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MOHAMED BOUDIAF:1 novembre 1954

Posté par algeriedemocratie le 31 octobre 2009

Boudiaf

Par MOHAMED BOUDIAF

Répondant aux désirs des militants du parti et certainement à celui de tous les Algériens épris de vérité, la commémoration du 20e anniversaire du 1er novembre 1954 sera pour moi l’occasion de reprendre l’histoire de cette époque, des contacts, des discussions, des démarches, de l’organisation, en un mot des circonstances réelles dans lesquelles est née l’insurrection algérienne.
Bon nombre de personnes étrangères à ces événements ont écrit et continuent de le faire en déformant par intérêt ou par ignorance les faits attribuant à des gens des rôles qu’ils n’ont pas joués, idéalisant certaines situations, et passant d’autres sous silence, refaisant l’histoire après coup. Le résultat le plus clair de ces manipulations est d’entrainer une méconnaissance d’un passé pourtant récent chez les millions de jeunes Algériens qui n’ont pas vécu cette période et qui sont pourtant avides d’en savoir les moindres détails.
Mon propos va donc s’attacher à reconstituer le déroulement des événements de l’année 1954 en m’efforçant de rétablir la vérité historique et de relever les erreurs les plus fréquemment commises. Je suis personnellement convaincu que cette histoire reste à écrire; ce qui sera dit ci-après ne peut être que le survol rapide d’un bouillonnement révolutionnaire impétueux qui a su transformer une crise grave du mouvement national en un processus de lutte armée dont l’aboutissement fut la libération de l’Algérie d’une colonisation séculaire.
Pour bien comprendre les événements de l’année 1954, il est indispensable de faire un retour en arrière pour bien situer les raisons profondes de l’élan révolutionnaire qui à été à la base de la préparation rapide et du succès du déclenchement de la guerre de libération nationale. Je ne crois pas qu’il suffit comme le font certains, de mettre en valeur le rôle de quelques «  chefs historiques » et de ramener l’histoire à des individus pour saisir ce qui c’est passé. Les hommes du 1er novembre, s’ils eurent un mérite, ce fut précisément celui d’être parvenus à exprimer et à mettre en œuvre ce qu’une grande masse d’Algériens pensaient et souhaitaient. Eux-mêmes furent le produit de circonstances, de luttes politiques et il est dangereux de pratiquer le culte des héros ( même s’ils sont morts ) car c’est là le meilleur moyen de nier le rôle du peuple…
Il paraît très intéressant de suivre pas à pas l’évolution du nationalisme algérien et, en particulier du parti qui en fut le plus représentatif, le P.P.A. Mais cela dépasserait largement le cadre de cet écrit. Aussi, je me contenterai de dire quelques mots des événements qui, à mon sens, ont joué un rôle dans la maturation du processus insurrectionnel.

MAI 1945 ET SES CONSEQUENCES

Je veux parler d’abord des événements de mai 1945 qui, en ensanglantant le Constantinois ont fait la preuve irréfutable que le colonialisme ne pouvait être combattu que par des moyens révolutionnaire.
Pour les militants de ma génération, le 8 mai 1945 fut le point de départ d’une prise de conscience et d’une rupture:
Prise de conscience de la nécessité de rechercher au-delà de la simple revendication de l’indépendance la voie à suivre et les moyens à employer pour y parvenir. Il faut dire que, jusqu’à cette époque, le débat dans le mouvement nationaliste se situait surtout autour du thème même de l’indépendance, de sa possibilité, de l’affirmation de la personnalité algérienne contre la politique d’assimilation. Pour la stratégie à suivre, rien n’était défini, si ce n’est la référence aux grands principes démocratiques et humanitaires. Avec la charte de l’atlantique, qui reconnaissait « le droit des peuples à disposer d’eux mêmes «  les dirigeants des mouvements finirent par penser que l’émancipation de l’Algérie pourrait être obtenue par des moyens pacifiques. Cette conception idyllique vola en éclats lorsque les évènements de mai 1945, avec leurs milliers de morts, ramenèrent brutalement les Algériens à la réalité.
Rupture avec les anciennes conceptions de la lutte et de l’organisation. Avant la deuxième guerre mondiale, l’organisation du P.P.A. Se limitait à un mouvement de sympathisants acquis à l’idée de l’indépendance. Les cadres citadins du mouvement qui avaient du mal à sortir d’Alger n’étaient pas parvenus à en étoffer la structure, malgré la grande réceptivité des masses aux mots d’ordre simples qu’ils diffusaient. Vers la fin de la guerre, le mouvement créé autour du « Manifeste du Peuple Algérien « , les A.M.L. ( Amis du Manifeste de la Liberté ) avait en quelques mois recueilli des centaines de milliers d’adhésions.
Lancé par des notables issus de la petite bourgeoisie et de la bourgeoisie instruite ( Abbas et les élus des délégations financières ). Le Manifeste avait grâce à un « Additif » de dernière heure, recueilli le soutien du P.P.A. Parce que sa base était plus populaire, ce dernier joua un rôle moteur dans le mouvement, tout en cherchant à en durcir les positions. Et comme les activités de propagande des A.M.L. Rassemblaient beaucoup de monde, cela permettait aux militants du P.P.A. D’établir de nombreux contacts. Aussi, au congrès des A.M.L de 1945 ( mars ) il apparut nettement que la tendance P.P.A. Était majoritaire et la revendication de l’indépendance s’y affirma avec force.
En fait, l’effervescence populaire était à son comble. Le mécontentement et le sentiment anticolonialiste puisaient leur force dans la situation effroyable que connaissait la grande majorité des Algériens abandonnés à la famine à la maladie. Les autorités coloniales décidés à reprendre la situation en main, cherchaient l’occasion de frapper un grand coup. Elles la trouvèrent dans les défilés organisés à l’occasion de la victoire auxquels les mouvements nationalistes participèrent avec des drapeaux algériens pour monter leur volonté d’accéder à l’indépendance. Il est faux de prétendre qu’ils voulaient organiser un soulèvement. J’ai eu plus tard l’occasion d’en discuter avec le responsable du parti de Sétif, Maïza, il n’avait aucune directive et ne savait quoi répondre aux militants qui vinrent lui en demander après le début des incidents dans la région. Ce sont des provocations policières qui ont mis le feu aux poudres. Le scénario fut le même un peu partout. Dès que les drapeaux étaient sortis, la police tirait sur le porteur. La foule réagissait. Mais c’est à Sétif que les réactions furent les plus violentes, car la manifestation tourna à l’émeute, de nombreux paysans se joignant au mouvement et se soulevant spontanément. Pendant plusieurs jours, des fermes furent attaquées. Une centaine d’Européens furent tués entre le 8 et le 13 mai.
La répression fut d’une violence inouïe. Les légionnaires et les tirailleurs sénégalais se distinguèrent particulièrement. Des mechtas entières furent rasées, les douars bombardés par l’aviation et la marine, tandis que les milices des colons se livraient à des massacres atroces. Enfin, les arrestations se comptaient par milliers. Cette offensive du colonialisme a eu pour effet de clarifier les choses. Les A.M.L. Se disloquèrent. Chaque mouvement constitutif prenant ses distances et suivant une évolution autonome :
Abbas et ses amis fondèrent l’U.D.M.A ( Union Démocratique du Manifeste Algérien ) qui rassemblait des notables issus des professions libérales, de la grosse bourgeoisie, des élus, etc. Tout en se prononçant pour l’autonomie de l’Algérie, l’U.D.M.A se situait à l’intérieur du système colonial, plus proche des courants assimilationnistes d’avant guerre que des nationalistes proprement dits. Elle ne cherchait d’ailleurs pas à organiser les masses, son objectif était surtout la constitution d’une clientèle électorale.
Les Oulémas qui, bien qu’étant une organisation à caractère religieux et culturel, ne pouvait s’empêcher de jouer un rôle politique. Leur attitude était ambiguë. Défenseurs acharnés se la personnalité musulmane en Algérie, ils étaient beaucoup moins chauds lorsqu’il s’agissait de se prononcer sur l’indépendance totale. Selon eux celle-ci ne pouvait être envisagée dans l’immédiat tant que les grandes masses restaient plongées dans l’ignorance. Implantés dans les médersa et les mosquées, ils exerçaient une influence certaine sur la population, au moins dans les villes. Ils réservaient leurs coups surtout au P.P.A. , calquant leurs positions sur celles de leurs amis U.D.M.A.
Le P.P.A. Était désormais le mouvement sur lequel reposaient les espoirs de l’Algérie. La répression de 1945 avait amené une épuration du mouvement. Pas mal d’anciens responsables rejoignirent l’U.D.M.A. Ou cessèrent toute activité. Parallèlement , l’arrivée au sein du parti de nombreux jeunes gens qui revenaient de la guerre, pour la plupart originaires des villes et villages de l’intérieur, bouscula le cadre traditionnel d’origine citadine et algéroise et fit apparaître des tendances plus dures qui pensaient à mettre en place une organisation plus solide, mieux charpentée et dotée d’une stratégie révolutionnaire.

LA CREATION DU M.T.L.D.
Et c’est précisément à ce moment en 1946 que Messali à son retour d’exil, se prononça pour la participation du P.P.A. Aux élections. Influencé sans doute par les délégués arabes à l’O.N.U. Qu’il avait rencontrés à Paris, il développa l’idée que le parti, pour élargir son audience, devait entrer dans une phase de légalité, s’ouvrir sur les intellectuels rechercher le soutien des milieux français libéraux. Inutile de préciser que beaucoup de militants étaient hostiles à cette nouvelle orientation, mais ils ne purent la combattre car le parti était bâti autour du personnage de Messali et personne ne pouvait s’opposer à sa volonté. Or, Messali frappé par le succès de l’U.D.M.A. Aux élections du 2 juin 1946, tenait absolument à ce que le P.P.A. Participe aux élections législatives. Il prit cependant soin de présenter cette participation comme un simple moyen de toucher les masses et qui n’impliquait pas l’abandon de la ligne révolutionnaire du parti, thème qu’il développa largement au cours de la campagne électorale, allant jusqu’à affirmer que les élus du parti n’iraient pas au Palais Bourbon. Ce qui ne fut qu’une promesse sans lendemain puisque les cinq élus siégèrent jusqu’en 1951, terme de la législature.
Le passage à cette politique électoraliste eut des conséquences déterminantes sur les positions du parti. Les militants durent changer leur mentalité et leurs méthodes de travail. Ils furent obligés de sortir de la clandestinité pour mener des actions légales, tenir des meetings, combattre les candidats des autres partis et même se présenter comme candidats. Cela ne manqua pas de troubler bon nombre d’entre eux partisans d’une ligne dure, qui exigèrent de la direction la tenue d’un congrès.
Ce
lui-ci se tint clandestinement début 1947 en présence de Messali. Au terme de trois jours de discussions violentes, il entérina la voie électoraliste appliquée par le parti, créant à cet effet une organisation légale : le M.T.L.D. ( Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques ). En contrepartie, il décida de mettre en place une Organisation Spéciale ( l’OS ) de caractère para-militaire dont l’objectif était de préparer à terme l’action armée. Bien que résultant d’un compromis et répondant au souci de la direction de ne pas se couper de l’aile dure du mouvement, la création de l’O.S n’en demeure pas moins un événement capital. De plus elle constituait aux yeux des militants une garantie contre les déviations qui pourraient attendre le parti.
A partir de là, Messali et la direction du parti ayant les coudées franches, poursuivirent leur politique électoraliste avec un succès inégal. Echec relatif aux élections législatives de 1946 compensé, il est vrai, par un succès aux élections municipales d’octobre 1947 pour lesquelles le parti obtint 80% des voix. Ce succès amena l’autorité coloniale à sévir et à truquer les élections. Aussi, en 1948, lors du vote pour l’assemblée algérienne, la répression s’abattit sur l’organisation légale. Les candidats étaient arrêtés, les militants pourchassés, tandis que des députés, régulièrement élus, étaient recherchés par la police. Cette réaction montra clairement à tous les limites de l’action légale et dissipa les illusions que pouvaient encore entretenir certains militants sur les possibilités de lutte à l’intérieur du système colonial. Persister dans cette voie relavait désormais, non plus de l’erreur politique mais de la trahison délibérée. La suite des évènements n’allait pas tarder à nous le démontrer.

… ET DE L’O.S.

Mais revenons à l’O.S. Dont l’installation fut réalisé durant cette période 1947-1948. Ses militants furent choisis au sein de l’organisation politique clandestine du P.P.A. Sur la base de critères tels que : conviction, courage physique, discrétion, clandestinité etc. En principe ces choix devaient faire de l’O.S. Une organisation rigoureusement sélective complètement autonome du reste du parti et dont le but aurait été de former des cadres en vue du déclenchement du processus révolutionnaire. En fait, il faut reconnaître que les nombreux marchandages qui présidèrent au dégagement des éléments de l’O.S. Pesèrent lourdement sur une naissance difficile. En effet, les responsables de l’organisation politique étaient réticents à l’idée de se séparer de leurs meilleurs militants.
Six mois après, la mise en place était quand même chose faite et, au printemps 1948, l’O.S. Commença à voler de ses propres ailes. La direction était confiée a un état-major national constitué d’un coordinateur, Mohamed Belouizdad, d’un responsable militaire Belhadj Djilali, d’un responsable politique Hocine Aït Ahmed et de responsables départementaux : Oranie, Ahmed Ben Bella; Algérois, Maroc Mohamed; Alger-ville et Mitidja, Reguimi Djilali, Kabylie, Aït Ahmed et Contantinois, Mohamed Boudiaf. Mohamed Belouizdad assurait la liaison avec le bureau politique du P.P.A. Dont il était membre.
Sur le plan territorial l’Algérie fut découpée en cinq départements : l’Oranie, Algérois, non compris Alger-ville et la Mitidja qui formaient un département la Kabylie et le Contantinois. Chaque département ou unité militaire était lui-même divisé en zones qui se composaient de régions qui à leur tour, englobaient des localités.
Sur le plan organisationnel, la structure de base était le demi-groupe constitué de deux militants et d’un chef de demi-groupe. Ensuite, deux demi-groupes formaient un groupe; soit 3 + 3 + 1 chef de groupe = 7 militants. Au-dessus du groupe, on trouvait la section, composée de deux groupes et coiffée par un chef de section, soit en tout 15 personnes.
La section était le niveau le plus élevé de la structure organique: au dessus il y avait la localité. Si par hasard, une localité possédait des effectifs supérieurs a 15 militants. Il fallait créer une autre section. Ces structures étaient rigoureusement cloisonnées entre elles : chaque demi-groupe menant une activité séparée et n’ayant aucune liaison avec les autres demi-groupes.
L’O.S. Constituait une organisation fermée aux effectifs bloqués et dont le volume oscilla et entre 1 000 et 1 500 militants, avec une stabilisation autour du millier a la fin de la période d’installation.
Examinons maintenant la formation qui était dispensée aux militants. Il y avait ce qu’on appelait l’éducation militante et qui était beaucoup plus morale que politique. Elle comprenait des cours sur les qualités du militant révolutionnaire, ses droits, ses devoirs, son rôle, l’esprit de sacrifice, l’initiative, l’anonymat de l’effort, le comportement militant face a la police etc. A côté de cela, les militants recevaient une formation militaire basée sur deux brochures d’une douzaine de leçons chacune et dont l’enseignement allait depuis la leçon de tir, les missions individuelles, jusqu’à l’organisation d’une zone de guérilla. Ces cours théoriques étaient enrichis par l’usage et le maniement d’armes individuelles, par des manoeuvres sur le terrain, des exercices d’alerte et quelques rudiments sur les explosifs et la fabrication de bombes
En conclusion, un militant de l’O.S., cette formation acquise, devait être capable d’organiser et de diriger une action de guérilla.
Dégagés des tâches d’agitation, de propagande, de recrutement, de collecte de fonds, etc, les militants de l’O.S., dans leur ensemble, après un an et demi de travail continu, avaient atteint un niveau de formation élevé comparativement à celle qui étaient resté dans l’organisation politique.
A la fin de 1949, l’O.S. Avait terminé son instruction et déjà un peu partout, une certaine impatience se manifestait. La base voulait passer à une autre étape. La direction du parti fut informée de ces difficultés et des dangers qu’une telle incertitude sur les tâches futures de l’O.S. Faisait courir à la sécurité même de l’organisation dont le secret avait pourtant jusque là , été relativement bien gardé. Mais, comme toujours, les réponses du sommet demeuraient évasives et aucune solution ne venait. Le malaise se généralisa; le cloisonnement devenait de plus en plus difficile à préserver et la mobilisation des militants ne pouvait plus être maintenue si aucune tâche, aucune activité n’étaient fixées.
L’inévitable arriva. En mars 1950 une répression féroce s’abattit sur l’O.S., démantelant ses structures, amenant l’arrestation de centaines de militants et contraignant à l’inactivité tous ceux qui avaient échappé à l’emprisonnement. Un incident mineur dans la région de Tébéssa fut a l’origine de la vague d’arrestation. Voici les faits tels qu’ils me furent rapportés par Ben M’hidi ( qui m’avait succédé à la tête du département de Constantine ). Un cadre de la région nommé Rehiem soupçonné de fournir des renseignements à la police fut exclu du parti. Ben M’hidi fut chargé de l’enquête. Un commando fut dépêche sur place. Cédant à l’énervement, le chauffeur du commando se laissa aller a des menaces. Cette maladresse fut fatale, Rehiem s’enfuit et dénonça les membres du commando à la police qui les arrêta. Ce fut là le point de départ de la vague répressive qui déferla sur toute l’organisation de l’O.S.
Avec du recul, on peut se demander comment l’O.S. N’a pu mieux résister à l’offensive colonial, même si les méthodes employées par la police furent violentes, tortures systématique,etc. Au début, le cloisonnement était respecté : le contrôle de responsables se faisaient avec des cagoules afin de préserver leur anonymat; les groupes n’avaient pas de liaison entre eux. Mais le meilleur des cloisonnements ne perdurer qu’un temps. Il est certain que la police coloniale avait recueilli un certain nombre d’informations. Et plus le temps passait, plus elle parvenait à faire des recoupements. En septembre 1949, je venais d’être muté au département d’Alger, je me souviens que cette question me préoccupait énormément : nous recrutions des gens, nous leur donnions des armes et une formation militaire. Ces gens-là pouvaient être arrêtés, torturés et parler : quelle devait être notre réaction en tant que responsable ? Je posai la question au comité d’organisation. En cas de répression policière, que doit-on faire ? Est-ce que le parti prévoit quelque chose dans ce cas-là ? Je n’ai jamais eu de réponse.
Lorsque les arrestations commencèrent à Tébessa, les responsables vinrent alerter le parti et demandèrent des directives. On leur répondit «  Brûlez les papiers, mettez le matériel à l’abri et attendez « Mais la passivité de la direction du parti ne s’arrêta pas là. Cette dernière, petite bourgeoisie bureaucratique, opta alors pour une voie capitularde tout en évitant de se désolidariser de façon voyante des militants arrêtés. Ce fut là la fameuse thèse du complot élaborée par le comité central qui consistait à reconnaître que les militants arrêtés appartenaient bien au parti, tout en niant l’existence d’une organisation spéciale disposant d’armes et d’accuser la police d’avoir monté un complot de toutes pièces.
Si cette position ne visait qu’a maquiller la vérité en essayant de sauver le plus de militants possible de condamnations lourdes, la chose aurait été plus ou moins admissible. Malheureusement, ce n’était pas le cas. Pour la direction du parti prise de panique, il s’agissait avant tout de dégager sa responsabilité afin de ne pas être impliquée dans cette affaire. C’était tout simplement l’expression d’un état d’esprit et un choix délibéré de la direction, Messali compris.
Pour ceux de l’O.S. Qui échappèrent à la répression ( au niveau de l’état-major, avaient été arrêtés : Ben Bella, Reguimi, Youssefi et Bel Hadj; trois responsables départementaux; Ben Saïd pour l’Oranie, Boudiaf pour l’Algérois et Ben M’hidi pour le Constantinois avaient échappé aux recherches, de même qu’un certain nombre de responsables régionaux et locaux dont Ben Boulaïd qui prit le maquis quelque temps, Bitat, Didouche Mourad, Ben Tobbal, etc.) le lâchage et la défection de la direction ne faisaient plus de doute. Cependant, nous voulions encore espérer et, lorsque le parti nous demanda de lui faire un rapport sur la situation, nous lui proposâmes :
1)De reconstituer l’O.S. Avec une nouvelle conception ;
2)De réviser la ligne politique du parti dans le sens de la préparation d’une action
armée et de s’appuyer davantage à cet effet sur les régions montagneuses : Aures, Kabylie, Ouarsenis, en vue d’y implanter des maquis;
3)De former des cadres militaires. Nous préconisons en particulier l’envoi d’éléments recherchés à l’étranger, pour y recevoir une formation militaire plus poussée.

La direction dissout l’O.S.

Il n’y eut aucune réponse. Après avoir trainé un an, certainement pour émousser les réactions possibles de la base, le parti décida de dissoudre purement et simplement l’O.S. Et de réintégrer ses membres dans l’organisation politique. A ce moment, il apparut clairement que les dirigeants du parti ne voulaient plus entendre parler d’action armée encore moins de reconstitution d’une organisation qui avait failli mettre fin à leur quiétude et à leur train-train.
En somme, le divorce était total entre la direction du parti et les rescapés de l’O.S. La question qui se posait à nous ( principalement Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Didouche et moi-même ) était : que faire ? Nous décidâmes d’attendre en mettant de côté les armes, le service d’identité et les boites aux lettres ( a ce sujet, il est totalement faux de prétendre que Ben Bella fut au courant de quoi que se soit en ce qui concerne les armes, comme l’affirme Courrière dans un de ses nombreux écrits sur la guerre d’Algérie ). Une autre décision fut prise, celle de ne pas réintégrer dans l’organisation politique certains éléments sûrs, tels que les gardiens de dépôts, les agents de liaison ainsi que l’organisation de l’O.S. Des Aurès qui n’avait pas été touchée par la répression.
Le reste des effectifs rejoignit non sans difficultés les cellules politiques. Certains cadres ( Boussouf, Benabdelmalek, Mechati, Bitat, Habachi, Guerras? Ben M’hidi, Didouche… ) furent reversés dans l’organisation politique comme permanents. Prenant prétexte du fait qu’ils étaient recherchés, la direction les avait écartés de toute responsabilité élevée. Ils furent placés en général au niveau des Daïrates. Ils eurent souvent du mal à s’adapter, découvrant dans leurs régions d’autres méthodes de travail, une discipline relâchée, un état d’esprit différent de celui qu’ils avaient connu dans l’O.S. Certains réussirent pourtant à améliorer la situation et à obtenir une certaine influence auprès des militants avec qui ils étaient en rapport. Près du tiers de l’organisation d’Algérie fut ainsi contrôlé par des éléments venant de l’O.S. Mais le problème restait entier. Le parti avait, par la dissolution de l’O.S., clairement manifesté son refus de passer à une phase d’action directe. Quand aux militants de base, trompés par une propagande démagogique, ils étaient convaincus que le parti étai toujours révolutionnaire et il était difficile de les détromper sans remettre en cause le parti lui-même.
Durant toute cette période de 1951 à 1954, l’éclatement et l’approfondissement de la crise au sein du P.P.A. Allaient permettre à toute une frange du parti, qui considérait le sommet avec méfiance, d’entreprendre un travail politique qui, en fin de compte, a touché pas mal de militants. Bien sûr, ce travail n’était pas d’une grande ampleur, il ne sortait pas du cadre de la discipline du parti; mais il traduisait un sentiment profond : la conviction que la direction s’était écartée de la voie de l’indépendance.
Il ne s’agissait pas d’une tendance organisée, mais de contacts plus ou moins réguliers entre des éléments qui n’avaient pas perdu de vue la nécessité de passer à l’action et qui cherchaient à s’empêcher que le point de vue réformiste de la direction n’envahisse la base. Il s’agissait surtout d’une communauté de vues. Cette solidarité des anciens de l’O.S. Fut renforcée par la méfiance et les brimades systématiques dont ils étaient l’objet de la part de la hiéarchie du parti, qui les soumettait à une surveillance quasi policière.
Mon cas personnel posa pas mal de problèmes au Comité Central. J’étais à Alger en contact avec un certain nombre de responsables. Ils ne savaient quel travail me donner. Me confier une Daïra alors que j’étais responsable du département revenait à me rétrograder sans motif. Me mettre à la tête d’une wilaya, cela signifiait que je pourrais assister aux réunions à l’échelon national et être au courant de pas mal de choses, ce à quoi ils ne semblait pas tenir. Aussi me laissèrent-ils sans affectation pendant plus d’un an avant de me confier un travail de bureau : il s’agissait de reprendre les rapports financiers qui parvenaient à l’organisation. J’eus quelque temps après, la possibilité d’accéder aux «  rapports organiques « . A cette époque, chaque responsable de département ramenait de volumineux rapports. Sid Ali, le responsable national, n’avait pas le temps de les lire. Je lui proposai de lui faire des résumés. C’est ainsi que j’ai pu suivre chaque mois l’évolution des effectifs, l’application des directives, l’état d’esprit de la population, l’état de l’organisation, les informations pour toute l’Algérie. Ce travail ne me prenait pas plus de huit à dix jours par mois. Il me laissait tout loisir de rencontrer les camarades de passage à Alger, car ma position me permettait de les toucher facilement.
Ces rencontres consistaient essentiellement en échanges d’informations. Avec les éléments sûrs, on étudiait la manière d’accentuer dans un sens plus révolutionnaire les directives. C’est ainsi que Benabdelmalek organisa dans la région de Soumâa des meetings dans tous les marchés de la région, provoquant une forte agitation qui mit le parti dans l’embarras. Il avait interprété à sa façon, une directive de routine concernât les prise de parole.
C’est à la suite d’un autre dépassement de directives que Messali, en tournée de propagande dans la région d’Orléansville ( El-Asnam ) fut arrêté et interné en France. De grandes manifestations populaires avaient été organisés en effet par le comité régional dont le responsable, Guerras, un ancien de l’O.S. Avait dépassé les intentions du Comité Central qui souhaitait un accueil plus discret.
Cela dit, il faut reconnaître honnêtement que notre petit groupe de rescapés de l’O.S. En dépit de son désir d’entreprendre une action conséquente, mettant le parti devant le fait accompli, ne pouvait faire ce qu’il voulait à cause de la suspicion dont il était l’objet et de la grande difficulté qu’il avait de se mouvoir librement. De plus, nous ne pouvions nous passés du concours du parti pour nos moyens d’existence, nos hébergements, etc, car nous étions toujours activement recherchés par la police.
Dans ces conditions, notre travail restait limité, les tentatives pour élargir notre groupe se heurtaient au réseau d’information de la direction. Je citerai une anecdote à ce sujet : Didouche qui était dans l’Est algérien avait essayé de sonder le permanent de Souk Ahras, Safi Boudissa. Celui-ci se pointe un jour à Alger, prend contact avec Dekhli, responsable à l’organisation, et demande pourquoi : «  C’est une affaire privée et grave. «  Mis en présence de Lahouel, Boudissa lui dit : «  C’est très grave, il y a des éléments qui intriguent pour te renverser. «  «  Qui ? «  demande Lahouel «  Je ne sais pas, mais il y a Didouche «  C’est Lahouel lui-même qui rapporta cette conversation à Dekhli en lui demandant de me sonder pour voir ce qu’il en était. Un mois plus tard, Didouche était muté à Boghari sans la moindre explication. Même aventure pour Boussouf qui, après un mois de suspension, fut muté d’Oran à Skikda.
Au printemps 1952, un membre du Comité central, Abdelhamid Mehri, qui était opposé à la politique de la direction et que je voyais souvent vint m’informer que deux officiers originaires du Rif ayant fait leurs études militaires à Baghdad cherchaient des Algériens décidés à lancer des actions. Ces deux officiers avaient été envoyés par l’Emir Abdelkrim qui les avaient chargés de contacter les divers mouvements maghrébiens. Ils avaient rencontré deux membres de la direction du parti, Mezrena et Lahouel, en présence de Mehri qui, en tant qu’arabisant, servait d’interprète. La réponse du parti fut qu’il n’avait rien à faire. Abdelkrim qui s’attendait à cette réaction avait conseillé à ses émissaires de contacter d’autres éléments du parti, même en dehors de la direction. Mehri, au courant de leurs intentions, leur proposa de nous rencontrer. Nous eûmes une première discussion avec eux. Ils nous expliquèrent que leur objectif était de lancer à l’échelle maghrébine en contactant des Tunisiens des Algériens, des Marocains. Pour ce qui concerne l’Algérie, ils pensaient qu’une action provoquerait une mise hors circuit de la direction et favoriserait la libération de la base.
Didouche était à ce moment là à Berrouaguia et je lui demandais de me rejoindre pour approfondir la question, car la perspective d’une action qui ne serait pas isolée et qui déborderait le cadre algérien nous semblait intéressante. Nous ne voyions pas très bien la suite, car l’appareil du parti était très puissant. Il était impossible de toucher la base enfermée dans ce carcan et soumise à une hiérarchie solide. Pourtant, nous pensions qu’une action de ce genre pouvait faire sauter quelques écrans. Nos interlocuteurs nous quittèrent en nous laissant des coordonnées à Tunis et en nous disant qu’ils allaient prendre des contacts au Maroc.
Après cela, nous commençâmes à nous organiser. Nous touchâmes Ben M’hidi qui regroupa quelques éléments, puis Mostefa Ben Boulaïd. Et nous constituâmes un comité ( avec Mehri, Ben Boulaïd, Didouche et moi-même ) chargé d’organiser les éléments valables. Ben Boulaïd devait fabriquer quelques bombes en attendant la réponse de nos officiers. En fait, il n’y eut jamais de réponse. Le dépôt de bombes constitué par Ben Boulaïd sauta un an après, à la grande stupéfaction du parti qui n’en avait jamais entendu parler. Fort heureusement, l’affaire fut circonscrite car le propriétaire du local ou avait eu lieu l’explosion, ami de Ben Boulaïd, tint bon face à la police, soutenant qu’il ignorait que le tas de ferrailles entreposé dans son magasin renfermait des produits explosifs.
Entre temps, ma situation à Alger devenait de plus en plus difficile, le local du parti était soumis à une surveillance constante de la part de la police qui organisait de temps à autre une descente. Il m’était devenu impossible d’y travailler. Je demandai avec insistance une autre affectation. On me proposa la France. Je me réunis avec les autres membres de notre peti groupe pour le demander conseil. Il fut décidé que je partirai et qu’en cas de besoin, je reviendrais.
C’est ainsi que je me suis retrouvé en France en tant que responsable de l’organisation de la fédération du M.T.L.D. Quelques temps après mon départ, Didouche signalé une fois de plus, me rejoignit à la suite d’une mutation suivi de Guerras, puis de Habachi Abdeslam. Notre groupe en Algérie se rétrécissait, d’autant plus que Ben M’hidi et Bitat avaient été suspendus pour des raisons de sécurité à la suite d’un contrôle de police à Aïn Temouchent. Il ne restait plus que Boussouf, Abdelmalek, Mechati, etc. La tactique de la direction était de muter en France les éléments qui posaient des problèmes en espérant bien qu’une fois là, ils se désintéresserait et se laisseraient corrompre. Du côté de l’O.S., les choses en étaient là.
Du côté du parti dans son ensemble, il se partageait en trois :
Les organismes de direction, bureaucratisés, divisés, plongés dans la routine et le conformisme, coupés de la masse militante, donnaient l’impression d’être de plus en plus dépassés. Le P.P.A. Avait une structure très hiérarchisée : entre la base et le sommet existait un corps de permanents qui serait d’intermédiaire. La direction disposait d’une grande autonomie. Elle n’était soumise à aucun contrôle. En 1950, à la suite de la répression contre l’O.S., le Comité Central s’était vidé d’une partie de ses membres : Mostefaï, Cherchali, Amrani, qui ne voulaient pas entendre parler d’armes. Mostefaï pour sa part, avait proposé de revoir complètement l’organisation du parti et de travailler en vue du rapprochement avec les autres partis afin de réaliser l’union nationale. Ces éléments avaient été remplacés sans que personne n’en sache rien. Quant à Messali, encensé par ses proches, il s’éloignait de plus en plus de la réalité, finissant par donner plus ‘importance à sa personne qu’a la cause qu’il prétendait servir. Tant que les membres du parti confondaient les deux, cela fut le point de départ du violent différend qui l’opposa au Comité Central. Ces conflits et ces luttes divisaient donc un sommet embourgeoisé et de plus en plus préoccupé par ses problèmes internes. Une petite anecdote pour illustrer l’état d’esprit qui régnait au niveau des responsables. Quatre détenus de l’O.S. : Zirout, Benaouda, Slimane de Oued Zenati et Abdelbati de Annaba avaient réussi à s’évader de la prison de Annaba. Un journal du soir annonçait cette nouvelle. Le lendemain au bureau du parti je demandai des informations sur la façon dont cela s’était passé. Personne n’ensavait rien. Je demandai alors à Sid Ali si des dispositions avaient été prises dans les régions ou l’organisation existait pour venir en aide aux fugitifs. Il me répondit : « Comment ? Ils s’évadent comme cela en laissant la détention. Ils étaient des responsables. Ils ne peuvent pas s’évader comme cela. Il leur fallait rester avec les détenus pour les organiser, pour les maintenir, dans un état de discipline. « A la base et dans le peuple tout lemonde était convaincu que c’était le parti qui avait organisé l’évasion !
Les élus du M.T.L.D., notamment les conseillers municipaux collaboraient avec les élus européens, particulièrement à Alger, Constantine et Oran et participaient plus ou moins efficacement à la gestion de leurs communes respectives, très contents de leurs rôles qui n’était pas sans leur fournir certains avantages matériels.
Les militants à la base, cloisonnés, soumis à la férule de cadres fonctionnarisés manifestaient un mécontentement grandissant et même une certaine lassitude.
Le résultat en était l’immobilisme voire la répression.
Quant aux autres formations politiques : Oulamas, U.D.M.A., P.C.A.,elles étaient, elles aussi, dans le creux de la vague. C’est à ce moment précis qu’elles constituèrent avec le P.P.A. M.T.L.D. Le Front Algérien pour la Défense et le Respect de la Liberté. ( 1951 ).
N’y a t-il pas là une indication d’un dénominateur commun à tous ces mouvements qui cherchaient par un regroupement à compenser la désaffection des masses à leur égard : la situation des années 1952-1953 est précisément marquée par cette crise de confiance profonde des masses populaires vis-à-vis des partis politiques. Cela peut s’expliquer par le fait qu’aucun d’entre eux ne proposait une voie claire pour libérer le pays de l’exploitation coloniale. Les masses étaient conscientes de leur situation, mais elles se trouvaient chez aucun parti la réponse à leurs questions.
La crise de confiance s’amplifia lorsque les premières actions directes commencèrent en Tunisie et au Maroc. Ces évènements eurent l’effet d’un coup de fouet sur les masses dont les critiques devenaient de plus en plus acerbes. Cette flambée se communiquait à la base du parti dont les militants pouvaient difficilement ignorer l’état d’esprit qui régnait au sein du peuple. Cette impatience et cette nervosité s’exprimèrent en plusieurs occasions, notamment lors des manifestations ouvrières du 14 juillet 1953.

