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Réponse du Dr SIDHOUM – Appel du général YALA

Posté par algeriedemocratie le 27 octobre 2012

Réponse du Dr SIDHOUM – Appel du général YALA

Réponse du Dr SIDHOUM – Appel du général YALA dans salah-eddine sidhoum(25) dr-sidhoum-300x223Mon absence momentanée ne m’a pas permis de participer dès le début au débat suscité par l’appel de notre compatriote MT. Yala.

Il est clair que le constat présenté par cet officier supérieur est celui de tout Algérien sincère et conscient de la grave situation nationale. Et ce constat a déjà été fait depuis des décennies bien avant l’accélération de la déliquescence sociale et de la faillite politique. A l’époque ceux qui osaient dénoncer cette triste réalité nationale, en dehors des discours ronflants des thuriféraires larbins de l’imposture totalitaire, étaient traités de réactionnaires, contre-révolutionnaires, quand ils n’étaient pas carrément étiquetés de fils de harkis.

Il est encourageant de voir aujourd’hui d’ex-serviteurs du système, civils et militaires tenir le même discours que ces opposants « ennemis de la Révolution » et tirer les mêmes conclusions sur la nécessité impérieuse d’un changement radical du système.

Il est clair aussi que la faillite de ce système honni est le résultat de 50 ans d’illégitimité du pouvoir (je dis bien 50 années). Un pouvoir pris par la force des armes, entretenu par les coups d’Etats, les intrigues et « légitimé » par des mascarades électorales à la Neagelen.

J’aurais voulu connaitre le point de vue de Mr Yala sur le devenir de la sinistre police politique, dans l’Etat de Droit de demain auquel nous aspirons tous. Cette police politique, colonne vertébrale d’un régime illégitime, responsable par sa politique de terreur, de nombreux drames depuis 62 et qui continue à « gérer » sans partage tous les espaces de la vie publique, sociale et politique.

Sinon sur le plan des propositions, il y a beaucoup de points de convergences avec d’autres initiatives dont celles du FCN (changement radical et pacifique, respect des valeurs civilisationnelles de la Nation, démocratie, droits de l’homme, alternance véritable, Constituante….). Mr Yala avance l’idée d’un « pacte national de citoyenneté » comme creuset à toutes les forces politiques réelles et comme base d’action pour le changement. Au FCN et bien avant avec l’Appel du 19 mars 2009, nous avons déjà proposé de nous entendre sur un « compromis politique historique ».

Je crois que le moment est venu de fédérer sérieusement toutes ces volontés sincères, loin de tout calcul politicien et de visions idéologiques ou partisanes étroites, autour de ces principes et valeurs communes clairement énoncées qui constitueront le socle de notre pacte national ou compromis politique pour pouvoir lancer ce vaste et solide mouvement populaire pacifique du changement radical.

Il est certain que ce mouvement fédérateur en vue d’une action bien définie qu’est le changement de système politique (et non un changement dans le système) ne doit en aucun cas être un assemblage de partis et autres associations hétéroclites mais un véritable front réunissant des volontés sincères et engagées sans exclusion ni exclusive, débarrassées de leurs oripeaux idéologiques stérilisants.

En aucun cas, ce mouvement rassembleur ne doit être l’otage d’un quelconque esprit zaïmiste. Une direction collégiale doit piloter ce projet fédérateur.

Il est important de rappeler aux adeptes du grenouillage boulitique le fait que nul n’a le monopole du changement, de la démocratie, de la religion ou de l’identité nationale. Le changement doit être l’œuvre de toutes et tous ceux qui sont engagés sur le terrain à SERVIR et à SAUVER l’Algérie de ce chaos programmé et non l’œuvre de prétentieux qui voudraient déjà se positionner pour une quelconque prise de pouvoir alors que le bateau Algérie risque de couler.

Tout comme nous devons insister sur le fait que dans l’Etat de Droit de demain, auquel nous aspirons tous, aucune institution de l’Etat, quelle qu’elle soit, ne peut et ne doit se prévaloir d’être au-dessus de la souveraineté du peuple, seule source de légitimité.

Sommes-nous capables d’avancer dans ce sens et de passer des multiples initiatives à une œuvre nationale unificatrice salvatrice qui nous permettra de passer d’un régime illégitime perdurant depuis 50 ans à un véritable Etat de Droit avec ses institutions stables démocratiquement élues ?
La question reste posée.

Amicalement.
Salah-Eddine SIDHOUM.
Alger 26 10 2012

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L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire

Posté par algeriedemocratie le 13 janvier 2012

L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire  dans salah-eddine sidhoum(25) Sidhoum-Lesoir.be_Interview accordée par le Dr Salah-Eddine SIDHOUM au quotidien LE SOIR de Belgique

lesoir.be

BAUDOUIN LOOS

mercredi 11 janvier 2012, 12:14

Alors que les révoltes arabes célèbrent leur premier anniversaire ce mois, il y a tout juste vingt ans ce 11 janvier, l’Algérie se réveillait avec un coup d’État militaire interrompant le processus électoral.
« L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire »

 

Pour parler de cet événement qui nous rappelle que les islamistes avaient déjà pu vaincre à travers les urnes il y a deux décennies, nous avons interrogé un homme, Salah-Eddine Sidhoum, chirurgien orthopédiste de son état, qui incarne la résistance à la dictature militaire algérienne par le combat pour le respect des droits de l’homme. Un combat qui lui coûta la prison, neuf ans de clandestinité, une grève de la faim et finalement un procès qui s’est soldé par un acquittement en 2003. Il anime un site, www.lequotidienalgerie.org.

Pouvez-vous résumer le coup d’État de 1992 ?

Les premières élections législatives pluralistes qui ont eu lieu le 26 décembre 1991 ont été les plus libres depuis l’indépendance. Le peuple venait de signifier au régime politique illégitime imposé par la force des armes sa retraite définitive. Il venait de légitimer et de mandater les trois fronts : FIS (islamiste), FLN rénové (nationaliste) et le FFS (social-démocrate) pour diriger l’Algérie. Cette sanction populaire a provoqué un séisme au sein de l’oligarchie militaro-financière qui, voyant déjà ses privilèges s’évaporer, s’appuiera sur les leaders de micro-partis qu’elle avait créés dans ses laboratoires, sur sa clientèle affairiste et rentière et sur ses « intellectuels » de service, comme vitrine politique du pronunciamiento qu’elle préparait. Toute une campagne de désinformation fut menée dès le lendemain du 1er tour, créant un véritable climat de psychose. Il faut reconnaître que certains dirigeants du FIS, par leurs discours incendiaires et populistes facilitèrent ce travail de propagande.

Le 2e tour des élections fut annulé, les blindés sortis dans les rues et plus de 10.000 citoyens déportés dans les camps de concentration de l’extrême Sud. La terrible machine répressive venait de se mettre en marche. Et nous connaissons l’effroyable bilan de cet acte avec la première violence du régime et la contre-violence d’une jeunesse sans présent ni avenir : plus de 250.000 morts, plus de 10.000 disparitions, plus de 30.000 torturés, 500.000 exilés.

L’armée se disait soutenue par « la société civile »…

Ce n’est pas l’armée en tant qu’institution nationale mais l’oligarchie militaro-financière, une poignée de putschistes, qui porte l’entière responsabilité d’avoir entraîné l’armée dans cette « sale guerre ». Pour revenir à votre question, cet hypothétique « soutien » faisait partie de la propagande du régime. Si le régime était soutenu par la société civile, il n’aurait pas eu besoin de mener une véritable guerre contre une bonne partie de son peuple. Le régime était par contre soutenu par sa « société servile », cette minorité sans ancrage populaire, de syndicalistes véreux, d’intellectuels de service et autres opportunistes rentiers qui papillonnaient autour du système, qui craignaient eux aussi de perdre leurs privilèges mal acquis. Le temps a permis de démystifier cette fausse image du drame algérien : de méchants intégristes qui allaient abattre la République et la démocratie pour instaurer un régime moyenâgeux et menacer l’Europe ! Ce scénario des services de l’action psychologique de la police politique, soutenu par la minorité élitiste éradicatrice fut malheureusement pris pour argent comptant par de nombreux médias occidentaux durant assez longtemps avant que cette imposture ne soit mise à nu.

Ce régime a-t-il évolué ?

Le pouvoir n’a pas évolué dans le fond, il change seulement de maquillage. Il pense continuer à gérer la société par la violence politique et la corruption de pans entiers de la société. Tout n’est qu’illusions : fausses institutions, faux partis politiques, fausses élections, réconciliation factice avec impunité assurée aux criminels de tous bords, fausse presse libre à quelques très rares exceptions près… Pour prévenir un éventuel « printemps algérien », le régime procède à un ravalement de façade avec des réformettes. Vingt ans après l’arrêt du semblant de processus démocratique, le constat est amer : des centaines de boat-people qui fuient en bravant une mort quasi certaine, une économie agonisante perfusée par l’argent du pétrole, un enseignement en déperdition, une aggravation des maux sociaux, une corruption généralisée du sommet à la base, une violence politique persistante, etc. Ce régime autiste ne peut évoluer dans le sens du véritable changement. Sa nature même ne le lui permet pas. L’Algérie n’a jamais été pour lui une patrie à défendre et à développer mais un butin de guerre à se partager.

Pourquoi l’Algérie a-t-elle échappé au « printemps arabe » ?

L’Algérie n’échappera pas au destin de l’Histoire. Il est vrai que la guerre subie par le peuple durant plus d’une décennie avec son lot de malheurs et son flot de sang et de larmes n’est pas étrangère à cette léthargie observée, alors que le Maghreb et le Machrek sont en ébullition. Mais il y a aussi un autre facteur retardant : la faillite de la classe dite politique qui n’a pas été à la hauteur des espérances et des aspirations de la population, pour présenter une alternative crédible. On a trompé le peuple au nom du nationalisme, du socialisme, de la question identitaire, de la démocratie, puis de l’islam. Autant de fonds de commerce utilisés par cette faune politicienne pour se servir au lieu de servir. La population ne croit plus aux discours creux de cette classe dite politique discréditée. Comme en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Syrie, c’est la jeunesse qui décidera, dans la rue, de son destin et avec tous les risques que cela comportera.

Le phénomène de l’islamisme est-il encore aussi prégnant en Algérie qu’il ne le fut ?

L’islamisme est une réalité sociale et politique indéniable en Algérie. Ni la propagande du régime, ni ses lois politico-juridiques scélérates n’effaceront cette réalité du terrain. Cela s’est vérifié en Tunisie, en Libye et en Egypte. La terrible répression subie par cette tendance durant des décennies dans ces trois pays n’a pas du tout modifié la carte politique réelle. Il faudrait que l’opinion publique occidentale comprenne que chaque Nation a sa propre voie pour construire son État de droit et sa démocratie, en s’inspirant de ses valeurs culturelles et identitaires propres et de son Histoire. C’est le chemin emprunté par toutes les démocraties avancées. Pourquoi pas nous ? La société réelle a tiré les leçons des supercheries de son système. Par la rue ou par un compromis politique entre la véritable opposition et ce qui reste comme éléments lucides du pouvoir réel, le changement se fera inéluctablement et ce régime en fin de cycle est appelé à disparaître.

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Réponse de S.E Sidhoum à un internaute dans un forum

Posté par algeriedemocratie le 15 août 2010

Salah-Eddine SIDHOUM dit :

Au frère signant sous le pseudo Cherifi,
El Hamdou Lillah, vous avez l’honnêteté et la franchise de reconnaître que ce système politique « est bâti sur du faux par des analphabétes qui se sont appropriés et l’histoire et les richesses du pays ». Nous sommes sur ce point sur la même longueur d’ondes et c’est ce que je vous avais dit hier dans ma réponse et de manière claire et fraternelle.
Vous dites, mon cher frère, que vous avez été exclu du FLN en 1980 pour avoir dénoncé le mensonge. Mais vous avez tardé et attendu 18 ans pour le faire car le FLN était basé dès 62 sur le mensonge. Sa mission, grâce aux sacrifices de tout un peuple s’était terminée le 03 juillet 62 à minuit, date réelle de l’indépendance. Le peuple algérien sous la direction de ce Front avait libéré l’Algérie du joug colonial. Le FLN de l’après-indépendance était devenu un appareil de contrôle administratif et policier de la population sous la coupe du système militaro-bureaucratique qui se mettait en place et qui allait confisquer une indépendance chèrement acquise. Au nom de quelle légitimité des bravaches venus d’Oujda et de Ghardimaou ont imposé au peuple algérien un système politique étranger à ses valeurs et à ses traditions ? Au nom de quelle légitimité, un groupe d’imposteurs et d’aventuriers analphabètes avaient droit de vie ou de mort sur le peuple algérien ? Au nom de quelle légitimité, l’armée des frontières allait écraser ce qui restait de notre vaillante armée de libération nationale, laissant sur son passage, plus de 2000 cadavres de civils et de maquisards qui avaient échappé aux balles de l’armée coloniale ? Au nom de quelle légitimité, les sinistres Hamadache et Salah Vespa torturaient des algériens dans d’anciens centres de torture de Massu et Bigeard ? Au nom de quelle légitimité, Boudiaf a été kidnappé à Hydra par d’anciens collaborateurs de l’armée coloniale pour être déporté dans l’extrême-Sud ? Au nom de quelle légitimité, la justice aux ordres avait condamné Hocine Aït Ahmed à la peine capitale ? Au nom de quelle légitimité des aventuriers avaient assassiné lâchement Khemisti, Chabani, Khider, Krim et des dizaines d’autres algériens dignes qui s’étaient opposés à la dictature des analphabètes ? Au nom de quelle légitimité, un pantin politique allait priver de liberté Mohamed El Bachir El Ibrahimi, président de l’association des Oulémas ? Au nom de quelle légitimité, on avait nationalisé les terres d’Algériens pour les donner à de faux paysans pour jouer aux dominos ? Et la liste est longue, mon cher monsieur des méfaits de ce système au nom d’un faux FLN dont ils usaient et abusaient de la gloire pour dilapider les richesses de la Nation. Ne me dites surtout pas que ce sont les « barbus » et les « kabylistes » qui sont responsables de ces méfaits criminels !
Le résultat est là, un demi-siècle plus tard. Une Algérie à 2 collèges : celle des beggarines et haggarines de « l’Algérie utile » du Club des Lapins et des quartiers résidentiels interdits au « ghachi » et celle des bidonvilles et des cités dortoirs des « gueux », des « terroristes » et des harragas de « l’Algérie inutile ».
Le résultat est là, criard : une faillite sanglante qui a mené à un conflit fratricide avec son cortège de heurts et de malheurs et ses centaines de milliers de victimes.
Non, mon cher Monsieur, cette dramatique situation est le résultat d’une politique criminelle qui est à l’origine de la déliquescence de la société qui a perdu ses repères et qui s’est réfugiée dans une contre-violence multiforme en réponse à une violence du régime qui se confond avec l’Etat qui lui n’existe pas. L’extrémisme religieux est le résultat de la manipulation de la religion par ce pouvoir illégitime pour asseoir son pouvoir. N’est-ce pas les prêches officiels du vendredi à coups de versets et de Hadits qui nous disaient que le socialisme (importé de l’URSS) et la révolution agraire étaient d’essence islamique ? N’avaient-ils pas mobilisé des imams-CCP à la télévision pour nous expliquer tout cela ?
L’extrémisme berbériste ou ce que vous appelez le « Kabylisme » est le résultat du déni identitaire par des analphabètes qui voulaient imposer au peuple algérien une autre idéologie d’importation. Et il est naturel que l’extrémisme des uns provoque l’extrémisme des autres. Il est ahurissant aujourd’hui d’entendre une ultraminorité d’excités appeler à « jeter les arabes à la mer » et insulter l’Islam et notre Prophète. Même Lavigerie et sa perfide politique de division n’avait pu diviser les Algériens durant la nuit coloniale. Avez-vous oublié la propagande du régime en avril 80 et travers son organe télévisuel de propagande distiller le venin de la fitna en disant que les kabyles avaient déchiré le Coran et brûlé le drapeau national ? Une politique criminelle qui a donné l’extrémisme actuel qui n’aura, tout comme les autres extrémismes aucune chance d’aboutir, car les Algériens dignes qui constituent notre « ghachi » savent séparer le bon grain de l’ivraie. Et ce peuple que l’on traite de tous les noms est hélas en avance par rapport à ses « élites » fidèles à leur trahison historique depuis 54.
Vous dites, cher frère que « le combat ne se limite pas à des idées et à des écrits venus d’Outre-Mer ». Non nous sommes ici sur le terrain et nous ne quitterons jamais la terre de nos ancêtres pour la laisser à ces voyous sans foi ni loi. Et nous ne « résistons » pas à partir du Club des Lapins ou des « hôtels 5 étoiles ». Nos sœurs et frères qui ont été exilés par la médiocrité et la terreur sont partie prenante de notre lutte politique commune pour le changement. Et il n’est pas question de les dissocier de nous. Et ils participent, chacun (e) à sa manière à l’éveil des consciences. Ceux qui font de la politique à partir des « palaces » sont ceux qui « trainent dans leur for intérieur le complexe du colonisé ». ليسو منّا
« Le grand combat » nécessite une implication sans faille pour la lutte contre le système politique actuel et son pouvoir illégitime, cause de tous les malheurs de l’Algérie. Le changement radical et pacifique et l’instauration d’un Etat de Droit permettront à toutes les compétences dignes du pays et de tous les horizons politiques, sans exclusion, de construire une Algérie épanouie, apaisée et fraternelle comme l’ont souhaité nos dignes ainés de 54. Et Là tous les extrémismes s’évaporeront et toutes les institutions démocratiquement élues et issues de la volonté de notre brave « ghachi » œuvreront, lentement mais sûrement à l’édification d’une Algérie libre, ancrée dans ses valeurs civilisationnelles et ouverte sur l’Universel.
Un dernier point, si vous le permettez, cher frère. Vous dites « Peut-etre, un jour on se réveillant, nous trouverons le metro en marche ainsi que le tramway,les cités propres,aucun mendiant dans nos rues, une administration au service du citoyen,une justice équitable,une assemblée représentative et un président democratiquement élu »
Non, il ne faut pas rêver. Si nous persistons dans ce statu quo, nous continuerons à nous réveiller dans une Algérie de plus en plus cauchemardesque. Il faut agir, lutter et se sacrifier pour changer les choses. Dieu est certes capable de tout (ان الله على كل شيء قدير ) Mais « Dieu Ne Modifie l’état d’un peuple avant que celui-ci se soit transformé lui-même ».
Fraternellement.

Salah-Eddine.
Alger

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Salah-Eddine SIDHOUM — « En Algérie, on assassine l’intelligence ». mars 2003

Posté par algeriedemocratie le 4 août 2010

Salah-Eddine SIDHOUM

Algeria-Watch, mars 2003A la mémoire de mon Ami, le regretté Cheikh Benyoucef Benkhedda, président du GPRA, qui m’a appris la valeur et le sens de l’Ethique politique.
C’est par la vérité qu’on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu’on connaît la vérité.
Emir Abdelkader El Djazaïri
La société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil.
E. Zola.

« En Algérie, on assassine l’intelligence ».
Que de fois n’avons-nous pas entendu ce slogan clamé durant les années de braise, de part et d’autre de la Méditerranée, concernant les assassinats d’intellectuels algériens. Tel un leitmotiv, il était ressassé et martelé tant par les services de propagande du régime d’Alger et leurs plumitifs que par leurs relais en France dans un concert médiatique assourdissant d’une ampleur jamais égalée.
Par intellectuels, on entendait par-là seulement une minorité qui s’était ralliée par peur ou par calcul au régime militaire et s’était abritée derrière les blindés qui venaient de renverser l’urne de la «piétaille », des «gueux » et des «va-nu-pieds » qui avaient mal voté.
C’est cette malheureuse minorité élitiste, hautaine et méprisante, autoproclamée «intelligence du pays » qui sera utilisée par les services de l’action psychologique de la police politique dans la vaste campagne de manipulation et de désinformation, pour travestir la réalité du drame algérien et déverser inepties, insultes et mensonges, à travers, plus particulièrement une partie de la presse privée nationale et les plateaux de la télévision française.

