donné des coups de rangers, on nous a conduits au commissariat d’Hussein-Dey. On nous a emmenés au cachot, dans des cellules où l’on était plusieurs.
Puis, plusieurs policiers ont défilé pour nous tabasser avec leurs rangers, en nous traitant de terroristes et d’islamistes. Effectivement, il y avait plusieurs islamistes avec nous. Suite à quoi, l’un après l’autre, nous avons été conduits devant des policiers, moi-même j’ai été conduit devant deux policiers qui m’ont interrogé sur mes idées politiques et qui m’ont posé des questions précises, à savoir : « Est-ce que j’ai participé aux événements d’octobre 1988 et aux manifestations du FIS de juin 1991 ? » Et ils m’ont posé une autre question : « Qu’est-ce que je pensais du pouvoir en place et de l’arrivée de M. Boudiaf à la tête de ce pouvoir ? »
Quant à la première question, bien sûr, j’étais étudiant lycéen en 1988, j’avais dix-huit ans et, à cet âge, j’ai fait partie des manifestants, chose dont je tire fierté. J’ai déclaré qu’en 1991, je n’avais pas participé aux manifestations. En ce qui concerne mes opinions politiques, j’ai déclaré que je n’étais pas un islamiste, que j’étais contre le projet des islamistes. Cependant, bien sûr, j’ai plusieurs amis islamistes avec lesquels j’ai gardé amitié, des gens avec lesquels j’ai grandi et des gens qui étaient avec moi pendant les manifestations d’octobre 1988.
L’Algérie s’était ouverte à une grande phase de démocratie où toutes les opinions pouvaient s’exprimer. Cette phase de démocratie n’était pas venue sans rien du tout. Bien sûr, nos parents, nous-mêmes, avions milité et étions présents sur le terrain pour qu’on puisse acquérir, comme tout peuple qui se respecte, le droit de s’exprimer.
J’avais déclaré que, produire un discours qui prétend défendre la démocratie, et venir ensuite installer un président à la tête du pouvoir sans rien demander au peuple, pour moi, c’était le comble, le comble de ce que l’on pouvait nous faire subir. Si je parlais ainsi et j’osais m’exprimer, c’est parce que je suis fils d’un haut magistrat algérien : mon père était alors avocat général à la Cour suprême d’Alger, l’équivalent de la Cour de Cassation en France. Mon père était un indépendantiste algérien, militant de la première heure, né en 1920. Il avait suivi tous les cheminements de l’Étoile nord-africaine jusqu’au Parti du peuple algérien et au Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques. Deux de mes oncles sont morts à la fleur de l’âge pour que vive l’Algérie libre et indépendante. Bien sûr, ils avaient fait partie des premiers combattants de 1954 et, bien sûr, pas de ceux qui ont rejoint l’ALN à la dernière heure, à l’instar de ce monsieur. (Il pointe du doigt le général Nezzar.)

Mouvements divers…

M. Mosbah.- J’avais cette fièvre de vouloir m’exprimer, j’avais dit non à Boudiaf et, à cet instant, on avait rempli un papier et on a dit : « C’est fini pour toi. » Les deux policiers se sont regardés et se sont fait un clin d’œil. J’ai fait allusion à mon père, à son poste et à d’autres personnes proches de ma famille, des hauts gradés dans l’armée algérienne avec des postes importants… À cette époque-là, je pensais que le fait de pouvoir les citer allait me sortir de cette phase, mais ce n’était pas le cas. Ce n’était pas le cas ! Après avoir parlé de mon père, après avoir parlé d’autres personnes influentes, les policiers m’ont dit : « Rien à faire, mon vieux, nous, on a des ordres. »

J’ai été conduit au cachot et, en fin d’après-midi, on nous a conduits dans un centre de la Garde républicaine, ce que l’on appelle El Harass El Djoumhouri — moi, je n’appelle pas cela une Garde républicaine… Ils nous ont conduits au centre qui s’appelle Les Dunes, au bord de la mer. On nous a mis dans un hangar, ils appelaient cela un « centre de transit ». Si, Messieurs, cela peut vous rappeler quelque chose pendant l’histoire de la République française, ils appelaient cela un « centre de transit ». Bien sûr, on était plusieurs dans ce centre de transit. C’était un hangar en bardage métallique, sans la moindre isolation. On était en plein hiver, il faisait très froid. À l’intérieur, il y avait des sortes de box en grillage métallique, des box à chevaux, parce que la Garde républicaine a des chevaux, elle défile avec des chevaux, etc. C’était des box à chevaux et on était couchés à même le sol avec des couvertures seulement. On avait droit à ce luxe !

C’était Ramadan, le début du mois de jeûne. Le soir, on avait droit à un maigre repas pour couper le jeûne. Mais là n’était pas vraiment le problème. Les conditions étaient atroces, on était obligés d’attendre pour aller aux toilettes. Les toilettes étaient des sortes de cabines en bois posées au-dessus de tranchées. C’était cela les conditions hygiéniques.

Nous sommes restés là une semaine et j’ai vu ce centre se remplir petit à petit. On était plusieurs centaines, là-dedans. Il y avait, à côté de moi, un joueur algérien de football connu. Il avait participé à la fameuse victoire de l’équipe algérienne contre l’Allemagne, il s’appelait Salah Assad. C’était un islamiste qui se déclarait tel. On faisait une sorte de pelote, de ballon, qu’on confectionnait avec des petits chiffons pour jouer… Salah Assad avait sa couche à côté de moi, il ne pouvait pas bouger… Il m’a dit qu’il avait été torturé. Ils l’ont fait s’asseoir sur une bouteille, donc il avait un problème à l’anus, au colon, et il ne pouvait pas s’asseoir. Deux positions seulement lui étaient possibles : debout et couché.
Un beau jour, après sept jours passés dans ces conditions, nous avons entendu arriver des camions et le bruit des chaînes. Des militaires nous ont enchaînés par groupe de sept à neuf et ils nous ont mis à l’intérieur de ces camions. Nous étions couchés, couchés à même le sol de ce camion. Il y avait des militaires avec nous qui, eux, étaient assis sur les bancs de sorte que les personnes à l’extérieur pouvaient voir ces militaires qui nous surveillaient, mais nous, bien que là, avions disparus…

Plus tard, mon père, qui était assez influent et qui connaissait des personnes influentes, m’a raconté qu’il avait fait le nécessaire, il avait tout fait pour me retrouver. Rien à faire ! C’était des ordres bloqués qui venaient de très haut. Rien à faire ! Il avait — je ne citerai pas de noms, bien sûr, parce que l’Algérie malheureusement est encore sous le joug de ces mêmes personnes qui ont commis ces crimes — fait le nécessaire, mon père. Mais rien à faire !
Je me suis donc retrouvé à l’intérieur de ce camion, on nous a emmenés à Boufarik, non loin de Blida, à environ 30 ou 40 kilomètres d’Alger. Boufarik est un aéroport militaire. Il fallait voir la garnison qu’il y avait là-dedans, c’était incroyable, je n’ai jamais vu cela ! Pourtant, je connais des gens dans l’armée, je connaissais les casernes, je suis allé à l’intérieur des casernes… Je n’ai jamais vu cela ! C’était génial ! C’était de la science-fiction ! Il y en avait partout ! Des militaires ! Il fallait voir cela… !
Toujours est-il que nous étions dans des conditions pas possibles ! J’ai vu des hommes pleurer. J’ai vu des hommes grands et forts pleurer. Pourquoi pleuraient-ils ? Parce qu’on partait vers une destination inconnue et moi, j’étais jeune, j’avais gardé un peu de sang-froid et je pouvais peut-être espérer que ma famille puisse faire un geste pour moi, qu’elle puisse me sortir de là. D’autres avaient laissé femmes et enfants. Ils ne savaient pas qui viendrait leur apporter à manger ce soir-là. Il y avait des gens qu’on avait ramenés avec leur couffin du marché, ils avaient encore leur couffin.

Bien sûr, à la fin, les couffins étaient vides parce qu’on avait mangé tout ce que l’on y avait trouvé. J’ai vu un monsieur avec des cages d’oiseaux, il vendait des oiseaux au marché : on l’a ramené, mais on lui a laissé ses oiseaux ; je ne sais pas pourquoi, mais on lui a laissé ses oiseaux. Il était bien plus éclairé que ces gens-là : il les a libérés, parce qu’il ne savait pas où il allait lui-même…

On était dans ces conditions. Je ne sais pas dans quel pays j’étais, parce que je ne pensais pas que cela m’arriverait, à moi… Les autres, on entend des choses, mais bon… Je fais partie d’une famille qui s’en sortait pas mal. Avec mes frères et sœurs universitaires qui s’en sortaient pas mal, avec les liens avec les gens au pouvoir, on arrivait à s’en sortir, tranquille… Paf ! Moi, j’étais tombé dans le trou et je me suis retrouvé très bas avec le peuple, ce que ces gens-là (il désigne M. Nezzar) appellent le petit peuple, le bas peuple.
Nous avons été emmenés dans des avions militaires et, à ce moment-là, j’étais très malade, j’avais la diarrhée — excusez-moi —, on m’a emmené sur la pelouse de la piste d’atterrissage et c’était là qu’il fallait faire ses besoins. J’étais très malade dans l’avion, très malade. On arrive à El-Ménéa, dans le sud algérien, ex-El-Goléa. C’était la première fois que je voyais le désert. On survolait une mer de sable… Excusez-moi, je fais appel à ma mémoire parce que cela fait dix ans, quand même, c’est le tiers de la vie… Je fais appel à ma mémoire pour essayer de retrouver toutes ces images.

On arrive dans le sud algérien, M. le président, à El-Ménéa, dans un aéroport. Ils appelaient cela : semi-militaire (on pouvait l’utiliser pour les touristes et aussi pour les militaires). Et ils nous ont amenés dans un camp de concentration. Le camp de concentration se situait à l’intérieur de la caserne de El-Ménéa : dans la cour, il y avait des tentes entassées.

Je ne vous dis pas, dans un endroit où il peut faire 50° à l’ombre, dans quelles conditions nous étions. Mais nous étions encore en hiver et là, dans le désert, il y a un contraste de température qui fait que, l’hiver, il fait très froid. Je n’ai jamais eu aussi froid de ma vie ! On a passé des moments atroces… Il y avait parfois des tempêtes de sable qui soufflaient sur nous, qui arrachaient la tente et à plusieurs il fallait la retenir. Des fois, on mangeait sous cette tente : on pouvait sortir sa main, on ne la voyait pas. On mangeait et la moitié de ce qu’on mangeait était du sable. On était comme des bêtes, vous savez, on était des animaux. Un seul nerf nous retenait à la vie, certains appellent cela lutte pour la survie. On ne savait pas, c’était automatique : on luttait, on s’accrochait à cette vie…

On a passé des moments très, très durs, et le camp s’est rempli. On était des centaines là-dedans. La Croix-Rouge est venue pour nous rendre visite. Bien sûr, pendant les trois jours où la Croix-Rouge était en visite, nous avons eu droit à tous les luxes possibles. On nous a même apporté de la limonade, il ne fallait pas s’en priver, bien sûr. On n’allait pas dire : « Messieurs, on refuse parce qu’on proteste. » Toujours est-il qu’on nous a transférés plus tard à Ouargla, parce que la Croix-Rouge a dit : « Arrêtez, c’est un peu trop, ce camp ne répond pas aux conditions sanitaires. »

Je suis parti à Ouargla, ce n’était pas mieux. C’était une prison militaire avec un mur de sept mètres. Quand vous arrivez devant cette prison, vous dites : « J’ai vu cela dans quel film, mon Dieu ? » Et vous rentrez là-dedans… Il y a sept portes pour arriver à l’intérieur… sept portes !
Je ne savais plus qui j’étais ! Mais, moi, je n’ai jamais été armé ! Je n’ai même pas fait l’armée ! J’ai un casier judiciaire plus blanc que le front de cet homme, que les cheveux de cet homme, excusez-moi ! Je n’ai jamais fait de mal à personne. Je ne veux, de ma vie, jamais faire de mal à personne. On était traités comme la pire espèce, c’est-à-dire que les moyens déployés étaient des moyens qui attestaient de la terreur de ce régime dans lequel on vivait, ce régime qui, à un moment, s’est trouvé déstabilisé, comme en octobre 1988 et comme avec le FIS. Parce que le FIS, c’est quoi, après tout ? C’est comme les pierres qu’on a jetées sur le pouvoir en octobre 1988.

Des amis qui s’étaient engagés dans le FIS ne savaient même pas ce qu’ils faisaient. Ils allaient dans ce que l’on appelle des halakat, c’est-à-dire des cercles islamiques, où ils apprenaient ; mais ce qui les intéressait là-dedans, c’est le fait que ça faisait peur à ce pouvoir, à ce despote qui était assis là depuis trente ans, qui bloquait tout espoir dans ce pays. Ces jeunes-là n’étaient pas comme moi. Eux n’avaient pas d’espoir, ils ont vu leur père, leur frère, tout le monde sans espoir. Par contre, ils ont vu les fils de ces gens-là et ils les ont vus avec tout un avenir, avec cette corruption, cette corruption cruelle, brutale qu’ils étalaient. Et c’était ma génération, c’était la génération de la révolte. Je n’appelle pas cela une révolution. C’était la révolte et la révolte avec tout ce que cela engendre… Bien sûr avec des organisations, etc.
Toujours est-il que nous sommes partis à Ouargla. C’était une prison militaire et on était 3 500. Ici, on parle de 15 000 déportés, je ne sais pas comment ils ont fait pour les compter : on était 3 500 dans ce centre et il y en avait des dizaines en Algérie. On était nombreux, nombreux… Des fois, il faisait tellement chaud et j’étais tellement malade qu’un ami à moi, un voisin, Saïd — qui, plus tard, mourra les armes à la main —, m’emmenait dans les blocs, dans les cellules en béton (parce que comme il n’y avait pas de place, on était dans des tentes). Les cellules étaient pleines, elles étaient faites pour quatre personnes, mais il y en avait douze. Il m’emmenait là pour trouver un mètre carré me permettant de m’étaler sur le sol, tellement il faisait chaud à l’extérieur.

Pendant que j’étais dans cette prison, le président, la personne qui était à la tête de la présidence de ce pouvoir, M. Boudiaf, la personne affichée du pouvoir, a été assassinée. On s’est alors tout simplement vengé sur nous, prisonniers désarmés, sans armes. On s’est vengé sur nous. La même ration qu’on avait, c’est-à-dire une soupe avec rien du tout, des légumes, n’importe quoi et le peu de pain qu’on nous donnait ont été coupés en deux. Bien sûr, je vous épargne le détail des gens qui étaient tombés malades, comme des mouches, et qu’on emmenait à la porte de sortie pour essayer de les faire hospitaliser. Ils les ont rejetés ! Je vous épargne les détails, les détails, les détails !

Toujours est-il qu’il y a eu une émeute et cette émeute-là n’était pas une émeute politique, Monsieur. Même s’il y avait plein, plein, plein de prisonniers politiques, d’opinion, dans cette prison et plein de malheureux, comme moi, c’était une lutte pour manger parce qu’on nous avait même interdit les visites. Il y avait quelques visites de personnes qui venaient du Nord, de très loin avec des couffins remplis. Avec ces couffins on arrivait à tenir et on les partageait. « Les visites sont interdites, vous avez tué Boudiaf ! Les visites sont interdites, la ration est coupée en deux et vous allez crever comme ça. »

Il y a eu une émeute… La première porte a cédé : les gens étaient sur la porte et elle a cédé… J’ai vu les bérets rouges, c’est-à-dire la division blindée, prendre tout le mirador, le mur, et installer leur machine que l’on appelle la « machine à coudre ». Je ne savais pas quoi faire : parce que, dans une tente, vous ne pouvez pas courir pour aller vous cacher dans des blocs ; dans une tente, avec quoi se couvrir contre les balles prêtes à tuer du monde ? Je peux vous dire que dans notre camp de concentration, oui, on a tiré sur les gens. Ces gens-là, on ne les a jamais pris les armes à la main. On les a ramenés de chez eux, de la rue, dans les rafles, comme ça… Rien… Jamais jugés…

Il y avait, soi-disant, une commission… Comment on appelait cela ? Une « commission de recours », soi-disant. Mon père a cherché cette commission inexistante partout à Alger, il ne l’a jamais trouvée. Cette commission n’a jamais existé.
Alors, voilà les conditions, le début… Cela, c’est l’entrée, le plat de résistance n’est pas encore arrivé. Cela, ce n’est rien du tout. Moi, j’ai cru avoir tout vu dans ma vie après ça… Mon père est intervenu. Je suis sorti de là, j’ai fait partie des premiers qui sortaient. C’était les privilégiés, ceux qui avaient ce que l’on appelle les épaules larges.

« Passe », on sortait… Camion… Centre-ville… Dehors, il fallait se débrouiller. Heureusement que mon père m’avait rendu visite et m’avait donné un peu d’argent, parce que le premier avion pour Alger, je ne me souviens plus très bien, mais il ne partait pas le même jour. Il fallait attendre le lendemain ou le surlendemain. À cause de la police et de l’état d’urgence, on s’est dit : « On va à Ghardaïa, une ville très touristique. Il y a plein de vols et on va prendre un avion de là. On ne traîne pas parce que, s’ils nous prennent… » On avait ce qu’on appelait un bon de sortie : cet individu est autorisé à rentrer chez lui à telle adresse, etc. Voilà…

La Constitution en Algérie… La Constitution pour laquelle j’étais dans la rue en octobre 1988, la Constitution de 1989 arrachée par le sang de dizaines et de centaines de jeunes — ces morts dont ce monsieur a reconnu qu’il était coupable… —, cette Constitution nous donnait le droit d’aller et venir dans notre pays. Ce pays pour lequel mes oncles sont morts, pour lequel mon père a milité et pour lequel cet homme-là n’a jamais milité, sauf peut-être dans les écoles militaires françaises et l’armée française qu’il a quittées en 1958 pour rejoindre les frontières, quand l’ALN a été décimée.

On pouvait donc rentrer chez nous. Je suis rentré chez moi, je n’ai pas chipoté, je suis rentré chez moi, j’ai pris l’avion de Ghardaïa. J’ai payé le billet cash, j’ai pris l’avion, j’ai pris le taxi, je suis rentré chez moi. Ma mère m’a vu, elle est tombée… Elle ne me reconnaissait pas, elle est tombée, j’étais un homme cadavérique, comme si je sortais d’Auschwitz. Mais non, j’avais été à quelques centaines de kilomètres du Sud de la France, en Algérie. C’est là ! L’Algérie… le gouvernement algérien qui a une représentation diplomatique en France et dont le président vient s’exprimer devant le Parlement ! Toujours est-il que, dans cette Algérie, j’ai subi cela. Je suis rentré… Il ne faut pas de problèmes… C’est fini pour toi, mon fils, c’est bon… !

Alger, c’était : on tue, on tue, le premier qui tue l’autre… Certains islamistes ont pris les armes, ont choisi la voix des armes et ils tuaient. Par contre, les militaires eux, pour une personne morte, ils en tuaient dix. Pour preuve : plus tard, en 1994, pour un officier tué en bas de chez moi, onze personnes ont été assassinées. Ces personnes étaient désarmées, menottées, elles ont été attachées comme des lapins sur une place et ont été assassinées par des militaires. Mon père avait écrit à Amnesty International un témoignage sur cette exécution sommaire, qui a été reproduit dans des rapports d’Amnesty International.

Je suis parti à Constantine pour changer un peu d’air et, début 1993, je suis revenu à Alger. Ils sont revenus me chercher parce qu’ordre a été donné — un haut gradé de la Sécurité militaire, un proche de la famille, nous l’avait déclaré —, ordre avait été donné de prendre tous les gens qui avaient fait les camps de concentration. Donc, il n’avait pas suffi qu’ils nous emmènent dans ces camps de concentration !

On avait appelé cela l’école du terrorisme. Sortant de là… Dans la justice vous connaissez le problème de récidive ! Les gens qui vont en prison, est-ce bien de les mettre en prison quand ils n’ont rien fait ? C’est vrai que ces camps de concentration ont servi… Certains ont dit : « Attends, moi on m’a pris une fois pour rien, je devais goûter à l’enfer du désert, la prochaine fois, on ne me prendra pas, ou on me prendra les armes à la main. » Certains ont dit cela, mais pas tous, une certaine minorité.

Toute cette jeunesse qui a été prise dans les rafles, qu’elle soit pour ou contre les islamistes ! Moi-même, je ne suis pas communiste, mais j’ai connu un communiste qui était avec moi dans le camp de concentration, qui avait été emprisonné parce qu’on n’avait pas trouvé son frère islamiste. J’ai connu des gens pris comme ça, parce qu’ils étaient dans la foule et qu’il y avait un ou deux barbus… Tout le monde était concerné. Des quartiers comme Bab-El-Oued, Les Eucalyptus, des quartiers populaires, ont beaucoup souffert, parce qu’on arrêtait, on arrêtait… C’était des quartiers qui avaient massivement voté pour le FIS.