La crise du Parti

Poussée dans ses derniers retranchements, la direction crut trouver le moyen idéal pour sortir de l’impasse en organisant un congrès dont elle prit soin à l’avance d’exclure la quasi-totalité des éléments ayant appartenu à l’O.S. Pour de fallacieuses raisons de sécurité. Ces éléments, appelés dans le langage imagé de la direction du parti «  les lourds » étaient en effet toujours recherchés. La désignation des délégués aux congrès se fit en deux tours. La base désignait des délégués qui, eux-mêmes, désignait leurs représentants au congrès. Ben M’hidi, élu dans le département d’Oran, fut obligé de se désister, il réussit toutefois à envoyer à sa place Ramdane Ben Abdelmalek.
Le congrès se tint en avril 1953 à Alger, et le seul élément de l’O.S. Qui put intervenir fut donc Ramdane Ben Abdelmalek, Ben Boulaïd qui avait été appelé au Comité Central était condamné au silence par ce même Comité Central défendait à tous ses membres de critiquer le rapport présenté en leur nom. Ben Saïd, ex-responsable de l’O.S. D’Oran, fut placé au bureau du congrès et de ce fait n’avait pas la liberté de s’exprimer, encore que ses positions étaient beaucoup moins fermes depuis son arrestation et sa courte détention. Il fut d’ailleurs désigné au Comité Central et nous lâcha complètement.
Ben Abdelmalek, en posant les problèmes de l’orientation du parti, de la dissolution de l’O.S. Et de la nécessité du changement, ne put ébranler un Comité Central condamné au silence et des congressistes bien incapable de saisir des problèmes dont ils ignoraient tout. Le congrès se termina en bon ordre après avoir voté les rapports et les statuts présenté par le Comité Central. C’est seulement quelques jours après que les difficultés commencèrent et particulièrement à propos de la désignation des membres de la direction et de la limitation, par les nouveaux statuts, des pouvoirs de Messali ( absent de ce congrès car il était à Niort en résidence surveillée ).
Le «  chef national «  se mit dans tous ses états encouragé par Mezerna qui avait été éliminé du bureau politique par Moulay Merbah dont l’admiration et l’obéissance aveugle à Messali n’avaient d’égales que son ambition démesurée. Ce fut là le démarrage de la fameuse crise entre Centralistes et Messalistes. Malgré les interventions et les déplacements entre Alger et Niort, la crise s’aggrava d’autant plus que Messali exigeait les pleins pouvoirs pour redresser la situation ce que le Comité Central et le bureau politique refusèrent. Jusqu’en décembre 1953, tout ce remue-ménage restait circonscrit au niveau des deux antagonistes. Mais, la crise finit par sortir du cercle dirigeant pour atteindre progressivement la base militante.
Cela commença à Noël 1953 au sein de l’émigration. La Fédération de France du M.T.L.D.-P.P.A., devait organiser une conférence d’information à l’intention des cadres du parti. Le matin même de la réunion, de très bonne heure, Fillali Abdallah vint nous rendre visite, à Didouche et moi-même,pour nous informer qu’il était porteur d’un message de Messali destiné aux militants et qu’il avait l’intention de le lire au cours de la conférence. Fillali, qui connaissait notre opposition à la politique réformiste et incohérente du parti, nous considérait certainement comme acquis à la cause du «  zaïm «  , ce qui d’ailleurs n’était pas tout à fait faux. Ne sachant pas ce qui se tramait en haut lieu, nous étions logiquement beaucoup plus du côté de la contestation. Le message de Messali, bien que très confus, parlait de vigilance et posait le problème de la liberté d’expression comme droit inaliénable des militants. Nous encourageâmes Fillali à le lire, tout en étant convaincus que ce n’était là ni le langage ni la façon de s’adresser à des militants volontairement tenus dans l’ignorance et peu armés pour saisir les subtilités d’un écrit en lui-même peu clair. Ce fut un membre du bureau à la conférence, Moussa Boulkaroua, qui le lut, après quelques difficultés. En fait, en dehors de quelques éléments en contact avec le sommet, le reste des participants ne saisit rien aux allusions et la conférence prit fin comme si de rien ne s’était passé.
A partir de ce jour, nos contacts avec Messali par l’intermédiaire de Fillali entrèrent dans une phase active. La vérité est qu’il nous fallut très peu de temps pour comprendre que Messali, contrairement à ce que nous attendions de lui, avait des idées plutôt sommaires sur la révolution qu’il prétendait vouloir faire. Nous lui fîmes parvenir des questions précises : «  Que voulait-il faire ? Qu’entendait-il par révolution ? Dans combien de temps cette révolution ? » Il nous fit répondre qu’il fallait lui faire confiance. C’était là plus qu’il n’en fallait pour nous faire une opinion définitive. Très inquiets de ce qui se passait, et réagissant en tant que responsables de l’organisation, nous lui fîmes savoir par Fillali qu’en notre qualité de militants du rang ( par opposition aux membres des organismes de direction ) nous resterions à nos postes sans prendre parti, si Messali de son côté, s’engageait à circonscrire le conflit aux sphères dirigeantes. Cette position nous était dictée par la crainte d’un déchirement au sein de la base qui serait ainsi amenée à épouser des querelles qui n’étaient pas les siennes et à être détournée des véritables problèmes. Par ailleurs, ayant entrepris un travail en profondeur au point de vue organisationnel, dans la fédération, nous attendions beaucoup de la constitution de noyaux de militants solides, capables le moment venu de ne pas se laisser tromper. Enfin, ce parti était notre parti, nous avions beaucoup sacrifié pour son existence. Nous sentions que Messali, pour rétablir son autorité, était prêt à tout casser. Cela nous était particulièrement douloureux. Quarante-huit heures plus tard, Messali nous fit répondre qu’il était d’accord. Ce qui ne l’empêcha pas, dès le lendemain, de faire contacter des cadres de l’organisation de la région parisienne ( Boutchiche, Mansour de Boulogne, Abdallah l’horloger, Bouziane de Nanterre), qu’il reçut en délégation à Niort. Nous comprimes alors que la grande mêlée avait commencé. Cette façon d’opérer fut généralisée à toutes les régions de la Fédération de France, créant une situation des plus confuses. Les thèmes développés pa Messali, lors de ses rencontres avec ces délégations, étaient que les responsables avaient trahi la révolution et que les militants ne devaient reconnaître comme autorité que Messali lui-même et ceux qu’il désignerait. C’est là le résumé d’une longue litanie ou tour à tour il se montrait humble et menaçant, utilisant tous les artifices susceptibles de toucher des interlocuteurs peu informés et encore sensibles au prestige du «  zaïm « .
Les évènements se précipitèrent et en l’espace de deux mois, janvier et février 1954, toute l’organisation de la fédération de France bascula du côté Messaliste, en dehors de quelques noyaux sans grande importance à Lyon, Marseille, Sochaux et de cadres permanents retenus du côté du Comité Central par la mensualité. En Algérie, un travail identique fut entrepris. Le résultat ne fut pas de même nature, compte tenu de la différence de maturité politique des militants des deux côtés de la Méditerranée et aussi vraisemblablement de l’absence de Messali du territoire national.
Nous maintenions, Didouche et moi, une correspondance régulière avec les anciens de l’O.S. Qui étaient au pays. Des informations que nous recevions, il ressortait que d’anciens responsables, tels que Zirout, Ben Tobbal, Benaouda, Mechati, Rachid Mellah, Saïd plus connu sous le sobriquet de «  Lamotta «  touchés par la vague de critique des deux tendances du parti, avaient pris plus ou moins position pour Messali. Quiconque à leur place aurait fait de même, compte tenu des agissements humiliants à leur égard, du cadre permanent qui dépendait d’un Comité Central dont les sentiments et les positions n’étaient que trop connus quand il s’agissait des «  lourds « .
La situation devenait grave, elle nécessitait une intervention de notre part. Ce fut dans ces circonstances qu’en accord avec Didouche, je demandai au secrétariat de la Fédération de France ( tendance centraliste ) de retourner au pays pour reprendre contact avec les éléments de l’O.S. «  égarés « . La réponse fut rapide et je rejoignis le pays début mars, laissant Didouche avec une Fédération de France en pleine décomposition. Ben M’hidi était à Alger, ainsi que Bitat qui y résidait depuis 1951. L’un et l’autre étaient fortement ébranlés par la situation du parti. Je complétai leur information et nous décidâmes tous trois de faire venir Mostefa Ben Boulaïd. Puis, je pris contact avec Dekhli Mohamed, alias si El Bachir, qui était responsable général de l’organisation et membre du Comité Central et nous convînmes d’entreprendre quelque chose pour arrêter la débandade, à la condition de maintenir la base militante en dehors du conflit de la direction. Il accepta et nous fixâmes un autre rendez-vous. En attendant, je me rendis à Constantine ou je tint une autre réunion avec Mechati, Mellah, Hamada Mohamed dit Youcef et Saïd «  Lamotta « . Après un échange d’information, nous décidâmes d’adopter une position neutre dans le conflit entre les deux tendances. Cette position devait être défendue dans comité d’organisation de Constantine ou les ex-O.S étaient majoritaires.

Création du C.R.U.A.

A mon retour à Alger, Ben Boulaïd était arrivé. Nous nous réunîmes avec Ben M’hidi et Bitat pour préparer notre rencontre avec Dekhli. Ce dernier, accompagné de son adjoint Bouchbouba Ramdane alias si Moussa, contrôleur à l’organisation, était au rendez-vous ou je me rendis accompagné de Ben Boulaïd. Cette réunion se termina sur un accord : celui de lancer un mouvement d’opinion dans la base en vue de préserver l’unité du parti. Ce fut là l’origine de la création du C.R.U.A. ( Comité Révolutionnaire d’Unité et d’Action ). Les réunions suivantes eurent pour objet de préciser le sigle, les mots d’ordre, les moyens et l’organisation de la diffusion des écrits du C.R.U.A. Une précision d’importance est à faire ici avant de poursuivre. A la fin mars, le Comité Central, incapable de faire face à la pression Messaliste, était revenu sur ses positions et avait accordé à Messali les pleins pouvoirs, lui allouant un budget de cinq millions d’anciens francs en vue d’organiser un congrès du parti dans les trois mois. Cet épisode de l’affrontement Messali- Comité Central est à souligner parce qu’il situe bien les circonstances de la création du C.R.U.A. Et explique la hargne et la mauvaise humeur des Messalistes à l’annonce de cette initiative qu’ils n’attendaient pas. Ils organisèrent quelques semaines plus tard, une expédition punitive contre Bitat et moi-même, incident qui situe bien les agents de Messali et leurs méthodes expéditives. Nous répondîmes à cette provocation en attaquant 48 heures après le local du M.T.L.D. Tenu par les Messalistes, donnant la réplique à ces méthodes de gangsters et de voyous. Cette riposte fit réfléchir Mézerna et ses sbires qui n’osèrent plus s’attaquer à nous et ce jusqu’au 1er Novembre 1954. Cette précision a également son importance car dans le contexte d’alors, nous nous placions du côté des Centralistes et il nous était très difficile d’échapper à cette accusation, sans dévoiler nos batteries avant l’heure.
Le C.R.U.A. Dont le comité était composé de quatre membres : deux anciens de l’O.S. Et deux anciens Centralistes, vit le jour le 23 mars 1954. Le lendemain, une proclamation était lancée pour préciser les objectifs du C.R.U.A., qui se résumaient en ceci :
Unité du parti par un congrès large et démocratique afin de garantir la cohésion interne et de doter le parti d’une direction révolutionnaire. Pour parvenir à ce congrès, il était demandé à tous les militants de ne pas épouser les dissensions des dirigeants. Cette proclamation fut distribué dans une grande partie du territoire national.
Un bulletin intérieur : «  Le Patriote « , organe d’information politique défendant ces positions neutralistes et s’attachant à faire prendre conscience aux militants de la gravité de la situation, fut édité. Avec ses six numéros, ce bulletin permit de faire un travail appréciable en ce sens qu’il précisait le rôle des militants qui devaient dire leur mot et arbitrer la crise plutôt que de suivre tel ou tel clan.
«  Le Patriote «  fut un élément de liaison, d’orientation et de propagande d’idées nouvelles et en ce sens de dépassement de la situation de crise.
A ce point de notre développement, il n’est pas inutile d’expliquer les raisons qui nous ont poussés à nous associer dans le C.R.U.A. À des Centralistes. Il faut savoir qu’en mars 1954, il était impossible malgré l’anarchie qui régnait dans l’organisation de prendre des contacts dans cette dernière sans passer par les cadres permanents qui étaient précisément contrôlés par Dekhli. Le problème était donc, puisque nous avions déjà les Messalistes sur le dos, de gagner du temps, tout en disposant de moyens financiers, matériels d’impression et de locaux que le Comité Central avait en sa possession. Ce qui comptait le plus, c’était de parvenir à renouer le contact avec les militants de la base et parmi eux certains cadres de l’O.S. Recherchés, que nous avions perdus de vue depuis longtemps. C’est grâce à cela que, personnelement, j’ai pu, retrouver Zirrout, Ben Tobbal, Benaouda, Souidani Boudjemâa, Bouchaib Mohamed, etc… Par ailleurs, du moment que nous étions d’accord au sein du C.R.U.A. Sur des mots d’ordre que nous estimions valables, il fallait en attendant le développement inévitable de la situation reprendre contact avec les militants de la base, tenir des réunions, expliquer la situation, dénoncer la démagogie, le culte de la personnalité, la bureaucratisation, etc… Nous pensions que cette tâche correctement accomplie bouleverserait les données et c’est ce qui arriva, même si nos partenaires Centralistes ne nous suivirent pas dans cette voie.
Pendant plus de trois mois, tous les anciens cadres de l’O.S. Sillonnèrent le pays prenant en main une grande partie de l’organisation, à l’exception pourtant de la Kabylie dont nous parlerons plus loin. Les Messalistes quant à eux, forts de la bénédiction du «  zaïm «  et passé la première flambée d’invectives contre les membres du Comité Central et les responsables en général, voyaient leur répertoire s’épuiser. En effet on ne peut maintenir une organisation en l’alimentant seulement avec des insultes et une démagogie abêtissante. Au juste, qui étaient les Messalistes ? Derrière Messali, au prestige largement surfait, et deux médiocres ex-membres du Comité Central Mezerna et Merbah, il y avait quelques anciens parmi les fidèles qui entraînaient un flot de gens peu au courant de ce qui se passait. Dans ces circonstances, il est vraisemblable que d’anciens militants exclus en profitèrent pour s’infiltrer dans leurs rangs, lesquels étaient sans doute truffés de provocateurs et de mouchards à la solde du colonialisme.
Les Centralistes, pour leur part, donnaient l’impression d’attendre que le C.R.U.A. Ou plus exactement ses éléments moteurs tirent les marrons du feu pour eux. Ouvertement, ils ne disaient rien,, mais ils laissaient entendre à leurs proches partisans que le C.R.U.A. C’était eux. Ces rumeurs, parvenant aux oreilles de bon nombre de militants finirent par créer un malaise que nous devions enrayer sans délai. Nous tînmes une réunion, Ben Boulaïd, Didouche et moi-même, pour examiner la nouvelle situation, à la suite de quoi nous décidâmes de convoquer les anciens cadres de l’O.S., d’une part pour clarifier nos positions par rapport aux Centralistes, et, d’autre part pour poser les problèmes de l’action à mener et de la structure à lui donner. Cette décision nous amena à la réunion des 22 qui se tint à Alger au Clos Salembier, dans la deuxième quinzaine du mois de juin 1954, sans que je puisse en fixer la date avec précision. Y assistaient : Ben Boulaïd, Ben M’hidi, Didouche, Bitat et moi même en notre qualité d’organisateurs de la réunion. ( Courrière donne la date du 25 juillet, ce qui ne concorde pas avec les autres événements. C’est plutôt du 25 juin qu’il faudrait parler ).

La réunion des 22

Les autres participants étaient tous des anciens de l’O.S. Bien que recherchés, la plupart d’entre eux avaient continué leur activité et maintenu des contacts avec des militants sûrs, dans les régions ou ils avaient exercé des responsabilités. L’idée assez répondue selon laquelle les «  22 «  étaient des individus isolés est dénué de tout fondement. Certes, notre souci de déclencher l’action sur tout le territoire national nous avait amenés à faire appel à des éléments moins représentatifs, mais c’était somme toute l’exception.
D’un point de vue géographique, il y avait pour Alger : Bouadjadj Zoubir, Belouizdad Athmane, Marzougui Mohamed et Derriche chez qui nous étions réunis. Pour Blida : Souidani Boudjemâa et Bouchaib Belhadj qui, sans être originaires de la région, la connaissaient bien pour s’y être réfugiés depuis qu’ils étaient recherchés, travaillant dans les fermes et établissant des contacts avec les ouvriers agricoles. Pour l’Oranie : Boussouf Abdelhafid et Ramdane Abdelmalek qui étaient toujours en activité dans le parti, respectivement responsables de la daïra de Maghnia et de celle de Nemours. Pour le Constantinois : Mechati, Habachi Abdesslam, Rachid Mellah, Saïd dit «  Lamotta « , membres du Comité de Constantine et sûr lesquels nous comptions beaucoup pour déclencher l’action à Constantine même. ( Ils nous lâchèrent avant le 1er Novembre. Badji Mokhtar représentait la région de Souk Ahras. Il y avait pour le Nord-Constantinois, Zirout Youcef qui, après son évasion avait pris le maquis dans la région de Smendou. Contacté au début par le C.R.U.A., il nous avait dit : «  Je n’ai pas d’éléments d’appréciation sur le conflit, mais je marche avec vous parce que j’ai confiance en vous « . Effectivement, il reprit en main toute l’organisation de la région, Ben Tobbal et Benaouda étaient les deux autres représentants du Nord-Constantinois. Courrière affirme que Hadj Ben Alla a participé à la réunion des 22, ce qui est faux. Ce fut le cas de Maïza, responsable de Sétif et surtout de Mehri, que nous considérions comme acquis et qui nous lâcha en ce moment.
Quand aux éléments de la Kabylie, ils n’assistaient pas à cette réunion pour des raisons que nous exposerons plus loin.
La séance était présidée par Ben Boulaïd. Quant à moi, je présentai le rapport, élaboré au cours des réunions préparatoires par tout le groupe, relayé de temps à autre par Ben M’hidi et Didouche.

Les points soulevés étaient les suivants :

historique de l’O.S depuis sa création jusqu’à sa dissolution,
bilan de la répression et dénonciation de l’attitude capitularde de la direction du parti,
travail effectué par les anciens de l’O.S entre 1950 et 1954,
La crise du parti, ses raisons profondes à savoir le conflit entre la ligne réformiste de la direction et les aspirations révolutionnaires de la base, crise dans le résultat était la scission du parti et son inefficacité,
explication de notre position dans le C.R.U.A. Par rapport à la crise et aux Centralistes,
compte-tenu de cette situation, de l’existence de la guerre de libération en Tunisie et au Maroc, que fallait-il faire ? Le rapport se terminait par ces mots : «  Nous, anciens de l’O.S., il nous appartient aujourd’hui de nous concerter et de décider de l’avenir « .

La séance de l’après-midi fut réservée à la discussion du rapport qui eut lieu dans une atmosphère franche et fraternelle. Deux positions se dégagèrent : l’une d’elle, représentant essentiellement par les éléments recherchés, préconisait le passage immédiat à l’action comme seul moyen de dépasser la situation catastrophique non seulement du parti, mais du mouvement révolutionnaire dans son ensemble. L’autre orientation sans remettre en cause la nécessité de l’action, jugeait que le moment de la déclencher n’était pas encore venu. Les échanges d’argument furent très durs. La décision fut acquise après l’intervention émouvante de Souidani Boudjemâa qui, les larmes aux yeux fustigea les réticents en déclarant : «  Oui ou non, sommes-nous des révolutionnaires ? Alors qu’attendons-nous pour faire cette révolution si nous sommes sincères avec nous-même. «

La motion qui fut adoptée condamnait nettement la scission du parti et ses auteurs. Elle proclamait la volonté d’un ensemble de cadres de «  juguler les effets de la crise «  et de sauver «  le mouvement révolutionnaire algérien de la débâcle « . Elle décidait «  le déclenchement de l’insurrection armée, seul moyen pour dépasser les luttes intestines et libérer l’Algérie « . Elle se terminait par la phrase : «  Les 22 chargent le responsable national qui sortira du vote de mettre sur pied une direction qui aura pour tâche d’appliquer les décisions de la présente motion « .

La procédure employée pour dégager cette direction avait pour finalité de sauvegarder l’anonymat de ceux qui en feraient partie. Il fut donc entendu d’élire seulement le responsable national à la majorité des deux-tiers, celui-ci choisirait les autres membres du Comité qui ne seraient connus que de lui seul. La désignation devait se faire de la façon suivante : chacun des membres de la réunion reçut un numéro selon la place qu’il occupait dans la salle ( car tout le monde ne se connaissait pas par son nom ). Le président de séance, Mostefa Ben Boulaïd qui jouissait de la confiance de tous fut chargé du dépouillement et de la proclamation des résultats. Le premier tour ne donna pas de majorité. Après le second tour, Ben Boulaïd revint pour déclarer «  le résultat est acquis «  sans donner aucune autre précision. Sur ce, la réunion des 22 prit fin après un échange de rendez-vous et de points de chute entre les participants qui devaient travailler ensemble.
Ce même jour, Ben Boulaïd, dans un entretien en tête à tête m’apprit mon élection et me communiqua les bulletins de vote qu’il avait précieusement gardés.
Dès le lendemain, je fis appel à Ben Boulaïd, Didouche, Ben M’hidi et Bitat, qui avaient participé à tout le travail préparatoire pour constituer le comité chargé de mettre en application la résolution des 22 ( Comité des 5 ).
Il est clair que malgré les mesures pour préserver le caractère clandestin de cette direction, il n’était nullement question de sacrifier les principes de collégialité et de discussions libres auxquels nous tenions beaucoup après la triste expérience que nous venions de vivre dans le parti. Il faut préciser que jusqu’au 1er Novembre, ce Comité qui s’adjoignit plus tard Krim, fonctionna d’une façon démocratique et avec une grande efficacité.
Notre première réunion eut lieu chez Kechida Aïssa ( rue Barberousse ). Il s’agissait d’étudier la résolution des «  22 «  et de voir comment la mettre en application. Après avoir donné au nouvel organisme, un contenu et un règlement intérieur, nous décidâmes :
1)de regrouper les anciens de l’O.S. Et de les intégrer dans une structure. En effet, jusqu’à ce moment-là, nous avions pris des contacts en tant que C.R.U.A., mais les éléments d’accord avec nous n’étaient pas organisés.
2)De reprendre l’instruction militaire à partir de l’ancienne brochure de l’O.S. Qui fut reproduite.
3)De faire des stages de formation en explosifs afin de fabriquer les bombes, nécessaires au déclenchement.
Les responsabilités furent réparties entre les membres du Comité. Il fut recommandé en outre de multiplier les contacts avec les responsables de la Kabylie ( qui étaient encore réticents ) afin de les intégrer au mouvement.

Après la réunion des «  22 « , le C.R.U.A. Continua son travail comme par le passé. Les membres Centralistes ignoraient bien entendu tout de ce qui venait de se passer. Mais, maintenant, les choses allaient vite et les menées sournoises du Comité Central ne povaient plus ni arrêter, ni freiner la préparation de l’insurrection nationale.
Quelques jours plus tard, au début du mois de juillet, des émissaires Messalistes et Centralistes m’apprirent que Ben Bella se trouvait en Suisse et qu’il désirait me rencontrer. Je mis au courant les autres membres du Comité qui m’encouragèrent à faire le déplacement pour savoir ce qui se passait à l’extérieur et essayer de gagner à notre cause la délégation du Caire. Je me rendis donc en Suisse le 7 juillet et là, j’appris que la délégation extérieure affolée par la crise du parti, avait envoyé Ben Bella et Khider pour tenter de réconcilier les deux tendances. Les deux émissaires avaient rencontré Mézerna et Fillali pour les Messalistes, Lahouel et Yazid pour les Centralistes. Après plusieurs tentatives de rapprochement, les deux parties restèrent sur leur positions et la mission de conciliation ne donna aucun résultat. Khider, excédé, retourna au Caire en laissant Ben Bella seul à Berne. Ce dernier avait été informé, aussi bien par ses interlocuteurs Messalistes que Centralistes que les anciens de l’O.S. Se montraient intraitables et que sous couvert de neutralisme, ils faisaient du travail fractionnel, ce dernier argument venant des Messalistes. Ben Bella chargea les uns et les autres de me faire savoir qu’il souhaitait me rencontrer en Suisse.
Sitôt arrivé à Berne, je contactai Ben Bella qui en tant qu’ancien de l’O.S. Bénéficiait de notre confiance et je l’informai de ce qui s’était passé au cours des derniers mois de ce que nous projetions et surtout de ce que nous attendions de la délégation extérieure. Immédiatement, il donna son accord à notre action et se fit fort d’obtenir le soutien des autres membres de la délégation extérieure, ainsi que celui des Egyptiens. Lahouel et Yazid, qui étaient encore à Berne, manifestèrent le désir d’avoir des entretiens avec nous.
Compte tenu de l’importance de cette rencontre, je demandai à Ben Boulaïd, Didouche et Ben M’hidi de me rejoindre en Suisse. Les discussions avec les deux membres du Comité Central furent longues, mais nous parvînmes à un accord. Il fut convenu de ne pas s’entêter à suivre Messali dans sa voie scissionniste, de dissoudre sans grand bruit le Comité Central dont certains membres gagneraient l’étranger pour renforcer la «  délégation extérieure «  et enfin de mettre à notre disposition une grande partie des fonds du parti pour nous permettre de parachever notre travail de préparation de l’action armée. Sur ce, nous nous séparâmes et chacun d’entre nous rejoignit son lieu de destination, Ben Bella le Caire et les quatre autres Alger. Lahouel n’arriva à Alger qu’avec trois jours de retard sur notre rendez-vous, ayant été retenu, semble-t-il, en France? Nous le rencontrâmes, Ben Boulaïd et moi-même, pour mettre à exécution les décisions de Berne. A notre grande surprise, il nous fut répondu qu’il n’avait jamais été question de décisions, mais de propositions à soumettre au Comité Central ! Cette volte-face ne nous étonna qu’a moitié, car depuis longtemps, nous avions notre idée sur ces gens-là et leurs méthodes tortueuses.
Sur ces entrefaites, Messali avait tenu son congrès à Hornu ( Belgique ) le 15 juillet, excluant tout le Comité Central et bien entendu les membres du C.R.U.A. Ce n’était pas plus difficile que cela ! Seul maître du parti, il allait commencer sa deuxième révolution qui devait le mener à la trahison.
C’est précisément à la suite de ce nouveau développement que le C.R.U.A se disloqua. Les deux centralistes Dekhli et Bouchbouba retournèrent au bercail : la rupture eu lieu vers le 20 juillet. Constitué en vue de sauver l’unité du parti, le C.R.UA. N’avait plus de raison d’être puisque le congrès messaliste avait consommé la scission. Le C.R.U.A. Devait reconnaître son échec et se dissoudre ou alors se donner de nouveaux objectifs répondant à la situation nouvelle. Cette argumentation n’eut pas l’heur de plaire à Dekhli et Bouchouba dont la présence au C.R.U.A. N’avait d’autre but que de faire obstruction au messalisme sous couvert du neutralisme.
Contrairement à ce qui est affirmé dans bien des textes, le C.R.U.A. Dont les objectifs étaient limités, cessa d’exister dès que la scission du P.P.A. Devint effective. De toute façon, la réunion des «  22 «  et le Comité des Cinq avaient prit la relève sur des positions bien plus claires e le travail sérieux était commencé nous laissant peu de temps à consacrer au C.R.U.A. Dont le bulletin «  Le Patriote «  parut pour la dernière fois le 5 juillet.
Il est temps d’examiner maintenant nos rapports avec les responsables de la Kabylie. Yves Courrière a exposé longuement ce problème dans son livre «  Les fils de la Toussaint «  ; les inexactitudes, voire les contres-vérités y sont nombreuses. En outre, les spéculations de l’auteur et de ses informateurs sur l’antagonisme arabo-berbère obscurcissent la question et aboutissent à des interprétations pour le moins tendancieuses.
L’organisation politique de la Kabylie forte d’un millier de militants s’était ralliée dès le début du différend aux thèses messalistes. Les difficultés de contact avec les principaux responsables de cette région, en majorité recherchés par la police, avaient empêché le travail d’explication et de confrontation comme cela s’était passé dans d’autres régions. L’O.S. De la Kabylie avait été dissoute en 1948 par le parti lors de l’affaire dite du «  complot berbériste «  qui avait entraîné l’exclusion de pas mal de militants. Les anciens de l’O.S. N’avaient plus de contacts avec la Kabylie, notamment avec les militants qui avaient pris le maquis. Au moment de nos démelés avec les messalistes, ces derniers ne se gênaient pas pour nous menacer de faire appel aux maquisards kabyles pour nous liquider. C’est également à cette époque que Benaouda, qui était en Kabylie, fut envoyé par Krim et Ouamrane dans le Nord Constantinois pour rallier Zirout et d’autres éléments en vue de descendre en force à Constantine et de contraindre les éléments neutralistes à s’aligner sur les positions des messalistes, quitte à utiliser les moyens extrêmes.
Bref, jusqu’au mois de mai, il était clair que l’organisation de Kabylie avait pris fait et cause pour Messali. Pourtant, compte-tenu de l’importance de cette partie du territoire algérien, tant du point de vue des militants de valeur qu’elle renfermait, que de sa situation géographique, il n’était pas question de la laisser en dehors du mouvement. C’est pourquoi nous fîmes plusieurs tentatives pour établir le contact. Ce n’est que fin mai que Si Hamoud, un ancien militant de cette région, habitant à Beaufraisier, parvint à entrer en contact avec Krim et Ouamrane et nous mit en rapport.
La première entrevue eut lieu au café El-Ariche, Ben Boulaïd et moi-même y rencontrâmes Krim qui était accompagné de Ouamrane. Il s’agissait là d’une simple prise de contact. Nous nous revîmes le lendemain chez Nadir ( préfet d’Alger en 1962 au moment de la zone autonome ) à Kouba. A la fin de cette réunion, il serait exagéré de prétendre que nous étions parvenus à un résultat. Krim et Ouamrane étaient très flottants. C’est pourquoi, il nous été impossible de les inviter à la réunion des «  22 «  car à ce moment ils étaient encore loin de partager nos idées. Malgré les contacts fréquents que nous avions avec eux et nos recommandations lors d’une rencontre qui eut lieu à Tizi-Ouzou ou ce problème fut abordé, ils envoyèrent une délégation dirigée par Zammoum au congrès messaliste du Hornu, ce qui montre bien qu’ils n’avaient pas opté de façon définitive.
Pour le Comité des cinq, il fallait coûte que coûte vaincre les doutes et les réticences des militants de la Kabylie. Pour cela, nous avions établi un questionnaire en trois points qui devait être présenté aux deux tendances du parti :
1 Êtes-vous pour l’action insurrectionnel ? Sinon pourquoi ?
2 Si oui, quelle aide comptez-vous y apporter ?
3 Dans le cas ou une action est déclenchée en dehors de vous, quelle sera votre position ?
Krim et Ouamrane furent chargés de le présenter aux Messalistes. Une autre délégation comprenant à dessein Krim devait faire le même travail avec les Centralistes. Comme il fallait s’y attendre, les Messalistes non seulement repoussèrent cette initiative avec dédain, qualifiant ses auteurs de démagogues et de fractionnistes, mais Moulay Merbah eut une attitude humiliante et cassante à l’egard de Krim à qui il interdit d’avoir des contacts avec nous. Quant aux Centralistes, tout en se déclarant pour l’action, ils refusaient de l’envisager dans l’immédiat. Ces démarches éclairèrent Krim et Ouamrane qui comprirent que le moment était venu pour eux de s’engager résolument avec nous. Ce qui fut fait lors d’une réunion tenue rue du Chêne, vers la fin août, ou ils nous présentèrent les cadres de la Kabylie, Krim fut alors admis dans notre comité dont il devint le sixième membre avec Ouamrane comme adjoint.
Revenons maintenant aux contacts avec Ben Bella et au rôle joué par ce dernier. Après la première entrevue, il eut une seconde au début du mois d’août en vue de prendre contact avec des responsables marocains et tunisiens que Ben Bella s’était chargé d’inviter. Accompagné de Didouche, je me rendis à Berne por rencontrer Abdelkébir El Fassi pour le Maroc et un certain Azeddine Azzouz pour la Tunisie. Le premier nommé refusa de se réunir avec le second pour des raisons de sécurité,semble-t-il, ce qui nous obligea à les voir séparément. Si Abdelkébir El Fassi donnait l’impression d’être au fait de ce qui se passait au Maroc, Azzouz par contre, ignorait tout du problème fellagha tunisien, carbien qu’originaire de Tunisie, il travaillait en Lybie. Avec Abdelkébir El Fassi, nous tombâmes d’accord pour prendre contact avec des militants marocains du Rif espagnol. De plus, il se fit fort de nous fournir des armes dans le Rif dans un délai maximum d’un mois après le versement de leur montant à son compte bancaire de Zurich. Nous lui passâmes immédiatement une commande.
Selon Ben Bella, les Egyptiens, mis au courant de nos projets, étaient disposés à nous accorder toute aide que nous désirions. Seulement, ils n’étaient pas encore convaincus et voulaient avoir des preuves tangibles du sérieux de notre entreprise. Nous demandâmes à Ben Bella de faire vite pour nous procurer un contingent d’armes et à cet effet un rendez-vous fut fixé à Tripoli pour préparer la filière et passer les armes.
De retour au pays, le Comité des cinq fut réuni pour prendre connaissance des résultats de notre mission et plusieurs décisions furent prises. D’abord, il nous fallait racler les fonds de caisse et faire parvenir en Suisse le plus d’argent possible. L’opération donna 1.400.000 anciens francs que Bitat fut chargé de faire parvenir à detination. Ben Boulaïd devait se rendre à Tripoli pour prendre livraison des armes promises par Ben Bella, Ben M’hidi et moi-même nous partîmes pour le Rif espagnol afin d’établir les contacts nécessaires, ( ceci se passait au moment de l’Aïd El Kébir, soit le 9 août ).
Deux semaines plus tard, tous les éléments chargés de mission à l’extérieur, étaient de retour au pays. Le Comité des cinq se réunit pour discuter du résultat de ces déplacements. En vérité, il n’y avait rien à discuter. De Tripoli aucune arme. De Suisse, l’argent avait été versé au compte de Abdelkébir El Fassi amputé de 200 000 francs prélevés par Ben Bella pour ses frais. Et du Rif, en dehors de promesses verbales, rien de palpable. Le seul aspect positif, c’était la connaissance de passages frontaliers à l’Est et à l’Ouest et le contact avec les patriotes marocains du Rif, lesquels s’étaient montrés enchantés de nous connaître et partisans d’une action révolutionnaire commune.
Pour terminer avec ce chapitre, il est capital de souligner qu’aucune arme n’est entée au pays avant le 1er Novembre. Les promesses d’El Fassi n’étaient que pure invention. Les départements d’Oran et d’Alger qui attendaient cet armement furent obligés de déclencher l’action avec quelques armes, pas plus d’une dizaine, en mauvais état et certaines sans munitions. Le responsable de la Wilaya V, Ben M’hidi, n’avait pour toute arme qu’un vieux 7,65 avec deux balles.
Quant à la délégation extérieur du Caire, de quel côté était-elle ? Personne ne pouvait le dire, d’autant plus qu’après le Congrès du Comité Central, tenu le 15 août, le premier numéro du journal centraliste «  La Nation Algérienne «  contenait les photos d’Aït Ahmed et de Khider en bonne place avec des déclarations de l’un et de l’autre. Ce qui ne manqua pas de provoquer les protestations de nos partisans qui étaient convaincus que la délégation extérieure avait opté pour nous. Ce que nous leur avions affirmé en toute bonne foi; Ben Bella nous ayons certifié qu’une délégation avait pris position en notre faveur.
Tous ces points éclaircis, revenons à la situation du pays. Les Messalistes et les Centralistes après leurs Congrès respectifs s’étaient exclus mutuellement. Chaque groupe se revendiquant de la légitimité et accusant l’autre de toutes les infamies. La guerre était ouverte : bagarres dans les rues, invectives, occupations des locaux sous le regard amusé et plein de satisfaction de la police colonialiste qui laissait faire ce travail de destruction du parti nationaliste algérien.