N’est-ce pas feu Rachid Mimouni qui écrivait (1), s’adressant à l’opinion française:
« C’est la première fois dans l’histoire qu’on voit un mouvement terroriste se proposer d’éradiquer toute l’intelligentsia d’un pays, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une maladie. Le projet consiste à décerveler le pays. »

Et c’est un intellectuel français, François Burgat (2) de lui répondre :
« Les islamistes, nous ont longtemps expliqué en effet les plus médiatisés des analystes, avaient décidé de «décerveler » un pays où s’affrontaient «le camp des terroristes et celui des militaires », sous les yeux impuissants de la population. Est-ce vraiment de cela qu’il s’est agi ? Et si entreprise de «décervelage » il y a eu, qui en ont été réellement les acteurs et les victimes ? »

N’est-ce pas aussi un certain Rachid Boudjedra, se proclamant sans rougir «continuateur de Flaubert et de Proust » (sic) (3) qui traitera de «conglomérat de rats enragés et pestiférés» et de «charlatans de basse lignée et d’ignares semi-alphabétisés » (4), des citoyens, militants et sympathisants du parti que le suffrage universel venait de désigner première majorité politique en Algérie. Cette «hogra intellectuelle » n’est pas sans nous rappeler celle de certains colons, à l’image d’un Michel Morel, à l’encontre des «indigènes » traités de «huit millions de ratons sales et illettrés qui narguent la France » (5)
Plus de trois millions de citoyens algériens avaient voté pour des «rats enragés et pestiférés». ! Quel respect de la dignité et de la citoyenneté de la part de notre «élite » ! !

La propagande du régime et de ses troubadours médiatiques «omettra » de signaler que bien avant que certains intellectuels tombent sous les balles des islamistes, des centaines d’autres intellectuels avec des milliers d’autres citoyens, étaient embarqués de nuit et déportés dans les camps de concentration de l’extrême-sud, là où la France coloniale expérimentait ses armes chimiques et nucléaires (6). Ils étaient parmi les plus chanceux. D’autres moins chanceux, connaîtront les affres de la torture, mourront sur les tables d’«exploitation » du renseignement, seront exécutés sommairement et arbitrairement ou disparaîtront à tout jamais. Leur crime était d’appartenir à un courant politique à qui le suffrage universel venait d’accorder, pour la première fois depuis l’indépendance la légitimité de diriger le pays pour une période déterminée. De toutes ces victimes, personne n’en parlera. Ni en Algérie ni en Europe. De véritables parias ! L’esprit des deux collèges de la nuit coloniale qui resurgit. Triste recommencement de l’histoire !

Cette histoire revisitée nous rappellera cruellement que l’intellectuel algérien – le véritable intellectuel – hier comme aujourd’hui a payé, au coté de ses concitoyens, un lourd tribu dans les conflits qu’aura connu l’Algérie contemporaine. Nous sommes en droit de nous interroger si cette élimination de l’intelligence n’avait pas sa tradition dans notre guerre de libération ? Ce qui se passe aujourd’hui n’est-il pas la continuité de ce qui s’est passé hier durant la révolution et au lendemain de l’indépendance et de cette haine viscérale qu’avaient certains chefaillons vis-à-vis des intellectuels (purges sanglantes de la « bleuite » dans les maquis, assassinats de Abane, Allaoua Abbas, Chaabani, Khemisti, Mécili….) ?

Il serait honnête de rétablir avant tout la vérité en précisant que les intellectuels tués par les islamistes ne l’ont pas été en tant que tels mais pour leur prise de position en faveur du coup d’Etat et pour avoir accepté d’assurer, pour certains d’entre eux, la couverture idéologique de la répression sauvage qui s’était abattue au lendemain du pronunciamiento sur une partie de la population. Cette importante clarification ne signifie nullement que cela était une raison pour les assassiner.
Tout comme les intellectuels de « l’autre bord » ont été kidnappés, torturés et/ou exécutés dans le cadre de la politique planifiée d’éradication du courant islamique, porteur d’un projet constituant une alternative au pouvoir et qui avait, de par son ancrage populaire, sérieusement menacé les fondements du régime en place.
Les intellectuels des deux bords ont été victimes de ce qu’ils ont fait et non de ce qu’ils ont été.
Il est certain que durant les premières années de la guerre, la puissante campagne de désinformation menée par le régime et ses relais de part et d’autre de la Méditerranée a grandement désorienté l’opinion publique qui n’arrivait pas à s’expliquer certains assassinats. La faiblesse criarde du mouvement politique islamique sur le plan de l’information, a également grandement participé à la production de cette confusion. Cela facilitera le travail des services de l’action psychologique pour lui faire endosser tous les assassinats.

Tous ces facteurs ont permis, un certain temps, de mettre sous le boisseau une réalité : la volonté du pouvoir, sous couvert de la lutte « anti-terroriste », d’éliminer tout ce que comporte la société comme intelligence qui ne s’insère pas dans son projet diabolique d’éradication. Avec le recul, nous constatons que beaucoup d’intellectuels officiellement tués par les présumés islamistes étaient certes de farouches opposants au projet islamique, mais ne cautionnaient pas non plus les pratiques terroristes du pouvoir. Or, les véritables intellectuels et théoriciens de l’éradication, ceux qui lui ont donné une solide assise idéologique et s’en sont fait les ambassadeurs, ont été, en très grande partie épargnés. Ils se permettront même de s’accaparer des morts dont ils sont en partie responsables, en les transformant en leurs propres martyrs. Cela a été, avouons-le, doublement intelligent de la part des « cerveaux » de l’éradication : éliminer les voix critiques et en même temps imposer le silence aux amis et parents des victimes, puisque les « coupables » sont des ennemis, des « islamistes ».

Cette guerre a vu naître, au nom d’une certaine conception des droits de l’homme et de la démocratie, le honteux concept de l’indignation sélective. Une frange de notre élite, instrumentalisée par un quarteron de putschistes ignares et sans scrupules, pataugeait dans les marais du manichéisme, de l’imposture et de la déraison. Et en face, le monde dit libre, avalait les couleuvres de la désinformation et s’enfermait dans un silence affligeant.
Nous ne pouvons parler de cette indignation sélective sans évoquer le rôle joué par une poignée d’intellectuels français et l’éphémère comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA), dans la campagne de désinformation de l’opinion publique. Bien avant d’apprécier à nos dépens l’élasticité de la notion des droits de l’homme dans certains cercles intellectuels et politiques de l’Hexagone et naïfs que nous étions, nous avions adressé, dès la naissance de ce comité, une lettre à son président (7) pour attirer son attention sur la situation d’une dizaine d’intellectuels algériens, torturés et arbitrairement incarcérés dans les geôles des «sauveurs de la démocratie et de la République ». Cette lettre, ainsi qu’une seconde adressée en 1995 (8), resteront sans réponse. En réalité ce silence en lui-même était une réponse : ce comité ne soutenait pas les intellectuels qui refusaient la soumission culturelle.
Nous n’étions pas les seuls à nous interroger sur les véritables desseins de ce comité. Des citoyens français qui refusaient de s’inscrire dans cette infâme campagne de désinformation, se poseront la même question et jugeront choquant ce soutien partiel et partial. C’est le cas de Ginette Scandrani (9) :
« Pourquoi faut-il soutenir uniquement les intellectuels alors que c’est le peuple qu’on assassine ?
Je me sens concernée lorsqu’on assassine des intellectuels, des journalistes ou des artistes mais pas plus que lorsqu’on assassine des ouvriers, des enseignants, des commerçants, des ménagères ou des chômeurs.
Pourquoi faire un catalogue des soutiens ?
Pourquoi ne soutenir qu’une partie des intellectuels alors que d’autres, ceux du FIS, sont soit en prison ou dans des camps ?
Pourquoi faut-il aller trier à l’intérieur de la société algérienne pour désigner les bons et les mauvais ? Ne sont-ils pas tous Algériens ? »

Pierre Guillard (10) écrivait en 1993 :
« J’ai écrit au CISIA : puisque le sort des intellectuels vous interpelle, demandez-vous la libération d’un prisonnier d’opinion, Abdelkader Hachani ? J’attends bien sûr toujours la réponse. A. Hachani n’est en effet qu’ingénieur en pétrochimie, francophone et arabophone, président du parti majoritaire d’un pays de 27 millions d’hommes, et docteur en Islam : autant dire une m….
Abdelkader Hachani n’obtiendra pas le label « intellectuel » délivré de professo par le CISIA. Car seuls seront reconnus «intelligence du pays » les hommes du 11 janvier et de la rébellion armée contre la démocratie ».

Non contents de se transformer en zélés propagandistes intellectuels de l’éradication, cette forme de barbarie à l’algérienne, certains membres de ce comité feront la chasse à tous ceux, qui en France, allaient à contre-courant de l’establishment intellectuel et de sa «pensée dominante » concernant la tragédie algérienne. Nous avons été abasourdis d’apprendre en 1996 d’un ami intellectuel français, qu’il avait été licencié à deux reprises de son emploi sur injonction du CISIA pour avoir dénoncé à travers ses prises de position et ses écrits, la politique de désinformation et les méfaits de ce comité.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article (11) et nous ne cesserons de le répéter, il n’est pas question pour nous de verser dans cette immonde indignation sélective, catégorielle ou dans un quelconque corporatisme en matière de droits de l’homme. Hier et sous d’autres cieux, c’était au nom de l’histoire, aujourd’hui, c’est au nom d’une certaine conception dévoyée de la démocratie et des droits de l’homme qu’on se permet de choisir les bonnes et les mauvaises victimes. La dignité humaine est une et nous ne pouvons admettre une telle classification ignoble tant pour la tragédie algérienne qu’ailleurs. C’est avec un profond respect que nous nous inclinons devant la mémoire de toutes les victimes du drame national provoqué par la politique criminelle d’un régime qui a voulu dresser des algériens contre d’autres algériens pour préserver son pouvoir illégitime et ses privilèges. Paix et miséricorde à leurs âmes !
Mais il est un devoir moral de lever le voile sur une partie de la vérité en affirmant haut et fort qu’à côté des intellectuels tués par les islamistes, il y a eu aussi d’autres intellectuels enlevés, torturés et exécutés arbitrairement par le terrorisme d’Etat qui s’était abattu sur l’Algérie au lendemain du coup d’Etat de 1992 et qu’on avait voulu cacher à l’opinion.

Cette étude n’a pas l’intention de tenir une comptabilité macabre ou la prétention d’énumérer les centaines d’intellectuels victimes de cette guerre, mais seulement de démystifier les menteries du régime et de ses commandos médiatiques de part et d’autre de la Méditerranée qui ont prévalu durant des années. Toute mystification a ses limites. Par des exemples précis et documentés, nous apportons sereinement des preuves irréfutables que le terrorisme d’Etat a amplement participé à la liquidation des hommes de culture et de science. Et cela n’est que justice pour celles et ceux qu’on a voulu effacer des tablettes du drame national.

Il est vrai qu’au début de la sale guerre, beaucoup de monde fut trompé par l’impressionnante machine de désinformation mise en branle par le régime dans le cadre d’une vaste stratégie de manipulation digne des Jacquin, Trinquier et Godard, de triste mémoire. Mais avec le temps, le lourd silence imposé sera rompu et des brèches seront courageusement ouvertes dans cet épais mur de mystification par quelques rares intellectuels, militant(e)s des droits de la personne humaine et officiers qui refusaient cette barbarie mais aussi cette défense des droits de la personne humaine à deux vitesses, aidés en cela par le courageux et admirable travail de témoignage des victimes et familles de victimes, malgré les malheurs et la terreur qui s’étaient abattus sur elles.

Les camps de concentration

Dès les premières heures du coup d’Etat, une vaste campagne d’arrestations fut menée par les services de sécurité et la police politique contre les cadres et élus du parti sorti vainqueur des premières élections législatives libres. Beaucoup d’entre eux étaient des universitaires. Ils seront déportés dans les camps de concentration du Sud.
Pour la seule année 1992, on comptait officiellement 1224 enseignants détenus dans les camps et geôles du régime.
Au camp de concentration de Reggane, situé à 1400 km d’Alger, on comptait en mars 1992 (12) :
· 45 ingénieurs.
· 600 enseignants d’écoles, collèges et lycées.
· 1 enseignant d’Université.
· 11 médecins.
· 5 pharmaciens.
· 4 avocats.

Pour le seul camp de Aïn M’Guel, on notait en mars 1994 (12) :
· 26 professeurs de lycée et de collège
· 5 enseignants universitaires.
· 7 ingénieurs.
· 1 médecin spécialiste, enseignant à la faculté de médecine d’Alger.
· 1 pharmacien.

Deux cas illustrent cette politique de déportation.
· Ouziala Messaoud, docteur en médecine, spécialiste en néphrologie et en transplantation rénale à l’hôpital universitaire Mustapha d’Alger, déporté au lendemain du coup d’Etat de janvier 1992 au camp de concentration d’Aïn M’Guel où il séjournera jusqu’en 1995. Il sera ensuite kidnappé le 8 juillet 1998 à la sortie de l’hôpital Mustapha par des civils armés de la police politique et séquestré durant quinze jours en un lieu secret. A sa libération, il s’exilera en Europe.

· Gahmous Abderrahmane, professeur d’université et chercheur, titulaire d’un PHD aux Etats-Unis, directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’El Harrach. Déporté au lendemain du coup d’Etat au camp de concentration de Reggane durant plusieurs mois. Il sera contraint, lui aussi à l’exil.

La terreur des escadrons de la mort

En 1993, apparurent deux escadrons de la mort : l’OSSRA (organisation secrète de sauvegarde de la république algérienne) et l’OJAL (organisation de la jeunesse algérienne libre), éphémères branches de la police politique. Leur but était de terroriser le camp islamique. C’était la mise en pratique de la sinistre devise : »la peur doit changer de camp ». L’une d’elles, l’OJAL, se spécialisera dans la chasse et la liquidation des intellectuels du courant islamique. De nombreux universitaires recevront des menaces de mort, seront torturés ou exécutés par cette organisation terroriste. Parmi ses victimes, nous citerons :

· Boudjelkha Mohamed Tidjani, professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar d’Alger, avait reçu une lettre de menace de mort de cette organisation puis avait été kidnappé à son domicile en novembre 1993 par trois civils armés se présentant comme éléments de l’OJAL. Il sera séquestré en un lieu secret puis torturé durant plusieurs jours avant d’être libéré avec un message destiné aux intellectuels du courant islamique: la mort. Il sera contraint de s’exiler à sa libération.

· Mohamed Lahbib Haddam, docteur en médecine, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital universitaire Mustapha et maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger recevra lui aussi une lettre de menace de mort de l’OJAL. Le 11 novembre 1993 à 20 heures, deux civils armés et cagoulés feront irruption à son domicile. Le chirurgien sera ligoté ainsi que son épouse et sa fille. Les deux hommes armés lui affirmeront qu‘ils appartenaient à l’OJAL, qu’ils lui avaient adressé une lettre le condamnant à mort et qu’ils venaient exécuter la sentence. Après avoir enfermé leurs trois victimes dans une pièce, et pris de doute sur l’identité de la cible, ils quitteront les lieux en emportant les clés de l’appartement, en volant une importante somme d’argent et en promettant de revenir durant la nuit. Le chirurgien et sa famille arriveront miraculeusement à se libérer et à fuir le domicile pour aller se réfugier chez des amis avant le retour des deux criminels. Il sera contraint lui aussi à s’exiler.

· Mohamed Saïd Moulay, professeur et doyen de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab Ezzouar, recevra lui aussi en mars 1993 une lettre de menace de mort de l’OJAL. En décembre 1993, deux civils armés feront irruption à son bureau à l’Institut de mathématiques. Devant les menaces, il se mettra à protester à haute voix afin d’attirer l’attention des secrétaires et des directeurs-adjoints de l’Institut. Affolés par l’attroupement des fonctionnaires et des étudiants devant le bureau du Doyen, les deux criminels prendront la fuite. Ce n’était que partie remise. En effet, cet universitaire sera kidnappé avec ses deux enfants en bas âge le 19 juin 1994 par des civils armés sur l’autoroute d’El Harrach puis séquestré durant 30 jours et torturé au commissariat central d’Alger (voir chapitre tortures).

· Ahmed Hambli, professeur à la faculté de droit de l’université de Tizi Ouzou est tué par balles le 2 octobre 1993 à l’entrée de l’université par des hommes armés qui réussiront à prendre la fuite. Ses proches amis accuseront l’OJAL de son assassinat.

· Necib Mohamed Arezki, maître de conférences à la faculté de Droit de Ben Aknoun, recevra à son tour en novembre 1993, une lettre de l’OJAL le menaçant de mort. Quelques mois plus tard, des hommes armés se présenteront à son domicile pour l’assassiner. Il réussira à leur échapper.

· Mohamed Bouslimani, homme de culture et théologien, président de l’association caritative El Irshad Oual Islah, enlevé à son domicile le 26 novembre 1993. Son enlèvement sera revendiqué simultanément par l’OJAL et le GIA (probablement une absence de coordination entre les deux organisations criminelles issues de la même officine). Son corps, en état de décomposition avancée, sera découvert dans la région d’El Affroun (Blida) le 28 janvier 1994.

La Torture

Les intellectuels comme des dizaines de milliers d’autres citoyens, ne seront pas épargnés par la torture, cette pratique dégradante et inhumaine qui sera institutionnalisée après l’annulation des élections législatives, dans l’ensemble des centres de détention. Nous citerons à titre d’exemple les cas de :

· Moulay Mohamed Saïd, professeur d’université et doyen de l’Institut de Mathématiques, kidnappé sur l’autoroute le 19 juin 1994 par des civils armés alors qu’il était à bord de son véhicule avec ses deux enfants. Gardé au secret durant 30 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il s’en sortira avec un traumatisme crânien, un traumatisme de la main et une baisse de l’acuité visuelle.

· Sari Ahmed Mahfoud, docteur en médecine, professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire de Baïnem (Alger-ouest), arrêté le 2 mai 1993 alors qu’il assurait sa consultation de cardio-pédiatrie. Séquestré durant 12 jours au commissariat de Cavaignac d’Alger où il sera sauvagement torturé avant d’être arbitrairement incarcéré durant 6 mois à la prison d’El Harrach.

· Brahami Mostafa, enseignant de physique à l’université de Bab Ezzouar, titulaire d’un magistère en physique quantique et doctorant en management, arrêté la première fois en octobre 1992 et sauvagement torturé durant une semaine au commissariat central d’Alger. Arrêté une seconde fois en avril 1993 et séquestré durant un mois au centre de Châteauneuf où il sera à nouveau torturé avant d’être libéré, sans retenir aucune charge contre lui. Devant ces harcèlements et les menaces de liquidation physique adressées par les escadrons de la mort de l’OJAL, il sera contraint à s’exiler en Europe fin 1993.

· Lafri Khaled, docteur en médecine, chirurgien orthopédiste, ex-maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté à son domicile dans la nuit du 7 juin 1994. Gardé au secret durant 40 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il présentera un traumatisme des jambes laissé sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois ans à la prison d’El Harrach puis de Serkadji.