Et bien sûr, on vient me chercher… J’ai vu les voitures de la gendarmerie se garer en bas de chez moi… La première chose à faire : j’ai eu le réflexe de prendre mon agenda, et ce n’était pas un agenda de terroriste, de Ben Laden, de X ou Y, c’était un agenda dans lequel il y avait le nom de mes copains et celui de mes copines. Je n’avais pas peur pour mes copines, mais pour mes copains. Vous comprendrez pourquoi : tout simplement, avec un agenda, j’avais peur qu’on torture des gens, comme ça, avec les noms des copains.
J’ai déchiré cela dans les toilettes, j’ai tiré la chasse et j’ai pris ma veste et ma carte d’identité. J’ai ouvert et ils m’ont dit, comme on m’a cité ici : « Mosbah Abderrahmane. » J’ai dit : « C’est moi, présent. » J’ai donné ma carte… Menottes, et on m’a emmené. On m’a emmené, on m’a mis dans leur voiture, derrière, dans le panier à salade. On m’a emmené à une première gendarmerie dans des 4X4 Toyota…

Plus tard, des terroristes ou, disons, d’anciens détenus de cette gendarmerie, d’anciens détenus y ont mis des bombes : un camion bourré d’explosifs. J’ai appris cela plus tard, j’étais en France. Je comprends pourquoi ! Je ne justifie pas, je comprends.
J’arrive ! Le portail s’ouvre et on me sort de là. Puis, on m’a dit : « Chkoun taaraf ? [qui connais-tu ?], tu vas nous dire tous ceux que tu connais. » Vous savez, le réflexe, la première chose, c’est de mentir, de dire : « Je ne connais personne. » Bien sûr, il y avait des islamistes, c’était l’Algérie de la débandade… Il y avait des islamistes qui partaient et qui décidaient… Il y en avait qui étaient torturés, notamment Saïd qui était avec moi dans les camps.

Avant, Saïd avait été pris au commissariat central d’Alger, torturé pendant treize jours. J’ai été le voir dès sa sortie. Ma sœur, qui est avocate, et mon père se sont démenés auprès du commissaire pour lui expliquer que ce petit bonhomme n’avait rien fait et pour le sortir de là. Saïd, après ça m’a dit : « Écoute, je ne te souhaite pas ça. Ton nom, je ne l’ai pas donné, j’ai donné d’autres noms… Ton nom, je ne l’ai pas donné, mais je ne te souhaite pas ça et je te conseille quelque chose. Si tu montes au maquis, tu viens me voir, je suis avec Saïd Makhloufi… » — c’était un responsable qui s’appelait Saïd Makhloufi, très connu, c’était un islamiste du FIS, un ancien officier. Il m’a dit : « Tu viens me voir, tu viens à l’AIS, tu ne vas pas avec le GIA… » Il connaissait très bien Chérif Gousmi et Djamel Zitouni que moi-même j’ai rencontré plusieurs fois avant ces événements-là, parce qu’il était voisin de mon quartier. Il connaissait très bien ces gens-là et il m’a dit : « Ne vas pas avec Djamel Zitouni, ne vas pas avec le GIA. » Il m’a dit : « Ce n’est pas normal, ils ont des armes et ils ont eu des armes trop rapidement. »

Quand je suis rentré à la gendarmerie, je me suis dit : si j’attrape Saïd, je l’égorge. Je savais ce qui m’attendait et je me suis dit que si c’était vraiment quelqu’un qui pensait à moi, il m’aurait pris avec un flingue pointé sur la tête et il m’aurait emmené au maquis. Quand je suis rentré à la salle de torture, ils étaient onze pour un petit bonhomme comme moi, désarmé, sans armes. Ils étaient onze !

Vous savez, M. le président, j’ai passé six ans de psychothérapie avec une dame merveilleuse, ici en France, qui s’appelle Hélène Jaffé. Je la remercie de pouvoir parler aujourd’hui devant vous. Avant, je ne pouvais pas ouvrir mon bec. Comme tous les Algériens, j’avais le bec bouclé.
Je peux vous dire une chose, cela fait huit ans que je suis en exil et il y a quelque temps j’ai demandé à ma famille de revenir. Ils ont contacté la Sécurité militaire, un officier de la Sécurité militaire en Algérie… J’ai dit : « J’ai arrêté toute politique ; au début, j’ai milité dans les droits de l’homme, ici en France, mais maintenant, non, c’est bon, je retourne chez moi ! » Mais là… Ce monsieur qui m’a appelé, là (il désigne Habib Souaïdia), lui ne le sait pas. On a fait appel à moi et j’ai dit : je vais parler pour Saïd, je vais parler pour Yacine qui, lui, est mort à la prison de Serkadji, où il y a eu un massacre, où cent personnes ont été exécutées comme des bêtes . Sa mère est allée l’identifier, elle ne l’a pas reconnu parce qu’ils ont été massacrés au napalm dans la prison…

Quand je suis rentré dans cette salle de torture, il y avait onze personnes, dont deux personnes de la Sécurité militaire. Bien sûr, vous vous demandez comment je les ai reconnus. Mais quand on est algérien, on les sent ces gens-là, ils avaient des lunettes Ray Ban noires. Ils ne touchaient pas à la bête, ils étaient là, leur présence suffisait pour diriger non pas les débats mais les ébats. Ces gens qui m’ont torturé, je serais prêt à les reconnaître, ils n’étaient pas cagoulés comme d’autres l’ont fait plus tard, ils n’étaient pas cagoulés.

Le chef de la gendarmerie, le brigadier m’a dit : « Déshabille-toi ! » Je me suis exécuté. J’allais vers la mort, je ne sais pas mais j’y allais, ce n’est pas cela qui allait me retenir, cela ne servait à rien. Il fallait goûter à la chose, elle était là. Je me suis donc exécuté. Je n’ai pas enlevé mon pantalon parce que je n’avais pas de slip ; j’avais des irritations à cause des élastiques et je ne mettais pas de slip. J’avais un pantalon, un jean, sans slip dessous. Il m’a dit : « Tu enlèves tout, sinon je vais le faire. » J’ai dit : « Je ne peux pas, je n’ai pas de slip, parce que je ne peux pas mettre de slip. » Il a dit : « Vous voyez, c’est un islamiste, ils sont tous pareils, ils ne mettent pas de slip. » Quand j’ai enlevé mon jean — ce n’était pas un Lévi-Strauss, mais un jean de marque qui s’appelait Complice —, il a dit : « Complice ! »

Et puis ils m’ont mis par terre, menotté, mains derrière le dos, serré très fort, menottes aux pieds. Ils m’ont couché. Ils se sont mis à plusieurs sur moi. Il y avait les menottes qui me rentraient dans la chair, dans l’os. Ils se sont mis à plusieurs. Le chef de la gendarmerie — ce n’était pas un subordonné, c’était le chef, le brigadier — m’a mis le chiffon… Voilà la fameuse scène du chiffon… Il me l’a introduit dans le bec ouvert, et avec une bouteille, ils l’ont glissé. Là, vous avez une boule, un chiffon qui prend l’eau, qui se remplit et qui laisse passer, passer, passer… Au bout d’un moment, cela vous rentre dans les narines et vous coulez, cela rentre dans les poumons, partout, et vous coulez. C’est la même sensation que lorsque vous coulez. Quand j’étais gamin, une fois, il est arrivé que j’ai failli couler. C’était la même sensation. Vous coulez.

À un moment, je ne voyais plus rien, c’était le noir, un rideau noir s’était abattu sur moi. C’est comme si on m’avait enfermé dans un sac en plastique noir. J’étouffais, je me débattais comme un chien, je cherchais quelque chose, je cherchais quelque chose, je cherchais à passer de l’autre côté… Je cherchais la mort. C’était un moment extrême où la seule chose qui pouvait me sortir de cette souffrance, de cette douleur inimaginable — je ne peux pas vous décrire cette chose atroce —, la seule chose, c’était la mort.

À un moment, on vous enlève cela et vous revenez, vous revenez et vous vous débattez. Mais vous êtes lié, vous ne voyez rien, vous avez l’impression que cela va dans tous les sens. La douleur, n’en parlons pas, c’est incroyable… Et plusieurs fois cette chose-là… jusqu’à l’évanouissement.

Et puis ils m’ont réanimé. Bien sûr, je commençais à donner des noms, mais ma tête n’était pas présente pour donner des noms, parce que ces idiots, ces gens abjects, même dans la chose la plus abjecte, la torture, j’ai eu l’intime conviction qu’ils ne savaient pas faire. S’ils avaient su faire, peut-être en respirant… Voilà, vas-y donne tout ce que tu peux, respire, donne tout ce que tu peux, tu t’en fous, ce n’est pas ton problème, ce n’est pas ta vie, le FIS, etc., ce n’est pas ton truc… Mais ils ne vous laissent pas le temps, tout simplement. Ce n’est pas une question de courage. Le courage, ce que j’appelle un mécanisme, vient après, quand vous vous dites : tout cela pour rien ! Je vais les tuer, je vais les tuer… Pourvu que je sorte… Je sors, je les tue…
Et plusieurs fois cette scène du chiffon. Je suis resté quarante jours dans ce poste où j’étais dans un cachot, à l’isolement, dans le noir absolu. Je suis resté trois jours entiers sans boire, sans manger. Je déféquais dans un coin de la cellule et j’étais amené à boire mon urine.
Et puis on revenait me prendre pour encore me torturer avec cette histoire de chiffon. Je vous épargne les détails des coups de massue, des coups de bâton, etc. J’ai appris que j’étais resté quarante jours. J’avais un infime esprit qui me guidait et je comptais les jours. Je savais qu’un jour passait quand le matin il y avait un bruit spécial, quand le grand portail de la gendarmerie s’ouvrait. C’était cela un jour et je mettais une croix sur le mur de la cellule.

J’ai compté trente jours, j’en étais persuadé, mais on m’a dit que j’avais été là quarante jours. C’est vrai, entre ma date d’entrée et ma date de sortie, c’était quarante jours. Il y a dix jours qui sont perdus de ma mémoire. Je me souviens d’un vague vertige, c’est tout. J’ai cherché si j’avais été piqué, s’ils m’avaient mis un produit. Rien du tout… Je ne me souviens pas. Il y a dix jours que cet homme-là me doit. (Il regarde Nezzar, les yeux dans les yeux, et le montre du doigt.) Parce que c’est lui qui a dirigé toute cette chose atroce. C’est lui qui a ordonné cette chose atroce. C’est rien dix jours quand il y a 200 000 morts en Algérie, mais pour moi c’est important. Je ne veux pas d’argent, je veux savoir ce qu’ils m’ont fait pendant ces dix jours. Je veux savoir, c’est le fait de ne pas savoir qui me torture.

Je sais qu’on m’a sodomisé, je sais qu’on m’a introduit un bâton dans l’anus. Je sais que j’ai crié : « Maman ! Putain !… » Parce que quand une mère vous met au monde, pour ça ! Vous savez, je n’ai jamais cru que je pourrais espérer avoir un enfant… Faire l’amour, je ne sais pas vraiment faire parce que je ne sais plus, cela fait partie de ces séquelles. Je n’ai jamais cru que j’allais vivre parce que j’ai vu la face négative de ce monde, comme un cliché.
Ces gens-là, ils sont nuisibles pour l’environnement humain, il faut les isoler, il faut les soigner. Je ne dis pas qu’il faut leur faire ce qu’ils m’ont fait.

Dans la salle.- Il faut les tuer !

M. Mosbah.- Non Monsieur, je suis contre le crime, je ne dis pas comme ont dit ces personnes. Je dis que pour combattre la barbarie, on ne peut pas user des mêmes armes que la barbarie.

Me Bourdon.- Quelques mots, vous avez accepté de témoigner…

M. Mosbah.- Je ne parle pas pour moi, c’est fini, je parle pour les gens qui sont morts pour rien. Saïd, quand il a pris les armes, ce gamin, il ne voulait plus être torturé. Moi, je vais vous dire, j’ai eu la chance d’avoir un père qui m’a mis le visa dans la main. Je suis arrivé en France et j’ai subi une ablation de la vésicule biliaire et une opération sur le colon. Aujourd’hui, je souffre encore de vertiges. Mais j’ai eu cette chance que lui n’a pas eu et si moi, je n’étais pas venu en France, j’aurais pris les armes moi aussi… Je remercie la République qui m’a ouvert sa porte quand j’ai frappé à sa porte. Mon père m’a appris la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen où il est dit : « Nul ne sera torturé. » La République m’a ouvert ses portes et je remercie la République.

M. Stéphan, président.- Merci. Avez-vous d’autres questions ?

Me Bourdon.- Ultime question pour ce qui me concerne : M. Mosbah, pourquoi est-ce que vous acceptez de témoigner pour M. Souaïdia ?

M. Mosbah.- Maître, vous êtes français. Vous savez, c’est dur de naître algérien et avec ces gens-là qui détiennent l’Algérie, c’est très dur, c’est un supplice. Je témoigne pour cet homme, même si je n’ai pas peur pour lui, pour le principe. Je voulais revenir, mon père a quatre-vingt-deux ans, bientôt il passera l’arme à gauche et c’est pour cela que je veux rentrer en Algérie… Je ne vais pas voir mon père mourir, je ne vais pas l’enterrer !
Je viens témoigner pour l’honneur de cet homme, cet homme qui a osé affronter ce qu’on lui a fait faire. Il aurait pu être mon tortionnaire. Pour ma part, je lui pardonne parce qu’il a eu le courage d’affronter son passé et il a eu le courage de dire ce qui pour un être humain est répréhensible.
Il a eu le courage de dénoncer, non pas peut-être pour les gens qui ont déjà subi, pour les gens qui en sont morts, mais pour les milliers de disparus, qui sont encore disparus en Algérie, c’est-à-dire dans les cachots, les gens qu’on continue à prendre. Dernièrement, un des témoins de cette fameuse plainte a eu son fils kidnappé par la Sécurité militaire. Moi-même, j’ai eu des membres de ma famille… Je le fais pour tous ces gens-là parce que l’ignominie continue et on n’oserait pas croire que ce qui s’est passé ici, avec un certain Hitler, continue à se passer partout dans le monde.
Bien sûr, l’Algérie… On n’est pas la maison Vivendi, on n’a pas des actions qui intéressent le monde, on est un petit pays… Mais je peux dire que malheureusement l’Algérie a été pour la France ce que le Chili a été pour les États-Unis. Malheureusement, ces gens ont bénéficié de milliers d’intellectuels parce que c’est un régime corrompu et corrupteur. En Algérie, pour s’en sortir, si on n’a pas des entrées on ne peut pas avoir de logements, de travail… Ces gens ont défendu ce régime. Malheur pour eux, malheur pour les milliers de gens qui sont morts de façon inutile…
Le petit Saïd a pris les armes comme cela, pour se battre… Des gens sont devenus fous… Parce que quand vous sortez de là et que vous êtes prêt à tuer, vous êtes dans les mains de n’importe qui, qui vous fait faire n’importe quoi. Moi, j’étais prêt à tuer, je m’étais préparé à cela. Il m’est resté une infime lueur d’espoir, c’était la France. On me disait : « Tu vas partir en France. »
Et avant de venir, ils étaient encore venus me chercher, trois jours avant d’arriver en France ! On reprenait les gens qui étaient libérés… J’ai été jugé par la cour spéciale d’Alger, un tribunal d’exception dont les premières audiences ont été tenues avec des juges en cagoules et dont Me Vergès a su détailler comment ce tribunal d’exception a été copié sur les tribunaux d’exception qui étaient instaurés en France pendant la deuxième guerre . J’ai été jugé par ce tribunal d’exception qui a été créé avec la signature de cet homme, qui faisait partie du HCE à l’époque, une présidence collégiale !

Donc je témoigne pour les autres, pas pour moi. Et même si on me dit « attention, tu mets en danger ta famille », j’ai déjà mis en danger ma famille. Je n’en parlerai pas, ce n’est pas l’objet de ma présence. On me dit inconscient, mais je vais dire une chose : quand on a vu ce qu’on a vu, et quand un homme comme cela ose en parler, je suis choqué, profondément choqué de venir en tant que témoin de la défense et non pas en tant que témoin de la charge. Je suis choqué qu’en France, un pays où il y a près de deux cents ans un certain Victor Hugo s’étonnait que la torture se pratiquait encore dans son siècle, cet homme puisse être relâché après être venu ici, secrètement en France, plaider son innocence, blanchir je ne dis pas l’armée algérienne — il ne vient pas en porte-parole de l’armée algérienne —, mais blanchir ses compères, tous ces généraux, avoir une feuille de route pour les dix ans à venir ! Je suis profondément choqué.



Moulay Mohamed Saïd, 1994

Le Professeur Saïd Moulay, directeur de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab-Ezzouar, a été élu député au premier tour des élections législatives de 1991 dans la wilaya de Bouira ; il a été arrêté le 19 juin 1994 à Alger, et détenu dans les locaux de la police politique à Châteauneuf durant trente jours. Depuis le 17 juillet, il est incarcéré à la prison d’El-Harrach à Alger.

1. L’arrestation
Le dimanche 19 juin, jour férié, je suis sorti de mon domicile vers 13 h 30 pour aller accomplir la prière du dohr. J’avais demandé à mes enfants de me joindre au niveau du garage où stationnait ma voiture pour aller en promenade juste après la prière. Une fois celle-ci accomplie, je me suis installé dans ma voiture avec mes deux enfants, Mouad (4 ans) et Hamza (9 ans) qui m’ont rejoint. Le Dr Lafri m’a appris, plus tard, qu’il était à ce moment-là auprès de plusieurs voitures de la Sécurité militaire embusquées au niveau du tribunal d’El-Harrach – situé à quelques mètres de mon domicile – et qui guettaient ma voiture. À mon passage au niveau du tribunal d’El-Harrach, Lafri a dû me signaler. J’ai alors été suivi, à mon insu, jusqu’au niveau du cimetière El-Alia sur la route dite moutonnière. Là, j’ai été immobilisé, et l’un des agents m’a sommé de me pousser sur le siège avant droit. Un autre agent a pris place, arme à la main, sur le siège arrière avec les deux enfants. J’ai compris alors que j’étais kidnappé sans savoir par qui, puisque ces gens étaient en civil. J’ai alors craint que mes enfants soient traumatisés par la vue des armes braquées sur nous et qui nous menaçaient. Aussi ai-je demandé qu’on les dépose à mon domicile, ou plus simplement chez leur tante, dont le domicile était à quelques pas du chemin emprunté.

On m’a répondu que je devais avoir un entretien pendant une heure et qu’après je pourrais retourner à mon domicile avec mes enfants.
Lorsque nous avons emprunté l’autoroute sud au niveau de Oued Semmar, on m’a ordonné de passer sur le siège arrière, et d’enfoncer ma tête entre les jambes de l’agent. Mes deux enfants aussi ont été sommés de baisser la tête sous le siège, et la voiture a roulé à grande vitesse.
De temps à autre des secousses nous faisaient violemment sursauter, et toute mon attention se concentrait sur mes deux enfants qui, atterrés, observaient un mutisme complet, et retenaient péniblement leurs larmes. Quelques minutes après, nous nous sommes arrêtés dans un endroit, probablement le PCO de Châteauneuf. On m’a bandé alors les yeux et on m’a enveloppé la tête avec ma chemise.

Au moment de la séparation d’avec mes enfants, qui sentaient la gravité de la situation, Mouad a crié de toutes ses forces : « Baba ! » Il a été rappelé à l’ordre avec arrogance, tandis que l’autre était comme terrassé, et retenait jusqu’à sa respiration.
À partir de ce moment-là, je m’en suis remis à Dieu pour tout ce que nous allions subir, ma famille et moi.

2. Déroulement des tortures
La torture est de deux sortes, morale et physique. Tous les moyens sont utilisés pour arracher des aveux qui sont, le plus souvent, inventés pour tenter d’échapper quelque peu aux supplices.
En ce qui me concerne, j’ai été séquestré et isolé dans une cellule pendant trente jours. La cellule était très humide, le sol toujours mouillé. Elle se trouvait en sous-sol, avec un W.-C. dans lequel se deversaient deux tuyaux : l’un de la cuisine centrale et l’autre des toilettes. Ces deux eaux coulaient à longueur de journée avec un bruit obsédant.
Le 19 juin 1994, dès mon arrivée à la centrale, j’ai été dirigé vers une cellule située au sous-sol, les yeux bandés. Là, j’ai été entouré de cinq à six agents de police au moins. On m’a demandé de raconter ma vie depuis les études universitaires, et ce que j’avais fait depuis mon retour de France en 1989.

Ensuite, on m’a demandé d’indiquer les rencontres et réunions auxquelles j’avais participé. J’ai cité la Rabita, le Tadhamoune, le Bina’, des rencontres avec quelques personnalités politiques telles que A. Taleb, B. Benkhedda. Ce n’est pas cela qui les intéressait, mais je n’avais rien d’autre à leur dire.

C’est à ce moment-là que commença pour moi le supplice de l’eau et du chiffon. Violences, souffrances, mots grossiers à mon sujet et au sujet de ma famille et de ma mère. Je n’en pouvais plus, je sentais même la mort approcher, et on me sommait de raconter de prétendues rencontres et réunions secrètes, ainsi que d’énigmatiques relations avec de prétendus groupes terroristes. Le supplice du chiffon ne s’arrêtait que si je bougeais mes mains pour signifier que je parlerais. J’étais alors obligé d’inventer des scénarios pour échapper aux supplices. On me forçait à parler de Djebaïli et de bien d’autres ; j’ai inventé que j’avais commandité quelque chose à Youcef, j’ai inventé aussi le scénario d’une rencontre à la mosquée de la cité La Montagne, etc.