Les militants séparés en deux clans hostiles se livraient passionnément à cette lutte, convaincus d’un côté comme de l’autre, qu’ils défendaient la vérité. Les agressifs étaient sans conteste les Messalistes parce que majoritaires et complètement fermés à toute discussion, conformément aux ordres reçus de leurs responsables qui craignaient des défections en cas de confrontations entre militants. Pour eux, Messali, le «  Chef National « était au-dessus de toute critique et ne pouvait en conséquence avoir tort. En cela, il faut le dire, ils ne faisaient qu’obéir à l’image simpliste qui leur avait été inculquée dans le parti même.
Les partisans du Comité Central, moins nombreux, mais plus formés politiquement, portaient le débat au niveau des principes et des méthodes de travail. Ils s’attaquaient aux méfaits du culte de la personnalité, à la mégalomanie de Messali et à ses procédés autocratique. Autant dire, que les arguments d’un côté comme de l’autre étaient en porte-à-faux parce que chaque clan se refusait à mieux situer la crise du Parti dont l’origine se trouvait dans la sclérose de la direction, incapable de répondre à l’attente des militants et de mener la lutte révolutionnaire pour libérer le pays.
Face a cette décomposition du P.P.A. M.TL.D., quelles étaient les positions des autres partis politiques algériens ? A l’effet de surprise du début de la crise, avait fait place un sentiment de soulagement à peine voilé chez l’U.D.M.A., et les Oulémas. Quant au P.C.A., sa position était plus nuancée : expectative prudente avec un penchant pour la tendance centraliste considérée comme plus raisonnable et plus intelligente. Du côté des masses, le sentiment était au pessimisme et à la désapprobation. Et il n’était pas rare d’entendre dans la bouche de l’homme de la rue cette remarque pertinente : «  C’est bien le moment de se bagarrer entre frères, quand les valeureux patriotes tunisiens et marocains versent leur sang por libérer leur pays «

Les préparatifs de l’action

C’est dans cette atmosphère de confusion et d’anarchie, que le Comité des cinq ( devenu des six, début septembre ) travailler d’arrache-pied pour constituer les premiers commandos, les former en vitesse, les armer et les préparer pour la nuit du 1erNovembre 1954. Le temps pressait car il fallait profiter de la confusion crée par la crise et du rideau de fumée de surenchères et des disputes pour échapper à une répression toujours possible. Déjà les Messalistes ne se privaient pas de dénoncer auprès de leurs partisans certains membres du Comité en les désignant par leur vrai nom, désirant par cette manœuvre attirer la répression policière sur eux. Par ailleurs, l’organisation de Constantine constituée d’une quarantaine d’éléments qui étaient au courant de tous les préparatifs, avait lamentablement lâché, démobilisant les groupes déjà formés, à qui fut donnée la liberté de rejoindre le clan politique de leur choix.
En ce début septembre, le Comité des six se trouvait confronté à plusieurs problèmes dont le plus important était : la représentativité politique du nouveau mouvement, son contenu politique, l’armement, les fonds, ainsi que la date du déclenchement.
. En ce qui concerne le premier point, les six s’ils étaient plus ou moins connus dans l’organisation et dans plus d’un cas seulement sous des pseudonymes, étaient par contre complètement inconnus de l’opinion algérienne, ainsi que sur la scène internationale. Dans notre esprit, déclencher une action armée qui n’avait de chance de réussir qu’avec l’adhésion et l’appui des masses, nécessitait des noms connus ou tout au moins une tête d’affiche. Des deux clans qui se disputaient les dépouilles du parti, il n’en était pas question. Il ne restait qu’une personnalité qui, à nos yeux, remplissait ces conditions et d’autres : rectitude politique et morale, honnêteté et capacités. C’était Lamine Debaghine, personnalité politique connue qui avait quitté le parti en 1949 et dont le prestige était resté intact auprès de beaucoup de militants et d’intellectuels. Notre choix fixé, une délégation formée de Ben Boulaïd, Krim et moi-même se rendit à Saint-Arnaud ( actuellement El-Eulma ) ou Lamine était installé comme médecin. A la tombée de la nuit, nous frappâmes à la porte de son cabinet. Après les présentations, nous lui exposâmes l’objet de notre visite. Il posa beaucoup de questions sur nos forces, nos moyens, notre implantation, etc… Complètement informé, il fit une critique très sévère du parti messaliste et de tous les autres responsables. Puis, il nous demanda un délai de réflexion pour nous donner une réponse quant à son éventuel engagement. Rendez-vous fut pris à Alger au café Bourahla, rue de la Liberté. Sur ce, nous prîmes congé et chacun d’entre nous rejoignit le lieu de ses activités. Au jour fixé, tout le Comité était présent, pas très loin du lieu de rendez-vous.
Une voiture destinée à nous convoyer à un lieu de réunion attendait derrière l’Opéra d’Alger. Le moment venu, Ben Boulaïd fut chargé de se rendre au café pour guider Lamine jusqu’à nous. Un quart d’heure passa sans qu’il revienne. Nous attendions quelque temps encore, puis nous envoyâmes Krim qui resta à son tour . Notre impatience grandissait d’autant plus que certains d’entre nous étaient armés et que les conditions de sécurité n’étaient pas excellentes. Bref, une heure après, tout le monde se retrouva au lieu de réunion, mais sans Lamine. Ce n’est d’ailleurs qu’au retour de nos envoyés que nous sûmes ce qui s’était passé. Lamine était accompagné d’amis personnels, Boukadoum Haoues, un ex-député M.T.L.D., et du Capitaine Saïdi, autre personnalité politique du M.T.L.D. Ben Boulaïd qui ne s’attendait pas à trouver ces deux nouvelles figures, se montra très réservé et attendit que Lamine se décide. Or, ce dernier, non seulement ne donnait pas l’impression de vouloir quitter le café, mais en présence de ses deux compagnons, remettait en cause son éventuelle adhésion, non sans critiquer certains aspects de ce que nous projetions. Quand Krim rejoignit le groupe, Lamine continua à développer son point de vue qui se résumait en ceci : si les régions des Aurès et de la Kabylie étaient capables d’entreprendre une action armée, lui Lamine n’avait aucune confiance dans le reste. A ces mots, Ben Boulaïd l’interrompit pour lui signifier que tous ceux qui étaient engagés, étaient décidés à aller jusqu’au bout, et qu’ils avaient une confiance totale les uns dans les autres. Lamine, au tempérament impulsif, répliqua s’adressant à Ben Boulaïd : «  Alors, pourquoi êtes-vous venus me chercher, vous auriez dû le faire le jour ou vous avez décidé de vous détacher du clan du parti et de faire cavalier seul. «  A ces mots, Ben Boulaïd pourtant très calme de nature se leva et répondit «  Nous sommes venus te chercher, maintenant, on ne te cherche plus. Nous n’avons besoin de personne « . Et il quitta le café laissant les trois hommes avec Krim qui, un moment après, nous rejoignit pour nous confirmer ce que nous savions déjà.
Cette expérience nous apprit qu’il n’y avait rien à attendre du personnel politique de l’époque. D’autres contacts, avec des éléments tels que Mehri, Demagh El Atrousse, Kassem Mouloud, l’actuel ministre des Habous, se soldèrent par un échec de même nature. Une tentative auprès des Oulemas n’aboutit à rien. En fin de compte, nous renonçâmes à ce travail inutile pour placer notre confiance dans le peuple et aller de l’avant.
. Notre seconde préoccupation, était la définition du contenu politique et organisationnel du mouvement à créer. Plusieurs réunions du Comité aboutirent à un ensemble de décisions.
Il faut souligner qu’a cette époque, tout le contenu politique du mouvement nationaliste se réduisait au thème de l’indépendance. Aucun approfondissement sérieux n’ayant été fait dans le parti, les membres du Comité n’avaient pour faire face à la lourde tâche de la définition de leur mouvement, que leur bon sens et leur volonté, à défaut de formation.
En reprenant les écrits d’alors, en particulier la proclamation du F.L.N. On est frappé par le souci de ses rédacteurs de sauver le mouvement révolutionnaire de la faillite, de dénoncer les luttes intestines et leurs auteurs, de placer l’action dans le contexte nord-africain et de fixer comme objectif de la lutte, l’indépendance nationale sans toutefois en préciser la nature et le contenu économique et social. Reprenons ici les termes de la proclamation : «  but : l’indépendance national par :
1.la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques,
2.le respect de toutes les libertés fondamentales, sans distinction de races ni de confessions. «
Comme on le voit, cette définition reste très floue et cela explique en parti les contradictions que connaîtra la lutte de libération nationale et les nombreuses crises qui l’ont secouée. La plus importante étant celle qui, en été 1962, plaça Ben Bella au pouvoir et après lui Boumedienne. L’un comme l’autre jouant sur ces contradictions qui demeurent et s’amplifient.
Le seul élément nouveau, déjà introduit par le C.R.U.A., était le recours à la base et au peuple algérien pour trancher la crise : les militants, des années durant, avaient été habitués à recevoir des ordres et à les exécuter. Par notre appel direct à la base, par dessus les appareils, nous poussions les militants à reprendre l’initiative et à ce débarrasser de la tutelle d’un sommet impuissant et paralysé, car nous étions convaincus que c’était là, la seule issue : donner au peuple la possibilité de trancher et de choisir la voie à suivre.
Parallèlement à la définition politique deux principes d’organisation furent adoptés :
La décentralisation, compte-tenu de l’étendue du territoire national, il était impossible à tout organisme centralisé de diriger la lutte. C’est pourquoi il fut décidé de laisser toutr liberté d’action à chaque Wilaya. Une réunion du Comité des six fut prévue pour le mois de janvier 1955. Elle ne s’est jamais tenue et pour cause : sitôt la lutte engagée, toutes les Wilayas restèrent pour une longue période isolées. En attendant, et pour éviter toute fausse note, trois tracts furent rédigés à l’avance pour être distribués aux mêmes dates dans toutes les Wilayate.
- la primauté de l’intérieur sur l’extérieur. Principe juste dans son esprit dans la mesure ou il signifiât que rien ne pouvait être fait son l’accord de ceux qui se battaient sur le terrain.
Enfin, nous décidâmes d’appeler l’organisation politique : Front de Libération Nationale ( F.L.N. ) et l’organisation militaire : Armée de Libération Nationale ( A.L.N. ).
. Pour ce qui est des structures, l’Algérie fut divisée en six Wilayate.
- la première délimitée au nord par la ligne de chemin de fer allant de Béni Mansour à Souk Ahras, à l’est par la frontière tunisienne, au sud par les confins sahariens et à l’ouest par les limites de l’ex-département de Contantine. Ce fut Ben Boulaïd, assisté de Chihani, qui en avait la direction.
- la deuxième délimitée au nord par la mer, à l’est par la frontière tunisienne, au sud par la ligne de chemin de fer Béni Mansour- Souk Ahras et à l’ouest par la ligne de chemin de fer allant de Béni Mansour à Bougie. C’est Didouche, avec comme adjoint Zirout, qui fut placé à sa tête.
- la troisième comprenant la Grande Kabylie était placée sous le commandement de Krim, avec comme adjoint Ouamrane.
- la quatrième comprenant le reste de l’ex-département d’Alger avait comme responsable Bitat dont l’adjoint était Soudani Boudjemâa.
- la cinquième couvrant le territoire de l’ex-département d’Oran était dirigée par Ben M’hidi; quant à son adjoint le choix lui était laissé entre Ramdane Benabdelmalek et Boussouf.
- la sixième qui n’existait pas sur le papier et qui devait couvrir tout le Sud algérien : les ex-territoires du Sud, les oasis et la Saoura.
Personnellement, je fut chargé de rejoindre la délégation extérieure avec tous les documents et de retourner au pays pour la réunion de janvier 1955, dont il à été question plus haut.
. Une stratégie en trois étapes combinant les aspects politique et militaire fut arrêtée au terme de longues discussions.
Première étape : installation du dispositif militaire et politique de préparation et d’extension. Du point de vue militaire, à la date du déclenchement, toutes les Wilayates étaient tenues de se manifester en donnant le maximum de force et d’éclat à leur action, en vue de démonter que l’insurrection touchait tout le territoire national. Après les premières actions, tous les hommes armés devaient se retirer sur des positions préparées à l’avance et susceptibles de leur assurer le maximum de sécurité. En attendant un armement adéquat, le Comité de Wilaya devait installer des cellules politiques, tout en parachevant la formation des militants encore inaccoutumés à la vie des maquis. Les seules actions autorisées sur le plan militaire étaient la reconnaissance du terrain, l’organisation des relais, des zones de repli et des dépôts de vivres et de médicaments, la collecte des armes, le harcèlement de nuit des forces ennemies, les petits coups de main contre les forces isolées. Dans cette étape, il était recommandé d’éviter l’affrontement avec un ennemi encore beaucoup plus puissant que nous.
L’objectif principal de cette étape était politique : compte-tenu de la surprise des masses et de leur manque d’information, au moment du déclenchement, les cellules politiques, de même que les hommes armés, avaient pour tâche essentielle d’expliquer aux masses populaires le sens, la nature et les objectifs de notre action, afin de gagner leur sympathie et leur soutien. Pendant cette étape d’explication, les mouchards et les agents de l’autorité coloniale devaient être particulièrement visés pour encourager les masses.
Deuxième étape : celle de l’insécurité généralisée. Du point de vue militaire, les groupes armés plus nombreux, mieux aguerris, dotés d’un armement plus important, devaient passer à des actions dont l’objectif était de généraliser l’insécurité sur tout le territoire : embuscade, destruction des ponts, chemins de fer, routes, transformateurs électriques, coups de main plus audacieux et plus nombreux, terrorisme urbain contre les ennemis de la révolution. Au niveau politique, les masses ayant été préparées pendant la première étape devaient être organisées et intégrées dans l’action afin de mener parallèlement aux maquisards des luttes de masses : grèves, manifestations, campagnes de désobéissance. Elles devaient en outre prendre en charge les tâches d’administration et de justice dans le but de couper l’administration coloniale. Les renseignements, la logistique et le ravitaillement étaient aussi de leur ressort.
Troisième étape : constitution de zones franches. Au point de vue militaire, une partie du territoire étant libérée, il fallait constituer des zones franches fortifiées et soustraites totalement à l’atteinte de l’ennemi. C’est dans ces conditions seulement que pouvait être mise en place une direction révolutionnaire chargée du commandement de l’ensemble des actions et résidant donc sur le terrain. Au point de vue politique, c’est dans cette dernière étape, que la fusion devait se faire entre aspect militaire et aspect politique afin de dégager les différents organes de pouvoir révolutionnaire, préfiguration de celui qui dirigerait le pays après l’indépendance.
Pour les armes et les fonds, avant-dernier point des tâches du Comité des Six, chaque Wilaya fut chargée de se procurer des fonds par ses propres moyens. Quand aux armes, le principal dépôt était dans les Aurès avec à peu près 300 armes italiennes, achetées dans le courant 1947-48 en Libye, stockées dans un premier temps à Oued Souf et de là, transférées en 1949 dans les Aurès ou elles étaient cachées dans des fûts remplis d’huile. Les deux dépôts d’Alger, ainsi que le service d’identité furent remis au premier groupe d’action de la capitale. Ces dépôts ne renfermaient que quelques grenades et quatre ou cinq revolvers de différents calibres, ainsi qu’un contingent de balles, le tout en très mauvais état. Une vingtaine de mousquetons prélevés sur les armes des Aurès furent envoyés sur le Nord Constantinois, tandis que la Kabylie en recevait une trentaine. Ce qui avait empêché une dotation plus importante, c’était le problème du transport, de la sécurité et du temps dont nous disposions. Les Wilayates IV et V devaient recevoir leur contingent des armes commandées auprès de Abdelkébir El Fassi. Ces armes nous ayant fait défaut, ces deux Wilayates étaient les plus faibles.
. Il ne restait plus qu’à fixer la date du déclenchement. Dans un premier temps, nous avions retenu le 15 octobre. La délégation extérieure en fut avertie. Il y eut une fuite. Allal El Fassi donna la date à Yazid qui se trouvait à cette époque au Caire, le prenant pour un des nôtres. Ce dernier rappliqua immédiatement à Alger et alerta ses amis du Comité Central. Une autre fuite eut lieu a à Soumâa, près de Blida ou des éléments formés par Soudani Boudjemâa furent débauchés par Lahouel. Celui-ci mis au courant des préparatifs, sentant les choses devenir plus sérieuses, entreprit un véritable travail de sape, nous accusant d’envoyer les gens «  au casse-gueule «  et réussissant à faire reculer certains des éléments.
Les Centralistes affolés demandèrent à nous rencontrer. Nous nous réunîmes chez Bouda avec Lahouel et Yazid. Ils nous reprochèrent notre entêtement à ne pas rejoindre leurs rangs et les bruits alarmistes qui circulaient ; entre autres, la date du 15 octobre. Ils avançaient enfin que la délégation extérieure désapprouvait notre position. Bien sûr, nous niâmes avoir fixé une quelconque date, quant à la délégation extérieure, nous voulions bien la rencontrer et prendre une position commune. Il fallait coûte que coûte les rassurer. Nous nous sommes mis d’accord pour envoyer une délégation au Caire comprenant Lahouel-Yazid pour les Centralistes et moi-même pour les Neutralistes comme ils nous appelaient.
C’est de cette façon qu’au déclenchement de l’action, les deux Centralistes se trouvaient au Caire, ainsi d’ailleurs que deux Messalistes Mézerna et Fillali Abdellah qui, eux étaient en discussion avec la délégation extérieure en vue de la rallier à Messali ou de l’expulser des locaux du Comité de Libération de l’Afrique du Nord du Caire. Immédiatement après cet incident, le Comité des Six reporta la date au 1er novembre sans en informer qui que ce fut. Cette fois-ci, le secret fut bien gardé et les premières actions armées donnaient le départ de l’ébranlement qui durant plus de sept ans d’une guerre terrible et sans merci, permet à l’Algérie de s’arracher d’une domination de cent trente ans.

In EL DJARIDA N° 15 NOV-DEC 1974.

source:lequotidiendalgerie.com

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Mise en scène de l’Histoire, représentation du temps et poétique de la modernité dans Nedjma de Kateb Yacine

Posté par algeriedemocratie le 12 juillet 2009

Mise en scène de l’Histoire, représentation du temps et poétique de la modernité dans Nedjma de Kateb Yacine

Naget Khadda (Université d’Alger – Université de Montpellier III)

Journée d’études Kateb Yacine, Nedjma

 

Au moment de sa sortie, en 1956, le roman Nedjma a été reçu comme une œuvre révolutionnaire à la fois

  • Par ce qu’il donnait à voir et à comprendre de la société algérienne alors en pleine ébullition politique et culturelle ; société dont la partie autochtone (plus de 80% de la population) était soulevée par une forte poussée du nationalisme, agitée par des tensions sociales et des revendications identitaires multiformes, travaillée par des contradictions violentes au sein même du mouvement national, hantée par le spectre de l’écrasement sanglant des manifestations de mai 1945 dans l’Est algérien. Le tout sur fond d’aiguisement des contradictions du système colonial

  • Par sa forme inédite. En effet, le roman – genre étranger au champ culturel algérien traditionnel et, plus largement à la littérature arabe – avait été adopté/adapté par au moins deux générations de romanciers algériens tout en gardant en substance la forme classique de type balzacien, dans laquelle il avait été reçu via la colonisation. Or, Nedjma fait souffler un puissant air de dissidence qui fait imploser ce dispositif.

Ce roman – qui surprend aussi bien par la profusion d’un « à-dire » polyphonique et multidirectionnel que par l’éclatement qu’il fait subir aux catégories de la représentation romanesques telle qu’elles s’étaient élaborées dans le roman classique européen – est reçu par la critique (française) de l’époque dans un éblouissement admiratif qui suspend toute velléité critique. Plus tard, Mohammed Ismaïl Abdoun 1 qualifiera, lors d’un débat, cet « ovni » littéraire de « bombe rhétorique » par référence à l’arrière plan de guerre de sa publication et  Jean Pierre Faye le comptera au nombre de ces « livres jalons (…) où quelque chose se produit avec la forme ». Ce « quelque chose » étant, à ses yeux, « une aventure du récit où se réalise un échange généralisé des narrations, capable d’éclairer le champ idéologique qui se constitue autour de l’écriture » 2. Ce qui revient à restituer aux deux versants, artificiellement dissociés ci-dessus, leur fondamentale et foncière indissociabilité.

Quoi qu’il en soit, la double provocation de l’œuvre perçue sur ces deux aspects, autorise, voire, programme l’exploration du « récit » historique que comporte le roman (récit de l’Histoire, discours sur l’Histoire) comme lieu privilégié où se fomente la révolution de l’écriture romanesque par Kateb. A fortiori si l’on souscrit à l’idée que Nedjma (la littérature en général) réfléchit le monde au double sens du terme :

  • réfléchir au sens spéculaire : le roman donne du monde un reflet, une image (nous nous interrogerons sur la nature de cette image)

  • réfléchir au sens spéculatif : le travail de l’écriture s’élabore en fonction d’une réflexion implicite ou explicite, d’une spéculation qui porte du même mouvement sur le « donné-à-voir » (le matériau historique, sociologique, géographique, psychologique… que le récit livre) et sur le « comment » ce matériau s’écrit, sur ce changement de forme dont il a été question avec Jean-Pierre Faye.

La question que nous allons nous poser est : comment la forme que l’auteur cherche en écrivant, se découvre-t-elle dans sa congruence avec un « à-dire » qui, lui-même, se cherche et se précise dans le feu de l’action, sachant que cet « à-dire » est massivement dévolu à la préoccupation majeure du moment : celle de l’Histoire en tant que constitutive de l’identité.

Quelques remarques préliminaires pour cadrer notre propos :

  • Nedjma occupe une place particulière dans l’histoire du roman algérien et, plus largement, dans l’Histoire de l’Algérie. A la fois par la langue (le français) et par la forme générique (le roman) dont elle use, cette œuvre consacre de façon éclatante une  bifurcation généalogique de la littérature algérienne amorcée à la fin du 19ème siècle et aboutie avec la génération de Kateb (les Féraoun, Mammeri, Dib et consorts) Ce roman est donc un texte topique du procès de « métissage » (ou tout autre nom que l’on voudra donner au brassage culturel) que l’Histoire mondiale a amplifié depuis les colonisations du 19ème siècle et accéléré depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

  • L’exploration de cette fiction katébienne a pour visée non pas de nous faire accéder à une quelconque vérité historique sur l’Algérie (le discours littéraire ne s’inscrit pas dans la distinction entre le vrai et le faux que visent les historiens) ; elle nous introduit à l’énigme de la production du « vrai » qu’elle construit, à sa manière, irremplaçable par aucune autre.

  • Kateb ne théorise pas une vision de l’Histoire, il pense l’Histoire comme il pense les problèmes de la représentation littéraire. C’est pourquoi, nous semble-t-il, l’approche la plus légitime de son oeuvre est celle qui, à l’instar de ce que fait la socio-critique, cherche à connaître avec la littérature. La littérature appréhendée non pas comme un objet en soit, autosuffisant par sa qualité esthétique, mais comme une forme du connaître, dans laquelle la réflexion travaille selon des catégories spécifiques qui, sans être de l’ordre du théorique, proposent à la pensée un espace de jeu où elle se démultiplie, où elle déstabilise toute fixation, où elle soumet sa propre démarche à une sorte de critique généralisée du monde donné à voir.

  • Au regard de cette fonction spéculative de la littérature, notre hypothèse est que la modernité du texte katébien s’est bien forgée sur le soubassement de l’histoire littéraire française/européenne (en tant que bagage de formation et comme horizon de production), mais que son écriture est travaillée en sous main, voire déstabilisée, par  un imaginaire constitué aussi – et, sans doute, avant tout – dans le bain linguistique arabe et la présence diffuse, dans sa société et dans sa famille, d’une esthétique de l’abstraction (et du principe de l’interdit de la représentation) 3.

Dès lors,  la puissance spéculative inhérente à toute grande œuvre littéraire, conjuguée à une quête de la forme nourrie à deux histoires littéraires concurrentes, trouve, dans Nedjma, un terrain d’accomplissement où le texte parvient à projeter dans son propre miroir (brisé, fragmenté, lacunaire, brouillé…) une image du flux des idées, des représentations qui traversaient la société algérienne/française du 20ème siècle sans aucune prétention de ressemblance mimétique, sans aucune illusion de vérité et sans aucune garantie d’avènement d’un sens avéré.

Ces préliminaires étant posés, reste à interroger les lieux textuels et les modes de présence de l’Histoire pour appréhender ce changement de forme dont il a été pris acte.

Pour ce faire, reprenons, pour des considérations de commodité pédagogique, la vieille distinction de Pierre Barbéris 4 entre Histoire (construction intellectuelle, travail des historiens) HISTOIRE (ensemble ouvert d’expériences vécues qui constitue ce que l’on désigne couramment comme « contexte » et qui, transposée dans l’univers romanesque, fait office de décor, de milieu dans lequel vit la société du roman et qui a quelque chose à voir avec la réalité socio-historique de référence) et histoire (celle que racontent les romans, à la faveur de laquelle ils nous introduisent dans leur perception des deux précédentes)

Rappelons qu’en ses multiples métamorphoses, le roman a toujours entretenu un rapport – aléatoire mais jamais nul – avec le réel, c’est-à-dire avec l’HISTOIRE qu’il donne à voir (le vécu individuel dans le tout social), en inscrivant dans le récit les catégories qui conditionnent l’illusion de réalité (temps, espace matériel et social, personnage et son histoire).

Or, Kateb, tout en projetant la représentation d’une réalité, récuse l’illusion réaliste et élabore son propre code narratif.

Une histoire disloquée

Kateb va entraîner le lecteur dans le maquis d’un texte où la subversion la plus apparente est celle du temps et où l’histoire se constitue d’épisodes discontinus, fragmentés, sans lien entre eux, reliés par un travail qui compense les ruptures syntagmatiques par des structures paradigmatiques (répétition symétrique au début et à la fin du roman de la scène du chantier, Rachid en prison dans la 1ère et la 6ème parties, version épique et version dramatique des manifestations de mai 1945, rencontre de chacun des cousins avec Nedjma etc.). La durée se construit alors par emboîtements de morceaux de récits qui télescopent les points de vue au dédain des repères chronologiques qui, lorsqu’ils existent, brouillent davantage les pistes qu’ils n’aident à dessiner une ligne temporelle. Aussi bien, tous les critiques qui se sont aventurés à recoller les pièces du puzzle n’ont réussi qu’à s’engager dans de stériles polémiques pour faire valoir leurs propres (re)constructions. Les deux seules dates qui figurent dans le texte renvoient l’une au temps de la fiction, l’autre au temps de l’Histoire : 1942 (sans autre précision) inscrit dans le marbre l’année du mariage de Nedjma, tandis que le 8 mai 1945 introduit de façon intempestive dans le roman l’événement historique qui hante la société du roman comme la société de référence et constitue une des pierres angulaires du discours sur l’Histoire que le travail de l’écriture intrinsèquement élabore.

L’une et l’autre date figurent, dans l’économie générale du récit, plus que des repères chronologiques, des événements dont les ondes de propagation diffusent, de proche en proche, leurs vibrations au vécu quotidien des personnages soumis à leur impact, générant un temps non pas statique mais comme étale et frémissant d’une sourde agitation. Un temps d’autant plus indéfini que les épisodes qui font avancer l’histoire sont toujours rapportés au présent de narration, ce qui désamorce continûment la construction d’une chronologie et d’une mise en perspective historique. A l’instar de Si Mokhtar s’employant à bouleverser les généalogies par ses frasques donjuanesques, la structure romanesque de Nedjma défie les lois de la construction d’une ligne du temps sagement orientée, notamment en résistant au remembrement fictif d’une histoire/Histoire d’aliénation. Tout se passe alors, comme si, par quelque entrée que l’on y accède, l’Histoire de l’Algérie – comme la progéniture du vieux brigand mythomane – était livrée à la confusion des origines.

Aussi la tentative de récupération du temps perdu – notamment celle menée par Rachid, le héros de la quête des origines – est-elle condamnée à avorter. S’impose alors le primat d’une organisation spatiale du récit sur son déroulement chronologique. Et, comme sur une toile de peinture moderne, l’absence de perspective et la co-présence au même plan d’éléments de niveaux différents, nécessite, pour ordonner le chaos, une lecture appelée à décrypter le rébus.

Dès lors, les lectures, comme le texte qui les provoque n’ont d’autre possibilité que de se présenter sous forme patchwork perlé de trous. En tout cas, il apparaît nettement, après cette brève présentation que construire une lecture à visée pédagogique reviendrait, essentiellement, pour cette œuvre, à en démystifier l’apparent hermétisme, à alerter sur la vanité des lectures globalisantes et à légitimer la multiplicité des angles d’attaque et des interprétations.

Et, d’abord, il nous faut renoncer à l’obsession du fil conducteur. Kateb, ayant rejeté le vecteur linéaire pour construire la chronologie de son roman, il découvre par « un hasard nécessaire » un parcours singulier, un redéploiement problématique du récit, ouvert sur les multiples possibles d’une histoire diffractée qui adopte, comme le remarque Antoine Raybaud5, une forme de mobile plus ou moins circulaire qui déboute toute fixité.

Une image diffractée

Paradoxalement, la contemplation de ce « mobile », fournit un accès de plain pied à une réalité algérienne et les lois de la mimésis, telles qu’elles fonctionnent dans le code réaliste, ayant été mises à mal, c’est par d’autres procédures que l’effet de réalité est produit.

Dessiné à coup de brefs flashes et d’amples balayages d’époques, le tableau offert au lecteur constitue un rébus, où ce qui frappe, de prime abord, c’est l’omniprésence de l’HISTOIRE qui nourrit le vécu des personnages alors même que toutes les références à l’Histoire n’affleurent que par évocations furtives, hiératiques. Hilaliens, Turcs, Romains, Français traversent le texte en cavalcades de petites phrases disséminées, laissant, comme une traînée de poussière,  une image brisée, lacunaire, surchargée par endroits, faite d’une accumulation de « bribes » et de « ruines » d’histoires qui s’entrecroisent et s’interpénètrent dans un perpétuel mouvement qui laisse malgré tout entrevoir une « peinture » de la vie sociale algérienne en période coloniale.

Car, malgré (ou peut-être grâce à) l’acharnement à fournir de cette réalité des versions qui se concurrencent et se contestent, le texte, par sa mobilité même, induit une perception du bouillonnement contestataire en train de faire bouger l’Histoire au lieu de produire une relation fidèle – ou seulement rationnelle – des événements évoqués. De ce fait, le lecteur se trouve immergé dans la vie sociale des personnages tant le texte est apte à produire des effets de réel.

L’événement cardinal, qui étend son ombre sur les autres, la répression de mai 45, dont la narration se réalise par à-coups, baigne dans des scènes du vécu quotidien, parfois tragique, qui, d’une façon ou d’une autre, confèrent au texte son puissant pouvoir d’évocation. En se présentant comme une expérience de pensée, Nedjma restitue à la littérature sa dimension la plus matérielle et peut, dès lors être perçue comme œuvre engagée.

Et malgré la désintégration des catégories traditionnelles de la représentation à laquelle s’est livré le travail de l’écriture, l’essentiel du discours romanesque pouvant justifier cette qualification se constitue de fragments qui se rattachent à une esthétique que l’auteur récuse : le réalisme.

Réalisme et dérision / engagement et vérité

Des épisodes comme la scène du chantier, l’épisode où Rachid fuit devant des policiers, celui de Lakhdar subissant la torture ou de Mustapha revenant à la maison à sa sortie de prison sont perçus comme reproduisant fidèlement la réalité. Ils sont couramment invoqués comme dénonciateurs des exactions coloniales et, partant, comme pièces maîtresses d’un roman dit engagé. Il est néanmoins remarquable que de tels épisodes – fortement scénarisés – se passent de tout commentaire autorisé pouvant les tirer du côté du « politiquement correct »

Au contraire, ces fragments sont, à des degrés divers, frappés au coin de la parodie, discrédités par la satire ou simplement désamorcés par l’autodérision.

La scène du chantier est exemplaire à cet égard où Lakhdar et M. Ernest échangent des coups ce qui conduit à l’emprisonnement du manœuvre puis à son évasion sur laquelle s’ouvre le roman et qui lui donne son tempo. Scène majeure de « dénonciation de l’oppression coloniale ». Or, par-delà la précision descriptive des faits et gestes des manœuvres, de M. Ernest ou de sa fille qui confère à l’épisode une dimension documentaire et peut le relier au roman engagé de l’époque 6 ; ce qui particularise la narration katébienne – outre la réitération de la scène en fin de roman – c’est un travail de théâtralisation que l’on a souvent mis en exergue. La mise en scène de l’échange/de la rétention des paroles et, davantage encore, du chassé-croisé de coups allant du coup de pioche d’Améziane au coup de tête de Lakhdar en passant par le coup de mètre du contremaître, insuffle un mouvement et une stylisation à l’épisode qui sont de l’ordre de l’art chorégraphique. Avec, en prime, le jeu de mot sur le coup de tête et la contrepèterie sur le coup de mètre du contremaître qui souligne le parcours de la circulation des coups transformé en spectacle et renverse la violence des rapports de domination en un jeu puéril de vilains garçons. Ce faisant, la scène instaure un climat de pesant de violence banalisée, en même temps qu’une tonalité espiègle, selon des règles non écrites d’un jeu non codifié mais codé par le travail de l’écriture 7.

Surtout, la scène du chantier, par-delà son caractère documentaire, exploite la charge symbolique du lieu – espace emblématique de l’exploitation coloniale – en accentuant jusqu’à la caricature la non implication des ouvriers qui feignent de s’y affairer alors qu’ils ignorent (aux deux sens) l’intérêt de leur travail et jusqu’à sa destination finale. Tenus à l’écart de l’histoire/Histoire qui s’y projette, leur mode de présence écrit une autre Histoire en train d’advenir, à la fois par l’échange de signes qui tisse leur solidarité, par l’arbitrage du « match » auquel ils assistent et par la circulation de signes dans l’espace du texte qu’ils orchestrent.

La lecture littérale de l’épisode est alors complétée/supplantée par un déchiffrage qui met au cœur du dispositif textuel la stylisation du message et l’arrache à une interprétation anecdotique pour une signification indéfiniment prolongeable. Le travail d’abstraction, en dégageant la scène de sa gangue figurative, lui fraie la voie pour une représentation plus large des rapports de domination. Ce glissement, le travail de l’écriture le réalise en troquant, chemin faisant, les techniques de la mimésis contre l’épure du signe qui, à la fois synthétise du sens et désenclave sa propagation en vue d’une aventure imprévisible.

D’une toute autre façon, l’écriture katébienne « déréalise » la biographie de M. Ricard tout en l’historicisant à travers une caricature qui offre un saisissant raccourci (un condensé) du roman colonial. Dans cet épisode – qui fonctionne comme une rétrospective destinée à introduire un personnage en  racontant ses antécédents – la trajectoire de la réussite du self made man, recoupe le poncif du colon défricheur, qui se trouve être huguenot d’ascendance, comme en un besoin de cumuler les figures idéologiques qui ont accompagné l’ère de l’efficacité et de la rentabilité fondée sur un temps qui se mesure à la minute près et auquel on mesure ses activités selon une éthique de la contrainte productiviste. Temps qui présida à l’expansion capitaliste, civilisation du travail et du progrès qui produisit, en sa phase ascendante, le roman réaliste bourgeois, convoqué ici à comparaître en un savoureux morceau de bravoure qui pastiche la manière balzacienne pour retracer la vie de M. Ricard avec ses déterminismes et ses fantasmes. Portrait qui culmine dans un condensé parodique des procédés analogiques chers à l’auteur de La Comédie humaine : «  N’ayant jamais été de ceux qu’on interroge, travailleur de force et patron de combat, il se dispute implacablement son propre salaire, son propre repos, inapprochable et matinal ainsi qu’un chef d’Etat, un forçat ou un prêtre » (p. 17) 8. Derrière son apparence sagement descriptive, ce portrait se présente comme une sorte de bilan critique et prépare, avec la mort de M. Ricard et son éviction de la scène romanesque, la réversion du code réaliste tout en inscrivant obliquement en texte la liaison entre forme littéraire et rapport à l’Histoire.

Pour sa part, le roman de Suzy – la fille du contremaître M. Ernest, « pleine de mouvements qui paralysent » qui vient troubler l’ordre du chantier et du monde en portant atteinte à l’univers des signes – déjoue, autant que l’épisode de la bagarre, l’orientation descriptive du langage. « Elle s’appelle Suzy comme une artiste ! » (p.13) ; elle est le sosie de Nedjma, fiction d’une fiction. Elle introduit le thème du double et de la gémellité, elle subjugue les manœuvres, en particulier Mourad, auteur du « meurtre absurde » de M. Ricard qui le conduira derrière les murs de Lambèse, « le pénitencier qui faisait l’orgueil de Napoléon III » et où « les Romains sont remplacés par des Corses » (p. 41). Elle duplique sur le mode ‘star de pacotille’, le pouvoir de séduction maléfique qui fait le charme (au sens fort) de Nedjma. Son image ricoche sur la fascination des personnages, en particulier Rachid, par les vedettes et les cantatrices (Osmahane)  en vogue au Moyen Orient qui, elles aussi, renvoient à Nedjma tout en nous plongeant dans ‘l’air du temps’.

On peut multiplier à l’envi les exemples de détournement des procédés d’écriture réaliste, que ce soit pour camper des personnages, pour dessiner des trajectoires ou pour raconter des événements, et par lesquels l’écriture katébienne subvertit les fondements mêmes de la représentation mimétique du monde et élabore son propre code et son propre rapport à l’Histoire.

En définitive, tout le pan réaliste, qui rattache le roman katébien à ses prédécesseurs et à l’apprentissage scolaire, et pour lequel on a pu attribuer à Kateb une forme d’engagement de type sartrien (par la dénonciation), se trouve biaisé. S’il fonctionne bien, à un premier degré, comme ensemble de fragments produisant un effet de réalité en évoquant une situation sociopolitique, il subit aussi une désagrégation iconoclaste et un détournement pour servir une autre esthétique. Du reste, l’intention satirique, dénonce les rhétoriques et les tics de ces extraits, au profit d’un dire poétique, métaphorique, parfois ludique qui ouvre largement les avenues de la circulation du sens, tout en produisant des images chocs qui retrouvent la logique et l’efficace d’une esthétique de l’abstraction.

Grâce à une telle démarche, la représentation échappant à la contrainte mimétique, se trouve transcendée par le travail textuel. En effet, par delà la fonction descriptive des éléments qui présentifient en texte le hors texte, le traitement critique de ces éléments se double de l’interrogation sur la possibilité même du récit et sur sa véracité. En fait, de cette véracité dépend la crédibilité du discours sur l’Histoire de l’Algérie (du monde) qui se tient en texte.

Une fresque carnavalesque

Ce discours sur l’Histoire, on le rencontre dans des boutiques, au café, dans la rue…Par exemple chez le marchand de beignets qui héberge Mustapha à son arrivée à Bône, puritain et tartuffe qui épate ses visiteurs en exhibant le savoir de l’étudiant déchu, sommé de débiter les propos démagogiques qui nourrissent l’autosatisfaction des vaincus et les discours politiques creux des professionnels du militantisme : « le vocabulaire français comprend 251 mots d’origine arabe… Nous aussi nous influençons leur civilisation (…) Nous marchons à dos d’âne et nos minerais de l’Ouenza donnent le meilleur acier léger pour avion à réaction… » (p. 80).

Dans une tout autre tonalité, se pressent dans le salon de coiffure de Si Khélifa, réputé « agitateur politique », aussi bien des clients que des amis « séparés par un rideau ». Le maître des lieux « Libre et discipliné, coiffeur, penseur, organisateur, sexagénaire » (p.231), accueille Mustapha encore lycéen, qui s’initie là au débat politique tout en cultivant une amitié avec un camarade italien Ligui qui refuse la politique mais l’avertira de son imminente arrestation. Ce salon est représentatif de cette multitude de lieux entre ‘cafés du commerce’ et cellules de propagande politique qui émaillaient les villes d’Algérie après la seconde guerre mondiale.

Taleb le peintre en bâtiment et joueur d’échecs, double parodique du prestigieux romancier (Camus) qui succombera aux interrogatoires après son arrestation, enrichit à sa façon cette galerie de petites gens dont le texte esquisse les relations qu’ils ont entre eux et les rapports imaginaires qu’ils entretiennent avec leur réalité.

Au fil des pages, toute une collection de personnages et de lieux aux contours rapidement et finement croqués dessinent une « fresque » socio-historique à coup d’épures qui animent un carnaval tragi-comique où résonne le charivari d’une pluralité de paroles : celles qui bloquent la pendule de l’Histoire et sclérosent la pensée comme celles qui brisent les barrières et projettent des alliances : la rumeur du monde, en somme.

A cet égard la scène de la rencontre de Lakhdar, à sa sortie de prison avec le jeune sergent qui ne frappait pas les prisonniers (p. 61-62) est exemplaire d’un échange direct où, par delà les méconnaissances, on peut rire de soi et de l’Autre, avec lui.

Au fur et à mesure, ces fragments de scènes où se tiennent des bribes de discours idéologiques constituent une palette de « morceaux choisis » prélevés dans le discours social et qui définissent le climat général, donnent à pressentir la marche du temps. Certains des énoncés, figés dans leur formulation dogmatique, sont tournés en dérision et revêtent un statut dépassé parce qu’ils ont perdu leur capacité d’inventer.

Généralement la dérision, dans le texte katébien, remplit une action de salubrité en s’employant à restituer à chaque chose sa juste place. Ainsi du poème où Lakhdar, soulevé par le souffle de « l’Algérie irascible », se métamorphose en chef de guerre de bande dessinée par la vertu de la force collective des manifestants. Tout en cédant à l’exaltation, le personnage persifle sur son propre « héroïsme » et le poème s’achève sur une dérive satirique qui désamorcer la tentation épique, dégonfle l’enflure de l’imagination et dresse face au preux chevalier la misérable figure du père paysan « en guerre avec son estomac ». Alors la prose des réalités sociales redimensionne l’envolée lyrique de l’étudiant, « une puce sentimentale » qui fait « le fou devant (son) père le paysan » (p. 54) relativisant les enjeux et redéfinissant les terrains de lutte.

A travers ces exemples, on perçoit comment le procès d’énonciation donne à lire ce qui résiste à la transformation et ce qui y pousse, comment ces bribes d’histoires contribuent à construire la crédibilité de la représentation de l’HISTOIRE à coup d’engagement critique de l’énonciateur. Du même coup, se trouve proposée une vision lucide de l’Histoire.