· Lamdjadani Noureddine, docteur en médecine, épidémiologue, maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté au commissariat central d’Alger le 17 mai 1994. Gardé au secret durant 60 jours à Châteauneuf puis au commissariat central d’Alger où il sera torturé. A présenté lors de sa séquestration de graves problèmes de santé restés sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois années à la prison d’El Harrach.

· Kerkadi Ahcène, chirurgien-dentiste, demeurant à Larbaâ (Blida), arrêté la première fois à son domicile, en avril 1993 par des parachutistes. Torturé à la caserne de Bouzaréah puis de Ben Aknoun durant une semaine avant d’être jeté sur la route. Il en sortira avec une perforation du tympan. Arrêté une seconde fois en novembre 1993, il sera séquestré durant sept jours au centre de Blida où il sera à nouveau torturé. A sa libération et devant les menaces d’assassinat, il décidera de quitter l’Algérie.

· Hammoudi Nadir, architecte, arrêté dans la nuit du 9 octobre 1992 à son domicile. Séquestré durant 28 jours au commissariat de Bab El Oued où il sera atrocement torturé. Arbitrairement incarcéré durant 5 ans à la prison de Serkadji et d’El Harrach.

· Thamert Hocine, professeur au lycée de Dellys (Boumerdés), kidnappé le 24 avril 1994 dans la rue à Alger par des civils armés de la police politique. Séquestré durant 26 jours successivement au commissariat central d’Alger, au centre de Châteauneuf et à Haouch Chnou de Blida où il subira d’abominables tortures. Selon son témoignage l’un des tortionnaires de Châteauneuf tentera de lui sectionner les doigts avec des ciseaux de tailleur.

Les exécutions sommaires

Les hommes de savoir ne seront pas épargnés, à l’instar de milliers d’autres citoyens, par les exécutions sommaires.
Dans une étude réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat (13) nous avions répertorié sur une liste non exhaustive de 1100 exécutions sommaires :
· 42 enseignants (primaire, collège et lycée).
· 11 universitaires.
· 07 médecins.
· 02 avocats.
· 02 ingénieurs.

Quelques cas illustrent cette politique planifiée de liquidation physique
· Azizi Abdelkrim, professeur de langue arabe, demeurant à El Harrach (Alger), a été torturé dans la salle de bain de son domicile le 22 septembre 1993 sous les yeux de son épouse et de ses trois filles par des policiers dirigés par le commissaire de Bourouba. Il sera ensuite embarqué avec son fils de 18 ans, Abdessamad au dit commissariat où ils seront séquestrés durant plusieurs semaines avant d’être exécutés sommairement selon le témoignage d’un officier de police adressé en 2000 au président de la République.

· Bouchelaghem Moussa Fouad, Maître de conférences à l’université de Blida, titulaire d’un doctorat en physique, arrêté à son domicile à Alger le 3 juin 1994 par des éléments cagoulés de la police politique. Il sera localisé, suite à des témoignages concordants d’ex-détenus, au centre de Châteauneuf (cellule n°9) où il sera affreusement torturé. Le 8 septembre 1994, sa mère trouvera son nom sur le registre de la morgue de Bologhine où il aurait été transféré le 20 juillet. Selon la version officielle, il aurait été abattu suite à une «tentative de fuite ». Des ex-détenus, ses amis et sa famille sont formels : cet universitaire avait été sorti de sa cellule et exécuté sommairement.

· Bouhadida Seghir, journaliste et maître-assistant à l’Institut de journalisme de l’université d’Alger, a été kidnappé dans la rue le 11 juin 1995 par des agents de la police politique. Il sera localisé dans un premier temps selon le témoignage de sa famille au commissariat de Bourouba. En 1996, sa famille apprendra par le biais d’Amnesty international qu’il avait été abattu «suite à un accrochage avec un groupe terroriste » selon la correspondance adressée par les autorités à cette ONG des droits de l ‘homme.

· Boularas Ahmed, physicien, maître de conférences à l’université de Blida, arrêté en septembre 1994 à son domicile à Larbaâ (Blida) par la police politique. Selon le témoignage de ses proches, il aurait été affreusement torturé avant d’être exécuté. Son cadavre sera retrouvé quelque temps après à la morgue. Un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader exerçant au CTRI de Blida et réfugié détenu en Thaïlande confirmera dans une interview à l’AFP en août 2000, qu’effectivement, cet universitaire avait été exécuté sommairement par la sécurité militaire. (14)

· Chenafa Djillali, avocat, demeurant à Sidi Ali (Mostaghanem) arrêté le 3 novembre 1994 par la police politique selon le témoignage de ses proches. Son cadavre sera retrouvé à la décharge de Beni Haoua, quelques jours plus tard.

· Dahab Omar, ingénieur en électronique, demeurant à El Oued, enseignant à l’école de formation professionnelle, arrêté en mars 1994 ainsi que dix de ses élèves. Il sera remis dans un cercueil à sa famille. Il avait été exécuté ainsi que les dix élèves du centre de formation professionnelle.

· Taleb Abderrahmane, docteur en médecine, demeurant à Larbaâtache (Boumerdés), précédemment arrêté en avril 1993, séquestré et torturé au commissariat Cavaignac d’Alger puis arbitrairement incarcéré durant 07 mois à la prison d’El Harrach, sera exécuté sommairement le 19 juin 1994 à son domicile par des militaires selon le témoignage de sa famille.

· Haddoum Kouider, docteur en médecine, demeurant à Hassasnia (Aïn Defla), arrêté par des gendarmes en janvier 1994 et exécuté ainsi que trois autres citoyens en février 1994 dans la forêt de M’Ghazi, selon le témoignage de sa famille.

· Rosli Mohamed, doyen de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Blida, arrêté le 30 octobre 1993 par la police politique à l’université et devant ses collègues universitaires et ses étudiants. Deux ans après son enlèvement, il adressera un message à ses parents par l’intermédiaire d’un codétenu libéré signalant qu’il avait été sauvagement torturé et qu’il était séquestré à la prison militaire de Blida. Sa famille n’aura jamais l’occasion de le voir. En août 2000, un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader, réfugié en Thaïlande et dans une interview à l’AFP, affirmera que cet universitaire avait été exécuté. (14)

· Boucherit Lotfi, 28 ans, demeurant au quartier Belle Vue de Constantine est docteur en médecine. Enlevé le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile de sa tante (11, rue El Kadi, Casbah, Constantine) par les services de sécurité. Ces derniers auraient dérobé, selon le témoignage de sa famille, une veste en cuir neuve, un poste radio, des livres de médecine, des livres de théologie, une somme de 50 000 DA, un appareil photo et une médaille d’ancienne combattante de la guerre de libération nationale de sa tante. Mort sous la torture et enterré le 30 septembre 1995 au cimetière central de Constantine.

Les «disparitions »

Parmi les milliers de citoyens «disparus», nous notons un nombre non négligeable d’enseignants, médecins, avocats, ingénieurs et autres hommes de science.
Dans une étude (15) réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat, nous relevions sur un échantillon de 1000 cas :
57 enseignants (primaire, secondaire, universitaire)
08 Médecins
13 Ingénieurs
03 Architectes
04 Avocats et juristes
04 Journalistes

Dix cas illustrent cette politique d’enlèvements touchant cette catégorie de citoyens :· Allalou Sidali, demeurant à Alger, Ingénieur d’Etat en hydraulique a été arrêté le 19 février 1995 à 18 heures par des civils armés sur le tronçon Bir Mourad Raïs-Birkhadem alors qu’il circulait à bord de son véhicule de type Renault Super Cinq. Il sera localisé aux centres de la sécurité militaire de Châteauneuf et de Haouch Chnou ( CTRI de Blida) par sa famille grâce aux témoignages de citoyens rescapés de ces centres. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Aouifer Sebti, père de 6 enfants, demeurant à Taher (Jijel), ingénieur d’Etat en agronomie, directeur de la coopérative agricole de Chekfa (Jijel), arrêté le 12 septembre 1995 à la brigade de gendarmerie de Chekfa. Cet ingénieur et responsable était connu pour ses compétences et sa probité. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Bellahrèche Chérif, docteur en médecine, professeur agrégé en rhumatologie et chef de service de rhumatologie à l’hôpital universitaire de Constantine. Membre de plusieurs sociétés scientifiques internationales. Il a été arrêté le 8 novembre 1994 par quatre hommes armés se réclamant des services de sécurité, alors qu’il était en consultation médicale dans son service. Sa famille l’aurait localisé au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf en février 1995, sur la base de témoignages de rescapés de ce centre. Aucune information sur ce médecin depuis neuf années.

· Benabid Belkacem, père de 4 enfants, docteur en médecine, demeurant à Sétif. Arrêté dans la matinée du 14 novembre 1994 près de son cabinet médical situé au faubourg des 5 fusillés à Sétif par 3 civils armés se présentant comme des agents des services de sécurité qui l’ont forcé à monter à l’arrière de sa propre voiture de type R25. L’arrestation s’est faite devant près de 25 personnes dont l’infirmier du cabinet, les patients qui attendaient le praticien et les voisins. Il aurait été localisé dans un premier temps au commissariat de police de Sétif. Les policiers de ce commissariat refuseront d’enregistrer la plainte du père pour enlèvement. Aucune nouvelle depuis neuf ans.

· Beneddine Allel, avocat, demeurant à Oran, arrêté le 22 novembre 1994 à minuit à son domicile par une vingtaine d’hommes armés de la Sécurité militaire venus à bord de véhicules banalisés après avoir défoncé la porte de son appartement. A disparu depuis.

· Benkara Mustapha, père de deux enfants, chirurgien et chef de service à l’hôpital de Médéa, arrêté le 31 mars 1994 à 12 heures par des militaires sur son lieu de travail, en présence de ses confrères et du directeur de l’établissement hospitalier. Selon le témoignage de sa famille, il aurait été séquestré durant 25 jours à la gendarmerie de Médéa puis aurait été transféré par des éléments de la Sécurité militaire vers la prison de Camera située à Ksar Boukhari. Selon le témoignage d’un technicien en radiologie, ce chirurgien aurait été ramené de nuit aux urgences de l’hôpital de Médéa, la tête recouverte d’un drap, pour ne pas être reconnu par ses collaborateurs. Il présentait un traumatisme de l’avant-bras et de la jambe, suite aux tortures. Depuis, personne n’a plus eu de ses nouvelles.

· Bouabdallah Abdelaziz, journaliste au quotidien El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils porteurs d’armes à vision infra-rouge selon le témoignage de sa famille. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Des témoins auraient affirmé l’avoir vu au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. Aucune nouvelle de ce journaliste depuis sept ans.

· Fahassi Djamal Eddine, journaliste à la radio nationale (chaîne 3), père d’un enfant, demeurant à El Harrach (Alger) est kidnappé le 6 mai 1995 par des éléments de la sécurité militaire venus à bord de deux véhicules banalisés à El Harrach, près de l’Institut d’agronomie. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. D’autres témoignages concordants confirmeront ces dires. En 1992, ce journaliste avait été déporté durant 45 jours au camp de concentration de Aïn Salah.

· Goumri Tayeb, professeur au lycée de Salah-Bey (Sétif), demeurant à Maafeur, commune de Salah-Bey, arrêté le 23 janvier 1995 par des gendarmes alors qu’il se rendait au lycée. Localisé par des témoins à la gendarmerie de Salah-Bey. Aucune nouvelle depuis de cet enseignant.

· Saâdoun Djamel, polytechnicien, maître-assistant à l’Ecole polytechnique d’El Harrach, doctorant en mécanique, demeurant à El Biar (Alger), enlevé le 7 mars 1996 à son domicile par des gendarmes de Bouzaréah puis remis aux militaires de la caserne de Blida avant d’être transféré à Béchar le 14 mars 1996 à partir de l’aéroport de Boufarik, puis à Abadla selon le témoignage de sa famille. A disparu depuis cette date.

Nous ne terminerons pas cette douloureuse énumération de quelques dizaines de victimes citées à titre d’exemple, sans l’évocation de la mémoire de nombreux intellectuels dont l’assassinat n’a jamais été élucidé et dont les proches, amis et observateurs continuent à s’interroger sur les véritables commanditaires de leur élimination physique, malgré l’étiquette «GIA » officiellement collée aux auteurs de ces crimes. Comme pour des milliers d’autres victimes de cette guerre, aucune enquête sérieuse n’aura été diligentée et aucun procès équitable ne prouvera la culpabilité des malheureux citoyens inculpés. L’opinion se suffira parfois d’un communiqué laconique de presse annonçant que «les auteurs de l’assassinat de tel intellectuel ont été abattus au cours d’un accrochage avec les services de sécurité » et le dossier était ainsi clos. Ailleurs on présentera souvent à cette même opinion, lors d’ «aveux » télévisés, de malheureux citoyens, le visage tuméfié et déformé par la torture, ‘’reconnaissant’’ avoir tué tel ou tel intellectuel. Des «aveux » d’un autre âge qui ne trompent personne.
Les observateurs avertis se sont toujours demandés si, dans le cadre de l’action psychologique qui sous-tendait le diabolique plan d’éradication, certains meurtres catégoriels et ciblés n’étaient pas destinés à semer la terreur dans une classe moyenne frileuse afin de la jeter sous le burnous mité des janviéristes.

Quatre cas illustrent cette catégorie de victimes :
· Youcef Fethallah, juriste et président de la ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), tué le 18 juin 1994 devant la porte de son cabinet professionnel, à la rue Larbi Ben M’hidi (Alger). Ses amis nous apprendront que cet humaniste venait de revenir de Berlin où il avait assisté à une conférence organisée par Amnesty International. Il avait très tôt dénoncé la répression qui s’était abattue sur les jeunes citoyens et l’ouverture des camps de concentration. Le 8 mai 1994, il participait à Alger, à la marche nationale pour le dialogue et la réconciliation nationale, ce qui lui valut des attaques virulentes de la part de la minorité éradicatrice et de sa presse attitrée. Membre de la commission «d’enquête » sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf, des informations à l’époque avaient fait état de réserves émises par le défunt quant au rapport final.

· Embarek Mahiout, économiste, militant des droits de l’homme et membre (trésorier) de la direction du Front des Forces Socialistes, tué ainsi que son neveu le 4 novembre 1995, à Kouba (Alger) à quelques jours des «élections » présidentielles, mascarade électorale à laquelle le FFS et d’autres partis politiques appelaient au boycott. Cet universitaire, était connu pour son infatigable combat pour les droits de la personne humaine et la démocratie. Là aussi, officiellement, le «GIA » était responsable de ce crime. Lors du procès intenté par l’ex-«ministre» de la Défense du régime d’Alger contre le sous-lieutenant Souaïdia, Aït Ahmed cité comme témoin par la défense déclarera à l’audience, concernant le regretté Mahiout : « Non seulement on confisque le pouvoir, ses richesses, la mémoire, mais aussi quand «ils» veulent régler leurs problèmes internes, ils s’envoient des messages en ciblant des personnalités. On a ciblé notre trésorier, on l’a tué en pleine campagne électorale » (16)

· Abdelkader Hachani, ingénieur en pétrochimie, membre de la direction politique du Front Islamique du Salut, arbitrairement incarcéré durant cinq ans et demi au bagne de Serkadji (1992 – 1997) pour avoir appelé les militaires à respecter le choix du peuple souverain. Mis sous filature serrée par la police politique depuis sa libération, il sera froidement exécuté le 22 novembre 1999 par un homme armé dans un cabinet dentaire où il se soignait. L’auteur présumé du crime, membre du «GIA » selon la version officielle, sera rapidement arrêté, quelques jours après le forfait, se promenant à Alger, selon la presse avec l’arme du crime et….les papiers de la victime ( ! ! ?). La famille du défunt dénoncera la parodie de procès où persisteront de larges zones d’ombre. « Il est demandé aux instances suprêmes du pays d’en faire toute la vérité. Rien que la vérité. L’histoire ne pardonnera pas » déclarera son frère, après ce procès (17).

· Tahar Djaout, journaliste et écrivain, victime d’un attentat le 26 mai 1993 près de son domicile dans la banlieue ouest d’Alger, succombera quelques jours plus tard à ses blessures. Le 30 mai, l’AFP, citant une source sécuritaire annonçait que deux des auteurs de l’assassinat de ce journaliste avaient été abattus. Le 1er juin, un citoyen, Abdallah Belabassi, faisait des «aveux » à la télévision, affirmant être le conducteur du véhicule des assassins du journaliste et que le meurtre avait été commandité par un certain Layada. Quatre groupes de citoyens se retrouveront devant la justice, accusés d’être responsables de l’attentat. Layada, «émir » du «GIA » et présenté par certains titres de presse et par le malheureux Belabassi lors de ses «aveux » télévisés comme étant le commanditaire du meurtre sera acquitté par le tribunal d’exception d’Alger dans cette affaire. Les amis du journaliste créeront un comité pour la vérité sur sa mort. Deux membres de ce comité (Boucebci et Mekbel) seront à leur tour assassinés quelque temps après. Son ami, Arezki Aït Larbi, journaliste, écrira à ce propos : « Malgré toutes ces manœuvres, il reste toutefois une certitude : huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, restera une énigme ». (18). Beaucoup d’observateurs continueront là aussi à s’interroger sur les commanditaires de ce meurtre (19).

Encore une fois, il ne s’agit nullement de remuer le couteau dans la béante et profonde plaie du drame national qui n’est pas prête d’être cicatrisée mais seulement de remuer les arguments fallacieux et ignobles de ceux qui ont transformé une immense espérance de changement en une tragédie abyssale et qui n’ont pas hésité, pour sauver leur république des privilèges, à mener une guerre contre une partie de leur propre peuple tout en essayant vainement, le temps d’un mensonge, de tromper l’opinion publique sur la réalité du drame et d’une partie des victimes.
Après avoir joué sur la désinformation et la manipulation et après que la baudruche se soit en partie dégonflée, les maîtres du royaume de la terreur et de l’arbitraire, troublés par leur mauvaise conscience pensent jouer sur le temps et donc sur l’amnésie pour effacer les traces de toutes les horreurs qu’ils ont fait subir – et qu’ils continuent à faire subir – directement ou indirectement à leur propre nation durant plus d’une décennie de crimes et de non-châtiments.
Ils pensent, ainsi, par ces stratagèmes éculés, échapper au tribunal de l’Histoire. Grossière erreur !
La page sanglante de cette tragédie qui perdure ne pourra être tournée tant que toute la Vérité n’aura pas éclaté et que la Justice n’aura pas apposé son sceau.
Ce modeste travail est une contribution que nous versons au dossier de l’Algérie meurtrie qu’aura à traiter la future commission nationale de Vérité et l’Histoire inéluctablement jugera, n’en déplaise aux criminels de tous bords qui pensent pouvoir, par la force, l’argent sale, le mensonge et l’intrigue, échapper à son tribunal !