On m’a laissé ensuite dans la cellule, le corps gonflé d’eau. J’avais des douleurs atroces au niveau des jambes à cause des câbles qui me serraient fortement, au niveau des mains à cause des menottes très étroites et au niveau des épaules. J’ai passé la nuit, en souffrances, sans manger.

Le 20 juin 1994, soit le lendemain, on m’a remis au supplice de l’eau et du chiffon, deux fois dans la journée et pendant des durées encore plus longues. Injures, mots grossiers, coups de poing au visage et dans les yeux ; on m’a menacé d’amener ma femme et de faire avec elle l’inimaginable devant moi si je ne parlais pas d’autres réunions. J’ai alors inventé un autre scénario avec Laribi, Takhnouni, Aïssat que j’ai mis fictivement en relation avec Redjam, Youcef et Mohamed Saïd puisque chaque fois on me sommait de parler d’une certaine réunion d’unification des factions armées. Après de longues souffrances, on a défait les câbles qui m’attachaient au banc sur lequel j’étais allongé, ainsi que les menottes qui me liaient les deux mains derrière le dos. On m’a laissé là, gisant sur le sol mouillé de la cellule, et on m’a demandé de réfléchir très sérieusement, car ils reviendraient demain avec d’autres méthodes de supplice encore plus atroces. Si c’était nécessaire, elles continueraient sans relâche même pendant une année.

Je me suis alors allongé un moment sur le sol, puis je me suis relevé difficilement pour faire les prières de la journée, en appliquant la règle de réduction des prosternations et celle du rassemblement des prières. Quelques instants plus tard, j’ai entendu des frères appeler, depuis plusieurs cellules, à la prière du Maghreb. J’ai compris alors que je n’étais pas seul. De toutes mes forces et de toute mon âme j’ai appelé Dieu pour qu’Il arrête l’injustice et les tortures dont nous faisions constamment l’objet.

Le 21 juin 1994, j’étais plongé dans un état continu de psychose. Chaque fois que j’entendais un bruit, ou lorsqu’une porte s’ouvrait, je pensais que je devais aller au supplice. En fait les agents de police ne se sont pas présentés, me laissant dans un état d’attente et de psychose.
Le 22 juin 1994, un agent de police faisant partie du groupe, qui paraissait calme et psychologue, s’est entretenu avec moi pendant de longues heures, en présence de deux ou trois personnes du même groupe. Il m’a expliqué la déviation du FIS, le vide politique de son programme, « l’expansionnisme néfaste » du Wahabisme d’Arabie Saoudite, qui, selon lui, a engendré la Hidjra wa Takfir, les visées de domination à l’échelle planétaire des juifs au plan politique et économique… Selon lui, les juifs se servaient des gens comme « nous » pour détruire l’Islam et les pays musulmans.
On m’a quitté en me demandant de bien réfléchir aux choses que je n’aurais pas encore révélées.

Le 23 juin 1994, j’étais encore en état de psychose, puisque je devais les attendre à tout moment. Je revoyais en permanence tout ce que j’avais raconté sous la torture afin de pouvoir le répéter pendant les aveux. Car si je niais ou oubliais, le supplice recommencerait de plus belle.
Le 24 juin 1994 a été pour moi une journée interminable de tortures par la technique de l’eau et du chiffon. J’ai aussi subi les coups de poing sur tout le corps, surtout au visage et dans les yeux.

J’ai repris le scénario avec Youcef, en déclarant fictivement que je lui avais indiqué les noms de Djebaili, le recteur de Bab-Ezzouar, et ceux de deux enseignants de tendance gauchiste de l’Institut de maths : Boularès Driss et Amar Khodja.
J’ai aussi repris le scénario avec Laribi, Belaidi, Takhnouni et Aissat, en prétendant que ces personnes étaient en étroite relation avec Youcef, Redjam et Mohamed Saïd.
J’ai inventé que ce dernier m’avait adressé une lettre dans laquelle il affirmait que le dialogue avec le pouvoir était inutile. Comme on me parlait de la réunion de l’une des Djamâat, j’ai inventé que ces gens m’avaient informé de la préparation de cette dernière, mais que je ne savais pas où elle se déroulerait.

Tout cela ne suffisait pas pour arrêter les supplices qui duraient et duraient encore. On m’a sommé de parler de toutes les réunions. J’ai alors évoqué une réunion avec Ali Djeddi chez Benhalima Youcef. J’ai parlé d’une réunion amicale avec Lamdjadani et Bellahrèche dans une villa de parents de ce dernier où il nous avait invités.

On m’a accusé alors d’espionnage au profit des Américains dans la mesure où la villa en question était mitoyenne d’une entreprise américano-algérienne. J’ai parlé aussi de l’invitation d’un ami, rencontre très banale, à Hussein-Dey. Rien de tout cela n’arrêtait les supplices. À un moment précis de la séance de torture, on m’a annoncé que quelqu’un allait venir et parlerait. Moi je devais me taire. La personne en question était le Docteur Lafri. Il a affirmé que j’avais participé à une réunion chez Cherfaoui en 1994, ainsi qu’à plusieurs autres réunions avec lui, le docteur Sidhoum et Hami, qui avaient pour objet des actions terroristes.

Une fois Lafri ressorti, j’ai affirmé que tout cela était faux. J’ai alors compris que depuis le début des supplices, on voulait me faire parler des réunions que venait d’évoquer le Dr Lafri. On m’a sommé de bien réfléchir, sinon je devais me préparer à subir encore la torture. On m’a laissé seul pendant un quart d’heure. Je me sentais très épuisé et je gémissais en silence en invoquant Dieu le Tout-Puissant.

Ensuite, on m’a détaché et on m’a laissé souffrir dans ma cellule. On m’a annoncé que le colonel avait assisté à la séance, et que le lendemain ils reviendraient avec d’autres méthodes pour arracher des aveux. C’était le soir, la fin d’une journée qui m’a semblé très, très longue !
Les 25 et 26 juin 1994 sont deux longues journées de souffrances et d’interminable attente. À chaque bruit, je pensais que c’était eux qui venaient me chercher pour d’autres tortures. La lecture du Coran et la prière apaisaient mes souffrances. C’est bien en Dieu l’Unique que j’ai trouvé refuge. Durant ces moments, je Le sentais très proche de moi. Une idée revenait très souvent à mon esprit : l’arbre de l’Islam doit avoir des racines bien profondes et bien ancrées. C’est dans les sous-sols et les caves, dans les invocations de Dieu et les prières d’une rare sincérité qui s’élevaient, dans le silence et dans le noir, des bouches des croyants, c’est dans les cris semblables à ceux de Bilal qui répétait sous le supplice « Ahad, Ahad » ; c’est dans les larmes, les souffrances de toutes sortes, les gémissements et l’agonie sous la torture, que finalement l’arbre de l’Islam renforçait ses racines, dans ces geôles mêmes où nos parents, pendant la nuit coloniale, avaient souffert jusqu’à rendre l’âme.

Le 27 juin 1994 a été une journée de tortures encore plus longue que celle du 24 juin 1994. Cette fois, les techniques de l’eau et du chiffon, des coups de poing, de la flagellation sur la plante des pieds ont été combinées.
Tout ce que j’avais forgé ne suffisait plus. J’ai finalement compris que depuis le début des tortures, ils voulaient des aveux sur les réunions fictives dont avait parlé le Dr Lafri.
On m’a dit que j’étais psychologiquement bloqué, que j’avais peur des conséquences si je parlais des réunions (fictives) évoquées par le Dr Lafri. L’agent de police qui paraissait calme, gentil et psychologue m’a demandé de lire le verset coranique Ayat-el-koursi afin de me « libérer ». J’ai lu ce verset et j’ai imploré Dieu. Toutes les personnes autour de moi se posaient des questions au sujet de mon blocage psychologique. Pour me « libérer », on a amené de nouveau le Dr Lafri et on lui a demandé de me donner des détails sur les réunions (fictives) qu’il avait évoquées.

Il m’a alors raconté que j’avais assisté avec lui à une réunion, en 1994, au domicile de Hadj Cherfaoui en présence de Mohamed Saïd, Hadj Hami, Mustapha Brahami et bien d’autres. Il a ajouté que lors de cette prétendue réunion Mohamed Saïd avait pris la parole pour nous annoncer que les factions armées allaient s’unir en une seule force. En quelque sorte, c’est là qu’aurait eu lieu la préparation de la réunion du Congrès de « l’unité » des factions armées. Il a indiqué que j’avais aussi assisté à quatre réunions dans son cabinet avec Hadj Hami et Sidhoum pour décider des intellectuels à abattre, comme le recteur Djebaïli.

Puis on lui a ordonné de se taire et de ne pas citer les intellectuels dont il avait donné la liste auparavant. On m’a alors demandé de répondre à Lafri. Je lui ai dit : « Pourquoi mens-tu alors que tu me vois sous la torture ? » Il a insisté : « Oui, tu étais présent chez moi, dans mon cabinet, avec les personnes citées ! » Je lui ai répondu : « Crains Dieu et ne mens pas ! » On a alors accentué sur moi la torture car, pour eux, je continuais à mentir.
On a fait sortir Lafri et on m’a à nouveau torturé très longuement afin de m’arracher des aveux concernant, toujours, ces réunions fictives évoquées par le Dr Lafri. J’étais presque convaincu que j’allais rendre l’âme pendant ces moments. J’ai donc répété, pour échapper aux supplices, ce qu’avait raconté Lafri.

Mais ça ne suffisait pas ; on me demandait encore des détails sur ces réunions. On m’a laissé finalement attaché et souffrant pendant un long moment.
J’ai appris plus tard par le Dr Lafri qu’ils étaient allés le voir au même moment, pour lui demander de dire la vérité. Ils ne lui feraient aucun mal, lui avaient-ils dit pour le rassurer. Alors il leur a affirmé que rien de tout ce qu’il avait déclaré n’avait eu lieu, et qu’il avait tout inventé pour échapper aux supplices. On est revenu cependant à nouveau vers moi, on m’a détaché et on m’a annoncé que le lendemain ils reviendraient. J’ai passé la nuit en souffrance et en invoquant Dieu le Tout-Puissant.

Le 28 juin 1994, de longues discussions ont eu lieu avec deux ou trois agents de police, sans tortures mais avec des menaces de temps à autre.
Je leur ai expliqué, au sujet de la réunion chez Cherfaoui, que rien de tel n’avait eu lieu puisque je ne m’étais pas rendu chez lui depuis plus d’une année, et qu’il avait changé de domicile. S’agissant des réunions dans le cabinet de Lafri, j’ai expliqué que le Dr Sidhoum et moi n’avions jamais pu y être ensemble.

Le 29 juin 1994, nouvelle technique de torture pendant presque toute la journée ; flagellation à coups de bâtons et de tuyaux de caoutchouc sur la tête, le dos nu, les cuisses, les genoux, les jambes, les bras et les mains. Une pluie de coups très durs pendant une longue journée, sans pitié. Je pensais encore une fois que j’allais rendre l’âme. On voulait de moi des aveux sur la Djaz’ara, que je ne connaissais pas, et la position (fictive) que j’étais censé occuper en son sein. On m’a fait parler du Bina’ El-Hadari, de sa composition, de sa structure et de ses objectifs.
À la fin de la journée, on m’a donné une tasse de café et du pain. J’avalais difficilement le pain avec le café. On m’a laissé, enfin, gisant sur le sol de ma cellule.

La journée du 30 juin 1994 a été semblable à la précédente ; même technique de torture toute la journée. Elle m’a semblé encore plus longue. Des flagellations de cette journée je garderai beaucoup de traces sur tout le corps, dont certaines resteront indélébiles. Le soir venu, les tortures ont cessé et on m’a donné deux morceaux de pain avec des petits suisses.
On m’a annoncé que la première partie des interrogatoires était terminée et qu’il restait la deuxième. Je n’avais plus rien d’autre à faire qu’à m’en remettre à Dieu le Maître de l’univers.
Rien à signaler le 1er juillet 1994. Ma chemise et mon pantalon, déjà très sales, puaient le sang qui coulait des multiples blessures de mon corps.

Le 2 juillet 1994, on m’a fait monter aux étages supérieurs pour la signature d’une première partie du procès-verbal. On m’a remis un maillot et un pull pour pouvoir me changer et laver mes vêtements. Pas de soins, bien que j’en aie demandé.
Le 3 juillet 1994, longue discussion autour de l’espionnage entre les Russes et les Américains, histoire de me préparer pour le prochain interrogatoire.
On m’a accusé à la fin d’être un espion, en me précisant que la rencontre avec Bellahrèche et Lamdjadani dans une villa à El-Mouradia était une réunion d’espionnage au profit de la CIA. On m’a demandé de réfléchir encore sur des réunions éventuelles que je n’aurais pas encore révélées.

P.S. : J’ai oublié d’évoquer une confrontation la semaine d’avant avec Benhalima, durant laquelle j’ai affirmé qu’il n’y était pour rien.
Le 4 juillet 1994, j’ai lavé ma chemise et mon pantalon très difficilement avec un petit peu d’omo que le policier « calme et gentil » m’avait remis. J’ai demandé un peu d’eau de javel pour aseptiser mes plaies. Deux jours après seulement, un gardien qui avait remarqué mon piteux état m’a remis un petit peu d’eau de javel. Ce sera le seul « médicament » à ma disposition.
Mon état général a commencé à se dégrader sérieusement. J’étais très affaibli et souffrais beaucoup : écoulement nasal purulent, plaies infectées suite aux traumatismes provoqués par les coups et les blessures, douleur oculaire aiguë, baisse de vision de l’œil gauche suite aux coups de poing sur les orbites, bourdonnement dans les oreilles et baisse de l’audition par suite de la pénétration de grandes quantités d’eau dans mes oreilles lors des supplices du chiffon, insensibilité du dos des mains en raison du serrement des menottes, insomnies dues aux douleurs permanentes au niveau des os et des articulations à cause du sol en ciment de la cellule.

La meilleure consolation que j’avais pendant ces moments de mon existence était l’invocation du Seigneur, Maître des mondes, que je sentais très proche de mon âme. La lecture du Coran est un remède indéniable. Je priais Dieu de toutes mes forces, et en larmes, pour que cessent l’injustice et l’escalade des tortures à mon encontre et à l’encontre de tous les croyants.
Le 5 juillet 1994 est la fête de l’Indépendance. Aucune nouvelle de ce qui se passe dehors. Vers probablement dix heures du matin, les gardiens ont fait monter à l’étage au-dessus tous les détenus des cellules du sous-sol, dont moi-même. Nous sommes montés en file indienne, les yeux bandés. Nous étions à peu près une dizaine. On nous a enfermés dans une cage de deux à trois mètres carrés avec des fenêtres grandes ouvertes, laissant apparaître, à travers les bâtisses, un morceau de ciel. J’étais heureux de respirer quelques bouffées d’air pur, même si nous étions entassés.

J’ai aperçu le Dr Lafri que j’ai reconnu difficilement, tant il avait changé. « Pardon Saïd », m’a-t-il lancé. « C’est sous les tortures que j’ai imaginé un scénario. Je me suis rappelé de mes anciens camarades de lycée comme toi et Sidhoum, et c’est ainsi que je vous ai impliqués tous les deux dans les activités terroristes qui n’ont jamais existé. » Il m’a appris aussi que c’est lui qui, contraint, était venu avec la brigade spéciale le 19 juin 1994, près de mon domicile, et qu’ainsi j’avais été kidnappé avec deux de mes enfants vers 14 heures. Il m’a affirmé qu’il avait, par la suite, nié plusieurs fois ses aveux, mais en vain. J’ai réalisé alors l’ampleur de l’acharnement de mes tortionnaires, qui voulaient à tout prix que je confirme les déclarations de Lafri. Mais comme je les ignorais, je n’avais d’autre choix que d’imaginer des déclarations encore plus fausses pour échapper aux tortures.

J’ai reconnu un autre ami encore, le Dr Lamdjadani, spécialiste en épidémiologie, qui travaille au ministère de la Santé. Il souffrait des hémorroïdes, ne mangeait rien et n’avait évidemment aucun médicament. Un informaticien nous a raconté qu’il en était à son quatre-vingtième jour d’incarcération et de torture, et qu’il avait échappé à la mort. Mais il avait vu ailleurs des gens mourir d’une mort atroce sous des tortures inimaginables : scie, chalumeau, étranglement, technique du chiffon, etc.

D’autres racontaient des techniques de torture encore plus horribles ! Mon Dieu ! Tous ces crimes se déroulent en silence dans les caves et les cellules des brigades de gendarmerie, des commissariats, etc.

Enfin, tard dans la soirée, chacun a regagné sa cellule du sous-sol. Solitude, odeurs nauséabondes. Je les ressentais avec plus d’acuité.
Le matin du 6 juillet 1994, on m’a fait monter au dernier étage, ou à l’avant-dernier peut-être, pour la suite du procès-verbal. Je ne devais rien nier sinon les tortures reprendraient aussitôt. L’un de mes tortionnaires – celui à la voix grave qui m’avait donné des petits suisses à la fin d’une longue journée de tortures – me voyant souffrir de toutes parts m’a posé la question suivante :
– Ton père est bien un chahid, n’est-ce pas ?
– Oui, ai-je répondu.
– Il a bien été torturé par les Français ?
– Evidemment !
– Qui, de toi ou de ton père, a été le plus torturé ? m’a-t-il encore demandé.
J’ai hésité avant de répondre, car je pensais qu’il n’y avait pas de grande différence ; mais je lui ai quand même dit :
– Je crois que c’est mon père qui a été le plus torturé.
– Tu vois ! a-t-il rétorqué, satisfait de ma réponse.
Il voulait dire que les tortures actuelles étaient nettement moins violentes. Mais en fait, quelle différence quand meurt aujourd’hui, sous la torture, comme mourraient auparavant, pendant la guerre, sous la torture, des moudjahidine ? Je me suis souvenu alors de la lettre de Maître Vergès qui résume parfaitement le drame algérien : Lettre à mes amis algériens devenus tortionnaires.

Du 7 au 12 juillet 1994, j’ai été maintenu dans ma cellule jour et nuit. Je m’occupais tant bien que mal de mes blessures qui me faisaient de plus en plus mal. Je souffrais surtout d’un coup très dur à la tête, de l’œil gauche dont la vue avait fortement baissé, de la main droite que je ne pouvais plus replier, et de mon dos.
Le 13 juillet 1994, nous étions quelques détenus à monter pour achever le P.V. Plusieurs déclarations extorquées sous la torture ne m’ont pas été soumises. J’ai signé le P.V., comme auparavant, les yeux bandés. Plus tard, l’avocat m’apprendra que tous les points précédents ont été reproduits de manière encore plus amplifiée.
Je souffrais beaucoup de mes blessures. Un des agents m’a nettoyé les plaies et m’a mis du mercurochrome. Après quoi nous sommes retournés dans nos cellules.
Les 14, 15 et 16 juillet 1994, on m’a laissé dans ma cellule, souffrant de plus en plus de mes blessures. Le soir du 15, nous sommes passés à quelques-unes devant le photographe. On a aussi relevé nos empreintes digitales.

Nuit du 16 au 17 juillet 1994. En principe, je m’attendais à partir le lendemain pour être présenté au juge d’instruction. Mais on m’a fait monter au dernier étage pour une discussion avec les chefs. J’ai nié les déclarations extorquées sous les tortures, mais on m’a répondu que j’avais parlé librement. Alors, de peur de retourner aux tortures, j’ai repris ce que l’on m’avait fait dire auparavant. Après cela, on m’a renvoyé dans ma cellule.
Quelques instants après, vers minuit probablement, on a ouvert la porte de ma cellule. J’étais ahuri. J’imaginais qu’on allait peut-être me conduire vers un autre endroit pour d’autres tortures. J’étais, à vrai dire, pétrifié. On m’a installé à l’arrière d’une voiture qui a démarré. Je n’ai rien compris. Après un quart d’heure, on m’a fait descendre, les yeux toujours bandés, jusqu’à ce que l’on soit rentré dans un bâtiment. J’ai entendu alors parler d’une fiche médicale à m’établir, et j’ai compris que j’étais dans une salle d’urgence, probablement celle d’un hôpital, pour des soins. J’ai respiré profondément, soulagé de ne pas avoir été conduit dans un lieu de torture. Une dame s’est présentée. Elle a soigné ma main droite en fermant par plusieurs points de suture une déchirure profonde. Elle a préféré que les blessures de la tête soient d’abord examinées par un neuro-chirurgien. Celui-ci a tardé à venir, et on m’a dit qu’il était trop tard pour opérer les déchirures au niveau du crâne. Mes tortionnaires m’ont ramené dans ma cellule du sous-sol.
Le 17 juillet 1994, j’ai été présenté devant le juge d’instruction près la cour spéciale d’Alger ; j’ai été mis sous mandat de dépôt et incarcéré à la prison d’El-Harrach.