Dans le fouillis des idéologies citées, on perçoit aussi certains énoncés qui laissent deviner l’adhésion de l’auteur, pour le moins le l’archi-narrateur qui orchestre la prise de parole des différents narrateurs intradiégétiques.

La Nation en formation

Ainsi, par exemple, lorsque l’auteur fait prendre en charge par Si Mokhtar, père dévoyé, adultère et incestueux, le cadre conceptuel d’une théorie conçue « outre mer » : celle de la nation en formation : « Car, sache-le, nous ne sommes pas une nation, nous ne sommes que des tribus décimées… » (p. 128).

Thèse corroborée par des allusions furtives qui donnent à entendre que l’Histoire de l’Algérie a été une longue succession d’invasions et de tentatives sans cesse recommencées d’unité nationale. Thèse encore étayée par l’aventure de Rachid qui tenta de remonter le cours du temps pour retrouver une unité mythique, lui qui avait reçu les confidences du vieux mentor fou, et qui expose à l’écrivain public sa vision des choses concernant cette Histoire : « il suffit de remettre en avant les ancêtres pour découvrir la phase triomphale, la clé de la victoire refusée à Jugurtha, le germe indestructible de la nation écartelée entre deux continents/ la Sublime Porte et l’Arc de Triomphe (…) la Numidie dont les cavaliers ne sont jamais revenus de l’abattoir, pas plus que ne sont revenus les corsaires qui barraient la route à Charles Quint » (p.175)

Mais quel que soit le degré d’adhésion, Kateb ne succombe jamais à la séduction d’une vérité définitive. A travers les discours sur l’Histoire comme à travers les scènes de genre ou les portraits des personnages, son travail romanesque fonctionne à la transgression et à la libération des idées reçues. Sans doute est-ce en cela que le roman de Kateb s’impose comme roman révolutionnaire, non du fait d’un quelconque message.

Poésie et révolution

Si, bravant les consignes du moment, Kateb refuse le plaidoyer et s’interdit de faire de son roman une pièce à conviction dans le procès de la colonisation, le discours d’opposition qui traverse de bout en bout son roman lui confère un pouvoir de dénonciation du système colonial plus fort que n’importe quel discours moralisateur ou convenu. Surtout la mise en scène des exactions coloniales ne le dispense pas d’une critique féroce des pauses des leaders nationalistes, de l’enflure de leurs discours, des approximations de leurs références, de tout ce qui discrédite leurs paroles et leurs actions.

En particulier l’idéologie  nationaliste est mise à l’épreuve de l’histoire romanesque : « Je n’ai pas de carte d’identité » déclare Lakhdar qui, à la première page du roman, vient de s’échapper de prison. Et c’est dans ce double mouvement d’évasion, de rupture des amarres et d’affirmation d’une identité ignorée que se construit le discours romanesque qui progresse selon une démarche zigzagante et hiératique, épousant, en quelque sorte le mouvement de la réflexion.

En fait la vérité historique des événements et des discours qui peuplent l’univers romanesque est toujours vacillante. Les récits passent de bouche en bouche, bifurquent et s’inscrivent, plus ou moins transformés dans d’autres récits, les informateurs sont le plus souvent hasardeux, leurs narrations sont à tout moment menacées d’éclatement, de remise en cause…

Les références les plus évidemment « historiques » (Jugurtha, les Romains, les Arabes, les Turcs) surgissent de façon furtive, elles sont saisies dans des fragments disséminés, disposés en « mobile » révélateur de la complexité algérienne, selon un bricolage qui relève davantage d’une démarche essayiste et critique que d’une narration romanesque.

Contrairement au Dib de cette époque 9 (dont la trilogie Algérie souscrit au credo balzacien du « donner à voir pour donner à juger ») Kateb, refuse le plaidoyer malgré l’horizon d’attente fortement incitateur. Moyennant quoi, le roman katébien opère une dissimilation de la sphère romanesque matricielle et découvre sa forme propre.

Pour autant, l’auteur ne renonce pas à l’engagement. Mais il ne le conçoit pas dans la reconduction d’une forme née sous d’autres cieux en d’autres temps. D’autant que, tout en étant un écrivain éminemment impliqué dans les luttes de son temps, il était aussi, du fait de sa révolte radicale, retranché des moules idéologiques qui saturaient le champ social.

En raison du pacte qu’il a passé dans la geôle coloniale, conjointement, avec la Révolution et avec la Poésie, Kateb se trouve embarqué sur une trajectoire difficile qui récuse les simplifications et les compromis. Dès 1948, Nedjma ou le poème ou le couteau, long poème ferment de l’œuvre à venir, tisse le lien indissoluble entre une réflexion sur les « formes » d’écriture et les nécessités du combat, lie intrinsèquement explosion poétique et Révolution,

Mythe et Histoire

En contrepoint de cette quête/contestation de la vérité historique, se dresse une tentation permanente du mythe. Le mythe, à la fois, comme entreprise de mystification et comme figure collective d’une histoire susceptible d’apporter réponse et ordre dans un chaos. Le mythe qui retrouve sa fonction originelle d’histoire inventée pour répondre à une question pressante et à une angoisse.

Dans Nedjma, Keblout (l’ancêtre fondateur de la tribu) et Nedjma (l’héroïne impossédable sublimée en figure de la Patrie) ont une valeur à la fois historique et mythique. Tous deux hallucinent le texte et, d’une certaine façon, l’histoire/Histoire se construit à travers eux, alors qu’eux-mêmes ne se constituent que par et à travers le désir des autres protagonistes (les fils comme les pères). Ce rapport dialectique montre, à l’évidence, qu’avec eux on a affaire à des fantasmes plus qu’à des personnages référentiels, à des concepts en somme.

Nedjma multiple : Hilalienne, Andalouse, Salambô déflorée, vestale au sang déjà versé, femme faite adversité, fleur irrespirable, ogresse au sang impur, amazone de débarras, Cendrillon au soulier brodé de fil de fer, femme fatale, stérile et fatale, pépin du verger, avant-goût du déboire, parfum de citron… Nedjma, la réplique de l’insatiable Française, la goutte d’eau trouble, la mauvaise étoile de notre clan, batracienne pleine de cris nocturnes, grenouille au bord de l’équation, principe d’électricité… reine fugace, aphasique, amnésique… Cet inventaire à la Prévert qui réunit l’essentiel des qualifiants accolés à la sultane (encore un !) montre à quel point la représentation de cette femme irradiante et si convoitée marque le bord de l’irreprésentable, recourt à une esthétique du signe pour dessiner une béance dans la relation imaginaire que ses quatre cousins/amants entretiennent avec elle. Divinité qui commande secrètement les interrogations des hommes, Nedjma – fille de la tribu et d’une mère française et juive – est bien « étoile de sang jaillie du meurtre pour empêcher la vengeance » (p. 179). Fruit de la discorde et symbole d’unité nationale. Son être composite à l’extrême la désignait pour transcender toutes les contradictions et pour représenter les trois quêtes que le roman poursuit : la quête de la patrie (qui, à cette époque drainait toutes les quêtes), la quête de l’amour (de la femme : la grande absente), la quête d’une forme littéraire (préoccupation majeure de tout grand artiste, surtout s’il a été dépossédé de sa culture).

Keblout, comme Nedjma, plus que Nedjma, sans doute, est réfractaire à toute description ; comme elle, il n’est qu’une accumulation de propriétés imprécises, d’attributs symboliques. Seul son nom (corde tranchée 10) tient à son être, est – proprement- sa re-présentation. Loin du « réalisme colonial » qui subsiste, fût-ce en miettes, dans la représentation des autres personnages (y compris Si Mokhtar) la légende tribale impulse, sur le mode onirique (donc loin des procédés mimétiques), l’élaboration d’un matériau brut fait de traces mnésiques pour évoquer l’absence / omniprésence de l’ancêtre éponyme. Lorsqu’il apparaît, pour ainsi dire en majesté, dans le rêve de Rachid, il surgit drapé de sa légende, en fauve et en père fouettard qui exhorte ses descendants à se soumettre à un Loi dont il ne leur donne aucune justification. On comprend alors que si la représentation de l’ancêtre est si abstraite, si elle se réduit quasiment à son signifiant ; c’est que le risque qu’il court est celui de l’oubli. Aussi, la mise en demeure qu’il adresse à ses descendants est-elle d’entretenir l’ancestralité, quoi qu’il advienne, quoi qu’il leur en coûte. Y compris d’être réduits à suivre « la trace des pères, des juges, des guides (…) jusqu’à l’hécatombe » (p.97).

Nedjma, quant à elle, d’abord femme fatale, elle se métamorphose après sa « nativité » poétique sur la terre des ancêtres, et se charge d’un symbolisme qui la soustrait aux convoitises des hommes. Dès que la levée du voile sur son corps eut fait apparaître que la quête d’identité débouchait sur la dé-couverte de la différence originelle, sa trajectoire prit une autre direction, renonçant au narcissisme et à l’inceste. En dévoilant le désir d’altérité à la source de tout discours d’identité, le texte recentre le discours romanesque du même mouvement sur une antériorité mythique et sur une re-constitution de l’Histoire.

Mythisation de l’environnement

C’est aussi à travers la « mythisation » de l’environnement dans le quel se meuvent les personnages que l’affleurement des structures historiques contradictoires apparaît nettement. Comme pour Nedjma et Keblout, le travail métaphorique et symbolique du texte libère son exploration du réel, en le délivrant des contraintes de la description réaliste. Ainsi, par exemple, la découverte de Bône par Lakhdar lycéen après sa participation aux manifestations et son emprisonnement se fait sous le signe de l’affrontement qui oppose le train – attribut de l’Etranger et de sa modernité dominatrice à Bône, appelée aussi Hippone pour inscrire la profondeur historique de cette « ville exigeante et nue qui laisse tout mouvement se briser en elle comme à ses pieds s’amadouer la mer » (p.70). Lorsque l’antique cité s’approprie l’omnipotence du « Dieu des païens parvenu à son quotidien pouvoir », elle représente, à l’instar de Constantine/Cirta, elle aussi confrontée à la locomotive du colon « l’Algérie éternelle ». A elles deux, elles métaphorisent la résistance du pays aux conquérants qui se sont succédés sans entamer l’inaltérable intégrité de l’antique Numidie. En même temps, à travers cet affrontement, le texte laisse pressentir, l’interpénétration (violente et productive) des deux mondes en présence et percevoir la lame de fond qui porte le mouvement de l’Histoire 11 .

Comme pour les deux garants mythiques de l’appartenance à une collectivité (Keblout et Nedjma), l’écriture, dans son travail de représentation des deux villes mères (Bône et Constantine) s’en remet à l’efficace du symbolique qui spécifie le champ littéraire/culturel traditionnel maghrébin, et dont le mode de signification vise globalement le désaveu du représentable.

Retour à l’Histoire

Dès lors, la représentation de l’Histoire que propose le texte – tributaire du parti pris poétique – se produit, pour l’essentiel, hors du champ documentaire ; elle s’avance comme Nedjma voilée/dévoilée par l’expression poétique, médiatisée par les significations mythiques ; elle se découvre à la faveur des quêtes et des discours des différents personnages, des énigmes que le récit instaure ; elle se réalise en relation inconsciente avec les forces qui, dans la société, poussent. Histoire comme espace de confrontation des idéologies et des forces en présence ; Histoire comme réflexion sur le présent qui fait toujours apparaître sa solidarité avec le passé dans une forme dont la précarité et l’inachèvement composent en permanence avec la mort.

Etudier la représentation de l’Histoire dans Nedjma revient alors à mettre en exergue du creux, car ce qui affleure dénonce invariablement ce qui est absent – perdu ou dissimulé, oblitéré. Histoire striée de hiatus, de moments d’amnésie, de discontinuités historiques, de « corde tranchée » de la généalogie.

De fait l’œuvre de Kateb (comme de l’ensemble de la littérature maghrébine de cette époque) se construit sur un socle censuré : « On nous a volé notre manière d’être au monde » déclarait l’auteur après la parution de Nedjma 12.

Dès lors, le texte opère une traversée folle de fragments et de vestiges sans parvenir à recoller les morceaux épars de la jarre cassée. Et la remontée aléatoire  de l’oblitéré, hypothèque la reconstruction de l’Histoire. De même, l’échec de Rachid dans son entreprise de remontée du temps, proclame à l’évidence que toute tentative de remembrement du passé est impossible sinon vaine.

En somme l’irreprésentable, dans Nedjma, ricoche sur l’innommable, l’incohérent, le censuré, l’absent dans l’ordre de l’historique.

Faute de vouloir « décrire objectivement » une réalité (entreprise impossible), faute de savoir reconstruire l’Histoire, Kateb refuse d’affirmer une/des vérité/s. Mais il peut penser cette Histoire/histoire. Nedjma et toute l’œuvre de Kateb pense une Histoire/histoire du devenir dans le mouvement qui consiste à penser une écriture. Aventure qui, partie d’une quête d’identité débouche sur la résurgence du désir et de l’Autre au cœur de l’Eden mythologique de l’endogamie.

Pourtant, la condamnation de Si Mokhtar (auteur de la faute exogamique et du meurtre fratricide) et de Rachid (témoin de l’image d’altérité) par leurs doubles originaux (le vieux messager et le nègre) vise à effacer le souvenir de la trace étrangère et à maintenir l’énigme des origines. Rien n’est simple et le propre de l’énigme est de rebondir ailleurs, autrement, quand elle a été débusquée.

Poétique de l’irreprésentable

Dans la recherche de Kateb, l’indicible poétique rend compte d’une double butée : celle de la résistance du réel et celle de l’interdit de la représentation culturel.

Aussi, pour notre auteur, le travail poétique doit-il aller au bout du langage pour retrouver la voix perdue : « si vous voulez aller au bout de ce que vous dites, vous êtes à un moment abstrait, obscur : vous vous retournez sur vous-même. Mais j’ai, en tout cas confiance dans le pouvoir explosif de la poésie, autant que dans les moyens conscients du théâtre, du langage contrôlé, bien manié » 13. Pour lui qui a grandi dans la tradition des joutes poétiques et qui, enfant, donnait la réplique à sa mère qui « à elle seule était tout un théâtre », il n’est pas étonnant que la poésie soit au centre de tout,

Sa responsabilité, son engagement sont bien évidemment – et ceci dès ses premiers pas dans « la gueule du loup » – « (d’)explorer les abîmes, (de) scruter les horizons » comme il le confie dans une interview, généralisant sa posture à tous les écrivains maghrébins et ajoutant que sa situation « entre deux lignes l’oblige à inventer, à improviser, à retrouver sa voix perdue dans le fracas des armes (…) Il sent en lui la déchirure et cependant il entrevoit la confluence » 14.

Le coup de génie dont l’auteur fait preuve dans Nedjma, est d’avoir, à la fois « retrouvé la voix perdue » et réalisé « la confluence ». Ce qui lui a permis d’entrer de plain pied dans l’esthétique de la modernité par un chemin de traverse qui lui fait « économiser » le parcours historique du roman européen que ses prédécesseurs s’étaient appliqués à revisiter pour s’y insérer, fût-ce en y apportant chacun sa touche personnelle.

En fait, l’écriture romanesque katébienne que l’on a parfois attribuée à une influence du Nouveau Roman, l’inscrivant indûment dans le champ des recherches formelles serait plutôt à rapprocher de l’entreprise de Diderot dans Jacques le fataliste où le héros-narrateur, bâillonné jusque là, retrouve sa voix en faisant parler les différents discours qui dénoncent la réalité, permettant à l’auteur de faire l’état des idéologies dans la France d’avant la Révolution de 1789. Pareillement, au moment où se prépare le déclenchement de la guerre d’indépendance, Kateb enregistre et met en œuvre dans Nedjma, (écrit pour l’essentiel, on le sait, avant 1948) différents discours d’identité qui s’entrecroisent et se contestent autour d’une même réalité, témoignant par là même de postures idéologiques hétérogènes engagées dans un même mouvement historique.

D’une certaine façon, Kateb s’inscrit, à sa manière, dans cette tradition critique du roman qui, depuis ses débuts, n’a cessé de s’interroger sur ses codes de représentation tout en s’interrogeant sur le monde et l’Histoire. Du Quichotte au Nouveau Roman en passant par l’anti-roman du XVIIIème siècle et la fameuse page noire de La vie et les opinions de Tristram Shandy, le roman, confronté aux contraintes de la représentation mimétique du réel observable, achoppe, entre autres, sur le problème des versions multiples, voire contradictoires d’un même récit, sur celui de la simultanéité des événements, incompatible avec la linéarité du récit ou encore sur les impasses de la psychologie, du vraisemblable, de l’objectivité etc…

Avec Sade, Flaubert, puis Kafka, Joyce, Beckett et autres Robbe-Grillet, la littérature est passée en Occident, d’une perspective historique imbue d’une certaine rationalité, à sa disparition. La littérature de cette disparition et, plus largement, de l’absence, remonte à la surface, à travers le langage, sa fragilité, ses manipulations et finit, avec le Nouveau Roman, par frapper d’inanité la narration (l’histoire diégétique) – accusée d’être arbitraire, superficielle et inconsistante – pour tourner autour des objets considérés comme seuls garants de la concrétude d’un monde de plus en plus livré à la perte du sens.

Cette abrasion des catégories de la représentation romanesque classique ne pouvait que convenir à un Kateb nourri à la liberté narrative de l’oralité : les grandes histoires d’amour (Madjnoun Leyla, Hiziya), les contes d’ogres et d’ogresses et autres légendes de fondation). Un Kateb familier de la structure en rhizome des Mille et une nuits, enclin à la métaphorisation poétique et d’emblée acquis au principe de la transposition symbolique. Aussi bien, « aucun fil n’est jamais perdu pour qui recherche les origines » (p. 146), disait Rachid, qui ressentait « comme une cicatrice la vive conscience d’antan (…) voué à cette pitoyable démarche d’aveugle butant sur le fabuleux passé » (p. 167)

Moins tragique que chez Rachid cette recherche est, en fin de compte, chez Kateb, de l’ordre de la re-découverte, au sens où Averroès, si on en croit Borgès, estimait que « le grand poète n’est pas celui qui invente mais celui qui découvre » 15.

Ce faisant Kateb découvre (re-découvre ?) la portée d’une esthétique de l’abstraction que Yahia El Wassiti 16, ce peintre de Baghdad recherchait quand il déclarait vouloir « peindre les pauses du chameau conforme à une fleur dorée à six pétales »

par Naget Khadda (Université d’Alger – Université de Montpellier III)
Publié sur Fabula le 13 avril 2009

Notes :

1 Universitaire algérien dont l’essentiel de son travail sur Kateb a été réuni dans un ouvrage intitulé : Lecture(s) de Kateb Yacine, Editions ANEP, Alger, 2004

2 In article « L’idéologie littéraire », n° spécial (39bis) de la revue La Nouvelle Critique, consacré au colloque de Cluny II, Littérature et idéologies, 1970

3 A ne pas réduire au sens d’une règle confessionnelle répressive parce qu’il s’inscrit dans une forme de spiritualité et oblige à une réflexion éthique et esthétique.

4 Notamment in Le Prince et le marchand, éd. Fayard, 1980

5 In « Nedjma palimpseste », article paru dans Kateb Yacine, n° 828 de la revue Europe, avril 1998

6 Cf. à titre de comparaison, la scène dans L’Incendie de Mohammed Dib, 1954, où, dans la ferme Marcus, un ouvrier agricole est happé par une machine dépeinte comme un monstre qui broie avec la complicité de son maître, le colon.

7 Cf. article de Mireille Djaïder et Naget Khadda « L’écriture en chantier » dans la revue ronéotée Kalim, n°5, Alger, 1983. Et chapitre « chronotopologie des catastrophes » dans ma thèse de doctorat d’Etat : (En)jeux culturels dans le roman algérien de langue française, Université de Paris III, 1987.

8 Les numéros de page de Nedjma renvoient à l’édition de 1956, Le Seuil.

9 Dib aussi décrochera du modèle réaliste classique pour conduire son roman dans une nouvelle aventure. Mais il le fera après l’accession de l’Algérie à l’indépendance, estimant seulement alors que le moment de l’engagement était révolu.

10 Etymologie donnée par Si Mokhtar du nom « Keblout »

11 Cf. dans mon article « Historicité, ancestralité, féminité » dans la revue Europe n° 828, avril 1998, le face à face du minaret et de l’armada de béton ; cf. également l’expédition du Nadhor où les notations sur les mutations de la nature dénoncent le caractère illusoire du retour aux sources tout comme l’échec de l’entreprise des trois personnages (Si Mokhtar, Rachid, Nedjma) cherchant à remonter le temps, réaffirme les droits de l’historique

12 Entretien intitulé « Dialogue à Carthage » paru dans L’Action Tunis du 11août 1958.

13 in « Pourquoi j’ai écrit Le cadavre encerclé », France Observateur, 31/12/1958

14  Interview in Témoignage Chrétien du 13/03/1957

15 In « La quête d’Averroès », recueil de nouvelles L’Aleph, Gallimard, 1967 pour la traduction française.

16 Yahia El Wassiti (634 de l’Hégire, 1237 J.C.) illustrateur des maqamat (séances) d’El Hariri, écrivain réputé être le maître de ce genre dont on a pu dire qu’il préparait l’émergence du roman dans l’aire civilisationnelle arabe.

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La double vie d’un poète amoureux : à propos de Nedjma

Posté par algeriedemocratie le 12 juillet 2009

La double vie d’un poète amoureux : à propos de Nedjma

Benamar Médiène (Université d’Aix-en-Provence)

Journée d’études Kateb Yacine, Nedjma

 

(Pour de plus amples éléments biographiques de Kateb Yacine, je renvoie le lecteur à mon ouvrage : Kateb Yacine, le cœur entre les dents, publié chez Robert Laffont, Paris, 2006.)

 

William Faulkner, un des « auteurs océans » qu’admirait Kateb, avait donné cette magistrale réponse à un critique littéraire qui l’interrogeait sur sa vie : ‘’Un livre, c’est la vie secrète de l’auteur, le jumeau sombre de l’homme. Vous ne pouvez les réconcilier.’’

‘’J’ai déchiffré l’héritage des ancêtres et l’ai converti dans le refus des soumissions, dit Kateb Yacine, et ce refus est devenu passion, passion de la politique et des libertés. Mes démons intérieurs ne sont pas une malédiction, mais des verbes ! Et ces verbes sont une puissance de frappe pacifique !’’

Avec le roman Nedjma, Kateb invente un langage littéraire articulé à un système mythologique qu’il construit à partir de son histoire individuelle, puis familiale et ensuite en extension à l’Algérie et à l’universalité. La vie et l’œuvre de Kateb Yacine vérifient d’une certaine manière cette sentence d’Aristote : ‘’La poésie est plus vraie que l’histoire.’’

Du sujet biographique.

Témoin ou narrateur ? Que devient le témoin quand le narrateur oublie qu’il n’est que comparse fictif inventant ses boussoles et franchit des limites ? Le témoin est-il le maître des cartes, des mises et de la relance, alors que le narrateur ne serait qu’un tricheur et qu’il peut disparaître d’un tyrannique trait de plume ? Le témoin brandit ses certitudes au nom de sa proximité avec le corps du sujet et l’infaillibilité de sa mémoire et donc ne craint pas le parjure. Le narrateur se couvre quant à lui du manteau de la fiction, donc de l’innocence. Une biographie de Kateb Yacine ? À l’impossible nul  n’est tenu, mais chacun peut être tenté par ce jeu dangereux. Un jeu de pistes et de dupes. Du côté du biographe et de sa vanité à vouloir passer sur le territoire du révolu et de la mort, à pratiquer une espèce de rite funéraire à rebours, un rite d’exhumation pour une résurrection littérale ; du côté du lecteur, étonné d’être l’immédiat contemporain, l’intime interlocuteur silencieux du sujet réincarné dans le présent.

Kateb Yacine figure d’une biographie ; l’écrivain, par retournement de situation, devenant sujet d’écriture. Lui cette figure de démiurge déconcertant, irrévérencieux et perturbateur, qui dans ses illuminations de prophète ivre, avale de la poudre à canon, une rasade de vodka et allume une cigarette. Lui qui reçut post-mortem l’anathème urbi et orbi d’un muphti aussi zélé que délateur. Alors, le provocateur d’hier, aujourd’hui provoqué ou simplement évoqué ? Peu importe puisque les verbes provoquer et évoquer sont tous les deux liés au substantif ‘’vocare’’, voix, donc à l’appel, à la parole du dehors.

Comment déplier le temps, débusquer et saisir ce qu’il retient en chacune de ses pliures ? Jouer avec le miroir, faire tourner les tables ? Je choisis de parler à partir d’un isthme. Entre deux mers et deux continents : celui de l’étrange et celui que je foule de mes pas. Eloignement et proximité. Frontière et franchissement. La mémoire s’éboule. Les mots se dérobent. Volatils, ils narguent. Parler de… ou parler à… ne relève pas seulement de procédures, quelles que soient leurs prétentions : celles de l’historien certifié ou celles du témoin, libre narrateur. La question du rapport au temps et à la distance, pointe. Incontournable. L’isthme est un territoire imaginaire ou une nappe phréatique. Seule, la représentation y a droit de cité. Elle permet de concilier l’absence et la présence.

Le narrateur raconte à la place du témoin que je suis. Un  second narrateur, Kateb Yacine, porte une part du récit.

Parler de Kateb, c’est d’abord prendre acte d’une limite infranchissable, d’une temporalité irrémédiablement révolue. Parler, c’est dire et dire, c’est montrer ce qui n’est pas ou plus là.  Donc, à abolir le temps en le réincarnant. L’écriture comble les creux, la parole répare, la syntaxe fera le reste.

Je n’ai pas opté pour une biographie normative, m’attachant plutôt à  figurer un poète tourmenté et révolté, un sans domicile fixe écrivant et lisant jusqu’à épuisement, jusqu’à la dernière clarté du jour ou de l’esprit. Sur la table de chevet de la chambre d’hôpital où il est mort, étaient posés cinq livres : ‘’Poèmes’’, d’Hölderlin, ‘’Cours Hölderlin’’, de Jacques Touboul, ‘’Aracoeli’’,  D’Elsa Morante, ‘’Villes’’, de Faulkner et le ‘Concile d’Amour’’, d’Oscar Panizza.  C’est ce dernier ouvrage que je ne connaissais pas et qu’après lecture, m’a stupéfait. Ce livre est un ‘’fleuve de feu’’ écrit André Breton dans la préface de l’édition française ; une tragédie céleste dans laquelle Dieu et ses Envoyés sont réduits et réduits à la condition humaine, vieillis, déchus, pris dans les rets de la vénalité, de la concupiscence et de la vanité. Pourquoi ce brûlot blasphématoire entre les mains d’un homme épuisé par la chimiothérapie ? Kateb s’était-il reconnu en cet homme de la sédition absolue, cet insurgé qu’était Panizza affrontant, en solitaire, l’autorité de l’empereur Guillaume II et celle de Dieu ? L’homme qui exerce sa liberté de penser, de créer, de transgresser, fusse au prix de la prison, de la folie et qui passe les seize dernières années de sa vie en réclusion dans un asile. Kateb admirait Hölderlin, Nerval, Van Gogh… qui sont allés aux extrêmes et qui ont chuté dans la folie, ce désastre obscur, ou le suicide. Le 29 octobre 1989, le grand muphti d’Alger lança l’anathème contre le poète, mort le jour précédent à Grenoble. Acte insensé voulant interdire l’enterrement du défunt en son pays et en toute terre d’Islam.

Par tableaux impressionnistes successifs ou décalés et par empathie déclarée, j’ai essayé, ses livres à portée de regard, de rendre des moments et des atmosphères de la vie de Kateb Yacine. Je me suis souvent posé cette question, si banale : Yacine parlerait-il comme un livre et à livre ouvert ? Sans hésiter, je répondais oui ! Comme les siens ! Témoin, confident ou interlocuteur, il m’était parfois possible de terminer une de ses phrases, de compléter une de ses idées en mettant le doigt sur un passage d’un de ses textes, en lisant une strophe d’un poème. Une part importante de la vie de Kateb est dissimulée et disséminée dans son œuvre.

Yasmine, la mère de Kateb et Nedjma alias Zouleikha Kateb, la cousine et l’amante, les deux femmes de sa vie sont omniprésentes dans son œuvre. Sa mère qui a passé les trente cinq dernières années de sa vie dans les asiles psychiatriques d’Algérie, fut le Pygmalion du jeune poète et le point de douleur inscrit dans l’esprit de l’écrivain. Elle meurt le 7 octobre 1980, à l’âge de 74 ans. Il n’assiste pas à l’enterrement, reste auprès  du peintre Issiakhem et calligraphie un poème sur une toile peinte par son ami. Il a tout simplement dit : ‘’J’ai le cœur lourd. A la mort de la mère, même un cœur d’acier se détraque.’’

J’ai parlé d’anathème lancé par le grand muphti d’Alger le 29 octobre 1989, le lendemain de la mort du poète. Dans son homélie vindicative, l’homme au chapelet annonce l’interdit d’enterrer le poète en Algérie et en toute terre d’Islam. Mémoire de la haine ancrée dans la tête de ces ‘’frères monuments en gandoura et bonnet de prière’’ et cette haine leur reviendra à la face catapultée par l’immense foule qui ira enterrer son poète au grand cimetière d’Alger.

Kateb a écrit de nombreux textes parodiques dans lesquels les bigots sont bastonnés à grands coups de métaphores. ‘’Le Prophète aux œufs durs’’, ‘’Nuage de Fumée’’, ‘’La Gandourie en uniforme’’, ‘’Les chiens du douar’’…révèlent la verve katèbienne et son humour corrosif. En clôture du texte ‘’Les chiens du douar’’, ce dialogue entre deux  cabots. Un dialogue incisif, enragé !

Et ces chiens-là étaient des frères ?

Des Frères Musulmans.

Peut-être des chiens kabyles ?

Des bâtards, pour le moins.

Ou des chiens policiers ?

Des cabots honorables avec leur carte du parti…et même du syndicat.

Des provocateurs ?

De pauvres chiens errants, sans Dieu ni maître.

Malédiction !

C’est comme je te le dis.

Ils s’éloignaient de toi ?

Oui, par peur d’être pris pour des hérétiques, ils ne ratent pas une prière, comme tous les incroyants.

Awah ? (Ah bon !)

Wah ! (Oui)

Au nom d’Allah, le grand Absent de ce Maghreb déviationniste !

***

Kateb Yacine meurt le 28 octobre 1989 à Grenoble. Son cousin, le dramaturge Mustapha Kateb, meurt le 29 à Marseille. Il est le frère de Zouliekha, l’amante de l’adolescent Yacine et la Nedjma de son œuvre. Les deux dépouilles se retrouvent  à l’aéroport de Marseille pour être rapatriées sur l’Algérie. Zouleikha-Nedjma est présente. Retour à l’origine des choses. Abolition du temps. Le livre s’ouvre, les personnages reviennent d’outre fiction. Réalité et roman s’entremêlent.

Kateb Yacine, le poète visionnaire, anticipe sa mort, il confie au Vautour les mots pour dire ce qui adviendra de lui après le dernier souffle, après l’ultime pensée.

Je veillerai pour vous ravir au serpent du tombeau

A la glaciale science de la morgue

Et j’espère bientôt m’abattre sur la sauvage

Enfin débarrassé de ces ailes qui m’épuisent !

Alors je n’aurai plus à me relever ayant cueilli son

Dernier souffle

Tel fut et tel demeure l’unique dénouement que je

Désire :

Rite miraculeux, nuptial et funèbre où c’est le disparu

Qui ranime.

Puis faisant chœur avec l’oiseau des présages, entonne le chant dernier. Nedjma s’approche de son amant. Elle l’écoute annoncer leur ultime rencontre.

Verrai-je donc pires beautés sur le chemin du retour ?

Verrai-je de l’incertaine se préciser ses exigences ?

Mais à quoi bon revivre pour mourir ?

Au seuil d’un paradis obscur, le vieux malheur nous guette.

Combien de ceux qui s’aventurent

A revoir la Promise

Sont poignardés !

Mais ce poignard, c’est la clé des retrouvailles !

Au commencement : Roman d’une vie, par en dessous l’histoire d’un pays se révèle.

« Je suis né quand j’avais seize ans, le 8 mai 1945. Puis, je fus tué fictivement, les yeux ouverts, auprès de vrais cadavres et loin de ma mère qui s’est enfuie pour se cacher, sans retour, dans une cellule d’hôpital psychiatrique. Elle vivait dans une parenthèse qui, jamais plus, ne s’ouvrira. Ma mère, lumière voilée, perdue dans l’infini de son silence.

« A ma sortie de prison à la fin du mois de septembre 1945, j’étais dépressif. Mon corps traînait au ras du sol, ma tête brûlait au soleil. Ma mère ne sachant pas, après mon arrestation si j’étais mort ou vivant, a sombré dans la folie. Mon grand-père était mort. Mon père s’affaissait et de toute l’énergie qui lui restait me poussait vers le lycée. Il ambitionnait pour moi une carrière d’ingénieur, de médecin ou d’avocat, et m’inscrivit d’autorité au lycée de Bône, avec pour correspondante, ma cousine Zouleikha, mariée dans cette ville et élue au Conseil municipal. Involontairement, mon père me poussait à la conflagration.

« Dans ma famille, les relations matrimoniales étaient aussi des relations de sang. Des alliances de destinée, disait-on. Du fondateur du clan, n’est resté que des despotes liquidateurs de notre armée natale, patriarches noceurs ayant perdu leurs richesses et la raison pour des libertines et des mares d’alcool. Ils ne nous auront laissé que le subtil héritage de leurs dettes.

« Je suis le fils unique, issu du treizième héritier de Keblout par mon père, et du quatorzième par ma mère.

« Dans les année 1850, six de mes aïeux subirent, de la part du corps expéditionnaire français allié à un clan rival des Keblouti, un cruel et infamant châtiment. Ils furent accusés d’un meurtre fanatique commis sur un couple de Français dans la mosquée des Keblout où les deux corps ensanglantés, gisaient. Le complot fut efficace. Les gens du Nadhor subirent une terrible et immédiate répression. Des juges militaires désignèrent, parmi les principaux chefs de la tribu des Keblouti, six accusés. Six mâles, six fils de Keblout, six coupables qui eurent la tête tranchée au jour du jugement, l’un après l’autre, dans la cour d’une caserne de Guelma. L’enquête n’était pas terminée. Le bourreau loua le courage des suppliciés et l’histoire dit qu’il aurait donné sa fille en mariage à un garçon de l’un des hommes dont il a tranché la tête. Une semaine après, une dépêche arrivée d’Alger, graciait des cadavres. Le simulacre de justice dissimulait le crime politique et son mobile : abattre Keblout, démanteler sa tribu, spolier ses terres, corrompre son nom et jeter ses hommes dans la déshérence. La mosquée profanée, démolie à coups de canon, tomba en ruines. Elle ne sera jamais reconstruite. Seul un étendard vert, taillé dans les loques des veuves, se dressait sur le mausolée de l’Ancêtre. Les descendants des suppliciés abandonnèrent leurs terres  en échange de quelques prébendes et de nouveaux patronymes. Le nom de Keblout, comme l’étendard, est tombé en lambeaux sur la stèle grise inclinée.

« Il sera recousu et brandi par Lakhdar, comme je l’ai écrit dans Nedjma. C’est ma manière, à moi, d’écrire l’histoire, en creusant la terre pour redresser la pierre tombale que les vents et la poussière inclinent. La Femme Sauvage rassemblera les cendres des pères assassinés:

J’ai retrouvé la tête

Du vieux dragon polycéphale

Et je puis à présent soulever sa poussière

Sur le sang frais fumant

De ses six autres têtes.

Mes parents, dernier mariage consanguin, mettront fin au lent naufrage. Et j’ai beau me débattre, je reste inondé par la racine. Dans ce royaume hypothétique et de folie atavique, Zouleikha ma cousine qui ne cachait pas son autre prénom judéo-chrétien, Odette, m’a ouvert d’autres pistes généalogiques souterraines. Zouleikha est la fille de Abdelaziz, oncle de mon père. Cet homme lettré et de bonne volonté, auteur d’un ‘’Salammbô’’ très éloigné de celui de Flaubert, avait épousé Marcelle, juive convertie à l’Islam sous le prénom de Baya.

Baya, m’a-t-on dit, fut la nourrice de mon père. Et Fatma, la grand-mère de mon père, était la fille de Hanifa, elle-même fille de Verdura, un Italien de Gênes ou de Venise, qui cherchait fortune et gloire dans les légions françaises à la conquête des Aurès. L’Italien aurait succombé, poing, sabre et cœur liés, au charme de ma lointaine bisaïeule, désobéissante à la tyrannie patriarcale et à l’interdit du mariage avec le roumi, l’étrange étranger mécréant.

Zouleikha, ma cousine, sera pour moi Nedjma.

‘’Je ne suis pas né le 6 août 1929, à Condé-Smendou, comme le prétend l’état civil. En vérité, je suis né  quelques semaines avant cette date et à Constantine  au 7, impasse Des Huiliers, pas loin de la place du Polygone. Je suis né dans la chambre verte de la haute villa beylicale à étages et à balcons, aux ferronneries ouvragées. Sept musiciennes vinrent jouer, chanter et déclamer autour de mon berceau. Ma mère, grosse de moi, y était venue de Sedrata, se confier à la tendresse et aux mains accoucheuses de ma grand-tante Khadoudja. La maison lui appartenait. Maîtresse femme, elle savait, aussi bien faire sonner la rime, tenir le fusil comme un bandit d’honneur, qu’injurier du balcon les soldats de la caserne, en contrebas, qui frappaient les prisonniers et rasaient leur crâne. Du sang de la Kahina coulait dans ses veines. A ma naissance, ma mère était répudiée, mon père absent. Encore vagissant, mon grand-père m’a emmené « renaître » à Condé-Smendou où il officiait en qualité de magistrat de droit musulman. Il m’a baptisé du prénom de Yacine qu’il a choisi et  inscrit de sa main sur les registres d’état civil de son fief judiciaire. Enfant, j’ai pérégriné sur les arêtes du polygone : Constantine, Condé-Smendou, Sedrata, Sétif, Lafayette, Bône… et la figure géométrique est devenue galaxie.