Références :

(1) Rachid Mimouni, Le Monde, 18 mai 1994, p.2.
(2) François Burgat, Algérie : L’islamisme contre les intellectuels ? In L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 58.
(3) Rachid Boudjedra, militant de l’ex-parti stalinien algérien du PAGS et éradicateur devant l’Eternel, témoin à charge lors du procès qu’intentait Khaled Nezzar contre le sous-lieutenant Souaïdia, déclarera, toute honte bue, le 03 juillet 2002 devant la 17e chambre du tribunal de Paris être le «continuateur de Proust et de Flaubert ». Cette ‘’blague’’ provoquera l’hilarité de la salle. Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 248.
(4) Rachid Boudjedra, Le FIS de la haine, Editions Denoel, Paris, 1992.
(5) Michel Morel, Lettre à l’hebdomadaire l’Express, N° 407, 02 avril 1959.
(6) Oued Namous et Reggane.
(7) Citée par Jacques Vergés, in : Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Editions Albin Michel, 1993, p. 62.
(8) Salah-Eddine Sidhoum, Lettre ouverte à Pierre Bourdieu, président du CISIA, septembre 1995, publiée in : Livre blanc sur la répression en Algérie, T3, Les complicités, Editions Hoggar, Suisse 1996, p. 288.
(9) Ginette Scandrani, L’Algérie, quel dialogue ? L’appel du CISIA in : L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 41.
(10) Pierre Guillard, Que se passe-t-il dans la tête de M. Pierre Bourdieu ? in : Jusqu’à quand la désinformation à propos du pays d’Algérie. Textes polycopiés. 13 novembre 1993. Pierre Guillard est l’auteur d’un ouvrage sur la tragédie algérienne : Ce fleuve qui nous sépare. Editions Lyosel, Paris, 1994.
(11) Salah-Eddine Sidhoum, L’autre versant de la tragédie, Algeria-Watch, décembre 2001, www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/versant_tragedie.htm
(12) Témoignages adressés par des déportés à l’auteur.
(13) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1100 exécutions sommaires, in : Algeria-Watch, 11 janvier 2002, http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm
(14) Voir aussi son interview : Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM, Nord-Sud Export, n°427, 21 septembre 2001.
(15) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1000 cas de disparitions forcées. In Algeria-Watch. 11 janvier 2002. http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1000_disparitions/1000_disparitions_A.htm
(16) Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 382.
(17) Kamel Hachani. Rétablir la vérité. In hebdomadaire El Borhane, semaine du 25 août au 1er septembre 2001.
(18). Arezki Aït-Larbi. L’assassinat de Tahar Djaout : un crime sans coupables. Le Matin 26 mai 2001. www.algeria-watch.de/farticle/presse/tahar_djaout.htm
(19) Lire aussi, concernant les interrogations sur l’assassinat de feu Djaout :
- Ghania Mouffok : « Qui a tué Tahar Djaout ? » in Etre journaliste en Algérie. RSF. Paris 1996. p.91-94.
- Le rapport de Reporters sans frontières (mars 1997) : Algérie : la guerre civile à huis-clos. Chapitre : « Qui a tué Tahar Djaout ? », in Algérie Le livre noir, p.16. Editions La Découverte 1997,
- L’article du journaliste et ami du défunt, Arezki Aït Larbi dans le Figaro du 9 janvier 1997.

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Algeria-Watch, mars 2003

Posté par algeriedemocratie le 1 août 2010


Algeria-Watch, mars 2003 dans salah-eddine sidhoum(25) dictature-alg%C3%A9rienneSuite aux révélations faites par l’ex-agent de la police politique, Karim Moulaï quant aux crimes contre l’Humanité commis par les « sauveurs de la République….des privilèges », je me permets de reproduire une contribution que j’avais publié en mars 2003 sur le site Algeria-Watch, à un moment où j’étais moi-même pourchassé par ces ordures criminelles pour avoir dénoncé, documents et témoignages à l’appui,  leurs abominables crimes contre notre Peuple. Pour l’Histoire !

Salah-Eddine SIDHOUM

Algeria-Watch, mars 2003

A la mémoire de mon Ami, le regretté Cheikh Benyoucef Benkhedda, président du GPRA, qui m’a appris la valeur et le sens de l’Ethique politique.  
  C’est par la vérité qu’on apprend à connaître les hommes et non pas par les hommes qu’on connaît la vérité.
Emir Abdelkader El Djazaïri
  La société n’est forte que lorsqu’elle met la vérité sous la grande lumière du soleil.
E. Zola.

« En Algérie, on assassine l’intelligence ».
Que de fois n’avons-nous pas entendu ce slogan clamé durant les années de braise, de part et d’autre de la Méditerranée, concernant les assassinats d’intellectuels algériens. Tel un leitmotiv, il était ressassé et martelé tant par les services de propagande du régime d’Alger et leurs plumitifs que par leurs relais en France dans un concert médiatique assourdissant d’une ampleur jamais égalée.
Par intellectuels, on entendait par-là seulement une minorité qui s’était ralliée par peur ou par calcul au régime militaire et s’était abritée derrière les blindés qui venaient de renverser l’urne de la «piétaille », des «gueux » et des «va-nu-pieds » qui avaient mal voté.
C’est cette malheureuse minorité élitiste, hautaine et méprisante, autoproclamée «intelligence du pays » qui sera utilisée par les services de l’action psychologique de la police politique dans la vaste campagne de manipulation et de désinformation, pour travestir la réalité du drame algérien et déverser inepties, insultes et mensonges, à travers, plus particulièrement une partie de la presse privée nationale et les plateaux de la télévision française.

N’est-ce pas feu Rachid Mimouni qui écrivait (1), s’adressant à l’opinion française:
« C’est la première fois dans l’histoire qu’on voit un mouvement terroriste se proposer d’éradiquer toute l’intelligentsia d’un pays, comme s’il s’agissait d’une mauvaise herbe ou d’une maladie. Le projet consiste à décerveler le pays. »

Et c’est un intellectuel français, François Burgat (2) de lui répondre :
« Les islamistes, nous ont longtemps expliqué en effet les plus médiatisés des analystes, avaient décidé de «décerveler » un pays où s’affrontaient «le camp des terroristes et celui des militaires », sous les yeux impuissants de la population. Est-ce vraiment de cela qu’il s’est agi ? Et si entreprise de «décervelage » il y a eu, qui en ont été réellement les acteurs et les victimes ? »

N’est-ce pas aussi un certain Rachid Boudjedra, se proclamant sans rougir «continuateur de Flaubert et de Proust » (sic) (3) qui traitera de «conglomérat de rats enragés et pestiférés» et de «charlatans de basse lignée et d’ignares semi-alphabétisés » (4), des citoyens, militants et sympathisants du parti que le suffrage universel venait de désigner première majorité politique en Algérie. Cette «hogra intellectuelle » n’est pas sans nous rappeler celle de certains colons, à l’image d’un Michel Morel, à l’encontre des «indigènes » traités de «huit millions de ratons sales et illettrés qui narguent la France » (5)
Plus de trois millions de citoyens algériens avaient voté pour des «rats enragés et pestiférés». ! Quel respect de la dignité et de la citoyenneté de la part de notre «élite » ! !

La propagande du régime et de ses troubadours médiatiques «omettra » de signaler que bien avant que certains intellectuels tombent sous les balles des islamistes, des centaines d’autres intellectuels avec des milliers d’autres citoyens, étaient embarqués de nuit et déportés dans les camps de concentration de l’extrême-sud, là où la France coloniale expérimentait ses armes chimiques et nucléaires (6). Ils étaient parmi les plus chanceux. D’autres moins chanceux, connaîtront les affres de la torture, mourront sur les tables d’«exploitation » du renseignement, seront exécutés sommairement et arbitrairement ou disparaîtront à tout jamais. Leur crime était d’appartenir à un courant politique à qui le suffrage universel venait d’accorder, pour la première fois depuis l’indépendance la légitimité de diriger le pays pour une période déterminée. De toutes ces victimes, personne n’en parlera. Ni en Algérie ni en Europe. De véritables parias ! L’esprit des deux collèges de la nuit coloniale qui resurgit. Triste recommencement de l’histoire !

Cette histoire revisitée nous rappellera cruellement que l’intellectuel algérien – le véritable intellectuel – hier comme aujourd’hui a payé, au coté de ses concitoyens, un lourd tribu dans les conflits qu’aura connu l’Algérie contemporaine. Nous sommes en droit de nous interroger si cette élimination de l’intelligence n’avait pas sa tradition dans notre guerre de libération ? Ce qui se passe aujourd’hui n’est-il pas la continuité de ce qui s’est passé hier durant la révolution et au lendemain de l’indépendance et de cette haine viscérale qu’avaient certains chefaillons vis-à-vis des intellectuels (purges sanglantes de la « bleuite » dans les maquis, assassinats de Abane, Allaoua Abbas, Chaabani, Khemisti, Mécili….) ?

Il serait honnête de rétablir avant tout la vérité en précisant que les intellectuels tués par les islamistes ne l’ont pas été en tant que tels mais pour leur prise de position en faveur du coup d’Etat et pour avoir accepté d’assurer, pour certains d’entre eux, la couverture idéologique de la répression sauvage qui s’était abattue au lendemain du pronunciamiento sur une partie de la population. Cette importante clarification ne signifie nullement que cela était une raison pour les assassiner.
Tout comme les intellectuels de « l’autre bord » ont été kidnappés, torturés et/ou exécutés dans le cadre de la politique planifiée d’éradication du courant islamique, porteur d’un projet constituant une alternative au pouvoir et qui avait, de par son ancrage populaire, sérieusement menacé les fondements du régime en place.
Les intellectuels des deux bords ont été victimes de ce qu’ils ont fait et non de ce qu’ils ont été.
Il est certain que durant les premières années de la guerre, la puissante campagne de désinformation menée par le régime et ses relais de part et d’autre de la Méditerranée a grandement désorienté l’opinion publique qui n’arrivait pas à s’expliquer certains assassinats. La faiblesse criarde du mouvement politique islamique sur le plan de l’information, a également grandement participé à la production de cette confusion. Cela facilitera le travail des services de l’action psychologique pour lui faire endosser tous les assassinats.

Tous ces facteurs ont permis, un certain temps, de mettre sous le boisseau une réalité : la volonté du pouvoir, sous couvert de la lutte « anti-terroriste », d’éliminer tout ce que comporte la société comme intelligence qui ne s’insère pas dans son projet diabolique d’éradication. Avec le recul, nous constatons que beaucoup d’intellectuels officiellement tués par les présumés islamistes étaient certes de farouches opposants au projet islamique, mais ne cautionnaient pas non plus les pratiques terroristes du pouvoir. Or, les véritables intellectuels et théoriciens de l’éradication, ceux qui lui ont donné une solide assise idéologique et s’en sont fait les ambassadeurs, ont été, en très grande partie épargnés. Ils se permettront même de s’accaparer des morts dont ils sont en partie responsables, en les transformant en leurs propres martyrs. Cela a été, avouons-le, doublement intelligent de la part des « cerveaux » de l’éradication : éliminer les voix critiques et en même temps imposer le silence aux amis et parents des victimes, puisque les « coupables » sont des ennemis, des « islamistes ».

Cette guerre a vu naître, au nom d’une certaine conception des droits de l’homme et de la démocratie, le honteux concept de l’indignation sélective. Une frange de notre élite, instrumentalisée par un quarteron de putschistes ignares et sans scrupules, pataugeait dans les marais du manichéisme, de l’imposture et de la déraison. Et en face, le monde dit libre, avalait les couleuvres de la désinformation et s’enfermait dans un silence affligeant.
Nous ne pouvons parler de cette indignation sélective sans évoquer le rôle joué par une poignée d’intellectuels français et l’éphémère comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA), dans la campagne de désinformation de l’opinion publique. Bien avant d’apprécier à nos dépens l’élasticité de la notion des droits de l’homme dans certains cercles intellectuels et politiques de l’Hexagone et naïfs que nous étions, nous avions adressé, dès la naissance de ce comité, une lettre à son président (7) pour attirer son attention sur la situation d’une dizaine d’intellectuels algériens, torturés et arbitrairement incarcérés dans les geôles des «sauveurs de la démocratie et de la République ». Cette lettre, ainsi qu’une seconde adressée en 1995 (8), resteront sans réponse. En réalité ce silence en lui-même était une réponse : ce comité ne soutenait pas les intellectuels qui refusaient la soumission culturelle.
Nous n’étions pas les seuls à nous interroger sur les véritables desseins de ce comité. Des citoyens français qui refusaient de s’inscrire dans cette infâme campagne de désinformation, se poseront la même question et jugeront choquant ce soutien partiel et partial. C’est le cas de Ginette Scandrani (9) :
« Pourquoi faut-il soutenir uniquement les intellectuels alors que c’est le peuple qu’on assassine ?
Je me sens concernée lorsqu’on assassine des intellectuels, des journalistes ou des artistes mais pas plus que lorsqu’on assassine des ouvriers, des enseignants, des commerçants, des ménagères ou des chômeurs.
Pourquoi faire un catalogue des soutiens ?
Pourquoi ne soutenir qu’une partie des intellectuels alors que d’autres, ceux du FIS, sont soit en prison ou dans des camps ?
Pourquoi faut-il aller trier à l’intérieur de la société algérienne pour désigner les bons et les mauvais ? Ne sont-ils pas tous Algériens ? »

Pierre Guillard (10) écrivait en 1993 :
« J’ai écrit au CISIA : puisque le sort des intellectuels vous interpelle, demandez-vous la libération d’un prisonnier d’opinion, Abdelkader Hachani ? J’attends bien sûr toujours la réponse. A. Hachani n’est en effet qu’ingénieur en pétrochimie, francophone et arabophone, président du parti majoritaire d’un pays de 27 millions d’hommes, et docteur en Islam : autant dire une m….
Abdelkader Hachani n’obtiendra pas le label « intellectuel » délivré de professo par le CISIA. Car seuls seront reconnus «intelligence du pays » les hommes du 11 janvier et de la rébellion armée contre la démocratie ».

Non contents de se transformer en zélés propagandistes intellectuels de l’éradication, cette forme de barbarie à l’algérienne, certains membres de ce comité feront la chasse à tous ceux, qui en France, allaient à contre-courant de l’establishment intellectuel et de sa «pensée dominante » concernant la tragédie algérienne. Nous avons été abasourdis d’apprendre en 1996 d’un ami intellectuel français, qu’il avait été licencié à deux reprises de son emploi sur injonction du CISIA pour avoir dénoncé à travers ses prises de position et ses écrits, la politique de désinformation et les méfaits de ce comité.

Comme nous l’avons souligné dans un précédent article (11) et nous ne cesserons de le répéter, il n’est pas question pour nous de verser dans cette immonde indignation sélective, catégorielle ou dans un quelconque corporatisme en matière de droits de l’homme. Hier et sous d’autres cieux, c’était au nom de l’histoire, aujourd’hui, c’est au nom d’une certaine conception dévoyée de la démocratie et des droits de l’homme qu’on se permet de choisir les bonnes et les mauvaises victimes. La dignité humaine est une et nous ne pouvons admettre une telle classification ignoble tant pour la tragédie algérienne qu’ailleurs. C’est avec un profond respect que nous nous inclinons devant la mémoire de toutes les victimes du drame national provoqué par la politique criminelle d’un régime qui a voulu dresser des algériens contre d’autres algériens pour préserver son pouvoir illégitime et ses privilèges. Paix et miséricorde à leurs âmes !
Mais il est un devoir moral de lever le voile sur une partie de la vérité en affirmant haut et fort qu’à côté des intellectuels tués par les islamistes, il y a eu aussi d’autres intellectuels enlevés, torturés et exécutés arbitrairement par le terrorisme d’Etat qui s’était abattu sur l’Algérie au lendemain du coup d’Etat de 1992 et qu’on avait voulu cacher à l’opinion.

Cette étude n’a pas l’intention de tenir une comptabilité macabre ou la prétention d’énumérer les centaines d’intellectuels victimes de cette guerre, mais seulement de démystifier les menteries du régime et de ses commandos médiatiques de part et d’autre de la Méditerranée qui ont prévalu durant des années. Toute mystification a ses limites. Par des exemples précis et documentés, nous apportons sereinement des preuves irréfutables que le terrorisme d’Etat a amplement participé à la liquidation des hommes de culture et de science. Et cela n’est que justice pour celles et ceux qu’on a voulu effacer des tablettes du drame national.

Il est vrai qu’au début de la sale guerre, beaucoup de monde fut trompé par l’impressionnante machine de désinformation mise en branle par le régime dans le cadre d’une vaste stratégie de manipulation digne des Jacquin, Trinquier et Godard, de triste mémoire. Mais avec le temps, le lourd silence imposé sera rompu et des brèches seront courageusement ouvertes dans cet épais mur de mystification par quelques rares intellectuels, militant(e)s des droits de la personne humaine et officiers qui refusaient cette barbarie mais aussi cette défense des droits de la personne humaine à deux vitesses, aidés en cela par le courageux et admirable travail de témoignage des victimes et familles de victimes, malgré les malheurs et la terreur qui s’étaient abattus sur elles.

Les camps de concentration

Dès les premières heures du coup d’Etat, une vaste campagne d’arrestations fut menée par les services de sécurité et la police politique contre les cadres et élus du parti sorti vainqueur des premières élections législatives libres. Beaucoup d’entre eux étaient des universitaires. Ils seront déportés dans les camps de concentration du Sud.
Pour la seule année 1992, on comptait officiellement 1224 enseignants détenus dans les camps et geôles du régime.
Au camp de concentration de Reggane, situé à 1400 km d’Alger, on comptait en mars 1992 (12) :
· 45 ingénieurs.
· 600 enseignants d’écoles, collèges et lycées.
· 1 enseignant d’Université.
· 11 médecins.
· 5 pharmaciens.
· 4 avocats.

Pour le seul camp de Aïn M’Guel, on notait en mars 1994 (12) :
· 26 professeurs de lycée et de collège
· 5 enseignants universitaires.
· 7 ingénieurs.
· 1 médecin spécialiste, enseignant à la faculté de médecine d’Alger.
· 1 pharmacien.

Deux cas illustrent cette politique de déportation.
· Ouziala Messaoud, docteur en médecine, spécialiste en néphrologie et en transplantation rénale à l’hôpital universitaire Mustapha d’Alger, déporté au lendemain du coup d’Etat de janvier 1992 au camp de concentration d’Aïn M’Guel où il séjournera jusqu’en 1995. Il sera ensuite kidnappé le 8 juillet 1998 à la sortie de l’hôpital Mustapha par des civils armés de la police politique et séquestré durant quinze jours en un lieu secret. A sa libération, il s’exilera en Europe.

· Gahmous Abderrahmane, professeur d’université et chercheur, titulaire d’un PHD aux Etats-Unis, directeur de l’Ecole Nationale Polytechnique d’El Harrach. Déporté au lendemain du coup d’Etat au camp de concentration de Reggane durant plusieurs mois. Il sera contraint, lui aussi à l’exil.

La terreur des escadrons de la mort

En 1993, apparurent deux escadrons de la mort : l’OSSRA (organisation secrète de sauvegarde de la république algérienne) et l’OJAL (organisation de la jeunesse algérienne libre), éphémères branches de la police politique. Leur but était de terroriser le camp islamique. C’était la mise en pratique de la sinistre devise : »la peur doit changer de camp ». L’une d’elles, l’OJAL, se spécialisera dans la chasse et la liquidation des intellectuels du courant islamique. De nombreux universitaires recevront des menaces de mort, seront torturés ou exécutés par cette organisation terroriste. Parmi ses victimes, nous citerons :

· Boudjelkha Mohamed Tidjani, professeur de mathématiques à l’université de Bab Ezzouar d’Alger, avait reçu une lettre de menace de mort de cette organisation puis avait été kidnappé à son domicile en novembre 1993 par trois civils armés se présentant comme éléments de l’OJAL. Il sera séquestré en un lieu secret puis torturé durant plusieurs jours avant d’être libéré avec un message destiné aux intellectuels du courant islamique: la mort. Il sera contraint de s’exiler à sa libération.