Moulay Mohamed Said
Prison d’El-Harrach, 25 juillet 1994

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CHADLI PARLE DE L’ASSASSINAT-EXECUTION DE CHAABANI

Posté par algeriedemocratie le 24 décembre 2008

voudraient faire croire que Chadli Bendjedid voudrait brouiller les cartes, ou qu’il voudrait influer sur les convulsions politiques actuelles, ou qu’il se proposerait comme une alternative à ce que certains appellent « la crise », j’estime qu’il est de mon devoir de préciser les principaux points contenus dans ma longue intervention à El-Tarf, corriger certaines erreurs et remettre les questions soulevées dans leur véritable contexte », explique Chadli pour justifier son texte.
« Ce qui a été publié dans certains quotidiens nationaux comme articles et comptes rendus sur mon intervention à El-Tarf devant mes compagnons d’armes de la base Est et des étudiants du centre universitaire est la meilleure preuve (que) les débats autour de questions sensibles prennent, fort malheureusement, chez nous, dans la majorité des cas, le caractère d’un débat stérile, du verbiage de bas étage, d’un règlement de comptes et de l’insulte..Certes, je ne blâme pas les correspondants locaux pour les erreurs qu’ils ont commises dans la transcription des passages de mon intervention, et de les avoir sortis de leur contexte. C’est peut-être dû au fait qu’ils n’étaient pas assez informés sur les faits historiques de la révolution pour la libération. Mais je fus énormément surpris par la violence des attaques contenues dans certains articles sur ma personne et sur la période de gestion des affaires de l’État, donnant l’impression que des ficelles seraient tirées par des parties occultes qui n’ont pas intérêt à ce que Chadli Bendjedid parle.  »
Le reste de la contribution se veut une clarification historique. L’ancien chef de l’Etat insiste sur le complot Lâamouri, les déserteurs de l’armée française, le procès de Châabani et le suicide de Saïd Abid.

A propos des déserteurs de l’armée française

 » Le général De Gaulle avait tenté d’infiltrer la Révolution par tous les moyens, conformément à la politique du bâton et de la carotte. La promotion Lacoste fut la consécration de la stratégie d’infiltration de l’ALN. Après la désertion d’un groupe d’officiers algériens que Krim Belkacem a rattachés à son ministère, et furent chargés d’appliquer la stratégie du commandant Idir qui n’avait pas pris en compte les réalités du terrain, et a placé ces officiers à la tête de bataillons. Mais les moudjahidine les ont refusés et ont chassé certains d’entre eux. L’instance de la direction du trio à imposer ces officiers a causé l’éclatement de plusieurs tentatives de rébellion, à l’instar de la rébellion de djebel Châambi, ou celle de Hamma Loulou, ou encore la reddition de Ahmed Hambli.
Pour ce qui concerne Khaled Nezzar, Mohamedi Saïd l’avait envoyé à la première région dont j’étais responsable en tant que conseiller militaire. Mes adjoints dans la région l’ont refusé au début. Mais j’ai réussi à les convaincre de la nécessité de respecter les ordres de la hiérarchie. Il est resté avec nous, en dépit du fait que nous sachions qu’il travaillait pour le compte du gouvernement provisoire.

A propos du procès de Châabani

C’est moi qui ai fait avorter la rébellion de Châabani lorsque j’étais commandant de la Ve Région militaire. J’ai ensuite constitué un tribunal révolutionnaire pour le juger. Boumediene m’a contacté pour me dire : « Le président Ben Bella m’a désigné membre de ce tribunal au côté de Saïd Abid et de Abderrahmane Bensalem. » Boumediene a ajouté : « Le Président vous demande de le condamner à mort, et si tu ne me crois pas, contacte le Président dès que tu arrives à Alger et il te dira la même chose. » J’ai cru Boumediene, car il n’avait pas l’habitude de me mentir. Je voudrais, ici, rectifier de fausses informations qui ont été publiées sous forme de témoignages dans la presse nationale selon lesquelles Ahmed Benchérif, Ahmed Draia et Ahmed Abdelghani étaient membres de ce tribunal, ce qui est faux.
Le tribunal a été constitué par les officiers cités ci-dessus et il fut présidé par un juge civil d’Alger, nommé Zertal. Nous sommes allés à Oran où Châabani était emprisonné avec un autre groupe de prisonniers politiques à la prison de Sidi El-Houari, dont Mohamed Khobzi, Mohamed Djeghaba, Hocine Sassi, Tahar Lâadjal, Saïd Abadou, Ahmed Taleb El-Ibrahimi et d’autres opposants à Ben Bella.
Le procès n’a pas duré longtemps. Après délibération, Châabani fut condamné à mort pour tentative de rébellion contre le pouvoir et d’incitation à la zizanie au sein de l’armée. Après le prononcé du verdict, nos regards se sont croisés, et j’ai été saisi par un sentiment selon lequel aucun d’entre nous n’était convaincu de cette lourde sentence. C’est pourquoi nous avons demandé à Châabani d’introduire une demande de grâce auprès du président Ben Bella. Il nous a dit, l’air abattu : « Demandez-le, vous, en mon nom. »
Nous avons chargé Saïd Abid, en tant que commandant de la 1re Région, de le faire et de prendre attache avec Ben Bella. Mais Ben Bella a non seulement refusé catégoriquement notre requête, mais a insisté pour l’application de la sentence telle que décidée par le tribunal, considérant que le verdict ne pouvait donner lieu à un pourvoi en appel. Lorsque Saïd Abid nous en a informés, je lui ai dit : « Demande la grâce en notre nom, nous les officiers, et dis au Président que Châabani est un moudjahid et un compagnon d’armes. Tu nous as ordonné de le condamner à mort. Nous l’avons fait. Et nous croyons qu’il ne le mérite pas. Il te demande à présent de commuer sa peine de mort en peine de prison. »
Lorsque Saïd Abid l’a contacté de nouveau, Ben Bella lui a répondu nerveusement : « Je vous ai dit exécutez-le cette nuit. » Il a insulté Saïd Abid et a même insulté sa mère, et lui a dit : « Je t’interdis de me contacter une autre fois », et il a raccroché. Le 3 septembre, Châabani fut exécuté à l’aube dans une forêt près de Canastel, en présence des membres du tribunal. Des membres de la Gendarmerie nationale ont également assisté à l’exécution. Il y avait une forte présence de la Gendarmerie nationale. J’ai compris alors qu’ils craignaient qu’on le fasse sortir avant l’exécution. Après l’exécution, ils ont mis son cadavre dans un cercueil et a été enterré dans un endroit inconnu.
On m’a dit, par la suite, que Ben Bella s’apprêtait le lendemain à partir au Caire et lorsqu’il a lu dans les journaux l’annonce de l’exécution de Châabani, il s’est écrié : « Dommage ! comment ils ont exécuté un jeune officier comme Châabani ? »

A propos du suicide de Saïd Abid

Après l’échec du coup d’État de Tahar Zbiri, Saïd Abid fut retrouvé mort dans son bureau. Des rumeurs avaient circulé, à l’époque, disant qu’un commando l’aurait assassiné, d’autres accusaient Slimane Hoffmann de l’avoir exécuté et d’autres rumeurs encore qui circulent dans pareilles circonstances. Les commandants des bataillons de la Ire Région ont cru à la rumeur de l’assassinat de Saïd Abid. Ils ont organisé des sit-in dans les casernes et y ont fermé les portails, interdisant l’accès à toute personne, annonçant ainsi leur non-reconnaissance du pouvoir en place.
Boumediene était sage. Il ne s’est pas emporté et n’a pas fait recours à la force, parce qu’il était conscient de la dangerosité de la situation. Il a tenté de calmer la situation et m’a contacté pour me demander de les convaincre de renoncer à ce qu’ils sont en train d’entreprendre. J’ai réussi à convaincre les commandants des bataillons de mettre fin à la rébellion et je me suis engagé, avec eux, à enquêter sur la mort de Saïd Abid.
Je suis allé au domicile de Saïd Abid. Sa femme m’a raconté les détails de la dernière communication téléphonique qu’elle a eue avec lui et m’a confirmé qu’il s’est effectivement suicidé après les pressions exercées sur lui par les partisans de Tahar Zbiri.

Par Chadli Bendjedid (Traduction : Azzeddine Bensouiah- LIberté)

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Les Généraux Algériens

Posté par algeriedemocratie le 22 décembre 2008

Affaires Des Généraux Le cours de l’histoire de l’Algérie a changé par la survenue de nombreux événements en une période de temps relativement courte. La métamorphose que l’armée a subit y a largement contribué. Dans une première phase, l’ANP a connu une série de changements profonds entre janvier 92, date du coup d’état contre Chadli Bendjedid et juin 92, date du meurtre de Mohamed Boudiaf, et qui se sont traduits par l’éloignement des « hommes » de Chadli des postes stratégiques. Les changements les plus importants sont survenus après l’assassinat du président Boudiaf, et c’est cette période critique qui a été la plus mouvementée et sans doute la plus sanglante de toute l’histoire de l’armée, surtout durant l’année 1997.Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter un peu dans le temps et plus précisément à la période qui a précédé les événements d’octobre 88; à cette époque mouvementée, les services de la sécurité militaire (DCSM) étaient en pleine décomposition suite à une série de décisions pseudo-politiques assassines prises à la fin des années 80.

Le Syndrome Belkheir

Larbi Belkheir qui était alors chef de cabinet de Chadli Bendjedid en charge de la question « Sécurité Nationale » avait tout fait pour diminuer de l’efficacité des services secrets ou du moins canaliser leur travail. Pour se faire, il avait réussi à convaincre Chadli de la nécessité d’une restructuration des services secrets en vue d’un meilleur contrôle des structures de l’état. Larbi Belkheir savait plus que quiconque qu’il fallait diviser pour durer, et diviser les services secrets n’était pas tâche facile et surtout pas à la portée du premier venu. C’était la raison pour laquelle il avait présenté son projet sous l’optique du modernisme occidental et du souci sécuritaire; en réalité, Chadli Bendjedid avait approuvé cette mesure, parce qu’elle allait le conforter dans son poste, mais aussi parce qu’il fallait absolument séparer Kasdi Merbah (l’homme qui l’avait amené au pouvoir) de ses anciens contacts qui étaient restés actifs au sein de la DCSM.

Le général Medjdoub Lakhal Ayat qui avait été désigné à la tête de la direction centrale de la sécurité militaire (DCSM) après le départ de Kasdi Merbah, était un personnage tout à fait contraire à son prédécesseur. Ex-officier de l’armée française tout comme Chadli, sa passivité et son attachement au service de la personne de Chadli avaient été des facteurs décisifs pour sa nomination à la tête de la SM. Lakhal Ayat était tout à fait acquis aux thèses révisionnistes de son ami Larbi Belkheir, et avait accepté la division de la DCSM ainsi que la suppression de certains de ses plus importants services sans difficultés face aux insistances de Larbi Belkheir. C’était à cette occasion que le fameux service de la prévention économique (Le PE, une sous direction de la DCSM en charge des investigations de crimes économiques, détournements, malversations, corruption… etc) avait été dissous, à cause du nombre important d’affaires que le service traitait et envoyait pour être jugées à la court des comptes d’une part, mais surtout à cause de la qualité des personnes mises en cause par les investigations du service dans ces affaires et qui venaient de mettre à nu le noyau de ce qui sera quelques années plus tard connu sous le nom de la mafia politico-militaire.
En réalité, au lieu de présenter à la justice les personnes mises en examen pour ce qui était à l’époque considéré comme un délit très grave, les choses ont été simplifiées par l’élimination d’un service tout entier par une simple décision politique; la porte était alors grande ouverte devant tous les rapaces qui n’ont pas perdu leur temps depuis.

Tout cela n’était qu’un des objectifs primaires fixés par Larbi Belkheir, et non pas le plus important, il avait même réussi à imposer l’idée que le nouveau service qui remplaçait la DCSM avait besoin de jeunes cadres et que les anciens étaient bons pour la retraite, et ainsi des centaines de cadres de la DCSM furent mis à la retraite anticipée ou affectés vers d’autres secteurs et remplacés par de jeunes recrues sans la moindre expérience. La passation du savoir n’a jamais eu lieu entre les deux générations du service.

Suite à cela, Chadli Bendjedid avait officialisé le projet de Belkheir par un décret présidentiel, et deux services avaient en effet vu le jour :

    * La Délégation Générale à la Documentation et à la Sécurité (DGDS), service responsable de la sécurité intérieure et extérieure du pays, constitué d’anciens cadres de la DCSM (les plus rapprochés de Lakhal Ayat et donc de Belkheir) et d’autres recrutés du civil sur concours ou recommandation.

    * La sécurité de l’armée (DCSA) qui avait pour mission la sécurité de l’armée avec pour seule recommandation de ne pas se mêler des affaires qui relevaient du secteur de la Sécurité intérieure, de la sécurité présidentielle, du secteur économique et surtout de la sécurité extérieure. En réalité la SA qui avait du temps de Merbah les pleins pouvoirs (puisqu’elle avait pour mission la sécurité de toute l’armée et par conséquent celle de toute la nation), était reléguée au second plan, celui de simple policier de l’ANP et de simple conseiller à la sécurité nationale.

La fracture était profonde et les mécontents au sein même de la DCSA étaient nombreux, il était dur pour eux d’accepter après des années de loyaux services d’être mis sur une voie de garage. Les cadres de la DCSA avaient refusé cette politique des demi-mesures et avaient tout fait pour désobéir aux ordres reçus (avec la bénédiction de certains chefs) en travaillant sur des affaires qui relevaient désormais de la compétence de la DGDS malgre un appauvrissement très important en moyens materiels décidé par le commandement. La guerre des services commençait à faire rage, chaque service voulait s’imposer sur le terrain, et les potentialités des services opérationnels des deux côtés étaient par conséquent détournées de leurs vraies missions et les décideurs pouvaient ainsi faire des affaires sans être inquiétés.

C’est grâce à la conscience de certains cadres de la DCSA que l’affaire « Mouhouche » par exemple avait vu le jour. Toutes les investigations avaient été faites dans le secret le plus absolu, le prénommé Mouhouche avait été trouvé coupable de détournement de plusieurs millions de dollars avec son complice Toufik Bendjedid (le fils aîné de Chadli), et c’était Larbi Belkheir qui avait donné un coup de pousse à Toufik Bendjedid pour l’obtention du prêt bancaire en devises auprès de la BEA. Quand l’affaire avait été rendu publique, Larbi Belkheir avait réussi à soustraire le fils de Chadli à la justice en l’envoyant par avion spécial à son oncle, en poste au Venezuela, et le petit capitaine procureur militaire de l’époque en l’occurrence le capitaine Belkacem Boukhari (devenu général après la condamnation des leaders du FIS en 90) avait été relevé de ses fonctions à Blida après avoir demandé à écouter Toufik Bendjedid. Il n’avait eu que les insultes de Belkheir au téléphone, avec l’arrogance qui était bien celle de ce dernier.

Belkheir avait joué le rôle de sauveur pour Chadli qui lui cédait la gestion des affaires de l’état un peu plus chaque jour. Une autre affaire avait encore fait du bruit, incriminant l’un des bras droits de Belkhier ; ce dernier l’avait nommé comme directeur de Riadh El Feth (et avant cela comme responsable du projet de contruction de tout le site), le colonel Hocine Senouci avait géré le complexe pour son propre compte et pour celui de Belkheir allant même jusqu’à imprimer des tickets d’entrée pour le centre et qui rapportaient chaque jour des dizaines de milliers de dinars (cash reversé aux comptes des deux complices). Senouci fut arrêté par la DCSA puis relâché sans la moindre poursuite mise à part une réaffectation par Belkheir à la présidence de la république avec quelques millions de dinars en poche. Belkheir avait évoqué un vice de forme de la procédure: la DCSA n’etant pas autorisé à gérer ce genre de dossier qui était désormais clos. Les affaires qui mettaient à nu Belkheir étaient nombreuses, mais les pressions étaient trop fortes et parfois insupportables; à chaque fois qu’une affaire apparaissait, des sanctions suivies de mutations étaient prises contre les officiers qui avaient fait du zèle!

Quelques mois avant les événements d’octobre (mis en scène par Larbi Belkheir & CO pour liquider le FLN des sphères du commandement de l’état au profit de la présidence), les services opérationnels de la DGDS (plus tard DGPS) étaient en plein délabrement. Dotés de nouvelles recrues sans expérience aucune, les services de renseignement en général avaient perdu leur efficacité habituelle ; même le travail qui était fait n’avait plus aucune relation avec la sécurité de l’état, et la plupart des dossiers traités, était ordonnée par le commandement et concernait des personnes bien précises. Ce travail était appelé au sein du service opérationnel : enquêtes de sécurité; leur seul but était la collecte d’informations capables de servir à court ou long terme comme moyens de pressions et de manipulations d’objectifs civils et militaires ! Un objectif visé était une cible atteinte même s’il fallait faire toute une mise en scène pour faire tomber la personne en question.

Comme la compromission a toujours été le meilleur moyen de contrôle et de manipulation des sujets intéressants, Larbi Belkheir aidé par Lakhal Ayat, avait réussi de la sorte à construire une base de données très solide, visant à contrôler toute la classe politique du pays, tous bords confondus.

Suite à la maladie inopinée du gènèral Lakhal Ayat, ce dernier avait demandé au président Chadli de prendre sa retraite. C’était le général Mohamed Betchine qui fut nommé par Chadli en personne au poste de directeur de la DGPS. Chadli avait pensé remplacer plus tard Larbi Belkheir par Betchine, comme il devait le faire quelques années auparavant par le géneral Bouceta, Mais Larbi Belkheir était toujours en alerte et savait agir le moment venu.

En arrivant aux commandes de la DGPS (Direction Générale de la Prévention et Sécurité), après avoir passé plus d’une année à la tête de la direction centrale de la sécurité de l’armée (DCSA), le général Mohamed Betchine s’était vite entouré (comme de coutume), d’officiers en qui il avait confiance et sur lesquels il pouvait compter. La sensibilité de son nouveau poste lui avait imposé certains changements qu’il avait vite opéré à la tête des sous directions de la DGPS, en commençant par les plus sensibles, à savoir le service opérationnel ANTAR à Ben Aknoun, la DDSE, les finances et le chiffre.
Il était impératif pour Betchine de faire un peu le ménage dans cette nouvelle direction qui avait souffert suite à la division de la direction mère (DCSM), et plusieurs officiers à la réputation douteuse ont été purement invités à faire valoir leur droit à la retraite anticipée. Parmi ces officiers figurait le lieutenant colonel Smain Lamari, qui a été chassé par Betchine en personne de son bureau au siège de la direction de la DRS à Dely-Ibrahim après que Smain soit venu demander à son nouveau chef la reconsidération de cette décision.
Smain Lamari dit Elhadj avait alors demandé secours à Larbi Belkheir (avec qui il avait construit avec le temps des liens étroits) qui le sauva ainsi d’une triste fin en le nommant auprès de lui à la présidence de la république.

Comme Betchine lui-même était un officier issu de l’armée régulière, il était biensûr évident que les officiers qu’il voulait auprès de lui soient pour la plupart de la même origine, le reste des officiers furent puisés dans les effectifs de la DCSA où il avait réussi à se construire une base d’appui avec des éléments comme le commandant Abdelhak Benzlikha alias Commandant Abdelhak qui était directeur du CPMI dans la période où Betchine était à la DCSA, et qui avait suivi Betchine à la DGPS et avait pris le commandement du centre opérationnel ANTAR.
Tant que Betchine était à la tête de la DCSA, il était loin des pressions exercées par les différents acteurs du pouvoir, mais au moment où il est passé à la tête de la puissante DGPS, il fut astreint à plus d’obligations dont la plus rude était de rendre des comptes à Larbi Belkheir. Les deux hommes étaient courtois au début mais très vite cette courtoisie avait cédé la place à la discorde et à la mésentente; Larbi Belkheir voulait que tout le monde lui rende des comptes avant le président de la république et donnait même des ordres à Betchine qui n’était pas une personne à faire les petites courbettes face à ce moudjahid de seconde classe qu’il considerait en fait comme un homme au passé douteux.

En novembre 89, Belkheir avait réussi son premier coup de stratège, en réussissant à convaincre Chadli Bendjedid de limoger Kasdi Merbah de son poste de Premier ministre sous prétexte d’une tentative de coup d’état que Kasdi préparait avec l’aide de Betchine d’une part, et de nommer Mouloud Hamrouche qui était le secrétaire général de la présidence (ami personnel de Betchine et rival de Belkheir au siège de la présidence) au poste de Premier ministre à la tête du nouveau gouvernement d’autre part; il venait ainsi de se consacrer maître absolu de la présidence de la république en accumulant le poste de chef de cabinet et celui de secrétaire général. Kasdi Merbah ne pouvait pas du tout imaginer qu’un officier de seconde zone comme Larbi Belkheir pouvait réussir toutes ces combines et avoir raison du maître de l’intelligence en Algérie, mais plus grave encore, il était loin de se douter que ce même officier allait ordonner sa liquidation physique quatre ans plus tard alors que Merbah préparait sa revanche avec le président Mohamed Boudiaf.