« Ma date de naissance exacte reste un secret emporté dans la tombe de mon aïeul ! Celle que l’autorité a reconnue est le 6 août 1929. Par les deux lieux et les deux dates  de naissance, fictifs et réels, je porte en moi le signe de l’ubiquité… et du nomadisme !

« Ma mère, épouse de secondes noces, fut plusieurs fois répudiée et autant de fois ramenée à la maison. Symétriquement, mon oncle maternel Mohamed-Nasser qui avait épousé Leila, la sœur de mon père, faisait subir à sa femme, ma tante, le même aller-retour, aux mêmes périodes. Navettes humaines, circulant au gré des trocs de chair et de sang entre les familles, que n’empêchaient ni le cousinage direct, ni les humiliations des répudiées, ni les pleurs des enfants

Enfant de substitution ou enfant porteur de ses fraternités d’avant et d’après sa propre naissance ?

« Entre querelles et réconciliations de mes parents,  mon frère aîné Belghit est mort de nostalgie, à deux ans. Lorsque Belghit agonisait, mon père qui l’avait vu rire aux hirondelles, les fit peindre au plafond. Plus tard, quand ma mère délira, elle parla aux oiseaux et leur attribua un pouvoir magique. Quand Belghit mourut, j’étais dans le ventre de ma mère à qui il ne restait que l’éloquence du chagrin. Mon frère aîné qui n’a pas grandi a peut-être grandi en moi. Slimane, mon puîné, est parti à six mois. Bercé par les chants de ma mère, je grandissais entre deux tombes fraternelles. Ma mère, pour me protéger, dressait des citadelles de défense contre  tous les maléfices du monde obscur. Fumigations d’encens et plongées dans les eaux soufrées du Bain des Maudits, près de Guelma ; visites et offrandes propitiatoires au vautour noir et blanc, à Sidi M’cid, sur les hauteurs de Constantine. Mais c’était sous les pans de son burnous, que je recevais de mon grand-père une énergie vitale, rêche, tendre. Ma sœur Ounissa est née le 2 novembre 1936, suivie de Fadéla, le 31 janvier 1940. Deux jumeaux, prématurés, n’ont pas survécu.

Ma mère s’épuisait en de vaines naissances.

Nedjma : « Je suis né à nouveau avec Nedjma et j’ai acheté un couteau. Je me suis armé de secrète poésie. J’ai de l’avenir, comme tout laboureur assommé par la grêle. De ses lèvres, Nedjma lisait sur les miennes chaque syllabe et s’impatientait aux césures. C’est elle qui préfaça  Soliloques dédicacé à André Walter, mon protecteur et mon mentor en littérature, et signa de son nom et de ses deux prénoms Odette-Zouleikha Kateb, un article élogieux dans Le Réveil bônois. Elle y parla de la « Chambre noire », située à l’étage de sa maison familiale et conjugale où je récitais, les yeux fermés, Nuits de Musset et les Fleurs du mal de Baudelaire qu’elle lisait à mes côtés. Elle trouvait mon âme sombre et inquiète, tourmentée comme celles de mes poètes élus. Pour lui plaire, j’ai volé des jardins entiers, je les ai portés dans ma chambre, et puis je suis sorti. Et, comme ma cousine était au secret de ma vie et de mes créations, elle annonça la parution prochaine de mon œuvre initialement titrée Pour Nedjma. La préposition dédicatoire superflue, s’effacera. Ce Pour pouvait indiquer un choix parmi d’autres possibles, alors qu’elle était unique. Soliloques portait deux noms de Kateb sur la couverture imprimée  qui sera vue et lue par tout public… Une courte préface de trente lignes. Véritable pacte familial, un dessein dont notre lointain ancêtre, Keblout du Nadhor, est le sommet de la pyramide. Nos noms, accolés sur la couverture du livret, annonçaient une publication de bans sur le blanc du papier. Jeu enfantin et innocent de cousine cousin se promettant mariage ? Simulacre ? Pas tant que ça ! Nedjma est toujours à mes côtés.

« Je change de souffrance quand celle qui m’accable devient insupportable. Je retourne à Nedjma pour la boire avec son dieu amer; je retourne à l’archaïque commencement des choses et des mots, pour réparer les déchirures, les violences et les divisions du temps.

« Je l’aime d’un amour, sans prémices et sans fin. Je l’aime, même si je n’ai pas accompli mon amour dans les frénésies adolescentes. Je suis heureux de mon malheur, parce que je l’écris dans le chaos des mots. Il me faut, à chaque fois, repousser les assauts du temps, le décliner à tous les  présents ou le détruire. Nedjma la libertaire me murmurait entre ses dents de nacre, avec une pointe de cynisme vengeur : ‘’Ils m’ont isolée pour mieux me vaincre, isolée en me mariant… Puisqu’ils m’aiment, je les garde dans ma prison… A la longue, c’est la prisonnière qui décide.’’

« J’écris les yeux fermés et dans la souffrance, comme on vient au monde, comme on meurt. Mon adolescence est restée à Nedjma, mon enfance à ma mère. Avant d’être ligotée dans sa camisole de silence, ma mère était ma muse et ma musicienne, ma première source de poésie, puis ma partenaire de théâtre. L’école française nous a séparés. Elle a voulu voyager avec moi dans ce nouveau territoire des mots.

D’une voix candide, non sans tristesse, ma mère me disait : Puisque je ne dois plus te distraire de ton autre monde, apprends-moi donc la langue française…  Formidable ! Non ? Ce drame filial, ni Barthes ni Sartre ne l’ont vécu.  Ainsi se referma le piège des Temps Modernes sur mes frêles racines, et j’enrage à présent, de ma stupide fierté, le jour où, un journal à la main, ma mère s’installa devant ma table de travail, lointaine comme jamais, pâle et silencieuse, comme si la petite main du cruel écolier lui faisait un devoir, puisqu’il était son fils, de s’imposer pour le suivre au bout de son effort et de sa solitude- dans la gueule du loup. Jamais, je n’ai cessé de ressentir au fond de moi, cette seconde rupture du lien ombilical, cet exil intérieur qui ne rapprochait plus l’écolier de sa mère que pour les arracher, chaque fois un peu plus, au murmure du sang, aux frémissements réprobateurs d’une langue bannie, secrètement, d’un même accord, aussitôt brisé que conclu… Ainsi, avais-je perdu tout à la fois ma mère et son langage, les seuls trésors inaliénables et pourtant aliénés.

Plus tard, dans les moments de néant, coupé de mes ancêtres et de mes contemporains, la tête blanche au dedans, j’ai voulu mourir. C’est toujours en des résurgences fiévreuses, que je reprends souffle, retrouvant par miracle, en des lieux mythiques ou réels, la beauté des paysages que j’ai habités ou visités. Combien de fois n’ai-je pas entendu ce reproche ou cette envie : tu es toujours en train de partir… et invariablement, je répondais : parce que je suis toujours en train de revenir.  J’aime Alger et Tbilissi, Milan et Hambourg, Khartoum et Hanoi… Moscou et Tamaggra près de Khenchela, au cœur des Aurès, lieux où siège le Comité central de mes ancêtres.»

Langue ou langues : Barthes, Sartre et Kateb.

Barthes : ‘’Parler c’est assujettir. Le pouvoir est le parasite d’un organisme trans-social lié à l’histoire tout entière de l’homme. Cet objet en quoi s’inscrit le pouvoir, de toute éternité  humaine, c’est la langue (…) Nous, qui ne sommes ni des chevaliers de la foi ni des surhommes, il nous reste, si je puis dire, qu’à tricher avec la langue, qu’à tricher la langue. Cette tricherie salutaire, cette esquive, ce leurre magnifique, qui permet d’entendre la langue hors pouvoir, dans la splendeur d’une révolution permanente du langage, je l’appelle pour ma part : littérature.’’

Quant à toi, tu as écrit en 1958, à peu près ce que Barthes exprimera, dix neuf ans plus tard : « Il faut que la poésie rivalise dans toute la mesure de ses forces avec les contraintes des autres verbes, des pouvoirs d’expression qui pèsent sur l’homme et qui viennent des pouvoirs religieux, des terribles persécutions qui remontent à la nuit des temps. La poésie a un pouvoir libérateur, un pouvoir de combat très important. »

Sartre dans Les Mots,  écrit ceci : ‘’ Les forts en version n’existent pas. Cela tient à la nature du Verbe : on parle dans sa propre langue, on écrit en langue étrangère. J’en conclu que nous sommes tous pareils dans notre métier : tous bagnards, tous tatoués.’’ Alors penchant sartrien pour  les paradoxes provocateurs ou réelle dualité entre l’oralité et l’écriture ? Si cette séparation linguistique a lieu, la question de la nationalité d’une langue pour un écrivain, la sienne en particulier, n’a plus aucun sens. Le tricheur de la langue de Barthes n’est-il pas le bagnard ou le tatoué de Sartre ?

Kateb : ‘’Le défi a été pour moi, de faire de cette langue le moyen d’exprimer le monde méconnu, caché ou nié de l’Algérie et mon propre monde, d’affronter la tyrannie coloniale et, par en dessous, celle de la langue, en inventant, en innovant, en la violentant, en la subvertissant pour qu’elle dise ce que ne disaient pas les dominateurs, ou le contraire de ce qu’ils disaient. J’ai longuement développé cette idée devant Pierre Desgraupes qui m’interrogeait, en 1956, à la télévision sur mon roman Nedjma qui venait de sortir. Etrange comme les gens, même des plus avertis, peuvent être dubitatifs sinon méfiants devant une œuvre qui les surprend. Maurice Nadeau, lui, n’a pas été dubitatif et encore moins paternaliste. Il a parlé de poésie profonde, lucide et sans entraves.  En fait, ce qui surprenait Desgraupes, c’est que l’auteur soit, moi, un Algérien. Il ne m’a pas posé de questions sur le contenu et la forme du récit, mais sur les raisons qui m’ont poussé à écrire en français dans cette qualité littéraire et dans cette maîtrise de la langue. J’essayais de lui expliquer que mon roman exprimait, par la poésie, la tragédie d’un peuple et la mienne. Chose que ni Camus, ni Jules Roy, ni Emmanuel Roblès qui se disaient Algériens… n’ont faite de cette manière. Or, en Algérie, les gueules des canons tonnaient de tous leurs feux. Des femmes et des hommes étaient torturés, froidement liquidés.

L’indépendance n’a pas mis un terme au conflit linguistique ; elle l’a déplacé. Un autre « fascisme » de la langue, pour continuer l’idée de Barthes, empêchera les Algériens de se dire, dans leurs langues maternelles, et les obligera à parler un arabe importé, abstrait, désincarné… Un « fascisme » redoublé : celui inhérent à toute langue et celui de la politique dite d’arabisation, appareillée et imposée par des dirigeants ne connaissant de l’arabe que quelques stéréotypes et deux ou trois versets coraniques. En couplant mécaniquement la langue à la religion, on la sacralisait. Encore une autre forme de pacification… Ubuesque !

Pourquoi les écrivains algériens sont-ils hantés par cette question de la langue ? Je réponds : parce qu’ils en sont dessaisis ! Les ‘’Caudillos’’ de l’arabisation en Algérie devraient lire Sartre, en traduction bien sûr ! Eux qui appellent tout Algérien à parler comme un livre d’arabe déjà écrit, en pensant au Livre sacré, bien entendu ! Le modèle est là, disent-ils, il est dans le Verbe révélé et se révélant dans une langue, l’arabe, donc un Verbe de nature divine, donc incorruptible. Tout est donné dans cette langue du récit choisie par Dieu. Donc comme Dieu et Son message, cette langue est unique dans la parole et dans l’écrit. La frontière entre les deux modes d’expression est abolie. Considérée comme telle, elle aura ses procureurs, ses gardiens et ses bourreaux. Le poète qui triche la langue ou la transgresse est passible du châtiment par l’anathème et l’exil  et peut-être par le fer ou le feu. Je sais d’expérience que l’écrivain engage une incroyable bataille sur une toute petite surface face à des trombes de mots qui le surprennent, le harcèlent ou lui échappent. Non seulement le terrain de la langue d’écriture n’est pas connu, mais il est aussi miné de part en part. Malek Haddad n’a pas compris ou n’a pas voulu comprendre qu’écrire en français n’est pas une damnation personnelle. Ecrire. Tout simplement écrire toujours et encore.

Le vrai poète, même engagé dans un courant politique progressiste, doit manifester ses désaccords. Sinon, il étouffe ! Il mouline des rimes de garçon boucher ou lubrifie des idées rouillées !  Le vrai poète fait sa révolution à l’intérieur de la révolution politique ; il est, au sein de la perturbation, l’éternel perturbateur. Le poète, c’est la révolution à l’état nu, le mouvement même de la vie dans une incessante explosion.

 On m’a qualifié de stalinien. Ce que je viens de dire suffit à clarifier les choses. Tu en connais, toi des Staliniens qui s’avoueraient être des perturbateurs dans la perturbation ? A une question qui m’a été posée en novembre 1963 par un journaliste de la revue Dialogues, j’ai déclaré ceci : Il est clair que le marxisme, sur le plan esthétique est lamentablement faible…. Il se trouve que je suis un artiste, je ne vais pas pousser le masochisme jusqu’à me détruire, même sous prétexte d’être avec les autres. Le poète est à sa façon  une torpille humaine, mais il ignore souvent qu’il est un pot de terre parmi les pots de fer. Il se jette dans la guerre. Il reçoit tous les coups et il vole en éclats. Il retourne à  la terre sous forme de débris. Mais ces débris humains qui semblent inutiles, ces poètes ignorés ou réduits au silence, sont autant de remords vivants pour tous les pots de fer qui seront toujours pots et finiront à la ferraille

Je me sens si proche d’un Sergueï Essenine qui, comme Rimbaud, connut l’errance à dix sept ans, la gloire à vingt, braillait ses vers aux prostituées et se cuitait avec les truands dans les bouges de Saint-Pétersbourg. Donc je suis de côté d’Essenine et de Baudelaire je retiens cette vérité qu’il proclamait et en fais mon slogan:’’Les révolutions ne peuvent être menées que par des voluptueux’’  et il invitait les humains à aller encore plus loin : ‘’C’est cet admirable, cet immortel instinct du Beau qui nous fait considérer la terre et ses spectacles comme un aperçu, comme une correspondance du ciel. La soif insatiable de tout ce qui est au-delà, et que révèle la vie, est la preuve la plus évidente de notre immortalité. C’est à la fois par la poésie et à travers la poésie, par et à travers la musique que l’âme entrevoit les splendeurs situées derrière les tombeaux.’’

Je n’aime pas les ‘’frères monuments’’, tous ces pèse-couilles qu’ils soient coiffés du bonnet de police ou du bonnet de prière ; qu’ils soient caporaux-chefs du parti unique, ou têtes carrés de la pensée unique, qu’ils soient révolutionnaires giratoires ou ces barbus hirsutes qui vendent le pétrole et gardent la foi

Paris : histoire répétée.

A soixante seize ans de distance, Arthur Rimbaud et moi, avons envahi envahi Paris.

En mars 1947, je débarquais sur les quais de la gare de Lyon, j’avais dix sept ans et 15.000 francs en poche, obtenus d’une libéralité du gouverneur général Chataigneau, sous la recommandation de Monsieur André Walter, juge de paix à Sétif et ami de mon père.

Dès mon arrivée à Paris, je suis allé voir Louis Aragon au siège de la revue ‘’Les Lettres françaises’’ où il m’attendait en compagnie de Paul Eluard. Ces deux hommes étaient pour moi ce que l’Annapurna est pour un alpiniste. En quelques semaines, j’ai marché sur les crêtes les plus hautes du Paris des écrivains en rencontrant outre les deux premiers cités, André Chamson, Jean Cayrol, Jean Marcenac, Gabriel Audisio, Claude Favre, Elsa Triolet et Jean Amrouche. Avec  ce dernier, en qui je pensais trouver un compatriote attentif et solidaire, la relation a été des plus froides. Je l’ai trouvé paternaliste et d’une grande fatuité. Plus tard, je réviserais mon jugement.

Je garde un souvenir ambigu de ma première rencontre avec Aragon. Il m’a reçu dans son bureau des Lettres Françaises. C’était fin avril ou début mai de cette année 1947. Paul Eluard était présent. Aragon, debout, posture aristocratique, le coude posé sur le bord de la cheminée, m’a accueilli d’un : Ah ! C’est vous le jeune poète algérien ? Savez-vous, jeune homme, qu’un cousin à moi est Sous-préfet dans la région de Constantine ? Un choc ! Tout ce que ce grand homme, ce communiste, que j’admirais, ce sémaphore de la littérature avait à me dire se résumait à une information familiale. Il réduisait ce que j’étais, le pourquoi  de ma visite, à une coïncidence géographique. Son cousin, haut fonctionnaire colonial, servait dans une région qui, deux ans auparavant, avait subi une terrible répression. Ma gorge déjà  nouée par l’intimidation, s’est complètement paralysée. Eluard m’a regardé. Ses yeux disaient un peu plus que de la sympathie. J’ai lu de la tendresse. Il a posé sa  main qui tremblait sur mon épaule. Sans rien dire. Il n’y a pas eu un mot de trop entre Eluard et moi. Oui, j’ai compris que son regard portait de la tendresse. J’ai déposé mes feuillets de poèmes sur la table et je suis parti. Dans le numéro du 16 mai 1947 des ‘’Lettres françaises’’, mon poème ‘’Ouverte la voix’’, a été publié. Dans le numéro de janvier 1948, Mercure de France publie ‘’Nedjma ou le Poème ou le Couteau’’, poème matriciel du roman Nedjma.

Les Sociétés savantes de Paris m’invitaient à donner une conférence sur l’Emir Abdelkader, programmée pour le samedi 24 mai 1947 à 21 heures. Sur les affiches et les invitations on me présentait comme « Jeune poète musulman ». Pas de nationalité, mais identifié par une religion. Bizarre que la laïcité soit discriminatoire même en ces lieux de savoir.

Le samedi 17 mai 1947, du haut de mon magistère et de mes dix sept ans, je fais ma conférence aux Sociétés savantes et appelle l’assistance à aider mon pays à être libre, comme le ferait s’il était aujourd’hui vivant Anatole France, ce pourfendeur du colonialisme et des colonisateurs. Pour appuyer mon argument je citais quelques références de son ouvrage :’’Sur la pierre blanche’’. Et, s’il était encore vivant, il serait là, dans l’assistance, se lissant la barbe en signe d’encouragement. J’ai cité Anatole France parce que sa position était, à l’époque, courageuse et aussi parce qu’il s’appelait France. Je trouvais ça drôle et le paradoxe provocateur.

Je me suis souvent posé la question sur un étrange phénomène qui me lie à Rimbaud… Lui, l’Ardennais collégien de Charleville qui admirait ‘’le forçat intraitable sur qui se referme toujours le bagne’’, lui l’adolescent contemporain de la fin de la conquête de l’Algérie où son père administrait un bureau arabe à Sebdou. Moi, l’Aurésien collégien à Sétif dont le père était oukil et le grand-père jurisconsulte de droit musulman. Séparés tous les deux  par un siècle de colonisation et par la mer. Nous  avons au même âge, quinze ou seize ans environ, planché sur un même thème de dissertation.  Rimbaud, l’enfant qui ne perdait pas son temps en de vaines flâneries à la campagne, l’écolier songeur dont le jeune cœur contenait de plus hautes aspirations, Rimbaud « La Voyance » au talent déjà averti de la sentence balzacienne, ressuscite Jugurtha en l’Emir Abd El Kader. Providence advenue par delà les siècles ou métempsycose ? L’ombre de Jugurtha s’éclaire et s’incarne, deux mille ans plus tard, dans le cavalier des monts des Beni-Chougrane, de l’oued Tafna, des plaines de la M’lata et de la Macta, face aux troupes du duc d’Aumale et du maréchal Bugeaud.

A quatorze ans, en deux vers, dans sa dissertation latine écrite en 1869, le lycéen visionnaire Rimbaud évoque l’Emir dans une parabole sidérante. Image héroïque aux résonances sacrées : Moïse sur le Sinaï, Mohamed sur le mont Arafat.

Il est né sur le mont d’Algérie un enfant peu commun

Et la brise légère l’a dit : Jugurtha nous revient.

 

Et d’appeler, en deux autres vers, Abd El Kader et les foules asservies à ranimer l’ardeur des aïeux, à brandir les épées des pères.

Que les Dieux t’aident, dans cette guerre

Et qu’enfin la France jamais plus n’insulte l’Algérie !

« Voilà en quoi je me sens le frère astrologique de Rimbaud, son jumeau différé. Voilà pourquoi les traces qu’il a laissées dans cette rue parisienne, autant que les traces d’encre illuminées et infernales que j’ai lues, à cette seconde, me sautent à l’esprit. Elles inversent le temps et nous rendent contemporains l’un de l’autre. »

Fraternels.

Tout simplement fraternels !

***

Ma rencontre et mon amitié avec Albert Béguin et Jean-Marie Domenach, respectivement directeur et rédacteur en chef de la Revue ‘’Esprit’’, seront décisives dans ma vie parisienne et dans la publication de mes textes. Dans les numéros de décembre 1954 et de février 1955, Esprit publiera ma pièce ‘’Le cadavre encerclé’’. Jean-Marie Serreau ayant lu le texte, me rendra visite dans la mansarde que j’occupais rue de Rivoli. Avec ses cheveux en brosse, ses lunettes rondes et son imperméable élimé, je l’ai pris pour un policier rendant visite à un suspect à l’heure légale du laitier. Ne le connaissant pas, j’ai téléphoné à mon ami Armand Gatti, pour me renseigner sur le personnage. Armand m’a tout simplement dit ;’’ C’est la chance qui t’a rendu visite ce matin.’’ Effectivement avec Jean-Marie, j’allais rentrer dans le théâtre parisien par la grande porte et surtout sceller une longue et belle amitié.

A la libération, le théâtre français change de cap avec les timoniers Charles Dullin, jean Vilar et Jean-Marie Serreau. Le théâtre s’ouvre au grand public des travailleurs.

Les frères Prévert, Jean Vilar, Pierre Dux, Jean-Louis Barrault, Louis Jouvet, Yves Robert, Roger Blin…s’unissent pour le grand jeu et invitent les ouvriers à y participer. Le TNP lève en 1949, son premier rideau, à Avignon.   Le théâtre populaire est un théâtre d’élite pour tous, dira plus tard, Antoine Vitez. Vitez continue Vilar et Serreau ; Ariane Mnouchkine continue Vitez.

« A la mort de Dullin en 1949, Jean-Marie Serreau fonde sa compagnie. Il monte Georges Dandin et L’exception et la règle ; confie à Vilar Mère courage. Brecht  est omniprésent. Beckett et Ionesco, puis Jean Genet sont inscrits au répertoire. Il acquiert son théâtre, le Babylone avec sa galerie d’art, au 38 Boulevard Raspail. En 1954, le Babylone ferme sur une faillite  et un succès : En attendant Godot de Samuel Beckett, mis en scène par Roger Blin. Toujours à l’esprit et à la bouche ce conseil donné par Brecht : Ce qui est importe est ce qui est devenu important !  Ce n’est pas que pragmatisme, c’est du corps à corps !

« Jean- Marie était un penseur et un metteur en scène à explosion. Un inventif à répétition. Le trio constitué par Beckett, Ionesco et Genet ont permis à Serreau d’aller au terme d’une fabuleuse expérience.  ‘’Ces auteurs sont…disait-il, les Porte Paroles des inquiétudes d’une civilisation chrétienne… Ils sont des hommes blessés à mort par la pensée religieuse chrétienne occidentale.’’  Achèvement du théâtre de la réalité intérieure. Brecht et son monde qui n’en finissait pas de commencer ; Beckett et son monde qui n’en finissait pas de finir. Optimisme de la volonté et de la force des idées chez le premier, jusqu’à verser dans la rugosité didactique qui élèverait la conscience révolutionnaire  à l’embrasement du Grand Soir. Chez le second, lucidité inaboutie, absurde, qui conduit au pessimisme de la pensée et à la stérilité de l’acte.

« Il voulait  arracher l’humanisme à la bourgeoisie.  Comme le voulait Sartre, dont il reprenait la citation.

« Brecht d’un coté, Beckett et Ionesco, de l’autre, ont été les hommes limites et leurs théâtres, également, une limite. Jean Genet et Aimé Césaire ont marqué la transition.

« Quand il a lu ‘’Le cadavre encerclé’’, Serreau s’est dit : ‘’Tiens, contrairement à ce qu’affirme Brecht, la tragédie n’est pas morte. Ou alors c’est une autre forme de tragédie dans une autre histoire que je ne connais pas ou que je connais mal, alors que le territoire où elle a  été écrite est en résistance et c’est mon pays qui lui fait la guerre. Donc, s’il y a une tragédie réelle, pourquoi ne pas l’écrire ?’’ 

« Il s’est mis à regarder l’Histoire d’une autre façon. A faire du théâtre d’une autre façon. Il m’a dit, comme me l’aurait dit Eluard : ta poésie est visible. Je lui ai répondu : je ne fais aucune distinction entre poésie, roman et théâtre. Il a compris que j’allais à contresens de Beckett et de Brecht. Pendant plus de dix ans, mes pièces ont été inscrites à son répertoire. Edwin Moati, ma compatriote de Constantine, en Nedjma et Laurent Terzieff,  en Lakhdar, par la sobriété de leurs jeux et la manière de porter leurs voix, ont donné à la pièce une résonance magnétique reçue à l’intérieur du corps, par chacun des spectateurs. Camus, Sartre, de Beauvoir, Claude Roy, Sénac étaient présents. En 1959, à Bruxelles, au théâtre Molière, Antoine Vitez a tenu le rôle du Lieutenant, Paul Crauchet, celui de Si Tahar, le parâtre assassin. A Paris 1963, au Récamier, Marguerite-Taos Amrouche, voilée de bleu, tournant autour de l’oranger, incarnera le Coryphée. Un coryphée chantant en berbère ! Une voix superbe, grégorienne. Une idée de Jean-Marie !

« Toujours à Paris, en 1966, au petit TNP, Bachir Touré, puis Douta Seck, successivement dans Les Ancêtres redoublent de férocité et dans La Femme sauvage, seront aériens et fabuleux dans leurs rôles du Vautour. L’Afrique, unie dans son drame continental, s’unissait dans sa représentation. »

***

« S’il y a une période où le sol se dérobait sous mes pieds et le ciel écrasait ma tête, c’est celle des années qui vont de 1964 à 1966. J’habitais une terre hargneuse, en jachère, sans espoir de pluie et de semailles. Aridité tranchante de l’erg et je marchais les pieds nus. Des années vides, comme ma tête. Aucun point cardinal vers où marcher. Bouffées délirantes. La névrose montait, tentaculaire. Je me noyais dans mon propre corps. Je pensais à Nerval, Essenine, Maïakovski… Le 19 juin 1965 le coup d’Etat militaire de Boumediene habillait l’Algérie de kaki. Les blindés expulsaient les défilés ouvriers et les citoyens des rues ; c’est eux qui, désormais, faisaient la politique et réglaient la circulation des marcheurs. Il s’est passé quelque chose d’étrange : le retour de la peur, mais pas la même peur que celle des temps de guerre. Cette dernière était dans l’ordre des choses de la colonisation et de la résistance qui devait l’annuler.

Qui était ce nouveau Léviathan né du jeune ventre de notre indépendance ? Il avait pour nom un composite paradoxal : Sécurité Militaire ; un acronyme inquiétant : la S.M.

La S.M. étendait un filet d’acier invisible au dessus des têtes, distillait un sentiment  d’angoisse qui agissait sur la pensée, la création, la parole, s’insinuait dans les gestes, et les inhibait. Une espèce de dépression collective faisait courber les têtes et éteignait les regards. La neurasthénie se généralisait. Je compensais par les voyages : Moscou, Hambourg, Paris. Dérisoire illusion. A Hambourg, je me sens ligoté. Je n’ai plus un sou. J’écris à Jacqueline Arnaud un appel au secours. Je lui demande 400 francs pour payer mon billet Hambourg-Paris. Je transportais avec moi ma mal-vie et mes questions, incapable d’achever Le polygone étoilé en chantier depuis plusieurs années. Je ne sais plus où poser mes bagages. Au printemps et à l’été 1965, je tente de renouer avec mes racines. Je passe six mois dans l’Est algérien. L’odeur sucrée des asphodèles, des jujubes et des agaves des collines de Aïn Ghrour agissent sur moi comme un hallucinogène. Je plane dans les paysages avec ma mère, de sortie permissionnaire de l’hôpital. Elle  s’aère et fait de grands gestes dans les espaces de son enfance. La misère des paysans m’effare. Le regard sévère, ils serrent les dents de hargne. Terres désertes où rodent les paysans, blêmes tels des cadavres chassés de leurs profondes tombe.

En Algérie Yacine dirige sa Compagnie théâtrale. Il se démène comme un beau diable au paradis des bureaucrates. Il passe plus de temps à esquiver les coups bas qu’à monter et montrer des spectacles. Son mariage est un échec. Il s’occupe de son fils Amazigh né en septembre 1972. Les conditions de vie d’une famille mono-parentale ne sont pas faciles. Celles des saltimbanques non plus. L’année 1976 commence mal. Les subventions sont drastiquement réduites sinon supprimées. Yacine ne cède pas, ne transige pas. Son plaidoyer pour la liberté d’expression, pour la langue arabe populaire et le berbère, devient de plus en plus direct, violent provocant l’enthousiasme de la jeunesse et les serrements de mâchoires des apparatchiks du parti et des religieux.  Un article dans le quotidien Le peuple du 17 janvier 1976 accuse Kateb de trahison culturelle. Une note officielle donne ordre aux préfets de ne plus autoriser Kateb à prendre la parole en public. Palestine trahie et Le roi de l’Ouest, deux pièces dégagées du spectacle La Guerre de 2000 ans, malgré leur succès, sont neutralisées. La presse n’évoque plus le nom de Kateb ni ne donne le programme des spectacles.

Toujours à Paris, en 1966, au petit TNP, Bachir Touré, puis Douta Seck, successivement dans Les Ancêtres redoublent de férocité et dans La Femme sauvage, seront aériens et fabuleux dans leurs rôles du Vautour.

L’Afrique, unie dans son drame continental, s’unissait dans sa représentation. »

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Le Prophète Muhammad : un illustre modèle

Posté par algeriedemocratie le 12 juillet 2009

Le Prophète Muhammad : un illustre modèle

mercredi 2 octobre 2002

Question

Chers savants de l’islam,

As-Salâmu alaykum wa rahmatullâhi wa barakâtuh.

Pourriez-vous, s’il vous plaît, apporter quelque éclairage sur la noble figure du Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui ? Jazakoum Allah khayran.

Réponse

Wa `alaykum As-salâm wa rahmatullâhi wa barakâtuh.

Au nom d’Allah, le Tout Clément, le Tout Miséricordieux. A Lui toutes les louanges et tous les remerciements, que la paix et la bénédiction soient sur Son Messager.

Cher frère, je vous remercie vivement pour votre question qui reflète le profond amour que vous portez au Prophète Mohammad, paix et bénédictions de Dieu sur lui. Puisse Allah nous rassembler tous en sa compagnie dans le Jardin d’Al Firdaws . Amin !

Pour répondre à votre question, nous citerons ici la fatwa suivante émise par Dr. Muzammil Siddiqi, ancien président de la Société Islamique d’Amérique du Nord :

« S’adressant au Prophète Muhammad, paix et bénédictions de Dieu sur lui, Allah le Très Haut s’exprime en ces termes : « Et tu es certes d’une moralité éminente. » (Sourate Al-Qalam, verset 4) « En effet vous avez dans le Prophète un excellent modèle, pour quiconque espère en Allah et au Jour dernier et invoque Allah fréquemment. » (Sourate Al Ahzâb, verset 21)

Muhammad : un homme d’exception

L’exceptionnalité du Prophète tient à ce qu’il ne fut pas seulement une grande figure de son temps mais une grande figure pour tous les temps et pour tous les peuples, indépendamment des considérations de races, de couleurs, de nationalités ou de situations géographiques. Son exemple valait pour les Arabes du septième siècle comme il vaut pour l’humanité actuelle, en ce début de vingt et unième siècle. Il constitue un excellent modèle pour riches et pauvres, jeunes et vieux, gouvernants et gouvernés, pour les gens doués d’une grande intelligence comme pour les esprits communs. Allah a fait de lui Son Envoyé pour toute l’humanité :  » Dis : » Ô hommes ! je suis pour vous tous le Messager d’Allah, à Qui appartient la Royauté des cieux et de la terre. Pas de divinité à part Lui. Il donne la vie, Il donne la mort. Croyez donc en Allah, en son Messager,le Prophète illettré qui croit en Allah et en Ses paroles. Et suivez-le afin que vous soyez bien guidés. » (Sourate Al-A`râf, verset 158)

Le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, mettait en pratique ce qu’il prêchait. Il a appliqué méticuleusement les préceptes du Coran, Parole d’Allah qui lui avait été révélée, à chaque instant et dans chaque détail de sa vie. C’est ainsi que sa vie fut le reflet de la Parole Divine. Il devint le Coran en personne, son incarnation et même, pour parler par métaphore : « la Parole divine en chair et en os ». Un hadith en témoigne : Sa`îd Ibn Hishâm s’adressa ainsi à Â’ishah,l’épouse du Prophète, que Dieu l’agrée : « Parle-moi du caractère du Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui ». « Son caractère, répondit-elle, c’était le Coran. » (Musnad Ahmad)

Quelques qualités du Prophète

La moralité du Prophète ne se réduisait pas à quelques traits de bonne moeurs mais recouvrait une grande diversité d’éléments et d’aspects de sa vie. Bon, compatissant, aimant, généreux et humble, il était également fort, courageux, éloquent, sage et d’une grande perspicacité. S’il fut un grand planificateur, un éminent organisateur et penseur, il fut aussi un homme empli de foi, de confiance et de piété envers Allah.

Son implication active au sein de sa famille et de sa communauté ne lui faisaient aucunement négliger ses prières, son jeûne et son dévouement à Allah. En vérité, nul ne priait autant que lui. Exemplaire comme enseignant, prêcheur, Imam, chef, homme d’Etat, juge, commandeur des armées, il l’était aussi comme époux, père, grand-père, comme homme d’affaires, voisin et ami.

Avant de recevoir l’honneur de la Mission Prophétique (Nubuwwah), il était connu parmi les Mecquois pour être « As-Sadiq Al-Amîn », la personne la plus véridique, la plus honnête et la plus digne de confiance ; caractère qu’il conserva tout au long de sa vie. Il n’a jamais failli à une promesse ou à un engagement. Ses ennemis eux-mêmes ne pouvaient le taxer de malhonnêteté.

Il faisait montre de la plus grande humilité qui soit. C’était son habitude de se mêler aux pauvres et de s’asseoir parmi eux, faisant cesser l’usage de ceux qui restaient debout en sa présence. Toute place disponible dans une assemblée, quelle qu’elle fût, le satisfaisait, jamais il ne cherchait le surplomb ou la mise en avant, il pouvait ainsi arriver que les visiteurs ne sachent pas qui des personnes réunies était le Prophète. Ainsi,lorsqu’à la tête d’une grande armée victorieuse, il entra à La Mecque, ce fut en faisant la démonstration d’une humilité exceptionnelle, son front touchait la selle de son chameau !

Muhammad : une Miséricorde pour l’Humanité

Il était la personne la plus miséricordieuse du monde. Allah dit de Lui qu’il est  » une miséricorde pour les mondes ». (Sourate Al-Anbiyâ, verset 107) Il exerçait cette qualité auprès de sa famille, de ses partisans, de ses amis mais aussi de ses ennemis. En bénéficiaient également jeunes et vieux, humains comme animaux. Ceux qui le persécutèrent à la Mecque, tuant ses proches et ses compagnons faits prisonniers lors des défaites, eurent eux-mêmes droit à son pardon. La constance constituait une donnée primordiale de son comportement moral. Après avoir déterminé une pratique saine ou une voie bénéfique, il s’y tenait et l’observait à jamais, répétant volontiers que : « L’action la plus aimée d’Allah est celle qui est accomplie régulièrement, même si elle n’est que peu de chose. » (Al-Bukhârî, n°5983).

Ses noms

Le Prophète, paix et bénédictions de Dieu sur lui, a plusieurs noms, à l’unisson de ses qualités. Mentionnés à la fois dans le Coran et les hadiths, voici quelques-uns de ses plus beaux noms :

Muhammad (le Loué) ; Ahmad (le Plus Digne de louange) ; Hâmid (le Dispensateur de louanges et de remerciements) ; Ar-Rasûl (le Messager) ; An-Nabî (le Prophète) ; Shâhid (le Témoin) ; Rashîd (le Droit) ; Bashîr (l’Annonciateur de bonnes nouvelles) ; Nadhîr (l’Avertisseur) ; Dâ`î (Celui qui appelle à Allah) ; Hâdi (le Guide) ; Mâhî (celui par qui Dieu efface le mal et la mécréance) ; Fâtih (le Conquérant) ; Râ’ûf (compatissant) ; Rahîm (miséricordieux) ; Mujtabâ (Celui qui a été choisi) ; Mustafâ (l’Élu) ; Murtadâ (L’Agréé) ; As-Sâdiq (le véridique) ; Al-Amîn (le loyal) ; Musaddiq (Celui qui corrobore la vérité) ; Habîbullâh (l’Aimé d’Allah) ; Safiyyullâh (Celui qu’Allah a choisi) ; Najiyyullâh (le Protégé d’Allah) ; Shakûr (Le très reconnaissant) ; Karîm (généreux) ; Hakîm (sage) ; Sayyid (le maître ou le leader) ; Sirâj Munîr (luminaire rayonnant) ; Jawâd (très Généreux) ; `Âdil (Juste) et Khâtam Ar-Rusul (le Sceau des Prophètes).

Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui !

Et Allah Tout Puissant est plus savant.