· Mohamed Lahbib Haddam, docteur en médecine, spécialiste en chirurgie cardio-vasculaire à l’hôpital universitaire Mustapha et maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger recevra lui aussi une lettre de menace de mort de l’OJAL. Le 11 novembre 1993 à 20 heures, deux civils armés et cagoulés feront irruption à son domicile. Le chirurgien sera ligoté ainsi que son épouse et sa fille. Les deux hommes armés lui affirmeront qu‘ils appartenaient à l’OJAL, qu’ils lui avaient adressé une lettre le condamnant à mort et qu’ils venaient exécuter la sentence. Après avoir enfermé leurs trois victimes dans une pièce, et pris de doute sur l’identité de la cible, ils quitteront les lieux en emportant les clés de l’appartement, en volant une importante somme d’argent et en promettant de revenir durant la nuit. Le chirurgien et sa famille arriveront miraculeusement à se libérer et à fuir le domicile pour aller se réfugier chez des amis avant le retour des deux criminels. Il sera contraint lui aussi à s’exiler.

· Mohamed Saïd Moulay, professeur et doyen de l’Institut de mathématiques de l’Université de Bab Ezzouar, recevra lui aussi en mars 1993 une lettre de menace de mort de l’OJAL. En décembre 1993, deux civils armés feront irruption à son bureau à l’Institut de mathématiques. Devant les menaces, il se mettra à protester à haute voix afin d’attirer l’attention des secrétaires et des directeurs-adjoints de l’Institut. Affolés par l’attroupement des fonctionnaires et des étudiants devant le bureau du Doyen, les deux criminels prendront la fuite. Ce n’était que partie remise. En effet, cet universitaire sera kidnappé avec ses deux enfants en bas âge le 19 juin 1994 par des civils armés sur l’autoroute d’El Harrach puis séquestré durant 30 jours et torturé au commissariat central d’Alger (voir chapitre tortures).

· Ahmed Hambli, professeur à la faculté de droit de l’université de Tizi Ouzou est tué par balles le 2 octobre 1993 à l’entrée de l’université par des hommes armés qui réussiront à prendre la fuite. Ses proches amis accuseront l’OJAL de son assassinat.

· Necib Mohamed Arezki, maître de conférences à la faculté de Droit de Ben Aknoun, recevra à son tour en novembre 1993, une lettre de l’OJAL le menaçant de mort. Quelques mois plus tard, des hommes armés se présenteront à son domicile pour l’assassiner. Il réussira à leur échapper.

· Mohamed Bouslimani, homme de culture et théologien, président de l’association caritative El Irshad Oual Islah, enlevé à son domicile le 26 novembre 1993. Son enlèvement sera revendiqué simultanément par l’OJAL et le GIA (probablement une absence de coordination entre les deux organisations criminelles issues de la même officine). Son corps, en état de décomposition avancée, sera découvert dans la région d’El Affroun (Blida) le 28 janvier 1994.


La Torture

Les intellectuels comme des dizaines de milliers d’autres citoyens, ne seront pas épargnés par la torture, cette pratique dégradante et inhumaine qui sera institutionnalisée après l’annulation des élections législatives, dans l’ensemble des centres de détention. Nous citerons à titre d’exemple les cas de :

· Moulay Mohamed Saïd, professeur d’université et doyen de l’Institut de Mathématiques, kidnappé sur l’autoroute le 19 juin 1994 par des civils armés alors qu’il était à bord de son véhicule avec ses deux enfants. Gardé au secret durant 30 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il s’en sortira avec un traumatisme crânien, un traumatisme de la main et une baisse de l’acuité visuelle.

· Sari Ahmed Mahfoud, docteur en médecine, professeur agrégé en pédiatrie à l’hôpital universitaire de Baïnem (Alger-ouest), arrêté le 2 mai 1993 alors qu’il assurait sa consultation de cardio-pédiatrie. Séquestré durant 12 jours au commissariat de Cavaignac d’Alger où il sera sauvagement torturé avant d’être arbitrairement incarcéré durant 6 mois à la prison d’El Harrach.

· Brahami Mostafa, enseignant de physique à l’université de Bab Ezzouar, titulaire d’un magistère en physique quantique et doctorant en management, arrêté la première fois en octobre 1992 et sauvagement torturé durant une semaine au commissariat central d’Alger. Arrêté une seconde fois en avril 1993 et séquestré durant un mois au centre de Châteauneuf où il sera à nouveau torturé avant d’être libéré, sans retenir aucune charge contre lui. Devant ces harcèlements et les menaces de liquidation physique adressées par les escadrons de la mort de l’OJAL, il sera contraint à s’exiler en Europe fin 1993.

· Lafri Khaled, docteur en médecine, chirurgien orthopédiste, ex-maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté à son domicile dans la nuit du 7 juin 1994. Gardé au secret durant 40 jours au commissariat central d’Alger où il sera atrocement torturé. Il présentera un traumatisme des jambes laissé sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois ans à la prison d’El Harrach puis de Serkadji.

· Lamdjadani Noureddine, docteur en médecine, épidémiologue, maître-assistant à la faculté de médecine d’Alger. Arrêté au commissariat central d’Alger le 17 mai 1994. Gardé au secret durant 60 jours à Châteauneuf puis au commissariat central d’Alger où il sera torturé. A présenté lors de sa séquestration de graves problèmes de santé restés sans soins. Incarcéré arbitrairement durant trois années à la prison d’El Harrach.

· Kerkadi Ahcène, chirurgien-dentiste, demeurant à Larbaâ (Blida), arrêté la première fois à son domicile, en avril 1993 par des parachutistes. Torturé à la caserne de Bouzaréah puis de Ben Aknoun durant une semaine avant d’être jeté sur la route. Il en sortira avec une perforation du tympan. Arrêté une seconde fois en novembre 1993, il sera séquestré durant sept jours au centre de Blida où il sera à nouveau torturé. A sa libération et devant les menaces d’assassinat, il décidera de quitter l’Algérie.

· Hammoudi Nadir, architecte, arrêté dans la nuit du 9 octobre 1992 à son domicile. Séquestré durant 28 jours au commissariat de Bab El Oued où il sera atrocement torturé. Arbitrairement incarcéré durant 5 ans à la prison de Serkadji et d’El Harrach.

· Thamert Hocine, professeur au lycée de Dellys (Boumerdés), kidnappé le 24 avril 1994 dans la rue à Alger par des civils armés de la police politique. Séquestré durant 26 jours successivement au commissariat central d’Alger, au centre de Châteauneuf et à Haouch Chnou de Blida où il subira d’abominables tortures. Selon son témoignage l’un des tortionnaires de Châteauneuf tentera de lui sectionner les doigts avec des ciseaux de tailleur.


Les exécutions sommaires

Les hommes de savoir ne seront pas épargnés, à l’instar de milliers d’autres citoyens, par les exécutions sommaires.
Dans une étude réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat (13) nous avions répertorié sur une liste non exhaustive de 1100 exécutions sommaires :
· 42 enseignants (primaire, collège et lycée).
· 11 universitaires.
· 07 médecins.
· 02 avocats.
· 02 ingénieurs.


Quelques cas illustrent cette politique planifiée de liquidation physique
· Azizi Abdelkrim, professeur de langue arabe, demeurant à El Harrach (Alger), a été torturé dans la salle de bain de son domicile le 22 septembre 1993 sous les yeux de son épouse et de ses trois filles par des policiers dirigés par le commissaire de Bourouba. Il sera ensuite embarqué avec son fils de 18 ans, Abdessamad au dit commissariat où ils seront séquestrés durant plusieurs semaines avant d’être exécutés sommairement selon le témoignage d’un officier de police adressé en 2000 au président de la République.

· Bouchelaghem Moussa Fouad, Maître de conférences à l’université de Blida, titulaire d’un doctorat en physique, arrêté à son domicile à Alger le 3 juin 1994 par des éléments cagoulés de la police politique. Il sera localisé, suite à des témoignages concordants d’ex-détenus, au centre de Châteauneuf (cellule n°9) où il sera affreusement torturé. Le 8 septembre 1994, sa mère trouvera son nom sur le registre de la morgue de Bologhine où il aurait été transféré le 20 juillet. Selon la version officielle, il aurait été abattu suite à une «tentative de fuite ». Des ex-détenus, ses amis et sa famille sont formels : cet universitaire avait été sorti de sa cellule et exécuté sommairement.

· Bouhadida Seghir, journaliste et maître-assistant à l’Institut de journalisme de l’université d’Alger, a été kidnappé dans la rue le 11 juin 1995 par des agents de la police politique. Il sera localisé dans un premier temps selon le témoignage de sa famille au commissariat de Bourouba. En 1996, sa famille apprendra par le biais d’Amnesty international qu’il avait été abattu «suite à un accrochage avec un groupe terroriste » selon la correspondance adressée par les autorités à cette ONG des droits de l ‘homme.

· Boularas Ahmed, physicien, maître de conférences à l’université de Blida, arrêté en septembre 1994 à son domicile à Larbaâ (Blida) par la police politique. Selon le témoignage de ses proches, il aurait été affreusement torturé avant d’être exécuté. Son cadavre sera retrouvé quelque temps après à la morgue. Un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader exerçant au CTRI de Blida et réfugié détenu en Thaïlande confirmera dans une interview à l’AFP en août 2000, qu’effectivement, cet universitaire avait été exécuté sommairement par la sécurité militaire. (14)

· Chenafa Djillali, avocat, demeurant à Sidi Ali (Mostaghanem) arrêté le 3 novembre 1994 par la police politique selon le témoignage de ses proches. Son cadavre sera retrouvé à la décharge de Beni Haoua, quelques jours plus tard.

· Dahab Omar, ingénieur en électronique, demeurant à El Oued, enseignant à l’école de formation professionnelle, arrêté en mars 1994 ainsi que dix de ses élèves. Il sera remis dans un cercueil à sa famille. Il avait été exécuté ainsi que les dix élèves du centre de formation professionnelle.

· Taleb Abderrahmane, docteur en médecine, demeurant à Larbaâtache (Boumerdés), précédemment arrêté en avril 1993, séquestré et torturé au commissariat Cavaignac d’Alger puis arbitrairement incarcéré durant 07 mois à la prison d’El Harrach, sera exécuté sommairement le 19 juin 1994 à son domicile par des militaires selon le témoignage de sa famille.

· Haddoum Kouider, docteur en médecine, demeurant à Hassasnia (Aïn Defla), arrêté par des gendarmes en janvier 1994 et exécuté ainsi que trois autres citoyens en février 1994 dans la forêt de M’Ghazi, selon le témoignage de sa famille.

· Rosli Mohamed, doyen de l’Institut des sciences sociales de l’Université de Blida, arrêté le 30 octobre 1993 par la police politique à l’université et devant ses collègues universitaires et ses étudiants. Deux ans après son enlèvement, il adressera un message à ses parents par l’intermédiaire d’un codétenu libéré signalant qu’il avait été sauvagement torturé et qu’il était séquestré à la prison militaire de Blida. Sa famille n’aura jamais l’occasion de le voir. En août 2000, un ancien agent de la police politique, Tigha Abdelkader, réfugié en Thaïlande et dans une interview à l’AFP, affirmera que cet universitaire avait été exécuté. (14)

· Boucherit Lotfi, 28 ans, demeurant au quartier Belle Vue de Constantine est docteur en médecine. Enlevé le 26 septembre 1995 à 1h du matin du domicile de sa tante (11, rue El Kadi, Casbah, Constantine) par les services de sécurité. Ces derniers auraient dérobé, selon le témoignage de sa famille, une veste en cuir neuve, un poste radio, des livres de médecine, des livres de théologie, une somme de 50 000 DA, un appareil photo et une médaille d’ancienne combattante de la guerre de libération nationale de sa tante. Mort sous la torture et enterré le 30 septembre 1995 au cimetière central de Constantine.


Les «disparitions »

Parmi les milliers de citoyens «disparus», nous notons un nombre non négligeable d’enseignants, médecins, avocats, ingénieurs et autres hommes de science.
Dans une étude (15) réalisée à l’occasion du 10e anniversaire du coup d’Etat, nous relevions sur un échantillon de 1000 cas :
57 enseignants (primaire, secondaire, universitaire)
08 Médecins
13 Ingénieurs
03 Architectes
04 Avocats et juristes
04 Journalistes


Dix cas illustrent cette politique d’enlèvements touchant cette catégorie de citoyens :
· Allalou Sidali, demeurant à Alger, Ingénieur d’Etat en hydraulique a été arrêté le 19 février 1995 à 18 heures par des civils armés sur le tronçon Bir Mourad Raïs-Birkhadem alors qu’il circulait à bord de son véhicule de type Renault Super Cinq. Il sera localisé aux centres de la sécurité militaire de Châteauneuf et de Haouch Chnou ( CTRI de Blida) par sa famille grâce aux témoignages de citoyens rescapés de ces centres. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Aouifer Sebti, père de 6 enfants, demeurant à Taher (Jijel), ingénieur d’Etat en agronomie, directeur de la coopérative agricole de Chekfa (Jijel), arrêté le 12 septembre 1995 à la brigade de gendarmerie de Chekfa. Cet ingénieur et responsable était connu pour ses compétences et sa probité. Aucune nouvelle de lui depuis huit ans.

· Bellahrèche Chérif, docteur en médecine, professeur agrégé en rhumatologie et chef de service de rhumatologie à l’hôpital universitaire de Constantine. Membre de plusieurs sociétés scientifiques internationales. Il a été arrêté le 8 novembre 1994 par quatre hommes armés se réclamant des services de sécurité, alors qu’il était en consultation médicale dans son service. Sa famille l’aurait localisé au centre de la sécurité militaire de Châteauneuf en février 1995, sur la base de témoignages de rescapés de ce centre. Aucune information sur ce médecin depuis neuf années.

· Benabid Belkacem, père de 4 enfants, docteur en médecine, demeurant à Sétif. Arrêté dans la matinée du 14 novembre 1994 près de son cabinet médical situé au faubourg des 5 fusillés à Sétif par 3 civils armés se présentant comme des agents des services de sécurité qui l’ont forcé à monter à l’arrière de sa propre voiture de type R25. L’arrestation s’est faite devant près de 25 personnes dont l’infirmier du cabinet, les patients qui attendaient le praticien et les voisins. Il aurait été localisé dans un premier temps au commissariat de police de Sétif. Les policiers de ce commissariat refuseront d’enregistrer la plainte du père pour enlèvement. Aucune nouvelle depuis neuf ans.

· Beneddine Allel, avocat, demeurant à Oran, arrêté le 22 novembre 1994 à minuit à son domicile par une vingtaine d’hommes armés de la Sécurité militaire venus à bord de véhicules banalisés après avoir défoncé la porte de son appartement. A disparu depuis.

· Benkara Mustapha, père de deux enfants, chirurgien et chef de service à l’hôpital de Médéa, arrêté le 31 mars 1994 à 12 heures par des militaires sur son lieu de travail, en présence de ses confrères et du directeur de l’établissement hospitalier. Selon le témoignage de sa famille, il aurait été séquestré durant 25 jours à la gendarmerie de Médéa puis aurait été transféré par des éléments de la Sécurité militaire vers la prison de Camera située à Ksar Boukhari. Selon le témoignage d’un technicien en radiologie, ce chirurgien aurait été ramené de nuit aux urgences de l’hôpital de Médéa, la tête recouverte d’un drap, pour ne pas être reconnu par ses collaborateurs. Il présentait un traumatisme de l’avant-bras et de la jambe, suite aux tortures. Depuis, personne n’a plus eu de ses nouvelles.

· Bouabdallah Abdelaziz, journaliste au quotidien El Alem Essiyassi (Le monde politique) a été kidnappé à son domicile le 12 avril 1997 par des civils porteurs d’armes à vision infra-rouge selon le témoignage de sa famille. Il avait été précédemment arrêté en janvier 1997 puis relâché. Des témoins auraient affirmé l’avoir vu au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. Aucune nouvelle de ce journaliste depuis sept ans.

· Fahassi Djamal Eddine, journaliste à la radio nationale (chaîne 3), père d’un enfant, demeurant à El Harrach (Alger) est kidnappé le 6 mai 1995 par des éléments de la sécurité militaire venus à bord de deux véhicules banalisés à El Harrach, près de l’Institut d’agronomie. Un détenu, libéré a déclaré formellement avoir vu en juin 1995, ce journaliste au centre de la Sécurité militaire de Châteauneuf. D’autres témoignages concordants confirmeront ces dires. En 1992, ce journaliste avait été déporté durant 45 jours au camp de concentration de Aïn Salah.

· Goumri Tayeb, professeur au lycée de Salah-Bey (Sétif), demeurant à Maafeur, commune de Salah-Bey, arrêté le 23 janvier 1995 par des gendarmes alors qu’il se rendait au lycée. Localisé par des témoins à la gendarmerie de Salah-Bey. Aucune nouvelle depuis de cet enseignant.

· Saâdoun Djamel, polytechnicien, maître-assistant à l’Ecole polytechnique d’El Harrach, doctorant en mécanique, demeurant à El Biar (Alger), enlevé le 7 mars 1996 à son domicile par des gendarmes de Bouzaréah puis remis aux militaires de la caserne de Blida avant d’être transféré à Béchar le 14 mars 1996 à partir de l’aéroport de Boufarik, puis à Abadla selon le témoignage de sa famille. A disparu depuis cette date.

Nous ne terminerons pas cette douloureuse énumération de quelques dizaines de victimes citées à titre d’exemple, sans l’évocation de la mémoire de nombreux intellectuels dont l’assassinat n’a jamais été élucidé et dont les proches, amis et observateurs continuent à s’interroger sur les véritables commanditaires de leur élimination physique, malgré l’étiquette «GIA » officiellement collée aux auteurs de ces crimes. Comme pour des milliers d’autres victimes de cette guerre, aucune enquête sérieuse n’aura été diligentée et aucun procès équitable ne prouvera la culpabilité des malheureux citoyens inculpés. L’opinion se suffira parfois d’un communiqué laconique de presse annonçant que «les auteurs de l’assassinat de tel intellectuel ont été abattus au cours d’un accrochage avec les services de sécurité » et le dossier était ainsi clos. Ailleurs on présentera souvent à cette même opinion, lors d’ «aveux » télévisés, de malheureux citoyens, le visage tuméfié et déformé par la torture, ‘’reconnaissant’’ avoir tué tel ou tel intellectuel. Des «aveux » d’un autre âge qui ne trompent personne.
Les observateurs avertis se sont toujours demandés si, dans le cadre de l’action psychologique qui sous-tendait le diabolique plan d’éradication, certains meurtres catégoriels et ciblés n’étaient pas destinés à semer la terreur dans une classe moyenne frileuse afin de la jeter sous le burnous mité des janviéristes.

Quatre cas illustrent cette catégorie de victimes :
· Youcef Fethallah, juriste et président de la ligue algérienne des droits de l’homme (LADH), tué le 18 juin 1994 devant la porte de son cabinet professionnel, à la rue Larbi Ben M’hidi (Alger). Ses amis nous apprendront que cet humaniste venait de revenir de Berlin où il avait assisté à une conférence organisée par Amnesty International. Il avait très tôt dénoncé la répression qui s’était abattue sur les jeunes citoyens et l’ouverture des camps de concentration. Le 8 mai 1994, il participait à Alger, à la marche nationale pour le dialogue et la réconciliation nationale, ce qui lui valut des attaques virulentes de la part de la minorité éradicatrice et de sa presse attitrée. Membre de la commission «d’enquête » sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf, des informations à l’époque avaient fait état de réserves émises par le défunt quant au rapport final.