Grand calculateur ou génie du mal, Larbi Belkheir préparait son dauphin Mohamed Mediene qu’il avait plaçé à la tête de la DCSA après le départ de Betchine en 1990, pour prendre sa chance. Quand Larbi Belkheir ne pouvait plus contrôler Betchine, il était très facile pour lui de convaincre une fois de plus Chadli de le remplacer. Le candidat au poste de la nouvelle direction unifiée DGPS-DCSA (Appelée DRS par décret présidentiel une fois de plus) était fin prêt ; le général Mediene Mohamed Alias Toufik, un produit fait maison que Belkheir avait façonné comme un artiste. Toufik était chef de sécurité au bureau de la 2ème région militaire à Oran (DRSM2) au moment où chadli était chef de région, les deux hommes se rencontraient très souvent autour d’une table pour jouer aux cartes avec entre autres Belkheir. Toufik était déjà à cette période très proche de Chadli qu’il couvrait vis-à-vis de la DCSM. Chadli avait eu des altercations avec l’officier prédécesseur de toufik au poste de DRSM2 parce que l’officier en question faisait son travail et menait des investigations sur l’enrichissement illégal de certains notables à Oran intimement liés à Chadli. La nomination de Toufik était une aubaine et les trois hommes ne se quittaient jamais.

Smain Lamari a été promu après le départ de Betchine au grade de Colonel et nommé plus tard à la tête de la DCE (Direction du Contre Espionnage). Larbi Belkheir avait réussi (façon Frankenstein) à créer les deux monstres les plus redoutables de toute l’histoire de l’Algérie; sa seule motivation était l’enrichissement personnel et la protection de ses biens. Des années plus tard, les produits de cette macabre science du complot, surpassèrent le maître et restent encore à ce jour à leurs postes.

De Chadli à Zeroual

A la fin de l’année 1991, lorsque la situation en Algérie était bouillante, Le général Mohamed Lamari, alors chef des forces terrestres à l’état major de l’ANP, s’était distingué par son opposition à la politique pro-islamiste du président Chadli qu’il critiquait ouvertement dans les sphères du commandement de l’armée, et plus grave encore, il faisait même du lobying parmi les chefs de l’ANP et appelait au renversement de Chadli par la force. Ses cris étaient tellement forts qu’ils étaient même arrivés à la population civile qui parlait dans la rue de l’imminence d’un coup d’état contre Chadli. Le président de la république eut biensûr connaissance de ces rumeurs qu’il savait fondées, et devant la montée de la pression au sein de l’armée, il demanda au chef de la garde républicaine, le général Mohamed Dib, des informations sur la capacité du corps de la garde républicaine à contrecarrer un coup d’état. La question était surprenante pour le général Dib qui répondit par son incompétence à protéger le siège de la présidence sans l’appui d’armes lourdes car celles-ci avaient été reversées à l’état major de l’ANP au mois d’octobre 91, sur les ordres de Chadli lui-même. Chadli s’étonna de cette réponse qui lui fut confirmée par Larbi Belkheir; Ce dernier lui avait fait signer l’ordre sans même qu’il ne s’en aperçoive.

Partisan farouche de la prise ouverte du pouvoir par l’ANP « comme au Chili », Mohamed Lamari agaçait Khaled Nezar par son arrogance et son indiscipline. Le terme « coup d’état » était un tabou dans le langage militaire, lourd de conséquences, mais Mohamed Lamari fonçait la tête baissée sans réfléchir, et au lieu de faire passer l’éviction de Chadli comme une décision volontaire et réfléchie de démission (pour diminuer l’effet à l’échelle nationale et internationale), les gesticulations de Mohamed Lamari avaient contrecarrer cela et le monde entier parlait de coup d’état militaire, pire il avait donné un argument de taille aux opposants de tout azimut : « l’illégalité », ce qui lui avait valu d’être demis de son poste de CFT le 19 avril 1992, et nommé à un poste fantôme de « conseiller au MDN ». Presque tout de suite après, il fut invité à faire valoir son droit à la retraite.

Après la liquidation de Boudiaf, l’ANP fut frappée de plein fouet par les retombés politiques et médiatiques de cette affaire. Le climat au sein de l’institution militaire était des plus électriques, et le fait qu’une poignée de généraux au sommet de cette même hiérarchie ait eu une telle initiative, était une chose tout à fait inadmissible mais surtout dangereuse pour l’avenir de l’ANP. Plusieurs officiers de haut rang s’étaient joints pour condamner ouvertement l’attitude laxiste du ministre de la défense, Khaled Nezar, face à la situation ainsi que celle des services en charge de la sécurité du président.

Ce qui était très grave, est que la situation était sans précédent et que pour la première fois au sein même de l’ANP, des officiers avaient osé critiquer et exprimer ouvertement leurs refus et leur indignation face à un tel acte. L’image était très claire et les suspicions d’un complot n’avaient nul besoin de subsister puisque la certitude était acquise pour une bonne partie du personnel militaire. Pour la nouvelle génération d’officiers, combattre le terrorisme était une mission que l’armée pouvait endosser sans hésitation, mais liquider Si Tayeb, un des piliers de la révolution était tout à fait contraire aux principes même de fondement de l’ANP.
Les généraux Khaled Nezar, Mohamed Touati et Toufik étaient dépassés par les répercutions de l’opération Boudiaf, et avaient très certainement misé sur l’esprit de rigueur militaire et le respect hiérarchique pour contenir toute forme de mécontentement. Le contraire s’était produit, et l’effet était dévastateur : la perte de confiance dans le commandement de l’armée était palpable, ce qui avait obligé les responsables à convoquer, en toute urgence, le conseil de la défense (Chefs de corps et régions militaires ainsi que les différents chefs d’états majors et les inspecteurs) au cinquième jour de l’assassinat du président Boudiaf.

Le jour de la réunion, la gravité de la situation pouvait se mesurer par le poids du silence qui régnait dans la salle de réunion située non loin du bureau du ministre de la défense. Les généraux responsables de la crise en l’occurrence Khaled Nezar, Mohamed Mediene, Mohamed Touati, Mohamed Ghenim, Abdelmalek Guenaizia et BenAbbes Gheziel étaient assis en face du reste des cadres de l’ANP. Nezar et Toufik s’adressèrent successivement aux responsables de l’ANP sur un ton ferme et plutôt autoritaire qui soulignait bien le criticisme du moment et des assurances furent données pour que la justice puisse faire son travail avec le plus de transparence possible (en respectant le secret militaire). Il était bien évident à l’expression affichée par certains visages présents à cette réunion, que les arguments déguisés et les assurances présentées par le ministre et son responsable des services de la DRS étaient loin de convaincre, et cachaient mal une magouille qui sentait le sang.

Quand la parole fut donné aux membres présents, de rares officiers avaient osé s’exprimer demandant des sanctions allant jusqu’à la démission de tous les responsables du corps de la sécurité « comme cela se fait dans toutes les armées du monde », parmi lesquels, le général Hocine Benhadid, le plus jeune général de l’ANP, le général Khelifa Rahim, chef de la deuxième région militaire et Le général Yahia Rahal, inspecteur des forces aériennes. Le général Toufik ne pardonna jamais au général Benhadid de s’être exprimé en premier comme l’aurait fait un fervent opposant à la politique des généraux putschistes, mais aussi et surtout d’avoir osé demander au ministre de la défense de prendre ses responsabilités et de sanctionner les responsables à haute échelle pour préserver la réputation de l’ANP.
Même le général Mohamed Touati avait essayé d’y mettre du sien en banalisant la situation qu’il trouvait tout à fait normale vu l’infiltration de l’ANP par des éléments adhérant au courant islamiste; Boumaarafi était un exemple typique selon lui et pour palier a cette faille, il fallait selon ses termes « faire un peu le ménage dans la maison et sectionner tous les membres malades; « Si ton bras droit te gêne alors coupes-le ». Certains officiers ne partageaient pas l’idée de ce « ménage » et ils le firent savoir; chaque mot prononcé, résonnait comme un obus dans la salle!

Face au silence du chef d’état major Abdelmalek Guenaizia, Khaled Nezar finit par perdre son sang froid; ses dernières paroles étaient des menaces très claires contre tous ceux qui mettraient en danger l’unité du rang militaire. Les rares opposants avaient reçu des réponses en messages à peine voilés ; une nouvelle aire avait commencé pour les officiers de l’ANP. Le seul officier qui avait prit la parole après le ministre de la défense était le général Mohamed Lamari; son allocution n’avait pour objectif que le soutien inconditionnel des mesures proposées par Touati et s’était même permis de proposer à Khaled Nezar de prendre les rênes du pouvoir; les civils selon Mohamed Lamari étaient des bons à rien, indisciplinés qui ne pouvaient rien faire d’eux-mêmes ; le peuple algérien qu’il appelait, »société civile » n’avait aucune maturité politique, et donc incapable d’être confié la direction de l’état.


Cette intervention avait sauvé Mohamed Lamari; Khaled Nezar qui cherchait des fonceurs qui ne reculaient devant rien, avait fini par trouver ce qu’il cherchait. Mohamed lamari fut convoqué le jour même au bureau du ministre qui lui annonça de bonnes nouvelles. Le nom de Mohamed Lamari fut rajouté in extremis à la liste des généraux (Mohamed Djenouhat, Tayeb Derradji, Khelifa Rahim et Djouadi Abdelhamid) promus au grade de « général major », le 05 juillet 1992. De plus un nouveau corps fut crée spécialement pour lui, le CCLAS (Commandement de Coordination de la lutte Contre les Activités Subversives), sa mission: La chasse au sanglier.

Quelques semaines après, d’autres réunions, plus intimes, eurent lieu entre Khaled Nezar, Mohamed Touati, Mohamed Mediene, Abbess Gheziel et Abdelmalek Guenaizia, l’ordre du jour était la discussion de l’opération « Ménage ». Les décisions qui avaient découlé de cette mesure étaient à peine croyables, des mises en retraite anticipée, des radiations sans droits, des arrestations et même des liquidations physiques de sang froid. Le général Mohamed Lamari était tout le temps sur le terrain et aidé par Toufik, il avait réussi plusieurs opérations sur tout le territoire de la première région militaire, sa devise était de frapper fort et vite les groupes terroristes et rentrer à la base avec zéro prisonnier. Le ministre de la défense lui accordait tous les moyens matériels et humains dont il avait besoin et ses hommes étaient choisis parmi l’élite des forces spéciales (Commandos). Ses méthodes « choc » ne faisait pas l’unanimité parmi les autres officiers de l’ANP, et il s’était fait beaucoup d’ennemis parmi lesquels les généraux : Hocine Behadid, Khelifa Rahim et surtout Abdelmalek Guenaizia, le chef d’état major qui se plaignait tout le temps à Khaled Nezar du comportement de son protégé, mais le ministre de la défense ainsi que Mohamed Touati prenaient toujours la défense de Mohamed Lamari.

Dans le magazine officiel de l’ANP « Eldjeich » paru le 09 mars 1993, le général major Mohamed Touati (porte-parole du MDN et conseiller politique du ministre de la défense Khaled Nezar) avait pris l’initiative de publier un article dans lequel il avait longuement détaillé la position de l’ANP et avait expliqué les raisons du choix fait par le commandement de l’armée pour contrer l’islamisme. L’article signé par Touati était sans précédent de part son contenu, car en réalité le général Touati avait expliqué sa théorie (déjà connue et approuvée par les « Janviéristes » depuis le coup d’état contre Chadli) du tout sécuritaire ou l’éradication. Le message était adressé aux cadres de l’ANP qui devaient comme leurs chefs, adhérer aux fondements idéologiques de la lutte anti terroriste avec des convictions comparables aux arguments staliniens, la seule différence était que Touati avait mis l’accent sur l’unité de l’armée et la sauvegarde de l’Algérie qui était au seuil d’une guerre civile. L’article repris par la presse nationale était aussi destiné à la consommation locale, et visait la mobilisation d’une partie du peuple pour le soutien actif et l’aide des forces de sécurité dans leur combat contre le chaos et l’obscurantisme. Cet appel aux forces vives de la nation était aussi une incitation à la révolte et à la formation d’une résistance locale pour la lutte anti-terroriste.

En claire, le plan de Touati était assez simple, pour ne plus entendre parler de l’islamisme il fallait suivre un plan précis:

    * Centraliser le pouvoir décisionnel au sein de l’ANP et dégager un noyau de commandement uniforme.

    * Identifier les éléments islamistes présents d’abord dans les milieux de l’ANP et les éliminer au cas par cas.

    * Punir avec le plus de sévérité toute personne appelant à la révolte ou à la désobéissance au sein de l’armée.

    * Assigner aux services secrets tous les moyens nécessaires à leur mission exclusive qui consiste en la récolte et l’exploitation rapide des informations.

    * Ne pas hésiter à pratiquer la méthode de l’exemple à ne pas suivre, pour montrer la fermeté du commandement. Récompenser les bons éléments avec beaucoup de générosité et veiller à leurs promotions (la politique du bâton et de la carotte).

    * Impliquer la société civile dans la lutte anti-terroriste et la création de milices d’autodéfense encadrées par des anciens moudjahidin ou des ex-militaires.

    * Soutenir la lutte des forces de sécurité par une campagne de propagande médiatique à l’échelle internationale.

    * La reprise par l’état de tous les lieux de culte et uniformiser le discours religieux à travers le pays.

    * Reformer la société algérienne dans les domaines sensibles de l’éducation, la famille et la justice.

    * Création de cours spéciales pour le suivit exclusif des affaires liées au terrorisme et l’application des mesures légales décidées pour la circonstance.

    * Organiser le soutien de la lutte anti-terroriste par la communauté intellectuelle et politique à l’échelle nationale et internationale.

 

Ces mesures qui furent appliquées à la lettre par Mohamed Lamari, Toufik et Smain Lamari ont conduit l’Algérie à une situation catastrophique, car Touati avait omis un point très important : le peuple algérien ne croyait plus en ses dirigeants depuis octobre 88.

Pour certains généraux, fervents défenseurs du projet de création d’une armée professionnelle loin de la politique, comme Le général Hocine Benhadid, l’implication de l’ANP dans les événements d’octobre en premier lieu, la destitution de Chadli en second lieu et la mort du président Boudiaf en dernier lieu avaient mis l’ANP dans une position très vulnérable vis-à-vis de la société civile. Le plus grave était que l’institution militaire avait perdu le crédit chèrement acquit pendant la guerre de libération ; en effet parler de l’ANP revenait à citer le passé glorieux de l’ALN et rappelait surtout l’amour et la confiance qui la reliait au peuple algérien, mais tout cela avait disparu. Le tout sécuritaire était une option sans aucune garantie de réussite et la crise politique devait et ne pouvait être traitée que par les politiciens.
Cette conviction avait valu à Hocine Benhadid et à ses « alliés » d’être écarter de la sphère du commandement de l’armée au profit de jeunes loups comme Mohamed Lamari, Fodil Cherif, Said Bey et d’autres généraux qui adhéraient aux thèses éradicatrices de Mohamed Touati, le « Mokh ».

Tous les ennemis de Mohamed Lamari furent évincés par Khaled Nezar pour lui ouvrir le chemin vers le sommet, surtout que le ministre de la défense était malade et que ses voyages à l’étranger pour se soigner devenaient de plus en plus réguliers et que son absence du ministère n’arrangeait pas la situation. C’est lors d’une réunion, au début du mois de juillet 1993, au bureau du ministre de la défense, qu’un problème de taille fut soulevé entre les officiers janvieristes: la retraite de Nezar et le choix de son remplaçant. L’ambiance était très houleuse; Touati voulait le poste, Benabbes Gheziel et toufik ne voulaient pas faire de concessions. Khaled Nezar avait de la peine à raisonner les uns et les autres pour arriver à un compromis, et la seule alternative qui avait fait l’unanimité était celle de rappeler la personne qui avait le plus d’ancienneté après Khaled Nezar (pendant l’époque Chadli); cette personne était le général Liamine Zeroual. Le premier problème était réglé, mais Khaled Nezar ne voulait pas partir et laisser son clone (Mohamed Lamari) sans protection, il réussit à obtenir pendant cette même réunion, la démission de Abdelmalek Guenaizia de son poste au profit de Mohamed Lamari qui fut baptisé : Chef Suprême de l’ANP. Guenaizia fut envoyé à Berne comme ambassadeur d’Algérie en Suisse, une retraite bien paisible.

La Liquidation des Généraux

Après le départ de Toufik de la DCSA, il fut remplacé, pendant quelques mois, par le colonel Zeghloul, jusqu’à l’arrivée du colonel Kamel Abderrahmane, le seul officier promu au grade de commandant en novembre 88 pour acte de bravoure. Il avait alors sauvé un char Stationné à Elbiar à Alger, des flammes d’un cocktail molotov et avait payé son acte au prix fort, par de graves brûlures qui lui avaient laissé d’importantes séquelles, malgré des mois de soins au Val-de Grâce (Hopital militaire français situé à Paris).

Le fait que Kamel était chef d’état major de la quatrième région militaire sous le commandement de Betchine était presque sans importance pour Le général Toufik, son dossier au sein de la DRS était très rempli et faisait de lui une marionnette parfaite. En effet c’était presque par hasard que son nom était apparu dans une affaire connue sous le code « Scanner » dans laquelle était impliqué le chef de service VIP ( du mot anglais very Important Personality) de l’hôpital central de l’ANP en l’occurrence Melle Benhamza Fatiha qui avait réussi à construire un réseau d’informateurs de haut niveau parmi ses relations et rendait compte à un officier de la DGSE (elle était tout simplement une espionne). Comme Benhamza était en charge des soins du Capitaine Kamel Abderrahmane, elle avait depuis novembre 88 établi une relation très personnelle avec cet homme qui avait un grand penchant pour les femmes. Quand Kamel fut promu au grade de colonel et juste avant de prendre son poste à la tête de la DCSA, Benhamza était toujours à son poste de directrice du VIP/HCA et continuait toujours de voir son colonel qu’elle recevait dans sa villa à Moreti, elle ne fut mise hors circuit que plus tard. Par égards à ses relations, elle ne fut jamais inquiétée et eut même droit à un bon pécule à sa sortie de l’HCA.
Kamel Abderrahmane était le parfait serviteur de Toufik en qui il voyait le génie bienfaiteur, c’était la raison pour laquelle il n’avait presque aucune autorité sur son directeur des opérations, le colonel Tartag qui rendait compte directement au général Toufik. Kamel Abderrahmane fut limogé de la direction de la DCSA en 95 et nommé aux commandes de la 2ème région militaire à cause d’une faute très grave: il avait perdu, dans la nature, un élément très compromettant pour les chefs.

C’est à ce moment là que Saidi Fodil devait prendre la tête de la DCSA, après un décret de nomination signé par Zeroual à la présidence de la république.

Saidi Fodil fut de loin l’un des meilleurs directeurs de la DDSE; dès sa nomination à la tête de cette direction, il avait opéré un changement radical dans les modes de travail en introduisant les techniques modernes de gestion de l’information, mais il avait surtout essayé de mettre fin à la pratique des nominations parachutes aux postes de chef de bureau de sécurité (BSS) dans les ambassades algériennes à l’étranger, le plus souvent au prix d’une altercation avec ses superieurs Toufik et Smain. Travaillant à l’ombre du ministère des affaires étrangères, sa réputation de redoutable diplomate du secret, il l’avait acquis après le succès remporté lors de la résolution du conflit des Touaregs, qui risquait d’embraser la région entre l’Algérie, le Niger et le Mali, surtout que le côté français avait longtemps essayé d’en faire un cheval de bataille à la manière de la question de l’identité kabyle. De même qu’il avait réussi d’autres coups d’éclats comme celui de la récupération d’un dossier classé, renfermant des preuves de l’implication d’un officier des services algériens en poste à Ankara (Turquie) dans une affaire d’espionnage au profit de la CIA. Il avait aussi obtenu d’importants résultats sur d’autres plans hautement stratégiques pour la défense du territoire.

Comme le bon travail ne peut être apprécié que par ceux qui sont profondément concernés par le devenir de la patrie et de son peuple, le couple Toufik et Smain avaient tout fait pour lui mettre des batôns dans les roues, afin de freiner l’ascension de cet officier parachuté par Zeroual, qui présentait une réelle menace, surtout qu’il était plus instruit que le reste des chefs à la DRS et incarnait la nouvelle génération d’officiers issus des grandes écoles. Les raisons de la discorde avec ses chefs étaient aussi variables que multiples, à commencer par ses liens étroits avec Zeroual et Betchine auxquels il rendait directement compte, sans passer par ses chefs hiérarchiques, le directeur de la DRS, Toufik ou le sous-directeur de la DRS, Smain.

Le général Saidi Fodil, même appuyé par Zeroual ne pouvait affronter Toufik et Smain, et cela pour des raisons multiples, dont la plus importante était la non-disposition d’un service opérationnel propre à la DDSE doté de moyens et capable de mener des investigations comme l’étaient ceux de la DCSA et la DCE. Il était donc presque impossible d’engager des poursuites ou d’assurer un suivi opérationnel des informations récoltées à l’étranger par la DDSE souvent à un prix très élevé.