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Ce que la burqua dévoile de la France

Posté par algeriedemocratie le 10 juillet 2009

Oumma.com

Ce que la burqua dévoile de la France
Farid Laroussi

Ce que la burqua dévoile de la France dans islam(46) burka

Jeudi 9 juillet 2009

Il arrive parfois que les titres de l’actualité se télescopent de manière inattendue et ironique. En France on débat de la burqua et de son interdiction possible. Michael Jackson meurt soudain. Or ce dernier lors de son long séjour à Bahrain en 2006-2007 n’hésitait pas justement à porter la burqua pour pouvoir se rendre dans les centres commerciaux et autres lieux publics en paix et incognito, ou presque. Puis en novembre 2008, de retour à Los Angeles, Michael Jackson s’est converti à l’Islam.

Un détail pour les médias puisque dans les émissions hommage et les journaux télévisés, l’information n’a toujours pas été reprise ou bien elle reste en suspens comme s’il s’agissait d’une autre toquade de star sans vraie conséquence. Une fois encore le dogme islamophobe consacre la dimension des évidences que l’on se construit pour ne pas regarder la réalité en face. Imaginez donc des centaines de millions de fans à travers le monde qui pleurent la disparition d’un musulman ! Les funérailles planétaires c’était juste pour la musique, comme de bien entendu.

En utilisant le débat sur la burqua en France aujourd’hui comme support de stigmatisation d’une communauté donnée, les politiques et les médias s’offrent les moyens de libérer le refoulé de l’islamophobie devenue en quelques décennies le pendant de l’antisémitisme français au XIXème siècle. On sent une menace, l’étrangeté absolue, et surtout le sentiment de la double allégeance.

Pendant ce temps, le tissu industriel français se délite inexorablement, l’agriculture pâtit de décisions de technocrates établis à Bruxelles, le système financier traverse sa plus profonde crise, le principe de service public se réduit à une peau de chagrin, le pouvoir d’achat est devenu l’art du renoncement, et pourtant ce sont les femmes en burqua qui dominent l’actualité. Faut-il vraiment que les idéaux de la République soient à ce point vacillants que quelques milliers de femmes parviennent à les ébranler ?

On sait que ni le Coran ni la tradition prophétique ne prescrivent le port de la burqua. Elle-même est un attribut saoudien et de pays d’Asie centrale, pas du Maghreb, d’Afrique occidentale, ni de Turquie, qui sont les zones géographiques sources de l’Islam en France. Selon toute apparence il y a donc un décalage entre la culture, la pratique religieuse et le message politique.

Comme lors du débat sur le foulard en 2003-04, le corps de la femme musulmane devient une mesure de la chose dicible et de salut public, celle des droits et de la dignité. Sauf bien entendu que la liberté de conscience et de confession passent au second plan. Ajoutez à cela un soupçon de paternalisme colonial : le message ne consiste-t-il pas à énoncer que le devoir de la France est de contribuer à l’émancipation de la femme musulmane ?

Dans les quotidiens qui ont pignon sur rue, les islamophobes attitrés s’en donnent à coeur-joie dans les approximations culturalistes, les mécanismes d’une subjectivité profane, et autres fallacies qui flattent le nouvel intégrisme laïcard. Les féministes médiatiques montent au créneau avec pour preuve fondamentale qui fasse adhérer à leur vérité, le mépris de la femme dès lors qu’elle n’appartient pas à la sphère reconnue et avalisée du discours dominant. Les intellectuels, eux, tellement généreux avec leurs axiomes de liberté sont soit réduits au silence, soit saisis de l’ivresse de sauver les meubles d’une modernité qui leur échappe de plus en plus.

En tout état de cause, le discours sur la différence subvertit la logique de la Raison des Lumières sans abolir pourtant les fondements du droit universel. On pourrait être choqué, par exemple, que ceux qui se voient déjà sur les barricades pour défendre les droits de la femme ne s’expriment jamais sur ceux de la femme palestinienne. Naturellement, tout le monde sait qu’une bonne discussion sur la burqua est plus essentielle qu’un débat sur l’auto-détermination d’un peuple.

Au lieu de cela les politiques et quelques penseurs en chaise longue nous servent, à leurs dépens, la tarte à la crème d’un Occident hégémonique comme si rien ne s’était produit depuis les indépendances. Comment pourraient-ils dès lors comprendre que la citoyenneté aujourd’hui n’est ni un miroir ni une limite : elle est devenue l’enjeu de l’État-nation au bord de la rupture.

En France aujourd’hui on « intègre » son voisin italien ou danois mais on continue à entretenir la suspicion à l’endroit de son compatriote de confession musulmane. D’abord qu’est-ce qu’une femme en burqua ? C’est un sujet qui cache en rendant visible. Pas simplement son corps, mais la nouvelle étrangeté citoyenne. D’aucuns ont parlé d’une cinquième colonne salafiste, mouvement littéraliste et ultra-conservateur musulman, c’est possible.

Mais c’est aussi une réalité minoritaire qui exclut autant les non-musulmans que ceux-là même parmi leurs coreligionnaires qui pratiquent leur foi et respectent les lois de la République. Hormis une présence confidentielle, le salafisme c’est l’épouvantail de ceux qui sont incapables de concevoir l’objet anthropologique de la citoyenneté. Disons-le, le radicalisme islamique et le nationalisme français (en vérité européen) convergent ensemble sur le terrain de l’origine et du destin sur lequel on remet en question toute causalité, c’est-à-dire la Raison. Chez les uns il y a les bons musulmans, chez les autres il y a les bons Français. Pas de juste milieu, seule la fiction de l’extrémisme.

Si l’on remonte la filière des enchaînements idéologiques depuis les années 1980 et l’avènement d’une revendication dite « beure », on arrive à un concept qui pourrait se résumer à une guerre de représentations : « vous m’avez exclu, à mon tour de vous exclure ». C’est en considération de cette logique qu’il conviendrait peut-être d’aborder la réflexion. On retrouve là également une question qui affecte la nouvelle citoyenneté comme montage culturel, pas seulement un appareil légalisateur. En ce sens la pensée politique française s’est emprisonnée elle-même, tout en déclamant ses vertus occidentales sans voir qu’il n’y a plus de certitude mesurable depuis que Dieu a été coché de l’équation démocratique.

On navigue à vue dans une République qui est à deux doigts de revendiquer haut et fort son origine judéo-chrétienne. Ainsi personne ne s’est-il offusqué que le corps politique français, avec le président en tête, assiste à une prière à Notre-Dame à la mémoire des victimes de l’accident du vol Rio-Paris. En même temps on pousse des cris d’orfraie pour que les signes religieux (entendu non-chrétiens) soient le moins visibles possible dans rues de la République. Ces femmes en burqua, pour autant que leur situation prête à discussion, sont avant tout le symbole des limites de valeurs et d’une identité nationale en souffrance. Elles sont un miroir que l’on ne veut plus voir, quitte à forcer ces femmes à demeurer enfermées chez elles. N’est-ce pas la même chose qui s’est produite lorsqu’on a exigé des jeunes françaises qui voulaient étudier à l’école de la République qu’elles aillent voir ailleurs littéralement ?

Sans entrer dans une problématique du désir, de l’eros permanent dont la femme est l’objet, le débat sur la burqua nous entraîne néanmoins vers ce qui est constitutif d’un idéal de possession. Il faut que tous les enfants appartiennent à la République, qu’ils soient présents, visibles, dans ce lien que l’on nomme société voire civilisation. L’identité y devient exactement cela : une similitude, une consubstantialité de valeurs et de références. Surtout pas un rapport de forces.

Toute discontinuité identitaire creuse un doublement, exhibe la réalité d’une France ni pure ni simple. D’une certaine manière, la burqua théâtralise le rapport de la division psycho-somatique de ce que ce cela signifie qu’être français aujourd’hui. Un raciste, ou un islamophobe, qui s’emporte contre la burqua, veut dire en premier lieu : « cela n’est pas moi ». Le terme de burqua passe alors pour un signifiant allogène (arabe ? farsi ? pachtoune ?), et la représentation, elle, se transforme en totem dogmatique, car au fond c’est Ben Laden qui se cache derrière.

Comment donc évoquer la burqua sans toucher au déterminisme politique français ? On l’a bien vu, le sujet fédère les partis de tous horizons. Le débat qui commence à peine, selon les déclarations du président lors de son discours au congrès de Versailles, porte en lui pourtant son archive. Toute question de culture donne lieu à une topique d’appartenance, c’est-à-dire d’inclusion ou d’exclusion. On retrouve là le mode binaire classique d’une nation en perte de repères, qui pense aller de l’avant par un repli sur soi. Mais les accusations et décisions à venir ne sont pas sans conséquence car elles visent à faire de ses propres citoyens un corps étranger. Si la question d’une loi, comme ce fut le cas en 2004, reste aujourd’hui une option, on n’en demandera pas moins à ces femmes de faire un choix. La burqua sera synonyme de tout ce qui n’est pas français, même si ces femmes sont elles-mêmes aliénées à toute autre culture. Il y a fort à parier que la jeune fille, née et élevée en France, et qui aujourd’hui porte la burqua serait incapable de s’acclimater à une nouvelle vie en Algérie ou en Égypte, et ce pas seulement pour des raison de différences économiques.

Une solution serait peut-être que la France s’acquitte enfin de l’infantilisme imposé à ses citoyens musulmans, qu’elle les laisse seuls examiner et régler la question de la burqua. Malaxés par les discriminations, la haine de soi, et aussi une ignorance patente de l’Islam, les jeunes générations doivent faire leur éducation, reprendre en main le flambeau de la fierté de leur religion, se délester aussi de la faute de certains aînés qui ont fait à tort du terrorisme une condition du dialogue. C’est bien la maîtrise de l’identité qui sera le recours contre les outrances du nationalisme et de la mondialisation.

Farid Laroussi est professeur de littérature française contemporaine et de littérature du Maghreb d’expression française, à l’université Yale (New Haven, Connecticut).

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La communauté musulmane en France et le problème de sa « conscience historique » (1/2)

Posté par algeriedemocratie le 10 juillet 2009

La communauté musulmane en France et le problème de sa
« conscience historique » (1/2)
Youssef Girard

La communauté musulmane en France et le problème de sa  « conscience historique » (1/2) dans islam(46) mosquee_de_paris
La Mosquée de Paris

Mercredi 24 décembre 2008

Dans un entretien récent, Saïda Kada, militante musulmane engagée sur le terrain depuis plusieurs années, affirmait : « j’ai toujours eu l’impression que les musulmans sont nés sous X. Ils ont rompu avec leur histoire ». Elle ajoutait : « le problème, c’est qu’abord de s’émanciper du regard qu’on a sur soi. A un moment donné, on devient son propre colon. On intègre un vocabulaire qui était celui de nos maîtres. Pour moi, on vivait vraiment un modèle à déconstruire fondé sur le déni de l’histoire de l’immigration ». Ce problème du rapport à l’histoire, entraîne, selon Saïda Kada, « une absence de culture politique évidente » au sein de la communauté musulmane vivant en France[1].

En fait, nombre d’acteurs engagés de l’islam en France ont été porteurs d’un « islam désincarné » c’est-à-dire qu’un islam réduit à une foi transcendante coupée du lien fondamental unissant la religion musulmane à la communauté humaine et à l’espace géographique portant son message. Cette conception de l’islam, réduit à une religion, au sens occidental du terme, ne prenait pas en compte la dimension civilisationnelle de l’islam. Les « jeunes » musulmans qui s’investissaient dans le « travail islamique », se percevaient souvent comme des « convertis », ou comme des « réislamisés », niant ou minorant l’islamité de leurs parents qui pourtant furent souvent les principaux vecteurs de transmissions de l’identité musulmane.

L’islam professé par les parents était souvent dénigré au motif qu’il était marqué par les traditions culturelles – perçus comme porteuses de « déviances » - des pays dont ils étaient originaires. En conséquence, les « jeunes » musulmans voulaient revenir à l’islam originel des premiers temps, épuré des « déviances » produites par le temps dont était porteur l’islam familial.

Si cette volonté de retrouver le souffle des origines pouvait être vecteur d’un élan de renouveau, la rupture générationnelle qu’elle entraîne souvent, pose le problème de la cohésion interne entre les différentes générations de la communauté et empêche, ou au moins limite, la transmission des expériences intergénérationnelles.

 « L’islam désincarné », porteur de rupture, oppose des obstacles à la volonté de penser l’histoire de la communauté musulmane en France car il nie sont historicité propre c’est-à-dire son lien avec les espaces – avec leur histoire et leur culture – d’où sont originaires les premières générations de musulmans ; comme il nie l’histoire spécifique de l’immigration. Ainsi, « L’islam désincarné », en éludant le substrat humain portant le message de la religion du Prophète, marque une rupture avec la dimension civilisationnelle de l’islam en limitant celui-ci à sa dimension strictement cultuelle.

Cette approche de l’islam nous parait d’autant plus problématique que sous-couvert de stricte observance de la lettre du Coran, elle nous semble s’opposer à l’esprit de la révélation coranique qui insiste particulièrement sur l’importance de l’expérience historique comme source de connaissance. Le respect de la lettre du Coran et l’approche souvent très juridique et très ritualiste de l’islam, cache souvent le non respect de la vision globale proposée par l’ultime message révélé à l’humanité qui nécessite une lecture dynamique des textes en relation avec les différents contextes socio-historiques dans lesquels vivent les musulmans.

Message révélé, le Coran n’est pas uniquement un rappel de la présence du Créateur, il est aussi porteur d’une vision du monde, d’une weltanschauung. Celle-ci est, selon le philosophe Mohammed Iqbal, porteuse, en son épicentre, de « l’intelligence inductive » : « dans l’Islam, la prophétie atteint sa perfection en découvrant la nécessité de sa propre abolition. Ceci implique la fine compréhension que la vie ne peut-être tenue à jamais en lisière, qu’afin d’atteindre une pleine conscience de soi, l’homme doit finalement être livré à ses propres ressources »[2].

Dans cette perspective, le Coran appelle les hommes à faire pleinement usage de leur raison et à recourir aux données empiriques, tirées d’expériences concrètes, comme fondement de la connaissance humaine. Les donnés empiriques sont considérées comme des signes – ayat – d’Allah.

Le devoir de l’homme est de juger dans quelles mesures ces signes peuvent constituer des sources de connaissances utiles à la connaissance de son créateur et du monde global. Le Coran affirme qu’Allah « règle l’Ordre [de tout] et expose en détail les signes afin que vous ayez la certitude de la rencontre de votre Seigneur »[3]. Déduisant une méthodologie d’analyse de l’exposé coranique, Mohammed Iqbal expliquait que « la connaissance doit commencer avec le concret. C’est la capture intellectuelle du concret et le pouvoir sur lui qui donnent à l’intelligence de l’homme la possibilité d’aller au-delà du concret »[4] c’est-à-dire de proposer une analyse théorique basée sur la connaissance du réel.

Ainsi, le Coran nous invite, à de multiples reprises, à observer et à comprendre le monde dans lequel nous vivons. Il voit des signes de l’existence d’Allah sur le terre et dans les phénomènes naturels qui se développent en son sein. La présence du Créateur se manifeste aux hommes au travers de Sa révélation mais aussi dans Sa création : le livre déployé – al-kitab al-manchour – étant le pendant du livre révélé, le Coran.

 Celui-ci fait devoir au musulman d’observer et de réfléchir aux signes l’entourant dans le monde immanent ; la création immanente étant un reflet de la transcendance divine. Invitant les hommes à regarder le monde afin de voir au-delà de sa simple matérialité, Allah nous dit : « en vérité, dans la création des cieux et de la terre, et dans l’alternance de la nuit et du jour, il y a certes des signes pour les doués d’intelligence »[5].

Dans un verset mettant en avant de multiples éléments que la perception sensorielle de l’homme découvre dans la nature, Allah dit : « n’as-tu pas vu que, du ciel, Allah fait descendre l’eau ? Puis Nous en faisons sortir des fruits de couleurs différentes. Et dans les montagnes, il y a des strates blanches et rouges, de couleurs différentes, et des roches excessivement noires. Il y a pareillement des couleurs différentes, parmi les hommes, les animaux, et les bestiaux. Parmi Ses serviteurs, seuls les savants craignent Allah »[6]. Dans un autre verset, Allah affirme : « et c’est lui qui a étendu la terre et y a placé montagnes et fleuves. Et de chaque espèce de fruits Il y établit deux éléments de couple. Il fait que la nuit couvre le jour. Voilà bien là des preuves pour les gens qui réfléchissent »[7].

Appelant à une observation concrète du monde, Allah ordonne au Prophète Mohammed [PSL] de mettre en avant l’ensemble de la création comme preuve ultime de l’existence du Créateur : « dis : « regardez ce qui est dans les cieux et sur la terre » »[8]. Cette invitation à observer l’univers, s’explique par le fait que dans la perspective islamique la recherche rationnelle, la connaissance scientifique ou la démarche expérimentale sont avant tout perçues comme des moyens de connaissance et de rapprochement du croyant avec son Créateur.

Du fait, de la place centrale accordée à l’expérience sensible et à son esprit concret, Mohammed Iqbal affirmait que le Coran est « essentiellement anticlassique » car il s’oppose à la nature spéculative de la philosophie grecque qui s’attache à la théorie et négligeait les faits. Méthodologiquement le Coran appelle un retour au réel en accordant une place centrale aux données empiriques dans le processus de connaissance.

L’importance de l’expérience était perçue, par le philosophe musulman, comme une « révolte intellectuelle contre la philosophie grecque »[9]. De cette « révolte intellectuelle », de cette « guerre prolongée » contre la pensée grecque, naquit la méthode inductive, basée sur l’observation et l’expérience, qui est un trait marquant de l’esprit de la civilisation islamique.

Dans cette perspective, l’expérience spirituelle, unissant l’homme à son Créateur, est perçue comme une expérience naturelle, permettant un examen critique, au même titre que les autres aspects de la connaissance humaine. L’expérience spirituelle, la connaissance de soi, au même titre que la connaissance du monde extérieur, est une source de connaissance humaine. Ici le tassawwuf, la science de la mystique musulmane, tel qu’a peu la développer un Abu Hamid al-Ghazali ou un Djalal ed-Din Rumi, a pour but de systématiser et conceptualiser l’expérience intime de la transcendance spirituelle.

Toutefois, l’expérience mystique n’est qu’une forme de savoir qui ne peut prétendre à lui seul à l’exhaustivité de la connaissance universelle. L’expérience intime est seulement une des sources de connaissance humaine parmi d’autres. « Selon le Coran, expliquait Mohammed Iqbal, il existe deux autres sources de connaissance, la nature et l’histoire, et c’est en captant ces sources de connaissance que l’esprit de l’Islam apparaît sous son meilleur jour »[10].

Ayant déjà donné un aperçu de l’importance qu’accorde le Coran à l’observation de la nature, nous nous intéresserons uniquement à l’histoire comme source de connaissance majeure pour le Coran. Dans l’esprit islamique, Allah se manifeste aux hommes au travers de la destinée et des cycles de l’histoire humaine mais aussi aux cours d’événements singuliers. De cette vision de l’histoire proposée par le Coran, les hommes peuvent tirer des lois de l’évolution historique permettant aux hommes de mieux appréhender leur présent et d’orienter leur action dans l’avenir.

De plus, le Coran invite les croyants a étudier l’histoire, « les jours d’Allah », afin d’y découvrir les signes de la présence du Créateur qui se manifestent à l’humanité. Ainsi, Allah nous invite à regarder l’histoire des générations qui nous ont précédé : « avant vous, certes, beaucoup d’évènements se sont passés. Or, parcourez la terre, et voyez ce qu’il est advenu de ceux qui traitaient [les prophètes] de menteurs »[11]. Dans un autre verset, Il nous enjoint étudier l’histoire : « parcourez la terre et regardez ce qu’il est advenu de ceux qui ont vécu avant »[12].

La perception coranique de l’histoire, nous amène à replacer les évènements dans la longue durée loin des urgences provoquées par les contraintes de l’heure. Il ne s’agit nullement d’une manière de fuir les réalités du monde mais de les replacer dans une perspective plus large afin d’agir de manière plus efficiente sur celui-ci.

L’histoire sert à interpeller les croyants, à leur faire prendre conscience de la complexité du monde, et à les mettre en garde en s’appuyant sur l’exemple des peuples qui les ont précédé. Ceux-ci ayant durement payé leurs erreurs, ils sont présentés comme un contre-exemple pour les croyants devant éviter de commettre les mêmes fautes. S’adressant au Prophète, Allah dit  : « et raconte-leur l’histoire de celui à qui Nous avions donné Nos signes et qui s’en écarta »[13]. Dans un autre verset, Allah explique : « ainsi faisons-Nous alterner les jours [bons et mauvais] parmi les gens »[14]. Ainsi, une lecture de l’histoire imprégnée par la vision coranique ramène les vicissitudes, les douleurs, les déceptions et les défaites du moment à des proportions relatives au regard des cycles historiques. Dans le même temps, la vision coranique nous enjoint de ne pas reproduire les erreurs qui ont déjà été commises. L’histoire permet à la fois de relativiser et de mieux comprendre le présent et de tirer des leçons des expériences passées.

Concernant l’histoire des prophètes relatée dans le Coran, Allah nous dit : « et tout ce que Nous te racontons des récits des messagers, c’est pour en raffermir ton cœur. Et de ceux-ci t’est venue la vérité ainsi qu’une exhortation et un rappel aux croyants »[15].  Alors que les musulmans subissaient des épreuves difficiles, le rappel de l’histoire venait les aider à supporter leurs conditions présentes et à préparer l’avenir.

L’histoire des prophètes, mais nous pouvons étendre le propos à l’ensemble de l’histoire humaine à partir du moment où nous lui donnons un cadre interprétatif adapté, est perçue comme un rappel apte à raffermir le cœur des croyants. Cela fait écho à un autre verset, ou Allah dit que « le rappel profite aux croyants »[16]. Dans un autre verset, Il ajoute : « dans tout cela il y a des signes pour tout homme plein d’endurance et de reconnaissance »[17].

Au-delà de la fonction de rappel et de raffermissement des convictions, Allah nous invite à tirer des leçons de l’histoire des prophètes pour notre propre expérience historique : « dans leurs récits il y a certes une leçon pour les gens doués d’intelligence »[18]. Ainsi, les croyants sont invités à tirer les leçons de ces expériences historiques afin de répondre aux problématiques qui se posent à eux dans un contexte historique différent. En retirant la quintessence de ces expériences, les croyants doivent orienter leur action dans un sens qui soit le plus proche possible des modèles proposés par le Coran.

Toutefois, l’intérêt du Coran pour l’histoire, comprise comme source de connaissance humaine, dépasse les simples indications de quelques évènements passés. Comme pour l’observation de la nature où le Coran nous invite à étudier notre environnement de manière la plus approfondie possible, les éléments d’histoire rapportés dans le récit coranique étant, avant tout, des invitations à étudier l’histoire de l’humanité dans sa globalité. Les expériences historiques d’événements non cités dans le Coran ou postérieur à la révélation coranique, sont aussi nécessaires à la compréhension du monde et peuvent donc être des leçons « pour les gens doués d’intelligence ».

[1] Entretien avec Saïda Kada, « Femmes musulmanes et engagées », in. Histoire politique des immigrations (post)coloniales, France, 1920-2008, Paris, Editions Amsterdam, 2008, page 225-232.

[2] Iqbal Mohammed, Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, Monaco, Edition du Rocher, 1996, page 127.

[3] Coran 13 : 2

[4] Iqbal Mohammed, Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, op. cit., page, page 132

[5] Coran 3 : 190

[6] Coran 35 : 27-28

[7] Coran 13 : 3

[8] Coran 10 : 101 

[9] Iqbal Mohammed, Reconstruire la pensée religieuse de l’Islam, op. cit., page 129

[10] Ibid., page 128

[11] Coran 3 : 137

[12] Coran 30 : 46

[13] Coran 7 : 175

[14] Coran 3 : 140

[15] Coran 11 : 120

[16] Coran 51 : 55

[17] Coran 14 : 5

[18] Coran 12 : 111

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Ahmed Deedat-LE CHRIST DANS L’ISLAM

Posté par algeriedemocratie le 22 décembre 2008

 
 

Ahmed DEEDAT

LE CHRIST DANS L’ISLAM

Encore une fois, le plan d’un dictateur a échoué et a disparu dans le désert, entraînant des centaines de milliers de morts. La Tempête du désert restera à jamais gravée dans la mé­moire de tous ceux qui y ont participé. Et ce n’est pas la première Tempête du désert. Il en existe une autre qui dure depuis plus de deux mille ans concernant un homme appelé Jésus (que la paix soit sur lui) et sa mission. Les différends se rapportant à la nature du Christ ont déjà occasionné des millions de victimes, et ce depuis sa naissance (Matthieu 2:16). Quel est le point de vue musulman sur la personnalité du Prince de la Paix, Jésus?

lire…

CHAPITRE 1

Les réponses des musulmans et des chrétiens

DEBAT TELEVISE

A la fin du débat « Chrétienté et Islam » diffusé le 05 juin 1983 (1) sur la chaîne SABC-TV à partir des programmes « Questions Chrétiennes », le président Mr Bill Chalmers commentait : « Je crois que nous pouvons dire àpartir de cette discussion qu’il y a dans l’islam, plus de tolérance pour le fondateur du christianisme, qu ‘il n’y en a dans le christianisme pour le fondateur de l’islam. Quel sens faut-il donner à cela ? Nous vous laissons vous, téléspectateurs, réfléchir à cela, mais vous conviendrez avec moi que c’est une excellente chose que nous puissions discuter ensemble ».
« Bull » comme il est familièrement et sans formalités appelé par les membres de son comité est un personnage extrêmement charmant et prodigieusement humble. Il est l’image même du bon chrétien tel qu’il est décrit dans le Saint Coran:

 


(1) Si vous avez raté le programme OU Si vous désirez le revoir, nous serions heureux de vous prêter une vidéo K7 VHS. Téléphonez au « centre’ pour toute information. Cette offre n’est valable que pour les Africains du sud; nous regrettons cette limitation. 

pages 5

 » .et tu trouveras que ceux, qui ont l’amitié
la plus agissante la plus proche
de ceux qui ont cru
sont ceux qui ont dit:
Nous sommes chrétiens (2) et ce parce qu’ils
ont des prêtres et des moines et qu’ils n’affichent
aucune superbe*. »

JESUS SON ETAT

Ne serait-ce pas des manoeuvres des musulmans, membres du comité, qui tenteraient de calmer les téléspectateurs en voilant le côté politique, la supercherie ou l’aspect diplomatique du propos ? Rien de tel! Les musulmans énoncent ce que Dieu Tout Puissant leur a intimé de dire dans le Saint Coran. En tant que musulmans, ils n’avaient pas d’autre alternative, ils ont toujours dit « Nous musulmans, nous croyons au fait que Jésus (P)** est l’un des plus puis-

 


(2) Chrétiens Le sens n’est pas dans le fait qu’ils se faisaient simplement appeler les chrétiens. Mais parce qu’ils étaient profondément sincères et qu’ils appréciaient les vertus des musulmans. Il auraient dû dire « Cela est vrai, nous sommes chrétiens mais nous comprenons votre point de vue et nous savons que vous êtes des hommes bons. » Ils sont musulmans dans leur cœur quelque soit leur apparence.
(*) Superbe: arrogance (Note du traducteur).
(**) Abréviation de la formule de révérence: « Que la Paix soit sur lui’. 

pages 6

sants messagers de Dieu, qu’il est le Christ, qu’il est né miraculeusement, sans aucune intervention masculine (ce que beaucoup de chrétiens contemporains refusent d’admettre jusqu’à maintenant), qu’il a ressuscité des morts, rendu la vue aux aveugles et guéri des lépreux et tout cela avec la permission de Dieu. En fait on ne peut être musulman si l’on ne croit en Jésus (P)!

HEUREUSE SURPRISE

Plus de 90% des téléspectateurs qui ont suivi le débat ont été agréablement surpris malgré leur scepticisme. Ils n’ont pas dû en croire leurs oreilles et ont dû soupçonner les musulmans de vouloir amuser la galerie ou de vouloir gagner les faveurs de leurs amis paysans chrétiens; que s’ils disaient quelques mots aimables à propos de Jésus (P), les chrétiens réciproquement diraient quelques mots sur Mohammed (Ç)*. Ainsi, nous serions en train de nous caresser mutuellement, ce qui serait parfaitement honteux et hypocrite.

UNE HAINE ENTRETENUE

Nous ne pouvons en vouloir aux chrétiens pour leur scepticisme. Ils ont évolué pendant des siècles dans cet état d’esprit et ont été habitués à penser le pire de Mohammed (Ç) et de sa religion.
Comme le disait si justement Thomas Carlyle à propos des chrétiens il y a cent cinquante ans « Les mensonges qui ont été amassés autour de cet homme (Mohammed) sont honteux pour nous seuls. »

 


(*) Abréviation de la formule de révérence « Que les prières (Çalât) d’Allah soient sur Lui et ses Descendants. » 

pages 7

Nous, musulmans, sommes responsables en partie de cette ignorance massive qui touche 1.200.000 chrétiens àtravers le monde, et nous n’avons rien fait pour nettoyer et dépoussiérer les mentalités.

UN OCEAN DE CHRESTIENTE

L’Afrique du Sud est un océan de chrétienté. Si la Libye revendique le plus haut pourcentage de musulmans pour le continent africain, l’Afrique du Sud voudrait en être le pays ayant le plus haut pourcentage de chrétiens.
Dans cet océan de chrétienté – la République d’Afrique du Sud – les musulmans ne représentent que 2% de la population. Nous sommes une minorité qui ne vote pas. Numériquement nous ne comptons pour rien, politiquement pas plus, et économiquement, un homme comme Oppenheimer peut nous acheter dans notre totalité.
Si nous avons feint l’apaisement, nous avons à être excusés, mais non ! Nous devons proclamer les volontés de notre maître, nous devons faire retentir la vérité, que nous l’aimions ou pas. Jésus (P) ne disait-il pas « Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres » (Jean 8:32)

pages 8

CHAPITRE 2

Jésus dans le Coran

Le chrétien ne sait pas que l’esprit de charité que le musulman témoigne à Jésus (P) et à sa mère Marie jaillit de la fontaine de toutes les sciences, le Saint Coran. Il ignore que le musulman ne peut prononcer le nom sacré de Jésus (P) s’il ne le fait suivre de la formule Hazrat Issa (Béni soit Jésus), ou Issa alayhi As-Salam (que la paix soit sur lui).
Chaque fois qu’un musulman mentionne le nom de Jésus (P) en omettant formules il est considéré comme irrespectueux, grossier ou barbare. Le chrétien ne sait pas que dans Le Saint Coran, Jésus (P) est cité cinq fois plus que n’est cité le Prophète de l’Islam dans le livre divin (Bible). Pour être exact, vingt-cinq fois contre cinq comme par exemple:

« …Nous avons donné
à Jésus fils de Marie
les preuves évidentes (miracles)
et nous l’avons
appuyé par le
Saint Esprit.. »

pages 9

« …Ô Marie!
Dieu t’annonce
la bonne nouvelle
de la venue
d’une parole de lui
Son nom est le Messie,
Jésus fils de Marie…

« Le Messie
Jésus fils de Marie
n’est que le messager de Dieu

« Nous avons enchainé
sur leurs traces
par l’envoi de Jésus fils de Marie

« Et Zacharie,
Jean, Jésus et Elie
font partie des vertueux

JESUS – SES TITRES

Même s’il est nommé vingt-cinq fois dans le Saint Coran, Jésus y est aussi désigné avec respect « Ibnou Mariem » fils de Marie, Massih en hébreu, Messiah traduit en Christ, Abdou Allah le serviteur de Dieu, Rassoulou Allah, le messager de Dieu.
Il y est désigné encore comme « parole de Dieu » ou « es

pages 10

prit de Dieu » ou encore « signe de Dieu » sans parler des différents épithètes honorifiques qui lui sont attribués à travers quinze de ses différents chapitres.
Le Saint Coran honore ce puissant messager tout comme les musulmans qui n’ont jamais failli à ce respect durant plus de quatorze siècles. Dans tout le Coran, il n’y a pas un seul dénigrement (une seule remarque désobligeante envers Jésus (P))* que le plus fielleux des chrétiens puisse trouver.

ISSA LATINISE EN JESUS

Le Saint Coran désigne Jésus (P) sous le nom de « Issa » qui y est utilise plus qu’aucun autre titre car c’était son nom « chrétien »(3).
Le vrai nom de Jésus est donc Issa (en arabe) ou Yassou (en hébreu) qui devient en classique Yeheshua que les populations occidentales ont latinisé en Jésus (P).
Le « J » initial ainsi que le 2ème « S » du nom (Jésus) n’existent pas dans les langues originelles. Elles n’existent pas dans les langues sémites. Le nom « Esau », très simple, est un nom juif communément répandu et utilisé plus de Soixante fois dans la première partie de la Bible, partie désignée « les Génies ».
il y avait finalement un « Jésus » assis sur un « banc » lors du jugement avant la Sanhédrin(*). Joseph, l’historien juif, fait mention de Jésus (P), plus de vingt-cinq fois dans le « livre des anciens ».

 


(3) Chrétien est devenu synonyme du fait d’être né en Afrique du Sud qu’il s’agisse d’un nouveau-né hindou, musulman, chrétien ou juif.
C ») Assemblée, tribunal religieux et civil pour toute la Palestine antique
(NDLT) 

pages 11

Le Nouveau Testament parle de « Bar-Jésus » un magicien, un sorcier et un faux prophète juif (Actes 13:6) et aussi de « Jésus-Justus » un missionnaire chrétien contemporain de Paul (Colossiens 4:11). Ils sont différents de Jésus, fils de Marie. Transformé en (J)ésu(s) le sens unique.
Ce nom unique est devenu courant chez les juifs et les chrétiens à partir du 2ème siècle après Jésus-Christ. Chez les juifs, il était synonyme d’une maladie très connue, le nom de celui qui avait blasphémé en religion hébraïque et chez les chrétiens parce qu’il devenait le nom de leur Dieu (?), leur Dieu incamé.
Les musulmans n’hésitent pas à appeler son fils (de Dieu*) « Issa » car c’est un nom honoré, le nom d’un vertueux serviteur de Dieu.

PLUSIEURS REFERENCES

A la fin de toutes les traductions du Saint Coran en langue anglaise de A. Yusuf Ah (4), il y a un appendice* littéraire très concis.
Si nous prenons la peine de le parcourir (5) nous allons découvrir page 1837 le sujet JESUS (Voir ci-contre)

 


(4) Le « Centre » seul a distribué plus de 20.000 volumes de cette traduction pour les deux années écoulées. Nous recommandons tout particulièrement cet ouvrage.
(5) Il n’ya pas de meilleure voie pour connaître le Coran que la familiarisation avec les index (Notes & appendices explicatifs).
(*) Notes du traducteur 

pages 12

The subject – JESUS:
i.e.

Jésus : un prophète vertueux (VI 85)
Né (III 45-47 ; XIX 22-33)
Prophète d’Israèl (III 49-51)
Disciples (III 52-53 – V 114-118)
Pris (III 55-58 ; IV 157-159)
Tel Adam (III 59)
Non crucifié (IV 157)
Pas plus qu’un apôtre (IV 171 ; V 78)
(XLIII 59, 63-64)
Pas Dieu (V 19, 75)
Envoyé avec l’Evangile (V 49)
Pas le fils de Dieu (IX 30)
Message et miracles (V 113 ; XIX 30-33)
Prières pour le repas (V 117)
Faux culte non enseigne (V 119-121)
Les disciples se déclarent musulmans (V 114)
Mission limitée (n. 1861 à XIII 38)
Les fidèles avaient compassion et pitié (LVII 27)
Les disciples sont les aides de Dieu (IXI 14)
Comme un signe (XXIII 50 ; XLIII 61)
Prophétise Ahmed (LXI 6)

pages 13

CHAPITRE 3

Mère et fils

MARIE HONOREE

Le deuxième titre du sujet abordé ici – sa naissance -est décrit à deux reprises dans les sourates 3 et 19 (6). A la partie de la traduction référencée et à la page 134 à laquelle commence la naissance de Jésus (P) nous croisons l’histoire de Marie et la position de respect qu’elle occupe dans l’islam bien avant que l’annonce de la naissance de Jésus (P) ne lui fut faite.

« Et lorsque
les anges dirent:
Ô Marie!
Dieu t’a élue,
t’a purifiée et élue au-dessus
des femmes des humains ». (7)

 


(6) Sourate: En arabe chapitre ( du Coran)
(7) Je demande instamment à tous les musulmans qui peuvent lire ces versets en arabe de le faire en leur accordant leur véritable sens. Si la lecture arabe n’est pas possible, il faut en retenir le sens. Vous trouverez l’occasion de les partager avec vos amis chrétiens et vous en tirerez grand bénéfice. Vous êtes concernés. Le temps des évangélistes professionnels est révolu. Serez-vous incapable de faire ce petit effort pour l’Islam. 

pages 14

« ….et t’a élue au-dessus des femmes des humains ». Un tel hommage n’est rendu nulle part ailleurs à Marie pas meme dans le Nouveau Testament. Le verset se prolonge:

« Ô Marie!
sois pleine de dévotion
à ton Seigneur,
prosterne-toi
et courbe-toi
avec ceux qui se courbent »
Saint Coran 3:43

LA DIVINE REVELATION

Quelle est l’origine de cette merveilleuse et sublime récitation qui, dans sa version arabe originelle, émeut les lxxnmes à l’extase et les fait pleurer à chaudes lannes ? Le verset 44 nous révèle:

« Cela fait partie
des nouvelles de l’inconnu
que nous inspirons.
Tu n ‘étais
pas parmi eux alors qu’ils
jetaient leurs calames.
Pour savoir qui d’entre eux
prendrait Marie à sa charge*

 


(*) Note traduite de la référence: « Le père de Marie étant mort, les notables de la tribu tirèrent au sort l’honneur de la prendre en charge. Le prophète Zacharie (P) fut désigné par le sort. On dit qu’ils étaient vingt-sept concurrents et qu’ils jetèrent leurs « Calames » dans le courant du Jourdain. Seul celui de Zacharie (P) floua et resta . . .1…15 

Et tu n ‘étais pas parmi eux alors qu’ils
se disputaient.

LA NAISSANCE DE MARIE

Le fait est que la grand-mère de Jésus Hannah était stérile. Elle offrait son coeur à Dieu et fit le serment que s’il lui donnait un garçon, elle le consacrerait au service du temple et à l’adoration de Dieu.