· Embarek Mahiout, économiste, militant des droits de l’homme et membre (trésorier) de la direction du Front des Forces Socialistes, tué ainsi que son neveu le 4 novembre 1995, à Kouba (Alger) à quelques jours des «élections » présidentielles, mascarade électorale à laquelle le FFS et d’autres partis politiques appelaient au boycott. Cet universitaire, était connu pour son infatigable combat pour les droits de la personne humaine et la démocratie. Là aussi, officiellement, le «GIA » était responsable de ce crime. Lors du procès intenté par l’ex-«ministre» de la Défense du régime d’Alger contre le sous-lieutenant Souaïdia, Aït Ahmed cité comme témoin par la défense déclarera à l’audience, concernant le regretté Mahiout : « Non seulement on confisque le pouvoir, ses richesses, la mémoire, mais aussi quand «ils» veulent régler leurs problèmes internes, ils s’envoient des messages en ciblant des personnalités. On a ciblé notre trésorier, on l’a tué en pleine campagne électorale » (16)

· Abdelkader Hachani, ingénieur en pétrochimie, membre de la direction politique du Front Islamique du Salut, arbitrairement incarcéré durant cinq ans et demi au bagne de Serkadji (1992 – 1997) pour avoir appelé les militaires à respecter le choix du peuple souverain. Mis sous filature serrée par la police politique depuis sa libération, il sera froidement exécuté le 22 novembre 1999 par un homme armé dans un cabinet dentaire où il se soignait. L’auteur présumé du crime, membre du «GIA » selon la version officielle, sera rapidement arrêté, quelques jours après le forfait, se promenant à Alger, selon la presse avec l’arme du crime et….les papiers de la victime ( ! ! ?). La famille du défunt dénoncera la parodie de procès où persisteront de larges zones d’ombre. « Il est demandé aux instances suprêmes du pays d’en faire toute la vérité. Rien que la vérité. L’histoire ne pardonnera pas » déclarera son frère, après ce procès (17).

· Tahar Djaout, journaliste et écrivain, victime d’un attentat le 26 mai 1993 près de son domicile dans la banlieue ouest d’Alger, succombera quelques jours plus tard à ses blessures. Le 30 mai, l’AFP, citant une source sécuritaire annonçait que deux des auteurs de l’assassinat de ce journaliste avaient été abattus. Le 1er juin, un citoyen, Abdallah Belabassi, faisait des «aveux » à la télévision, affirmant être le conducteur du véhicule des assassins du journaliste et que le meurtre avait été commandité par un certain Layada. Quatre groupes de citoyens se retrouveront devant la justice, accusés d’être responsables de l’attentat. Layada, «émir » du «GIA » et présenté par certains titres de presse et par le malheureux Belabassi lors de ses «aveux » télévisés comme étant le commanditaire du meurtre sera acquitté par le tribunal d’exception d’Alger dans cette affaire. Les amis du journaliste créeront un comité pour la vérité sur sa mort. Deux membres de ce comité (Boucebci et Mekbel) seront à leur tour assassinés quelque temps après. Son ami, Arezki Aït Larbi, journaliste, écrira à ce propos : « Malgré toutes ces manœuvres, il reste toutefois une certitude : huit ans après, l’assassinat de Tahar Djaout, comme tant d’autres, restera une énigme ». (18). Beaucoup d’observateurs continueront là aussi à s’interroger sur les commanditaires de ce meurtre (19).

Encore une fois, il ne s’agit nullement de remuer le couteau dans la béante et profonde plaie du drame national qui n’est pas prête d’être cicatrisée mais seulement de remuer les arguments fallacieux et ignobles de ceux qui ont transformé une immense espérance de changement en une tragédie abyssale et qui n’ont pas hésité, pour sauver leur république des privilèges, à mener une guerre contre une partie de leur propre peuple tout en essayant vainement, le temps d’un mensonge, de tromper l’opinion publique sur la réalité du drame et d’une partie des victimes.
Après avoir joué sur la désinformation et la manipulation et après que la baudruche se soit en partie dégonflée, les maîtres du royaume de la terreur et de l’arbitraire, troublés par leur mauvaise conscience pensent jouer sur le temps et donc sur l’amnésie pour effacer les traces de toutes les horreurs qu’ils ont fait subir – et qu’ils continuent à faire subir – directement ou indirectement à leur propre nation durant plus d’une décennie de crimes et de non-châtiments.
Ils pensent, ainsi, par ces stratagèmes éculés, échapper au tribunal de l’Histoire. Grossière erreur !
La page sanglante de cette tragédie qui perdure ne pourra être tournée tant que toute la Vérité n’aura pas éclaté et que la Justice n’aura pas apposé son sceau.
Ce modeste travail est une contribution que nous versons au dossier de l’Algérie meurtrie qu’aura à traiter la future commission nationale de Vérité et l’Histoire inéluctablement jugera, n’en déplaise aux criminels de tous bords qui pensent pouvoir, par la force, l’argent sale, le mensonge et l’intrigue, échapper à son tribunal !

Références :

(1) Rachid Mimouni, Le Monde, 18 mai 1994, p.2.
(2) François Burgat, Algérie : L’islamisme contre les intellectuels ? In L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 58.
(3) Rachid Boudjedra, militant de l’ex-parti stalinien algérien du PAGS et éradicateur devant l’Eternel, témoin à charge lors du procès qu’intentait Khaled Nezzar contre le sous-lieutenant Souaïdia, déclarera, toute honte bue, le 03 juillet 2002 devant la 17e chambre du tribunal de Paris être le «continuateur de Proust et de Flaubert ». Cette ‘’blague’’ provoquera l’hilarité de la salle. Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 248.
(4) Rachid Boudjedra, Le FIS de la haine, Editions Denoel, Paris, 1992.
(5) Michel Morel, Lettre à l’hebdomadaire l’Express, N° 407, 02 avril 1959.
(6) Oued Namous et Reggane.
(7) Citée par Jacques Vergés, in : Lettre ouverte à des amis algériens devenus tortionnaires, Editions Albin Michel, 1993, p. 62.
(8) Salah-Eddine Sidhoum, Lettre ouverte à Pierre Bourdieu, président du CISIA, septembre 1995, publiée in : Livre blanc sur la répression en Algérie, T3, Les complicités, Editions Hoggar, Suisse 1996, p. 288.
(9) Ginette Scandrani, L’Algérie, quel dialogue ? L’appel du CISIA in : L’Algérie en contrechamp, Peuples Méditerranéens n° 70-71, Janvier-juin 1995, p. 41.
(10) Pierre Guillard, Que se passe-t-il dans la tête de M. Pierre Bourdieu ? in : Jusqu’à quand la désinformation à propos du pays d’Algérie. Textes polycopiés. 13 novembre 1993. Pierre Guillard est l’auteur d’un ouvrage sur la tragédie algérienne : Ce fleuve qui nous sépare. Editions Lyosel, Paris, 1994.
(11) Salah-Eddine Sidhoum, L’autre versant de la tragédie, Algeria-Watch, décembre 2001, www.algeria-watch.org/mrv/mrvrepr/versant_tragedie.htm
(12) Témoignages adressés par des déportés à l’auteur.
(13) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1100 exécutions sommaires, in : Algeria-Watch, 11 janvier 2002, http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1100_executions/1100_executions_A.htm
(14) Voir aussi son interview : Algérie : les révélations d’un déserteur de la SM, Nord-Sud Export, n°427, 21 septembre 2001.
(15) L’Algérie, 10 ans après le putsch, Les droits humains : un bilan désastreux. 1000 cas de disparitions forcées. In Algeria-Watch. 11 janvier 2002. http://www.algeria-watch.org/mrv/2002/1000_disparitions/1000_disparitions_A.htm
(16) Habib Souaïdia, Le procès de « La sale guerre », La Découverte 2002, p. 382.
(17) Kamel Hachani. Rétablir la vérité. In hebdomadaire El Borhane, semaine du 25 août au 1er septembre 2001.
(18). Arezki Aït-Larbi. L’assassinat de Tahar Djaout : un crime sans coupables. Le Matin 26 mai 2001. www.algeria-watch.de/farticle/presse/tahar_djaout.htm
(19) Lire aussi, concernant les interrogations sur l’assassinat de feu Djaout :
- Ghania Mouffok : « Qui a tué Tahar Djaout ? » in Etre journaliste en Algérie. RSF. Paris 1996. p.91-94.
- Le rapport de Reporters sans frontières (mars 1997) : Algérie : la guerre civile à huis-clos. Chapitre : « Qui a tué Tahar Djaout ? », in Algérie Le livre noir, p.16. Editions La Découverte 1997,
- L’article du journaliste et ami du défunt, Arezki Aït Larbi dans le Figaro du 9 janvier 1997.

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La presse Algérienne du DRS

Posté par algeriedemocratie le 7 juin 2010

Par Mahieddine LachrefUn des rares sages des temps modernes, dont je ne me rappelle plus le nom, aurait bien fait de conseiller aux intellectuels d’essayer par tous les moyens de gagner la sympathie des médias. Mais quand ces médias sont les moyens les plus orientés vers la destruction de ces derniers, que faut-il faire ? Continuer à les courtiser ? Décidément, je ne saurais répondre à cette question. Ce que j’aimerais, en revanche, avancer est plutôt relatif au danger que représente la machine destructrice médiatique, particulièrement en Algérie, qui, en s’investissant dans la corruption et la désarticulation de notre imaginaire collectif, la dilapidation de notre capital symbolique ainsi que la création d’univers carcéraux à l’intérieur de notre système psychique, programme, à long terme, la disparition –déjà en cours- de la nation algérienne.

Il y a quelque semaines, dans un entretien qu’il a accordé au Quotidien privé El Watan, le célèbre journaliste Arezki Ait Larbi, la langue sans os, à déclaré que la presse algérienne n’a qu’un seul rédacteur en chef, le DRS en l’occurrence. C’est faux ? Absolument pas et ceci d’autant plus que cette information a été vérifiée à plusieurs reprises lors notamment des grands « dévoilements » qu’a connus l’Algérie. Cependant, une question se pose : pourquoi le rédacteur Suprême d’El Watan ne censure-t-il pas Arezki Ait Larbi lorsqu’il dévoile, d’une façon aussi brutale, une telle information sensée discréditer toute la presse nationale, machine de propagande pro-militaire par excellence et s’acharne-t-il à censurer, avec des ciseaux bien affûtés, Djamel Zenati lorsqu’il dit «Faut-il rappeler que la philosophie libérale, fondement de la démocratie occidentale, tire ses racines du christianisme. Pourquoi l’islam serait-il alors un obstacle à la démocratie ? Pourquoi ce qui est admis pour le christianisme ne le serait-il pas pour l’islam ? » « Je reste convaincu que l’islam, tant dans son corpus que dans son histoire, recèle énormément d’idées et de faits à même de contribuer à fonder ce que l’on pourrait appeler la voie algérienne de transition démocratique. Sur diverses questions l’islam est en avance sur beaucoup de philosophies se réclamant de la libération de l’homme. » « Ce qui est universel c’est l’aspiration de l’homme à la liberté et au bien être. Et il s’y emploie à les atteindre par des chemins toujours plus singuliers les uns que les autres et c’est ça qui est passionnant dans l’Histoire. » « Une chose est cependant certaine, l’Algérie est condamnée à faire sa transition démocratique. Regardez le monde. Des grands ensembles se créent, des alliances se nouent, des stratégies s’ébauchent et des dynamiques se développent. Doit-on et peut-on rester en marge de cette effervescence planétaire et se complaire dans cette hallucination collective ? » Le DRS a-t-il compris que le peuple algérien représente un danger fort considérable pour la survie du régime capitalo-militaro-totalitaro-esclavagiste en place plus quand il sait ce qui ne va pas en lui-même que quand il sait ce qui ne va pas autour de lui ? Le DRS a-t-il compris qu’il est plus salvateur pour le peuple algérien de savoir ce qu’il est, ce qu’il n’est pas et ce qu’il veut que de savoir que c’est l’ANP qui fait la pluie et le beau temps dans tous les domaines de la vie en Algérie ? Le DRS a-t-il enfin compris que les propos de quelques rares « Djamel Zenati » qui existent un peu partout en Algérie sont plus « révolutionnaires » que ceux des nombreux « Arezki Ait Larbi » qui n’arrêtent pas de battre tous les pavés sans que le moins du monde le peuple s’intéresse au bruit de leur fureur ? Décidément, c’est toute la problématique du changement dont tout le monde et que la majorité dessert-par ignorance ou par lâcheté- qui s’exprime dans cette optique. Intervenant au congrès du PPS (Maroc), récemment, en s’interrogeant sur la réalité de la militance dans les pays du Maghreb ainsi que sur l’avenir de cette région de l’Afrique, Hocine Ait Ahmed a vivement mis le point sur les deux aspects, intrinsèques et extrinsèques, relatifs à la question du changement en déclarant en fait que « Entre des archaïsmes, que l’adoption des nouvelles technologies croit pouvoir masquer judicieusement, et la loi d’airain d’un monde sans pitié pour les faibles, militer pour un monde meilleur, ici et maintenant, passe par une douloureuse et constante explication. Explication, sans cesse repoussée, par des pouvoirs politiques que leurs choix enchaînent à des postures autoritaires puis répressives puis carrément hostiles à l’égard de sociétés qu’ils ne cherchent même plus à comprendre. Explication biaisée, au sein même de nos sociétés, où elle finit par se confondre avec la longue litanie de tout ce qu’il faudrait changer autour de nous et qui oublie de commencer par ce qui doit changer en nous. » Nous n’avons  nullement envie, à travers cette remarque, de porter préjudice à quoi que ce soit. Mais, faut-il le dire, la différence entre Arezki Ait Larbi et Djamel Zenati est que le premier croit pouvoir changer le système en le dénonçant et que le deuxième, conscient de la rigidité de notre système socio-culturel, essaie de donner aux Algériens quelques instruments heuristiques, méthodologiques et intellectuels pour se changer d’abord eux-mêmes, étant donné que « l’illusion démocratique » à elle seule ne peut jamais façonner le comportement citoyen d’une personne et ce aussi imprégnée soit-elle de l’esprit de la démocratie, à faire ensuite sortir l’Algérie de l’impasse historique dans laquelle elle se trouve. Ceci, nous le disons non pas pour désapprécier l’un et hisser au pinacle l’autre, la réalité étant que nous apprécions la rigoureuse quête démocratique des deux, mais seulement, dans un esprit de pédagogie citoyenne, pour mettre le point sur la démarche « tendancieuse » du premier dont l’optique militante est à prédominance berbériste, ce qui rime parfaitement avec la logique sectarisante du même DRS  qu’il dénonce sans cesse, ainsi que pour démontrer, un tant soit peu,  la stratégie communicative pour le moins nihilisante de notre presse nationale.

Revenons maintenant à notre chère presse nationale, presse de propagande pro-militaire et instrument majeur de corruption de notre imaginaire collectif. En fait, alors qu’elle boycotte les activités d’un mouvement politique  derrière lequel  se trouvent des personnes intègres et qui prônent une ligne d’action pacifiste, légaliste et nationaliste, Rachad en l’occurrence ; alors qu’elle ne souffle aucun mot ni sur Salima Ghezali, ni sur Salah-Eddine Sidhoum, ni sur Abdelkader Dehbi, ni sur Mohammed Ziane Cherif, ni sur Mohammed Samraoui auquel on dénie même son droit de réponse à des calomnies insidieuses publiées dans le Quotidien El Watan, etc. ; alors qu’elle ne parle presque jamais des activités des partis politiques de l’opposition démocratique, elle s’érige en porte-parole de tous les mouvements extrémistes à l’image du MAK dont elle n’a pas hésité à qualifier le leader comme étant « le Roi de la Kabylie » combien même  le mouvement qu’il dirige ne bénéficie de quasiment aucune sympathie en Kabylie, et s’ingénie à être une véritable tribune de prédication pour les mouvements que l’on qualifie communément de « terroristes » en entretenant, religieusement,  le fantasme de la terreur et du massacre à travers la propagation à outrance d’informations terrorisantes.

Par ailleurs, force est de constater que, depuis quelque temps, le réseau Internet est devenu un vrai point de rencontre entre les Algériennes et les Algériens. Conçu initialement par les Services spéciaux qui ont œuvré dur comme fer pour son amplification, comme instrument, au même titre que la presse, de corruption de notre imaginaire collectif à travers l’introduction d’idées perverses, notamment les sites pornographiques qui, selon une petite  enquête que nous avons nous-mêmes réalisée dans le milieux universitaires algérois, sont les plus visités par les étudiant algériens, ainsi que certains sites extrémistes prêchant le ritualisme militant d’une certaine frange  d’islamistes, Internet semble avoir échappé à ses contrôles du DRS. La presse nationale perdant de plus en plus de sa crédibilité pourtant mal entretenue dés le départ, tous les espaces d’expression et de manifestation étant fermés, les militants algériens, ou encore ceux qui veulent que l’Algérie soit ce que ses vrais « libérateurs » ont voulu en faire, s’intéressent de plus en plus aux débats, aux forums, aux différentes discussions organisées en ligne, ce qui fait rageusement peur à notre police politique. Mais que faut-il faire pour empêcher les Algériennes et les Algériens qui, après s’être libérés de tous leur fantasmes dans le petit espace de liberté que leur offert Internet, commencent à se poser des questions sur leur avenir commun et donc à faire de la politique ? Fermer Internet ? Une mauvaise solution qui risque de salir l’Algérie au plan international et ce d’autant plus que El Watan, le fidèle porte-parole du DRS, est là pour ne s’occuper que de la sale besogne. En fait, ce journal qui semble être une référence pour tous les Algériens en matière d’information, d’opinion et d’analyse va consacrer un dossier à Internet. L’intitulé ? C’est choquant : Internet sous haute surveillance. Cliquez vous êtes surveillé. A bien lire ce dossier qui, d’apparence, dénonce la restriction des libertés, on ne saurait ne pas se rendre à l’évidence. En lisant, dans les colonnes du journal « référence » des phrases comme « Tout est écouté : les e-mails qui, de toute façon, ne sont pas cryptés (sauf dans le cas du https), les chats du genre MSN, où les conversations sont cryptées mais décodées grâce un algorithme dont on dit qu’il a été fourni aux Algériens par les Américains et toutes les plateformes sociales, Twitter ou Facebook, ou même la téléphonie par Internet comme Skype. « Aucun système n’est inviolable », expliquent encore les experts en la matière », « On peut même, à distance, sourit malicieusement un expert, activer le microphone du PC et écouter ce que vous dites chez vous, dans votre salon, ou tout voir, dans le cas où une webcam est présente », « Le top ? Ecouter un téléphone portable éteint, dans lequel on a intégré un logiciel qui active la transmission audio et la retransmet en direct au centre de contrôle », « L’équipement installé serait l’un des plus sophistiqués au monde », « Ne souriez plus, les services de sécurité sont chez vous. », on ne peut pas ne pas poser des questions sur les non-dits qu’elle recèle.  En effet, dans un livre-phare écrit par l’immense philosophe Michel Foucault, surveiller et Punir, beaucoup de questions ont été abordées, notamment celles consistant à démontrer, à travers des exemples et une certaine stratégie analytique joignant le questionnement perçant aux nouveaux instruments de la psychanalyse et des sciences sociales, comment  peut-on construire un univers carcéral, une prison, dans le système psychique d’un individu et l’amener ainsi à se résigner devant le fait accompli. Si l’on se fie à la réflexion foucaldienne qui est fondée sur des exemples  concrets tirés de la réalité socio-historique de la France, on déduirait facilement que, en disant tout ce que nous avons cité, El Watan veut essentiellement semer la peur et la panique dans les esprits, les démobiliser psychologiquement et briser en eux toute velléité révolutionnaire ou simplement qui vise au changement. Cette idée ne nous est pas tombée du ciel ; au contraire, c’est  à travers l’observation, à base de faits concrets, que nous y sommes arrivés.  Cliquez chers concitoyens et concitoyennes, participez à la réalisation de la si attendue transition démocratique, l’Algérie de demain vous attend.

source:www.lequotidienalgerie.org

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le Docteur Sidhoum menacé de mort par le pouvoir algèrien

Posté par algeriedemocratie le 21 février 2010

le Docteur Sidhoum menacé de mort par le pouvoir algèrien dans salah-eddine sidhoum(25) sidhoum2

Ce jour, vendredi 19 Février 2010 à 08h45, le Dr Salah-Eddine SIDHOUM militant bien connu des Droits de l’Homme en Algérie – actuellement privé de sa connexion Internet – m’a informé, depuis son téléphone mobile qu’il a été appelé plusieurs fois la veille, entre 21h00 et Minuit, par un individu qui l’a, à chaque fois grossièrement insulté et menacé de mort. Le numéro du mobile d’où sont partis ces appels et ces menaces est : — 07 70 44 82 11 –.  Je porte cette grave information à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale, pour dénoncer les méthodes mafieuses des insatiables criminels, tenants du pouvoir politique – civil et militaire – en Algérie, qui n’ont pas eu assez de plus de 18 ans d’Etat d’Urgence de plus de 200.000 morts, de plus de 20.000 disparus et du pillage de dizaines de milliards de dollars volés au détriment du peuple et du patrimoine national algérien.