Le poste de chef de bureau sécurité à l’étranger fut de tout temps très prisé par les officiers de la DRS, mais généralement les officiers sélectionnés pour les postes sensibles à l’étranger (comme celui de Washington, Paris, Genève, Rome, et Londres) étaient ceux qui bénéficiaient de la confiance des chefs. Il faut rappeler qu’un chef de bureau de sécurité en poste à Paris par exemple, est au courant de presque toutes les magouilles et les malversations des hauts fonctionnaires de l’état, c’est la raison pour laquelle la personne nommée à ce genre de poste doit faire partie du cercle de confiance immédiat de Toufik et Smain. La gestion des informations récoltées sert le plus souvent à manipuler les différents acteurs de la scène politique et militaire algérienne.

Avec le temps il est devenu très clair pour l’ensemble du personnel de la direction qu’au sein même de la DRS deux catégories d’officiers coexistent: une qui travaille pour le bien-être de l’Algérie et une autre qui gère les affaires personnelles des chefs à l’intérieur et à l’extérieur du pays moyennant des miettes que les chefs cèdent à leurs serviteurs « au grès de leurs humeurs », surtout que la situation de manque à l’intérieur même de l’ANP encouragent les uns et les autres à rechercher l’intérêt personnel avant celui de la nation, et les chefs ont toujours donné l’exemple à suivre.

Un des problèmes majeurs qui s’était dressé entre Saidi Fodil et Smain Lamari était le dossier de coopération sécurité avec les autorités françaises. Smain Lamari ne voulait surtout pas que l’on touche à sa chasse gardée, et toute forme de correspondance avec le bureau militaire à Paris (chef de l’antenne DDSE en Europe) devait passer d’abords par lui. Saidi Fodil trouvait que Smain lui marchait sur ses plats de bandes. Ainsi cette coopération avec les services français était la source de discorde permanente surtout que Saidi Fodil n’était même pas mis au courant des tenants et aboutissants de cette coopération qui avait pour lui un goût de collaboration « version Vichy » surtout après les concessions faites par Smain (en charge de la sécurité intérieure du pays) et Toufik concernant la sécurité de l’ambassade et des consulats français en Algérie où plus de trois cents militaires français (gendarme pour la plupart, anciens du groupe du GIGN) avaient élu domicile à Alger, officiellement pour la protection des Français en Algerie (comme avait été le cas au Tchad, et plus récemment au Rwanda).

Les normes internationales ne tolèrent pas un nombre de militaires armés, supérieur au nombre des doigts de la main, au sein des ambassades, mais à Alger les choses étaient différentes; les questions de souveraineté avaient été abandonnées au profit d’un intérêt à très court terme, surtout après la prise d’otages de l’airbus de la compagnie francaise, Air France, à Alger en décembre 94.

Plusieurs fois, pendant ou après une campagne d’arrestation d’islamistes algériens en France par la DST, Smain (accompagné du colonel Farid et de deux officiers) était le jour même à Paris, traitant les résultats de l’opération avec son homologue français. Cela agaçait Saidi Fodil qui se voyait doubler à l’extérieur et à l’intérieur du pays ; même ses plaintes auprès de Zeroual étaient vaines ; Zeroual lui-même était gardé tout à fait hors circuit, loin de ce qui se passait et de ce qui se tramait à l’ombre. En définitif, Saidi Fodil avait fini par admettre que le pouvoir central qui tirait toutes les ficelles, était entre les mains de Toufik et Smain, le reste n’était qu’un décor pour servir les besoins des penseurs.

Le coup final était venu de l’affaire « JOBE »; dans cette affaire le chef du BSS à l’ambassade d’Algerie à Genève en l’occurrence le commandant Samir avait réussi (sous couvert d’un de ses amis algériens: Mohamed Hebri) à recruter un policier suisse nommé Léon Jobé travaillant pour le compte des services de sécurité intérieure Suisse (police fédérale Suisse) en charge de la surveillance des islamistes algériens résidents en suisse et c’est ainsi que Samir avait réussi à avoir une copie des dossiers des activistes islamistes, ainsi que ceux d’autres sujets intéressants pour la DRS tel que Hocine Ait Ahmed. Mais comme Jobe trouvait que les renseignements fournis valaient plus que la centaine de milliers de francs suisses qu’il avait reçu, vu leur importance pour le gouvernement algérien ; il était devenu plus gourmand qu’il ne fallait et faisait chanter Mohamed Hebri; il avait même commis la faute d’appeler le MDN et de demander à parler à Toufik. c’est à la suite de cela que Toufik avait décidé de le griller au lieu d’avoir un scandale avec les autorités suisses.

Saidi Fodil était fou de rage lorsqu’ il apprit la nouvelle en décembre 94; il était responsable de cette bavure puisque Samir était organiquement sous ses ordres. Ceci avait décidé Saidi Fodil à repartir à son corps d’origine, à savoir le commandement état major ANP, et devant sa persistance Zeroual n’avait trouvé autre alternative que de le nommer à la tête de la 4ème région militaire, son poste d’origine. A cette époque la lutte des clans présidence-MDN commençait tout juste à produire ses premières étincelles.

Une des conditions d’acceptation du poste de la magistrature suprême par Zeroual était d’avoir les pleins pouvoirs afin d’agir en faveur d’une solution politique de la crise algérienne (qu’il avait préparé suite à de nombreuses visites faites aux chefs du FIS incarcérés à la prison militaire de Blida, avec le soutien des autres courants de la classe politique), la rectification de la constitution nationale pour consolider ses prérogatives, la nomination de Mohamed Betchine comme ministre de la défense et la constitution d’un comité de crise avec pour mission la réconciliation nationale.

Zeroual, en fait, devait agir comme un vrai chef d’état selon l’accord passé avec Nezar et Toufik, mais après son éléction tant attendue et qui l’avait conforté dans son poste, Mohamed Lamari et Toufik ne pouvaient pas prendre le risque de perdre leurs postes en acceptant la nomination de Mohamed Betchine comme ministre de la défense par le nouveau président, c’était le premier désaccord entre Zeroual et le gouvernement secret de l’Algerie.
Dans le même état d’esprit, Zeroual avait essayé de faire passer par force la nomination de son ami Saidi Fodil à la tête de la DCSA pour essayer d’avoir pied dans la structure opaque de la DRS, mais dès la signature, au debut du mois de Juin 96, du décret de nomination (qui était en fait un arrêt de mort pour son ami Saidi Fodil), Smain Lamari envoya le 03 Juin 96 une équipe de son escadron de la mort à la 4ème région (region de Ouargla) avec pour mission la liquidation de Saidi Fodil, et bien que sa voiture fut du type blindé, une charge de forte puissance placée sous la voiture lui ôta la vie sur une route droite et déserte le 04 Juin 1996; le maquillage en accident de la route était parfait et le travail de l’équipe de Smain, dépêchée par hélicoptère, accompli. Le message était très clair par rapport à Zeroual qui voulait jouer au président. Une commission d’enquête désignée par le président en personne devait faire toute la lumière sur les circonstances du décès de Saidi Fodil, mais le travail n’a jamais été effectué et le dossier mis aux oubliettes; Mohamed Lamari avait insisté pour baptiser la promotion sortante de l’academie militaire inter-armes de Cherchel, le 1er Juillet 96, promotion: Saidi Fodil.
Pire encore, à chaque fois que Zeroual voulait appliquer ce qui avait été convenu avant les élections, il se voyait doubler et c’était par l’intermédiaire de la presse qu’il l’apprenait.

Presque le même plan déjà suivi avec Boudiaf était appliqué avec Zeroual ,sauf que dans son cas, sa liquidation fut politique après lui avoir collé des dizaines de milliers de victimes sur le dos. Ce même dos qu’il tournait au peuple Algerien, sa peau étant, pour lui, bien plus chère.

La plupart des grands massacres furent systématiquement organisés et planifiés, soit pour contrecarrer les efforts de paix de Zeroual, soit pour ralentir les élans de Betchine qui en avait beaucoup sur le cœur.

Saidi Fodil ne fut malheureusement pas le seul général qui à être écarté de cette manière. En 1995, le général Boutighane Ali (l’ennemi farouche de Mohamed Lamari, le chef d’etat major de l’ANP, à cause des méthodes inhumaines utilisées par ce dernier dans la lutte anti-térroriste depuis sa nomination à la tête du CCLAS), fut liquidé à cinq minutes de son bureau au MDN, sur une route principale à dix heures du matin. Le général Boutighane Ali entretenait d’étroites relations avec le général Hocine Benhadid qui fut évincé avec plus d’une centaine d’officiers superieurs car ils constituaient une menace pour le clan Lamari.

Quand Zeroual était nouveau à la tête de l’état en 1994, il voulait avoir comme chef d’état major, un homme (un parent aussi) qu’il connaissait bien, le général Tayeb Derradji qui était réputé au MDN pour son honnêteté depuis son passage au service finances de l’ANP. Ce projet de nomination (qui était très possible à l’arrivée de Zeroual de part la notoriété de son poste de ministre) déchaîna la colère de Mohamed Lamari, qui demanda alors à Toufik de trouver une solution. Smain Lamari le sous-directeur de la DRS prit l’initiative de préparer la liquidation de Tayeb Derradji lors d’un voyage de quelques jours que celui-ci fit à Paris (chez son neveu), à la fin du mois d’octobre 94, en envoyant une équipe de tueurs pour faire le sale boulot.
Toute l’opération fut minutieusement préparée par un certain S. Moustapha alias sous-lieutenant Hafid qui fut rappelé à la dernière minute par Toufik. En effet lorsque Mohamed Touati fut mis au courant de l’affaire, il exprima sa farouche opposition, vu les relations qui reliaient Tayeb Derradji au président d’une part et de la possibilité d’une révolte du clan chaoui à l’interieur de l’ANP d’autre part. Tayeb Derradji venait d’echapper à un vrai guet-apens. Le président Zeroual changea sa nomination plus tard au profit du poste de commandant de la gendarmerie, aprés que Benabbes Gheziel ait accepté de céder sa position moyenant une très importante somme d’argent (un million de dollars, prime de fin de fonction), et un poste permanent de conseiller au MDN.

Toufik avait fait de même avec son chef de la DREC (EX DRE), le général Salim Benabdellah Alias Slim. Ancien officier pilote du président Chadli et ex-responsable du corps du « GLAM », cet officier instruit qui fut aussi pendant longtemps l’attaché militaire auprès de l’ambassade d’Algerie à Washington, avait désapprouvé les méthodes de gestion du directeur de la DRS. Les postes affectés à la DREC (Direction des Relations Exterieures et de la Coopération) avaient toujours attisé les convoitises de Toufik qui les distribuait à sa guise en forme de récompense à ses hommes de main qui en profitaient pour se faire de l’argent (des miettes par rapport aux chefs), au détriment des cadres qui devaient utiliser ces postes pour faire leur travail. A plusieurs reprises le général Slim s’était accroché avec Toufik et Smain concernant le travail. Il finit après une grave altercation avec Smain et craignant pour sa vie, de peur qu’il ne lui arrive la même chose que Saidi fodil, par abandonner son poste sans prévenir personne, au mois de Juillet 96. Il s’envola à Washington où vivait toujours sa famille, en laissant sa démission sur son bureau au siège du MDN. Le poste fut cédé ensuite à un fidèle de Toufik, le jeune général S.Attafi.

Purification à la DRS

Dans leur campagne de purification, les généraux Mohamed Mediene Alias Toufik et Smain Lamari n’ont rien épargné, pas le moindre détail. Ils ont mené une vraie opération de nettoyage à la manière fasciste en commençant par l’intérieur même de la DRS.
Plusieurs officiers de très haut rang (dont certains issue du MALG) furent invités par la voix administrative à faire valoir leur droit à la retraite anticipée, sans préavis, et cela concernait les officiers qui avaient un comportement religieux « selon certains », c’est à dire qui faisaient leurs prières de manière régulière ou qui s’étaient rendu dans le passé à la Mecque pour faire leur devoir de pèlerinage ou avaient exprimé le désir de le faire, sachant que les listes des demandeurs de congé pour les lieux saints étaient disponibles au service du personnel de la direction.

Une vraie chasse aux « sorcières » était engagée, et des cadres qui faisaient dans le passé la fierté de la DCSM s’etaient retrouvés à cause de leur appartenance présumée au courant islamiste, désignés comme des ennemies potentiels du service et donc de la nation parce qu’ils pratiquaient leurs devoirs religieux comme tout Algérien. En réalité leur vrai crime était celui d’être restés honnêtes et profondément nationalistes avec un sens aigu du devoir, sans adhérer aux vices (boisson, femmes, affaires illégales de tout genre) qui étaient devenus les critères du bon militaire. Il est tout à fait inimaginable de décrire ce que ces officiers (qui avaient donné leur jeunesse au service de l’Algérie et qui avaient pour certains plus d’ancienneté que Toufik et avaient occupé à un certain moment des fonctions plus importantes au sein de la DCSM) avaient vécu, en fin de carrière leurs vies furent brisées et leur honneur bafoué.

Concernant le cas des officiers qui s’étaient exprimés ouvertement, soit en donnant leurs avis ou en dénonçant la politique du tout sécuritaire adoptée par le commandement de l’armée et avaient osé traîner du pied lorsqu’il s’agissait d’exécuter les ordres démoniaques de Toufik et Smain (qui pouvaient aller jusqu’à la liquidation physique), Toufik avait opté pour la méthode choc en intimant personnellement à Bachir Tertag (Directeur du CPMI: centre opérationnel de la DCSA à Ben-Aknoun) l’ordre d’arrêter ces officiers sous le motif classique devenu bien courant en ces temps: « propagation de propos subversifs visant à porter atteinte aux institutions de l’état ».
Même si les personnes qui étaient dans la ligne de mire n’avaient aucune relation avec le FIS, l’existence d’un parent même éloigné appartenant au parti dissous, était un motif bien plus que suffisant pour les mettre hors circuit, sous le chef d’inculpation : »relation avec une entreprise terroriste ou non-dénonciation d’une entreprise terroriste « . Le but était en fait de les casser et d’en faire des exclus et des traîtres.

Ces mesures très répressives et sans commune mesure avec les soi-disant délits furent ordonnées par le directeur de la DRS et visaient plus particulièrement les officiers pour en faire des exemples à ne pas suivre parmi les esprits encore hésitants au sein de la boite (terme sous lequel était dénommée la DRS) surtout pendant les premières années du conflit.

Toufik avait mis en œuvre une vraie machine de répression qui consommait exclusivement des vies humaines, des militaires qui se voulaient humanistes avant toute chose au service de la justice et du droit.

L’ensemble des effectifs des centres opérationnels fut passé au peigne fin, et les nouveaux éléments furent triés sur le volet parmi les opportunistes et les délinquants de tous bords ; il ne fallait absolument pas qu’ils aient des diplômes universitaires; on ne voulait pas de personnes capables de réfléchir; ce qu’il fallait de préférence, c’était des ex sous-officiers promus pour la circonstance, des machines qui exécutent les ordres, n’importe quels ordres.

C’est le CPMI (Sous le commandement du colonel Bachir Tartag alias Atman) qui fut chargé par Toufik du dossier des militaires gênants qu’il fallait absolument éliminer par n’importe quel moyen. Depuis la fin de l’année 92, le nom de Bachir Tartag est devenu synonyme de peur, de terreur et bien plus grave, ce nom incarne la mort, et la simple citation du centre de Ben-Aknoun suffit à donner des frissons au plus aguerri des officiers; la réputation que le commandant du CPMI a acquis lui a valu une place au soleil: la postérité.

Quand un officier est arrêté (le plus souvent en plein jour et avec beaucoup de tapage) au sein même de l’établissement militaire d’attache, le chef du bureau de sécurité (officier de sécurité, détaché par la DRS dans chaque structure militaire à travers le territoire) est chargé d’entretenir un climat de peur et de suspicion qui rend la vie au sein des casernes, invivable à cause de la perte de confiance, même entre de très proches amis. Dès l’instant où un officier (quel que soit son grade) est sous les feux croisés des services opérationnels et est pointé du doigt par l’officier de sécurité de la caserne, il devient déjà un indésirable que le reste du personnel militaire n’ose plus approcher et d’autant moins lui adresser la parole. Tout le monde a peur d’être associé à cette personne coupable d’être différente du moule sculpté par Toufik et Smain.

Cette stratégie de l’exemple à ne pas suivre est basée sur la moralité du proverbe qui dit : « encore plus virulente que la peste, la peur se transmet en un clin d’œil ». A peine, arrêté, la famille de l’officier est délestée de tous les avantages sociaux à commencer par le logement; des dizaines de familles se sont retrouvées à la rue, le logement étant très vite attribué au plus méritant. Dans plusieurs cas, des familles furent obligées de sortir sans avoir le droit de prendre leurs affaires personnelles.

Bachir Tartag a réussi à se construire une réputation des plus macabres, et à trop vouloir satisfaire Toufik en faisant un peu trop de zèle, il a fini par avoir presque autant de sang militaire sur les mains que tous les groupes terroristes réunis. La bavure est admise surtout lorsqu’il s’agit de liquider des témoins gênants ou des officiers à la conscience immaculée. Jamais un officier du service opérationnel de la DRS n’a fait aussi long feu au CPMI (centre principal militaire d’investigation).

Les résultats obtenus par Tartag ont toujours incité Toufik à demander encore plus, jonglant avec les différents directeurs des services opérationnels sur le terrain (le GIS, Groupe d’Intervention Spéciale, commandé par le colonel Abdelkader Khemel, le Centre Antar, commandé à l’époque par le colonel Farid et le CPMI, commandé par Tartag), Toufik faisait figure de chef d’orchestre, et en jouant sur le principe sacro-saint du cloisonnement, il n’hésitait pas à monter un service contre l’autre pour inciter tout le monde à la concurrence et au surpassement.

Il est à la fois difficile et même insoutenable de décrire ce que des officiers, sous-officiers de la république, des cadres militaires supérieurs ont vécu dans les centres opérationnels tel que le CPMI. Mais par devoir de justice, pour que leurs mémoires (pour ceux qui ont péri) soient respectées, il convient de raconter leurs calvaires et leurs descentes aux enfers de Tartag.

A l’arrestation, le sujet est introduit dans la voiture, sa tête est placée entre ses jambes pour qu’il ne reconnaisse pas la destination ; une fois arrivé au centre, la voiture est stationnée devant la porte de la bâtisse qui sert de prison. Le sujet est descendu de la voiture et conduit à l’intérieur avec une cagoule qui est enlevée une fois à l’intérieur. Il est ensuite délesté de tous ses vêtements sous des regards humiliants, pour mettre une combinaison militaire aux odeurs nauséabondes (du même modèle que celle des mécaniciens mais de couleur verte), déjà utilisée par des dizaines de victimes et entachée de sang. Généralement le nouvel arrivé est accueilli par les cris et les supplices d’un autre détenu interrogé dans une des salles réservées à cet usage. C’est le premier choc que reçoit la personne arrêtée, qui devient à partir de ce moment, objet à tous les dépassements. La suite des événements dépend du futur décidé par les chefs pour la personne arrêtée, et suivant le cas une attitude bien spécifique est adoptée par les hommes de Tartag chargés de mener l’interrogatoire, et si le sujet jouit d’une recommandation supérieure, c’est Tartag en personne qui s’en charge.


 

Schéma du batiment d’arrêt au CPMI (Ben-Aknoun)

Si la personne est condamnée à mort, les séances de torture commencent immédiatement par des coups, et la combinaison n’est même pas nécessaire. Le cas du commandant Mohamed Abbassa, un officier marin, est un exemple typique. Arrêté au siège du MDN le matin du premier mercredi du mois de janvier 94; il fut transporté au CPMI où il décéda deux jours plus tard. Depuis le premier jour, ce fut Tartag en personne qui s’occupa de son cas; le motif de l’arrestation: « suspicion d’appartenance à une entreprise terroriste » (son nom avait surgi lors d’un précédent interrogatoire avec un autre officier qui osait dire « non »), et c’est biensûr des noms que Tartag voulait lui arracher, aidé par un autre officier du CPMI (lieutenant Mohamed) qui prenait du plaisir à torturer des officiers supérieurs, gifles et coups de manche à balai pour commencer. Il fut ensuite allongé tout nu sur un sommier métallique et attaché par des sangles et arrosé d’un seau d’eau. Le lieutenant Mohamed lui mis les électrodes aux pieds puis aux organes génitaux, Tartag dirigeait l’opération et demandait la collaboration sous peine de poursuites de la séance de vérité.

A chaque fois que le courant était branché, le lit en entier se déplaçait. Et ce qui rendait Tartag plus nerveux était le silence et la résistance du commandant Abbassa. Et dans les rares moments de répit, la seule réponse de Abbassa était « vous ne savez pas ce que vous faites à l’Algérie, êtes vous seulement conscients ? « . Le chalumeau, la manche à balai, les bouteilles, les fourchettes, toute la panoplie de la torture fut employée par Tartag et son second, et à chaque fois que le commandant Abassa perdait connaissance, Tartag devenait encore plus furieux et le lieutenant tortionnaire était presque dans un état de transe. Au soir de la deuxième journée, ce fut un corps méconnaissable, enflé et brûlé, même au yeux, qui rendit l’âme en murmurant des mots à peine audibles. La dépouille n’eut même pas droit à un enterrement correct.