ANTI-APOGEE (RETOUR A L’ORDINAIRE )

Dieu exauça sa prière et Marie vint au monde. Elle (Hannah’) fut déçue. Elle attendait un garçon et au lieu de cela, elle donna naissance à une fille qui n’avait rien de commun avec le garçon et le rêve qu’elle avait en tête pour lui. Que pouvait-elle faire d’autre ? Elle avait fait un serment à Dieu, elle attendit que Marie fut suffisamment grande pour se prendre en charge.

Quand le moment fut venu, Hannah emmena sa chère fille au temple pour le service. Chaque prêtre demande àDieu d’ être un bon père pour son enfant bien-aimé.

Ils (les notables*) tirèrent au sort pour savoir qui allait la prendre en charge (Marie’). Elle échut à Zacharie (P) non sans dispute.

sur place. C’est ainsi que Marie lui échut. On rapporte qu’il l’enferma à clef et qu’à chaque fois qu’il entrait chez elle, il trouvait une nourriture céleste. Ce miracle la désignait déjà pour le grand rôle qui l’attendait.
Zacharie (P) était l’époux d’Elisabeth, tante maternelle de Marie qui donnera naissance au prophète Jean-Baptiste (P), cousin maternel et premier apôtre de Jésus (P). Il sera tué par les Juifs.
(*) NDLT (notes du traducteur). Les mots ou expressions entre
parenthèses accompagnés dune astérique sont du fait du traducteur.

16

L’ORIGINE DE SON MESSAGE

L’histoire est ainsi, mais d’où Mohammed (Ç) tenait-il son savoir? Il était oummi (illettré), il ne savait ni lire ni écrire. Il fut fait par Dieu Tout Puissant pour répondre aux nombreuses questions contenues dans les versets précédents et auxquelles il répondait que tout était « inspiration divine ».

« Non! » répondait ses détracteurs « tout cela n’est que pure invention de Mohammed (Ç) il a copié ses révélations à partir des (en s’inspirant des textes’) juifs et des chrétiens. Il les a plagiés, comme il les a fabriqués (contrefaites’) ».

Grâce à nos connaissances actuelles et notre croyance (foi’) nous savons que le Coran est la véritable parole de Dieu. Nous pouvons néammoins accepter de prendre en considération un instant, les arguments des ennemis de Mohammed (Ç) qui faisaient qu’il l’aurait (le Coran’) écrit. Nous pouvons attendre de leur part quelques concours.

Demandez-leur alors « Aurez-vous quelque inquiétude à admettre que Mohammed (Ç) fut un arabe ? » Seul un fou entêté pourrait hésiter et il n’y aurait aucun intérêt à poursuivre la discussion.

Poursuivons donc avec un individu capable de raisonner flonnalement: Cet Arabe s’est d’abord adressé aux Arabes, il ne parlait pas aux Indiens, ni aux Chinois, ou aux Nigériens musulmans, il s’adressait à son peuple, les Arabes. Qu’ils furent ou pas de son avis, il leur dit de façon sublime et avec des mots qui allaient être estampillés dans leurs Coeurs et leurs esprits. Marie, la mère de Jésus – une juive -fut choisie entre toutes.

Ce n’était ni sa mère (à Mohammed (Ç)) ni son épouse, Di sa fille, ni aucune autre femme arabe, mais une juive.

17

Est-ce que quelqu’un peut expliquer cela? Pour tout un chacun, la mère, l’épouse ou la soeur devraient être les premières entre toutes les femmes.

Pourquoi le Prophète de l’Islam aurait-il rendu hommage à une femme de ses ennemis, et de surcroit une juive, appartenant à une race qui, depuis plus de trois mille ans, regardait de haut son peuple comme ils* continuent à regarder leurs frères arabes de nos jours.

SARAH ET HAGAR

Il est dit dans la Sainte Bible que Abraham (p) le père des juifs, aurait eu deux épouses Sarah et Hagar (8). Enfourchant leur racisme absurde, ils* avancent le fait qu’ils sont les enfants d’Abraham (P) et de Sarah, son épouse légitime, alors que leurs frères arabes descendent de Hagar, une maîtresse de circonstance, ce qui en fait des descendants inférieurs.

Plairait-il à quelqu’un de m’expliquer pourquoi Mohammed (Ç) aurait alors choisi une juive pour un tel honneur? La réponse est simple – il n’avait pas le choix – il n’avait aucun droit de parler de son propre chef.

« Ce n’est en fait qu’une révélation inspirée »

(8) Hagar était une princesse d’Egypte et non une « courtisane » ou une esclave. Dans sa publication à venir, « les partisans et les opposants d’Israël’, l’auteur fait la preuve, quelque soit la logique adoptée et en conformité avec les ‘eugéniques » (Euphémistes*), le judaisme ou le simple bon sens que la descendance de Hagar est supérieure à celle

18

CHAPITRE A MARIE

Dans le Saint Coran, il y a un chapitre dédié à Marie, le chapitre XIX désigné ainsi en l’honneur de la mère de Jésus (P), honneur inexistant dans la Sainte Bible.

Parmi les 66 livres (sacrés*) des protestants et les 70 des catholiques, aucun ne relève de Marie ou de son fils. Vous pouvez trouver l’évangile selon Saint Matthieu, Marc, Luc, Jean, Pierre ou Paul ou encore selon deux autres noms peu connus mais pas un seul selon Jésus ou Marie!

Si Mohammed (Ç) avait été l’auteur du Saint Coran, il n’aurait pas hésité à ajouter à côté de Maryam la mère de Jésus (Marie en arabe*) sa propre mère Amina, sa chère épouse Khadija ou sa fille bien-aimée Fatima, mais non
Non ! Ceci ne pourra jamais être. Le Coran n’est pas son oeuvre (9).

(9) Dans notre livre « le Coran, Miracle ultime », nous prouvons mathématiquement qu’aucun être humain, pas plus qu’une société humaine avec l’intelligence de la terre entière, n’aurait pu concevoir une oeuvre comme le Saint Coran.

19

CHAPITRE 4

La bonne nouvelle

« Et lorsque
les anges dirent Ô Marie! Dieu t’annonce
la bonne nouvelle de la prochaine venue d’une parole de Lui. Son nom est le Messie, Jésus fils de Marie notable dans ce monde et dans l’autre et parmi les rapprochés ».

« Proche de Dieu » non pas physiquement ou géographiquement, mais spirituellement. Comparez ceci avec « et (Jésus) s’assit à la droite de Dieu  » (Marc 16:19) (10).

Le comble des chrétiens fut de méconnaître ce verset

(10) Marc 16:19 Maintenant supprimée de la version anglaise R.S.V où
elle était intercalée. « La Bible est-elle parole de Dieu » l’explique.

20

comme beaucoup d’autres dans la Bible. lls imaginent le père (Dieu) assis sur un trône de gloire avec, à sa droite, son fils Jésus . Pouvez-vous évoquer cette image ? Si vous le pouvez, vous vous égarez complètement en ignorant tout de Dieu .11 n’est pas le père du christianisme, il est l’esprit au-delà de l’imagination des hommes. Il existe, Il est réel, mais il est différent de tout ce que nous pouvons imaginer
Dans les langues orientales etre assis ou penser.  » « à la droite de » signifiait « occuper une place d’honneur » ce que justement le Saint Coran décrit « en compagnie des proches de Dieu ».
Les versets précédents (Coran 3:45) confirment le fait que Jésus (P) était le Christ et qu’il était la parole que Dieu que Dieu avait accordée à Marie. Là aussi, le chrétien donne à ces mots un sens qu’ils n’ont pas. Ils donnent au terne « Christ » le sens de Dieu incamé et au terme « parole » de Dieu le sens de Dieu (lui-méme*).

CHRIST N’ETANT PAS UN NOM

Le mot « Christ » est dérivé du mot hébreu Messiah, en arabe Massih, la racine du mot masaha ou frotter, masser ouoindre. Les évêques et les rois étaient « oints » (bénis*) quand ils étaient intronisés.
Dans sa traduction, le terme Christ dans sa formulation grecque signifie « unique » : convenant seulement à Jésus (p) Les chrétiens étaient habiles pour transformer les métàux divers en or brillant. Ce qu’ils ont fait (dans la Sainte Bille’) était de traduire dans leur propre langage les mots tels que « Céphas » en Pierre (11) et « Messie » en Christ.

(11) plus de détails à propos de ces acrobaties verbales dans mon
ouvrage « Mohammad » (Ç) le successeur naturel du Christ (P).

21

Comment ont-ils fait cela ? Facilement. Messiah en hébreu signifie le « oint » (le béni par l’onction*) qui en grec devient christos. En supprimant les lettres finales « os » vous avez « christ », maintenant le « c » minuscule de christ est remplacé par un « C » majuscule et prestement il vous crée le Christ, l’unique? Christos signifie « oint » (béni*) qui se traduit par « désigné » dans la religion de référence.
Lors de son baptême par Jean-le-Baptiste, Jésus (P) fut désigné (béni’) messager divin. Tous les prophètes (messagers divins) sont ainsi bénis ou désignés. La Sainte Bible en est pleine et la version hébraïque originale en avait fait « Messiah »

Examinons la traduction de « oint ». Il n’y a pas que les prophètes, les ecclésiastiques ou les rois qui sont « bénis » (Christos-ED), il y a aussi les boeufs, les anges et les réverbères qui peuvent l’être aussi.

« Je suis le Dieu (de) Béthel où tu as oint une stèle,
Genèse 31:13
« Si c’est le sacrificateur ayant reçu l’onction… »
Lévitique 4:3
« Moïse prit l’huile d’onction, oignit le tabernacle et
tous les objets qui s’y trouvaient et les consacra. »
Lévitique 8:10
Dieu … tonnera … et relèvera la force de Son
Messie. » I Samuel 2:10
« Ainsi parle l’Eternel à Son Messie (12), à Cyrus… »
Esaïe 45:1

(12) Pourquoi ne vérifiez-vous pas la Bible. le mot y serait. Il est facile et aisé pour un chrétien d’effacer le mot (… béni) des prochaines éditions comme ils ont éradiqué Allah de la version Schofield. Consultez « La Bible est-elle parole de Dieu? »

22

« Tu étais un chérubin protecteur, … » Ezekiel 28:14
Il y a des centaines d’autres références du même genre dans la Sainte Bible.

Chaque fois que vous rencontrerez le mot « oint » (anointed) dans la Bible anglaise, terme qui dans la traduction grecque serait Christos, et que vous preniez les mêmes libertés que les chrétiens, vous pourriez obtenir « ange béni », « cyrus béni », « évêque béni », « pilier béni », etc…

QUELQUES TITRES EXCLUSIFS

Alors que chaque prophète est béni (oint) par Dieu, le Messie qui est la traduction du Christ, est exclusivement réservé à Jésus fils de Marie dans l’islam et le christianisme. Ceci n’est pas extraordinaire en religion.
il y a certains titres honorifiques qui peuvent être attribués à plus d’un prophète et qui ne sont pas réservés à un seul usage. Ainsi, « rassoulou Allah » qui signifie « messa- ger de Dieu » et qui s’applique à Moïse (P) (19:51) et Jésu (P)(61:6) dans le Saint Coran.

De même « rassoulou Allah » est devenu, pour de nombreux musulmans, synonymes de prophète de l’islam
(Chaque prophète est en fait un ami de Dieu, mais son équivalent en arabe « khalilou Allah » est exclusivement réservé à père Abraham (P). Ceci ne signifie pas que les autres (prophète) ne soient pas les amis de Dieu . »Kalimou AIlah » (Celui qui parla à Dieu) n’est utilisé pour aucun autre (prophète) que Moïse (P) alors que nous, nous savons que Dieu à parlé à tous Ses messagers, ce qui inclut Jésus (P) et Mohammed (puissent la paix et les miséricordes divines être sur tous Ses serviteurs).

Le fait d’associer certains titres avec quelques person (Plophètes*) seulement n’en fait pas des êtres exclu-

23

L’ETONNEMENT DES JUIFS

Là, il n’y a guère de Joseph le charpentier. Les circonstances devenant singulières, Marie, la mère de Jésus (P) se retira dans un endroit discret à l’est (Saint Coran 19:16). Après la naissance de l’enfant (Jésus*) elle revint (au milieu des siens*).
« L’étonnement de la population n’avait pas de limite, personne n’avait été préparé à imaginer le pire en ce qui la concernait lorsqu’elle quitta les siens quelque temps. Mais maintenant la voilà qui revient sans pudeur et sans honte paradant, un bébé dans les bras I Elle a jeté l’opprobe sur la maison de Aaron, la source de piété s’il enfut!
La soeur de Aaron Marie se souvient de ses origines et de sa haute lignée tout autant qu’elle se souvient de l’exceptionnelle moralité de ses parents. Comme ils dirent, elle a failli et souillé le nom de ses géniteurs I Que pouvait faire Marie ? Comment pouvait-elle expliquer ? Allaientils accepter ses explications malgré leur prédispositon à la censure ? La seule chose qu’elle pouvait faire était de montrer l’enfant qu’elle savait différent. L’enfant vint à son secours. Miraculeusement il parla et prit la défense de sa mêre comme il prêcha à une assistance incrédule. »

A.Yusuf Ah. Commentaires sur ses notes. 2480-2482, page 773 dans sa traduction (14)

« Elle le leur désigna (du doigt)
ils dirent:
Comment parlons-nous

(14) Accordez-vous une faveur. Demandez dès maintenant votre exemplaire. Si vous ne pouvez l’obtenir dans votre région, contactez le « centre » en Afrique du Sud.

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à un enfant au berceau?
Il dit: « Je suis esclave
et adorateur de Dieu.
Il m’a apporté le livre
et a fait de moi un prophète . »
Il a fait de moi une bénédiction
là oùje me trouve.
Et m’a recommandé la prière
et l’aumône légale
tant que je serai vivant.
…Plein de piété filiale
pour ma mère
et il ne m’a nullement fait
un violent misérable.
Salut à moi
Le jour de ma naissance,
le jour de ma mort et
le jour de ma résurrection!

LE PREMIER (DE SES) MIRACLES (S)

Ainsi Jésus (P) prit la défense de sa mère contre la grave calomnie et les insinuations (malveillantes*) de ses ennemis. Ceci est le premier miracle attribué à Jésus (P) dans le Coran. Alors qu’il venait de naître et qu’il était dans les bras de sa mère, il s’adressa aux hommes. Faites la confronta-

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tion de ceci avec son premier miracle rapporté dans le Nouveau Testament et qu’il vécut, alors qu’il avait plus de trente ans:

« Trois jours après, il y eut des noces à Cana en Galilée. La mère de Jésus était là.
Jésus fut aussi invité aux noces ainsi que ses discipies. Comme le vin venait à manquer, la mère de Jésus lui dit ils n’ont pas de vin.
Jésus lui dit Femme qu’y a-t-il entre toi et moi ?
Mon heure n’est pas encore venue.
Sa mère dit aux serviteurs Faites tout ce qu’il vous dira.

Il y avait là six jarres de pierre, destinées aux purifications des juifs et contenant chacune deux ou trois mesures.
Jésus leur dit Remplissez d’eau ces jarres. Et ils les remplirent jusqu’en haut.

Puisez maintenant, leur dit-il, et portez-en à l’organisateur du repas. Et ils lui en portèrent. L’organisateur du repas goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, tandis que les serviteurs qui avait puisé l’eau le savaient. Il appela l’époux.

Et lui dit tout homme sert d’abord le bon vin, puis le moins bon après qu’on se soit enivré. Toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à présent. »
Jean 2:1-10

Depuis ce miracle, le vin coule à flots dans le christianisme. Plusieurs raisons aussi farfelues les unes que les autres font que ce qui était bon pour le maître était bon pour
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lui. Ils disaient que Jésus (P) n’était pas un rabat-joie. N’avait-il pas fait un délicieux vin, puissante que même les « bons buveurs », ou ceux dont les sens et le goût étaient émoussés pouvaient distinguer ? « Le meilleur était laissé pour la fln ». Ce n’était pas du raisin pur, c’était le même vin qui, selon le nouveau testament, avait poussé les filles de Loth à séduire leur père (Genèse 19:32-33), c’était le même vin qu’il était recommandé aux chrétiens d’éviter (Ephésiens 5:18).

Cela serait-il aussi innocent? Il y aurait 1% de la population qui entraînerait des millions d’hommes dans le mauvais chemin.

Les USA comptent 10 millions d’ivrognes et quelques 70 millions de désintoxiqués chrétiens! Les Américains baptisent leurs ivrognes « buveurs à problèmes » alors qu’en Afrique du Sud ils sont appelés « alcooliques ». Ivrogne serau. un mot trop lourd à porter pour ceux qui ont une réputation de « bons buveurs ».

Le premier ministre de la Zambie, le Dr Kenneth Kaunda n’hésitait pas à appeler les choses par leur nom, il disait:
« Je ne suis pas prêt pour diriger une nation d’ivrognes ». Il parlait de son peuple qui était intoxiqué par l’alcool.

Que l’eau ait eu l’apparence (du vin*) ou n’en fut qu’une vision pour Jésus (P) nous ne pouvons lui tenir rigueur, pas plus qu’à ses disciples, de cette coutume (15) de boire qu’avaient leurs contemporains. Pour l’avis qu’il avait si justement donné  » « J’ai beaucoup de choses à vous dire, mais vous ne les comprendrez pas maintenant. » (Jean

(15) Nous devons garder en mémoire le fait que les compagnons du saint prophète consommaient de l’alcool avant qu’il ne fut interdit (Saint Coran 5:93)

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16:12) (16). L’humanité n’est pas suffisamment mûre pour recevoir l’ensemble de la vérité de l’islam. N’avait-il pas dit aussi « on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles outres?… » (Matthieu 9:17).

« MERE » DU « FEMME » ?

En référence (17) (ou en accord ou encore conformément*) à (l’évangile selon*) Saint Jean dans les quatre versets cités plus haut qui décrivaient la fête de mariage de Cana, il nous est dit que Jésus (P) s’était comporté de façon insolente envers sa mère, il l’appela « femme » et aurait été jusqu’à lui dire, pour retourner le couteau dans la plaie, « qu’ai-je à faire de toi ?  » quelle relation y-a-t-il entre toi et moi ou que dois-je faire de toi ? Aurait-il pu oublier que cette vraie « femme » l’avait porté neuf mois et qu’elle l’aurait peut être allaité pendant deux ans, qu’elle l’avait mis au monde sous les insultes et les injures ? N’était-elle pas sa mère ? N’y a-t’il pas de mot pour dire « mère » dans cette langue?

Etrangement, alors que les disciples vantaient l’humilité de leur maître, sa douceur et son long calvaire, ils l’appelaient le « prince de la paix » et le chantait. « ll était né pour être égorgé comme un agneau et comme un mouton prêt àêtre tondu, il devait rester muet; il garda la bouche fermée ».

(16) Ce verset, comme les autres prophéties de Jésus (P) telles que décrites dans l’évangile de Jean sont abondamment réalisées en la personne de Mohammed (Ç) le saint prophète.
Cet aspect sera abondamment développé dans notre ouvrage
« Mohammed (Ç) le successeur naturel du Christ (P) ».
(17) « En référence à » les quatre évangiles commencent tous par cette phrase: Pourquoi?
Demandez votre exemplaire de l’ouvrage « La Bible est-elle la parole de Dieu? » qui explique cela en détail.

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Ils ajoutèrent dans le même souffle qu’il était prêt depuis toujours à subir les invectives pour les aînés de sa race et se démenait pour étaler ses révélations, à condition que leurs écrits furent vrais
« Vous hypocrites ! »
« Vous génération malade et adultère ! »
« Vous pilleurs de tombe ! »
« Vous génération de vipères ! »

Puis à sa mère:
« Femme …. »

LA Defense DE JESUS (p)

Mohammed (Ç) le messager divin était destiné à l’absolution (avec l’aide et la permission de Dieu »‘ des fausses charges et des calomnies qui pesaient sur Jésus (P). dont les auteurs étaient ses ennemis.

.Plein de piété filiale
pour ma mère
et il ne m’a nullement
fait un violent misérable. »

A l’annonce de la bonne nouvelle relative à la naissance de son vertueux fils (Saint Coran 3:46) Marie répondit:

« Elle dit « Seigneur!
comment se peut-il
que j’ai un enfant
alors qu’aucun être humain
ne m’a jamais touchée ?

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Il dit « C’est ainsi.
Dieu crée ce qu’il veut
Quand Il décide d’une chose,
Il lui suffit de lui dire « sois »
pour qu’elle se réalise
Il lui enseigna le Livre,
la Torah et l’E vangile.. » (18)

(18) Avez-vous appris ces versets par coeur? Si vous ne l’avez pas encore fait allez p. 14 et consultez les notes en bas de page. C’est un système qui me réussit. Alors s’il vous plait plus d’excuse.

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chapitre5

Versions biblique et coranique

RENCONTRE AVEC LE REVEREND

J’espère que vous avez pris au sérieux ma remarque en bas de la page 14. J’essaie de faire ce que je prêche et, en conformité avec le conseil que je vous ai adressé, j’ai appris ces versets par coeur. Les occasions de les mettre en oeuvre se multiplient.

Je visitais “la maison de la Bible” à Johanesburg et alors que j’explorai les nombreux ouvrages religieux et les diffé­rentes Bibles, je tombai sur une édition indonésienne et ve­nais de prendre en main la version greco-anglaise du Nou­veau Testament, un énorme ouvrage et ne m’aperçus pas du fait que j’étais observé par le conservateur de la maison de la Bible.

Accidentellement, il se dirigea vers moi. Peut être que mon collier de barbe ou mon couvre-chef musulman avaient particulièrement attiré son regard?

Il s’enquit de mon intérêt pour ce coûteux ouvrage. Je lui expliquai, qu’en tant qu’étudiant en “religions compa­rées”, j’avais besoin d’un tel ouvrage, il m’invita à prendre une tasse de café dans son bureau. J’acceptai son invitation que j’appréciais et le suivis.

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Après la tasse de thé, je lui expliquai la vénération des musulmans pour Jésus (P) et détaillai la position éminente qu’il occupait dans la maison de l’islam. Mes propos le laissèrent sceptique et son ignorance feinte m’amusait car, en Afrique du Sud, seul un révérend expérimenté et de bonne souche peut devenir conservateur de la maison de la Bible. Je commençais à réciter la sourate 3 à partir du ver­set 42:

“Et lorsque
les anges dirent
Ô Marie, Dieu t’a élue…”

J’aurai voulu que le révérend (conservateur) entende non seulement le sens des mots, mais ausi leur mélodie et leur cadence dans la langue arabe.

Le révérend Dunkers (tel était son nom) s’assit et écouta avec une attention soutenue les paroles de Dieu. Lorsque je fus au terme du verset 49, le conservateur me dit alors que ce message du Coran était identique à celui de sa propre Bible. ll me dit ne voir aucune différence entre ce que je venais de lui réciter. Je lui dis : “C’est la vérité”. S’il avait lu ces versets en anglais, uniquement sans leur adaptation en langue arabe juxtaposée, il aurait été incapable de com­prendre, fut-ce au bout de cent ans, qu’il venait de lire le Saint Coran.

S’il avait été protestant, il aurait pu penser qu’il lisait la version catholique romane s’il n’avait pas vu auparavant, ou la version des témoins de Jéovah ou celle des Grecs ortho­doxes ou encore l’une des multiples versions parmi les cen­taines qu’il n’avait pu voir. Jamais il n’aurait pu imaginer que c’était la version du Coran.

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Le chrétien devrait lire dans le Coran tout ce qu’il sou­haite entendre sur Jésus (P) en termes nobles, déférents et sublimes, il n’aurait jamais pu supporté de les voir rempla­cés.

Dans les huit vers 42 à 49, il nous est dit:

a) Que Marie, la mère de Jésus, fut une femme ver­tueuse, honorée au-dessus de toutes les autres.
b) Que tout ce qui fut dit fut révélation de Dieu à toute l’humanité.
c) Que Jésus fut “parole de Dieu
d) Qu’il était le Christ que les juifs attendaient.
e) Que Dieu donnerait le pouvoir à Jésus pour accomplir les miracles y compris pendant son enfance.
t) Que Jésus était venu au monde de façon miraculeuse sans l’intervention d’aucun homme.
g) Que Dieu lui ferait ses révélations.
h) Qu’il ressusciterait les morts avec la permission de Dieu et qu’il soulagerait les (nés*) aveugles, les lépreux, etc… avec la permission divine.

LA CRAIE ET LE FROMAGE (19) (Le jour et la nuit*)

Le chrétien le plus fervent ne peut trouver à redire à une simple citation ou un mot ici, mais la différence entre les narrateurs de la Bible et ceux du Coran est telle que celle qui existe entre “la craie et le fromage” ou “le jour et la nuit”…

(19) Mes auditeurs nord-américains Ont éprouvé quelques difficultés àadmettre cette expression. Ils comprennent la différence entre “le Paradis et la terre”, “être aux antipodes” ,“très différent” beaucoup mieux.

En français, l’expression utilisée sera “le jour et la nuit”.

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Le révérend (conservateur de la maison de la Bible* ) me dit alors “pour moi, elles sont identiques, où est la diffé­rence ?“

Je sais que dans l’ensemble les deux versions concor­dent dans leurs détails, mais quand nous les examinons minutieusement, nous découvrons des différences vertigi­neuses.

Maintenant, comparons la miraculeuse conception telle qu’annoncée dans le Saint Coran au verset 47 et ce qu’en dit la Sainte Bible.

“Voici comment arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère était fiancée a Joseph. Avant leur union, elle se trouva enceinte (par l’action) du Saint Esprit.”

Matthieu 1:18

EMINENT ADAPTATEUR

L’éminent Billy Graham américain bon teint a adapté ces versets devant 40.000 personnes dans King Parc à Dur-ban.

Pointant son index menaçant et virevoltant de gauche et de droite au bout de son bras démesurément allongé, il dit:

“Et le Saint Esprit vint et féconda Marie !“ Saint Luc nous avait dit la même chose mais de façon beaucoup moins ca­valière. il disait que lorsque l’annonciation fut faite, Marie fut bouleversée, sa réaction naturelle fut:

“…Comment cela se produira-t-il, puisque je ne con­nais pas ( sexuellement* ) d’homme ?“

Luc 1:34

La version du Coran est:

“Elle dit:
Seigneur,
comment se peut-il
que j’ai
un enfant alors
qu’aucun être humain

ne
m’a jamais touchée»

Saint Coran 3:47

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Dans le fond il n’y aurait pas de différence entre les deux citations : “Puisque je ne connais pas d’homme” et “Mors qu’aucun être humain ne m’a jamais touchée ?“Bien que composées de mots différents, elles ont le même sens. Le choix de mots différents devient important, les réponses respectives de Marie diffèrent au niveau des causes.

LA VERSION BIBLIQUE

“L’ange lui répondit le Saint Esprit viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de Son om­bre…”

Luc 1:35

Vous ne voyez donc pas que vous (chrétiens*) donnez àl’athé, au sceptique et à l’agnostique le bâton pour vous bat­tre ? ils pourraient vous demander: “Comment le Saint Es­prit aurait pu venir sur Marie? Ou encore : “Comment le plus grand aurait pu la couvrir de Son ombre ?“

Nous savons que, littéralement, cela n’est pas le sens, c’était l’immaculée conception. Cependant les tennes utili­sés ici sont détestables, vous l’admettrez?

LA VERSION CORANIQUE

“Il (l’Ange répond*) dit:
C’est ainsi.
Dieu crée ce qu’il veut.
Quand il décide d’une chose
Il lui suffit de lui dire
“Sois”
pour qu’elle se réalise.

Saint Coran 3:47

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Telle est la conception musulmane de la naissance de Jésus (P). Pour Dieu, créer Jésus (P) sans un père humain est affaire de simple décision. S’il voulait créer des millions de Jésus sans père ni mère il aurait simplement à le décider. Il n’a pas de craintes à transférer, comme le font les Hommes, les animaux (les êtres vivants en général* ) par contact ou insémination artificielle. il fait que les choses soient par son seul ordre”soit” et cela “est”.

il n’y a rien de nouveau dans ce que je vous dis. Je ne fait que le rappeler au révérend. ll est contenu dans le pre­mier livre de votre sainte Bible (Génèse 1:3) “Et Dieu dit…” Qu’a-t-il dit? ll dit “soit !” et “Ce fut!”. Il n’avait pas à épeler les mots. C’est notre façon de comprendre le mot “sols”, quand il décidait que les choses “fussent”.

LE CHOIX POUR SA FILLE

Entre ces deux versions relatives à la naissance de Jésus (P) — la version biblique et celle du Coran — laquelle auriez­vous préféré offrir à votre fille? demandais-je au conserva­teur de “la maison de la Bible”. ll baissa la tête humble­ment et me confia: “La version du Coran.”

Comment une “contrefaçon” ou une “imitation” (ailéga­

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tion contre le Coran) peut-elle être meilleure que la version originale, authentique… (dont se réclame la bible)? Cela ne peut, en aucune façon être, sauf si cette révélation à Mo­hammed (Ç) est ce qu’elle même dit être, les paroles saintes et pures venant de Dieu.

Il y a des centaines de tests différents que les chercheurs Impartiaux et avides de vérité peuvent appliquer au Saint Coran et au terme desquels ils pourront dire haut et fort que c est bien un message qui vient de Dieu.

comme Adam

La naissance miraculeuse de Jésus (p) en ferait-elle un Dieu ou un fils procréé de Dieu ? Le Saint Coran dit non:

“L’image de Jésus Pour Dieu
est comme celle d’Adam Il le créa de terre
puis lui dit “sols et il se réalise.”

Saint Coran 3:59

“Après avoir décrit la position privilégiée qu ‘occupe Jé­sus (P) en tant que prophète, il nous échoit de réfuter le dogme qui en faisait Dieu ou fils de Dieu ou autrement qu’un homme.

S’il est admis qu’il est sans (l’intervention d’un*) père Adam est aussi né de la même manière, enfait lui serait né sans père ni mère et, autant que nos corps physiques puis­sent être concernés ils sont faits simplement de terre. Pour Dieu, Jésus (P)fut une poussière tout comme Adam ou l’hu­manité. La grandeur de Jésuslui est conférée par le

 

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commandement divin “Sois 1”: pour qu’il soit beaucoup plus que poussière, un grand esprit guide et un enseignant pour l’humanité”.

Ali Yusuf, note 398 à propos du verset 3:59

La logique de tout cela est simple. Le fait d’être né sans l’intervention d’un géniteur mâle en ferait l’égal de Dieu, Adam aurait le même honneur et cela aucun chrétien ne serait prêt à le concéder. Dès lors le musulman ne peut que bannir le blasphème chrétien.

Mieux encore, si les chrétiens avancent le fait que Adam fut créé à partir de poussière, alors Jésus (P) fut “en­gendré” de façon immaculée dans la matrice de Marie. Il y aurait alors plus grand que Jésus (P) et ce dans sa propre Bible. Qui est alors ce superman?

LES INNOVATIONS DE PAUL

“Ce Melchisedek était roi de Salem, sacrificateur du Dieu très haut…”

il est sans père, sans mère, sans généalogie

il n’a ni commencement de jours, ni fin de vie…”

Hébreux 7:1-3

Voilà un candidat à la divinisation, seul Dieu Tout Puis­sant possède ces qualités. Adam a été créé dans un jardin (1’eden). Jésus (P) a vu le jour dans une étable. Adam a eu une fin tout comme Jésus (P). comme le clament les chré­tiens, “et a abandonné l’esprit”. Mais où est Melchisedek? il hiberne quelque part, peut-être comme Rip van Winkel (20). Et qui sont ces “hébreux” ? C’est le nom des volumes

(20) Personnage de légende qui aurait dormi pendant plusieurs siècles.

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de la Sainte Bible rédigée par le brave Saint Paul, l’un des trentes apôtres désignés du Christ. Jésus (P) avait douze compagnons, mais l’un d’eux (Judas) était habité par le dia­ble. Le poste vacant devait être comblé car les douze trônes du paradis devaient être occupés par les disciples (de Jésus) pour juger les enfants d’Israël (Luc 22:30).

Saül était un juif renégat et les chrétiens changèrent son nom en Paul, probablement à cause du fait que Saül avait une consonnance juive.

Ce (fameux*) Saint Paul fit un tel bruit autour des prêches de Jésus (P) qu’il réussit à lui faire attribuer la deuxième des positions les plus convoitées des “(Les) Hommes les plus influents de l’histoire” dans l’oeuvre monumentale de Michaël H. Hart : “Les 100” ou les “100 plus importants” ou encore “Les 100 plus grands (noms*) de l’histoire”.

Paul dépassa Jésus, car selon Michael H. Hart, Paul se­rait le véritable fondateur du christianisme. L’honneur de la création de cette religion serait à partager entre Paul et Jé­sus (P), mais Paul aurait la prépondérance car il aurait écrit plus de recueils de la Bible que n’importe qui d’autre, alors que Jésus (P) n’en a pas écrit un seul mot.

Paul n’avait besoin d’aucune inspiration pour écrire ses hyperboles (21) ici et dans le reste de ses épîtres. N’était-ce pas Goebbels, le ministre de la propagande qui disait : “ Plus le mensonge est gros, plus il a de chance d’être cru réelle­ment’. Le plus amusant dans cette exagération c’est qu’au­cun chrétien ne semble l’avoir lue.

Toutes les personnes instruites en la matière à qui j’ai

(21) Description ou état amplifié qui ne peut être pris dans son sens littéral.

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montré ce verset semblaient le découvrir pour la première fois. ils paraissaient abasourdis tels que les décrivent, fort àpropos. les paroles de Jésus (P):

“…Parce qu’en voyant ils ne voient pas, et qu’en en­tendant ils n’entendent ni ne comprennent.”

Matthieu 13:13

Le Saint Coran contient aussi un verset qui décrit une maladie parfaitement entretenue:

“Sourds, muets
et aveugles,
sans espoir de retour”

Saint Coran 2:18

LES FILS DE DIEU

Le musulman fait de grandes réserves en ce qui con­cerne le dogme chrétien qui faisait que “Jésus (P) était le fils unique (de Dieu*) engendré mais non conçu (physio­logiquement*).

Cest ce que le chrétien est habitué à répéter depuis son enfance dans son catéchisme. J’ai demandé, à maintes et maintes reprises, à des chrétiens instruits, pourquoi ils exa­géraient lorsqu’ils disaient: “Engendré mais non pas conçu”. ils savent que, selon leurs divines Ecritures, Dieu a une multitude d’enfants:

Adam, fils de dieu.”Luc 3:38

“Les fils de dieu virent que les filles des hommes étaient belles.”

“…Après que les fils de dieu furent venus vers les filles et qu’elles leur eurent donné des enfants…” Genèse 6:2-4

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“…Ainsi parle l’Eternel Israel est mon fils, mon premier-né”Exode 4:22

“Car je suis un PÈRE pour Israel est Iphraïm est mon premier né…”Jérémie 31:9

“…Il m’a dit tu es mon fils! “C’est Moi qui t’ai engendré aujourd’hui”.Psaumes 2:7

“Car tous ceux qui sont conduits par l’esprit de Dieu sont fils de Dieu.” Romains 8:14

Pouvez-vous trouver cela dans la langue hébraïque, chaque personnage vertueux, que ce soit Tom, Dick ou Harry qui ont suivi la volonté et le projet de Dieu sont Fils de Dieu. C’est une métaphore communément utilisée par certains juifs. Les chrétiens acceptent ce raisonnement mais restent sur leur position “mais Jésus n’était pas ainsi”. Adam fut “fait” par Dieu, toute chose vivante est création de Dieu. ll est le Seigneur qui chérit et qui soutient. De façon métaphorique, Dieu est le père de tout, mais Jésus fut le fils “engendré” par Dieu et non un fils créé par Dieu?

 » ENGENDRE  » SYNONYME DE  » REPRODUIT « 

Durant plus de quarante ans d’échanges avec les chré­tiens éclairés, je n’en ai pas rencontré un seul qui ait osé se hasarder à expliquer la phrase “engendré et non créé”. Ce fut un Américain qui eut l’audace d’expliquer: “Cela veut dire qu’il a été conçu (physiologiquement, comme fruit d’un étalon*) par Dieu.” “ Comment ? Explosai-je. “Reproduit ou conçu par Dieu ?“. “Non, non” dit-il. “J’essayai simplement

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d’expliquer le sens de l’expression “Je ne pense pas du tout que Dieu ait pu concevoir un fils (physiologiquement)”.

Le chrétien sensible me fit remarquer que les mots n’expriment pas littéralement leur sens. Pourquoi les utili­sez-vous alors ? Pourquoi créez-vous des conflits inutiles entre 1.200.000.000 chrétiens et plus d’un milliard de mu­sulmans à travers le monde en développant des non-sens?

LB RAISON DE L’OBJECTION

Le musulman prend l’exception de la formule “engen­dré” car elle est du domaine de la reproduction animale, relevant des fonctions sexuelles animales les plus basses. Comment pouvons-nous attribuer des capacités (caractéris­tiques*) aussi viles à Dieu ? Sur le plan métaphorique, nous sommes tous enfants de Dieu — bons et mauvais — et Jésus (P) serait le seul parmi nous tous à être le seul proche de Dieu, a en être le seul fils, parce qu’il en aurait été le plus fidèle d’entre nous tous.

De ce point de vue, il est sans conteste le fils de Dieu. Bien que ce pernicieux mot “engendré” (22) soit maintenant supprimé sans scrupule des versions les plus précises de la Bible, la Version Standart Révisée (23), son ombre s’attarde encore dans la mémoire chrétienne, qu’elle fut blanche ou noire.

(22) Bonnes nouvelles pour les musulmans. Consultez “La Bible est-elle la parole de Dieu?” page 15. Pour tous les détails relatifs à ce mot dégradant “engendré”.
(23) Version Standard Révisée proclamée par le Church of England News paper comme étant “la plus précise ou la plus rigoureuse des versions réalisées au cours de ce siècle” qui en fait est une version des anciens manuscrits datant de deux ou trois siècles A.P. Jésus-Christ.

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A cause d’un insidieux lavage de cerveau, l’homme blanc se sent supérieur à son frère noir (24) de confession chrétienne qui prie dans la même église. En retour, lhomme noir continue à donner l’image de son complexe d’infériorité à travers son dogme.