Signé : Abdelkader DEHBI.

PS: A signaler que le Docteur Sidhoum avait lancé, depuis quelques jours seulement, une vaste initiative pour enquêter sur les avoirs des barons du régime à l’étranger. Il avait sollicité la collaboration d’avocats et de groupes d’avocats, amis de l’Algérie, pour étudier les voies et moyens en vue de déposer plainte contre ces satrapes, et demander officiellement à la communauté internationale de geler ces comptes, ainsi que toutes les possessions de ces barons du régime, partout dans le monde, en attendant de les restituer au peuple algérien.

 

Salah-Eddine SIDHOUM dit :

Mes cher(e) compatriotes,
C’est d’un cybercafé que je m’adresse à vous pour vous remercier pour votre indéfectible soutien. Tous les commentaires que je viens de lire, tout comme les appels et les e-mails que je reçois régulièrement depuis hier matin me réconfortent dans mon combat contre cette voyoucratie agonisante mais féroce.Malgré ces apparences de défaitisme, de fatalisme et d’abattement de notre peuple, je reste persuadé et convaincu qu’il y a des hommes et des femmes qui sauront répondre à l’appel du DEVOIR, comme l’ont fait nos aînés en 54. Soyons mobilisés et vigilants.
Je voudrais vous informer que j’ai déposé hier matin à 9h une plainte au commissariat de mon quartier (Mouradia 15e). Je tiens à cette occasion à remercier nos jeunes inspecteurs de police qui m’ont reçu et qui connaissent depuis fort longtemps mon combat contre la hogra et au service des opprimés. Ils ont tenu à être à mes côtés et à me réconforter. Ils ont accompli dignement leur travail. Cela démontre encore une fois que l’Algérie n’est pas totalement gangrénée. Si la tête l’est, le corps ne l’ai pas totalement. Et c’est très important dans la suite de notre combat pacifique contre ce régime. Il est fort possible que l’individu auteur de ces menaces téléphoniques et du SMS soit identifié et qu’on nous dise qu’il s’agit d’un « drogué » ou d’un « malade mental » pour couvrir les commanditaires de ces intimidations. On connait la musique des « services ».
Je voudrais dire à cette voyoucratie en képi et en col blanc que ni vos intimidations, ni vos tentatives de liquidation physique (comme en décembre 94), ni votre prison (comme en 92 et 2003) ne viendront à bout de la volonté et des convictions des femmes et des hommes libres de ce pays. Vous êtes dans votre phase terminale d’un cycle naturel de vie. Les jours de ce régime déliquescent sont comptés. Que sont devenues les dictatures de ce monde (Shah, Videla, Pinochet, colonels grecs, Bokassa….)? Elles ont toutes inexorablement fini dans les poubelles de l’Histoire. Evitez encore une fois une autre aventure sanglante à notre peuple déjà exsangue. Partez avant qu’il ne soit trop tard. Car à ce rythme, un véritable tsunami populaire risque de balayer non seulement votre système, mais tout le pays. Et la décision échappera alors aux sages de ce pays. Elle reviendra alors à la rue. Et là, Rabi Yaltaf.
Fraternelles et respectueuses à toutes mes soeurs et tous mes frères en Algérie et en exil.
Salah-Eddine.

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LETTRE OUVERTE A L’OPINION PUBLIQUE ET AUX ONG AUTONOMES

Posté par algeriedemocratie le 6 septembre 2009

LETTRE OUVERTE A L’OPINION PUBLIQUE ET AUX ONG AUTONOMES

par Salah Eddine Sidhoum

Encore une fois le pouvoir illégitime d’Alger essaie (vainement) de m’intimider et de me faire taire en refusant de ne renouveler mon passeport. En effet, j’ai déposé mon dossier de renouvellement il y a près de deux mois au niveau de la daira de Sidi M’hamed (Alger) et à ce jour le préposé au guichet me réponds à chaque fois que la fiche de police n’est toujours pas revenue au siège de la PJ de Cavaignac !! Alors que normalement le passeport est délivré un mois après le dépôt.
Le 30 août dernier, je reçois par voie postale une convocation de la police judiciaire de Cavaignac (n°2210818 du 19/08/09) me demandant de me présenter au bureau des passeports du dit commissariat !!!
Grand fut mon étonnement de constater qu’au lieu de récupérer normalement mon passeport à la daïra de Sidi M’hamed, je me vois convoqué au bureau des passeports du commissariat de la police judiciaire de Cavaignac !
L’avis des amis avocats et enseignants de droit consultés est qu’il s’agit d’une procédure illégale. Pour eux, tout refus de délivrance du passeport doit être notifié à l’intéressé par écrit par la daïra (selon le décret n° 1.77 du 23/01/77 du JO) et non par convocation de la police judiciaire.
Je me suis présenté ce jour à 9h30 au commissariat de Cavaignac. Après présentation de ma convocation à la dame du bureau des passeports qui m’avait reçu très poliment, cette dernière retira mon dossier et le remit à un certain « Karim » qui après l’avoir feuilleté me signifia que j’avais eu une » affaire » (pour reprendre ses termes) en 1995 (!!!!). Je lui ai répondu poliment que « l’affaire » remontait à 1997 et non en 1995, que j’avais été acquitté en octobre 2003 après un procès politique mémorable et que j’ai eu droit à un passeport en juillet 2004. Très étonné (il ignorait qu’on m’en avait délivré un à cette date), il se retourna vers sa collègue pour lui dire « il a déjà un passeport ?) Confus de son erreur et ne sachant quoi dire, il me demanda de me déplacer au commissariat du 8 ème arrondissement près de l’hôpital Mustapha pour régler mon problème auprès de l’officier Hamache Saïd !!! Le modeste citoyen que je suis et malgré mon âge et le Ramadhan était devenu un e balle de ping-pong, envoyée d’un service à un autre et d’un commissariat à un autre ! Après avoir signifié que j’étais en règle, détenteur d’un passeport normal délivré en 2004 et que je désirais le renouveler par la voie normale, il jeta le dossier sous son clavier d’ordinateur et me demanda de sortir immédiatement en me disant d’aller me plaindre où je veux. Quand je lui ai réclamé son identité, il me répondit avec méchanceté et arrogance : » je suis monsieur WALOU, vas te plaindre où tu veux ». Ne voulant pas envenimer la situation face à cet agent sans aucune éducation je suis descendu à la réception et exigé le cahier de doléance pour signaler ce comportement de voyou à ses supérieurs. Une fiche m’a été délivrée aimablement par l’agent de la réception où j’ai signalé l’incident indigne d’une institution censée protéger le citoyen. Des lettres recommandées avec accusé de réception viennent d’être adressées à la présidence de la république et au directeur général de la sureté nationale.
Je rappellerais à l’opinion publique que ces mêmes méthodes d’intimidation avaient été utilisées contre moi en 2004, lors de la demande de renouvellement de mon passeport. La daïra m’avait signifié verbalement que la police avait émis un avis défavorable à la délivrance du document sans me donner les motifs. Après quatre mois de lutte et de mobilisation, la présidence de la république avait ordonné aux autorités concernées de me délivrer immédiatement la passeport. Le même jour (04/07/2004) je fus reçu à Cavaignac par l’officier supérieur, puis à la daïra par un haut fonctionnaire qui me remit le jour-même le document de voyage tout en me présentant des excuses pour cet aléas dû « au zèle de certains policiers » pour reprendre le terme du fonctionnaire, c’est toujours le subalterne qui a tort !
Il est scandaleux que je sois privé de ce droit constitutionnel de voyager librement en dehors des frontières de mon pays alors que durant les cinq dernières années je suis sorti du territoire national sans aucun problème pour participer à de nombreuses réunions politiques, des ONG des droits de l’homme et à des débats télévisés en France , en Suisse et à Doha.
Pourquoi après que la présidence ait ordonné en juillet 2004 aux autorités dites locales de m’établir un passeport, ce fonctionnaire zélé de la PJ me refuse aujourd’hui ce droit ? Est-ce que depuis, la présidence n’a plus d’autorité sur la police ?
Il est clair que ces intimidations mesquines et ces lâches pratiques sont en rapport avec mes activités politiques et de défense des droits de l’homme que je continue d’assumer en tant que citoyen libre par devoir envers mon pays dépecé par un pouvoir illégitime qui en a fait un véritable butin de guerre dont il use et abuse.
Il est tout aussi clair que oligarchie insatiable n’a nullement tiré les leçons du passé et pense qu’avec ces méthodes éculées et cette répression d’un autre âge faire taire les volontés libres et engagées de ce pays.
Il faudrait que ce régime illégitime en phase terminale, comprenne une fois pour toutes que le règne de la peur et de la répression est révolu à jamais. Il faudrait aussi qu’il sache que dans cette Algérie défigurée de 2009, il y a encore des hommes et des femmes libres qui restent debout et la tête haute face à la tyrannie et qui savent dire non à l’injustice, comme l’ont fait nos aînés de Novembre.
Nous arracherons nos droits quels que soient les moyens répressifs utilisés contre nous. Dieu fasse qu’il nous arme de patience et de courage pour poursuivre notre combat pour Algérie de toutes et de tous sans exclusion aucune et un Etat de Droit où toutes ce institutions soient respectueuses de tous ses citoyens.
J’en appelle à l’opinion publique nationale et internationale et à toutes les ONG autonomes pour dénoncer ces agissements mesquins –dignes des républiques bananières- contre les libertés individuelles des Algériens opprimés par ce régime illégitime, -car faudrait-il le rappeler, je ne suis pas le seul dans cette situation- et à soutenir notre combat pour les libertés démocratiques et le respect de la dignité humaine.
J’informerai incessamment l’opinion publique des moyens politiques que j’utiliserais pour arracher mon droit à avoir un passeport en tant que citoyen libre.
Salah-Eddine SIDHOUM
Chirurgien.
Alger, le 03 Septembre 2009.

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intervention de Sadek hadjres sur le site quotidienalgerie.com

Posté par algeriedemocratie le 26 août 2009

Notre frère Saddek Hadjerès vient de nous faire parvenir cette contribution au débat. Avec tous nos remerciements pour sa disponibilité.
Salah-Eddine SIDHOUM

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Bonjour cher Salah Eddine

Suite aux attentes qui s’expriment sur plusieurs thèmes liés à la guerre de libération, je crois dans un premier temps répondre d’abord en fournissant le maximum d’informations. On constate chaque jour que le déficit en ce domaine est l’un ou le premier facteur des malentendus qui existent, entre gens de bonne volonté évidemment.
Le temps viendra ensuite des débats et commentaires sur des bases beaucoup plus claires et saines. Bien entendu, je ferai tout pour aller au devant de la curiosité légitime sur tout ce qui fait problème.
Donc en plus des documents déjà existants sur le site et sur lesquels j’attire à nouveau l’attention, j’intégrerai au fur et à mesure d’autres documents. Aujourd’hui, mon intervention en 2004 au siège du PCF me parait répondre en partie à certaines queestions. Je poursuivrai avec d’autres points. J’espère que les commentaires qui en décluleront, y compris les plus critiques seront alors assis sur des données plus opérationelles parce que non altérées par l’mmense entreprise de laminage anti-historique que nous avons connue les uns et les autres.
Bien amicalement à vous
et aux participants au colloque dont je mesure chaque jour l’intérêt.

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INTERVENTION de Sadek HADJERES

POUR LE 1er Novembre 1954

(au siège du PCF, Colonel Fabien, le 28 Octobre 2004)

Chers camarades et amis

Je remercie la direction du PCF d’avoir sollicité mon témoignage et mon opinion. A ma connaissance, cette célébration est jusqu’ici la seule, de la part des organisations françaises, à honorer avec cette solennité un événement historique qui a bouleversé mon peuple et son destin.

J’y vois la continuité d’une tradition de solidarité de classe et d’amitié anticolonialiste pour qui le critère des bonnes relations et de l’internationalisme réside essentiellement dans une communauté d’intérêts légitimes traduite en actes, par delà la diversité des appartenances et des affinités ethniques, culturelles, religieuses ou de civilisation.

Il est souhaitable, comme cela semble déjà le cas en France comme en Algérie, que les débats se prolongent au delà de quelques journées symboliques. Qu’ils se poursuivent dans des efforts et des échanges d’émotions, d’informations et d’analyses sereines qui nous changent des panégyriques ou des procès d’intention envers les épisodes et les acteurs de cette guerre. Ces commémorations se hausseront ainsi à la hauteur de ce qui, après les libérations de la Chine, du Viet-Nam et de Cuba, constitua un tournant de la décolonisation en Afrique et dans le monde. Ces journées donnent aussi l’occasion aux citoyens algériens et français de découvrir et mesurer l’importance des occultations et des déformations qui ont entouré l’histoire de la guerre d’Algérie. Ces déformations nous semblent aujourd’hui à peine croyables, Pourquoi ont-elles pourtant longtemps marché ? Parce que les esprits, même parmi les plus sincères, ont été obscurcis par des enjeux immédiats de pouvoir, par les séquelles de lourds contentieux politiques et partisans, par des règlements de compte idéologiques, ainsi que par des pesanteurs sociologiques dans l’un et l’autre pays, amplifiées par les leviers médiatiques au service d’intérêts étroits. Malgré les premiers efforts méritoires de quelques historiens, plusieurs composantes du mouvement national algérien et leurs alliés dans le monde ont été victimes de ces passages à la trappe, et parmi elles, davantage encore les communistes et les courants les plus progressistes dans les deux pays.

A ce propos et sans entrer dans les détails, je signale à ceux que ces questions intéressent, que je mettrai à leur disposition des documents dont la plupart, quand ils n’ont pas été purement et simplement ignorés, n’ont eu droit qu’à des commentaires tendancieux ou de seconde main sans qu’ils aient jamais été reproduits dans leur version intégrale. Parmi eux, la déclaration du PCA du 2 novembre 1954, les lettres adressées au FLN en 1956 au moment de l’intégration des CDL dans l’ALN en 1956, les lettres adressées par Bachir Hadj-Ali et moi même depuis Alger au GPRA en 1959, ainsi que plusieurs autres documents et témoignages de terrain.

Chers camarades et amis

En tant que membre de la direction du parti communiste algérien sur le sol national durant la guerre d’indépendance, je tiens à réaffirmer, avec le recul du temps, l’appréciation positive que mes camarades et moi avons eue des positions anticolonialistes défendues alors par le PCF. Ses dirigeants et militants ont livré un long et persévérant combat, à contre-courant d’une opinion forgée, jusque dans les couches les plus modestes des travailleurs et de la population française, par des décennies de propagande nationaliste, raciste et impérialiste. Nous avions exprimé à l’époque à nos camarades français notre désaccord et notre regret de certaines des positions tactiques du PCF telles que le faux pas, rapidement corrigé, du vote des pouvoirs spéciaux en 1956 ou d’autres erreurs moins lourdes dans l’appréciation de la situation. Elles nous furent d’autant plus préjudiciables que, de bonne ou mauvaise foi, ces positions étaient imputées également au PCA, censé à tort être automatiquement aligné sur le PCF. Mais à nos yeux, dans les conditions où il menait cette lutte, jamais autant qu’au cours de la guerre d’Algérie le PCF n’a été aussi proche de sa vocation anti-colonialiste. Nous ne demandions pas aux travailleurs français de réclamer l’indépendance à notre place, ni aux plus avancés d’entre eux de prendre le fusil avec nous, il y avait assez de combattants. Il était vital par contre que le peuple français prenne suffisamment conscience de ses propres intérêts pour infléchir la politique de guerre des gouvernants socialistes puis gaullistes. Dans ce but, la ligne la plus susceptible de rassembler le maximum de Français au fur et à mesure de leur expérience, comme l’a fait remarquer à juste titre Claude Liauzu, était la revendication de la paix sur la base du droit des peuples à leur autodétermination. Cela n’empêchait pas des Français à s’engager individuellement ou en groupes forcément minoritaires dans des actions pouvant apporter une aide précieuse du type technique, conspiratif ou d’insoumission ouverte. Qui nous dit d’ailleurs, et j’ai à ce sujet ma propre information, que des communistes français n’ont pas eux aussi mené ce genre d’activités avec l’aval de leur parti, sans pour autant qu’ils aient jugé utile ou opportun que l’Huma le claironne ? Même symbolique, cette participation de Français communistes ou non, à ce genre d’actions algériennes pouvait contribuer elle aussi à contrer la propagande colonialiste selon laquelle les résistants algériens n’étaient que des terroristes, des anti-français barbares fanatisés par l’islam. En Algérie, les communistes d’origine européenne, brisaient eux aussi ce mythe propagandiste, non en tant que français mais comme patriotes algériens. Voilà pourquoi nous étions désolés par les anathèmes qu’échangeaient publiquement en France les tenants de différentes formes de solidarité pour imposer l’idée que seule leur propre action était honorable ou efficace.

Je dis tout cela d’autant plus à l’aise que nous avons porté un jugement très critique sur des orientations stratégiques du PCF envers l’Algérie, pour des périodes situées avant ou après la guerre d’indépendance. Dans les années 43- 47, il se défiait de façon excessive du mouvement nationaliste algérien dont le caractère foncièrement libérateur prédominait en dépit de faiblesses aujourd’hui reconnues qui méritaient des critiques constructives et non des anathèmes. Après l’indépendance de l’Algérie, surtout après 1973, la direction du PCF de l’époque, pour des raisons qu’il appartient d’abord au PCF d’étudier, a versé au contraire dans le soutien inconditionnel aux orientations prétendument socialistes du nationalisme algérien, au moment où ce dernier basculait vers les courants conservateurs et réactionnaires au sein des institutions et du parti officiel du FLN. Nombreux sont les militants communistes français qui apprendront aujourd’hui seulement que durant quinze ans, de 1973 jusque peu après octobre 88, le PCF avait rompu unilatéralement ses relations avec les communistes algériens organisés dans le PAGS, parce qu’il considérait que l’Algérie construisait le socialisme sous la direction du FLN, alors que les communistes, les syndicalistes, les démocrates de progrès étaient interdits, réprimés, torturés et calomniés par le pouvoir algérien.

Je ne crois pas m’aventurer en pensant qu’aujourd’hui le PCF tend à s’oriente vers des actions et des positions de solidarité concrète envers l’Algérie profonde, celle des travailleurs, des paysans, des couches déshéritées, des cadres et des entrepreneurs honnêtes. Il est heureux qu’il cherche à privilégier une information et une écoute plus objective plutôt que des a priori idéologiques plus ou moins fondés, en évitant le piège des implications dans les rivalités de clans et de pouvoir en Algérie. Je souhaite avec beaucoup d’autres Algériens que cette célébration du premier novembre soit un jalon solide en cette direction.