Un nombre impressionnant d’hommes a péri dans des conditions atrocement semblables, et à chaque fois les corps étaient jetés pendant la nuit dans la rue comme des chiens que l’ont abat; ils avaient quand même droit à une mention dans les colonnes des journaux du régime « un terroriste a été abattu durant la nuit… ». Devant ce spectacle de l’apocalypse, il faut dire que les plus chanceux étaient ceux que le commandement avait décidé de liquider par balle : comme c’était le cas du Docteur lieutenant-colonel Redouane Sari, docteur en physique nucléaire et chef du programme nucléaire Algérien. Il occupait aussi la fonction de conseiller spécial du ministre de la défense Khaled Nezar depuis 1990 et s’opposait farouchement à l’arrêt du processus électoral. En 93 Toufik et Smain avaient chargé une équipe de l’escadron de la mort pour exécuter la tâche.

Un soir en rentrant chez lui à Bouzareah, du ministère de la défense, il fut intercepté sur la route par l’équipe de l’escadron 192, à dix minutes de sa demeure. Un travail propre, trois balles dans la tête et la mission était accomplie. Ils n’avaient même pas pris la peine de prendre ses armes (un Makarov et un Kalachnikov qu’il avait dans la malle de la Mazda bleu 626 du MDN). Redouane Sari eut quand même droit aux honneurs militaires lors de son enterrement, et de plus les terroristes qui avaient fait le coup furent abattus selon la presse.

D’autres officiers ont eu un traitement très particulier, par des éléments de l’équipe de Tartag qui se sont spécialisés dans le remodelage et la rééducation. Casser les hommes est devenue leur mission, et pour casser un homme ils ont trouvé la formule : arracher cette qualité qui fait d’un homme, un homme, sa virilité, son honneur. En plus des castrations devenues assez courantes, le viol des hommes est pratiqué comme un moyen de contrôle et de soumission de certains durs aux yeux de Tartag. . Les éléments de l’équipe de Tartag avaient accès à toutes les commodités et se permettaient tout lors des arrestations, ils se servaient au passage de bijoux, d’argent, voitures et ont pour la plupart, amassé de vraies fortunes.
Bien plus encore, quand une femme était au goût d’un des officiers en charge de l’arrestation, il était bien simple pour lui de revenir et de l’arrêter plus tard, même si elle était mariée, cela importait peu. Elle devenait « après son kidnapping », une complice, une terroriste aussi, puisque arrêtée sous le même chef d’inculpation que l’homme de la famille.

Des années durant et le même cycle infernal faisait grossir la liste des fidèles un peu plus chaque jour. Des officiers cadres de la nation, des docteurs d’état, médecins, professeurs, ingénieurs, techniciens que l’Algérie avait formé au prix fort furent exécutés par des assassins, et traités comme des déchets de l’institution militaire.

Les dépassements constituent encore un autre sujet que seules les victimes rescapées ont le droit de raconter, par égards et par respect pour leur dignité bafouée. Un dossier special sera consacré à ce sujet.

Il va sans dire aussi que le centre opérationnel « ANTAR » situé aussi à Ben-Aknoun (côté parc Zoologique), et commandé par le colonel Farid, Sous la tutelle directe de Smain Lamari, fut aussi le théatre d’horribles évènements, puisqu’il est le repère de l’escadron de la mort et le berceau du fameux « GIA ».

L’Algérie Meurtrie

    Devant cette situation de désolation, qui a jeté le discrédit sur les institutions de l’état algérien à commencer par son armée, des êtres sans scrupules ont profité et profitent toujours de la situation qu’ils ont crée, en se remplissant les poches ; l’économie de la guerre leur a permis de multiplier leurs fortunes mais surtout de blanchir une masse d’argent colossale, que les uns et les autres ont réinvesti dans la reprise de sociétés et entreprises nationales coulées puis rachetées au dinar symbolique. Les rares cadres qui se sont dressés pour éviter la catastrophe se sont retrouvés grâce à l’agent « Ouyahiya » en prison. Le pillage à grande échelle d’un peuple profondément meurtri a jeté le peuple algérien dans les abîmes de la pauvreté, la famine et la dépendance. La société algérienne a vu apparaître ces dernières années des maux extrêmement graves : de la prostitution infantile pour un bout de pain, aux réseaux des dealers de drogue qui sont protégés d’en haut pour aider la jeunesse algérienne à oublier qu’elle a des droits sur ses dirigeants et sur son armée.

Aucune armée au monde n’est aussi fameuse pour les affaires de corruption et d’enrichissement illicite que notre armée, et les individus suivants, se sont tout permis; ils croient, pour l’on ne sait quelle raison que l’Algérie est leur patrimoine personnel et qu’ils ont le droit de se la départager:

* Général Larbi Belkheir:

Sa fortune s’estime à plusieurs centaines de millions de dollars. Il a plusieurs biens immobiliers et fonciers en France, en Suisse, en Espagne, au Maroc, aux Etats-Unis et au Canada. Le général Belkheir a spolié les biens de l’état et du peuple algérien de trois façons. Quand il était secrétaire à la présidence, il avait la responsabilité du budget de cette institution. La deuxième source de sa rapine a été le projet Fiat que les Italiens ont essayé de monter en Algérie depuis 1985, sans succès à ce jour. Belkheir a touché d’immenses commissions pour ce projet. Son troisième cambriolage est le projet de construction de l’oléoduc gazier, projet qui devait être attribué à une compagnie nationale mais dont bénéfiçia une compagnie italienne; Belkheir obtient une rente mensuelle astronomique.

* Le général Mohamed Lamari:

Il touche des commissions de marché des compagnies pharmaceutiques françaises en Algérie. Il est l’ami et le partenaire de Mohamed Ait-Djeddou, le magnat de l’importation pharmaceutique en Algérie. Une grande partie des dizaines de millions de dollars qu’il a amassé vient en fait des contrats d’armement passés avec l’Afrique du sud et la France en particulier, en plus biensûr du pourcentage de la rente annuelle du pétrole.

* Général Khaled Nezzar:

Il a amassé sa fortune particulièrement lorsqu’il était ministre de la défense. Il a des comptes bancaires en France, en Suisse et aux Etats-Unis. Il possède de nombreuses villas à Alger, à Batna et à Constantine. Il détient des biens immobiliers et fonciers dans plusieurs wilayas. Il possède une villa aux Etats-Unis, achetée en 1992 avec l’argent du contribuable algérien. Son fils, qui a le monopole d’importation de plusieurs produits agro-alimentaires, a monté sa compagnie avec un prêt bancaire de la Banque nationale d’Algérie avec un taux d’intérêt avoisinant le zéro et un délai de paiement indéfini. Nezzar Junior s’est lancé dernièrement dans l’aviation civile avec une compagnie aérienne privée.

* Général Mohamed Mediene:

Il a une fortune colossale dont l’estimation n’est pas connue. Il est le principal actionnaire de la société sud-africaine de prospection d’or et de diamant dans le Hoggar. Il s’est assuré une rente importante de plusieurs multinationales de prospection pétrolière. Son homme de main qui supervise ses affaires et gère ses richesses est M.Hanchi. Le fils aîné de Mediene fait partie du conseil d’administration de Daweoo en Algérie et qui avec le démantèlement partiel, perfide de l’ENIE, contrôle une partie importante du marché d’importation de l’électronique, de l’électroménager et de la voiture.

* Général Mohamed Betchine:

Sa fortune s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Il possède des biens immobiliers immenses dans l’est algérien, mais aussi en Syrie, en Tunisie, en Suisse et en France. Il est le principal importateur et distributeur de sucre dans l’est algérien. Il contrôle une part importante du marché d’importation d’autres produits agro-alimentaires. Il possède plusieurs journaux et une maison d’édition. Il touche une rente régulière des compagnies pétrolières américaines Anadarko et Arco. Il a aussi touché des pots-de-vin dans les contrats de modernisation du système de défense aérienne.

* Général Abdelmadjid Taghit:

Il est dans une alliance d’affaires avec son frère qui a dirigé la Cosider. Il possède plusieurs biens immobiliers en Algérie. Il s’est enrichi considérablement en revendant des boutiques à Riadh El Feth acquises à des prix dérisoires.

* Général Mohamed Attailia:

Ex-chef de la 1ère région militaire, il est dans le brigandage des biens de l’état depuis 1965. Il possède un hôtel, un restaurant et une boucherie en France. Il possède aussi une usine de verrerie dans le midi de la France. Il a de vastes biens immobiliers en Algérie et des biens fonciers à Bouchaoui.

* Général Smain Lamari:

De part la sensibilité de son poste, il a réussi à monter un empire d’import-export et la plupart des transactions se font à l’extérieur du pays. En plus des biens achetés en France, il a eu de larges commissions sur les contrats d’armement réalisés avec les Français (couverture radar de l’ensemble du territoire). Avec des amis français, il reçoit en échange d’ouverture du marché algérien de généreuses commissions à chaque marché et assure aussi la protection des investisseurs. Sa fortune s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars.

* Général Kamel Abderrahim:

Commandant en chef des forces terrestres jusqu’en 1989, il possède des biens immobiliers en Algérie, ainsi qu’un restaurant et un hôtel en France. Il possède une usine ultramoderne de fabrication de consommables pour les hôpitaux à Ain Taya .

* Général Moustafa Belloucif:

Il s’est enrichi en s’accaparant les comptes bancaires du richissime Zeggar évalués à plusieurs millions de dollars. Il s’est aussi enrichi par la revente de biens de l’état achetés à des prix dérisoires. Il possède des biens immobiliers très cotés à Alger et à Annaba.

* Général Mohamed Touati:

Son importance au sein la hiérarchie militaire lui a permis d’utiliser à fond son influence et à recevoir en conséquence des commissions sur tous les grands projets d’investissement ou de prospection des champs pétroliers dont il assure la sécurité avec ses compagnies privées de protection moyennant un pourcentage sur chaque puits. Il possède des biens immobiliers dans tout le territoire national et de même en France et en Suisse. Sa fortune est de plusieurs dizaines de millions de dollars.

* Général Mohamed Hartani:

Ancien directeur de l’hôpital central de l’armée à Alger, c’est en cette qualité qu’il a amassé sa fortune. Il a touché d’immenses commissions de marché de Siemens et d’autres compagnies de matériaux de construction. Il est le représentant de Siemens en Algérie sous la couverture de son épouse. Il a des biens immobiliers en Algérie, en suisse, en France et en Allemagne. Il possède plusieurs commerces à Alger, à Constantine et à Annaba.

* Général BenAbbes Gheziel:

Il a amassé sa fortune, estimée à plusieurs millions de dollars, par les pots-de-vin et les commissions de marché dans l’achat d’équipements pour la Gendarmerie nationale, en particulier de la compagnie Beretta. Il a des biens immobiliers et fonciers en Algérie et en France. Il rapine aussi dans l’import-export.

* Général Mohamed Dib:

Ancien chef de la Garde républicaine, ce général discret a une fortune estimée à plusieurs millions de dollars. Il a amassé sa fortune par la restructuration de la Garde républicaine (commissions de marché lors de la rénovation de son infrastructure et achat au prix symbolique et revente des systèmes et matériels). Il possède des biens immobiliers et fonciers en Algérie.

* Général Cherif Ouadani:

    Spécialiste du pillage, sa fortune s’élève à plusieurs dizaines de millions de dollars. Il possède des biens immobiliers dans les quartiers chics de Paris, des propriétés luxueuses et des chevaux à Deauville. Il est actionnaire à Peugeot dont il est le représentant en Algérie depuis 1990. Il a de grands biens immobiliers à Alger et à Tlemcen. Il possède une usine de confection de vêtements luxueux à Tlemcen. Il détient le monopole d’importation du textile en Algérie.

* Colonel Hocine Senoussi:

Bras droit de Belkheir, ami de Chadli, il a amassé sa fortune immense lors de la construction à Alger du monument Maqam Echahid. Il a touché des commissions de marché sur ce projet qui a coûté près de 350 millions de dollars au contribuable algérien. Il s’est aussi accaparé plusieurs magasins du complexe commercial de Riadh El Feth qu’il a revendu au prix fort. Il possède des biens immobiliers à Alger, à Oran et surtout à Tlemcen et biensûr à l’étranger.

D’autres généraux tels que: Abdelmalek Guenaizia, Abdelhamid Djouadi, M. Lakehal Ayat, Abdelmadjid Cherif, Mohamed Ghenim, Said Bey…etc. ont aussi amassé des fortunes colossales, et la liste est malheureusement longue pour le reste des militaires corrompus, indignes de porter les emblèmes de l’ANP. Ce dossier de la corruption des chefs sera traité à l’avenir avec plus de détails.

Il est vrai qu’après tous ces faits, il est difficile de se taire et d’ignorer avec le silence « malgré tout complice », ces pratiques qui salissent la réputation de notre armée et de notre pays.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres ne peut que condamner fermement les pratiques criminelles des généraux et autres officiers algériens, impliqués dans l’enrichissement illicite, et qui font durer le deuil du peuple et plongent l’Algérie dans le chaos afin de favoriser leurs opérations économiques et financières funestes.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres condamne également les « hommes de main » des généraux criminels, qu’ils soient civils ou militaires, qui veillent à la gestion de leurs affaires et à la fructification de leurs fortunes mal acquises. Ces « commis-affairistes » ont autant de responsabilité dans le pillage des richesses nationales que leurs mandataires galonnés.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres appelle tous les officiers et sous-officiers, à tous les niveaux de la hiérarchie militaire, et l’ensemble du peuple algérien à demander des comptes et à ne plus accepter cet état de fait où le bradage de notre patrie se passe sous nos yeux et en plein jour.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres tient à préciser à ceux qui disent que nous entachons l’image de l’armée par nos révélations, que le peuple algérien a le droit de connaître la vérité, il a aussi le droit de savoir que les vrais responsables de la faillite de l’Algérie sont ceux qui ont assassiné le président Mohamed Boudiaf, Kasdi Merbah, Saidi Fodil, Ali Boutiguene, Redouane Sari,…. ,tous les fidèles, Pr. Boucebsi, Tahar Djaout,….,et le peuple Algérien.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres affirme qu’il reste encore des hommes jaloux et fiers au sein de l’ANP qu’ils défendent et protègent au prix de leurs vies.

Le Mouvement Algérien des Officiers Libres lutte pour que l’armée nationale populaire retrouve sa fierté et son honneur d’antan et que vive l’Algérie.

Source: ANP.org

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notes de Dilem Ali sur facebooook

Posté par algeriedemocratie le 17 décembre 2008

Dilem President

Na Fatma, sa défunte mère – qu’elle repose en paix – me racontait les traits
de génie qu’elle « diagnostiquait » chez son fils dès les premières manifestations de
son espièglerie : « Depuis qu’il était enfant, il était déjà précoce. Il avait quelque
chose qui le distinguait de ses frères. C’était un mokh, un cerveau. Il était très
éveillé. Il dessinait sans cesse, il n’épargnait aucun mur du quartier. Il dessinait
partout, où qu’il se trouvait.

Pour revenir à ce fameux dessin « initiatique », Ali en garde plutôt un
mauvais souvenir. Et pour cause : « J’avais copié donc un dessin de Haroun sur
mon cahier de classe aux feuilles tramées. C’était le dessin d’un type « ancienne
génération », genre belda. Mais j’ai modifié la bulle. J’avais mis : « Toutes les
femmes sont des putes, sauf ma mère par respect ». Crois-moi si je te dis qu’en
écrivant ça, je ne savais pas ce que voulait dire le mot « pute ». Je ne sais plus où
est-ce que j’avais recopié ce mot. Je me souviens qu’il y avait une surveillante dans
la classe qui passait dans les rangs. A un moment donné, elle était debout audessus
de ma tête. Elle a vu le dessin et s’est écriée : « Vous n’avez pas honte ! »
J’en étais mort de gêne. Je n’étais pas fier de ce que j’avais fait. Ce n’est donc pas
un souvenir enchanteur que je garde de l’un de mes premiers dessins ».

octobre 88

- Tu étais où dans la nuit du 4 au 5 octobre 1988 ?
- Quand ça a éclaté, on est montés à Belfort en bande. On s’est mis à lancer
des pierres sur le commissariat de Belfort. On était à trente mètres, sur un
truc surélevé. Les flics commençaient à nous jeter des pétards, des lacrymos,
et pour un Oulid el Harrach à l’époque, voir un flic se barricader, c’était
énorme. A l’échelle d’un quartier, c’est voir un pouvoir totalitaire mettre un
genoux à terre. Nous étions dans un état d’excitation inexplicable. A
posteriori, je peux dire qu’il y avait un vent de révolte. Pas mûre, pas
réfléchie, car c’était aussi pour une question de touayeche (gags). On le

[...]

- Quelque part, la solution ne vient-elle pas de la Kabylie ?
- Non, je pense qu’il n’y a pas de tradition de révolte à proprement parler. La
Kabylie, c’est plutôt le phénomène des minorités. Quand une population est
parquée dans un milieu géographique et culturel donné et que tu l’enfermes,
elle se sent frustrée, et ça devient une cocotte-minute.
- Je veux dire que le fait d’occuper, de récupérer la rue en tant qu’espace
d’expression citoyenne par excellence, n’est-il pas un prélude au
changement ?
- Ça s’est exprimé un peu partout, pas qu’en Kabylie. La particularité de la
Kabylie vient du fait qu’elle a été martyrisée et niée. Et ça a décuplé de sa
force. Mais le danger, et ça arrangerait les généraux, c’est cette ombre de
séparatisme qui plane sur le mouvement en Kabylie.

Le 14 juin, [...] Mais quand un pouvoir est aussi
machiavélique, qui va jusqu’à monter des Algériens, des gens de la Capitale,
contre ceux de la Kabylie, c’est un pouvoir qui ne va reculer devant rien.
Bouteflika est allé jusqu’à remercier les gens d’Alger d’avoir repoussé les Kabyles.
Si c’était pas un âne, ça m’aurait étonné de lui, mais comme il n’en est pas à sa
première connerie. Qui écoute Boutef, franchement, aujourd’hui ? Qui prend au
sérieux Bouteflika ? Un président qui dit ce qu’il dit par rapport à un tas de sujets
sans que personne ne réagisse ! D’ailleurs, même les grands de ce monde ont
compris qu’ils ont affaire à un petit rigolo. L’Algérie est une affaire trop sérieuse
pour être confiée à des gens comme Bouteflika. »

Said Mekbel

« C’était un lundi, je me souviens, j’avais bossé toute la nuit pour présenter
quelque chose à Mekbel. On rentre à la Maison de la Presse et je découvre un
monsieur avec des lunettes comme ça qui flirtaient avec le bout de son nez. Il
me regarde par-dessus ses lunettes. Il faisait genre…intimidé lui aussi. Entre
temps, Martinez m’avait briefé sur Mekbel. Il m’avait prévenu que j’avais
affaire à un Monsieur. Saïd me fait : « Alors, comme ça, tu dessines ! » Il me
demande de m’asseoir et de dessiner. J’ai fait un truc sur Chadli. Il le regarde
et me dit : « Ça, j’aime bien. On va le publier dans l’édition de demain ». Le
lendemain, je trouve effectivement mon dessin sur le journal. Pour la première
fois, on croquait un Président en exercice. »

Toufik expliqué à ma mère

Combien de fois je parle des généraux ? Une fois peut-être.
Ils ne me fascinent pas. Je parle du quotidien des Algériens et il n’est pas toujours
beau. C’est pourquoi mes dessins semblent cruels. Je n’ai pas la capacité de créer
des évènements. Je dessine le drame du peuple algérien. Le quotidien des Algériens
est fait de ce drame-là. De cette tragédie-là. Et cette tragédie a un nom, des noms :
Toufik, Larbi Belkheir, Lamari, Nezzar, Bouteflika…Ce n’est pas de ma faute.
Qu’est-ce que j’aurais aimé dessiner sur les fleurs et les oiseaux ! Mais ce serait
berner les Algériens, ce serait insulter l’intelligence de ceux qui chaque matin
donnent 10 DA pour le journal. Un couple vient de se faire égorger à Alger et le
pouvoir reste de marbre. Rien n’a changé. Ils ne veulent ni éliminer les terroristes,
ni modifier l’avenir des Algériens. Comment épargner des dirigeants qui ne
respectent pas la vie de leur peuple ? Cent morts en Kabylie et tous les chefs sont
encore en poste. Qui a été démissionné ? Il y a eu mille morts dans une capitale et
personne ne répond de quoi que ce soit. Le Président qui met trois jours pour aller
à Bab El Oued…La vie humaine, pour eux, c’est peut-être quelque chose de
virtuel. Peut-être ne savent-ils pas ce que c’est qu’un mort…Je cherche à
comprendre…Je n’ai rien à foutre de ce qu’ils pensent de mes dessins. Je
n’accorde pas de noblesse à ce que je fais. L’actualité est comme ça, elle est
méchante, elle est terrible. J’essaye donc de faire des dessins terribles et méchants.
Le seul hommage qu’on peut rendre à nos morts, c’est de ne pas tricher, c’est de ne
pas mentir. »

Elections en algerie

« Je pense que ça
relève du misérabilisme de parler d’élections dans un pays comme l’Algérie. Un
pays où les généraux t’imposent un président. Je suis contre cette constitution déjà.
A part le premier article qui dit que l’Algérie est une république démocratique et
populaire et encore, je conteste tout le reste. Non. Je ne me sens pas concerné par
les élections. Je n’ai pas un minimum de garanties sur l’organisation d’élections
libres. Déjà, celui qui décide de l’élection est quelqu’un d’illégitimement porté à la
responsabilité. Comme si un voleur te donne le code du coffre-fort. Tu ne peux pas
tenir des élections crédibles organisées par des institutions et des responsables pas
crédibles. Wech idjik men oulid el kelba ! (Qu’attendre du fils de la chienne?) » Et
de renchérir: « Tu te sens représenté, toi ? Est-ce que tu connais un seul Algérien
qui se sente représenté ? On est en plein dans une crise institutionnelle, on la vit
depuis 1962. Une crise institutionnelle vient du fait que la représentation n’est pas
le fruit de la proportionnelle populaire. Soit tu as un Parlement qui n’est pas
représentatif, soit tu as un régime qui ne l’est pas, qui fraude. Aujourd’hui, dismoi
: où est la majorité et où est l’opposition ? »

Il a dit d’eux…

Toufik ?
- Toufik c’est l’incarnation du mal. Toufik est derrière toutes les merdes, du
fait même qu’on pense, à tort ou à raison, qu’il est à l’origine de tous les
maux du pays. Toute l’Algérie attend que Toufik foute le camp…

Lamari ?
- Pareil. Toufik, c’est un peu le Goebbels. Le chef de la propagande. Lamari,
c’est son éternel complice. Dans le haut de la hiérarchie, chacun est le
dauphin de l’autre…

Un mot sur Boudiaf ?
- Je suis tombé dessus vingt-quatre heures avant sa mort. Je l’avais croqué
juste avant…Je peux dire que c’est plus notre sentiment de culpabilité au
lendemain de son assassinat qui lui vaut notre affection à titre posthume.
Quand on regarde un petit peu ce qu’il a fait, on voit qu’il était dans la
posture du père de famille qui est venu pour mettre un peu d’ordre dans la
maison. Et je pense qu’il l’a fait honnêtement.