L’INFERIORITE PAR LE LAVAGE DE CERVEAU

L’esprit humain ne peut raisonner autrement qu’en ad­mettant le fait qu’un fils engendré par un Africain ne peut ressembler qu’à un Africain, qu’un Chinois à un Chinois et un Indien à un Indien. Ainsi, le fils engendré de Dieu ne peut ressembler à rien d’autre qu’à Dieu. Des milliards de portraits et de superbes images du “fils unique engendré” sont mises entre les mains des hommes. Il ressemble à un européen avec ses cheveux blonds, ses yeux bleus et des atours plaisants tout comme celui que je vis dans le “Roi des Rois” ou “Le jour de gloire” ou encore “Jésus de Naza­reth”. Vous souvenez-vous de Jeffrey Hunter ? Le “sau­veur” des chrétiens avait plus le type germain que juif avec son petit nez mignon. Ainsi naturellement si le fils est blanc, le père ne peut être que blanc (Dieu ?).

Dès lors les hommes de race noire ressentent dans leur subconscient leur origine inférieure et au fond de leur âme, ils sont comme les enfants d’une lignée parallèle (beaux­frères, gendres, belle-filles ou brues). Aucune quantité de crème faciale, aucun éclaircissement de peau, aucun défis­age de cheveux ne pourra effacer l’infériorité.

(24)J’utilise ce terme dans son contexte d’Afrique du sud, où tout nom européen est décrété Noir, qu’il soit africain. métisse ou asiatique. Peu importe comment il peut ressembler à un Blanc.

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DIEU EST ESPRIT

Dieu n’est ni blanc, ni noir, il est état spirituel au-delà de l’imagination et de la dimension des hommes. Brisez les blocages mentaux d’un caucasien Dieu homme (blanc) et vous aurez brisé les chaînes de l’infériorité permanente; ce­pendant les barrières intellectuelles sont très difficiles àabattre, l’esclave lui-même se bat pour les retenir.

45

Chapitre 6

Réponse au dilemme chrétien

 

« Le Christ dans l’islam » est réellement le Christ dans le Coran qui a définitivement dénoncé les aberrations du christianisme.Le Coran absout Jésus (P) de toutes les fausses accusa­tions dont ses ennemis, parmi ses infatueux disciples, l’avaient chargées.Ses ennemis l’auraient accusé de blasphème contre Dieu en se proclamant divin, mais ce n’était pas un blasphème puisqu’il était émanation de Dieu.Que dit le Coran ? Dieu (Allah) s’adressant aux juifs et aux chrétiens :

 

« Ô gens du livre !
Ne sortez pas de la juste mesure
dans votre religion
et ne dites sur Dieu
que la vérité : Le Messie
Jésus Fils de Marie
n’est que le messager de Dieu.

pages 46

 

Son verbe
qu’il a jeté à Marie
et un esprit venant de lui
croyez donc à Dieu
et â ses messagers .
Saint Coran 4:171

JUSQU’AUX EXTRÊMES

 

« Ô gens du livre » est l’expression très respectueuse
utilisée pour interpeler les juifs et les chrétiens dans le co­ran.En d’autres termes Allah dirait « Ô peuple instruit ou lettré »
ou encore « Ô peuple ayant des lettres ou des écri­tures ».Conformément à leur esprit vantard, les juifs et les chré­tiens se sont fièrement décrétés supérieurs aux Arabes qui n’avaient pas de (Saintes) Écritures avant le Coran. Allah fit stopper les compétiteurs des deux religions pour les em­pêcher d’aller aux extrêmes au regard de la personnalité du Christ.

Les juifs avaient insinué certains doutes à propos de la légitimité de Jésus (P) et l’avaient qualifié de blasphémateur en déformant ses mots. Les chrétiens avaient donné d’autres sens a la lecture de ses mots complètement défor­més hors de leur contexte et qui devaient en faire Dieu.Les chrétiens réformiste, les fervents évangélistes, les défenseurs de la Bible font usage de termes extrêmement sévères pour souligner, après les avoir manipulés, « ses blasphèmes ». Ils disent :

a)  » Ou bien Jésus (P) est Dieu ou un menteur. »
b)  » Ou bien Jésus (P) est Dieu ou c’est un illuminé.  »

pages 47

c) « ou bien Jésus (P) est Dieu ou c’est un imposteur. » Ce sont leurs termes, cueillis de la littérature chrétienne. Alors qu’aucun homme charitable, musulman ou autre, ne peut condamner le Christ si durement comme semble le pousser à le faire le chrétien, il ne peut en fin de compte que se sentir non impliqué. Il pense qu’il n’a qu’un seul choix entre ces deux extrêmes stupides. Il ne peut voir au­cune alternative à cette devinette chrétienne.

UNE ALTERNATIVE SENSIBLE

Jésus (P) ne serait-il pas simplement ce qu’il clame être, un prophète, comme beaucoup d’autres avant lui ? Et s’il. était l’un des plus grands parmi eux. Un puissant faiseur de miracles. Un grand prêcheur et un guide. Le Messie !

Pourquoi Dieu ou illuminé ? L’illumination serait-elle le contraire de la divination dans le christianisme ? Quelle est l’antinomie de Dieu ? Est-ce qu’un chrétien éclairé peut ré­pondre?

Le Coran met à nu (révèle*) la véritable situation du Christ Il le fait en un verset:

  1. C’était l’enfant d’une femme, Marie, et ainsi un homme.
  2. Mais un apôtre, un homme avec une mission divine, et ainsi auréolé d’honneur.
  3. Un message accordé à Marie par le fait qu’il a été vo­lonté divine, « sois » et il fut (3:59).
  4. Un esprit qui relève de Dieu : sa vie et sa mission fur­ent bien plus réduites que celles d’autres apôtres. Nous lui devons le plus grand respect au titre d’homme de Dieu.

La théorie de la Trinité, égalité avec Dieu et Son fils

 

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sont bannies au litre du blasphème (25).

 

Dieu n’a aucun besoin ,et ne peut avoir recours à Son fils pour « gérer Ses affaires » L’évangile de Jean (ou celui qui l’a écrit) a soulevé un grand Débat sur les convictions des Alexandriens et leur mysticisme à propos de la doc­trine relative (au message) au mot (grec logos) simple­ment expliqué ici. D’ailleurs, nos soufis travaillent à son explication. »
Commentaire de A.Yusuf Ali. Verset 17

JÉSUS INTERPELE

 

les versets 119 à 121 du chapitre 5 de la sourate  » al -Maïda » (le festin) sont reproduits ci-dessous. Ils décrivent la scène du jugement dernier, lorsque Allah questionnera Jésus (P) à propos des comportements de ses fidèles suppo­sés quand au culte qu’ils devaient lui vouer ainsi qu’à sa mère et sa réponse :

119. « et quand Dieu dit :
« O Jésus fils de Marie !
Est-ce toi qui as dit aux gens :
« prenez moi ainsi que ma mère
comme divinité autres que Dieu ? »
Il dit: « Gloire et pureté à toi !
Il ne m’appartient pas de dire ce qui ne me revient pas de droit.
si je l’ai dit tu le saurais déjas.
tu sais ce qui est en moi-mème.

 


(25) Référez-vous au saint Coran et lisez le verset 141 du chapitre 4 avec tout son sens. 

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et je ne saiS pas ce qui est en toi.C’est Toi
le parfait savant
des mondes inconnus.

 

120. »je ne leur ai dit que ce que
Tu m’as Ordonné,de dire à savoir :
Adorez servilement Dieu.
mon Seigneur et ce Vôtre !
je, fus témoin contre eux
tant que je f us Parmi eux et,
lorsque Tu as repris mon âme
tu fus Leur observateur attentif
et tu es de toutes chose témoin.

 

121. »Si Tu les tortures,
ce sont ‘Tes esclaves
et si tu les absous,
C’est Toi certainement
le Puissant et le sage. »

PROCLAME « NON-DIVINITE

 

« Si ce qui précède est vérité, venant de celui qui a connaissance de , toute chose (Dieu*) le verset – Je ne leur ai dit que ce que Tu m’as ordonné de dire à savoir « Adorez servilement Dieu mon Seigneur et le vôtre !… pose la question suivante : Comment les chrétiens justifient-ils leur vénération pour Jésus.(P)?

Il y a plus d’une équivoque dans la Bible, dans les 66 volumes des versions protestantes ou dans les 73 autres des versions catholiques lorsque Jésus (P) proclame qu’il est

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Dieu ou encore lorsqu’il dit « Vénérez-moi », ou comme ici et maintenant, il dit que lui et Dieu Tout Puissant sont une et même personne.

Cette dernière phrase une et même personne a perturbé plus d’un fervent évangéliste et plus d’un défenseur de la Sainte Bible en tenant compte des docteurs ès divinités et des professeurs de théologie. Même si les nouveaux convertis au christianisme ont appris par cœur ces versets, ils sont programmés comme des zombies afin d’en raccourcir le sens et la portée en les plaçant hors de leur contexte et au
fait desquels ils peuvent accrocher leur ferveur, pour mieux étaler leur foi.

Les ‘Mots « sont un » excitent l’esprit par l’association de souvenirs. « Oui » disent les partisans de la Trinité. Les vénérateurs des trois Dieux en un et de Dieu en trois autres « Jésus aurait proclamé qu’il était Dieu !  » Où ?

Le Révérend attablé

 

J’avais invité le révérend Morris D.D. et son épouse à déjeuner. Une fois attablés et durant l’échange de nos connaissances mutuelles, l’occasion de demander enfin « Où ? »survint. Dans un murmure, il cita « Moi et mon père sommes un »qui impliquait que Dieu et Jésus {P) était une etmême personne, que Jésus ;(P), ici, proclamait qu’il était Dieu. Je connaissais du reste, le verset cité par, cœur, mais il fut cité hors de son contexte. Il n’avait pas le sens que le docteur pouvait imaginer, aussi je lui demandai « Quel est le contexte ? »

CHOQUÉ PAR LE CONTEXTE

 

Le révérend s’arrêta de manger et me dévisagea avec de grands yeux ronds.

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Je demandai : « Pourquoi ignorez-vous le contexte ? ». « Ce que vous venez de citer est le texte, ce que je veux savoir c’est son contexte, le texte qui précède et celui qui suit ! ». C’est alors que je découvris le (Canadian) Britannique, de l’église presbytérienne où il était appointé, docteur ès divinités à qui, prétentieusement, j’aurais voulu enseigné l’anglais.

Bien sûr qu’il savait ce que le terme « contexte » signifiait, mais comme tous ses compatriotes, il n’avait guère étudié le sens avec lequel Jésus (P) avait prononcé ces mots.

Pendant mes quartantes années d’expérience ce texte m’a été jeté à la face des centaines de fois, mais jamais un seul chrétien au fait de la question n’avait tenté la moindre interrogation quant au vrai sens de ces paroles, mais ils s’enflamment facilement dès qu’il est question de leurs Bibles. Le docteur n’en avait pas. Dès que je les sens partir je les arrête dans leur élan. « Je suis convaincu du fait que vous connaissez votre Bible ». Après avoir lu cela, j’espère que quelques chrétiens « Revenants » rectifieront cette déficience. Cependant, je doute que mes lecteurs musulmans puissent un jour, leur fournir le contexte (26).

QUEL EST CONTEXTE?

 

Ce fut navrant de la part du révérend d’avoir échoué. Il n’avait pu expliquer le contexte. Il me demanda alors : « Connaissez-vous le contexte ? » « Bien sûr ! » répondis-je. »Alors quel est-il ? me demanda mon frère instruit. Je lui dis : « Ce que vous avez cité est le texte de Jean chapitre 10

 


(26) Pourquoi ne pas apprendre les versets de Jean 10:23-36. Avec les versets recommandés page 14. Écrivez sur des bristols de poche et ne vous en séparez que lorsqu’elles seront dans votre cerveau. Sans ces outils, vous ne ferez jamais le travail. 

 

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verset 30. Pour vous situer dans le contexte, vous ,devez commencer au verset 23 qui cite:

23. « Jésus se promenait dans le temple, sous le portique de Salomon.. »

Jean ou quelque soit celui qui écrivit l’histoire ne nous donne pas les raisons pour lesquelles Jésus tentait le diable en marchant seul dans la tanière du lion. Nous ne pouvons attendre des juifs qu’ils laissent passer une occasion en or de mettre Jésus à l’index.
Peut être fut-il encouragé par la façon dont il chassa à coups de fouet les juifs du temple, qu’il en renversa les tables des changeurs de monnaie, au début de son ministère (Jean 2:15).
24. »Les Juifs l’entourèrent et lui dirent : Jusqu’à quand tiendras-tu notre âme en suspens ? Si toi tu es le Christ, dis-le nous ouvertement. »
Il l’encerclèrent, leurs doigts accusateurs pointés vers son visage, le provoquant et l’accusant de ne pas avoir fait sa demande à haute voix et ouvertement, cultivant ainsi l’ambiguïté. Ils commencèrent à s’exciter jusqu’à entrer en transes, de façon à pouvoir l’assaillir. En fait, leur principal grief était qu’ils n’aimaient pas sa façon de prêcher, à savoir: ses invectives, sa façon de condamner leur formalisme, leur cérémonial, leur respect à la lettre de la loi et leur oubli de l’esprit. Mais Jésus (P) ne pouvait supporter davantage leurs remises en cause. Ils étaient trop excités pour une confrontation majeure. La retenue est la meilleure chose dans un esprit de conciliation qui prévaut en pareille circonstance.

25. « Jésus leur répondit : Je vous l’ai dit et vous, ne croyez pas. Les œuvres que je fais au nom de mon père, rendent témoignage de moi : »

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26. « Mais vous ne croyez pas, parce que vous n’êtes pas mes brebis. »

Jésus (P) réfutait toutes les accusations de ses ennemis qui faisaient de lui un personnage ambigü lorsqu’il annonçait qu’il était le Messie qu’ils attendaient. Il leur dit qu’ils les avaient clairement informés mais qu’aucun d’eux n’avait voulu l’entendre.

27. » Mes brebis entendent ma voix, moi je les connais et elles nie suivent;

28. « Je leur donne la vie éternelle, elles ne périront personne ne les arrachera de ma main.

29. « Mon père qui nie les a données est plus grand que tous, et personne ne peut les arracher de la main du père. « 

Comment peut-on être aveugle pour ne pas voir l’inexactitude des terminaisons des deux derniers versets. Ce qui est sûr c’est que les aveugles spirituels sont beaucoup plus atteints par la cécité que les aveugles physiques. Il dit aux juifs et en fait présent à la postérité, la seule et véritable liaison dans l’unité entre Dieu et Son fils (est contenue dans ces deux versets). Le verset 30 est le plus crucial

30. »Moi et le Père sommes un. »

Un en quoi ? -Dans leur omniscience, dans leur nature, dans leur omnipotence ? Non ! Et pour l’exemple, lorsque le croyant a accepté la foi, le messager le voit revenir dans la foi, Dieu aussi le voit revenir ainsi. Ceci est le rôle du « père et « du fils » et du « Saint Esprit » et, de tous les hommes et de toutes les femmes, de foi.

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Laissons le même Jean nous expliquer, dans son verbiage mystique et croyant, la chose:

« …Afin que tous soient; comme Toi Père Tu es en moi, et moi en Toi, qu’eux aussi soient (un) en nous, afin que le monde croît, que Tu m’as envoyé. Moi en eux, et Toi en moi, afin qu’ils soient parfaitement un,… »
Jean 17:20-22

Si Jésus (P) est « un » avec. Dieu, et si cette « unicité » en fait Dieu, alors Judas le traitre, Thomas qui doutait et le Pierre (27), ainsi que les neuf autres qui ont fui (trahis) Jésus (P), étaient des Dieux, pour la simple raison que cette unicité avec Dieu qu’il proclamait dans l’Évangile de Jean (10:30), maintenant ils la demandait pour « …Tous ceux qui l’abandonnèrent et prirent la fuite. » (Marc 14:50).
Il leur dit : « Pourquoi avez-vous peur, gens de peu de foi ? … « (Matthieu 8:26) »… , Race incrédule, et perverse, jusqu’à quand serai-je avec vous ? »(Luc 9:41 ). Quand cesseront enfin les blasphèmes des chrétiens?L’expression « moi et mon père sommes un » est innocentée, ne signifiant pas autre chose qu’avoir le même que Dieu, mais les juifs cherchaient à semer la discorde et aucune excuses ne les satisfaisait.

31. « Les juifs ramassèrent de nouveau. les pierres pour le lapider. »

 

32. »Jésus reprit et leur dit : Je vous fais voir beaucoup d’œuvres bonnes venant du Père. Pour laquelle de ces oeuvres me lapidez-vous ? »

 

33. « les juifs lui répondirent : Ce n’est pas pour unebonne œuvre que nous te lapidons, mais pour un blasphème, et parce que toi qui es un homme, tu te fais Dieu. »

 


(27) Mais Jésus (P) se retourna et dit à Pierre: « Arrière satan! Tu es pour moi un scandale, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » 

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Dans le verset 24 {Évangile de Jean, chapitre 10) les juifs ont faussement prétendu que Jésus (P) avait parlé de facon ambiguë. Lorsque cette allégation fut définitivement refutée, ils accusèrent alors le Christ de blasphème, qui équivaut à une haute trahison dans le domaine de la spitualité. Aussi ils eurent à dire que Jésus (P) proclamait qu’il était Dieu « moi et mon père sommes un ». Les chrétiens furent
de l’avis des juifs sur le fait que Jésus (P) n’aurait pas dû faire une telle proclamation, mais divergeaient dans le fait de ne pas, reconnaître le blasphème, car Jésus (P) était Dieu et avait donc le titre de divination.Les chrétiens et les juifs ont convenu du fait que ce point sombre était de taille. Pour certains ce pouvait être une excuse pour une « rédemption », pour les autres une autre excuse pour mieux embrouiller les choses. Entre les deux, Jésus (P) est laissé à son sort, mais il refuse de participer à ce jeu malpropre.

34. »Jésus leur répondit : N’est-il pas écrit dans votre loi: « Tai dit : vous êtes des Dieux ». »

 

35. « Si elle a appelé Dieux ceux à qui la parole de Dieu a été adressée, et l’Écriture ne peut être abolie. »
A celui que le père a sanctifié et envoyé dans le monde,

 


(28) Observez le jeu subtil des enseignants du christianisme dam l’utilisation des lettres majuscules et minuscules pour écrire « Dieu ». De même, dans les prononciations de Dieu et de Jésus. Pour Dieu ils utilisent un « I » majuscule à la Y personne du singulier (il), alors qu’ils écrivent le même pronom avec un « I » majuscule pour le il de la 3° personne pour Jésus. Il n’y a pas de telles nuances en hébreu ou en grec 

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vous dites : tu blasphèmes ! Parce que j’ai dit : « Je suis le fils de Dieu ». » (28)
Jean10: 34

POURQUOI  » VOTRE LOI S ? « 

Il (Jésus*) est sarcastique dans ‘le verset 34., mais quelque soit la situation, pourquoi dit-il,  » votre loi  » ? Ne serait ce pas sa loi à lui aussi ? N’avait-il, pas dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la loi ou les prophètes. Je suis venu non pour abolir mais pour accomplir.En vérité, jusqu’à ce que le ciel et la terre passent, pas un seul iota (29) pas un seul trait de lettre de la loi ne passera jusqu’a ce que tout soit arrivé. »
Matthieu 5:17-18

 » VOUS ETES DES DIEUX « 

« Vous êtes des Dieux » . Il cite délibérément le 82ème psaume, verset 6 : « J’avais dît : Vous êtes des Dieux, vous êtes tous des fils du Dieu Très Haut. »Jésus (P) continue : « S’Il (Dieu Tout-Puissant) les a désignés Dieux, eux sur qui la parole de Dieu a été révélée (ce qui veut dire que les prophètes divins étaient désignés  » Dieux « ) et que les Écritures ne pouvaient être brisées [(dénoncées*) autrement vous ne pouvez me contredire]. Jésus (P) connaissait ses Écritures, il parlait avec autorité et raisonnait avec ses ennemis qu’il consideraît comme des hommes bons, des saints, des messagers de Dieu et qui sont désignés comme

 


(29) Plus petite lettre de l’alphabet hébreu. « Iota » signifie ici que pas la plus petite lettre de la loi ne pouvait être abrogée. 

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« Dieux  » dans nos écritures officielles et dans lesquelles vous ne trouverez pas d’erreur. Alors pourquoi faites-vous une exception pour moi, quand la seule demande que faite pour moi est largement modeste ? Dans notre langue un « fils de Dieu » par rapport aux autres désignés  » Dieu » part Dieu lui-même, quand bien même les juifs m’aurait décrit « ‘Dieu » dans notre langue, conformément aux us et coutumes hébraïques vous ne commettrez aucune faute avec moi. lest la lecture simple du Nouveau Testament, je ne donne aucune interprétation personnelle ou quelque sens ésotérique aux mots !

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Chapitre 7

Au tout début

 

Où Jésus (P) a-t-il dit: « Je suis Dieu » ou « je suis l’égal de Dieu » ou encore « Vénérez-moi » ? demandai-je au Canadien D.D. De nouveau, il me cita le plus galvaudé des versets du Nouveau Testament : »Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu et la parole était Dieu. » Jean 1:1(30) Veuillez noter que ce ne sont pas les termes de Jésus (P). Ils appartiennent à Jean (ou celui qui est sensé les avoir écrits). Reconnus par tous les érudits chrétiens étudiant la Bible, comme étant les mots d’un autre juif, Philo d’Alexandrie, qui les aurait écrits bien avant la naissance de Jean et de Jésus (P) et qui n’a jamais fait état de la moindre inspiration (divine) en ce qui les concerne. Quelque soit le sens que Philo a voulu propager autour de ces mots (que notre Jean a plagiés) (31) nous l’acceptons pour ce qu’il aura de pire.

 


(30) Étrangement, durant toute ma vie, je n’ai pas rencontré un seul chrétien capable de me citer le premier commandement pour tout prouver.
(31) Plagier: s’accaparer les œuvres artistiques d’autrui (œuvres écrites…) et les faire passer pour siennes en les falsifiant, recopiant… Consultez l’ouvrage « La Bible est-elle la parole de Dieu », page 31, pour les plagiats importants et nombreux. 

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GRECQUE ET NON PAS HEBREU

Depuis la parution des vingt-sept volumes du Nouveau Testament en grec, une secte chrétienne a realisé sa propre version et en a même changé le nom pour l’appeler « Les Ecritures gréco-chrétiennes ». Je demandai au révérend s’il connaissait la langue grecque ? « Oui » me répondit-il. Il l’avait étudié durant cinq années avant d’être diplômé. Je lui demandai quel était le mot grec pour désigner Dieu, la première fois où il fut men­tionné dans une citation : « Et le mot fut avec Dieu « ? Il ouvrit de grands yeux mais resta sans me répondre. »Bon, répondis-je, le mot était Hotheos qui, littéralement, signifie « le Dieu ». Depuis que les Européens [(Américains du Nord inclus), Occidentaux*]. ont développé l’usage des majuscules utilisées pour les noms propres et des minuscules utilisées pour les noms communs, il est admis que le mot Dieu s’écrira avec une majuscule. Bref, Hotheos est transformé en « dieu » qui lui-même devient alors « Dieu »  » Dites-moi maintenant quel est le mot grec pour dire Dieu dans la deuxième citation de votre référence « Et la parole était Dieu  » ? Le révérend resta silencieux, non parce qu’il ne connaissait pas le grec ou parce qu’il avait menti. Il en savait plus que cela mais les jeux étaient faits. je dis alors que le mot en fait était Tontheos qui signifie « un dieu ». Par rapport à votre système de traduction vous avez écrit ce deuxième mot « dieu » avec une minuscule et non avec une majuscule. En d’autres termes, Tontheos devient « divinité ». Les deux termes sont en fait exacts. j’enchainai pour le révérend : « Mais, dans les Corinthiens 4:4, vous avez malhonnêtement changé vos systèmes

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de traduction en faisant usage de minuscule quand il s’agissait de Dieu et du diable, « … Dieu de ce monde ».Le mot grec pour Dieu est Hotheos, le même que celui de Jean 1: 1. « Pourquoi n’avez-vous pas été conséquents avec vos systèmes de traduction ? » Si Paul fut inspiré pour écrire Hotheos le Dieu, pour le diable pourquoi l’a-t-il jalousé pour cette majuscule « D » Dans le vieux testament, le Seigneur dit à Moïse: »… Vois, Je te fais Dieu pour le pharaon. » Exode 7:1
Pourquoi écrivez-vous Dieu avec un « d » minuscule quand vous faites référence à Moise, comme vous le faites pour un mot important  » Parole « . « Et la parole fut Dieu ? » pour quoi faites-vous cela ? Pourquoi jonglez-vous avec la parole de Dieu ? demandai-je au révérend. Il me répondit : « Je n’y suis pour rien ! ». Je le savais et enchaînais : « Je parle de ceux qui ont à coeur ‘les intérêts du christianisme, ceux qui sont déterminés à défier le christ en faisant usage ici de majuscules et là de minuscules pour désarçonner les croyants dans leur foi, persuadés que chaque point, chaque virgule, les majuscules et les minuscules furent dictées par Dieu lui-mème.

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Chapitre 8

L’omission

TROIS TITRES

Il est très difficile pour quelqu’un de pouvoir rencontrer, à travers une modeste publication comme celle-ci, toutes les références ayant trait à Jésus (P) et disséminées tout au long des quinze chapitres différents du Saint Coran. Nous pouvons donner un bref aperçu de l’index reproduit à partir du Saint Coran et figurant en page 12-13 de ce recueil. Nous pouvons y trouver trois titres significatifs que
nous n’avons pas encore cotoyés dans nos échanges :

1 – Non crucifié : IV 157
2 – Message et miracles : V 113 – XIX 30-33
3 – Ahmed annoncé: LXI 6

En référence au premier titre « Non crucifié », j’ai rédigé un recueil sous le titre de « Le Christ fut-il crucifié ? » il y a quelque vingt années. Le recueil n’est plus imprimé et nécessite une mise à jour, tant d’eau ayant coulé sous les ponts depuis qu’il a vu le jour.Quant au troisième titre cité plus haut, « L’annonce de Ahmed » (32) ou,« Ahmed annoncé », je me propose de

 


(32) Ahmed est un autre nom de Mohammed (Ç) 

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réaliser un ouvrage qui sera intitulé « Mohammed (Ç), le successeur naturel de Jésus (P) » et ce, lorsque j’aurai achevé « Le Christ fut-il crucifié ? ». j’éspère terminer ces deux projets prochainement, si Dieu l’agrée. Priez pour moi.

LA VOIE DU SALUT

Nous sommes maintenant en face de notre deuxième titre : « Message et miracles ». Le message de Jésus (P) fut simple et direct comme le furent ceux de ses prédécesseur et comme le fut celui de son sucesseur Mohammed (Ç) nommément : « Croyez en Dieu et exécutez ses commandements ». Pour Dieu, inspirateur de ses messagers, il est Dieu constant et consistant, il n’est pas « auteur de confusion » (Corinthiens 14:33). Une loi fut « édictée » par Jésus (P) à un juif qui cherchait la vie éternelle ou le salut.

« Alors un homme s’approcha et dit a Jésus : » Maitre, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? »Il lui répondît : « Pourquoi m’interroges-tu sur ce qui est bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements ». » Matthieu 19:16-17

Vous conviendrez que si l’un de nous avait été juif, nous aurions pu conclure à partir de ces versets que le salut pouvait étre garanti dès lors que les commandements étaient respectés, sans qu’une goutte de sang ne fut versée. Bien sùr Jésus (P) parlait par allusions, car il connaissait parfaitement le « sacrifice de sa mission de rédemption », son « supplice pour les autres » (?!) et pour toutes les fois ou les lois divines furent violées par les hommes, il savait que le terme était proche.

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Pourquoi lui aurait-il offert une solution  » impossible » qui respectait la loi (divine*) (ainsi que l’affirment les chrétiens) alors qu’il lui était possible’d'opter pour une solution moins contraignante ? Ne savait-il donc pas ce qui allait se produire, qu’il allait être crucifié ?
N’y avait-il donc pas un accord entre Père et fils avant le commencement des mondes (matériel et au­delà*). Fallait-il que son sang coule pour sa rédemption ? Avait-il perdu la mémoire (ou la raison *) ? Non ! En aucune façon, ce conte de fée n’a pu être. Il savait qu’il n’y aurait qu’une seule voie pour atteindre Dieu, le respect de la loi divine.

LES MIRACLES QUE PROUVENT-ILS ?

en ce qui concerne ses (Jésus *) miracles, le Saint Coran ne s’intéresse pas aux détails concernant la cécité de Bartimée ou Lazare ou quelque autre miracle que ce soit, sauf lorsqu’il prit défense de sa mère alors qu’il n’était que petit enfant dans ses bras (voir page 24).

Le musulman n’éprouve aucune hésitation à admettre les plus inexplicables de ses miracles, même ceux relatifs aux résurrections. Cela ne fait pas de Jésus {P) un « Dieu » ouun fils engendré par Dieu, comme cela est compris par les chretiens. Les miracles ne prouvent pas, même s’ils sont prophétiques, si un homme est sincère ou non. Jésus (P) lui­même aurait dit:

 

« Car il s’élèvera de faux, Christs et de faux prophètes, ils opéreront de grands signes, et des prodiges au point de séduire si possible même les élus » Matthieu 24:24

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Si de faux prophètes et de faux Christs peuvent accomplir des miracles, alors ces choses incroyables ou ces miracles ne prouvent en aucune façon origine ou quoique ce soit d’autre d’un prophète. Jean-le-Baptiste fut, d’après Jésus (P), le plus grand des prophètes israélites, plus grand que Moïse (P), David, Salomon, Isaïe et tous les autres, lui-mème étant inclus et ce d’après ses propres termes:
« En vérité, je, vous le dis parmi ceux qui sont nés d’une femme, il ne s’en est- pas levé de Jean-Baptiste… » Matthieu 11:11

 

(1)Ce qui n’exclut pas Jésus (P) car n’était-il pas né d’une femme, Marie.
(2) Jean-Baptiste plus grand que tous alors qu’il navait pas réalisé un seul miracle !

Les miracles ne sont pas des références pour porter un jugement et apprécier le vrai et le faux.
Mais dans son enfance, le chrétien apprend avec insistance que Jésus (P) est Dieu, du fait qu’il a res’sucité des morts. Le fait de ressuciter des morts donnerait-il aussi d’autres Dieux ?

Ceci le rend perplexe car son esprit est obnubilé par le fait que d’autres ont éclipsé Jésus (P) dans sa propre Bible. Par exemple, et conformément à ses faux standards :
a – Moïse (P) est plus grand que Jésus ‘(P} car il a donné la vie à un bâton mort et a transformé une plante en animal en en faisant un serpent. (Exodes 7:1 0).
b – Eliezer est plus grand. que Jésus (P) car ses, vieux os, de par le simple contact avec un cadavre, lui ont rendu la vie. (2 Rois 13:21)

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Est-il besoin d’illustrer tous les miracles ou d’en faire un catalogue ? Mais la maladie est chronique « Dieu réalisait ses miracles à travers ses prophètes, mais Jésus (P} réalisait ses miracles grâce à son seul pouvoir ? » Demandez-le à Jésus (P) et il nous répondra :

LE POUVOIR N’ETAIT PAS LE SIEN

« Jésus s’approcha et leur parla ainsi : tout pouvoir été donné dans le ciel et sur la terre. » Matthieu 28:18
« Mais si c’est par l’esprit de Dieu que moi je chasse les démons, le royaume de Dieu est parvenu jusqu’a vous. » Matthieu 12:28
« Moi, je ne peux rien faire par moi-même… » Jean 5:30
« Mais si c’est par le doigt de Dieu que moi je chasse les démons… » Luc 11:20

UN POUVOIR EMPRUNTE

Comme il Jésus le disait le pouvoir n’était pas le sien: « Il me fut donné », mais donné par qui? par Dieu bien sûr ! Chaque action, chaque mot est de Qieu.

LAZARE

Mais devant l’ampleur de tout ce qui a été fait depuis le prodigieux miracle qui fit ressusciter Lazare, nous analyserons l’épisode tel qu’il nous est rapporté dans l’évangile de Jean.

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Ce qu’il y a d’étonnant c’est qu’aucun autre évangil fait état de Lazare dans aucun contexte. L’histoire fut que Lazare était très malade et que ses soeurs, Marie et Marthe, lancèrent des appels pressants à Jésus (P) pour qu’il vienne le guérir, mais il arriva trop tard, quatre jours après sa mort.

IL S’INSURGEAIT

Marie gronda Jésus (P) du fait de son retard sans lequel son frère ne serait pas mort. Voulant dire par la que s’il avait pu chasser la maladie chez d’autres hommes, il aurait pu guérir son frère, de surcroît l’un de ses meilleurs amis. Jésus (P) lui dit ceci :
« Si vous avez la foi jusqu’à maintenant , vous pourriez voir la puissance de Dieu. »

il fallait qu’ils aient tous la foi. N’avait-il pas dit que la foi pouvait déplacer des montagnes ?Il demanda alors a être conduit à la tombe.En chemin il se prit à se lamenter. Il ne marmonnait pas, il mettait tout son coeur dans ses prières à Dieu. Il sanglotait amèrement et ses paroles étaient inaudibles de l’assistance qui pensait qu’il s’insurgeait. A l’approche de la tombe, Jésus (P) se remit à sangloter puis, repenti vers Dieu qui entendit sa prière, il reçut alors l’assurance de voir sa prière exaucée.

Jésus (P), rassuré, pouvait demander à ce que la pierre tombale fut déplacée afin de permettre à Lazare de ressusciter. Sans cette assurance divine Jésus (P) serait devenu fou.

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CHASSER TOUT MALENTENDU

Marie avait de sombres pensées car son frère était bel et bien mort depuis quatre jours, mais Jésus était un proche et la pierre tombale fut déplacée.

« Il ôtèrent donc la pierre, Jésus leva les yeux en haut et dit : Père je Té rends grâce de ce que tu m’as exaucé.Pour moi je savais que tu m’exauces toujours, mais j’ai parlé à cause de la foule de ceux qui se tiennent ici afin qu’ils croient que c’est Toi qui m’as envoyé. » Jean 11:41-42.

Qu’est-ce que tout cela ? Un jeu de rôles ? Pourquoi tout ce drame ? Parce qu’il savait que ce peuple crédule et superstitieux ne comprendrait pas l’origine du miracle. Il pourrait le prendre pour Dieu. Donner la vie (ressusciter*) à un mort est du seul pouvoir de Dieu. Pour être assuré doublement du fait que le peuple ne se, méprendrait pas, il se mit à parler fort et à  » marmonner « alors qu’il implorait le secours de Dieu Tout Puissant.

La prière fut incohérente, d’après ce que les participants avaient pu discerner, mais Dieu dans sa miséricorde avait accepté sa prière :
« Vous m’avez entendu ». En d’autres termes, il dit : « Vous m’écoutez toujours », voulant dire que tous les miracles qu’il avait réalisés étaient une réponse de Dieu à ses prières. Les juifs, à l’époque, comprirent pafaitement la situation et glorifièrent Dieu comme nous le dit Matthieu à une autre occasion lorsqu’ils glorifièrent qui à donné aux hommes un tel pouvoir. Matthieu 9:8

En fait Jésus (P) donna les raisons de ses éclats de voix

pages 68

car il dit : « Ils auraient pu croire que vous m’aviez envoyé. ». D’abord, celui qui est envoyé est un messager et s’il est envoyé par Dieu est un messager de Dieu, Rassoul Allah.

Hélas, cette tentative de Jésus (P) pour prévenir tout malentendu à propos de Dieu qui avait permis à ces Miracles de se réaliser, quand lui Jésus (P) n’était que son messager, échoua. Les chrétiens ne purent accepter le désaveu ambigu de Jésus (P) pas plus que le serment de Pierre, -le « rocher » sur lequel Jésus (P) était sensé bâtir son église

Peter déclamait:

« israélites, écoutez ces paroles : Jésus de Nazareth, cet homme approuvé. de Dieu devant vous par les miracles, les prodiges et les signes que Dieu a fait par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes ». Actes 2:22

UNE SITUATION NEFASTE

Ce message est. répété très . souvent par Dieu tout-Puissant dans le Saint Coran en référence aux révélations. Dans le verset 49 du chapitre 3, Allah l’a clarifié. Aucun signe ou miracle ne fut accompli par Jésus (P) que lorsque Dieu l’a voulu.  »

AVEC LE CONSENTEMENT D’ALLAH

Avec la permission divine, Jésus (P), Peter et Dieu le disaient, mais les férus de controverse restent sourds. Les injures, la superstition et les fausses croyances meurent difficilement.

pages 69

Notre rôle est de délivrer le message, de façon puissante et claire. Nous laissons le reste à Dieu qui nous dit dans le Saint Coran alors que la situation n’est pas totalement favorable.

« c’eut été bien meilleur
pour eux.
Il en est qui ont cru,
mai la plupart
d’entre eux sont
des dévergondés.
Saint Coran 3:110

 

« parmi eux » signifie les juifs et les chrétiens. Ils sont constitués deux peuples : l’un est celui de la foi à qui le livre est destiné, l’autre composé de rebelles qui transgressent la loi divine. Nous devons trouver les voies et les moyens pour les atteindre.Notre littérature est destinée à alimenter tout le monde.Faites-la connaître à vos amis non musulmans. Ouvrez le Saint Coran et donnez lecture à vos relations chrétiennes et à vos proches des versets abordés dans ce recueil. Nous pouvons maintenant conclure :

« Tel est Jésus fils de Marie,
c’est le langage mème de la vérité
qui fait l’objet de leur doute.
Il ne convient nullement à Dieu
de s’attribuer un enfant, gloire et pureté à lui !
quand il décide une chose.

pages 70

Il lui suffit de lui dire « sois ! »
et elle devient réelle.
Dieu est mon seigneur et le vôtre,
adorez-le humblement c’est la une voie rectiligne. »
Saint Coran 19:34-36

 
     


Publié dans ahmed deedat(3) | Pas de Commentaires »

 

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