Chers camarades et amis

Une commémoration digne d’un tel événement, ne consiste pas à s’incliner devant un monument.

Je soulignerai en premier lieu une des perceptions majeures du 1er novembre 54 que l’histoire a validée. Il n’existe pas au monde de force oppressive ou exploiteuse qui soit invincible à jamais, quelle que soit sa puissance dans tous les domaines. La conquête de la souveraineté nationale a été pour ceux de ma génération le dénouement d’un rêve fabuleux. L‘affrontement armé était devenu inévitable puis maintes fois prolongé par l’intransigeance et l’aveuglement colonialistes. Mais il a commencé, si on ne voit les choses que sous leur aspect formel, par l’initiative d’une poignée de patriotes disposant d’un armement dérisoire. Quand au lendemain du 1er novembre, chacun de nous a pris conscience des lourdes épreuves à venir, sachant en particulier la sérieuse impréparation politique de la mouvance nationaliste qui était entrée en crise et divisée depuis de longs mois, ces jours là, même l’air étouffant de l’Algérie colonisée nous était devenu plus léger, chargé d’une massive bouffée d’espoir. Ces espoirs n’étaient pas infondés, la libération du joug colonial ne fut pas un miracle.

Là réside le deuxième enseignement majeur. Si la volonté de liberté du peuple algérien a fini par triompher, malgré la disproportion des potentiels militaires, c’est qu’elle a bénéficié en Algérie comme à l’échelle internationale d’un ensemble de facteurs politiques favorables et irremplaçables. Faute de temps, je ne détaillerai pas ces facteurs, je rappellerai seulement la raison de leur efficacité : ce fut la convergence ou plutôt les convergences, les unités d’action réalisées progressivement en Algérie comme en France et dans le monde autour d’un objectif concret, le droit des Algériens à décider de leur destin.

Souvenez-vous : les courants les plus différents ou même les plus opposés quant à leurs préférences pour telle voie ou moyen ou pour telle perspective idéologique se sont pour la plupart retrouvés sur le terrain quotidien de la lutte et des sacrifices pour atteindre un objectif tangible, identifié et intériorisé par l’expérience collective comme relevant de l’intérêt commun. Les plus grands succès au cours de la guerre d’indépendance ont été enregistrés toutes les fois que ces facteurs ont été pris en compte suffisamment à temps, de façon consciente et organisée tant par le mouvement national dont le FLN a pris la tête, que par ses alliés naturels ou conjoncturels dans le monde. C’est pourquoi la petite flamme vacillante de la lutte armée durant les premiers mois a pris une ampleur nationale, portée par ce qu’il y eut de meilleur et de plus unitaire dans les orientations qui seront définies ensuite au Congrès de la Soummam du FLN d’août 1956. Lorsque surgiront des retards, des défaillances ou des violations de ce qu’il y avait de plus bénéfique dans ces orientations, notamment au sein des sphères dirigeantes ou du fait de lourds préjugés dans les sociétés, toutes les fois que les préoccupations hégémonistes ont prévalu contre l’esprit démocratique de l’unité d’action, ce fut au détriment de la cause de la libération de l’Algérie et de l’amitié entre nos deux peuples, avec des conséquences à long terme pour les générations successives.

Fort heureusement, en dépit des défaillances, l’abnégation de la base populaire, encouragée par le mûrissement d’une solidarité internationale diversifiée, est parvenue à vaincre les obstacles. Car la société qui souhaitait ardemment l’indépendance n’était pas directement impliquée dans les rivalités sans principe d’une partie des sphères dirigeantes qui mettaient à mal l’unité d’action. Les manifestations populaires algériennes de Décembre 1960, enclenchées au départ sans l’intervention de la direction du FLN et du GPRA, ont constitué le tournant décisif de la guerre de libération. Elles ont créé les conditions d’une prise de conscience plus massive dans le monde et plus particulièrement en France aussi bien dans la sphère civile que parmi les soldats du contingent et dans les institutions. Elles ont fini par contraindre le pouvoir français à de vraies négociations de paix fondées sur les droits légitimes de notre peuple, alors que De Gaulle, qui à la différence des dirigeants socialistes français s’était détaché des intérêts ultra-colonialistes de  » papa « , avait d’abord déchaîné toute la puissance militaire française pour tenter d’assurer les nouveaux intérêts pétroliers et géo-stratégiques des classes dirigeantes.

Chers camarades et amis

J’ai insisté sur l’importance des convergences et de l’unité d’action en sachant bien qu’elles sont plus faciles à évoquer qu’à réaliser. Elles requièrent des efforts, une culture politique, un art et une expérience collective à la hauteur de son caractère vital. D’autant plus qu’une solide unité d’action ne signifie pas alignement intégral en tout mais une réelle autonomie assumée avec esprit de responsabilité par tous les partenaires : discipline de combat et autonomie d’opinion et d’expression ne vont pas l’une sans l’autre. C’est la raison pour laquelle et je vous prie de croire que ce ne fut pas facile, le PCA, tout en soutenant vigoureusement le FLN et en intégrant ses combattants dans l’ALN, a tenu à conserver son existence politique et son indépendance de jugement face aux évènements.

Je voudrais à ce propos rendre un hommage particulier aux représentants des courants français et algériens qui avant guerre ont beaucoup œuvré à faire avancer cette conception ouverte de l’unité d’action et dont certains sont présents à cette commémoration. Je me souviens avec quelle constance le résistant et chrétien progressiste français André Mandouze travaillait à rapprocher les positions des formations nationales, à leur faire surmonter leurs préjugés mutuels et leurs contradictions secondaires au regard de leurs objectifs communs sur le court et le long terme. Dans les comités d’action et d’union qui regroupaient toutes les formations nationales où je représentais l’Association des Etudiants Musulmans dont j’étais le président, à côté d’autres organisations syndicales et de jeunesse agissaient avec persévérance d’autres artisans de l’unité d’action comme mon ami le regretté Ali Boumendjel qui représentait souvent le mouvement de la Paix. Il y avait aussi, garants d’une répercussion très large de ces efforts dans la population, les représentants d’Alger républicain, seul quotidien anticolonialiste et son directeur Henri Alleg que je n’ai pas besoin de vous présenter. Tâche ingrate que celle des artisans des convergences, dont les efforts tant du côté algérien que du côté français n’ont pas toujours été payés de retour, avant comme après l’indépendance. Ils le savent bien, Mandouze, Alleg et aujourd’hui Zouhir Bessa, sur ce chemin ils ne pouvaient s’attendre qu’à des plaies et des bosses.

Comment à ce propos ne pas évoquer aussi la mémoire du général de Bollardière, dont la présence de sa veuve parmi nous me touche à un double titre. Ce résistant français anti-nazi, a sauvé à nos yeux l’image des meilleures traditions de la France en se démarquant des atrocités coloniales et en refusant de voir l’armée française engluée dans ce genre de tâches. J’ai lu quelque part qu’à une période il avait commandé dans la région de Larbâa-Tablat et de l’Atlas blidéen, région où j’ai grandi et milité et où des dizaines de mes jeunes camarades, ouvriers agricoles, petits artisans ou chômeurs dont je suivais l’action, ont gagné la montagne parmi les premiers. Je n’en retrouverai que deux ou trois après l’indépendance. De cette région étaient originaires aussi des Français aussi honorables tels que Jules Roy ou Jean Pellegri, c’est là aussi que Jean-Jacques Servan-Schreiber a participé aux  » commandos de chasse  » dont il a relaté les actions dans des reportages de l’Express. La même région a subi aussi, hélas, les exactions d’un officier de triste mémoire, il s’en vantait et en fit même, comme vous le savez, le point de départ d’une carrière de chef de file raciste de la droite ultra-réactionnaire française.

Nos deux peuples abandonneront-ils aujourd’hui l’exigence de fortes convergences comme une simple relique du passé ? Sous le règne conjugué de la haute finance et de la haute technologie militaire, le colonialisme n’est pas mort. Non seulement il ne se contente pas de se renouveler dans les formes et les moyens économiques, financiers, idéologiques et médiatiques plus subtils, mais on le voit encore recourir aux formes les plus violentes et les plus barbares pour se perpétuer en Palestine et reprendre aux Irakiens l’indépendance conquise en juillet 1958. On le voit partout exploiter les difficultés des anciens colonisés pour tenter d’exercer sa domination par l’intermédiaire de pouvoirs ou des mouvements locaux interposés. Aujourd’hui comme hier, construire les convergences et les unités d’action au delà des différences reste une question de survie. Malheur aux peuples, aux travailleurs, s’ils se laissent dépouiller de cette arme la plus décisive dont ils disposent pour bâtir une citoyenneté démocratique et sociale. Malheur à nos peuples s’ils viennent à succomber au piège mortel d’une  » guerre des civilisations  » que Samuel Huntington n’a pas du tout inventé, car les colonialistes en ont largement usé et abusé en Algérie et partout ailleurs. Ils ont semé dans les sociétés algérienne et française les graines d’un poison idéologique à retardement d’autant plus mortel qu’il se présente sous les apparences de l’auto-défense.

Saurons nous tirer les leçons du gâchis épouvantable que fut d’abord la conqûete au 19ème siècle puis la deuxième guerre d’Algérie pour deux peuples, qui auraient eu tout à gagner à coopérer ? Même un colonialiste, appelé à témoigner en faveur du tortionnaire Aussaresses à son procès, s’était exclamé avec amertume :  » Puisqu’il en a été ainsi, je pense qu’il aurait fallu leur donner dès le début l’indépendance ! « . Lueur de bon sens tardive mais après quels dégâts pour l’immédiat et le futur !

Car le plus grave est que les choses se sont déroulées de façon telle que les nouvelles générations n’ont pas été suffisamment vaccinées contre les chauvinismes, les racismes, les intégrismes et les pratiques terroristes. Mal redoutable qui, alors que notre libération nationale se projetait comme une révolution démocratique et sociale exemplaire, respectée dans le monde et respectueuse des valeurs nationales culturelles et religieuses, a perverti les évolutions souhaitées. L’Algérie a été progressivement acculée par les sectarismes, les hégémonismes croisés et arrogants des armes et de l’argent à des positions conservatrices sinon rétrogrades dans les domaines vitaux pour son développement. Certaines évolutions symétriques en France (telles que la mise à l’index du  » pétrole rouge  » algérien après les nationalisations de 1971) ont élargi le fossé des deux côtés de la Méditerranée.

Si on en juge par les vagues d’indignation qu’ont soulevé dans nos deux pays les agressions au Proche et Moyen Orient, ainsi que la dénonciation des actes de barbarie et de torture massives, la voie reste ouverte aux espoirs de convergences et de combativité pour combattre ces fléaux.

Il est à nouveau impératif comme au temps de la guerre d’Algérie, que les opinions de nos deux pays se mobilisent pour prévenir et contrecarrer le déferlement irresponsable des racismes et des essentialismes de tous bords. Il est capital que les bases populaires, les intellectuels, les media apprennent à discerner les intérêts et les enjeux véritables que recouvrent les idéologies, les cultures et les professions de foi, dans le domaine religieux comme dans la sphère laïque. La montée des sentiments aussi bien islamo-phobes que judéophobes, anti arabes, anti maghrébins ou globalement anti-occidentaux, les virulentes campagnes crispations autour des modes vestimentaires, tout cela constitue le terrain propice aux évolutions intégristes et terroristes qui prospèrent toutes les fois que n’est pas reconnu le droit sacré aux résistances démocratiques à l’oppression et à l’exploitation.

Chers amis et camarades,

Il est salutaire devant tout fléau de remonter aux racines du mal pour en éviter l’aggravation et les récidives. N’oublions pas le rôle fondateur de deux évènements néfastes au cours de la guerre d’Algérie.

Le premier a été l’invasion tripartite déclenchée contre l’Egypte en 1956 par la coalition Israel-France-Grande Bretagne. Elle visait entre autres à écraser le mouvement de libération algérien, qui avait commencé à gagner le soutien de nombreux juifs d’Algérie. Un exemple : étant recherché activement à cette époque par les forces de sécurité françaises, je fus hébergé plusieurs jours par un camarade juif qui avait participé quelques années auparavant comme volontaire du côté israélien à la guerre israélo-arabe de 1948. Il en était revenu écœuré et peu optimiste quant à l’avenir démocratique d’Israël.

Un deuxième coup de boutoir a fait basculer les européens et les juifs d’Algérie dans le désespoir et les réactions ultra-racistes. Ce fut au printemps 1962. Les autorités des deux côtés venaient de réaliser dans les proclamations et les textes des accords d’Evian le droit de l’Algérie à l’indépendance et le droit des européens de continuer à vivre en Algérie. Ces autorités ont perdu à ce moment crucial le contrôle de leurs opinions respectives. A cause de l’OAS du côté français, et du côté algérien les réactions de vengeance de minorités irresponsables au moment où les dirigeants algériens en place se trouvaient gravement divisés et défaillants en se disputant le pouvoir. D’autres occasions de réparer ces dégâts ont été lamentablement gâchées depuis l’indépendance.

Voilà pourquoi il est important de donner aujourd’hui un contenu démocratique et social aux initiatives amorcées par les autorités de nos deux pays en vue de relations plus amicales dans un esprit d’égalité. La France et l’Etat français se grandiraient en reconnaissant solennellement le tort causé aussi bien à l’Algérie qu’aux intérêts français légitimes par un passé de rapports inégaux fondés sur la violence armée. Ce serait la meilleure façon de désamorcer les risques d’escalades maléfiques qui ne bénéficieraient une fois de plus qu’aux seules forces d’oppression et d’exploitation

Il n’y a pas de fatalité, ni du meilleur ni du pire. Une seule certitude : agir pour rendre vivable le sort des individus dans nos deux sociétés, de rendre viable l’existence de nos nations et assurer la qualité des relations internationales.

Les espoirs de justice et de fraternité évoquées par le film de J. Pierre Lledo ne sont pas seulement un rêve, à condition de les replacer dans le contexte nouveau forgé par l’Histoire du demi-siècle écoulé. Faisons en sorte d’y contribuer dans un espace de solidarité et de lutte franco-algérien qui ne se confond pas avec celui des frontières territoriales, institutionnelles, linguistiques, religieuses et de civilisation. Cet espace de lutte et de solidarité est complémentaire des autres espaces communs algéro- maghrébin, arabe, méditerranéen et africain. C’est un espace aux atouts certains et ouvert à nos espoirs communs, celui des sociétés civiles et des solidarités actives, celui des orientations démocratiques convergentes, celui des droits sociaux et des droits de l’homme et de la femme, celui de l’émulation dans la création et les échanges culturels.

Ce monde nouveau qui reste à construire est celui qui habitait les pensées de mon camarade Ahmed Inal, ancien responsable des étudiants algériens de Paris, torturé à mort en 1957 après avoir été fait prisonnier au combat dans les maquis de Sebdou. Ce rêve a été aussi celui qui jusqu’à l’ultime seconde de sa vie n’a pas quitté mon camarade l’ouvrier Fernand Iveton, guillotiné au petit matin de février de la même année à quelques minutes de ses deux autres codétenus musulmans.

Le rêve de l’indépendance est devenu réalité, soyons aujourd’hui des millions à poursuivre dans l’action unie le rêve de la citoyenneté inscrit dans l’appel du 1er novembre 54.

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Un ex-général de la junte argentine (76-83) condamné à perpétuité.

Posté par algeriedemocratie le 14 août 2009

Un ex-général de la junte argentine (76-83) condamné à perpétuité.

Par Salah-Eddine SIDHOUM

Santiago Omar Riveros, ex-général de la junte argentine, auteur durant la « sale guerre » (1976-1983) de crimes contre l’Humanité, a été condamné hier, mercredi 12 août 2009 par un tribunal de la banlieue de Buenos Aires à la prison à perpétuité pour atteinte aux droits de la personne humaine. Il est accusé d’être responsable de l’exécution sommaire en 1976 et après d’horribles tortures d’un jeune adolescent de 15 ans, Floreal Avellaneda.
Ce sinistre officier putschiste criminel était le responsable du non moins sinistre camp de tortures et d’exécutions sommaires qu’était le « Campo de Mayo » qui a vu défiler près de 5000 prisonniers politiques que le régime du général Videla voulait « éradiquer » dans le cadre du « processus de réorganisation nationale » pour « sauver l’Argentine et la démocratie » du « péril rouge » (le « péril vert » n’existait pas encore !).
Ce camp constituait avec la tristement célèbre école de Marine (ESMA), un des « hauts-lieux » de la répression sauvage qui s’était abattue sur une grande partie de la population argentine au lendemain du coup d’Etat de 1976.
Trente ans après ce crime imprescriptible et malgré toutes les lois scélérates d’autoamnistie proclamées par les putschistes (« point final » et « désobéissance due » des années 86 et 87) qui interdisaient toute plainte contre les militaires et services de sécurité de la part des victimes ou familles de victimes de la « sale guerre », la justice indépendante argentine décidera de mettre fin à l’impunité. Trente ans après ses crimes contre l’Humanité, ce général criminel sera rattrapé par la Justice ! Et plus de 350 plaintes sont en attente d’être instruites par la justice pour les seules victimes du « Campo de Mayo ».
Pour rappel, la dictature argentine instaurée par le général Videla et qui dura plus de sept ans, se soldera par près de 30 000 disparitions forcées (victimes probablement torturées puis exécutées sommairement). Cette stratégie des « disparitions » sera empruntée à la sinistre « Ecole française » employée durant notre guerre de libération nationale. Cette dictature aura ses centres de torture et de liquidation, ses escadrons de la mort et ses « vols de la mort » pour terroriser une grande partie de la population. Elle aura aussi sa justice d’exception pour envoyer ses opposants, sur la base d’aveux extorqués sous la torture et de dossiers judiciaires préfabriqués, croupir dans les centres de détention.
Mais malgré sa « puissance » O combien éphémère, cette dictature connaitra indubitablement sa fin, grâce au combat de la société, de ses intellectuels et politiques dignes, des familles de victimes (dont les mères courageuses de disparus qui ont joué un très grand rôle dans l’éclatement de la vérité) et des militants des droits de l’homme.
La phase de transition démocratique, grâce à cette mobilisation populaire et des élites politiques se déroulera pacifiquement, malgré les menaces voilées de coups d’Etat des résidus militaires putschistes. L’Etat démocratique et le pouvoir législatif (démocratiquement élu) annuleront ces lois scélérates d’autoamnistie en 2003 avant que ces dernières ne soient totalement abolies en 2005 par la Cour Suprême.
Ce cas argentin doit servir de leçon aux apprentis dictateurs résiduels d’Afrique et du monde arabe qui pensent pouvoir, par la répression sauvage, se maintenir éternellement au pouvoir et par des lois d’autoamnistie se protéger à l’avenir de toutes poursuites judiciaires pour les crimes imprescriptibles qu’ils ont commis contre leurs peuples soumis.
Il doit servir également de leçon à tous les citoyens libres qui ne doivent pas mettre la charrue avant les bœufs. Seule l’instauration d’un Etat de Droit pourra permettre l’éclosion de la vérité sur les crimes commis par ces régimes et pas avant.
Œuvrons à un changement du système politique, à l’instauration de l’Etat de Droit et que la justice indépendante fasse alors son travail dans la sérénité pour que plus jamais, nos peuples ne soient les victimes expiatoires de ceux qui veulent se maintenir ou accéder au pouvoir par les coups d’Etat et les baïonnettes. Vérité et justice ne signifient nullement vengeance. Le cas argentin en est un exemple éloquent.

Publié dans salah-eddine sidhoum(25) | Pas de Commentaires »

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