Chadli ?
- Je suis sûr qu’il est d’une bêtise innée. Maintenant, dire qu’il a ça dans ses
gènes, ce serait méchant pour ses parents. Il porte en tout cas sa bêtise en lui.

Zeroual ?
- Il est de loin, de loin, de loin, le plus correct. J’ai beaucoup de respect pour
ce qu’il est humainement. Manque de pot, il est tombé avec ces rapaces. Je
pense que c’est le seul qui a eu une réelle volonté de sortir l’Algérie de la
crise…

Mohamed Betchine ?
- Il y a un mot qui n’a pas son égal dans la langue de Shakespeare, c’est
« âdayssi ». C’est vraiment le type vulgaire, gras. Betchine, c’est l’exercice
vulgaire du pouvoir. Il a pratiqué le pouvoir d’une manière animale.

Fella Ababsa ?
- Je persiste à dire qu’elle était la maîtresse de Bétchine. Je considère qu’il est
parfaitement normal dans les us d’un pouvoir de corrompus et de goujats
d’avoir des maîtresses. Pour moi, Fella était la maîtresse la plus populaire du
pays et je voulais sortir un peu de cette hypocrisie.

Ahmed Ouyahia ?
- C’est quelqu’un elli ma ândou la din, la mella. Il n’a ni foi, ni loi. Ce n’est
pas méchant ce que je dis. C’est un politique dans le sens inhumain du
terme. C’est quelqu’un qui n’a pas d’adjectif. C’est une machine politique.

Ait Ahmed
S’aventurer aujourd’hui à discuter du patriotisme d’Aït-Ahmed, voilà une chose que je ne ferai jamais ! Bien que je pense que c’estun type qui a tout raté. C’est le looser type. Mais c’est quelqu’un quand
même qui a porté l’Algérie pendant longtemps, et qui a participé à l’édifice
contestataire, en termes politiques, de ce pays. Ça, c’est un truc sur lequel je
ne reviendrai jamais. Ça ne m’empêche pas de dire que c’est quelqu’un qui a
fait rater aux démocrates algériens plusieurs fois le coche.

les « démocrates »…
A eux d’être assez intelligents pour accepter mes critiques. Force est de
reconnaître qu’ils se sont prêtés au jeu sans rechigner. Ils n’ont jamais eu à
discuter mes dessins. Je n’ai jamais eu de problèmes, ni avec mes amis du
PT, ni ceux du MDS, ni ceux du RCD. Une seule fois, le FFS a failli

Un petit mot sur Boutef ?
- Boutef, c’est l’exercice pervers du pouvoir. C’est quelqu’un qui a un compte
à régler. Je t’assure que c’est très freudien, ce qui se passe avec Boutef. C’est
quelqu’un qui traite l’Algérie comme une pute ! Un jour, il lui fout une gifle,
le lendemain, il se pointe avec des fleurs.

« Tentation » de suicide

- As-tu déjà essayé de te suicider ?
- Oui, c’est normal.
- Ça s’est passé à quel âge ?
- J’ai fait deux tentatives : une fois j’étais jeune, une autre fois j’étais moins
jeune.
- Tu as utilisé quoi ?
- Des trucs.
- Quels trucs ?
- Des trucs, ça ne peut être que des cachets. Quand je dis des trucs, ça ne peut
pas être des gaz.
- Peut-on savoir pourquoi ? Pourquoi tu l’as fait ? Comment en étais-tu arrivé

[...]

- Crois-tu au Mektoub ?
- C’est de la merde !
- Es-tu attaché à ton matériel de travail ? Es-tu, disons…fétichiste ?
- Non, d’ailleurs j’adore offrir mes feutres…Ce truc, je dessine avec depuis
deux mois, et si je vois une gamine qui flashe dessus, je le lui donne. Je n’ai
pas de rapport affectif à ça. Je ne m’attache jamais au matériel. Comme ça,
quand je m’en sépare, je suis moins déçu. Mais ça, c’est le fruit d’un travail
sur moi-même, je ne suis pas né comme ça.
- C’est quoi ton matériel de tous les jours ?
- Une feuille blanche si possible. Un bidule qui laisse des traces noires…
à une telle extrémité, Ali ?
- C’était un tout.
- Après, on t’a fait un lavage d’estomac j’imagine.
- Non, non. J’ai dormi. J’ai dormi, mais j’ai prononcé la Chahada avant de
dormir.
- Et la deuxième tentative ?
- Ça remonte à pas très loin.
- Tu étais sous pression ?
- Justement, je fais tout pour ne pas être sous pression. Je préfère encore
speeder parce qu’il faut que je rende un dessin. J’obéis plus à ce genre de
pression.
- Ta deuxième tentative, c’était à Paris ?
- Je pense que ce serait bien si je crevais maintenant. Tu sais, la géographie, ça
n’a pas d’importance.
- C’est beau de mourir à Paris, et en même temps, c’est un gâchis de mourir à
Paris. Sacré dilemme !
- C’est de la merde ! En entreprenant de se suicider, on pense autant à ce qui
nous pousse à mettre fin à nos jours – sans se l’expliquer, parce que si on se
l’expliquait, on comprendrait tout de suite qu’on allait faire les cons – qu’à
l’après. Je ne pense pas qu’il y ait de candidat au suicide qui n’ait pas
imaginé la tête de sa mère apprenant sa mort.
m’attaquer en justice.

Matoub Lounes

- Il y a un énorme incontournable dans ta vie, c’est Matoub Lounès. Comment
tu l’as rencontré ?
- C’était lors d’un concert à Paris, au début des années 90, au Palais des
Congrès. On s’est croisés dans les coulisses. Il passait. J’étais avec un ami.
Ça s’est passé normalement, on a été présentés : « C’est toi Dilem ? »,
« C’est toi Lounès ? » Moi, je ne le connaissais que de nom et, honnêtement,
tel qu’on me l’avait présenté, ce n’était pas un enchantement que de le
rencontrer. J’avoue que je ne connaissais pas trop sa musique à l’époque. Le
type, du moins si je devais m’en tenir à ce qu’on me disait de lui, me rebutait
chouiya. Le soir même, il y avait un dîner organisé par des amis, et on s’est
retrouvés face à face. On a discuté, et je l’ai trouvé excellent mais excellent
sous tout rapport. Il était d’une spontanéité, d’une authenticité,…Pour ça, il
fallait le connaître. Matoub, on ne peut pas en parler. Ni en bien, ni en mal. Il
faut le connaître. Point. C’est quelqu’un qui t’apporte forcément quelque
chose. C’est quelqu’un auprès de qui tu apprends beaucoup. Ce n’est pas
tellement par sa sagesse, il était d’une connerie monumentale. C’était
mais…putain ! C’était un type qui n’avait pas froid aux yeux. Il disait
toujours ce qu’il pensait. C’est l’une des rares personnes, c’est pratiquement
la seule personne que j’ai rencontrée jusqu’au jour d’aujourd’hui, qui ne
pouvait pas mentir.
- Vous êtes tous les deux des francs-tireurs…
- Franchement, je ne peux pas me comparer à lui. Matoub, c’est autre chose.
- Tu écoutais ses chansons par la suite ?
- Pas que écouter. Il les composait devant moi, ses chansons. Il me les
expliquait, on les commentait ensemble. Ça a fait plus que nous rapprocher.
On était amis dans la vie. C’est pas du tmenyik, ce qu’il y avait avec lui, c’est
pas du tout du tmenyik. Il connaissait mes amis, mes copines, il faisait partie
de mon univers le plus intime.
- Après l’assassinat de Mekbel, tu m’as dit que tu t’es réfugié chez lui, à
Thawrirth Moussa, c’est bien ça ?
- Oui. Je suis resté chez lui un peu plus d’un mois. Sa sœur Malika et sa mère
m’ont gâté. Elles me lavaient mon linge, elles s’occupaient de moi comme
de leur propre fils. C’est Mustapha Hammouche qui me l’a présenté, tiens !
- Tu penses que la colère suscitée par l’assassinat de Matoub n’est pas prête de
s’apaiser ?
- Si seulement la colère pouvait nous rendre des gens comme Matoub ! C’est
pour ça que je trouve qu’il y a un côté désespérant dans le martyre. Tu
moutes et tous ceux qui ont fait que tu moutes sont là. Pourquoi tu moutes
alors ?
- Tu ne lui en veux pas d’être rentré en Algérie ?
- Non, non, non.
- Mais il se savait condamné à mort…
- Il n’en était pas inconscient. Mais il voulait vivre cette vie. Il voulait avoir ce
vécu. Il ne pouvait pas vivre autrement que comme ça, il ne pouvait pas. Il
ne serait pas Matoub, sinon. Tu te rends compte du bien qu’il fait à tous ces
gens-là ? Ne serait-ce qu’en termes de prise de conscience ! C’est grégaire,
c’est tribal. Mais elle est là. C’est un type qui te fait sentir que tu existes.
- Tu n’écoutes plus ses chansons ?
- Non. Tu mettrais des cassettes de ton père –Allah yarhmou – pour l’écouter ?
C’est pareil.

d’autres personnes…

- Il y a aussi d’autres personnes, des gens plutôt connus, qui t’étaient proches,
je pense par exemple à Allalou.
- Allalou, c’est une référence. Jusqu’au jour d’aujourd’hui, j’ai avec Allalou
un rapport des plus respectueux, et là, je m’incline bla Rabbi. Il a eu un rôle
novateur. Ce qu’il nous a fait gagner comme temps, Allalou, c’est terrible.
Ça nous aurait pris cinquante ans pour connaître la liberté de ton qu’il avait.
- Sid-Ahmed Semiane ?
- Lui, franchement, c’est l’artiste m’kawed par excellence. C’est l’artiste.
Point. C’est vraiment un artiste au sens fort du terme. Qu’est-ce que je
pourrais te dire de lui ? C’est SAS. Je ne sais pas comment te définir SAS.
SAS, normalement, dans le dictionnaire, si tant est qu’un jour, je ne le
souhaite pas à l’humanité, il entre dans le dictionnaire, on mettrait : SAS,
deux point, SAS.
- Djaout ?
- Tahar Djaout ikhachaâ. Il avait une telle aura ! Il inspirait la prosternation
rien que par l’immense sérénité qu’il dégageait. J’étais un misérable
Harrachi de merde, j’étais un morpion quand je l’ai connu. La dernière fois
où je l’avais vu, c’était moins d’une semaine avant son assassinat, plutôt
avant qu’on l’assassine, car, en fait, la formule « son assassinat », n’est pas
correcte en bon vieux français…Bref, je l’ai vu, je devais commencer avec
lui dans l’hebdomadaire Rupture. Le jour où il a été assassiné, ou la veille,
j’étais en train de bosser sur des dessins pour Rupture.

Le tombeur malgré lui

- Est-ce que la question : « Dilem, as-tu une copine ? » est une question
idiote ?
- Non. A partir du moment où tu me dis en quoi ça te regarde que je te le dise,
je peux te le dire.
- A partir du moment où tu es un grand artiste, beau gosse, classe, et que tu es
un cœur à prendre…
- C’est quoi ça, une copine ? C’est à dire, est-ce que je suis amoureux ?
- Si tu veux…
- Non, pas pour l’instant.
- Depuis combien de temps tu n’es pas amoureux, sachant que tu es un cœur
d’artichaut ?
- Depuis trois ou quatre jours. Ce qui m’embête, en fait, c’est que je ne peux
être amoureux que d’un amour caractériel. Je suis quelqu’un qu’on doit faire
souffrir pour qu’il aime. C’est un peu chiant, c’est un peu pervers.
- Il y a un type, un écrivain, Drieu la Rochelle pour ne pas le nommer, qui dit:
« La seule façon de posséder une femme, c’est de la faire souffrir ». Ça ne
s’applique pas un peu à toi ?
- C’est de la merde ! Ça n’a rien d’intelligent. Ça peut être vrai comme ça peut
être faux. Je pense qu’un truc est inintéressant à partir du moment où même
son contraire peut être juste. Moi aussi je peux te dire : la seule façon de
perdre une femme, c’est de la faire souffrir.
- C’est un écrivain pro-nazi qui le dit, ça s’explique.
- Moi je rejoins plutôt ceux qui disent : « Aimer, c’est ne faire qu’un mais
lequel ? » Ça, c’est beau !
- Pourtant, tu as la réputation d’être un bourreau des cœurs.
- Non, ce n’était pas voulu. Ce sont plutôt les nanas qui m’ont fait ça. J’ai une
conception très platonique de l’amour, tu sais ? En tout cas, les filles, je n’en
ai pas eu des masses, pas d’une manière excessive, je ne pense pas. Un de
ces quatre, il faut bien que j’en parle d’ailleurs avec quelqu’un sur le nombre
de nanas qu’il a aimées ou qui l’ont fait souffrir. Je ne pense pas avoir connu
plus de nanas qu’un Allalou par exemple. Il ne passe pourtant pas pour un
tombeur.
- Et toi, tu ne te considères pas comme un tombeur ? Tu es original, tu as du
bagou, tu as une belle gueule…
- Ça n’a rien à voir, ni avec le bagou, ni avec la belle gueule. Tu crois qu’une
nana va craquer pour quelqu’un simplement parce qu’il a du bagou et une
belle gueule ? Mes couilles !
- Est-ce que tu n’as pas l’impression que ton statut fausse parfois tes rapports
avec les filles ?
- Depuis quand un caricaturiste a un statut ya l khawa ? Non, je ne pense pas.
- Tu ne souhaiterais pas retomber dans l’anonymat et faire une vraie
rencontre ?
- Mais je suis un anonyme ya errab!
- Je suis désolé, tu es connu, Ali, sois un peu objectif. Dans la rue, Dilem, tout
le monde connaît.
- C’est pas vrai !
- Tu n’étais pas au courant ?
- Ça, je ne le savais pas.
- Alors, replonger dans l’anonymat, tu serais partant?
- Oui, oui, oui, oui !
- Tu ne serais pas un célibataire endurci ?
- Je vais te donner une réponse, et tu l’écris, et tu arrêtes de m’emmerder avec
ce sujet : JE VAIS ME MARIER QUAND JE N’AURAI QUE ÇA A
FOUTRE ! Je te jure que c’est vrai. Franchement, j’ai peur que ça me
bloque. Il ne faut pas se responsabiliser par rapport à ça ya l khawa. Un
mariage, c’est beaucoup trop sérieux pour qu’il soit confié à des
inconscients ! Il ne faut pas jouer avec ça. Si je me marie, ça serait pour
rendre heureuse une personne.
- Avec toi, ça risque d’être difficile : tu m’as l’air bouffé par ta passion.
- Pas que, pas que. Mais il y a des jours où j’ai envie par exemple de dormir
ici (sur le divan du salon), chose que je ne peux pas m’expliquer. Je ne peux
pas lui dire que j’ai envie de dormir seul. Je ne sais pas si tu vois ce que je
veux dire…Je prends ce sujet dans toute sa gravité, c’est pour ça qu’il faut
que je fasse un travail sérieux sur ma misérable personne. Putain, je ne suis
pas le genre d’hommes à divorcer, ça me tuerait. Quand j’aime, c’est à la vie,
à la mort. Je n’aime pas à moitié, je ne suis pas sérieux à moitié, je ne suis
pas dévoué à moitié…Même quand je déconne, je ne déconne pas à moitié.
Ma netmenyekche à moitié. Sur ce plan là, je suis entier jusqu’à tricher avec
ça, jusqu’à m’obliger à être entier. Si on revient à mon rapport à l’argent,
j’adorerais prendre des milliards et niquer tout avec mes milliards ! Ennique
edenya bel’mlayar ! Mais je rejette tout ça, avec un effort de rejet. Ce n’est
même pas naturel…Qu’est-ce que j’ai envie d’être riche putain ! Mais pas au
détriment de mon âme.
- Tu te sens seul ?
- Putain ! Il y a des moments où t’as envie de serrer une nana et dormir …On
revient toujours au choix que tu as fait. Personne ne m’oblige à faire ça.
Personne ! C’est vrai que ça aurait été plus facile si je faisais un autre métier
ou si j’étais…tant pis, je vais la lâcher !…moins l’objet d’autant d’intérêt,
alors qu’il n’y a pas lieu. C’est vrai que ça m’aurait facilité les choses. Et
puis, j’adore le confort. Je suis malheureux à l’idée que si je me mariais
aujourd’hui, j’aurais plus de cinquante ans quand ma fille ou mon fils en
auraient dix. Ça me fait flipper.
- Je vais te poser une dernière question et j’arrêterai de t’emmerder : est-ce
que tu te sens comblé ?
- Du tout ! Tu sais, quand on est comblé, on arrête de produire, on arrête
d’être créatif, on arrête tout. Je pense qu’il faut toujours douter. Il faut
toujours se dire qu’on n’est rien. Qu’on n’a rien fait. Que tout est à faire.
Quitte à se mentir. Il faut se dire tout est à bâtir. Plus rien n’est acquis
d’avance. Tout est à conquérir parce que rien n’est conquis d’avance.
- Je peux te dire un truc ?
- Un truc con ?
- Un truc que j’emprunte aux dédicaces que tu fais à tes fans.
- Vas-y !
- Merci d’exister.

Ils ont dit de lui…

Sa mère : « Je n’ai jamais eu peur pour mon fils. Il aime tout le monde et tout le
monde l’aime. Sa place est ici, dans son pays. C’est mieux quand il est ici. Il est
populaire et aime les gens. Je n’ai jamais vu aucun de ses dessins sur le journal. Je
n’ai jamais acheté le journal pour voir ses caricatures. Je n’apprends ce qu’il fait
que par le biais des gens qui viennent me dire Ali a fait ceci ou cela. Quand il a été
convoqué par la police, je ne me suis pas vraiment inquiétée pour lui. Je lui fais
confiance. Mon souhait, à présent, c’est qu’il se trouve une brave femme pour que
je voie ses enfants. »

Rachid Boudjedra : « Tous les matins, je lis Liberté à l’envers. Je commence par
la dernière page où la caricature de Dilem éclate, transgresse le cadre qui lui est
imparti ; dévore le papier, ravage tout sur son passage. Il y a cette férocité qui
bondit des personnages, jaillit du texte et nous frappe tel un coup de gong qui
résonne longtemps en nous.

Mohamed Benchicou: « Bouteflika-Atika, c’est lui. Khalida Lewinsky, c’est lui. La
caricature du général moche, bedonnant et corrompu qui ressemble étrangement à
Mohamed Lamari, c’est encore lui. Outrances incontrôlées, traits forcés d’un génie
pas comme les autres ou excès assumés ? Ali Dilem, le plus célèbre caricaturiste
du pays,

Hakim Laâlam : « D’une tête bien faite, respirant l’intelligence et la perspicacité
artistique, j’ai entendu dire un jour d’un dessin de Dilem : « Il exagère ! ». Tenté,
dans un premier réflexe empreint d’un mélange de colère et de furie
proportionnelle à mon gabarit, de corriger cette appréciation et son auteur, je me
suis finalement ravisé, mon côté Luthérien l’emportant sur mon côté Tysonien. Et
j’ai même fini par trouver que ce « Il exagère ! » sonnait comme le plus beau des
compliments que l’on pouvait lancer à un caricaturiste. Alors, exagère Ali,
exagère !… »

Publié dans DILEM(16), intellectuels algeriens(48) | Pas de Commentaires »

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